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Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle : vers une description renouvelée des prépositions dites « spatiales
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Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle : vers une description renouvelée des prépositions dites « spatiales

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  • 1. SCHÉMAS ET MOTIFS EN SÉMANTIQUE PRÉPOSITIONNELLE : VERS UNE DESCRIPTION RENOUVELÉE DES PRÉPOSITIONS DITES « SPATIALES » Pierre Cadiot De Boeck Université | Travaux de linguistique 2002/1 - no44 pages 9 à 24 ISSN 0082-6049 Article disponible en ligne à ladresse: -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- http://www.cairn.info/revue-travaux-de-linguistique-2002-1-page-9.htm --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Pour citer cet article : -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Cadiot Pierre , « Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle : vers une description renouvelée des prépositions dites « spatiales » » , Travaux de linguistique, 2002/1 no44, p. 9-24. DOI : 10.3917/tl.044.0009 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Distribution électronique Cairn.info pour De Boeck Université. © De Boeck Université. Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, nest autorisée que dans les limites des conditions générales dutilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de léditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.
  • 2. Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle C Sémantique et pragmatique de la préposition SCHÉMAS ET MOTIFS EN SÉMANTIQUE PRÉPOSITIONNELLE : VERS UNE DESCRIPTION RENOUVELÉEDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université DES PRÉPOSITIONS DITES « SPATIALES » Pierre CADIOT* Paris VIII, Lattice J’entends revenir ici brièvement sur l’idée déjà exposée dans des travaux antérieurs (Cadiot 1997, 1999, Visetti & Cadiot 2000, Cadiot & Visetti, 2001 1) selon laquelle l’approche de la sémantique prépositionnelle qui alloue un statut privilégié à un sens spatial-configurationnel, volontiers identifié avec le sens littéral ou premier ainsi opposé aux sens dérivés ou seconds (e.g. récemment Lindstromberg 1997), n’est pas aussi convaincante qu’il y paraît. Peut-être doit on aller jusqu’à dire que c’est son évidence « externe », psychologique, qui la condamne comme explication interne. 1.1. Sur un plan cognitif, la référence à l’espace vu oublie les enseignements de la théorie de la Gestalt (ou encore de la phénoménologie * Ad. pers. : 74, rue d’Hauteville – 75010. Paris (France) – Tél. 00 33 (0)1 48 00 84 75 – Ad. prof. : E.N.S., – 1, rue Maurice Arnoux – 92120 Montrouge (France) – e-mail : pierre.cadiot@ens.fr. 9
  • 3. Pierre CADIOT de la perception) qui souligne à l’inverse l’idée que les objets sont des produits de l’activité subjective, ou encore des corrélats liés à l’exploration par le sujet d’un « espace » d’abord autocentrique et qualitatif. Dans la conception dominante (notamment du côté des linguistiques et des psycholinguistiques dites « cognitives », mais aussi dans la grammaire scolaire) d’un espace déjà acquis, réduit aux dimensions d’un simple contour, où le sujet n’aurait plus qu’à regarder et, autant dire, à traduire linguistiquement des positions et des déplacements entre entités détachées et disponibles a priori, il s’est opéré subrepticement un déplacement vers un angle de vue externe, celui d’un observateur placé à une distance appropriée, où l’expérience du corps propre est neutralisée. C’est ainsi que, par exemple, l’enfant qui se réfugie dans les bras de sa mère, loin d’effectuer un mouvement vertical – comme on peut en effet le « voir » en tant qu’observateur à distance – fait plutôt l’expérience d’une rupture, d’un resserrement, d’une sorte d’enfouissement et de recherche de douceur, d’un abandon (au double sens – quasi-contradictoire et complémentaire – du terme !). Notre hypothèse de base est donc tout simplement que la langue – et en l’espèce, les prépositions – avant de contribuer à l’inscription dansDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université quelque espace neutralisé, traduit ces expériences dans leurs dimensions synesthésiques et qualitatives. Ainsi est il révélateur qu’en anglais la notion de « containment », trop facilement réduite à sa version configurationnelle (contenant/contenu), soit en réalité beaucoup plus riche et inséparable de quelque valeur, plus dynamique, de « force », mais aussi, plus subjective, de contrainte ou de (re)tenue. De même, la particule anglaise « up » est un marqueur aspectuel (d’achèvement) avant d’indiquer la verticalité, etc. 1.2. Sur un plan linguistique, l’assimilation du système des prépositions avec un schéma spatial se heurte au fait évident que les prépositions ne sont qu’un véhicule parmi bien d’autres des repérages spatiaux, statiques et dynamiques. Bien sûr adverbes, verbes, particules, classifieurs, etc. sont aussi porteurs d’indications spatiales. Les « prépositions » dans bien des langues sont très génériques. Ainsi de ZAI en chinois qui a une valeur fonctionnelle (existentielle et/ou locative) très générique qui se combine avec des instructions bien plus précises d’adverbes et/ou classifieurs. Il est à peine nécessaire d’insister sur la grande généricité de bien des prépositions à travers les langues. Bien des langues ne connaissent pas une différence de type sur/dans, par exemple, ne serait-ce que l’espagnol. Pour d’autres, la différence entre le lieu (réponse à la question où ? ) et l’événement (réponse à la question quoi ? ) n’a pas de pertinence. Ainsi en Palikur, une langue arawak parlée au Brésil et en Guyane, les expressions « inuewu », « ukuni » et « inugik » désignent des ciels différents, jamais conçus comme des contenants2. « Inuewu « réfère à un ciel qui se confond avec des mouvements 10
  • 4. Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle réguliers (soleil, pluie, étoiles, essaims d’oiseaux ou d’insectes) ; « ukuni » évoque un ciel « bas », voire menaçant (nuages épais); « inugik » met en présence un ciel ouvert, peuplé du mouvement d’oiseaux ou d’avions quittant le champ de la perception ordinaire pour s’évanouir dans le lointain (du coup, « inugik » sert aussi à parler de Dieu). 2. Pour une typologie des prépositions spatiales en français 2.1. C’est une longue tradition, comme je viens de le rappeler, dans la description des langues indo-européennes que de projeter la sémantique des prépositions dans un espace géométrique, peu ou prou euclidien. On y trouve des points, des lignes, des plans, des volumes, des positions, des principes kinestésiques (repères, orientations, déplacements, cibles et sites), mais aussi des points de vue (déictiques, intrinsèques), des complémentarités, des antonymies, des « grains » variés. Sans prétendre ni bien sûr que cette option soit vaine, ni que notre effort pour l’élargir soit entièrement neuf (je pense par exemple aux travaux de C. Vandeloise qui mettent l’accent sur laDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université dimension plus fonctionnelle des repérages spatiaux), il me paraît essentiel d’aller plus loin en insistant sur le fait que les emplois des prépositions spatiales sont conditionnés par des valeurs tout autres que configurationnelles : des valeurs ayant notamment trait à « l’intériorité », à « l’expressivité », au « programme interne » des entités-procès qu’elles relient dans l’expérience du sujet. La sémantique prépositionnelle me paraît d’abord déterminée par des valeurs renvoyant à la dépendance, au contrôle, à l’appropriation réciproque, à l’anticipation et à l’attente, même s’il leur arrive aussi de s’effacer au profit de critères configurationnels, voire strictement géométriques. Loin de considérer, comme on le fait le plus souvent, les valeurs aspectuelles, subjectives et qualitatives comme des suppléments que la reconstruction linguistique devrait dériver dans un deuxième temps, il nous paraît qu’il faut les inscrire au cœur des « motifs » les plus originels attribués aux prépositions. Ces valeurs ne sont donc pas des valeurs lexicales, pragmatiques, stylistiques ou discursives, excédant le noyau grammatical de la langue : ce sont bien des valeurs grammaticales, c’est-à-dire des valeurs très génériques et indispensables, systématiquement et obligatoirement remises en jeu, « retravaillées » par chaque emploi. Elles se réalisent suivant des « profils » divers, dans des emplois dits abstraits aussi bien que concrets : donc en particulier en vue d’emplois spatiaux ou physiques (repérant par exemple des localisations, ou des interactions de type forces) qui ne présentent à cet égard aucun privilège particulier, fondationnel ou autre, contrairement à ce qu’avancent Talmy (cf. notamment Talmy, 2000) ou même Vandeloise (notamment 1999). Enfin, certaines de 11
  • 5. Pierre CADIOT ces valeurs débordent tout cadre qu’il serait légitime d’appeler schématique depuis Kant. Notamment (contra Langacker, 1987), les trois valeurs topologiques (donc schématiques) de l’inclusion (dans, entre, au milieu de, parmi), du contact entendu au sens de simple jonction (sur, contre, le long de) et de la proximité (vers, près de, par, en face de, au dessus de) sont, bien que fondamentales3, insuffisantes à exprimer le « motif » grammatical de quelque préposition que ce soit : sauf à enchevêtrer d’emblée ces valeurs topologiques à d’autres qui s’y expriment solidairement, et spécifiquement pour chaque préposition. Les remarques qui suivent ne prétendent offrir aucune synthèse, ni même un résumé équilibré. Nous cherchons tout juste à mettre en exergue quelque faits caractéristiques. On examinera ainsi, en revenant sur des travaux plus anciens (notamment Cadiot 1999 et Cadiot & Visetti 2001) quelques prépositions impliquées dans l’expression grammaticale de l’espace, en allant de celles qui passent pour les plus configurationnelles (sur, sous, dans), à d’autres qui le seraient moins (chez, en, par). 2.2. Le cas de SURDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Cette préposition sert notamment à construire : (a) Une « région SUR » construite au niveau du prédicat ETRE SUR (construction d’un site déclenchée par la connexité [prép + nom- régime] ; localisation du nom sujet, et mise en contact via le prédicat): [1] le livre est sur la table Dans d’autres cas, la « région SUR » n’est qualifiée comme telle qu’à travers le cadre global de l’énoncé, qui permet justement une requalification des anticipations lexico-syntaxiques. Ainsi on dira : [2] Pierre s’est écroulé dans un fauteuil [3] Pierre a posé (timidement) une fesse sur le fauteuil Le motif « contact » est induit/permis par le prédicat. Au contraire d’une table ou d’un trottoir, un fauteuil n’est pas a priori agréé comme argument du prédicat ETRE SUR. La requalification est favorisée par la référence spécifique (article LE plutôt que UN). (b) Une zone construite comme cadre pour ce qui se passe dans la région SUR. Par rapport à (a), les possibilités de jeu entre contact et localisation s’élargissent : [4] les enfants jouent sur le trottoir 12
  • 6. Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle Toutefois, il y a encore coïncidence simple entre une notion topologique et une localisation univoque dans l’espace thématisé : mais cette coïncidence est complexifiée, comme dans bien d’autres emplois avec implication spatiale. Par exemple, le syntagme prépositionnel peut ne pas localiser le sujet de l’énoncé : [5] Pierre joue avec sa poupée sur la table [6] Pierre a vu un chat sur le balcon. Rien n’indique que le référent de « Pierre » soit localisé par la « région SUR » (sur la table, sur le balcon). Une situation opposée est même sensiblement plus vraisemblable. Revenant à l’exemple [4], on notera surtout que la valeur du trottoir est tout autant fonctionnelle que localisatrice, et qu’à travers la mise en contact opérée par SUR s’opère une requalification du jeu dans son rapport à cette zone. (c) La « région SUR » n’a plus de limites spatiales déterminées au niveau etic (au sens de Pike, c’est-à-dire dans l’extériorité, en tant qu’elle peut être linguistiquement marquée) dans des exemples comme :Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université [7] Pierre travaille sur Paris (= son activité professionnelle est localisable par Paris) [8] Pierre est représentant sur la région Nord. L’instruction topologique de contact est intégralement conservée au niveau emic (toujours au sens de Pike, c’est-à-dire dans l’intériorité de l’activité de construction linguistique), mais elle est investie dans la construction d’entités relevant d’espaces « fonctionnels » (zones spécifiées dans le domaine du prédicat), et non d’espaces physiques. (d) Le motif du « contact », que l’on pouvait encore croire simplement topologique sur la base des exemples précédents, se requalifie pourtant aisément en induisant de nouveaux effets interprétatifs pour lesquels les inférences spatiales sont de plus en plus évanescentes, et se montrent inséparables de modulations temporelles et qualitatives (Dendale & De Mulder, 1997, à qui les exemples qui suivent sont empruntés) : – support (poids, imminence) : [9] Une menace plane sur la ville – fondement («assise») : [10] Juger les gens sur la mine [11] Il a été condamné sur de faux témoignages 13
  • 7. Pierre CADIOT – recouvrement : [12] la nappe est sur la table – objectif (point de visée, structurellement temporel) : [13] marcher sur Rome [14] poser/fixer/laisser... son regard sur quelqu’un – visibilité, accès immédiat (par opposition à l’inclusion, qui signifierait dépendance, interposition d’un bord ou d’un écran) : [15] Il y a un trou sur ta manche. Les points (c) et (d) trouvent un prolongement immédiat dans les emplois définitivement «non spatiaux», comme : [16] l’impôt sur le revenu [17] agir sur ordre, partir sur un coup de tête [18] Pierre travaille sur cette question depuis longtempsDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Ou encore : Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université [19] Sur cette question, Pierre n’a plus rien à dire depuis longtemps où le motif du contact se trouve investi dans un zonage thématique, qui ne trouve à se spécifier que dans le domaine ouvert par le prédicat ou l’argument nominal introducteur. Rappelons également les emplois temporels différentiellement spécifiables (Franckel & Paillard, 1998), qui se profilent encore à partir du motif de « contact » : [20] Sur ce, il disparut à jamais (« enchaînement ») [21] Pierre est sur le départ (« imminence ») [22] Des gelées ont eu lieu sur le matin (TLF, cité in Dendale & De Mulder, 1997) (« approximation, survenue ») [23] Il faut agir sur le champ. Enfin, citons des cas limite comme compter sur ses amis, miser sur le bon cheval, où la préposition se requalifie comme marqueur rectionnel, sans pour autant que soit entièrement effacée une certaine valeur « d’appui », que nous pouvons toujours considérer comme une modulation du motif originel, tel que nous cherchons à le cerner. A nos yeux, ces exemples n’invalident pas seulement les explications en termes de spatialité ou de physicalité. Ils fragilisent également les explications en termes de schématisme topologique « abstrait », qui paraissent souvent artificielles, et réclament en tout état de cause des 14
  • 8. Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle remaniements qui font douter de leur qualité d’invariant. Surtout ce type de schématisme diffère l’explication, et de fait n’explique pas, que ce soient telles valeurs spécifiques, et non d’autres, qui soient alors induites (par interaction avec le matériel lexical environnant, dit-on alors). Il manque ici la possibilité, non pas tant d’expliquer (cela ne relève pas de la seule linguistique), mais d’abord de reconnaître l’affinité de ces différentes valeurs, telle qu’elle est constituée par les motifs grammaticaux qui les unifient. Ainsi l’instruction topologique, même purement configurationnelle et déspatialisée (c’est-à-dire déliée de l’espace perçu), paraît céder le pas devant un principe plus ouvert et plus riche de définition-délimitation de deux « segments » ou « phases » par le biais de leur « mise en contact ». A la différence des figures souvent invoquées de « surface » (notion géométrique), voire même de « hauteur » (Weinrich 1989: 379), déjà bien trop spécifiques, ce motif de la « mise en contact » aurait le même statut que celui de « coalescence » dans le cas de en ou de « médianité » dans le cas de par (cf. infra). Il est évidemment bien difficile de l’expliciter : en deçà ou au delà de sa valeur pleinement dynamique, il comporte bien la possibilité d’un acquis statique qui en est comme un effet de bord ou uneDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université variante stabilisée (localisation, assise, support) ; mais il est fondamentalement un motif aspectuel et « intentionnel » de visée et d’approche, en même temps qu’un motif d’exploitation, de valorisation du contact par un certain « travail » (appui, rebond, perlaboration entre les deux « phases » qui restent cependant extérieures l’une à l’autre) : d’où les valeurs d’objectif, d’imminence, d’atteinte, d’incidence, d’enchaînement. Son expression configurationnelle, lorsqu’elle est pleinement déployée, comporte sans doute un repérage « axial » de la dynamique d’élan, un autre repérage « transversal » pour la zone de contact, et l’extériorité maintenue des deux « phases » ainsi délimitées (si la zone de contact est bien la frontière topologique de la zone d’accès, elle n’est pourtant pas appropriée comme son bord, mais lui reste « extérieure » : d’où la tension paradoxale avec certaines réalisations thématiques comme dans Max dort sur le dos). Il va de soi que les termes mobilisés par ce travail d’explicitation (« support », « visée », « élan »…) sont à prendre avec toute l’ouverture de sens possible, leur polysémie restant ici suspendue, et surtout pas résolue (il ne s’agit définitivement pas d’un métalangage !). A titre de comparaison, et sans vouloir suggérer par là une simple symétrie, examinons maintenant 2.3. Le cas de SOUS Il existe également une « région SOUS », construite par le prédicat « ÊTRE SOUS X », mais plus souple et déformable que dans le cas de SUR. Cette déformabilité est sensible dans cette série d’exemples : 15
  • 9. Pierre CADIOT [24] Jean est sous l’arbre Jean est dans la zone projetée au sol par le feuillage et/ou la ramée de l’arbre [25] Le cercueil est sous l’arbre Le cercueil est dans la terre dans une zone approximativement délimitée par l’arbre4 [26] Vingt mille lieux sous les mers « Les mers » sont profilées comme surface (et en même temps thématisées comme la région intérieure ainsi délimitée). On peut pointer cinq types expérientiels en ressemblance de famille : – position basse : sous l’armoire, sous les nuages ; – couverture/protection : sous la couette ; (objet enfoui) sous la neige ; sous une même formule ; – exposition : sous la pluie ; (marcher) sous la neige ; sous les regards ; sous les bombes ; sous la menace ; – inaccessibilité : sous terre ; sous le sceau du secret ; – dans la dépendance d’un état externe : sous surveillance ; sousDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université influence, sous la contrainte ; sous garantie5. Ces effets résultent d’un co-ajustement aux valeurs prises par les régimes de la préposition, et dans certains cas par l’élément introducteur (cf. l’exemple de la neige). Ensemble, ils évoquent les notions de couverture, de protection, d’inaccessibilité, d’exposition et de dépendance, à des degrés d’explicitation variables. Peut-on proposer, bien en deçà des valeurs directement spatiales ou physiques, un motif qui anticipe suffisamment sur tous ces exemples, et fonde leur affinité ? Parmi les notions évoquées, certaines se situent conceptuellement près d’un pôle topologique- schématique (surfaçage construit à partir du régime de la préposition, et dégagement d’un espace intérieur à partir de cette frontière) ; d’autres plus près d’un pôle que nous avons qualifié d’instructionnel (Cadiot 1999) : ce deuxième pôle regroupe des valeurs dynamiques, aspectualisées par une perspective quasi-praxéologique (pas de dynamique de sortie, ouverture bloquée), elle-même indexée sur l’ambivalence de la situation (couverture vs exposition). Articulant ces deux pôles, la frontière, qui reste séparée de l’espace intérieur, est bien l’expression configurationnelle du blocage et de son ambivalence. Comme dans le cas de SUR, ce motif complexe se rencontre diversement profilé et stabilisé : par valorisation, spécification, ou au contraire inhibition, retrait, « aspectualisation » de telle ou telle des valeurs qu’il unifie. 16
  • 10. Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle 2.4. Le cas de CONTRE Notons pour commencer les quatre types expérientiels suivants : – proximité avec contact : être assis contre un mur, ci-contre, tout contre – opposition (conflit) : être contre le mur de Berlin, contrarier, contre toute attente – échange : troquer sa vieille bagnole contre une mobylette – proportion (comparaison) : vingt films médiocres contre un bon. Considérons alors le doublet suivant : [27] Max s’est heurté contre le poteau Max s’est heurté au poteau Avec contre, on a le sentiment que le poteau est « actif », qu’il réagit comme une contre-force. Ce sentiment est tout à fait absent de Max s’est heurté au poteau. On retrouve le même effet interprétatif de contre-force dans la rubrique « échange », où contre s’oppose à pour :Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université [28] Max donne un briquet (contre + pour) un couteau de poche Max reçoit un briquet (*contre + pour) un couteau de poche À la différence de pour, la bonne occurrence de contre (avec le verbe donner) correspond à l’évocation d’une activité positive (orientée comme une contre- force, une contre-activité) du receveur. La passivité d’un état de réception invalide contre (cf. Cadiot, 1991). On retrouve aussi ce phénomène à la rubrique « opposition » : [29] Léa a de l’antipathie/aversion/inimitié (pour + *contre) Jules Léa entre en compétition contre ses amies Contre est impossible en dépit des vraisemblances lexicales qui font de l’antipathie, de l’aversion et de l’inimitié des sentiments adversatifs. L’inacceptabilité de contre dans ces contextes traduit là encore le fait que l’individu visé par ces sentiments n’est supposé exercer aucune contre-force. Le contraire est vrai avec « entrer en compétition ». En résumé, nous pourrions tout simplement proposer pour contre un motif instituant l’affinité du rapprochement et de l’opposition (prise, très en amont, en un sens plus ouvert qu’un jeu déclaré de force et contre-force : plutôt, donc, une forme de mise en regard « oppositive »). Ce motif est jusqu’à un certain point récupérable dans le cadre d’un schématisme de type kantien, qui serait capable d’imager dans une pluralité d’espaces (non nécessairement physiques) des catégories relationnelles de type « force ». Un tel motif-schème doit être modulé et spécifié suivant les profils : ainsi la valeur de contre-force, de même que la phase dynamique du rapprochement, 17
  • 11. Pierre CADIOT peuvent disparaître presque entièrement du profil (« se virtualiser ») ; mais elles subsistent comme motivation, précisément, i.e. sous forme « d’aspect », de « perspective » interne à la dynamique constituante, comme dans il y a un canapé contre le mur. De même, on peut admettre que la valeur de proximité se virtualise considérablement dans les emplois oppositifs (intenter une action contre X). 2.5. Le cas de DANS Que l’inclusion fasse partie du motif de dans n’étonnera sans doute personne. Mais comme l’ont abondamment souligné plusieurs auteurs, il s’agit d’une inclusion au sens d’une topologie générale, qui déjà dans le cas des emplois spatiaux n’est pas directement déductible des morphologies perceptives brutes. Il faut, pour étayer cette intuition de l’inclusion topologique dans le cas des emplois spatiaux, postuler la construction de régions et de bords fictifs (Talmy, 2000), qui puissent définir une enceinte, mais déjà éventuellement immatérielle, construite à partir du régime de la préposition, par exemple :Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université [30] la bague est dans la boîte, Anne est dans le train, les étudiants sont dans l’amphi, l’avion est dans le ciel, la grand-mère est dans le fauteuil, tu la trouveras dans la file d’attente, mon nom est dans la liste Le caractère configurationnel « fictif » de l’enceinte corrélée à dans se manifeste particulièrement dans les alternances suivantes : [31] les enfants jouent dans la rue (vs. sur le trottoir) les vaches broutent dans le pré (vs. les oiseaux sont posés sur le pré) les promeneurs marchent dans le désert (vs. sur la plage). On retrouve cette valeur d’enceinte fictive, i.e. d’inclusion au sens d’une topologie générale, dans la plupart des emplois non directement spatiaux : [32] il arrive dans la semaine, il a plu dans la nuit, il est dans la misère/ dans les nuages, dans le temps tout était plus facile, le billet coûte dans les cinq francs. En même temps, de nombreux auteurs (Berthonneau 1999, Leeman 1999, Vandeloise 1999, à qui sont empruntés la plupart de nos exemples) soulignent que l’inclusion n’est pas la seule valeur fondamentale en cause. Dans entretient une affinité immédiate avec la dépendance, le contrôle, la causalité : [33] l’enfant est dans les bras ; ?les fleurs sont dans le vase (mets les fleurs dans le vase !) ; l’ampoule est dans la douille (*la bouteille 18
  • 12. Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle est dans la capsule) ; dans sa chute, il s’est cassé la cheville ; dans l’histoire, j’ai tout perdu… Dans le cas des emplois spatiaux, on doit invoquer une relation contenant/ contenu, qui intègre précisément inclusion et dépendance. Le bord topologique du contenant fonctionne alors comme une contrepartie configurationnelle de cette dépendance. C’est sans doute pour cette raison (la prégnance de la notion de dépendance à construire, ou encore de dépendance pour un état de phase) que la mise en jeu de l’inclusion obéit à des contraintes spécifiques. On constate ainsi que les relations méréonymiques prévues analytiquement dans les notions se concilient mal avec dans : [34] *les reins sont dans l’homme *le lapin est dans le pâté *le volant est dans la voiture (sauf s’il est sur le siège arrière ! On peut dire de même : il y a un volant dans une voiture, car l’opération thétique du il y a, et l’emploi en promotionDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université générique, permettent de dissocier le volant avant de le réintroduire). Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Il semble donc que la relation d’inclusion portée par dans soit entièrement un effet de cette dynamique de mise en phase de la relation de dépendance. Elle peut d’ailleurs perdre entièrement sa contrepartie configurationnelle, ses contours, fictifs ou réels, et ne se traduire que par un phénomène d’attraction, voire de prégnance thématico-localisante, comme dans ces exemples très simples, mais rarement commentés : [35] Boire dans un verre Parlez dans le micro ! F. Lebas (1999) invoque une perspective comparable pour expliquer aussi les emplois, rares, qui semblent aller à l’encontre du schéma d’inclusion : [36] Elle repart dans trois jours (c’est-à-dire, justement, une fois révolu l’espace d’attente délimité par les trois jours !) Lebas propose que dans calibre de façon très générale un « geste d’insertion », opérant comme un aspect de la dynamique constituante. Ce « geste » serait alors calibré, soit par construction d’une inclusion ou d’un champ de force, comme dans la plupart des emplois, soit par mention de son terme, comme dans l’exemple précédent. En résumé, nous ne voyons aucune raison de traiter comme secondaires, dérivées, ou tardives certaines de ces dimensions plutôt que d’autres : inclusion topologique avec bornage, contrôle et dépendance, aspect 19
  • 13. Pierre CADIOT d’insertion (non pré-constituée). Elles font toutes partie du motif central de dans, qui instaure entre elles une affinité, une transaction constituante, que chaque profil observé remanie à sa façon. L’inclusion n’en est donc qu’une dimension, sans doute plus écliptique qu’on ne croit, comme l’indiquent les exemples suivants où l’on observe une certaine difficulté à stabiliser à chaque fois un espace bien défini qui supporte le schème topologique de l’inclusion. [37] Dans sa chute, il s’est cassé la cheville Dans son élan, il a renversé la chaise Ce livre est intéressant dans sa démarche Les étudiants, dans leur majorité, attendent de profonds changements Marie est modeste dans sa mise Cela me confirme dans mes soupçons Paul a été juste dans sa critique Paul est embarrassé dans ses gestes Pourquoi cette difficulté ? A des degrés divers, l’une des fonctions de dans (profiler une inclusion en vue de son installation dans la thématique) sembleDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université se doubler ici d’une autre, que l’on pourrait dire prédicative, car elle consiste Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université à connecter deux prédications, en prélevant pour ainsi dire l’une sur le fond de l’autre. Selon cette analyse, dans son élan, il a renversé la chaise se décompose en p1 : il a renversé la chaise et p2 : (la dynamique de) son élan a renversé la chaise. De même, ce livre est intéressant dans sa démarche se décompose en p1 : ce livre est intéressant, et p2 : la démarche de ce livre est intéressante. Semblable en cela à un mécanisme fond/forme, le phénomène est celui d’une prédication de p1 sur fond de p2, où p2 inclue bien p1, mais comme dupliqué et saisi dans un « état de phase » différent. Il s’agit là d’un phénomène très général (cf. Cadiot, 2000). Le schème d’inclusion topologique opère entre p1 et p2, mais se trouve déstabilisé par un processus analogue à une prédication seconde, qui transforme l’inclusion en une relation de type fond/forme, et plus précisément en une relation de « prélèvement », de « repérage » qualifié de p1 par rapport à p2. L’inclusion se trouve réduite à l’état de motif instable de la dynamique de thématisation en cours, ou alternativement fait retour dans une perception qualitative d’absorption de p1 dans le fond p2 6. Ces quelques observations sur ces « prépositions spatiales » d’excellence que sont SUR, SOUS, CONTRE, DANS suffisent sans doute, non à démontrer, mais au moins à faire comprendre notre propos. La thèse principale de ce texte peut encore se résumer comme suit : (i) pas de privilège des emplois spatiaux ou physiques, et donc pas de doctrine du transfert de sens, figuré ou métaphorique, (ii) recherche de motifs grammaticaux, c’est- à-dire de modes de donation et d’appréhension qui soient immédiatement 20
  • 14. Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle disponibles dans toutes les régions de l’activité de langage, (iii) refus d’une réduction de ces motifs à leur expression configurationnelle, qui n’en est qu’un versant, et (iv) interprétation de ces motifs comme des « germes » instables, aptes à se stabiliser en syntagme par reprise au sein de dynamiques de « profilage » qui ne leur sont pas immanentes. 3. Conclusion Ainsi, il apparaît que la signification (emic) des prépositions n’a pas à être formulée à partir de propriétés référentielles, ou spatiales. Elle peut, il est vrai, se formuler en types expérientiels (mais d’une expérience qui n’est que par la langue), c’est-à-dire en termes de profils génériques qu’il est souvent possible de présenter selon le modèle de la ressemblance de famille. Mais on peut dégager en même temps des motifs, des noyaux de dimensions partagées d’un emploi à l’autre, parce que constituées comme affines par chaque préposition. Ces motifs peuvent alors soutenir une hypothèse monosémique récurrente à travers les divers types expérientiels, à condition de ne pas en avoir une vue immanentiste : c’est-à-dire à condition de ne pasDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université en faire des principes auto-suffisants, produisant par simple déformation interne la variété des profils où ils se trouvent engagés. Nous avons vu que ces motifs, qui comportent évidemment des dimensions configurationnelles, ne s’y réduisent pas, et du reste entrent avec difficulté dans la continuité du schématisme kantien. Ils contribuent systématiquement au profilage des vues ouvertes par la parole, que ce soit au niveau du syntagme, de la phrase ou de l’énonciation : ce par quoi ils relèvent bien de la grammaire. Ils ne remplissent pas leur fonction par transfert de sens, sens figuré ou autres, mais comme des unités immédiatement disponibles en toute région de l’expérience. Il est par ailleurs difficile de les qualifier d’invariants : le terme renvoie à une problématique dont nous voulons justement dépasser les apories. Ce sont des unités de couplage, hautement instables, entre des dimensions qui n’apparaissent comme hétérogènes qu’à d’autres niveaux de stabilisation. Ces unités sont construites, non pas seulement par abstraction, mais aussi par des processus analogues à des synesthèses : des systèmes de transactions, de renvois multiples entre valeurs qui s’entre-expriment, ce qui est une clé essentielle pour comprendre la variété des profils obtenus. C’est en oubliant ce caractère transactionnel que l’on tombe dans les réductions configurationnelles. La théorie de la grammaire aura connu ainsi deux involutions antagonistes, mais comparables sous ce rapport : celle de l’autonomie de la syntaxe, puis celle de l’autonomie des structures configurationnelles en sémantique (icônes à la Langacker)7. Ces théories (en fait surtout la seconde) sont des analogues, en linguistique, de celles qui 21
  • 15. Pierre CADIOT en psychologie de la perception, présentent le rapport à l’espace comme une saisie de morphologies pures, et la catégorisation perceptive des objets comme le déclenchement d’un invariant construit seulement, ou d’abord, à partir de ces morphologies. S’il nous fallait pointer, au contraire, vers une théorie de la perception qui soit en affinité avec cette approche, nos choix se porteraient (si elle existe) sur une théorie motrice et intentionnelle de la perception, une théorie sémiotique et transactionnelle de l’espace, constituée par la saisie concomitante de valeurs aspectuelles, praxéologiques, subjectives, axiologiques. NOTES 1. La deuxième partie de ce texte (de loin la plus importante) est une reprise légèrement remaniée d’un chapitre du livre Cadiot & Visetti (2001). Je remercie vivement Yves-Marie Visetti dont la contribution à ce texte est à tous égards décisive. 2. Cf. bien sûr en français aussi le ciel est bas, le ciel est menaçant, le ciel est par-dessus les toits, monter au ciel… ! 3. Les valeurs topologiques sont d’autant plus fondamentales qu’elles ne sontDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université pas vraiment localisatrices par elles-mêmes, ce qui se traduit jusque dans les emplois Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université spatiaux des prépositions. Comme l’ont montré tous les travaux sur la question (y compris ceux de Talmy ou Langacker), les prépositions en emploi spatial ne contraignent pas absolument l’organisation des lieux : elles construisent plutôt des repères régionaux, qui restent fortement sous-spécifiés. 4. Exemples empruntés à Vandeloise (1986) et Lang (1991). 5. Cf. Anscombre (1992), Kotschi (1998). Ainsi la mauvaise adéquation de ?la table est sous le livre (déjà signalée in Vandeloise, 1986) procède d’une combinaison de ces critères : bien qu’en position basse, la table n’est pas configurée comme couverte, inaccessible, plus généralement dépendante du livre pour son accès. De même, si l’on dit plutôt d’un nageur qu’il est sous l’eau, mais d’un poisson qu’il est dans l’eau, c’est sans doute par allusion à une certaine dépendance de l’homme par rapport à la surface (remarque de B. Victorri). 6. D’autres phénomènes peuvent également se manifester : ajustement « méréonymique » du profil de p1 en relation avec une « partie » de p2 (ce livre est intéressant dans sa démarche ajuste l’un à l’autre livre et démarche… de même Paul a été juste dans sa critique synthétise Paul et sa critique …) ; étirement du sens des prédicats entre valeurs absolues (juste, intéressant) et valeurs relatives (juste dans sa critique, intéressant dans sa démarche). On pourra comparer avec d’autres exemples (pris à Kleiber, 1996) comme les pieds (les chaussures) mouillé(e)s, les garçons couraient sous la pluie, ou les pattes en sang, le chien aboyait à mort. Des changements de « phase » analogues interviennent, qui facilitent cette fois la transformation de relations non immédiatement méréologiques (pieds ou chaussures/garçons, pattes/chien) en relations de cadrage circonstanciel corrélé à une anaphore associative. Là encore dans une vaste littérature, signalons l’article initiateur de B. Fradin (1984). 22
  • 16. Schémas et motifs en sémantique prépositionnelle 7. Langacker pourrait répondre que ses diagrammes doivent être compris en liaison avec des routines cognitives qui les exploitent. T. Regier (1992) avait ainsi modélisé les valeurs configurationnelles associées à un certain nombre de prépositions (de l’anglais, du russe) à partir de processus de diffusion déclenchés au niveau des trajecteurs et des repères impliqués : par exemple, l’inclusion A ⊂ B s’évalue en déclenchant une diffusion d’activité à partir de A, dans l’espace topologique adéquat ; selon que l’activité parvient ou non au cadre délimitant la scène, i.e. selon que le bord de B comporte ou non des lacunes qui laissent passer cette activité, l’inclusion n’est pas, ou est, prédicable. Une telle routine cognitive définirait effectivement la relation du « système » à l’inclusion topologique, que le diagramme ne fait que figurer. Nous répondrions à notre tour : sans doute y a-t-il ainsi relation, mais c’est une relation unique et homogène, non qualifiée et co- constituée par quoi que ce soit d’autre. RÉFÉRENCES ANSCOMBRE J.-C., 1992, « Sur/sous, de la localisation spatiale à la localisation temporelle », Lexique 11, Presses Universitaires de Lille, p. 111-145.Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université BERTHONNEAU A.-M., 1998, « Espace et Temps : quelle place pour la métaphore ? », Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Verbum XX, 4, p. 353-382. BERTHONNEAU A.-M., 1999a, « Prendre Marie par la main / le couteau par le manche, ou comment PAR joue la partie », in D. AMIOT, W. DE MULDER, N. FLAUX & M. TENCHÉA (éds.), Fonctions syntaxiques et rôles thématiques, Presses Université d’Artois. BERTHONNEAU A.-M., 1999b, « À propos de dedans et de ses relations avec dans », Revue de Sémantique et pragmatique, 6, p. 13-41. CADIOT P., 1991, De la grammaire à la cognition, la préposition POUR, Paris, Éditions du CNRS. CADIOT P., 1997, Les prépositions abstraites en français, Paris, Armand Colin. CADIOT P., 1999, « Espace et prépositions », Revue de Sémantique et pragmatique, 6, p. 43-70. CADIOT P., 2000, « La préposition comme connecteur et la prédication seconde », Langue française 113. CADIOT P., TRACY L., 1997, « On n’a pas tous les jours sa tête sur les épaules », Sémiotiques, 13, p. 105-122. CADIOT P. , VISETTI Y. M., 2001, Sémantique et théorie des formes : motifs, profils, thèmes, Paris, PUF. DENDALE P., DE MULDER W., 1997, « Les traits et les emplois de la préposition spatiale sur », Faits de Langue, 9, p. 211-220. FRADIN B., 1984, « Anaphorisation et stéréotypes nominaux », Lingua, 64, p. 325- 369. FRANCKEL J.-J., LEBAUD D., 1991, Les figures du sujet, Paris, Ophrys. FRANCKEL J.-J., PAILLARD D., 1997, « Représentation formelle des mots du discours : le cas de D’ailleurs », Revue de Sémantique et de Pragmatique, 1, p. 51-64. 23
  • 17. Pierre CADIOT FRANCKEL J.-J., PAILLARD D., 1998, « Les emplois temporels des prépositions : le cas de sur », in Variations sur la référence verbale, Cahiers Chronos 3, p. 199- 211. GOUGENHEIM G., 1950, « Valeur fonctionnelle et valeur intrinsèque de la préposition “en” en français », Grammaire et Psychologie, Paris. GUILLAUME G., 1975, Le Problème de l’article et sa solution dans la langue française, Paris, Nizet. [19191] GUILLAUME P., 1979-1937, La psychologie de la forme, Paris, Flammarion. GUIMIER C., 1978, « EN et DANS en français moderne : Étude sémantique et syntaxique », Revue des langues romanes, 83, Montpellier III, p. 277-306. KLEIBER G., 1996, « Anaphores associatives méronymiques : définitions et propriétés », Lexikalische Analyse romanischer Sprachen, 353, p. 51-62. KOTSCHI T., 1998, « Zu Syntax und Semantik von Zirkumstanten der Struktur sur/ sous NP » Neuere Beschreibungsmethoden der Syntax romanischer Sprachen, Romanistisches Kolloquium XI, Tübingen, G. Narr Verlag, p. 255-279. KWON-PAK S.N., 1997, Les prépositions spatiales : sur quelques emplois de la préposition PAR, Thèse de Doctorat en Sciences du Langage, Université Strasbourg 2. LANG J., 1991, Die französischen Präpositionen, Funktion und Bedeutung,Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université Heidelberg, C. Winter Universitätsverlag. Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h14. © De Boeck Université LANGACKER R., 1987, 1991, Foundations of Cognitive Grammar, 2 vol., Stanford, Stanford University Press. LANGACKER R., 1999, Grammar and Conceptualization, Berlin/New-York, Mouton de Gruyter. LEBAS F., 1999, L’indexicalité du sens et l’opposition « en intension » / « en extension » , Thèse de Doctorat, Université Paris 8. LEEMAN D., 1997, « Sur la préposition EN », Faits de Langue, 9, p. 125-144. LEEMAN D., 1999, « Dans un juron, il sauta sur ses pistolets. Aspects de la polysémie de la préposition dans », Revue de Sémantique et de pragmatique, 6, p. 71-88. LINDSTROMBERG S., 1997, English Prepositions explained, Amsterdam, J. Benjamins. REGIER T., 1992, The acquisition of lexical semantics for spatial terms : A connectionist model of perceptual categorization, Phd., Berkeley, TR-92-062. TALMY L., 2000, Towards a Cognitive Semantics, 2 vol., Boston, MIT Press. VANDELOISE C., 1999, « Quand dans quitte l’espace pour le temps », Revue de Sémantique et pragmatique, 6, p. 145-162. VANDELOISE C., 1986, L’Espace en français, Paris, Le Seuil. VANDELOISE C., 1992, « Quand le silence prend la parole », in Hommages à Nicolas Ruwet, Communication & Cognition, p. 634-639. VICTORRI B., 1999, « Le sens grammatical », Langages, 136, p. 85-105. VICTORRI B., FUCHS C., 1996, La polysémie – construction dynamique du sens, Paris, Hermès. VISETTI Y. M., CADIOT P., 2000, « Instabilité et théorie des formes en sémantique – pour une notion de motif linguistique », T.L.E., 18, Université Paris 8, p. 137- 169. WEINRICH H., 1989, Grammaire textuelle du français, Paris, Didier/Hatier. 24

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