Richesse des diversités et problèmes du relativisme
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    Richesse des diversités et problèmes du relativisme Richesse des diversités et problèmes du relativisme Document Transcript

    • La véritéUne série dessais en regards croisés entre Mathias Schiltz, théologienet Bernard Baudelet, professeur des universitésVIII. Richesse des diversités et problèmes du relativisme- Bernard BaudeletCher Mathias, je vous propose dans une première partie de votre intervention de faire entendre à ceux qui lauraientoublié ou bien qui lignoreraient, la richesse du message chrétien. En effet, il est important que chacun appréhendebien lapport extraordinaire de ce message pour lhumanité. Je me réjouis par avance de vous découvrir aux tréfondsde la foi qui vous anime. Vous savez que je nai aucunement lintention de ne pas respecter votre chemin de vie dansson authenticité. Dans lespace de votre vérité, je me dois de vous entendre. Je serai certainement émerveillé par lachance que vous avez de vous sentir dans la lumière de lesprit de Dieu. Je risque alors de mesurer la rudesse de mavoie, sans votre foi. Cependant, mon chemin spirituel nest pas sans lumière comme je me suis efforcé de le montrerdans lessai VI Chemin spirituel dun alter-croyant, même sil est vécu sans le mysticisme inspiré par Dieu.Le message chrétien, cest la diversité dans sa richesse pour ceux qui suivent dautres spiritualités. Cest peut-êtredans cette reconnaissance mutuelle que nous devrons vous entendre sur le relativisme. Le nœud gordien sera-t-ilcoupé ? Mais, ne brûlons pas les étapes.- Mathias SchiltzVoilà une véritable gageure, cher ami, faire entendre la richesse du message chrétien en quelques pages. Je vais melimiter dès lors à présenter une dimension largement méconnue de la foi chrétienne : c’est sa profondeur mystique.En me référant aux travaux de Raimundo Panikar et de Sebastian Painadath que j’ai d’ailleurs mentionnésitérativement dans les essais précédents, je pense en effet qu’il y a moyen à ce niveau, en cette profondeur,d’explorer des pistes de rapprochement ou des ponts possibles entre la vision judéo-chrétienne de Dieu et dumonde et les conceptions des religions ou sagesses de l’Est asiatique.En ce qui concerne Sebastian Painadath, jésuite indien et excellent connaisseur de l’Hindouisme, j’ai été frappé parune série de méditations sur le mystère de Dieu qu’il a publiées durant le Carême de cette année1. Dans l’essai IV.Vérités de la foi en Dieu à laune de la diversité et de la complexité je me suis référé à lui pour montrer qu’il est1Sebastian Painadath, Gott mit uns, etc. in: Christ in der Gegenwart, 7-13/2013.
    • possible de présenter le message chrétien sans recourir à la conceptualisation de la philosophie grecque, mais dansles termes d’un autre monde mental, en mettant à profit les rayons de vérités de la foi dont témoignent les autrestraditions religieuses, comme l’a prôné Claude Geffré2. Car le dialogue est, comme l’a affirmé Jean-Paul II à proposdu dialogue œcuménique, toujours un échange de dons3. Cela vaut, toutes proportions gardées, également pour ledialogue interreligieux. Ainsi se révèle la richesse des diversités.Dans ce contexte, j’avais essayé de présenter un échantillon de la pensée de Painadath en résumant sa premièreméditation intitulée Dieu avec nous. Pour la commodité des lectrices et lecteurs, je me permets de reproduire ici lerésumé de cette méditation où l’auteur essaie de dépasser la traduction du terme grec logos par parole : Si le Logosdivin est réduit à la "Parole", nous restons prisonniers de la mentalité et de la pensée gréco-romaine et latransmission du message chrétien revêt des formes trop exclusivement doctrinales. Mais si le logos est compriscomme expression de soi de l’esprit dans toute sa profondeur et largeur, la danse et l’art, les mythes et les contes, lesgestes et les paraboles ont leur place dans la réflexion et la transmission de la foi. – S’agissant de Dieu, le Logos estson expression totale (intégrale) de soi. Il est la dynamique de l’être dans le Divin, le jaillissement de la force créatricede Dieu, la manifestation du mystère divin. Toute la création a son origine dans ce jaillissement et est animée par lui."Tout fut par lui (le Logos) et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes"(Jn 1,3-4).Avant de parcourir la suite des méditations de Sebastian Painadath, je voudrais m’arrêter un instant sur la voieempruntée par l’auteur. C’est en un mot la voie de la mystique.Il y a un certain nombre d’années, j’ai assisté à une conférence du théologien allemand Eugen Biser qui traitait de latypologie des religions et essayait de définir le statut du christianisme dans ce cadre. Le conférencier distinguait troistypes principaux : la religion éthique, la religion thérapeutique, la religion mystique. Rappelant que Jésus s’était lui-même désigné comme médecin4, il a classé le christianisme parmi les religions thérapeutiques. Dans la discussion quisuivait un éminent juriste, juge à la Cour de Justice des Communautés Européennes, s’est élevé énergiquementcontre cette qualification en déclarant : Je n’ai pas besoin de thérapeute, je ne comprends rien à la mystique ; lechristianisme est comme le judaïsme (la thora !) une religion éthique. Rien d’étonnant après tout de la part d’un juge.Nonobstant, Sebastian Painadath s’en tient à la voie mystique et nous permet de redécouvrir à partir de l’Orient2Claude Geffré, De Babel à la Pentecôte. Essai de théologie interreligieuse. Paris 2006, p. 48.3Jean-Paul II, Encyclique Ut unum sint, 28 ; cf. Concile Vatican II, Constitution Lumen Gentium, 13.4Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades (Mt 9,12 et parall.).
    • cette veine du christianisme trop souvent négligée, oubliée, sinon tarie5, pour retrouver dans la foi chrétienne,comme je l’ai dit dans l’essai VII 2, des éléments d’immanence telle l’inhabitation de Dieu en l’homme que j’aiarticulée selon Anselm Grün.La deuxième méditation de Painadath est intitulée Dieu parmi nous. La perspective du Royaume de Dieu ouvre à toutle genre humain un horizon de salut et confère une orientation divine à notre vie. En araméen le mot royaume se ditmakut et désigne l’œuvre de Dieu. Royaume de Dieu veut dire que Dieu agit parmi nous. Notre vie se développedans un milieu divin. Dieu transforme notre vie en vie nouvelle, la vie divine. Cela implique aussi une compréhensionnouvelle, plus profonde de l’appel à la conversion µετανοειτε que nous entendons trop souvent dans un sensexclusivement moral. Il s’agit de fait d’une transformation et d’un dépassement beaucoup plus profonds etexistentiels. Il faut passer derrière jusqu’au νοûς ou νόος pour jeter un regard dans la profondeur divine, le νοûςétant dans la pensée de Painadath l’organe intérieur de la perception mystique, l’œil spirituel de la vision intérieure,la lumière intérieure du cœur. Un des premiers écrivains chrétiens, Origène (185-253/54), y voit la capacité de lavision intérieure grâce à laquelle nous percevons la dimension divine en nous. Pour saint Augustin c’est l’œil de lafoi, pour Maître Eckhart la petite étincelle de l’âme. Par cette démarche nous découvrons que Dieu n’est pas loinmais au milieu de nous. Nous sommes des êtres comblés de grâce, nous vivons dans l’état d’un existentiel surnaturel(Karl Rahner). Une fontaine divine nourrit notre vie de l’intérieur parce que Dieu est avec nous.Dans la méditation suivante le jésuite indien poursuit en affirmant que ce “Dieu avec nous” n’est pas un Dieuimpassible, trônant dans une imperturbable béatitude céleste, alors que des millions et des millions d’hommes et defemmes peinent dans la souffrance en cette “vallée de larmes”. Il constate péremptoirement qu’un tel Dieu n’existepas. Le Dieu des chrétiens est un Dieu qui souffre avec nous parce qu’il est amour et que l’amour rend vulnérable. Enpassant, Painadath prend congé d’une primitive théorie de l’expiation selon laquelle la mort de Jésus serait la rançonpayée pour nos péchés. C’est l’inverse. La mort de Jésus est le don total de Dieu jusqu’à la mort. Jésus ne pouvaitdescendre de la croix par miracle alors que tant d’humains y restent suspendus.La quatrième méditation intitulée Dieu autour de nous élargit encore l’horizon comme l’indique le sous-titre qui seréfère à une publication célèbre de Pierre Teilhard de Chardin : Depuis la résurrection de Jésus Christ tout se meutdans un "milieu divin"6. Dieu est parmi nous comme Celui qui nous aime, qui souffre avec nous, qui guérit, restaureet réunit tout dans le Christ. Dans cette vision, toutes les activités humaines peuvent acquérir une dimension sacréeparce qu’elles participent à l’œuvre divine, que ce soient l’engagement pour la paix, la justice et la solidarité, lesinitiatives en vue de la sauvegarde de la création et de la protection de l’environnement, ou les effortsthérapeutiques dans les hôpitaux. Partout l’amour de Dieu manifesté en Christ est à l’œuvre. Et il porte encore plusloin en englobant l’univers tout entier. En effet, le Christ n’est pas monté dans un ciel mythique. Mais il est monté5Elle affleure cependant dans certaines prières de la liturgie officielle. Ainsi la prière après la communion de la Fête-Dieu(Solennité du Sacrement du Corps et du Sang du Christ) parle de la jouissance éternelle en latin fruitio) de la divinité dont nousavons ici-bas l’avant-goût. Ce n’est pas sans importance au vu du principe Lex orandi, lex credendi – la règle de la prière est larègle de la foi).6Cf. Œuvres de Pierre Teilhard de Chardin, tome 4, Le Milieu Divin. Essai de vie intérieure, Paris 1957.
    • par-delà tous les cieux, afin de remplir lunivers (Éph 4,9-10). Ainsi le Christ nest pas localisable, au-dessus ou à côtéde lunivers; il lui est devenu intérieur. Le ciel où le Christ monte, cest la face cachée de toute la création. Il est lui-même cette âme invisible de toute la création, quil conduit à son achèvement, le point Omega, par un processusque saint Paul lui-même décrit sous l’image d’une naissance cosmique tributaire de notre propre libération7.Dans la cinquième méditation qui a pour titre Dieu près de nous, c’est la présence et l’action de l’Esprit qui est aucentre du regard intérieur. Painadath affirme que l’Esprit de Dieu agit à toutes les époques, dans toutes les cultures,dans le cœur de tout homme. L’Esprit – ruach, pneuma, spiritus – est le souffle de Dieu. Il est la présence dynamiquede Dieu, il est sa vibration fondamentale à partir de laquelle toute la création se développe, il est l’énergie vitale deDieu qui fait toutes choses nouvelles (cf. 2 Co 5,17). L’Esprit est le fleuve de l’amour divin qui rafraîchit tous lescœurs (cf. Jn 7,38-39). Comme la sève nourrit l’arbre entier, l’Esprit tire son origine du fond caché de Dieu et vivifietoute la création. Comme le courant maintient le fleuve en mouvement, l’Esprit se répand à partir de la source divinecachée et renouvelle le monde. La vie en vient à fleurir dans l’Esprit de Dieu. Nous sommes des êtres vivifiés par lesouffle de l’Esprit. Dieu n’a pas quitté le monde. La proximité de l’Esprit transfigurant se manifeste dans lesinitiatives en vue de la promotion des droits humains, dans les projets écologiques, dans la réhabilitation des exclus,dans l’accueil des réfugiés, dans le dialogue interreligieux, dans l’aspiration à un style de vie plus simple, etc. Toutcela, c’est le seul et même Esprit qui le produit, distribuant à chacun ses dons, selon sa volonté (1 Co 12,11).Dans les méandres de ses méditations le jésuite indien en arrive, dans sa sixième méditation intitulée Dieu en nous, àce qui est sans doute le cœur de ses convictions ou plutôt de son expérience mystique. Dieu nous fait devenirparticipants de la divine nature (2 Pi 1,4). L’Esprit de Dieu transforme notre vie dans la vie nouvelle que nousreconnaissons dans le Christ ressuscité. Et quelle est cette vie ? Les Écritures du Nouveau Testament utilisentplusieurs images pour l’illustrer. Nous sommes membres de la famille de Dieu. L’Esprit lui-même nous atteste quenous sommes enfants de Dieu. Enfants et donc héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ. L’Esprit fait de nousdes fils adoptifs ; en lui nous pouvons crier Abba, Père (Rom 8,15-17). – Je suis la vigne, vous êtes les sarments (Jn15,5). Ces images ne décrivent pas un état, mais un processus de devenir. Notre moi véritable est uni au divin : Cen’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Gal 2,20). Le Christ est en nous (Rm 8,10). Il prend forme en nous(Gal 4,19). Et nous tous … nous sommes transformés en cette même image (du Seigneur), avec une gloire toujoursplus grande, par le Seigneur, qui est Esprit (2 Co 3,18). Que le Christ habite en vos cœurs par la foi. … Enracinés etfondés dans l’amour, vous aurez ainsi la force de … connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afinque vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu (Éph 3,16-19). Les Pères de l’Église des quatrepremiers siècles désignent cette transformation par le mot theosis qui veut dire divinisation. Le Verbe est devenu ceque nous sommes pour que nous soyons parachevés en ce qu’il est essentiellement (Irénée de Lyon). Le Verbe estdevenu homme pour que nous, les hommes, puissions devenir divins (Athanase). En Jésus, la nature humaine et lanature divine sont enchevêtrées de telle sorte que la nature humaine est divinisée (Origène). Dieu est devenu hommepour que l’homme devienne Dieu (Augustin). Lorsque nous comprenons la foi chrétienne à partir de ce fondementmystique, nous accédons à une conscience de nous-mêmes qui est illuminée par la grâce et nous confère une libertéinouïe et une immense joie. Portés par cette conscience, nous voyons tout dans une lumière nouvelle : nous-mêmeset les autres, joies et souffrances, profession et relations, religions et cultures. Ayant tout reçu, nous pouvons toutdonner en contribuant à la construction d’un monde nouveau au lieu d’être des bourreaux de travail cupides et7La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu : livrée au pouvoir du néant – non de son propre gré,mais par l’autorité de celui qui l’y a livrée – elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pouravoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet, la création tout entière gémit maintenant encoredans les douleurs de l’enfantement (Rm 8,19-22).
    • possessifs repliés sur leur quant-à-soi. Par nous, l’Esprit de Dieu transforme et renouvelle le monde. Le mondeancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là. Tout vient de Dieu … (2 Co 5,17-18).Dans sa septième et dernière méditation intitulée Dieu par nous Sebastian Painadath nous ramène à la sourcepremière de toute mystique voire de toute vie chrétienne. C’est le Dieu qui est amour (1 Jn 4,8). En termesd’éthique, l’amour est une vertu. Pour le regard mystique il est une grâce que nous accueillons avec gratitude. Pourl’intelligence l’amour est une affaire de sentiments. Il ouvre une relation entre moi et toi. C’est le moi qui est le sujetactif de l’amour. Mais dans une perception plus profonde on peut reconnaître que l’amour n’est pas quelque choseque nous générons, mais une force que nous recevons, une énergie cosmique provenant de la source divine. L’amourunit et transfigure tout. Nous recevons le fleuve de grâce de l’amour, mais nous ne le générons pas. Ainsi le moi n’estpas véritablement le sujet de l’amour. Je capte plutôt la vibration divine comme une antenne. Le cœur est commeun vase qui offre de la place à l’Esprit. L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a étédonné (Rm 5,5). Qui vit dans l’amour vit en Dieu et Dieu vit en lui (1 Jn 4,16). Ainsi l’agir suit l’être. L’œuvre est unfruit de la grâce. L’affranchissement de l’ego et l’éveil intérieur au véritable moi sont des préalables fondamentauxd’un amour authentique. Le commandement de l’amour du prochain pourrait s’interpréter comme suit : Tu aimeraston prochain comme ton véritable moi (cf. Mt 22,39). En fin de compte on ne peut pas dire "Je t’aime". Il s’agit bienplus d’accueillir le courant d’amour de l’Esprit divin afin qu’il nous unisse et nous transforme, toi et moi, enprofondeur. Voilà pourquoi il y a une relation très profonde entre l’amour humain et l’expérience de l’amour divin :Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour, en nous, est accompli (1 Jn 4,12). Aussil’ultime recommandation de Jésus aux siens, Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (Jn 15,12), nevise-t-elle pas seulement l’imitation de Jésus mais une expérience mystique de la présence de l’Esprit du Christ dansnotre cœur afin que le fleuve d’amour puisse s’écouler. Une fois de plus l’auteur renvoie à l’image de la vigne et dessarments. Ce qui unit les sarments, c’est la sève qui traverse la vigne à partir de la racine divine. L’amour est unfleuve de grâce que nous recevons. Dans l’amour Dieu transforme par nous le monde fracturé.Vous vous demandez sans doute, cher Bernard, chères lectrices et chers lecteurs, pourquoi j’ai aussi longuementretracé les méditations du jésuite indien. C’est en effet un défi et une gageure de vous entraîner à ce point dans ceque j’ai appelé les méandres de sa pensée, une pensée circulaire8qui tourne autour du sujet, y revient toujours parde nouveaux biais et de nouvelles approches, étant dans cette manière de progresser foncièrement différente de lapensée linéaire de nos esprits cartésiens.- Bernard BaudeletJapprécie la pensée circulaire de ce jésuite indien car toute complexité ne peut pas être abordée dune manièreréductrice, dune manière linéaire comme si elle pouvait nêtre représentée que par un seul mot, la voieemblématique des esprits cartésiens. En effet, Dieu est complexe comme je me suis efforcé de le montrer danslessai III. Il en est de même pour lhumain que je trouve multipolaire car infiniment complexe (cf. lessai VII 1).Je suis toujours frappé quand je lis des mystiques de toutes les spiritualités, de la surabondance des représentationsaccumulées comme des taches de couleur des tableaux impressionnistes. Certes, lensemble a sa cohérence, sabeauté, sa transcendance. Mais, il est aussi des femmes et des hommes qui vivent "la foi du charbonnier".Permettez-moi de vous dire, cher Mathias, que je suis plus ému par ceux qui témoignent dune foi simple,transparente comme le cristal, au service des autres dans lamour, sans oublier ceux qui sans foi en Dieu, vivent8J’ai fait la rencontre de cette pensée circulaire pour la première fois dans l’encyclique initiale de Jean Paul II RedemptorHominis publiée le 4 mars 1979. Au moment de la parution j’étais à Rome pour un congrès et j’en ai fait la remarque à certainsde mes collègues. L’un deux m’a dit : c’est la pensée slave. Suffirait-il dès lors de s’éloigner un peu vers l’Est pour que notrepensée linéaire doive céder le pas à un autre mode ?
    • autant quils le peuvent dans laltérité. En revanche, je me sens écrasé par le mysticisme car lensemble mapparaîtcomme un édifice éclatant, rassurant mais fragile. En effet, il serait facile de le faire écrouler en retirant une pièce,comme on enlève une carte dun château de cartes. Je ne le ferai pas car je nai pas à vous juger. Nous ne sommespas dans un débat contradictoire entre deux témoins de sa vérité. Mais, il est peut-être utile à ce niveau de rappelervos propos lorsque je vous interrogeais sur un certain danger du mysticisme en mappuyant sur un livre citant desécrits de Maurice Zundel dans lessai II Vérité de la foi chrétienne en Dieu Dans une première approche, nouspouvons dire que c’est l’expérience d’une communion-présence avec l’inconnu, le surnaturel, Dieu. Cette expériencepeut correspondre à un désir profond d’union avec Dieu et s’accompagne souvent d’une sorte d’illumination quiouvre au regard intérieur une nouvelle vision de soi, de Dieu, des autres et du monde. Ces illuminations mystiquespeuvent engendrer en celui qui en est le bénéficiaire des convictions très fortes. Mais, a priori, celles-ci n’ont pasvocation à être érigées en vérités universelles. Elles peuvent, certes, être partagées, mais elles doivent toujours êtreexaminées et vérifiées à l’aune des Écritures et de la Tradition. Finalement, ne doit-on pas croire que le contrairedune vérité profonde est également une vérité profonde dans les mondes de la complexité. Certes, il en est demême de ma spiritualité sans foi en Dieu dont je reconnais avec humilité les failles, les incohérences mais dont je menourris avec émerveillement.Finalement, je crains que le mysticisme, comme tous les communautarismes au risque de vous agacer, ait commeconséquence le rejet des autres voies avec des jugements qui nient lautre dans son authenticité. Jen faisactuellement lexpérience douloureuse dans un groupe de chrétiens de la Drôme dénommé "Chercheurs de sens",pour lesquels seulement "la voie, la vérité et la vie" sont celles de Jésus-Christ, pour toute lhumanité. En fait, cesbons chrétiens ne sont pas disposés à consacrer du temps à entendre les autres spiritualités. Ils se limitent à descritiques faciles, superficielles et caricaturales qui condamnent toute ouverture à la richesse des autres diversitésspirituelles, y compris celles des alter-croyants.A propos des élans mystiques que vous avez présentés, élans exprimés par des chrétiens baignant depuis leurnaissance dans une culture hindouiste, en me référant à leurs noms, je regrette de ne pas avoir ressenti lapport decette culture, autrement dit je nai pas perçu de ponts possibles entre des traditions spirituelles éloignées. Jauraispréféré que vous citiez Jules Monchanin (1895-1957), un prêtre catholique de Lyon et Henri le Saux 1910-1973), unmoine bénédictin, qui ont vécu à la manière des renonçants hindous dans un ashram afin de créer des ponts pourpréparer à la venue dune spiritualité indienne de la Sainte Trinité. Pressé par le temps, je ne peux pas me plongerdans deux livres de ma bibliothèque pour mettre en évidence louverture de ces deux hommes de foi en Jésus Christ,enrichis de la culture hindouiste. Je me limite à cette citation dune lettre de Jules Monchanin à Henri le Saux datéedu 23 janvier 1955 LInde doit donner à lOccident un sens plus aigu de léternel, de la primauté de lÊtre sur leDevenir. LInde en retour doit recevoir de lOccident un sens plus concret du temporel de la personne, de lamour. Lafonction des médiateurs sest dêtre des vases communicants (et non pas des barrages pour rester dans lamétaphore).De plus, je pense que votre tâche sera plus ardue lorsquil sagira daborder des problèmes dinculturation dans despays extrême-orientaux comme celui de la Chine (essai VIII 2), dont il sera question dans le prochain essai, le IX. Eneffet, entendre, comprendre et respecter lautre, souvent tellement étrange, est une épreuve. Autant, je souhaiteque nos lectrices et nos lecteurs vous entendent, vous comprennent et vous respectent, autant je regrette que naitpas été, même effleurée, la profondeur des autres spiritualités, notamment par ce jésuite indien. Je connais leffortde dépouillement et dhumilité que représente de tenter de jeter des ponts sur lautre rive, sur les autres rives. Nonpas, pour arpenter tous les chemins, mais pour se voir avec les yeux des autres et découvrir les autres avecémerveillement. Permettez-moi une métaphore de physicien : je considère que chaque branche de lhumanitésouvre à ce qui le dépasse en science, en Dieu ou léternel … grâce à sa bande passante, comme celle dun posteémetteur et récepteur, afin de progresser dans son chemin. Tenter de souvrir aux autres, cest ouvrir sa proprebande passante en lenrichissant de celles des autres, afin de mieux entendre, comprendre et finalement respecterlautre, les autres. Certes, aucun de nous ne pourra capter et émettre toutes les ondes car il faudrait que notre
    • bande passante soit infinie. Ici est notre finitude. Cependant, elle ne permet pas telle la grenouille de la fable de sefaire aussi grosse que le bœuf.- Mathias SchiltzJe vous concède, cher ami, que j’aurais pu recourir à d’autres références. Comme vous, j’ai également un grandrespect devant la foi du charbonnier qui est au service des autres dans l’amour. Mais faut-il l’opposer à la foi desmystiques ? Les plus grands mystiques de la chrétienté ont été en général des hommes et des femmes d’actioncomme sainte Thérèse d’Avila ou la bienheureuse Teresa de Calcutta9.Votre assimilation du mysticisme10aux communautarismes ne laisse pas de me surprendre. Je pense au contraireque la mystique authentique ouvre sur l’universel.Que les expériences mystiques doivent être passées au crible de la doctrine ne fait pas de doute, mais elles sont unchemin privilégié de communion avec Dieu. À ce titre elles sont et restent une voie royale de la foi.Alors, en suivant de près la démarche de Sebastian Painadath, aurais-je voulu donner à nos lectrices et lecteurs uneleçon de mystique chrétienne ? Subrepticement, peut-être ... Où est-ce pour en arriver à une harmonisation de laconception du divin dans les religions et sagesses asiatiques, d’une part, et le christianisme, d’autre part, dans unedémarche syncrétiste ? Certainement pas, car pour la foi chrétienne l’altérité de Dieu par rapport au monde n’estpas négociable. Mais si Dieu est distinct du monde et des hommes, il n’en est pas lointain, absent, séparé. Il leur estproche, il leur est intérieur, il habite en l’homme et le fait vivre. C’est tout le sens de l’incarnation.Dès lors les méditations que j’ai essayé tant bien que mal de transposer en français sont pour moi une série depierres d’attente laissant entrevoir que le fossé entre les mentalités asiatique et occidentale n’est pas aussi radical etabyssal que vous ne le pensez, cher Bernard. Selon moi, ces méditations esquissent en perspective une voie vers unemeilleure compréhension et entente entre des univers culturels marqués soit par les lumières de l’Extrême-Orient,soit par le message chrétien, dans la richesse de leurs diversités. Dans l’essai VII 2 vous avez fait état de la capacitéd’ouverture de la Chine à la pensée occidentale. La réciproque ne serait-elle pas vraie, à condition, évidemment, quel’Occident reprenne conscience de ses racines et que les chrétiens, notamment, retrouvent les fondements –mystiques – de leur foi ? Dans le matérialisme ambiant où baigne notre société actuelle cela ne va, certes, pas de soi,la plupart de nos contemporains pensant sans doute, à l’instar du juge cité plus haut, que la mystique n’est pas leuraffaire. Encore que parmi les hommes les plus engagés dans notre monde il en est plus d’un qui cultive cette veine.Au niveau des mystiques chrétiens contemporains, je me limiterai à prendre à témoin la grande figure du deuxièmeSecrétaire général des Nations Unies, Dag Hammarskjöld, que John F. Kennedy a considéré comme le plus grandhomme d’État du 20esiècle. Après sa mort tragique en 1961, on a publié son journal spirituel tenu durant 36 anssous le titre de Markings11. Ce document témoigne de sa profonde spiritualité nourrie des grands maîtres médiévauxMaître Eckhart et Jan van Ruysbroek.9Dans l’encyclique Deus Caritas est (n°36) le Pape Benoît XVI rappelle à quel point Mère Teresa est un exempleparticulièrement manifeste que le temps consacré à Dieu dans la prière non seulement ne nuit pas à l’efficacité ni à l’activité del’amour envers le prochain, mais en est en réalité la source inépuisable. Dans sa lettre pour le Carême 1996, la bienheureuseécrivait à ses collaborateurs laïques: Nous avons besoin de ce lien intime avec Dieu dans notre vie quotidienne. Et commentpouvons-nous l’obtenir ? À travers la prière.10Je préfère dire mystique, car mysticisme a pour moi comme tous les ismes une connotation négative.11
    • Par ailleurs, je connais au-delà du monde chrétien proprement dit de nombreuses personnes – et vous en êtes, cherami, – qui cherchent à donner à leur existence ou à y trouver une dimension spirituelle grâce à l’art sous toutes lesformes, notamment par la musique. Certains de mes amis ou de mes bonnes connaissances ont l’habitude defréquenter les matinées musicales qui ont lieu à la Philharmonie de Luxembourg le dimanche à 11 heures, aumoment où je célèbre la messe en l’église Saint-Michel. Sans vouloir mettre en équivalence les deuxrassemblements, il m’arrive de dire que c’est leur messe. Charles Baudelaire n’a-t-il pas dit : La musique creuse leciel, à la suite de Platon qui a affirmé que la musique et le rythme trouvent leur chemin vers les endroits les plussecrets de l’âme.12Dans la foulée le grand musicien Pablo Casals a confié qu’il jouait les six suites pour violoncelle deJean Sébastien Bach une à une comme sa prière quotidienne du lundi au samedi et qu’il reprenait la sixième ledimanche.- Bernard BaudeletLart, la musique notamment, élève notre esprit. Les artistes ouvrent nos âmes, présence ou non de Dieu en chacunde nous, à la beauté. Cest un rappel de limportance des voies immatérielles pour se sentir en communion avec lesœuvres des Hommes13et les émerveillements de la nature. Cependant, ma voie spirituelle ne se réduit pas à lart. Eneffet, elle me relie à tous les femmes et les hommes de bonne foi qui sèment des graines despérance pourlhumanité de demain et qui font fructifier celles que dautres ont semé avant eux et pour eux. Cette communion,cette union avec, donne sens et transcendance à ma vie.- Mathias SchiltzSur un tout autre registre je vois un signe d’espoir dans le fait que des représentants des grandes religions mondiales(chrétiens, Juifs, Musulmans, Sikhs, Bouddhistes et Bahá’i) ont participé dans un groupe placé sous le haut patronagedu Dalai Lama au ING Night Marathon qui s’est déroulé ces jours-ci à Luxembourg. Pour la première fois unequinzaine de moines bouddhistes du Japon ont participé à cet événement encadré par une session de rencontreinterreligieuse. Ils avaient, préalablement séjourné à l’Abbaye de Clervaux où nous avons tous les deux, cher ami,jeté les bases de nos échanges, en octobre dernier. Ce monastère serait-il en passe de devenir un haut-lieu duRandom House, Inc., New York 1964. En exergue de la publication, les éditeurs ont placé cette parole de Lord Acton :To the symmetrical natures religion is indeed a crown of glory; nevertheless, so far as this world is concerned, they can grow andprosper without it. But to the unsymmetrical natures religion is a necessary condition of successful work even in this world. C’estdire l’importance capitale que la dimension spirituelle avait dans la vie de Hammarskjöld. Et je suis personnellement convaincuque nous sommes tous des natures asymétriques. – Dans notre contexte, il est intéressant de noter également que dans sesécrits Dag Hammarskjöld s’inspirait du style haiku de la poésie japonaise.12Plus explicitement le grand philosophe grec a célébré la beauté et les mérites de la musique en ces termes : La musiqueest une loi morale, / Elle donne une âme à nos cœurs, / des ailes à la pensée, / un essor à l’imagination. – Elle donne un charme /à la tristesse, à la gaieté, à la vie, / à toute chose. – Elle est l’essence du temps et s’élève / à tout ce qui est de forme, invisible /mais cependant éblouissante / et passionnément éternelle. – Pour souligner l’universalité de cette pensée, qu’il soit permis deciter une légende persane. Elle rapporte que Dieu aurait créé l’homme par la musique. D’abord il forma, comme dans la Bible,une statue d’argile, à son image. Puis il essaya d’insuffler une âme à ce corps terreux. Mais l’âme, qui est par nature libre etvolatile, ne voulait pas entrer dans cette prison. Alors Dieu ordonna aux anges de faire de la musique. Sans tarder, l’âme se mit àdanser et à entrer en extase. Et finalement, elle éprouva le désir de faire elle aussi de la musique. Mais, à cet effet, elle avaitbesoin de la matière terrestre, et c’est ainsi qu’elle entra dans le corps que Dieu lui avait préparé. La légende ajoute que l’âme,en réalité, est faite de musique et que celui qui ne chante pas et ne fait pas de musique, n’est pas vraiment créé à l’image deDieu.13Titre dun article publié par Bernard Baudelet dans la Warte le 14 juin 2012.
    • dialogue interreligieux ? Les moines japonais furent également reçus par l’Archevêque de Luxembourg, le Père Jean-Claude Hollerich, qui a séjourné et travaillé au Japon pendant une bonne vingtaine d’années.Cette large quête de dialogue me permet de garder l’espoir d’un rapprochement entre des univers culturels a priorisi différents, un rapprochement qui passera nécessairement, j’en suis convaincu, par la voie de la spiritualité, qu’ellesoit religieuse, voire mystique, ou non.À ce propos j’aimerais faire mienne, en la variant quelque peu, la célèbre phrase attribuée à André Malraux, dontvous avez, cher ami Bernard, contesté l’authenticité dans l’essai VII 2 : Le XXIesiècle sera spirituel ou il ne sera pas.Peu importe si Malraux l’a bien prononcée (André Frossard prétend l’avoir entendue de sa bouche au mois de mai196814) et quelle que soit la formulation précise qu’on lui prête, cette affirmation exprime, l’aspect prophétie mis àpart, une profonde conviction du grand écrivain et homme d’action, comme le suggère e. a. une parole publiée soussa signature dans un article de L’Express du 21 mai 1955 intitulé L’homme et le fantôme : Je pense que la tâche duprochain siècle, en face de la plus terrible menace quait connue lhumanité, va être dy réintégrer les dieux. C’estaussi ce qui ressort d’une interview donnée pour Le Point du 10 décembre 1975 : Je nexclus pas la possibilité dunévénement spirituel à léchelle planétaire. La vision du Milieu divin de Teilhard de Chardin serait-elle sur le point dese réaliser ?C’est par une citation de ce grand ouvrage que je voudrais conclure ce parcours et une fois de plus préciser monpropos : Prouver, par une sorte de vérification tangible, que … le Christianisme le plus traditionnel, celui du Baptême,de la Croix et de l’Eucharistie, est susceptible d’une traduction où passe le meilleur des aspirations propres à notretemps, voilà le but de cet Essai de vie, ou de vision intérieure (ces aspirations étant de nos jours celles d’un mondeglobalisé à la recherche d’une meilleure entente, d’un consensus fondamental, d’un éthos commun)15.- Bernard BaudeletLes conclusions de votre intervention me vont droit au cœur. En effet, jespère comme vous que le XXI èmesiècle seraspirituel car sil ne lest pas, il poursuivra sa marche dans le matérialisme qui dessèche lhumain. Cest pourquoi,jentends avec reconnaissance et plaisir la grandeur spirituelle du message de Jésus Christ et jaimerais que toutes lesÉglises chrétiennes, catholicité comprise, deviennent de plus en plus des témoins de cette aspiration à un mondemeilleur. Il est frappant que les lectures des trois ou quatre derniers livres récemment publiés et écrits par deséconomistes de renom, visent à proposer une alternative au capitalisme libéral qui rend les riches toujours plusriches et les pauvres toujours plus pauvres, un monde meilleur que celui que nous offrons à la jeune génération.Cest le défi humaniste de notre temps et je me réjouis de constater que le pape François suit cette voie.Autant je crois en la vérité dun monde qui témoigne des valeurs immatérielles car cest la noblesse de lhumain,selon mon regard, autant je crains ceux qui prétendent que leur voie spirituelle est la vérité pour toute lhumanité. Ace niveau, se trouve le thème du relativisme qui pour ceux qui le nient, est le pire des maux puisquil accorde auxautres une part de vérité. Comment concilier une foi authentique comme la vôtre avec des élans de foi non moinsauthentiques au sein dautres spiritualités ? Aussi, jattends avec impatience vos réflexions sur le relativisme. Nesommes-nous pas à cette étape de notre série dessais sur La vérité, de devoir oser proposer une innovationcomportementale, en fait une innovation sociétale à léchelle planétaire ?14André Frossard, Interview dans Le Point du 5 juin 1993. Cf. Brian Thompson : «"Nul nest prophète" : Malraux et sonfameux "XXIe siècle"». Communication proposée au colloque «Malraux et les valeurs spirituelle du XXIe siècle», Belfast, QueensUniversity, 30 août – 1er septembre 2007, in : Revue électronique art. 4, janvier 2009.15O. c., Avertissement, p. 18. Cf. Hans Küng u.a., Zahlreiche Publikationen zum Weltethos (Stiftung Weltethos – GlobalEthic Foundation – Fondation Éthique Planétaire.
    • - Mathias SchiltzLe relativisme a été la grande hantise du Cardinal Joseph Ratzinger, puis du Pape Benoît XVI. Déjà dans les grandstextes de Jean-Paul II concernant la vérité, Veritatis Splendor (1993) et Fides et ratio (1998), tributaires pour une partnon négligeable de la pensée du Préfet de la Congrégation pour le doctrine de la foi, les mises en garde contre lerelativisme sont fort nombreuses et insistantes16. Personnellement le Cardinal Ratzinger avait pris ses distances parrapport à la première Rencontre d’Assise en 1986 en s’abstenant d’y participer et en alertant les fidèles catholiquessur le risque de tomber dans une sorte de "relativisme", où toutes les religions seraient mises sur le même plan.Dès avant son élection comme Pape, il affirmait le 18 avril 2005 devant ses collègues rassemblés en préconclave :Tout part de la récupération d’une foi convaincue, qui l’emporte sur le relativisme. … Avoir une foi claire, selon leCredo de l’Eglise, est souvent étiqueté comme fondamentalisme. Alors que le relativisme, soit se laisser porter ici et làpar n’importe quel vent de doctrine, apparaît comme l’unique attitude à la hauteur des temps modernes. Lescommentateurs parlent d’une mise en garde contre la dictature du relativisme. C’est sans doute le programme surlequel Joseph Ratzinger a été élu et comme une anticipation de ce qui marquera profondément son pontificat. Cardevenu Pape, il ne manquera guère une occasion de s’élever contre ce qu’il appelle le grand fléau de notre époque.16Veritatis Splendor, n° 101 : Dans de nombreux pays, après la chute des idéologies qui liaient la politique à uneconception totalitaire du monde — la première dentre elles étant le marxisme —, un risque non moins grave apparaîtaujourdhui … : cest le risque de lalliance entre la démocratie et le relativisme éthique qui retire à la convivialité civile touteréférence morale sûre et la prive, plus radicalement, de lacceptation de la vérité. En effet, sil nexiste aucune vérité dernière quiguide et oriente laction politique, les idées et les convictions peuvent être facilement exploitées au profit du pouvoir. Unedémocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre lhistoire. Danstoute l’encyclique le terme relativisme revient, toujours dans un contexte de mise en garde, jusqu’à six fois, qu’il s’agisse durelativisme théologique, philosophique, moral ou éthico-politique.Fides et ratio, n° 5 : La pluralité légitime des positions a cédé le pas à un pluralisme indifférencié, fondé sur laffirmationque toutes les positions se valent: cest là un des symptômes les plus répandus de la défiance à légard de la vérité que lon peutobserver dans le contexte actuel. Certaines conceptions de la vie qui viennent de lOrient néchappent pas, elles non plus, à cetteréserve; selon elles, en effet, on refuse à la vérité son caractère exclusif, en partant du présupposé quelle se manifeste dunemanière égale dans des doctrines différentes, voire contradictoires entre elles. Dans cette perspective, tout devient simpleopinion. Ici encore, il est quatre fois explicitement question du relativisme, toujours dans la même ligne.
    • Il ne le fait pas seulement dans ses grands textes17mais tout au long de son enseignement ordinaire et de sesdiscours d’occasion18. Pour le 25eanniversaire de la première Rencontre d’Assise, il a cependant invité lesreprésentants des grandes religions mondiales à un nouveau Rassemblement pour favoriser la paix entre religions etgrâce aux religions, tout en prenant soin de manifester qu’il ne s’agissait pas de syncrétisme, mais d’un dialogueentre les religions, à partir de leurs valeurs fondamentales et sur la base des valeurs humaines fondamentales,notamment en ce qui concerne les non-croyants associés aux échanges.Que dire au vu de ces positions très fermes du magistère catholique. Ai-je succombé au piège de ce fléau siâprement fustigé ? Pour un catholique, y a-t-il place pour un relativisme relatif ? Vous me pardonnerez l’expressionparadoxale, mais les choses ne sont pas si simples. Essayons d’y regarder de plus près.J’ai déjà signalé dans l’essai I (Vérité en sciences) l’affirmation surprenante du jeune professeur Ratzinger : Il ne fautpas se méprendre. Le relativisme n’est pas de toutes pièces quelque chose de mauvais. S’il conduit à lareconnaissance de la relativité de toutes les réalisations culturelles humaines et par-là à une modestie réciproque, ilpeut servir à une nouvelle entente entre les hommes et aider à ouvrir des frontières qui semblaient jusque-làfermées19.- Bernard Baudelet17Benoît XVI, Encyclique Caritas in veritate (2009) :N° 26 : Cela favorise un glissement vers un relativisme qui n’encourage pas le vrai dialogue interculturel; sur le plansocial, le relativisme culturel conduit effectivement les groupes culturels à se rapprocher et à coexister, mais sans dialogueauthentique et, donc, sans véritable intégration. En second lieu, il existe un danger constitué par le nivellement culturel et parl’uniformisation des comportements et des styles de vie. De cette manière, la signification profonde de la culture des différentesnations, des traditions des divers peuples, à l’intérieur desquelles la personne affronte les questions fondamentales de l’existenceen vient à disparaître.Benoît XVI, Exhortation Verbum Domini (2010) :N° 117 : L’Église reconnaît comme une part essentielle de l’annonce de la Parole, la rencontre et le dialogue avec tousles hommes de bonne volonté, en particulier avec les personnes appartenant aux diverses traditions religieuses, en évitant touteforme de syncrétisme et de relativisme, et en suivant les lignes indiquées par la Déclaration du Concile Vatican II Nostra aetate,et précisées par le Magistère ultérieur des Souverains Pontifes. Le rapide processus de la mondialisation, caractéristique de notreépoque, offre la possibilité de vivre dans un contact plus étroit avec des personnes de culture et de religions diverses. Il s’agitd’une opportunité providentielle pour manifester comment un authentique sens religieux peut promouvoir entre les hommes desrelations de fraternité universelle. Il est d’une grande importance que les religions puissent favoriser dans nos sociétés, souventsécularisées, un regard qui voit en Dieu Tout-Puissant le fondement de tout bien, la source inépuisable de la vie morale, lesoutien d’un sens profond de la fraternité universelle.18Parmi ceux-ci il faut signaler avant tout son discours devant le Bundestag à Berlin, le 22 septembre 2011, auquel nousaurons à revenir.19Cette citation est tirée d’un discours prononcé à Gênes en 1961 par le Cardinal Josef Frings, mais qui est de l’aveu del’orateur tout entier de la plume de son théologien Joseph Ratzinger. (Cf. Erich Garhammer, Woher der Bruch? Joseph Ratzingerund das Zweite Vatikanische Konzil, in: Herder Korrespondenz Spezial, Konzil im Konflikt, Oktober 2012, 39-43, ici p. 40 sv.).
    • Je confirme mon accord avec cette citation car, comme je lai développé dans lessai I, le relativisme notamment enscience est une attitude saine car il permet de ne fermer aucune porte à dautres théories scientifiquespuisquaucune nest la vérité. Ce sont des représentations pour comprendre un peu mieux les phénomènes naturelscomplexes et leur donner une interprétation. Alors, je ne suis pas surpris de cette déclaration du futur papepuisquen tant quuniversitaire, il savait bien que toutes les réalisations humaines sont relatives. En effet, ellesdoivent évoluer, voire être contredites.Là où le bât blesse, cest lorsque sont abordées des vérités de foi, soit révélées à lhumanité par Dieu soitdécouvertes lors dillumination par des maîtres. Dans le premier cas, je comprends limpossibilité pour un chrétiende remettre en question ce que Jésus a proclamé Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que parmoi (Jn 14 6) car cette déclaration est sans équivoque. Elle indique que Christ est le chemin que Dieu nous a donné,quil est la vérité et la vie que Dieu nous a léguées20. Il serait aisé de citer des sourates dans le Coran quiconvainquent les musulmans, dêtre les disciples de la dernière révélation de Dieu, leur conférant ainsi unepréséance sur les révélations antérieures, dautant plus que JC est considéré par eux comme un prophète au mêmetitre que Mahomet. Dans le second cas, il est demandé aux disciples de sengager dans la voie du maître, avec lacertitude que ce chemin est la vérité et la vie. Alors tout relativisme est impossible en profondeur. Dans la lumièrede sa voie, chacun affirme que son chemin est vrai. Il lest pour lui sans aucun doute et cest pourquoi, cher Mathias,je vous entends avec un infini respect. Cependant, avec mon regard, aucune voie spirituelle ne peut être universellecar elle a été entendue, transmise, vécue par des hommes dans un monde totalement complexe, celui de Dieu ou deléternel (essai III), par des femmes et des hommes infiniment complexes eux-mêmes (essai VII 1). Nous ne pouvonsque balbutier. La grande tentation est alors de sortir de cette complexité en considérant des représentations commedes vérités absolues. Les scientifiques, les philosophes, les politiques … néchappent pas cette erreur et je suisconvaincu quil en est de même pour les femmes et les hommes de foi en un-delà après la mort. Rassurez-vous,lalter-croyant que je suis, ne brandira plus létendard de la vérité, comme je lai fait lors de ma conversion de la foien Dieu vers l’athéisme, une conversion allant dans le sens opposé de celle de Paul Claudel (essai VI). Jai grandidepuis en menrichissant auprès de ceux qui ne suivent pas mon chemin.- Mathias SchiltzÀ moins d’avoir changé d’idée, Ratzinger-Benoît XVI n’exclut donc pas a priori toute forme de relativisme. Peut-êtrepouvons-nous voir un relent de cette ouverture lointaine dans cet énoncé d’un document préparatoire au Synodedes Évêques sur la nouvelle Évangélisation : Ce risque (d’un climat général de relativisme) ne doit pas faire perdre devue tout le positif que le christianisme a appris de la confrontation avec la sécularisation. Le saeculum dans lequelvivent les croyants et les non-croyants a quelque chose qui les rapproche : lhumain21. La suite du texte qualifiel’élément humain comme point d’intersection de la foi. Mais n’est-il pas aussi, cher Bernard, le point d’intersectionde nos échanges ?20Le discours prononcé à la Sorbonne, à Paris sur la vérité du christianisme le 27 novembre 1999 par le Cardinal JosephRatzinger, Préfet de la congrégation pour la Doctrine de la Foi et futur pape, est un chef dœuvre de certitudes. Sa conclusion estsans ouverture aux autres spiritualités : La tentative pour redonner, en cette crise de lhumanité, un sens compréhensif à lanotion de Christianisme comme religio vera, doit pour ainsi dire miser pareillement sur lorthopraxie et sur lorthodoxie. Soncontenu devra consister, au plus profond, aujourdhui - à vrai dire comme autrefois - en ce que lamour et la raison coïncident entant que piliers fondamentaux proprement dits du réel : la raison véritable est lamour et lamour est la raison véritable. Dansleur unité, ils sont le fondement véritable et le but de tout le réel.21Synode des Évêques, XIIIeAssemblée générale ordinaire : La Nouvelle Évangélisation pour la Transmission de la Foichrétienne, Instrumentum laboris (19 juin 2012), n° 54.
    • Voilà quelques signaux, peut-être trop discrets et à peine perceptibles, qui permettent de parler d’un relativismerelatif ou différencié. Mais une analyse plus serrée des textes du magistère incite également à voir les mises engarde contre le relativisme comme un paysage à relief. J’ai déjà relevé plus haut que ces mises en garde concernentplusieurs domaines différents : théologique, philosophique, moral, éthico-politique.Pour ce qui est du domaine de la foi proprement dite, du moins dans sa substance, le croyant ne peut légitimementprendre une position relativiste. Croire signifie, certes, bien plus que dire "c’est vrai", mais la foi implique aussi cettedimension-là. Vous me concéderez, cher Bernard, que le croyant ait sa vérité. Mais pour lui, c’est la vérité qu’ilcherche à partager avec d’autres. Cela ne l’empêchera pas, dans le monde pluraliste où nous vivons, de faire laconnaissance d’autres convictions, de les respecter et d’entrer en dialogue avec elles pour y découvriréventuellement des convergences et un fonds commun de valeurs, tel précisément l’humain dont il est questiondans le texte cité ci-avant. Par ailleurs, le fait d’avoir une position n’empêche pas le dialogue, il en est peut-êtremême une condition indispensable. Rappelons la belle consigne de la pièce Pierre et Mohamed : Découvrir l’autre,vivre avec l’autre, entendre l’autre, se laisser façonner par l’autre, cela ne veut pas dire perdre son identité, rejeterses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive. 22Un postulat similaire est formulé par lecélèbre psychiatre Carl Gustav Jung : Nur indem wir feststehen auf eigener Erde, können wir den Geist des Ostensassimilieren.- Seulement si nous sommes fermement ancrés dans notre propre terre, nous pouvons assimiler l’espritde l’Orient.23Vouloir partager ses convictions implique évidemment toujours une observation rigoureuse desexigences de la liberté religieuse. Il n’appartient à aucune religion de faire violence à une autre ; un culte doit êtreembrassé par conviction et non par violence24.- Bernard BaudeletJe note avec plaisir que nous sommes sur la même longueur donde. En effet, je redoute autant le syncrétisme, unesorte de macédoine qui permettrait à chacun de retrouver ses légumes préférés sans se nourrir des autres, que lesgroupes communautaristes qui campent sur leurs certitudes alors que, comme vous le dites, ce sont des convictions.Évidemment, je bannis comme vous, toute violence attisée par des religions différentes ou plus sûrement par desintérêts politiques et économiques se servant des religions. Enfin, je crois également que tout échange implique quechacun accueille lautre tout en demeurant dans ses convictions, mais avec une exigence éthique quil convient desouligner. A cet égard, je tiens à citer le Père Adolfo Nicolas, général des jésuites, qui rappelait son espérance àl’approche du Synode pour "la nouvelle évangélisation", qu’à cette occasion nous pourrons être touchés par ceprincipe : chacun porte une étincelle de Dieu qu’il nous faut trouver. Jaurais préférer lire "une étincelle damour"mais je sais que pour les chrétiens cest la même identité. Revenant sur son expérience de 48 ans en Asie, le "papenoir" reconnaît de plus, que, peut-être, nous les missionnaires, nous avons été faibles. Et il s’explique : Nous n’avonspas assez cherché Dieu, et son œuvre, dans les autres cultures et dans les autres personnes. Apporter cette richessede Dieu à l’Église universelle est toujours un défi. Bien avant l’arrivée des missionnaires, Dieu était à l’œuvre chez les22Adrien Candiard, Pierre et Mohamed, pièce créée pour le Festival d’Avignon de 2011. Production : Compagnie Aircac,Province Dominicaine de France, Foi et Culture – Avignon. – Voir aussi : Pierre Claverie, Lettres et messages d’Algérie. ÉditionsKarthala, Paris, 1996.23Cité par Volker Wehdeking, Epiphanie durch Erlebnis, nicht durch Lehre – zur ,indischen Dichtung’ Siddhartha, in: J.Ulrich Binggeli (Hg), Resonanzen auf Hermann Hesse. „Heimweh nach Freiheit“. Tübingen 2012, S. 291.24Quintus Septimius Florens Tertullianus.
    • croyants en d’autres fois, et chez les non-croyants25. Ici encore, je traduis "lamour était et est en chemin chez toutesles femmes et les hommes de bonne foi". Enfin, je suis convaincu que le monde complexe que vous abordez dans cetessai, peut et doit senrichir des autres voies de spiritualité, y compris celle(s) des alter-croyants, de même que jegrandis chaque jour en partageant avec des personnes éloignées de mes convictions, sans les juger.Quant aux valeurs, je suis persuadé quelles constituent le lien qui pourrait ou devrait rapprocher tous les humainsdans les diversités de leurs spiritualités notamment, à condition que ce soit dans lesprit des Rencontres dAssise etnon pas par une reconquête, une sorte de contre-réforme, qui me navre. Japprécierais, mon cher Mathias, que vousnous fassiez part de votre éclairage sur les valeurs qui permettraient dentendre les autres.- Mathias SchiltzMes considérations se rapportant au domaine de la foi valent également en matière de morale et, d’une façon sansdoute moins contraignante, dans le champ philosophique. Un problème particulier surgit dès que nous noustournons vers le domaine éthico-politique où il s’agit de jeter les fondements de valeurs sur lesquels une sociétépeut élaborer son droit et ses règles de vie élémentaires. Une société peut-elle à ce propos se contenter d’unrelativisme général ? C’est la question à laquelle le Pape Benoît XVI a consacré naguère son discours devant leBundestag à Berlin en proposant à ses auditeurs quelques considérations sur les fondements de l’État de droit libéralou réflexions sur les fondements du droit. Pour mettre en évidence l’importance capitale du droit, le Pape prend àtémoin saint Augustin : Enlève le droit – et alors qu’est-ce qui distingue l’État d’une grosse bande de brigands ?26Etpour conforter son propos, il en appelle à l’histoire récente de l’Allemagne où le phantasme de l’État brigand, foulantle droit aux pieds, était devenu réalité.Revenant à la question de la formation du droit, il déclare : Pour une grande partie des matières à régulerjuridiquement, le critère de la majorité peut être suffisant. Mais il est évident que dans les questions fondamentalesdu droit, où est en jeu la dignité de l’homme et de l’humanité, le principe majoritaire ne suffit pas. Et il poursuit : Cequi, en référence aux questions anthropologiques fondamentales, est la chose juste et peut devenir droit en vigueur,n’est pas du tout évident en soi aujourd’hui. À la question de savoir comment on peut reconnaître ce qui est vraimentjuste et servir ainsi la justice dans la législation, il n’a jamais été facile de trouver la réponse et aujourd’hui, dansl’abondance de nos connaissances et de nos capacités, cette question est devenue encore plus difficile. À la recherched’un fondement commun, il se réfère à la notion de droit naturel qu’il accepte cependant de discuter. Il parle d’uneécologie de l’homme et fait finalement appel à la culture de l’Europe, née de la rencontre entre Jérusalem, Athèneset Rome, qui forme l’identité profonde de l’Europe.Quoi qu’il en soit du détail de l’argumentation du Pape, son discours met en évidence l’urgence d’un large consensussociétal sur les valeurs comme condition d’une législation qui soit au service de l’humain. Pour être juste, le droit abesoin d’un fondement meta-juridique, Qui le fournira ? Ce n’est certainement plus l’Église. Cela ne peut pas nonplus être l’État démocratique et pluraliste qui est par définition neutre en matière de valeurs et ne peut dès lors luimême générer les concepts de valeur et les convictions indispensables au vivre-ensemble de la société. Cette tâcheincombe à la société civile, notamment aux forces vives qui se vouent à cultiver de telles valeurs. Le consensus ou lefondement meta-juridique du droit sera le fruit d’un dialogue aussi large que possible entre ces forces, un dialogue25Journal La Croix du 4 avril 201226De civitate Dei IV, 4, 1.
    • qui ne peut aboutir s’il se résigne tout simplement au relativisme général, voire si on élève celui-ci au rang deprincipe suprême ou si on en préconise la promotion comme vous semblez, soit dit en toute amitié et respect de vosconvictions, le faire, cher Bernard, dans l’essai VII 2. Pour aboutir le dialogue dont il s’agit ne peut fairecomplètement l’impasse sur la vérité au sens étymologique du terme grec a-leithia qui désigne ce qu’il ne faut enaucun cas oublier.C’est sur cette conviction que se base également la Fondation Éthique Planétaire qui propose non pas un consensusinterreligieux réduit au minimum, mais une reconnaissance des normes indispensables et des valeurs universelles,reconnaissance sans laquelle un ordre mondial durable ne serait pas possible. Le dialogue visant un tel but est sansdoute long et ardu. Telle la toile de Pénélope, il doit être remis sur le métier à chaque époque à nouveaux frais. Maisje suis convaincu qu’il va s’acheminer, de façon asymptotique, vers le point Omega où l’humanité, une et indivise,sera enfin définitivement réconciliée parce que Dieu sera tout en tous (1 Co 15,28).- Bernard BaudeletJe ne prône pas un relativisme général et je vous prie de me pardonner si jai donné limpression den faire lapromotion. En revanche, je suis convaincu de limpossibilité dune spiritualité universelle, dun mode politiqueuniversel … et pas plus dune science universelle comme je men suis expliqué dans lessai I. Dans cet esprit, je suisévidemment défavorable à un consensus interreligieux réduit au minimum, du style "tout le monde il est beau, il estgentil", une macédoine indigeste. Je souscris totalement à une reconnaissance des normes indispensables et desvaleurs universelles afin de développer notre tolérance. Cependant, le piège dans lequel il ne faudrait jamais tomber,est de retenir comme normes et valeurs, celles de la majorité ou du groupe qui détient le pouvoir. Reconnaissonsque des progrès énormes devraient être accomplis afin que les femmes ne subissent plus les normes des hommescomme ça se produit dans de très nombreux pays, y compris chez nous, afin que les émigrés, les handicapés, leshomosexuels, les pauvres sans moyen de faire reconnaître leur droit, les personnes dont la spiritualité ou la religionest minoritaire … naient plus à supporter les dictats de ceux qui détiennent les pouvoirs. De même, afin que les Étatsen détresse en ce temps de crise économique naient pas à se soumettre, au risque de disparaître dans la récession,aux normes économiques définies par des organismes internationaux comme le FMI, qui vient de reconnaître seserreurs dans la gestion de la situation en Grèce. Cette espérance, je la partage avec vous, même si mon pessimismeme fait craindre le pire27.- Mathias SchiltzJe ne suis pas optimiste, mais je suis un homme d’espérance, peut-être au sens de l’espérance contre touteespérance.27Il est intéressant de lire sous la plume de deux économistes cet extrait en page 291 du livre Un new deal pour lEurope,publié en mars 2013 par Michel Aglietta et Thomas Brand aux Éditions Odile Jacob. Jean Monnet a résumé sa visée politique parla formule suivante "Nous ne coaliserons pas les États, nous rassemblerons les hommes". Cette vision de lEurope, mise enpratique par ce qui a été appelé la démarche communautaire, lopposait au général de Gaulle, qui était hostile à tout transfertde souveraineté et pour qui lEurope se résumait à la France et à lAllemagne. Le reste pour lui ne comptait pas. Les auteursmontrent que les choses nont pas ou peu changé et ils ajoutent à la page suivante Jean Monnet avait raison. Seul lerassemblement des citoyens peut empêcher le déchirement de la rivalité des États. Ce qui nest pas encore réalisé au niveaueuropéen, pourra-t-il lêtre au niveau mondial dans laffrontement des diversités culturelles et des volontés hégémoniques ?Ainsi, mon espérance est fortement teintée de pessimisme face à cette gigantesque Tour de Babel, sans normes et valeursreconnues par tous. Une Tour dans laquelle les États, les cultures, les civilisations, les religions … tentent daffirmer leursupériorité aux dépends des autres. Et dune manière surprenante, sans le consensus des citoyens ou pire encore sans laconscience des citoyens de devoir agir, même dans des pays démocratiques. Cest dans cet esprit que japprouve totalementlopération qui vient dêtre mise en place au Luxembourg, 2030.lu Ambition pour le futur, car elle sefforce dentendre, déclaireret de responsabiliser toutes les personnes qui vivent et/ou travaillent au Luxembourg. Jinvite nos lectrices et nos lecteurs de nepas sassoupir dans les torpeurs de lété.
    • Dans cette espérance je vous invite tous, chères lectrices et lecteurs, à partager avec moi ce beau poème anglais quiest au fond une prière :May we all be in peace, peace and only peace; and may that peace come unto each of us.Gather us in: Thou love that fillest all;Gather our rival faiths within thy fold.Rend each man’s temple-veil and bit it fall,That we may know that Thou hast been of old.Gather us in: we worship only Thee;In varied names we stretch a common hand;In diverse forms a common soul we see;In many ships we seek one spirit-land.Each sees one colour of thy rainbow-light;Each looks upon one tint and calls it heaven;Thou art the fullness of our partial sight;We are not perfect till we find the seven.(Jonathan Willcocks, Lux Perpetua, Peace and Unity)