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Géopolitique & entreprises n°4

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Sommaire :
L’Europe contre le dumping social et fiscal ? Par David Simonnet.
École de guerre économique : ils s’instruisent pour vaincre. Entretien avec Christian Harbulot.
Guerre économique : qui est l’ennemi? Entretien avec Bernard Esambert.

Published in: Economy & Finance
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Géopolitique & entreprises n°4

  1. 1. CONFLITS 69 Alors que la directive adoptée en 1996, afin d’encadrer le détachement des travailleurs, qui est l’un des aspects de la libre prestation des services au sein de l’Union, est devenue une source croissante de dumping social, sa réforme est désormais un enjeu géopolitique qui pourrait redessiner les contours de l’Europe. Quand les enjeux géopolitiques sont au cœur des enjeux d’entreprise et réciproquement. Par david Simonnet F in août 2017, le président français EmmanuelMacronarencontréàSalz- bourglesdirigeantsdespaysmembres du groupement informel de coopération régio- nale créé en 2015 et connu sous l’appellation «Triangle d’Austerlitz», soit l’Autriche, la Répu- blique tchèque et la Slovaquie. Puis il s’est rendu en Roumanie et en Bulgarie. L’enjeu? Une révision de la directive de 1996 sur le tra- vail détaché dont le chef de l’État a déclaré qu’elleétait«unetrahisondel’espriteuropéen dans ses fondamentaux». Avec les élargisse- ments à l’Est de 2004 et 2007,le nombre de travailleursdétachésestpasséde600000en 2007 à 1,9million en 2014 (200000 per- sonnesestiméesenFrance).Letravailleurdéta- ché est devenu l’enfant illégitime de la concurrence;cettepossibilitéavaitcontribuéà convaincreunemajoritédeFrançais(54,96%) de voter contre la ratification du traité établis- sant une constitution pour l’Europe. SilaCommission,présidéeparJean-Claude Juncker,a proposé une réforme de la directive de 1996 en limitant la mission à l’étranger à 24 mois, Emmanuel Macron souhaite que ce délai soit ramené à 12 mois. En ne rencontrant pas les dirigeants de la Pologne et de la Hongrie,le président français tentededéstabiliserl’alliancedeVisegrad,née delarencontreen1991duprésidentpolonais Lech Walesa, de son homologue tchécoslo- vaqueVaclav Havel et du Premier ministre hon- grois Jozsef Antall, dans le château royal où en 1335 les rois de Hongrie, de Bohême et Pologne scellèrent une alliance. Depuis la dis- solution de la Tchécoslovaquie en 1993, le groupedeVisegradcomprendquatremembres et est baptiséVisegrad 4,ouV4. Afin d’isoler la Pologne et la Hongrie,Emma- nuel Macron n’a pas hésité à faire un pas vers unélargissementdel’espaceSchengenrénové à la Roumanie et à la Bulgarie.En contrepoint, Varsovieaétélaseulecapitaleeuropéenneoù leprésidentDonaldTrumps’estrendule6juillet dernier sur le chemin de Hambourg (Alle- magne),ausommetduG20.Lechoixd’unaxe franco-allemandpostBrexitpourlareconstruc- tiondel’UnionEuropéennepasseaussiparune redéfinitiondesliensaveclespaysquil’ontinté- gréen2004et2007.Laréformedeladirective sur le travail détaché est autant un enjeu pour les artisans et les PME françaises que pour le renforcement de l’Europe de l’intérieur, alors qu’elle doit faire face à des défis nombreux à l’extérieur:retrouverlechemindesapuissance entrelesÉtats-UnisdeTrumpetlatentationchi- noise d’une grande zone économique eurasia- tique; contrôler les flux migratoires; pacifier le pourtour de la Méditerranée… Le principe de la libre concurrence exacerbé parcertainesdécisionsdesCommissaireseuro- péens à la concurrence et de la fameuse DG Concurrence s’est parfois opposé aux intérêts industrielsdespaysmembresetaprovoquéune pertedesouverainetédansdesdomainesstra- tégiques (par exemple la fusion Pechiney-Alu- suisse-Alcan,queBruxellesainterditen2001). Assiste-t-on à une évolution? Historiquement appliqué par des juristes,le droit de la concur- renceaccorde,depuiscesdernièresannées,un rôlecroissantàl’analyseéconomique.Lesdéci- sionslesplusrécentesdelaCommissiondéfen- dent davantage les intérêts européens par rapport aux multinationales qui pratiquent de leurcôtéledumpingfiscal.AinsilaCommission européennedécidait-elleilyaunandedeman- deràAppleleversementaufiscirlandaisde13 milliards d’euros. Elle lui reprochait des «avan- tages fiscaux indus» négociés en Irlande,pays oùsontbaséesdeuxdesesfiliales(AppleOpe-oùsontbaséesdeuxdesesfiliales(AppleOpe-oùsontbaséesdeuxdesesfiliales( rations Europe et Apple Sales International). Faceàdetelsenjeuxetdansuneperspective élargie de réflexion sur les rapports de force à l’œuvre dans la guerre économique, les inter- viewsdeChristianHarbulot,quiafondéetdirige l’École de Guerre économique, ainsi que du «père» du concept de guerre économique en France, Bernard Esambert sont stimulantes. Pour le premier «déconnectée des réalités et empêtrée dans ses tabous moraux, la France apparaîtcommel’undespayslesplusincohé- rents du monde.» Pour le second, «la guerre économique est une évidence, même si nos contemporainsn’ontaucuneidéedelaférocité de cette guerre,intense et permanente». Bonnes lectures! L’Europe contre le dumping social et fiscal ? GÉOPOLITIQUE ET ENTREPRISES david simonnet est PDG du groupe industriel Axyntis qu’il a créé en 2007. Diplômé de l’Essec (1993), il a poursuivi ses études en histoire (Paris IV), en droit (DEA, Paris XIII) et en économie (DEA, Paris Dauphine) et enseigne à Paris I Panthéon-Sorbonne la création et la gestion d’entreprise, après avoir enseigné en classes préparatoires ECS dès 1991. En 2016, il a publié Les 100 mots de l’entreprise dans la collection «Que sais-je?» aux PUF. Il est membre du jury du prix Anteios du livre de géopolitique, de l’Institut de l’Entreprise, vice-président de Polepharma, administrateur de Paris Région Entreprises et d’Essec alumni. ©ArnaudCalaisPhotographie
  2. 2. 70 CONFLITS GÉOPOLITIQUE ET ENTREPRISES / EnTRETiEn AVEC ChRiSTiAn hARBULoT Pourquoi une école de guerre économique ? Dès l’origine, nous nous sommes aper- çus que le monde académique se refusait à travailler sur la notion de rapports de force. Le phénomène de la concurrence n’est qu’un aspect parmi d’autres des rap- ports de force auxquels sont confrontées les entreprises. En outre, les modèles de concurrence ne sont pas homogènes, le modèlechinoisétantparexempletrèsdif- férent du modèle américain. Nous avons élargi notre spectre d’études aux problé- matiques d’État, qui utilisent l’économie pour leurs stratégies de puissance, mais aussi aux mutations à l’œuvre au sein de la société civile, puisque désormais, de nombreux acteurs émanant de cette sphèreinterfèrentdirectementdanslavie des entreprises.C’est justement pour étu- dier le surgissement polymorphe de ces rapports de force dans l’aire économique et leurs conséquences pratiques sur la vie de nos sociétés que l’École de guerre éco- nomique a été créée. Lesgrandsgroupesfrançaisconfrontés aux chocs de la mondialisation savent bien qu’il ne suffit pas d’être innovant, puissant financièrement ou de multiplier les fusions-acquisitions pour gagner. Il faut avant tout définir une stratégie de puissance, reposant sur l’intégration du jeuinformationnelauseindel’entreprise pour optimiser ses atouts et anticiper les coups à jouer. Dans ce contexte, la connaissance et la maîtrisedel’environnementinformation- nelserévèlentêtreessentiels.Parexemple, la montée en puissance dans la sphère médiatique de nouvelles règles morales – ouprétenduestelles–qui,deprimeabord, paraissentaberrantesauxdirigeants,peut affectertrèsvitelaréputationd’uneentre- prise, si cette dernière reste focalisée sur son seul cœur de métier, sans prendre en compte les mutations à l’œuvre dans son écosystème.De même,que peut faire une seule personne en charge de la veille dans l’entreprisesifaceàelle,ilyauneoffensive informationnellemûrementpréparéepar des combattants de l’ombre rompus à ces méthodes? Les dégâts vont être considé- rables – voire mortels – sur le plan de l’image,affectantdemanièreconséquente le goodwill – le patrimoine immatériel – de l’entreprise,donc son capital financier. C’est dans ce contexte de guerre écono- mique que nous formons nos étudiants depuis maintenant vingt ans. D’autant qu’aujourd’hui,avec le soutien actif et les solides moyens du groupe espagnol Pla- neta – l’un des leaders mondiaux de la presse–nousallonspouvoirdèslarentrée de septembre démultiplier nos actions et enseigner notre savoir-faire sur de nou- veaux théâtres d’opérations extérieures économiques. Pourquoi insister sur les rapports de force dans la guerre économique ? L’étude attentive de l’histoire est riche d’enseignements pour qui sait déchiffrer les arcanes de la vie des empires. En effet, unempireaundéveloppementcroissantà partirdumomentoùilparvientàunéqui- libre entre des logiques politiques, mili- taires,marchandeset/ouéconomiques.La cohérence est alors la clé du succès. En revanche,lorsqu’ilcommenceàsemontrer incohérent dans ces domaines,il s’affaiblit jusqu’à courir à sa perte. C’est probablement l’une des grandes erreurs de la science politique dans notre pays que de n’avoir pas utilisé la grille de décryptage cohérence/incohérence pour saisir la nature des mutations à l’œuvre dans le réel. Regardez l’empire américain, quiaconnusapremièregrandedéfaiteavec leVietnam:onobservelàuneincohérence flagranteentrelavolontéaffichéeetleplan informationnel. Depuis, les États-Unis n’ont cessé de générer des incohérences. Actuellement,laChineleurapparaîttoutà L’École de guerre économique (EGE) vient de fêter en juin dernier ses vingt ans d’existence,en un lieu symbolique : l’École militaire,en plein cœur de Paris.Fin décrypteur des défis géopolitiques et géoéconomiques,son fondateur et directeur,Christian Harbulot,pointe l’urgence qu’il y a pour la France d’en finir avec les lubies idéologiques pour renouer enfin avec le réel et retrouver une logique de puissance. École de guerre économique : ils s’instruisent pour vaincre Créateur du concept d’intelligence économique en France, Christian Harbulot est reconnu comme l’un des meilleurs théoriciens de cette discipline à l’in- ternational. En 1997, constatant le déficit des en- treprises françaises en matière de management of- fensif de l’information, il crée l’École de guerre éco- nomique. Depuis, dans ses ouvrages, il dissèque les problématiques d’affrontements économiques et les stratégies de puissance qui s’y rattachent.
  3. 3. CONFLITS 71 la fois comme une menace globale en mêmetempsqu’unpartenairefinancieret commercial.La Russie constitue pour eux, elle aussi, une menace globale mais aussi un partenaire incontournable sur des dos- siersgéopolitiquesultra-sensibles,comme leMoyen-Orient.Onpeutainsidéclinerad libitumlesexemplesd’incohérencedansla géopolitique des États-Unis. Comprendrel’évolutiondesrapportsde force exige de disséquer avec soin la trian- gulationcombat/puissance/résilience,qui permet de suivre les logiques complexes à l’œuvre dans les rapports entre acteurs privés et pouvoir politique. On évolue là dans le monde réel,dont on ne peut com- prendreréellementlesfracturesetlesdéfis avec les seuls outils d’analyse enseignés dans l’univers feutré et conformiste de la science politique. Confrontés à la guerre économique, nous ne pourrons dévelop- per une approche efficiente des réalités sans la grille de lecture cohérence/incohé- rence qu’induit une lecture intelligente et lucide des rapports de force. À cet égard, malheureusement, décon- nectée des réalités et empêtrée dans ses tabousmoraux,laFranceapparaîtcomme l’un des pays les plus incohérents du monde. Il est donc urgent de faire preuve tout à la fois de réalisme et de courage,de réapprendre à penser sur le long terme et «horsdesclous»,surunmodestratégique, donc cohérent.Autrement dit de changer au plus tôt de paradigme. Sommes-nous prêts,nousautresFrançais,àaccomplirici et maintenant un tel saut ?… aujourd’hui,pour vous,qui est l’ennemi dans la guerre économique ? Au-delà des analyses classiques menées sur le poids de l’État qui, en France, para- lyse les énergies et décourage la floraison desinitiatives,jediraiquenotreprincipal ennemi, c’est d’abord nous. Nous sommesavanttoutvictimesd’unressenti idéologique, victimes de nos propres blo- cages mentaux, de schémas intellectuels totalement obsolètes (comme la lutte des classes…), d’idéaux en rupture complète aveclequotidiendelaplanète.Etquedire de notre obsession pour l’égalité – vœu pieux ou plutôt chimère qui pervertit notreperceptionduréel…Ceconceptfut certes un élément-clé de la guerre infor- mationnellemenéeàl’échelleeuropéenne à la jointure des XVIIIe et XIXe siècles, pour casser l’encerclement de notre pays.Mais nous en payons aujourd’hui le prix.D’au- tant que la France n’a pas vraiment res- pecté ce concept d’égalité en dehors des limites de l’Hexagone… L’égalité est une vuedel’esprit.Pourpreuve,aucunrégime au monde n’a réussi à inscrire l’égalité dans le quotidien de ses habitants. Aussi peut-être serait-il judicieux de lui substi- tuer le concept d’équité, plus en phase avec les réalités du monde. Envérité,nosconcurrentsounosadver- saires sont d’abord forts de nos propres faiblesses,enpremierlieudenotrepercep- tion du monde, irénique et moralisatrice àsouhait,aussiprétentieusequ’inefficace. Le blocage mental s’adosse ici à une immense hypocrisie. On a d’ailleurs tort de sous-estimer – voire de carrément négliger – le rôle des idées, et donc des représentations, dans la guerre écono- mique.Regardez le jeu des ONG qui bou- leverse la donne de fond en comble sur le terrainéconomique,parexempleens’éri- geantenthuriférairesdelacauseanimale. Cette déconnexion – voire cette négation pure et simple – du réel, en jouant sur le registre des perceptions, des émotions et des images, a des effets directs et bien concrets sur le devenir des entreprises.Le paradoxe est que ces doctrines prétendu- menthumanistesaboutissentinfineàdés- humaniser chaque jour davantage notre monde,encoupantl’hommeduréeleten l’enfermantdansdefumeusesreprésenta- tions mentales. Ce sont ces méthodes et ces logiques que doivent apprendre à connaître et à combattre les entreprises si elles veulent remporter avec succès les défis écono- miquesprésentsetàvenir.Loindesseules approches technicistes,financières,quan- titatives et matérielles, la guerre écono- mique à l’échelle mondiale exige d’intégrer les paramètres du combat cog- nitif et informationnel. w POuR en SaVOiR PLuS : eGe.fR Les derniers livres de Christian Harbulot Le Nationalisme économique américain VAVAV Éditions, 2017 Fabricants d’intox. La guerre mondialisée des propagandes Lemieux éditeur, 2016 Manuel d’intelligence économique PuF,F,F 2015) Christian Harbulot et David Simonnet : loin des seules approches technicistes, financières, quantitatives et matérielles, la guerre économique à l’échelle mondiale exige d’intégrer les paramètres du combat cognitif et informationnel.
  4. 4. 72 CONFLITS GÉOPOLITIQUE ET ENTREPRISE est, qu’au-delà de la volonté affichée du chef de l’État de promouvoir l’entreprise, on rencontre en réalité peu de conseillers qui aient une connaissance réelle de son quotidien. Bien sûr, certains ont fait des allers-retours dans des grands groupes. Maisquesavent-ilsdelaguerrequelivrent au jour le jour les patrons d’ETI ou de PME? Or que cela plaise ou non, ce sont les entreprises qui font vivre un pays. Aussi,neserait-ilpastempsqu’ungouver- nement «de salut public»,regroupant les réformateurs de tous les bords, permette à la France – par voie d’ordonnances notamment–deseremettreàniveaudans lacompétitionmondiale?C’estd’ailleurs l’idée que j’avais développée dans mon dernier livre [ndlr: Une Vie d’influence, Flammarion, 2013, prix Saint Simon] en appelant de mes vœux un gouvernement de transversalité. Rien ne se fera sans le retour d’une pensée stratégique digne de ce nom, éta- blie sur le long terme. Comment voyez-vous s’articuler les rapports entre géopolitique et géoéconomie ? Les deux disciplines ont bien des points encommunmêmesiellesneserecoupent pasexactement.Ainsi,certainesnationsqui n’ont pas (ou plus) de rayonnement géo- politiquepeuventexercerunpoidstrèsfort danslagéoéconomie.CefutlecasduJapon il y a vingt ans. En revanche, la Chine d’aujourd’hui incarne la preuve qu’il peut exister une osmoseentregéopolitiqueetgéoéconomie. Je suis intervenu à plusieurs reprises en Chinedanslecadredeconférences,tantles Chinois sont intéressés par le concept de gaullo-pompidolisme en matière indus- trielle. Quand on observe le pilotage des manettes (fiscalité, crédit, etc.) de l’écono- mie chinoise actuelle, on a l’impression d’un pays dirigé par un groupe d’ingé- nieurs,quiorchestreletoutavecautoritéet brio.Plusefficacemententoutcasquedans une quelconque économie libérale…w Groupe axyntis - 45 rue de Pommard - 75012 Paris www.axyntis.com - tél : +33 (0)1 44 06 77 00 géopolitique.entreprises@axyntis.com Vous avez lancé en 1970 le concept de guerre économique,uneréalitéalorsdifficileàadmettre. qu’en est-il aujourd’hui ? En1970,beaucoupd’économistesm’ont voué aux gémonies pour avoir établi ce parallèleentreguerreetguerreéconomique. Aujourd’hui, cette réalité est impossible à nier! La guerre économique est une évi- dence, même si nos contemporains n’ont aucune idée de la férocité de cette guerre, intense et permanente: millions de chô- meurs qui sombrent pour certains dans le suicide ou la dépression, régions entières plongées dans la pauvreté,branches d’acti- vité disparaissant purement et simplement… Tout cela a un coûtcolossal,financierbiensûr mais aussi et surtout humain, affectant la nature et le devenir mêmedenossociétés. Pour bien saisir en quoi la guerre économique est une cruelleréalité,ilfautsesouvenir comment sont nées les PME allemandesdansl’immédiateaprès-guerre. C’estlamontéeenpuissancedesjeuneslieu- tenants démobilisés de l’armée allemande qui a constitué l’ossature de l’industrie renaissante. Et ce, à partir du tas de ruines géantqu’étaitl’Allemagne de 1945. aujourd’hui,pour vous qui est l’ennemi ? Enpremierlieu,c’estl’État,quiempêche les entreprises présentes sur son territoire de relever correctement les vrais défis, de créer de l’emploi et de la richesse,donc de gagner la guerre économique.L’entreprise voit le concurrent comme l’ennemi. Mais àl’échelledelanation,c’estbeletbienl’État quiestencause,paralysantouentravantles forces, multipliant les obligations et les poids au lieu de favoriser la floraison des énergies.Sous les présidences de Gaulle et surtoutPompidou,outreuncontextefavo- rable, les entreprises, essentiellement les PME, étaient portées et même dopées par le discours du chef del’État.Cesprésidents–vérita- bles chefs d’état-major dans la guerreéconomique–recevaient à leur table les patrons de PME, ce qui leur permettait de pren- drelepoulsdupays.Recherche- développement, innovation, rayonnementàl’international… les mesures techniques étaient simultané- ment appuyées par un discours positif et crédible parce qu’en lien avec les réalités. Aujourd’hui, on a l’opportunité, pour lapremièrefoisdepuis50ans,derattraper le terrain et le temps perdus.Le problème Guerre économique: qui est l’ennemi? EXPLORE LE CHAMP DES RAPPORTS ENTRE LA GÉOPOLITIQUE ET LES ENTREPRISES David Simonnet et Bernard Esambert. Polytechnicien, ingénieur du corps des mines, Bernard Esambert fut le conseiller industriel et scientifique de Georges Pompidou à la Présidence de la République et, à ce titre, l’un des inspirateurs de notre puissance industrielle il y a 50 ans et le créateur du concept de guerre économique. Il a ensuite été – entre autres – directeur du Crédit Lyonnais, vice-président du groupe Bolloré et du conseil de surveillance de Lagardère groupe, président de l’École polytechnique, de l’Institut Pasteur… Un beau parcours pour celui qui se définit avec humilité comme un «poulbot de la République»! GÉOPOLITIQUE ET ENTREPRISES / EnTRETiEn AVEC BERnARD ESAmBERT

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