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Histoire de ma transformation numerique

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Histoire de ma transformation numerique

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Histoire de ma transformation numerique

  1. 1. 1 L’histoire de ma transformation numérique Document sous licence Creative Common CCBYSA 1er appareil photo numérique inventé par Kodak L’exemple de Kodak montre donc qu’une entreprise meurt non pas d’avoir ignoré une innovation de rupture (c’est rarement le cas) mais d’avoir été empêchée d’agir pour la développer, malgré sa bonne volonté et la conscience du danger, en raison même du succès de son activité dominante. L’échec de l’innovation de rupture résulte donc d’un conflit de modèle d’affaire entre l’ancien et le nouveau, théorisé depuis sous le nom du « dilemme de l’innovateur ». L’entreprise est prisonnière de son modèle d’affaire. Le numérique transforme tous les secteurs industriels dont celui des transports. L’automobile n’est pas née d’une évolution de la calèche mais d’une multitude d’industrie qui se sont alignées (automobile, pétrole, équipementier). Cette note se veut un support à de futurs échanges dans plusieurs domaines (communication, technique, stratégie, juridique). Elle vise en priorité à aider les structures publiques qui cherchent à accompagner au mieux les transformations en cours. « Puisque les processus d’innovation changent, il devient essentiel de revoir les dispositifs publics et privés de soutien à l’innovation ». Quelles industries s’inventent aujourd’hui ? Quelles sont celles qui vont mourir ? Comment réinventer son activité pour accompagner au mieux celles qui servent les objectifs environnementaux et de sobriété énergétique dans un monde numérique ?
  2. 2. 2 Table des matières Définitions pour bien se comprendre..................................................................................... 3 Un bon processus................................................................................................................. 3 Mon chemin .......................................................................................................................... 4 Donner à l’écosystème.......................................................................................................... 6 Pour mieux recevoir ….......................................................................................................... 8 Méthode « empirique » d’aide à la transformation individuelle et collective......................... 12 L’IC holomidale ................................................................................................................... 14 Et demain ?......................................................................................................................... 15
  3. 3. 3 Définitions pour bien se comprendre  Plateforme numérique : Qu’est ce qu’une plateforme numérique ?  Entrepreneur : Un entrepreneur est une personne qui entreprend un projet. Il peut être salarié dans une collectivité, une agence publique, un cluster, une entreprise, auto- entrepreneur ou au chômage. C’est une posture associée à des compétences pour agir dans l’incertitude et la complexité.  Ressources : ce sont des actifs matériels et immatériels utiles aux entrepreneurs pour valider leurs hypothèses, pour expérimenter, pour se développer : connaissances, réseau de personnes et de compétences, données, logiciels, matériels, moyens d’essais et de calcul, argent …  Effectuation : Pour agir dans l’incertitude et la complexité, un entrepreneur met en œuvre une démarche dite effectuale. En résumé, l’entrepreneur se forge une raison d’être et une vision long terme puis se fixe des objectifs à court terme en fonction des ressources (compétence, argent, réseau, techno, …) qu’il peut utiliser autour de lui immédiatement. Une fois exploitées, ces ressources lui permettent d’atteindre une 2ème étape, de valider certaines hypothèses et lui apporte une nouvelle série de ressources. Dans un monde numérique, l’effectuation s’est vue « outillée » d’une grande quantité de ressources inaccessibles auparavant. Un bon processus [source Blog de P.Silberzahn] « Le 11 mai 1997, Garry Kasparov est battu par Deep Blue. Pour la première fois, un champion du monde d’échecs est défait par une machine. Kasparov dira plus tard qu’il a été battu par un réveil matin sophistiqué, utilisant la force brute, mais il n’empêche, le coup est rude et le champion est sonné. Depuis, les ordinateurs ont fait des progrès et battu les champions humains de Go, un jeu nettement plus complexe où la force brute n’est pas opérante car le nombre de combinaisons est simplement trop grand pour être calculable. Kasparov n’en est pas resté là. Piqué au vif par la défaite, il s’est intéressé aux ordinateurs et a développé toute une nouvelle branche d’échecs, que l’on appelle les tournois hybrides. Dans ces tournois, plutôt que d’avoir des humains luttant contre des machines, ce qui n’a plus d’intérêt, ce sont des équipes d’hommes utilisant des ordinateurs qui luttent les unes contre les autres. Chacun est libre d’utiliser l’ordinateur comme bon lui semble. Là où cela devient intéressant, c’est quand on regarde ce que Kasparov a tiré comme leçon des tournois qu’il a organisés en regardant qui gagne ces tournois. Voici ce qu’il observe » : Un humain moyen + une machine moyenne + un bon processus est supérieur à un super ordinateur qui est lui-même supérieur à un humain expert + une machine + un mauvais processus Inclure le numérique, revient à chacun de trouver un bon processus et d’utiliser au mieux les machines disponibles autour de lui. Ce n’est plus une option, juste une nouvelle façon d’agir. Pour toute entreprise, cela touche à la fois le niveau individuel et en même temps le niveau
  4. 4. 4 collectif (service, équipe projet, direction, entreprise entière). Cette note tente de décrire les processus nouveaux mis en œuvre au niveau individuel et collectif. Mon chemin Ingénieur motoriste de formation, je n’ai aucune formation dans la mobilité ni dans le numérique. Ces 10 années m’ont permis de découvrir plusieurs filières industrielles en pleine mutation, d’y prendre une place singulière et d’apprendre de nouvelles façons de travailler. Après des années dans les domaines des moteurs et carburants, en 2007, le sujet de la prospective dans le domaine des Transports et Logistique, au global, se présente à moi. A ce moment, la prospective se résumait au pourcentage de véhicule électrique, au taux de biocarburant mélangé au pétrole et de savoir si l’hydrogène allait devenir un carburant. J’estimais avoir fait le tour de ces sujets moteur/énergie. Plusieurs lectures dont une Brève Histoire de l’Avenir1, Théorie des Sentiments Moraux2 et le Phénomène Humain3 me font changer complétement d’approche. Ma question devient : « En matière de prospective, que puis-je apporter d’utile aux acteurs ? Comment faire progresser le sujet dans son ensemble ?». Je cherche à identifier les acteurs et facteurs clés qui vont structurer le paysage du secteur des transports dans les 10 ans : le numérique s’impose. En 2008, pas d’Android, pas d’Uber, pas de Waze, pas de GoogleCar. Google est un moteur de recherche qui a une carte depuis 2 ans. Street view a un an comme l’IPhone. Covoiturage.fr futur Blablacar affiche 18000 trajets par semaine, Nokia est là, les constructeurs français vendent 70% de Diesel et sont persuadés que la Chine va devenir un grand marché à remplir avec leur voiture. Beaucoup de personne sont rencontrées en dehors du domaine des transports, pour apprendre et découvrir leur domaine pour formuler une série d’hypothèses à mesure que je découvre ces sujets. Ces hypothèses, je ne le sais pas encore, se révèleront d’une grande justesse et dépasse largement mes connaissances initiales et le cadre du secteur des transports. Ce sont les suivantes :  Le numérique va permettre une forte individuation tout en inventant des formes de reliance entre personne,  Le passage de l’objet Automobile aux Services de mobilité va s’engager,  Le renversement de la chaine de valeur va se produire des industries fordistes vers les industries numériques. 1 Jacques Attali, 2006, Fayard 2 Adam Smith, 1759 33 Pierre Teilhard de Chardin, 1955, Editions du Seuil
  5. 5. 5 Ces hypothèses sont détaillées dans mon premier article de blog, nommé MétaNote N°0, rédigé en 2008 et publié en 2009, issu d’une année d’échanges et de réflexion. Frédéric Mazzella (CEO Blablacar) a une employée, Laure, qui n’a que des autocollants pour se faire connaître. Personne ne croit que l’on va monter dans la voiture d’un inconnu. Georges Gallais, fondateur de VULog4, partage des voitures assez laides à Antibes que l’on peut géolocaliser et ouvrir avec un badge. Je propose le terme d’APM pour Assistant Personnel de Mobilité pour parler d’un outil de guidage temps réel. Cette vision est partagée avec les acteurs publics et privés, le Comité des constructeurs français d’automobiles. La réaction est immédiate : « vous êtes sérieux ? ». Première conférence organisée en 2009 à Sophia où nous abordons la Mobilité Servicielle, l’Open Data et la Gouvernance des mobilités grâce notamment au travail préalable de la Fing et Chronos sur ville 2.0. J’explore tous ces sujets en ouvrant un blog et en découvrant les débuts des réseaux sociaux. La suite est étonnante, tout se déroule comme imaginé : explosion des services, diffusion accélérée des smartphones, émergence des plateformes numériques, mise en tension des acteurs historiques puis plus récemment « éveil » de la Chine. Par contre, la vitesse des phénomènes avait été sous-estimée. En parallèle des sujets numériques et mobilités, deux autres sujets apparaissent importants vers 2012 : l’open source et l’intelligence collective. De nouveau, lectures, rencontres, productions de contenus et tissage avec les sujets numérique & mobilité. Ces 4 piliers [mobilités, numérique, open source, intelligence collective] forment désormais mon terrain de jeux, comme les couleurs primaires se combinent pour créer une palette. L’intelligence collective m’amène à ouvrir un autre blog, plus confidentiel car, à priori, plus éloigné des transports du futur. Pourtant en passant d’une filière industrielle à un écosystème d’acteurs hétérogènes, les transports du futur mettent en œuvre tous les champs de connaissance de l’intelligence collective : architecture invisible, individuation des citoyens et réseaux pair à pair, objets liens (dont l’open source apporte des éléments). Il devient essentiel de revoir nos approches collectives, la façon dont nous aidons les entrepreneurs et nos modes de création. En 10 ans, ce travail solitaire m’a permis de m’installer au cœur de l’écosystème des acteurs de la mobilité, des transports, tant au niveau des industriels que des laboratoires, des journalistes, des acteurs politiques, des collectivités, des associations et, plus que tout, des décideurs. Plusieurs outils numériques ont été utilisés pour infiltrer de nombreuses organisations mais c’est bien le contenu des articles, c’est-à-dire les idées et leur formulation, qui permet 4 Leader mondial des technologies pour l’autopartage
  6. 6. 6 d’apporter une valeur ajoutée aux acteurs, de se relier à de nombreux experts dans des domaines stratégiques et de construire une position influente. La mise en œuvre de ce dispositif numérique se construit dans la durée, dans une démarche horizontale. De nouveaux types de liens se créent avec des personnes ou des entreprises : échanges de connaissances, de compétences, conseils, informations, relais. En complément, l’enseignement dans plusieurs écoles (Ponts, Telecom ParisTech, ESTACA, Univ Nice) et auprès de l’APM m’oblige à rassembler toutes les pièces du puzzle pour faire les liens entre les domaines et montrer qu’il devient essentiel de casser les silos. Plus récemment devenir élu d’une commune de 10000 habitants m’a grandement aidé à comprendre de l’intérieur les difficultés de mises en œuvre d’une idée ou d’un projet « avec les moyens du bord ». En endossant ces différents rôles et points de vue, il s’agit d’avoir à la fois une vue la plus large possible sur les sujets et des pratiques concrètes, pour mieux comprendre toutes les parties prenantes. Donner à l’écosystème L’influence des Transports du Futur a été estimée, par une étude réalisée avec Ecairn en 2014, comme étant une des plus fortes parmi plus de 1200 influenceurs. Le numérique permet facilement et simplement de connecter plusieurs outils pour créer des synergies, pour amplifier la diffusion. Il ne s’agit pas d’atteindre le maximum de lecteurs mais d’être en relation avec un large spectre d’acteurs aux limites de la mobilité vers des secteurs comme la santé, l’open data, l’urbanisme, le sport, l’assurance … Le Blog est le support principal pour proposer des contenus, c'est-à-dire des idées nouvelles, donc prendre des risques. L’approche narrative à travers des fictions et des MétaNotes est essentielle pour co-construire une vision commune et permettre au lecteur de s’approprier les messages.
  7. 7. 7 La production de contenu couplé à des outils numériques en réseaux permet de se placer au cœur des écosystèmes et d’influencer5 des entreprises publiques et privées au plus haut niveau, d’identifier les principaux influenceurs en dehors du domaine et les pionniers, se relier à eux pour apprendre et de documenter sa propre connaissance pour mieux l’exploiter, la rendre accessible et utilisable (900 articles, videos, …) et créer des références et une ensemble de ressources utiles. Avec les outils d’E-Cairn, après avoir identifié plus de 17000 influenceurs et près d’un million de conversation (fév/mars 2014), l’écosystème des principaux influenceurs se présente de la façon suivante. Dans ce réseau, la position des Transports du Futur est bien positionnée parmi les principaux influenceurs. L’influence E-Cairn se définit à la fois par le volume de lecteurs mais également par le fait que l’information soit relayée. Chacun peut s’interroger : Que donnez-vous à l’écosystème de façon inconditionnelle ? quelles valeurs apportez-vous au « tout » ? 5 L’influence consiste à partager au plus haut de l’organisation les objectifs et visions de l’ADEME pour modifier l’allocation des ressources humaines et financières vers les objectifs de sobriété et d’efficience énergétique.
  8. 8. 8 Pour mieux recevoir … Plusieurs conséquences sont maintenant observables. L’information stratégique vient au lieu d’aller la chercher puisque les start-up et PME innovantes m’informent en amont du prochain lancement de leur produit/service, demandent un avis ou un contact. Toutes les startups me contactent pour avoir un avis, chercher une personne. Les entreprises du secteur qui questionnent leur stratégie me sollicitent pour participer à leurs travaux internes. Les journalistes, organisateurs de conférence, collectivités me sollicitent pour intervenir, donner des avis/conseils/contacts. Les structures publiques en charge de la prospective (France Stratégie) et du numérique (Conseil National du Numérique, Agence National du Numérique, APIE) m’impliquent dans leurs travaux sur numérique et mobilité. Ces vecteurs de communication sont précieux pour placer nos messages au plus près des structures de décision et surtout au bon moment, quand ils doutent et s’interrogent. En 2013, l’organisation du séminaire Mobilités Mutations peut se faire en sélectionnant les meilleurs contacts comme Nicolas Colin, Frédéric Mazzella ou encore Valérie Peugeot, en les impliquant dans la construction et après, pour faire venir plus de 100 dirigeants pendant 2 jours à Sophia. Cette démarche a construit un terreau dans lequel a pu germer la Fabrique des Mobilités. Il est riche de ces 10 années de rencontres, d’articles, de conférences. Extrait de recommandations rédigées sur LinkedIn T.Faugeras, PFA : « L'intervention de Gabriel, en tant qu'expert du sujet, a été un catalyseur essentiel à la dynamique réussie de cette commission de la PFA. Les recommandations qui en ont découlées doivent beaucoup à ses contributions éclairées par une vision pertinente des mutations de notre industrie ». D.Levent, Directrice Créativité Renault « personne unique dans le monde des Transports et de la Mobilité. Sa vision et ses connaissances sont tout à fait impressionnantes et il sait initialiser des chemins pour entraîner l'écosystème de la mobilité vers des solutions concrètes soutenables ». CJ.Couderc, Head of strategic markeing PSA : « A travers son blog, ses notes, ou la plateforme des mobilités qu’il anime pour l’ADEME, Gabriel est un véritable accélérateur de la transformation de la société. Dans le groupe de réflexion « Regards Croisés sur l’Automobile » Gabriel apporte un regard novateur sur les transports de demain, les cultures de l’innovation, les ressources et les données à partager, les nouveaux écosystèmes à inventer en matière de mobilités. » Y.Leriche CEO North America and autonomous transportation Transdev « Gabriel has an in depth knowledge of the mobility field, and an unparalleled ability to understand its driving forces and evolution. His analyses are a must read to anyone wanting to get an insight into the future of mobility »
  9. 9. 9 Retour sur investissement : Il faut environ 4 à 7 heures pour écrire un article (10h pour une MétaNote), 10 à 20 essais lus par an, 5 à 10 interventions par an. Cet investissement est rentabilisé après une période d’environ 2 à 3 ans. La charge pour une personne et un écosystème passe alors de 20-25% au début à 5-10% en régime stabilisé. Par ailleurs, de nombreux bénéfices (visibilité, influence, audience, communication, veille) ne sont pas accessibles sans ce dispositif numérique. Les acteurs aidés, conseillés et plus généralement impliqués ont une forme de dette que certains « remboursent » en s’investissant dans l’écosystème. En résumé, la mise en œuvre d’une présence numérique maîtrisée pour un écosystème complexe (Mobilité, ville durable, smart grid et énergie …) apporte plus de bénéfices directs et indirects qu’elle n’utilise de ressources. Ce que j’ai appris à faire :  Ecouter un grand nombre de personnes et les organisations associées,  Documenter, mettre à disposition des autres ses propres ressources et rédiger,  Partager mes connaissances et demander au réseau,  Questionner et déconstruire des stratégies d’acteur,  Prendre du recul pour englober de nouveaux domaines,  Identifier les facteurs clés des changements,  Relier les personnes, les métiers et les domaines, écouter et conseiller (beaucoup) de personne qui souhaitait évoluer et changer de poste,  Animer des dynamiques collectives, conduire des ateliers, amener des concurrents à collaborer entre eux pour identifier des besoins communs,  Construire des outils et des méthodes pour accompagner des acteurs et écosystème. Ce que j’ai appris : La révolution numérique est terminée. Elle a eu lieu il y a 10-15 ans, après des investissements décidés il y a 40 ans dans la Silicon Valley. Les entreprises numériques se définissent par une relation spécifique à la multitude via le numérique, dominent d’un point de vue financier, technique et relationnel (temps d’attention). Dans les transports, les acteurs numériques prendront des positions dominantes à travers le monde. Les USA et la Chine ont fait grandir pour des raisons différentes de puissantes plateformes numériques. L’Europe a manqué ce rendez-vous et est TdF FabMob Numérique Mobilité Open Source Intelligence Collective
  10. 10. 10 condamné à inventer au plus vite une stratégie spécifique. A ce jour, l’open source semble être le meilleur choix pour rattraper notre retard, peut-être d’ailleurs le seul. Le numérique n’est plus une option que l’on pourrait décider d’intégrer ou pas, mais plutôt de nouvelles opportunités de faire les choses autrement, de nouveaux risques qu’il faut identifier au plus tôt. Le numérique touche toutes les organisations, tous les métiers, et ne relève pas uniquement de l’innovation mais de la culture des individus et des organisations dans la façon dont ces derniers mènent leurs activités au quotidien, à chacun d’inventer le meilleur usage du numérique dans ses métiers (qui vont en conséquence être bouleversés) par la pratique et les itérations dans des projets opérationnels. Il est nécessaire de modifier l’allocation des principales ressources (humaines et financières) pour investir et intégrer ces opportunités. Tous ces sujets imposent de faire collaborer et produire un grand nombre de personne, avec le minimum de structure de commandement, potentiellement concurrent et avec le minimum de barrières à l’entrée. Dans un monde devenu Volatil, Incertain, Complexe et Ambigu, des compétences opérationnelles dans les domaines de l’Intelligence Collective permettent de faire progresser à la fois l’écosystème et les personnes qui le composent. Il ne s’agit pas de mettre en œuvre de nouveaux modes d’animation ou de facilitation, mais de comprendre l’holoptisme, les architectures invisibles, le rôle des monnaies de réputation et des objets liens. Un des rôles des structures publiques est donc de faire progresser le collectif, son fonctionnement en minimisant l’effort public. Puisque l’innovation change, les moyens, méthodes et principes utilisés par la puissance publique pour soutenir l’innovation doivent également évolués pour aider, renforcer ou passer à l’échelle des acteurs, des écosystèmes numériques. Ils ont été faits pour aider des filières industrielles établies dans des environnements stables. A l’âge de la multitude, dans un environnement en constante évolution, les liens entre les acteurs et les ressources sont tout aussi importants que les ressources (assets) eux-mêmes. En conséquence, la production de ressources ouvertes (open data, logiciel open source, API open source, …) doit être intégrée chez tous les acteurs publics et privés. Extraite de ce parcours, des retours, une méthode empirique applicable dans des structures publiques et privées est proposée dans un prochain article ! Mobilités Mutations 2013 Ce que je referai :  Avoir une approche intégrale, c’est-à-dire tenter de relier les domaines, les personnes, parler plusieurs « langues » techniques, intégrer plusieurs cultures,  Sortir de mon domaine, rencontrer des personnes, beaucoup de personnes et lire beaucoup lire,
  11. 11. 11  Documenter dans des articles pour d’abord m’aider à structurer ma pensée, tout en la mettant au jugement dès que possible,  Porter des messages non alignés avec les acteurs historiques du secteur,  M’engager dans une démarche entrepreneuriale avec la Fabrique des Mobilités, la porter dès que possible à l’international pour produire des ressources utiles et utilisables à l’écosystème entier comme une base de connaissance indexée, une preuve de covoiturage, une base de données des aires de covoiturage, un boitier connecté open source, un véhicule open source. La Fabrique des Mobilités est née de ce parcours. Les communs et l’open source viennent du besoin de relier les acteurs pour mieux les faire travailler ensemble en utilisant le prétexte de la ressource ouverte. Chaque ressource ouverte permet, en même temps, d’être utile aux acteurs individuellement, de les amener à échanger et s’organiser pour gérer au mieux la ressource tout en leur permettant de se voir progresser à travers elle. Les outils numériques comme le wiki permettent de créer les liens entre les ressources, les personnes, les entreprises. Ce que je referai différemment :  Ne pas avoir réussi à impliquer plus tôt d’autres agents publics et structures publiques,  Prendre plus de temps pour expliciter et valoriser ma démarche et les enseignements,  Inventer de nouvelles façons d’aider les startups sans reproduire ce qui existe,  Ne pas avoir réussi plus vite à engager une production de ressources opérationnelles,  Internationaliser plus tôt cette démarche pour aller plus vite et renforcer la démarche,  Traduire plus tôt et plus souvent des articles en anglais pour toucher un réseau plus étendu.
  12. 12. 12 De ce parcours, il est possible d’extraire un « code source » en 7 étapes pour celles et ceux qui souhaitent s’aventurer dans une transformation de leur métier. Cette méthode s’adresse en priorité aux personnes travaillant dans une structure publique (agence, institut, ministère, collectivité) ou para-publique (cluster, pôle de compétitivité, CCI, incubateur, accélérateur, …), qui agissent pour aider les entrepreneurs (voir l’article 1 qui rappelle plusieurs définitions). Elle vise d’abord les personnes, individuellement, volontaires pour donner sans recevoir, pour lâcher prise sur leur pratique, pour s’engager dans d’autres façons d’agir et faire évoluer leur culture. Elle pourra sans doute s’appliquer sur des organisations dont plusieurs personnes ont fait une partie de la transformation. Méthode « empirique » d’aide à la transformation individuelle et collective Après la révolution numérique, les structures publiques de soutien à l’innovation pourraient faire évoluer leur action, leur méthode, leur outil, leur rôle. Cette méthode empirique en 7 étapes décrit les principales étapes à suivre pour s’engager dans une transformation individuelle et collective. Elle s’applique également à toute entreprise et permet de relier les GAFA, les outils numériques (réseau social, plateforme de données), l’entrepreneuriat et les problèmes que nous cherchons à résoudre. 1. Intégrez certains principes des GAFA. Comprendre les principes de fonctionnement des principaux acteurs numériques, l’économie des plateformes, l’âge de la multitude. C’est le socle de base pour comprendre le monde tel qu’il est. Comment et pourquoi les plateformes numériques ont réussi des alliances sur toutes les « faces » : avec les clients, avec les développeurs, avec d’autres acteurs et même entre elles. Il s’agit de s’inspirer des modèles des plateformes non pas pour les reproduire mais pour intégrer certains principes vertueux et ainsi transformer son activité, ses ressources et plus largement son environnement. 2. Faites alliance avec les entrepreneurs. Pour réussir cette alliance, il est essentiel de mieux comprendre les principes de l’entrepreneuriat dans un monde numérique. Comment fonctionne un entrepreneur, pourquoi faut-il les aider et comment peut-on les aider ? o Depuis la révolution numérique, les entrepreneurs disposent de ressources inédites dans l’histoire : capacité de calcul, outils marketing, cloud, IA, réseaux, capacité de prototypage et de financement. Prenez du recul et questionner la plus-value réelle de votre organisation : en dehors de l’argent, qu’apportez-vous de spécifique et d’utile aux entrepreneurs, qu’ils ne peuvent pas trouver ailleurs ? o L’effectuation (voir article 1 pour les définitions) décrit le mieux les processus mis en œuvre par les entrepreneurs pour initier un projet et le faire avancer. C’est aujourd’hui la meilleure méthode pour avancer dans un environnement complexe et changeant. C’est essentiel de comprendre et intégrer ce mode de pensée pour pouvoir les aider au mieux. Une fois l’effectuation intégrée, quelles ressources pouvez-vous apporter ? Est ce que vos processus de sélection, d’identification sont
  13. 13. 13 compatibles avec des démarches effectuales ? La plupart du temps, ils ne le sont pas. o En faisant alliance avec des entrepreneurs, vous pouvez explorer des marchés et des risques que les acteurs établis renoncent en général à adresser. Certains défis pourront être résolus et dans tous les cas, vous allez produire de nouvelles ressources pour les prochains et ainsi créer un « terreau » fertile aux entrepreneurs. Vous pouvez maintenant questionner vos processus pour évaluer leur capacité à changer vraiment les produits et services, les jeux d’acteurs au lieu de renforcer ceux existants. o Concernant les aides financières, pouvez-vous questionner les processus existants d’allocation des aides financières et de sélection des projets ? 3. Devenez d’abord expert des problèmes pas des solutions. Les principaux champs et domaines à transformer sont à comprendre, les stratégies des acteurs en place à analyser et de déconstruire. Les défis sont à décrire en détail (quel est le problème à résoudre, son périmètre, quels sont les précédents échecs, …) avec des objectifs à atteindre précis dans les mois à venir. Dans vos domaines, il s’agit d’amener un grand nombre d’entrepreneurs à collaborer avec vous sur ces défis. En associant des ressources utiles et utilisables, des problèmes clairement exprimés et des réseaux associés, vous créez les conditions pour faire venir des entrepreneurs. L’alliance avec les entrepreneurs se positionne donc à trois niveaux : o en apportant des problèmes documentés et un réseau de contact associé, o en apportant des ressources exploitables et utiles (données, argent, réseau, compétences, techno, logiciels …) donc en les documentant et en les plaçant sur des dispositifs numériques adaptés. L’Open source et les communs deviennent alors une évidence. o en créant des réseaux pour fluidifier les échanges tout en permettant à chacun de comprendre son action individuelle tout en comprenant son rôle dans le collectif. 4. Transformez vous ! en sélectionnant un premier domaine, une première liste de défis. Il s’agit alors d’identifier les acteurs influents, se relier à eux, faire venir des entrepreneurs sur ces sujets. Concrètement il s’agit d’être en contact non pas avec 10 mais avec 100, 500 puis 1000 personnes dans votre domaine pour aider à l’enrichir en ressources et à le transformer. Cette alliance avec un large réseau impliquant des entrepreneurs sera facilitée en leur mettant à disposition de nouvelles ressources qu’ils ne trouvent pas ailleurs. Pour travailler au quotidien avec un réseau étendu aussi large, seule la maitrise d’outils numériques peut le permettre. 5. Plateformisez vos ressources. En poursuivant dans cette démarche, il devient intéressant de mettre à disposition des ressources utiles et exploitables à une multitude d’acteurs, d’échanger avec un réseau de plusieurs centaines de personnes. Ceci n’est possible qu’en faisant évoluer ses pratiques, ses processus, ses outils. Concrètement comment identifier 500 entrepreneurs ? comment travailler avec eux ? comment organiser au quotidien ses actions ? comment rendre accessible la quasi-totalité de ses ressources (open data, problèmes à résoudre, échecs précédents, FAQ, projets déjà financés, …) ? Quelles sont les ressources ouvertes et utiles aux entrepreneurs dans votre domaine (la FabMob devient une évidence) ? Dans tous les cas, la documentation et l’ouverture de vos ressources
  14. 14. 14 seront d’abord utiles dans votre propre entreprise. Là encore, plateformiser ses ressources implique de les numériser, d’en contrôler l’accès et d’en quantifier les usages à travers la maîtrise de plusieurs outils numériques. 6. Repensez vos outils. A partir de ce chemin individuel (et ensuite collectif) dans vos domaines, il devient possible de spécifier vos besoins en matière d’outils numériques, de réseau social interne, de site internet ou encore de plateforme open data. Comme vous aurez déjà transformé votre activité et vos actions quotidiennes, il sera possible de converger sur des outils collectifs pertinents à mettre en œuvre au niveau d’un service, d’une direction ou d’une entreprise. Si la démarche est mise en œuvre avec des résultats intéressants, alors il devient nécessaire de revoir :  Les processus d’appel à projet, de sélection qui deviennent incompatibles (voir cette proposition de nouvelle méthode),  Les contrats et aides apportées aux entrepreneurs,  Les conditions d’attribution des aides qui devraient intégrer la mise en commun d’une partie des livrables produits. 7. Documentez votre démarche et partagez ! En partageant d’autres parcours, d’autres méthodes empiriques, nous pourrions converger vers de nouvelles façons d’agir. Tout commence par cette volonté de s’appliquer individuellement à travailler pour faire évoluer ses pratiques, sa culture et donc son niveau de conscience. L’IC holomidale Nous avons à résoudre des problèmes complexes au sens d’Edgar Morin : énergie, alimentation, dérèglement climatique, etc, que nous retrouvons “imbriqués” dans le domaine des transports. Individuellement, de nombreuses personnes perçoivent les enjeux et ont identifié des solutions. Mais collectivement les organisations, dans lesquelles ils évoluent, restent bloquées dans des processus et des schémas de décision, sans réelle capacité à évoluer et se transformer à la hauteur. Une des pistes pour expliquer ce paradoxe se trouve dans les mécanismes de l’intelligence collective. L’intelligence collective est une propriété du vivant qui se manifeste quand plusieurs personnes interagissent avec un objectif commun : trouver une solution, développer un produit, réaliser une œuvre ou une activité sportive. Un groupe de musique, une équipe de foot ou un service d’une entreprise mettent en œuvre des actions coordonnées différentes en fonction de leur intelligence collective avec plus ou moins de réussite. En effet, cette dernière se développe, s’entraîne, se révèle ou pas, à la fois par des exercices collectifs et individuels. Il existe plusieurs grandes formes d’intelligence collective (IC):  En essaim, notamment pour les insectes ou les animaux qui vivent en grand nombre.  Originelle, pour les petits groupes de moins de 20 personnes. Une fois entraînées, les personnes se connaissent très bien, elles sont capables de se coordonner pour réaliser des tâches très complexes quasiment sans se parler, chacun exploitant ses talents individuels tout en observant et s’ajustant en fonction des actions des autres membres. Chacun comprend le groupe qui se réalise à travers les actions individuelles. Cette
  15. 15. 15 forme d’IC est très adaptative, agile mais elle fonctionne uniquement en petit nombre pour conserver des interactions. Voilà pourquoi nous faisons des réunions …  Pyramidale, pour les groupes de plus de 20 personnes jusqu’à des milliers et même des millions. Cette intelligence collective est mise en œuvre dans les environnements stables pour construire, agir, développer, gérer des entreprises, des villes, des armées ou des Etats. Elle est structurée par des processus pour planifier et surtout être sûr que chacun va réaliser une tâche précise pour que le tout progresse “comme prévu”. Cette forme d’IC fonctionne mal dans les environnements changeant puisque les processus doivent être revus en permanence et le sommet de la pyramide n’a pas tous les éléments pour gérer la complexité et prendre toujours les bonnes décisions. Pour (espérer) résoudre nos problèmes actuels, complexes, volatils, ambigus, impliquant un grand nombre de personne et d’organisation dans des environnements variables, une nouvelle forme d’intelligence collective est requise. Elle émerge notamment via les médias numériques : l’IC appelée holomidale. Elle permet de fonctionner, comme dans les petits groupes, en interaction permanente pour permettre à chacun d’agir en tenant compte des autres, mais en le faisant en grand nombre. Mais tout commence par chacun. Individuellement. Demain, allez vous utiliser votre ordinateur de la même façon qu'hier ? « Je suis les liens que je tisse avec d’autres », Albert Jacquard. Et demain ? La prochaine vague pourrait concerner les systèmes numériques décentralisés post-blockchain comme Holochain. Si des acteurs réussissent à intégrer les principes du vivant social dans des technologies numériques pair à pair (ce que n’a pas réussi à faire ni bitcoin, ni blockchain, ni ethereum), ils répondront aux besoins des communautés et permettront de renforcer les échanges de pair à pair dans tous les domaines dont la mobilité mais aussi l’énergie, la ville, les déchets… Les communautés citoyennes qui s’empareront de ces outils pour ajuster leur pratique sociale formeront les prochains vaisseaux pour explorer nos futurs. Il sera essentiel d’avoir avec eux des relations privilégiées, c’est-à-dire, de nouveau, de faire alliance avec eux. http://gabrielplassat.fr

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