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Conspiration : entre l'ombre et la lumière, par André Fontaine (extrait)

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Conspiration : entre l'ombre et la lumière, par André Fontaine (extrait)

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Le livre de André Fontaine, « Conspiration : entre l’ombre et la lumière », est maintenant disponible aux Éditions Dédicaces : https://guyboulianne.com/2021/12/03/le-livre-de-andre-fontaine-conspiration-entre-lombre-et-la-lumiere-est-maintenant-disponible-aux-editions-dedicaces

Le livre de André Fontaine, « Conspiration : entre l’ombre et la lumière », est maintenant disponible aux Éditions Dédicaces : https://guyboulianne.com/2021/12/03/le-livre-de-andre-fontaine-conspiration-entre-lombre-et-la-lumiere-est-maintenant-disponible-aux-editions-dedicaces

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Conspiration : entre l'ombre et la lumière, par André Fontaine (extrait)

  1. 1. ANDRÉ FONTAINE Conspiration : entre l’ombre et la lumière
  2. 2. Tous les droits sont réservés. Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, stockée ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, électronique, mécanique, photocopie, enregistrement, numérisation ou autre sans l’autorisation écrite de l’éditeur. Il est illégal de copier ce livre, de l’afficher sur un site Web ou de le distribuer par tout autre moyen sans permission. Ce livre fut publié une première fois en 1977 et mis à l’index par le gouvernement canadien trois jours après sa parution en raison du contenu politique et des documents classifiés qu’il révélait au grand public. Entrevue exclusive avec André Fontaine, réalisée en 1993 par Richard Glenn de Ésotérisme Expérimental: https://archive.org/details/andre-fontaine Copyright © Editions Dédicaces, 2021 ISBN: 979-8-77-792031-7
  3. 3. À tous ceux qui, généreusement, m’ont donné leur confiance, leur support moral, qui m’ont aidé à traverser l’insupportable. À ceux qui ont le sens de l’HONNEUR, de la LIBERTÉ et de la JUSTICE. A. F. À ma mère, à mes filles, à ma famille … C.M.
  4. 4. Avant-propos vi Préface de Joan Doyon, épouse viii Préface de Rachel Fontaine, fille x Traversant ce monde xi I Première partie Conspiration 3 II Deuxième partie 1966 87 22 juillet 1966 87 27 juillet 1966 89 2 août 1966 91 17 août 1966 91 Septembre 1966 92 Octobre 1966 95 Novembre 1966 95 Décembre 1966 95 1967 97 Début 1967 97 Août 1967 100 Septembre 1967 101 Octobre 1967 101 Novembre 1967 102 Table des matières
  5. 5. 1968 110 Janvier 1968 110 Février 1968 111 Mars 1968 113 Avril, mai, juin 1968 114 Juillet 1968 115 Août, septembre 1968 118 Octobre, novembre 1968 118 Décembre 1968 119 1969 125 Janvier 1969 125 Février 1969 125 Mars 1969 128 Avril 1969 128 Mai, juin, juillet 1969 129 Août 1969 130 Septembre 1969 131 Octobre 1969 132 Novembre 1969 133 Décembre 1969 134 1970 135 Janvier 1970 135 Février 1970 137 Mars 1970 139 Avril, mai, juin 1970 139 Juillet 1970 140 Août 1970 143 Septembre 1970 143 Octobre 1970 144 VIVE LA JUSTICE À LA CANADIENNE 146 Novembre et décembre 1970 146 1971 147 Janvier à mai 1971 147
  6. 6. Juin, juillet 1971 149 Septembre 1971 151 Octobre 1971 151 VIVE LA JUSTICE À LA CANADIENNE!!! 152 Novembre, décembre 1971 153 1972 154 Janvier 1972 154 Février 1972 155 Avril, mai 1972 155 Juin 1972 156 Juillet 1972 156 Août 1972 159 Septembre 1972 160 Octobre, novembre et décembre 1972 161 1973 169 Janvier 1973 169 Février 1973 171 Mars, avril 1973 172 Avril 1973 183 Mai, juin, juillet 1973 183 Août, septembre 1973 184 Octobre 1973 184 Novembre et décembre 1973 185 1974 187 Janvier, février, mars 1974 187 Avril, mai 1974 189 Juin, juillet 1974 190 Août 1974 192 Septembre 1974 193 Octobre 1974 193 Novembre, décembre 1974 197 1975 210 Janvier 1975 210
  7. 7. Février 1975 211 Mars 1975 212 Avril 1975 212 Mai 1975 214 Juin 1975 214 Juillet 1975 217 Août 1975 221 Septembre, octobre 1975 222 Décembre 1975 224 La conspiration de Dallas 229 1976 268 Janvier 1976 268 Février 1976 270 Mars 1976 271 Avril 1976 271 Mai, juin 1976 273 Juillet, août 1976 274 Septembre, octobre 1976 274 Jeudi le 16 septembre, 18.00 HEURES 275 Samedi le 18 septembre, 14.00 HEURES 275 16.00 HEURES 276 16.30 HEURES 276 Dimanche matin, 19 septembre 277 12.30 HEURES 277 15.00 HEURES 278 16.00 HEURES 278 23.30 HEURES 278 Lund 20 septembre 278 Octobre, novembre et décembre 1976 279 Des documents qui se passent de commentaires 282 1977 302 Janvier, février 1977 302 Le régime des institutions pénitentiaires 304
  8. 8. Le 21 avril 1977 314 Le 7 mais 1977 315 Lundi 9 mai, 1977 315 Le cheminement d’un homme qui devient directeur d’un... 331 Août 1977 346 2 septembre 1977 354 5 septembre 1977 354 Épilogue 370
  9. 9. Avant-propos C’est dans des conditions incroyables, du fond d’un cachot de la vieille prison de Rivière-du-Loup, qu’André Fontaine, sur les instances de personnes intéressées à son sort, a rédigé ses notes biographiques. Ce travail de plusieurs années a failli ne jamais voir le jour. Le manuscrit est passé d’une main à l’autre, a été dérobé, retourné à son auteur. Des documents originaux importan ts ont disparu, l’original est allé se promener au Liban, via la Société de Jésus … Malgré l’intérêt manifesté par les éditeurs du Québec, du Canada et de l’étranger, il a été impossible de publier cet ouvrage avant aujourd’hui. Les pressions exercées par les gouvernements du Québec (SQ), du Canada (GRC), et des États-Unis (CIA et FBI) ont découragé les meilleures volontés. Peu d’êtres humains ont reçu autant de talents, de dons, de capacités multiples qu’André Fontaine. Cet homme est étonnant! Peut-être n’a-t-il pas toujours employé à bon escient ces richesses, il est avant tout un être humain. Il est un artiste dans tous les domaines. Sa carrière de peintre, nous en parlerons plus tard. Aurait-il tenté de se faire un nom de chanteur classique, les quatre octaves de sa voix chaude le lui auraient permis. Aurait-il préféré le théâtre? Ses dons incontestables pour les rôles tragiques, son sens du comique et sa capacité d’imitation lui auraient assuré le succès. La poésie aurait donné à son auteur la réussite espérée. Il aurait concurrencé Marco Polo comme explorateur. Se serait-il consacré uniquement à la science, que le monde entier aurait profité de son érudition. Il y a tellement plus à dire sur André Fontaine. Sa force morale peu commune, sa foi prof onde, sa chaleur humaine lui ont permis de résister depuis onze ans à la folie, ce mal qui atteint, un jour ou l’autre, les hommes qui croupissent depuis si longtemps derrière les barreaux vi
  10. 10. d’une prison. Il paye très cher ses talents. Il lutte sans défaillance depuis le tout début de la tragédie qui a changé sa vie, pour faire éclater la vérité et les murs de sa prison. Malgré les tortures physiques et mentales, malgré les frustrations quotidi- ennes, il continue chaque jour à se cultiver, à étudier, à écrire pour sensibiliser l’opinion publique, en dépit de la liste noire sur laquelle son nom est en tête. Ceux qui ont approché André Fontaine depuis 1966, ont tous été l’objet de menaces plus ou moins déguisées. Les images de sa vie, souvent pauvre de sous, mais riche de coeur toujours, vous feront connaître un homme, un québécois qui fait honneur aux siens, à sa patrie. Pour que la justice soit réhabilitée, il n’a épargné aucun effort et il se battra jusqu’à la mort. Carmen MORIN Parce que cette biographie est contemporaine, parce que plusieurs personnes qui en sont les protagonistes sont vivantes et que nous ne voulons nuire en rien à leur avenir, nous donnerons des noms fictifs à plusieurs d'entre eux. A. F. et C. M. vii
  11. 11. Préface de Joan Doyon, épouse Cher André, même « tes pères » t’ont trahit pour assurer leur prestige et gloire. Ils t’ont dépouillé quand tu étais dans l’abîme. Ils n’ont pas vu que tu étais un cœur vaillant et courageux. Tu t’es retrouvé seul au combat. Les dés étaient jetés, tu ne le savais pas. Tu croyais en cette justice des esprits versatiles qui ne reconnaissent pas leur erreurs. Ton cœur était trop bon pour voir la méchanceté. Malgré tout ce que tu as enduré, quand je t’ai connu, tu chantais pour moi « Romance d’amour » et ta voix était comme un écho dans les cieux. On te surnommait le « Pavarotti Québécois », mais pour moi, tu étais le meilleur. « Peintre des étoiles », tes tableaux de l’univers brillaient dans les cieux pour rendre hommage à la création de Dieu. Tu attirais les foules dans tes conférences, tes concerts, tes viii
  12. 12. expositions. Parfois ta bonne amie Alys Robi, aussi la mienne, t’accompagnait et même priait pour toi. Ton cœur grand comme le monde, tu as donné beaucoup et ils ont prit le reste. Merci de m’avoir tenue la main dans des épreuves. Merci de m’avoir appris à pardonner. André, si tu savais comme notre fille te ressemble; elle écrit comme toi, chante d’une voix angélique et dessine comme nous. André, maintenant que Dieu t’a appelé pour abréger tes souffrances, ton histoire continue, ton livre « Conspiration : entre l’ombre et la lumière » va être réédité par monsieur Guy Boulianne, journaliste qui dénonce aussi les injustices. C’est un homme honnête en qui j’ai confiance, et tu aurais aimé la page couverture du livre. D’autres vont continuer ton combat pour la justice. Merci monsieur Boulianne et aux Éditions Dédicaces d’avoir accepté de publier ce livre. Madame Joan Doyon 22 Avril 2021 ix
  13. 13. Préface de Rachel Fontaine, fille En ta mémoire papa, le livre dont tu as jadis pris tous les risques pour faire publier et rendre public, afin de montrer à la face du monde la vérité et combien les complots sont plus que réels et très bien orchestrés par des personnes puissantes qui se donnent des droits illimités sur la vie des gens et le cours des événements. Nous sommes les spectateurs d’une mise en scène qui s’impose à nous pour faire croire en une fausse réalité, alors que l’histoire s’est produite d’une toute autre façon. Il faut un grand courage pour dévoiler la vérité dans un monde gouverné par le règne du mensonge. Et le prix à payer est parfois indescriptible, imposant des tortures et conditions de vies inhumaines à ceux qui se lèvent avec courage devant l’adversité. Aujourd’hui en 2021, le monde entier vit sous une emprise encore plus forte d’une omertà. Si grande que ton livre doit sortir de l’ombre dans laquelle la dictature du passé l’a plongée pour empêcher les gens d’y voir clair. L’Heure est venue plus que jamais que la vérité soit republiée pour qu’elle reste un témoin de l’histoire, que certaines personnes en situation de pouvoir et de forte influence essaient de changer. Comme disait Honoré de Balzac : « Il y a deux histoires : l’une que l’on enseigne et qui ment; l’autre que l’on tait parce qu’elle recèle l’inavouable. » Ta fille Rachel Fontaine x
  14. 14. Traversant ce monde Lorsque ton vent souffle et siffle tout autour de mon faible coeur, où est accroché l’amour, Tu brise attise le feu de mon âme Qui fermente l’atmosphère de ce drame. Ce national, solitaire et sombre Qui longe le fleuve, traversant ce monde, Des ombres que l’air engloutit de mystère; Trajet déplaisant, par l’angoisse qui l’éclaire. Nos pensées surgissent au brouillard du passé Comme une route de retour sur terre, Aux sensations étranges, qui font frissonner. Comme la foudre, déchirant les ténèbres Nous montre la facilité de tout perdre, Tout en laissant une lie, plus qu’ombre. André FONTAINE xi
  15. 15. xii
  16. 16. I Première partie
  17. 17. Conspiration O ctobre 1956: Un matin, un matin ni triste ni gai, un matin comme tous ceux que je vis depuis 17 mois, dans ce triste lieu appelé: Saint-Vincent de Paul. Un appel: «3115, suivez-moi». En dix-sept mois, on apprend à obéir, et rapidement. On me conduit au bloc de l’administration, où, dans le bureau du directeur, un préposé aux libérations attend. —«3115-Gagnon, votre bonne conduite nous permet de vous libérer demain. J’espère ne plus vous revoir ici et je vous souhaite bonne chance à l’avenir. Votre compte va être réglé, nous vous remettrons un complet civil pour que l’anonymat de la foule vous protège.» On me mène dans une chambre où un détenu-tailleur prend mes mensura- tions. Après d’autres formalités administratives, une escorte me reconduit à ma cellule. L’impassibilité que j’ai gardée devant tous, au prix d’efforts inouïs, ne résiste plus dès que je suis seul. Je ne sais si je ris ou si je pleure. Quel supplice j’endure quand il me faut rejoindre mes compagnons d’infortune, parce que, dans ce milieu, on ne dit pas, on ne fait pas voir, quand on est libéré. Après le souper, la solitude ne me soulage pas, au contraire, l’oppression est plus forte encore. Je m’étends sur ma couchette de fer. Le passé me monte à la gorge, à la tête et au coeur. Je me laisse envahir … Mon premier souvenir, celui de ma plus tendre enfance, remonte à quelques jours après mon troisième anniversaire. Des cris stridents me tirent d’un 3
  18. 18. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE sommeil lourd, celui de l’innocence. C’est la voix de ma mère qui appelle: « Au feu, au feu! ». Je revois la lueur rougeâtre de la flamme à travers la fumée, dans la chambre que je partage avec mes soeurs et mes frères aînés. Je suis seul… je cours vers l’escalier au bas duquel ma mere appelle toujours. Je trébuche, c’est le noir. Après avoir évacué la maison, mes parents me conduisent chez le médecin du village. Je souffre d’un enfoncement crânien et d’une fracture du bras gauche. Sur les dix enfants, je suis le seul à être blessé. Jusqu’à l’âge de douze ans, je subirai les séquelles de ces blessures. Un froid mordant et une tempête violente ont accéléré le tirage de la cheminée et propagé les étincelles d’un feu qui nous gardait bien au chaud. C’est la tragédie. Mon père, propriétaire de l’unique atelier général de Saint Gédéon au Lac- Saint-Jean, peut, au prix d’un pénible labeur, nous offrir une vie assez aisée pour l’époque, même si, à cause de la pauvreté de ses clients, il doit faire crédit. Avec l’aide de grand-père Lessard, des oncles Tancrède et Horace, de mes frères assez costauds pour donner un coup de main, mon père construit notre nouveau foyer dans les mois qui suivent l’incendie. Nous en sommes fiers, c’est la plus belle maison du village et elle est plus grande que l’ancienne, de sorte que nous y sommes plus à l’aise. Je passe des heures à regarder ma mère; elle boulange le pain de la semaine, prépare les repas familiaux, tisse au métier des étoffes qui lui serviront à coudre les vêtements des membres de la famille, et, telle une abeille laborieuse, n’arrête jamais. Souvent, elle passe des heures à mon chevet; je suis si fragile qu’un simple rhume demande une surveillance constante. Le réveil me plonge dans la réalité de la prison. C’est aujourd’hui que je suis libéré de cet endroit d’où on ne sort sain d’esprit qu’au prix d’efforts soutenus et souvent insoutenables. Après le petit déjeuner, je ramasse tous les objets qui sont dans ma cellule et que je dois rendre au magasinier avant de franchir les grilles de la prison. Un gardien me guide vers le local où je troquerai mes vêtements de honte contre ceux d’un homme libre. Sousvêtements, bas, chemise, cravate, ceinture, chaussures et complet noir que je n’endosserai qu’après avoir subi l’examen dégradant de tous les orifices et replis de mon corps. 4
  19. 19. CONSPIRATION Toujours escorté, je me dirige vers la caisse où on me remet le total de mes gains pour dix-sept mois; onze dollars et trente-deux cents. Je franchis la lourde porte qui me rend à la civilisation. Il a neigé la nuit dernière, l’air est glacial dans ce petit matin de fin d’octobre et, seul un complet me protège de cet automne québécois. Une marche rapide me conduit au premier restaurant où, pour la première fois depuis longtemps, je me régale d’un vrai café bien chaud. Les clients ont l’habitude de voir des types, vêtus de hardes qui sentent la prison à plein nez; ils ne sont pas plus discrets pour autant dans leur examen. Je n’y prête pas attention, ou s1 peu, Je n a1 qu une hate, quitter ces lieux. L’autobus qui dessert les villages de l’île Jésus (maintenant Ville de Laval) arrive et je m’y engouffre, heureux d’échapper au froid et à l’atmosphère de prison que je sens autour de moi. Je veux oublier ces mois d’humiliation, d’enfer, de procédés degradants. J’ai touché, me semble-t-il, le fond de la déchéance humaine. J’ai été si seul, aucune visite, aucune lettre… seules étaient présentes les vexations des gardiens et souvent celles des co-détenus. Rendu au centre-ville, je cherche un toit pour la nuit et du travail pour le jour. Pierre Laporte, avocat et journaliste, est un ami. Compatissant, il me laisse savoir que je peux obtenir du travail dans un grand magasin à rayons du centre-ville. Il me recommande néanmoins, de ne souffler mot des derniers mois de mon existence. Je n’en ai aucune envie, je veux oublier. Il me glisse discrètement dix dollars pour me permettre d’attendre le premier quarante-cinq dollars que je gagnerai hebdomadairement. Je me rends à l’endroit désigné et j’y suis engagé sans qu’on me pose trop de questions. Je commencerai demain matin à gagner une vie que je veux désormais honorable. Au sortir du magasin, la nuit tombe et le froid se fait plus pénétrant. Je marche rapidement jusqu’à la chambre à cinq dollars que je me suis trouvée et que je partagerai avec un inconnu. Il n’est pas question que je m’offre à souper si je veux tenir avec mes maigres sous jusqu’à la première rentrée de salaire. Fatigué, déprimé, je relis la lettre qui m’apprend que Paule, ma femme, a demandé et obtenu la séparation légale. Je ne la reverrai plus… mes filles, Hélène et Pauline, m’oublieront-elles? Je les aime pourtant de tout mon 5
  20. 20. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE coeur. La vie est méchante et bête. La lettre que j’ai adressée à Paule, m’est revenue avec la mention: partie sans laisser d’adresse… Je me laisse aller à la somnolence. Le sentiment d’une présence me sort de ma torpeur. Je ne suis pas seul. Bernard, mon compagnon de chambre, est là. Un sourire aux lèvres, débordant de chaleur humaine, une poignée de main, et nous sommes copains. Je suis ému. En bavardant, j’apprends qu’il est français et récemment arrivé au Canada. Je le laisse parler, je ne veux pas lui dire d’où je sors, ni lui raconter mon histoire lamentable. Il se rend rapidement compte que je n’ai pas de bagage, pas d’autres vêtements que ceux qui me couvrent. II ne pose pas de question, et discrètement, sort pour aller sous la douche. En revenant, il m’invite à en faire autant. Il me prête son peignoir et ses accessoires de toilette. Il me demande de ne pas le remercier, il ne peut le supporter. C’en est trop, j’éclate en sanglots et je lui avoue mon passé. Il a également souffert de l’injustice des hommes et il me comprend. Quand je suis remis, il me pousse vers la douche. Je me sens neuf, rajeuni en sortant. La propriétaire qui prend un café en compagnie de Bernard, m’invite à grignoter avec eux. Quels braves gens! Je me sens moins seul et je sais que je dormirai beaucoup mieux. Trop de sentiments m’agitent, sentiments complexes qui retardent l’arrivée du sommeil réparateur. Je replonge dans le passé. Je grandis lentement depuis l’accident, et je vois les réunions qui se font dans la maison de mes parents, devenue le centre de rencontre du village. On y discute politique municipale, provinciale et même fédérale à l’approche de chaque élection; on y joue aux cartes. Les notables de la place sont présents. Malgré les présences nombreuses autour de moi, je suis un solitaire. Seule trouve grâce à mes yeux, une petite voisine aussi souffreteuse que moi. Elle recherche ma compagnie et je ne l’évite pas. Gisèle, dont le père est au sanatorium et dont la mère est absente, parce qu’elle doit travailler pour gagner sa vie et celle de ses trois enfants, est une compagne agréable pour moi. Elle devient ma soeur quand mes parents acceptent de la garder avec ses soeur et frère, Carmen et Guy. Cela durera jusqu’à l’adolescence. Sa mère, 6
  21. 21. CONSPIRATION devenue veuve, part pour la ville et amène ses enfants. Je ne l’ai jamais revue, cette amie de mes jeunes années. Sur ces images je m’endors. Le réveil-matin sonne six heures, trop rapidement. Je me prépare à affronter ma première journée de travail. J’ai l’habitude de la ponctualité et je tiens à la conserver. Bernard me prête son imperméable pour m’aider à braver le morne froid de l’automne. Un café, offert par mon nouvel ami, me réconforte et à huit heures quinze, je suis prêt à recevoir mes premiers clients. Les appareils radios, magnétophones haute-fidélité et stéréophoniques, ça me connaît. Au bout de la semaine, quand je dois renouveler la location de ma chambre, il ne me reste plus d’argent. Aussi dois-je demander une avance à mon gérant. Celui-ci, très humain, m’avance vingt dollars sur son argent personnel. Ça me permet de voir venir la première paye. Bernard et un compatriote, Norbert Nold, m’invitent à voir un film. Cet ami travaille pour une agence cinématographique afin d’obtenir son permis de cinéaste et s’installer éventuellement à son compte. Cela me sort de mes tristes soirées solitaires. L’hiver est là, mais je travaille et, au début de mars, je sens diminuer mon état dépressif. Peut-être que la sérénité du printemps hâtif, le rajeunissement de la nature font qu’il en soit ainsi. Le souvenir de ma détention, des conditions inhumaines de vie de la déchéance de l’incarcération s’éloignent. Mes sens engourdis par les traitements humiliants et les mois de solitude, se réveillent. La vie peut encore être belle. Un camarade de mes études chez les Jésuites de Québec, me reconnaît au comptoir du magasin, où je suis maintenant responsable du rayon des appareils audio. Étudiants, nous avons tourné quelques films. Il sait donc mon intérêt pour le documentaire et le reportage. Il recherche une équipe québécoise pour réaliser un film sur l’aspect physique du Québec. Il me propose le poste de réalisateur et me demande de compléter le groupe qui est nécessaire à la réalisation d’un tel projet. Les noms de Bernard et de Norbert me viennent immédiatement à l’idée. J’en glisse quelques mots à celui que je considère mon associé et nous prenons rendez-vous pour le soir après le travail. Cet incident change complètement l’orientation de ma vie. 7
  22. 22. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE Je suis tout petit, mon village, sa plage dorée de sable chaud, ses habitants, ses joies, ses peines, tout remonte fréquemment à ma mémoire… Le rocher, mon ami du bout du jardin de la ferme des Iles que possède mon père, où je passe des heures, est vivant aujourd’hui, autant qu’en ces années de ma jeunesse. Je contemple l’immensité d’eau qui crée à mes yeux d’enfant, le symbole de l’infini. On m’a expliqué que le Lac Saint-Jean est une immense cuvette pleine d’eau, d’îles et de poissons. Je ne comprends pas, une cuvette c’est défini, le lac, il n’a pas de fin, de bout. Je passe des heures à me poser des questions, des images, beaucoup d’images qui restent sans image de réponse. Je suis sûr que tous les autres enfants à qui l’on a dit la même chose, comprennent, et j’ai honte d’être le seul à ne pas comprendre. Aussi, je ne me risque pas à demander des explications, ne voulant pas passer pour l’idiot du village. Près du rocher où je me tiens, poussent des petites fleurs bleues qui m’attirent. J’en cueille et j’en tresse de merveilleuses couronnes qui fleurissent les cheveux blancs de ma mère. Je passe des heures à contempler les bandes d’alouettes criardes, indisciplinées me semble-t-il, raser le magma houleux de la rive, alors que les vagues du large chantent l’amour. Je continue d’éviter les gamins de mon âge. Je n’arrive pas à m’intégrer à eux, ils me font peur; les seuls qui trouvent à percer ce boucher sont Paul- Aime, Roch et, bien sûr, Gisèle. Aussi sommes-nous les souffre-douleurs de la bande du village qui Joue aux soldats, sous les ordres d’un grand de dix ou douze ans. Ils s amusent a prendre au piège tous les petits animaux qui leur tombent sous les yeux; grenouilles, chats ou autres. Un jour, l’énorme chat roux de madame Desjardins, chef-d’oeuvre d’hypocrs1e et ennemi acharné de la gent souricière, est la victime de ces enfants. Les pierres autour du cadavre imagent la lapidation cruelle. La Rousse était notre amie. Pour nous consoler, nous lui faisons des funérailles. Avec le velours d’une robe que ma mère garde pour les grandes occasions, nous confectionnons une bière et procédons à la cérémonie que la Rousse mérite. Quelques taloches bien méritées prolongent l’incident qui force ma mère à porter la mini-jupe, bien avant que la mode n’en soit instituée. Les galopins coupables m’accusent et c’est la guerre entre notre voisine 8
  23. 23. CONSPIRATION et ma mère. Pour l’enfant que je suis, les châtiments promis dépassent de beaucoup leur but. Mon imagination transforme la voisine en Loup-Garou, en Père Fouettard et en Bonhomme Sept-Heure dont on me rabat les oreilles. Je passe des heures à trembler, à voir la mère Desjardins savourer une de mes jambes. Je regarde mes mains et je pense aux enfants qu’elle a déjà dévorés… (en badinant, mon père a raconté qu’elle a déjà mangé six enfants et même un soldat.) Je revois également Madame Flore qui dit si bien les contes de Fées que je dois garder secrets… Et les fleurs, beaucoup de fleurs que je lui apporte et que je lace quelquefois pour la parer. Et le Père Parent, pas méchant, mais plein de vin bon marché… Il tangue comme une chaloupe taquinée par la houle. Il m’en apprend des choses, à moi qui sais l’écouter. À sa mort, il me laisse une douzaine de lapins maigres. Je n’avais que six ans, mais je me souviens… Déjà le rayon de musique du magasin, m’est étranger, je rêve. À l’heure du souper, je vois Bernard et Norbert et nous discutons du projet. Sont-ils intéressés? Ça ne fait aucun doute, j’en suis vite persuadé. Il est huit heures pile quand j’arrive au rendez-vous fixé. La discussion est longue, car nous abordons tous les aspects de la production. Quand il s’agit de mettre sur pied un projet d’une telle envergure, il faut être prévoyant. Aussi, la technique est-elle dans mes première préoccupations. Je n’oublie pas le côté administratif. La soirée est très avancée quand nous fixons une nouvelle rencontre pour, cette fois, signer un contrat en bonne et due forme, avec, pour l’équipe québécoise, une participation aux bénéfices. La Compagnie que mon ami représente, fournit le matériel audio-visuel, une voiture et quatre mille dollars pour les frais. En participation à la réalisation, je dois écrire le scénario et diriger l’équipe. Il s’agit de deux films documentaires: « Québec, berceau de l’Amérique du nord » et « Saguenay, Eldorado canadien ». Avec Bernard et Norbert, nous célébrons l’événement dès mon retour. Le lendemain, dès le contrat bel et bien signé, je démissionne de mon poste au rayon des articles d’audio où je gagne ma vie depuis six mois. Je suis en possession de la voiture, de deux caméras ultra-modernes, de la pellicule vierge nécessaire à la production, du programme à suivre, des instructions et 9
  24. 24. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE de quatre mille dollars. Mon ami Norbert, spécialiste en la matière, vérifie le matériel et il est épaté de la qualité de tout ce qui est en notre possession. Tout ira bien du côté technique. Dès samedi, nous partons pour Québec. J’ai neuf ans quand mon père m’achète un petit télescope. Je passe maintenant des heures à observer le ciel. C’est à cet âge tendre que mon destin est tracé, que je sais ce que je ferai plus tard. Je ferai des tableaux du firmament, je serai le peintre du ciel, le peintre des étoiles. Je suis fasciné par les ciels des mois d’août, de septembre et d’octobre, pleins d’étoiles filantes, d’aurores boréales. Marcel et Lucien, deux affreux rouquins du village, nous lancent des pierres et font des onomatopées qui imitent les bruits d’un bombardement bien nourri. Ils hurlent de joie quand ils nous atteignent, nous, les petits. Il va sans dire que nous fuyons de toutes nos courtes jambes et l’idée ne nous vient même pas de leur rendre la pareille. Un jour, ils attrappent une grenouille sur le bord du sentier, près du ruisseau des demoiselles Boivin1. Après avoir attaché l’animal par une patte arrière avec un bout de ficelle qui traîne dans la poche de l’un d’eux, ils la font tournoyer autour de leur tête, et, à l’aide d’un bout de broche, ils l’empalent au sol… Ça fait le même bruit qu’un sac de papier qu’on fait éclater après avoir soufflé dedans. C’est l’heure du « Chapelet en famille » émission fort suivie de tous les villageois, et nous sommes seuls. Nous n’osons pas nous approcher, nous sommes les souffre douleur de ces gamins et ils nous font peur. Pauvre bête que nous voyons expirer de souffrances sans oser intervenir… Le soir, avec les demoiselles Des gagné et Boivin, j’apprends les rudiments du solfège et du chant. Elles sont des professeurs merveilleuses. Les frères des premières, Philippe et Paul-Eugène sont mes amis. Dans l’atelier de mon père, l’ébénisterie perd un à un ses secrets. Je saurai fabriquer des meubles, travailler le bois et aussi beaucoup d’autres métiers me sont enseignés sans 1 Les habitants du village les appellent «les vieilles filles». Elles s’occupent de la centrale téléphonique et de plus, elles sont propriétaires d’une boutique fort originale de confection féminine; boutique fréquentée par les dames bien du village. Dans nos coeurs d’enfants, elles sont les plus belles et nous sommes fiers d’être leurs amis. Après nos randonnées dans les bois des environs, elles nous remplissent le ventre de leurs délicieux croûtons au sucre. 10
  25. 25. CONSPIRATION peine, il s’agit pour moi d’observer pour apprendre. Une nouvelle vie commence pour moi avec le tournage des films. Rédaction du scénario, prises de vue sous tous les angles, trajets à effectuer, réunion avec mes associés, recherche de la publicité, tout concourt à faire passer les mois sans que je m’en rende compte. Mon équipe se compose de plusieurs personnes: Paul Bédard, caméraman; Jacques Duchesne, script; Louise Giguère, assistante à la réalisation; Ralph Dolman etc… La première mondiale a lieu à Québec, au Palais Montcalm. Le succès est immense. C’est la première fois qu’au Québec, on tourne des films en Technicolor et avec son stéréophonique. Le Tout-Québec applaudit, mais la critique est mesquine. Les gains sont substantiels. Comme je recommence vraiment une nouvelle vie, je veux m’éloigner de ce Québec qui me rappelle trop de mauvais souvenirs. Je dis adieu à ceux que j’aime, je me sépare de mes amis français qui ont maintenant un emploi assuré à la Columbia Production. Quant à mon associé, je lui cède ma part et je m’envole vers la Floride. Je ne pars pas les mains vides; j’ai ma part des productions de films, j’ai des contrats de pigiste comme chasseur d’images parlées avec différentes agences de presse dont: United Press International, Movietone News de New York, Télé-radio Production, etc… Le service de l’information de Radio-Canada acceptera aussi mes reportages. La base de lancement de satellites spaciaux vient d’ouvrir à Cap Canaveral (maintenant Cap Kennedy), et c’est ma première assignation officielle. Dans l’avion qui me transporte à Miami, les images lourdes du passé défilent dans ma tête… Au début de la guerre, je suis âgé de treize ans, lorsque j’ai une sorte de vision, de rêve. Tout le village est en retraite paroissiale. Je m’amuse à construire un avion que j’espère faire voler à distance. Il va sans dire que je ne connais même pas le terme « aéronautique ». Pourtant, je complète l’engin avec un contrôle à distance et je parviens à le faire voler. Je passe des heures à la Baie de Lindsay, à téléguider mon appareil pour mon plus grand plaisir. La réaction des villageois est violente. Je suis possédé du démon, je suis prêt à être interné, etc… Je dois donc laisser de côté ce jeu nouveau qu’est 11
  26. 26. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE pour moi, cet avion téléguidé. Maintenant, je sais qu’à l’époque, la technique de téléguidage était inconnue des militaires et de l’aéronautique. Jamais je n’ai réalisé mon rêve de devenir ingénieur en aéronautique, mais mes études en cosmologie ont rempli ce coin d’univers de mon être, que j’exprime par mes tableaux. À cette époque, je sais déjà que l’homme marchera bientôt sur la lune et que l’espace perdra, un à un, ses mystères avec le années. Je dois cacher ces choses à tous, parce que j’ai peur d’être envoyé dans un hôpital pour malades mentaux. Au village, on ne peut se permettre de devancer ce que les journaux publient. Les années passent… À l’école où nous sommes une cinquantaine d’élèves pour le même professeur qui enseigne de la première année à la neuvième, je n’ai guère d’amis. Je déteste la violence et elle règne en maître dans une classe d’où la discipline est absente. L’hiver, il faut se protéger du froid, et en toutes saisons, des rats. À Saint-Gédéon, quand on est en possession d’une neuvième année, on est instruit. Mon père n’est pas d’accord pour m’envoyer étudier aux Beaux-Arts de Québec, comme c’est mon rêve. Il m’inscrit à l’école d’Agriculture de Chicoutimi. Je n’en suis pas très heureux, mais je n’ai pas le choix. Comme j’ai visité l’école des Beaux-Arts, mon regret n’est que plus lancinant. J’ai seize ans et j’ai besoin d’exprimer tout ce que je ressens de beauté, je veux peindre. Je me sens découragé, incompris… Je m’installe provisoirement à Miami, dans une pension de famille. Pendant quelques jours, je profite du soleil, de la plage, je me repose. Je veux orienter ma vie vers quelque chose de précis, de stable; je cherche, je rencontre des gens qui oeuvrent dans les domaines qui m’intéressent. J’ai soif d’étudier, de savoir, de peindre de travailler, de donner de moi-même. J’entreprends des démarches pour changer mon nom pour celui d’André Fontaine qui sonne mieux, comme nom d’artiste, que Julien Gagnon. Mes activités artistiques, mon travail, seront s1gnés de mon nouveau nom, et cela, légalement. A Miami, il existe des émissions de radio en espagnol en italien et en allemand. Il n’y en a pas en français. Je propose au poste WMIE qui dispose d’une heure d’antenne, d’animer et de réaliser une émission quotidienne en 12
  27. 27. CONSPIRATION français. La direction accepte. Je cherche et je trouve une collaboratrice québécoise, et dès le début de la radiodiffusion, c’est le succès. Je dois bientôt engager quelqu’un d’autre pour suffire à la tâche. L’émission est diffusée en Floride et aux Antilles; les commanditaires sont nombreux. À la préparation d’une heure d’antenne par jour, il faut ajouter les reportages que je transmets régulièrement aux agences de presse, le temps que je consacre à la peinture, à l’étude. Mes journées de travail durent souvent près de vingt heures. J’ai envie d’avoir un vrai chez moi. Maintenant que je suis familiarisé avec la région, je me lance à la recherche d’une maison. Je connais le coin qu’il me plairait de retrouver à chaque retour d’assignation, et même tous les soirs. Ma recherche n’est pas longue; j’apprends qu’une jeune femme, maintenant seule, veut se défaire de sa maison et de son contenu. Je vais la voir et elle me fait visiter sa villa, sise à Key Biscayne. Je suis séduit et les conditions de vente me conviennent. Entre temps, les procédures légales pour le changement de mon nom ont abouti. Le contrat que je signe est le premier que je paraphe de mon nouveau patronyme: Fontaine. La superbe propriété est à moi. Un grand jardin l’entoure, des palmiers aux troncs élancés lui donnent une allure royale et une piscine creusée complète l’ensemble. Je n’en suis pas peu fier. Tant qu’à être expéditif je continue à transiger rapidement et j’achète la voiture qui est en montre, pas loin du lieu de mon travail et que j’admire depuis quelques jours. Son apparence, ses couleurs me plaisent et en plus, elle est décapotable. Une de mes collaboratrices retourne à l’agence de location l’automobile qui me véhicule depuis mon arrivée en Floride. Avec ces acquisitions, je gagne une stabilité jusqu’alors inconnue te mon. Le travail, l’étude, la musique, la peinture et la recherche tiennent toute la place dans ma vie, pourtant, je pense toujours à Paule, et je fais des projets… L’ex-propriétaire de ma maison ne peut conserver sa gouvernante à son service. Je l’engage donc. Comment un célibataire sans horaire fixe peut-il s’en tirer autrement? Elle est dévouée, pleine de savoir-faire qu’elle démontre d’ailleurs sans tarder. Le samedi qui suit mon achat, je dois, selon la tradition du village qu’est Key Biscayne, recevoir mes nouveaux voisins et mes amis à 13
  28. 28. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE une grande partie. La guerre continue. Un jour de l’été qui précède mon entrée à l’école d’Agriculture, je me rends à Chicoutimi avec l’extrait de baptême de mon frère aîné, Paul. Je m’enrôle dans l’armée sous son nom. On me remet un billet militaire pour le passage sur le train, de Saint-Gédéon à Québec. Mes parents ne sont pas au courant de cette escapade. Je cache ensuite des vêtements pour la continuation du projet que j’ai en tête. Le dimanche suivant, je demande à Marcellin Desjardins, un voisin épicier, de me conduire à la plage de la Station où je me baignerai pendant quelques heures. J’essaie d’être calme, de camoufler ma joie, d’avoir trouvé le moyen de m’évader du monde rétréci qu’est mon village natal. Je crois qu’enfin, je pourrai accéder aux cours dispensés par les Beaux-Arts, par le biais de l’Armée. Vers quatre heures, en ce dimanche ensoleillé, Marcellin me cherche en vain sur la plage. Beaucoup de gens m’ont vu entrer dans l’eau, mais personne ne m’a vu ressortir. C’est l’alerte générale. Inconscient du mal que j’ai fait, je roule allègrement vers Québec. Pendant des jours, des grappins fouillent le fond du Lac Saint-Jean; même l’armée qui est stationnée tout près du village, participe aux recherches. Le curé lance des poignées et des poignées de médailles dans le lac, contre l’argent que lui verse ma mère, désespérée. À la Citadelle, où je me suis rapporté, la vie n’est pas aussi rose que je l’avais cru. L’entraînement me laisse un peu de loisirs pour penser à peindre. Déjà, en gosse que je suis encore, je m’ennuie de la maison familiale. Au moment de prêter serment, j’arrive face à face avec le député du Lac Saint-Jean, Armand Sylvestre, un ami de la famille! Il me tire l’oreille et m’apprend qu’il est sur son départ pour assister à mes funérailles. Il m’informe aussi de l’illégalité de mon geste. Je trouve le savon qu’il me passe très dur, mais je réalise à ce moment seulement, la gravité de l’acte que j’ai posé. Monsieur Sylvestre téléphone immédiatement à mon père qui lui demande de me ramener chez moi. Il lui demande également de ne rien rapporter aux autorités pour le moment, parce qu’il connaît le motif de mon agir. Quel 14
  29. 29. CONSPIRATION retour! Joie, chagrin, larmes, rires, et remords se mêlent. À la suite de cet incident, mon père accepte de signer le formulaire qui me permet d’entrer dans la Marine Royale du Canada. Je peux ainsi continuer à étudier au collège des Jésuites, réquisitionné pour le temps de la guerre. Je fréquente aussi un peintre naturel du lac Saint-Jean, établi à Québec, Philippe Desgagnés. Cet homme m’apprend beaucoup, et pas seulement de la technique. Je suis ensuite transféré à Vancouver et je rencontre là-bas un peintre français chez qui je peux suivre des cours. La marine a d’autres priorités, mais tous mes moments libres sont consacrés à la peinture et à la poursuite de mes études. À Noël 1945, Marie-Paule devient ma femme. Nous sommes heureux. Nous habitons un petit logement au-dessus de l’appartement de mes beaux- parents. Mon bonheur de jeune marié dure peu. Je découvre bientôt que ma femme, victime de son patron depuis quelques années, se plie encore à lui. L’enfer commence pour moi. De plus, il est difficile en cette fin de guerre de trouver un emploi. J’essaie tous les métiers, quand une place est disponible… Je dois me cacher pour peindre, pour lire, pour étudier. J’ai soif de connaître, de savoir, les sciences m’attirent… On me décourage, on me dit incapable… Je me cherche… Je déménage à Montréal où j’ai obtenu un poste de relationniste. Je crois que je pourrai enfin échapper à ce démon qu’est le patron de Paule et aussi, au scandale de la petite ville que nous habitons, où tout le monde connaît mon infortune. À Montréal, j’espère trouver le calme, la tranquilité. Je sais que ma femme m’aime et que nos deux filles forment un lien solide entre nous. Je les aime tant. J’ai un travail intéressant dans les relations publiques de la compagnie Alcan. À cause de ce travail, je dois m’absenter quelquefois, pour un jour ou deux. Je ne le sais pas, mais rien n’a changé, le monstre nous a suivis à Montréal. Un jour, en revenant du « Royal Winter Fair » de Toronto, j’invite des camarades de travail à venir contempler un couple heureux. Je les amène chez moi. Aucun mot ne saurait décrire mon effondrement, ma honte. La maison est vide. Il n’y reste que la bonne éplorée qui m’explique que madame 15
  30. 30. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE a déménagé avec les enfants, chez un ami… Elle a laissé quelques meubles qui ne lui seront d’aucune utilité… La première nuit que je passe dans ma propriété de Key Biscayne, je la savoure. Il y a si peu de temps encore, et pendant longtemps, j’ai vécu des nuits si misérables, rejeté de tous, seul, si seul. Je m’agenouille spontanément pour remercier Dieu, le prier, ce que je n’ai pas fait depuis longtemps, trop longtemps. Je le prie avec ferveur, dévotion. La prière de Job me vient spontanément aux lèvres : « Mon Dieu, Vous m’aviez tout donné, Vous m’avez tout ôté, que Votre saint Nom soit béni ». J’avais une femme que j’adorais, deux magnifiques filles. Malgré les recherches que je fais effectuer, j’ignore même le lieu de leur domicile. Je revois le visage de cet homme qui m’a ravi le coeur de Paule, et par qui j’ai tant souffert. Je revis le cauchemar que fut ma vie depuis 1947, jusqu’à maintenant. Je demande la force, le courage d’oublier, de pardonner. Que sont-elles devenues? Depuis le déménagement inattendu de Paule, je me suis retrouvé plus souvent que nécessaire dans les bars, j’ai goûté de la drogue, et à cause de l’évasion que me procure ce poison, de l’assurance factice que j’en tire, de l’oubli qui m’en vient, j’en abuse facilement. Mon travail en souffre et bientôt, je suis sans emploi. Je passe mes journées avec les voyous du Carré Viger. J’ai faim, j’ai froid… Un jour, j’ai tellement faim, que je mendie un sandwich à un restaurateur, tant je suis à bout de ressources. Je mange dans les poubelles… Cet état de vie dure peu. Un jour fatal de 1954, je suis incarcéré. La drogue me procure deux ans de pénitencier. J’en sors au bout de dix-sept mois d’enfer, avec la ferme intention de ne plus y retourner, jamais. Pendant ces mois, je comprends que, si je le veux, je peux m’en sortir. Ça ne sera pas facile, mais je le veux tellement, que j’y arriverai. C’est dans les poubelles que j’ai fréquentées alors que la drogue m’apportait l’oubli, que je trouve des petits bouts d’évangile que des gens bien, ont jetés. Nos poubelles sont profondes. Elles engloutissent les miséreux dont personne ne veut et dont peu de gens s’occupent. En théorie, on peut très bien délimiter la misère avec des arguments sociologiques, on peut la chiffrer, l’expliquer. 16
  31. 31. CONSPIRATION Dans la réalité charnelle, viscérale des faits, il est totalement impossible de comprendre jusqu’où peut se rendre la profonde détresse morale et corporelle, si on ne l’a pas approchée, partagée physiquement. Les miséreux sont les personnes les plus difficiles à comprendre et à connaître, parce qu’ils sont seuls et qu’ils sont fiers. Sans ami, sans famille, ils ont perdu jusqu’à l’espérance de la relation humaine; aussi n’essaient-ils pas de communiquer. J’en suis à ce stade de vie, lors de mon incarcération. C’est à ce moment que Dieu permet que j’apprenne à aimer les pauvres, les démunis, ceux qui ne peuvent plus compter sur personne. C’est extraordinaire l’enrichissement que j’en retire, la motivation que j’en ressens pour m’en sortir et pour aider les autres à s’en sortir aussi. Aux yeux de la société, ils ne valent rien; ils sont tellement riches, quand ils permettent à quelqu’un de les connaître. Je leur donne une place de choix dans mon coeur et dans ma vie. Le passé me hante de moins en moins souvent. Je veux n’en garder que les leçons que j’en ai tirées. Le soir qui suit mon emménagement dans ma nouvelle demeure floridienne, de nombreux voisins, amis et camarades de travail sont réunis chez moi pour célébrer l’événement. Plusieurs personnalités sont présentes: Ken Kyes, écrivain américain de renom dont les oeuvres les plus connues sont: « How to Develop your Thinking Ability » et « Regards in Tomorrow’s World », donne son temps libre à l’Opéra et à l’Orchestre symphonique de Miami. Il vit sur son superbe yacht de quelque cent pieds de long dont le port d’attache est Dinner Key Marina. J’ai le plaisir de voguer avec lui et Jacques Fresco jusqu’aux Antilles à quelques reprises. Autant Ken est physiquement sophistiqué, autant Fresco est bohème avec sa barbiche au menton et ses vêtements défraîchis. Ce dernier habite une maison sans peinture extérieure. Le professeur Fresco est pourtant l’inventeur du fonctionnel et du confort d’un intérieur. Scientifiquement conçu, son mobilier nous donne l’impression d’habiter un autre monde. Instruments scientifiques et mobilier sont agencés pour utiliser tout l’espace et donner un décor interplanétaire qui demande peu d’efforts d’entretien et un maximum d’efficacité. Avant d’acquérir cette maison, Jacques habitait la Californie, où il était 17
  32. 32. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE ingénieur d’aéronautique et spécialiste consultant auprès des compagnies cinématographiques, pour la réalisation de films scientifiques et de films de science-fiction. En 1947, il créa la première maison entièrement construite d’aluminium. Il travaille actuellement à inventer une automobile de concep- tion révolutionnaire, qui sera mue par l’énergie nucléaire. Cette voiture sera composée d’une centaine de pièces détachées au lieu de 25,000, comme on en compte sur les voitures actuelles. Il serait fastidieux d’énumérer tous les invités de marque que j’ai l’honneur de compter chez moi, en ce soir inoubliable. Il manque à mon bonheur, Paule et mes deux filles… Personne ne s’aperçoit de la tristesse de mon coeur. Les derniers invités partent tôt, le dimanche matin. Cette journée dominicale me permet de récupérer pour aborder la journée du lundi qui sera chargée. Je dois commencer un reportage à Cap Canaveral, pour l’émission «Caméra 58» de Radio-Canada. Il est à peine quatre heures du matin lorsque je me lève pour mon premier reportage, ma première aventure spatiale à Cap Canaveral. Je cueille mes deux compagnons de route, et à trois, le trajet est agréable dans la nature presque tropicale de la Floride. Au petit matin, les orangeraies répandent un parfum ennivrant quand il est mêlé à la vaporeuse rosée qui se dégage des palmiers qui longent le route. Le quartier général de la NASA est aménagé à quelques milles au sud de Cocoa Beach. L’officier chargé de la presse, Joe King, nous pilote au seul endroit recommandable de la région. Le personnel de la Base y a installé ses pénates. Un essai de lancement est prévu pour demain. Durant l’après-midi nous tournons quelques scènes sur les chantiers en effervescence et sur les nouveaux quartiers résidentiels qui poussent comme des champignons, un peu partout dans les environs. Cocoa Beach est habité par de pauvres pêcheurs. Le territoire de Cap Canaveral est désolant de marécages… Il n’y habite qu’un vieil ermite qui tire sa maigre subsistance de quelques poissons. Le lendemain, on nous guide vers la rampe de lancement, à l’observatoire 18
  33. 33. CONSPIRATION réservé aux journalistes. Partout, nous voyons des formes de fusées en construction; on se croit sur une autre planète. Les silhouettes sont gigantesques, impressionnantes. Le moment crucial est arrivé. Un grand vacarme, une explosion et le bolide se détache du sol. Une accélération fantastique lance la fusée vers le ciel. Quelles images magnifiques se gravent en nous et sur la pellicule! Au retour, nous croisons les spécialistes, les techniciens vêtus de vert et de blanc, la bouche masquée, attifés comme des chirurgiens penchés sur une table d’opération. Ce sont les savants de l’espace. Depuis, l’endroit a beaucoup changé, il a pris une ampleur vertigineuse. C’est devenu une vraie gare spatiale, interplanétaire avec les aménagements et le développement du territoire. Des fusées pointent toujours vers le ciel et les départs sont fréquents. Des projets de plus en plus vastes et audacieux sont en voie de réalisation. Malgré l’essor que connaît l’endroit, les habitants doivent majoritairement habiter dans des maisons mobiles. Les adolescents sont à l’avant-garde de la mode spatiale. Les nouveaux-nés portent des prénoms tels que: Juno, Bomark ou Jupiter. L’atmosphère environnante influence les parents. Les restaurants, les motels nous transportent dans l’espace avec leurs décors sidéraux. On nous sert un « Marstini » comme apéritif. On nous offre un steak « martien » et au dessert, le menu vous suggère un « Frosted Moon ». Le coût de la vie y est absolument prohibitif. Il faut réserver des semaines à l’avance pour y loger convenablement. Malgré ces inconvénients, les touristes y abondent à chaque fois qu’un lancement de missile est annoncé. Quelques mois plus tard, on me demande de réaliser un long métrage sur la Révolution cubaine. Avant d’accepter, je dois trouver quelqu’un pour me remplacer au micro de mon émission quotidienne à WMIE. Je suis plus libre ainsi pour voyager à Cuba, continuer mes études scientifiques et mes recherches en art cosmonitique. Depuis que je fréquente régulièrement Cap Canaveral, le sujet me passionne de plus en plus. Mes amis m’encouragent d’ailleurs et me soutiennent dans cette voie qui me tient tellement à coeur. 19
  34. 34. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE À Miami, par l’intermédiaire de Mgr Farillo2, j’ai connu le juge Manuel Urutica qui, en appel, a libéré le chef des rebelles dans les montagnes de la Sierra Maestra. C’est ainsi que j’ai connu Fidel Castro et ses camarades. Ils avaient été condamnés à 29 années de détention, à la suite de l’attaque de la caserne Mocanda à Santiago de Cuba. Tous les dirigeants du gouvernement provisoire en exil vivent à Miami, dans des conditions lamentables de pauvreté. Ils attendent la victoire de Fidel pour retrouver leur île, avec des milliers d’autres réfugiés. C’est la fin de juin 1958. Je débarque à La Havane. Dès le lendemain, je remplis les formalités d’usage pour être dûment accrédité au secrétariat de la presse. Je parcours la ville sans tarder pour me renseigner sur les divers aspects de la vie, sur les faits non mentionnés dans les dépliants publicitaires et les guides touristiques du régime Batista, des feuillets qui attirent des milliers de touristes. Les hôtels sont archi-bondés. La navette aérienne qui relie les États-unis et la Havane est débordée. Quotidiennement, il y a sur semaine, une quinzaine d’arrivées et autant de départs. En fin de semaine, le nombre des atterrissages et des envolées atteint parfois vingt-cinq. Pour obtenir une chambre dans les luxueux palaces, il faut réserver d’avance. Le jeu et le music-hall osé y sont rois, la prostitution y est florissante. Le soir, je déambule sur le boulevard Malicon, large promenade qui longe l’océan, dans le quartier Vélado. Un étranger qui se promène seul sur ce boulevard, sur le Del Prado ou au centre ville, est aussitôt accosté par de jolies filles qui lui proposent leurs appâts ouvertement et sans embarras. S’il arrive à les esquiver, une nuée de petits mendiants se bousculent entre eux pour obtenir de l’imprudent, une aumône. Ne donnerait-il qu’un sou, il n’arrive plus à se débarrasser de la bande qui devient de plus en plus agressive. J’ai l’expérience de tels spectacles et j’évite de regrettables erreurs. La plupart des industries de Cuba appartiennent à des sociétés américaines, 2 Avant mon départ pour la Floride en 1957, en visitant un camarade, j’ai rencontré Mgr Farillo. Il était alors en exil à la maison des Missions étrangères de Pont-Viau (aujourd’hui Ville de Laval), en attendant du gouvernement américain, la permission de rentrer aux États-Unis. 20
  35. 35. CONSPIRATION tout comme le poste de radio et de télévision CMQ, situé sur la Calle 23.3 Entre juin et décembre, je fais la navette entre Miami La Havane et la Sierra Maestra. J’apprends à connaître les deux groupes cubains: Batista et ses administrateurs, c’est-à-dire le gouvernement en place; et, de l’autre côté, les soldats de la guérilla avec, à leur tête, Fidel Castro. Je gagne l’estime et la confiance de ces derniers et ils me témoignent de l’amitié. Le reportage que je fais est un long documentaire qui sera radio-télédiffusé sur les ondes de Radio-Canada, le 15 décembre, sous le titre: « Les deux visages de Cuba ». Pour compléter le reportage, il me manque une entrevue avec le chef du gouvernement cubain; le rendez-vous avec Batista est fixé au six (6) décembre. Le cinq (5), j’arrive à la Havane. Je suis reçu par le président, comme prévu, et après l’avoir interviewé, je me rends à Santa Clara pour reprendre des séquences de film que possède mon assistant, Manuel Condé Perez. Ces bouts de film contiennent une entrevue avec Castro, des images des rebelles du maquis et des activités de ces gens adversaires du régime établi. C’est à ce moment que j’ai rencontré le major Dominique Michaëli, d’origine française, qui dès le début, s’est joint aux rebelles. Il enseigne l’usage des armes aux paysans qui rejoignent l’armée des montagnes. Entre temps, la grève de la radio et de la télévision d’État qui sévit au Canada depuis plusieurs semaines, fait que le service de production de Radio- Canada se trouve à court de métrage. Ils diffusent mon reportage incomplet, plus tôt que prévu. II en résulte des protestations véhémentes de la part de l’Ambassade de Cuba à Ottawa. Ceci envenime la situation. Il y a presque un bris des relations diplomatiques entre le Canada et Cuba. À La Havane, le 8 décembre, je suis à bord de l’avion qui me ramènera à Miami. L’avion est à l’autre bout de la piste, prêt à décoller, quand le régime des moteurs ralentit et que le pilote revient à l’aérogare. Des officiers de l’armée cubaine font irruption à l’intérieur de l’appareil et m’arrêtent. Je ne suis au courant de rien de ce qui s’est passé au Canada. Je sors mon 3 C’est de CMQ TV que je diffusais mes reportages à Radio-Canada (Montréal) et également aux autres agences de presse auxquelles j’étais attaché. 21
  36. 36. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE accréditation de membre de la presse et je la leur présente, croyant qu’il y a erreur sur la personne qu’ils ont mandat d’arrêter. On ne me répond pas et on me conduit à un chef de section que j’ai rencontré à plusieurs reprises dans des réunions sociales. Celui-ci m’accuse formellement d’espionnage et de complicité avec les rebelles de la Sierra Maestra. Je refuse de plaider coupable à des accusation que je sais mensongères et d’actes que je n’ai pas commis. On me soumet alors à la torture pour me faire avouer. On m’arrache les ongles des doigts, des orteils, on me matraque les testicules, on me lacère la langue, les chairs de la bouche… Peu d’êtres humains ont résisté à ces tortures, je crois. Je suis dégoûté de voir les faces de ces tortionnaires prendre plaisir à exacerber leur sadisme sur une malheureuse victime ligotée à un fauteuil de supplice. Depuis le régime hitlérien, jamais je n’ai entendu parler que de telles pratiques existent encore. Je les ai pourtant subies et les cicatrices que je porte en font foi. On me confronte ensuite avec d’autres prisonniers dont une jeune femme que j’ai connue dans les montagnes. Elle confirme que je n’ai rien à voir avec le Révolution. On la giffle violemment, on la bat. Un des tortionnaires sort et revient après un moment dans la salle où nous sommes; il exhibe un oeil humain dans sa main rougie de sang. En s’adressant à sa victime, il lui dit: «Tu ne veux pas collaborer, voici ce qu’il reste de ton père». Il lui lance l’oeil dans le visage et ajoute: «Si tu persistes toujours dans ton refus de collaboration, tu ne sortiras pas vivante d’ici.» On m’enferme ensuite dans un cachot dont la fenêtre donne sur une cour… De cette ouverture, je vois les brutes continuer de torturer ma jeune amie révolutionnaire. C’est insupportable, même si je ne regarde pas, j’entends et ils le savent. Je suis ensuite témoin de son exécution en même temps que celle d’autres de mes frères cubains… C’est la nuit de Noël 1958. J’attends la mort dans la prison-forteresse de Santa Clara. Avec d’autres prisonniers, je suis suspendu au plafond par des cordes, brûlé avec des torches à gaz, avec des cigarettes. On nous envoie des chocs électriques sur les testicules, le pénis… Nous passons des heures ainsi. Quand on nous détache enfin, on se recroqueville sur un grabat infect, 22
  37. 37. CONSPIRATION trempé de sueur et de sang, dans un petit cachot sans fenêtre, avec comme seul compagnon, un seau hygiénique tout rouillé. Depuis des jours, nous sommes privés de nourriture, de sommeil. Il fait une chaleur tropicale et il ne circule aucun air pour évaporer cette odeur animale stagnante, qui soulève le coeur et l’estomac vide. Les conditions de survie sont terribles, impossibles à decrire, les souffrances physiques et morales rendent les nuits plus longues que les jours sans fin. On finit par ne plus se souvenir très nettement de sa fiancée, de sa femme, de ses enfants, de sa maison, de son pays. Les pupilles sèchent de douleur à ces supplices raffinés. Dans la nuit du 28 décembre, la bataille fait rage et le crépitement des mitrailleuses est soudain interrompu par une explosion qui secoue les vieilles pierres de la forteresse de Santa Clara. Les soldats, les policiers et les gardiens se retournent contre eux-mêmes, pris de panique qu’ils sont. Les paysans de la Révolution, sous les ordre de Che Guevara, envahissent la prison. Je prie. C’est à ce moment que je fais le voeu de devenir le porte-parole de Dieu, le défenseur des opprimés. Je serai un Pasteur digne de Lui, qui me permet de sortir de cet enfer dantesque vécu. Je sais qu’un jour, les hommes m’écouteront. Les arrivants vainqueurs nous prodiguent les soins urgents que nécessite notre état et nous libèrent, car je ne suis pas le seul survivant. Je peux me rendre à La Havane que Batista et ses ministres désertent. Ils fuient en République Dominicaine et à Palm Beach, lorsque la bataille est engagée pour libérer la capitale. Aussitôt que la nouvelle de cette victoire révolutionnaire parvient à Miami, un avion ramène dans l’île, le juge Urutica, Cordona, Mgr Farillo, tous les membres du gouvernement provisoire et un groupe d’exilés qui s’étaient réfugiés là-bas. Les révolutionnaires, les opprimés de la Havane s’adonnent à une vaste opération de pillage des palais qu’occupaient Batista et ses amis. Les règlements de compte battent leur plein; partout, des corps décapités, mutilés remplissent nos yeux d’horreur. Les victimes sont des policiers, des agents secrets de Batista, notoirement reconnus comme tels. Pour mettre fin à ce climat de violence qui prend une ampleur démesurée 23
  38. 38. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE et qui risque de devenir incontrôlable, le gouvernement provisoire de la Révolution4 décrète la loi martiale et la grève générale dans tous le pays. Ceci, jusqu’à ce que les forces rebelles, dirigées par Fidel Castro, son frère Raoul et Che Guevara puissent prendre le contrôle de la ville. Ces derniers sont en route vers la capitale, de Santiago de Cuba et de Santa Clara. Avec Daniel Camus et sa femme, correspondants de ParisMatch, je surveille d’une chambre d’hôtel ce qui se passe sous nos yeux. Nous entendons encore des coups de feu épars, puis, le calme qui s’installe. Quelques jours plus tard, les visages hâves mais souriants, Fidel Castro et ses soldats déambulent devant nous sur le boulevard Malicon. Nous sommes près d’un million de personnes à les regarder et à les acclamer. Ils ont l’air heureux, malgré la fatigue accumulée pendant les mois qu’ils ont passés dans le maquis. La réception qu’ils reçoivent est bouleversante pour tous. Fidel parle pendant quatre heures, dans un silence émouvant. La fête du triomphe se traduit ensuite par des rythmes qui éclatent et qui se poursuivent toute la nuit et toute la journée suivante. À la mi-janvier 1959, je reviens à Miami pour me reposer et retrouver le calme et la santé. J’ai du mal à marcher et le port de chaussures m’est encore un supplice. Ma langue et l’intérieur de mes joues sont cicatrisés, mais le fourmillement persiste. Un ami révolutionnaire, le docteur Marquez, dont la clinique est située près de l’hôtel où je résidais à La Havane, m’a fortement conseillé plusieurs semaines de repos complet. Mes amis de Key Biscayne m’accueillent avec émotion et ma brave Maria garde les yeux humides pendant plusieurs jours. Ils sont atterrés quand ils apprennent toutes les aventures que je viens de vivre. Je reviens de loin, j’étais sûr de mourir là-bas, et personne de mes proches ne le savait. Entouré de mes amis, ma convalescence se poursuit agréablement. Je recommence bientôt à voyager à La Havane pour assister aux rapides progrès qui s’effectuent dans la société nouvelle de Cuba. Mes études m’ont manqué 4 Dirigé par le juge Manuel Urutica. Celui-ci a été nommé président de la République par le gouvernement révolutionnaire au début de janvier 1959. 24
  39. 39. CONSPIRATION pendant la réalisation de ce reportage, aussi je reprends avec plaisir mes livres et je continue à assister aux cours libres et aux conférences de mes amis professeurs. Le groupe homogène formé par Fidel Castro, par Che Guevara et par ceux qu’on a surnommés les «douze apôtres» est si populaire que des millions de cubains les vénèrent. J’assiste aux procès des tortionnaires qui étaient à la solde de Batista et j’en vois exécuter plusieurs, dont le chef de police de Santa Clara, Soso Blanco et son fils.5 Me Raymond Daoust, criminologue de Montréal, est invité comme juriste étranger à observer le déroulement des procès. Je suis chargé de l’accompag- ner et de le présenter au chef cubain et à ses lieutenants. J’accepte de m’occuper des relations de presse étrangère pour le secrétaire de Castro, le docteur Juan Orta. De plus, j’ai l’occasion de rapprocher le Canada et le nouveau régime cubain, notamment en créant des contacts avec des entreprises commerciales canadiennes et les ministères cubains de l’Éducation et de la Défense. L’Ambassade canadienne ressemble actuellement à une succursale de Washington, ce qui éloigne les hommes d’affaires du négoce avec le nouveau Cuba. Les affaires de la Dominion Bridge et de Canadair font beaucoup de bruit. Ces compagnies ont signé des ententes avec Cuba; ils doivent livrer vingt- quatre avions «Jets F 86». La compagnie Bond, dirigée par monsieur Scott, doit habiller les nouveaux policiers et les membres de la force armée de La Havane. Sur les recommandations de l’ambassadeur canadien à Cuba, monsieur Allard, le Canada refuse d’émettre les permis d’exportation. La « Campagne de Joie », une quête de jouets et de vêtements d’enfants, entamée par moi lors d’une entrevue à Radio-Canada, porte ses fruits. Des tonnes de matériel arrivent à Radio-Canada. Me Raymond Daoust a d’ailleurs continué cette campagne à son retour de Cuba, où il a constaté de visu, 5 Soso Blanco, chef de la police secrète du district de Santa Clara - Il a demandé lui-même la peine de mort - La Cour du Peuple du gouvernement révolutionnaire lui a fait un procès public pour les crimes répugnants qu’il a commis sous le régime de son chef, Batista (assassinat de masse de fillettes qui refusaient de se livrer à la prostitution ou encore de jeunes soupçonnés d’appartenir aux révolutionnaires). 25
  40. 40. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE les besoins du peuple de braves de cette île. Fidel Castro est invité par la Jeune Chambre de Commerce de Montréal à prendre possession de toute la marchandise accumulée. Je dois accompagner le chef cubain lors de ce voyage. Certains sentiments sont universels. La jalousie fraternelle est ce ceux-là. Raoul Castro envie son frère et la popularité dont il jouit. C’est humain. Il voit donc d’un mauvais oeil tous ceux qui gravitent près de Fidel et qui ont une situation privilégiée.6 L’arrivée de deux journalistes étrangers auxquels je me dois, retarde mon départ pour Montréal. J’en serai quitte pour rejoindre Fidel dans quarante- huit heures. C’est suffisant pour que Raoul intervienne et me fasse arrêter à Santa Clara, où je me trouve. L’officier d’aviation, le major Luis Valera m’accompage à La Havane où Raoul m’attend. En y arrivant, nous nous restaurons et nous partons pour le domicile où je devrai attendre, semble-t-il, le retour de Fidel Castro pour qu’il décide de mon sort. Je ne suis pas inquiet, celui-ci me connaît bien et il me libérera.7 Pendant le trajet, en abordant le tunnel qui traverse la baie, notre voiture est interceptée par un véhicule occupé par deux individus qui m’ont interpellé au restaurant. Mon gardien est mis hors de combat, les américains me chargent dans leur voiture et s’engagent rapidement sur l’autoroute de l’est, Via Guanabo. Plus loin, ils me mettent au courant du pourquoi de leurs agissements. Ils sont des agents américains, ils craignent pour ma vie et ils ont fait le nécessaire pour que je rejoigne Miami sans tarder. Dans la campagne, je suis camouflé dans un camion qui transporte des légumes. On a aménagé un compartiment parmi les caisses où je suis à l’aise. Je ne vois plus où je vais que déjà, on me fait descendre. Je suis dans la cour d’un monastère. J’entre, on me tonsure 6 Cette situation n’a duré que quelques temps; tout s’est replacé quand Raoul a été nommé chef des forces armées cubaines. 7 Après mon voyage, Fidel a voyagé à Mexico et Caracas durant près de 2 semaines, ce qui a retardé et annulé son intervention. 26
  41. 41. CONSPIRATION et je dois endosser la bure monacale, le temps que les recherches diminuent d’intensité. L’alerte de mon évasion spectaculaire a mis sur pied une équipe de centaines de soldats à mes trousses. Après un mois du régime des moines, le major général Williams m’apporte des vêtements de pêcheur et me conduit à une plage où un petit voilier m’attend, mouillé dans la baie. Au crépuscule, une barque à rames nous mène au voilier. Là, seulement, je suis informé de la situation. Je devrai naviguer seul en direction du nord pendant quatre ou cinq heures, selon la vélocité du vent. Je mettrai alors le cap sur le 100° ouest, et je serai sur la route maritime de Miami. Aux environs des îles Andrews des Bahamas, soit vers vingt-deux heures, je serai repéré par la garde côtière américaine et ramené à Miami. Mon compagnon saute ensuite dans le doris, après avoir vérifié si j’ai bien retenu toutes les instructions. Je suis seul, à la grâce de Dieu!!! Seule lumière que je me permets, pour éviter d’être repéré, une lampe de poche éclaire de temps en temps la boussole du voilier. Le vent est favorable et je navigue à quatorze noeuds. La fatigue, l’énervement des événements de la journée, le vent du large après un mois de réclusion, tout concourt à me gagner à la somnolence qui m’envahit. Je ne veux pas dériver, alors je maintiens le gouvernail à l’aide du surplus de corde de tension de la voile que j’attache à un anneau sur le pont. Je mange un peu et je reviens à la barre. Le cap n’a pas été déplacé par l’installation de fortune que j’ai faite. Quelques lumières de la côte de Cuba sont toujours visibles. Je m’endors. Une douche froide me réveille. Il pleut à torrents et la mer est démontée. Je détache le manche du gouvernail et je tente de réduire la voile. La corde, raidie par l’absorption d’eau rend la manoeuvre difficile. J’ai dû faire un faux mouvement parce que la voile se rabat sur le mât central et se déchire en longueur, ce qui la rend inutilisable. Avec les vagues énormes et la pluie, je risque de me noyer à tout moment. Je dirige la proue du navire face aux vagues pour diminuer le roulis et donner de la stabilité à l’embarcation. La boussole indique 10° nord-ouest. Où suis-je? Je n’en sais rien. J’ai froid, j’entre dans la cabine pour trouver de quoi me protéger à tout 27
  42. 42. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE le moins de la pluie glaciale. Le jour tarde à se lever. Quand les nuages se dissipent, le soleil est très haut dans le ciel. Je cherche en vain ce qu’il faut pour réparer la voile déchirée qui pend lamentablement. Je place au sommet du mât, un lambeau de toile, ce qui est un signal de détresse et j’attends du secours. Il n’y a rien d’autre à faire. C’est le retour de la nuit. J’allume le seul fanal à bord et je retourne dans la cabine pour grignoter un peu. Je dois ménager le peu de provisions qu’il y a à bord, ne sachant pas à quel moment je serai secouru. Je m’endors. Vers cinq heures, je me réveille et je constate qu’il tombe une pluie fine. Je remplis un bidon d’eau douce, c’est important. Je le conserve précieusement, au cas… je ne sais pas où je vais et je dérive toujours. Une vive douleur au bas-ventre m’empêche de me rendormir et même de me reposer. Les jours, les nuits passent… Dans une demi-conscience j’ai compté quatre jours, quand j’entends le vrombissement d’un avion. De peine et de misère, je me traîne à l’extérieur de la cabine où je me suis réfugié, et je constate que l’avion s’éloigne déjà. Quelques minutes plus tard, il revient en volant si bas que j’ai peur qu’il n’arrache le mât de ma coquille de no1x. Je perds conscience. De temps en temps, j’ai impression de n’être plus seul et qu’on s’occupe de moi, mais c’est dans un brouillard opaque que j’ai ces sensations. Lorsqu’enfin je reprends vraiment conscience, une infirmière s’occupe à fixer une bouteille de sérum à l’aiguille qui est en place dans la veine de mon bras. Sans force, je m’efforce de parler, je tente de bouger. L’infirmière m’intime l’ordre de n’en rien faire et elle me rassure en m’informant que je suis en sécurité dans un hôpital de Miami, qu’on m’a opéré d’une péritonite causée par la rupture de mon appendice. Tout va bien, tout est sous contrôle. Je m’endors. Plus tard, quand je suis assez bien pour penser, je me jure à moi-même que c’en est bien fini avec les reportages et les aventures. Je laisse volontiers ma place à d’autres. Ma peinture, mes études en cosmologie et l’animation de mon émission quotidienne me suffiront à l’avenir. Vive le calme de ma nouvelle existence. Les aventures que j’ai vécues depuis presqu’un an mettent fin à ma vie quelque peu nomade. Avec Lydia, la jeune 28
  43. 43. CONSPIRATION cubaine que j’ai arrachée à la prostitution avant l’avènement de Castro, je pars pour le Canada. Je veux revoir ma patrie qui me manque beaucoup, le peu de parents qui me restent et aussi rechercher Paule. Je profite de l’occasion pour me rendre à l’Ambassade de Cuba à Ottawa. On m’y accueille d’une façon incroyable. On m’invite à me rendre dans l’île, à y vivre où et comme il me plaira. Le reste de mon séjour au Québec est décevant. Au retour, Lydia veut revoir les siens. Je la ramène dans son île. Je dois la rassurer et lui affirmer qu’elle est libre d’y rester si elle le désire. J’adresse un télégramme à José Ossoris, attaché à Fidel Castro pour le prévenir de mon arrivée prochaine. Je suis reçu comme un héro et on m’invite à la résidence présidentielle, où Manuel Urutica m’accueille. Je fais le tour de l’île et je constate l’état d’avancement des travaux entrepris il y a si peu de temps. Je reviens seul à Miami où je reprends ma vie de peintre et ma vie d’études avec la musique et mes amis. Pour eux, je suis presqu’un homme légendaire pour avoir vécu les aventures cubaine et océanique. En continuant constamment mes recherches, je réussis à faire valoir les contrastes mouvants des couleurs qui donnent l’impression de flottement et d’espace à mes tableaux. 29
  44. 44. CONSPIRATION : ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE 30

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