UNIVERSITE PARIS 7 - DIDEROT                          UFR LinguistiqueThèse de Doctorat en Linguistique Théorique, Descrip...
A la mémoire de mon père              A ma mère                       2
J’ai un mot à dire…     On dit chez moi (au Maroc) : « lli 3ellm-ek melk-ek » (à celui qui t’as enseignéquelque chose, tu ...
Notationsq : occlusive uvulaire.? : occlusive glottale.T : occlusive dentale emphatique sourde.D : occlusive dentale empha...
Table des matièresJ’ai un mot à dire… .......................................................................................
3.2. Un morphème du réflexif et des formes non-réflexives ..................................... 75      3.2.1. Le réciproq...
3.2. Une structure du causatif qui n’engendre pas un causatif................................. 151      3.2.1. Quand « fai...
3.2.2. Quand un événement est entre soi et soi-même ......................................... 2364. Conclusion ..............
INTRODUCTION                                                               INTRODUCTION      L’objectif essentiel de cette...
a. le nombre de ces formes verbales, à savoir pourquoi 10 formes (ou quinze si        on compte les formes tombées en désu...
Pour mieux cerner cette caractéristique qui différencie les verbes de l’arabeclassique des verbes d’une langue comme le fr...
En arabe classique, le réflexif est rendu par l’infixation d’un morphème « t ».Pour avoir le réflexif du verbe « Rasal » (...
les autres), on emploie le verbe « discuter ». Toutefois, on trouve quelques verbes impliquant une action réciproque, et q...
Le tableau1 suivant récapitule les dix formes verbales de l’arabe classique : 2(9)          Forme I :             fa3al   ...
Nous n’examinerons que les formes les plus usuelles voire les formes de I àX. Les formes de X à XV (tombées en désuétude) ...
(13)    f      3 l                         CV(CV)CVCV                        a        Ainsi, ce qui fait la différenc...
d’association des éléments à un même gabarit, on ignore la raison pour laquelle untel ou tel mode d’association a été adop...
constituent ce qu’on appelle le petit gabarit ou le gabarit de base et que l’on retrouve dans la forme I. De la sorte, le ...
Effectivement, avec la théorie de la morphologie distribuée5 et les analysesqui s’en sont inspirées6, ce qui faisait l’obj...
même, à savoir que les mots sont analysables en syntaxe. A partir de ce moment, nous soumettons le mot à la même analyse q...
(14)    katab            kitaab             kaatib        (Écrire)         (Livre)            (Écrivain)         maktab   ...
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Les informations sémantiques dont dispose la racine peuvent être soit confirméeset agencées par la projection sélectionnan...
responsables de la détermination du thêta rôle- du verbe sont contenues dans cette dernière. Chaque racine dénote une acti...
causatif, un autre pour l’intensif, un autre pour le réflexif et un quatrième pour leréciproque. Cela aurait donné à cette...
structure syntaxique. Toutefois, tout dépend de l’angle sous lequel on envisaged’aborder la question. Le point de départ d...
- Chapitre 9 : Forme VII ;      - Chapitre 10 : Forme IX.         La forme IX est étudiée en dernier lieu car, comme on le...
b. discerner, justement, la source de ces interprétations sémantiques       différentes.       Nous saurons, ainsi, commen...
sélectionnent, nous exposerons les différentes étapes que franchit une forme verbale pour son exécution. Il s’agira des mo...
de les mettre dans des phrases, aussi simples que possible. Ce que nous considérerons comme l’emploi canonique d’une forme...
9.1. Quelques notions de phonologie9.1.1. L’hypothèse « CVCV »         Le cadre de la phonologie du gouvernement adopte l’...
L’hypothèse CVCV permet, entre autres, d’unifier la représentation desverbes appartenant à un même paradigme. Soit les qua...
(21)       a.    CVCVCV                 b. * C V C V C V                | |  / |                   | |  /                m...
9.1.5. Système vocalique de l’arabe classique       Le système vocalique de l’arabe classique est constitué de trois voyel...
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Ainsi, les Anaphores sont soumises à une coréférence obligatoire dans undomaine syntaxique défini appelé Catégorie gouvern...
placer la première tête X à gauche de la deuxième tête Y ; dans la position initialede X reste une trace de ce dernier, no...
CHAPITRE 1                                             ANALYSE DE LA FORME I « fa3al »1.    Introduction         La forme ...
celle-ci et ne fait que donner une projection verbale, lui permettant ainsi de se réaliser comme verbe et de répartir ses ...
du départ de la dérivation est « a__ø» (katøb) et non pas « a_a » (katab). La chose aété établie par Guerssel et Lowenstam...
sujet ; la différence entre les verbes en « i » et les verbes en « u » est que les premiers affectent le sujet temporairem...
Ce contenu sémantique se reflète dans la structure de la racine voire de √P.En effet, selon le nombre des arguments que re...
Une racine telle que √xrj dont la matrice est :(27)             √xrj                 Sortir                  Action       ...
Le seul argument que détient cette racine a le rôle thématique « Patient » etil occupe donc la position Complément de √P. ...
Considérer que la racine √ksr ne contient dans sa grille thématique que l’argument « Patient » et que l’argument « Agent »...
verbe sous forme de radical pour les langues romanes et sous forme de racine pourles langues sémitiques.       Avec l’hypo...
Les 10 formes du verbe
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Les 10 formes du verbe

  1. 1. UNIVERSITE PARIS 7 - DIDEROT UFR LinguistiqueThèse de Doctorat en Linguistique Théorique, Descriptive et Automatique Présentée par Nor elhouda ARBAOUI LES DIX FORMES DE L’ARABE CLASSIQUE A L’INTERFACE SYNTAXE / PNONOLOGIE -POUR UNE DECONSTRUCTION DU GABARIT- Dirigée par Jean LOWENSTAMM Soutenue le 07 décembre 2010Membres du jurySabrina BENDJABALLAH Université Paris 7_CNRSAli IDRISSI Université Emirats Arabes Unis (pré-rapporteur)Alain KIHM Université Paris 7_CNRSJean LOWENSTAMM Université Paris 7-CNRS (directeur)Jamal OUHALLA Université Dublin (pré-rapporteur)
  2. 2. A la mémoire de mon père A ma mère 2
  3. 3. J’ai un mot à dire… On dit chez moi (au Maroc) : « lli 3ellm-ek melk-ek » (à celui qui t’as enseignéquelque chose, tu seras redevable toute la vie). Il me faudra au moins sept viespour m’acquitter de ma dette envers mon directeur de recherche. Jean Lowenstamm m’a initiée à la recherche et m’a transmis la passiond’interroger les données et d’observer les mots sans relâche, jusqu’à ce qu’ilsrévèlent leur secrets. Quand vous travaillez avec quelqu’un qui a l’esprit ouvert etqui est toujours en quête de nouvelles découvertes, vous apprenez àdébroussailler votre propre chemin et à ne pas toujours suivre les sentiers battus.Certes l’aventure est périlleuse car on ne sait jamais ce qu’on va trouver, et surtout,si on va trouver quelques chose, mais la joie de voir à la fin ce qu’on a pu accomplir,nous fait oublier les tourments du voyage. Rien de ce que je pourrais dire, ne saurait exprimer combien je suis redevableà Jean Lowenstamm pour m’avoir accompagné tout au long de cette aventure, qui aété interminable, parce que j’avais commencé par travailler sur la morpho-phonologie du berbère, puis sur le pluriel de l’arabe classique et après sur lesparticipes de l’arabe classique. J’ai mis du temps avant de trouver ma voie, etaujourd’hui, je suis enchantée de voir que le travail que j’ai achevé, porte sur lesformes verbales de l’arabe classique. A vrai dire, la première fois que j’ai assisté auséminaire de Jean Lowenstamm, où il parlait de sa théorie élaborée avec Guersselsur le gabarit, j’ai été tout de suite fascinée. Ma joie est immense d’avoir puaccomplir un travail qui complète cette théorie, mais surtout, de l’avoir fait encollaboration avec l’un de ses fondateurs même. Je voudrais remercier jean Lowenstamm, aussi, pour ces qualités humaines,car non seulement il s’est occupé de ma formation scientifique, mais il m’abeaucoup soutenue dans les démarches administratives qui encombrent l’étudiantétranger en France. Pour tout cela, je lui dis un grand MERCI et je réserve lapremière page de cette thèse pour lui exprimer ma plus grande reconnaissance etmon plus grand respect. 3
  4. 4. Notationsq : occlusive uvulaire.? : occlusive glottale.T : occlusive dentale emphatique sourde.D : occlusive dentale emphatique sonore.θ : fricative dentale sourde.S : fricative alvéolaire emphatique.š : fricative post-alvéolaire sourde.j : fricative post-alvéolaire sonore.x : fricative vélaire sourdeH : fricative pharyngale sourde.3 : fricative pharyngale sonore. 4
  5. 5. Table des matièresJ’ai un mot à dire… .......................................................................................................... 3Notations ........................................................................................................................... 4INTRODUCTION ............................................................................................................. 91. Les dix formes verbales : En quoi consistent-elles ? ................................................. 102. Les dix formes verbales : comment sont-elles formées ? .......................................... 133. La déconstruction du gabarit ...................................................................................... 164. La forme verbale : une affaire de syntaxe .................................................................. 185. La Racine : pour un rôle prépondérant ...................................................................... 206. Une organisation commandée non recommandée ..................................................... 247. Un lecteur avisé en vaut dix ....................................................................................... 278. Le label des formes verbales examinées .................................................................... 299. Un peu de théorie pour faciliter la lecture ................................................................. 30 9.1. Quelques notions de phonologie ......................................................................... 31 9.1.1. L’hypothèse « CVCV » ............................................................................... 31 9.1.2. Principe du Gouvernement Propre............................................................... 32 9.1.3. Principe du Contour Obligatoire .................................................................. 33 9.1.4. L’apophonie ................................................................................................. 33 9.1.5. Système vocalique de l’arabe classique ....................................................... 34 9.2. Quelques notions de syntaxe............................................................................... 34 9.2.1. La Théorie X-barre ...................................................................................... 34 9.2.2. La Thêta-Théorie ......................................................................................... 35 9.2.3. La Théorie du Liage ..................................................................................... 35 9.2.4. Une syntaxe simple pour une morphologie complexe ................................. 36CHAPITRE 1ANALYSE DE LA FORME I « fa3al » ........................................................................... 381. Introduction ................................................................................................................ 382. Que peut-on dire sur la voyelle lexicale ? .................................................................. 393. Que représente réellement la racine ? ........................................................................ 414. Que contient le domaine VP ? ................................................................................... 455. À propos de la voix active ......................................................................................... 486. À propos de la voix passive ....................................................................................... 497. Comment obtient-on une forme I ? ............................................................................ 538. Conclusion ................................................................................................................. 58CHAPITRE 2ANALYSE DE LA FORME VIII « fta3al » .................................................................... 601. Introduction ................................................................................................................ 602. Quel gabarit pour la forme VIII ? .............................................................................. 613. À la recherche de la structure syntaxique de la forme VIII ....................................... 62 3.1. Le réflexif, point de départ de l’analyse de la forme VIII .................................. 63 3.1.1. Le morphème « t », quel statut et quelle place ?.......................................... 65 3.1.2. Comment le morphème « t » s’est-il retrouvé en position infixale ? ........... 72 5
  6. 6. 3.2. Un morphème du réflexif et des formes non-réflexives ..................................... 75 3.2.1. Le réciproque, un réflexif avec un plus ....................................................... 76 3.2.2. Le passif, un réflexif avec un moins ............................................................ 794. Conclusion ................................................................................................................. 83CHAPITRE 3ANALYSE DE LA FORME II « fa33al » ....................................................................... 841. Introduction ................................................................................................................ 842. Quel gabarit pour la forme II ? .................................................................................. 863. À la recherche de la structure syntaxique de la forme II ........................................... 86 3.1. Le causatif, point de départ pour l’analyse de la forme II .................................. 87 3.1.1. L’entrée en scène d’une nouvelle projection : vP ........................................ 88 3.1.2. Comment produire une forme qui gémine la deuxième consonne de la racine ? .................................................................................................................... 94 3.2. Intensif et causatif, deux réalités grammaticales distinctes sous le même habit prosodique................................................................................................................... 99 3.2.1. L’intensif, une dégénérescence de la structure du causatif ........................ 100 3.2.2. Une même structure, une même forme, un même processus..................... 105 3.3. Structure du causatif sans causatif .................................................................... 107 3.3.1. Quand ‘faire’ devient ‘estimer’.................................................................. 108 3.3.2. Du nom au verbe ........................................................................................ 1104. Conclusion ............................................................................................................... 116CHAPITRE 4ANALYSE DE LA FORME V « ta-fa33al » ................................................................ 1171. Introduction .............................................................................................................. 1172. Quel gabarit pour la forme V ? ................................................................................ 1183. À la recherche de la structure syntaxique de la forme V ......................................... 120 3.1. Une forme à double face : causatif et réflexif ................................................... 120 3.1.1. Une structure pour abriter deux emplois.................................................... 121 3.1.2. Comment obtient-on une forme V ............................................................. 125 3.2. Une structure de causatif et des emplois non-causatifs .................................... 129 3.2.1. D’où vient l’intensif et où est passé le réflexif ? ...................................... 130 3.2.2. Un faux causatif combiné à un réflexif...................................................... 133 3.2.3. Du nom au verbe ........................................................................................ 1354. Conclusion ............................................................................................................... 137CHAPITRE 5ANALYSE DE LA FORME IV « ?af3al » .................................................................. 1381. Introduction .............................................................................................................. 1382. Quel gabarit pour la forme IV ? ............................................................................... 1403. A la recherche de la structure syntaxique d’une forme IV ...................................... 141 3.1. Le causatif : point de départ pour l’analyse d’une forme IV ............................ 141 3.1.1. Quelle structure pour la forme IV causative ? ........................................... 143 3.1.2. Comment générer une forme IV, à partir d’une structure qui produit une forme II ................................................................................................................. 146 6
  7. 7. 3.2. Une structure du causatif qui n’engendre pas un causatif................................. 151 3.2.1. Quand « faire » laisse place à « estimer ».................................................. 152 3.2.2. Un verbe à partir d’un nom ........................................................................ 154 3.2.3. Une racine qui dénote un état et une forme IV qui indique une action ..... 156 3.2.4. Une racine qui dénote une action et une forme IV qui indique l’état : ...... 1614. Conclusion ............................................................................................................... 164CHAPITRE 6ANALYSE DE LA FORME X « staf3al » ..................................................................... 1661. Introduction .............................................................................................................. 1662. Quel gabarit pour la forme X ? ................................................................................ 1673. À la recherche de la structure syntaxique de la forme X ......................................... 168 3.1. Une forme à double face ................................................................................... 169 3.1.1. Une structure où coexistent causatif et réflexif ......................................... 170 3.1.2. Comment obtient-on la forme X ? ............................................................. 172 3.2. Une structure du causatif, un morphème du réflexif et des formes qui ne véhiculent ni l’un ni l’autre....................................................................................... 176 3.2.1. Quand « faire »+« se » donne « estimer » ................................................ 177 3.2.2. Quand « faire »+« se » permet de « s’approprier un état »........................ 182 3.2.3. Quand « faire »+« se » permet d’exprimer « une requête » ...................... 184 3.2.4. Du nom au verbe ........................................................................................ 1874. Conclusion ............................................................................................................... 188CHAPITRE 7ANALYSE DE LA FORME III « faa3al » .................................................................... 1901. Introduction .............................................................................................................. 1902. Quel gabarit pour la forme III ? ............................................................................... 1913. À la recherche de la structure syntaxique de la forme III ....................................... 192 3.1. Le réciproque, point de départ pour l’analyse d’une forme III ......................... 193 3.1.1. Comment faire participer l’Objet à l’action du verbe ? ............................. 195 3.1.2. Comment obtient-on une forme III ? ......................................................... 206 3.2. Emplois non-réciproques de la forme III .......................................................... 210 3.2.1. De l’état à l’action...................................................................................... 211 3.2.2. Du nom au verbe ...................................................................................... 2144. Conclusion ............................................................................................................... 218CHAPITRE 8ANALYSE DE LA FORME VI « ta-faa3al »................................................................ 2191. Introduction .............................................................................................................. 2192. Quel gabarit pour la forme VI ? ............................................................................... 2203. À la recherche de la structure syntaxique de la forme VI ........................................ 222 3.1. Le réciproque, point de départ pour l’analyse de la forme VI .......................... 222 3.1.1. Une structure où coexistent réciproque et réflexif ..................................... 224 3.1.2. Comment produit-on une forme doublement composée ? ......................... 230 3.2. Pourquoi une structure du réciproque ne produit-elle pas un réciproque ? ...... 233 3.2.1. De la coexistence à l’exclusion .................................................................. 233 7
  8. 8. 3.2.2. Quand un événement est entre soi et soi-même ......................................... 2364. Conclusion ............................................................................................................... 240CHAPITRE 9ANALYSE DE LA FORME VII « nfa3al » ................................................................... 2421. Introduction .............................................................................................................. 2422. Quel gabarit pour la forme VII ?.............................................................................. 2443. À la recherche de la structure syntaxique de la forme VII ...................................... 246 3.1. Une forme VII, pourquoi faire ? ....................................................................... 247 3.2. Comment réalise-t-on une forme VII ? ............................................................. 258 3.3. Cas particuliers de la forme VII ........................................................................ 261 3.3.1. La forme VII peut-elle apporter un verbe supplémentaire ? ...................... 262 3.3.2. Peut-il y avoir une relation entre une forme VII et une forme IV ? .......... 2644. Conclusion ............................................................................................................... 274CHAPITRE 10ANALYSE DE LA FORME IX « f3all »........................................................................ 2751. Introduction .............................................................................................................. 2752. Quel gabarit pour la forme IX ? ............................................................................... 2763. À la recherche de la structure syntaxique de la forme IX ........................................ 277 3.1. La forme IX et la racine indiquant une couleur ................................................ 278 3.1.1. De quelle nature est la relation entre la forme IX et l’adjectif ? ................ 279 3.1.2. Comment obtient-on une forme IX ? ......................................................... 282 3.2. La forme IX et la racine indiquant un défaut .................................................... 2854. Conclusion ............................................................................................................... 288CONCLUSION .............................................................................................................. 289BIBLIOGRAPHIE…………………………………………………………………….296 8
  9. 9. INTRODUCTION INTRODUCTION L’objectif essentiel de cette thèse est de comprendre les mécanismes quirégissent la structuration des dix formes verbales de l’arabe classique. Une étudemorphophonologique complète de ces formes verbales a déjà été établie parGuerssel et Lowenstamm (1991). Ce que nous proposons -et c’est ce qui fait laparticularité de ce travail -c’est d’aller au-delà des frontières de lamorphophonologie et de faire usage de la Syntaxe. Il sera question, ici, d’une étudesyntaxique des formes verbales de l’arabe classique. Cette étude apportera desréponses d’ordre technique et d’autres d’ordre théorique. Pour ce qui est du premier volet, il s’agira de répondre à certaines questionsclassiques comme : 9
  10. 10. a. le nombre de ces formes verbales, à savoir pourquoi 10 formes (ou quinze si on compte les formes tombées en désuétude) au lieu de trois ou vingt cinq par exemple ; b. l’existence de certaines incohérences apparentes pour une même forme, à savoir qu’une même forme peut dénoter plusieurs significations disparates. Pour ce qui est du volet théorique, il sera question de : c. explorer l’idée que les mots sont analysables en syntaxe ; d. voir si le modèle syntaxique permet d’expliquer certains problèmes que le modèle morphophonologique ne permettait pas de résoudre ; e. comprendre ce qu’est réellement un gabarit et en quoi il consiste ; f. contribuer à l’identification de l’objet « racine ». Commençons, d’abord, par expliquer au lecteur non-initié à la grammaire de l’arabe classique, ce que sont ces dix formes verbales.1. Les dix formes verbales : En quoi consiste-t-elles ? Les verbes de l’arabe classique ont la particularité de marquer des notions telles que le causatif, l’intensif, le réciproque…etc. Cette spécificité fait en sorte que le verbe apparaît sous différentes formes suivant qu’il indique telle ou telle notion. En effet, au moment où des langues comme le français, font appel à des verbes dits « légers » ou créent de nouvelles entrées lexicales pour rendre compte d’un sens proche, l’arabe classique rend compte de ces faits en apportant des modifications à l’intérieur de la forme verbale elle-même. Par conséquent, le verbe, en arabe classique apparaît sous une forme simple qui dénote le sens de la racine et sous plusieurs formes complexes qui, elles, renferment des notions supplémentaires. 10
  11. 11. Pour mieux cerner cette caractéristique qui différencie les verbes de l’arabeclassique des verbes d’une langue comme le français, nous proposons de donnerquelques exemples et voir comment sont formés, entre autres, le causatif, leréflexif et le réciproque dans chacune de ces deux langues. Pour rendre compte du sens causatif, le français met un verbe dit légerdevant le verbe principal (2). Ce verbe n’est autre que le verbe « faire ». Pour avoirle causatif du verbe « écrire », il suffit d’ajouter le verbe « faire » devant : « faireécrire ». Ce changement est accompagné par un changement de la structuresyntaxique. En français, on ajoute un argument dans la structure causative :(1) Pierre écrit une lettre.(2) Pierre fait écrire à Marie une lettre. L’arabe classique rend compte du causatif, non pas en ajoutant un verbe auverbe principal, mais en modifiant la forme du verbe principal lui-même. En effet,pour faire le causatif du verbe « katab » (écrire), il suffit de géminer la deuxièmeconsonne : « kattab » (faire écrire). Pareillement que le français, les arguments duverbe de l’arabe classique sont modifiés quand la forme verbale est causative (4) :(3) kataba aHmad-un risaalat-an a écrit Ahmed-nominatif une lettre-accusatif ‘‘Ahmed a écrit une lettre.’’(4) kattaba kariim-un aHmad-an risaalat-an a fait écrire Karim-nominatif Ahmed-accusatif une lettre-accusatif ‘‘Karim a fait écrire Ahmed une lettre.’’ Regardons maintenant l’exemple du réflexif. En français, pour rendrecompte du sens réflexif, on emploi le pronom « se ». Pour avoir le réflexif du verbe« laver », on met le pronom « se » devant : « se laver » (6). L’insertion de ce pronomest accompagnée de la suppression d’un des arguments :(5) Pierre lave la voiture(6) Pierre se lave. 11
  12. 12. En arabe classique, le réflexif est rendu par l’infixation d’un morphème « t ».Pour avoir le réflexif du verbe « Rasal » (laver), on insère le morphème « t » aprèsla première consonne : « Rtasal » (se laver) ; on obtient ainsi la forme VIII.Pareillement qu’en français, l’insertion de ce morphème est accompagnée par lasuppression d’un argument (8) :(7) Rasala aHmad-un as-sayyaarat-a a lavé Ahmed-nominatif la voiture-accusatif ‘‘Ahmed a lavé la voiture.’’(8) Rtasal aHmad-un s’est lavé Ahmed-nominatif ‘‘Ahmed s’est lavé.’’ Une fois encore, ce qui est rendu en français par un élément qui se met àcôté du verbe principal est rendu en arabe par un élément qui se met à l’intérieurdu verbe principal. Il est vrai que l’arabe utilise un morphème du réflexif de lamême manière que le français mais c’est le fait qu’il soit réalisé à l’intérieur de laforme verbale qui est à retenir. C’est la capacité qu’a le verbe de l’arabe classique àcontenir un maximum d’informations et de traits qui fait sa particularité et ledifférencie du verbe français. Prenons un dernier exemple où le français crée entièrement un nouveauverbe au moment où l’arabe classique se contente de ce qu’on peut appeler lamodification interne de la forme verbale. Il s’agit du sens réciproque. En arabeclassique, il suffit d’allonger la voyelle « a », première voyelle de la forme verbale,pour obtenir un sens réciproque. En effet, pour faire le réciproque du verbe« katab » (écrire), on allonge la voyelle « a » et on obtient « kaatab »(correspondre) ; ce qui correspond à la forme III. Le français rend compte du sens réciproque en créant une nouvelle unitélexicale. En effet, pour avoir le réciproque du verbe « écrire » (s’écrire les uns lesautres), on utilise le verbe « correspondre » ; qui ne partage pas le même radicalque « écrire » ; de même pour avoir le réciproque de « parler » (se parler les uns 12
  13. 13. les autres), on emploie le verbe « discuter ». Toutefois, on trouve quelques verbes impliquant une action réciproque, et qui partagent le même radical que le verbe, par exemple : « battre » et « combattre ». Par ailleurs, le français peut avoir recours à un autre procédé pour signifier le réciproque et ce en préfixant l’élément « s’entre », composé de la préposition « entre » et du pronom réflexif « se » ; exemple : « s’entretuer » pour signifier « se tuer les uns les autres ». Dans ce cas, le sujet est obligatoirement pluriel : « Pierre et Jean se sont entretués ». Ce procédé englobe à la fois le sens réflexif et le sens réciproque ; chose que l’arabe classique exprime avec une autre forme qui contient à la fois le morphème « t » -que l’on retrouve dans toutes les formes réflexives- et allonge la voyelle « a » (il s’agit de la forme VI « ta-faa3al). De la sorte, la possibilité qu’a le verbe de l’arabe classique de changer de forme à chaque fois qu’un sens supplémentaire lui est attribué fait en sorte qu’on ait autant de formes que de sens possibles. Cependant, signalons que ce système est plein d’incohérences apparentes dans la mesure où dans une même forme peuvent coexister diverses significations qui semblent former des champs sémantiques distincts et n’être régies par aucune logique. Seule une étude approfondie -que nous avons menée- permet de trouver le lien entre tous ces emplois et de comprendre comment ils ont été générés et la relation qu’ils entretiennent avec la forme qui leur correspond.2. Les dix formes verbales : comment sont-elles formées ? En général, on compte dix formes verbales. La première forme est dite la forme simple parce qu’elle indique uniquement le sens de la racine et parce qu’elle est réalisé avec le gabarit le plus basique, CVCVCV. Les neufs autres formes sont des formes qui apportent un changement au sens de la racine et à la taille du gabarit du verbe, ce qui se traduit par une ou deux positions CV en plus. 13
  14. 14. Le tableau1 suivant récapitule les dix formes verbales de l’arabe classique : 2(9) Forme I : fa3al Forme II : fa33al Forme III : faa3al Forme IV : ?a-f3al Forme V : ta-fa33al Forme VI : ta-faa3al Forme VII : in-fa3al Forme VIII : ifta3al Forme IX : if3all Forme X : sta-f3al Il existe d’autres formes et elles sont au nombre de cinq (XI-XV), mais ellessont rarement utilisées et non productives ; seuls quelques verbes de forme Ipeuvent avoir une des cinq formes suivantes :(10) Forme XI: if3aall Forme XII: if3aw3al Forme XIII: if3awwal Forme XIV: if3anlal Forme XV : if3anlaa1 Ce tableau, selon Silvestre De Sacy (1831) aurait été établi pour des raisons pédagogiques enprenant en considération le nombre d’augments : un seul augment pour les formes II, III et IV, deuxaugments pour les formes V, VI mais aussi VII, VIII et IX si l’on compte le segment épenthétique « i »inséré pour empêcher une suite de deux consonnes en début de mot et finalement, trois augmentspour la forme X. La liste telle qu’elle est conçue ne nous apprend rien quand aux liens qui puissentexister entre les neufs formes. Ce que l’on sait c’est que ces formes sont en relation avec la forme I.Cependant, on voit bien que la forme II et la forme V sont liées (la forme V n’est autre que la formeII plus un morphème « t ») de même pour la forme III et la forme VI (la forme IV n’est autre que laforme III plus un morphème « t »). Aussi, d’un point de vue sémantique, la forme II et la forme IVsont à rapprocher ; puisque toutes les deux sont causatives.2 Dans la tradition de la grammaire arabe, on représente les schèmes avec une racine √f3l, dont lesens est « faire » et qui sert aussi pour désigner le mot verbe : « fi3l ». Ainsi, au lieu de parler de C1,C2 et C3, nous préférons utiliser la racine √f3l et il suffit donc de considérer « f » comme C1, « 3 »,comme C2 et « l » comme C3. Le recours à cette racine permettra de voir quelle allure aura le verbeen passant par tel ou tel schème. De ce fait au lieu de dire C1aC2 aC3, on dira « fa3al ». Il suffiraaprès de remplacer ces consonnes par les consonnes de la racine qui nous intéresse. 14
  15. 15. Nous n’examinerons que les formes les plus usuelles voire les formes de I àX. Les formes de X à XV (tombées en désuétude) ne seront pas traitées ici. La variation de forme dont fait l’objet le verbe de l’arabe classique a suscitél’intérêt des phonologues et morphologues. L’analyse morphophonologique la pluscomplète et la plus intéressante est celle qui a été proposée par Guerssel etLowenstamm (1991). Cette théorie établit l’existence d’un gabarit CV-CV(CV)CVCVqui permet d’engendrer les dix formes verbales. Ce gabarit contient une positionCV- préfixale qui peut être activée par le préfixe « n », ou « t » ou par la premièreconsonne de la racine et une position (CV) dérivationnelle qui peut être associée àune consonne de la racine ou à la voyelle « a ». Selon cette analyse, chacune des dix formes verbales fait appel à un procédédistinct pour se réaliser. Cette différence peut se situer au niveau des positions dugabarit : la forme II « fa33al » fait appel à la position dérivationnelle (CV) pourpropager la deuxième consonne de la racine :(11) f 3 l     CV (CV)CVCV  a Tandis que la forme VII « n-fa3al » utilise la position (CV) préfixale pourassocier le préfixe « n » :(12) n f 3 l     CV- CV CV CV  a Autrement, cette différence peut se situer au niveau de l’élément associé àces positions : la forme III « faa3al » utilise, pareillement que la forme II, la positiondérivationnelle (CV) pour se réaliser, mais contrairement à celle-ci, elle utilise laposition V de ce CV et allonge la première voyelle « a » : 15
  16. 16. (13) f 3 l    CV(CV)CVCV   a Ainsi, ce qui fait la différence entre les formes verbales c’est le fait qu’elles représentent une utilisation particulière des ressources du gabarit. La différence entre la forme I « fa3al », la forme II « fa33al » et la forme VII « nfa3al » réside dans le fait que la première forme utilise un gabarit de base : CVCVCV, la deuxième forme utilise un gabarit avec une position CV dérivationnelle : CV(CV) CVCV et la troisième forme utilise un gabarit avec le CV préfixal CV-CVCVCV. Néanmoins, ce critère nécessaire n’est pas suffisant car il faut générer dix formes alors qu’avec ce système on en obtient que trois. Effectivement, en plus du nombre des positions CV du gabarit, il faut prendre en considération la nature de l’élément qui s’associe à chacune de ces positions. De la sorte, ce qui fait, par exemple, la différence entre la forme II et la forme III, sachant que toutes les deux utilisent un même gabarit CV(CV) CVCV, c’est que la forme II identifie la position C du (CV) dérivationnel pour propager la deuxième consonne de la racine alors que la forme III identifie la position V de ce même (CV) pour allonger la voyelle « a ».3. La déconstruction du gabarit L’analyse morphophonologique permet de connaître le gabarit de chacune des dix formes verbales ainsi que le mode d’association entre les éléments d’une forme verbale et le gabarit. Toutefois, si cette analyse renseigne sur le nombre de positions CV, elle ne dit rien sur l’origine des ces positions et si elle explique le mode d’association dont résulte la forme verbale, elle ne dit rien sur ce qui justifie ces associations. En effet, si l’on sait qu’avec un gabarit du type CV(CV)CVCV et une racine √f3l, on peut avoir soit une forme II « fa33al », ou une forme III « faa3al » ou encore une forme IV « ?af3al » et ce, suivant trois différents processus 16
  17. 17. d’association des éléments à un même gabarit, on ignore la raison pour laquelle untel ou tel mode d’association a été adopté pour une telle ou une autre formeverbale. Tout ce que l’on sait, ce sont les possibilités d’association que l’on peutavoir avec un gabarit de quatre positions CV et une racine trilitère puis lemécanisme dont résulte chacune de ces formes. De surcroit, rien dans cette théoriene prédit que telle forme indiquera le causatif ou l’intensif et que telle autreindiquera le réciproque, plutôt que l’inverse. En vue de toutes ces questions, il devient primordial de comprendre ce quirégit le processus d’association des éléments aux positions du gabarit etpréalablement découvrir d’où proviennent les différentes positions CV quiconstituent le gabarit. Etant donné que chacune de ces formes rend compte d’une réalitégrammaticale donnée : causatif pour la forme II, réciproque pour la forme III, …etc.,et que ces formes modifient la structure de la phrase : à la forme II, un argumentest ajouté alors qu’à la forme VIII un argument est ôté, il nous est apparu évidentque les dix formes que revêt le verbe en arabe classique sont tributaires de lastructure syntaxique de celles-ci. Nous présumons, donc, que derrière chacune deces dix formes verbales, il y a une structure syntaxique différente. Dorénavant, cequi fera la différence entre les dix formes verbales sera la présence de projectionsmaximales distinctes, de positions têtes syntaxiques diverses et de mouvementsdifférents. Le gabarit tel que proposé par l’analyse morphophonologique deGuerssel et Lowenstamm sera perçu comme étant le résultat d’opérations diverseset non pas comme étant le lieu même de ces opérations. Nous proposerons que chacune des positions CV, telles que nous lesretrouvons dans le gabarit conçu par Guerssel et Lowenstamm, est générée dansune position syntaxique donnée. Ceci ne concerne pas seulement la position CV-préfixale et la position CV dérivationnelle considérées comme étant des positions« tête » du gabarit mais ça englobe aussi les trois positions CV restantes qui 17
  18. 18. constituent ce qu’on appelle le petit gabarit ou le gabarit de base et que l’on retrouve dans la forme I. De la sorte, le gabarit CV-CV(CV)CVCV reflète une structure qui engloberait autant de positions syntaxiques « tête » que de positions CV ; hypothèse qui sera démontrée dans ce travail.4. La forme verbale : une affaire de syntaxe L’étude des dix formes verbales de l’arabe classique ne restera pas limitée à une analyse morphophonologique mais fera l’objet d’une analyse syntaxique. L’analyse syntaxique que nous entreprenons est différente de celles effectuées jusqu’ici et qui s’intéressent à des problèmes tels que l’aspect, l’accord, la négation …etc. Ce qui nous intéresse dans une forme comme « yu-kattib-uuna » (ils font écrire), ce n’est pas la marque de l’imperfectif ou de la troisième personne ou du masculin ou du pluriel mais c’est la partie « -kattab- ». Ce que nous voulons montrer c’est que cette partie du verbe à laquelle les syntacticiens ne se sont pas ou peu intéressés est elle aussi formée en syntaxe. Certes, pendant longtemps les syntacticiens ne regardaient dans les mots que les marques de la flexion, la dérivation étant le domaine des morphologues. Cependant, avec d’une part, l’évolution de l’hypothèse lexicaliste3 où l’on établissait des représentations et des règles lexicales4 pour former des mots qui, désormais peuvent exister dans le lexique sous leurs différentes facettes, et d’autre part, les partisans de la morphologie distribuée, pour qui les mots sont formés en syntaxe, la séparation des domaines de la linguistique est remise en cause et les frontières entre la morphologie et la syntaxe sont beaucoup moins claires qu’il y a seulement dix ans. 3 Cf. Halle (1973), Bresnan (1982), Freidin (1975), Jackendoff (1975), Wasow (1977),Grimshaw (1990). 4 Cf. Jackendoff (1975), Wasow(1977), Williams (1981), DiSciullo and Williams (1987), Jackendoff (1990), Grimshaw(1990), Levin and Rappaport-Hovav (1986, 1992, 1995) 18
  19. 19. Effectivement, avec la théorie de la morphologie distribuée5 et les analysesqui s’en sont inspirées6, ce qui faisait l’objet d’étude de la morphologie est perçudorénavant comme faisant partie du domaine de la syntaxe. Les élémentsconsidérés auparavant par la syntaxe comme des terminaux et dont l’analyse étaitattribuée à la morphologie sont dors et déjà pris en charge par la syntaxe. Tout estgéré par la syntaxe : « There is only one mechanism in grammar for combining atomic units of structure and meaning, i.e the syntax». 7 De la sorte, la structure d’un seul mot est, désormais, à analyser de la mêmemanière, avec les mêmes traits et avec la même organisation hiérarchique qu’unephrase : « All composition is syntactic; the internal structure of words is created by the same mechanisms of construction as the internal structure of sentences». 8 Les formes verbales de l’arabe classique sont la preuve explicite que desentités considérées comme étant du domaine de la morphologie trouvent leurexplication en syntaxe. Le fait que des éléments soient combinés à l’intérieur d’unseul mot n’exclue pas que ces combinaisons soient d’ordre syntaxique. D’ailleurs,les exemples que nous avons cités pour illustrer la capacité des verbes de l’arabeclassique à contenir des informations à l’intérieur même de la forme verbale tandisque les verbes du français font appel à des structures syntaxiques bien explicites,confirment cette hypothèse. Ceci étant, nous ne nous inscrivons exactement pas dans le cadre théoriquede la Morphologie Distribuée. Nous nous inspirons de ce qui en fait l’essence5 Initié par Halle and Marantz (1993) et élaboré dans Marantz (1997).6 Cf. Borer (1994, 2005), Travis (1994, 2000), Ramchand (2006) Noyer (1997, 1998, 1999), Harley(1994, 1995, 1998), Embick (1995, 1996, 1997, 1998), Calabrese (1979a,b),Mcginnis(1995,1996,1998),7 Marantz (2001 : 9)8 ibidem 19
  20. 20. même, à savoir que les mots sont analysables en syntaxe. A partir de ce moment, nous soumettons le mot à la même analyse que la phrase et nous suivrons, dans cette perspective, les principes de la syntaxe générative. Néanmoins, nous ne nous inscrirons pas, non plus, le cadre strict de cette théorie puisque, comme nous le verrons par la suite, nous faisons intervenir des éléments morpho-phonologiques dans des arbres syntaxiques et nous modifions, par exemple, le contenu de la projection VP (dans le sens où il sera vidé de son contenu lequel sera attribué à une nouvelle projection que nous proposerons, celle de la racine : √P).5. La Racine : pour un rôle prépondérant La notion de Racine joue un rôle primordial dans l’étude que nous proposons pour les formes verbales de l’arabe classique. En effet, si l’on fonctionnait avec la notion du radical, on aurait du mal à analyser toutes les modifications internes de la forme verbale ; excepté la forme VII « n-fa3al » qu’on peut décomposer en un préfixe « n » + forme verbale de base « fa3al ». La racine9 a toujours eu un grand intérêt dans l’étude des langues sémitiques et a prouvé sa pertinence. L’étude des dix formes verbales de l’arabe classique prouve que la considération de la racine est indispensable et lance un défi à ceux qui renient l’intérêt de la racine dans l’analyse des langues sémitiques. Souvent, pour illustrer l’existence de la racine on apportait des exemples de différentes catégories ayant toutes un sens en commun et réalisant les mêmes consonnes et on montre que ces mots sont construits à partir d’une même racine. Prenons l’exemple de la liste suivante : 9 En arabe classique, la racine est strictement consonantique et globalement trilitère. Toutes les combinaisons de trois consonnes ne sont pas utilisées et la langue évite la contiguïté de consonnes darticulation proche. Le plus souvent, les consonnes dune racine sont différentes par leur point et leur mode articulatoires. Cette suite consonantique reste apparente dans tous les mots formés sur une même racine et exprimant, plus au moins un même concept. 20
  21. 21. (14) katab kitaab kaatib (Écrire) (Livre) (Écrivain) maktab maktuub maktaba (Bureau) (Écrit) (Bibliothèque) Comme on peut le voir dans les traductions proposées (écrire, livre, bureau,bibliothèque), le français crée plusieurs unités lexicales au moment où l’arabe classiquediscerne un sens commun entre tous ces mots et les construit tous à partir d’une mêmeracine : √ktb. Cette racine aura pour Signifié « ECRIRE ». Dans chacun des mots decette liste ce Signifié est présent. Une traduction plus exacte du mot « maktab » serait« lieu où l’on écrit » de même, une traduction exacte de « kitaab » serait « un écrit », lemot « maktaba » se traduira par « lieu contenant des écrits » et pour le mot « kaatib »,une traduction plus exacte serait « écrivant ». Désormais, on peut établir l’existence de la racine en restant dans le mêmeparadigme « Verbe » et en examinant les différentes formes verbales que l’on peutobtenir avec une même racine (Cf. (14)). Les dix formes verbales de l’arabe classiqueont toutes un sens commun : celui dénoté par la racine, et réalisent de façon interne leséléments qui leur permettent de rendre compte de différentes réalités grammaticales. Lefait que ces éléments ne soient pas réalisés à la périphérie d’une forme de base, écartetoute possibilité de traiter ces verbes sans avoir recours à la racine. De ce fait, l’étude des dix formes verbales de l’arabe classique consolide etconfirme l’existence de la racine en tant que notion abstraite mais va bien au-delàde cette considération et dévoile d’autres propriétés de la racine à savoir undomaine et des arguments. Il est communément admis qu’une racine désigne un concept et constitue unélément exclusivement lexical qui ne comporte aucune information syntaxique. Cen’est que lorsque la racine est sélectionnée par un N qu’elle devient nominale, oupar un V qu’elle devient verbale. Toutefois, on peut avancer que la matrice 21
  22. 22. sémantique de la racine prédit, en quelque sorte, la catégorie syntaxique qui va lasélectionner. En effet, si l’on observe les définitions les plus simples que l’on donne à chacunedes catégories du discours, on voit que la définition de chaque catégorie se base sur unedistribution syntaxique mais aussi sur une désignation sémantique. S’il est vrai qu’onpeut définir une catégorie telle que Verbe ou Nom en ne se basant que sur leur syntaxe,il reste vrai qu’on peut le faire aussi en n’en indiquant que la sémantique. En définissantun Verbe, on dira qu’il exprime laction accomplie par le sujet, l’action subie par le sujetainsi que l’état du sujet. Quant au Nom, on dira qu’il sert à désigner un objet dans lemonde, et qu’il a le pouvoir d’être associé à un référent, c’est-à-dire à un objet de laréalité extralinguistique. Si l’on accepte que la racine possède ce genre d’informations sémantiques àsavoir « action », « état », « objet »…etc., il devient évident qu’une racine dont lesens indique un objet du monde sera sélectionnée par un Nom et qu’une racinedont le sens indique une action sera sélectionnée par un Verbe. De ce fait, même sion considère qu’une racine n’a pas de propriétés syntaxiques en elle-même, lespropriétés sémantiques qu’elle renferme peuvent, à elles seules, indiquer lacatégorie.1010 En principe, il devrait y avoir une correspondance entre ce qu’on pourrait appeler une catégoriesémantique et sa contrepartie syntaxique. Toutefois, ce n’est pas toujours le cas et cela estperceptible, souvent, dans la forme elle-même. En effet, la forme de certains noms diffère selon quela racine est « sémantiquement » verbale ou nominale. Des racines telles que √bHr, √klb dont lesens indique des objets du monde se contentent de mettre la racine dans un schème nominal(CaCC) et produisent les noms : « baHr » (mer), et « kalb » (chien) alors qu’une racine telle que√ktb dont le sens renvoie à une action produit le nom « kitaab » (livre) ou « maktab » (bureau). Lefait que certaines racines, lorsqu’elles sont sélectionnées par NP, ne subissent aucune modificationalors que d’autres réalisent des modifications internes ou réalisent des préfixes confirme ladissimilitude entre les racines. En outre, le fait qu’un groupe de mots partagent la même racine nesignifie pas forcément qu’ils sont tous construits directement à partir de la racine. En dehors desverbes et des noms qui sélectionnent directement la racine, il y a des mots qui sélectionnent unecatégorie intermédiaire. En effet, il existe des noms qui renferment des propriétés verbales, ce quilaisse penser qu’ils ne sélectionnent pas directement une racine mais une forme verbale. C’est le casdes participes actifs et qui correspondent, chacun, à une des dix formes verbales de l’arabeclassique : « katab vs kaatib », « kattab vs mukattib », « kaatab vs mukaatib », « ta-kattab vsmutakattib », « nkatab vs munkatib », …etc. 22
  23. 23. Les informations sémantiques dont dispose la racine peuvent être soit confirméeset agencées par la projection sélectionnante soit alors estompées. Une racine comme√ktb comporte des traits tels que : [action], [mettre sur papier (ou autre support)],[alphabet (ou autre système d’écriture)]. Lorsque cette racine est sélectionnée par unVP, il en résulte la forme verbale « katab » qui signifie « action de mettre sur papier (ouautre support) un alphabet (ou autre système d’écriture) ». Lorsque cette même racineest sélectionnée par un NP, deux cas se présentent. Dans le premier cas, une voyellelongue est réalisée en V2 formant ainsi le nom « kitaab ». Ce nom ne garde de la racineque les deux derniers traits « support où l’on met un alphabet » et ne prend pas encompte le trait [action]. Dans le deuxième cas, un morphème est ajouté, ici « m »,formant le nom « maktab ». Dans ce nom, tous les traits de la racine sont conservés, àsavoir [action], [mettre sur papier (ou autre support)], [alphabet (ou autre systèmed’écriture)], auxquels s’ajoute le sens apporté par le morphème « m » : [lieu]. Le nom« maktab » englobe les traits : [lieu], [action], [mettre sur papier (ou autre support)],[alphabet (ou autre système d’écriture)] : « lieu où l’on écrit ». Le fait qu’une racine puisse s’adapter à la projection qui la sélectionne, quandbesoin il y a, révèle que la racine n’est pas un élément primitif ou terminal, comme onle pense ordinairement, et qu’elle a son propre domaine et constitue un ensemble detraits qu’on peut modifier, diminuer ou augmenter. Maintenant que l’on admet que les propriétés sémantiques que l’on attribuait auxverbes sont en réalité contenues dans la racine, il faudra se prononcer sur ce qu’onappelle la grille thématique du verbe : le fait qu’un verbe ait un agent, un agent et unpatient, ou encore un agent, un patient et un bénéficiaire est-il tributaire du verbe ou dela racine ? Certes, le domaine VP prévoit des positions pour disposer les différentsarguments du verbe, mais il s’agit là de positions syntaxiques que doivent occuper desNP. Il s’agit seulement de la réalisation syntaxique de la grille thématique. Ce qui estlexical dans un verbe c’est la racine. Par conséquent, les informations lexicales - 23
  24. 24. responsables de la détermination du thêta rôle- du verbe sont contenues dans cette dernière. Chaque racine dénote une action/événement qui, selon les cas, nécessite un ou plusieurs participants. De ce fait, en plus des traits sémantiques, une racine qui indique une action/événement détermine les participants à cette action/événement. Des termes comme Agent, Patient, Thème, Bénéficiaire, Source seront considérés comme étant du domaine de la racine et les termes comme Transitif, Ditransitif, Inergatif, Inaccusatif seront attribués au verbe. La racine propose les informations lexicales et le verbe les dispose : Transitif (Agent, Patient/Thème) ; Ditransitif / Bitransitif (Agent, Patient/Thème, Bénéficiaire/ Source) ; Inergatif (Argument externe = Agent) ; Inaccusatif (Argument externe = Thème). Ainsi, à la place d’une arborescence qui instaure les arguments du verbe directement dans VP, l’arborescence que nous utiliserons tout au long de ce travail dispose les arguments dans le domaine de la racine puisqu’ils appartiennent à celle-ci. La racine sera présentée comme une projection √P agençant ses propres arguments.6. Une organisation commandée non recommandée L’organisation de cette thèse est dictée par la nature même du sujet. Nous avons consacré un chapitre pour chaque forme verbale et chaque chapitre s’ouvre sur un rappel de l’analyse morphophonologique donnée par Guerssel et Lowenstamm, puisque l’analyse syntaxique que nous proposons vient la compléter et apporter des réponses aux questions que cette dernière a posées. L’inconvénient d’une telle disposition, est qu’elle donne un caractère répétitif à l’analyse, dans la mesure où la même démarche est adoptée pour chaque forme et que, de surcroit, chacune des dix formes possède au moins trois emplois. Une organisation alternative à celle pour laquelle nous avons opté, ici, serait d’établir des chapitres selon les notions linguistiques, à savoir un chapitre pour le 24
  25. 25. causatif, un autre pour l’intensif, un autre pour le réflexif et un quatrième pour leréciproque. Cela aurait donné à cette thèse un caractère moins scolaire et moinstechnique que ce que donne l’organisation actuelle qui laisse penser à unedémarche de grammaire et non pas de linguistique moderne. Cependant, une telleorganisation aurait apporté des chevauchements dans la mesure où certainesformes verbales vont appartenir à deux classes différentes. Par exemple, la forme Vqui indique à la fois le réflexif et le causatif va apparaître dans le chapitre ‘causatif’et dans le chapitre ‘réflexif’, de même, la forme VI qui indique conjointement leréflexif et le réciproque va figurer dans le chapitre ‘réflexif’ et dans le chapitre‘réciproque’. Sans oublier qu’une même forme II apparaîtra dans le chapitre surl’intensif et dans celui sur le causatif. Conscient que des notions telles que forme I, forme II, forme III…etc. fontpartie d’une organisation qui a été proposée par la grammaire, une autrepossibilité recommandée aurait été, tout en gardant les dix chapitres, de ne pasparler de formes mais des notions qu’elles véhiculent. Par exemple, au lieu denommer un chapitre ‘forme II’ on aurait pu le nommer ‘forme causative’ et à laplace de ‘forme III’, on aurait pu mettre ‘forme réciproque’…etc. Cependant, commevous allez le voir par la suite, l’intensif et le causatif sont indiqués par une mêmeforme. Par ailleurs, le causatif est indiqué par deux formes différentes. Ajouté àcela que chaque forme a plusieurs emplois qui ne correspondent pas à des notionslinguistiques claires (intensif, estimatif, etc.) et qui, comme on va le montrerdécoule de la structure elle-même. En conséquence, ces emplois n’auraient pastrouvé leur place dans ce type d’organisation. Cette thèse n’a pas pour objectif de montrer comment l’arabe classiqueprocède pour indiquer telle ou telle notion (comme le causatif ou le réciproque ouautre), mais de montrer comment une forme verbale, qui est connue pour indiquerune notion donnée, est formée. Incontestablement, forme et notion sont liées etc’est en se basant sur la notion qu’indique une forme que l’on va déterminer sa 25
  26. 26. structure syntaxique. Toutefois, tout dépend de l’angle sous lequel on envisaged’aborder la question. Le point de départ de cette thèse est l’analysemorphophonologique des dix formes verbales établies par Guerssel etLowenstamm, que nous avons voulu motiver par une analyse syntaxique. Notreobjectif est d’étudier chacune de ces formes verbales et montrer que le gabarit quila sous-tend est construit en syntaxe. Une réorganisation est certes possible mais elle ne l’est qu’une fois quel’analyse de chaque forme soit établie, l’une indépendamment de l’autre. Pour cetteraison, nous avons été contraints de commencer par faire ce travail de base. L’énumération des chapitres ne suivra pas l’ordre de la numérotation :forme I, forme II, forme III, forme IV...etc. Nous commencerons par la forme I carc’est la forme simple qui n’a subi aucune dérivation et car sa structure serapartagée par toutes les autres formes, comme nous allons l’établir. Ensuite, noustraiterons la forme VIII car elle est tout simplement la version réflexive de la formeI. D’autres formes entretiennent ce type de rapport. En effet, la forme V est laforme réflexive de la forme II, la forme VI est la forme réflexive de la forme III et laforme X est la forme réflexive de la forme IV. Chaque forme sera suivie de saversion réflexive. Les formes II et IV indiquent toutes les deux le causatif, parconséquent, elles seront étudiées successivement afin de permettre au lecteur dese repérer dans l’analyse. L’organisation qui sera adoptée dans cette thèse est lasuivante : - Chapitre 1 : Forme I ; - Chapitre 2 : Forme VIII ; - Chapitre 3 : Forme II ; - Chapitre 4 : Forme V ; - Chapitre 5 : Forme IV ; - Chapitre 6 : Forme X ; - Chapitre 7 : Forme III ; - Chapitre 8 : Forme VI ; 26
  27. 27. - Chapitre 9 : Forme VII ; - Chapitre 10 : Forme IX. La forme IX est étudiée en dernier lieu car, comme on le verra par la suite, sa structure est assez distincte de celle des neufs autres formes verbales.7. Un lecteur avisé en vaut dix Nous proposons, ici, d’expliquer la démarche que nous suivrons tout au long de cette thèse, afin que le lecteur sache d’emblée comment sera agencé le contenu de chaque chapitre. Nous avons déjà annoncé qu’un même procédé d’analyse sera suivi dans chacun des dix chapitres. Voyons, à présent, en quoi il consiste. Ce qu’il faut savoir c’est que chaque forme présente diverses significations. Il y a toujours une signification qui correspond au sens pour lequel la forme est la plus connue et qui rend compte d’une notion linguistique et, à côté, subsistent d’autres significations qu’on appellera « emplois annexes », qui sont de simples tours stylistiques voire des effets de sens qui découlent de la structure elle-même ou du sens de la racine. Nous commencerons, régulièrement, par examiner l’emploi principal que l’on va appeler forme canonique’. C’est en se basant sur cet emploi que l’on va établir la structure syntaxique de la forme en question.11 Ensuite, nous examinerons chacun des emplois annexes pour : a. vérifier que cette structure syntaxique couvre tous les emplois de cette forme et, de la sorte, montrer que la divergence sémantique ne provient pas d’une divergence de structures syntaxiques. 11Il faut dire qu’avant d’opérer cette ségrégation, nous avons examiné l’ensemble des emplois, pour une forme donnée, et avons fait ressortir une structure syntaxique dont la forme canonique s’est révélée être le prototype. 27
  28. 28. b. discerner, justement, la source de ces interprétations sémantiques différentes. Nous saurons, ainsi, comment des formes qui partagent une mêmemorphologie et une même structure syntaxique puisse rendre compte designifications diverses. Lors de l’analyse d’une forme canonique complexe (ce sera le cas égalementpour les emplois annexes), nous commencerons par présenter quelques exemples.Aussitôt, et afin de faire surgir la particularité sémantique de la forme examinée,nous donnerons des exemples avec la forme I correspondante ; la forme I étant laforme simple. Dans certains cas, et précisément dans les formes verbales quimanifestent deux variations morphologiques, la comparaison se fera avec uneautre forme complexe qui partage une de ces deux variations, exemple : « ta-fa33al » qui, à la fois gémine la deuxième consonne et préfixe un morphème « t »sera comparée à la forme II « fa33al » qui gémine la deuxième consonne de laracine. Signalons que dans les cas où une forme verbale a un emploi dénominatif,elle sera comparée à une forme nominale. Ensuite, nous procéderons à une analyse des propriétés sémantiques etsyntaxiques de la forme verbale. Cette analyse prend en compte deux aspects : lenombre des arguments que manifeste le verbe -comparé à ceux de la racine- etl’apport sémantique. En effet, hormis la forme I qui n’apporte aucun changementau sens de la racine (ce qui lui a valu le statut de ‘base de dérivation’), chacune desformes verbales contient, en plus du sens de la racine, un sens qui lui est attribuéepar sa structure. Saisir l’apport sémantique reste le moyen incontournable pourdéterminer les projections qui sélectionnent la racine et découvrir, ainsi, lastructure qui engendre la forme examinée. Une fois la structure syntaxique dévoilée, sous forme d’une représentationarborescente qui révèle la structure de la racine et les projections qui la 28
  29. 29. sélectionnent, nous exposerons les différentes étapes que franchit une forme verbale pour son exécution. Il s’agira des mouvements syntaxiques qui se succèdent pour générer la forme en question ; ce qu’on va appeler « procédure de formation » ou « exécution ». Pour clore chacun des chapitres, nous terminerons par montrer la manière dont la structure syntaxique et les mouvements opérés vont, respectivement, déterminer le nombre de positions CV et le mode d’association des éléments au gabarit.8. Le label des formes verbales examinées Afin d’avoir un aperçu des études faites jusqu’ici par les grammairiens arabes et arabisants, nous avons choisi un représentant de chaque partie : Sibawayh (8es [1938]), l’un des premiers fondateurs de la grammaire arabe et Wright (1896), l’un des grammairiens arabisants les plus cités et des plus consultés. Les différentes significations que dénotent chacune de ces formes verbales ont été discutées par ces deux auteurs. À signaler qu’ils ne donnent pas toujours les mêmes significations, d’où l’intérêt de comparer les données de chacun d’eux. Dans cette thèse, ne sera pas procédé à une étude du corpus suite à laquelle seront découverts les différents emplois et significations de chacune des dix formes verbales. Cette tâche a déjà été effectuée par les grammairiens. En effet, les différentes significations de chaque forme verbale sont déjà répertoriées et une simple lecture d’une grammaire de l’arabe permet de les identifier. Notre travail consistera à trouver la structure syntaxique de ces formes et à outrepasser cette floraison sémantique pour trouver, pour chaque forme, une certaine régularité. Ainsi, les exemples des formes verbales qui sont cités dans cette thèse sont pris soit chez Sibawayh ou chez Wright. Etant arabophone, nous avons pris le soin 29
  30. 30. de les mettre dans des phrases, aussi simples que possible. Ce que nous considérerons comme l’emploi canonique d’une forme verbale c’est l’emploi que nous avons trouvé en tête de liste chez ces deux grammairiens. C’est également celui que l’on retrouve, en général, dans les écrits qui mentionnent les dix formes verbales de l’arabe classique et qui ne font pas toujours allusion aux emplois annexes. Nous avons tenu à prendre en considération tous les emplois répertoriés pour chacune de ces formes chez les deux grammairiens cités précédemment, car c’est le seul moyen de garantir nos résultats. Certes, cela rend le travail plus compliqué car devant une diversité d’emplois pour une forme donnée, il n’est pas aisé, de prime abord, de discerner la structure syntaxique qui pourrait en rendre compte. Néanmoins, l’hypothèse que nous avons émise concernant le statut de la racine, à savoir qu’elle constitue un domaine et qu’elle peut avoir trois structures différentes selon le nombre d’arguments qu’elle projette et leur position, nous a permis d’entreprendre cette tâche. En effet, nous n’avions pas seulement le sens de la racine pour justifier la diversité sémantique d’une forme donnée, nous disposions également de la structure de la racine. Sans cette hypothèse, notre travail n’aurait pas abouti.9. Un peu de théorie pour faciliter la lecture Afin de permettre au lecteur de suivre notre analyse, nous proposons de faire un rappel de quelques principes d’ordre théorique. Le travail que nous entreprenons, se situant à l’interaction de plusieurs domaines de la linguistique, enchevêtre des éléments morphophonologiques à d’autres d’ordre syntaxique. Il s’ensuit une modification de la considération de chacun de ces domaines quoiqu’en principe chacun garde ses spécificités. Nous présenterons, ici, d’une manière sommaire, quelques principes de la théorie morphophonologique ainsi que de la théorie syntaxique dont sera fait usage dans ce travail. 30
  31. 31. 9.1. Quelques notions de phonologie9.1.1. L’hypothèse « CVCV » Le cadre de la phonologie du gouvernement adopte l’hypothèse CVCV.12 Leniveau squelettal consiste en une alternance systématique de positions C et depositions V. Dans ce cadre théorique la seule syllabe possible est CV ou C est uneattaque et V est le noyau. Ce type de syllabe ne possède pas de coda. Les types de syllabes traditionnellement reconnues se récriront alors de lamanière suivante :(15) a. Syllabe ouverte b . Syllabe fermée C V C V C V | | | | | l a l a n Dans ce cadre, proposé par Lowenstamm (1996), la représentation d’unevoyelle longue est la suivante :(16) CVCV / a La représentation d’une géminée est la suivante :(17) CVCV / t Et enfin la représentation d’une voyelle courte est la suivante :(18) CV  a12 Lowenstamm (1996) 31
  32. 32. L’hypothèse CVCV permet, entre autres, d’unifier la représentation desverbes appartenant à un même paradigme. Soit les quatre verbes suivant auperfectif :(19) kataba jaraa maala madda cvcvcv cvcvv cvvcv cvccv Avec l’hypothèse CVCV, ces quatre verbes auront exactement le mêmegabarit :(20) k t b j r m l m d | | | | | | | | / CVCVCV CVCVCV CVCVCV CVCVCV | | | | / / | | | a a a a a a a a a La présence de positions vides devra toujours répondre aux critères duPrincipe des Catégories Vides. Selon ce principe, une position V peut rester vide,c’est-à-dire non interprétée phonétiquement, si et seulement si elle estproprement gouvernée.9.1.2. Principe du Gouvernement Propre Une position V1 gouverne proprement une position V2 si et seulement si V1n’est pas vide, V1 et V2 sont adjacentes (séparées par une seule position C) et V2est à gauche de V1 (le gouvernement agit uniquement de droite à gauche). Parexemple, la géminée dans « madda » peut se réaliser uniquement si le noyau videentre les deux parties de la géminée est proprement gouverné par la voyelle quisuit, comme indiquée dans le schéma ci-dessous en (21)a. La structure en (21)b estexclue par l’absence de Gouvernement Propre : 32
  33. 33. (21) a. CVCVCV b. * C V C V C V | | / | | | / ma d a ma d ø9.1.3. Principe du Contour Obligatoire Le Principe du Contour Obligatoire (PCO) a été développé initialement parLeben (1973) pour la phonologie tonale et repris ensuite par Goldsmith (1976). Ceprincipe interdit l’adjacence de deux éléments identiques sur un même niveauautosegmental. Une telle suite est remplacée par un segment simple doublementlié.9.1.4. L’apophonie L’apophonie est « un phénomène de modification du timbre d’une voyelle,indépendant de toute forme de conditionnement et exploité à des finsgrammaticales ».13 Le chemin apophonique présenté dans le système verbal del’arabe (Guerssel &Lowenstamm 1993), dans les pluriels brisés du Geez (Ségéral1995) ou dans les langues germaniques (Scheer et Ségéral 1995) est : ∅ ⇒ i ⇒ a ⇒ u ⇒ u. Ainsi : - « i » est le correspondant apophonique de « ∅ » - « a » est le correspondant apophonique de « i » - « u » est le correspondant apophonique de « a » - « u » est le correspondant apophonique de « u »13 Ségéral (1995) 33
  34. 34. 9.1.5. Système vocalique de l’arabe classique Le système vocalique de l’arabe classique est constitué de trois voyellespériphériques : « i », « a » et « u » : i u a9.2. Quelques notions de syntaxe Passons maintenant à la théorie syntaxique. L’analyse syntaxique à laquellenous procédons s’inscrit de manière très large dans le cadre de la GrammaireGénérative. Nous proposons de faire, ici, un rappel de quelques préceptes dontnous avons fait usage dans cette analyse.9.2.1. La Théorie X-barre La théorie X-barre donne un formalisme qui permet de dégager de façonclaire et simple les relations de dépendance structurale qui existent entre deséléments à l’intérieur du syntagme. Ce module de la Grammaire Générative rendcompte de l’architecture interne des syntagmes. Selon cette théorie, tout syntagmeest la projection maximale d’une tête. On désigne cette projection maximale par XP(x étant une variable pouvant prendre la valeur N(om), V(erbe), Adj(ectif),Adv(erbe), P(réposition), etc. Soit la variable x, un constituant de niveau zéro ; en lui associant unComplément, ce constituant se projette au niveau intermédiaire (ou niveau 1)appelé X’ ou X-barre ; ce constituant de niveau 1 associé à un Spécifieur éventuelatteint le niveau de la projection maximale appelée XP. Soit le schéma : 34
  35. 35. XP(22) X’ Spécifieur X Complément Il existe une relation structurale précise entre le Spécifieur et les autreséléments dans la projection : le Spécifieur a une sorte de ‘portée’ sur tous lesautres éléments de la projection ; même chose entre la tête et le Complément.9.2.2. La Thêta-Théorie La Thêta-Théorie explique les relations sémantiques qui s’établissent entreles constituants arguments et leur tête. La tête assigne un rôle sémantique appeléɵ-rôle à son ou ses arguments. Les rôles assignés par une tête font partie desinformations données dans le lexique en rapport avec l’item lexical. Cette théorierepose sur une condition de bi-univocité entre NP et rôles sémantiques, le ɵ-critèrequi stipule que Tout NP argument doit porter un et un seul rôle sémantique et quechaque rôle sémantique doit être assigné à un et un seul NP argument.9.2.3. La Théorie du Liage Ce module régit les relations structurales entre les Anaphores (Réfléchis etRéciproques), les Pronoms (les Pronominaux) et leurs antécédents dans la phrase.Les principes de la théorie du Liage ont été formulés par Chomsky comme suit : Principe A : Les anaphores doivent être liées dans leur domaine de liage Principe B : Les pronoms doivent être libres dans leur domaine de liage Principe C : Les expressions-R doivent être libres 35
  36. 36. Ainsi, les Anaphores sont soumises à une coréférence obligatoire dans undomaine syntaxique défini appelé Catégorie gouvernante. Les Pronoms sont libresde toute coréférence dans leur Catégorie gouvernante. Les ExpressionsRéférentielles (constituées de mots sémantiquement autonomes) sont librespartout. Chomsky propose plusieurs définitions du domaine local pertinent pour Aet B ; on peut donner la suivante : « La Catégorie Gouvernante [CG] d’une Anaphore ou d’un Pronom α est laplus petite catégorie syntaxique β contenant α, son gouverneur et un SUJET. » La notion de Gouvernement peut être comprise comme la relationqu’entretient une tête avec son complément : « α gouverne β ssi α m-commande β et qu’aucune barrière n’intervient entre α et β» Le Liage se définit lui-même comme une relation de coindexation entre deuxconstituants dont l’un c-commande l’autre : « α c-commande β ssi le premier nœud branchant ϒ dominant α domine aussi (directement ou non) β »9.2.4. Une syntaxe simple pour une morphologie complexe L’analyse syntaxique des dix formes verbales de l’arabe Classique, n’a pasnécessité un mécanisme complexe. Nous avons utilisé les projections de basequ’offre la syntaxe, à savoir VP, vP, AspectP et AgreementP. A part, proposer uneprojection P, nous n’avons pas eu besoin de modi ier les projections existantes oud’user d’autres plus complexes. Toutes ces formes verbales on été générées parune opération simple, il s’agit du mouvement de tête à tête. Ce mouvementconsiste tout simplement à déplacer la tête d’une projection maximale XP dans latête d’une autre projection maximale YP, ce qui aura comme conséquence de 36
  37. 37. placer la première tête X à gauche de la deuxième tête Y ; dans la position initialede X reste une trace de ce dernier, notée (t X) mais que nous avons noté tout aulong de la thèse en grisant l’élément déplacé :(23) YP Spécifieur Y’ X Y XP Spécifieur X’ tX Complément Pour certaines formes, nous ferons appel à une deuxième opération, il s’agitde la fusion. La fusion permet de combiner deux objets différents de façon à encréer un seul. Elle s’opère entre une tête et son Complément [X-Complément] ouentre une tête et son Spécifieur [Spécifieur-X]. Dans une proposition comme : [Legarçon [a mangé][une pomme]]. La fusion [Tête-Complément] associe le verbe[manger] à son Complément [une pomme] de façon à avoir : [manger une pomme].La fusion [Spécifieur-Tête] associe le sujet [le garçon] au verbe [manger] de façon àavoir [le garçon mange la pomme]. C’est l’opération qui permet de créer dessyntagmes et pare la suite, des propositions. Dans l’étude de certaines formes verbales, cette opération estmorphologiquement visible et ce, dans les cas où les arguments en positionSpécifieur ou Complément se réalisent sous forme d’un pronom faible qui ne peutpas exister à l’état libre. En effet, dans ces cas-là, le morphème en question seréalise attaché au verbe qui est la tête de la projection maximale qui l’inclut. Selonque ce morphème est en position Spécifieur ou Complément, sa position dans laforme verbale sera différente. 37
  38. 38. CHAPITRE 1 ANALYSE DE LA FORME I « fa3al »1. Introduction La forme I est la forme verbale simple qui ne contient aucun augment. Elle se contente de réaliser les trois consonnes de la racine et de les inclure dans une structure verbale. On l’a souvent considérée comme étant la forme de base des autres dérivations et on a toujours étudié les autres formes par rapport à elle.14 La forme I, n’ajoute aucun trait sémantique à la racine, elle garde le même sens que 14On considère que toutes les formes verbales sont dérivées de la forme I et ce en ajoutant un préfixe ou un infixe. De la sorte, la forme I était considérée comme base de la dérivation morphologique. 38
  39. 39. celle-ci et ne fait que donner une projection verbale, lui permettant ainsi de se réaliser comme verbe et de répartir ses arguments.15 La forme I a une particularité qui la distingue des autres formes verbales ; en dehors du fait qu’elle est simple et qu’elle ne contient aucun augment la conduisant à changer les traits sémantiques ou les propriétés syntaxiques de la racine. Il s’agit de la voyelle qu’elle réalise en position V2, dite voyelle lexicale.2. Que peut-on dire sur la voyelle lexicale ? La voyelle lexicale apparaît exclusivement dans la forme I de l’actif. En effet, ni les neufs formes verbales restantes, ni la forme I du passif ne réalisent cette voyelle. La voyelle lexicale, en V2, peut être soit un « i » ou un « a » ou enfin un « u » ; ce sont là les seules voyelles que possède le système vocalique de l’arabe classique. On considère que la voyelle lexicale se trouve dans la racine et on la représente entre parenthèses : √ktb(a), √lbs(i), √kbr(u). Néanmoins, si l’on place la voyelle lexicale dans la racine, il faudra expliquer la raison pour laquelle la forme I du passif et les neufs autres formes verbales de l’arabe classique, qui utilisent soit le CV dérivationnel soit le CV préfixal soit les deux à la fois, ne contiennent pas cette voyelle. En effet, sachant que le passif est dérivé par apophonie de l’actif, on s’attendrait à avoir la forme « *kutub », partant de la forme de l’actif « katab », avec un simple changement du timbre de la mélodie vocalique : « a → u ». Pourtant, ce n’est pas la forme attestée dans l’arabe classique : la forme du passif est « kutib ». Vu la mélodie vocalique de la forme du passif « u__i », on en déduit que la mélodie 15Contrairement à ce que fait la forme II en ajoutant un sens « intensif » ou la forme IV en ajoutant un sens « causatif » ou encore la forme III « en ajoutant un sens « réciproque »…etc. 39
  40. 40. du départ de la dérivation est « a__ø» (katøb) et non pas « a_a » (katab). La chose aété établie par Guerssel et Lowenstamm (1993,1996). Le fait que la voyelle lexicale ne se maintient pas dans la forme I au passifest la preuve que cette voyelle ne se trouve pas dans le domaine de la racine. Demême, le fait que cette voyelle ne se réalise pas non plus dans les autres neufsformes de l’actif indique que la voyelle lexicale ne fait pas partie de la structuresyntaxique de l’actif. Qui plus est, il existe des formes verbales, et elles sont nombreuses, qui neréalisent pas la voyelle lexicale à la forme I de l’actif, ce qui signifie que cettedernière ne fait pas partie de la syntaxe d’une forme I. Ces formes verbales secontentent de mettre une voyelle « a » copie de la voyelle en V1 à la position V2. Onle sait car les formes de l’imperfectif laissent apparaître une voyelle « i », commeon peut le voir dans la liste suivante :(24) Perfectif Imperfectif - Darab ya-Drib (frapper) - Hamal ya-Hmil (porter) - saraq ya-sriq (voler) Si l’on peut avoir un nombre de verbes à la forme I sans voyelle lexicale, celan’empêche pas que d’autres verbes, quant à eux, réalisent cette voyelle sous cestrois timbres : « i », « a » et « u ». La structure argumentale d’un verbe contenantune voyelle « i » peut être identique à celle d’un verbe contenant la voyelle «a »comme elle peut être identique à celle d’un verbe contenant la voyelle « u ». Eneffet, un verbe en « i » peut avoir deux arguments pareillement qu’un verbe en « a »de même, il peut avoir un seul argument pareillement qu’un verbe en « u ». De ce fait, le choix du timbre de la voyelle lexicale ne dépend pas de lastructure syntaxique. La différence entre les verbes réalisant la voyelle lexicale « i »et les verbes réalisant la voyelle « a » ou la voyelle « u » est d’ordre sémantique. Lesverbes en « a » affectent l’objet alors que les verbes en « i » et en « u » affectent le 40
  41. 41. sujet ; la différence entre les verbes en « i » et les verbes en « u » est que les premiers affectent le sujet temporairement alors que les seconds affectent le sujet d’une manière permanente. De la sorte, lorsqu’un verbe a une structure simple, il a la possibilité d’insérer une voyelle lexicale en V2. Selon que le verbe affecte son objet ou selon qu’il affecte son sujet, d’une manière contingente ou permanente, la voyelle lexicale insérée sera « i » ou « a » ou « u ». La voyelle lexicale est entièrement différente des morphèmes du passif et du causatif, entre autres, vu que ces derniers modifient les arguments du verbe alors que la voyelle lexicale n’apporte aucun changement quant aux arguments ni même au sens du verbe. La voyelle lexicale est l’élément qui reflète la structure du verbe simple à l’actif : verbe simple par rapport au verbe contenant une position CV en plus et verbe à l’actif par opposition au verbe au passif. Etant donné que l’étude que nous proposons s’intéresse à la structure syntaxique des dix formes verbales et qu’il sévère que la voyelle lexicale n’en fait pas partie, nous ne proposons pas ici de résoudre le problème de savoir à quel niveau elle intervient. Nous nous sommes contentés de donner quelques arguments établissant qu’elle ne fait pas partie de la structure syntaxique de la forme I et qu’elle est insérée bien tardivement.3. Que représente réellement la racine ? La racine contient un nombre de traits sémantiques incluant des éléments tels que « objet », « qualité », « action », « état »…etc. Vu que notre étude porte uniquement sur les formes verbales, nous ne nous intéressons qu’aux racines dont la composition sémantique est celle d’un verbe. Les racines sémantiquement verbales contiennent des traits tels que « action », « état » ainsi que les participants à l’événement dénoté par la racine. 41
  42. 42. Ce contenu sémantique se reflète dans la structure de la racine voire de √P.En effet, selon le nombre des arguments que renferme une racine et selon le rôlethématique de chacun d’eux, l’architecture de √P sera différente. Trois structuressont à dénombrer. Une racine telle que √ktb dont la matrice se présente de la façon suivante :(25) √ktb Ecrire Action Agent (+humain) Thème (-humain) Aura la structure suivante : √P(26) Argument 1 √’ (Agent) Argument 2 √ktb (Thème) L’argument « Agent » prend la position Spécifieur et l’argument « But »prend la position Complément. Les racines qui ont deux arguments auront toutescette même structure. La position Spécifieur sera remplie par l’argument qui faitl’action ou qui est la source de l’action que ce soit un « Agent » ou un « Thème » etla position Complément sera remplie par l’argument qui subit l’action ou qui estdirectement affectée par l’action que ce soit un « Patient » ou un « But ». Ce même ordre sera conservé lorsque √P est sélectionnée par un VP quipermettra de donner à l’argument en position Spécifieur la fonction SyntaxiqueSujet et à l’argument en position Complément la fonction Complément d’objetrespectant ainsi la relation entre fonction syntaxique et rôle thématique. 42
  43. 43. Une racine telle que √xrj dont la matrice est :(27) √xrj Sortir Action Thème (+animé/-animé) Aura la structure suivante :(28) √P Argument √xrj (Thème) Le seul argument que comporte la racine a le rôle thématique « Thème » et iloccupe donc la position Spécifieur de √P. Ce sera le cas pour toutes les racines quiont un seul argument dont le rôle thématique est « Agent » ou « Thème ». Ce genrede racine donne à la forme I, une fois sélectionnée par VP, des verbes intransitifsou inaccusatifs tels que « sortir » mais aussi « tomber ». L’argument « Agent » ou« Thème » occupera, une fois √P sélectionné par VP, la position Spécifieur de VP etaura, par la suite, la fonction Sujet. Une racine telle que √ksr dont la matrice est :(29) √ksr Casser Expérience Patient (-humain) Aura la structure suivante : √P(30) Argument √ksr (Patient) 43
  44. 44. Le seul argument que détient cette racine a le rôle thématique « Patient » etil occupe donc la position Complément de √P. Ce sera le cas pour toutes les racinesdont le seul argument a le rôle thématique « Patient ». Cet argument, une fois √Psélectionnée par VP, gardera sa position de Complément et aura la fonctionComplément d’objet. Il ne prendra pas la position Spécifieur de VP et ne sera pas leSujet dans une forme I « kasar » : « *kasar al-ka?s ». Il est intéressant de signalerque ce genre de racines est le seul qui peut avoir une forme VII « n-fa3al » ; ce quipermet de les distinguer des racines à un seul argument du type « √xrj ». Desurcroit, ces racines lorsqu’elles font une forme II, celle-ci dénote toujoursl’intensif et jamais le causatif comme c’est le cas pour les autres formes II. Ainsi, lorsqu’une racine détient un seul argument, ce qui détermine si cetargument prend la position Spécifieur ou Complément c’est son rôle thématique.La différence entre la structure en (28) et en (30) provient de la différence entrel’argument que détient une racine telle que √xrj et celui que détient une racine telleque √ksr. Dans le premier cas, l’argument est celui qui fait l’action et a le rôlethématique « Thème » alors que dans le deuxième cas l’argument est celui qui subitl’action et a le rôle thématique « Patient ». De ce fait, dans (28) l’argument prend laposition Spécifieur (cet argument aura par la suite la fonction Sujet du verbe de laforme I) alors que dans (30) l’argument prend la position Complément (cetargument aura par la suite la fonction Complément d’objet du verbe de la forme I). Si l’on admet aisément qu’une racine puisse avoir un seul argument quandce dernier a le rôle thématique « Agent » ou « Thème » dans la mesure où uneaction ne nécessite pas obligatoirement la participation d’un autre argument, le casd’une racine dont le seul argument a le rôle thématique « Patient » nécessite uneexplication. En effet, ce qui dit « Patient » dit un argument qui subit une action faitepar un autre argument. D’ailleurs à la forme I, le verbe « kasar » laisse apparaîtreun sujet « Agent » : « 3ali kasar al-ka?s » (3ali a cassé le verre). 44
  45. 45. Considérer que la racine √ksr ne contient dans sa grille thématique que l’argument « Patient » et que l’argument « Agent » est ajouté par une autre projection est dicté par la relation qu’entretient ce dernier avec l’événement dénoté par la racine. L’argument « Agent » qui apparaît dans une proposition telle que: « 3ali kasar al-ka?s » (3ali a cassé le verre) et qui assure la fonction Sujet, ici « 3ali », fait une action autre que « casser ». En effet, ce que fait le sujet est une action du type « jeter », « laisser tomber », « taper »…etc., dont résulte l’événement « casser ». C’est l’argument qui prend la position Complément, ici « ka?s », qui est concerné par cet événement ; le français permet de rendre compte de ce sens et admet une proposition du type : « le verre casse ». Par ceci, la racine √ksr se distingue d’une racine telle que √ktb qui, elle, détient dans sa grille thématique et l’argument « Agent » et l’argument « Patient ». En effet, dans la proposition avec le verbe à la forme I « katab » : « 3ali kataba risaalat-an » (3ali a écrit une lettre), l’argument « 3ali » fait l’action « écrire » et est donc concerné par l’événement dénoté par la racine.4. Que contient le domaine VP ? En dehors de la voyelle lexicale qui est insérée tardivement, la forme I « fa3al » contient uniquement la racine et la projection VP qui permet de réaliser un verbe.16 On considère communément que la projection VP est constituée d’une tête V qui renferme un verbe, d’un Spécifieur qui renferme un argument dont le rôle thématique est « Agent » ou « Thème » et dont la fonction syntaxique est Sujet puis d’un Complément qui renferme un argument dont le rôle thématique est « Patient » et dont la fonction syntaxique est Objet. La tête V de VP comporte un 16 Bien entendu la forme I aura des projections d’Aspect et d’Accord mais ici nous parlons seulement du niveau le plus bas de la structure syntaxique. 45
  46. 46. verbe sous forme de radical pour les langues romanes et sous forme de racine pourles langues sémitiques. Avec l’hypothèse qui stipule qu’une racine vient avec ses arguments, la grillethématique qu’on attribuait au verbe devient l’affaire de la racine et la projectionVP se voit ôter ses constituants. En effet, la racine ainsi que les argumentsprennent place non pas dans la projection VP mais dans la projection √P :(31) √P √’ Argument 1 √f3l Argument 2 Le domaine √P contient la racine et ses arguments. La racine occupe laposition tête et les arguments, selon leurs traits sémantiques et le rôle thématiquequ’ils peuvent revêtir, occupent soit la position Spécifieur ou la positionComplément de √P. De la sorte, ce qui constitue la partie lexicale d’un verbe estdorénavant accordé à √P et non plus à VP. Par conséquent, la notion de tête lexicalequ’on attribuait à V n’est plus valable et c’est la tête √ qui assume à présent ce rôle. Privé de sa propriété d’être une tête lexicale, V ne peut que devenir une têtefonctionnelle. A vrai dire, malgré le fait qu’on considérait la tête V comme étantune tête lexicale, elle n’en était pas moins un élément qui assumait quelquesfonctions syntaxiques telles qu’assigner l’accusatif. De ce fait, VP joignait à la foisdes propriétés syntaxiques et des propriétés lexicales du verbe. Avec l’hypothèse d’une racine qui projette ses propres arguments, celle-ciprend en charge le côté lexical du verbe et laisse à VP le côté fonctionnel. Ainsi, latête de VP devient fonctionnelle et se doit de contenir un élément qui constitue unemarque verbale et qui peut structurer les arguments de la racine. 46

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