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LIBÉRATION MARDI 16 OCTOBRE 2012                                                                                          ...
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La chasse au gaspi - les bonnes pratiques dans le monde

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La chasse au gaspi - les bonnes pratiques dans le monde

  1. 1. TERRE18 • LIBÉRATION MARDI 16 OCTOBRE 2012DuNordauSud,despoubellestropnourriesA l’occasion de la Semaine de la sécurité alimentaire, des ONG sensibilisentau gaspillage qui touche toute la chaîne, du producteur au consommateur.Par LAURE NOUALHAT néanmoins dans l’industrie de transfor- placé en rayon est jeté», confirme Fa- QUEL RAPPORT ENTRE GASPILLAGEO mation. «Dire que les fruits et légumes bienne Prouvost. En cause? Le consom- ET FAIM DANS LE MONDE? n le savait, mais ça se con- mal calibrés partent à la poubelle est non mateur qui rechigne à acheter une ba- Par un effet ricochet, les millions de firme : le monde est mal seulement faux, mais c’est également nane tachée ou une pêche tripotée. tonnes gaspillées ajoutent aux tensions fichu. Alors qu’environ une aberration économique», prévient Enfin, en aval du cycle, c’est aussi vous, sur les marchés mondiaux de céréales, 870 millions de personnes Fabienne Prouvost, directrice de la oui vous, les 27 millions de foyers fran- par exemple. Les régimes, de plus ensouffrent de malnutrition, d’après les communication de la Fédération des çais qui envoyez 4,7 millions de tonnes plus carnés, ont également un impactdernières estimations de l’Organisation entreprises du commerce et de la distri- de déchets alimentaires à la poubelle, majeur sur l’environnement : en sur-des Nations unies pour l’alimentation bution (FCD). L’industrie agroalimen- épluchures et os compris. consommant de la viande, les consom-et l’agriculture (FAO), plus taire, en transformant les mateurs des pays industriels ont un ef-de 1,4 milliard d’êtres hu- DÉCRYPTAGE carottes tordues en soupes PEUT-ON SAUVER CE QUI fet direct sur la déforestation. «Prèsmains sont en surpoids, et ou les pommes tachées en EST COMESTIBLE ? d’un tiers de la surface cultivée dans le500 millions d’entre eux carrément jus, génère encore 2 millions de tonnes Oui, d’abord en consommant mieux. monde est utilisée pour produire des ali-obèses. Au milieu de cette injuste ré- de déchets. Le transporteur, ensuite, Environ 30 kilos de ce que l’on jette ments destinés au bétail», estimepartition de la nourriture, une autre qui abîme une partie de ses cargaisons, chaque année pourraient aisément être Jeanne-Maureen Jorand, spécialisteobésité voit le jour: celle de nos poubel- soit environ 1,7 million de tonnes im- consommés ou, mieux, non achetés. Souveraineté alimentaire au CCFD-les, qui débordent. propres à la consommation. Puis les «Dans cette histoire, il faut compter sur Terre solidaire.Le sujet, d’ordinaire confidentiel, l’action publique, notamment au tra-émerge aujourd’hui à l’occasion de la Egalement en cause, le vers des normes, des dates de pé- NORD-SUD, MÊME GASPI?Journée mondiale de l’alimentation, et remption, des obligations de recy- Si le Nord jette trop, le Sud n’est pas engrâce à un documentaire diffusé demain consommateur qui rechigne clage [lire ci-contre, ndlr], mais reste. Pays industriels et pays en déve-sur Canal+, Global gâchis. Il a aussi fait à acheter une banane tachée aussi sur l’éducation, sur la taille des loppement gaspillent, grosso modo, lesl’objet d’un rapport de la FAO, axé sur ou une pêche tripotée. portions, sur l’art d’accommoder les mêmes quantités de bouffe, soit respec-les pertes d’aliments. Ses chiffres frisent restes…», atteste Bruno Lhoste. Il y tivement 670 millions et 630 millions del’indigestion: nous jetons chaque année grandes surfaces et les marchés en- a également le don fait aux 5000 asso- tonnes. «Le gaspillage de nourriture estl’équivalent de plus de la moitié de voient 1,15 million de tonnes chaque ciations s’occupant de précarité alimen- plus problématique dans les pays indus-la production céréalière mondiale année à l’incinération (ou dans des fi- taire. En 2011, les banques alimentaires triels. Il est trop souvent le fait des dé- En France, on(2,3 milliards de tonnes en 2009-2010), lières de recyclage spécifiques quand el- ont redistribué 100000 tonnes de pro- taillants et consommateurs qui jettent à la jette 260 kilos desoit 1,3 milliard de tonnes de nourriture. les existent). «Le rayon des fruits et légu- duits, dont 19 000 tonnes fournies par poubelle des aliments parfaitement co- nourriture par an mes affiche le taux de perte le plus les producteurs agricoles et 27000 ton- mestibles», indique le rapport de la FAO. et par habitant.COMBIEN GASPILLE-T-ON EN FRANCE? important : entre 6 et 8% de ce qui est nes issues de la grande distribution. En Europe et en Amérique du Nord, PHOTO JAMIEAu pays de la gastronomie, on jette chaque consommateur gaspille en- MACFADYEN.260 kilos de nourriture par an et par tre 95 et 115 kg par an, contre 6 à 11 kg GALLERY STOCKhabitant. La majorité – soit 150 kilos – REPÈRES seulement pour le consommateurest perdue ou abîmée en amont, durant d’Afrique subsaharienne ou d’Asie dules étapes de la production, du stoc- SOMMET MONDIAL DOCUMENTAIRE Sud et du Sud-Est.kage, du transport et de la transforma- D’où alors vient le gâchis au Sud ?tion. Mais 110 kilos viennent engorger Au menu cette semaine à Rome, Inspiré par Tristram Stuart, pape «Dans ces pays, les déchets sont principa-les poubelles en aval : le secteur de la la sécurité alimentaire et notam- britannique de la lutte anti-gaspi, lement produits sur les exploitations agri-distribution jette 17 kilos/an/habitant ment la sécurisation des approvi- Global Gâchis est diffusé demain coles, en raison des limites des méthodestandis que les consommateurs (restau- sionnements dans un contexte de à 20h50, sur Canal+. En guise post-récolte, des techniques de conserva-ration collective, commerciale et ména- crise. Les récoltes désastreuses de plan com, la chaîne a organisé tion, du conditionnement et des systèmesges) balancent 93 kilos/an/habitant. de céréales, dues aux sécheres- samedi à Paris un curry géant, de distribution, estime Jeanne-MaureenPour Bruno Lhoste, auteur d’un petit ses américaine et ukrainienne de mijoté avec des légumes moches, Jorand. Dans certains pays, les pertesouvrage sur le sujet (1), inutile de cher- l’été, augurent une augmentation recalés par la grande distribution, peuvent atteindre 60% de la récolte.» Lacher un coupable à cette gabegie. «C’est du prix des denrées cet hiver. et servi par des stars maison. faute à des infrastructures défaillantes,un problème systémique, complexe, qui à des technologies dépassées et à la fai- 30% 1,3n’a malheureusement pas de solution sim- blesse des investissements dans les sys-ple, car pas de cause unique», affirme le tèmes de production alimentaire.président d’Inddigo, société de conseil Lors de la 39e session du Comité de laen développement durable qui organise sécurité alimentaire qui se tient à Romeun concours de recettes «zéro déchet». jusqu’à samedi, les ONG vont essayer de sensibiliser les gouvernements à laQUI EST RESPONSABLE ? de ce que l’on achète chaque milliard de tonnes d’aliments question du gaspillage. «Malheureuse-Tout le monde jette. D’abord, le pro- année finit au fond de nos pou- sont jetées chaque année dans ment, les politiques ont du mal à faire leducteur, victime d’un aléa climatique, belles. Plats cuisinés, légumes le monde. Au Nord, on achète, on lien, poursuit Jorand, car ils jugent quequi balance 6 millions de tonnes par an. oubliés au fond du frigo, yaourts produit et on jette trop; au Sud, les modes de consommation ne relèventIl y a aussi le délit de sale gueule du périmés… auraient peut-être une les récoltes s’abîment prématuré- pas des politiques agricoles.» •légume tordu, proie d’accords entre vie meilleure s’ils étaient achetés ment à cause de faibles capacités (1) «La Grande Sur-Bouffe», éditionsagriculteurs et distributeurs, qui finira pour être consommés. de stockage. Rue de l’échiquier, 95pp., 5€.
  2. 2. LIBÉRATION MARDI 16 OCTOBRE 2012 TERRE • 19 En France, les lois issues du Gre- nelle de l’environnement visent 7% de réduction des déchets ménagers en l’espace de cinq ans. Quant au taux de recyclage des matières or- ganiques, il doit grimper à 45% en 2015. Malheureusement, d’après les chiffres de l’Agence de l’envi- ronnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), on sait déjà que ces objectifs ne seront pas atteints. Depuis le 1er janvier, les entreprises produisant plus de 120 tonnes par an (t/an) doivent recycler leurs déchets organiques. Des seuils qui vont baisser d’année en année: les industriels de l’agroalimentaire, les restaurants de plus de 2 500 cou- verts par jour et les hypermarchés seront concernés au 1er janvier 2013, avec un seuil de 80 t/an. Ce- lui-ci passera ensuite à 20 t/an en 2015. Faute de moyens de col- lecte adéquats, les déchets issus des entreprises de restauration et des supermarchés (1,5 million de ton- nes) terminent souvent dans un in- cinérateur. Des solutions simples et moins coûteuses que la collecte et le recy- clage existent. Elles sont basées sur le don, à l’image de ce qui se prati- que dans le quartier Wazemmes, à Lille, où la «tente des glaneurs» propose des produits périssables invendus à tous ceux qui se présen- tent en fin de marché. Problème : entre collecte supplé- mentaire, stockage et nuisances ol- factives, le traitement spécifique de ces déchets est contraignant. Voilà pourquoi un nombre conséquent d’initiatives vise à éviter d’en pro- duire. C’est le cas des programmesAu Japon, en France et en Grande-Bretagne, dispositions légales, programmes de sensibilisation qui pullulent dans les établissements scolaires.publics et initiatives citoyennes permettent de réduire les déchets alimentaires. Entre 2006 et 2011, 5500 élèves des établissements des Bouches-du-Des idées contre les avides d’ordures Rhône ont réduit leur gaspillage à la cantine de 30%. Au collège Al- fred Mauguin de Gradignan (Gi- ronde), on apprend aux élèves qu’une carotte tordue peut avoir lesA ncré dans nos modes de jours eu une longueur d’avance en réutilisables. Chaque jour, les pour ses animaux. D’autres ensei- mêmes qualités nutritionnelles consommation et de pro- matière de recyclage. Depuis 2001, 1 200 épiceries 7-Eleven se déles- gnes mettent à disposition de leurs qu’un tubercule rectiligne, etc. duction, le gaspillage ali- la Food Recycling Law impose aux tent de milliers de boulettes de riz, clients des bacs à compost. Faire ses En Grande-Bretagne, le pro-mentaire est un problème mondial supermarchés, mais aussi aux res- sandwichs et autres bouteilles de courses avec sa poubelle de table gramme Wrap inculque quelquesd’autant plus choquant que les ma- taurateurs et à l’industrie agroali- lait que la société Agri Gaia Sys- préalablement triée est donc de- règles de bon sens aux foyers béné-tières organiques –les déchets verts mentaire, de recycler les invendus tem transforme ensuite en mélasse venu l’un des gestes écolos les plus voles qui se prêtent au jeu: planifi-des potagers ou des assiettes– peu- de leurs rayons frais, les déchets ou à destination d’élevages de porcs ou pointus du monde ! Résultat : plus cation des repas, taille des portions,vent facilement être valorisées sous encore les bouteilles d’eau péri- de poulets. Deux fois moins chère, de 70% des 20 millions de tonnes stockage de la nourriture, valorisa-forme d’énergie (méthanisation) ou mées… De nombreuses sociétés se cette nourriture compense avanta- de déchets alimentaires sont recy- tion des restes… Au final, le gas-de matière (compostage). Petit tour sont spécialisées dans le glanage geusement la hausse des matières clés. La moitié est transformée en pillage est passé de 4,7 à 2,2 kilosdu monde des solutions. des poubelles des supermarchés, où premières agricoles dans un archi- nourriture animale, 45% en fertili- par semaine et par foyer.Insularité oblige, le Japon a tou- pourrissent des tonnes de matières pel qui importe 75% des aliments sants et moins de 5% en méthane. L.N.

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