Comment les enfants avec autisme perçoivent-ils le monde ?

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Conférence Fête de la science 2012 organisée par le CDDP 37. Présentation tout d’abord des aspects cliniques de l’autisme, puis des particularités sensorielles retrouvées chez ces patients. Nous aborderons ensuite les études d’exploration fonctionnelle cérébrale permettant de mieux comprendre les particularités perceptives dans cette pathologie, en présentant des exemples dans les différentes modalités sensorielles. Enfin nous finirons par les hypothèses physiopathologiques qui ont pu être élaborées pour tenter d’expliquer ces particularités et je tenterai de montrer en quoi une perception particulière de l’environnement peut amener à un fonctionnement cognitif atypique.

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Comment les enfants avec autisme perçoivent-ils le monde ?

  1. 1. ‘Ce n’est pas le paysage qui est petit, c’est la fenêtre par laquelle on le regarde’ Comment les enfants avec autisme perçoivent-ils le monde? Marie GOMOT Chargée de Recherche UMR 930 ‘Imagerie et cerveau’ INSERM – Univ. F. Rabelais Équipe 1 ‘Autisme’ – TOURS gomot@univ-tours.fr
  2. 2. Trouble autistique • Aspects cliniques • Particularités perceptives • Hypothèses physiopathologiques
  3. 3. Consensus sémiologique Leo KANNER (1896-1981) Hans ASPERGER (1906–1980) Autisme infantile précoce Psychopathie autistique- Isolement social - Perturbations du contact- Besoin d’immuabilité - Difficultés de communication / d’adaptation- Comportements répétitifs sociale- Langage atypique - Exploits intellectuels / capacités lacunaires- Talents bien que développement retardé « Autistic disturbances « Die autistiechen of affective contact » Psychopathen im Nervous Child, 1943 Kindesalter », Archiv für psychiatrie und nervenkrankheinten, 1944
  4. 4. Autisme Définition actuelle DSM IV-R ; CIM 10 (TED)Altération qualitative de Altération qualitative des la communication interactions sociales Caractère restreint, répétitif et stéréotypé des comportements des intérêts et des activités Début avant l’âge de trois ans
  5. 5. Altération qualitative des interactions sociales• altération marquée dans l ’utilisation de comportements non verbaux multiples• incapacité à établir des relations avec les pairs• ne cherche pas spontanément à partager ses plaisirs, ses intérêts avec d ’autres personnes• manque de réciprocité sociale ou émotionnelle
  6. 6. Altération qualitative de la communication• retard ou absence totale de développement du langage parlé• incapacité marquée à engager ou à soutenir une conversation avec autrui• usage stéréotypé et répétitif du langage, idiosyncrasies• absence d’un jeu de ‘faire semblant’ ou d’un jeu d’imitation sociale
  7. 7. Comportements activités et intérêts restreints et répétitifs• Maniérismes moteurs stéréotypés et répétitifs• Adhésion apparemment inflexible à des habitudes ou des rituels spécifiques ou non fonctionnels• Préoccupation circonscrite à un ou plusieurs centres d’intérêt restreints, anormale dans son intensité ou son orientation
  8. 8. Trouble autistiqueEpidémiologie : - sexe ratio : 3 à 4 garçons / 1 fille - prévalence : 2 / 1.000 naissances (TED 6 / 1.000)Formes cliniques : - Autistes de haut niveau « Rain man » - Dans 70% des cas : retard mental associé
  9. 9. Intégration sensorielle et AutismeObservations cliniques • Toutes les modalités sensorielles • Evolution au cours du développement • Surcharge sensorielle, coupures, distorsion, synesthésie.. Le lien avec la triade autistique ? NeuroScience News, 1998, 1(4)
  10. 10. Toucher et autisme • Il est attiré par certaines textures • Il a une sensibilité paradoxale au toucher, aux contacts corporels • Il a des réactions paradoxales au contact dun objet (ex. : cube brûlant)
  11. 11. Particularités du traitement auditif • Certains bruits provoquent chez lui des réactions bizarres • Il est hyper réactif aux sons • Certains bruits le laissent indifférent • Il est absorbé par la musique
  12. 12. Intégration sensorielle: traitement cortical
  13. 13. Explorations fonctionnelles non invasivesL’électrophysiologie permet l’analyseen temps réel des processussensoriels et cognitifs mis en jeu(résolution temporelle : 1 ms).L’imagerie fonctionnelle permetd’approcher la structure et lefonctionnement du cerveau(résolution spatiale min : 3 mm).
  14. 14. Troubles du décodage de l’information auditive Perception de la voix humaine – données en IRMf Vocal: V V V V V V V V…. Non Vocal: nV nV nV nV nV…. Contrast (voix - non-voix)Adultes sainSTS activation voix > non voixAdultes avec autismeActivation voix = non voix Gervais et al., 2004
  15. 15. Comportements activités et intérêts restreints et répétitifs Fonction?• Autostimulation sensorielle: maintien ‘homéostasie’?• Stratégie adaptative - patterns stéréotypés stabilisent milieu complexe et imprévisible ? Traitement du changement?
  16. 16. Reponse cérébrale au changement: Mismatch Negativity D D DéviantHz S S S S S Standard Ontogenèse Phylogenèse État de conscience MMN dans l’autisme MMN INT+ (N=13) ASD Ctrl Fz -3.5 µV INT- (N=14) CTRL (N=27) 400 ms Gomot et al., 2002, 2011 Gomot et Bruneau, 2004
  17. 17. Intégration auditivo-visuelle VISION ToucherOdorat Vision AUDITION Goût Audition Difficultés d’intégration des informations multisensorielles dans l’autisme
  18. 18. Intégration auditivo-visuelleL’effet McGurk (McGurk & McDonald, 1976) : /ba/ auditif /da/ perçu /ga/ visuelEffet McGurk réduit chez les personnes avec autisme (de Gelder et al., 1991) Moindre influence du visuel sur la perception auditive
  19. 19. Particularités dans le domaine visuel• Il évite le regard de l’autre• Il parait regarder ‘à travers’• Son regard est périphérique• La poursuite visuelle est difficile• Il s’auto stimule
  20. 20. Perception visuelleTraitement des situations sociales Klin et al., 2002
  21. 21. Perception visuelleTraitement des visages Klin et al., 2002
  22. 22. Perception visuelle Traitement des visages et des objets CTRL Gyrus FusiformeGyrus Temporal Inférieur Schultz et al., 2000
  23. 23. Perception visuelleTraitement des visages et des objets Visages Objets CTRL AUT R L Schultz et al., 2000
  24. 24. Perception visuelleTraitement orienté des visages Attention allouée aux stimuli?? Hadjikhani et al.,2004
  25. 25. Modulation top-down et traitement sensoriel Cortex cingulaire Parietal (TPJ) Sensoriel Occipital Gyrus frontal inférieur Sensoriel Temporal Modulations top-downPerception active - filtre attentionnel – sélection - prédiction favorise traitement des éléments pertinents p/p contexte
  26. 26. Cécité au changement Rensink et al., 1997; Simons & Levin, 2004
  27. 27. Cécité au changement Études dans l’autismeAttention visuelle automatique Performances = ou supérieures Fletcher-Watson et al., 2008 Smith & Milne, 2009 Sheth et al., 2011 Recherche visuelle ok, voire plus efficaceProcessus attentionnels top-down Performances chutées Loth et al., 2008; Fletcher-Watson et al., 2006; Kikuchi et al., 2011 Bénéficient peu des aides contextuelles Moindre prise en compte du contexte pour prédire le changement
  28. 28. Théorie de la faible Cohérence Centrale Cohérence Centrale : Unification des percepts Traitement global de en un tout cohérent. l’informationDans l’autisme : Biais cognitif en faveur d’un traitement local de l’information Perception sensorielle fragmentée « leur monde doit leur sembler constitué d’éléments » (Kanner 1943)
  29. 29. Théorie de la faible cohérence centrale Sensibilité réduite aux illusions AUT MLD CTRL Moindre influence du contexte sur letraitement perceptif Happé, 1999
  30. 30. Contexte verbal ‘Lis la note en bas de la page’Test d’homographes ASD < CTRL:Compréhension de la signification et la prononciation d’homographesdépend du contexte donné par la phrase. - Elle a deux fils et une fille - Elle a deux fils et une aiguille Frith 1983
  31. 31. Théorie de la faible cohérence centrale Figures imbriquées CTRL AUT R LPerformances au test : AUT > CTRL Régions pré frontales : CTRL > AUT Cortex occipital ventral : AUT > CRTL Ring et al., 1999
  32. 32. Théorie de la faible cohérence centrale Fonctions supérieures / préservées- Graphisme http://www.urville.com/- Musique, Mémoire, Calcul
  33. 33. Bases neurophysiologiques Données neuro anatomiquesDéfaut des connections longue distance Just et al., 2005 Pugliese et al., 2009Carrefours clefs : STS, ACC
  34. 34. Bases neurophysiologiques Connectivité fonctionnelle au repos Frontal Inferior Parietal Sup. Significant in ASD, not in Controls Parietal Inf. Significant in Controls, not in ASDMedial PFC Cuneus Temporal Sup. Basal ganglia /Insula Connectivité longue distance réduite Barttfeld, Wicker et al., 2012 - Intégration multimodale - Modulation top-down - Cohérence centrale
  35. 35. ConclusionMise en évidence de dysfonctionnements cérébraux en lien avec les particularités sensorielles dans l’autisme Perception particulière de l’environnement Réponses comportementales particulières
  36. 36. Collaborations • INSERM U930 équipe 1 • Autism Research Centre - UKCentre Universitaire de Pédopsychiatrie F.Bonnet-Brilhault F.Bonnet- S. Baron-Cohen Baron- • INSERM U1028 P. Fonlupt M.H. Giard • INCM – CNRS - DePhy B. Wicker Financements

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