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La bataille des champs Catalauniques

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Près de Troyes durant l'été 451 a eu lieu une bataille terrible entre 2 hordes de Barbares l'une emmenée par Attila l'autre par Aetius

Published in: Entertainment & Humor
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La bataille des champs Catalauniques

  1. 1. 1 La bataille des champs Catalauniques Eté 451 par Jean-Jacques TIJET Je me disais qu’il était bien vain d’espérer pour Athènes et pour Rome cette éternité qui n’est accordée ni aux hommes ni aux choses… ces civilisations bien à l’aise dans leurs raffinements de l’art et du bonheur, cette liberté de l’esprit qui s’informe et qui juge dépendaient de chances innombrables et rares, de conditions presque impossibles à réunir et qu’il ne fallait pas s’attendre à voir durer… le monde, las de nous, chercherait d’autres maîtres ; la race humaine a peut-être besoin du bain de sang et du passage périodique dans la fosse funèbre. Je voyais revenir le despotisme incontesté des princes barbares, le monde morcelé en états ennemis, éternellement en proie à l’insécurité… Notre époque, dont je connaissais mieux que personne les insuffisances et les tares, serait peut-être un jour considérée, par contraste, comme un des âges d’or de l‘humanité. Extraits des Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar [En 117 Hadrien succède à Trajan à la tête de l’empire romain ; il règnera 21 ans et sera reconnu comme un empereurérudit,lettré,humaniste et philosophe. En ce début du IIe siècle la puissance de Rome est à son apogée. Ses pseudo-mémoires écrites à la première personne par une talentueuse écrivaine sont sublimes.] La bataille des champs Catalauniques est une confrontation titanesque entre deux armées composées de hordes de Barbares, l’une agglutinée autour d’Attila chef des Huns et l’autre autour d’Aetius patrice1 romain ; elle a eu lieu dans les environs d’Augustobona Tricassium2 en juin 451 dans un endroit appelé par les contemporains, Maurica ou champs Mauriciens. Rappelons qu’à l’époque le terme « Barbare » associé à un groupe d’individus est le résultat d’un dualisme simpliste : d’un côté les Romains et les Grecs, de l’autre les autres peuples c'est-à-dire les Barbares… Pour appréhender les raisons de cette confrontation il faut aborder la situation de l’Europe occidentale en ce milieu du Ve siècle. L’empire romain d’Occident, synonyme de paix et de prospérité – bien souvent à tort d’ailleurs – commence à s’effondrer : les peuples de Barbares venus de l‘Est renversent un pouvoir central devenu faible et instable. De tous temps les frontières de Rome, qu’elle soit organisée en Royauté, en République ou en Empire, ont été menacées puis franchies par des peuples d’origine germanique ou slave puis par les redoutables et effrayants Huns. Jadis, même les Celtes ont essayé de contrer l’hégémonie romaine : qu’on se rappelle l’incursion des Gaulois Sénons à Rome en 390 av. J.-C. qui est restée longtemps une « tache » dans la mémoire collective des Romains. Mais au Ve siècle l’autorité impériale, basée sur une administration et une armée impeccables à la tête desquelles il y a eu parfois des empereurs d’exception, n’est plus. Dès le IIIe siècle les Alamans, les Francs et les Saxons, en franchissant les limes3, envahissent la Germanie inférieure (Belgique aujourd’hui) et le nord de la Gaule. Au IVe siècle le désastre romain d’Andrinople (Edirne en Turquie aujourd’hui), en août 378 face aux Goths, livre l’est de l’empire aux Barbares qui, en échange de terres, acceptent de fournir des contingents de soldats à l’armée romaine… comme les Francs, au nord, chargés de garder la frontière sur le Rhin. 1 C’est une dignité de l’empire romain ; dans la hiérarchie romaine un patrice tient le premier rang après l’Empereur 2 Troyes, la cité de la tribu gauloise, les Tricasses 3 Limes ou frontières avec un système de fortification
  2. 2. 2 Au début du Ve siècle les Huns, peuple nomade en provenance de Mongolie, « poussent » vers l’ouest tous les peuples germaniques et slaves occupant la Germanie et l’Europe centrale comme les Vandales, les Wisigoths et les Burgondes. Les Vandales traversent une partie de l’Europe pour se fixer en Afrique du Nord. Les Wisigoths s’arrêtent en Aquitaine et fondent un royaume. Les Alamans restent en Alsace tandis que les Burgondes investissent Bourgogne et Savoie. En 410 le roi Wisigoth Alaric pille Rome durant 3 jours. Pour certains historiens c’est véritablement la fin de l’empire romain d’Occident qui, par la suite, tombe dans l‘anarchie. Fin 450-début 451 ce sont les Huns eux-mêmes qui, conduits par Attila, passent le Rhin, pillent et incendient Metz la veille de Pâques 451 (selon Grégoire de Tours). Leur objectif était de se rendre en Aquitaine pour faire la guerre aux Wisigoths. Ont-ils contourné Troyes après avoir obtenu des gages pour éviter de la piller ? Ou sont-ils passés à proximité de Paris… qui aurait été sauvé par les prières de Geneviève, la future sainte ?? On ne sait, toujours est-il qu’ils arrivent devant Orléans très vraisemblablement fin mai, avec la complicité de Sangiban, roi des Alains, établi au nord de la Loire depuis 442, et assiègent la cité. Selon certains historiens ils se retirent assez rapidement en voyant arriver l’armée d’Aetius. Pour d’autres ils s’emparent de la ville mais, sans excès et massacres habituels, grâce à l’action efficace de l’évêque Aignan auprès d’Attila ; ils sont ensuite refoulés de la ville et de la région par l’arrivée de l’armée d’Aetius. Ainsi début juin, deux cohortes armées s’élancent vers l’est : les Huns en premier suivis par les coalisés d’Aetius. Vraisemblablement elles ont emprunté l’ancestrale et très utilisée voie romaine qui reliait Orléans à l’est de la Gaule par Sens et Troyes. Entre ces deux cités les armées ont dû longer la fertile vallée de la Vanne pour contourner la forêt d’Othe. A proximité de Troyes Attila fait arrêter son armée dans une vaste plaine après les collines de Montgueux et de Torvillers, espace nécessaire pour déployer sa nombreuse cavalerie. Il est suivi par l’armée romaine. Attila et le peuple hunnique Il est difficile aujourd’hui de faire le portrait d’Attila tant la mémoire collective et l’historiographie ont déformé sa mémoire et l’ont rempli de partis pris et de clichés. On le désigne toujours par le fléau de Dieu ! Cette désignation serait liée à la fameuse bataille car un habitant d’Augustobona – parmi d’autres et ce sont des gens sensés même à cette époque - aurait dit qu’il ne restait absolument rien debout après le passage des Huns… en latin flagellum Dei soit Tu es le fléau de Dieu et le maillet avec lequel la Providence frappe sur le monde… Par contre nous connaissons avec quelques précisions son apparence… Sa taille était courte, sa poitrine large, sa tête trop forte. De petits yeux, la barbe clairsemée, les cheveux grisonnants, le nez écrasé, le teint noirâtre, il reproduisait tous les traits de sa race… selon l’historien Jordanès qui vécut au milieu du VIe siècle et donc ne l’a jamais vu ! Et il ajoute… Cet homme était venu au monde pour ébranler sa nation et faire trembler la terre. Par je ne sais quelle fatalité, des bruits formidables le devançaient et semaient partout l’épouvante… sa barbarie eut un succès qui fait horreur. Ce qui prouve au moins que sa terrible réputation est très ancienne et ne date pas des temps modernes. Cependant, selon un historien grec Priscos, qui a participé à une ambassade de l’empereur romain d’Orient auprès d’Attila en 449, le mode de vie de celui-ci est très romanisé : si le palais du roi est en bois, les repas auxquels il a participé sont luxueux et les convives sont étendus sur des lits couverts d’étoffes précieuses et servis dans de la vaisselle d’or et d’argent. D’autre part il décrit Attila comme un homme simple et chaleureux et convient de son sens politique. Il est le fils d’un roi Huns Mundzuc et à la mort de celui-ci, est confié, comme son frère Bleda, à son oncle Ruga autre roi Huns. Les Huns sont originaires des steppes d’Asie occidentale entre les fleuves Volga à l’est et Dniepr à l’ouest soit au nord d’un territoire qui se situe entre la mer Caspienne et la mer Noire alors dénommée Pont-Euxin ; au début du Ve siècle ils abandonnent leur tradition de nomadisme et se fixent dans la vallée danubienne, en Pannonie (la Hongrie et la Transylvanie).
  3. 3. 3 A la mort de Ruga ses deux neveux se partagent l’Empire hunnique mais Attila tue son frère avec la complicité de chefs de tribus germaniques (445) et se fait désigner comme Empereur d’Europe… il asservit le peuple hunnique tout entier sous son pouvoir et, ayant réuni un grand nombre de nations qui lui obéissaient, il aspirait à la conquête des deux premiers peuples de l’univers, les Romains et les Wisigoths. Ses relations, avec les deux empires romains - Orient et Occident – sont conflictuelles, trêves et guerres se succèdent. On explique souvent l’invasion de la Gaule par un épisode – sûrement légendaire - de la vie amoureuse d’Honoria, sœur da Valentinien III, empereur romain d’Occident. Expédiée contre son gré à Constantinople pour l’éloigner d’un amant, elle fait parvenir une bague – et une lettre - à Attila en lui demandant de l’aide ; il interprète ce geste comme une demande en mariage et accepte en réclamant la Gaule comme dot… qu’on lui refuse ! Son armée était un conglomérat de peuples germains et hunniques : les Ostrogoths, les Gépides, des Alains, les Suèves, les Hérules, les Sarmates entre autres. Aetius Aetius en 451 est, à 55 ans, un des principaux dirigeants du décadent empire romain d’Occident, sénateur, généralissime de l’armée et patrice. Il est « semi-barbare » car, si sa mère était romaine son père était d’origine scythe4. Mais le plus important dans notre histoire est qu’il connait Attila : dans les années 410 il a été otage à la cour de Duga – pour quelles raisons ? Certainement comme garantie, à la suite d’une trêve durant un conflit – et a côtoyé Attila. Puisqu’ils avaient le même âge (une quinzaine d’années) ils ont dû partager les mêmes occupations et on peut supposer qu’ils se sont jaugés, conscients de leur situation respective. Ont-ils été amis ? On ne sait mais on peut croire que le Romain a observé avec attention les pratiques guerrières de ses geôliers, entrevues lors d’exercices. Aetius aurait été prévenu de l’arrivée des Huns par l’évêque d’Orléans Aignan qui serait venu le voir à Arles au printemps 451. Il réussit à réunir une armée romaine à laquelle il incorpore les Wisigoths du roi Théodoric, des Francs Saliens (commandés par Mérovée, grand-père de Clovis) et Ripuaires, des Burgondes, des Sarmates et les Alains de Sangiban. La bataille L’armée hunnique occupe toute l’immense plaine à l’ouest de Troyes qui va, aujourd’hui, des villages de Saint Germain à Saint Lyé, elle fait face aux collines de Montgueux et de Torvilliers. Son campement, c'est-à-dire une multitude de chariots, de litières et de toute sorte de charrettes à utilisation domestique est derrière elle, à proximité de la capitale des Tricasses, gardé par des non-combattants et accompagné par une ribambelle de femmes et d’enfants. D’après Jordanès, durant la nuit précédent la bataille un terrible affrontement aurait eu lieu entre une troupe de Francs, combattant pour les Romains et une troupe de Gépides, combattant pour les Huns. On ne peut qu’imaginer cette bataille titanesque car les récits et sources fiables manquent. Sans stratégie ni tactique les combattants fantassins s’affrontaient frontalement, blocs contre blocs par petits groupes tandis que les cavaleries tentaient de déborder leurs adversaires en des charges successives. Les charges, étaient-elles coordonnées ? Quel était l’armement des cavaliers, arc, lance, épée ?? Cavaleries lourdes (cataphractaire) c'est-à-dire avec des cavaliers protégés par une épaisse cote de mailles et casqués montés sur des chevaux puissants, sensées bousculer la piétaille adverse ? Ou/et cavalerie légère c'est-à- dire des cavaliers montés sur des chevaux rapides et équipés d’un bouclier et d’une arme légère, lance, épée, poignard ? On dit que les peuples d’origine nomade privilégient la cavalerie légère et les sédentaires la cavalerie lourde. L’armée romaine est arrivée par le passage entre les collines de Montgueux et de Torvilliers ; apercevant les Huns, elle se déploie en ordre de bataille avec les Alains de Sangiban, considérés peu sûrs, 4 Les Scythes est un peuple indo-européen qui vivaitau nord des mers Caspienneet Aral
  4. 4. 4 au centre (il est plus difficile ainsi de déserter), son aile gauche gravit les pentes de la colline de Montgueux, se positionne sur toute la crête puis déboule sur l’aile droite des Huns avec l’impétuosité d’un torrent ; de l’autre côté, les Wisigoths bousculent également les Huns. Attila est alors obligé de s’enfuir et se réfugie dans son camp. Ainsi peut-on résumer cette bataille qui n’a duré que l’après midi du 21 juin mais qui fut une immense tuerie… bataille terrible, complexe, furieuse, opiniâtre comme on n’en avait jamais vu de pareille nulle part… car, s’il faut en croire les vieillards, un petit ruisseau de cette plaine, qui coule dans un lit peu profond, s’enfla tellement, non par la pluie mais par le sang des mourants qu’il devint un torrent impétueux… Ce ruisseau doit être la Vienne, petite rivière qui s’écoulait aux abords des villages de Torvilliers, de La Rivière de Corps (d’après certains historiens, le nom de cette cité proviendrait des cadavres de cette célèbre bataille qui emplissaient le lit de la rivière…) et de Saint André, affluent de la rive gauche de la Seine. Au cours des siècles il fut souvent détourné et aujourd’hui il est totalement canalisé. L’après bataille Combien de combattants, combien de morts ?? Difficile à estimer tant les chiffres des uns et des autres sont farfelus. Pour Jordanès, encore lui, l’armée des Huns se composait de cinq cent mille hommes (dit-on précise-t-il) et voici comment il estime les pertes …On rapporte que dans cette fameuse bataille que se livrèrent les plus vaillantes nations il périt des deux côtés cent soixante deux mille hommes, sans compter quatre vingt dix mille Gépides et Francs qui avant l’action principale tombèrent des coups qu’ils se portèrent mutuellement dans une rencontre nocturne… ça fait beaucoup ! Le seul fait sûr de cette triste journée – pour l’espèce humaine – fut la mort du roi des Wisigoths Théodoric Ier. Selon la tradition de ce peuple il est inhumé sur place ; son fils ainé Thorismond est déclaré roi, reconnu et légitimé par l’acclamation de ses guerriers puis retourne à Toulouse. Est-il allé dans sa capitale de son propre chef ou conseillé fortement par Aetius qui craignait, en cas de débâcle des Huns, la trop grande puissance du peuple wisigoth ? En définitive il est difficile aujourd’hui de déclarer vainqueur l’armée que dirige Aetius, malgré ce qui est écrit dans tous les livres d’histoire. Attila, voyant les Wisigoths s’éloigner, commence sa retraite vers l’est sans être le moins du monde inquiété par Aetius. Il n’a pas mis à sac la cité des Tricasses : il l’a contournée grâce à l’intervention de son évêque Loup pris en otage… Le chef des Huns « embrassant la foi de cet esprit sublime » pria le prélat de l’accompagner dans sa retraite jusqu’au Rhin puis le fit raccompagner jusqu’à Troyes après s’être recommandé de ses prières… Selon Isabelle Crétet-Pothin dans son document Eglise et vie chrétienne dans le diocèse de Troyes du IVe au IXe siècle cité par Jean-Louis Peudon dans son livre Villes et villages de l’Aube de la préhistoire à nos jours. Pourquoi Aetius n’a pas voulu continuer le combat avec une grande chance d’anéantir l’armée hunnique ? Nul ne le sait. Attila pourra ainsi envahir l’année suivante toute l’Italie du Nord ! Cette épouvantable et titanesque bataille – cela est sûr – n’est pas en réalité un évènement historique d’importance : la victoire n’a pas provoqué une embellie dans le monde romain et la déliquescence de sa gouvernance a continué, amplifiée quatre ans plus tard, par le sac de Rome, œuvre des Vandales5 de Genséric, venus de Carthage6 qui, pendant quatorze jours, ont pillé, ravagé et détruit la plus belle ville du monde. Les protagonistes de cette sanglante bataille ont eu un fâcheux destin : Thorismond est assassiné par son frère Théodoric en 453 et Aetius par son empereur Valentinien III en 454… ce qui prouve que cette funeste époque ne se prêtait pas au raffinement. Quant à Attila, il meurt bizarrement, étouffé par un saignement de nez lors de la nuit de sa xe noce début 453 ; certains historiens assurent qu’il a été assassiné ; son empire ne lui survivra pas comme ceux, plus tard de Gengis Khan au XIIIe et de Tamerlan au XIVe, autres chefs de guerre emblématiques de peuples nomades. Seul Mérovée (mort « normalement » en 5 Ils méritent bien leur nom… 6 Fondée par des Phéniciens de Tyr vers 800 av. J.-C.
  5. 5. 5 457) s’en tire bien car son royaume franc, n’étant plus confronté aux assauts des hordes hunniques, s’implante définitivement au nord de la Gaule. La décadence de la puissance romaine a été perçue par les contemporains car leur sécurité et leur intégrité physique n’étaient plus assurés ; quant aux intellectuels (les saints Jérôme et Augustin, Orose par exemple) ils sont estomaqués car leur mythe d’une Rome éternelle s’effondre, ils l’expriment dans leurs écrits…. C’est l’univers tout entier et la civilisation qui ont péri… le flambeau le plus éclatant du monde s’est effondré… l’assassinat de la mère du monde…etc. Ils s’aperçoivent en réalité que leur ancien monde s’éteint et qu’un autre est entrain de naître. Aujourd’hui il est difficile d’analyser cet évènement …par le nombre infini des facteurs en jeu – économiques, démographiques, sociologiques, religieux, moraux… - et à la complexité de leur interaction… comme l’exprime l’éminent spécialiste de la Rome antique Lucien Jerphagnon. Alors, faut-il se retourner vers le surnaturel en invoquant… le châtiment des Dieux ou la punition de Dieu ?? Explications et définitions Les Barbares « Des nations innombrables et féroces se sont rendues maîtresses de la Gaule. Tout le territoire compris entre les Alpes et les Pyrénées, l’Océan et le Rhin a été dévasté par les Quades, les Vandales, les Sarmates, les Alains, les Gépides, les Hérules, les Saxons, les Burgondes, les Alamans, les Pannoniens… Mayence a été prise et détruite, et des milliers d’hommes égorgés dans l’église. Worms est tombé après un long siège. Reims, Arras, Tournai, Spire, Strasbourg, ont été transférées en Germanie ; Aquitaine, Lyonnaise et Narbonnaise ont été dévastées » d’après saint Jérôme (347-420). Les Barbares sont des individus groupés en tribus dont les origines et les déplacements sont, encore à notre époque, souvent légendaires et toujours hypothétiques et approximatifs. Selon leur identité ethnique et leur langage on peut les regrouper ainsi, d’après Jean Louis Voisin7, les Alains appartiennent au monde sarmate, celui de populations nomades de langue iranienne, qui s’étend du nord du Caucase aux plaines hongroises. Sont de langue germanique du groupe oriental les Burgondes et les Vandales ; du groupe occidental les Suèves, les Quades, les Francs. Quant aux Goths, d’origine scandinave du bord de la Baltique (aux Ier et IIe siècles), ils se seraient fixés au bord de la Mer Noire à l’embouchure du Danube au milieu du IIIe siècle. Leur division en Ostrogoths et Wisigoths fait encore aujourd’hui l’objet de controverse. Les Francs étaient groupés en une confédération, sorte de regroupement - très lâche et sans règles bien précises - de tribus germaniques établies au niveau de l’embouchure du Rhin. La peuplade qui s’est dirigée vers le sud (actuellement les Pays-Bas) a été appelée les Francs Saliens, celle qui a descendu le Rhin a été appelée les Francs Ripuaires. Invasion ou migration ? Sachant qu’une migration est une invasion de peuples qui s’installent et restent ! A part les Huns en 451 qui sont venus puis sont repartis, tous les autres peuples se sont installés en Gaule romanisée à l’instar des Wisigoths en Aquitaine, des Burgondes en Bourgogne et en Savoie (faiblement) et des Francs dans le nord par exemple. En nombre, cela représente quelle population ? Robert Latouche, dans son document Aspect démographique de la crise des grandes invasions, écrit… [L’installation des Barbares en Gaule] si elle n’a pas été insignifiante, elle a été minime. Un historien a estimé le nombre de Wisigoths « poussés » vers l’ouest par la vague hunnique à 70 000 personnes, femmes enfants et esclaves compris. Un autre a déterminé que le nombre des Wisigoths arrivés en Aquitaine (418) et des Burgondes en Bourgogne et Savoie (448) n’a pas atteint les 100 000 individus. L’érudit savoyard Paul Dufournet8 …soutient qu’en pays savoyard, l’occupation burgonde a été si médiocre qu’elle n’a guère eu d’impact… Selon Jean Louis Voisin 7 D’après son articledans l’ouvrageLa fin des empires sous la direction deP. Gueniffey et T. Lentz 8 Cité par Fernand Braudel dans L’identité de la France
  6. 6. 6 150 000 personnes, issues de hordes barbares, auraient franchi le Rhin dans les années 405 à 407. Enfin pour conclure, citons Fernand Braudel qui avoue se perdre en conjoncture… Mais il y a eu, à travers la Gaule, indépendamment des invasions, une constante perfusion de sang « barbare ». On va jusqu’à dire, au total, un million d’hommes. Ce qui ne serait pas grand-chose si la Gaule romaine avait été peuplée, comme on l’avance – et comme je ne le crois pas – de 20 à 30 millions d’habitants. Les proportions du mélange changent, bien entendu, si l’on retient le chiffre de 10 millions… En un mot l’installation des Barbares dans la Gaule romaine n‘a pas eu une importance démographique considérable. C’est d’autant plus vrai qu’aucun peuple n’a réussi à imposer sa langue et qu’on peut être sceptique également sur leur influence réelle et permanente sur la vie et les mœurs des autochtones sachant qu’en Aquitaine, selon une étude de Ferdinand Lot, seule une trentaine de villages sur douze mille ont un nom d’origine wisigothique. Toutes les civilisations d’importance de l’Histoire ont été bouleversées - quand elles n’ont pas disparu - par des invasions ou exodes de peuples extérieurs à leur zone d’influence. Rome ne sera pas la dernière… comme elle n’a pas été la première, la grande Egypte des Pharaons a dû se prémunir de grands mouvements de population dont le principal est l’invasion des peuples de la mer vers 1200 av. J.-C. Pourquoi champs catalauniques L’appellation Champs Catalauniques attribuée à la bataille est impropre car elle implique qu’elle ait eu lieu à proximité de Chalons en Champagne, ce qui n’est pas le cas. Attila et Aetius, en provenance d’Orléans, n’ont pas franchi la Seine et ne sont pas allés au-delà de Troyes. Il est attesté qu’Attila a pris l’évêque de la cité en otage et il n’est pas revenu sur ses pas pour s’assurer du saint homme. Il a traversé Troyes ou contourné après la bataille qui a eu lieu aux portes de cette cité dans une vaste plaine près d’une localité certainement bien modeste dénommée à l’époque Maurica ou Mauriacus. Personnellement je l’ai situé entre Montgueux, Torvilliers et Troyes et non pas à l’est de la colline de Montgueux c'est-à-dire à proximité des 2 villages appelés Dierrey (Saint-Pierre et Saint-Julien) comme le suppose l’historien du XIXe Arbois de Jubainville ; dans ce cas l’armée d’Attila aurait eu dans le dos la colline, configuration militaire non judicieuse puisqu’elle rend difficile une éventuelle retraite. La toponymie ne nous apporte aucune précision et on a, au fil des siècles, beaucoup débattu sur le lieu appelé Maurica ou Mauriacus. M. Girard croit que ce n’était ni un oppidum, ni un castrum et encore moins une villa mais peut-être tout simplement un camp militaire romain qui abritait une petite garnison à proximité de la cité des Tricasses avec des soldats en provenance d’Afrique ou qui avaient tout simplement la peau un peu basanée… Il y avait encore au XIXe siècle entre Troyes et le village Des Noés un chemin appelé Voie des Maures et, entre Sens et Troyes, le nom de quelques villages ou hameau renferme le radical Maur ou l’équivalent phonétiquement : Villemaur, Villemoiron, Moirey. Mais cela n’est pas significatif car on doit pouvoir trouver des exemples semblables dans d’autres régions. Sources La fin des empires sous la direction de Patrice Gueniffey et Thierry Lentz, l’article de Jean Louis Voisin intitulé La longue agonie de l’empire romain d’Occident. Le document récupéré sur Internet écrit en 1885 par M. Girard intitulé Le Campus Mauriacus. Il fait un point très précis de tous les textes écrits sur la bataille et donne son opinion. Il écrit notamment… Sans être aussi affirmatif, nous estimons qu'avant tout il convient de rechercher ce que l'on entendait au juste par ces mots champs Catalauniques, et si, par cette dénomination, on prétendait désigner les plaines voisines de Châlons. II ne faut pas oublier que Jordanès, comme s'il eût voulu lui-même aller au-devant des explications, aussitôt après avoir nommé les plaines catalauniques, ajoute cette incidente qui précise sa pensée : Ces plaines s'étendent sur une longueur de cent lieues, suivant l'expression gauloise, et sur une largeur de soixante-dix. C'est en somme et à peu près ce qu'on a appelé la Champagne, et, comme le fait remarquer
  7. 7. 7 M. d'Arbois de Jubainville, dire que la bataille a eu lieu dans les champs Catalauniques, c'est dire qu'elle a eu lieu en Champagne. On ne peut être plus clair. Le texte de Jordanès, Histoire des Goths est disponible sur Internet. Je l’ai lu à l’adresse suivante http://remacle.org/bloodwolf/historiens/jornandes/gothsfr.htm. Goth d’origine il est d’une famille de notaires ; il se convertit rapidement au christianisme et se fait moine. Il fut – peut-être - évêque de Crotone et de Ravenne. Il a vécu à Constantinople puis à Ravenne. Il est connu pour ses 2 livres d’histoire, Histoire des Goths (ou Gétiques) écrit en 551 et Histoire romaine. Pour le premier il s’inspire d’un ouvrage aujourd’hui disparu de Cassiodore (vers 485-vers 580) qui a vécu dans l’entourage de Théodoric le Grand, roi Ostrogoth de l’Italie du Nord de 493 à sa mort en 526. Source : Musée wisigothique virtuel

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