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  1. 1. 4 LE CHÔMEURVIP Quatrième clé – Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève comme aujourd’hui, et que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu…? – Cela a un très beau nom… Cela s’appelle l’aurore. Jean Giraudoux Au début, c’est une petite fêlure. Un incident de par- cours passager ne nécessitant aucun soin particulier. On croit qu’il suffit de laisser le temps faire son office pour que tout rentre dans l’ordre. Et puis, les mois passent. La fêlure s’accentue.Insidieusement,elle devient fissure.Après 2 ans passés à chercher vainement à retrouver un emploi, en arrivant en fin de droit à l’assurance chômage, la fissure se transforme en fracture. Dans mon cas, il s’agit d’une fracture ouverte qui m’empêche de dormir la nuit.Une cassure à l’intérieur de moi qui m’a littéralement coupé en deux:d’un côté le moi p001-128-9782729614300.indd 29p001-128-9782729614300.indd 29 15/04/14 15:1815/04/14 15:18
  2. 2. 30 Le chômeur vip social, le Jean-Michel-Dubois-comptable-ayant-eu-un- emploi,reconnu-à-l’époque-pour-ses-compétences-et-sa- conscience-professionnelle, recevant-un-salaire-mensuel- et-une-fiche-de-paie,avec-son-nom-sur-la-porte-de-son- bureau et de l’autre un être anonyme, revenu à l’état sauvage, luttant pour sa survie, une bête blessée se terrant dans son trou pour panser ses plaies. En y songeant, j’en viens à me demander parfois si j’ai vraiment travaillé un jour.Si je n’ai pas fantasmé que j’ai eu autrefois un emploi. Si c’était bien moi. Le monde professionnel me semble désormais si lointain, si étranger à ce que je suis devenu. Et pourtant, je revois encore ma lettre de convocation aux ressources humaines et cet entretien –  inhumain – pour m’annoncer mon licenciement suite à la fusion de deux entités régionales de ma société entraînant une compression du personnel pour réduire les frais généraux. Bel argument à servir à un comptable: réduire les frais généraux! J’ai dû quitter le petit bureau fonctionnel auquel je m’étais attaché et que je partageais depuis 6 ans avec une collègue avec qui je m’entendais plutôt bien et qui, elle, est partie en retraite anticipée. Contrairement à moi, elle était contente, presque soulagée.À regret, j’ai dû prendre mes affaires et libérer ce lieu qui était devenu une extension de moi. En relisant les lignes aseptisées du CV que j’ai envoyé sans succès à des dizaines et des dizaines d’entreprises, j’ai le tournis. Ma vie à moi, Jean-Michel Dubois, se résume à un BAC avec mention passable, un BTS comptabilité, divers stages dans des entreprises de second plan et deux hobbies: la marche et la philatélie. Mon parcours de vie me revient en pleine figure telle une claque cinglante. J’ai toujours été un être moyen. À la naissance, j’avais un poids standard de 3,3 kg. À l’école, j’avais des notes p001-128-9782729614300.indd 30p001-128-9782729614300.indd 30 15/04/14 15:1815/04/14 15:18

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