Successfully reported this slideshow.
« Les compétences n’ont pas de sexe,                         Que dire de Marie Curie à qui fut refusé officiellement le po...
La situation, celle du genre, a la vie dure. Rita-Montalcini, encore             Les compétences n’ont pas de sexe, pas pl...
« Les femmes expertes existent,                             Ce guide sera donc, j’en suis convaincue, une ressource clé po...
Upcoming SlideShare
Loading in …5
×

Préfaces Guide des expertes 2013

2,805 views

Published on

Préfaces du Guide des expertes 2013

  • Be the first to comment

  • Be the first to like this

Préfaces Guide des expertes 2013

  1. 1. « Les compétences n’ont pas de sexe, Que dire de Marie Curie à qui fut refusé officiellement le poste de pas plus que l’intelligence ou l’imagination créatrice. » professeur à la Sorbonne parce qu’elle était femme avant d’être savante par Françoise Héritier, professeur honoraire au Collège de France et que, pour la dignité de la fonction, il fallait qu’un homme occupât ce poste ?Savez-vous qui a découvert l’anomalie génétique à l’origine de latrisomie 21 ? Elle s’appelle Marthe Gautier et personne ne la connaît Si nous nous tournons vers des temps plus anciens, c’est leur vie que lesparce que le crédit de son travail de chercheuse et celui de sa femmes risquaient à vouloir être savantes et à s’aventurer à ladécouverte ont été attribués à l’assistant du patron de son laboratoire. compétition avec des hommes. Hypathia, célèbre philosophe etCertes, elle n’a pas protesté très fort. Mais ce fut un détournement mathématicienne des 3° et 4° siècles ap. JC, qui inventa l’astrolabe et laavalisé par le patron même de son laboratoire, soucieux de renommée planisphère, enseignait sur la place publique. L’évêque Cyrille la faitdans les publications scientifiques et dans les colloques internationaux. attaquer et littéralement mettre en pièces par des chrétiens fanatiquesPersonne, dans le milieu concerné, n’a rien trouvé à redire à ce puis fait brûler les morceaux de son corps. L’ostentation du savoirdétournement qui concernait une femme et qui n’aurait pu se faire au rendait celui-ci doublement répréhensible.détriment de n’importe quel homme. Dans l’esprit de tous, pour lacrédibilité et pour le renom de la découverte, il valait mieux qu’elle soit Pour ne pas parler de la simple oblitération par défaut de la réalitémise au crédit d’un homme. La mettre au nom d’une femme aurait historique. Toutes les grandes inventions préhistoriques, comme lesamoindri sa valeur, comme si l’« amoindrissement » collectif du statut manifestations artistiques ou cultuelles, ont toujours été imputées audes femmes dans le regard public se communiquait à leurs oeuvres ou, à génie créateur de l’homme, au sens du mâle de l’espèce humaine.l’envers, mais avec le même sens, comme si la valeur intrinsèque et la Depuis peu, on montre que les femmes ont sans doute participé àcapacité de crédit accordé à une découverte impliquaient naturellement l’exécution des peintures pariétales, et qu’elles sont sans doute àqu’elle soit l’oeuvre d’un homme. l’origine de la domestication des espèces cultivées, car c’étaient elles qui les cueillaient, les rapportaient et avaient la possibilité d’observer lesC’est pour ces mêmes raisons que la découverte du virus du sida, en conditions de leur germination et de leur croissance.France, a été créditée pendant longtemps au seul Luc Montagnier,patron de laboratoire, alors que les authentiques découvreurs sont A l’heure actuelle, même dans des situations où l’égalité de compétencesFrançoise Barré-Sinoussi et Claude Chermann (un homme, certes, mais et de statut est théoriquement admise, des femmes de savoir, expertesmoins titré que le patron), injustice réparée récemment, mais en leur domaine, ont pratiquement toutes connu ces instantspartiellement, par l’attribution du Prix Nobel à deux d’entre eux. désarçonnants où, seules femmes dans une réunion professionnelle où l’on débat d’un problème, elles ont avancé une idée ou une solutionIl a fallu plus longtemps encore à Rita Levi-Montalcini, la grande qui, comme une pierre chute dans un puits, sont tombées dans unneurobiologiste qui a eu le Prix Nobel en 1986, soit quarante-cinq ans silence poli, voire gêné. Elles se demandent vaguement si elles n’ontaprès qu’elle eut découvert le facteur de croissance neuronale, ce qui a pas, par inadvertance, dit une ineptie, jusqu’à ce que, quelques instantspermis d’avancer dans le traitement des tumeurs cancéreuses ou de la plus tard, un homme énonce cette même idée, accueillie cette fois-cimaladie de Parkinson (et encore a-t-elle dû le partager avec un assistant avec enthousiasme, en oubliant qu’elle avait déjà été émise et par unequi rejoignit son laboratoire des années après). femme.
  2. 2. La situation, celle du genre, a la vie dure. Rita-Montalcini, encore Les compétences n’ont pas de sexe, pas plus que l’intelligence ouelle, disait de ses chercheuses qu’elles étaient « toutes excellentes. Parce l’imagination créatrice. Mais il faut pouvoir les acquérir et les exercer. Ilque les femmes ont été entravées pendant des siècles. Quand elles ont convient donc de lutter contre les discriminations dont les plus forteseu accès à la culture, elles ont été comme des affamées. Et la nourriture sont bien ancrées dans des représentations mentales : une femme estest bien plus nécessaire à l’affamé qu’à celui qui est déjà rassasié ». Et incapable de faire ce métier, elle n’a pas la force ni l’enduranceelle ajoute : « Génétiquement, hommes et femmes sont identiques, mais nécessaires, elle manquera d’autorité sur les équipes, elle n’aura pas lesépigénétiquement (c’est-à-dire : dans leur développement individuel et épaules ni le charisme pour s’imposer, etc. Mais aussi d ‘apporter uncollectif, n.d.a.), non, car le développement des femmes a été démenti à l’argument utilisé dans les hautes sphères professionnelles etvolontairement freiné » (Courrier international 4, 2009). Elle dit là de censé être rédhibitoire lorsqu’il s’agit de recruter ou de promouvoir àmanière forte une réalité. Il faut déjà tordre le cou à une idée fausse, et des postes de commandement : nous ne trouvons pas de femmespourtant très répandue, qui postule qu’hommes et femmes n’ont pas le compétentes, de haut niveau, avec un bon dossier. Cette invisibilité desmême cerveau ou ne s’en servent pas de la même manière. Les études femmes, dans l’exercice de la pensée, du talent, du savoir, de laactuelles les plus poussées en neurologie biologique montrent au technique mais aussi des fonctions dirigeantes et expertes, que ce soitcontraire une parfaite identité. La différence dans les aptitudes dépend dans l’entreprise, à l’université, dans les milieux de la recherche, dede l’ignorance où les femmes ont été tenues dans le cadre du système l’art, du sport, de la religion, du politique, que l’on voit siarchaïque de pensée du « genre », qui fixe et définit étroitement ce qui magnifiquement étalée dans les photographies de tribunes de colloquesest attendu de chaque sexe, le sexe féminin étant considéré comme ou de débats télévisés, est désormais attaquée. Pour contrerinférieur et en tous points « cadet » et dépendant du sexe masculin. stéréotypes mentaux de genre et discriminations, on peut commencer par faire connaître aux décideurs les noms de femmes compétentes enLes faits rapportés ci-dessus ne sont pas que des anecdotes. Ce sont en leur domaine et expertes, pour qu’ils n’aient plus la possibilité de seréalité des « faits sociaux totaux ». Ils en disent long sur le rapport des réfugier derrière une assertion fausse. Ce Guide des expertes est làsexes en général, sur le rapport des sexes avec le travail, l’intelligence, la pour remplir cette fonction et qu’on ne puisse plus dire : « nous aurionscréation, le prestige, le savoir, le pouvoir. Les femmes ne sont, par bien recruté une femme si on en avait seulement trouvé une quinature, seulement capables d’obéir, d’exécuter et non de créer. Elles ne convienne». C’est un premier pas, important : les femmes quisont pas, par nature, disposées au soin et à l’entretien. Elles ne sont conviennent sont bel et bien là.pas, par nature, prédisposées aux tâches jugées dégradantes ouhumiliantes. Elles ne sont pas seulement de petites mains agiles. Elles ne Françoise Héritiersont pas non plus, par nature, dépourvues de curiositéintellectuelle, d’ambition, de volonté de réussite, voire decommandement. Les comportements socialement attendus, le« genre », sont un effet de l’éducation et du formatage qui se fait dès lanaissance. On n’élève ni ne parle aux enfants de la même manière selonqu’ils sont fille ou garçon. Ce formatage est présent dans les esprits desdeux sexes et nous le reproduisons sans nous en rendre compte demanière implicite.
  3. 3. « Les femmes expertes existent, Ce guide sera donc, j’en suis convaincue, une ressource clé pour les elles sont tout aussi qualifiées que leurs homologues masculins. » productions, les journalistes et les agences de presse mais également par Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes les entreprises, les collectivités locales ou les syndicats.« Le sport n’est pas pour les filles ». « Les femmes ne savent pas La présence et la visibilité d’expertes dans les médias est un enjeuconduire ». Elles « sont fâchées avec la technologie »... Ces stéréotypes d’égalité. Ce guide est un outil pour casser les habitudes, ouvrir lesprêtent à sourire. Pris isolément, ils ne paraissent pas méchants. Mais cercles réservés, et faire en sorte que les mots « crédibilité »,lorsqu’ils penchent systématiquement en défaveur d’un sexe contre un « légitimité » et « compétence » puissent être sollicités aussi bien pourautre, ils deviennent un obstacle. Ils peuvent fermer des perspectives qualifier un homme qu’une femme. Le rôle et la place accordés auxaux femmes. Ils amenuisent leur confiance. Ils peuvent aussi participer expertes dans les médias est aussi un enjeu de déconstruction desau sexisme et aux discriminations qui lui sont associées. Ils sont le terrain stéréotypes. Nous le savons, lorsque des femmes sont invitées àsur lequel se nourrit une certaine forme de violence, parfois latente, intervenir dans les médias, il s’agit le plus souvent de prendre la paroleparfois silencieuse, parfois visible, physique, sexuelle ou les deux. Nous sur des sujets relatifs à la vie quotidienne, à la famille ou à laen avons chaque jour l’illustration, en regardant la Une des magazines, psychologie. Les apparitions des femmes expertes ne sont pas neutres.sur le lieu de travail ou dans les comportements de notre jeunesse. Elles confortent l’idée selon laquelle il existerait des rôles spécifiques attribués aux femmes et aux hommes. La présence des expertes, c’estLorsque l’on regarde un peu attentivement les émissions politiques ou donc aussi la promotion de modèles intellectuels et professionnels surles éditoriaux des journaux, on retrouve ces stéréotypes. Les femmes lesquelles des générations de jeunes filles pourront se construire.sont désormais présentes dans tous les domaines d’expertisespossibles : mathématiques, biologie, anthropologie, médecine, sciences Je souhaite que ce guide puisse être diffusé le plus largement possible.humaines, informatique, littérature, cinéma, sport de haut niveau, Et je ne lui souhaite pas une vie trop longue : j’espère que dansmanagement, direction d’entreprise, syndicalisme… et pourtant les quelques années, sa ré-édition ne sera plus nécessaire !médias nous en renvoie une image déformée. Les chiffres nous lerappellent : plus de 80% des experts invités sur les plateaux de Najat Vallaud -Belkacemtélévision, de radio ou dans les colonnes de nos journaux sont deshommes.Ce « Guide des expertes 2013 » sera un outil indispensable pourchanger les choses et casser l’idée selon laquelle les portes sont ferméesaux femmes parce qu’existe un problème de vivier. Les femmes expertesexistent, elles sont toutes aussi qualifiées que leurs homologuesmasculins et ont parfois publié davantage dans les revues spécialisées.En un sens, ce guide est un outil formidable de lutte contre ladissimulation des talents !

×