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Travaillons à rendre notre République meilleure

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Tribune dans le Nouvel obs plus

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Travaillons à rendre notre République meilleure

  1. 1. Notre République s'essouffle. Chaque jour un peu plus. Les tragiques événements qui ont eu lieu à Paris au mois de janvier et la montée de l'extrême-droite lors des dernières élections en sont de nouvelles illustrations. De terribles illustrations. Qu'est-ce qui pourrait expliquer cette désintégration progressive de la République et comment y faire face ? Notre société se replie sur elle-même. L'individualisme s'accroît à l'instar du communautarisme, de l'intégrisme, du racisme et de l’antisémitisme. L'Autre est rejeté dès lors qu'il est différent, qu'il ne pense pas la même chose, qu'il n'a pas la même couleur de peau, la même religion ou le même mode de vie. Par ailleurs, les inégalités se creusent : entre les plus riches et les plus pauvres ; entre ceux qui refusent de payer leurs impôts en France et ceux qui cherchent désespérément un emploi ; entre ceux qui profitent de toutes les possibilités offertes par la société de consommation et ceux qui ne parviennent même pas à se nourrir ; entre ceux qui habitent dans une grande maison située dans les beaux quartiers et ceux qui doivent accepter de vivre dans un logement exigu, très mal entretenu et situé dans un quartier réunissant de nombreuses difficultés. Il y a également un affaiblissement de la confiance dans les institutions. Et ce pour au moins trois raisons. D'une part, parce que trop de personnalités politiques manquent d'intégrité, de morale et d'éthique. Un certain nombre d'entre elles ne placent plus l'intérêt général au dessus des intérêts particuliers et ne sont plus animées par la volonté de servir le peuple mais par celle de se servir… et d'être réélues. D'autre part, parce que les gouvernants n'ont plus le courage de dire la vérité sur la réalité de la situation économique et sociale du pays et ne parviennent plus à fixer un cap sur plusieurs années, à inscrire leur action dans le temps long. Des réformes d'ampleur doivent pourtant être mises en œuvre afin de pérenniser le système au service de tous. A défaut, le char de l’État ne risque-t-il pas de devenir « une vieille patache branlante où les freins ont fini par remplacer les roues » comme le déplorait déjà à l'époque Georges Clémenceau ? Encore faut-il pouvoir réformer, c'est vrai. Le peuple le veut-il vraiment ? Et que peut le pouvoir politique, le pouvoir des hommes face au pouvoir de l'argent, face aux banques, face aux fonds spéculatifs dont le seul objectif est de faire des profits, toujours plus de profits, sans aucune considération sociale ni morale ? Enfin, et surtout, parce que l'école publique et l'enseignement supérieur ne tiennent plus leurs promesses d'émancipation, d'évolution, de progression sociale. Il semble en effet de plus en plus difficile pour les jeunes de condition sociale modeste de s'extraire de leur milieu d'origine grâce à leurs études et à leur travail. La démocratie à l’épreuve Notre démocratie est aussi malade. D'abord, il y a un rétrécissement de notre démocratie politique. A la figure du citoyen ''dissident'', du rebelle qui critiquait mais qui agissait, qui dessinait un horizon, s'est substituée la figure du
  2. 2. citoyen ''refusant''. Ce dernier, animé par la rage et incapable de donner du sens aux choses, a besoin de détester pour manifester son désespoir. Cela s’exprime d'ailleurs lors des élections qui sont devenues principalement une occasion de sanctionner les sortants. Comme l'a très bien résumé Pierre Rosanvallon, « à la démocratie de projet s'est ajoutée une démocratie de rejet ». Ensuite, notre démocratie sociale, qui repose sur les syndicats, est fragile. Les salariés et les fonctionnaires participent peu aux élections syndicales et n'adhèrent souvent que lorsqu'ils ont un problème personnel ou collectif... ou lorsqu'ils souhaitent obtenir une évolution de poste ou une mutation. Beaucoup de salariés et de fonctionnaires ne perçoivent plus les syndicats comme des vecteurs du progrès social mais comme des défenseurs des avantages acquis. L'idée de solidarité envers le groupe décline, voire disparaît, remplacée par une vision utilitariste des syndicats. En exprimant les aspirations et les revendications des salariés et des fonctionnaires, en agrégeant leurs intérêts et en rendant ainsi les conflits gérables, les syndicats ont pourtant un rôle fondamental à jouer. Ils représentent les groupes sociaux et contribuent à la régulation sociale. Face à ces problèmes, que peut-on faire ? Voici quelques pistes de réflexion. Pour lutter contre la dissociation progressive de la société, il faut reconstruire un monde commun autour des valeurs de la République : la Liberté, l'Egalité et la Fraternité. Ces valeurs doivent être comprises et totalement assimilées par tous les individus car elles représentent le socle de notre société. Outre la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, il y a également, bien entendu, la Laïcité. Cet outil essentiel du vivre-ensemble, cet ADN de la République, permet à chaque individu de croire en l'existence d'un Dieu ou de ne pas croire. A ce titre, comme le rappelait inlassablement Henri Caillavet, « elle garantit à chacun la liberté de choix de son chemin » et « permet de protéger son identité » dès lors que chacun respecte la conscience et/ ou la foi de l'autre. Chaque individu, chaque personne vivant sur notre territoire, doit connaître cette notion de ''laïcité'', en comprendre le sens et en accepter les implications. Chaque individu, chaque parti politique, chaque syndicat doit prendre sa part dans la promotion et la défense de la laïcité car les loups rôdent dans la Cité. Pour construire un monde commun, il faut également être ouvert sur l'Autre, prendre conscience que nous faisons partie de la même humanité et respecter les différences, source d'enrichissement personnel et collectif. En connaissant mieux l'Autre, on se connaît mieux soi-même. Cet état d'esprit doit être développé et consolidé à tous les âges de la vie et dans tous les lieux sociaux : écoles, clubs de sport, associations, partis politiques, syndicats… Pour construire un monde commun, il faut aussi que notre République mette en œuvre davantage d'actions de Justice sociale afin de rétablir un (relatif) équilibre entre les individus. Il faut néanmoins veiller à ce que ces actions de Justice sociale ne tuent pas l'initiative individuelle, pilier essentiel de notre société. Reconstruire la confiance Il faut également reconstruire la confiance envers les institutions. Pour cela, il est nécessaire de réconcilier morale et politique car, pour être respectée, la politique doit être exercée par des femmes et des hommes respectables. « La vocation finale de l'homme politique est d'agir, de bâtir, de réaliser » estimait Pierre Mendès-France avant d'ajouter : « son action doit être soumise à un petit nombre de règles morales hors desquelles la politique n'est qu'une vaine parade et la démocratie, un concept sans substance et sans vérité ». Pour celui que l'on surnomma ''la conscience de la République'', l'homme politique doit avoir un comportement moral, vertueux et faire preuve de courage. Il doit notamment fixer des priorités (à court, moyen et long terme), dire ce qu'il fait et faire ce qu'il dit, et mettre en œuvre les actions auxquelles il s'est engagé. S'agissant de l'école publique et de l'enseignement supérieur, il y aurait tellement de choses à dire, tellement de choses à faire, même si des progrès sont à souligner. L'important, me semble-t-il, est que l'école et l'enseignement supérieur permettent à chaque jeune d'assimiler les valeurs de la République, d'apprendre les règles de vie en société (respect de soi-même, des autres et de la règle de droit) et d'acquérir les connaissances fondamentales pour penser par lui-même, pour se former et pour être, au final, le mieux armé afin de trouver une place dans la société. Chaque jeune doit avoir conscience qu'aucun chemin n'est jamais tracé, qu'il est maître de son destin… à condition de le vouloir et de s'en donner les moyens. Il faut pour cela beaucoup travailler pendant ses études mais aussi s'engager. S'engager pour les autres dans une association, un club de sport, un parti politique, un syndicat… car l'engagement, lorsqu'il est sincère, forge l'individu et participe à sa construction. Poser des actes Enfin, il paraît nécessaire de redynamiser notre démocratie. En effet, puisque la délégation de pouvoir lors d'une élection ne permet aux citoyens de contrôler leurs représentants qu'a priori, sur un programme politique et, a posteriori,
  3. 3. sur un bilan, il est indispensable de développer ce que Pierre Rosanvallon appelait « la démocratie de surveillance ». Une démocratie où les individus mettent en place des organismes citoyens afin de surveiller l'exercice du pouvoir, la façon dont les hommes et les femmes politiques prennent des décisions publiques et les mettent en œuvre. Il faut continuer à créer de tels organismes car ils participent à l'amélioration du fonctionnement de notre démocratie. Pour redynamiser notre démocratie politique, il faut également permettre aux citoyens de participer davantage à la prise de décision publique, notamment en institutionnalisant ou en généralisant, pour certains types de décisions, les dispositifs de ''démocratie participative'', de ''démocratie directe''. Le numérique pourrait être un levier puissant de développement de ces dispositifs. Quant à la démocratie sociale, celle qui repose sur les syndicats, il est nécessaire de la renforcer. Il faut, me semble-t-il, que les syndicats deviennent des « informants » comme l'appelait de ses vœux Pierre Rosanvallon il y a bientôt 30 ans, c'est-à-dire qu'ils s'insèrent davantage dans les procédures d'information et de communication afin de faire émerger les problèmes réels. Il faut également que les syndicats ne soient plus seulement là pour agréger les revendications mais qu'ils deviennent aussi force de proposition (ce qui nécessite d'identifier et de faire émerger des experts dans les domaines juridiques, économiques, sociaux...). Il faut enfin que les différents syndicats dépassent les clivages, les querelles de chapelle, et jouent davantage collectif au service des intérêts des salariés et des fonctionnaires. Notre République s'essouffle. Chaque jour un peu plus. Chaque institution sociale, chaque citoyen, chaque individu devrait pourtant prendre conscience que nous sommes tous responsables de ce qui se passe, que nous devons prendre notre part à la reconstruction d'un monde commun et œuvrer, ensemble, à l'édification d'une République meilleure.

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