Enregistrements bettencourt

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Enregistrements bettencourt

  1. 1. Affaire Bettencourt Les enregistrements secrets D u 25 mai 2009 au 11 mai 2010, le maître d’hôtel de Liliane Bettencourt a enregistré en cachette les conversations de la milliardaire avec ses conseillers les plus proches, dans une pièce de son hôtel particulier, à Neuilly. Au fil des entretiens, bien des secrets s’y dévoilent. Aussi ces dialogues vo- lés constituent-ils désormais la pièce à conviction essentielle d’une enquête devenue affaire d’Etat. Fallait-il en divulguer le contenu ? Après mûre ré- flexion, et sans ignorer les questions de principe que peut soulever ce choix, Le Point répond par l’affirmative, au nom du droit à l'information. Non sans rappeler que, si des poursuites judiciaires ont été lancées pour « atteinte à la vie privée », les enregistrements ont été remis à la police par la fille de Mme Bettencourt, convaincue qu’ils apportent la preuve d’une manipula- tion contre sa mère. La femme la plus riche de France est-elle sous influence ? A-t-elle été dépossédée sans le comprendre d’une partie de ses biens ? Le pouvoir est-il intervenu sur le cours de l'affaire? Quelles relations la mil- liardaire entretient-elle avec les politiques et les juges ?Après lecture de ces extraits inédits, chacun pourra se faire une opinion H. G. Les protagonistes Liliane Patrice Fabrice François- Jean-Michel Georges Bettencourt, de Maistre, Goguel, Marie Banier, Normand, Kiejman, fille d'Eugène homme de avocat chargé des photographe, écri- notaire de avocat de Schueller, fonda- confiance de affaires financiè- vain, ami de Mme Mme Bettencourt Mme Bettencourt. teur du groupe Mme Bettencourt res et fiscales de Bettencourt, pour- et de M. Banier. L'Oréal. et directeur géné- Mme Bettencourt suivi en justice par ral de Téthys, son jusqu'à la fin sa fille pour « abus holding familial. 2009. de faiblesse ». Le Point | I
  2. 2. eN couverture « C'est Courroye qui est le nœud du truc. C'est pas Sarkozy, c'est Courroye. » P. de M. 12 juin 2009. « Je vais à – L.B. : (S’adressant à de Maistre.) Vous « Carlos devient de plus en l’Elysée cet après-midi » êtes d’accord ? plus menaçant. » Patrice de Maistre, Fabrice Goguel, – P. de M. : Cent pour cent. Patrice de Maistre, Fabrice Goguel, Liliane Bettencourt. – F.G. : La conclusion de cet entretien, Liliane Bettencourt. Le gestionnaire et l’avocat assurent à la c’est qu’il va réfléchir maintenant au Le gestionnaire de l’île d’Arros (Seychel- milliardaire que l’affaire d'abus de fai- dossier. Et il ne m’a absolument pas les) réclame de l’argent. La vieille dame blesse est suivie de près en haut lieu. Ils dit s’il allait arrêter l’affaire ou s’il al- et ses conseillers s’inquiètent de ce qu’il l’encouragent à maintenir son refus de lait saisir le tribunal. […] Il n’y aura en pourrait révéler… toute expertise médicale. tout cas pas de juge d’instruction. – P. de M. : Moi, j’ai été appelé par – P. de M. : L’autre point, c’était notre – P. de M. : Bonjour, Madame. l’Elysée pendant que Me Goguel était cher Carlos. Je l’ai vu avant-hier et il – F.G. : Bonjour, comment allez- chez le procureur, et donc j’y vais cet continue à… vous ? après-midi. Je ne sais pas ce qu’il va – L.B. : … à vouloir de l’argent. – L.B. : Bien. Ça fait longtemps que je me dire. Mais, enfin, tout le monde – P. de M. : Oui. Nous en avons parlé. ne vous ai pas vu ! suit ce cas. – L.B. : Mais qu’est-ce qu’il veut faire – F.G. : Une semaine. Je suis ravi que – L.B. : Qui va me voir ? de cet argent ? On n’en sait rien. vous trouviez le temps long quand – P. de M. : Non, moi, je vais à l’Elysée – P. de M. : Zéro. Il ne veut pas en par- vous ne me voyez pas, mais… cet après-midi puisque le conseiller ler. Il me dit qu’il faut lui faire – L.B. : Alors, où en sommes-nous ? de Sarkozy m’a appelé ce matin – je confiance. – F.G. : Je sors du bureau du procureur ne lui avais rien demandé – pour me – L.B. : C’est justement parce qu’on de la République. Je suis allé discuter dire : « Je sais que Me Goguel est chez est dans ces affaires qu’on ne peut avec M. Courroye, le procureur, du le procureur et je veux vous voir. » […] pas… A votre avis, qu’est-ce que ça dossier. J’ai voulu lui expliquer pour- Donc peut-être que cet après-midi peut être ? quoi vous refusiez qu’il y ait une nou- j’aurai quelque chose de nouveau. – P. de M. : Je n’ai aucune idée. velle expertise [médicale]. – L.B. : C’est quand même plutôt bon – F.G. : Il dit que ce serait pour acheter – L.B. : Est-ce qu’il a compris, signe, non ? un hôtel particulier à Paris. […] d’abord ? – P. de M. : Oui, il suit l’affaire… – L.B. : Mais on ne peut pas lui dire – F.G. : Je pense qu’il a compris, mais – L.B. : Et s’il s’en lavait les mains ? que ça ne se fait pas ? ça l’ennuie. En réalité, il voudrait faire – P. de M. : Il suit l’affaire. Mais ils font – F.G. : On lui a dit, tous les deux. Mais juger l’affaire par l’expert. Pour lui, ce qu’ils peuvent. C’est Courroye qui ce qui est désagréable, c’est qu’il de- en fait, l’expertise est une façon de ne est le nœud du truc. C’est pas Sarkozy, vient de plus en plus menaçant. pas avoir de décision à prendre lui- c’est Courroye. – L.B. : Dans quel sens ? même. Donc, il est déçu que vous – L.B. : Il est gêné aux entournures. – F.G. : Eh bien, vous savez qu’on n’a n’acceptiez pas l’expertise. Mais je lui – F.G. : Courroye aussi est très gêné. pas très envie que des gens se deman- ai expliqué que vous aviez le senti- Il a très peur de devoir prendre une dent qui est finalement propriétaire ment que c’était votre fille qui pous- décision. Il pense qu’il y a des risques. d’Arros. Et donc, euh, on commence sait toute cette procédure. C’est pour ça qu’il aurait préféré l’ex- à être un peu inquiets de son compor- – L.B. : Il faut lui dire que je suis exper- pertise, qui lui aurait évité le risque. tement sur ce sujet-là. tisée tout le temps ! (De Maistre rit.) – P. de M. : En tout cas, Me Goguel et (A ce moment, de Maistre entend un bruit – F.G. : C’est un peu ce que je lui ai dit. moi, on est tout à fait derrière vous derrière la porte. Il l’ouvre et constate la (Elle rit.) Je lui ai dit qu’il y avait une pour dire que les expertises, ça suffit. présence du garde du corps.) question de dignité de votre part et Vous en avez eu assez. Et il ne peut – P. de M. : Je suis paranoïaque. C’est que refuser de se contenter des exper- pas vous l’imposer. Enrico, ça va. tises que vous avez déjà faites, ce serait – F.G. : D’autant plus que – il me l’a – L.B. : Vous ne croyez pas qu’il ne faut sous-entendre qu’elles auraient pu dit ce matin – l’expertise qu’il voulait pas avoir peur ? être manipulées, qu’elles ne corres- aurait été quelque chose de très long – F.G. : C’est ce qu’on préférerait… pondraient pas à la vérité, et que vous et de très approfondi, donc de très – P. de M. : Nous n’avons pas peur, trouvez que ce serait contraire à votre désagréable pour vous. Il voulait faire nous manœuvrons. dignité. beaucoup de recherches… II | Le Point
  3. 3. 3 juillet 2009. « Aller voir – P. de M. : Le palais de l’Elysée. Le ment vous dire que, euh, Mme B. va Sarkozy était une mauvaise conseiller de Nicolas Sarkozy. Il m’a prendre Kiejman demain… chose » appelé, il y a… – F.-M.B. : Patrice, ne me dites rien sur Liliane Bettencourt, Fabrice Go- – L.B. : Sarkozy ? ce téléphone, parce que ça passe par guel. – P. de M. : Non, son conseiller juridi- le téléphone de la maison et Mlle L’avocat a appris que de Maistre avait que, à l’Elysée, que je vois régulière- Bettencourt écoute tout. enrôlé son confrère Georges Kiejman. Il ment pour vous. Et il m’a dit que le – P. de M. : Ah, d’accord, OK. déplore ce choix. procureur Courroye allait annoncer – F.-M.B. : La seule chose qu’il faut que le 3 septembre, normalement, que la Liliane sache, pour se renforcer, qu’elle – L.B. : De Maistre a l’affaire en mains. demande de votre fille était irreceva- ne se fasse aucun problème […] Je vous Il faut qu’il réussisse. Il faut lui don- ble. Donc classer l’affaire. Donc, voilà. supplie, Patrice, de retrouver tous les ner toutes les armes. Mais il ne faut le dire à personne, cette gens qu’elle a vus depuis deux ans et – F.G. : C’est peut-être là qu’il y a un fois-ci. Il faut laisser les avocats tra- tous les dons qu’elle a faits. Vous m’en- malentendu. Il n’est pas avocat, il n’a vailler. Voilà. Il vaut mieux que j’en- tendez bien ? pas l’habitude des problèmes judi- tende ça qu’autre chose. Donc je suis – P. de M. : Oui, mais comme vous ciaires. Ce qu’il a fait jusqu’à mainte- de bonne humeur. Je pense que l’avo- dites… Ne parlez pas au téléphone. nant a été assez malencontreux. cat de votre fille a fait une énorme – F.-M.B. : Très bien. Mais ne vous in- – L.B. : Qui, Kiejman ? bêtise. Tant mieux pour nous ! Et, quiétez pas, c’est de notoriété publi- – F.G. : Non, De Maistre. C’est un très concernant les avocats, on est toujours que, moi j’ai vu la plainte et toutes bon expert-comptable, un bon finan- d’accord, on va prendre Kiejman – ce ces histoires de boniches épouvanta- cier, mais ce n’est pas un avocat. Il a grand monsieur, comme vous dites bles… Tout ça, ce sont des racontars, un peu tendance à vouloir tout diri- – […] et Goguel… on le garde, mais en rien n’est vrai ; tout ça est un montage ger. […] Ce qu’il a fait pour l’instant a second. Vous confiez la direction des de voyous et on s’en fout ! très mal tourné. C’est-à-dire que, vous opérations à Me Kiejman. Vous êtes – P. de M. : Bon. En tout cas, ne vous avoir emmené voir Sarkozy, finale- d’accord ? Mais je crois qu’il faudra inquiétez pas trop, c’est tout ce que ment, ça a été une très mauvaise chose. lui dire cela demain, après le notaire je peux vous dire. Parce que c’est à cause de ça que le – où on va tous les deux […] procureur ne veut plus régler le dos- – L.B. : Goguel vous paraît com- 7 septembre 2009. « J’ai écrit sier : pour montrer qu’il est indépen- ment ? une lettre à Banier ; il en vou- dant de Sarkozy. – P. de M. : Je vous ai toujours dit que lait une autre » – L.B. : Oui, je comprends. Je vais le ce n’était pas l’homme de la situa- Patrice de Maistre, Liliane Betten- lui dire. tion. court. – L.B. : C’était qui ? La milliardaire rentre de sa propriété de 21 juillet 2009. « Ces histoires – P. de M. : Je pense que ça peut être l’Arcouest. Elle est indignée par le procès de boniches, c’est des racon- Kiejman. intenté à Banier par sa fille. tars ! » – L.B. : Le gros ? Patrice de Maistre, Liliane Betten- – P. de M. : Non, le grand avec une – P. de M. : Vos gens me disent : « Elle court, François-Marie Banier (au té- moustache. Vous l’avez vu l’autre est en pleine forme, on n’en peut léphone). jour ! plus ! » (Il rit.) Alors je suis content. La fille de la milliardaire a fait délivrer – L.B. : On a quand-même une période – L.B. : La Bretagne, ça a été très diffi- une citation directe contre Banier pour de réflexion ? cile et merveilleux. Très difficile parce « abus de faiblesse ». De Maistre dispose – P. de M. : Ah, non, normalement que j’ai retrouvé mon père, la cham- d’un « tuyau » venu de très haut (qui se vous avez décidé – c’est ce que vous bre de mon mari… Alors, faire face à confirmera). La vieille dame ne sait pas m’avez dit. Je crois que c’est bien. tout ça, ce n’est pas facile. Mais je suis qui est son avocat. – L.B. : Oui, c’est bien. revenue, je m’en suis sortie et, ici, il y – P. de M. : Je suis sûr que c’est bien. a pas mal de choses à faire. Dites donc, – L.B. : Vous êtes content ? Si vous me faites confiance, c’est bien. ça ne s’annonce pas mal pour ma fille – P. de M. : Je suis très content. Pour […] et pour moi… vous. (Un domestique apporte le téléphone. – P. de M. : Ça s’annonce bien. – L.B. : Pourquoi ? Mme Bettencourt échange quelques mots – L.B. : Je déjeune demain ou après– – P. de M. : Euh, il faut vraiment que avec Banier puis de Maistre prend le demain avec son avocat. ça ne parte pas vers François-Marie combiné et s’isole.) – P. de M. : Le vôtre ! Kiejman. C’est [Banier] ce que je vais vous dire. J’ai – P. de M. : Allô ? C’est Patrice. bien. eu l’Elysée et l’Elysée m’a dit que… – F.-M.B. : Bonjour, Patrice, ça va ? – L.B. : Il m’a dit qu’officiellement – L.B. : Qui ? – P. de M. : Ça va. Je voulais simple- elle n’avait absolument pas le droit Le Point | III
  4. 4. eN couverture « Je n’ai aucune envie que vous tombiez dans les pattes de votre fille. » P. de M. de faire une chose pareille. Ses conseillers veulent lui faire signer un – L.B. : Elle ne pourra pas bouger. J’ai – P. de M. : C’est ce que je vous dis de- document désignant de Maistre et le mé- compris. puis toujours. decin Gilles Brücker, ami d’enfance de – P. de M. : Bon. Kiejman va voir votre – L.B. : C’est encore mieux que de ga- Banier, comme « protecteurs » au cas où notaire aujourd’hui, pour bien voir gner ! elle serait reconnue en état de faiblesse. une dernière fois si on peut le signer – P. de M. : Le raisonnement est sim- Sous leur influence, la vieille dame va maintenant ou pas. Moi, j’ai beaucoup ple. Elle n’a pas le droit de faire votre jusqu’à envisager de vendre la partici- réfléchi et je dis que l’on a intérêt à bonheur malgré vous, si je résume. pation familiale dans L’Oréal . signer le plus rapidement possible. Voilà. En droit, c’est ça. En termes – L.B. : Je signe là ? juridiques, ça veut dire qu’une fille – P. de M. : J’ai plusieurs sujets à voir – P. de M. : Non, non, pas maintenant ! ne peut pas se porter partie civile pour avec vous. Le premier, c’est le mandat Que dit la justice : si Mme Bettencourt sa mère – puisque c’est sa mère et que de protection. Vous voyez de quoi je était en curatelle ou en tutelle et que ça la regarde. parle ? sa fille était responsable d’elle, bien – L.B. : Heureusement ! Je vais être – L.B. : Pas trop. Un mandat ? Pour sûr, elle pourrait attaquer M. Banier. familière : heureusement que je n’ai moi ? Il faut couper ça le plus vite possible. jamais eu l’intention de coucher avec – P. de M. : Oui. On a mis au point ce Moi, je vous ai déjà dit que je faisais François-Marie Banier. Qu’est-ce que mandat, avec Goguel, il y a six mois. ça – je vais dire le mot – par affection ça aurait été sinon ! (Il rit.) Je l’aime Et, au moment où vous et moi on de- pour vous, parce que je n’ai aucune beaucoup, hein. Il m’a beaucoup ap- vait aller le signer, vous n’étiez pas envie que vous tombiez dans les pat- porté… Mais enfin, sur ce plan-là, c’est bien. Vous vous souvenez, avant les tes de votre fille, pardonnez-moi l’ex- un autre monde ! Mais c’est la jalou- vacances… Maintenant, vous êtes très pression. sie… bien. – L.B. : Ni pour moi, ni pour vous, ni – P. de M. : Oui. – L.B. : Le mandat consiste en quoi ? pour la maison. – L.B. : Pas uniquement de ma per- A me protéger ? – P. de M. : Voilà. Moi, le jour où il y sonne, mais de l’argent. – P. de M. : Le mandat consiste à dire aura votre fille, je m’en vais. Je ne peux – P. de M. : […] C’est une guerre d’usure. qu’aujourd’hui vous décidez que, si pas. Je suis fabriqué comme cela. […] C’est plus long que je ne le pensais, vous n’êtes pas bien dans le futur, – L.B. : Demain je meurs, elle arrive. mais je suis optimiste. D’ailleurs vous demandez à deux personnes de – P. de M. : Ah oui, ça… Alors là… François-Marie est assez content, vous protéger. C’est-à-dire que vous – L.B. : Il n’y a rien à faire contre ça… n’est-ce pas ? demandez au professeur [Gilles] Sauf de vendre ? – L.B. : Oui, content. Brücker de s’occuper de votre per- – P. de M. : Oui, euh, écoutez… (Il sou- – P. de M. : Je l’ai eu avant et je lui ai sonne – ça s’appelle comme ça : « pro- pire.) dit : « Allez, tout le monde n’est pas tecteur à la personne » – et à moi de – L.B. : Et encore… Est-ce qu’on pour- contre vous. » Je ne l’ai pas eu après. m’occuper des biens, c’est-à-dire ce rait vendre sans son consente- Vous l’avez eu, vous ? que je fais maintenant. L’idée que ment ? – L.B. : Non. Euh, oui, oui. Je lui ai écrit j’en ai, c’est que, si vous n’êtes pas – P. de M. : Euh, oui. Une partie seule- une lettre, il en voulait une autre – je bien un jour, votre fille va immédia- ment, puisqu’elle a une partie [des ne l’ai pas encore écrite… tement essayer de vous faire mettre titres de L’Oréal] en nue-propriété. Et – P. de M. : Bon. Je crois que si François- sous tutelle. C’est ce qu’il ne faut pas, puis, si on vendait, vous ne pouvez Marie garde son calme, ça devrait à mon avis. pas… Elle bénéficiera après vous de normalement se terminer par la jus- – L.B. : C’est évident. cet argent. Non, moi je crois – vous tice qui dira à votre fille : ce n’est pas – P. de M. : La solution que Goguel a m’en avez parlé un jour – qu’il faudra votre sujet, vous n’avez pas à faire trouvée, c’est de bâtir ce mandat de que, si ça n’est pas fait, vous fassiez ça. protection, qui fait que, si un jour un testament pour ce qui n’est pas à vous n’êtes pas bien, vous aurez deux elle. Pour que vous puissiez donner « Un mandat ? Pour me pro- personnes : le professeur Brücker pour aux gens à qui vous voulez le donner : téger ? » la santé et moi pour les affaires. Et, à votre fondation, à qui vous voulez, Patrice de Maistre, Liliane Betten- par conséquent, votre fille ne pourra ça vous appartient. […] court. rien faire. – L.B. : Qu’est-ce qu’elle aura, elle ? IV | Le Point
  5. 5. – P. de M. : Après vous ? Ben, elle aura – L.B. : Vous avez moins confiance en que reconnaître une chose passée. ce que vous avez. Mais vous lui avez Agon [Jean-Paul Agon, directeur gé- – P. de M. : Mais, euh, quand ? Il y a déjà donné l’essentiel : la nue-pro- néral de L’Oréal] ? cinq ans ? Il y a dix ans ? priété. – P. de M. : J’ai moins confiance en – G.K. : Non, parce que ce qui est im- – L.B. : Est-ce que je ne peux pas me Agon vis-à-vis de vous. Parce que son portant, c’est qu’elle régularise les sortir de ça ? avenir est devant lui, et il sait très bien choses du passé mais qu’elle n’en fasse – P. de M. : … En tout cas, pendant le que… pas de nouvelles, hein… procès, il faut surtout ne rien faire. – L.B. : Il est beaucoup plus du côté de – J.-M.N. : Ce n’est pas nouveau. Jus- Parce que ça montrerait… Pour le mo- Françoise que du mien. tement pas. Vous voyez, j’ai appelé ment, il ne faut pas bouger. – P. de M. : Voilà. ça : « pour régularisation de disposi- – L.B. : Vous avez raison. – L.B. : Il s’entend bien avec Jean-Pierre tions antérieures »… (Rires.) Je vais Meyers ? vous montrer la lettre que j’ai dans « Si vous êtes fatiguée, je vous – P. de M. : Je ne sais pas. Mais il les mes papiers. représenterai. » voit, il… Vous voyez ce que je veux – P. de M. : Mais il y a tellement d’ur- Patrice de Maistre, Liliane Betten- dire. Tandis que Lindsay, il voit Fran- gence à faire ça ? Je sais bien que Fran- court. çoise, mais si les Meyers peuvent se çois-Marie Banier m’a appelé pour ça, Le gestionnaire plaide pour la reconduc- séparer de lui, ils le feront. Parce qu’ils mais… tion de Lindsay Owen Jones à la prési- vous isoleront. – J.-M.N. : Il y a l’histoire du tableau dence (non exécutive) de L’Oréal. Sinon, – L.B. : Ah… qui les embarrasse énormément […] prédit-il, on la poussera " dans un – P. de M. : Imaginez le conseil de Il disait que ce tableau, normalement, coin »... L’Oréal sans Lindsay. On va vous met- il devrait être chez elle, mais il est – P. de M. : Je pense qu’il faut que vous tre dans un coin. chez… gardiez Owen Jones encore pendant – L.B. : Quand vous me dites que mon – G.K. : Qu’est-ce que c’est que ce ta- quatre ans. Si vous le faites, il faut gendre pourrait diriger L’Oréal… C’est bleau ? préparer cela. Parce que, d’après ce ce qu’il a voulu en l’épousant. – J.-M.N. : Je ne sais pas très bien… quoi qu’on sait, votre gendre est en train – P. de M. : Non. Ce qu’il a voulu en vous dire. de manipuler, de voir Nestlé – on ne l’épousant, c’est l’argent. Ce n’est pas – P. de M. : Bon, attention, elle arrive. sait pas exactement ce qu’il fait, mais très joli, ce que je vous dis, mais… C’est pas la peine de… Non, mais vous il a l’air de bouger. – L.B. : Vous avez raison. C’est tout à êtes fou : refermez ça, on ne va pas – L.B. : Expliquez-moi ce qu’il fait. fait vrai. faire ça maintenant ! Maître ! Maître ! – P. de M. : Il essaie de sortir Owen On ne fait pas ça maintenant, hein ! Jones… – L.B. : Mais de quelle manière ? 9 septembre 2009. « Atten- « Je ne peux pas signer ça – P. de M. : Ben, qu’il ne soit pas renou- tion, elle arrive ! » comme ça ! » velé, c’est tout. Patrice de Maistre, Jean-Michel Nor- Patrice de Maistre, Jean-Michel Nor- – L.B. : Mais qui va voter pour ou contre mand, Georges Kiejman. mand, Georges Kiejman, Liliane Bet- Owen Jones ? Moi ? L’homme d’affaires, le notaire et l’avocat tencourt. – P. de M. : Vous et les autres admi- évoquent un document destiné à régula- La vieille dame ne comprend pas l’intérêt nistrateurs. (…) Mais il y a Nestlé riser des donations au profit de Banier. d’un mandat de protection. Elle semble aussi. Il faut que Nestlé soit d’accord Un tableau semble avoir disparu… avoir oublié que le notaire lui en a déjà avec vous. […] Je pense que si, après, parlé. les choses tournent, vous avez Lind- – Le maître d’hôtel : Madame ne va say chez L’Oréal – il ne va pas vous pas tarder. – G.K. : Bonjour, bonjour ! trahir – et vous m’avez moi ici. Avec – J.-M.N. : J’ai préparé deux actes […] – J.-M.N. : Mes hommages, Madame. ça, on peut tenir. Une fois qu’on aura pour constater la remise à titre de – L.B. : Comment allez-vous ? […] bordé ça et une fois que le mandat dons manuels de ces objets qui cor- (Le notaire lui présente un projet aura été signé, j’espère que vous allez respondent à des dates d’anniversaire. d’acte.) rester avec nous encore très long- Il faut lui faire signer. – L.B. : C’est en bas que je signe ? temps mais, si vous êtes fatiguée, si – G.K. : Mais la donation elle-même – J.-M.N. : Attendez, euh… Que je vous vous ne pouvez plus, je vous repré- remonte à quand ? donne un mot d’explication quand senterai et Lindsay sera là. Mais il ne – J.-M.N. : Oh, il y a assez longtemps. même. Cet acte-là, nous en avons parlé faut pas que ce soit Jean-Pierre Meyers Vous savez qu’en matière de dona- au mois de juin ; je vous avais présenté [le gendre] ou quelqu’un que je ne tions, c’est la remise physique – ce l’acte, vous l’avez parcouru, je vous connais pas parce que je ne pourrai qu’on appelle la « tradition » – qui ai donné des explications, m’avez posé pas… (…) constate la donation. Donc je ne fais des questions – du reste tout à fait Le Point | V
  6. 6. eN couverture « Il y a une loi assez dure pour les gens qui ont des biens à l'étranger non déclarés… » P. de M. judicieuses – et donc, aujourd’hui, on – P. de M. : Ben, c’était tout. Je pensais Je crois qu’il vaut mieux que vous la régularise quelque chose qui est en qu’on allait signer ça et je crois que si revoyiez en tête à tête. (A Mme Betten- droite ligne de la situation dans la- voulez le lire et réfléchir, il faut que court) Me Normand va revenir vous quelle nous sommes. […] vous preniez le temps de le faire. Ce voir. (Au notaire et à Me Kiejman) Je (Mme Bettencourt parcourt le projet, n’est pas à une semaine près. crois qu’il y a un gros malentendu sur tournant les pages une à une. Soudain, – L.B. : Là, je suis sous protection. le mandat… elle s’interrompt.) -P. de M. : Non, pour le moment, vous – L.B. : Je ne peux pas continuer comme n’êtes pas sous protection. 17 septembre 2009. ça, ça me prend trop de temps ! J’ai – L.B. : Sous protection, ça veut dire « Ne donnez pas vos bijoux besoin d’en parler en même temps. que je ne peux pas changer d’avis… à Banier. » Vous comprenez ? – J.-M.N. : Je m’explique. Cette protec- Patrice de Maistre, Liliane Betten- – J.-M.N. : Très, très bien. tion ne jouera que dans le cas où vous court. – L.B. : Ça demande une respiration. ne pourrez plus… […] La vieille dame s’inquiète des demandes Il fallait me le donner à lire avant ! – P. de M. : Le but de tout cela, c’est de son ami. Son homme de confiance re- – J.-M.N. : Je suis venu vous le por- que si quelqu’un – votre fille en par- doute qu’elle lui cède une fois encore. ter… ticulier – veut essayer de vous mettre – L.B. : Mais on n’en a pas parlé ! sous tutelle ou sous curatelle, vous – L.B. : Banier, à mon avis, je le sens, – J.-M.N. : Si, je suis venu vous voir le direz : c’est très gentil mais j’ai déjà va venir demain pour me demander 26 juin, on en a parlé… signé un mandat de protection et par quelque chose. Vous savez pour- – L.B. : Je préfère prendre le temps. conséquent je n’ai pas besoin de quoi ? Mais en tout cas, je ne peux pas signer cela. – P. de M. : (Il sourit.) Non. Il ne va pas ça comme ça. – G.K. : Ça s’appelle un mandat de vous redemander de l’argent ? – P. de M. : Mais bien sûr ! Si vous ne protection future. C’est-à-dire que – L.B. : Non. voulez pas signer ça comme ça, il ne dans le présent, ça ne change rien à – P. de M. : (Il soupire.) faut surtout pas le faire. Vous pouvez votre situation. Vous avez votre pleine – L.B. : Non, ce n’est pas ça. en reparler à Me Normand, qui vous capacité d’agir et même, si vous chan- – P. de M. : Je ne sais pas. a parlé au mois de juin. gez d’avis, de révoquer cela. Par contre, – L.B. : Parce que je suis allée chez le – J.-M.N. : Le 26 juin, oui. Je vous ai effectivement, si votre fille revient à notaire hier. Il y a des choses qui res- donné des explications sur la finalité la charge dans cinq ans, six ans, sept tent, j’imagine… qui ne sont à per- de cette opération : c’est pour vous ans en disant que peut-être, en 2009, sonne… préserver. Et le choix des mandataires sa mère était en pleine forme contrai- – P. de M. : Il ne faut pas donner vos que nous faisons, c’est-à-dire M. de rement à ce qu’elle pensait, mais bijoux à Banier. Maistre et le professeur Brücker, c’est qu’aujourd’hui elle ne l’est plus, et – L.B. : A qui ils seront alors ? la meilleure garantie de protection qu’elle essaie à ce moment-là de vous – P. de M. : Je ne sais pas mais… On pour vous. La personnalité de M. de faire mettre en tutelle, vous êtes en peut trouver une solution. Au pire, Maistre et du professeur Brücker, l’un mesure de dire : « J’avais prévu que ça vous les vendrez, vous les donnerez pour le patrimoine et l’autre pour la pourrait arriver un jour et j’ai choisi aux pauvres, mais à Banier, ça ne cor- personne, c’est un encadrement qui moi-même la personne qui s’occupe- respond à rien. convient tout à fait à la situation. rait de mes affaires. » (…) – L.B. : Non, non, non. L’acte a été préparé longuement : deux (Le notaire lui remet le projet d’acte.) – P. de M. : Ce n’est pas normal. avocats, ma collaboratrice se sont – L.B. : (A de Maistre) C’est à la minute penchés sur cette affaire ; moi-même qu’il faut signer ? « M. de Maistre connaît j’ai rédigé certains paragraphes. Donc – P. de M. : Est-ce que vous voulez le tout. » je peux vous garantir que c’est quel- signer maintenant ou pas ? On peut Jean-Michel Normand (notaire), Li- que chose de parfaitement assuré. Et parfaitement revoir ça plus tard. liane Bettencourt. je m’y engage personnellement, en – L.B. : Non. Vous auriez dû prendre Le notaire réexplique l’intérêt du mandat tant que notaire, vis-à-vis de vous. contact avec moi avant. Je ne connais- de protection. – L.B. : Donc on en est là… Qu’est-ce sais pas ça… Dans un document signé par elle en 2007, qu’il y a d’autre à faire ? – P. de M. : (Au notaire, en chuchotant) Mme Bettencourt remarque le nom de la VI | Le Point
  7. 7. professeur Christine Katlama : la com- pliront cette mission de confiance et Le gestionnaire fait le point sur les avoirs pagne de Gilles Brücker, son second « pro- que ce ne soit pas votre fille ni l’admi- cachés à l’étranger… dont l’île d’Arros, tégé », dont elle finance abondamment nistration. C’est pour vous protéger. aux Seychelles. les recherches contre le sida. Mais elle l’a Et si, dans un an, vous estimez que M. complètement oubliée . de Maistre ou le professeur Brücker ne – P. de M. : Il serait bien que vous ré- convient pas, vous m’écrivez ou vous cupériez officiellement votre île. Vous – J.-M.N. : Aujourd’hui, cet acte n’a pas me téléphonez et vous annulez. savez que ça appartient au Liechten- d’autre prétention que de réactualiser – L.B. : M. de Maistre est au courant stein et vous savez qu’il y aura une le mandat que vous avez fait en 2007. de ça ? loi qui sera en état le 1er janvier et qui Ce mandat, il n’était pas bien fait, et – J.-M.N. : Complètement. va être assez dure pour les gens qui il y a une loi qui est intervenue depuis – L.B. : (Elle lit à voix haute.) Ce mandat ont des biens à l’étranger non décla- et des décrets d’application qui ont n’a d’autre prétention que de réactua- rés, ce qui est votre cas. […] apporté des précisions, et ce contrat, liser le mandat signé en 2007… Votre compte, je suis en train de m'en que vous avez signé en 2007, n’était – J.-M.N. : Voilà ce mandat (Il lui tend occuper. Je suis allé voir Goguel, car pas complet. Alors on a travaillé avec le document), voyez votre signature. il est assez bon pour ça, pour que l'on deux avocats et on a fait un nouveau Vous l’aviez signé en 2007. réfléchisse à ce que, éventuellement, contrat qui vous donne toute sécurité. – L.B. : (Elle lit.) Je vois Mme Kat- vous déclariez cette île pour dire que (…) En réalité, ce qu’il faut compren- lama. vous en êtes propriétaire […]. dre, c’est que ce mandat, il est futur : – J.-M.N. : Je ne sais pas qui c’est. Vous pourrez la donner à qui vous ce n’est pas aujourd’hui ; aujourd’hui, – L.B. : Elle a travaillé avec mon voulez officiellement, mais personne vous êtes comme vous êtes ; c’est dans mari. ne pourra vous faire chanter à cause l’hypothèse où les choses tourneraient – J.-M.N. : Ça s’est signé chez un autre de cela. Ça ne coûterait pas très cher mal, plutôt que d’être mise sous la notaire, donc je ne sais pas du tout ce en impôts… mais je ne voudrais pas coupe de votre fille, c’est le meilleur qu’il y a dedans. (…) réveiller le tigre qui dort. Mais ça, c’est dispositif de sécurité pour vous. D’un – L.B. : Il faudrait essayer de voir qui le métier de Goguel. côté, un médecin pour la personne est cette dame. Non ? – L.B. : Qu’il vienne me voir quand ce et, de l’autre, un gestionnaire de pa- – J.-M.N. : Je ne la connais pas. sera fait. trimoine, M. de Maistre, qui connaît – L.B. : Mais si elle a signé… – P. de M. : Il n’y a pratiquement plus tout. – J.-M.N. : Ce n’est pas elle qui a si- de risques. – L.B. : Et qui gérerait l’affaire [le groupe gné. – L.B. : Pratiquement ? L’Oréal] ? – L.B. : C’est qui ? – P. de M. : Vous avez encore un ou – J.-M.N. : Eh bien, c’est M. de Maistre. – J.-M.N. : Ça a été signé par vous et deux comptes en banque, et on est en Mais il ne gérerait pas l’affaire ; sim- par M. le professeur Brücker. train de les repousser à Singapour. Je plement, il vous remplacerait pour – L.B. : Ce n’est pas mon écriture, ça. trouve ça bien que personne ne puisse tout ce qui est pratique, utile… – J.-M.N. : Non, c’est l’écriture du no- venir vous embêter. – L.B. : Vous le connaissez bien, M. de taire. C’est lui qui a écrit ça. Maistre ? – L.B. : Cette dame, je la connaissais. « Vous avez toujours envie – J.-M.N. : Oui. On a confiance en lui. J’aimerais bien savoir si elle est tou- de me faire un cadeau ? » Et c’est un homme qui appartient à jours en vie. Patrice de Maistre, Liliane Betten- un milieu où, a priori, on ne fait pas – J.-M.N. : Mais ça, c’est dépassé. court. n’importe quoi. Alors on a beaucoup Aujourd’hui, on veut faire quelque Pour s’offrir un bateau en toute discrétion, travaillé… Pour votre sécurité. Vous chose de plus complet et de plus sé- le gestionnaire persuade la vieille dame de avez ma parole (…) C’est pour éviter curisant. Prendre toutes les disposi- faire venir de Suisse de l’argent liquide. que si, un jour, ça tourne mal, ce soit tions qui n’ont pas été prises. C’est la votre fille et l’administration qui… raison pour laquelle on nous a de- – P. de M. : Je vais être simple et c’est – L.B. : Là, actuellement, l’argent est mandé de faire un acte plus complet, un peu délicat. Vous m’avez dit il y a placé ? qui assure toutes les situations. deux, trois jours que vous… Est-ce que – J.-M.N. : Je pense, oui. C’est M. de – L.B. : Il faut remettre les choses à vous avez toujours envie de me faire Maistre qui s’occupe de ça. Mais ce jour. un cadeau ? Si voulez faire quelque mandat, c’est pour le futur… Et seule- – J.-M.N. : Exactement. chose, il faudrait que ça soit en Suisse, ment dans l’hypothèse d’une incapacité pas ici. Et ça me permettrait d’acheter médicalement déclarée – ce qui n’est 23 octobre 2009. « Ne pas le bateau de mes rêves, voilà. pas le cas. Or c’est pour cela que la loi réveiller le tigre qui dort. » – L.B. : Le bateau ? permet, pour échapper à cette Patrice de Maistre, Liliane Betten- – P. de M. : Oui. Que je voudrais ache- contrainte, de désigner ceux qui rem- court. ter. Mais vous voyez, c’est superflu. Le Point | VII
  8. 8. eN couverture « Je suis en train d'essayer de mettre un de vos comptes à Singapour. » P. de M. Je peux très bien vivre sans. cette somme à quelqu’un dont vous ses si vous avez un compte là-bas. Je – L.B. : Très bien. Alors, comment lui donnerez le nom, il sera d’accord. suis en train de m’en occuper et d’es- fait-on ? – L.B. : A vous ? Vous irez le chercher sayer de mettre un de vos comptes à – P. de M. : Il faut que je voie comment en Suisse ? Singapour, parce qu’à Singapour ils faire revenir de l’argent ici. – P. de M. : Non, pas moi ! Je vais trou- ne peuvent rien demander. Et alors – L.B. : De Suisse ? ver quelqu’un pour ça. Je ne veux pas Goguel m’a dit que vous aviez un – P. de M. : Voilà. Qu’on vous le donne que le banquier sache que c’est pour autre compte en Suisse. Je lui ai dit et qu’après vous puissiez me le don- moi. Je ne veux pas qu’on puisse me… que je n’étais pas au courant. Il faut ner. en tout cas, si vous le faites, je serai qu’on s’en occupe. – L.B. : Vous savez combien j’ai là- très heureux. – L.B. : Quand ? bas ? – P. de M. : Avant Noël. […] On est en – P. de M. : Pour ne rien vous cacher, 27 octobre 2009. « Il ne faut train de s’en occuper. Goguel m’a dit que vous aviez un gros pas se faire prendre avant – L.B. : Il vous a dit de quel ordre il compte, mais il m’a dit qu’il voulait Noël » était ? vous en parler. Je crois que vous avez Liliane Bettencourt, Patrice de Mais- – P. de M. : Oui, il est de 12 ou 13 mil- 60 ou 80 millions d’euros. Mais moi, tre. lions d’euros. Et vous en avez un vous ne m’en avez jamais parlé… Le gestionnaire évoque son amitié avec autre, paraît-il, beaucoup plus im- – L.B. : Il faut que ce soit vite ? le ministre du Budget… puis ses efforts portant. Mais ça, vous ne m’en avez – P. de M. : Pour moi, c’est un immense pour contourner le fisc . pas parlé. plaisir mais je vivrais sans… (Rires.) Mais oui, il faudrait que ce soit assez – L.B. : C’est pour décider de quoi ? 29 octobre 2009. « Woerth, vite. Donc si vous êtes d’accord, je – P. de M. : Vous avez déjà décidé. C’est c’est lui qui s’occupe de vos vais voir comment on peut faire, pour l’auditorium André-Bettencourt impôts. » mais je ne veux pas que quelqu’un à l’Institut. Vous m’avez donné votre Patrice de Maistre, Liliane Betten- soit au courant parce que vous savez accord. court. que j’ai signé quelque chose comme – L.B. : Ce sera un apport ? Ils évoquent une visite du futur audito- quoi je suis votre protecteur, donc je – P. de M. : Oui, c’est considérable. rium que l’Institut consacrera à la mé- ne peux pas faire cela. Donc il faut Vous allez voir, ils ont obtenu un bâ- moire d’André Bettencourt, le mari de que ce soit de la main à la main. Je timent de l’Hôtel de la Monnaie, qui Liliane Bettencourt, mort en 2007. ne veux pas que votre fille ou qui- est derrière l’Institut. Et ça, c’est mon conque soit au courant. Je vais voir ami Eric Woerth, dont la femme tra- – P. de M. : J’ai fait venir Eric Woerth. comment c’est faisable. Comme vous vaille pour nous, qui s’en est occupé. – L.B. : Qui c’est celui-là ? n’avez pas oublié, je voulais vous en Maintenant, il faut faire les travaux – P. de M. : C’est le mari de Mme parler. Quand je vais aller en Suisse, pour faire un auditorium qui va com- Woerth que vous employez, l’une de je vais voir s’ils peuvent ramener de plètement changer l’Institut parce mes collaboratrices, qui n’est pas très l’argent, car c’est très difficile main- qu’ils pourront se réunir à 450 ! […] grande… Mais lui est très sympathi- tenant. Déjà, si vous êtes d’accord, Vous vous engagez pour donner au que, c’est notre ministre du Budget, c’est formidable. Parce que j’adore le maximum 10 millions. […] et c’est lui qui a permis à l’Institut de bateau. Je peux peut-être arriver à le Je voulais vous dire que je pars en récupérer le bâtiment dans lequel on faire en Suisse. Suisse tout à l’heure et vous allez voir va faire l’auditorium. Il est très sym- – L.B. : Les Français sont vicelards, Me Goguel. Il faut qu’on arrange les pathique et, en plus, c’est lui qui s’oc- hein ? choses avec vos comptes là-bas. Il ne cupe de vos impôts, donc je trouve – P. de M. : Oui, je suis méfiant. faut pas qu’on se fasse prendre avant que ce n’était pas idiot. C’est un – L.B. : (…) Noël. homme très sympathique, c’est un – P. de M. : On peut faire venir le ban- – L.B. : On peut se faire prendre com- ami. quier et vous pouvez lui dire que vous ment ? – L.B. : Et elle ? voulez qu’il remette ça à quelqu’un – P. de M. : (Il sourit.) A partir de jan- – P. de M. : Moins. Elle se pousse un qui sera pour moi, mais qui ne sera pas vier – c’est M. Woerth qui a fait la loi peu, elle me fatigue un peu. Elle se moi. Si vous lui demandez de remettre – la France peut demander aux Suis- trouve un peu femme de ministre. VIII | Le Point
  9. 9. Mais lui est un type très sympathique, L’homme d’affaires critique le photogra- – L.B. : Il n’est pas élevé et… très simple. phe devant sa bienfaitrice. Carlos, – P. de M. : … Et il a un grain ! Vous sa- l’homme des Seychelles, sera payé. vez, cette histoire avec votre fille, il « Je me suis fait embobi- ne veut jamais s’arrêter ! ner. » – P. de M. : Deux choses. Vous m’avez – L.B. : Françoise ? Patrice de Maistre, une femme de dit que vous vouliez me faire un ca- -P. de M. : Non, lui, François-Marie. Je chambre. deau. Vous êtes toujours d’accord… lui ai dit : si on gagne le procès, il faut Une employée rapporte une étrange scène – L.B. : Oui. tourner la page ; mais lui ne veut au conseiller de Mme Bettencourt. – P. de M. : J’ai demandé… Merkt va pas. nous amener un peu d’argent. En li- – L.B. : Il a besoin de mordre… – F. de chambre : Je suis désolée de quide. Donc il faudrait que vous soyez – P. de M. : Oui, comme un chien de vous importuner avec ça, mais c’est d’accord pour venir à mon bureau, chasse. Il a besoin d’attraper quelque un truc qui m’a empêchée de dormir… parce que l’argent arrivera à mon bu- chose. J’ai fait un petit mot à Madame ce reau. Vous êtes d’accord ? – L.B. : Et alors, quand on s’y attend le matin pour lui en reparler. Voilà, c’est – L.B. : Mmmh. moins… l’essence de ce qui a été dit… – P. de M. : Donc je dirai à votre secré- – P. de M. : Et il mord pas mal ! Il y a – P. de M. : (Il lit.) « M. Banier m’a fait taire, un jour où on a une séance, où très peu de gens qu’il aime bien. Quand venir… » Vous avez été chez lui ? on va déjeuner… Vous êtes d’ac- je suis venu chez lui la première fois, – F. de chambre : Ici. Hier. cord ? au début, il n’en revenait pas. Il m’a – P. de M. : «… Pour emporter le vase… – L.B. : Mmmh. dit : « Je suis très heureux que vous Qui se trouvait… En votre ab- – P. de M. : Maintenant, Carlos. veniez. » Je lui ai dit : « Moi, quelqu’un sence… » – L.B. : Qu’est-ce qu’il demande, lui ? dont on dit tant de mal, j’ai toujours – F. de chambre : Vous comprenez que – P. de M. : Il demande 7 millions. On envie de le connaître. » moi, ça me… était d’accord pour lui en donner 2. – L.B. : Comment ça s’est passé ? – P. de M. : Bien sûr. Et alors ? Et Ça fait un an que ça dure ! Vous m’avez – P. de M. : Ça a été. alors ? dit d’accord. Je l’organise. Je vais le – L.B. : Oh, mais il vous aime bien. Je – F. de chambre : Et alors elle m’a dit : faire depuis la Suisse. Vous êtes d’ac- ne sais pas comment il vous aime, « Ben oui, euh, mais… » Je voulais juste cord ? Comme ça, ça ne se voit pas. mais il vous aime bien… avoir son approbation et je voulais […] vous informer. – L.B. : D’accord. 19 novembre 2009. « Les juifs – P. de M. : Elle vous a dit quoi ? – P. de M. : Bon. Et puis je vais vous vont toujours là où il y a de – F. de chambre : Elle m’a dit : « Ben inviter à dîner le 24 novembre, avec l’argent. » oui, mais… » Georges Kiejman – votre avocat – […]. Patrice de Maistre, Liliane Betten- – P. de M. : Elle lui a donné ou elle ne Et j’ai invité François-Marie. Ce n’est court. lui a pas donné ? pas grave ? Malgré les recommandations de Lindsay – F. de chambre : Oui. – L.B. : Non. Owen Jones, le président de L’Oréal, de – P. de M. : Moi, dans ce cas-là, je lui – P. de M. : Ça ne vous amuse pas. Maistre conseille à la vieille dame de re- ferais mettre un petit grigri… – L.B. : Ça ne me déplait pas non plus. pousser toute tentative de rapprochement – F. de chambre : Je vais lui demander Ecoutez, il faut bien se mettre dans avec sa fille. Pour l’avenir du groupe, il de me signer ça simplement parce la tête que nous ne pourrons pas en a une autre idée… que vous comprenez, c’est quelque placer une… (Ils rient.) […] chose qui m’empêche un peu de dor- – P. de M. : Banier est très gour- – L.B. : L’avocat, vous le sentez assez mir – parce que je me suis dit : « Je mand. confiant ? Il ne vous parle pas ? me suis fait embobiner », qu’est-ce – L.B. : Il est brillant mais il ne sait pas – P. de M. : Si, si. Bien sûr. Je pense qu’il que vous voulez… se tenir. est comme moi. C’est-à-dire qu’on est – P. de M. : En son absence, comme – P. de M. : Avec moi, il n’a jamais confiant sur l’issue finale du procès, par hasard ! franchi la barrière. Mais s’il essayait, mais on n’a aucun contrôle sur la pe- – F. de chambre : C’est que je suis toute je peux vous dire que ça ne se passe- tite présidente du tribunal qui, pour seule à la maison… rait pas bien entre lui et moi. Et vis- être à la télévision et dans les jour- – P. de M. : (Il soupire.) à-vis de vous, je crois qu’il vous a ap- naux, aura de la peine à dire qu’il ne porté beaucoup, c’est vrai – c’est un faut pas faire le procès. […] « Banier a été violent avec homme intelligent et créatif – mais, – L.B. : Est-ce que Owen Jones vous en vous. » par ailleurs, je vous ai vue une ou parle ? Patrice de Maistre, Liliane Betten- deux fois où il a été violent avec vous, – P. de M. : Owen Jones, il est comme court. et ça c’est inacceptable. moi : il voudrait que ça s’arrête. Le Point | IX
  10. 10. eN couverture « Oui, c'est le ministre du Budget. Il faut aussi l'aider. » P. de M. Comme tout le monde – sauf votre – P. de M. : Oui, oui. Mais bon, c’est François-Marie. Il a créé une fonda- fille. En tout cas, je crois que si, à un comme ça. Chez les Agnelli, c’est ce tion, et il a fait des grosses bêtises. Par moment donné, votre fille – puisque qui s’est passé. On a sauté une géné- exemple, il vous a fait mettre 20 mil- vous dites qu’elle est revenue vers ration. lions de ce compte que vous avez à vous – revient de nouveau, vous Vevey dans la nouvelle fondation. Je pouvez lui dire qu’il y a un an et trois « J’ai peur que le fisc tire un n’étais pas au courant… mois on a essayé de signer un accord fil. » -L.B. : Et maintenant ? entre François-Marie Banier, vous et Patrice de Maistre, Liliane Betten- -P. de M. : Maintenant, c’est fait. Mais votre fille et qu’elle n’a pas voulu. Si court. je lui ai dit que la nouvelle fondation, elle a envie de revenir vers vous, il Le gestionnaire dissuade la milliardaire il fallait qu’elle paie avec les 20 mil- faut lui dire : « Commence par arrê- de se mettre en règle avec le fisc. Lui pré- lions l’entretien de l’île. Mais je ne ter ce procès et signons un ac- pare l’achat de son voilier. peux le défaire, ça… Donc Goguel, si cord. » vous voulez, il n’est pas bête mais il – L.B. : Elle peut l’arrêter ? – P. de M. : Je suis en train d’organiser lui manque une intelligence générale. – P. de M. : Ah, oui ! Demain. le fait de l’envoyer dans un autre pays, […] Jamais je n’aurais fait ça. Je lui ai – L.B. : Alors, pourquoi elle ne le fait qui sera soit Hongkong, Singapour dit : vous êtes fou ! Il m’a répondu : pas ? ou en Uruguay. Dans les huit jours, Mme Bettencourt était d’accord. Je – P. de M. : … Je vous dis : si elle veut il faudra qu’on fasse venir ce notaire lui ai dit que ce n’était pas votre mé- revenir vers vous, dites-lui qu’elle ar- suisse pour que vous lui disiez que tier… rête. […] Mais s’ils perdent le 11 décem- vous voulez fermer votre compte et -L.B. : Je n’y connais rien. bre, il n’y a pas besoin d’accord, c’est envoyer l’argent ailleurs. Et je vous -P. de M. : … que nous étions là pour terminé ; ils auront tout perdu. […] présenterai la nouvelle personne, vous protéger. Il ne l’a pas fait mé- – L.B. : Owen Jones me dit qu’il faut comme ça vous serez tranquille. Je chamment, mais c’est stupide. Vous faire bonne figure… pense que c’est bien parce que ça vous comprenez, maintenant, si je voulais – P. de M. : Je vous ai dit ce que j’en laisse votre liberté ; parce que, si on ramener l’île, on va tout de suite voir pensais. Pour le moment, on n’a pas ramène cet argent en France, ça va que vous avez un autre compte et on la main. Et, malheureusement, vous être très compliqué… tire le fil… – et ça, je ne veux pas. lui avez donné [à votre fille] les actions. – L.B. : … Il y aura toujours une espèce Deux autres choses. On a dit à Carlos Il est très difficile de revenir en arrière. de chantage. Vejarano que vous aviez donné l’ac- On verra quand le procès sera fini. La – P. de M. : Voilà. Actuellement, beau- cord pour lui donner 2 millions. Vous seule chose qu’on peut imaginer – je coup de Français ramènent de l’argent êtes toujours d’accord ? Bon. Donc je n’en ai pas parlé avec Owen Jones, en France mais, pour vous, je n’y crois vais m’en m’occuper. (…) C’est un ca- évidemment –, c’est un accord avec pas. J’ai aussi examiné le fait que vous deau que vous lui faites. Il est très Nestlé. déclariez votre île en France. Mais, là content. On en parle depuis un an : il – L.B. : Oui, d’accord… Mais c’est quand aussi, je pense qu’il ne faut pas le faire. voulait 7 millions, on va lui en donner même trahir. C’est trop compliqué et j’ai peur que 2. Il ne vous en a pas parlé pendant – P. de M. : Oui, je sais. Le deuxième le fisc tire un fil… Donc je suis allé votre séjour ? élément très important pour la fa- trois fois à Genève, j’ai vu des spécia- -L.B. : J’évite de parler affaires… mille, c’est votre petit-fils. Si on gagne listes… […] -P. de M. : Dites-lui de venir me voir. Il le procès, vous pourrez dire à votre – L.B. : Vous faites ça avec quelqu’un ? faut faire attention avec lui. (…) Il est fille que vous voulez que votre petit- – P. de M. : Là, j’y suis allé avec Goguel, très oriental de tempérament. Il n’est fils soit… Chez les Agnelli, on a fait qui connaissait les gens parce que pas comme nous. Pour l’argent, je crois comme ça : c’est le petit-fils, John El- vous l’aviez déjà envoyé. qu’il considère comme presque nor- kann, qui a pris la suite… -L.B. : A votre avis, c’est un homme mal de vous voler un peu. Mais trop. – L.B. : C’est un nom juif ? très bien ? (Il soupire.) Vous ne savez Par contre, il vous aime beaucoup. Il – P. de M. : Oui. C’est bizarre, ils vont pas trop… vous vole mais il vous est loyal. Dans toujours là où il y a de l’argent. (Il rit.) -P. de M. : Ecoutez. Pour l’île, vous sa- sa tête, c’est compatible. – L.B. : Je ne suis pas du tout antisé- vez, vous étiez chez vous et, à un mo- – L.B. : Et d’Arros, c’est compliqué ? mite ! ment, vous avez voulu la donner à – P. de M. : On ne change rien, on reste X | Le Point
  11. 11. comme ça. J’ai imaginé qu’on dise (Le maître d’hôtel entre pour apporter – P. de M. : Mais ce n’est pas cher. tout simplement, en France, que vous des boissons, puis repart.) – L.B. : C’est eux qui ont demandé cette êtes propriétaire de d’Arros. Mais j’ai – P. de M. : (Au maître d’hôtel) Fermez somme-là ? examiné les choses et c’est trop com- bien les deux portes ! (A Mme Betten- – P. de M. : Non, c’est le maximum pliqué. Ils vont vous demander com- court) Je veux juste que vous lui confir- légal. Vous voyez, c’est 7 500, ce n’est ment vous l’avez achetée, ils vont miez que vous avez fait venir l’argent pas très cher. En ce moment, il faut regarder les comptes – vous avez dé- ici, c’est tout. Je vous en ai parlé la qu’on ait des amis. (Il lui fait signer pensé des sommes énormes à d’Arros, semaine dernière, je vous ai fait signer des documents ou des chèques). Ça, 50 ou 60 millions d’euros – et je ne les reçus. c’est Valérie Pécresse. Ça, c’est Eric veux pas qu’on ouvre le livre. – L.B. : Non mais… Ah, oui. Woerth, le ministre du Budget. Je – L.B. : Vous aimez d’Arros ? -P. de M. : La semaine dernière, je vous pense que c’est bien, c’est pas cher et – P. de M. : Ah, oui, j’adore la mer. ai fait signer le reçu comme quoi j’avais ils apprécient. – L.B. : Est-ce que vous faites du bateau, reçu l’argent et que je vous l’avais – L.B. : Et Nicolas Sarkozy ? aussi ? donné. Pour qu’on ne sache pas. – P. de M. : C’est fait, c’est dedans. – P. de M. : J’en fais tout le temps, du bateau. Et, grâce à vous, je vais pou- 4 mars 2010. « Il faut qu’on « Le notaire lui a dit que c’était voir m’acheter le bateau dont je rê- ait des amis. » de la folie. » vais. Patrice de Maistre, Liliane Betten- Patrice de Maistre, Liliane Betten- – L.B. : Qu’est-ce que c’est comme ba- court. court. teau ? L’héritière signe des chèques pour aider Nouvelle priorité : retirer le nom de Banier – P. de M. : Je vous amènerai une photo. des politiques. Son homme d’affaires veut du testament, devenu compromettant. C’est un bateau de 21 mètres, un mat, aussi qu’elle le désigne d’avance pour On a beau dire à la vieille dame que son un très joli bateau à voile. Un sloop. tuteur. protégé est d’accord, elle voudrait être Un magnifique bateau. J’espère pou- sûre qu’il ne l’apprendra pas… voir l’acheter… – P. de M. : (Il lui montre un document.) – L.B. : Où est-il ? Madame, je vous explique. Pour le – P. de M. : Point très important : j’ai – P. de M. : Pour le moment, il est à moment, vous avez signé quelque déjeuné avec Normand [le notaire] Palma [de Majorque] et j’ai été l’essayer chose disant que s’il y avait un pro- hier. Pour le moment, le testament il y a trois semaines. Maintenant, je blème, j’étais votre protecteur. Mais est chez lui, et c’est François-Marie négocie avec le propriétaire. […] si jamais votre fille arrivait à vous Banier qui aura tout ce que vous avez J’adore. Je coupe le contact à bord et mettre sous tutelle, si vous signez ça, là ; or vous lui avez déjà donné beau- je suis très heureux dans cet espace le juge sera obligé de me désigner coup d’argent. limité et simple, au milieu de la comme tuteur. Vous comprenez ? – L.B. : Attendez, il sait tout ce que j’ai ? mer… – L.B. : Oui, oui. Non. François-Marie sait quoi ? – P. de M. : Alors j’ai vu votre notaire, – P. de M. : Non, il sait que vous avez 14 décembre 2009. « Je vous Me Normand. Il a dit que c’était une fait un testament et Normand lui a ai fait signer le reçu. » très bonne idée et il faut que vous alliez dit que c’était de la folie… Parce que Patrice de Maistre, Liliane Betten- prendre rendez-vous avec lui pour le vous avez déjà donné beaucoup d’ar- court. faire. Ensuite… […] Alors ça, c’est Valé- gent à Banier et que si… La veille dame doit confirmer que l’argent rie Pécresse, la ministre de la Recher- – L.B. : Ah, il a dit ça… est arrivé… pour qu’on ne sache pas qu’une che. Elle fait la campagne pour être vP. de M. : Si, en plus, vous lui léguez partie était destinée à son conseiller. présidente de Paris. Elle va perdre. tout ce que vous avez, ça va faire une – L.B. : Ah, elle va perdre ? guerre. – P. de M. : (Il lui montre une note relative – P. de M. : Elle va perdre, mais il faut – L.B. : Moi, je ne serai pas là ! (Ils sou- à son compte suisse.) C’est votre ban- que vous la souteniez. Et c’est des rient.) quier suisse, Me René Merkt. sommes très mineures, des petites – P. de M. : … Banier a dit à Normand – L.B. : Vous voulez qu’il paie quelque sommes. Il faut quand même lui qu’il était d’accord, que c’était de la chose ? montrer votre soutien. Le deuxième, folie. – P. de M. : Oui. Premièrement, je le c’est le ministre du Budget… – L.B. : Banier a dit ça ? vois régulièrement… C’est lui qui paie – L.B. : Ça me dit quelque chose… – P. de M. : Oui. Votre notaire m’a dit pour d’Arros. Deuxièmement, vous – P. de M. : Oui, c’est le ministre du que vous aviez fait des testaments à m’avez, euh, proposé de me donner Budget. Il faut aussi l’aider. Et le troi- un certain nombre de gens à qui vous un peu d’argent, et je lui ai dit que sième, c’est Nicolas Sarkozy. voulez donner de l’argent. Pour le vous vouliez faire revenir l’argent – L.B. : Bon, alors, je vais donner pour reste, vous avez indiqué que Banier ici. Pécresse… était légataire universel, c’est-à-dire Le Point | XI
  12. 12. eN couverture « Avoir la femme d'un ministre, ce n'est pas un plus, c'est un moins. Je me suis trompé. » P. de M. qu’il avait tout le reste. le reste. Non, je crois vraiment que Bettencourt – Schueller et à l’Institut – L.B. : Légataire universel ? Mais en- votre notaire n’a pas commis de faute : Pasteur – parce que c’est un organisme fin, il peut commencer par faire sau- il m’a dit qu’il l’avait fait parce qu’on d’Etat, donc ça donne une force… ter ça ! aura des procès pendant vingt ans. – L.B. : Vous avez le testament ? – P. de M. : Voilà, on est d’accord. – J.-M.N. : Oui. Je ne l’ai pas là, mais – L.B. : Mais, en même temps, il faut 12 mars 2010. « J’ai laissé com- je… le garder sur le testament. bien à François-Marie ? » – L.B. : J’avais laissé à François-Marie – P. de M. : Il faut que vous réfléchis- Jean-Michel Normand (notaire), Li- combien ? Quelle proportion ? siez à qui vous voulez donner : votre liane Bettencourt. – J.-M.N. : Légataire universel. fondation, vos petits-enfants, des gens Le notaire vient faire corriger le testament. – L.B. : C’est-à-dire. à qui vous voulez donner des choses. La milliardaire ne se souvient pas qu’elle – J.-M.N. : (Il baisse la voix.) Tout. Mais je pense que vous assez donné a fait de Banier son légataire universel. – L.B. : Ah, non… à Banier. – J.-M.N. : Eh si… (Il sourit.) C’est vous – L.B. : Oui, mais attention à une toute – J.-M.N. : Je voulais vous demander : qui me l’avez dit. petite chose : c’est que lui, quand il est-ce que François-Marie Banier vous – L.B. : C’est qui, c’est moi ? veut quelque chose… Et d’autant plus a dit qu’il fallait changer des disposi- – J.-M.N. : C’est vous qui me l’avez si on est dans la mouise – comme j’ai tions ? dit. été quand même plusieurs fois. – L.B. : Qu’il prenait d’autres disposi- – L.B. : Non, allons, il ne faut pas… Il – P. de M. : Mmmh. Oui. tions ? faut régler ça tout de suite. Vous disiez – L.B. : Non, non, je me sens tout à fait – J.-M.N. : Non. Qu’il souhaitait que ça… qu’il sorte… libre. vous preniez d’autres dispositions – J.-M.N. : Oui, mais il faut désigner – P. de M. : … Bon. Donc, c’est votre que celles que vous avez prises à son un légataire universel. volonté qui compte. profit. Il préfère… – L.B. : Vous avez enlevé François-Ma- – L.B. : Mais le notaire… Est-ce que – L.B. : Il préfère quoi ? rie Banier ? vous pensez que, si j’annule, il ira le – J.-M.N. : Ne plus apparaître. – J.-M.N. : Voilà. Mais ça, euh, c’est le dire à Banier ? – L.B. : Comme quoi ? testament. (Il lit.) « Révoque le testa- – P. de M. : Non, il n’a rien à dire, il est – J.-M.N. : Comme légataire. ment du 11 décembre…» tenu au secret. – L.B. : Obligataire ? – L.B. : On est en quelle année ? – L.B. : Mais c’est très bien qu’il vous – J.-M.N. : Non, légataire. Vous savez, 2009 ? en parle… Mais vis-à-vis de Banier, ce l’acte qu’on a signé… – J.-M.N. : On est en 2010. Mais là, n’est pas bien. – L.B. : On peut peut-être l’annuler c’était en 2007. – P. de M. : (Embarrassé.) Non. Il m’en alors ? Il ne veut pas être dans la suc- – L.B. : Oui, parce que ça pèse beau- a parlé mais seulement pour me dire : cession… coup sur lui. Il était ravi, sur le mo- « En tant que notaire, je sais que ce – J.-M.N. : Voilà. ment… testament sera gravement contesté », – L.B. : Mais est-ce qu’il est dans la – J.-M.N. : Oui. et il m’a dit qu’il m’en parlait parce succession ? – L.B. : Vous croyez qu’on le lui repro- que François-Marie Banier était d’ac- – J.-M.N. : Oui, vous l’avez mis. che souvent ? cord, qu’il fallait changer les choses. – L.B. : Mais il y a longtemps ! […] – J.-M.N. : Personne ne le sait. C’est – L.B. : Est-ce qu’il pourrait, lui, déjà, – L.B. : Moi je crois qu’il a envie de secret, pour le moment. Complète- entamer cette conversation avec Ba- sortir de ça de manière à ce qu’on ne ment secret. Mais le jour où… nier ? puisse jamais prétendre… – P. de M. : Il l’a fait. Et Banier a dit : – J.-M.N. : Exactement. 7 avril 2010. « Banier devient « Oui, je suis d’accord. J’ai eu des do- – L.B. : Je vais faire le point avec lui. trop exigeant. » nations, c’est fait, mais il faut changer Alors, on l’enlève de la succession ? Patrice de Maistre, Liliane Betten- ce testament. » Mais, Madame, vous complètement ? court. n’avez pas à consulter Banier. – J.-M.N. : Complètement. Mais il faut L’héritière de L’Oréal admire le photo- – L.B. : Non, bien sûr. mettre quelqu’un à sa place. graphe mais ses excès la tourmentent. – P. de M. : Banier, vous lui avez déjà – L.B. : Oui. Et vous avez quelqu’un ? Or il faut en passer par lui pour régler le donné l’argent. Ce n’est pas cela, c’est – J.-M.N. : Je pensais à la Fondation problème de l’île aux Seychelles… XII | Le Point
  13. 13. – P. de M. : Comment ça se passe avec Il faut peut-être que vous voyiez Ba- de très près et en première instance, Banier ? nier. on ne peut rien faire de plus, mais on – L.B. : Il m’écrit… C’est quelqu’un que – P. de M. : Je l’ai vu, Banier, pour ça. peut vous dire qu’en cour d’appel, si j’aime beaucoup, il est très intelligent, Il m’a dit : « Oui, oui, je ne sais pas… » vous perdez, on connaît très, très bien très… Mais il me tue. Ce n’est pas du (Il soupire.) J’aimerais bien l’appeler le procureur ; ça date de la semaine tout quelqu’un de banal. pour lui dire qu’on a besoin de lui dernière. Je ne l’ai pas dit à Kiejman. – P. de M. : Non. parler de quelque chose. Ça ne vous […] – L.B. : C’est toujours comme ça, il stresse pas ? Ça ne vous dérange (Ils évoquent le cas de Mme Woerth, que devient trop exigeant. Me donner ça, pas ? de Maistre veut licencier.) me donner ça… – L.B. : Je ne vous dirai pas que ça m’ar- – L.B. : Vous êtes en très bonnes rela- – P. de M. : Il ne sait pas s’arrêter. range, mais il faut le faire ! tions avec son mari. Dites-moi de – L.B. : Il a un tempérament extraor- – P. de M. : Alors, quand vous rentrerez quelle manière vous vous en sor- dinaire ! Il boufferait tout, il a une de vacances, on va prendre un rendez- tez… santé incroyable… Mais il ne faut pas vous et on va régler le problème. C’est – P. de M. : Elle est trop dans les jour- qu’il me tue. inadmissible ! naux. Je me suis trompé quand je l’ai – P. de M. : Il ne faut pas qu’il vous – L.B. : Mais… c’est malhonnête ou engagée. C’est-à-dire qu’en fait, avoir tue. est-ce qu’il veut me faire faire une la femme d’un ministre comme ça, – L.B. : Alors je vous dis, d’abord, je ne plus grande affaire ? ça n’est pas un plus, c’est un moins. le vois plus en dehors de la maison. – P. de M. : Ah ça, non, il ne vous fait Je me suis trompé. Pourquoi ? Parce Je l’ai vu deux fois… C’est énervant pas faire une affaire ! que, comme vous êtes la femme la parce qu’il est très intéressant ! plus riche de France, le fait que vous – P. de M. : Comme vous dites : s’il ne 23 avril 2010. « Le président ayez une femme de ministre chez vous fait pas de mal, c’est très bien, suit l’affaire de très près. » nous, les journaux disent que tout est mais il ne faut pas qu’il vous… Patrice de Maistre, Liliane Betten- mélangé… J’avoue que, quand je l’ai – L.B. : On frise, avec lui on frise le… court. fait, son mari était ministre des Finan- Mon garde du corps – comment s’ap- La tentative d’éviter un procès pénal à ces [en réalité, du Budget]. Il m’a de- pelle-t-il ? Banier a échoué. Le gestionnaire dit avoir mandé de le faire. – P. de M. : Alain. reçu des assurances pour l’appel. De – L.B. : Ah. – L.B. : Alain me dit : « Faites attention, Maistre veut par ailleurs licencier – P. de M. : Je l’ai fait pour lui faire il vous fatigue quand vous le voyez. » Mme Woerth. plaisir. Mais c’est une femme intelli- […] Alors je le vois à des moments où gente, ce n’est pas une imbécile. je peux souffler. Et vous ? – P. de M. : On savait parfaitement, le Aujourd’hui, ça fait trop de bruit : elle – P. de M. : Moi ? Je ne l’ai pas vu depuis 15 avril, que la demande que l’on fai- s’est fait nommer chez Hermès sans un bout de temps. Bon, quand il m’ap- sait au tribunal ne serait pas reçue. me demander – ce n’est pas normal. pelle, je le vois… […] Me Kiejman a fait sa plaidoirie mais […] – P. de M. : Banier vous a fait mettre la présidente du tribunal a dit : « On – L.B. : Vous allez lui dire ? d’Arros dans une fondation pour se considère comme compétent et on – P. de M. : Je lui ai déjà dit, je lui ai lui. fera le procès. » On s’y attendait. Mais écrit. Et donc, si vous voulez, sans – L.B. : Ça veut dire que je ne peux pas on a fait ça pour le futur. faire de bruit, je pense qu’il faut que bouger s’il ne bouge pas ? – L.B. : Ce n’est pas jugé, alors ? j’aille voir son mari et que je lui dise – P. de M. : Oui. Pour le moment, c’est – P. de M. : Non, pas du tout. Ce n’était qu’avec le procès et avec Nestlé, il insupportable. Donc, je pense que je que de la procédure. Le procès com- faut qu’on soit très manœuvrants et vais demander… J’ai vu l’avocat de mence vraiment le 1er juillet. on ne peut plus avoir sa femme. Et Banier en Suisse. Banier vous a pris – L.B. : Mais est-ce qu’on a des indica- on lui, on lui donnera de l’argent, et 20 millions pour les mettre dans la tions ? puis voilà. Parce que c’est trop dan- nouvelle fondation. – P. de M. : Je n’ai qu’une indication. gereux. – L.B. : Sans prévenir ? C’est que j’ai vu, euh, l’ancien conseiller – P. de M. : Si, probablement… Je ne de Nicolas Sarkozy pour les affaires « C’est du cinéma, pour le sais pas. Aujourd’hui, je dis qu’il faut juridiques et judiciaires, Patrick Ouart, fisc. » que cette nouvelle fondation paie qui n’est plus à l’Elysée mais qui n’a Patrice de Maistre, Liliane Betten- une partie des frais pour d’Arros. Et pas été remplacé, et qui travaille chez court. l’avocat me dit : « Oh, mais vous sa- Bernard Arnault et qui m’aime beau- Le conseiller s’efforce d’expliquer à la vez, on n’a pas envie, etc. » Ça suf- coup. Il a voulu me voir l’autre jour vieille dame qu’elle s’est fait déposséder fit ! et il m’a dit : « M. de Maistre, le prési- de son île… et de 20 millions. – L.B. : Alors qu’est-ce qu’on peut faire ? dent continue de suivre cette affaire Le Point | XIII
  14. 14. eN couverture « Comme vous savez, les comptes en Suisse, aujourd'hui, c'est un peu… difficile. » P. de M. – L.B. : (Elle lit un document.) « L’île est moyennant quoi il payera le reste de chez François-Marie Banier un jour. passée… » Quelle île ? Suisse. Il faut que vous signiez cette C’est votre décision, mais je voudrais – P. de M. : D’Arros. lettre. C’est du cinéma, pour le fisc. au moins que cette fondation paie – L.B. : « L’île est passée aux mains C’est juste pour justifier l’augmenta- l’entretien de l’île ! d’une nouvelle fondation, via tion de loyer. – L.B. : Mais il ne se sent pas gêné de Mes… » se trouver avec cette île ? […] Est-ce – P. de M. : Goguel et Tavernier. 11 mai 2010. « J’ai voulu lui qu’on ne peut pas trouver que c’est – L.B. : «… Ils vous ont pris 20 millions offrir une île ? » curieux que cette île qui m’apparte- d’euros. » Patrice de Maistre, Liliane Betten- nait se trouve entre les mains de cet – P. de M. : Oui, 20 millions d’euros. court. avocat ? C’est une opération qui n’est pas La milliardaire et son conseiller s’apprê- – P. de M. : Oui, mais ça, c’est vous qui bonne du tout. tent à recevoir Banier pour une explication avez signé les papiers. – L.B. : (Elle lit toujours.) « Une augmen- sur l’affaire de l’île. Elle comprend enfin – L.B. : Pour François-Marie ? tation du loyer a été demandée par ce qui s’est passé, mais ne s’en souvient – P. de M. : Oui. Dans cette fondation. Tavernier… » pas. Donc ça, ça ne me dérange pas, – P. de M. : Tavernier joue un rôle… mais… – L.B. : Attendez. En quoi François- – P. de M. : On voit François-Marie. – L.B. : Alors attendez, la fondation a Marie Banier peut arranger les cho- – L.B. : Qu’est-ce qu’il veut, d’abord ? l’île ? ses ? – P. de M. : C’est moi qui veux. Il y a – P. de M. : La fondation est proprié- – P. de M. : Mais parce que c’est lui qui trois ou quatre ans, vous avez mis taire de l’île. est, pour le moment, le futur proprié- d’Arros dans une fondation pour lui. – L.B. : Et cette fondation appartient taire de l’île ! – L.B. : Maintenant, il veut la ren- à qui ? – L.B. : L’île est où ? Comment elle dre ? – P. de M. : Officiellement à per- s’appelle ? – P. de M. : Non. Vous l’avez transpor- sonne. – P. de M. : D’Arros. tée… – L.B. : Et officieusement ? – L.B. : Ah, oui. – L.B. : D’Arros, c’est l’île ? – P. de M. : A François-Marie. – P. de M. : Donc, Banier a mis l’île dans – P. de M. : Oui. Me Goguel est venu – L.B. : Ah. une fondation ; vous avez donné 20 mil- me voir il y a quatre ans, et ils ont fait – P. de M. : Mais oui… (Sourire gêné.) lions d’euros à la fondation et, main- tout un truc avec un avocat suisse qui Mais c’est une décision que vous avez tenant, il faut au moins qu’ils paient s’appelle Tavernier. […] En même prise il y a quatre ans, ça ! l’entretien de l’île. L’avocat à Genève temps, ils ont pris 20 millions – L.B. : J’ai voulu lui offrir une île ? me dit : « Comment, comment ? » C’est d’euros… – P. de M. : Ben, vous avez dû décider quand même incroyable ! – L.B. : Pour ? de lui donner ça. Mais le problème – L.B. : Tavernier vous dit ça ? – P. de M. : … Ils les ont mis dans la n’est pas là […] Il faudrait qu’il appelle – P. de M. : Oui. Pour le moment, il nouvelle fondation. Celle de François- l’avocat et qu’il lui dise de payer. Il s’est calmé parce que je lui ai dit que, Marie. peut quand même pas jouer à l’imbé- s’il continuait, je ferais la guerre. – L.B. : C’est beaucoup d’argent. […] cile comme ça ! Maintenant, il me dit qu’il va payer. – P. de M. : Alors, j’aimerais dire à On va voir. François-Marie qu’il faut au moins « C’est vous qui êtes le béné- – L.B. : Ils ont de l’argent ? que la fondation paie l’entretien de ficiaire ! » – P. de M. : Ils ont 20 millions ! l’île. D’accord ? Voilà. Et quand j’avais Patrice de Maistre, François-Marie – L.B. : … Les nôtres. été une fois en parler à François-Ma- Banier, Liliane Bettencourt. – P. de M. : Oui, les vôtres ! C’est une rie chez lui, il m’a dit : « Oh, je ne sais Le gestionnaire tente d’obliger le photo- histoire de fous ! pas, Patrice, il faudrait que vous voyez graphe à payer pour l’entretien de l’île. – L.B. : … le notaire »… Enfin bon, je n’ai pas eu Banier suggère que Mme Bettencourt – P. de M. : En attendant, Merkt n’a de réponse. C’est votre argent tout ça, rachète son île ! plus d’argent pour payer. Donc Ta- faut pas exagérer ! […] vernier m’a demandé qu’on augmente – L.B. : Mais quelle île ? – P. de M. : (Chuchotant.) Je voudrais un peu le loyer que vous payez d’ici, – P. de M. : D’Arros. A priori, ça va aller vérifier qu’on n’écoute pas… XIV | Le Point
  15. 15. – L.B. : (A voix basse.) C’est pour que ce n’est pas mon affaire. Par lettres, […] je me tape plein de trucs. l’île… contre, je vous demande, puisque Maintenant, cette histoire-là, avec – P. de M. : (Il pousse un long soupir.) vous êtes le propriétaire de l’île et François-Marie Banier, ce que vous Bon… François-Marie, merci d’être que vous avez de l’argent là-bas, de savez, Mme Bettencourt, ce que vous là. bien vouloir payer ça. Ça coûte 1,6 ou savez, la petite île dans une fondation – F.-M.B. : Je vous en prie. 1,7 million par an. J’ai même dit que au Liechtenstein, c’est vraiment ce – P. de M. : J’ai expliqué ça à Liliane je ferai payer un petit peu plus par dont on n’a pas besoin ! Donc je vou- Bettencourt, il s’agit de d’Arros. Go- Liliane Bettencourt ; je peux augmen- drais que vous fassiez ce qu’il faut. guel a créé avec Me Tavernier, comme ter un peu le loyer, pas trop – c’est […] vous le savez, une fondation, il y a quand même de l’argent qui part aux – F.-M.B. : Attendez. Est-ce que vous quatre ans (…) Ça a été fait sous votre Seychelles et je fais tout pour pas êtes contre… que Liliane achète ? contrôle. Moi, je n’ai pas été dans le qu’il y ait de scandale, euh, voilà. […] – P. de M. : Ah non, moi je ne veux pas coup. Je lui ai dit qu’on faisait une Là-dessus, j’ai dit à Carlos qu’il aille qu’on y touche ! J’ai monté tout ça, on connerie mais, enfin, bon. voir Me Tavernier pour lui dire de a tout démonté. C’est vous qui avez – F.-M.B. : Non, pas du tout sous mon payer la différence. Me Tavernier lui envoyé Goguel, c’est pas le pape ! Moi contrôle parce que moi j’avais dit à a expliqué qu’il n’en était pas ques- j’ai monté tout ça avec une assurance- Liliane qu’il fallait qu’elle achète l’île tion, qu’il paierait 500 000 euros et vie au Luxembourg qui rachetait le et qu’il ne fallait absolument pas faire pas un sou de plus. Donc, moi, je n’ai truc, et elle pouvait… ça. pas la main sur Me Tavernier lui et, – F.-M.B. : Vous me faites rire. On ne – P. de M. : En tout cas, c’est Goguel et donc, je vous demande d’agir… peut pas savoir que quelqu’un gère ce n’est pas moi qui ai introduit Go- (Pendant ce temps, Mme Bettencourt s’est malhonnêtement et que quand je guel… Aujourd’hui, il y a donc une endormie. Elle respire bruyamment.) dirai quelque chose à Mme Betten- fondation X gouvernée par Me Taver- – F.-M.B. : Attendez une seconde, j’ai court, elle fera le contraire ! Et qu’est- nier, que vous connaissez… une solution pour vous. Liliane a ce que j’ai comme force vis-à-vis de – F.-M.B. : Mmmmh. rencontré un garçon qui est notaire Goguel s’il me dit : ça ne vous regarde – P. de M. : … et cette fondation a reçu et qui s’appelle Alain E., qui vit avec pas ? 20 millions d’euros, comme vous le mon avocat, qui s’occupe de moi (…) – P. de M. : Mais ça vous regarde puis- savez… Il a les gens qu’il faut là-bas. Parce que que c’est vous le bénéficiaire ! – F.-M.B. : Ça a été fait totalement en moi, Tavernier, il ne m’écoutera pas dehors de moi. plus ! « Les deux clous du procès. » – P. de M. : Mais enfin… – P. de M. : Pardon ? Patrice de Maistre, Liliane Betten- – L.B. : En dehors de vous ? – F.-M.B. : Il ne m’écoutera pas plus. court, François-Marie Banier. – F.-M.B. : Oui. Enfin, peu importe. – P. de M. : Ecoutez, vous savez quand Comment justifier l’obtention de deux – P. de M. : En tout cas, euh, on ne sait même que c’est vous le destinataire contrats d’assurance-vie (253 et 262 mil- pas qui l’a fait. ultime de l’île. lions d’euros) ? Banier le demande à de – L.B. : Pourquoi il a fait ça ? – F.-M.B. : Oui, mais il s’en foutra. Je Maistre… alors que la donatrice est dans – F.-M.B. : … Malhonnêtes. vais vous dire une chose : il ne le fera la pièce. – P. de M. : Ils ont fait ce qu’on leur a jamais parce que ce sont des gens très, dit de faire. Pas autre chose. très malhonnêtes. – F.-M.B. : Patrice, il y a une seule chose – F.-M.B. : Mais c’est Goguel qui a dé- – P. de M. : Il faut quand même que qu’il va falloir que vous sachiez, c’est cidé de le faire de lui-même. vous agissiez. […] Ce n’est quand même qu’il est très important… On a deux – P. de M. : Je ne sais pas… Bon. Comme pas moi qui l’ai trouvé, Tavernier ! problèmes : il faut que vous trouviez vous savez, les comptes en Suisse, – F.-M.B. : Je suis tout à fait d’accord pourquoi, en 2003, Liliane a annulé aujourd’hui, c’est un petit peu… dif- mais comme Liliane ne fait que ce Cardif et me l’a redonnée après. Je ficile. Donc, on a mis 20 millions qu’elle veut – je lui ai demandé de ne crois que c’est parce qu’il y avait deux dans la fondation et chez Merkt il pas le faire mais elle était entre les Cardif et qu’elle avait voulu nettoyer n’y avait plus d’argent… […] J’ai donc mains de Goguel. les assurances pour être sûre que demandé à Me Tavernier de bien – P. de M. : François-Marie, je vous dis c’était la bonne qu’elle me donnait. Il vouloir faire le service de l’île à la ça pour tous les deux… (Comme le ton faut retrouver ça pour le dire à Kiej- place de Merkt. J’ai eu trois rendez- monte, Liliane Bettencourt s’éveille.) Par- man. C’est les deux clous du procès, vous avec un type assez rigide, que donnez-moi, Madame. c’est tout. En 2003, elle enlève tout vous connaissez, qui m’a expliqué – L.B. : Non, non… Allez-y. bénéficiaire de Cardif… que c’est à une fondation […] Alors – P. de M. : François-Marie, écoutez, je – P. de M. : Attendez. (Il note.) 2003, j’ai dit : « Ça ne me regarde pas et je fais beaucoup de boulot [pour prépa- LSB… enlève tout bénéficiaire. Auprès ne veux pas que ça me regarde parce rer le procès]. Je lui fais signer des du notaire ? Le Point | XV

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