Sfsic14 140604-proulx

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L’injonction à participer à l’ère numérique
Serge Proulx
Université du Québec à Montréal
Télécom ParisTech
http://www.sergeproulx.info

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  • - Action de Facebook: 38$ (15 mai 2012) / 17,55$ (4 sept 2012) : Perte = - 54% / 24$ le 31 mai 2013 / 58.94$ le 17 avril 2014
  • Source: E. MOROZOV, To Save Everything, Click Here, PublicAffairs, 2013 / http://www.internetactu.net/2013/03/27/la-technologie-est-elle-toujours-la-solution-12-le-biais-de-linternet-centrisme/
  • - E. Benveniste, Problèmes de linguistique générale, 1966, Paris, Gallimard, p. 269 : Subjectivité = ‘capacité du locuteur à se poser comme sujet’ (Benveniste, 1966)
    - Le capital fixe (actifs corporels ou incorporels) aujourd’hui = quantité toujours plus grande de connaissances (numérisables) facilement accessibles via les TIC
  • Sfsic14 140604-proulx

    1. 1. LL’’injonction à participerinjonction à participer à là l’’ère numériqueère numérique Serge Proulx Université du Québec à Montréal Télécom ParisTech http://www.sergeproulx.info
    2. 2. SommaireSommaire Participer à l’ère numérique ◦ Deux mouvements contradictoires ◦ Constats – questions – orientations analytiques Technologies, vecteur d’aliénation ◦ ‘Solutionnisme technologique’ ◦ Du droit de ne pas être balisés par les technologies Technologies, vecteur d’émancipation ◦ Des communs informationnels ◦ La forme contribution Conclusion: une puissance d’agir fragile et paradoxale
    3. 3. Participer à l’ère numériqueParticiper à l’ère numérique Deux mouvements contradictoires avec l’emprise actuelle d’Internet et des technologies numériques: ◦ TOP-DOWN: Concentration du pouvoir et domination de méga-groupes médiatiques oligopolistiques et de Géants de l’Internet (aliénation /société de contrôle/surveillance) ◦ BOTTOM-UP: Production coopérative de communs informationnels et usages sociaux de ceux-ci (Aigrain 2005) (émancipation/ culture de participation/économie du partage)
    4. 4. Participer à l’ère numériqueParticiper à l’ère numérique CONSTATS: ◦ La promesse d’une société en réseaux s’est muée en l’instauration d’une société de contrôle ◦ La dissémination des technologies invisibles / ubiquitaires nous oblige à reconsidérer la problématique de l’appropriation des TIC ◦ Injonction à la participation: nous apparaissons contraints de participer alors que ces gestes ‘participatifs’ sont tracés/captés par entreprises propriétaires (contraintes techniques et logicielles des plateformes)
    5. 5. Participer à l’ère numériqueParticiper à l’ère numérique CONSTATS: ◦ Injonction à la participation sur Internet:  Culture participative (Jenkins & al. 2009)  Crowdsourcing (Howe 2006)  Producteur-usager (produser : Bruns 2008)  Participation des amateurs (pro-am : Leadbeater & Miller 2004)  Économie du partage (sharing : Aigrain 2012) ◦ Cette injonction est simultanément BOTTOM-UP et TOP-DOWN (re: UGC) ◦ Cette injonction est partie prenante au fonctionnement d’un capitalisme informationnel
    6. 6. Participer à l’ère numériqueParticiper à l’ère numérique QUESTION: ◦ À quelles conditions peut-on prétendre à la consolidation d’une «culture de participation» qui soit réellement émancipatrice dans cette « société de contrôle » ?
    7. 7. Participer à l’ère numériqueParticiper à l’ère numérique ORIENTATIONS ANALYTIQUES: ◦ Penser le phénomène technique contemporain comme intriqué simultanément dans des processus de domination (aliénation) et d’émancipation ◦ Défi épistémologique et politique: penser ensemble les processus de domination et d’émancipation – ils sont liés et participent d’une totalité – penser ce qui est à la racine, au fondement de cette totalité ◦ Piste analytique retenue: situer ces processus comme partie prenante du fonctionnement d’un capitalisme informationnel – une tendance dans la transformation du capitalisme contemporain – saisir le rôle primordial des TIC dans cette totalité
    8. 8. TransformationsTransformations du capitalisme contemporaindu capitalisme contemporain • Pénétration massive des technologies numériques dans l’organisation industrielle mondialisée • Réaménagement en profondeur de l’organisation du travail: entreprise en réseaux, flexibilité, postfordisme • Industries fondées sur la propriété du code (logiciels; médias; pharmaceutiques; industries culturelles) / code informatique devient industriellement névralgique • Mathématisation du monde: un monde organisé, contrôlé sous l’emprise des algorithmes • Ex. algorithme PageRank permet à Google de capter et d’accumuler les pages des internautes, de diffuser des hiérarchies de visibilité à la source d’une nouvelle valeur économique sur Internet
    9. 9. Un « capitalisme informationnel » :Un « capitalisme informationnel » : quatre sources de création de la valeurquatre sources de création de la valeur A) Captation et monétisation du travail informationnel d’internautes = producteurs de contenus (UGC) + fournisseurs de données (data) B) Création de valeur sur les marchés financiers (lors de leur introduction en bourse)  Évaluation des entreprises Internet exagérée au regard des bénéfices annuels attendus:  Zynga: 50 fois ses bénéfices attendus / Facebook: 40 fois / Groupon: 27 fois / Google: 15 fois C) Délocalisation des actifs immatériels (brevets, licences) ds pays à impôt faible(Irlande) + exige après coup redevances des succursales
    10. 10. Un « capitalisme informationnel » :Un « capitalisme informationnel » : quatre sources de création de la valeurquatre sources de création de la valeur  D) Nouvelle source de plus-value (à côté de la force physique) dans l’organisation du travail en entreprises => travail immatériel (« production de soi » du travailleur mis au service du capital) (‘capitalisme cognitif’) • Appropriation capitaliste d’éléments de personnalité des travailleurs incluant capacités cognitives, expressives, affectives • Captation de la subjectivité des travailleurs • « Subjectivité paradoxale » = adaptation vs subversion • Articulation incertaine entre travail immatériel et marchandise (Gorz 2003) • Nouveaux clivages géopolitiques Nord / Sud: capitalisme de l’invention (informationnel) vs capitalisme de la reproduction (industriel) (Lazzarato 2004)
    11. 11. GLOSSAIREGLOSSAIRE SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE La société de contrôle (Deleuze 1990) s’emboîte dans la société disciplinaire (Foucault 1975) Limites de la métaphore panoptique avec prégnance des technologies ubiquitaires (réseaux sans-fil, téléphonie mobile) Ces technologies font basculer les frontières travail/vie privée/ sphère publique La société de contrôle s’instaure avec technologies numériques (traçabilité/captation, géolocalisation) Coveillance (entre surveillés) / Sousveillance (des surveillés à l’endroit des surveillants)
    12. 12. GLOSSAIREGLOSSAIRE SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE Le système économique disperse les forces de travail => requiert de nouvelles modalités de surveillance et de contrôle ‘à l’air libre’(Deleuze) Le contrôle continu devient moins visible (technologies numériques invisibles / traçage- captation-computation via bases de données) La subjectivité: autant un îlot de résistance qu’un élément de manipulation, voire une source du contrôle (Leclercq et Isaac 2013) Communication: passivité des individus jamais sujet dans la communication (panoptique) VS participation active dans les flux (Soc. Contrôle)
    13. 13. GLOSSAIREGLOSSAIRE ALIÉNATION ◦ L’aliénation de l’ouvrier signifie que « son travail existe en dehors de lui, indépendamment de lui, étranger à lui, et devient une puissance autonome vis-à-vis de lui, que la vie qu’il a prêtée à l’objet s’oppose à lui, hostile et étrangère » (K. Marx, Manuscrits de 1844, p. 58) ◦ « Parler d’aliénation (…) c’est juger le présent ou l’actuel dans l’éclairage axiologique d’un futur ou d’un possible meilleur […] (cette) valeur c’est précisément l’idéal de l’émancipation… » (Y. Quiniou, 2006, p. 86) ◦ La notion d’aliénation = mixte description et normativité ◦ Combattre l’aliénation suppose une maîtrise de soi qui ne s’appuie surtout pas exclusivement sur la technologie (Rosa, 2010)
    14. 14. GLOSSAIREGLOSSAIRE ÉMANCIPATION SOCIALE / POLITIQUE ◦ Comment briser le ‘cercle vicieux de la domination’? En se donnant un ‘horizon d’émancipation’ (utopie) ◦ L’émancipation – personnelle et collective – est anticipation de nouveaux mondes possibles ◦ Le défi de toute émancipation est de retourner une faiblesse en force (Bensaid 2011) ◦ Affirmer sa puissance d’agir / Avoir confiance dans sa capacité d’invention individuelle et collective (empowerment) : résister / expérimenter / désobéir / se solidariser ◦ Penser politiquement c’est penser historiquement (Bensaid 2011)
    15. 15. Technologies, vecteurTechnologies, vecteur d’aliénationd’aliénation
    16. 16. « « Solutionnisme technologiqueSolutionnisme technologique » » (E. Morozov,(E. Morozov, To Save Everything, Click Here,To Save Everything, Click Here, 2013)2013) Le « Culte de l’Internet » (Breton 2000) induirait un modèle de société dans lequel la technologie semble pouvoir tout solutionner Traduire tout problème humain complexe par des équations logiques simples (algorithmes) qui trouvent des « solutions efficaces » au moyen d’applications technologiques « facilement utilisables »
    17. 17. « « Solutionnisme technologiqueSolutionnisme technologique » » Or, qu’en est-il des changements d’humeur, des oublis, des incohérences, des ‘parti pris’ qui constituent les vies concrètes des sujets humains? Illusion d’une « vie lisse » complètement rationnelle, cohérente où ‘des machines intelligentes prolongent le cerveau et le corps des individus’ Toute solution serait une affaire d’algorithmes => refus d’envisager les problèmes humains dans leur profondeur psychologique, institutionnelle ou philosophique
    18. 18. Du droit de ne pas être balisés par lesDu droit de ne pas être balisés par les technologies intelligentestechnologies intelligentes Or, l’existence est faite du droit à l’oubli, du droit de ne pas savoir, du droit de pouvoir changer d’avis, du droit de ne pas avoir en permanence les mêmes désirs, les mêmes envies Nous devons avoir le droit d’être inconsistant et même d’être incohérent (Kolakowski 1964) Transformation de l’univers numérique: ◦ Dispositifs plus intelligents (ambiant intelligence) ◦ Pouvoir invisible des algorithmes ancrés ◦ Pénétration des technologies numériques invisibles
    19. 19. Du droit de ne pas être balisés par lesDu droit de ne pas être balisés par les technologies intelligentestechnologies intelligentes Danger d’enfermer notre imagination et notre pouvoir de création dans les sentiers déjà balisés par les technologies intelligentes Les machines ne prennent pas nécessairement les bonnes décisions / élimination du temps humain de délibération et de réflexion L’efficacité technique n’est pas toujours une qualité Danger d’une externalisation de nos décisions morales / réduction responsabilité Nos transactions dépendent tj davantage d’une infrastructure de communications M2M
    20. 20. Aliénation à l’Aliénation à l’ère numérique:ère numérique: perte du rapport à soi?perte du rapport à soi? Prolifération des réseaux socionumériques = culture du bavardage en ligne / emprise du banal Obsession de la présentation de soi / injonction à un « marketing de soi » Audienciation de soi : narcissisme / réputation / reconnaissance Surcharge informationnelle / cognitive = perte de repères solides pour bien cartographier l’information et « faire sens » de tous ces messages Fragmentation de l’information / valorisation communication > transmission (Debray)
    21. 21. Technologies, vecteurTechnologies, vecteur d’émancipationd’émancipation
    22. 22. Des communs informationnelsDes communs informationnels Commun: « Condition critique pour créer un commun = décision d’une communauté de s’engager dans des pratiques sociales visant à gérer une ressource pour le bénéfice de tous » (Bollier 2014) Communs fonciers (terres, pâturages, forêts, ressources hydrauliques) (Ostrom 1990) Communs informationnels: la ressource est de nature intangible – ex. bases de données numériques à accès partagé constituées d’informations scientifiques ou techniques – encyclopédies en ligne (Wikipedia)(Coriat 2013)
    23. 23. Des communs informationnelsDes communs informationnels  Des ressources constituées de biens non rivaux et (généralement) non exclusifs: la consommation d’une information par un individu donné ne prive et n’exclut aucun autre de cette consommation – plus elle est partagée plus elle sera augmentée et enrichie  Les droits de propriété intellectuelle (droit d’auteur, brevet) rendent nécessaire l’instauration d’un nouveau type de droits: Ex. Copyleft – licence GPL-GNU – Creative Commons  La gouvernance des communs informationnels est orientée d’abord vers leur enrichissement et leur multiplication et non vers la conservation Ex. « règles d’additionalité »: commun de logiciels libres – Wikipedia (validation des ajouts) (Coriat 2013)
    24. 24. Des communs informationnelsDes communs informationnels  Le capitalisme informationnel contient potentiellement une négation de la logique de marché / difficulté à faire fonctionner la connaissance comme un capital (Gorz 2003)  La valeur des marchandises à fort contenu immatériel est fixée par une création artificielle de rareté (brevetage, branding, propriété intellectuelle)  Les créations cognitives, esthétiques a priori en dehors de l’économie sont ici captées et monétisées par les entreprises de l’Internet = Monétisation de l’intelligence collective (Lazzarato 2004)
    25. 25. Des communs informationnelsDes communs informationnels Tragédie des anti-communs: obstacles à la libre circulation conduit à la réduction des capacités d’innovation (Heller, Eisenberg 1990) Résister à la transformation de l’information en marchandise suscitée par les droits de propriété intellectuelle (Aigrain 2005) Open Publishing: rétablir les règles de l’open science (contexte de brevetabilité élargie et d’édition scientifique inéquitable pour auteurs) Open Access: rétablir le caractère non rival de l’information (Coriat 2013)
    26. 26. La forme contributionLa forme contribution PREMIÈRE DÉFINITION: « …(ensemble des) participations de contributeurs librement investis dans l’activité et qui acceptent de coopérer et de diffuser leurs connaissances sans attendre de contrepartie sous la forme d’un équivalent monétaire. » (Beraud et Cormerais, 2011, p. 164)
    27. 27. La forme contributionLa forme contribution MOTIVATIONS DES CONTRIBUTEURS: Motivations hors du champ de l’intérêt économique (désintéressement) Acquisition d’expertises et de compétences Plaisir associé à la création d’un bien collectif Plaisir lié à la qualité des interactions entre participants / obligation vis-à-vis une communauté devenue milieu intégrateur Autocréation d’un « capital de réputation » / reconnaissance par les pairs Figures emblématiques: amateur, « pro-am »
    28. 28. La forme contributionLa forme contribution EXEMPLES de pratiques contributives: Logiciel libre: accès code informatique Web social: création de contenus UGC, partage de connaissances, d’expériences, recommandations par les pairs Wikipedia: encyclopédie collaborative Tela Botanica: connaissances botaniques coproduites par amateurs + pros FabLabs / Hackerspaces / Coworking
    29. 29. La forme contributionLa forme contribution Enjeux de ces espaces contributifs: Lieux militants, institutionnels, entrepreneuriaux Ré-orientation des processus de production (production par les pairs / communs) Ré-articulation des relations entre producteurs et consommateurs Transformation des capacités d’apprentissage (individuelles et collectives) Nouveaux modèles de la propriété intellectuelle et de l’échange et du partage (Bottolier-Depois 2012)
    30. 30. Une puissance dUne puissance d’’agiragir fragile et paradoxalefragile et paradoxale Quelle puissance d’agir des citoyens à l’ère du numérique? Quelle force démocratique pour des ‘sujets citoyens qui communiquent en réseau’? Fragilité paradoxale des subjectivités dans un capitalisme informationnel Ce mode de production a besoin de capter et monétiser la force expressive des contributeurs pour créer de la valeur Simultanément, le déploiement de cette intelligence expressive et collective constitue une potentialité subversive Contributions, partage, communs: des expérimentations sociales concrètes vers un monde non exclusivement marchand?

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