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Auguste Renoir à Essoyes

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Vie du célèbre peintre impressionniste en mettant l'accent sur ses séjours en Champagne, dans le département de l'Aube

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Auguste Renoir à Essoyes

  1. 1. 1 Pierre-Auguste Renoir à Essoyes par Jean-Jacques TIJET …C’est si délicieux de se laisser aller à la volupté de peindre… Essoyes Essoyes est un village du département de l’Aube à environ 50 km au sud-est de Troyes entre la vallée de la Seine et celle de l’Aube. Il est curieusement en dehors de toute voie de communication d’importance, autrefois au nord de la route nationale qui reliait Troyes à Dijon et aujourd’hui, au sud de l’autoroute A5. Au centre d’une région, dénommée le Barrois champenois ou Côte des Bar, caractérisée par une succession de plateaux de modeste altitude (200 à 300m) entrecoupés par des vallées alluviales creusées par la Seine, l’Aube et leurs affluents, il est traversé par la rivière Ource, un affluent de la rive droite de la Seine. Autrefois, la cité était connue comme un centre important de l’industrie papetière : ses moulins hydrauliques installés sur l’Ource assuraient la transformation de vieux chiffons usagés de lin et de chanvre en pâte à papier. Les chiffons étaient d’abord abondamment mouillés puis laissés dans une atmosphère très humide (ce qui favorisait leur fermentation) ; ils subissaient ensuite une longue opération de broyage par des maillets munis de clous et mis en mouvement par un arbre à cames situé au centre de la roue du moulin ; après plusieurs dizaines d’heures, la « soupe » de chiffons se transformait en pâte à papier. Il nous faut aussi évoquer une activité particulière à Essoyes à la fin du XIXe siècle : la plumasserie qui prépare des plumes de différents oiseaux pour confectionner des vêtements féminins d’ornement comme les fameux boas. La vallée de l’Ource était réputée pour son gibier d’eau – hérons et diverse sorte de canards en particulier - dont les plumes étaient dégraissées au lavoir du village à l’eau chaude savonneuse (il disposait d’un four à cheminée) par une main d’œuvre féminine expérimentée. Celle-ci ensuite les préparait en les séchant, les teintant, les frisant, etc. ; certaines plumes partaient à Paris chez des plumassiers afin d’être confectionnées en vêtements et parures plus ou moins extravagants alors très à la mode ; par contre d’autres étaient transformées, sur place, en « boas » sorte d’écharpe que l’on portait autour du cou ! La plumasserie, tombée en désuétude et le déclin de l’industrie papetière dès le XVIIIe siècle puis son arrêt à la fin du XIXe ont provoqué une chute de la population qui est passée de 1 800 au milieu du XIXe à 8001 au début du XXIe . Il faut croire que les exploitations forestières et agricoles et en particulier la culture de la vigne sur les coteaux calcaires orientés sud/sud-est et la vinification de vins mousseux d’appellation Champagne n’ont pas absorbé la totalité de la population autrefois employée à la fabrication manuelle du papier et à la transformation des plumes en accessoire du vêtement féminin. Auguste Renoir Natif de Limoges – il y voit le jour en février 1841 – Pierre-Auguste Renoir vivra son adolescence à Paris où son père, artisan tailleur, s’établit en 1845 avec l’espoir de subvenir plus facilement aux besoins de sa famille. Très rapidement il est repéré par ses aptitudes pour le chant et le dessin. Pour le chant, son professeur est Charles Gounod, alors maitre de chapelle à St Eustache (il n’est pas encore célèbre) : il conseille à ses parents de lui faire étudier le solfège. Mais en définitive, comme ses maitres – chez les Frères des écoles 1 Source : Villes et villages de l’Aube de la préhistoire à nos jours de Jean-Louis Peudon
  2. 2. 2 chrétiennes - constatent son goût et son talent pour le dessin, son père le met en apprentissage à 13 ans chez un fabricant de terres vernissées (peinture sur porcelaine) rue du Temple… ma besogne consistait à semer sur fond blanc de petits bouquets qui m’étaient payés à raison de cinq sous la douzaine. Quand il s’agissait de grandes pièces à orner, les bouquets étaient plus gros, de là une augmentation de prix, minime… lorsque je fus un peu plus sûr de moi, je lâchai les petits bouquets pour me lancer dans la figure… je me souviens que le profil de Marie-Antoinette me rapportait huit sous… a-t-il raconté plus tard. En 1858, après ses 4 années d’apprentissage il exerce ses talents dans différents domaines comme la peinture sur porcelaine, sur des éventails et des motifs religieux sur des stores destinés aux missionnaires qui, arrivés dans leurs missions, les tendaient sur des châssis pour donner l’impression d’être dans une église. Mais tout cela n’est que faribole, car il voulait devenir peintre, un vrai, et pour cela – en 1862 - il réussit le concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-arts de Paris et le peintre renommé mais très académique Charles Gleyre l’accepte dans son atelier. C’est dans cet environnement qu’il se lie d’amitié avec Sisley, Bazille et Monet qui l’entrainent à planter son chevalet « en extérieur » à Bougival, Chantilly, Ville d’Avray et dans la forêt de Fontainebleau. Pour certains ce serait l’origine de l’impressionisme car ces artistes cherchent dans leurs tableaux, en utilisant beaucoup la couleur, à signaler une impression plutôt que la réalité. A la campagne, ils fuyaient la ville de Paris sombre, triste et crasseuse et voulaient restituer dans leurs toiles la lumière et les splendeurs de la nature. A partir de 1864, après avoir quitté Gleyre et les Beaux-arts il prend l‘habitude d’exposer au Salon (exposition officielle de peintures agréée par l’Académie des Beaux-arts) avec peu de résultat. Après la guerre franco-allemande – où il fut mobilisé dans un régiment de chasseurs – il participe aux expositions impressionnistes de 1874, 1876 et 1877 mais sans succès car ce type de peintures n’est pas à la mode : les artistes subissent sarcasmes et les critiques sont exécrables. Cependant son talent commence à être reconnu… comme portraitiste. A un modeste fonctionnaire des douanes Victor Choquet – qui s‘enthousiasma pour notre héros et lui commande un portrait de sa femme – succède Georges Charpentier, l’éditeur de Zola, de Maupassant et de Daudet, introduit auprès des célébrités du Tout Paris d’alors. C’est lui qui est à l’origine de la renommée de Renoir (d’une certaine manière) en lui payant 1200 francs un portrait. Avec cet argent il loue un appartement rue Cortot à Montmartre avec jardin et une vaste écurie dans laquelle le peintre pourra non seulement exercer son talent mais également stocker toiles et chevalets. C’est alors qu’il peint sa célèbre toile – devant laquelle je serais toujours en admiration – Le bal au moulin de la Galette. Nous sommes en 1876. Contrairement à ses amis impressionnistes il continue à œuvrer dans le portrait et à exposer au Salon. Ainsi à celui de 1879 il obtint un succès avec sa toile intitulée Madame Charpentier et ses enfants. Les « années misère » sont terminées, il est connu et on l’apprécie comme un admirable peintre de la femme. Il sait manier au mieux la couleur des étoffes, des dentelles et autre mousselines alors très goûtées par les jeunes femmes de l’époque qui se parent d’ombrelles à travers lesquelles la lumière chatoie. On peut le comparer à Watteau (1684-1721), à Boucher (1703-1780) et surtout à Fragonard (1732-1806), lui aussi peintre de la femme avec ses Baigneuses par exemple ; ce sont des peintres du plaisir de vivre et de la gaité avec des sujets qui évoluent dans une atmosphère chatoyante, mais la frivolité et la sensualité des peintres classiques ne font pas partie des thèmes de Renoir ! Alors que la plupart des peintres de son époque sont proches de la misère et passent leur temps à boire, peindre et lutiner leurs modèles (certains les ont surnommés les « maudits »), Renoir boit modérément et acquiert une certaine aisance financière qui lui permet de voyager : il se rend ainsi en Italie et visite Rome, Naples et Pompéi dont les fresques le touchent. Il s’enthousiasme pour les œuvres de Raphaël… c’est bien beau, j’aurais dû voir ça beaucoup plus tôt ; c’est plein de savoir et de sagesse, il ne cherchait pas comme moi des choses impossibles, aurait-il dit. « Vers 1883, il s’est fait comme une cassure dans mon œuvre. J’étais allé jusqu’au bout de l’impressionnisme et j’arrivais à cette constatation que je ne savais ni peindre ni dessiner ». Il devient alors beaucoup plus précis dans ses dessins avec des personnages ou des paysages nettement plus apparents dont les contours apparaissent par un renforcement des ombres et des lumières. Ainsi est la célèbre et magnifique toile appelée « Les grandes baigneuses ».
  3. 3. 3 Il atteint alors un certain épanouissement – dans sa vie d’artiste comme dans celle de sa vie personnelle - qui lui permet de peindre la beauté du monde par ses portraits de femmes ou par ses paysages. Vers 1886 il revient à l’impressionnisme et adopte une « manière nacrée » selon ses propres termes mais difficile à caractériser… La dormeuse et Jeunes filles au piano sont des tableaux typiques de cette période. Atteint par de graves rhumatismes articulaires – qui débutent vers 1888 - Renoir devient, à la fin de sa vie, pratiquement invalide (il se déplace en fauteuil roulant)… ce qui ne l’empêche pas de peindre. « Il peignait avec son être spirituel, avec sa volonté. On lui entourait les doigts de bandes de toile assez épaisses pour remplir les vides existant entre ses doigts déformés qu’ils ne pouvaient rassembler ; dans sa main ainsi préparée, on glissait un pinceau et presque sans mouvement Renoir peignait… on ne pouvait voir son pauvre corps trituré par le rhumatisme déformant sans se demander par quel miracle cet homme, absolument impotent, pouvait peindre des toiles qui resteraient parmi les monuments de la peinture... » d’après son ami, le graveur Roux-Champion. Jusqu’à sa mort survenue le 3 décembre 1919, malgré sa terrible maladie et ses chagrins, son œuvre pleine de lumière reflètera toujours la joie de vivre et exaltera la beauté de la vie. Les spécialistes estiment son œuvre à près de 4000 toiles… L’impressionnisme, art pictural dont la base est la lumière sur du concret et du vivant a été fortement critiqué, c’est le moins que l’on puisse dire, comme le montre ce fait divers : En 1900, durant la fameuse et grandiose Exposition universelle, un membre de l’Institut a voulu, en écartant les bras devant une salle du Grand-Palais consacrée aux peintures de Renoir mais aussi de Degas, Monet, Pissaro, Berthe Morisot, empêcher le président de la République, Emile Loubet, d’entrer en s’écriant… Arrêtez, Monsieur le Président, n’allez pas plus loin c’est le déshonneur de la France… Auguste Renoir à Essoyes Pour connaitre les raisons de sa venue puis de ses séjours à Essoyes (il allait « paysanner » en Champagne disait-il) il faut évoquer sa vie privée et sa rencontre avec Aline Charigot, une Essoyenne. En 1874, à 15 ans, elle quitte son village et se fait embauchée à Paris dans l’atelier de confection dans lequel sa mère est employée ; elles habitent rue des Martyrs à proximité de la rue Saint Georges où loge à cette époque Renoir. On peut supposer que le peintre et la très jeune fille se sont croisés puis rencontrés. Dans son livre Pierre-Auguste Renoir, mon père, Jean Renoir rapporte des souvenirs et confidences de son père… les proportions de ses traits et de son corps correspondaient aux canons de Renoir… elle gardait la vigueur du petit vent d’est qui balaie les coteaux de son pays natal et elle savait relever une boucle de sa chevelure d’un geste que Renoir aimait suivre parce qu’il était vraiment rond… Pas étonnant donc qu’elle devienne dans les années 1877-1880 sa modèle préférée puis sa compagne, la mère de ses enfants et enfin son épouse… le 14 avril 1890. Elle apparait ainsi dans les meilleures toiles de Renoir comme les Canotiers à Chatou (1879) et le célèbre Déjeuner des canotiers (1881). Elle met au monde – à Paris - Pierre le 21 mars 1885 et Jean le 15 septembre 1894 mais Claude le 4 août 1901 nait à Essoyes… que Renoir découvre pour la première fois en 1888. Le couple a loué pour l’occasion une petite maison sur la route menant à Bar-sur-Seine. Il semble que Renoir a apprécié la douceur champenoise et les rives enchanteresses de l’Ource puisqu’il décide durant l’été 1896 – après des séjours de plus en plus nombreux - d’acquérir une maison dans le village, propriété d’un ancien vigneron. L’achat représente le prix de l’un de ses tableaux de l’époque, 4000 francs. Il exprime ce bonheur tout simple dans ses toiles comme celle intitulée, Le printemps à Essoyes. Alors qu’il peignait essentiellement les femmes du monde il prend alors comme modèle les servantes, les serveuses, les blanchisseuses et la fameuse Gabrielle native elle aussi d’Essoyes. Gabrielle Renard, la « belle Gabrielle », installée chez les Renoir dès 1894 (elle a alors 16 ans) jusqu’en 1913, sera non seulement servante et nurse mais aussi une des modèles attitrées de Renoir ; durant
  4. 4. 4 l’impotence de son « patron » comme elle aimait appeler Renoir elle se transformera en infirmière et garde-malade ! Elle a fait la conquête des Renoir par sa gentillesse, sa bonne humeur et son amabilité. Dans l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté Renoir lui demandera tout naturellement de poser et elle va figurer parmi les plus beaux tableaux de l’artiste comme La Source, Gabrielle au chapeau, Gabrielle à la rose,… Elle est reconnue aussi comme la nounou de Jean avec qui elle conservera, sa vie durant, des relations basées sur l’affection et l’estime qu’ils avaient l’un pour l’autre… comme le prouve ce texte tiré de l’autobiographie du cinéaste (Ma vie et mes films) Au moment de dire adieu à l’environnement de mon enfance, je pense à Gabrielle. C’est certainement elle qui m’a le plus influencé… Elle m’a appris à voir les visages à travers les masques, à dépister les lâchetés derrière les redondances… Mon adieu au monde de mon enfance peut se formuler en deux mots : « Attends-moi, Gabrielle ». Dans le fameux tableau intitulé La famille de l’artiste elle figure au premier plan ; elle est accroupie et, avec une extrême bienveillance, retient debout un petit bonhomme… Jean Renoir. A un degré moindre Renée Jolivet sera avec le dernier enfant des Renoir, Claude, comme Gabrielle avec Jean. Arrivée en 1901 – sa mère est la sage-femme qui a assisté Aline lors de la naissance de Claude - elle ne restera au service du couple que 3 ans et n’aura jamais avec Claude des liens aussi forts que ceux qui lient Gabrielle et Jean. Par contre elle servira aussi de modèle à Renoir et acceptera de poser nue …Moi qui étais très réservée, je n’ai nullement été gênée devant Renoir. Il faut vous dire qu’à ce moment là il avait 60 ans passés, qu’en plus il était impotent, ne marchant plus. Je le considérais comme un Dieu et non pas comme un homme… a-t-elle écrit à la fin de sa vie. En 1901 elle a 16 ans, est née à Chatillon-sur-Seine mais a passé toute son enfance et effectué sa scolarité à Essoyes. La toile la plus célèbre qui la concerne est Claude et Renée où elle tient dans ses bras le petit enfant ; c’est elle qui figure aussi dans La promenade parfois intitulée Jeune femme à la promenade avec Coco à la main. En 1915, après diverses aventures (elle se marie avec un comédien ambulant Alphonse Cayat qui l’emmènera en Turquie mais dont elle se séparera rapidement), elle sera appelée par Renoir pour redevenir son modèle mais pour des sculptures cette fois ; en réalité il dessine des esquisses de Vénus que Richard Guino, jeune sculpteur élève de Maillol, modèle sous la direction du maitre qui agite et pointe un bâton pour exprimer les modifications plastiques nécessaires. Lucienne Bralet est une autre jeune fille d’Essoyes qui a été employée par les Renoir. En réalité je me demande si nous ne devrions pas citer celles qui ne les ont pas servis, ce serait peut-être plus simple ! On peut supposer que la famille Renoir exerçait sur les jeunes filles de ce village champenois une certaine attirance, à cause de l’aura de l’artiste mêlée à une bienveillante bonhommie ? Elle est née en 1897 et sera en 1911 embauchée comme femme de chambre. Comme les autres elle deviendra modèle de l’artiste et se vantera d’avoir posé pour une toile intitulée Les Baigneuses… mais, laquelle car selon le répertoire des toiles de l’artiste il y en a plusieurs qui portent ce nom ! En 1913 Renoir réalise un portrait d’une très jeune Essoyenne de 9 ans, Juliette Duban. Cette petite toile (20cm sur 16) intitulée Tête de fillette n’a jamais eu une grande renommée, ce qui ne l’empêchera pas d’être volée en 2005 durant son exposition chez un commissaire priseur qui s’apprêtait à la mettre en vente ! Les voleurs ont été arrêtés mais leur butin n’a pas été récupéré. Essoyes, Renoir et l’Amérique du Nord On peut être natif d’une bourgade de l’Aube et avoir un besoin d’aventures ! C’est le cas du père d’Aline Charigot, Victor. Il quitte le domicile conjugal en août 1860 abandonnant sa femme de 20 ans et sa fille de 20 mois qui, sans ressources, se réfugient chez un des frères du fugitif. Après quelques errances en France il part en Amérique du Nord, se marie à Winnipeg en 1880 au Canada puis veuf se remarie aux Etats-Unis en 1885 ! Il finira sa vie comme boulanger à Bathgate dans le Dakota du Nord après avoir, quand même, divorcé de la mère d’Aline. Triste sire pour le moins, au mieux aventurier instable. Le cas de la « belle Gabrielle » est différent. Elle épouse en 1921 son compagnon un riche Américain Conrad Slate avec qui elle vit depuis son départ de chez les Renoir. En 1941 elle traverse l’Atlantique pour habiter en famille aux Etats-Unis, d’abord près de Boston puis en Californie. Elle sera jusqu’à sa disparition
  5. 5. 5 en 1959 très proche de Jean Renoir – devenu un talentueux réalisateur de films - qui lui aussi vivait à Los Angelès depuis 1941. Ce dernier, jusqu’à sa disparition en 1979, résidera à Hollywood mais avec de fréquents et plus ou moins longs séjours en France. En 1942 son fils Alain s’engage (il a 21 ans) dans l’armée américaine puis devient un réputé spécialiste de littérature anglaise du Moyen Age et professera de longues années à l’université de Californie à Berkeley. Les tombes des Renoir à Essoyes Dés 1899 les Renoir prennent l’habitude de passer l’hiver dans le midi de la France, Nice ou Cagnes ; ils fuient la Champagne aux premiers froids, les souffrances de Renoir dues à sa polyarthrite devaient être moins rudes sous le doux climat de la Provence. Le Midi convient aussi à son génie de peintre par sa nature baignée de soleil, sa lumière et ses couleurs tantôt ardentes tantôt vaporeuses. En 1907 ils acquièrent une propriété, les Collettes, à Cagnes. Mais comme celle-ci est isolée et d’un accès difficile ils louent à partir de 1911 un vaste appartement dans le centre de Nice ce qui permet aux divers personnels soignants d’intervenir plus aisément de jour comme de nuit car Aline est, elle aussi malade, fatiguée continuellement par son diabète. En avril 1915, elle revient épuisée et exténuée d’un voyage dans les Vosges : elle a rendu visite à son fils Jean blessé à une jambe et hospitalisé à Gérardmer (il semble que son intervention a été bénéfique puisqu’elle réussit à convaincre un médecin militaire de ne pas pratiquer l’amputation). Elle meurt au mois de juin suivant et est inhumée dans un caveau appartenant aux propriétaires de leur appartement niçois, dans le cimetière du Château de Nice. En 1922, après la mort de Renoir, lui aussi inhumé à Nice au côté de son épouse, les deux corps seront translatés à Essoyes le 7 avril et, selon leur volonté, déposés dans le cimetière du village natal d’Aline. Ils reposent dans 2 caveaux différents, Renoir avec deux de ses fils Pierre et Jean et Aline avec sa mère et son fils Claude. Chacune des deux stèles funéraires est surmontée par un fronton en pierre orné par un buste en bronze représentant l’occupant, œuvre réalisée par le sculpteur et ami, Richard Guino. En 2005 le buste de Madame Renoir a été décelé et volé. Cet acte odieux et imbécile me rappelle la réflexion d’Albert Einstein … il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine mais pour l’univers je n’ai pas de certitude absolue…. Conclusion Pierre-Auguste Renoir a été un homme étonnamment passionné par la peinture et uniquement par la peinture. A la fin de sa vie, vieux sage valétudinaire, alors qu’il ne pouvait presque plus remuer la main, c’est avec son épaule qu’il déplaçait son pinceau pour créer des toiles consacrées à la jeunesse, à la lumière et à la joie. Henri Perruchot, historien de l’art et auteur de La vie de Renoir raconte qu’un célèbre médecin lui a proposé un traitement qui semblait lui réussir puisqu’il arrivait à se mettre debout mais péniblement et avec beaucoup d’effort… je vous remercie dit-il au médecin, vous êtes un as mais je renonce à marcher parce que cela me demande une telle concentration de volonté qu’il ne m’en resterait plus pour peindre. Eh bien j’aime mieux peindre que marcher ! Pierre Pétré, le petit-fils d’une employée de maison - embauchée temporairement mais régulièrement par les Renoir durant leurs séjours à Essoyes, celle qui était appelée familièrement la Grand’Louise et qui n’a jamais posé - directeur d’école dans les années 1960, a évoqué avec nostalgie ses souvenirs d’enfance et ses rencontres avec l’artiste… j’apercevais alors, assis, tassé sur lui-même, le dos rond recouvert d’une petite cape, la tête coiffée d’une sorte de casquette grises à rabats, un curieux petit vieillard qui me paraissait être l’image même de la Mort… longtemps resta dans mon esprit d’enfant l’image de ce singulier vieillard qui m’effrayait comme un monstre et que je vénérais comme un Dieu. La maison des Renoir, après une restauration particulièrement réussie dans le style 1900, est ouverte au public depuis juin 2017. Ainsi en a décidé la dernière héritière de la famille, Sophie Renoir arrière-
  6. 6. 6 petite-fille de Pierre-Auguste et d’Aline (c’est la fille de Claude Renoir - lui-même fils de l’ainé des enfants Renoir, Pierre - et inhumé à Essoyes dans le caveau de sa grand-mère). Sources Un article d’Henri Perruchot (1917-1967) paru dans la revue ATLAS d’avril 1962 Les articles sur Renoir dans les numéros 74, 87 et 91 de La Vie en Champagne écrits par l’érudit Bernard Pharisien, historien spécialiste des Renoir à Essoyes, petit-neveu de Gabrielle Renard.

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