Action universitaire - avril 2006

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Action universitaire - avril 2006

  1. 1. l’Actionuniversitaire ❚ LE JOURNAL DE L’UNION NATIONALE INTER-UNIVERSITAIRE ❚ N°258 ❚ avril 2006 ❚ 2 Euros ❚❚ CPE : UNE OCCASION PERDUE par Jacques ROUGEOT, professeur à la Sorbonne L a crise du CPE restera comme l’un de ces épisodes dont la vie les mêmes bases, apporte une preuve par les faits de l’efficacité du dispositif. Nous tivement assez limité. Pourtant, c’est sur ce point que la gauche a fait porter un ef-politique française a le triste secret et qui avons donc mené le bon combat. fort de mobilisation intense, d’une part enentraînent des conséquen-ces sans com- Nous nous garderons bien, également, de dé-formant grossièrement et en diaboli-mune mesure avec le prétexte qui les a jeter après coup la pierre au gouverne- sant le CPE, et d’autre part en utilisantdéclenchées. Cet épisode est terminé mais ment. Les médias aboyeurs, censeurs toutes les res-sources de sa logistiqueencore frais. C’est le moment de faire le impitoyables après l’événement, étaient pour rameuter toutes les troupes dont ellepoint sur la situation et de tirer quelques bien silencieux lors du lancement de l’o- pouvait disposer, des ga-mins aux ancêt-le-çons. pération. D’ailleurs, par quels arguments res, sans aucune relation avec l’objet rationnels peut-on expliquer que le CNE même du CPE. Rappelons en effet que le LA DEFAITE soit passé sans coup férir et que le CPE CPE était destiné à faciliter l’embauche de ait connu le sort que l’on connaît ? A y ceux qu’on appelle les «jeunes en difficul-Dans cette bataille, nous avons subi une re-garder de près, ce que les commenta- té». Les cortèges de manifestants étaientdéfaite qu’il serait vain d’essayer de mini- teurs re-prochent au gouvernement après donc composés en majorité de gens quimiser. Cette défaite frappe le gouverne- la bataille se réduit essentiellement à une n’étaient en rien concernés par le CPE,ment et toute la majorité. Elle nous atteint question de forme : on n’aurait pas assez que ce soit les sa-lariés pourvus d’unaussi très directe-ment parce que nous discuté avec les syndicats. Mais, dans la emploi, les étudiants di-plômés ou, à plusnous sommes engagés sans réserve. Nous pratique, on sait bien que de telles discus- forte raison, les fonctionnai-res, voire lessommes donc dans le camp des vaincus, sions n’ont généralement pas d’autre effet retraités. Pourquoi donc avoir or-ganisémais, pour autant, en reve-nant sur notre que de faire perdre du temps, car les syn- sur ce terrain un déploiement de forcesaction avec un regard critique et objectif, dicats français sont trop irresponsa-bles exceptionnel, totalement disproportionnénous ne pensons pas avoir contribué en pour apporter leur concours à des réfor- au prétexte choisi ?quoi que ce soit à cette défaite. Nous as- mes sérieuses et trop faibles pour faire La réponse est évidente : c’est que la gau-sumons pleinement les positions que res-pecter les timides accords qu’ils che, dans toutes ses composantes, se ca-nous avons prises. Nous n’avons rien à auraient pu conclure. ractérise aujourd’hui par un vide sidéralrenier, rien à regretter. Nous avons soute- en matière d’idées, de projets ou de pro-nu le CPE parce que nous estimions qu’il LA GAUCHE : UN POUVOIR grammes. Malgré tous les tours de passe-était excellent dans son principe et dans DE NUISANCE passe imagina-bles, ce vide commençait,ses dispositions pratiques, et nous n’a- si l’on peut dire, à devenir aveuglant. Ilvons pas changé d’avis. Il était de nature fallait donc détourner l’attention de l’es- On peut assurément comprendre que,à débloquer le marché du travail et à in- sentiel en mobilisant dans un affronte- dans la situation permanente d’affronte-citer les patrons à embaucher en créant ment physique les troupes potentielles ment droite-gauche qui prévaut dansde nombreux emplois réels, c’est-à-dire qui risquaient de se décourager. Il n’était notre pays, il soit de bonne guerre querépondant à des besoins, et non pas des dès lors plus question d’échanger des chaque camp s’efforce de porter desemplois artifi-ciels résultant de subven- arguments. Il fallait remplacer le débat par coups à l’autre. Mais cette fois-ci, la gau-tions ruineuses pour la collectivité et le combat en or-ganisant des grandes che a fait paraître avec éclat qu’elle n’hé-déversées dans un tonneau sans fond. Le manœuvres dans la rue, exercice dans sitait pas à sacrifier cyniquement l’intérêtCPE n’aurait pas eu pour effet de détrui- lequel la droite est traditionnel-lement national à son propre intérêt. Au fondre la sécurité de l’emploi et d’instaurer la mal à l’aise. d’eux-mêmes, en effet, tous ceux quiprécarité, mais de donner une chance de Ajoutons un élément sur lequel nous re- réfléchis-sent savent bien que le CPEtrouver un travail à ceux qui, autrement, viendrons. Depuis quelques années, l’ex- aurait été bénéfi-que pour l’emploi et que,se-raient condamnés au chômage. Le suc- trême gauche, déçue par la mollesse de la au pire, il n’aurait pu créer aucun dom-cès in-contestable du CNE, organisé sur gauche institutionnelle, a recommencé à mage. De toute façon, l’enjeu était objec- UNI - LA DROITE UNIVERSITAIRE - 8, rue de Musset - 75016 Paris - ✆ 01.45.25.34.65 - fax. : 01.45.25.51.33 Directeur de la publication : J. Rougeot - CPPAP 0507 G 79428 - dépôt légal deuxième trimestre 2006 - Mensuel L’action universitaire - page 1
  2. 2. mobiliser les énergies révolutionnaires LA MALFAISANCE DES un mi-roir déformant, ils ont été uninemployées et dési-reuses d’en découd- MEDIAS acteur essentiel. La plupart des stations dere. Ces gens-là ont active-ment travaillé le radio et des chaînes de télévision ont sansterrain et ont joué un rôle de déclen- doute battu leurs records de désinforma- Depuis le début de l’année plus particu-cheurs et d’agitateurs qui s’est révélé très tion. Tous les pro-cédés ont été utilisés. lièrement, les grands médias françaisefficace. Une étude faite sur le sujet a montré que, semblent s’être surpassés pour donnerA gauche, partis politiques et syndicats parmi les informations consacrées au d’eux-mêmes une image caricaturale.avaient le même besoin de réaffirmer leur CPE, 92 % étaient réservées aux oppo- Rappelons-nous com-ment ils ont présen-existence et leur identité dans une action sants. Les médias audiovisuels ont large- té l’actualité dans ses pha-ses successives.spectaculaire. Ils ont joué leur jeu à fond, ment contri-bué à organiser les manifes- Pendant des semaines, nous avons étéet il faut bien constater que ceux qu’on ta-tions en les an-nonçant de façon lanci- tenus en haleine, sous pression, par leappelle gé-néralement les modérés ont été nante et en préjugeant de leur succès. Ils terrible péril que faisait peser sur nous laune fois de plus égaux à eux-mêmes, ont accrédité les chiffres donnés par les grippe aviaire. Tout volatile défunt avaitc’est-à-dire inexis-tants et finalement syndicats pour évaluer l’importance des les honneurs d’une rubrique nécrologiquecomplices. Sur le plan poli-tique, ne par- cortèges, alors que, de toute évidence, ces à la une des journaux écrits, radiopho-lons même pas de l’UDF, pour qui l’habi- chiffres étaient considé-rable-ment gonflés niques et télévi-sés, jusqu’à huit fois partude de trahir est devenue une seconde et relevaient dans certains cas de la fan- heure, pourvu qu’il eût succombé au qua-nature, à moins que, plus probablement, tasmagorie. Au moment où plus de 360 druple signe fatal : H5N1. Certes, aucunece ne soit la première. Sur le terrain syn- députés UMP avaient apporté leur sou- victime humaine n’était encore à déplorerdical, il ne s’est trouvé personne pour tien au CPE, la parole était presque exclu- (comme pour la vache folle), mais noussauver l’honneur. Le pauvre François sive-ment donnée aux trois seuls qui, ne perdions rien pour attendre. Bientôt,Chérèque, écrasé par l’héritage laissé par alors, avaient ex-primé leur opposition : les victimes se compteraient par centainesl’homme à poigne qu’était Nicole Notat, Hervé de Charrette, qui veut donner l’im- de milliers (comme annoncé pour lapeut-être vexé de n’avoir pas été traité pression que lui-même et son commandi- vache folle) ou même par millionsavec une considération suffisante, en tout taire à la retraite existent en-core, Ni- (comme pour la grippe espagnole ducas tétanisé à l’idée d’être traité de colas Dupont-Aignan, qui essaie de se début du XXe siècle, record de la vache«jaune» par les camarades plus musclés, distin-guer pour faire croire qu’il a un folle pulvérisé). Et puis tout d’un coup, las’est tout naturellement conduit comme destin na-tional, et Christine Boutin qui, grippe aviaire et son cortège de cadavresun mouton en-ragé en étant plus acharné apparemment traumati-sée à l’idée d’être ont complètement disparu, comme tom-que personne. Quant aux autres forces classée à droite à la suite de sa lutte cont- bés dans une trappe. A quoi attribuer ced’appoint, elles s’apercevront que leur re le Pacs, ne perd pas une occa-sion miracle ? Aux oiseaux eux-mêmes, quisoumission, signe de leur faiblesse, fera d’exposer en public son cœur sensible et auraient désormais la bonne grâce deressortir plus cruellement leur inutilité. sa fibre sociale. mourir loin des caméras ? Au pouvoirDécidément, la bonne vieille for-mule de La résultante de tout cela est que les thaumaturgique des médias qui, commeLénine sur les «idiots utiles» semble avoir grands médias audiovisuels ont effective- les rois de France guérissant les mala-desencore de beaux jours devant elle. ment créé une dynamique anti-CPE en de la peau en touchant les écrouelles, au-Il est de bon ton, dans tous les discours faisant croire que toute la nation était raient exorcisé la funeste grippe par lepolitiques, de souhaiter l’émergence de mobilisée dans un im-mense mouvement simple pouvoir de leur verbe ? Resteraitsyndi-cats forts. On pense que, dès lors, de rejet, alors que le gou-vernement était une troisième hypothèse, qu’on ose àils pour-raient acquérir le sens des crispé dans un incompréhen-sible refus. peine formuler tant elle est sacrilège :responsabilités et se montrer plus coopé- c’est que les grands médias fas-sent preu-ratifs, plus pragmati-ques, plus soucieux ve d’une telle futilité et d’un tel esprit QUESTIONS DE FONDdu bien commun à long terme. Il est à moutonnier qu’ils aient tout simplementcraindre qu’on ne prenne ainsi le problè- A travers les présentations médiatiques, rem-placé, avec une coïncidence parfaite,me à l’envers. Il ne servirait à rien de c’est en fait toute l’interprétation de la l’obsession de la grippe aviaire par legonfler artificiellement des syndicats qui question du CPE qui est en cause, ainsi pilon-nage sur le CPE. Cette focalisationde-vraient d’abord se remettre en cause que les consé-quences qui peuvent en sur un sujet et cette dramatisation force-fonda-mentalement. La mésaventure du découler. L’inter-prétation générale, plus née ont certaine-ment été utilisées pourCPE, et maintenant l’offensive contre la ou moins expli-cite, peut à peu près se jouer en permanence sur l’émotion desloi tout entière et contre le CNE, ne sont résumer sous forme de syllogisme : la téléspectateurs.pas de nature à faire naître l’espoir. Tout jeunesse a rejeté le CPE ; or la jeunesse a Mais, dans le cas du CPE, il s’y est ajou-ce qu’on pourrait attendre, c’est que les raison par nature et parce qu’elle détient té des circonstances aggravantes. A l’occa-bénéfi-ciaires mordent la main qui les l’avenir ; donc le CPE était mauvais, le sion de la grippe aviaire, les médias ontaurait nourris. gouvernement a eu tort et il faut trouver produit ce qu’on appelle aujourd’hui desBien entendu, dans cette affaire, la jeu- une solution qui satisfasse les aspirations «dé-gâts collatéraux» : psychose entraî-nesse a été brandie comme une bannière de la jeunesse telles qu’elles ont été expri- nant une baisse de la consommation deset a servi en fait de paravent. Le cynisme mées au cours des semaines névralgiques. poulets, au détriment des éleveurs ;a été poussé très loin, puisque ce sont En fait, si l’on s’en tient à ce syllogisme, risque d’accou-tumance de la populationprécisément les jeunes qui paieront plus on s’engage dans une impasse et on s’en- qui, à force d’entendre crier au loup detard le prix des blocages imposés égoïste- fonce dans le dé-clin. Il convient donc façon abusive, aura un petit sourirement par les syndi-cats et par la gauche d’en remettre en cause tous les termes. entendu lorsqu’un véritable loup viendraen général. La première affirmation repose sur un croquer les brebis. Dans la ba-taille du CPE, les médias n’ont pas seulement été amalgame et sur une généralisation inac-page 2 - L’action universitaire
  3. 3. cep-tables. Quand on fait la part des chif- Ce qui est encore plus affligeant, pour ne engrenage : les militants résolus et aguer-fres déme-surément gonflés, de la compo- pas dire répugnant, c’est que les démago- ris d’extrême gau-che ont allumé dessition très dispa-rate des cortèges, des gues de gauche, et peut-être aussi foyers de revendication ici et là, puis ontscrutins truqués et des cas où les locaux quelques bonnes âmes, veuillent faire entraîné les organisations syndi-cales deétaient bloqués par quelques dizaines ou croire aux mani-festants qu’ils sont les gauche, lesquelles ont entraîné les syndi-au maximum quelques centaines d’indivi- héros d’une sorte d’épopée sociale et que, cats dits réformateurs et modérés, qui sedus, on voit bien que la paralysie de l’ac- grâce à leur courage, ils ont sauvé leur trouvent ainsi, de fait, les exécutantstivité universitaire n’était pas due à la dignité et remporté la victoire contre les d’une stratégie gauchiste. L’extrême gau-protestation massive des étudiants. Même exploiteurs. On s’attendrit sur l’esprit de che, qui est aujourd’hui l’élément essen-d’après les chiffres revendiqués, en fait révolte qui est l’un des beaux apanages de tiel de la gauche, est appelée à jouer unlarge-ment exagérés, on peut estimer à la jeunesse, mais lorsque la révolte se fait rôle décisif en 2007 et plus tard.moins de 5 % la proportion des étudiants au nom d’un idéal qui pourrait être sym- En face, le militantisme politique en estet des lycéens qui ont participé aux mani- bolisé par une paire de charentaises, elle presque arrivé au degré zéro. On peutfestations. Bien mieux, on a assisté à perd quelque peu de son prestige. dire sans exagération que, sur le terrainmaintes opérations anti-blocage, le plus Cela dit, si l’on voulait bien revenir à universi-taire, il n’existe que l’UNI, etsouvent à l’instigation de l’UNI, et c’est ce quelques idées simples, on éviterait peut- ailleurs le MIL. Dans l’affaire du CPE, lesmouvement-là qui, les derniers temps, être de commettre certaines sottises qui jeunes de l’UNI ont déployé une activitéprenait de plus en plus d’ampleur. risquent de nous coûter cher. Tout ce que remarquable. Là où des actions anti-blo-Mais c’est la deuxième affirmation qui nous avons dit de plus sévère sur l’attitu- cage ont eu lieu, elles ont été montéespose la véritable question de fond. C’est de d’une partie de la jeunesse (une partie presque partout à leur initiative. Mais ilun fait que les manifestants, censés repré- seulement, répétons-le) n’implique pas est évident que, lorsque la mobilisationsenter l’ensemble de la jeunesse, sont une condamnation définitive. Après tout, de gauche devient une mobilisation depresque tou-jours présentés sous un jour que de jeunes garçons et filles se trouvant masse, l’UNI ne peut pas, à elle seule,favorable : ce sont de bons jeunes gens à un âge de leur vie trouble et mal as- faire contre-poids, ne serait-ce que parcequi ont raison de se révolter parce qu’ils suré, n’ayant aucune expérience des aléas qu’elle ne trouve aucune force de relais.sont malheureux et an-goissés. Le CPE, de l’existence, déboussolés par l’influence Toutefois le mouve-ment, seul défenseurattentatoire à leur dignité, constituait une délé-tère de l’enseignement et des médias, du CPE, a gagné en no-toriété, les mili-sorte d’agression à leur égard. Il faut donc attirés de surcroît par des sollicitations tants ont acquis de l’expérience et ils ontchercher une solution radicalement diffé- printanières, aillent défiler dans les rues attiré à eux les étudiants les plus luci-desrente, toute en douceur, qui passe du en criant des slo-gans irréalistes et télé- et les plus courageux. A ce militantismebaume sur les meurtrissures de ces pau- guidés, voilà qui n’est pas incompréhen- traditionnel sur le terrain, qui est etvres victimes. sible. Ce qui est stupide, et même coupa- demeure toujours essentiel et indispensa-Eh bien, il faut dire avec netteté que cette ble, c’est qu’on les prenne quasi-ment ble, s’est ajou-tée une utilisation ingénieu-image est grossièrement déformée. pour des maîtres à penser, des guides se et inventive de l’Internet, qui s’estA propos de l’innocence quasi angélique aptes à nous indiquer les bons chemins révélée d’une remarquable efficacité et quide ces jeunes gens, il faut rappeler que les vers l’avenir. En vérité, c’est une forme de a permis, en particulier, de tou-cher beau-lo-caux qu’ils ont occupés ont été souillés démis-sion : il est bien connu que les coup de gens qui se sentaient isolés,et dé-gradés de façon ignoble, et pas par adultes qui ont démissionné croient presque abandonnés, et qui se sont sentisles cas-seurs de fins de manifestations, ce s’exonérer lâchement des responsabilités compris et soutenus, qui ont aussi prisqui en dit long sur l’idée qu’ils se font de qu’ils n’ont pas assumées en flattant les cons-cience de leur nombre et de leurla culture et de la dignité humaine en enfants qu’ils n’ont pas su ou pas voulu force poten-tielle. Le renforcement degénéral. Mais l’essentiel n’est même pas éduquer. l’UNI et du MIL est donc la conditionlà. Ce qu’il faut affirmer, à contre-courant nécessaire du renforcement du militantis-de l’opinion qu’on veut officiali-ser, c’est QUELQUES LEÇONS me de droite, lequel est une condi-tionque même ceux qui ont manifesté pacifi- nécessaire pour que la rue ne soit pasquement contre le CPE ont tort. Ils ont Les leçons les plus utiles que nous de- abandonnée en permanence aux grandestort intellectuellement, parce qu’ils ne se vions chercher à tirer des derniers événe- manœuvres de la gauche.sont pas donné la peine de comprendre ments sont celles qui nous permettraient Condition nécessaire mais non suffi-que le CPE leur apportait des chances d’éviter le retour de mésaventures aussi sante. On voit bien, en effet, qu’on nesupplémentaires de trouver du travail. Ils dommageables pour l’intérêt de notre peut plus faire l’économie d’un effort deont tort moralement parce que, quoi pays. pédagogie per-manent. Cela supposequ’on puisse dire, leur refus était un refus Dans le déclenchement et le dévelop- quelques conditions simples mais impé-des incertitudes inévitables (et, dans ce pement des manifestations du mois d’a- ratives. D’abord, des affir-mations nettes,cas, peu écrasantes) de la vie. Ils ont tort vril, il est un aspect qui a été peu mis en massives, sans ambiguïté. Par exemple : leglo-balement parce qu’ils s’imaginent valeur, c’est le rôle joué par la mobilisa- CPE est bon, les manifestants anti-CPEqu’on peut échapper aux contraintes de la tion militante à gau-che. En fait, comme ont totalement tort. Ensuite, un ar-réalité, en refu-sant l’effort, en défilant nous l’avons déjà signalé, ce militantisme gumentaire ciblé simple : le CPE est créa-dans les rues et en di-sant non. Tout le s’est fortement durci depuis quelques teur d’emplois et n’apporte que des avan-monde ne vit pas en France dans les déli- années et est aujourd’hui carrément passé tages sup-plémentaires par rapport à laces de Capoue, mais combien de jeunes à l’extrême gauche, que ce soit au sein du situation pré-sente. Troisièmement, etdans le monde, et pas seulement dans le syndicat Sud ou dans d’autres structures c’est essentiel, des argumentaires dévelop-tiers monde, seraient très heureux de moins organisées. Pendant la campagne pés sur toutes sortes de sujets et quibéné-ficier des conditions offertes par le anti-CPE, on a donc vu fonctionner cet aboutissent toujours à la même démons-CPE ! tration pratique : l’illusion conduit tou- page 3 - L’action universitaire
  4. 4. jours à la catastrophe, alors que l’accepta- dégon-flement brutal de leur portefeuille Cette évolution des esprits est une ques-tion de la réalité, bien loin de reposer sur les conduirait sur les voies de la sagesse. tion de temps, mais il ne faut pas comp-la rési-gnation à une fatalité étouffante, Malheureusement, il y a tout lieu de pen- ter sur une simple évolution mécaniqueoffre au contraire de multiples chances à ser que ces messieurs et dames regagne- pour que la situation s’améliore. Il fautceux qui font les efforts nécessaires pour ront leurs foyers dans l’impunité, donc forcer le destin, ou au moins l’orienter.les saisir. Qua-trièmement enfin : répéter, avec une propension accrue à l’irrespon- Pour trouver une ligne d’action efficace, lamarteler, rabâcher les quelques recettes sabilité. droite au pouvoir ne doit pas sous-esti-simples. La droite, au contraire, est Un autre acquis de ces semaines carna- mer la désorientation, voire le dé-sarroipresque toujours portée à finas-ser, à lais- valesques, c’est que l’image de la France de la France de droite, que nous avonsser entendre que, sans être parfaite, elle en sort gravement écornée. «L’exception signalé plus haut. Si la défaite de la droi-n’est pas aussi méchante qu’on la dépeint, fran-çaise» a certes acquis un degré sup- te s’était produite «à la régulière», parque ses adversaires n’ont pas foncière- plémen-taire de notoriété. Ce qui est exemple à l’occasion d’un scrutin natio-ment tort, mais qu’ils prennent de mau- fâcheux, c’est que ce ne soit pas à la gloi- nal, la déception serait forte, mais la més-vais moyens pour atteindre leurs si loua- re du «modèle fran-çais» que le monde aventure ferait partie du jeu politique nor-bles fins. Résultat : les slogans grossiers, entier est censé nous en-vier, mais pour mal. Ce qui, dans la situa-tion présente,souvent malhonnêtes, de la gauche écra- faire de notre pays le symbole de la futi- laisse un fort goût d’amertume, c’estsent sans peine les tergiver-sations défen- lité et de l’irresponsabilité. qu’on a l’impression que, implicitement,sives de la droite. Aujourd’hui, les Quant aux conséquences politiques qui il est plus ou moins admis dans la cons-Français de droite, surtout dans les peuvent s’ensuivre, elles ne semblent pas, cience commune que le CPE était unemilieux po-pulaires, sont désorientés et à première vue, incliner à l’optimisme. La mesure mora-lement douteuse que leen viennent à se demander si le combat victoire de la rue contre la légalité porte gouvernement aurait voulu faire passerqu’ils avaient d’abord mené de bon cœur atteinte aux principes qui doivent régir la presque clandestinement. Tout se passeavait été engagé pour une juste cause. vie en société. L’avortement d’une réfor- comme si les manifestants étaient lesLe refus de la réalité, inhérent à la gau- me salutaire risque d’insinuer, et d’abord représentants du bon parti qui se-raientche, est toujours présent. Malgré les très dans l’esprit du gouver-nement, l’idée que parvenus à faire prévaloir un principe degran-des différences entre les deux la France est impossible à réformer et que moralité politique, les Français de droiteépoques, il est un point commun entre la voie de la sagesse est celle d’une morne se trouvant rejetés, une fois de plus, dansmai 68 et avril 2006, mis en forme et résignation. Toutes ces conditions sem- le mau-vais camp. Il est grand temps queclaironné en 68, rétréci et sous-jacent en blant ouvrir un boulevard débouchant di- toute la droite consciente de ses respon-2006. Cet état d’esprit est pré-sent en rectement sur le pouvoir de la gauche. sabilités, dé-tenteurs du pouvoir po-permanence à doses plus ou moins fortes. En réalité, la France est aujourd’hui en litique et simples ci-toyens, rétablisse laNos efforts pour le combattre ne doivent état d’instabilité et de perturbation vérité et revendique ses principes. Malgrépas se relâcher. psychologi-que et politique. Nous en les appa-rences et les dis-cours convenus, avons vu les effets funestes à propos de la le redresse-ment nécessaire relève plus de ET MAINTENANT ? crise du CPE. Il n’est pas impossible que l’électrochoc que des gémisse-ments com- la situation se retourne dans les mois qui passionnels. Les esprits y sont plus prêtsIl n’y a rien de plus difficile que de faire viennent. Ces quelques se-maines ont que beaucoup ne le croient. Encore faut-des prévisions, surtout, ajoutait un humo- plongé la France dans un état irra-tionnel, il qu’ils soient réveillés par une paroleriste, si elles portent sur l’avenir. proche de la folie, dont nous semblons forte.Pour commencer, nous pouvons déjà faire avoir le triste privilège. Mais ces périodes Pour notre part, nous persévérerons dansle bilan présent. Il est désolant. On sem- de lévitation mentale n’ont qu’un temps. notre être en nous en tenant sans fai-bles-ble toujours considérer, en France, que le Un jour viendra le dégrisement et le se aux vérités de fond, fermementcoût des dégâts matériels provoqués par retour à la réalité. Alors on s’apercevra convaincus qu’elles seront de nouveauces petits divertissements est négligeable. que les faits sont têtus, que le chômage recon-nues comme telles. Le tournant estEn fait, il n’en est rien. Il se chiffrera au des jeunes est toujours là et que le CPE, peut-être plus proche qu’on ne le croit.moins en dizaines et probablement en sous un nom ou sous un autre, apporte C’est pour ce moment-là que nouscentaines de millions d’euros. Si encore une solution pratique et efficace, sur-tout devons être prêts. En tout cas, le renon-les pollueurs et les casseurs étaient les si le CNE continue à donner de bons ré- cement ne passera pas par nous.payeurs, on pourrait espérer que le sultats. l’Action Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Prénom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . universitaire LE JOURNAL DE L’UNION NATIONALE INTER-UNIVERSITAIRE Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Code Postal : . . . . . . . . . . Ville : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tél. : . . . . . . . . . . 8, rue de Musset Profession : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Etablissement : . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75016 Paris ✆ 01.45.25.34.65 ❏ désire s’abonner à l’Action universitaire 38 euros (un an) fax : 01.45.25.51.33 ❏ désire souscrire un abonnement de soutien à partir de 230 euros : . . . . ❏ désire soutenir financièrement l’UNI et verse : ❏ 300 euros ❏ 500 euros ❏ 1.000 euros ❏ . . . . . . . euros Imprimé par nos soins ❏ déclare adhérer à l’UNI 35 euros (lycéens 5 euros, étudiants 10 euros, membre bienfaiteur 100 euros, cotisation de soutien à partir de 200 euros) CCP 30 075 33 Y Orléans La Source Date et signature : page 4 - L’action universitaire

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