Changement le plus significatif

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Changement le plus significatif

  1. 1. La technique du changementle plus significatifSuivi de la responsabilisation pour le droit à la santéThird World Relief Fund – Steunfonds Derde Wereld –Fonds de Soutien Tiers-MondeDécembre 2010
  2. 2. Cette brochure a été réalisée avec le soutien financier de la Direction générale de la Coopération belgeau Développement (DGCD). Nous espérons que son contenu vous inspirera dans votre propre activité.Cependant, si vous souhaitez reproduire certains textes sur Internet ou dans une autre publication, nousvous remercions de bien vouloir mentionner la source d’origine.Collaborateurs : Wim De Ceukelaire, Danny Claes, Anuschka Mahieu, Fanny Polet, Jayson Fajarda,Hans Schaap, Annelies Vermeir, Lien Jespers, Kaat Pierreux, Sylvie Luzala, María Erlinda Sandino,María Hamlin Zuniga, Gabriel García, Arturo Quizphe et Jorge Quizphe.Mise en page : Peter Zwertvagher (Brutal You!)Bruxelles, décembre 2010.Pour nous contacter, veuillez écrire à l’adresse suivante : info@sfdw-fstm.beSi vous souhaitez en savoir plus sur la technique du CPS, veuillez consulter le sitehttp://mande.co.uk/special-issues/most-significant-change-msc/
  3. 3. Table des matières1 Introduction 42 Expériences 6 2.1 Palestine 6 2.2 Philippines 12 2.3 Amérique latine 18 2.4 République démocratique du Congo 343 Recommandations et conclusions générales 37 3.1 Sélection finale 37 3.2 Observations 38 3.3 Recommandations 38 3
  4. 4. 1 IntroductionLes personnes impliquées dans la coopération au développement savent que le suivi etl’évaluation peuvent être difficiles. Pour les organisations qui n’investissent pas dans desbiens matériels mais plutôt dans le capital humain et organisationnel, en particulier, il estloin d’être facile de mesurer les progrès accomplis et de faire connaître les réalisations etles résultats obtenus dans des rapports formels. J’avais trouvé mon indicateur. Et j’en ai tiré une leçon : demandez aux gens de vous raconter leur histoire et vous apprendrez une multitude de choses qui ne peuvent pas être saisies dans des indicateurs. C’était probablement ma première rencontre avec la technique du changement le plus significatif, bien avant que je n’en entende parler. À la même période, j’ai rencontré un consultant en développement qui revenait d’une visite de terrain dans le cadre d’un projet d’évaluation ambitieux commandité par le gouvernement belge. Il m’a dit : « Vous autres, vous savez ce que signifie la responsabilisation ». J’étais bien évidemment flatté, mais aussi intrigué. Comment en était-il arrivé à cette conclusion ? Il m’a expliqué qu’ilJe vais vous raconter une anecdote concernant le avait interrogé des agriculteurs aux Philippines etsuivi et l’évaluation que je n’oublierai jamais. Il y a que la plupart d’entre eux s’étaient montrés trèsquelques années, je représentais des ONG belges timides et hésitants lorsqu’ils répondaient à sesaux Philippines. Un jour, je me suis retrouvé sur questions. « Lorsque j’ai interrogé les porte-parolel’île de Samar à faire des heures supplémentaires des agriculteurs dans les zones de projet de votreavec notre organisation partenaire locale afin de partenaire », m’a-t-il dit, « ils se sont mis debouttrouver des indicateurs pour notre cadre logique. avant de répondre à mes questions, puis ils m’ontCela nous a pris un temps fou pour trouver un in- regardé dans les yeux tout en me racontant ce quidicateur de la pauvreté parmi les paysans démunis leur tenait à cœur ».avec qui nous travaillions. J’avais déjà essayé tousles indicateurs que je connaissais grâce aux for- Cette remarque n’a jamais été mentionnée dansmations et aux manuels, mais aucun ne semblait le rapport final du consultant mais maintenantapplicable selon la directrice de notre partenaire que je repense à nos premières expériences aveclocal. la technique du changement le plus significatif, cette anecdote me semble très pertinente. Ce genreAlors que je commençais presque à perdre pa- d’histoires et d’anecdotes est souvent révélateur destience, je lui ai finalement demandé de me parler préoccupations essentielles dans notre travail : lade ce projet réussi qu’elle avait déjà mentionné responsabilisation, la santé, le bien-être, les droits,pendant la pause. Comment savait-elle que l’or- etc. Pourtant, elles apparaissent rarement dans nosganisation avait été capable d’améliorer la vie des rapports officiels.pauvres ? Elle a immédiatement commencé à me C’est par frustration que nous avons décidé d’ex-raconter avec enthousiasme leur dernière visite périmenter la technique du changement le plusau village et les nombreux changements constatés significatif. Au cours des dernières années, nousdans le comportement et les conditions de vie de nous sommes péniblement efforcés de choisirla population locale. Un des changements les plus des techniques de gestion basées sur les résultats,frappants était que presque tout le monde utilisait mais la plupart du temps nous avions le sentimentdésormais du sucre et de l’huile de cuisson. désagréable qu’il manquait un élément. Nous 4
  5. 5. 1 Introductionn’écoutions presque plus les histoires des popula-tions alors qu’elles sont une mine d’informationsde qualité sur ce qui compte le plus pour les gens,et par conséquent pour nous.Lorsque nous avons entendu parler de la techniquedu changement le plus significatif, nous avonspensé qu’elle pourrait nous apporter une réponseet nous avons souhaité l’essayer. Nous avonsrecueilli et sélectionné des histoires, avec l’aide denos partenaires aux Philippines, en Palestine, enRépublique démocratique du Congo et en Amé-rique latine. Chose intéressante, dans chacun deces pays, le processus a été assez différent. AuxPhilippines, un employé de notre bureau local atravaillé en étroite collaboration avec Gabriela,une de nos organisations partenaires, afin d’essayerla technique du CPS avec deux sections régionalesde Gabriela. En Palestine, ce fut une expériencepersonnelle car nous avons recueilli et choisi leshistoires nous-mêmes, avec l’aide des dirigeants desjeunes à Jérusalem-Est. En République démocra-tique du Congo, trois stagiaires ont travaillé avecle partenaire local afin de recueillir les histoires,tandis qu’en Amérique latine, un consultant local aaidé l’organisation partenaire locale.Nous considérons la diversité de la méthodologiecomme une force, non comme une faiblesse. Surune très courte période, elle nous a fourni énor-mément d’expériences dont tirer des leçons. Noussouhaitons partager ces expériences, les bonnescomme les mauvaises, avec un public plus vasteimpliqué dans ce genre d’activités, en espérantqu’il pourra ainsi améliorer son travail au servicede la santé et du développement des personnes.Wim De CeukelaireCoordinateur du départementPolitique et PartenariatFonds de Soutien Tiers-Monde (FSTM) 5
  6. 6. 2 Expériences2.1 PalestineEn Palestine, FSTM collabore avec les Health Work Committees (HWC), une ONG localeœuvrant pour la responsabilisation des jeunes à Jérusalem-Est. Les HWC jouent un rôleimportant dans la société civile palestinienne de Jérusalem-Est et sont bien ancrés par-mi les jeunes. Ils organisent des programmes de santé dans la plupart des écoles pales-tiniennes de la ville et dirigent un centre pour les jeunes dans la vieille ville : le CentreNidal. Ce centre a été fermé par les forces de sécurité israéliennes en juillet 2009.2.1.1 MéthodologieNous avions prévu de recueillir les histoires de a défini quatre domaines de changement au sujetCPS au cours d’une mission de FSTM en Palestine desquels les bénévoles devaient raconter une his-du 26 au 28 juillet 2010. Le but était de rassem- toire :bler des histoires de jeunes bénévoles à Jérusalem, • Le CPS dans leur vie quotidiennemembres actifs du réseau de jeunes du Centre • Le CPS dans leur conception de la santéNidal (communautés locales et groupes théma- • Le CPS dans la participation de l’entouragetiques), de comités de santé scolaire et de groupes aux activitésd’étudiants universitaires. En raison d’un manque • Le CPS en général (« domaine libre »)de temps et des vacances d’été, nous n’avons paspu rencontrer les bénévoles des groupes universi- La période de référence n’était pas la même pourtaires. tout le monde. Les bénévoles devaient parler de la période écoulée depuis le moment où ils avaientNous n’avions pas l’intention d’évaluer le pro- rejoint le réseau de jeunes (entre 1 et 3 ans).gramme. Nous souhaitions plutôt connaîtrel’impact des activités sur les jeunes, en écoutant les Sélection des participantshistoires de bénévoles sur le changement le plussignificatif dans leur vie et sur la manière dont leur Daoud a choisi les bénévoles. Bien que les critèresparticipation au programme a changé leur com- de sélection aient été étudiés afin de garantir queportement et leur point de vue. les bénévoles représentent les différents groupes cibles du programme, la plupart des dispositionsInstructions ont été prises au dernier moment avec les béné- voles et l’improvisation a primé sur la sélection. LaLe manuel CPS a été envoyé au préalable à technique du CPS a été présentée brièvement enDaoud, le coordinateur des jeunes des HWC à arabe aux bénévoles, par téléphone ou juste avantJérusalem, 3 semaines avant le recueil des histoires. qu’ils racontent leur histoire.Au début de la mission de FSTM, nous avonsabordé les objectifs et la procédure de la technique Participants :du CPS avec Daoud, à l’aide d’une présentationinformatisée. 1. Meriam, 21 ans, étudiante à l’Université Al Quds, 3e année de sciences économiques,Définition des domaines du changement et groupe de communauté localede la période de référence 2. Ihsan, 18 ans, vient d’obtenir le baccalauréat, a rejoint Nidal il y a 1,5 an-2 ans, groupe deEn collaboration avec Daoud, l’équipe de FSTM communauté locale. 6
  7. 7. 2 Expériences Palestine3. Samoud, 17 ans, élève en 5e année de l’en- tifs de la technique du CPS et ont interrogé les seignement secondaire, membre du groupe bénévoles sur le changement le plus significatif de danse folklorique pratiquant la dabké. dans les quatre domaines définis, depuis qu’ils4. Mustafa, 16 ans, groupe de communauté sont bénévoles au sein du réseau de jeunes. locale, Shufat. Nous leur avons également demandé de nous5. Azedin, 16 ans, groupe de communauté lo- expliquer pourquoi il s’agissait du changement cale, Shufat. le plus significatif selon eux.6. Bassil, 16 ans, a rejoint le centre Nidal il y a • Les bénévoles se sont exprimés en arabe. 3 ans, groupe de communauté locale, Shufat. Daoud, le coordinateur des jeunes des HWC, a7. Nadine, 17 ans, va rentrer en dernière traduit simultanément leurs propos en anglais. année de l’enseignement secondaire, a rejoint Nidal il y a 4 ans, groupe de communauté Sélection des histoires locale.8. Bashar, 17 ans, a rejoint le centre Nidal il y a Après avoir recueilli les histoires, le dernier jour de 1 an, comité de santé scolaire. leur mission, les deux membres de FSTM se sont9. Bassem, 17 ans, bénévole depuis 4 ans, réunis avec Daoud et trois dirigeants des jeunes groupe de communauté locale. bénévoles afin de discuter des histoires et de choisir celle qui relatait le changement le plus significatifRecueil des histoires dans chaque domaine. Après avoir lu les histoires relatives à un domaine à voix haute en arabe, lesChaque bénévole a parlé pendant environ 45 mi- dirigeants des jeunes ont discuté afin de choisirnutes. La plupart des bénévoles ont raconté une celle qui selon eux reflétait le changement le plushistoire dans chacun des quatre domaines. significatif. La même procédure a été répétéeCirconstances dans lesquelles les histoires ont été pour chacun des quatre domaines. Après chaquerecueillies : discussion, ils ont expliqué en anglais pourquoi ils• Les histoires ont été recueillies par deux avaient choisi une histoire en particulier. membres de FSTM et consignées en anglais.• Les membres de FSTM ont expliqué les objec- 7
  8. 8. 2 Expériences Palestine2.1.2 Histoires de CPSLes quatre histoires sélectionnées sont les suivantes : deux ans. C’était notre premier spectacle et nous avions invité tous nos amis et notre famille. Le spectacle devait avoir lieu au Théâtre national à Jérusalem-Est. Les spectateurs étaient déjà installés et nous étions prêts. Une heure avant le spectacle, la police israélienne est intervenue et a annulé le spectacle. Ils étaient en possession d’un document stipulant que nous n’avions pas d’autorisation. Tout le monde était bouleversé et j’en ai pleuré. Mais cet événement a également renforcé ma dé- termination à persévérer et ma confiance en moi.Samoud, 17 ans : « la dabké m’a donné Pourquoi était-ce le changement le plus significatif ?confiance en moi »élève en 5e année de l’enseignement secondaire, J’ai appris que nous vivons sous l’occupation etbénévole depuis 3 ans que je dois être forte. C’est notre pays et ils ne nous empêcheront pas de danser la dabké ni d’organiserDomaine : changement le plus significatif dans la vie quoti- nos activités. J’ai été élevée dans l’amour de mondienne pays. Lorsque j’étais enfant, l’armée israélienne a arrêté mon père devant moi tout en pointant uneAvant de m’impliquer dans le Centre Nidal, je arme sur lui. Je souhaite dire au monde entier quen’avais pas beaucoup de contacts avec les gens en ce sont eux les terroristes, pas nous.dehors de ma famille. Le centre m’a permis deconnaître beaucoup de nouvelles personnes et de Les dirigeants des jeunes des HWC ont choisi l’his-nouveaux endroits à Jérusalem. J’aime danser la toire de Samoud car elle contient de nombreuxdabké1. C’est pour cela que j’ai intégré la troupe détails, en ce qui concerne aussi bien les activitésde dabké. Mais ce n’est pas tout. J’ai beaucoup que la société.appris sur l’affaire palestinienne. Nous avons visité Samoud est une fille qui n’avait pas beaucoupdes villages et des villes en Palestine 482 et nous d’amis avant. Désormais, elle a de nombreuxavons également appris des choses sur les villages contacts et amis. Son histoire est complète etdétruits3. C’est pour cette raison que nous avons montre son apprentissage à chaque étape de sadécidé de présenter l’épuration ethnique pendant vie. Elle montre son développement de manièrenotre camp d’été. Au cours de nos visites à Jéru- détaillée. Elle montre également comment noussalem, nous avons appris comment Israël change concevons la santé : comme une qualité de vie.l’histoire de notre ville. Les maisons arabes sont Au début, elle est seulement venue pour danser latransformées en maisons juives en effaçant les dabké. Sa vie a réellement changé !inscriptions arabes du Coran. Dans le quartier deSilwan4, 1 500 personnes vont être expulsées de Ihsan, 18 ans : « Les gens doivent se battreleur maison (qui seront démolies afin de construire pour le droit à la santé »un parc). Les enfants ont beaucoup apprécié cette Vient d’obtenir le baccalauréat, a rejoint le Centrevisite. Nidal il y a 2 ansLe changement le plus significatif dans ma vie Domaine : changement le plus significatif dans la conceptionquotidienne depuis que je me suis investie est que de la santéj’ai plus confiance en moi. Je me souviens d’unspectacle de dabké que nous avions préparé il y a 8
  9. 9. 2 Expériences Palestine leur droit à la santé. Grâce à cette activité, Ihsan a compris que la santé est véritablement un droit pour tous et que le gou- vernement ne fait rien. En fait, il n’y a personne pour défendre les droits de ces gens. Une autre histoire dans ce domaine concernait l’usage de drogues par les jeunes. Le fait que ce su- jet ait été abordé est également très positif, car cela montre que ces garçons ont pris conscience qu’ils pouvaient faire quelque chose pour agir contre ceAvec notre groupe du Centre Nidal, nous avons problème.rendu visite aux familles qui ont été expulsées dechez elles à Sheikh Jarrah5. Ces familles vivent Meriam, 21 ans : « Je voulais que mesdésormais, dans la rue dans des conditions insa- sœurs vivent la même expérience »lubres. Lorsque je me suis rendu dans cet endroit, Étudiante à l’Université Al Quds. Troisième annéej’ai été consterné. Les familles étaient expulsées de de sciences économiques.leurs maisons, où des Juifs habitent désormais. Cespersonnes n’ont pas de maison où vivre, elles n’ont Domaine : impliquer les autresrien à donner à manger à leurs enfants. C’étaittellement injuste. Pour moi, cette attitude montrait Désormais, j’ai une plus grande confiance en moile mépris envers ces personnes. Cela prouve que lorsqu’il s’agit d’inviter les autres à nous rejoindreles occupants veulent vraiment tout prendre. et je sais comment les y inciter. J’ai réussi à im- pliquer mes deux sœurs cadettes. Grâce auxCette visite m’a appris que la santé doit être un expériences que je partageais avec elles et à mondroit pour tous et pas un cadeau. Ce n’est pas changement de comportement, elles ont eu envieparce que vous êtes un homme bon que vous devez de nous rejoindre. Désormais, elles participent aupouvoir bénéficier de ce droit. Je pense que tout le camp d’été et l’une d’elles a intégré la formation àmonde doit avoir le droit de vivre dans de bonnes la direction.conditions d’hygiène et de posséder une maison oùvivre. Au début, les gens ont peur d’adhérer au mouve- ment, mais une fois qu’ils se sont engagés, nousLa visite à Sheikh Jarrah m’a fait réfléchir : c’est voyons le changement. Les jeunes ne connais-l’État qui doit garantir ce droit, mais il ne le fait sent pas les problèmes, c’est pour cela qu’ils sontpas. C’est pour cela que les gens doivent se battre d’abord hésitants.pour ce droit. Pourquoi est-ce le changement le plus significatif ?Pourquoi est-ce le changement le plus significatif ?Cette expérience a été très importante pour moi C’est important, car je souhaite qu’elles vivent lacar il s’agit d’un des problèmes les plus impor- même expérience et qu’elles acquièrent les mêmestants auxquels les Palestiniens de Jérusalem sont compétences et connaissances.confrontés actuellement. Je connais une famille quiest dans la même situation. Les dirigeants des jeunes des HWC ont choisi l’histoire de Meriam car elle montre que son chan-Les dirigeants des jeunes des HWC ont choisi gement d’intérêt lui fait vouloir les mêmes change-cette histoire car elle raconte les visites rendues ments dans sa famille. Elle a atteint son objectif etaux familles expulsées à Sheikh Jarrah. C’est une ses deux sœurs sont désormais très engagées.affaire très importante qui touche les Palestiniens Elle a également raconté combien les jeunes ontà Jérusalem. En perdant leur maison, ils ont perdu parfois peur d’adhérer au mouvement. Pourtant, 9
  10. 10. 2 Expériences Palestineune fois qu’ils se sont engagés, ils continuent. C’est aussi.une expérience courante.Ce n’est pas facile de les convaincre de rejoindre le Pourquoi est-ce le changement le plus significatif ?mouvement. Il faut trouver l’argument décisif. Lestrois garçons que nous avons également interrogés Personne n’est parfait mais vous devez toujoursen sont un exemple. Ils faisaient partie d’un groupe rechercher les bons côtés des gens et les connais-de 17 jeunes. Dès que certains d’entre eux nous sances qu’ils peuvent vous apporter. Une mauvaiseont rejoints, les autres ont suivi. expérience n’est pas la fin de votre vie. Vous devezLes activités telles que les camps d’été et la dabké persévérer et en tirer des leçons.servent à attirer les jeunes. En général, au début,ils ne sont pas très intéressés par les activités éduca- C’était important pour moi car je pense quetives. En fait, laisser les jeunes dans l’ignorance fait l’opinion et l’attitude d’une personne comptentpartie du plan des forces d’occupation. véritablement. Le plus important, c’est de ne pas être égoïste.Ihsan, 18 ans : « Je ne suis plus timide »Vient d’obtenir le baccalauréat, a rejoint le Centre Les dirigeants des jeunes des HWC ont choisi cetteNidal il y a 2 ans histoire car elle est révélatrice du grand change- ment qu’ils observent chez les jeunes avec lesquelsDomaine : général ils travaillent. Au début, ils ne savent pas comment partager entre eux. Dans la rue, ils peuvent seAuparavant, j’étais très timide et j’avais peur de montrer très violents mais une fois qu’ils doiventdévoiler mes pensées. J’avais très peur de ce que les se parler, ils deviennent timides et silencieux. C’estautres pensaient de moi. Lorsque j’essayais de don- grâce à nos activités qu’ils apprennent à respecterner mon avis, je pensais que les autres ne seraient les autres, à rechercher le bon côté des gens et àpas d’accord avec moi. partager leurs opinions. Parfois, se présenter est déjà difficile pour eux.Désormais, j’ai appris comment entretenir des C’est un problème de société. À l’école, les jeunesliens avec d’autres personnes et comment me s’assoient et écoutent. À la maison, c’est la mêmecomporter avec elles. Je sais comment témoigner chose.du respect aux autres et je sais qu’ils me respectent1 Danse folklorique palestinienne.2 « Palestine 48 » est le terme employé par certains Palestiniens pour désigner le territoire qui est désormais reconnucomme étant celui d’Israël tel qu’il était occupé en 1948.3 En 1948, environ 500 villages palestiniens ont été complètement détruits et leurs habitants ont été expulsés du territoirequi est devenu par la suite Israël.4 Silwan est un quartier palestinien de Jérusalem d’environ 45 000 habitants, adjacent à la vieille ville. Il abrite le sitearchéologique de ce qui serait la Cité de David, c’est-à-dire la ville originale de Jérusalem. Cette zone est l’une de cellesfaisant l’objet du plus de controverses à Jérusalem ces derniers temps, en raison des plans de développement de cet endroiten lieu touristique.5 Sheikh Jarrah est un quartier résidentiel palestinien situé au nord de la vieille ville, dans la zone occupée de Jérusalem-Est,où résident environ 2 700 Palestiniens. En raison de l’emplacement stratégique de cette zone, les organisations de colonsisraéliens ont toujours essayé de prendre le contrôle du territoire et des propriétés et d’établir une présence constante àSheikh Jarrah. Les groupes de colons ont redoublé d’efforts au cours des dernières années et ont souvent recouru à la forcepour tenter d’expulser les familles et communautés palestiniennes afin d’établir de nouvelles colonies. Le 2 août 2009, lorsd’une série d’expulsions, 53 réfugiés palestiniens, parmi lesquels 20 enfants, ont été sortis de force de chez eux à Sheikh Jar-rah par les autorités israéliennes, suite à une décision de justice. Les propriétés ont été cédées à une organisation de colonsqui souhaite établir une nouvelle colonie dans cette zone, de sorte qu’environ 300 personnes vivant dans au moins 24 autresbâtiments risquent d’être expulsées. Compte tenu des efforts similaires déployés dans d’autres parties du quartier de SheikhJarrah, le nombre total d’unités prévues pour les colonies s’élève à plus de 540, ce qui risque de provoquer l’expulsion,l’expropriation et le déplacement de force d’environ 475 Palestiniens. (Source : OCHA) 10
  11. 11. 2 Expériences Palestine2.1.3 ÉvaluationAprès avoir choisi les histoires, les bénévoles des • Nous connaissions déjà ces bénévoles car ceHWC (Daoud, Nagham, Ilham, Ahmad) ont éva- sont tous des membres actifs, mais grâce à cetlué leur expérience avec la technique du CPS. exercice, nous en avons appris beaucoup plus sur eux. Nous pourrons ainsi mieux nous com-Voici certains des points de l’évaluation qu’ils ont porter avec eux à l’avenir.partagés : • Nous avons appris qu’il est possible d’avoir un véritable impact sur les jeunes et de constater• Les histoires sont intéressantes et précises mais un réel changement. Nous avons vraiment elles ne reflètent pas l’intégralité du travail du besoin de plus de centres de ce genre. centre. Nous proposons également une forma- • Le CPS est une méthode utile que nous pour- tion sur les droits de l’homme, rions également utiliser nous-mêmes. Nous des visites alternatives de la ville, une formation avons une certaine pratique des évaluations. sur la situation à Jérusalem, une formation sur La différence avec d’autres méthodes d’éva- la santé reproductive…. Toutefois, ces sujets luation est que celle-ci montre la réalité de la n’ont pas été abordés. En plus des jeunes, nous vie des jeunes sous l’occupation. Au cours de travaillons également avec les femmes et les leur existence, ils sont confrontés à la drogue, enfants. aux expulsions, à la violence… Cette méthode• Nous devons comprendre et étudier pour- met en évidence ce qui compte réellement quoi il est si difficile de recruter plus de jeunes. pour eux. Grâce aux activités du Centre Nidal, Néanmoins, il s’agit d’un problème général qui les jeunes apprennent à gérer ces problèmes. concerne toutes les organisations ici. En réa- lité, nous avons bien plus de jeunes que d’autres ONG. 11
  12. 12. 2 Expériences Philippines2.2 PhilippinesAux Philippines, nous collaborons avec différentes organisations partenaires, dont laplupart sont actives dans le secteur médico-social. L’une de ces organisations est Gabri-ela, un groupement national d’organisations de femmes avec lequel nous travaillons surdes programmes dans les domaines médico-social et de la défense des droits des femmesdepuis 2003. Les membres de Gabriela se sont proposées pour essayer la technique duCPS avec l’aide du personnel de notre bureau local.2.2.1 MéthodologieLe siège national a préparé un guide du recueil bientôt à la fin du programme de 3 ans. D’autred’histoires de CPS en tagalog et l’a envoyé à part, Jayson, du siège national de FSTM, a expli-Gabriela. Obeth Montes, qui avait la responsabili- qué les différentes étapes de la technique du CPS.té de l’ensemble du programme, a lu et commentéle guide préparé par le siège national de FSTM En raison du nombre de participants, les facilita-avant de l’envoyer aux organisateurs des sections teurs ont décidé de diviser le groupe en six bi-d’Iloilo et de Roxas City. Le recueil et la sélection nômes. Les membres de chaque binôme devaientdes histoires sur le terrain se sont déroulés du 17 ensuite se raconter une histoire sur le changementau 21 août. le plus significatif au cours des trois dernières années. Les facilitateurs ont pensé qu’il serait pré-Section de Gabriela à Iloilo férable de grouper chaque fois deux participants issus de régions différentes. Chaque participant de- vait consigner l’histoire de son partenaire. Ensuite, les binômes devaient choisir laquelle des deux histoires leur paraissait la plus significative. Les binômes disposaient d’une heure et demie pour s’échanger leurs histoires et les consigner. Pendant la présentation, chaque binôme avait le temps de raconter l’histoire qu’il avait choisie. Les participants dont l’histoire avait été choisie devai- ent en outre s’efforcer de remplir les blancs dans le texte écrit au cours du partage du binôme.Les organisateurs de Gabriela Iloilo avaient prévu Voici les six histoires partagées en assemblée plé-que 25 membres participeraient au recueil d’his- nière :toires de CPS, mais en raison de circonstancesimprévues, seules 12 d’entre eux ont pu être pré- 1. Virginia Sumaguio, Leganes, Iloilo – sur lasentes. Malgré l’absence de certaines participantes, manière dont elle utilise les médicaments àchaque section municipale couverte par le pro- base de plantes qui ont été abordés lors desgramme de santé de Gabriela était représentée. formations dispensées dans le cadre du programme de santé de Gabriela à Iloilo.Obeth Montes a expliqué le contexte de la tech- 2. Hydie Sotela, Leganes, Iloilo – la fréquencenique du CPS. Elle a expliqué aux participants de ses crises d’asthme a diminué après qu’ellequ’il s’agit d’un genre de processus d’évaluation ait utilisé la plante médicinale appelée sam-qu’ils peuvent désormais utiliser puisqu’ils arrivent bong, qu’elle a découvert au cours d’une for- 12
  13. 13. 2 Expériences Philippines mation sur les médicaments à base de gement d’attitude. Les histoires de Gloria Galleno, plantes. Hydie Sotela et Elena Dela Cruz ont été choisies3. Gloria Galleno, Leganes, Iloilo – la manière par les cinq organisateurs. Ils ont retenu à l’unani- dont elle punit ses enfants a changé après mité l’histoire de Gloria Galleno car elle illustre le qu’elle ait assisté à une formation sur la vio- domaine du changement d’attitude. Lucy Fran- lence faite aux femmes et aux enfants. Son cisco, la coordinatrice du programme de santé à mari et ses enfants ont soutenu sa participa- Iloilo, a déclaré qu’elle ne connaissait pas l’histoire tion aux séminaires et aux formations de Ga- de Gloria Galleno avant qu’elle ne la partage. briela car ils estiment qu’ils ont été à l’origine Hormis le fait de toucher au domaine du chan- du changement d’attitude de Gloria. gement d’attitude, l’histoire d’Elena Dela Cruz4. Rosalinda Guaro, Leganes, Iloilo – Elle ne montre également le progrès de son travail dans la croyait pas aux médicaments à base de communauté. plantes avant la mise en œuvre du pro- gramme de santé de Gabriela à Iloilo, jusqu’à L’expérience de Hydie Sotela a été choisie parmi ce qu’elle mette en pratique sur son mari qui de nombreuses histoires sur les médicaments à souffrait d’arthrite ce qu’elle avait appris au base de plantes car elle souligne l’efficacité de l’uti- cours d’une formation. lisation de médicaments alternatifs fournis par les5. Ma. Aleta A. Gamot, Sta Barbara, Iloilo travailleurs de la santé. Elle indique également un – Elle a découvert l’utilisation de la tawa-tawa changement dans la qualité de vie de Hydie Sotela (Euphorbia hirta), une plante médicinale uti- en raison de l’amélioration de sa santé. lisée chez les patients souffrant de dengue. Elle a recommandé l’utilisation de médica- Section de Gabriela à Roxas City ments à base de plantes à ses voisins dans sa communauté. À partir des leçons tirées de la réalisation des6. Elena Dela Cruz, Pavia, Iloilo – Elle a com activités à Iloilo, des modifications ont été appor- mencé à comprendre les problèmes des tées afin d’améliorer le processus utilisé à Roxas femmes et particulièrement de la violence City. Les facilitateurs ont décidé de regrouper les faite aux femmes. Elle s’est intéressée aux be- participants selon leur communauté/section locale. soins des femmes maltraitées de sa commu- Étant donné que chaque membre du groupe sait nauté qui recherchaient son aide. comment le programme de santé est appliqué dans sa communauté en particulier, il est plus facileConformément à la technique, les domaines n’ont d’évaluer quelle histoire il est préférable de choisir.été déterminés qu’après le recueil des histoires Le contexte et les mécanismes de l’activité ont étéde CPS. Les domaines ont été définis au cours de abordés par les facilitateurs avant que les partici-l’évaluation par les cinq organisateurs présents à la pants soient répartis en plusieurs groupes. Chaquesession d’évaluation, y compris Lucy Francisco, la groupe rassemblait trois à quatre participants etcoordinatrice du programme à Iloilo. Durant l’éva- disposait de deux heures et demie pour partagerluation, trois histoires qui reflétaient avec la plus ses histoires. Chaque groupe a sélectionné unegrande précision possible le CPS du programme histoire. Les facilitateurs et certains organisateursde santé de la section d’Iloilo ont été identifiées. qui ne participaient pas au partage des expériencesLes organisateurs ont choisi trois histoires qu’ils passaient d’un groupe à l’autre pour observer etsouhaitaient envoyer au siège national de Gabriela s’assurer que les participants comprenaient et sui-en vue d’une nouvelle sélection. vaient les instructions.Sur la base des histoires recueillies, les organisa- Contrairement au processus utilisé à Iloilo, dansteurs ont identifié les domaines qui allaient servir un premier temps, les participants ont été incitésde base à leurs critères de sélection. Les domaines à partager leurs histoires ensemble avant de lesidentifiés étaient l’impact des services et le chan- consigner. L’expérience d’Iloilo a montré que la 13
  14. 14. 2 Expériences Philippinesconsignation des histoires par écrit entravait la sible aux railleries. En sa qualité de prési-libre discussion au cours du partage des expé- dente de Gabriela à Roxas City, elle estriences. devenue déterminée et a trouvé la force de lutter contre l’injustice et l’oppression.Après avoir fait part de leurs expériences, chaquegroupe a désigné une personne pour consigner Après la présentation, les organisateurs ont évaluél’histoire choisie. Les participants dont l’histoire a les histoires partagées et la façon dont le partageété choisie ont été invités à la raconter en assem- avait été réalisé. Pour les organisateurs, le partageblée plénière. Chaque fois qu’un participant avait était positif car les histoires touchaient les diffé-fini de raconter son histoire, d’autres participants, rents aspects du programme tels que la prise dedes organisateurs et des facilitateurs posaient des conscience, l’organisation et le service. Ces trois as-questions afin que le participant éclaircisse certains pects ont été retenus comme les domaines d’identi-détails. fication du changement le plus significatif à Roxas. Le groupe a décidé d’envoyer les six histoires auVoici les histoires présentées en assemblée plé- siège national afin qu’elles soient évaluées.nière : Comme lors de l’expérience à Iloilo, certaines1. Lorna Coronado, barangay de Cogon, histoires étaient inconnues des organisateurs. Ils Roxas City – Elle a pris conscience des droits ont apprécié cette méthode car elle leur a permis de la femme. Elle a conseillé une voisine bat- de connaître ces histoires, lesquelles les aideront tue par son mari jaloux. à évaluer l’impact du programme sur les commu-2. Dolores Mijares, barangay de Libas, Roxas nautés. City – Elle a sermonné un membre de sa famille qui frappait son enfant. En tentant d’éviter toute nouvelle violence, elle a eu la main entaillée par le couteau que son mari brandissait afin d’essayer de la défendre contre ce membre de sa famille.3. Emma Pedrano, barangay de Culasi, Roxas City – Avec l’aide de l’organisation, la com- munauté est devenue soudée et a trouvé le courage de se battre pour ses terres. Grâce à l’organisation, les membres de la communau- té ont pris conscience des problèmes qui me nacent leur communauté tels que la démoli- tion et l’exploitation minière.4. Marivie Arguelles, barangay de Dumolog, Roxas City – La formation sur les médica- ments à base de plantes dispensée par Gabriela les a particulièrement aidés pendant l’épidémie de dengue.5. Cristina Alcones, barangay de Baybay, Roxas City – La formation à la direction qu’elle a suivie en 2009 l’a aidée à diriger sa com- munauté lors des campagnes contre la faim, la pauvreté et les hausses de prix.6. Elma Deanon, barangay de Dinginan, Roxas City – Auparavant, elle était soumise et sen- 14
  15. 15. 2 Expériences Philippines2.2.2 Histoires de CPSLecture faite des histoires de CPS recueillies à Iloilo et d’inciter certains d’entre nous à démolir leurs propresRoxas City, le représentant national de FSTM, Hans maisons en échange d’une somme dérisoire. L’organi-Schaap, a choisi les histoires d’Emma Pedrano (Roxas sation a révélé que le document que certains d’entreCity) et Gloria Galleno (Leganes, Iloilo). Selon Hans, nous avaient signé n’était pas valable car ils l’avaientl’histoire d’Emma Pedrano est une « preuve évidente fait contre leur volonté.de la responsabilisation de la communauté ». Il achoisi l’histoire de Gloria Galleno car elle constitue Je remercie l’organisation pour l’aide qu’elle nous aune « reconnaissance des faiblesses humaines et du apportée afin de nous unir pour défendre nos terres etchangement d’attitude induit par le programme. » de trouver des moyens d’améliorer notre vie. Grâce à l’organisation, nous avons pu informer d’autres per-Selon Hans : « toutes ces histoires sont un bon indica- sonnes de notre communauté sur la manière de faireteur du programme de santé de Gabriela, qui dépasse face à notre situation. L’organisation a mis sur piedle cadre de la santé et aborde les aspects élémentaires des discussions et des formations afin de nous per-de la lutte contre la pauvreté et l’absence de droit à la mettre de comprendre notre situation. Nous n’avonssanté : la responsabilisation des secteurs de base grâce pas cédé face aux menaces et au harcèlement car nousà l’organisation et à l’éducation. » pouvons compter sur l’organisation.Emma Pedrano (barangay de Culasi, Roxas Gloria Galleno (barangay de Buntatala, Le-City) ganes, Iloilo)J’ai connu Gabriela à la suite de notre problème de J’étais très sévère avec mes enfants lorsque je lesterres. Notre point de vue et notre attitude ont changé punissais. Je m’emportais facilement quand j’enten-grâce à l’aide de l’organisation. Par ailleurs, l’orga- dais des voisins dire qu’ils avaient fait des bêtises. Jenisation a apporté beaucoup à ma famille et à notre les frappais souvent. Je leur tirais les cheveux. Puis, j’aicommunauté. Elle a contribué à nous faire prendre suivi une formation sur la violence faite aux femmesconscience de nos problèmes, en particulier de notre et aux enfants. J’ai compris que ce n’était pas la bonneproblème de terres, et à nous donner la force de les manière de punir nos enfants. J’ai compris que j’agis-affronter. sais mal et que les enfants avaient aussi des droits. Je pensais que j’étais la mère et qu’ils devaient m’obéir. JeUne entreprise privée revendiquait la propriété des pensais qu’ils étaient simplement mes enfants et qu’ilsterres sur lesquelles nos maisons étaient construites devaient faire ce que je disais. L’organisation m’adepuis des années, voire des décennies. On nous me- appris qu’en tant que mère, je devais construire unenaçait de démolir nos maisons. Mais grâce à l’organi- relation avec mes enfants.sation, nous avons réussi à arrêter la démolition. Avecl’aide de l’organisation, nous avons fait pression sur les Je me suis souvent disputée avec mon mari à causeagences gouvernementales compétentes afin qu’elles de la manière dont je traitais nos enfants. Désormais,nous donnent le droit préférentiel de rester sur nos je sais comment m’y prendre avec mes enfants etterres. mon mari. Mon mari et mes enfants me soutiennent lorsque j’assiste aux séminaires et aux formations deAuparavant, nous ne savions pas quelles actions nous Gabriela car ils considèrent qu’ils sont à l’origine depouvions mener. Nous ne savions pas quelle agence mon changement.pouvait nous aider. Nous étions livrés à nous-mêmeset désunis. Certains se sont laissés prendre aux trom- Siège national de Gabrielaperies du demandeur. Le demandeur et les membres Le recueil d’histoires de CPS a été organisée endu gouvernement local étaient de connivence afin collaboration avec le siège national de Gabriela, par 15
  16. 16. 2 Expériences Philippinesl’intermédiaire de sa directrice de programme, Obeth (2) Elma Deanon (Roxas City)Montes. Obeth Montes a été présente tout au longdu processus et a présenté au secrétariat national les En qualité de présidente de Gabriela à Roxas City,histoires choisies racontées à Iloilo et de Roxas City. son histoire montre son changement d’opinion. ElleLe secrétariat national a examiné les histoires et a met également en évidence l’impact de tout le pro-sélectionné les suivantes comme étant le changement gramme sur sa personne en tant que dirigeante. Ellele plus significatif dans leurs zones de programme à a montré qu’elle est engagée et qu’elle le restera afinIloilo et Roxas : d’œuvrer pour le changement.(1) Hydie Sotela (Iloilo) Elma Deanon (barangay de Dinginan, Roxas City)Hydie Sotela est une travailleuse de la santé dansun barangay1. Elle travaille pour le centre médical Auparavant, je pleurais chaque fois que j’entendaisfinancé par les autorités publiques locales. Son histoire des choses que je désapprouvais. J’éprouvais de lamontre la relation de Gabriela avec les unités des pou- réticence à m’impliquer dans des problèmes quivoirs publics locaux. Grâce au programme, Gabriela touchent notre société. Depuis que je fais partie dea pu toucher les travailleurs de la santé du barangay l’organisation, je connais nos droits. Désormais, je saiset accroître leurs compétences en matière d’action sur ce que nous pouvons faire grâce aux formations etla santé. Cette histoire décrit également le change- aux activités auxquelles nous avons assisté. J’essaie dement d’attitude et d’opinions en matière de santé. Elle les comprendre et de rassembler toutes les leçons quemontre l’impact et l’efficacité des services fournis par j’en ai tirées. Je fais part de mes apprentissages auxle programme de santé des femmes. communautés que nous organisons.Hydie Sotela (barangay de Buntatala, Le- J’ai appris que nous ne devons pas taire les injustices,ganes, Iloilo) que nous ne devons pas laisser les gens nous tromper ou nous exploiter car nous avons tous des droits. EnJe suis employée en qualité de travailleuse de la santé réfléchissant à ce que j’avais appris, je me suis dit quedu barangay et enseignante dans une garderie. Avant je devais me défendre. Je fais part de mes apprentis-le programme de santé de Gabriela, je m’en remettais sages aux autres, en particulier aux pauvres et auxprincipalement aux médicaments occidentaux pres- opprimés. Nous, les pauvres, n’attirons pas souventcrits par le médecin. Lorsque j’ai rejoint Gabriela, j’ai l’attention des autorités alors que les riches obtiennentappris à me servir des médicaments à base de plantes. tout ce qu’ils veulent. Je me suis dit qu’un jour, lesJ’ai pris conscience qu’en dehors des médicaments choses changeraient.achetés en pharmacie, les plantes de notre environne-ment peuvent elles aussi améliorer notre santé. Désor- Lorsque je suis devenue organisatrice, j’ai changé. J’aimais, j’applique ce que j’ai appris durant la formation commencé à me défendre mais aussi à militer pourchaque fois qu’un membre de ma famille est malade. l’organisation et les communautés que j’aide.Auparavant, mon asthme m’empêchait de dormir la (3) Emma Pedrano (Roxas City) – voir p.15nuit. Aujourd’hui, j’utilise des médicaments à base deplantes afin de traiter mon asthme. Après une année Son histoire montre comment le programme et l’or-d’utilisation, la fréquence de mes crises a diminué. ganisation responsabilisent les femmes de la commu-Je les utilise également en inhalation. L’utilisation de nauté afin d’agir pour leur situation.médicaments à base de plantes a aidé ma famille àréduire le budget destiné à l’achat de médicaments.1 Le barangay est la plus petite unité dans l’administration publique aux Philippines et fait référence à un village dans leszones rurales. 16
  17. 17. 2 Expériences Philippines2.2.3 ÉvaluationLes réflexions du siège national et des organisateurs d’impliquer les membres des organisations dansd’Iloilo et de Roxas sont exposées ci-après. L’utilisation la sélection d’histoires.du CPS comme méthode d’évaluation a été bénéfique • Cette méthode a également révélé l’importancepour les organisateurs et le personnel du programme. du suivi sur le développement des membres desIls ont été informés des mesures supplémentaires à organisations au niveau local. Ces histoires n’ontprendre pour améliorer la méthode qu’ils avaient pas été consignées selon la méthode tradition-adoptée ou pour soutenir la méthode dont l’efficacité nelle du suivi de l’évolution du pro-était avérée dans une communauté donnée. gramme à la base. La technique du CPS vient compléter les données mentionnées dans lesLe partage des histoires a permis aux organisateurs évaluations officielles.des sections d’évaluer à quel point les membres étaient • Il est important que les participantes racontentsoudés dans les sections locales et quelles étaient les leur histoire de CPS avec spontanéité. Les parti-aptitudes des dirigeants de la section locale. Grâce cipantes doivent pouvoir s’exprimer complète-au CPS, ils ont non seulement pu mesurer l’impact ment. La langue utilisée par les participantes estdu programme mais aussi évaluer indirectement leur un élément essentiel. Les organisatrices localescapacité d’organisation et ainsi tirer des enseignements ont aidé à traduire les instructions et les histoiresinstructifs sur la manière de développer davantage partagées du tagalog en hiligaynon (langueleurs aptitudes à mettre en place un programme. principale des Visayas occidentales), et inverse- ment.Points de l’évaluation : • Les participantes ont tendance à énumérer les avantages que leur adhésion à l’organisation leur• Étant donné que la technique du CPS était rela- a apportés. Le facilitateur a besoin de rappeler vement nouvelle comme méthode d’évaluation, aux participantes de se concentrer uniquement les facilitateurs n’étaient pas encore tout à fait sur un seul changement significatif. familiarisés avec ce processus. Ils s’inquiétaient • En ce qui concerne la section d’Iloilo, les his- de savoir comment elle serait utilisée et perçue toires ont permis d’évaluer la progression du pro- par les participantes. Le recueil des histoires sur gramme de santé. La plupart des histoires le CPS était à proprement parler un processus concernaient les avantages que le programme a d’apprentissage à la fois pour les participantes et procurés aux membres. Au cours du programme, les organisatrices des communautés ainsi que des points relatifs à la manière de développer le pour les facilitateurs eux-mêmes. programme ont été abordés.• Après l’évaluation, les facilitateurs ont pu dé- • À Iloilo, la plupart des histoires partagées concer- terminer comment ajuster le processus utilisé à naient l’utilisation de médicaments à base de Iloilo. Des ajustements et des modifications plantes dans le cadre du service aux commu- ont été apportés afin d’améliorer le processus lors nautés. Une première analyse a mis en évidence de son application au cours de la session avec les le besoin de souligner la responsabilisation des participants de Roxas City. membres dans les communautés. Cependant, les• Les organisatrices de Gabriela à Iloilo et Roxas sections locales sont plus avancées et City ont apprécié le CPS en tant que méthode ont davantage confiance lorsqu’elles associent les d’évaluation car elles ont trouvé que les histoires autorités locales au problème de la violence faite reflétaient l’impact de leur travail, ce qui, habi- aux femmes et aux enfants. Toutefois, tuellement, n’apparaît pas dans les évaluations cette constatation n’apparaissait pas dans l’exer- officielles. cice du CPS.• Les facilitateurs ont décidé de faire du recueil des histoires du CPS une activité de groupe afin 17
  18. 18. 2 Expériences Amérique latine2.3 Amérique latineEn Amérique latine, nous collaborons avec un réseau appartenant au People’s HealthMovement mondial. Le Movimiento para la Salud de los Pueblos - Latin America (MSP-LA) construit le mouvement populaire pour le droit à la santé à travers le continent.D’un commun accord avec le MSP-LA, nous avons décidé de demander à une consultantelocale, María Erlinda Sandino, de nous aider à mettre en place la méthodologie. Elle atravaillé avec une équipe de coordination composée de María Hamlin Zuniga, GabrielGarcía, Arturo Quizphe et Jorge Quizphe, afin de préparer son rapport : « Informe valo-rativo. Basado en Testimonios de Cambios Más Significativos (CMS) ». Le reste de cechapitre est constitué d’extraits traduits de ce rapport disponible en format PDF.2.3.1 MéthodologieDe 2008 à 2010, le Mouvement populaire pour la 3. Utiliser cette expérience pour appliquersanté - Amérique latine a favorisé des actions dans et comprendre la méthodologie du CPS etle cadre du projet « Réseau pour le droit à la santé former au sein du MSP-LA un petit groupeen Amérique latine » et est actuellement occupé à de personnes agissant en qualité de facilita-développer de nouveaux projets. teurs du processus de CPS dans un futur proche.Conformément à ses lignes d’action, le MSP-LAa décidé d’évaluer le travail réalisé entre 2008 et La première étape a été de former une équipe tech-2010, à l’aide de la technique du changement le nique, constituée de María Hamlin Zúniga, Arturoplus significatif (CPS), afin de servir de base au sui- Quizphe, Jorge Quizphe et Gabriel García (sep-vi du travail effectué à partir de réflexions collec- tembre 2010). Un facilitateur externe, qui possé-tives et individuelles, de l’apprentissage institution- dait une certaine expérience de la technique dunel et de synergies parmi les parties concernées. CPS dans différents pays de la région, a été recruté pour participer au recueil et à la rédaction desL’objectif général de cet exercice était d’aider les histoires de changement le plus significatif et desorganisations du MSP-LA à identifier, recueillir documents écrits.et sélectionner les histoires de changement le plussignificatif (testimonios) relatives aux expériences Les documents relatifs aux expériences rapportéesréalisées avec l’aide du mouvement entre 2008 et au MSP-LA et les documents de référence sur la2010. technique du CPS ont été examinés. Un « Guide de recueil des histoires du changement le plusObjectifs spécifiques : significatif » a été conçu, révisé et partagé avec un groupe de représentants des parties intéressées. 1. Introduire l’utilisation de cette méthodologie dans le MSP-LA afin de renforcer les struc- Au cours du mois d’octobre, les histoires de CPS tures dirigeantes et de promouvoir la partici- ont été identifiées et recueillies au sujet des expé- pation populaire au mouvement. riences suivantes : 2. Visualiser, partager et mobiliser grâce aux histoires et récits personnels de changement • Expérience d’interculturalité au cours de l’IPHU local et régional touchant les problèmes de à l’ASECSA au Guatemala. santé les plus pertinents ayant un impact sur • Défense de la Pachamama et criminalisation des le plan personnel et sociétal. protestations : expériences au Guatemala et en 18
  19. 19. 2 Expériences Amérique latine Équateur. du changement le plus significatif relatives à des• Le droit à la santé : Forum sur la Santé au expériences sélectionnées. Les histoires ont été Salvador. regroupées en divers domaines principaux de• Vivre, penser et ressentir la nature : l’expérience changement : de Laicrimpo en Argentine. • Domaine de changement 1 : renforcement de laÉtant donné que les membres et les activités du capacité à se défendre.MSP-LA se situent dans différents pays et terri- • Domaine de changement 2 : plaidoyer politiquetoires d’Amérique latine, la technique du CPS a dû pour la défense de la Pachamama et contre la cri-être utilisée avec une certaine créativité. Le recueil minalisation des protestations visant à défendredes histoires et le retour d’informations concernant les terres.les résultats ont été effectués en ligne, par e-mail et • Domaine de changement 3 : plaidoyer politiquevia Skype. L’histoire de Crisanta Pérez sur la cri- pour le droit à la santé.minalisation de la lutte visant à défendre les terres • Domaine de changement 4 : changementa été reconstituée à partir de documents et d’un conceptuel en matière de santé.entretien filmé avec Crisanta. Il n’a pas été possiblede recueillir son histoire en personne en raison Pour terminer, les résultats du processus du CPSd’une tempête tropicale survenue au Guatemala. seront communiqués en retour aux participants, aux organisations membres du MSP-LA et à FondsCes contributions ont permis de rédiger ce rap- de Soutien Tiers-Monde.port d’évaluation, lequel systématise les histoires 19
  20. 20. 2 Expériences Amérique latine2.3.2 Histoires de CPSDomaine de changement : renforcement de la capacité à se défendre – Cours de l’IPHU1Histoires de changement le plus significatif liées au cours de l’IPHU : intégration de l’ap-proche interculturelleHistoire n° 1 ont fait de leur mieux en ce qui concerne l’infrastruc- ture, le logement et aussi la chaleur humaine… mais il manquait un accompagnement spirituel. À Chimaltenango, l’accompagnement était différent, nous savions que non seulement les organisateurs mais aussi les forces que nous invoquions chaque jour pour que nos cours se déroulent au mieux étaient là pour nous. Nous donnions libre cours au flot d’émo- tions qui font aussi que nous sommes humains et qui jouent un rôle dans notre santé. Dès le début, nous avons été accueillis par les ancêtresVivian Tatiana Camacho Hinojosa, facili- qui nous attendaient, peu importe comment chacuntatrice de cours de l’IPHU au Guatemala. de nous décidait d’exprimer sa spiritualité ou le nomCercado, Cochabamba, Bolivie. que nous lui donnions. Chacun avait la possibilité d’entrer en communication avec cette autre partiePour moi, facilitatrice et étudiante à l’Inter- qui est particulièrement négligée par le point de vuenational People’s Health University, le chan- hégémonique de l’Occident. Cette autre partie faitgement le plus significatif a été l’approche aujourd’hui la force de nos peuples. La Pachamamautilisée pour le cours, y compris l’accompa- se fait entendre clairement dans nos cœurs, elle nousgnement rituel pendant toute sa durée. donne de l’espoir même quand nous pensons que tout est perdu. En dépit de tout, elle nous aidera à conti-À La Havane2, j’ai participé au cours abrégé sur les nuer à défendre la vie et à en prendre soin, en com-déterminants sociaux de la santé et à Chimaltenango3, mençant par nous-mêmes.à celui sur le lien entre l’interculturalité et la santé.J’ai senti une grande différence, à commencer par lastructure des cours, non seulement à cause du pro- Pour Vivian, la ritualité a constitué un élémentgramme, mais aussi en raison de la manière dont nous extrêmement important du processus d’apprentis-avons partagé nos émotions et nos pensées. sage lors de cette expérience. Voici comment elle voit les choses :À La Havane, le cours a été une occasion merveilleusede rencontrer des gens de grande valeur, courageux, « Pour moi, c’est le plus important, pas seulement en tantqui nous ont parlé de la situation, parfois très difficile, que médecin mais aussi en tant qu’être humain dans la toileen matière de santé dans leur pays. À Chimaltenango, de la vie, car le rituel est pertinent. Un sentiment de lien avecc’était pareil, à ceci près que l’accompagnement était ce que chacun considère comme sacré, avec respect, au-delàessentiel. À Cuba, chaque jour était très intense et je de la peur, des préjugés, du racisme et de la discrimination.n’avais pas l’impression que le cadre nous aidait dans J’étais capable de rencontrer l’autre comme un être humain etnotre processus d’assimilation, de découverte et de ce sentiment nous rendait frères, au-delà des différences quepartage de ces réalités douloureuses. Les organisateurs nous pourrions considérer comme profondes d’un point de vue 20
  21. 21. 2 Expériences Amérique latinespirituel. En effet, si nous connaissons ce lien avec la force Histoire n° 2vitale et que nous en faisons l’expérience, ce sera la garantieque notre direction, notre progression, seront plus cohérentesavec notre environnement et, de manière générale, avec nous-mêmes. »Pour Vivian, plusieurs éléments physiques présentsdurant le cours ont permis d’entrer en contact avecce qu’elle appelle la « force vitale » :• La disposition des chaises en cercle nous a permis de partager nos idées différemment, chacun apprenant des William Hernández M., facilitateur de autres, dans une structure égalitaire plutôt que hiérar- cours de l’IPHU au Guatemala. Managua, chique. Nicaragua.• Les fleurs au centre nous rappelaient physiquement ce que nos yeux ne peuvent pas voir (la présence et la force de nos J’ai été invité à participer en tant que facili- ancêtres) mais qui fait aussi partie de notre apprentissage tateur à l’IPHU à Chimaltenango, au Gua- commun. temala, en avril 2010, sur le rapport entre l’interculturalité et la santé.C’est dans cette cohérence de la connaissance, del’émotion et de l’action que nous trouvons la Cette fois, le cours s’adressait à un groupe plus petit,motivation, le courage et la force de croire que nous sommes bien que suffisant, et nous disposions d’un programmecapables de créer cet autre monde possible, en sachant que qui traitait de sujets qui se sont révélés faire partie ded’immenses forces cruelles font tout pour le détruire. Grâce l’expérience de la grande majorité des participants,à cette cohérence personnelle, interne, nous pouvons croire lesquels venaient tous de la même région, étaient deque chacun de nos petits pas fait partie de la grande marche même condition et parlaient la même langue. Mêmevers une vie digne, libre et solidaire pour tous ceux que nous si certains parlaient une langue indigène ou le portu-aimons, et même pour nos frères et sœurs humains que nous gais (les personnes venues du Brésil), nous communi-ne connaissons pas, ceux qui viendront après nous. Frères et quions tous en espagnol.sœurs de toutes les espèces vivantes, nous faisons tous partiede la Communauté de la Vie. J’avais déjà participé à la première séance de l’Inter- national People’s Health University (IPHU) à Cuenca,Tous, nous faisons des efforts pour nous soutenir les uns les en Équateur, en juillet 2005. Cette première séanceautres afin de ne pas faiblir. Tous, nous créons l’espoir avec avait eu lieu durant la seconde People’s Health Assem-nos mains et nos cœurs, avec nos pas, en sachant que ce que bly. Lors de ce premier cours, nous avons découvertnous voyons et ce que nous ne pouvons pas voir mais que un programme universitaire classique sur le plan denous ressentons fait également partie de la vie dans la vie, au l’organisation mais abordant des sujets qui ne l’étaientmême titre que chacun de nous. » pas du tout.Les hôtes mayas, les ancêtres, qui ont dirigé les En Équateur, le cours se distinguait par un grandcérémonies d’accueil et d’adieu et qui nous ont nombre d’étudiants, originaires de différents conti-accompagnés chaque jour, ont joué un grand rôle nents et parlant des langues différentes, ce qui nécessi-dans cette histoire de changement, tout comme tait toute une organisation pour l’interprétation simul-nous, participants, et les organisateurs de l’IPHU tanée. Le cours se donnait sur un campus universitairegrâce à qui cet événement a pu avoir lieu. et la plupart des participants étaient des activistes du MSP-LA ou des personnes qui venaient d’adhérer auCette expérience a eu lieu à l’ASECSA, à Chimal- mouvement, diplômées dans divers domaines de latenango, au Guatemala, en avril 2010. santé. 21
  22. 22. 2 Expériences Amérique latineLors de l’expérience à Chimaltenango, le thème Au Guatemala, le cours a utilisé un modèle collectif etgénéral du cours a conféré un certain niveau univer- multidirectionnel. Nous avons tous tiré des enseignements dessitaire à la séance sur « L’économie politique de la expériences partagées, issues de différents milieux géogra-santé ». La formalité universitaire a laissé place à un phiques, sociaux, culturels et universitaires, qui ont constituégroupe diversifié, avide de partager ses expériences et la base du cours.de s’instruire en écoutant les histoires personnelles desparticipants, aidés et guidés par un groupe de facili- Les peuples autochtones du Guatemala nous ont fait décou-tateurs, ce qui, à mon avis, était une bonne idée de la vrir leur situation de manière concrète, ce qui nous a incités àpart des organisateurs. prendre des engagements communs et individuels afin de bâtir un monde plus solidaire et plus harmonieux qui encourageLorsqu’il a raconté son histoire, William a précisé une vie en bonne santé. »que ce changement était le plus significatif parcequ’il impliquait une approche basée sur les ex- Le comité organisateur de l’IPHU, les partici-périences personnelles et la réalité des personnes pants et les activistes de la santé issus de différentsconcernées, intégrée dans un cadre universitaire : peuples et pays ont participé à ce changement qui a eu lieu à l’ASECSA, à Chimaltenango, au Gua-« Lorsque nous parlons d’un endroit où des activistes du temala, en avril 2010.secteur médico-social peuvent échanger leurs expériences et seprocurer des outils du savoir dans le cadre d’une université, iln’est pas possible de s’en tenir au modèle éducatif tradition-nel à sens unique dans lequel des professeurs, occupant uneposition supérieure, transmettent leur savoir à un groupe quile reçoit.Histoires de changement le plus significatif liées au cours de l’IPHU : innovation technologiqueHistoire n° 3Gabriel García Salyano, San Cristóbal de Les événements organisés précédemment à PortoLas Casas. Chiapas, Mexique. Alegre et à La Havane l’avaient été de manière clas- sique : ils ne concernaient que les participants – dansUtilisation de technologies de la communica- le cas de La Havane en raison des difficultés liées àtion pour une diffusion en direct sur Internet l’embargo économique et à Porto Alegre parce qu’ilet d’un logiciel en libre accès ainsi que de semble que cela n’était tout simplement pas envisa-liaisons avec des stations de radio locales afin geable. En général, les technologies de l’information etde proposer le cours de l’IPHU à Chimalte- de la communication sont sous-exploitées au sein dunango à un plus vaste public sur le continent MSP-LA, peut-être parce que les gens ignorent leuraméricain et de le diffuser dans le Guatemala potentiel. Par ailleurs, presque tout le monde se limiterural grâce à un réseau de stations de radio à utiliser des logiciels de marque déposée, soit parcecommunautaires. que les gens ne connaissent pas d’autres systèmes, soit parce que le changement leur fait peur.L’expérience de Chimaltenango a démontré quel’utilisation de ces technologies et d’un logiciel en libreaccès n’était pas réservée aux « spécialistes », qu’elle Selon Gabriel García Salyano, les cours de l’IPHUétait à la portée de toutes les organisations et de tous sont des occasions de partager, de discuter et d’éva-les individus du MSP-LA et qu’elle participait de luer des propositions d’actions émanant de diversmanière utile à la responsabilisation et à la diffusion milieux populaires et universitaires ainsi que d’orga-de leurs activités. nisations de la société civile. Cependant, comme il le dit, cette opportunité était réservée à des « privilé- 22
  23. 23. 2 Expériences Amérique latinegiés » et était un cours donné sur place. se composait de personnes originaires de différents pays : Guatemala, Nicaragua, Salvador, Mexique,Le cours organisé à Chimaltenango, au Guatemala, était le Équateur, Argentine et Bolivie. Divers outils en lignepremier dont différentes présentations, séances plénières et leur ont permis de définir les critères de sélectiondiscussions étaient retransmises en direct, ce qui signifie que des participants, d’élaborer les sujets et le contenudes personnes de différentes régions d’Abya Yala ont pu suivre du programme universitaire, de définir les rôles desle cours et envoyer leurs commentaires et avis sur les sujets et la participants et d’organiser l’aspect logistique, toutmanière dont le cours était donné. en réduisant le coût écologique et économique.Ce point est important, car le cours a attiré de nombreux can- Les personnes impliquées dans ce changementdidats alors que le nombre de places était limité à cinquante. étaient Virgilio Medina, Jorge Contreras, HazelRendre le cours accessible aux personnes qui ne se trouvaient Ríos, María Hamlin Zúniga et Edy Rolando Sirititpas sur place était donc une excellente décision. Quisquina. La diffusion en direct de l’événement a eu lieu à Chimaltenango, au Guatemala, sous laGabriel estime que les téléconférences étaient de forme de téléconférences, du 12 au 14 avril 2010, àbonne qualité. L’équipement nécessaire avait été l’issue de préparatifs qui ont inclus l’achat de l’équi-mis à la disposition des institutions et groupes pré- pement nécessaire et la formation des personnessents, afin de réaliser un enregistrement audiovisuel concernées (mars 2010).immédiat de l’événement. Cet enregistrement ainsique toutes les autres informations ont été postéssur le site Internet afin que tous les visiteurs du sitepuissent en profiter.Un autre élément qui rend l’emploi des technologiesde la communication si important, selon Gabriel, estle fait que le comité d’organisation et de facilitation1 International Peoples’ Health University.2 À la Havane, l’IPHU s’est tenue en novembre 2009.3 À Chimaltenango, l’IPHU s’est tenue en avril 2010. 23
  24. 24. 2 Expériences Amérique latineDomaine de changement : plaidoyer politique pour la défense de la Pachamama etcontre la criminalisation des protestationsHistoire de changement le plus significatif liée à l’expérience des femmes à Cuenca,ÉquateurHistoire n° 4 Pour Rocío, ce changement est le plus important parce que les femmes ont réussi à mettre en place des activités de défense politique mettant sous pression les autorités locales, régionales et natio- nales, qui ont abouti à une modification de la loi (amendements à la constitution équatorienne). Auparavant, les femmes ignoraient leurs droits ; aujourd’hui, elles sont organisées. Elles font partie du Front féminin de défense de la Pachamama et poursuivent leur combat afin de défendre les droits des femmes, les droits environnementaux, les droits sociaux et les droits humains en général.Rocío Pérez, chef de la communauté Vic- Grâce à leur capacité à s’organiser et à se dé-toria del Portete et présidente du Front fendre, elles ont contré l’impact négatif surféminin de défense de la Pachamama l’environnement des compagnies minières inter-Histoire de CPS au sein de la communauté : nationales : catastrophes naturelles, pollution,Nous, les femmes, nous nous sommes chargées de dégradation des conditions de vie, misère etl’organisation, nous sommes soutenues, nous sommes pauvreté.sensibilisées et nous nous sommes éduquées nous-mêmes ; nous avons créé une entité juridique et légale Rocío Pérez explique que leur combat a permisafin de pouvoir nous protéger, nous former et nous aux membres de la communauté de Victoria delinformer mais aussi former des dirigeantes féminines Portete de vivre dans un environnement sain :membres du Front féminin de défense de la Pacha- « Nous pouvons encore respirer un air pur, boire une eau puremama, au sein des communautés de Tarqui, Victoria et continuer à admirer nos magnifiques paysages. » Cepen-del Portete, Molleturo, Limón Indanza, Gualaquiza, dant, elle insiste sur le fait que la lutte et les actionsGualaceo et Cuenca, entre autres. de défense doivent se poursuivre : « Nous ne devons jamais abandonner et nous devons être prêtes à lutter, quoiGrâce à la résistance du Front féminin de défense de qu’il advienne. »la Pachamama, ma communauté ne s’est pas laisséeexploiter. Nous entretenons notre amour de la vie et Ce changement significatif a eu lieu dans la villede la nature et notre passion de nous informer au sujet de Cuenca, en Équateur, et concerne Rocío Pé-des droits des femmes et de tous les êtres humains. rez, dirigeante et grand-mère, ainsi que d’autres grands-mères, toutes combattantes, actives et mi-Histoire de CPS personnelle : litantes dans l’action communautaire et la défenseJ’ai appris que je peux aider ma communauté, dé- de leurs terres à Victoria del Portete, Cuenca,fendre l’eau, la terre et la vie en général… Je me suis Équateur.épanouie, en tant que femme et en tant que personne. 24
  25. 25. 2 Expériences Amérique latineHistoire de changement le plus significatif liée à l’expérience de la criminalisation desprotestations : « Nous sommes toutes des Crisanta. » San Marcos, GuatemalaHistoire n° 5Crisanta Pérez, San Miguel Ixtahuacán nautés… Les documents ont été signés par les autorités munici- pales, puis soumis officiellement à la compagnie minière (la mineD’après des entretiens avec Crisanta Pé- Marlin) en lui demandant de retirer les poteaux de ma propriétérez et des récits de la lutte, « Nous sommes et de celle de mes voisins.toutes des Crisanta », une histoire vivante de La compagnie a demandé trois mois de plus mais nous leur avonsdirigeantes impliquées dans la défense des dit d’enlever les poteaux avant les pluies parce que lorsqu’il pleut,terres mayas et de la dignité. le sol devient plus meuble. Les poteaux électriques étaient toujours là lorsque la pluie a commencé à tomber… Alors, j’ai décidé deEn 2008 et 2009, Crisanta Pérez est devenue couper l’alimentation en électricité de la compagnie. À présent, leun modèle pour de nombreuses femmes de combat est entre les mains du peuple. Il y a les gens dont la mai-différentes communautés de San Marcos en son est fissurée, ceux de la source, ceux qui souffrent de maladiesce qui concerne la défense de leurs droits. de la peau. »C’est ainsi qu’elles ont lancé le slogan « Noussommes toutes des Crisanta ». La réaction de la compagnie et du gouvernement guatémaltèque a été de délivrer des mandats d’arrêtDes sources écrites et des entretiens avec Crisanta Pé- contre Crisanta Pérez, Crisanta Hernández, Patro-rez nous apprennent que le problème est lié à l’exploi- cinia Mateo, Catalina Pérez, Olga Hamaca, Maríatation des ressources naturelles par la mine Marlin, Díaz, Crisanta Yoc et Marta Pérez. Depuis, cesexploitée par la Montana Exploradora Company, femmes se cachent de communauté en communauté.membre de Gold Corp, à San Miguel Ixtahuacán,San Marcos, Guatemala. « Parce qu’ils étaient furieux que je n’aie pas passé d’accord avec eux, ils ont délivré un mandat d’arrêt contre moi. Comme ici, àEn 2007, huit femmes de San Miguel Ixtahuacán, San Miguel, personne ne parle espagnol, ils m’ont demandé deavec à leur tête Crisanta Pérez, ont exigé que la parler au directeur de la compagnie afin de lui demander qu’ilsMontana Exploradora Company respecte leurs pro- enlèvent les machines. »priétés après que la compagnie ait installé des lignesélectriques destinées à la mine au-dessus de terres D’après des sources personnelles, la compagnie afamiliales et des lignes à haute tension au-dessus de réussi à aménager sa mine d’or à ciel ouvert par laleurs maisons sans autorisation préalable, par le biais force et la tromperie et a bénéficié du soutien dude procédures frauduleuses, mettant ainsi leurs vies en gouvernement guatémaltèque. Cette réalisation a étédanger en raison des radiations et de la haute tension. perçue comme un héritage du colonialisme et comme un acte d’arrogance et de racisme. Le pillage conti-Le manque de respect et l’arrogance de la compa- nue, sans qu’aucune considération ni aucun droit negnie minière, d’une part, et le désir de sécurité de la soient accordés aux communautés locales. La plupartpopulation locale, d’autre part, ont motivé ces femmes des gens sont contre l’exploitation minière.courageuses à abattre les poteaux électriques sur lechemin de la mine. Crisanta explique : « Les gens de la compagnie sont venus et je leur ai parlé. Je leur ai dit quel était le problème, pourquoi les gens étaient en colère« Comme ils n’ont pas tenu leurs promesses, les femmes ont retiré contre eux – parce qu’ils défendaient leurs sources d’eau, qu’ils neles ancrages du poteau, si bien que celui-ci a basculé. Les lignes voulaient pas que les sources et les rivières où ils lavent leur lingeélectriques passent près de ma maison, ce qui m’a beaucoup soient polluées. La compagnie n’a pas obtempéré et un nouveauinquiétée parce que si le poteau était tombé, ma maison aurait mandat d’arrêt a été délivré contre moi. J’étais chez moi lorsqu’onsubi des dommages. » m’a appelée pour me dire que la police était déjà là… J’ai dûNous avons déposé des réclamations à l’hôtel de ville, avec le quitter la municipalité de San Miguel. »sceau et la signature de toutes les autorités de toutes les commu- 25

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