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Internet, moteur de solidarités de proximité. Le « proxi-web » et « web solidaire »

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Dans ce mémoire, l’auteur tente d’établir un état des lieux de la relation entre deux …

Dans ce mémoire, l’auteur tente d’établir un état des lieux de la relation entre deux
espaces : Internet et la ville. Alors que cette dernière semble isoler les personnes socialement,
Internet, et notamment les réseaux sociaux de proximité, créent les espaces de sociabilités qui
définissent un nouveau vivre ensemble. En s’appuyant d’abord sur les origines du mal-être
urbain et de la naissance d’un besoin de solidarité locale, l’auteur suppose la réalisation
concrètes de ces liens virtuels, plus particulièrement ceux d’entraides appelés à une croissance
exponentielle et qualitative.
Et si le web pouvez apporter cette proximité sociale et solidaire tant recherchée ?
C’est en s’ appuyant sur l’étude particulière de sites qui s’attèlent à faire de la toile un espace
créateur de relations de proximité, que l’auteur nous montre que cet internet « village global »
est aussi et d’abord local.

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  • 1. Vincent Brémond Internet, moteur de solidarités de proximité. Le « proxi-web » et « web solidaire » .Mémoire de recherche pour l’obtention du Master 1 « Culture et métiers du web ». Sous la direction de M. Vincent Lemire. Session de juin 2011.
  • 2. Université de Paris-Est Marne-la-Vallée. Vincent Brémond Internet, moteur de solidarités de proximité. Le « proxi-web » et « web solidaire » Mémoire de recherche pour l’obtention du Master 1 « Culture et métiers du web ». Sous la direction de M. Vincent Lemire. Session de juin 2011.  1 
  • 3. Remerciements   Mes premiers remerciements vont tout d’abord à Nicolas Hoareau qui a réponduchaque fois à mes demandes et qui a pris le temps nécessaire à mon immersion dansson projet Web Solidarité. C’est ce projet qui m’a donné envie de me plonger dans leWeb de proximité. Ensuite, je tiens à remercier Lény Gourven embarqué comme moi dansl’aventure du « mémoire de recherche » qui m’a accompagné dans la réalisation de cemémoire au travers de nos discussions, hésitations et longues heures de cogitation ! Je tiens aussi à remercier ma responsable d’apprentissage qui a dégagé letemps nécessaire à l’élaboration de ce mémoire Également Vincent Lemire qui a su m’orienter dans la bonne direction lors desséances de méthodologie.Enfin, je tiens particulièrement à remercier ma compagne qui m’a permis de réaliserce mémoire en toute sérénité par son soutien de tous les jours. Enfin je remerciesapon et mon père pour leur aide.  2 
  • 4. SommaireIntroduction............................................................................................................................... 4Partie I : Un espace urbain à la recherche de lien social..............................................11 1. Les figures de la ville : principales caractéristiques de l’espace urbain ..................12 2. L’espace urbain à l’épreuve de l’utopisme ...................................................................20 3. Le quartier à l’ère de l’individualisme triomphant : état du lien local et de la nécessité d’être reconnu à son adresse ..........................................................................29Partie II : La proximité 2.0 : du voisinage au web ou du web au voisinage ? .........43 1. Les sites de proximité : état des lieux ........................................................................44 2. Quelles sociabilités sur les sites de proximité ?........................................................57 3. Identité sur les réseaux sociaux de proximité ..........................................................71Partie III : Web de proximité, association et solidarité ................................................80 1. L’association : origine d’une relation institutionnalisée ..........................................81 2. Le web de proximité une opportunité pour les structures de la sociétés civiles 89 3. Websolidarité, une démarche originale en expérimentation .................................94Partie IV : Tendances et perspectives pour le lien local et le web de proximité 105 1. Nouvelles formes de socialité et de solidarité face à la crise .............................. 106 2. La ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte ........................................................ 110Conclusion ............................................................................................................................. 120Bibliographie .......................................................................................................................... 123Webographie .......................................................................................................................... 127Annexes ……………………………………………………………………………………………………………………………………………137  3 
  • 5.  Introduction Moïse a vécu dix ans dans la rue : cela ne renforce pas la confiance en soi et ne facilitepas le contact humain. Depuis peu, grâce à une association, il a trouvé un logement dans le 13earrondissement de Paris, mais le lien social n’est pas revenu pour autant. Il ne compte pas enrester là, il souhaite retrouver du travail, notamment dans la maintenance informatique, secteurdans lequel il est diplômé d’un baccalauréat professionnel. A plus long terme, son objectifserait de créer une entreprise informatique à but social afin d’offrir une chance à toute personnevivant dans la rue de s’en sortir. Dés qu’il a eu assez d’argent il s’est acheté un ordinateur pourpouvoir se connecter à internet, créer du lien avec les autres. Voici ce qu’il écrit sur son profil Facebook :le 27 janvier 2011 « La vie est un enfer quand on ne sait plus rien faire de ses dix doigts, cen’est pas facile à vivre ».le 30 janvier 2011 « C’est grâce au web, à Web Solidarité, et aux habitants du quartier que jeme sens pousser de mes propres ailes en essayant d’avoir des rendez-vous pour avancer monprojet »1.le 9 février 2011 « j’ai eu un rendez-vous, il était emballé par mon projet »2. Cette histoire est celle d’un homme coupé de tout lien, qui a trouvé la motivation pourreprendre sa vie en main grâce à une initiative unique, celle de Nicolas Hoarau qui, en créantWeb Solidarité, conduit l’expérimentation d’un réseau de quartier informel dans une partie du13e arrondissement de Paris. Il a pour objectif d’aider les personnes à la rue et en grandesdifficultés en les resocialisant avec les habitants du quartier où ils vivent. Le web, à travers lesréseaux sociaux, est au centre de cette démarche, car il permet de garder le contact, d’entretenirun lien entre la personne en difficulté et son nouveau réseau. Cette initiative locale montre laforce d’une communauté de voisins qui améliore, à l’aide de la toile, le vivre ensemble de leurquartier. Ce site, électron libre dans le paysage des sites de proximité car centré sur l’aide auxpersonnes en difficulté, n’est, par contre, pas le seul qui ambitionne de créer du lien social auniveau local. Peuplade3, précurseur des sites de quartier, type réseau social de voisin, compteaujourd’hui 200 000 inscrits sur toutes les grandes villes de France. Il est suivi de son cousinVoisinéo4 qui opte pour un modèle économique différent en proposant des services payants auxcommerçants, ou encore ma-residence.fr5 réseau social d’hyperproximité (au niveau d’un                                                        1 Site Web Solidarité[ http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=1000022&site=0 (consulté le21/03/2011) ]2 Pour des raisons de confidentialité l’url du profil citée ne peut apparaître ici (profil consulté le 15/03/2011)3 Site Peuplade [ http://www.peuplade.fr/home/nHome.php (consulté le 21/03/2011) ]4 Site Voisineo [ http://www.voisineo.com/ (consulté le 21/03/2011) ]5 Site maresidence.fr [ http://www.ma-residence.fr/ (consulté le 21/03/2011) ]  4 
  • 6. immeuble) qui a connu un développement sans précédent l’année dernière. Dans ces réseaux detypes collaboratifs, onvasortir.com6, d’un tout autre genre, est basé uniquement sur despropositions de sorties entre habitants d’une même ville. Il existe également des sites de « bonsplans de proximité », aux orientations plus commerciales, comme e-quartier.com lescommerces qui bougent près de chez vous7. Enfin on peut y ajouter les blogs d’habitants dequartier ainsi que les sites collaboratifs des villes instaurés par les mairies et les collectivités.Le web de proximité compte donc une quarantaine de sites assez diversifiés. Leur nombre necesse d’augmenter pour répondre au besoin de combler un manque d’ancrage social local d’unepartie de la population française. Ces sites ont tous un objectif commun : entretenir un liengrâce à internet, mais un qui soit réel, car il doit toujours se concrétiser hors de la toile. Cette nouvelle toile de proximité apparaît comme un nouveau moyen de reconstituer unlien social qui semble aujourd’hui être en crise. Les chiffres qui suivent parlent d’eux même :14 % des Français vivent seuls8, 160 000 tentatives de suicide par an en France 9 ,1 femme sur 2vit seule à Paris10, 5 milliards de cachets d’antidépresseurs sont consommés en France chaqueannée11. Ces chiffres donnés pêle-mêle révèlent un certain malaise de notre société.Reconstruire les relations de proximité pourrait être une des solutions pour contrer ce malaise.En témoignent, les récents propos de Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la République, dansson rapport annuel remis le 21 mars 2011 au Président de la république « Nous devonsretrouver le sens de l’engagement, de la solidarité de proximité, du partage mais aussi durespect de l’Homme […] Notre société, doit retrouver le chemin des valeurs, sinon ses tensionsinternes seront suicidaires »12. C’est ce que défend l’association Immeubles en Fêtes quiorganise la fête des voisins depuis 1999. Une fête qui a déjà rassemblé, l’année dernière, plusde 10 millions de personnes à travers le monde13. En 2009, l’association et l’institut Ipsos ontmené un sondage « la solidarité de voisinage en temps de crise » auprès d’un panelreprésentatif de la population française. Il révèle qu’en temps de crise les Français sont encoreréservés lorsqu’il s’agit de se tourner vers leurs voisins (3%). Fait remarquable : en 2008, unsondage BVA avait révélé que 80 % des Français étaient prêts à aider leurs voisins14. Il y adonc un pont à faire entre ce désir et une réalité encore limitée. Cependant, ces résultatsreprésentent une opportunité pour ceux qui souhaitent résoudre une crise du lien social deproximité.                                                        6 Site onvasortir.com [ http://www.onvasortir.com/ (consulté le 21/03/2011) ]7 Site equartier.com [ http://www.e-quartier.com/ (consulté le 21/03/2011) ]8 En 2005 ,14% de la population vivait seule : 3,4 millions d’hommes et 5 millions de femmes. “Ensemble, ils sont1,1 million de plus qu’en 1999” - Insee9 INSERM - CépiDC - 201110 Association Immeubles en fêtes11 OFDT (observatoire des drogues et de la toxicomanie)12 Jean-Paul Delovoye Médiateur de la république, Edito du rapport annuel 2010, [ citation p2-3 ] - Téléchargeablesur le site « Le médiateur de la république »[ http://www.mediateur-republique.fr/fr-citoyen-08 (consulté le21/03/2011) ]13 Page « la fête des voisins » sur le site voisins solidaires [ http://www.voisinssolidaires.fr/la-fete-des-voisins(consulté le 21/03/2011) ]14 Chiffres issus de la page « quelques chiffres » du site de l’association immeubles en fête[http://www.immeublesenfete.com/index.php4?coe_i_id=13 (consulté le 21/03/2011) ]  5 
  • 7. « La crise du lien social est peut être la question sociologique la plus ancienne, la plusfondatrice »15 . Comment vivre ensemble ? Après plus d’un siècle d’existence de la sociologie,cette question du lien social nous inquiète toujours. « Pour la plupart des sociologues, cespathologies du lien sont les conséquences d’un même phénomène : la disparition des cadrestraditionnels d’existence collective »16. Le sociologue Guillaume Erner parle ici de la manièredont nous formions des communautés pour construire notre société, un « faire société » danslequel le lien local a une importance capitale. C’est ce même phénomène qui a permis à YannAlgan et Pierre Cahuc de qualifier notre société de « société de défiance ». Ils relèvent que 21%des Français seulement déclarent faire confiance aux autres, et selon leur classement, notrepays est vingt-quatrième sur une liste qui en comprend vingt-six17. Le débat public qui s’en saisit, en se recentrant sur les grands thèmes comme lesincivilités, la montée de l’individualisme, l’insécurité des quartiers difficiles, semble montrer àquel point cette problématique du lien social local a son importance. Cette absence de lien localsemble pourtant étrange quand l’on pense que nous sommes de plus en plus proches les uns desautres. Nos sociétés sont, en effet, de plus en plus des sociétés urbaines. En France, ce sont troispersonnes sur quatre qui vivent en ville18 ou 77% des Français19. L’espace urbain français seradonc le cadre principal de mon étude, car pour le moment, les sites de proximité existant nesont pour la majorité, pas présents en milieu rural. Je m’intéresserais également aux initiativesde web de proximité qui ont pu être développées dans d’autres pays notamment dans les paysanglo-saxons. Mais qu’est ce que la proximité ? L’étymologie même du mot vient du latin deproximus qui signifie « être très proche de …», c’est donc ce qui est proche physiquement maisaussi socialement. Jérome Guedon, professeur de méthodologie de l’information à l’école demanagement de Rennes, montre qu’il existe deux types de proximité : la proximité subie et laproximité choisie. « La proximité subie est définie, à travers la notion dagglomération, comme un facteur économique, qui aboutit à la concentration des activités et des hommes, entraînant une dégradation des conditions de vie, ou vécue comme telle, dans les métropoles. La proximité subie représente aux yeux de lindividu les externalités négatives du phénomène dagglomération. La proximité choisie quant à elle, est le résultat des aspirations individuelles et collectives, souvent en contradiction avec les logiques 20 économiques. » On peut donc penser que l’espace urbain génère une relation de proximité subie. Laville rapproche les Hommes physiquement, mais pas spécifiquement socialement. Tout l’enjeu                                                        15 ERNER Guillaume Sociologue, préface de l’ouvrage Le nouveau vivre ensemble, de BERDUGO Charles, Paris,Descartes & Cie, 2009, 235 p.16 Ibid.17 ALGAN Yann et CAHUC Pierre, La société de défiance, Paris, Editions rue d’Ulm, 2007, coll. Du Cepremap,.18 GRAFMEYER Yves , AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p.19 Chiffres de 2007 – Insee [ http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=cmptef01105&id=20 (consulté le22/03/2011) ] consulté le 17/03/2010 à 15h1520 GUEDON Jérôme, Approches de la notion de proximité en sciences sociales, Ecole de Management deNormandie, 2005[www.ecole-managementnormandie.fr/upload/.../CR36.pdf (consulté le 21/03/2011)]  6 
  • 8. de ces sites de proximité semble résider dans cette distinction. Le web peut-il apporter cetteproximité sociale ? Je m’attacherais donc tout au long de mon mémoire à étudier la proximité urbaine, autravers du prisme de ces sites internet, selon trois échelles qui peuvent varier en fonction deleurs spécificités : celle de la ville dans sa globalité, celle du quartier et enfin celle du lieud’habitation. De plus, l’évolution des technologies de l’information et de la communication etl’individualisation de leurs usages ont indéniablement joué un rôle important de transformationde la manière dont nous « faisons société ». Ces usages individuels, notamment de l’ordinateuret d’internet, ont longtemps eu la réputation d’isoler socialement ceux qui en étaient les plusfervents utilisateurs. Selon Antonio A.Cassili « la croyance ingénue selon laquelle cettetechnologie serait par nature désocialisante persiste. »21 Pourtant, sur la toile, une multitude de communautés virtuelles voient le jour, foisonnentsous des formes diversifiées. Internet, qui a vu son utilisation croître de manière exponentielle,semble devenir, avec le développement des réseaux sociaux, un lieu de vie comme pourraitl’être la maison, le quartier, un lieu où l’on peut se retrouver, s’exprimer, se rencontrer. Bref,un véritable vivre ensemble virtuel. Les chiffres le prouvent : en avril 2010 les réseaux sociauxreprésentaient 22% du temps passé en ligne au niveau mondial22. Internet à la fameuse réputation d’être un moyen de communication transfrontalier,transnational, global, mondial. Partant de cette idée, la toile n’a pas de frontière. Cela ne veutpas dire que l’on ne peut pas l’utiliser pour créer du lien social au niveau de son quartier,d’ailleurs il n’est pas difficile de constater qu’une grande partie des activités de communicationque nous entretenons sur la toile et les réseaux sociaux se font avec des personnes socialementproches et souvent géographiquement proches. C’est dans ce contexte de crise du lien socialque j’ai choisi de travailler sur ces sites de proximité. Comment internet que l’on accuse dedétruire le lien social peut-il le recréer ou le créer au niveau d’une résidence ou d’un quartier ?Le vivre ensemble construit sur les réseaux numériques peut-il se transposer dans la réalité etceci au niveau d’un quartier ? Quelle complémentarité entre le « chez soi » réel et le « chez soi»virtuel ? Peut-il y avoir une sociabilité puis des relations de solidarité sur le web transposéesdans la vie réelle ? Quelles influences le web peut-il avoir sur l’ancrage social local ? Pour répondre à ces questions je me suis principalement appuyé sur différentes branchesde la sociologie. En premier lieu la sociologie urbaine, qui se définit comme la branche de lasociologie qui tend à comprendre les rapports dinteraction et de transformation qui existententre les formes dorganisation de la société et les formes daménagement des villes23. Yves                                                        21 A. CASSILLI Antonio, Les liaisons numériques - Vers une nouvelle sociabilité, Seuil, Coll. « Lacouleur des idées », 2010, 331 p.22 Etude du Cabinet Nielsen sur le moi d’avril 2010 [ http://blog.nielsen.com/nielsenwire/online_mobile/social-media-accounts-for-22-percent-of-time-online/ (consulté le 22/03/2011) ]23 Wikipedia - source : Frey Jean-Pierre, Prolégomènes à une histoire des concepts de morphologie sociale et demorphologie urbaine, 2003, dans Les Identités, echos de Montréal, dir Lucie K. Morisset, ed. Nota Bene,Montréal.  7 
  • 9. Grafmeyer et Jean-Yves Authier, tous deux professeurs de sociologie urbaine à l’université deLyon 2, en donnent une définition plus précise : « La sociologie urbaine n’est pas pour autantla sociologie de tout ce qui se passe en ville »24. Transversale à d’autres découpages en champsspécialisés (la famille, l’éducation, le travail, les loisirs…), elle se centre sur la dimensionproprement urbaine des divers aspects de la vie sociale ». Ainsi leur ouvrage Sociologieurbaine a été particulièrement utile pour comprendre les principes propres à la sociologieurbaine à l’échelle de la ville. Il tente de décrire une « sociologie qui se centre sur la dimensionurbaine des divers aspects de la vie sociale ». Il interroge aussi les tensions qui traversent la vieurbaine : tension entre distance et proximité ; tension entre diversité et intégration (ségrégationsurbaines) ; tension entre lignes de force qui commandent le devenir de la ville et la gestioncollective (démocratie locale, gouvernance urbaine). Mais c’est également l’ouvrage deréférence sur le quartier Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiquessociales dirigé par Jean-Yves Authier, Marie-Hélène Bacqué, France Guérin-Pace, qui permetde comprendre quelle est « la consistance du quartier et ce qui le structure dans une société deréseaux et de mobilité : sa morphologie, son histoire, les solidarités sociales qui s’ydéveloppent, les pratiques de ses habitants, les espaces publics, ses limites géographiques » etson rôle dans la ségrégation urbaine. A ces notions sociologiques s’ajoute celle du voisinagequi évolue en fonction de nos nouveaux modes de déplacement. Ainsi les travaux spécifiquesde Jean-Yves Authier25 et ceux de Ray Forrest26 montrent que les relations de voisinage à l’èrede la mobilité et de l’évolution technologique tendent à se transformer mais ont toujours uneimportance capitale. Ce sont ces relations qui sont au cœur de la stratégie des sites de quartieret qui constituent le centre de mon mémoire. Ensuite, je me suis appuyé sur la sociologie des réseaux sociaux et la sociologie desusages numériques. Ces dernières me permettront de décoder les sociabilités27 propres qui sedéveloppent entre les individus sur la toile et plus particulièrement sur les sites de proximité.Ainsi, dans son ouvrage Les liaisons numériques - vers une nouvelle sociabilité, Antonio A.Cassili, étudie Internet comme objet sociologique et ses usages comme faits sociaux à partentière. « Les possibilités induites par Internet offrent un nouveau rapport à l’espace,rétrécissant les distances mais aussi les rapports sociaux »28. L’auteur parle d’un habitatdouble. En analysant Internet comme un espace où l’on vit, il montre que la frontière est minceentre habitat réel et habitat virtuel. Il explore les différences, les continuités, les impasses entreces deux espaces.                                                        24 GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.3]25 AUTHIER Jean-Yves, « Evolutions des sociabilités : du voisinage à l’Internet », dans HUYNH (P. M.), Habitat etvie urbaine. Changements dans les modes de vie, Paris, Éditions du PUCA, 2006, p. 119-12426 FORREST Ray, Le voisinage ? Quelle importance ? « Revue internationale des sciences sociales », Janvier 2007,n°191, p. 137-15127 La sociabilité : C’est la capacité dun individu ou dun groupe dindividus à évoluer en société, et à pénétrer ausein de nouveaux réseaux sociaux [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Sociabilit%C3%A9 (consulté le 23/03/2011) ]28 A. CASSILLI Antonio, Les liaisons numériques - Vers une nouvelle sociabilité, Seuil, Coll. « La couleur desidées », 2010, 331 p [citation texte de quatrième de couverture]  8 
  • 10. Je me suis également appuyé sur les travaux de Dominique Cardon et ceux de VirginieLethiais et Karine Roudaut. Les premiers dressent une typologie de la visibilité que se donnentles utilisateurs sur les réseaux sociaux et montrent que « la manière dont est rendue visiblel’identité des personnes sur les sites du web 2.0 constitue l’une des variables les pluspertinentes pour apprécier la diversité des plateformes et des activités relationnelles qui y ontcours »29. Les seconds traitent des spécificités des amitiés virtuelles à l’aide d’une enquête etrévèle un point particulièrement intéressant « Les amitiés virtuelles sont généralement peunombreuses et se limitent le plus souvent à des environnements géographiques et socioculturelsproches. Internet apparaît comme un moyen de renforcer la vie sociale »30. Ensuite, c’est lasolidarité entre les individus issus de différentes catégories sociales que j’ai souhaité prendre encompte dans les relations de proximité. Ainsi je me suis penché sur une autre discipline, cellede l’économie sociale et solidaire. Les structures issues de la société civile comme lesassociations y jouent un rôle important. Ainsi plonger dans l’histoire de l’association avec JeanDefrasne31 semble nécessaire pour comprendre son importance. Enfin, j’ai étudié l’implicationdes pouvoirs publics dans le potentiel d’internet comme outil de proximité. Ainsi, le travailprospectif de Daniel Kaplan et Thierry Marcou ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte,Comment libérer les forces de l’innovation dans la ville ? montre à quelle point les instancespubliques ont intérêt à utiliser les technologies numériques pour faire participer leurs usagersaux processus urbains qui les concernent. Ces appuis bibliographiques m’ont permis d’analyser concrètement différents types desites de proximité qui sont mes terrains de recherche. Tout d’abord, le premier dont j’ai parlé précédemment est unique. En effet, WebSolidarité et son créateur Nicolas Hoarau ont pour objectif d’aider les personnes à la rue et engrandes difficultés en les resocialisant avec les habitants du quartier où ils vivent. Les réseauxsociaux et plus particulièrement Facebook, au centre de la démarche, permettent de garder lecontact avec le nouveau réseau créé. Ainsi, je me suis attaché à analyser les différentes étapesde resocialisation des individus et le rôle particulier que le web joue dans cette démarche. Cesite constitue la base concrète du volet solidarité de mon travail. J’ai ensuite étudié deux réseaux sociaux de quartier Peuplade et Voisinéo, aux stratégiesdifférentes, mais à l’objectif commun : celui de renforcer les liens de proximité entre habitantsau sein d’un territoire restreint que j’analyserai. Ces sites proposent différents servicesréalisables au niveau d’un quartier comme découvrir et rencontrer ses plus proches voisins,suivre l’actualité de son quartier, échanger des bonnes adresses, échanger des biens et services                                                        29 CARDON Dominique, Le design de la visibilité un essai de cartographie du web 2.0 « Réseaux », 2008, n°152 [Commentaire sur l’auteur sur son article sur http://www.internetactu.net/2008/02/01/le-design-de-la-visibilite-un-essai-de-typologie-du-web-20/ (consulté le 26/03/2011) ]30 LETHIAIS Virginie, ROUDAUT Karine, Les amitiés virtuelles dans la vie réelle - Profils, motifs et modalités deconstruction « Réseaux », 2010, n°164, p. 16 – 49 [citation p 18]31 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,p. 147  9 
  • 11. utiles par des petites annonces, participer à des discussions, donner des rendez-vous et lancerdes projets. Ainsi, les services proposés diffèrent-ils en fonction des statuts des membres ?Quels sont les critères d’identification proposés ? Quels sont les objectifs des fondateurs ?Quels en sont les utilisateurs, les acteurs ? Quel modèle économique et quels financements ?Quelle est selon eux la définition spatiale d’un quartier ? Autant de questions qui rythment monanalyse.Une analyse que j’ai étendue à un autre site qui se définit d’abord au niveau de l’immeubled’habitation, ensuite au niveau du quartier et enfin de la ville. Ainsi ma-residence.fr réseausocial d’hyperproximité propose des services particuliers. L’ouvrage de son fondateur CharlesBerdugo, Le nouveau vivre ensemble, aiguille évidement l’analyse de ce site et, plus que cela,permet de comprendre les enjeux de ces différents réseaux sociaux de proximité. J’évoqueraiégalement, sans l’analyser aussi profondément que les précédents, par manque de temps, le casparticulier d’onvasortir.com qui se situe au niveau d’une ville et qui base uniquement sonfonctionnement sur des propositions de sortie32. Enfin je me suis aussi penché, également demanière moins poussée, sur les sites de proximité à vocation plus commerciale qui permettentde trouver des commerces de proximité comme e-quartier.com, sur quelques exemples de blogsd’habitants qui influent sur la vie de leur quartier ainsi que sur les initiatives de collectivités oude mairies en terme de portail collaboratif de proximité en prenant l’exemple de wikibrest33. Pour cerner le champ sociologique de mon sujet, je commencerai, dans une premièrepartie, par caractériser sociologiquement l’espace urbain. Un espace urbain qui fut toujours à larecherche du lien social en rassemblant ceux qui l’habitent et dans lequel le quartier joue unrôle prépondérant en particulier à l’ère de l’individualisme triomphant. Ensuite, pour comprendre le phénomène des sites de proximité je m’attacherai àdécrypter, dans une seconde partie, les processus mis en place par ces réseaux sociaux deproximité pour permettre de passer du voisinage au web et inversement. Quelle visibilité sedonne-t -on sur les sites de proximité ? Et quelles sociabilités s’y développent ? Dans une troisième partie, j’analyserai les relations de solidarité de proximité quepeuvent permettre ces sites. En me penchant plus particulièrement sur le cas des associations.Mais c’est aussi ici que je m’attarderais sur la démarche originale de Web Solidarité. Enfin, pour évoquer le futur du web de proximité, je m’attacherai dans une quatrièmepartie, à relever les tendances qui forgent les perspectives du web de proximité : l’impact de lacrise sur le lien social et ce qu’elle a généré comme initiatives solidaires, le processus detechnicisation des villes qui font de l’usager une partie prenante des processus d’évolution deleur espace de vie ou encore l’implication des pouvoirs publics dans le numérique local pourlutter contre la fracture numérique.                                                        32 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p.33 Site Wikibrest [ http://www.wiki-brest.net/index.php/Wiki-Brest,_les_carnets_collaboratifs_du_Pays_de_Brest(consulté le 26/03/2011) ]  10 
  • 12. Partie I : Un espace urbain à la recherche de liensocial « La ville est à la fois territoire et population, cadre matériel et unité de vie collective, et nœuds de relations entre sujets sociaux. » 34                                                        34 GRAFMEYER Yves , AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.11]  11 
  • 13. L’espace urbain est partout, selon l’INSEE 82% des Français vivraient dans « un espace à dominante urbaine »35. Ainsi nous sommes pour la plupart proches lesuns des autres. De fait, il semble assez évident que le lien social soit d’autant plus important.Pourtant, de nombreux cas d’isolement social sont dénombrés. Habiter la ville n’en est pas lacause directe, l’isolement social résulte de facteurs souvent conjugués (personnels, sociaux,institutionnels) et la proximité physique n’est pas « le » remède miracle. La sociologie urbaines’intéresse à la manière dont les individus investissent et se comportent dans l’espace urbain.Bien avant l’existence de cette branche de la sociologie, la ville semblait déjà être à larecherche de lien social. En effet, de nombreux utopistes ont imaginé un vivre ensemble urbainidéal luttant contre l’isolement social et pour l’utilité de chacun de ses habitants. Cette premièrepartie sera principalement consacrée aux concepts sociologiques qui ont trait aux interactionsentre individus au sein de la ville et du quartier. Je n’y aborderai pas internet car il me sembleutile de comprendre dans un premier temps les sociabilités urbaines de façons distinctes pourmieux les confronter aux sociabilités propres à internet dans un second temps. Caractériser l’espace urbain en premier lieu sous ces différentes facettes, puis étudier lespensées utopistes à la base de la recherche d’un meilleur vivre ensemble et enfin, faire l’état dela signification de l’espace « quartier » aujourd’hui me semble nécessaire pour nous permettrede mieux comprendre dans quel cadre social évoluent ces sites de proximité.1. Les figures de la ville : principales caractéristiques de l’espaceurbain La ville ne semble pas avoir de définition sociologique générale, elle prend de multiplesformes en fonction des individus qui y vivent. Même si certains comportements sont similairesdans différentes villes qui ont fait des choix d’urbanisme similaires, c’est sur les interactionsentre ces individus et leurs territoires que l’on peut se retrouver sur une définition. Ainsi, selonYves Grafmeyer et Jean-Yves Authier, la ville est à la fois un espace de rencontre, unemosaïque d’individus dont l’organisation est centralisée. Et où il semble nécessaire de se poserla question de l’existence d’une identité propre au citadin.                                                        35 INSEE[ http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=12942&page=horscollect/ouvderef/ouvderef_chp5p2.htm(consulté le 26/03/2011) ]  12 
  • 14. 1.1 La ville, espace de rencontres La ville pourrait être observée comme un organisme vivant qui s’agrandit, décline, dontcertaines parties se dégradent ou d’autres s’améliorent. Mais cet organisme vivant semble faireunité, fruit de rencontres entre individus vivant à proximité les uns des autres. Ainsi YvesGrafmeyer et Jean-Yves Authier nous expliquent que la ville peut être vue comme un grandréseau social à elle seule : « la proximité physique permet aux êtres sociaux d’entrer enrelations, et favorise le développement de nouvelles relations ». C’est d’ailleurs cette union quesemble relever Victor Hugo dans son recueil Actes et paroles - Depuis lexil : « Les villes sont des bibles de pierre. Celle-ci na pas un dôme, pas un toit, pas un pavé qui nait quelque chose à dire dans le sens de lalliance et de lunion, et qui ne donne une leçon, un exemple ou un conseil. Que les peuples viennent dans ce prodigieux alphabet de monuments, de tombeaux et de trophées épeler la paix et désapprendre la haine. (…) »36La ville est donc par essence un milieu cumulatif de rencontres où « s’amplifient et sedémultiplient les interactions de tous ordres »37.De cet ensemble, c’est la notion de densité qui doit être évoquée car elle a souvent été utiliséepour définir la ville et sa vie sociale. Ainsi le critère de densité retenue par l’INSEE se base surla notion d’Agglomerations de population qui sont référencées en unités urbaines. « La notion dunité urbaine repose sur la continuité de lhabitat : est considérée comme telle un ensemble dune ou plusieurs communes présentant une continuité du tissu bâti (pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions) et comptant au moins 2 000 habitants. La condition est que chaque commune de lunité urbaine possède plus de la moitié de sa population dans cette zone bâtie. (…) Si la zone bâtie se situe sur une seule commune, on parlera de ville isolée. Dans le cas contraire, on a une agglomération multicommunale»38.Pour le sociologue Emile Durkheim cette densité matérielle est insuffisante il faut y ajouter unedensité « morale » qui s’apprécie en fonction de l’implication des citadins dans leurs vie encommun39. « Les villes résultent toujours du besoin qui pousse les individus à se tenir d’une manière constante en contact aussi intime que possible les uns avec les autres. Elles sont autant de points où la masse sociale se contracte plus fortement qu’ailleurs. Elles ne peuvent se multiplier et s’étendre que si la densité morale s’élève » 40. C’est cet aspect « moral » qui nous intéresse ici. Il semble induire la nécessité pourchacun de s’impliquer dans un vivre ensemble qui nous est commun pour que le lien social et lavie sociale subsistent. Car si la densité morale permet la densité matérielle, l’inverse n’est parcontre pas évident. C’est d’ailleurs ce que nous verrons dans une partie suivante consacrée aux                                                        36 HUGO VICTOR, Actes et paroles - Depuis l’exil 1876-1885 - Paris - V. Déclaration de paix, Paris, 1885[ http://fr.wikisource.org/wiki/Actes_et_paroles/Depuis_l%E2%80%99exil/Paris_3 (consulté le 26/03/2011) ]37 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine… [citation p.11 (consulté le 26/03/2011) ]38 INSEE - Définition d’une unité urbaine [http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/unite-urbaine.htm (consulté le 26/03/2011) ]39 David Émile Durkheim (15 avril 1858, Épinal - 15 novembre 1917, Paris) est lun des fondateurs de lasociologie moderne. Source Wikipedia :[ http://fr.wikipedia.org/wiki/Emile_Durkheim (consulté le 26/03/2011) ]40 DURKHEIM Émile, De la division du travail social (1893), Paris, Puf ,1978, [citation p.239]  13 
  • 15. différences entre quartiers et aux processus de ségrégation qui peuvent provoquer l’isolementde certaines parties de population d’une ville. Ainsi, Yves Grafmeyer et Jean-Yves Authier montrent que le phénomène urbain a unedouble face. D’un coté, il est processus en mouvement où l’on s’agglomère, se regroupe, serapproche et ainsi on se rend accessible et, de l’autre, il est le résultat stabilisé de ce processusde « configuration pérenne inscrite dans un lieu ». Ainsi, la ville favorise les rencontressouhaitées. Il est plus simple de rentrer en contact avec des individus proches physiquement desoi. Mais elle crée aussi un phénomène de rencontres inopinées qui lui est spécifique. YvesGrafmeyer et Jean-Yves Authier citent dans leur ouvrage l’anthropologue Ulf Harnnerz quiévoque ce phénomène de sérendipité propre à la ville : « L’accessibilité urbaine, aujourd’hui comme par le passé est partiellement planifiée mais aussi partiellement aléatoire. Bousculer quelqu’un que l’on n’a pas vu, assister à des scènes que l’on n’a pas prévues, voilà des expériences qui ne sont sans doute ni utiles ni agréables, mais qui ont peut être leurs conséquences particulières sur le plan personnel ou sur le plan social et culturel (…). Le flair (serendipity), le fait de découvrir quelque chose par hasard alors qu’on en cherchait une autre, est peut- 41 être une aptitude que privilégie la vie urbaine » .Alors même que les nouvelles technologies permettent de garder le contact avec des individussans contrainte de distance physique et que l’on choisit, « la perspective d’un monde où segénéraliserait une accessibilité uniquement programmée signifierait d’une certaine façon lamort de la ville »42. C’est cette notion de hasard, de sérendipité qui est à rapprocher avec ledéveloppement des sociabilités sur le web et c’est d’ailleurs ce que l’on verra un peu plus tarddans une partie consacrée aux sociabilités spécifiques qui se développent sur la toile.Si la ville est un espace de rencontres, elle est aussi multitude et différence sociale. Elle estaussi une mosaïque.1.2 La ville, une mosaïque L’urbanisation, processus par lequel une partie de la population se concentre dans lesvilles, produit de fait une condensation de la vie sociale. Une vie sociale qui se différencie et secomplexifie en fonction des différents groupes d’individus qui habitent la ville. « La villerassemble des activités et des populations qui ne se distribuent pas de façon uniforme sur leurterritoires »43. Cette mosaïque qualifie donc la distribution des individus dans la ville et leurséparation spatiale. Ainsi, les individus peuvent se regrouper en fonction de leurs appartenancesethniques ou encore en fonction de leur revenu ou de leurs croyances, mais aussi en fonction dela situation des pôles d’activités économiques... Au travers de la recherche d’une identitéspécifique au cœur de la ville, les individus forment un ensemble hétérogène de regroupements                                                        41 HARNNERZ ULF, Explorer la ville (1980), traduit et présenté par Isaac Joseph, Minuit, 1983, [citation p.154]42 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008,128 p [citation p.13]43 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine,… [citation p.13]  14 
  • 16. qui communiquent entre eux. Aux Etats-Unis « l’idée communautaire est intrinsèquement liéeà l’origine et au développement de la société »44, c’est pourquoi les sociologues se sontparticulièrement intéressés aux villes américaines. Les quartiers y sont très typés, voire parfoiscloisonnés. Frisant le communautarisme à certains égards, l’organisation des villes américainesrépond à des revendications identitaires. Ainsi Yves Grafmeyer et Jean-Yves Authier citentRobert Park, sociologue de l’école de Chicago, qui y voyait des « aires urbaines » qu’ilqualifiait de « naturelles » (elles ne sont pas le résultat d’un découpage décidé par lesinstitutions publiques) mais aussi « morales » car elles reflétaient la singularité des manières devivre d’une partie de la population de la ville. La France, dont le modèle d’intégrationrépublicain prétend lutter contre le communautarisme ethnique, connaît aussi dans ses grandesvilles ce phénomène de mosaïque. De la communauté africaine de Barbès au quartier chinoisdu 13e arrondissement en passant par les quartiers gentrifiés de son centre et le quartier dithomosexuel du Marais, Paris en est l’exemple même. Mais un même espace permet aussidifférentes attitudes parce qu’il est porteur de plusieurs représentations. La mosaïque urbaine, dont on peut penser, et c’est souvent le cas, qu’elle crée un certaindynamisme culturel d’ensemble, facteur de lien social, est également construite sur l’isolementde parties de sa population dans des quartiers qui sont souvent stigmatisés. De ce fait, la figurede mosaïque que présente la ville peut avoir une connotation plus négative. Les phénomènes deghettoïsation de certaines parties de la population ou plutôt de ségrégation spatiales’accompagnent d’un phénomène de ségrégation sociale qui est inhérent à la ville. Les débatsautour des quartiers sensibles et des cités « à problèmes » frappés par l’insécurité et l’arrêt del’ascenseur social, en sont la malheureuse illustration en France. Les grands ensembles,banlieues françaises, qui font débat aujourd’hui, ont été construits pour répondre à un« désordre de l’urbanisation » de villes qui ne pouvaient plus accueillir d’autres personnes tantelles étaient engorgées. « Et dire que ces cités fragiles avait été proposées comme remèdes au désordre de l’urbanisation ! Après des années et des années de resserrement sans hygiène et d’obscurité sans air, la cité collective apportait à ses habitants le confort, la lumière, l’espace, la possibilité de vivre une autre vie ; de construire un avenir plus solidaire ; bref, l’utopie aux portes de la ville ancienne (…) »45 . Mais, petit à petit, la séparation fonctionnelle de l’espace urbain a joué un rôle que l’onn’avait pas prévu. Ces grands espaces périphériques sont devenus des grands dortoirs où l’onne trouve que très peu d’activités économiques et sociales (celles-ci étant concentrées au cœurde la ville), ce qui les isole progressivement. La banlieue semble maintenant victime du faibleniveau de socialisation qu’elle permet. Le lien social y est mis à rude épreuve. Nous reparleronsun peu plus loin dans une partie consacrée aux quartiers, du processus de ségrégation spatialedes citadins. Mais la ville est aussi une mosaïque dans ses constructions. Même si l’objectif est                                                        44 BOUVET Laurent, Le communautarisme - Mythes et réalités, Paris, Lignes de Repéres, 2007, 160 p [citationextrait de l’ouvrage sur le site de l’éditeur : http://www.lignes-dereperes.com/catalogue/communautarisme3.html(consulté le 26/03/2011) ]45 VIEILLARD-BARON Hervé, Les banlieues : un exposé pour comprendre, un essai pour réfléchir, Paris,Flammarion, coll. « Dominos », 1996, 128 p  15 
  • 17. souvent de lisser et de donner une cohérence à l’ensemble du bâti, il peut arriver que certainsprocessus d’urbanisation soient spontanés et ainsi créent des lignes de ruptures physiques del’espace mais également du tissu social. Ainsi, Hausmann dans sa transformation de Paris acréé un contraste important avec l’ancien tissu urbain. Le temps façonne cette mosaïque et laprise en compte du patrimoine historique intervient dans la construction d’autres ruptures quitransforme l’espace de vie : les terrains non constructibles, les espaces protégés… Le centre-ville est très souvent le cœur historique de la ville mais en est également lecœur économique.1.3 La ville, une organisation centralisée Comme nous l’avons vu plus haut, les villes se construisent sur des groupes d’individusqui ne sont pas seulement juxtaposés mais également interdépendants. L’organisation de cesinterdépendances s’appuie souvent sur un phénomène de centralité. La centralité est une qualitéattribuée à un espace. Elle n’est pas un unique lieu comme le centre-ville. Elle est définie parson contenu : la centralité des instances politiques de décision et de gouvernance de la cité, lacentralité des activités économiques, la centralité des lieux de culte, la centralité des lieuxhistoriques et des loisirs propres à l’identité d’une ville. « Les propriétés géométriques de l’espace, l’antériorité historique du noyau initial à partir de laquelle la ville s’est étendue, les représentations symboliques qui lui sont associées, sont autant d’éléments qui tendent à faire du cœur géographique un point d’appui et le lieu emblématique d’un grand nombre de fonctions centrales »46.Les villes les plus anciennes sont organisées autour d’un centre unique et étaient à leur créationclairement distinctes de leurs environnements par la coupure qu’elles matérialisaient avec lesfaubourgs et la campagne environnante. Aujourd’hui, la notion de centralité a toujours sonintérêt et sa pertinence. En témoigne l’identification d’une « ville-centre » par l’INSEE dans lesagglomérations multicommunales. « Une ville-centre dunité urbaine multicommunale (ou dagglomération multicommunale) est définie comme suit. Si une commune abrite plus de 50% de la population de lunité urbaine, elle est seule ville-centre. Sinon, toutes les communes qui ont une population supérieure à 50% de la commune la plus peuplée, ainsi que cette dernière, sont villes-centres. Les communes urbaines qui ne sont pas villes- 47 centres constituent la banlieue de lagglomération multicommunale. » Aujourd’hui, avec le développement du tissu péri-urbain en plein essor depuis lesannées 60 menant entre autres à la création des banlieues, cet aspect de centralité est àtempérer. Cependant, la ville est centre car elle polarise petit à petit ces activités et ces flux quila lient à d’autres espaces et à d’autres villes. Pour répondre à cette croissance urbaine et pour                                                        46 GRAFMEYER Yves , AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.17]47 INSEE définition de ville-centre [ http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/ville-centre.htm(consulté le 26/03/2011) ]  16 
  • 18. en dresser une nomenclature, l’INSEE a défini des aires urbaines qui déclinent le territoire enquatre catégories : « La première représente lespace à dominante rurale qui comprend à la fois des petites unités urbaines et des communes rurales. Les trois autres constituent lespace à dominante urbaine : ce sont les pôles urbains, les couronnes périurbaines et les communes multipolarisées »48.Cette nomenclature permet de prendre en compte les nouveaux modes de déplacementdomicile-travail, de diviser en couronnes la banlieue selon sa proximité avec le centre del’agglomération. De plus, pour répondre à cette extension, on voit se créer des zonescommerciales ou des zones d’activités hors du centre, polarisant ainsi les habitudes deshabitants. Enfin, il est nécessaire de souligner que la fonction institutionnelle et politique de laville reste un aspect majeur de sa centralité. La ville met en jeu la coexistence de populationsdifférentes. Elle met donc en place des institutions pour organiser cette cohabitation. AinsiYves Grafmeyer et Jean-Yves Authier citent le sociologue Weber qui, dans son ouvrage « laVille » publié en 1920, accorde un intérêt particulier à la ville médiévale. Pour lui, elle était lameilleure expression, un idéal type de ce qu’est une communauté urbaine49. « Elle doit posséder au moins partiellement un droit propre, des formes d’associations qui y correspondent, un certain degré d’autonomie politique « et donc aussi une administration par des 50 pouvoirs publics constitués avec la participation des citoyens » .La « politique de la ville » en est le résultat actuel le plus abouti. « La politique de la ville en France valorise une approche stratégique multiforme des difficultés urbaines. Cette approche passe par la définition de territoires prioritaires d’intervention, avec une recherche de solutions à une échelle plus vaste que celle du quartier. La démarche est partenariale : elle doit réunir tous les acteurs locaux et associer les habitants dès la phase d’élaboration des politiques. (…) la politique de la ville s’organise progressivement à la fin des années 70, en orientant les efforts publics vers les parties du tissu urbain les plus affectées par les conséquences sociales et économiques des mutations de l’économie française »51. La politique de la ville vise donc à réduire les inégalités sociales entre les territoires ausein d’un même ensemble urbain. Elle participe à la cohabitation des individus et est un acteurmajeur et nécessaire de la reconstruction du lien social. Et c’est en cela qu’elle nous intéresse.En valorisant les initiatives locales des habitants, elle fait de chaque territoire d’intervention uncentre de vie sociale spécifique. Elle lutte entre autre contre la fracture numérique. Nous enreparlerons à plusieurs reprises par la suite. Particulièrement dans la dernière partie de cemémoire où l’on s’intéressera aux espaces publics numériques « structure daccueil du public,                                                        48 INSEE définition de zonage en aire urbaines (ZAU)[http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/zonage-en-aires-urbaines.htm (consulté le30/03/2011) ]49 Max Weber (21 avril 1864-14 juin 1920), sociologue et économiste allemand[http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Weber (consulté le 30/03/2011) ]50 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, …[citation p.16]51 BRODACH ARI ET GOFFI MELANIE, « La politique de la ville : une trajectoire de développement urbain durable? », Développement durable et territoires [En ligne] , Dossier 4 : La ville et lenjeu du Développement Durable ,publié le 17 novembre 2005. [ http://developpementdurable.revues.org/1493 (consulté le 30/03/2011) ]  17 
  • 19. à but non lucratif, pour linitiation à linformatique et aux technologies de linformation et de lacommunication »52 comme une opportunité pour le web de proximité.Mais il est nécessaire de se demander si la ville produit des façons d’être suffisammentuniverselles pour faire émerger une personnalité particulière au citadin.1.4 La ville et sa population : quid d’une personnalité citadine ? Ainsi Yves Grafmeyer et Jean-Yves Authier abordent cette question dans l’ouvrageSociologie urbaine qui, vous l’aurez compris, a été mon principal support dans cette partie pouraborder les différentes grandes facettes sociologiques de l’espace urbain. Ces deux auteurscitent Louis Wirth53, sociologue de l’école de Chicago, qui s’est inspiré des sociologueseuropéens dit « fondateurs de la sociologie moderne » comme Durkheim, Simmel ou Weber,pour instaurer un modèle de personnalité urbaine. « En raison même de la multiplicité des échanges occasionnés par la vie en ville, les relations sociales tendent à y être anonymes, superficielles et éphémères. La réserve dans l’échange, la préservation de l’intimité deviennent des conditions de l’interaction » 54.Ainsi la personnalité urbaine serait donc associée à un individualisme nécessaire pour sepréserver. L’idée d’une personnalité urbaine est contestable, certes le citadin partage son tempset ses différents lieux de vie généralement de façon cloisonnée (travail, vie familiale, transport,habitant du quartier…) et le développement des nouvelles technologies favorise le passageentre ces différents rôles. « Le citadin est pris dans des appartenances multiples dont chacune lui assigne des rôles spécifiques et n’engage une dimension particulière de sa personne (…) on peut considérer tour à tour le même individu en tant que membre d’une famille, salarié d’une entreprise, habitant d’un quartier, etc. »55.Mais on ne peut pas dire qu’il existe une culture citadine spécifique qui effacerait celles quiexistaient avant dans l’histoire des groupes d’individus. L’hétérogénéité sociale est un traitdistinctif du monde urbain où l’on trouve un grand nombre de manières différentes de vivre. Onpeut, par contre, parler de cultures urbaines issues de comportements qui se sont développésdans des quartiers spécifiques de la ville ou dans le fait qu’elles englobent des pratiquesartistiques, des manières de vivre spécifiques au monde urbain. Un des exemples le plus connuest celui de la danse hip-hop et du mouvement culturel du même nom constitué de plusieursdisciplines : le graff, le rap, la danse et le dernier né le slam. « Le hip-hop se présente commelexpression même de ces conditions de vie (de la communauté afro-américaine) et se propose                                                        52 Net public présentation des espaces publics numériques [ http://www.netpublic.fr/net-public/espaces-publics-numeriques/presentation/ (consulté le 30/03/2011) ]53 Louis Wirth est un sociologue américain (1897-1952) - Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Wirth(consulté le 30/03/2011) ]54 Op.cit . GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, …[citation p.16]55 GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.16]  18 
  • 20. de " coller à la rue ", cest-à-dire de suivre les codes et relations qui règlent la vie desghettos »56. Ce mouvement culturel s’étendra au monde entier et se démarquera en appartenantaux cultures urbaines car il se rattache directement à des codes spécifiques développés dans laville. Le développement de certains types vestimentaires comme le « streetwear » ou encorecertaines manières de parler comme l’argot dit « des banlieues »57 en sont d’autres illustrations.On peut prendre d’autres exemples tous aussi connus comme les sports de rue (le roller, leskate bord ou le BMX). Même si l’on parle ici de la culture dans sa dimension majoritairementartistique, elle implique le fait qu’habiter en ville développe une autre manière de vivre et de secomporter. En revanche, cette culture urbaine est territorialisée au sein même de l’espaceurbain. On ne peut donc pas dire que tous les citadins adoptent les codes des exemplesprécédemment énoncés. Il n’y donc pas de personnalité urbaine universelle. Par contre, selonYves Grafmeyer et Jean-Yves Authier, on peut plutôt parler de condition propre au citadin : « une condition propre au citadin, faite de tensions entre la territorialité et la mobilité, entre la proximité et la distance dans les interactions quotidiennes, entre l’affirmation identitaire et l’expérience de l’autre, entre la diversité des milieux humains qui forment la ville et leur nécessaire ajustement, plus ou moins conflictuel, au sein d’un même espace de vie »58. Enfin, on peut se demander s’il y a une manière d’apprendre à être en ville. A cet effet,la ville, espace de frottement entre les individus, est également un espace de socialisation. Onpeut envisager le concept de socialisation sous deux perspectives. D’abord il peut regrouperl’ensemble des mécanismes d’apprentissage qui font que les individus intériorisent les valeurset les normes d’une société. Ainsi la socialisation comprend l’ensemble « des dispositifsrégulateurs de transmission aux générations suivantes » : modèles culturels, formes desolidarité et manière d’être en ville. Il peut aussi se référer « aux diverses interactions quiétablissent entre les individus des formes déterminées de relations »59. L’individu construit sonidentité grâce à l’ensemble des sociabilités qu’ils développent avec autrui. Cependant, le mondeurbain, placé sous le signe de la mobilité fait du citadin un être en constante adaptation avec cequi l’entoure. « en agissant avec, pour ou contre les autres, chaque individu est amené à opérer des ajustements plus ou moins conflictuels entre ce qui lui a été transmis par son milieu d’origine et ce qui lui est proposé ou imposé par diverses situations d’interaction sociale dans lequel il se trouvent pris. (…) le processus de fabrication des gens de ville (…) se déploie dans un contexte de tensions entre les identités et mobilités, entre la continuité et la rupture, entre la recherche du semblable et la rencontre de l’autre » 60 . Ainsi, la ville est un espace de rencontre entre multiples individus qui forment unevéritable mosaïque. Ces citadins cohabitent en interdépendance, dans une organisation spatiale                                                        56 Wikipedia article sur le Hip-Hop :[ http://fr.wikipedia.org/wiki/Hip-hop (consulté le 30/03/2011) ]57 Voir le dictionnaire de la zone : http://www.dictionnairedelazone.fr/58 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine… [citation p.16]59 GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.86]60 Ibid.  19 
  • 21. centralisée et vivent ensemble en confrontant leurs unicités créant ainsi un dynamisme socialimportant. Comme nous l’avons vu il n’en demeure pas moins des tensions et des phénomènesde ségrégations produisant des inégalités sociales qui nuisent au vivre ensemble. Maiscomment pourrions-nous définir le vivre ensemble idéal ? Comment lutter contre cesinégalités ? De nombreux « Utopistes », depuis longtemps, se sont penchés sur le sujet.2. L’espace urbain à l’épreuve de l’utopisme Depuis l’antiquité, les hommes ont toujours imaginé des villes utopiques, idéales,certaines ont vu le jour, d’autres, la plupart, sont restés sur le papier. L’utopie touche toutes lescomposantes de la ville : ses constructions, ses lois, ses coutumes, ses richesses, ses habitantset l’organisation de son vivre ensemble. Mais qu’est ce que l’utopie ? L’utopie, dans le langagecourant, est utilisée pour définir ce qui semble impossible à réaliser. Pourtant, ceux qui ont crééce genre littéraire, courant artistique et urbaniste, difficile à définir, ont souhaité explorer etélargir le champ des possibles grâce à leur imagination. L’utopie n’était pas pensée irréalisablepar tous ceux qui l’ont pratiqué. Le mot « utopie » est forgé par Thomas More à partir du grecou-topos, « nulle-part » et eu-topos, « lieu de bonheur ». C’est donc un lieu qui n’existe nullepart ailleurs et, s’il existe, il est unique, car il est lieu de bonheur complet pour ceux que la« réalité » (de leurs époques respectives) n’enthousiasme guère. L’utopie rassemble beaucoup d’auteurs, penseurs, philosophes, urbanistes, artistes etj’oublie d’autres qualificatifs. C’est pourquoi, je m’attacherai en essayant d’être aussi completque possible à relever les différentes pensées qui traitent du vivre ensemble. Ainsi j’aborderaien premier lieu, l’œuvre de Thomas More « Utopia » initiateur de la cité idéale, d’un vivreensemble égalitaire. Puis, nous ferons un bond dans le temps pour évoquer le Robert Owenentrepreneur socialiste espérant fonder une organisation communautaire de progrès, au prixd’une émigration vers le Nouveau Monde. Puis d’autres grands inventeurs du mouvement dusocialisme utopique comme Charles Fourier et Andrée Godin.2.1 Thomas More et Utopia : le bonheur de chacun passe par le bonheur detous Thomas More, (7 février 1478, Londres – 6 juillet 1535, Londres), est un juriste,historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique anglais61. Publié en 1516, sonlivre, écrit en latin, Utopie, traité sur la meilleure forme de république et sur une île nouvelles’inscrit dans le mouvement humaniste qui redécouvre la littérature grecque et latine. Ainsi on                                                        61 Définition de Thomas More dans Le petit Larousse illustrée édition 2009 p 1721 et wikipedia :[http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_More ] (consulté le 03/04/2011) ]  20 
  • 22. peut dire qu’il connaissait les œuvres d’Aristote62 ou de Platon63. Platon, qui, dans son dialoguecélèbre La République64 avait déjà évoqué ce qui devait être une cité idéale organisée sur unsystème de castes. Comme pour La République, son ouvrage se présente lui aussi sous la formed’un dialogue, dont le personnage principal est un voyageur fictif, un compagnon d’AmerigoVespucci65 qui aurait poursuivi l’exploration des îles du Nouveau Monde. Concernant l’organisation de sa cité, Thomas More rompt complètement avec lephilosophe grec en imaginant une cité égalitaire qui n’a pas besoin de geste divin nid’évènement surnaturel pour se construire. L’être humain en est capable. A cette époque,Thomas More est témoin des ravages sociaux quengendre le développement de l’industrielainière dans lAngleterre du XVIe siècle. Dans le premier livre d’Utopia, il en fait une vivecritique. L’industrie lainière incite alors l’aristocratie anglaise à développer de grands élevagesde moutons et ceci aux détriments des paysans. C’est le mouvement dit des enclosures qui faitréférence aux transformations agricoles de l’époque où l’on passe d’un système decommunauté d’administration des terres avec des champs communs où les paysans avaient desdroits d’usage, à un système de propriété privée délimitant les champs aux détriments de cesderniers. Ce mouvement fut mené avec des conséquences sociales dramatiques, car il jetait surles chemins une masse de gens dénués de tout moyen subsistance. « Ces pauvres gens nont pas assez de leurs rentes, de leurs bénéfices, des revenus de leurs terres ; ils ne sont pas contents de vivre au sein de loisiveté et des plaisirs, à charge au public et sans profit pour lÉtat. Ils enlèvent de vastes terrains à la culture, les convertissent en pâturages, abattent les maisons, les villages, et ny laissent que le temple, pour servir détable à leurs moutons. Ainsi un avare affamé enferme des milliers darpents dans un même enclos ; et dhonnêtes cultivateurs sont chassés de leurs maisons, les uns par la fraude, les autres par la violence, les plus heureux par une suite de vexations et de tracasseries qui les forcent à vendre leurs propriétés »66. Ainsi, il imagine une cité idéale, loin de l’Angleterre, fondée sur une idée que l’onretrouvera dans bon nombre de récits utopiques qui suivront : la communauté. C’est dans sonlivre II qu’il décrit le mode de vie des habitants, l’architecture et les règles qui régissent la viesur l’île-cité Utopia.                                                        62 Aristote (en grec ancien ριστοτέλης / Aristotélês) est un philosophe grec né à Stagire (actuelle Stavros) enMacédoine en -384, et mort à Chalcis, en Eubée, en -322. Source Wikipedia :[ http://fr.wikipedia.org/wiki/Aristote (consulté le 03/04/2011) ]63 Platon (en grec ancien Πλάτων / Plátôn), Athènes, 428 - 427 av. J.-C., 347 - 346 av. J.-C., est un philosophegrec, contemporain de la démocratie athénienne. Source Wikipedia : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Platon (consultéle 03/04/2011) ]64 La République (en grec Περ πολιτείας / Perì politeías, « à propos de lÉtat » ou simplement Πολιτεία / politeía,« la constitution »), aussi nommée La Politie dans les milieux philosophiques, est un dialogue de Platon portantprincipalement sur la justice dans lindividu et dans la Cité. Source Wikipedia :http://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9publique (consulté le 03/04/2011) ]65 Amerigo Vespucci (ou Améric Vespucci), né le 9 mars 1454 à Florence en Italie, et mort le 22 février 1512 àSéville en Espagne, était un marchand, bijoutier et navigateur. Il fut le premier à émettre lhypothèse que la côte delAmérique du Sud constituait un nouveau continent alors que tous les navigateurs de lépoque, y comprisChristophe Colomb, pensaient débarquer en Asie. Source Wikipedia :[ http://fr.wikipedia.org/wiki/Amerigo_Vespucci (consulté le 03/04/2011) ]66 MORE Thomas, Utopia, 1516 Livre premier accessible sur Wikisource :[ http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Utopie/Livre_1 (consulté le 03/04/2011) ]  21 
  • 23. "Utopus, mon souverain, ma transformée en île, moi qui jadis nétais point une île. Seule de toutes les contrées, sans le secours de la philosophie abstraite, jai représenté pour les mortels la cité philosophique. De bonne grâce, je partage mes bienfaits avec dautres; volontiers, jadopte des autres ce quils ont de mieux."67La composition de l’île est particulièrement intéressante car tout est fait pour faciliter la justicesociale (même s’il subsiste une caste d’esclaves dont la condition n’est cependant pashéréditaire). L’île se compose de cinquante-quatre villes fondées sur le même modèle urbain etpolitique. Les six miles familles vivant dans chaque ville élisent des magistrats qui élisent àleurs tours un prince. Un prince vertueux qui peut être destitué s’il n’assure pas ses fonctionscorrectement. Avec cette idée de suffrage indirect, Thomas More s’éloigne volontairement dufonctionnement féodal considéré comme injuste. En s’inspirant des auteurs grecs il fait de laparticipation des citoyens une condition nécessaire au bonheur collectif. De plus, l’équilibredémographique est assuré par un jeu de transfert entre famille. Il est précisé que chaque famillecomprend seize adultes. « Les Utopiens divisent l’intervalle d’un jour et d’une nuit en vingt-quatre heures égales. Six heures sont employées aux travaux matériels. (…) Le temps compris entre le travail, les repas et le sommeil, chacun est libre de l’employer à sa guise. Loin d’abuser de ces heures de loisir, en s’abandonnant au luxe et à la paresse, ils se reposent en variant leurs occupations et leurs travaux (…) »68. En Utopie l’accumulation de richesses est considérée comme inutile, il y a bien assez debiens pour tout le monde. La richesse du bonheur réside dans l’éducation, l’art etl’investissement personnel de chacun dans la vie de la communauté. Thomas More insiste surdes métiers réellement utiles à tous. Ainsi, la vie des Utopiens est séparée en deux temps : untemps collectif où l’on travaille la terre, le bâtit pour fournir un cadre de vie similaire à touspuis un temps individuel pour cultiver son esprit. Tout le monde en Utopie, est occupé à des arts et à des métiers réellement utiles. Le travail matériel y est de courte durée, et néanmoins ce travail produit l’abondance et le superflu. […] Le but des institutions sociales en Utopie est de fournir d’abord aux besoins de la consommation publique et individuelle, puis de laisser à chacun le plus de temps possible pour s’affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit, développer ses facultés intellectuelles par l’étude des sciences et des lettres. C’est dans ce développement complet qu’ils font consister le vrai bonheur. »69 Les femmes et les hommes choisissent le métier de leur choix, seul le travail agricole estcommun. Le mariage est une institution encadrée et validée par un conseil de sages. Unerotation se met en place régulièrement entre ruraux et citadins et les villes les plus riches aidentcelles qui le sont moins. La solidarité est donc inhérente à Utopia. Une solidarité couplée detolérance car la liberté de culte est garantie.                                                        67 Exposition « Utopies » en ligne sur le site de la bibliothèque nationale de France – Utopia[ http://expositions.bnf.fr/utopie/grand/2_02.htm (consulté le 03/04/2011) ]68 MORE Thomas, Utopia, 1516, Livre second, Titre trois, accessible sur Wikisource :[ http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Utopie/Livre_2/Titre_3 (consulté le 03/04/2011) ]69 Op.cit. MORE Thomas, Utopia, 1516, Livre second, Titre trois…  22 
  • 24. « On le voit, cette société fonctionne davantage sur le mode de l’assimilation que sur celui de la sélection et du rejet, mais son unité repose sur une solidarité et un désintéressement qui exigent une 70 conscience morale et un self-control dignes d’un “homme nouveau”, d’une “femme nouvelle”.»C’est une conviction commune qui efface les ségrégations inhérentes aux différences entreindividus (sexes, âges, origines, religions). Comme More, une grande partie des utopistes quil’ont suivi, ont misé sur l’éducation pour faire perdurer leur cité idéale et n’ont pas changégrand chose à cette manière de vivre si ce n’est l’âge de la première relation sexuelle, les artsprésents dans la cité… Ainsi, il convient d’énoncer rapidement deux auteurs célèbres, eux aussi, pour leur récitutopiques. D’abord François Rabelais 71 qui dans Gargantua 72 imagine l’abbaye de Thélème ouThelema qui est la traduction du nom grec ancien θέληµα : « volonté », dérivé du verbe θέλω:vouloir, désirer. Cette Abbaye du « désir », cadeau du géant Gargantua 73 à son ami le frèreJean des Entommeures, pour lavoir aidé dans sa lutte contre Picrochole 74 est particulière carelle est le parfait opposé des abbayes de l’époque où les moines étaient soumis à l’obéissance laplus stricte. Sa devise est « fays ce que vouldras ». Tout le monde fait ce que bon lui semble(mange, bois, chante, lit, joue de la musique). Son architecture grandiose est ouverte surl’extérieur, les résidents y sont sélectionnés pour leur éducation. C’est le libre arbitre qui fixeles règles du vivre ensemble. Une conception de la communauté qui semble fragile mais quimontre l’importante place de l’éduction et de la culture dans la conception de l’humanité deRabelais. Ensuite, c’est sur une autre île, celle de Sumatra, que Tommaso Campanella créa laCité du soleil. A l’inverse de Rabelais, ici tous est collectivement réglé jusqu’aux naissances. « L’architecture de la Cité symbolise le paradigme75 social : de forme circulaire, la ville est entourée de sept remparts concentriques qui la protègent (faisant référence au cosmos ils portent                                                        70 PAQUOT Thierry, « Utopie : uniformité sociale ou hétérogénéité Thomas More, Robert Owen, Charles Fourier etAndré Godin revisité », Informations sociales, 2005, n°12571 François Rabelais était un médecin et écrivain humaniste français de la Renaissance, né à La Devinière, près deChinon (dans l’ancienne province de Touraine), à une date indéterminée entre 1483 et 1494, et mort à Parisle 9 avril 1553. Source Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Rabelais (consulté le03/04/2011) ]72 Gargantua, second roman de François Rabelais au titre complet : Les grandes et inestimables croniques : dugrant et enorme geant Gargantua,1532Version d’origine accessible sur le site les bibliothèques virtuelles humanistes :[ http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=60 (consulté le 03/04/2011)]73 Le géant Gargantua personnage principal du roman source Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Gargantua (consulté le 03/04/2011)]74 Une dispute ayant opposé leurs gens, Picrochole (figure du mauvais roi), roi de Lerné, envahit les terres deGrandgousier ( père de gargantua et figure du bon roi ) qui, aidé de son fils Gargantua, le vainc. Picrochole senfuitet devient « pauvre gagne-denier » à Lyon. Encyclopédie Larrousse en ligne[http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Picrochole/138107 (consulté le 03/04/2011)]et Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Picrochole (consulté le 03/04/2011) ]75 Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision dumonde qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée). (…)dans lessciences sociales, le terme est employé pour décrire lensemble dexpériences, de croyances et de valeurs quiinfluencent la façon dont un individu perçoit la réalité et réagit à cette perception. Ce système de représentation luipermet de définir lenvironnement, de communiquer à propos de cet environnement, voire dessayer de lecomprendre ou de le prévoir. Source Wikipedia définition paradigme : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradigme (consulté le 03/04/2011) ]  23 
  • 25. d’ailleurs chacun le nom d’une planète) ; remparts qui ont aussi une fonction pédagogique, étant recouverts d’illustrations scientifiques dans les domaines de la nature, des mathématiques, de 76 l’histoire. » Ces trois récits imaginaires sont loin d’être les seuls. Mais ils se retrouvent sur un pointmajeur : celui de la communauté. Il faut parvenir à vivre ensemble sans inégalités (non prévus).Dans la majorité des récits, il est nécessaire que des règles fixent les principes du vivreensemble. L’architecture des cités, ouvertes sur l’extérieur et conçue pour l’utilité, concrétise levivre ensemble idéal. Mais en réalité, les sociétés occidentales étaient divisées en ordres et enlignées, sans aucune possibilité de mobilité sociale. En 177677 et 178978 l’individu semble êtrelibre. Mais l’industrialisation produit d’autres divisions, des classes d’individus. La divisionhiérarchique du travail et les nouvelles méthodes de production transforment les espacesruraux. Mais l’homme est libre de se déplacer socialement et n’est plus légalement conditionnépar sa naissance. Cependant, les inégalités sociales demeurent et s’agrandissent. « Desmécanismes de reproduction (l’orientation professionnelle, les grandes écoles, les mariages,l’héritage, etc.) limitent les brassages sans éviter les tensions entre les classes sociales »79.Des processus de ségrégations spatiales se forment peu à peu dans les villes « quartiersbourgeois », « quartiers populaires ». Ainsi certains comme Robert Owen préconisent lacréation de communautés pour expérimenter de nouvelles manières de vivre.2.2 Robert Owen et New Harmony Robert Owen est né le 14 mai 1771 à Newtown au Pays de Galles. Il commence àtravailler jeune et se lance dans le tissage comme artisan. En 1791, il prend la direction d’unedes plus grandes filatures de Grande Bretagne. Il est donc industriel. En 1800, il achète lamanufacture New Larnack après s’être marié avec la fille de l’ancien propriétaire. Lorsqu’ilprend possession de la société, celle-ci emploie 4000 personnes dont 500 enfants. Lesconditions d’hygiènes et de vie en général y étaient déplorables, l’alcoolisme et les volsfortement répandus. Il entreprend de redresser le niveau de vie de ses ouvriers et s’engage dansune lutte pour améliorer la condition ouvrière. Ainsi il crée, entre autres, des magasins vendantdes produits à prix coutants pour les ouvriers et refusent d’employer des enfants de moins de 12ans. Il considère que l’école est le principal correcteur des inégalités sociales. Il crée donc uneécole pour ses ouvriers et leurs enfants et instaure des cours du soir et des jardins d’enfants. Ilimaginera des propositions de réformes du fonctionnement industriel dans ses deux premiers                                                        76 Jonas Olivier, Rêver la ville … Utopies urbaines : de la cité idéale à la ville numériqueVoyage au pays des villes rêvées : l’Oniropolis, l’Utopia, la Virtuapolis, la Cyberpolis, la Futurapolis…, Paris, LaDocumentation Française, 2003. Site du centre de documentation de l’urbanisme :[ http://www.cdu.urbanisme.equipement.gouv.fr/article.php3?id_article=111 ( consulté le 03/04/2011) ]77 4 juillet 1776 : Déclaration dindépendance des États-Unis dAmérique.78 26 aout 1789 : Déclaration des droits de lhomme et du citoyen.79 PAQUOT Thierry, « Utopie : uniformité sociale ou hétérogénéité Thomas More, Robert Owen, Charles Fourier etAndré Godin revisité », Informations sociales, 2005, n°125  24 
  • 26. essais A New View of Society, or Essays on the Principle of the Formation of the HumanCharacter and the Application of the Principle to Practice (une vision nouvelle de la société ouEssais sur le principe de la formation du caractère humain et l’application du principe à lapratique), rédigés en 1813 et 1814. Ces principes se fondent sur lidée que lhomme ne forme pas son caractère lui-même ;quil est façonné par sa destinée, sur laquelle il na aucune prise ; quil ny a donc pas lieu de leféliciter pour ses efforts, ni de le blâmer pour ses erreurs80. Plus tard, il écrit d’autres essais oùil raconte ses expériences à New Lanarck et les principes qui fonderont le mouvementcoopératif81 . Il expérimente certaines de ses idées coopératives et communautaires et c’est en1825 qu’il tenta l’expérience aux Etats Unis quand il finance New Harmony. New Harmony estune communauté installée dans l’Indiana. Les femmes et les hommes y sont égaux, les maisonstoutes en bois et le mobilier le plus simple possible. La charte d’union intitulée « La nouvellecommunauté égalitaire de New Harmony »82 qu’il rédigea indiquait que tous les membres de lacommunauté devaient être considérés comme ne formant qu’une famille, recevoir sensiblementla même nourriture, le même habillement et la même éducation et être logés dans des maisons àpeu près semblables. Cette fois, l’utopie est réellement tentée, le système égalitaire respectépour les 800 premières personnes qui fondent la communauté mère. Devant ce succès, lacommunauté s’agrandit mais New Harmony ne réussit à tenir que deux ans car le système misen place par Owen n’était pas tout à fait égalitaire : « La communauté était divisée en six départements : agriculture, industrie, littérature, science et éducation, économie domestique, économie générale et commerce. Chaque département était subdivisé en plusieurs activités. Les membres s’adonnant à chaque activité choisissaient un « intendant », les intendants à leur tour choisissaient quatre «surintendants»83.De plus, la communauté, trop vaste, avec des religions et des caractéristiques nationales tropdiverses, ne pouvait être véritablement homogène. Deux groupes de colons formèrent enconséquence leurs propres communautés en bordure du domaine. En mars 1827, lacommunauté mère fut dissoute. Owen admit son échec en 1828 en s’adressant en ces termes àces communautés : « J’ai essayé ici un nouveau mode de conduite auquel j’avais été amené à espérer que cinquante années de liberté politique avaient préparé la population américaine - je veux dire : se gouverner elle- même avec profit. J’ai fourni la terre, les maisons et l’investissement d’un important capital (...) mais l’expérience a prouvé qu’il était prématuré d’essayer d’unir un certain nombre d’étrangers n’ayant pas été préalablement éduqués dans ce but de sorte qu’ils puissent pratiquer de multiples activités dans leur intérêt commun et vivre ensemble comme s’ils formaient une même famille »84.                                                        80 Définition Robert Owen sur Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Owen (consulté le 03/04/2011) ]81 Définition du mouvement coopératif sur le site alternative économique [http://www.alternatives-economiques.fr/mouvement-cooperatif_fr_art_223_31277.html ( consulté le 03/04/2011) ]82 GORDON Peter, Robert Owen, « Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée » (Paris, UNESCO :Bureau international d’éducation), vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 287-30683 Ibid.84 Citation de Robert Owen dans Op.cit. GORDON Peter, Robert Owen, …  25 
  • 27. Même si, en tant qu’exemple de mise en pratique du socialisme, l’expérience avaitéchoué, New Harmony demeura pendant plus d’une génération le centre d’un intense intérêtsocial et éducatif ; d’autres communautés furent créées sur un modèle analogue85. Le vivreensemble idéal était ce que recherchait Owen en fondant ses principes sur le respect du travailde chacun et d’autrui, et l’instruction pour tous. Ses idées sur la « coopération » tendirent versla création d’un nouvel ordre social fondé sur la production en vue de l’usage - et non plus duprofit et qui amena à la création du syndicalisme. Cette expérience utopique qui n’a pas marchéa tout de même eu une grande influence sur la manière de concevoir les inégalités sociales. Lescommunautés fondées sur la coopération et la solidarité humaine qu’Owen avait créées et dontl’école était le centre, furent copiées dans d’autres régions du monde86. Plus tard, il inspira lespères du socialisme utopique. 2.3 Fourier et Godin : le socialisme utopique Contemporain de Robert Owen, Charles Fourier est resté célèbre pour son Phalanstère.Contrairement à ce que l’on pourrait penser, quand l’on sait qu’il fait partie du mouvement« socialisme utopique », il ne promeut aucun collectivisme bien au contraire87. Quand il inventece palais du peuple, il cherche à accroitre l’enrichissement existentiel des phalanstériens par lagamme infinie des passions88. L’être humain est un être hétérogène qui ne peut se satisfaire dela répétition. Dans son ouvrage Théorie des quatre mouvements et des destinées générales89 ildécrit, comptabilise et répartit avec précision les passions humaines. « Le bonheur, sur lequelon a tant raisonné ou plutôt tant déraisonné, consiste à avoir beaucoup de passions etbeaucoup de moyens de les satisfaire »90. Le phalanstère, palais social imaginaire, n’est pas une maisonnette : il réunit environmille six cent vingt sociétaires « nombre correspondant exactement à la combinatoire despassions »91 et est conçu de manière à ce qu’il soit reproductible partout avec quelquesvariantes culturelles en fonction du pays. Il est à la fois lieu de vie, de travail et de loisir. Il estégalement ouvert sur l’extérieur. « A limage des relations entre individus, pacifiées par la parfaite adéquation, pour chacun, de sa situation à ses passions, lordre qui se dégage de cette construction est sans heurts : les galeries de                                                        85 Op.cit. GORDON Peter, Robert Owen, …86 Ibid.87 Définition « collectivisme » : système économique fondé sur la propriété collective des moyens de production àléchelle locale, régionale, nationale ou mondiale.Dictionnaire Larousse en ligne : [http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/collectivisme/17182 (consulté le03/04/2011) ]88 PAQUOT Thierry, « Utopie : uniformité sociale ou hétérogénéité Thomas More, Robert Owen, Charles Fourier etAndré Godin revisité », Informations sociales, 2005, n°12589 Théorie des quatre mouvements et des destinées générales Définition Dictionnaire Larousse en ligne :[http://www.larousse.fr/encyclopedie/ehm/Th%C3%A9orie_des_quatre_mouvements_et_des_destin%C3%A9es_g%C3%A9n%C3%A9rales/182713 (consulté le 03/04/2011) ]90 FOURIER Charles, Théorie des quatre mouvements et des destinées générales, Lyon, 180891 Exposition « Utopies » en ligne sur le Site de la bibliothèque nationale de France - Fourier[http://expositions.bnf.fr/utopie/grand/3_34.htm ](consulté le 03/04/2011)  26 
  • 28. circulation, aérées et chauffées, y sont omniprésentes; ateliers, appartements et lieux de divertissement y sont contigus et même imbriqués, seules les activités bruyantes ou insalubres étant excentrées. "Tour dordre" et bourse constituent le cœur de ce système, dont la richesse, voire le luxe, en tout cas labondance, sont un des résultats. […] Par là, cette architecture nest autre que lexpression achevée dune architectonique, cet urbanisme sans ville au sens habituel du terme est un moyen de développer lurbanité de ses habitants.92 » Fourier imagine une société où le travail peut être agréable et adapté à chaque individu.Tout est réglé au préalable, jusquà la façon de shabiller. La polygamie est étendue à tous,lorgie y est même organisée. Tout est imaginé par Fourier qui fonde l’harmonie sur le librearbitre de chacun et le jeu des sentiments. Même si ce système de pensée est approuvé par denombreux réformateurs, mais aussi par des petits artisans qui trouvent chez Fourier un intérêtpour lindividu, il ne voit pas le jour exactement comme il l’avait imaginé. En effet, parmi ceux qui s’étaient intéressé à la démarche de Fourier, Victor Considérantet Jean-Baptiste-André Godin ont été les premiers à mettre en pratique cette utopie sociale. Lepremier a fondé au Texas une communauté nommée la Réunion et une quarantaine desdisciples de Fourier ont créé des communautés au Etats-Unis. Victor Considerant,polytechnicien et membre du mouvement fouriériste de Lyon, avait été contraint à l’exil pouravoir participé à des manifestations contre l’expédition romaine de Napoléon III93. 200 françaisle suivirent mais les conditions climatiques fut tellement mauvaises, dégradant les récoltes, quela communauté se dissout au bout de deux années d‘existence. Jean-Baptiste-André Godin quant à lui s’est inspiré du Phalanstère de Fourier pour créerle Familistère dans la ville de Guise dans l’Aisne. Industriel, il s’y installe pour fondée uneentreprise d’appareil de chauffage et de fonte « Poêle Godin » qui sont célèbres pour leurqualité. Elle deviendra la première entreprise mondiale pour la production d’appareil dechauffage domestique. Ayant été lui même ouvrier et donc confronter à de terribles conditionde vie il décide de s’inspirer du phalanstère pour créer un véritable palais social pour cesouvriers. Le Familistère est « une association coopératives du capital et du travail » quifonctionne autour d’un habitat collectif très moderne (grands espaces, eau chaude, éclairage augaz, vide ordure…). Godin met en place un nombre très important de services pour sacommunauté d’environ 2000 familistériens dits « associés » : « Un système mutualiste complet, des services médicaux gratuits, des magasins coopératifs communs (épicerie ,boulangerie, vins liqueurs, mercerie, étoffes, chaussures, vêtements, combustibles, café, casino, débits de boissons et salles de jeux, restaurants etc.) des buanderies, (…) une école laïque et obligatoire jusquà 14 ans ou garçons et fille suivent le même enseignement, le paiement des études 94 supérieurs des enfants, un théâtre, une piscine, des jardins (…) » .                                                        92 Ibid. Exposition « Utopies » en ligne sur le Site de la bibliothèque nationale de France - Fourier93 Victor Considerant (1808-1893) Definition Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Considerant94 Jean-Baptiste André Godin, né à Esquéhéries le 26 janvier 1817 et mort à Guise le 29 janvier 1888, est unindustriel et philanthrope français, inspiré par le socialisme utopique et acteur du mouvement associationniste,créateur de la société des poêles en fonte Godin (les cheminées Godin) et du familistère de Guise. Wikipedia : [http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Andr%C3%A9_Godin (consulté le 03/04/2011) ]  27 
  • 29. L’architecture particulièrement lumineuse est pensée pour le bien être et l’utilité. Enrevanche, Godin s’est aperçu que les sociétaires du phalanstère étaient incapables de faire vivrela communauté à partir de la théorie des passions, c’est pourquoi il détourne en partie laconception fouriériste de l’homme. Ainsi tous les associés réunis en assemblée élisent unconseil de surveillance, un conseil de gérant et l’administrateur gérant. « Charles Fourier avait théorisé une répartition équitable des richesses, permettant de récompenser à leur juste valeur le Capital, le Travail, et le Talent : Godin sen inspire directement pour organiser lAssociation. Il ne sagit pas de donner la même chose à tous, mais bien de distribuer les richesses selon les mérites de chacun. Cest pourquoi il met en place une hiérarchie au sein de 95 lAssociation, essentiellement selon lancienneté » . Cette façon de concevoir l’organisation du vivre ensemble des ouvriers a été considéréepar certains comme paternaliste. Mais elle fut néanmoins un succès jusque dans le milieu desannées 1960. Le nombre de sociétaires étant de plus en plus nombreux, le familistère et seslogements ne pouvaient plus accueillir personne : les logements étaient transmis par héritageaux descendants des premiers ouvriers, les tensions devinrent inévitables. Plus qu’une méthodede production coopérative, le microcosme du familistère est un vivre ensemble coopératifencadré par des règles que tous doivent accepter et respecter. L’architecture identique deslogements joue un rôle majeur dans le fonctionnement de l’utopie sociale car personne n’estpénalisé d’entrée de jeu. L’objectif étant clairement de réduire les inégalités sociales en offrantaux ouvriers un lieu de vie décent. « Ne pouvant faire un palais de la chaumière ou du galetas de chaque famille ouvrière, nous avons voulu mettre la demeure de l’ouvrier dans un palais ; le Familistère, en effet, n’est pas autre chose, c’est le palais du travail, c’est le PALAIS SOCIAL de l’avenir. Ce qu’il n’est pas possible de faire au profit de familles éparpillées et sans lien, les améliorations qu’on ne peut introduire dans le tohu-bohu des habitations ouvrières, ni à la ville, ni à la campagne, ni dans les caves, ni dans les mansardes habitées ; ce que ne permettent pas même les habitations ouvrières isolées les mieux construites, quel qu’en soit le système : le Familistère le permet, le palais social le rend possible, bien plus, il le rend nécessaire »96. Les Utopistes que je viens de citer ne sont pas les seuls à avoir imaginé des mondesnouveaux où les habitants vivent ensemble dans un idéal sans ségrégations ni inégalités. Si l’onne peut pas tous les citer on peut, par contre, tenter d’en relever plusieurs traits communs.Qu’elles soient strictement définies par le créateur de la cité où autodéfinies par le libre-arbitredes habitants, dans la majorité des cas, des normes existent pour pouvoir gérer la vie encommun. En plus de l’existence de ces normes, l’architecture est commune pour tous afin de nepas créer de frustrations et d’inégalités de fait. Ce bâtit est pensé pour son utilité avant sabeauté. Ensuite, et c’est ce qui nous intéresse le plus, c’est la notion de communauté que l’onretrouve dans chaque récit. Une communauté égalitaire où chacun a sa place et où l’on respectela place de chacun. L’intégration dans la communauté varie en fonction des récits mais                                                        95 Définition Familistère de Guise sur Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Familist%C3%A8re_de_Guise(consulté le 03/04/2011) ]96 GODIN Jean-Baptiste-André La Richesse au service du peuple, le Familistère de Guise, Paris, BibliothèqueDémocratique, 1874, 191pPremière édition Accessible sur Gallica : [ http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113483c (consulté le 03/04/2011) ]  28 
  • 30. l’éducation en est le facteur d’intégration principal. Enfin, il convient de noter que cescommunautés sont territorialisées. Elles ont une place déterminée car aucune ne s’étend à toutela société. Elles sont le plus souvent exilées loin du monde réel. Le vivre ensemble idéal seconstruit donc également par un ancrage territorial, une délimitation qui produit de fait unecertaine proximité. C’est pourquoi, après cet aparté utopiste, je vais m’attacher à décoder l’étatdu vivre ensemble local au niveau du « Quartier » et cela de nos jours.3. Le quartier à l’ère de l’individualisme triomphant : état du lienlocal et de la nécessité d’être reconnu à son adresse Le quartier n’est pas considéré par certains sociologues comme un objet sociologique entant que tel mais plutôt comme une entrée pour étudier les phénomènes sociaux qui s’ydéroulent propres à certaines communautés97. Il donne un cadre territorial, humain et social àun vivre ensemble spécifique dans l’espace urbain. Il est logiquement gage de proximité carlimité géographiquement. Pour nous, il sera un objet de recherche en tant que tel car les sites deproximité dont nous parlerons plus tard en font leurs terrains de jeux privilégiés. Ils le limitentgéographiquement de différentes façons et y attachent certaines spécificités spatiales. C’est d’abord en définissant le quartier et les sociabilités de voisinage que nouspourrons ensuite comprendre comment se construit le sentiment d’attachement aux lieux oùl’on habite. Ensuite nous ferons un « zoom » rapide sur les quartiers dit « village » qui ont pourréputation d’être dotés de liens locaux forts. Enfin, nous nous arrêterons sur l’impact de lamobilité et des nouvelles technologies de l’information sur ces relations de proximité.3.1 Définition du quartier : sentiment d’appartenance et d’attachement  Etymologiquement, le quartier est portion de quelque chose divisée en quatre parties.Mais comment l’identifier, dans l’espace urbain ? Qu’est ce qui fait le quartier ? Plusieursapproches scientifiques sont possibles pour répondre à ces questions. Beaucoup de sociologueset de géographes ayant étudié la question, je ne peux ici être exhaustif dans les caractéristiques,qui définissent le quartier, que je vais vous exposer. Ainsi, j’ai choisi celles qui correspondaientpour moi le mieux à notre sujet. Pour le sociologue Yves Grafmeyer, le quartier peut être étudié« (…) comme unité de mesure des différenciations sociales au sein de la ville, comme espace                                                        97 AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actionspolitiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2007, 293 p. [citation p. 20]  29 
  • 31. de proximité inégalement signifiant selon ses habitants, comme milieu de vie et comme objetd’intervention publiques et cadres – voir enjeu – de diverses formes d’actions collectives »98. Le quartier est, de fait, un espace territorialisé. Il est une portion de ville. En premierlieu par rapport à ses caractéristiques physiques : « il peut être central ou périphérique, ancienou récent, éventuellement délimité par un cours d’eau, une voie ferrée ou tout autre emprisedémontrant une césure forte du tissu urbain »99. Il peut aussi être le fruit d’une circonscription administrative comme le quart d’unarrondissement parisien. « Dans ce cas le découpage prend en compte l’espace urbain dans sonintégralité »100. Pour les sociologues de l’école de Chicago et pour Maurice Halbwachs101 il peut aussiêtre les « traductions territoriales de la diversification des groupes sociaux produite par ladivision du travail »102. Cette division de l’espace urbain est donc distribuée selon lesdifférentes couches sociales qui se superposent (employés, ouvriers, commerçants) avec desdivisions qui peuvent être également ethniques ou encore selon les fonctions dominantes desquartiers. C’est surtout « (…) les caractéristiques sociales de ses habitants qui lui confèrent saphysionomie propre : on parlera de quartiers d’affaires, (…) de « quartier Latin », de quartier résidentiel…, ou encore de quartier « populaire », « bourgeois », « asiatique », etc. »103.Mais cette définition semble encore trop « incertaine » pour Yves Grafmeyer : « A la mosaïque bien visible et pittoresque des communautés doit donc se substituer l’analyse plus sociologique des degrés de participation des habitants à la vie urbaine, dont l’expression spatiale est différente et sans doute plus incertaine. »104Ainsi il est nécessaire pour définir un quartier non plus de se poster à l’extérieur de l’espacequartier, comme nous venons de le faire, mais plutôt à l’intérieur en se posant la questionsuivante : Quelles perceptions les habitants ont-ils de leur quartier, et quelle place occupe t’ildans l’ensemble de leur vie citadine ?« Envisagé à partir du domicile, le quartier est l’endroit où l’on " habite "» il est un espace deproximité105. Cet espace est d’ailleurs perçu de façon extrêmement différente selon les                                                        98 GRAFMEYER Yves « la quartier des sociologues » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, coll.« Recherches », 2007, 293 p. [citation p21]99 Ibid.100 Ibid. [citation p22]101 Maurice Halbwachs est un sociologue français de lécole durkheimienne né à Reims le 11 mars 1877 et mort endéportation à Buchenwald le 16 mars 1945. Il est lauteur dune thèse sur la classe ouvrière et les niveaux de vie, etson œuvre la plus célèbre étudie le concept de mémoire collective, quil a créé. Il sintéresse particulièrement auxtravaux des sociologues de lécole de Chicago sur les ensembles urbains et en fait une relecture dans "Chicagoexpérience ethnique", Annales dhistoire économique et sociale, IV, Armand Colin, Paris, p11-49. SourceWikipedia : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Halbwachs (consulté le 8/04/2011)]102 Op.cit GRAFMEYER Yves « la quartier des sociologues » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène,GUERIN-PACE France, Le quartier. … [citation p23]103 Ibid.104 Op.cit GRAFMEYER Yves « la quartier des sociologues » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène,GUERIN-PACE France, Le quartier. … [citation p23][citation p24]  30 
  • 32. individus. Comme le cite une enquête comparative effectuée au sein de « quelques quartierscentraux » qui montre ces différentes visions : « parfois le quartier est réduit à la rue, voire àla résidence dans laquelle habite l’enquêté dans d’autre cas à l’opposer l’entité nommée seconfond avec le centre ville, ou plus exceptionnellement avec la ville ou(l’arrondissement) »106. Des variations qui ne sont pas uniquement individuelles, ellesdépendent également : « des positions sociales et des âges de la vie : ainsi les retraités ont plutôt tendance à avoir une représentation étroite de leur quartier ; à l’inverse les étudiants privilégient une définition extensive , englobant tout le centre ville ; entre ces deux extrêmes, les cadres et professions intellectuelles supérieures sont les plus enclins à avoir une représentation de leur lieu d’habitation conforme à la configuration des quartiers prédéfinis ; tandis que les employés et les ouvriers sont proportionnellement les plus nombreux à n’avoir aucune représentation de leur quartier » 107Mais qu’en est-il du sentiment d’appartenance qui fait de cet espace un milieu de vie ? Lesentiment d’appartenance est-il synonyme de sentiment d’attachement ? Quelles sont leurscaractéristiques ? « Le quartier est un lieu investi par les habitants. Cet investissement s’exprime selon des modalités et une intensité variées ; d’une simple inscription spatiale du lieu de résidence à un sentiment fort d’appartenance à ce quartier. Ce dernier peut s’accompagner ou non d’un sentiment s’attachement, voire d’une identification au quartier qui se traduit parfois par une compétition entre habitants pour l’appropriation de l’espace. »108De février à avril 2003, l’INSEE a mené une enquête nommée Histoire de vie qui avait pourobjectif « de décrire, de hiérarchiser et danalyser les différents types de liens sociaux quipermettent aux individus de sintégrer dans la société française du début du XXIème siècle. »109La sociologue France Guérin-Pace qui y a participé explique sa démarche : « Au delà de la trajectoire géographique, constituée de l’ensemble des communes de résidence, nous avons recueilli un ensemble de lieux plus subjectifs, dont le lieu auquel la personne se sent appartenir, les lieux d’attachement et de projet. C’est à partir de ces données sur les lieux de vies, les lieux représentés, les lieux qui comptent, que nous appréhendons l’identité spatiale des populations. »110 Dans son article Le quartier entre appartenance et attachement… elle décrit les grandestendances qui se dégagent de cette enquête. A la question qui évalue le sentimentd’appartenance « Si je vous demande d’où vous êtes, que répondez vous ? », le quartier nes’impose pas spontanément comme espace d’appartenance et c’est la commune qui arrive en                                                                                                                                                                                105 Ibid. [citation p25]  AUTHIER Jean-Yves., BENSOUSSAN Bernard, GRAFMEYER Yves., LEVY Jean-Pierre., Levy-Vroelant Claire, Du106domicile à la ville. Vivre en quartier ancien, paris, Anthropos, coll. Villes, 2001, 214 107 Ibid.108 « Le quartier un lieu investit – Introduction » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACEFrance, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, coll.« Recherches », 2007, 293 p. [citation p. 102]109 INSEE – Enquête Histoire de vie : [ http://www.insee.fr/fr/themes/detail.asp?ref_id=fd-hdv03 (consulté le8/04/2011) ]. 8 403 personnes ont été interrogés à domicile. Dont 6142 enquêtés en milieu urbain.110 GUERIN-PACE France « Le quartier un lieu investi – Le quartier entre appartenance et attachement… » dansOp.cit. AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques,actions politiques et pratiques sociales…[citation p. 152]  31 
  • 33. tête. Ensuite, il a été demandé aux personnes de positionner leur lieu de résidence enchoisissant entre le quartier et la commune. C’est encore la commune qui domine. Mais lesentiment d’appartenance varie selon les caractéristiques individuelles des personnes. Elle estplus prononcée chez les résidents dans les quartiers anciens des centres-villes (35%) qu’enbanlieue (30%). Ceux qui habitent en « zones urbaines sensibles » sont les plus nombreux àsituer leur lieu de vie à l’échelle du quartier. On peut l’expliquer par une volonté derevendiquer son appartenance à un quartier qui le plus souvent est stigmatisé et qui correspondà ce que l’on connaît. Cependant, on n’y est pas attaché. « Ainsi résider dans une ZUS111multiplie la probabilité de se déclarer vivre dans un quartier par rapport aux personnes quirésident ailleurs, mais diminue la probabilité de se déclarer attaché à un quartier »112.Appartenance n’est donc pas synonyme d’attachement, on vient de tel ou tel quartier, on y vitmais on n’y est pas spécialement attaché. En revanche, l’âge des personnes ou encore l’ancienneté de la résidence d’habitationn’influe pas sur le sentiment d’appartenance mais plutôt sur le sentiment d’attachement c’est àdire un investissement émotionnel. Toujours dans l’enquête Histoire de vie, afin de mesurerl’attachement au quartier, les habitants « étaient placés dans un contexte fictif demigrations »113. « Cette question sur le départ est posée successivement pour le quartier, lacommune et la région. Ainsi une personne sur deux déclare qu’elle regretterait son quartier sielle devait déménager »114 Enfin, il convient d’ajouter que le lien à la migration est intéressant car ces individusmanifestent peu de sentiment d’appartenance au quartier en privilégiant la commune. Parcontre, ils manifestent un sentiment d’attachement, d’affection, plus marqué pour le quartier :« le quartier est ainsi effectivement investi par les personnes qui ont vécu une rupturemigratoire et qui reconstruisent un ancrage local au sein du lieu d’accueil »115. Selon Thierry Ramadier116 l’attachement au quartier se décline en plusieursdimensions : « Affects, identité et sociabilités »117. L’attachement est donc d’abord définît par les liens affectifs qu’entretient l’individuavec son espace résidentiel et en fonction de la satisfaction qu’il a d’habiter dans ce quartier.                                                        111 INSEE Définition Zone urbaine sensible (ZUS): Les zones urbaines sensibles (ZUS) sont des territoires infra-urbains définis par les pouvoirs publics pour être la cible prioritaire de la politique de la ville, en fonction desconsidérations locales liées aux difficultés que connaissent les habitants de ces territoires.[ http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/zone-urbaine-sensible.htm (consulté le09/04/2011) ]112 Op.cit. GUERIN-PACE France « Le quartier un lieu investi – Le quartier entre appartenance etattachement… »… [citation p. 153]113 Ibid. [citation p. 154]114 Ibid. [citation p. 155]115 Ibid. [citation p. 155]116 Chercheur associé au Centre de Recherche en Aménagement et Développement (CRAD) de lUniversité Laval(Québec). Source : [ http://www.univ-reims.fr/rubrique-cachee/laboratoires-labelises/ea-4298-laboratoire-de-psychologie-appliquee-lpa/seminaires/archives-seminaires-2009,10041,18078.html (consulté le 09/04/2011) ]117 RAMADIER Thierry « Le quartier un lieu investi – mobilité quotidienne et attachement au quartier… » dansOp.cit. AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques,actions politiques et pratiques sociales…[citation p. 128-129]  32 
  • 34. Ensuite « l’attachement au quartier se réfère à la notion d’identité »118. Une identité sociale etindividuelle. Sociale, car l’identité du quartier peut correspondre à « la position sociale àlaquelle l’individu s’identifie ou souhaite être identifié » (phénomène d’attachement plus fortdans les quartiers gentrifiés des centres-villes)119. Ce qui permettrait de tisser un lien affectif. Une identité qui est également individuelle car « les éléments associés (au quartier) sontrecherchés dans l’expérience des lieux »120. Cette identité se construit sur un « parcoursbiographique en référence aux différents lieux investis qui permettrait alors de faire émergerdes valeurs et des attitudes en rapport avec le monde physique. »121 Ensuite, c’est à travers les sociabilités de voisinage que se développe le sentimentd’attachement. D’un coté, les interactions sociales, le fait de se sentir appartenir au voisinage,sont générateurs de cohésion sociale et d’attachement pour un lieu. Mais d’un autre coté cettecorrélation est difficile à cerner car « le « choix » des voisins résulte généralement de décisionsantérieurs à l’expérience des lieux, comme le « choix » du type d’habitat ou de la localisationrésidentielle ». Aussi les relations sociales n’entrainent selon Thierry Ramadier pas« d’attachement particulier au quartier mais sont en revanche déterminant pour des projetsfuturs tels que le souhait de rester ou non dans le quartier »122. Mais, nous allons voir par la suite que les sociabilités de voisinage ont la particularitéd’êtres fondées sur des liens faibles. Ce qui est facteur de cohésion sociale et fonde le vivreensemble de proximité car ils permettent de faire le lien entre différents réseaux sociaux et ainsicréer une véritable cohésion sociale. Même si certains pensent que l’évolution des technologiesde l’information et l’augmentation des mobilités au sein de l’espace urbain tant à fairedisparaitre le quartier comme échelle d’attachement, nous verrons qu’il est plutôt en mutation.Dans la seconde partie de ce mémoire où nous décortiquerons le web de proximité nous nedevons pas oublier d’interroger l’influence qu’ils peuvent avoir sur le sentiment d’attachementau quartier. Aussi le quartier est-il un lieu de vie où « la nature et l’ampleur des pratiquessociales qui s’y inscrivent, la signification qu’il revêt pour ceux qui y habitent varie selon leshabitants et leur contexte locaux »123. Mais également en fonction des processus deségrégations spatiales propre à l’espace urbain qui crée des « effet de lieux » érigeant l’identitédu quartier et des habitants.                                                        118 Ibid. [citation p. 129]119 La gentrification (de gentry, « petite noblesse » en anglais, qui donne parfois lieu a une prononciation bâtarde :/dʒɛntrifikasjɔ̃/, mais la prononciation « francisée » simpose delle-même chez les sociologues) est un phénomèneurbain dembourgeoisement. Cest le processus par lequel le profil économique et social des habitants dun quartierse transforme au profit exclusif dune couche sociale supérieure.Source Wikipedia : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Gentrification (consulté le 09/04/2011) ]120 RAMADIER Thierry « Le quartier un lieu investi – mobilité quotidienne et attachement au quartier… » dansOp.cit. AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques,actions politiques et pratiques sociales…[citation p. 130]121 Ibid.122 Ibid.123 GRAFMEYER Yves « la quartier des sociologues » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, coll.« Recherches », 2007, 293 p. [citation p28]  33 
  • 35. 3.2 Quartier et ségrégation spatiale : isolement relationnel et effets dequartiers en FranceLe processus de ségrégation urbaine, au delà d’être spatial est aussi social. La ségrégationurbaine revêt selon Yves Grafmeyer trois dimensions : elle peut découler d’abord « del’organisation légale ou illégale, par la force ou simplement par l’exclusion, subtile ou criante,directe ou indirecte, aimable ou malveillante, moraliste ou pragmatiste » et les ghettos noirs deLos Angeles en sont un exemple. Ensuite, elle peut être « indépendamment de toute inégalitéproduite par les différenciations sociales », un processus « qui est en grande partie économique mais pas entièrement , (…) qui sépare les plus pauvres de riches, les moins instruits des plus instruits, les moins compétents des plus compétents, les mal habillés des biens habillés, dans leur lieu de travail, de résidence, de restauration et de loisirs, dans leurs relations amicales et scolaires »124Et enfin elle peut être « un résultat collectif émergeant de la combinaison de comportementsindividuels discriminatoires » : « qui dénote une perception consciente ou inconsciente , du sexe ,de l’âge, de la religion, de la couleur, oude n’importe quels éléments qui sert de base à la ségrégation, une perception qui influence les décisionsconcernant le choix du lieu de résidence, de l’endroit où s’asseoir, de la profession à adopter ou à éviter, des 125compagnons de jeu ou interlocuteurs »Ainsi corrélée à cette ségrégation se pose la question de l’effet que le lieu, le quartier peut avoirsur les trajectoires sociales d’individus. Le quartier est comme le qualifie Durkheim un « milieuinterne », fait de « personnes et de choses » qui produisent des effets. Des effets qui sontdistincts selon les quartiers. Cette ségrégation urbaine a mené les « auteurs à les désigner (les quartiers) selon leurcaractéristiques globales et leur peuplement » : les « beaux quartiers » appropriés par despopulations aisés « qui en contrôlent l’accès et qui y importent leur manière d’habiter et decohabiter ». Ceux-ci peuvent être le fruit de requalification de quartiers anciens qui étaientauparavant désignés comme « populaires » où « s’imbriquent les interconnaissances devoisinage, les liens familiaux amicaux, les solidarités professionnelles et les réseauxd’entraide », où les nouveaux habitants doivent cohabiter avec les anciens126. D’ancienshabitants qui peuvent être réfractaires à l’embourgeoisement de leurs lieux de vie d’où lacréation de certaines micro-divisions locales où les comportements d’évitement peuvent être demise. Ensuite, la question des quartiers « sensibles » et des grands ensembles françaisd’habitat social, « qui ont fait coexister dés leur origine des populations hétérogènes »127 mais                                                        124 Ibid.125 Ibid.126 GRAFMEYER Yves « la quartier des sociologues » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, coll.« Recherches », 2007, 293 p. [citation p28]127 Ibid.  34 
  • 36. qui sont stigmatisés dans les médias par les hommes politiques, posent la question des effets delieux dans notre pays. Comme nous l’avons vu auparavant ces grands ensembles initialementprévus pour désengorger la ville se sont transformés en cités dortoirs et, avec le développementdu chômage, en lieu où les phénomènes d’isolement relationnel font rage. Cette stigmatisationa eu pour effet « d’aggraver – du fait même de leur concentration territoriale et de la visibilité qui lui est associée – les situations de chômage et de pauvreté, l’échec scolaire, les tensions entre voisins et l’image négative de soi. Soucieux de marquer leur distance avec un lieu de vie auquel ils refusent de s’identifier, beaucoup vivent difficilement l’impossibilité dans laquelle ils se trouvent de le quitter. »128.Ces quartiers où l’immobilier est moins cher peuvent aussi être les mêmes que l’on nomme lesquartiers d’exil ou de relégation. Les médias font souvent l’amalgame avec d’autres quartiersque les sociologues appellent « quartiers d’intégration » qui sont pourtant « des lieux où serégule voire se met en scène la diversité des origines et des traits culturels »129. En effet, ladisparition du lien social corrélée au sentiment d’insécurité mis en avant par les médias sur ceslieux en fait oublier les « cités qui marchent », facteur d’intégration. A cet effet, CharlesBerdugo dans son ouvrage le nouveau vivre ensemble cite deux cités de la région parisienne oùla diversité sociale permet une appropriation du lieu par les habitants : la Courtilières à Pantinet le Clos de la Garenne à Frênes. Même si les bâtiments étaient d’une vétusté importante, lacohésion sociale était maintenue par un investissement fort des habitants dans la vie communede leur quartier130, dont les initiatives numériques font parties. En effet, il convient de releverqu’il existe un blog du quartier Clos de la Garenne à Frênes où sont mises en valeur desréactions des habitants131. Ainsi, la question des effets de lieux est primordiale pour évaluer laconsistance d’un quartier. Ces quartiers sensibles sont désignés comme cela pour trois raisonsque Jean Yves Authier souligne dans son article Les « quartiers » qui font lactualité : Ce sont d’abord des quartiers qui concentrent des proportions élevées de familles monoparentales et de familles nombreuses, d’individus de nationalité étrangère, de jeunes de moins de 25 ans, de non-diplômés, de personnes (et en particulier de jeunes de moins de 25 ans) au chômage ou occupant des emplois précaires, de bénéficiaires du RMI, des aides au logement ou des allocations familiales, ou bien encore d’ouvriers non qualifiés ; autrement dit, ce sont des quartiers qui cumulent « les principaux indicateurs de difficultés sociales » (C. Avenel ) 132. Ce sont ensuite, dans de nombreux cas, des quartiers géographiquement enclavés. Et ce sont enfin des quartiers fortement stigmatisés ayant une « mauvaise réputation »133.Il montre que l’effet de quartier n’est pas dû qu’à la réalité de celui-ci. La stigmatisation y joueun rôle extrêmement important. Ce ne sont pas tous des zones de non droit, il y existe des                                                        128 Opcit. GRAFMEYER Yves « la quartier des sociologues » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène,GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, LaDécouverte, coll. « Recherches », 2007, 293 p. [citation p29]129 Ibid.130 Ibid.131 Site le Clos [ http://eogez.free.fr/LeClos/wordpress/ (consulté le 17/04/11) ]132 AVENEL Cyprien, Sociologie des « quartiers sensibles », Paris, Armand Colin, coll. « 128 », 2004, 128 p. citédans AUTHIER Jean-Yves « Les « quartiers » qui font lactualité », Espaces et sociétés 1/2007 (n° 128-129), p. 239-249. [www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2007-1-page-239.htm. (consulté le 09/04/2011)]133 AUTHIER Jean-Yves « Les « quartiers » qui font lactualité », Espaces et sociétés 1/2007 (n° 128-129), p. 239-249. [www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2007-1-page-239.htm. (consulté le 09/04/2011)]  35 
  • 37. « relations (d’échanges, d’entraides, de solidarités informelles) – qui « se tissent en fonction des affiliations subjectives beaucoup plus que sur la base d’un sentiment d’appartenance à une communauté de vie objective » (C. Avenel)134 – et des lieux d’initiatives culturelles, sportives, associatives et politiques»135..Lors des « troubles » de novembre 2005, « 5 % des quartiers qui ont connu des « incidents » en novembre 2005 ne sont pas des quartiers classés enZUS. »136 Et les violences urbaines lors de la manifestation contre le CPE en 2006 « ont concerné au total unecinquantaine de quartiers en région parisienne et entre 150 et 200 quartiers en province, alors que la Francemétropolitaine compte plus de 700 « zones urbaines sensibles » »137 Pour les « jeunes de ces cités » le quartier apparaît alors comme un espace de contrainteet en même temps de ressource face, entre autres, aux difficultés scolaires. Ils vont sedévelopper des sociabilités durables. « En habitant chez eux c’est toute la vie du quartier qui s’offrent à eux, les bruits extérieurs ne cessent de les solliciter, les copains qui passent, qui klaxonnent (…) Le rythme de vie de ces jeunes étudiants de « cité » se calque sur celui de la vie quotidienne des jeunes de quartier, en totale opposition avec l’ascèse nécessaire à la réussite des études universitaires ».138 Mais ces effets de quartier ne sont pas ressentis seulement dans les quartiers d’habitatsocial périphérique. Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot expliquent que dans les « beauxquartier » on « apprend à avoir de la place toute sa place, et à prendre la place qui vous estdue dans la ville et dans la société »139. Ensuite, les expériences résidentielles peuvent produiredes effets sur les trajectoires des individus. Le quartier d’enfance et ses valeurs font partie duprocessus de socialisation de l’individu qui le guide dans ses choix. Tout ce que nous venons demontrer met en avant des effets qui sont produit sur l’individu. Mais l’inverse est possible « le quartier peut également être mobilisé (investi,approprié) par des individus »140. Jean-Yves Authier donne plusieurs exemples significatifs :d’abord celui « de jeunes intellectuels déclassés » qui se sont installés dans le quartier lyonnaisdes Pentes de la Croix-Rousse pour y pratiquer un « mode de vie alternatif fait de petits boulots, de vie communautaire et de contestation politique et culturelle. (…) En s’installant dans ce quartier ancien, populaire et convivial, relativement délaissé, ces individus ont alors investi un lieu consonant avec leur modèle de vie et leur idéologie et un espace dans lequel ils ont pu, par le biais d’actions collectives, se construire localement un certain pouvoir qui leur                                                        134 AVENEL Cyprien, Sociologie des « quartiers sensibles », Paris, Armand Colin, coll. « 128 », 2004, 128 p. citédans Op.cit. AUTHIER Jean-Yves « Les « quartiers » qui font lactualité »,…135 Op.cit. AUTHIER Jean-Yves « Les « quartiers » qui font lactualité »,…136 Ibid.137 Ibid.138 AUTHIER Jean-Yves « Effets de quartier – la question des « effets de quartier » en France » dans Op.cit.AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actionspolitiques et pratiques sociales…[citation p. 213]139 PINÇON Michel et PINÇON-CHARLOT Monique, Dans les beaux quartiers, Paris, Seuil, 1989 cité dans Op.cit.AUTHIER Jean-Yves « Effets de quartier – la question des « effets de quartier » en France »…[citation p. 213]140 AUTHIER Jean-Yves « Effets de quartier – la question des « effets de quartier » en France » dans Op.cit.AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actionspolitiques et pratiques sociales…[citation p. 214]  36 
  • 38. faisait défaut dans le champs professionnel »141 Ou encore la « colonisation du quartier new yorkais de SOHO » par des artistes qui sesont appropriés un quartier délaissé pour en faire une « terre d’élection pour développer leursprojets artistiques »142. Les « jeunes de cité » que nous avons évoqués précédemment sont aussicréateurs d’effets sur le quartier qu’ils investissent par des codes spécifiques. Enfin, Jean-YvesAuthier cite de jeunes professionnels marginaux qui ont investi certains quartiers centraux deMontréal. Ainsi, le fait de « vivre dans un quartier central représente un effet important sur laconstruction de leur identité »143. On peut également évoquer le quartier du Marais à Paris quis’est vu investir par une communauté homosexuelle soudée qui a fait de ce lieu central de Paris,un bastion pour la défense des droits de la communauté. Ce quartier a désormais une« étiquette » qui lui est internationale. Ainsi les quartiers produisent des effets sur les individus et ceux-ci donnent au quartier,en l’investissant, une identité spécifique. Mais qu’en est-il de ces fameux quartiers village quecertains envient tant, où il semble que la cohésion sociale est toujours celle d’antan, faited’entraide et de relations de bon voisinage.3.3 Zoom sur les quartiers villages d’aujourd’hui : nostalgie du lien local ouréalité ? Mis en avant par les politiques urbaines valorisant le tissu social local, les sociabilitésqui s’y développent ont fondé progressivement une sorte d’idéal du quartier urbain dont lesmédias ont découvert l’existence récemment « républiques villageoises dotées d’une viecommunautaire rare, d’une certaine mixité sociale, un virus associatif vivace et une solidaritéspontanée envers les plus fragile »144 Mais quelles sont les caractéristiques types d’un quartier village ? Yankel Fijalkow,sociologue urbaniste, nous donne la réponse à cette question dans son article Construction etusage de la notion de quartier village, Village de Charronne et Goutte d’or à Paris qui seranotre principal appui pour cette partie. En premier lieu, la notion de quartier village estcaractérisée « par la valorisation des ressources locales et architecturales issues du passé, lapromotion d’espaces publics, l’ouverture à la régulation locale »145. C’est donc d’abord lanotion de proximité et de patrimoine qui font d’un quartier, un quartier village. Ensuite, il secaractérise par                                                        141 Ibid. [citation p 215]142 Ibid.143 Ibid.144 Le Nouvel Observateur, 15 décembre 2005 cité dans FIJALKOW Yankel « Construction et usage de la notion dequartier village. Village de charronne et Goutte d’or » dans Op.cit. AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène,GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales…[citation p. 76 ]145 Op.cit. FIJALKOW Jean-Yves « Construction et usage de la notion de quartier village. Village de charronne etGoutte d’or » [citation p.77 ]  37 
  • 39. « le refus de la ville, assimilé à une collectivité dont la régulation, dépourvue de mémoire, est fondée sur l’application aveugle de règles impersonnelles. Ce modèle de quartier village, profondément territorial, se fonde sur une intelligence et une profondeur des lieux qui imprègnent les personnalités humaines »146. Mais l’on peut se demander si ces quartiers existent vraiment dans toutes cescaractéristiques. On peut citer, le quartier d’Oberkampf qui a connu l’arrivée d’une nouvellebourgeoisie dans son environnement populaire. Ce processus de gentrification peut être à labase de son appellation de quartier village. Ainsi, Léa Panigel, jeune sociologue spécialiste dudéveloppement local, relève dans son essai Oberkampf évolution sociale d’un quartier lesréactions de ces « gentry » lorsqu’ils s’installent dans le quartier « " je crois qu’il y a un peu unsens, un esprit familial ou en tout cas un petit village puis y’a une histoire importante, c’estquand même le quartier de Maurice Chevalier, d’Edith Piaf c’est donc tout un lieu de paris "(Alain) » Elle précise que pour ce quartier la réhabilitation spontanée semble être facteur decette dénomination de quartier village « la réhabilitation spontanée n’induit pas de reconstruction (et donc de destruction) mais permet de préserver les façades intacts tout en préservant l’intérieur. Le tissu urbain aujourd’hui reste approximativement le même qu’en 1950 »147. C’est donc le récit historique, de conservation, d’impression de continuer à vivre « làavec les mêmes rues qu’avant » qui semble l’enjeu central du quartier village. Déjà en 1897, peu de temps après l’hausmannisation de Paris (1852-1870), le préfet dela ville Alfred Lamouroux préside la commission du Vieux Paris qui, en tenant « un casierarchéologique des maisons », est consulté à chaque fois que l’on souhaite procéder à ladémolition d’un bâtit ancien. Déjà la conservation du patrimoine urbain semble être la based’un quartier-village. En 1940, la démolition des ilots dit « insalubres » de Paris a faitégalement débat. Aussi la réforme du statut de Paris, qui devient ville autonome en 1977,ravive « le souvenir des communes périphériques et populaires, annexée par Hausmann en1860 »148. Dans les années 80 certaines d’entre elles le retrouveront en obtenant un statut decommune autonome (Montmartre, la Buttes aux Cailles, ou Charonne).Mais les sociabilités sont-elles aussi spontanées que ce qui est décrit dans les journaux ?Reposent-elles uniquement sur l’historicité ? L’exemple de l’histoire de Saint Blaise village deCharronne présentée par Yankel Fijalkow montre bien comment on est passé d’un quartierpopulaire à un quartier village. Ce quartier a été en proie à deux politiques urbanistesdifférentes : l’une au début des années 1960 en faveur de la densification du tissu habité et ladémolition et la construction de tours, puis d’une autre en 1975, suite à l’arrêt de la précédente,qui s’est attelée à mettre en œuvre « un urbanisme à visage humain ». Durant la premièrepolitique urbaniste, l’association du village de Charonne lutte, dés 1967, en multipliant les                                                        146 Ibid. [citation p76 ]147 PAGINEL Léa , Oberkampf évolution sociale dun quartier, Paris, Odéon, 2007 169 p. [ citation p88 ]148 Op.cit. FIJALKOW Yankel « Construction et usage de la notion de quartier village. Village de charronne etGoutte d’or » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeuxscientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2007,293 p.[citation p.78 ]  38 
  • 40. signes d’historicité et prouve la richesse du quartier en utilisant les médias pour lutter contre laconstruction des tours d’habitat social. Le quartier était alors constitué de travailleurs etd’ouvriers. Elle promeut des « rapports de voisinage fondés sur la solidarité et non la rivalitéqui oppose entre eux les habitants des grands ensembles condamnés à la solitude »149. Laconstruction des tours s’arrête en 1975 suite à la pression de certains habitants. Les pouvoirspublics changent alors radicalement d’orientation. Cependant, « il pose un silence de plomb sur le passé récent des industries consommatrices d’espaces (fabriques de savons, cartonnages, briqueteries, fonderies) et leur population ouvrière d’autre part. il considère que l’esprit populaire peut survivre à la disparition de cette population »150.Car cette politique de réhabilitation ne concerne que 5% de la surface de l’ancienne communede Charonne. Ainsi une autre vague de manifestations déferle, afin de lutter pour l’extension dupérimètre de sauvegarde. Cependant, avec l’arrivée des classes moyennes « de 1962 à 1975, onest passé de l’idée de quartier populaire à celle de quartier village »151. D’ailleurs avec lerecul, certains manifestants considèrent qu’ils s’étaient engagés dans une « lutte pittoresque »car l’esprit populaire et solidaire du quartier était parti avec les ouvriers qui y résidaient avant. Un autre exemple est celui du village communautaire de la Goutte d’or. Un quartier qui,à la fin des années 80, est présenté par la presse comme un quartier d’exil, un « ghetto ». Alorsle conseil municipal de 1983 décide de « valoriser la partie sud en vue d’obtenir une mutationphysique et sociologique »152 du quartier. Intellectuels et travailleurs sociaux créent uneassociation pour lutter contre un projet de destruction de 12 immeubles qui mettraient 5000personnes à la rue. Cette association « s’élève contre le terme de « ghetto » » et fait état d’unevéritable communauté. « Elle écrit « notre quartier est un village » en 1984 et qu’immigrés ou non, tous sont des habitants du quartier » en 1986 » le modèle village familiale promeut l’organisation de fêtes, des affiches, un journal, participe d’une véritable mise en scène du quartier allant à l’encontre du quartier d’exil présenté par la presse »153. Ces modèles villageois entrent en accord avec les objectifs de la ville de Paris pourfermer les hôtels de passe et les taudis clandestins. Avec un changement politique au conseilmunicipal, les associations prennent part aux décisions concernant les travaux. « La vision duquartier composée d’un noyau stable, familial et communautaire, opposé à une populationmobile flottante et clandestine, permet une connivence entre les acteurs associatifs etmunicipaux »154. Mais plus tard, d’autres résidents contestent le manque de résultat et vont                                                        149 Ibid.150 Op.cit. FIJALKOW Jean-Yves « Construction et usage de la notion de quartier village. Village de charronne etGoutte d’or » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeuxscientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2007,293 p.[citation p.81 ]151 Ibid. [citation p.82 ]152 Ibid. [citation p.83 ]153 Blog d’un habitant du Clos la Garrenne [ http://eogez.free.fr/LeClos/wordpress/ (consulté le 09/04/2011)]154 Op.cit. FIJALKOW Jean-Yves « Construction et usage de la notion de quartier village. Village de charronne etGoutte d’or » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux  39 
  • 41. jusquà condamner l’inexistence d’un Etat de droit.Cet exemple montre donc « la fragilité du modèle de quartier village, même doté d’undiagnostic communautaire fondé sur une forte technicité et une histoire collective »155 .Ainsidans les deux cas étudiés « le quartier –village se décline en « village pastoral », village« communautés interethnique », « village patrimoine » »156. L’aspect communautaire estimportant et le modèle ne repose pas tant sur une force du lien social mais plutôt sur une « uneimage idéalisée du quartier » qui permet aux « nouveaux venus (…) vivant dans l’illusiond’une communauté passée homogène et sans conflits, sans se donner les outils pour penser agirdans un cadre social plus diversifié »157. Mais la construction d’un modèle de quartier villagene peut se faire sans la participation des associations d’habitants qui souhaitent obtenir unereconnaissance par la municipalité de leurs « problèmes » et valorisent « (…) laterritorialisation (le village) et l’historicisation (l’architecture vernaculaire) »158. Le « quartier village » est donc fondé sur un idéal de sociabilités retrouvées similaires àcelle d’un village. Si le quartier évolue, c’est aussi en fonction de l’évolution des manières devivre des citadins. Aujourd’hui, le citadin étant plus mobile et connecté, les relations devoisinage sont transformées.3.4 Les sociabilités de voisinage à l’ère de la mobilité et de l’information :quel impact sur les liens locaux ?  Nous avons évoqué précédemment la place prépondérante qu’occupent les sociabilitésde voisinage dans la construction du sentiment d’attachement. Mais quelles sont sescaractéristiques ? Et quelle est leur évolution ? Pour bien comprendre ce que sont ces sociabilités, il est nécessaire de faire rapidementl’état des mutations, des ruptures que l’individu contemporain subit et qui contribuent àl’émergence d’un certain besoin d‘être reconnu à son adresse. D’abord les individusoccidentaux sont de plus en plus touchés par la mondialisation où selon Ray Forrest « l’imagedominante de la vie sociale est celle d’une superficialité électronique, d’une communauté sansfrontière et d’un chaos et d’une désorganisation généralisée »159. Ensuite, la manière de sedéplacer des individus a changé : la majorité d’entre nous ne travaillent plus dans le mêmequartier que là où l’on habite. « Même si l’accès à l’emploi reste présent dans les stratégies delocalisation de l’habitat, il lest de façon moins contraignante que par le passé ». Il y a unefragmentation des sociabilités de proximité où l’individu investit deux quartiers et non plus un                                                                                                                                                                                scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2007, 293 p..[citation p.84 ]155 Ibid.156 Ibid.157 Ibid.158 Ibid.159 FORREST Ray, « Le voisinage ? Quelle importance ? » Revue internationale des sciences sociales, Janvier2007, n°191, p. 137-151 [ citation p 137 ]  40 
  • 42. seul. En illustre l’augmentation de 67 % des mobilités entre bassins urbains de 1984 à 1994160. Comme nous l’avons vu précédemment, les grands ensembles périphériques qui setransforment en cités dortoirs en sont un exemple. David Caubel dans son article Lurbanismeet lorganisation du territoire explique que « L’évolution des technologies et des modes de transports a permis d’améliorer considérablementl’accessibilité géographique des territoires urbains. Ces transformations impactent lévolution de la morphologie del’organisation urbaine aussi bien sur l’habitat que sur les activités. L’habitat évolue avec une tendance centrifuge.Le phénomène de périurbanisation prend de l’ampleur. Les bassins d’emploi s’élargissent et s’imbriquent les unsavec les autres »161. Cette mobilité doit être prise en compte dans les relations de voisinage tout comme lesusages d’Internet et nous le verrons dans la prochaine partie. Ainsi, certains discours mettent enavant « l’idée d’un déclin des sociabilités de proximité au profit des sociabilités de mobilité(déterritorialisées) »162. Pourtant dans le volet « évolution des sociabilités de quartier » duprogramme de recherche lancé par le Plan Urbanisme Construction Architecture débuté en1999 - dont l’objectif : est de produire des connaissances permettant d’améliorer lacompréhension des processus qui modifient les modes de vie et d’habitat, et qui participent auxdynamiques de transformation des territoires - les résultats sont d’abord le constat d’unehétérogénéité des sociabilités de voisinage « à la fois en termes d’intensité, de nature et deformes, selon les contextes et selon les populations »163. En conséquence on ne « voisine pas dela même manière et on n’entretient pas les même sociabilités dans son quartier quand on setrouve en France, aux Etats unis, au Brésil ou en Argentine »164. Ainsi pour différencier les sociabilités de voisinage, Jean Yves Authier a, dans sonarticle, Evolutions des sociabilités : du voisinage à l’Internet, identifié trois types dequartiers que nous avons déjà évoqué précédemment. D’abord, les quartiers populairesd’habitat social où les « sociabilités de proximité revêtent volontiers une dimension collective,à la fois familiale et communautaire, et se déploient largement dans les espace publics duquartier. » Ensuite, les quartiers d’habitat individuel périurbain où « les sociabilités deproximité sont au contraire plutôt de nature interindividuelle et s’établissent préférentiellement(voire exclusivement) sur la base du strict voisinage ». Enfin les quartiers anciens gentrifiés ducentre ville où « les habitants ont tendance à entretenir à la fois des « liens forts » avec leurspairs, dans l’intimité des habitations et dans les bars et restaurants du quartier, et des « liensfaibles » avec les autres habitants dans les espaces publics »165. Ces caractéristiques de liensfaibles, les pratiques routinières, se retrouvent dans toutes les sociabilités de voisinage. Elles                                                        160 CAUBEL David, Lurbanisme et lorganisation du territoire, Centre dEtudes sur les réseaux, les transports,lurbanisme et les constructions publiques (CERTU), 2007 [ citation p.17 ] accessible sur le site de l archiveouverte pluridisciplinaire (HAL) du centre pour la communication scientifique directe [ http://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00175726/ (consulté le 09/04/2011) ]161 Ibid.162 AUTHIER Jean-Yves, « Evolutions des sociabilités : du voisinage à l’Internet », dans HUYNH (P. M.), Habitat etvie urbaine. Changements dans les modes de vie, Paris, Éditions du PUCA, 2006, p. 119-124. . [ Citation p. 12O ]163 Ibid.164 Ibid.165 Ibid. [ citation p. 121 ]  41 
  • 43. nous intéressent d’autant plus car elles semblent se rapprocher de celles que se développentd’abord sur la toile. Bien évidemment, ces sociabilités sont conditionnées également par l’âgeou encore le sexe de l’individu mais aussi par la taille du quartier et sa localisation. Ainsi, JeanYves Authier constate plusieurs évolutions : les sociabilités à proximité du domicile sont moinsmarquées que dans le passé. Cependant, il ne faut pas négliger le fait que les travaux qui ontfondé le modèle de « quartier communauté » auquel on se réfère pour comparer nos quartiersd’aujourd’hui à ceux d’hier a été conçu à partir de l’observation « de quartiers singuliers : des zones de transition et de désorganisation sociale, dans les années 1920 ; des zones situées à proximité du centre des grandes villes, habitées principalement par une population laborieuse à bas revenus, soumise à un processus de rénovation urbaine radical, dans les années 1950-1960. Ce modèle ne constitue donc qu’une « représentation de la réalité sociale des quartiers d’autrefois »166. Ensuite, on constate des relations plus électives à proximité du voisinage, désolidariséesdu fait de voisinage. Ainsi d’un côté, « les relations avec les proches, au sens social du terme,à l’exemple des relations familiales, se développent volontiers dans des espaces très éloignésdu logement »167. Mais de l’autre « les relations qui se nouent dans l’environnement proche dudomicile apparaissent à la fois moins déterminées par la proximité physique et plus ouvertessur des liens diversifiés »168. Des liens diversifiés comme ceux tissés sur Internet où l’onobserve qu’« il y a un renforcement des sociabilités non médiatisés par les NTIC et unprolongement des sociabilités médiatisé par les NTIC dans les espaces physiques et dessociabilités non médiatisés dans l’espace internet »169. Nous verrons ce que signifie plusconcrètement cette phrase dans notre seconde partie consacrée à ces sociabilités qui sedéveloppent sur les réseaux sociaux de proximité. Ainsi, pour conclure cet aparté sur lessociabilités de voisinage, il convient de mentionner Ray Forrest qui parle d’une revivificationdu voisinage en réponse au fait que « les technologies de l’information, une nouvelle virtualitédes réseaux sociaux et une fluidité des contacts sociaux continuent d’éroder ce qui restait desliens de proximité »170. Mais nous allons montrer maintenant comment certains en utilisant lestechnologies de l’information et plus spécifiquement internet s’attèlent à faire tout à faitl’inverse.                                                        166 AUTHIER Jean-Yves, « Evolutions des sociabilités : du voisinage à l’Internet », dans HUYNH (P. M.), Habitat etvie urbaine. Changements dans les modes de vie, Paris, Éditions du PUCA, 2006, p. 119-124 [ citation p. 124 ]167 Ibid.168 Ibid.169 AUTHIER Jean-Yves, « Evolutions des sociabilités : du voisinage à l’Internet », dans HUYNH (P. M.), Habitat etvie urbaine. Changements dans les modes de vie, Paris, Éditions du PUCA, 2006, p. 119-124 [ citation p. 124 ]170 FORREST Ray, « Le voisinage ? Quelle importance ? » Revue internationale des sciences sociales, Janvier2007, n°191, p. 137-151 [ citation p 137 ]  42 
  • 44.  Partie IILa proximité 2.0 : du voisinage au web ou duweb au voisinage ? « "Les liens faibles", ces liens qui nous inscrivent dans un réseau social plus lâche que le réseau familial, mais aussi plus vaste, plus souple, plus ouvert sur le monde et plus riche d’opportunités et de 171 découvertes… » .                                                        171 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p. [citation p228]  43 
  • 45. Nous venons de voir dans cette dense première partie, les différentes facettes de la ville. Une ville complexe où les sociabilités évoluent en fonction de l’évolutiondes modes de déplacement et de communication des citadins. Le web de proximité est un termequi n’existe pas réellement, qui n’a pas de définition précise pour le moment et que je vais doncessayer d’éclairer pour lui donner une certaine substance. Phénomène internet territorialisé, ils’attache à regrouper tous les sites qui accompagnent un individu à proximité du lieu où il setrouve. En ajoutant « 2.0 » au terme « proximité », on y inclut la participation des internautes.On pourrait bien sûr y inclure les services de géo-localisation qui se développent à grandevitesse comme Facebook Places172 lancé en Aout 2010 par Facebook, ou encore Foursquare173Ces deux services concurrents permettent aux utilisateurs de signaler, à partir de leurssmartphones, leur présence et celle de leurs amis dans un lieu afin de savoir qui est à proximité.Même si ce volet « proximité mobile » est prometteur, ce n’est pas celui qui nous intéresse leplus ici. C’est la proximité ancrée, proche du lieu d’habitation, du quartier de vie et devoisinage que nous allons étudier. Ainsi, dans cette partie, nous rapprocherons les concepts sociologiques propres à la villeque nous avons vu précédemment avec les particularités des sociabilités qui se développent surle web. Compte tenu de la densité des sites de proximité, je ne pourrais être exhaustif dansl’analyse de ces différentes initiatives. L’étude des sociabilités propres aux sites web deproximité demanderait une étude tant quantitative que qualitative qu’il ne m’a pas été possiblede réaliser pour deux raisons : la première est temporelle et la seconde est la difficultérencontrée à entrer en contact avec des responsables de site et de quelques utilisateurs qui n’ontpas répondu à mes demandes. Cependant, j’essaierai d’être le plus complet possible encommençant par dresser une typologie des sites de proximité existants. Ensuite, je m’attacheraià étudier les sociabilités des réseaux sociaux de proximité (ma-residence.fr, Peuplade etVoisinéo) et quels sont leurs liens avec les sociabilités de voisinage que les sociologues ontdéfinis. Ce qui me permettra enfin de m’intéresser à une thématique particulièrement prégnanteau web : celle de la visibilité que l’on se donne et de l’identité que l’on se construit sur lesréseaux sociaux de proximité.1. Les sites de proximité : état des lieux J’ai tenté ici de faire un état des lieux des différents types de sites de quartier existant.Pour construire une typologie, je me suis centré sur plusieurs critères non exhaustifs mais quime paraissent ici les plus pertinents : tout d’abord les objectifs sociaux de ces sites fixés parleurs fondateurs puis leurs échelles d’intervention (ville, quartier, résidence) donc leurconception de l’espace local, puis les services qu’ils proposent, et enfin, si possible, les                                                        172 Site Facebook [ http://www.facebook.com/places/ (consulté le 14/04/2011) ]173 Site Foursquare [ https://fr.foursquare.com/ (consulté le 14/04/2011) ]  44 
  • 46. résultats dans la réalisation de ces objectifs. J’ai classé ces catégories du moins pertinentsocialement au plus pertinent selon l’expérience que j’en ai eu durant cette étude pour ensuiteparler des acteurs de ces sites. Qui concernent-ils ? Pour la plupart ils définissent les mêmesacteurs du quartier, c’est pourquoi je ferais une partie spécifique les concernant. Le premier type sur lequel nous allons nous attarder regroupe les sites de proximitéorientés commerce. Une catégorie double qui comprend entre autre Justacoté174, ou e-quartier175 qui souhaitent permettre aux citadins de visualiser les actualités commerciales etculturelles à proximité deux, mais également les moteurs de recommandations hyperlocales etgéolocalisées comme Dismoioù176 ou Foursquare qui ont un succès de plus en plus important. Le second type de sites dont je vais vous parler sont ceux que l’on pourrait appeler lesréseaux sociaux de proximité dont les plus connus sont Peuplade et Voisinéo. Même s’ils onttout de même des différences de stratégie, tous deux souhaitent s’inscrire au niveau d’unquartier. Ensuite leur cousin, plus jeune, ma-residence.fr plonge dans le quartier pour sepositionner d’abord au niveau de la résidence faisant intervenir de nouveaux acteurs, ceux del’hyperproximité. C’est sur ces deux types de site que nous nous attarderons le plus. Et enfin, initiatives individuelles d’habitants parlant de leur quartier sur le web et faisantréagir leur voisin, j’évoquerai les blogs de voisins.1.1 Les sites de proximité (orientés commerce) Les sites commerciaux de proximité foisonnent. J’en ai donc sélectionné quelques unsnon pas pour leur succès, d’ailleurs très variable, mais plutôt parce qu’ils s’attachent àterritorialiser l’action numérique. e-quartier « les commerces qui bougent près de chez vous »,ouvert en 2003, possède un nom très bien choisi qui permet à ce site pourtant vide de contenud’être plutôt bien référencé. Il avait pour ambition de permettre à l’utilisateur citadin deconnaître toutes les actualités culturelles prés de chez lui. Son principe : faire payer lescommerçants pour leur permettre une visibilité optimisée sur le site. Un ensemble de servicesest mis à leur disposition : une parution dans une newsletter ciblée par quartier envoyée toutesles trois semaines, une mise en valeur du magasin par une page personnelle où ils peuventjoindre vidéos, photos et un calendrier des promotions. Coté ergonomie et graphisme, le site aété pensé pour séduire l’utilisateur, logo simple et percutant, un univers graphique épuré etcoloré sans être froid. Un utilisateur à qui on offre pourtant peu de possibilités, contrairement ala promesse qui nous est faite « vous cherchez une marque, un produit, un service proche dechez vous, e-quartier vous apporte toute l’information nécessaire pour gagner du temps dans                                                        174 Site Justacoté [ http://www.justacote.com/ (consulté le 14/04/2011) ]175 Site e-quartier [ http://www.e-quartier.com/ (consulté le 14/04/2011) ]176 Site dismoioù [ http://dismoiou.fr/ (consulté le 14/04/2011) ]  45 
  • 47. vos achats et connaitre chaque mois toute l’actualité de vos magasins préférés »177. Ainsicomme le souligne le bloggeur « c-local »178, lorsque l’on tape un code postal (et non uneadresse), le site ne couvre pas tout le tissu urbain français même si 200 villes sont annoncéescomme couvertes. Un site qui considère étrangement qu’une ville est un quartier... Ensuite,malgré les différents partenariats publics (la mairie de Gennevilliers par exemple) ou privés(BNP Paribas) qui auraient pu être gage de dynamisme justifiant une prise de risque, certainsarrondissements de Paris sont vides et une ville comme Bordeaux n’a qu’une seule adresse àproposer. L’écueil : aucune interaction avec l’internaute n’est envisagée, aucun aspectcommunautaire n’a été pensé pour faire vivre et améliorer le site179. C’est ce qu’a choisi, quant à lui, le site Justacoté180, lancé en 2006181. En plus deproposer gratuitement les mêmes services aux commerçants qu’e-quartier (page dédiée,promotions, photos, géolocalisation), il propose aux citadins-internautes de donner des avis surles commerces et d’en référencer de nouveaux. Il fait appel au mécanisme de crowdsourcing(enrichissement par la foule), en récompensant la participation des citadins-internautes au sitepar un système de points leur permettant ensuite de gagner des chèques cadeaux ou autresrécompenses182. Le site n’ambitionne pas de s’inscrire à une échelle préalablement établie et seprésente comme « proche de vous ». Le moteur de recherche fonctionne pour une ville,commune, département, métro ou une adresse précise. On ne s’attache pas spécifiquement auxlieux d’habitation mais à l’individu et à sa place dans la ville, dans son environnement deproximité, un individu qui contribue par ses avis à l’enrichissement global des points de vue.Prenant en compte la mobilité croissante des citadins, ce site a vu son nombre de visiteursaugmenter de manière exponentielle pour ensuite se stabiliser : lors des premiers jours dulancement, 5 000 personnes s’y sont inscrites et aujourd’hui la communauté Justacotécomprend 62 666 membres qui ont posté 141 190 avis sur 954 152 commerces et services183.La communauté reste donc exclusivement sur Internet dont les interactions entre habitants selimitent aux commentaires et avis sur des adresses de commerce. Ce site peut, à terme, se voireconcurrencer par un autre genre de sites de proximité 2.0 dont certains sont de plus en plusconnus. Le français Dismoioù, que l’on pourrait définir comme un spécialiste de la recherchesociale locale par la recommandation, pousse encore plus loin la dimension individuelle en y                                                        177 Site Twitter [ http://fr.twitter.com/ (consulté le 14/04/2011) ]178 Blog C-local « e-quartier c’est pas gagné »[ http://www.clocal.fr/2007/12/14/e-quartiercest-pas-gagn/ (consultéle 14/04/2011)179 e-quartier -Annexe 1 - home page du site p 3180 http://www.justacote.com/ (consulté le 14/04/2011)181 Justacoté - Annexes 2 et 2.1 résultat de recherche pour le 11e arrondissement de paris p 4-5182 - Le crowdsourcing est un des domaines émergents du management de la connaissance : cest le fait dutiliser lacréativité, lintelligence et le savoir-faire dun grand nombre de personnes (des internautes en général), en sous-traitance, pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur.Définition ékopédia : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Crowdsourcing (consulté le 14/04/2011)]- « En enrichissant le site (ajout d’adresse ou d’avis), les membres gagnent des points. Et tous les 1 000points, un chèque cadeau Cadhoc d’une valeur faciale de 15 euros. Et pour récompenser les plusfidèles des fidèles, Justacoté leur offre des cadeaux comme des Ipod Shuffle© ou des paniersgourmands à certains moments clés de l’année comme Noël » source : Dossier de presse Just à coté de mars 2011 [ http://www.justacote.com/presse.php (consulté le 17/04/2011) ].183 Chiffres relevés le 06/05/2011 et qui évoluent tous les jours [ http://www.justacote.com/]  46 
  • 48. incluant une possible géo-localisation sur mobile. Territorialement parlant, la première choseque l’on vous demande lors de l’inscription à la communauté est une adresse où vous avez voshabitudes (il est possible par la suite d’en combiner plusieurs)184. On fait appel directement auxconnaissances des lieux et aux habitudes locales de l‘internaute. L’avantage par rapport àJusteacoté est un module Facebook et la possibilité de partager, avec ses amis inscrits, unerecommandation. Il sera aussi bientôt possible de voir d’autres personnes qui viennent derecommander les lieux où l’on se trouve et d’en discuter avec eux. Une façon indirecte derapprocher les individus par les avis. Les services, classés par catégories, sont pour la majoritéréférencés par des internautes donc gratuits et les commercent bénéficient d’une possibilitétoujours gratuite de poster des promotions. Car la prise en main de la page du commerce enquestion est simple après vérification de la part de l’équipe du site. Ce qui est payant, c’est unréférencement à la une pour apparaître « en tête des résultats de recherche dans votre ville surle web et les mobiles »185. Ainsi les chiffres parlent : 900.000 utilisateurs ont posté plus d’un1.000.000 d’avis sur Dismoioù et tellmewhere.com dans le monde. En France, 300 000 adressessont référencées. La startup du même nom avait reçu, en 2008, 1 an après sa création, 550 000euros du fondateur d’Entreparticuliers.com186 afin de consolider sa présence en France etenvisager son déploiement à l’international. Cet investissement montre que la formule estprometteuse. C’est d’ailleurs sur celle-ci que l’américain Foursquare surfe et innove lui aussi. Sur le même principe que dismoioù, les utilisateurs partagent des lieux sur la plateformeet les recommandent mais, en plus, Foursquare y ajoute une composante ludique « gaming ».En effet, l’utilisateur peut signaler sa présence en un lieu « check-in » et savoir si d’autrescomme lui sont là où il se trouve. Les créateurs de cette nouvelle forme de réseau social ledéfinissent comme «un mélange entre un réseau damis, un guide social et un jeu qui vousrécompense pour les choses intéressantes que vous faites»187 Des badges virtuels récompensentl’utilisateur en fonction du type et du nombre de « check in » qu’il place. Ces récompensesressemblent à une sorte de défi entre les différents utilisateurs (30 badges sont disponibles autotal)188. Foursquare fait des anecdotes quotidiennes son fond de commerce en valorisantl’individu dans ses habitudes urbaines. Il n’y a pas d’échelle si ce n’est celle de l’individu luimême se baladant dans la ville. Evidement, les endroits que nous connaissons le mieux seraientde fait ceux les plus « checkés ». Un aspect ludique qui attire de nombreux commerçants etinvestisseurs car la relation avec le client est ultra ciblée : on peut consulter les différents« check-in » et savoir si c’est la première fois que le client vient ou non. Toutefois, lagéolocalisation n’est pas exempte de risques. En témoigne la création, du sitePleaseRobMe.com («sil vous plaît, cambriolez-moi») dont l’objectif est de mettre en garde les                                                        184 Site Dismoioù Annexes 3 résultat de recherche de pour les restaurants du 11e arrondissement de paris p 6185 Site Dismoioù espace dédié aux professionnels : [ http://dismoiou.fr/pro/Help.aspx (consulté le 17/04/2011) ]186 Site entreparticuliers.com [ http://www.entreparticuliers.com/ ( consulté le 17/04/2011) ]187 Citation tiré de l’article d’Olivier Tesquet « Foursquare, pour quoi faire? » publié le 9 avril 2010 sur le sited’information Slate.fr: [ http://www.slate.fr/story/19435/foursquare (consulté le 17/04/11)]188 Blog Tidamz « Badges Foursquare comment les obtenir » http://tidamz.tumblr.com/post/420670529/badges-foursquare (consulté le 17/04/11) ]  47 
  • 49. internautes contre les risques du «surpartage» d’informations personnelles189. Foursquare, quise présente comme un grand jeu de piste et d’aventure urbaine, peut contribuer à dynamiser deslieux, tant sur le plan commercial que social, en créant de nouvelles sociabilités liées au jeu du« check in ». Le lien entre le réel et la plateforme virtuelle est construit sur la véracité de la géolocalisation. Cependant, même si Foursquare se développe à grande vitesse, d’autres, sur unobjectif beaucoup plus social, innovent également dans le monde du web local.1.2 Les sites de quartier (orientés réseaux sociaux) : Peuplade et Voisinéo Peuplade190 et Voisinéo191 sont tous deux, des sites qui ont l’ambition de rapprocher lesindividus vivant dans un même quartier. Allons voir comment cet objectif est présenté par lesfondateurs qui d’ailleurs ne semblent pas venir du même univers professionnel. Nathan Stern,fondateur de Peuplade, est sociologue et a ensuite été rejoint par Stéphane Legouffe,informaticien, Jérémie Chouraqui, avocat et Sarah Hirschmuller, artiste. Cette équipe seprésente comme des ingénieurs sociaux. Du coté de Voisinéo, on est plutôt orienté« commercial ». Ses trois fondateurs, Gautier Cassagnau (responsable marketing), MickaëlCabrol (responsable partenariat) et Guillaume de Neuvier (responsable technique) sont toussortis de l’EM Lyon et centrale Lyon où leur projet est né et a gagnè des concours inter-école.C’est donc deux équipes aux profils différents qui ont des visions différentes de la communautéde quartier, comme l’illustre, les approches des habitants et les services proposés aux acteurs duquartier. Peuplade « se donne pour mission d’offrir aux habitants dun même territoire l’envie etles moyens de vivre ensemble dans un esprit d’ouverture, de liberté, de responsabilité et dejustice »192. Ainsi, il propose plusieurs services pour y parvenir en se positionnant de manièreoriginale sur un créneau exclusivement social où la relation entre habitants est placée au centre.« (…) sur Peuplade, un membre na ni âge, ni sexe : leur première affinité est la proximité. SurPeuplade, ce qui compte, ce nest pas le nombre de pages vues, cest ce qui se passe entre lesmembres quand ils se retrouvent dans la vraie vie ! »193. La vraie vie dont parle les fondateursde Peuplade marque la base d’une rencontre entre les sociabilités web et réelles et c’est ce quenous analyserons un peu plus loin.. Peuplade propose d’abord aux « peupladiens » (utilisateursinscrits du site) de remplir un profil pour se décrire et choisir un pseudo (nous l’analyseronsplus loin lorsque nous nous attacherons à comprendre la manière dont on peut se rendre visiblesur ce site)194.                                                        189 Site pleaserobme.com [ http://pleaserobme.com/ (consulté le 17/04/11) ]190 Site Peuplade [ http://www.peuplade.fr/ ]191 Site Voisinéo [ http://www.voisineo.com/ ]192 Site Peuplade « peuplade mode d’emploi » [ http://www.peuplade.fr/index.php?idr=98&v=15 (consulté le17/04/11) ]193 Ibid.194 Site Peuplade page de création d’un compte Annexes 4.4 p 21  48 
  • 50. Une adresse nous est alors demandée : elle est fondamentale car elle permet de situer lelieu d’habitation. Le créneau de ce site comme celui de Voisinéo repose sur la carte googlemaps centrale qui permet de se situer parmi ses voisins inscrits pour les deux sites. PourPeuplade, le rayon de voisinage par défaut est de 2 000 m, cette zone peut être définie enfonction « de l’activité peuplade », c’est à dire en fonction de la densité de « peupladien »relevée autour de son adresse. Le caractère spatial du quartier est donc modulable et se base surle nombre de gens et non sur une circonscription administrative. La densité est donc le principalcritère de rayonnement avant la distance195. Du coté de Voisinéo cette carte ne s’affiche pasdirectement une fois que nous nous sommes identifiés, il s’affiche une première pagerassemblant les derniers services196. La carte s’affiche uniquement quand on clique dans larubrique « voisin ». Si l’on choisit « les plus proches », le rayon qui ne s’affiche pas, estd’environ 3 000 m et si l’on choisit les nouveaux venus, il s’agrandit au premier nouveau venu.Il propose sur le même principe « les plus actifs », « ceux qui peuvent m’aider » et « ceux queje peux aider ». En prenant l’exemple de mon domicile situé prés de la place Léon Blum, rue dela Roquette dans le 11e arrondissement de Paris, la carte m’affiche mes nouveaux voisins dansun rayon de 10 Km. Cette notion d’aide et de service est le concept que Voisinéo défend. Il comptait sedémarquer de Peuplade en se basant surtout sur la notion d’échange de services entre voisins.Le site offre également la possibilité de poster des annonces (offre ou recherche) que l’on peuttrier par proximité ou nouveauté. Voisinéo défend se concept de super voisin prêt à rendreservice. Le site a clairement choisi de s’appuyer sur le don contre-don et l’échange de servicesainsi que la vente en intégrant les commerces. L’idée d’une communauté affinitaire créée surdes critères préalablement établis, est une idée originale, mais le site se base égalementbeaucoup sur les commerçants. Des commerçants qui ne sont pas forcément au rendez vous carils doivent payer pour se faire référencer sur Voisinéo et pouvoir proposer des réductions (9.90€ et 29.90 € par mois en fonction de la campagne)197. Le dossier de presse indique que cettedémarche est possible sur un site spécifique Voisineo-pro qui semble aujourd’hui êtreabandonné car le lien pointe vers un site aux couleurs proches de Voisinéo, Géolid qui proposeune des prestations en communication internet locale198. On ne voit nulle part le lien officielavec Voisinéo, si ce n’est que le directeur de publication est le même. Les commerçants surVoisinéo semblent avoir échoué. Le concept est le même que celui de Justacoté qui lui le propose gratuitement. Pourmon quartier, Justacoté me propose dans un rayon de trois kilomètres 198 adresses decommerces contre 19 pour Voisinéo 199. Quant à Peupade les pros s’autodéfinissent comme telssans qu’il y ait de vérification. On y compte beaucoup plus d’auto-entrepreneurs200. Sur                                                        195 Peuplade - Annexe 4 - page d’accueil calibré sur l’adresse : rue de la Roquette dans le 22e arrondissement p 7196 Voisinéo - Annexes 5 et 5.1 page d’accueil adresse renseignée rue de la Roquette Paris 11 et Carte du quartier p197 Dossier de presse Voisinéo 2008 – téléchargeable sur l’espace presse [ http://www.voisineo.com/site/presse(consulté le 17/04/11) ]198 Site Géolid [ http://www.geolid.com/ (consulté le 17/04/11) ]199 Justacoté - Annexe 2.1 pour p 5 et Annexe 5.2 pour Voisinéo p 30 (résultats du 6 mai 2011)200 Peuplade - Annexe 4.1 p 8 d’affichage des professionnels du quartier (résultats du 6 mai 2011)  49 
  • 51. Voisinéo, il est également possible de partager et trouver des « bonnes adresses postées par lesutilisateurs » on peut ici se déplacer dans d’autres villes pour voir ce que les utilisateurs deVoisinéo ont posté sur le lieu recherché. Par contre, Peuplade intègre en premier lieu lesassociations qui peuvent s’inscrire et avoir un statut particulier en tant que tel. CommePeuplade, Voisinéo propose la création de groupes d’utilisateurs qui peuvent être des groupesde discussions, de sorties, de réflexions. Sur Peuplade ces groupes se nomment « Peuplades »dans lesquels les voisins se regroupent en communautés d’intérêts ou d’actions201. On peut yretrouver des pages de discussions comme la « peuplade » des astuces écologiques où l’ontrouve 10 discussions ou encore la « peuplade » « Belleville Belleville » dont la description estla suivante : « Ah mes Bon Amis de Belleville ! Vous qui aimez ce quartier et ses Folies, il est vrai quon y croise dedrôles de Zèbre(s), bah cest un Genre Urbain en soi quoi, bref vous qui appréciez, disais je, son KD et ses autrestroquets , son Lao Siam, le bouillon de sa Zoé et sa Mer à boire, son marché, ses Parcs, ses ruelles, sa population,son histoire et son quotidien... Rejoignez donc cette Peuplade, parlez en a votre Chéri(e), à votre Valentin ou àvotre Oncle quil soit Vigneron, sur son Pied de Barrique, quil se ballade Au Vieux Belleville mais toujoursPopulAir. Allez partageons nos infos, bons plans, conseils, idées ? A la votre ! »202. Elle comprend 210 personnes. Les « peuplades » sont classées et s’affichent en fonctiondu rayon de voisinage renseigné203. Une « peuplade » peut contenir des « rendez-vous » propresmais un « peupladien » seul aussi peut en lancer un. Il lance un rendez-vous sur le site et définitun nombre de participants, une échéance et attend les inscriptions204. Sur Voisinéo il estpossible de faire la même chose mais dans une rubrique appelée « sorties », par contre les« sorties » qui s’affichent lors de mes tests m’affiche des résultats qui ont 2 ans205 et pour cellesà venir 16 sur toute l’Ile de France. C’est donc un échec. Même s’il est évident que lespropositions de sorties dépendent des habitants de la zone sélectionnée, Peuplade semblebeaucoup plus animé (28 rendez-vous à venir pour le mois de mai à moins de 2 000 mètres demon lieu d’habitation)206. Le site permet en effet de gérer ses rendez-vous de façon plus simplecar ils peuvent être classés par date et affiche directement ceux qui sont à venir. Ces groupes semblent plus nombreux sur Peuplade que Voisinéo nous en analyseronsquelques uns dans la partie qui concerne les sociabilités propres à ces deux réseaux sociaux deproximité. Les modèles économiques de ces deux sites semblent à première vue fonder sur despartenariats de nature financier ou en nature. Pour Peuplade on retrouve parmi ses partenaires :la Mairie de Paris pour un soutien originel financier qui a permis au site de s’étendre, la RATPpour une campagne d’affichage gratuite dans le métro, SFR pour le développement d’uneapplication sur mobile, BNP Paribas pour un soutien financier et des réductions pour les« peupladiens » client chez la BNP, la ville de Grenoble pour un soutien financier favorisant undéveloppement accru dans la ville et enfin un partenariat avec La fête des voisins. Si Peupladeest en apparence gratuit et marche grâce à l’autonomie des « peupladiens » et Google adsense,                                                        201 Peuplade page des « Peuplades » Annexe 4.2 (résultats du 7 mai 2011) p.9202 Peuplade page de la « peuplade » « Belleville Belleville » -Annexe 4.2 p.10203 Peuplade - Voir rayon d’affichage en Annexe 4.2 p.9204 Peuplade – Fiche rendez-vous en annexe 4.3.1 p.20205 Voisinéo - Page des « sorties » capture Annexe 5.3 (résultats du 7 mai 2011) p.31206 Peuplade - Page des « rendez-vous » Annexe 4.3 (résultats du 7 mai 2011) p.19  50 
  • 52. il ne semble pas avoir de réel modèle économique. En illustre, leurs quelques tentatives demonétisation : les organisateurs ont tenté de monétiser les annonces et évènements desmembres en leur proposant de payer 3 euros TTC pour figurer en « Une » et être mieux visibleet de payer 5 euros par mois pour l’option stop pub permettant de supprimer les publicitésGoogle adsense. Des tentatives qui n’ont pas réjoui les utilisateurs207. Du côté de Voisinéo,l’équipe de Voisinéo avait dans l’idée initiale de construire son modèle économique sur troissources de revenus208 : d’abord comme Peuplade sur les partenariats, sur les encartspublicitaires soit 50% de leur chiffre d’affaires estimé puis grâce aux commerçants et auxdéveloppements de la plateforme Voisineo Pro. Cependant, celle-ci a changé de nom et s’esttransformée en société de communication web pour les commerces locaux. Après quelquesrecherches j’ai trouvé sur le site d’information TechCrunch France un article expliquantl’abandon du modèle économique de Voisinéo qui permet de garder le site à flot par la publicitécomme on le constate aujourd’hui. Voisinéo n’est pas rentable et dans cet article le co-fondateur Mickael Cabrol en explique la raison : « " Effectivement, on a fait évoluer le modèle économique, car il était difficile de créer une communautélocale avec Facebook en face ", clair et réaliste. Une décision d’entrepreneurs d’abandonner leur création carconscients de son manque de viabilité, ne peut être qu’approuvée, surtout connaissant le tempérament fortementoptimiste et incroyablement têtu des web-entrepreneurs de manière générale » 209. Quelle est donc la formule économique nécessaire pour faire vivre ce genre de site ?Même si les communautés continuent de se créer sur ces deux réseaux, les fondateurs ont dumal à en vivre. Néanmoins on ne peut pas dire que ces deux sites n’ont pas réussi à créer desliens. Et les exemples de relations réelles créées par ces deux réseaux existent bel et bien. ma-residence.fr qui intègre de nouveaux acteurs dans la proximité en ligne tout en se plaçant unéchelon en dessous, celui de l’habitat, semble avoir trouvé un modèle économique quifonctionne mieux.1.3 L’hyperproximité et ma-residence.fr : le réseau social au niveau d’unimmeuble ma-residence.fr « le réseau social de votre vie locale » s’impose sur le marché des sitesde proximité en partant de trois constats simples : 50% des français vivent dans un immeuble,                                                        207 Blog de l’équipe Peuplade billet du 20 juillet 2009 « ça bouge sur peuplade part II » [http://www.peuplade.fr/index.php?idr=43&v=2861&city=0&deb_p=15 (consulté le 17/04/11)]208 Mickaël Cabrol interviewé par Olivier Galzy lors du concours Génération Accenture, qu’il remportât en 2008 àvisionner sur Dailymotion [ http://www.dailymotion.com/video/x61vq1_mickael-cabrol-interviewe-par-olivi_news (consulté le 17/04/11) ]209 Bekkaoui Selma, Geolid veut s’imposer comme une alternative aux Pages Jaunes, 3 décembre 2010TechCrunch France [ http://fr.techcrunch.com/2010/12/03/geolid-veut-s%E2%80%99imposer-comme-une-alternative-aux-pages-jaunes/ (consulté le 17/04/11) ]  51 
  • 53. aucun des sites précédemment évoqués ne proposent de se situer au niveau de la résidence, del’immeuble d’habitation, premier lieu de partage et de vie en commun, et aucun d’entre eux n’asu trouver un modèle économique stable. Charles Berdugo, co-fondateur du site avec GillesFeingold, justifie sa démarche dans son ouvrage Le nouveau vivre ensemble : « Partant du constat que les réseaux sociaux de proximité ne s’imposent pas faute d’une masse critiquesuffisante, il est apparu que seul un site doté d’un solide modèle économique serait à même de produire ladynamique nécessaire à la réussite d’une telle entreprise. En positionnant le réseau social au niveau de l’immeuble,c’est au sein d’un écosystème particulièrement pertinent que ma-residence.fr a été installée, au sein d’un milieuéconomico-social qui regroupe les habitants et les entreprises, les bailleurs et les syndics, les commerçants locauxet les associations de quartier »210. C’est donc ces nouveaux acteurs que sont les bailleurs, syndics s’ajoutant à ceux desdeux réseaux précédemment évoqués qui font de ma-residence.fr une initiative originale etambitieuse. Cette hyperproximité se justifie par un intérêt plus grand pour les utilisateurs dusite de s’investir dans l’amélioration de leur lieu de vie le plus proche, celui qui les concernedirectement. Ainsi, lors de l’inscription sur le site, l’identité demandée est notre identité réelle,il n’y a pas de pseudo. Nous nous attacherons à décrypter un peu plus loin la manière dont onse rend visible sur ce site. Ensuite, si le syndic et/ou bailleur se sont déjà inscrit sur le site (action qui estgénéralement relayée au sein de la résidence par prospectus pour inciter les résidents às’inscrire) alors il lui reste à valider notre appartenance à l’immeuble. Une fois notre inscriptionvalidée par le syndic, l’espace « vie de votre immeuble » est pensé pour faciliter les relationsentre les parties prenantes de la vie commune. La page d’accueil s’ouvre sur une page « hall de l’immeuble » page d’actualités quirecense les dernières actions effectuées par la communauté de voisins (nouvel arrivant,nouveau document, nouveau commentaire posté, nouveau forum etc…)211. Ensuite, deux autresonglets : « description » où l’on trouve la description de l’immeuble et « évaluation » où il estpossible de donner son sentiment sur l’immeuble. D’autres rubriques sont également accessibles « information utiles » où l’on retrouve lenom du gardien, nom et adresse du syndic et autres informations. Une boite à idée, un portedocument (compte rendu de travaux, réunion du conseil syndical, règlement intérieur, et autresdocuments à mettre à disposition des résidents). Le conseil syndical a une possibilité deconsulter les résidents en lançant un sondage, par exemple : quelle peinture préférez-vous pourla porte d’entrée ? Bleu, vert, rouge. ma-residence.fr à tout prévu jusqu’à l’affichetéléchargeable, à coller dans le hall ou à distribuer dans les boites aux lettres212. Cet arsenal deservices numériques est gratuit donc accessible et concrétisable et c’est ce qui semble faire saforce. Nous analyserons plus en détail les types de sociabilités se développant sur le cas d’unerésidence située dans l’Essonne. Par ailleurs, même sans l’inscription du syndic il est possible                                                        210 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p. [citation p143]211 ma-residence.fr - espace dédié à l’immeuble « vie de votre immeuble »- Essai sur une résidence situé enEssonne) Annexe 6 p.34 – Essai sans validation par le syndic - rue de la Roquette 75011 - Annexe 6.1 p.37212 Ma-residence.fr Affiche téléchargeable - Annexe 6.1.2 p.38  52 
  • 54. de voir les voisins inscrits sur le site à la même adresse que la votre. Cependant, l’espace privéde vie de l’immeuble n’est pas accessible. Si l’on n’est pas identifié à l’immeuble, la page d’accueil de ma-residence.fr sedémarque complètement des autres sites et semble particulièrement bien étudiée. Organisé en 4grandes rubriques, le site a été très bien pensé pour immerger l’habitant dans son quartier : Unerubrique « actus et vie quotidienne » où grâce à un partenariat avec Le Parisien et d’autresjournaux locaux, l’individu accède aux dernières informations journalistiques de sa zoned’habitation, un annuaire de plusieurs spécialistes de santé dans le quartier, les évènements etsorties proposées par les habitants. Une seconde rubrique « entre habitants » regroupe lespetites annonces des habitants, des espaces de discussion, la possibilité de recommander lescommerces et même un espace dédié aux parents d’élèves. Une troisième rubrique « vielocale » permet de découvrir les associations de la ville, les commerces. Ou encore un espaceque la Mairie met à jour si elle est partenaire du projet « en temps réel, événements, travauxprévus dans votre rue, parcourez les informations des Mairies partenaires ». Enfin unequatrième rubrique qui permet d’accéder à l’espace dédié à « la vie de votre immeuble » quenous venons d’évoquer précédemment213.Ainsi pour chaque acteur de la vie locale, les créateurs de ma-residence.fr ont imaginé unespace dédié : Les écoles ont un espace dédié, un hall privé où les parents d‘élèves peuvent échanger,où l’école peut communiquer des évènements, des documents etc… Les associations ont également leur espace propre, comme sur Peuplade, où ellespeuvent organiser leurs propres évènements, communiquer sur leur projet, proposer desadhésions et créer une communauté de fan et de membres. Une partie de ce mémoire étantconsacré à la solidarité et au rôle des associations dans le vivre ensemble de proximité, nousnous attacherons à mieux décrypter leurs implications dans le web de proximité à cet endroit. Enfin les commerces et autres entreprises ont une place importante dans ma-residence.fr. Son créateur explique que « ceux-ci ont en effet intérêt à traiter de façon préférentiellecette communauté naturelle de leur chalandise, ses membres échangeant des bonnes adresseset les conseils d’achats ». Il est donc possible pour l’utilisateur de ma-residence.fr de faire desrecommandations dans une rubrique « bonnes adresses ». Mais les commerçants ont égalementla possibilité de les faire profiter, et cela gratuitement, de promotions geo-localisées et en tempsréel pour dynamiser leur activité.                                                        213 Maresidence-fr pages d’explication des différentes rubriques annexe 6 p 34 – Annexe et page d’accueil auniveau quartier annexe 6.2 et 6.2.1 p.41-42. Une nouvelle version du site a été mise en ligne le 3 mai 2011 je mesuis efforcé de collé au mieux aux nouvelles fonctionnalités. Cependant mon travail peut ne pas être complètementexhaustif vu le temps qu’il m’a été imparti pour rectifier quelques éléments. Le rubriques n’était pas présentés decette façon mais les fonctionnalités reste les mêmes. Dans l’ancienne version le menu était présenté par acteur duvivre ensemble de proximité ( votre immeuble, associations, commerces etc.) beaucoup plus fonctionnel il faitsensiblement évoluer l’ergonomie.  53 
  • 55. Une nouveauté intéressante par rapport à ses cousins : sur ma-residence.fr uneentreprise a la possibilité de poster une offre d’emploi. S’ouvrir à l’emploi local permet decréer une nouvelle dynamique qui n’était pas présente sur les sites évoqués précédemment. Cequi n’a pas empêché, bien au contraire, certaines personnes de trouver un emploi grâce àPeuplade. Les créateurs de ma-residence.fr semblent, par une étude minutieuse des sitesexistants, avoir réussi à trouver leurs failles et à les exploiter. Les échanges de services que nous avons évoqués lors de la présentation de ma-residence.fr sont facilités par la proximité. ma-residence.fr propose à son utilisateur, commePeuplade et Voisinéo, un « système de troc et de petits services à la personne » où desannonces classiques (vente/achat) se mêlent avec des propositions ludiques (sorties culturelles,jeu de cartes…) et des services de Proximité en nature, bon plans (bricolage, dépannage,soutien scolaire)214. Ces annonces peuvent être affichées selon une « distance » ou un« rayon » choisie par l’utilisateur. La distance, la zone de voisinage, qui n’est ici pas visible surune carte, est centrée d’office sur notre adresse, on nous propose un rayon de 300 m, 3 km, puis50 km ou de taper un autre code postal ou le nom d’une autre ville. Il est donc tout à faitpossible de se renseigner sur ce qui ce passe loin de chez soi. Ce choix semble exprimer lavolonté de ne pas cantonner un individu de plus en plus mobile à son seul quartier d’habitationet lui permettre de se renseigner sur la vie d’un autre quartier, d’une autre ville. D’ailleurs, uneapplication mobile est pensée pour consulter les promotions des commerçants géo-localisés eten temps réel, une façon de valoriser le tissu économique d’un lieu même si ceux qui profitentde la réduction n’y habitent pas mais font partie de la grande communauté de ma-residence.fr.Cette conception de l’espace local est donc modulable en fonction de la perception qu’en al’individu.1. 4 Les blogs d’habitants : quand le citoyen raconte son quartier Dans chaque quartier et ville, des dizaines de blogs discutent de la manière dont on yvit. Ainsi on peut prendre l’exemple significatif du blog monputeaux.com où un conseillermunicipal Christophe Grebert parle ouvertement des problèmes de sa ville et fait réagir leshabitants215. Mais, de cette liberté de parole, il n’en a pas tiré que des avantages : « Quand jaiouvert MonPuteaux.com pour parler de ma ville, je nimaginais pas les difficultés que jallaisrencontrer ! Depuis 2002, le blog ma valu plusieurs procès, notamment sous la fausseaccusation de diffamation. Fausse, car jai remporté chacun de ces procès. »216. Beaucoupcomme lui parlent de leur espace local et extériorisent leur sentiment d’attachement à leurquartier. Extrêmement diversifiés, ces blogs prennent tous des tons différents, parfois pourvaloriser le patrimoine historique et le vivre ensemble comme le blog du Clos la Garenne Le                                                        214 Ma-residence.fr - Annonces recherche Annexe 6.3 et annonces offre – Annexes 6.3.1 p. 44-45215 Site monputeaux.com [ http://www.monputeaux.com/ (consulté le 17/04/11) ]216 Ibid.  54 
  • 56. clos217 ou pour être un espace critique et politique comme monputeaux.com, ou encore satiriquecomme 93sang30218. On peut encore citer dans un autre genre un blog de Clichy Montfermeil« en direct de Clichy Montfermeil », hébergé sous la bannière du site du journal VSD, où tout yest raconté en vidéo, où l’on suit un groupe de rap local qui tente de réaliser un concert dans laville et y raconte cette expérience219. Ces quelques exemples masquent des milliers de blogssimilaires qui contribuent à faire vivre un tissu numérique ancré dans les territoires. Le vivre ensemble de proximité regroupe plusieurs parties prenantes qui le fondent et lefont vivre.1.5 Les acteurs du vivre ensemble vus par les sites de proximité 2.0 Cette partie est un récapitulatif des différentes parties prenantes du vivre ensembledéveloppé sur les réseaux sociaux de proximité. Bien sûr, en premier lieu, l’utilisateur est l’habitant, le citadin qui habite le quartier,avec des attentes diversifiées liées à son environnement proche. Celui qui utilisera le réseausocial peut le connaître de multiples manières. Il est donc au cœur de la dynamique deproximité car il en est le principal moteur et la cible. Tous les sites s’organisent pour repérer etmettre en valeur les prescripteurs ou les membres les plus actifs qui pourront renseigner etguider les nouveaux membres et ainsi agrandir la communauté. De ces prescripteurs, CharlesBerdugo en relève trois sociotypes « monsieur ou madame techno (…) à l’affût des dernièrestendances » qui se tient au courant des nouvelles communautés se créant sur le web,« monsieur ou madame bon plan » à l’affût de « tous ce qui se passe d’essentiel autour de luien cherchant toujours un petit plus » et enfin « monsieur ou madame classique » qui « est unpeu perdu(e) dans un monde compliqué et , devant une question ou un problème a tendance àdemander aux personnes les plus proches : famille, voisin de pallier. » Ces trois prescripteurssont ceux qui peuvent motiver voisins, amis et membres de la famille à se connecter sur un sitede proximité. Nous laissons là les utilisateurs auxquels nous nous intéresserons un peu plus loinlorsque nous analyserons quelques profils et la façon dont ces trois sites conçoivent l’identité. Ensuite, ce sont les commerces qui sont concernés par le vivre ensemble de proximité.Et plus particulièrement les petits commerces. En illustre le succès des pagesjaunes.fr quiprésente les fonctions indispensables : la géolocalisation, un « minisite » de présentation, lescoordonnées nécessaires (téléphone, adresse horaires) mais qui ne va pas plus loin dans lavalorisation territoriale de l’activité économique. Un réseau d’habitants vivant à proximité ducommerce inclus une interaction avec la clientèle qui ne peut pas être aussi pertinente que surun site de quartier. Cependant, comme nous l’avons vu, il faut trouver la bonne formule pourles attirer et leur faire profiter des avantages d’un réseau qui marche : « par un truchementsimplissime d’une présence locale sur un réseau social de proximité, le commerçant entre dans                                                        217 Site le Clos [ http://eogez.free.fr/LeClos/wordpress/ (consulté le 17/04/11) ]218 Site 93sang30 [ http://www.93sang30.com/ (consulté le 17/04/11) ]219 Site « en diret live de Clichy Montfermeil » [ http://blog.banlieue.vsd.fr/ (consulté le 17/04/11) ]  55 
  • 57. le cercle de l’échange »220. Ce cercle de l’échange semble être la concrétisation d’une tendancede « rééquilibrage des pôles commerciaux » et une « renaissance commerciale » où « lequartier est (…) l’unité de base, et la proximité spatiale entre immeubles et commerces enconstitue la trame objective avec des lieux de sociabilités réelles comme le café et les sortiesd’école des jeunes enfants »221. Que ce soit en milieux gentrifiés du centre ville où en banlieuedans des centres commerciaux intégrés aux immeubles d’habitation, la proximité entrecommerces et habitants est une dynamique positive. Les commerçants plus éloignés du centrenévralgique ont l’occasion par le jeu de l’échange avec le consommateur devenu consom’acteurde se donner plus de visibilité. Le monde associatif est également un acteur important du vivre ensemble pour les sitesde proximité. L’ancrage et le dynamisme des 1,2 millions des associations françaises222 ne peutêtre remis en cause. Que ce soit en termes de communication, où une visibilité au quotidien nepeut être qu’un avantage d’autant plus qu’elle est le plus souvent gratuite, qu’en termesd’organisation pour communiquer avec les membres, pour en accueillir de nouveaux et créerégalement des moments d’échange avec les habitants. Nous nous intéresserons plus en détail aumilieu associatif et sa présence sur les réseaux sociaux de proximité dans une partie qui seraconsacrée aux mécanismes de solidarité et de citoyenneté. Ensuite, ce sont les organes de gestion des immeubles qui peuvent y être intégrés. Cetteinnovation de ma-residence.fr a son intérêt car « il font vivre l’immeuble et en cela lesinformations qu’ils ont à communiquer aux résidents répondent à un besoin de premièrenécessité »223. Ce groupe comprend pour Charles Berdugo: le conseil syndical et le syndic. Lepremier appelé aussi syndicat de copropriété, est « une collectivité qui regroupe tous les copropriétaires d’un immeuble. Le simple fait dacheter un logement (ou un local commercial, un local professionnel, un garage, une cave, etc.) dans une copropriété et lon devient lun des membres de droit du syndicat de copropriété qu’on appel « syndic ». Constitué dune petite équipe de copropriétaires désignée par lassemblée générale, le conseil syndical a 224 lui pour mission dassister le syndic et de contrôler sa gestion » .A cet effet, un outil web facilitant la vie de ces bénévoles qui ont des taches souvent assezingrates, de suivi de travaux et de communication auprès des résidents peuvent être facilitées.En témoigne la réaction de Michel, membre du conseil syndical d’une copropriété de quarante-huit logements, relevé par Charles Berdugo, qui vantent les mérites du site de son immeuble : « Nous avions souvent des difficultés à communiquer pendant les assemblées générales. Et c’était uniquement dû au fait qu’elles étaient uniquement préparées par le conseil syndical. En utilisant le site de notre immeuble, tout le monde peut proposer des résolutions avant l’assemblée, ce qui permet à chacun de s’exprimer sur les différents sujets avant l’assemblée. Le jour J, on gagne tous énormément de                                                        220 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p. [citation p203]221 Ibid . [citation p202]222 http://www.associations.gouv.fr/623-retrouvez-tous-les-chiffres-et.html (consulté le 17/04/11)223 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p. [citation p190]224 Site de la chambre syndical des propriétaires et des copropriétaires de France[ http://www.cspc.asso.fr/conseil_syndical.htm (consulté le 17/04/11) ]  56 
  • 58. 225 temps et les décisions se prennent plus facilement » . Ensuite, le syndic de copropriété (qui peut être une société commerciale ou uneassociation ou encore une personne physique) est mandaté par le syndicat des copropriétairespour réaliser des actes de gestion immobilière. Il peut également tirer les bénéfices d’un site auniveau de l’immeuble. Son rôle est en effet ingrat puisque la moindre décision entraine unelevée de fond pour tous les copropriétaires, ce qui n’est pas sans difficultés d’autant plus qu’ilgère souvent plusieurs immeubles à la fois. Un outil internet pourrait alors être intéressant pourleur permettre d’être force de proposition en restant dans leur rôle de prestataire. « Internet avraiment un rôle d’outil qui permet d’optimiser la communication. Mais cela ne changeévidemment rien à la qualité intrinsèque où à l’absence de qualité du syndic », explique JulienCustot, conseiller technique au ministère et au logement de la ville de Paris interviewé parCharles Berdugo. Internet apparait donc comme un outil et une interface utile pour toutes lesparties prenantes226. Ensuite, il convient de citer l’école de quartier car l’école est un espace desociabilités formidable pour faire de nouvelles rencontres dans le quartier où les enfants sont lelien « faible » commun entre les parents. A ces acteurs principaux, nous pouvons y ajouter les entreprises (et non pas uniquementles commerçants) qui ont tout intérêt à recruter des habitants du quartier car un salarié habitantproche de son lieux de travail sera d’autant plus efficace qu’il ne parcourra pas 50 kilomètrespour y aller et en revenir. On peut encore citer les promoteurs immobiliers qui seront d’autantplus intéressés d’investir dans une zone où le tissu social est dense. Par exemple, avant laconstruction d’un immeuble, il peut être intéressant de pouvoir remplacer les batailleshouleuses assez fréquentes d’une évolution du bâti, où toutes les parties prenantes du quartierne sont pas toujours consultées, par une vaste discussion organisée. Internet permet ainsi derelever les tendances et si l’outil existe il pourrait devenir un passage obligé pour de nouvellesconstructions. Les collectivités locales et les mairies sont aussi des parties prenantes nonnégligeables au phénomène de vivre ensemble. Beaucoup d’indices et d’initiatives numériquesterritorialisées tendent à montrer qu’Internet peut être un formidable outil pour communiqueravec les administrés. C’est ce que nous verrons dans la dernière partie de ce mémoire consacréeaux tendances qui fondent un avenir positif pour ces sites en expansion.Tous ces acteurs peuvent créer du lien social maillant le quartier pour le rendre plusdynamique. Il faut toutefois s’attacher à décrypter les sociabilités propres à l’espace numériquequi ont leurs particularités. Des particularités à prendre en compte si l’on souhaite qu’elles setransforment en sociabilités réelles.                                                        225 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p. [citation p190]226 Ibid. [citation p192]  57 
  • 59. 2. Quelles sociabilités sur les sites de proximité ? Cette partie, la plus complexe de mon travail, consiste à analyser les sociabilités qui sedéveloppent sur les réseaux sociaux de proximité. Cette étude est, de fait, très vaste car elledemanderait de longs travaux d’analyse pour être pertinente. Ce que je n’ai pu faire dans letemps qui m’était imparti. Ainsi, après avoir qualifié les sociabilités numériques et montréqu’elles ont des similitudes avec celles du voisinage étudiées par les spécialistes de lasociologie urbaine, je m’attacherai à donner des exemples de relations qui s’y développent àtrois échelles : l’immeuble d’habitation, le quartier (en prenant en compte la définition spatialequ’en a chaque site) et la ville ou la commune, espace local que je considère le plus large.Ensuite, je tenterai de façon succincte de comprendre le rôle des animateurs du site et desmécanismes de mise en valeur des membres les plus actifs dans la création des relations et dansla dynamique du vivre ensemble. Enfin, je proposerai quelques pistes « à creuser » pour rendremon analyse plus pertinente.2.1 Sociabilités numériques et sociabilités de voisinage la force des liensfaiblesDans son ouvrage Les liaisons numériques, vers une nouvelle sociabilité Antonio A Cassilimontre que les sociabilités numériques se caractérisent par une sociabilité forte et des liensfaibles. Dans un autre article de sociologie urbaine déjà évoqué, Ray Forrest relève que « lenombre de liens faibles dans le voisinage est trois fois plus important que celui des liensforts »227. Que sont ces liens forts et ces liens faibles dont parlent ces deux sociologues ? Cette terminologie inventée par le sociologue américain Mark Granovetter en 1973 estissue de sa théorie la « force des liens faibles ». Dans leur article les amitiés virtuelles dans lavie réelle Virginie Lethiais et Karine Roudaut expliquent clairement les différences entre cesdeux types de liens : « Un lien fort est évalué par la combinaison de facteurs : la perception de l’affinité, l’intimité du lien, la confiance, la réciprocité et la durée de la relation. D’où : des relations avec un haut niveau d’intimité, impliquant davantage de « révélation de soi », de réciprocité, des échanges aussi bien émotionnels qu’instrumentaux et une interaction fréquente (Mesch & Talmud, 2006, pp. 30-31). Les liens faibles sont davantage le fait de relations occasionnelles avec des échanges épars et moins intimes »228. Granovetter montre que le lien faible, d’un point de vue structurel, constitue une baseplus pertinente que des liens forts pour tisser du lien social. Il avait pris pour exemple larecherche d’emploi en montrant que les stratégies de recherche qui se sont avérées les plus                                                        227 FORREST Ray, Le voisinage ? Quelle importance ? « Revue internationale des sciences sociales », Janvier 2007,n°191, p. 137-151228 LETHIAIS Virginie, ROUDAUT Karine, Les amitiés virtuelles dans la vie réelle - Profils, motifs et modalités deconstruction « Réseaux », 2010, n°164, p. 16 – 49 [citation p 21]  58 
  • 60. efficaces reposaient sur des connaissances éloignées. Ainsi, des liens faibles ont tendance àrelier les différents réseaux sociaux étant eux mêmes constitués de liens forts. Les liens forts,dont l’empathie et une plus grande réciprocité dans les services rendus, en sont les principalescaractéristiques, sont plus fréquents et intimes que les liens faibles et ont, en revanche,tendance à se refermer sur eux mêmes. Les liens faibles, quant à eux, sont beaucoup plusouverts. Transposés au voisinage, les liens faibles sont les contacts que la plupart d’entre nousont avec nos voisins : ils « (…) vont d’un salut de la tête à de menus services que l’on se rend.Ces contacts ne sont cependant pas seulement une source importante de bien-être général,mais ils peuvent assurer des passerelles importantes entre des réseaux de liens forts »229. Sedire bonjour dans l’escalier, ouvrir la porte du garage commun à une voisine, sont quelquesexemples de liens faibles qui peuvent, s’ils sont stimulés, faire passerelle entre différentscercles de liens forts, réseaux amicaux ou professionnels… Un jour on apprend que notrevoisin a des passions communes avec nous, qu’il travaille au même endroit que nous ou, si l’onest en recherche d’emploi, que notre voisin en tant qu’employeur pourrait en proposer. Ce lienfaible qui n’a aucune consistance peut alors se renforcer et passer d’une simple relation futile àun lien plus fort, qui ne s’entretiendra pas spécialement avec ce voisin en particulier, mais avecle réseau social, ou cercle de liens forts, dans lequel ce voisin, demi-inconnu, vous a fait entrer. Les liens faibles se développent donc plus facilement dans un espace de proximité, enimmeuble, que si l’on habite à 3 kilomètres de son voisin le plus proche. Mais le plusintéressant, est que le sentiment d’attachement à un quartier est souvent dû à la fréquence deses liens faibles. Il est fort probable que ce n’est pas en vivant enclavés avec leur seule familleet amis que les habitants du quartier d’Oberkampf évoqué plus haut qualifieraient leur quartierde « quartier village » comme nous l’avons vu. C’est plutôt parce qu’ils y connaissent lescommerçants, qu’ils les saluent et « papotent » cinq minutes ensemble. Et surtout parce qu’ils yont des habitudes. Les réseaux sociaux de proximité en rassemblant les gens dans un espacedédié à l’échange, facilitent la construction de ces liens faibles. Nicolas Hoareau créateur deWeb Solidarité dont je parlerais plus en détail un peu plus loin a connu son employeur actuelvia Peuplade. Il a ensuite construit son projet en tissant des liens entre ses différents réseaux deliens « faibles » : les habitants du quartier avec qui il entretient des relations de sympathie, depetits services et avec les personnes en difficultés ou dans la rue qui viennent le rencontrer ouauxquelles il va parler. Les sociabilités numériques dont on dit qu’elles se caractérisent par des liens faiblessont de plus en plus au centre des études des sociologues qui s’intéressent aux réseaux sociaux.Ainsi, les réseaux sociaux sont basés sur se principe, pour un individu qui a 300 amis surFacebook il est peu probable qu’il entretienne des relations fortes et empathiques avec latotalité. De même qu’avoir plusieurs milliers d’abonnés sur Twitter peut ne rien signifier. ma-residence.fr a compris cet enjeu : pour créer du lien social, il faut que le lien faible apparaisseutile le plus rapidement possible. Créer un nouvel espace de frottement entre les individus nepeut qu’entrainer des passerelles entre les différents groupes qui peuplent cet espace local. Les                                                        229 FORREST Ray, Le voisinage ? Quelle importance ? « Revue internationale des sciences sociales », Janvier 2007,n°191, p. 137-151  59 
  • 61. annonces de service, les possibilités pour les commerçants de parler de leur activité, lavalorisation des associations, les recommandations, sont autant de possibilités qui permettent àun individu de connaitre ce qu’y se passe prés de chez lui et quelles sont les possibilités quis’offrent à lui pour qu’il y prenne part, comme les autres connectés, à ce vivre ensemble bienréel qui se développe sur la toile. Ces liens faibles « numériques » doivent dans l’idéal pourPeuplade, Voisinéo et ma-residence.fr se concrétiser dans l’espace physique. Paulette Duarteparle de relations « médiatisées » pour celles qui se déroulent sur internet et de « nonmédiatisées » pour celles qui se déroulent hors d’internet, dans l’espace physique. Elle préciseque la sociabilité médiatisée se rapproche de la sociabilité urbaine entre autre dans sadimension individuelle. « C’est une sociabilité immatérielle, individuelle, narcissique, déréalisante, atomisante, appauvrie ou uniformisée. Ensuite, elle renvoie pour partie à la sociabilité urbaine décrite depuis longtemps par G. Simmel et l’École de Chicago, c’est-à-dire à une sociabilité superficielle, individualiste, éphémère ou secondaire. Nous pouvons d’ailleurs supposer que la forme et la nature de la sociabilité développée dans les villes se prolonge dans l’espace Internet et contribue à favoriser le développement d’une telle sociabilité (…) L’internaute, souvent seul devant son écran, développe des relations sociales diverses avec d’autres internautes pour enrichir sa propre sociabilité » 230. Cet individualisme dans les sociabilités numériques explique en quoi les liens faibles semultiplient car l’individu en est l’acteur, il cherche l’utile, ce qui peut le contenter, sur internetl’individu navigue et se déplace. Il peut bien sûr, par le phénomène de sérendipité, (hasard)croiser un sujet, un individu qui l’intéresse et c’est cet intérêt actif qui fait aussi que cessociabilités sont si particulières et efficaces.2.2 Sociabilités sur les réseaux sociaux de proximité : échelle et espace desociabilité Nous avons vu dans la partie précédente qui s’attachait à présenter les différents sites deproximité que certains se définissaient comme de véritables réseaux sociaux. Ainsi ceux qui ontconçu ces sites ont imaginé des nouveaux espaces de sociabilité. Des espaces que l’on a déjàévoqué : les « peuplades » ou « groupes de discussions », les pages dédiées aux associationsécoles, les pages d’accueils / fils d’actualités des voisins, les recommandations et avis sur lespages dédiées aux commerçants ou encore les « halls numériques » d’immeuble de ma-residence.fr en sont quelques exemples. Ces espaces de sociabilité ressemblent bien évidementaux espaces physiques. Le hall d’un immeuble en est un car il est un lieu de passage, de« frottements » entre individus. Mais il ne faut pas oublier les spécificités des sociabilitésnumériques que nous venons juste d’évoquer. En plus, de ces espaces virtuels pré-construits, ilfaut prendre en compte l’échelle dans lesquelles ces « sociabilités » se produisent. Ainsi il estbien évident que je ne peux être ici exhaustif dans leur analyse.                                                        230 DUARTE Paulette, « pratiques d’Internet et espace de sociabilité », dans HUYNH (P. M.), Habitat et vie urbaine.Changements dans les modes de vie, Paris, Éditions du PUCA, 2006, p. 125-131. [ Citation p 128]  60 
  • 62. Les trois échelles spatiales que j’ai choisies semblent les plus logiques : celle del’immeuble, du quartier puis celle de la ville ou de la commune. Ainsi, en prenant en compteles différents choix d’échelles offerts aux utilisateurs de ces sites, j’ai tenté de les caractériseren distance métrique : pour la résidence, la distance est logiquement nulle (sauf si on l’on prenden compte une résidence étendue sur plusieurs numéros mais c’est assez rare), cette distance estcomprise entre 0 et 20 mètres maximum. Ensuite le quartier, sur Peuplade, il est par défautréglé sur 2 000 mètres et c’est la distance que nous choisirons, car elle se rapproche de cellesproposées par Voisinéo et ma-residence.fr. Par contre, une fois une adresse complèterenseignée, ce rayon peut se calibrer sur la distance où se trouve le premier utilisateur le plusproche. Ce système est d’un coté assez pertinent car la distance n’existe plus et c’est la possiblerelation sociale avec le premier membre qui prend le relais. Ainsi cela évite de ne trouver aucun« peupladiens » à afficher à 300 mètres ou 3 kilomètres de chez soi. D’un autre coté, on peut sedemander si l’on ne perd pas toute notion de proximité. On pourrait à ce titre prendre encompte, afin d’évaluer la pertinence de ce système, les conditions de mobilités possibles dans larégion, l’impact des transports en commun mais il s‘avère que si Peuplade et Voisinéo seprésentent comme des sites de quartiers, ils rendent leur image floue dans le cas où le premierhabitant « peupladiens » ou « voisinautes » se trouve à 18km de chez soi. Tout dépend despossibilités offertes à l’utilisateur et de son propre besoin. Sur ce point, ma-residence.fr se démarque une fois de plus avec un nouveau modulepermettant de connaître les conditions de circulation sur les routes de sa commune et de sarégion231. La troisième échelle est donc l’arrondissement, la ville ou la commune. Ainsi j’aichoisi une distance qui va au delà de deux kilomètres mais s’arrête à 15 kilomètres du lieud’habitation renseigné. Au-delà, et vous en conviendrez, il semble évident que nous ne sommesplus dans un espace local, de proximité. Pour pouvoir mener mon analyse dans des conditions réelles, j’ai testé ces sites à deuxendroits différents. Une première fois je me situe rue de la Roquette dans le 11e arrondissementde Paris où la densité de population est la plus forte (152 436 habitants, sur une superficie de367 hectares, soit 41 536 hab/km2) et assure une présence de « voisins » plus nombreuses surles sites232. D’un autre coté je me situe en banlieue parisienne, dans l’Essonne, à Gif sur Yvettesituée à 30 km au sud-ouest de Paris, à lentrée de la Vallée de Chevreuse. Son tissu urbaincomprend 21 248 habitants et une densité de 1 832 hab./km2233. De ces trois échelles j’ai tentéde dégager les tendances en termes de sociabilités. Ces tendances regroupent descomportements et des services utilisés en plus grands nombre à chaque échelle.2.3 Sociabilités, au niveau de la résidence : ancrage, information                                                        231 Annexes 6.1 et 6.2 p.41-42232 Source Wikipedia 11e arrondissement de paris [ http://fr.wikipedia.org/wiki/11e_arrondissement_de_Paris(consulté le 22/04/2011)]233 Source Wikipedia Gif sur Yvette : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Gif-sur-Yvette ]  61 
  • 63. Au niveau de la résidence, mon domicile se trouvant rue de la Roquette j’ai tenté enproposant au conseil syndical d’inscrire mon immeuble sur ma-residence.fr à l’aide du courrielpréparé par l’équipe du site pour inciter l’utilisateur à référencer son immeuble quand il ne l’estpas déjà. Ainsi je n’ai toujours pas eu de réponse si ce n’est un email d’une des copropriétairesmembre du conseil syndical félicitant, l’investissement des jeunes dans la vie commune del’immeuble en le transférant aux copropriétaires et locataires (environ 25 personnes) 234. Un membre de ma famille vivant à Gif sur Yvette me dit qu’il a trouvé une affichetteexpliquant que le site de sa résidence est ouvert. Une affichette préparée une fois de plus parl’équipe de ma-residence.fr à destination du conseil syndical pour inciter les habitants às’inscrire235. Il convient de signaler que sur Voisinéo et Peuplade pour ces deux adresses, jen’ai trouvé aucune personne habitant à la même adresse que ma personne-test. C’est donc à Gifsur Yvette que j’ai testé l’espace de sociabilité « résidence ». Encore une fois, pour êtrepertinent il aurait fallu renouveler l’expérience dans plusieurs lieux aux caractéristiquesdifférentes où l’inscription de la personne-test est validée par le conseil syndical. Je n’en aimalheureusement pas trouvé d’autres. Cette personne-test n’entretient pas de liens forts avecd’autres habitants de la résidence et a emménagé 5 mois auparavant. Quand on clique dans larubrique « mon immeuble » le premier espace de sociabilité est « le hall de l’immeuble » :page d’actualité où toutes les dernières actions sont affichées. On prend connaissance de ceuxqui habite l’immeuble, on connaît leur nom, on partage avec eux un espace commun sur lequelcontrairement au hall physique on est actif, on n’y est pas venu pour simplement rentrer cheznous comme simple lieux de passage mais comme un lieu dédié à l’immeuble. Comme entémoigne la capture d’écran en annexe 6 page n°34 on remarque directement les personnesfaisant partie du conseil syndical. Ici, une d’entre elles se dégage particulièrement car elle a misen ligne plusieurs informations notamment sur des travaux relatifs à la résidence (porte degarage, peintures porte , éclairage, dératisation …). Un calendrier permet de connaître les datesdes réunions syndicales et des assemblés générales236. On reste informé de la vie de sonimmeuble. Sur l’onglet description, on apprend que cinq logements seulement sont inscrits surle site sur soixante-huit. Il reste encore du chemin237 ! Ces tests nous en apprennent peu sur les sociabilités qui se développent sur ces réseauxsociaux de proximité dans une résidence. Mais cette expérience montre que même s’il ne sedéveloppe pas de relations de façon rapide, elle évite l’anonymat, la solitude dans l’immeubled’habitation, elle permet un certain ancrage. Sur les 14 personnes qui sont inscrites seules deuxont utilisé les fonctionnalités proposées par le site. Une annonce de vente d’une poussette etl’autre de don de livres, et chacun ont eu une réponse à leur annonce (10 personnes étaientintéressées par les livres et 3 par la poussette). Ces personnes intéressées ne sont pas del’immeuble mais font partie des 34 personnes inscrites dans la commune. Le principe desannonces semble mieux fonctionner au niveau d’une zone plus large, correspondant à la                                                        234 ma-résidence.fr Echange de courriel pour inciter les membres de mon immeuble de s’inscrire à ma-residence.frAnnexe 6.1.3 p.39235 Affiche -Annexe 6.1.2 p.38236 ma-residence.fr - Annexe 6 p.34237 ma-residence.fr - Annexe 6 p.34  62 
  • 64. commune. Ici, le syndic ne s’est pas inscrit sur le site ou il ne communique pas et ne fait queconsulter les rapports émis par le conseil syndical. Se situer au niveau de la résidence permetdonc un ancrage spatial et numérique, une information sur les parties communes. Ce « hall »privé a le mérite de créer un espace de sociabilité qui n’existe nulle par ailleurs (en tout casdans cette résidence), l’habitant se situe dans un ensemble de voisins qui partagent le mêmeimmeuble et il en prend conscience. Une façon de mieux passer à l’échelon supérieur, lequartier.2.4 Sociabilités, au niveau du quartier : services, solidarité Au niveau du quartier, soit dans une zone de 2 à 3 km, en prenant l’adresse à Gif surYvette sur ma-residence.fr, on retrouve le fil des actualités des 34 personnes s’y étant inscrites.Il ne s’y passe pas grand chose, on connaît les derniers arrivants, ceux qui ont rejoint l’espacedédié à leur immeuble mais guère plus238. Il apparaît évident que chaque quartier a saspécificité à prendre en compte. Mais ma-residence.fr avec une stratégie particulièrement bienimaginée, a placé dans sa nouvelle version du site (lancé le 3 mai 2011), au centre et en haut desa page, un module qui permet à l’utilisateur de connaître les dernières actualités dudépartement de l’Essonne. C’est le quotidien Le Parisien qui grâce à un récent partenariatfournit les articles. On peut se poser la question de la pertinence de ce changement. Est-ce pouréviter le manque d’activité de certaines zones où les voisins comme ici sont peu actifs ? Oupour stimuler la vie locale en proposant à l’utilisateur de réagir à ce qui se passe prés de chezlui ? L’expérience est à tenter. Pour le moment, si la région parisienne est couverte par cepartenariat, la France entière ne l’est pas et c’est le quotidien Aujourd’hui en France qui prendle relais. Les articles alors de dimensions nationales n’apportent selon moi plus rien auxsociabilités locales. Sur Peuplade et Voisinéo cet essai, sur une zone de 3km, est encore plus infructueux, onn’y trouve aucune annonce et respectivement 1 et 4 voisins. L’équipe de ma-residence.fradopte une stratégie qui est très territorialisée et qui se construit souvent avec les habitants où lecommunity manager peut, dans certains cas, prendre un rôle d’initiateur des relations. Dansl’espace numérique « l’internaute, utilise des dispositifs, des perceptions et des représentationssociales. Il mobilise les dispositifs techniques offerts par l’internet, dispositifs qui prolongent lecorps, l’espace réel vers l’espace possible et déplacent les limitent de l’espace perceptible etpraticable»239. C’est pourquoi un individu a moins d’appréhension à rentrer en contact avec unautre sur la toile. Ce terreau de 34 personnes a plus de chance de s’agrandir progressivementcar la plupart sont maintenant ancrées sur l’espace numérique par leur immeuble d’habitation.Le processus d’appropriation de l’outil maresidence.fr peut être long et l’utilisateur doit ytrouver un avantage. Dans un scénario idéal, à force de regarder ce qui se passe dans sa                                                        238 ma-residence.fr Annexe 6.2.1 p.42239 DUARTE Paulette, « pratiques d’Internet et espace de sociabilité », dans HUYNH (P. M.), Habitat et vie urbaine.Changements dans les modes de vie, Paris, Éditions du PUCA, 2006, p. 125-131.  63 
  • 65. résidence, il s’intéressera peut être aux commerces, activités et annonces qui commencent ànaitre dans sa zone de voisinage puis il passera dans une phase plus active de création derelations, en commentant un commerce, en postant une annonce… Et c’est d’ailleurs ce à quoil’interface de ma-residence.fr l’incite. Sur chaque page, un module pousse l’utilisateur à passerà l’action, à réagir (organiser un évènement, commenter un article, déposer une idée, publierune annonce d’offre ou de demande de service)240. Pour être plus pertinent, il aurait fallu étudier ce phénomène sur une plus longue périodepour pouvoir en prouver l’efficacité. Ensuite, si je me place dans le 11e arrondissement de Paris, le nombre de voisinsaugmente considérablement et les interactions entre les membres également. Sur Peuplade jetrouve 210 voisins à moins de 1500 m de chez moi, sur Voisinéo beaucoup moins (12) et surma-residence.fr un peu plus (environ 300)241. Mais ce n’est pas la quantité mais la qualité desrelations qui devrait être relevée. Ainsi, les espaces de sociabilités qui me semblent intéressantssont d’abord les groupes de discussions puis les espaces dédiés aux sorties et évènementsorganisés par les utilisateurs et enfin les espaces dédiés aux services et aux autres annonces(vente/achat). Sur ma-residence.fr les groupes de discussions dans la rubrique « entre habitants »discussions/ questions ne sont pas très nombreux (10) et peu renouvelés, la notion de groupe estd’ailleurs centrée uniquement sur des questions/réponses. On trouve par exemple la discussionsuivante lancée par une utilisatrice « Catherine : je suis à votre disposition pour toutesquestions concernant les tissus (comment les choisir, les entretenir, les utiliser) » à laquelle onne recense aucune réponse242. On y trouve plus souvent des commerces essayant de se faireconnaître. Il n’y a pas donc pas d’émulation. Sur Peuplade, les « Peuplades » sont présentéespar les créateurs du site de la manière suivante « Une Peuplade est un acte fondateur qui a pour vocation de rassembler vos voisins autour dun projet ou dun thème commun : mieux vivre son quartier, monter un réseau de solidarité, développer une activité locale… Une Peuplade doit être vivante et donc animée, cest-à-dire alimentée régulièrement en 243 contenu : discussions, projets, rendez-vous... » . Cet espace semble plus propice à former des groupes de personnes ayant des centresd’intérêt commun au niveau du quartier. Ainsi sur notre secteur on trouve 12 communautésqu’il est possible de suivre (on reçoit un mail à chaque actualisation et rendez-vous posté, unsystème qui s’apparente aux fils RSS) : les thèmes sont très variés et vont de la « peuplade »« célibataires hommes femmes » qui comprend 212 membres en passant par une « peuplade »« PYRENEES, LILAS, GAMBETTA Peuplade de proximité pour les ... autochtones ,NOUVEAUX et anciens ;-)) » qui organise des rendez-vous et des « apéros » dans le quartier ouencore « La cellule durgence de POPINCOURT » dont la description par son créateur estparticulièrement intéressante :                                                        240 ma-residence.fr module « passer à l’action » présent sur toute les pages du site Annexe 6 p 34241 Les nombres de voisin sont comptés à la main il sont un ordre de grandeur et ne sont pas totalement exact.242 Ma-residence.fr - espace de discussions – Annexe 6 p.46243 Peuplade mode d’emploi [ http://www.peuplade.fr/index.php?idr=98&v=15 ]  64 
  • 66. « Ce projet vise à constituer dans chaque quartier un réseau de particuliers capables de se mobiliser en quelques heures pour dépanner en direct une personne confrontée à une situation durgence : incendie de lappartement, problème de santé qui chamboule le programme, cambriolage pendant un congé, accident de voiture... »244.Cette « peuplade » comprend 14 membres et montre qu’à travers Internet une relation desolidarité particulière peu se créer. J’ai contacté le créateur de cette « peuplade »« lukeskywalker » pour avoir un peu plus de détail sur sa démarche. Il n’a pas souhaité créerd’association de quartier jugeant ce choix trop formel et contraignant pour insuffler une relationd’entraide entre les habitants de son quartier245. Il a trouvé le modèle de « peuplade » plusflexible et correspondant mieux à une solidarité de quartier sans cadre. Par ailleurs, la créationdes « peuplades » de quartier est révélatrice de l’attachement au quartier des habitants et lestimule : il est intéressant de constater que le quartier de Belleville regroupe une grande partiedes « peuplades » qui s’affichent prés de mon domicile et ce sont celles qui sont le plus animés.Le quartier de Belleville réputé pour son aspect « quartier village » et populaire semble sedéporter sur Peuplade. Comme le montre la « peuplade Belleville –Belleville » ou 210personnes y sont inscrites.Sur Voisinéo les pages de création de groupes n’ont pas été actualisées depuis plus d’un an. Ensuite, les évènements rythment la vie du quartier sur ma-residence.fr. Les sociabilitésqui s’y développent sont celles du questionnement, de la demande détail, aux horaires etc… cesévènements sont souvent organisés par des associations ou des commerces246. Je n’ai pas trouvéde particulier proposant une rencontre. Sur Peuplade, par contre, beaucoup plus nombreux, lesévènements sont initiés directement par des membres ou plutôt qui ne font pas à première vuepartie d’une structure identifiée sur le site. Par exemple : « Opéra Bastille concert atelierlyrique le 7 mai » où il y a 19 participants247. Ces rendez-vous impliquent d’avoir uneconfiance en soi et c’est souvent des personnes sociables dans l’espace physique qui yparticipent. « Il n’y a pas de substitution, puisque ce sont dans l’ensemble des personnes plutôt sociables qui ont aussi des amis virtuels, et pour les quelques rares exceptions à la règle, Internet leur permet au moins une vie sociable qu’ils n’avaient pas. Internet est dans tous les cas un moyen d’élargir les contacts possibles et son horizon, de sortir de son isolement. Il peut répondre à un besoin de trouver des partenaires de jeu, de rencontrer physiquement de nouvelles personnes, ou simplement d’échanger sur des thèmes particuliers »248.Les rendez-vous et les annonces de services sont souvent créateurs de sociabilités particulièresqui ne se déroulent pas dans l’espace physique de manière spontanée. Ainsi sur ma-residence.frles annonces de services sont particulièrement efficaces comme on l’a vu au niveau del’immeuble. Le sérieux de la plateforme semble rassurer les utilisateurs. On n’hésite pas à                                                        244 Peuplade – fiche de la Peuplade « cellule d’urgence Popincourt » - Annexe 4.2.2 p.13245 Peuplade – Echange avec le fondateur de la peuplade « cellule d’urgence Popincourt » - Annexe 4.2.2 p.14246 ma-residence.fr - Page des discussions - Annexe 6.5 p.46247 Peuplade – Page des rendez-vous Peuplade - Annexe 4.3 p.19248 LETHIAIS Virginie, ROUDAUT Karine, Les amitiés virtuelles dans la vie réelle Profils, motifs et modalités deconstruction « Réseaux », 2010, n°164, p. 16 - 49  65 
  • 67. proposer des services en fonction de ses compétences : des conseils en informatique, de laplomberie, de la garde d’enfants…249. On pourrait donc qualifier les sociabilités de quartier parces deux mots clés : « service » et « solidarité ». C’est à proximité de son lieu de vie que l’oncherche les meilleures manières de gagner du temps. Il est aussi assez intéressant de remarquerque chaque site valorise ses membres les plus actifs au niveau du quartier : le site semble donc,et c’est ce que l’on verra un peu plus loin, promoteur d’un certain attachement au quartier. Siles services et interactions semblent assez pertinents sur ma-residence.fr, l’attachement auquartier semble mieux s’exprimer sur Peuplade, notamment avec l’exemple des « peuplades ». 2.5 Sociabilités, au niveau de la ville : « sorties festives » et « annoncesclassiques (achat /vente)» et informations. Ensuite, au niveau de la ville et dans un rayon de 3 km à 15 km du lieu d’habitation, lessociabilités sont d’abord particulièrement concentrées sur des annonces promotionnelles émisespar des commerçants ou des annonces de ventes, de dons ou de recherche d’emploi250. Ainsi onretrouve, sur la zone de 15 km de Gif sur Yvette, 2 annonces de recherche d’emploi etannonces ainsi plusieurs commerces présentant des promotions. A Gif sur Yvette la proximitén’a pas la même consistance qu’à Paris dans le 11e arrondissement. C’est pourquoi on retrouveautant d’activités que si l’on se trouve à Paris en se plaçant au niveau du quartier. Cependant,ma-residence.fr se démarque en proposant dans sa nouvelle version lancée le 3 mai 2011, unmodule permettant de consulter les conditions de circulation routière de la zone où l’on setrouve en temps réel. En s’associant avec ViaMichelin251, le site favorise la proximité enagrégeant de nouvelles données qui permettent de savoir s’il est possible de se déplacer, allerrendre service, tester un commerce, rencontrer un habitant de la commune… Ce module peutgrandement faciliter l’accès entre les habitants. Car si la notion de proximité se compte enmètre à Paris elle peut se compter en kilomètre dans un espace urbain moins dense comme nousle constatons à Gif sur Yvette252.Un autre module l’accompagne et permet de connaître le prix de l’essence en temps réel. Si l’on se place rue de la Roquette, le résultat affiche un nombre d’actualités bien plusimportant. L’intérêt de renseigner une telle zone, sur Paris, ne réside pas dans une recherche deproximité mais plutôt dans une recherche par centre d’intérêts, ou pour connaître les bonnesadresses dans un quartier où l’on souhaite se rendre. La démarche de base n’est donc pas lamême. Ainsi les annonces de commerce sur ma-residence.fr sont ciblées par arrondissement àParis tandis qu’à Gif sur Yvette elles le sont par communes253. A Paris et dans plusieurs autresvilles de France, un site a particulièrement bien utilisé cette troisième échelle. En effet,OnVaSortir.com se positionne dans un domaine de la relation dite « amicale »                                                        249 ma-residence.fr - Page d’annonce « recherche » annexe 6.3.1 et page d’annonce « demande » annexe 6.3.2p.44-45250 ma-residence.fr – liste des commerces annexe 6.5 p.47 –fiche commerce annexe 6.5.1 p.48251 Site ViaMichelin [ http://www.viamichelin.fr/ ]252 ma-residence.fr – module de circulation - Annexe 6.2 et 6.2.1 p. 41-42253 Ibid.  66 
  • 68. « le but n’est pas de proposer des services voire des commerces comme Peuplade ou Voisineo, le but n’est pas non plus de savoir quels sont ses voisins, non le but est d’avoir du monde à la sortie que l’on organise ou à laquelle on participe et l’ensemble du site est tourné vers cet unique but: partager un instant de convivialité dans la vraie vie »254. C’est ce que précise Eric Delors sur son blog C local dédié au web local, qui amanifestement préféré ce site à Voisinéo. Un site qui a atteint 854 613 membres, et dont laparticularité est d’être centré exclusivement sur les sorties dans la ville. Ainsi son design quin’a pas du tout été étudié, n’a pas fait fuir les utilisateurs. Comme en témoigne la paged’accueil où l’on choisit où l’on veut sortir255. Une fois la ville choisie, on sélectionne sonarrondissement et quel type de sortie on souhaite faire. Ces sorties sont classées par centred’intérêts, par tranches d’âge, et par affinités256. Les résultats des rendez-vous programmés surune journée sont impressionnants : pour le dimanche 24 avril je recense 50 sorties proposéesqui vont d’un « apéro dinatoire » organisé par un des membres à une soirée en boite de nuitvraisemblablement organisée par un salarié de celle-ci pour appâter les clients. Quoiqu’il ensoit, le site semble avoir un vrai succès, les rendez-vous sont prévus avec un nombre limité deplaces par l’organisateur et, pour ceux qui s’inscrivent après le quota, une liste d’attente estlancée. Pour l’apéro dinatoire précédemment évoqué, 10 personnes sont en liste d’attente257.Les sociabilités qui s’y développent sont particulièrement diversifiées mais le site ne semblepas connaître de dérive comportementale importante (insultes, contenu pornographique, raciste,antisémitisme…). Les modérateurs peuvent, en plus des administrateurs du site, être des« membres d’or ». Le site récompense ceux qui ont organisé le plus de sorties qui ontfonctionné, c’est à dire qu’elles ont attiré le nombre d’inscrits souhaité. Les membres d’or sontla plus haute distinction. Les membres d’or peuvent aussi être modérateurs sur le site dans leursecteur. Ce fonctionnement d’auto modération semble efficace... Ainsi si l’on devait qualifierde « festives, découvertes », les sociabilités qui se déroulent au niveau de la ville on pourraitégalement y rajouter les sociabilités créées via les annonces classiques d’achat-vente.2.6 La valorisation des membres, le rôle des animateurs du site dans lacréation des relations et de la communauté de quartier Le rôle de l’interface, a son intérêt d’abord dans la manière dont on valorise lesmembres les plus actifs, car tous ces sites s’attèlent à remplir un seul objectif : concrétiser lesrelations initiées sur l’espace numérique dans l’espace physique. Et pour le moment, il sembleque cela fonctionne compte tenu du nombre de membres et de l’extension croissante de cesdifférentes plateformes à de plus en plus de ville. Comme je l’ai expliqué plus haut,OnVaSortir.com classe les membres en fonction du nombre de propositions de sorties et departicipations aux sorties qu’ils ont effectué. Une manière de valoriser la participation au site                                                        254 Article du 11/06/2011 de Eric Delors sur son blog C local :[ http://www.clocal.fr/2008/06/11/regard-sur-onvasortircom/ (consulté le 22/04/2011)]255 OnVaSortir.com Page d’accueil – Annexe 7 p54256 OnVaSortir.com Page liste des centres d’intérêts - Annexe 7.2 p.56257 OnVaSortir.com Annexes 7.3 p57-59  67 
  • 69. mais aussi de guider les nouveaux venus en s’appuyant sur ceux qui ont l’expérience du réseau.Ce système de valorisation et d’évaluation n’est pas spécifique au web de proximité, et estprésent sur un grand nombre de site de vente en ligne comme Amazon ou PriceMinister quiremontent les vendeurs les mieux notés258. Ce mécanisme de mise en valeur place certainsutilisateurs au rang de prescripteur, de voisin à connaitre. Sur ma-residence.fr les voisins ayantune activité (annonces de recherche ou proposition de services) et un profil rempli (avec photo)s’affichent dans une fenêtre « voisin à connaître ». Sur Peuplade c’est l’actu des membres habitants proches de chez nous qui s’affiche enpremière page. Cette page d’accueil mieux organisée que sur ces deux autres sites met envaleur les nouveaux arrivants à qui il est possible de « souhaiter la bienvenue », une sorted’accueil chaleureux numérique. Ainsi, on valorise le nouveau venu et l’ancien membred’expérience pour créer des relations de confiance. En plus, dans la rubrique dédiée aux rendez-vous, un encart « il font bouger Peuplade » valorise les plus actifs de « peupladiens »259. SurVoisinéo il est également possible de connaître les membres les plus actifs. Cette valorisation des membres peut être également produite par les communitymanager. A cet effet ma-residence.fr semble avoir une stratégie bien rodée. Tout d’abord il estproposé de faire partie du laboratoire ma-residence.fr, qui semble être aussi une association,pour donner son avis, ses idées : « Donnez votre avis sur le site - Proposez des évolutions -Restez informé des nouveautés! ». Aujourd’hui l’association compte 230 membres. ma-residence.fr après avoir observé ce qui marchait chez d’autres sites comme OnVaSortir.com alui aussi lancé une classification de ces membres les plus actifs, qui gagnent d’ailleurs descadeaux à l’obtention du titre260. Ensuite, dans les villes et arrondissements avec lesquelles ma-residence.fr a despartenariats financiers, (soit Villes partenaires : Melun Longjumeau, Evry et le 11earrondissement de Paris) les community manager postent des vidéos valorisant des commerces,illustrant des actions de l’arrondissement comme une collecte de vêtements ou la sensibilisationaux ramassages des déchets. Les community manager de ma-residence.fr sont identifiés parleur prénom (par exemple « Fanny de ma-residence.fr »), ils ont un profil comme les autreshabitants. J’ai tenté d’en connaitre un peu plus sur leur rôle mais n’ai pas obtenu de réponse.Cependant, il faut croire que dans ces villes, ma-residence.fr a connu un certain succès. Dans le11e arrondissement de Paris, 10 jours après le lancement officiel, 1 236 personnes se sontinscrites sur le réseau social et ont échangé 711 messages. 2 000 personnes inscrites dès lapremière semaine de lancement à Évry, 400 à Longjumeau le premier jour, 1 200 en cinq mois.En moyenne, 18 % des foyers de la ville s’inscrivent sur le réseau en trois261.                                                        258 Site Amazon [ http://www.amazon.fr/ ] et site PriceMinister [ http://www.priceminister.com/ ]259 Peuplade –- Annexe 4.3 p.19260 ma-residence.fr – classement - 6.2.2 p.43261 Chiffre issue de la présentation de ma-residence.fr dans MASUREL Hervé et l’association villes Internet,Solidarités numériques et politique de la ville un levier pour réduire les inégalités recueil des pratiques, édition duCIV, 2011[Téléchargeable sur le site de l’association villes internet http://www.villes-internet.net/lassociation/nos-publications/ ]  68 
  • 70. Sur les autres sites ils ont des rôles de modérateurs et se permettent de supprimer lesutilisateurs qui ne respecteraient pas les conditions d’utilisation262. Je n’ai pas relevé beaucoupde participation de l’équipe de Peuplade et de Voisinéo dans les groupes de discussions etautres espaces de sociabilités. Chacune des équipes animent (ou animait pour Voisinéo) un blogqui se devait de raconter la vie de l’équipe, de parler des tendances et évolutions du site, devaloriser certaines initiatives dans différentes villes. Ainsi, sur le blog de l’équipe de Peuplade,qui n’est pas actualisé depuis décembre 2010, on retrouve toutes les mises à jour du site et prisede décision de l’équipe comme celle de monétiser certaines actions du site. L’analyse et lesexemples réels que j’ai pris mériteraient d’être développés pour pouvoir ériger une étudesignificative des sociabilités numériques sur les réseaux sociaux de proximité.2.7 Pertinence et pistes de développement de la présente analyse Cet exposé des sociabilités propres aux sites de proximité ne prétend pas résumer lesrelations qui se tissent sur ces réseaux sociaux particuliers. J’ai souhaité tester en conditionsréelles ces réseaux et les résultats de cette expérience ne m’ont pas semblé vraiment fructueux.Ils donnent cependant un aperçu de la vie de communautés qui ne cesse d’évoluer, des’agrandir et de muter. Ces sites sont tous assez jeunes, le plus vieux (Peuplade) ayant 5 ans, unbilan sera nécessaire pour les autres au bout de 5 ans pour pourvoir réellement les comparer.Mais celui qui se détache le plus reste ma-residence.fr qui favorise un véritable ancrage enintégrant tous les acteurs de la vie sociale locale dont le cercle ne cesse de s’agrandir à d’autresacteurs comme les collectivités territoriales. Des collectivités territoriales utilisent d’ailleurs deplus en plus le numérique et les réseaux sociaux comme un moyen de fédérer les administrés,de communiquer et d’échanger avec eux. L’intervention de ces nouveaux acteurs sera à prendreen compte. Il faudrait également essayer de comptabiliser durant ces études le taux deconversions des relations médiatisées en relation non médiatisées pour évaluer la pertinence deses sites. Au fil de mes recherches, j’ai pu évidement trouvé des témoignages positifs et négatifssur la manière dont se déroulent les rencontres. Commençons par le négatif, avec Peuplade oùles membres signalent la dérive de certaines rencontres où des participants ont un autre objectifderrière la tête comme le signale cette utilisatrice de Peuplade: « Je viens de faire 2 expériences (frustrantes) car je venais naïvement rechercher des relations nouvelles,et je me suis retrouvée en rendez vous avec un homme en mal de "colocataire" (entendez cela comme vous levoulez), puis un autre en recherche également de plan "plumard" ... heureusement cela na pas dépassé le stadeépistolaire, car je ne suis pas pudibonde, mais je nai pas trop de temps à gaspiller pour trier les vrais des fauxpeupladiens ! »263.Une autre remarque qui revient souvent concerne ceux qui organisent des rendez-vous où                                                        262 Politique de modération de peuplade [ http://www.peuplade.fr/footer/footer.php?v=60 ]263 Réaction d’une membre sur le blog de l’équipe[ http://www.peuplade.fr/index.php?idr=43&v=2861&city=0&deb_p=15 (consulté le 24/04/2011)]  69 
  • 71. plusieurs personnes s’inscrivent mais qui ne viennent pas comme le signale cette autrepeupladienne : « il y a un sujet qui na pas encore été abordé : que dire (ou faire) des organisateurs de rendez-vous, quinhésitent pas à poser des lapins (à 80 inscrits au pique-nique du champ de mars par exemple ) . Nous étions unedouzaine dhabitués à nous être débrouillés et à passer une excellente après-midi, mais quand même ! »264. Peuplade a décidé de mettre en place une fonction permettant à l’organisateur designaler les absents aux rendez-vous qui au bout de trois absences sans se désinscrirepréalablement sont interdits de participer à d’autres rendez-vous pendant 10 jours. D’un autrecôté, les témoignages positifs se multiplient. Ainsi sur ma-residence.fr, plus de 15 000 fêtes desvoisins ont été déclenchées. Comme en témoignent certains utilisateurs de ma-residence.fr,après le lancement du site dans la ville d’Evry « on peut mettre des annonces et communiqueravec des gens proches de chez nous et c’est vraiment très utile», « je me suis directementinscrit sur ma résidence.fr et je trouve l’idée géniale»265. D’autres témoignages sont bien sûrdisponibles et montrent les bons résultats des sites comme le révèle un reportage sur Peupladedisponible sur dailymotion266. Il convient de rajouter que l’étude de ces sociabilités pourrait être particulièrementpertinente si elle prenait en compte les effets de quartier que nous avons défini dans la premièrepartie de ce mémoire. Comparer la manière dont on s’identifie au quartier sur ces réseaux avecla manière dont on s’identifie au quartier hors des réseaux pourrait être particulièrementintéressant. On pourrait également étudier et comparer les comportements des utilisateurshabitant dans un quartier gentrifiés du centre-ville avec ceux d’un quartier de banlieue ouencore une « cité » qui a pu être stigmatisée par les médias comme la commune de Villiers-le-Bel par exemple. D’ailleurs, je n’ai pas résisté à la tentation de faire le test me plaçant en pleincentre ville de Villiers-le-Bel pour voir si cette commune tant fustigée dans les médias étaitprésente sur nos sites. Et bien elle y est référencée mais malheureusement les internautes nesont pas vraiment au rendez-vous. Sur ma-residence.fr il n’y a personne d’identifié dans lacommune. Ainsi on me demande d’élargir ma recherche267. Sur Peuplade le premier voisin sesitue à 5 km et n’habite pas Villiers-le-Bel. C’est sur Voisinéo que l’on trouvera 4 personnes,vraisemblablement des jeunes, comptes tenus des profils. En bref, le résultat n’est passatisfaisant. D’ailleurs la municipalité a lancé elle aussi un site collaboratif EntreBeauvillesois268 dans l’espoir de permettre aux habitants de Villiers-le-Bel de se rencontrer,partager leurs passions, et leurs compétences. Seulement cinq personnes semblent inscrites surle site comme le montre la carte centrale qui permet de repérer les participants. Cela ressemblefortement à un échec mais la démarche mérite d’être amplement saluée.De tout cela on ne peut rien en déduire sans avoir fait plusieurs autres comparaisons mais c’est,                                                        264 Ibid.265 Vidéo de témoignages d’habitants d’Evry sur maresidence.fr[ http://www.dailymotion.com/video/xcxi1s_ma-residence-fr-les-utilisateurs-d_tech (consulté le 24/04/2011) ]266 Reportage sur Peuplade [ http://www.dailymotion.com/video/x9ggo0_reseau-social-peuplade-fr_news (consultéle 24/04/2011) ]267 ma-residence.fr - Annexe 6.8 p.53268 Site entre Beauvillesois [ http://www.entrebeauvillesois.fr/ ]  70 
  • 72. je pense, à travers ce type d’exercice, que nous pourrions mieux comprendre les sociabilités deproximité numériques sur ce type de réseau.3. Identité sur les réseaux sociaux de proximité La conception de l’identité sur internet est une des thématiques les plus prégnantes etpolémiques qui touche l’univers des réseaux sociaux. En s’inscrivant sur ces sites, lesutilisateurs confient une part des informations qui les concernent et qui les définissent dans lavie réelle à une base de données qui les enregistre. Cette inscription nécessite une certaineconfiance et implique de se rendre visible. Tout d’abord, nous nous appuierons sur les travauxde Dominique Cardon qui a dressé une typologie de la visibilité que se donnent les internautesinscrits sur les réseaux sociaux. Cette typologie nous permettra ensuite de mieux appréhender lamanière dont on se rend visible sur les réseaux sociaux de proximité. Ainsi Peuplade etVoisinéo on fait le choix du pseudo comme la plupart des sites de ce type. En revanche ma-residence.fr se démarque en demandant à l’utilisateur son vrai nom et prénom. Nous tenteronsde comprendre quelles sont les continuités entre identité réelle et identité virtuelle. Et enfinnous nous attacherons à analyser quelques profils d’utilisateurs.3.1 Visibilité et distinction sur internet : cartographie des réseaux sociauxDans son article Le design de la visibilité un essai de cartographie du web 2.0 DominiqueCardon a mené un long travail de recensement et d’étude pour réaliser une cartographie de lavisibilité sur les réseaux sociaux. Il a d’abord décomposé l’identité numérique comme lemontre le schéma ci dessous.Cette carte montre deux axes qui se croisent et révèle les tensions entre les différents signes quipermettent de définir la personne présente sur les réseaux sociaux. Ainsi l’axe horizontal  71 
  • 73. désigne « l’extériorisation de soi » qui caractérise : « (…) la tension entre les signes qui se réfèrent à ce que la personne est dans son être (sexe, âge, statutmatrimonial, etc.), de façon durable et incorporée, et ceux qui renvoient à ce que fait la personne (ses œuvres, sesprojets, ses productions). Ce processus d’extériorisation du soi dans les activités et les œuvres renvoient à ce que lasociologie qualifie de subjectivation »269.Quant à l’axe horizontal il représente « la simulation de soi » qui caractérise : « (…) la tension entre les traits qui se réfèrent à la personne dans sa vie réelle (quotidienne,professionnelle, amicale) et ceux qui renvoient à une projection ou à une simulation de soi, virtuelle au senspremier du terme, qui permet aux personnes d’exprimer une partie ou une potentialité d’elles-mêmes »270.Cette cartographie regroupe les signes que va utiliser l’internaute pour s’identifier, discuter etpartager des informations sur les réseaux sociaux numériques. Cette croix divise l’espaceidentitaire en quatre zones : une zone nord-ouest qui rassemble « tous les traits attachés à lapersonne réelle, son nom propre, ses descripteurs physiques, sa localisation ou son statutsocial et familial »271. Puis une zone nord-est qui regroupe « les activités qui renvoient à desrôles sociaux (familial, professionnel, associatif, politique, etc.) clairement établis dans sa viede tous les jours(…) »272. Ces zones nord représentent donc « les références réalistes » del’identité numérique. Du côté de la zone sud « fictionnelles », à l’est, les projections de soiprennent des formes « (…) ludiques, imaginatives ou fantasmatiques qui n’entretiennent que des correspondances improbablesavec l’identité réelle des personnes. C’est le cas par exemple dans l’incarnation de personnage de jeu dans lesunivers persistants, mais aussi des avatars du sexe opposé que se créé de nombreux résidents de Second Life »Du coté sud-ouest la carte révèle une série de figuration de soi dans lesquelles les personnesprésentent des idéalisations dont la vocation est quasi expérimentale. Elle est le lieu del’anonymat numérique créé par les pseudonymes et où, par exemple, les internautestravestissent leur âge ou leur sexe pour se protéger mais aussi révéler une partie d’eux plusintime. C’est un lieu où les émotions se dévoilent. Cette première carte sur les réseaux sociaux montre qu’identité réelle et identitévirtuelle sont fortement rapprochées. Un individu ne peut se construire une identité sans tenircompte de ce qui l’entoure sur la toile et hors de la toile. « L’identité n’est pas donnée une foispour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence » précise le journalisteet romancier Amin Maalouff dans son essai Les identités meurtrières273. Ainsi toutes nosactivités, nos rencontres, nos apprentissages permettent de fonder notre identité propre. Uneidentité sociale en perpétuel mouvement. De ce fait, il convient pour nous ici de relever les zones qui concernent les réseaux                                                        269 CARDON Dominique, Le design de la visibilité un essai de cartographie du web 2.0 « Réseaux », 2008, n°152 [Commentaire sur l’auteur sur son article sur [ http://www.internetactu.net/2008/02/01/le-design-de-la-visibilite-un-essai-de-typologie-du-web-20/ (consulté le 25/04/2011) ]270 Ibid.271 Ibid.272 CARDON Dominique, Le design de la visibilité un essai de cartographie du web 2.0 « Réseaux », 2008, n°152[citation p192]273 MAALOUF Amin, les identités meurtrières, Paris, Grasset,1998, 189 p  72 
  • 74. sociaux de proximité. Ainsi une fois les différents signes identitaires distribués, DominiqueCardon place sur ces deux axes cinq modèles de visibilité. Ils « correspondent aux différentesformes d’éclairage que les plateformes réservent à l’identité des participants et à leur mise enrelation » :D’abord le paravent (se cacher pour se voir) : « C’est le principe même des sites de rencontre (Meetic, Rezog, Ulteem). Les individus se sélectionnent les uns les autres à travers une fiche de renseignements, avant de dévoiler progressivement tout ou partie de leur(s) identité(s) au cas par cas, puis de favoriser ou pas une rencontre dans la vie virtuelle ou réelle »274.Puis le clair-obscur (montrer caché) : « Les participants rendent visibles leur intimité, leur quotidien et leur vie sociale, mais ils s’adressent principalement à un réseau social de proches et sont difficilement accessibles pour les autres. La visibilité en clair-obscur est au principe de toutes les plateformes relationnelles qui privilégient les échanges entre petits réseaux de proches (Cyworld, Skyblog, Friendster). Si les personnes se dévoilent beaucoup, elles ont l’impression de ne le faire que devant un petit cercle d’amis, souvent connus dans la vie réelle ».275Ce modèle de visibilité se matérialise en une forme d’entre soi. Je suis visible par ceux que jeconnais. On pourrait corréler ce modèle de visibilité avec des cercles de liens forts comme lescercles amicaux ou familiaux.                                                        274 Post de Buschini Philippe « Identité traditionnelle versus identité numérique» sur son blog personnel » publié le12/04/2009 [ http://www.buschini.com/2009/12/04/identite-traditionnelle-versus-identite-numerique/ (consulté le25 avril 2011) ]275 CARDON Dominique, Le design de la visibilité un essai de cartographie du web 2.0 « Réseaux », 2008, n°152 [Commentaire sur l’auteur sur son article sur [ http://www.internetactu.net/2008/02/01/le-design-de-la-visibilite-un-essai-de-typologie-du-web-20/ (consulté le 25/04/2011) ]  73 
  • 75. Ensuite Le phare (tout montrer, tout voir) : « les participants rendent visibles de nombreux traits de leur identité, leurs centres d’intérêts et leurs compétences, et sont facilement accessibles à tous. La visibilité, ici, fait l’objet d’une réelle quête et d’une recherche de connectivité maximale au moyen d’indicateurs tels que réputation, nombre d’amis, compteurs d’audience, etc »276.A cet effet, on peut prendre l’exemple de Youtube277 ou Dailymotion278 pour la vidéo, deMyspace pour la musique ou encore de Flicker279 pour la photo.Puis la lanterna magica (se voir mais caché) : « les participants prennent la forme d’avatars qu’ils personnalisent, dans le but de dissocier leur identité réelle de celle qu’ils endossent dans le monde virtuel. Cette division libère les contraintes et facilite les nouvelles rencontres. » On peut prendre l’exemple de World of Warcraft280 ou Second life281.Et enfin le post-it (je suis là, je fais ça) : « ce type de plate-forme est un cas à part, lesparticipants rendent visibles à tous leur disponibilité et leur présence, mais interagissentuniquement avec un cercle relationnel restreint »282. Dominique Cardon ajoute une dimensionqui nous intéresse particulièrement car il place un des réseaux sociaux de proximité sur sa carte.Peuplade correspond selon Dominique Cardon au format de visibilité qu’il a défini commepost-it. « Les plateformes fonctionnant sur le modèle du post-it se caractérisent par un couplage très fort duterritoire (notamment à travers les services de géolocalisation) et du temps (notamment, afin de planifier de façonsouple des rencontres dans la vie réelle). Ainsi, les plateformes de voisinage (Peuplade) se développent-elles dansune logique mêlant territorialisation du réseau social et exploration curieuse de son environnement relationnel. »Nous revenons donc à cette notion de territorialisation. La base de l’identité d’un utilisateur surles réseaux sociaux de proximité est son adresse car leur concept n’a d’intérêt que s’il renseignesa véritable adresse. Bien évidement l’adresse complète n’est pas divulguée aux autresmembres. Cependant, il demeure, dans la catégorie de site qui nous intéresse, des différencesdans la manière dont les créateurs ont défini l’identité type d’un utilisateur.3.2 Un quartier double : identité réelle et identité virtuelle  Ainsi, si on considère que l’utilisateur confie sa véritable adresse au site de proximité,qu’il interagit avec ses véritables voisins, qui eux aussi y ont renseigné leur lieu d’habitation,alors se pose la question du rapport entre un quartier dit « réel » et celui que l’on pourrait                                                        276 Post de Buschini Philippe « Identité traditionnelle versus identité numérique» sur son blog personnel publié le12/04/2009 [ http://www.buschini.com/2009/12/04/identite-traditionnelle-versus-identite-numerique/ (consulté le25 avril 2011)] ]277 Site Youtube : [ http://www.youtube.com/?gl=FR&hl=fr (consulté le 25 avril 2011)]278 Site Dailymotion :[ http://www.dailymotion.com/fr (consulté le 25 avril 2011)]279 Site Flicker : [ http://www.flickr.com/ (consulté le 25 avril 2011)]280 Site World of Warcraft [ http://eu.battle.net/wow/fr/ (consulté le 25 avril 2011)]281 Site Second Life [ http://secondlife.com/ (consulté le 25 avril 2011)]282 Op.cit. Post de Buschini Philippe « Identité traditionnelle versus identité numérique»…  74 
  • 76. qualifier de « virtuel ». Le quartier « réel » est celui où l’on vit physiquement, où l’on rentrechez soi, où se trouve notre appartement, où l’on mange, dort, etc. Le quartier « virtuel » estcelui qui est placé et qui vit sur internet, où l’on croise ses voisins d’immeubles autour dethématiques définies, où l’on procède à des échanges de services, où l’on se fixe des rendezvous… En bref ce sont toutes les fonctionnalités et sociabilités que nous avons décrites plushaut qui ont vocation, ensuite, à se matérialiser dans l’espace physique. Cette thématique dedédoublement a été étudiée par le sociologue Antonio A. Cassili, dans un chapitre qu’il ad’ailleurs nommé « notre habitat double ». « si les communautés se constituent actuellement sur la base du voisinage local que sur la base d’affinitétechnologique, c’est parce que nous sommes confrontés aux nouveaux médias numériques - nous évoluons surdeux plans distincts l’un matériel, l’autre informationnel »283.Cet aspect double de l’espace nous amène à évoluer entre identité traditionnelle et identiténumérique. Mais qu’est ce que l’identité ? Le dictionnaire Larousse en donne la définition quisuit : L’identité est un « caractère permanent et fondamental de quelquun, dun groupe, qui fait sonindividualité, sa singularité : Personne qui cherche son identité. Identité nationale. » ou encore un « Ensemble desdonnées de fait et de droit qui permettent dindividualiser quelquun (date et lieu de naissance, nom, prénom,filiation, etc.) : Rechercher lidentité dun noyé »284. Cette identité que nous qualifierons de traditionnelle est donc multidimensionnelle.L’identité numérique sur ce point s’en rapproche particulièrement et c’est ce que PhilippeBuschini, blogueur spécialisé dans l’e-reputation, met en évidence dans son dernier postIdentité traditionnelle versus identité numérique « l’identité numérique, du fait de sa nature immatérielle, est caractérisée par deux groupes d’informations distincts mais complémentaires : les parcelles d’informations dites incontestables et uniques : coordonnées physiques, adresse IP, certificats numériques, comptes bancaires, numéro de téléphone, etc., qui sont généralement attribuées par une autorité tierce (état civil, fournisseur d’accès Internet, opérateur de télécommunications, banque…) ; et celles réputées plus ambiguës et multiples : pseudonymes, avatars, commentaires, blogs, photos, CV, etc., qui sont générées par l’individu lui-même 285 ou par les individus composant son réseau » . Ainsi, sur les réseaux sociaux de proximité, il semble nécessaire d’étudier les critèresd’identification prévus par les sites ainsi que des profils utilisateurs. En premier lieu il faut nousdemander quel est notre « nom » sur ces réseaux. Sur Peuplade et Voisinéo la première choseque l’on nous demande, avant même notre localisation, est un pseudonyme286. Pour Peuplade ladémarche fait partie du « projet social » défendu par les fondateurs. Ainsi, au nom du respectde la vie privée, le choix d‘un pseudonyme pour les membres est plus judicieux pour « (…)                                                        283 A. CASSILLI Antonio, Les liaisons numériques - Vers une nouvelle sociabilité, Seuil, Coll. « Lacouleur des idées », 2010, 331 p284 Dictionnaire Larousse en ligne285 Post de Buschini Philippe « Identité traditionnelle versus identité numérique» sur son blog personnel publié le12/04/2009 [ http://www.buschini.com/2009/12/04/identite-traditionnelle-versus-identite-numerique/ (consulté le25 avril 2011)] ]286 Peuplade - Page d’authentification Annexe 4.4 p.21  75 
  • 77. mettre en avant leur personnalité, leurs expériences, leurs talents »287. Quant à Voisinéo, ladémarche du « pseudo » n’est pas explicitée. Il permet donc de masquer l’identité civile. Nousne sommes pas identifiés par nos noms comme dans l’espace physique. De plus, le pseudonymen’a pas uniquement vocation à cacher : il peut aussi servir à marquer un autre aspect del’identité, plus subjectif. Le choix des pseudonymes n’est, pour certains, pas dénué de sens. Enobservant différents pseudonymes sur Peuplade on peut tenter de déceler certainescaractéristiques, le plus simple serait de demander aux utilisateurs pourquoi ils ont choisi cepseudo (ce que je n’ai pas pu faire ici): alex75015 de sexe masculin est plutôt parlant il semblevouloir faire savoir où il habite, et l’on peut deviner son prénom (Alexis ou Alexandre…) quantà homeless il semble vouloir faire comprendre directement sa situation de sans-abris (j’en aid’ailleurs eu la confirmation)288. Voici un forum où des internautes révèlent l’origine de leurspseudos « LEtymologie de vos pseudos » :« De SaSaiPaMoi Jai eu une idée qui ma trottée dans la tête depuis un moment. Doù vienne la nature de vos pseudos ?Pourquoi les avez-vous appelés ainsi ? Est-ce au hasard où est-ce en référence à votre prénom, à votre région à unami proche ? Des fois, on se le demande tout de même, alors ici vous pourrez expliquer pourquoi vous avez choisice nom de pseudo là plutôt quun autre ! Moi c’est : ça + cest + pas + moi Maintenant, je vous laisse la parole !De Camillouise Camille et Louise sont mes deux prénoms . Tout simplementDe lolitalouve Lolita = nom de ma ponette préféré et Loove = louve = jaime les loups(…)lebogdu59 : Le+ bog (bg) + du +59 (département) (…)»289. Ces quelques exemples relevés à la volée montrent que les pseudonymes peuventsignifier d’autres facettes de la personnalité des internautes qu’ils souhaitent mettre en avant.Cependant, on peut s’interroger sur la pertinence de ce choix du « pseudo » pour valoriserl’ancrage dans un quartier. Les fondateurs de Peuplade considèrent qu’en choisissant le mot quinous définit, nous valorisons qui on est vraiment dans le quartier. Il est vrai que nous n’avonspas choisi de nous appeler par nos noms et prénoms civils. Charles Berdugo, co-fondateur dema-residence.fr, quand à lui n’est pas du même avis : le choix de se présenter sous sa civilitéréelle répond au « besoin d’offrir un cadre plus sécurisé, aussi bien du point de vuetechnologique que du point de vue de la qualité des relations qui sont susceptibles de d’ynouer »290. Il prend pour exemple la prolifération de faux profils sur des réseaux commeViadeo291 ou Myspace292 et ironise en montrant que toute innovation technologique est soumiseà des craintes qu’il faut nécessairement lever en renforçant et prouvant la fiabilité et la sécuritéde celles–ci. Les premiers trains risquaient selon certains de provoquer des maladies mortelles,                                                        287 Peuplade mode d’emploi [ http://www.peuplade.fr/index.php?idr=98&v=17#64 (consulté le 25 avril 2011) ]288 Peuplade - Echange avec le créateur de la peuplade La cellule durgence de POPINCOURT - Annexe 4.2.2 p.14289 Extrait d’une discussion sur l ‘espace forum jeuxvidéo.com [ http://www.jeuxvideo.com/forums/1-11823-291040-1-0-1-0-l-etymologie-de-vos-pseudos.htm (consulté le 25 avril 2011) ]290 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p. [citation p221]291 Site viadeo [ http://www.viadeo.com/fr/connexion/ (consulté le 25 avril 2011) ]292 Site myspace[ http://fr.myspace.com/ (consulté le 25 avril 2011)]  76 
  • 78. ou la carte de crédit dont le vol et l’usurpation étaient vus comme des problèmesrédhibitoires »293. Pour créer de vraies relations, ma-residence.fr demande à chaque partie prenante d’êtrenommée comme il l’est vraiment, nom et prénom. Cette manière de sécuriser les relationss’inscrit dans l’objectif de ma-residence.fr de donner à voir « un visage plus encadré, plus institutionnel et plus rassurant pour l’ensemble des parties prenantes.L’échelle locale (l’immeuble, puis le quartier), dans la mesure où elle s’inscrit dans des cercles de sociabilitéscirconscrits par la connaissance directe et interpersonnelle, fonctionne ainsi comme une garantie »294. Sur ma-residence.fr c’est donc en partie en exposant son vrai nom et prénom que selonCharles Berdugo, les relations sont plus solides, sincères. La difficulté pour les fondateurs estde pourvoir lever un bon nombre d’appréhension de l’internaute. Il n’est pas certain ques’inscrire sur un réseau avec son vrai nom, visible par ceux qui habite prés de chez vous, aillede soit. Comme en témoigne la réaction d’une de mes voisines, membre du conseil syndical,quand je lui ai proposé l’adhésion295. La peur d’être sur le web réside dans le fait que l’on nepeut pas tout contrôler et qu’il faut être prêt à faire confiance au site et à se rendre visible. Parcette composante, ma-residence.fr devrait être placé à l’extrémité nord de la cartographieimaginée par Dominique Cardon.3.3 Quels profils pour quelle visibilité sur les réseaux sociaux deproximité ? Nous avons vu dans la partie précédente, réservée à l’analyse des sociabilités, que laplupart des sites valorisent les membres les plus actifs. Ainsi ce phénomène permetd’augmenter les sociabilités et d’en faire des prescripteurs. Sur Voisinéo et ma-residence.fr leséléments demandés pour remplir un profil sont à peu prés similaires mis à part la problématiqueliée au pseudonyme que nous venons d’évoquer. Ainsi on retrouve l’état civil, un mot de passe,une adresse mail, une photo (facultative). De plus, pour Voisinéo, le leitmotiv du site pouvantse résumer à « à quoi suis-je utile pour mon voisin ? » on nous demande donc directement lesservices que l’on pourrait proposer et d’autres que l’on pourrait rechercher. Puis c’est au tourdes loisirs on nous propose alors une liste de hobbies et enfin de sports. On observe donc que les fondateurs ont souhaité cadrer les relations. Ce qui définitl’individu est alors une combinaison de choix auquel il ne peut participer directement. A l’étape suivante on nous demande pour quelle genre de sociabilités l’on est« partant » dans une liste déroulante (une partie de poker, aller boire un verre etc.). Ensuite, ilnous faut remplir une fiche de « présentation », on nous propose cette fois de rentrer notre nomet notre prénom : « Vous pouvez indiquer votre prénom et votre nom (ou seulement votre                                                        293 Op.cit. BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, … [citation p221]294 Ibid.295 ma-residence.fr – échange de courriels avec une membre du conseil syndical à propos du site – Annexes 6.1.3p.39  77 
  • 79. prénom) afin de faciliter les contacts (facultatif) ». La démarche de ma-residence.fr sembleavoir un certain intérêt car cette option est tout de même proposée à usage facultatif surd’autres sites. Ensuite, plusieurs champs libres s’enchainent comme ma phrase qui me définit,ce que j’aime, ce que j’aime pas… En consultant les profils Voisinéo très peu de membresutilisent ces champs libres. Et ce sont majoritairement les services possibles qui sont mis enavant. En plus de ces différents champs, un encart qui affiche automatiquement les voisins lesplus proches du profil consulté est placé en bas de la fiche-profil, une manière de replacerl’individu dans une communauté296. Sur ma-residence.fr le profil est divisé, à peu de choses prés, de façon identique à celuide Voisinéo297. On recence toutes les appartenances de la personne aux services proposés par lesite. Ainsi, il nous est possible de consulter à quelle association, école ou encore groupe dediscussions l’internaute est rattaché, et quelles sont ses annonces. Sur ces deux sites c’est unevisibilité par l’action qui est favorisée. Ce qui amène à consulter le profil d’un membre n’estpas tant la curiosité mais les affinités en termes de services, d’annonces, de propositions, dehobbies. La visibilité d’une personne pourrait être résumée par cette phrase : « Je suis visiblepar ce que je peux faire pour vous ». Ainsi sur Voisinéo et ma-residence.fr les différents profils se ressemblent, d’abord parceque les membres doivent choisir dans des listes préconçues la plupart des éléments qui leurspermettent de se définir et de se rendre visible. Ensuite, parce que leur originalité n’est pas miseen avant car les seuls champs libres ne semblent pas assez attractifs pour être renseignés. En revanche, Peuplade se démarque par son originalité dans les critères de présentation.Ainsi un profil ou autoportrait Peuplade est divisé en quatre parties : un « mini cv » puis« savoir faire », « vie de quartier » et « divers ». On propose au futur peupladien de se décrireen répondant s’il le souhaite à 49 questions au total. Le ton des questions est résolumenthumoristique. Ainsi l’objectif semble de faire ressortir la personnalité de l’individu et de rendrechaque profil unique. En illustre, la première question : « imaginons : vous arrivez de mars etarrivez dans le quartier …» ; ou encore dans la partie « divers » qui en regroupe certainessurprenantes « Comment luttez-vous contre lennui, sil vous arrive de vous ennuyer ? » « Quelssont vos sentiments quand vous vous regardez dans un miroir ? » ou encore « Et demain ? ». Dans le « mini cv » l’utilisateur peut se décrire en présentant sa perception globale duquartier, ces commerce préférés, en citant « Un livre, un film, un jeu vidéo, un disque, uneBD... », puis quel service il recherche et qu’est ce qu’il peut proposer à ses voisins298. On nepeut pas relever de tendance dans la façon dont sont remplis les profils, à part que dans lamajorité des cas la partie « divers » qui comprend 17 questions est la moins complétée, et c’estce qui fait la force de Peuplade. L’individualité des profils et leur originalité font que chaque« peupladien » se rend visible de façon spécifique. A cet effet, en annexe 4.6 page n°23, vouspouvez retrouver deux profils très différents qui illustrent cette individualité. De plus, on                                                        296 Voisinéo profil –Annexe 5.4 p.33297 ma-residence.fr profil – Annexe 6.6 p.49298 Peuplade profil - Annexe 4.6 p.23  78 
  • 80. stimule la curiosité des membres en indiquant le taux de remplissage du profil dans la liste desvoisins qui se trouvent à proximité de notre domicile299. Mais la composante la plusintéressante de ces profils est la mise en valeur de l’attachement au quartier. En effet, lapremière question est celle qui a été le plus remplie par les utilisateurs dont j’ai pu consulter lesprofils : « Imaginons : vous arrivez de Mars et débarquez dans le quartier... ? » ainsi sur les 57profils se trouvant à moins de 500 mètres de chez moi, dans la rue de la Roquette, seulement 8n’avaient pas rempli cette première question300. Les réponses sont assez intéressantes et leursétude serait une formidable opportunité de prolonger celles des sociologues qui se sont penchéspécifiquement sur le sentiment d’attachement au quartier dont nos avons parlé dans lapremière partie de ce mémoire. Enfin, il est nécessaire de relever que si l’on se rend par curiosité sur un profil, il estpossible par de petits gestes de politesse, d’entamer la relation de proximité. En effet, surVoisinéo il est possible de toquer à la porte de l’utilisateur dont le profil nous intéresse et surma-residence.fr et Peuplade on lui dit « bonjour ». Si ces trois sites ont choisi cette option c’estpour ancrer l’individu dans son quartier. On vient lui dire bonjour dans son habitat virtuel.Concrètement un message est envoyé à l’autre utilisateur où il y a écrit simplement « bonjourbienvenue » ou « bonjour ca va bien ? ». On prolonge certains comportements de l’espacephysique sur Internet. Toutes ces constations montrent un double enjeu pour ces sites, d’un coté il faut cadrerl’individu pour qu’il ne sorte pas du site en le guidant mais de l’autre il faut lui permettre demontrer son individualité et de valoriser ce qu’il peut apporter à la communauté de voisins.Ainsi les sociabilités sur les réseaux sociaux sont conditionnées d’abord par les servicesproposés par les sites. Mais elles sont différentes en fonction des échelles. D’abordl’arrondissement puis la ville ou la commune sont les lieux où l’on cherche un emploi, on vendou achète, on cherche la bonne affaire, où on sort pour découvrir son espace urbain. Au niveaude la résidence, les sociabilités sont celles qui ancrent l’individu, l’incluent dans unecommunauté de fait des personnes qui partagent les lieux communs où il passe tous les jourspour rentrer chez lui. Ensuite, le quartier où l’utilisateur découvre son environnement et lesactions de ces voisins. Le quartier est le lieu propice aux services, aux petits dépannages.Ensuite, il peut être un lieu où, par l’attachement qu’on y porte, des solidarités se créent avecses voisins comme en illustre la « peuplade » du quartier Popincourt301. La proximité peut créerdes relations de solidarité entre les habitants. Le Web de proximité peut en être un formidablevecteur surtout pour les associations. Les associations qui, nous allons le voir maintenant, ontune place réservée sur les réseaux sociaux de proximité.                                                        299 Peuplade Liste des voisins – Annexe 4.5 p.22300 Observation réalisée le 27 avril 2011301 Peuplade –La Peuplade « cellule d’urgence Popincourt bastille » Annexe 4.2.2 p13  79 
  • 81. Partie IIIWeb de proximité, association et solidarité « Its not Twitter, its the people using Twitter. Its technology, but theres still the human connection »302.                                                        302 LIEPMANN Erica, We Are Visible: Mark Horvath Launches Website To Empower The Homeless With SocialMedia, Huffingtonpost, publié le 15 septembre 2009 [ http://www.huffingtonpost.com/2010/09/15/we-are-visible-mark-horvath-launches-website_n_718609.html ( consulté le 2 mai 2011) ]  80 
  • 82. A près une longue partie sur les sociabilités qui se développent sur les sites de proximité nous allons nous intéresser plus particulièrement aux relations desolidarité. Le dictionnaire Larousse en ligne donne, entre autres, ces trois définitions du motsolidarité : « Rapport existant entre des personnes qui, ayant une communauté dintérêts, sontliées les unes aux autres (…) » puis « Rapport dinterdépendance entre les choses : Solidaritéentre deux phénomènes » et enfin « Sentiment qui pousse les hommes à saccorder une aidemutuelle : Agir par solidarité »303. C’est ce troisième sens qui nous intéresse le plus ici. Nousne parlerons pas ici du mécanisme de solidarité nationale et des mécanismes de solidaritéintergénérationnelle qui régissent la sécurité sociale mais du sentiment de solidarité et plusparticulièrement celui qui est ancré dans un territoire. Une des formes structurelles les plusrépandues de solidarité entre êtres humains est l’association. L’association que l’on connaîtaujourd’hui puise ces racines dans un sentiment de faire communauté, de mener des actionscollectives et de construire un espace de liberté en marge des institutions. A cet effet, nous entracerons de façon succincte l’histoire et les fondements en France dans une première partie.Ensuite, je tenterai de montrer en quoi le web de proximité, qui nous intéresse ici, peut être uneopportunité pour le monde associatif très diversifié que nous connaissons aujourd’hui et dontl’ancrage territorial est une nécessité. Puis, nous nous intéresserons à une expérience originalecelle de Nicolas Hoarau qui avec web solidarité fait du web un outil pour retisser du lien socialentre tous les habitants d’un quartier, qu’ils soient sans abri ou propriétaires et cela en dehorsde toute forme structurelle.1. L’association : origine d’une relation institutionnalisée Cette partie apporte un petit souffle historique dans une vaste d’analyse sur le web deproximité. Il m’a paru intéressant de s’éloigner un peu du web pour comprendre l’essence decette forme particulière de communauté que forme l’association. Nous traverserons plus demille cinq cents ans pour tracer une sorte d’évolution de la forme associative grâce à l’ouvragede Jean Defrasne Histoire des associations françaises. Nous nous intéresserons à leurdéveloppement jusquà leur reconnaissance en 1901 pour ensuite tenter de décrire lephénomène de « Boom associatif ».                                                        303 Dictionnaire Larousse en ligne [ http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/solidarit%C3%A9 ( consulté le 2mai 2011) ]  81 
  • 83. 1.1 Gaule romaine, Gaule franque puis France féodale : le rôle des collèges,paroisses et confréries « L’influence romaine fut marquée sous l’Empire par le développement des associationscollegia et sodatia, à l’image de celles fort nombreuses qui s’étaient établies à Rome. Lescollèges avaient l’avantage de former un groupement intermédiaire entre la vie étroite de lafamille et le cadre très large de la cité ». Ces collèges dont parle Jean Defrasne auraientcommencé à se former au premier siècle avant notre ère à Rome avant de s’étendreprogressivement à la Gaule et s’éteindre au Ve siècle. Jusqu’au IIIe siècle, les collèges étaientsoit interdits soit étroitement surveillés. Ces collèges souvent professionnels réunissaient « lestravailleurs artisans et négociants regroupés dans les quartiers des villes, méprisés dans unmonde aristocratique, ressentant le besoin de s’unir pour s’opposer à l’oppression. C’est dansces collèges que s’affirmait, pour le peuple de la cité, un esprit de solidarité et de défense surfond de chaleur humaine »304. On dénombrait plusieurs types de collèges qui ont longtemps du recevoir uneautorisation pour exister : les funéraires et les professionnels qui avaient tout deux desréférences religieuses fortes. Comme les collèges funéraires ou « collegia teniorum » « collègedes pauvres gens » qui « avaient pour but de procurer à leur membre une sépulturedescente »305. Ainsi, les pauvres gens pouvaient en payant une somme minime reposer sur unterrain appartenant à l’association. Les collèges professionnels quant à eux regroupaient lesmembres d’un même métier : les nautes patron des vaisseaux, ou encore les centonariifabricant d’étoffes communes. Ils sont les ancêtres des corporations. Ces collèges disparaitrontprogressivement « avec la disparition de l’Empire, les troubles des grandes invasions, le reculdes échanges et le déclin des villes »306. Cependant, certaines associations demeurent. Ellessont essentiellement religieuses et c’est dans ce contexte que des communautés chrétiennesapparaissent et s’imposent progressivement. « Pour faire pénétrer le christianisme dans le paysprofond il faudra une évangélisation active qui sera notamment l’œuvre des moines ». Lesparoisses rurales commenceront à se créer au Ve siècle dans la Gaule franque307. A partir de 498 et la conversion de Clovis, l’Eglise est « le principe d’unité du nouveauroyaume »308. Les églises, d’abord implantées dans les villes, pénètrent peu à peu dans lesmilieux ruraux. Ainsi, on peut grossièrement relever trois types de communautés religieuses quis’affirmeront progressivement, certaines en s’enrichissant de dons de princes, et des fidèles,comme les monastères. D’abord les paroisses qui « groupent les fidèles autour de l’église et del’aitre, l’enclos des morts » qui perdureront longtemps et seront la base de communautésvillageoises solidaires et territorialisées autour de l’église où les terres sont partagées. Puis leschapitres qui sont des groupements de prêtres chargés d’aider l’évêque. Mais c’est surtout le                                                        304 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science[citation p15 ]305 Ibid. [citation p16 ]306 Ibid. [citation p16 ]307 Ibid. [citation p17 ]308 Ibid.  82 
  • 84. monastère, né en Égypte (monos) qui se développe le plus. Dans le contexte difficile de vie del’époque, un grand nombre des gens ont commencé à se rassembler en petits groupes. Certainscherchaient à fuir la brutalité, et nétaient pas bâtis pour combattre et plusieurs voulaient étudierou se consacrer à la prière. Ces personnes sont ainsi devenues des moines, suivant unediscipline de vie bien précise. « Le monastère, nous dit un texte de l’époque, "reçoit dans sonsein charitable ceux qui se sont échappés au naufrage du monde orageux : il les recueille avecsollicitude, tout agité encore par la tempête du siècle, afin qu’ils prennent le souffle sousl’ombre ultime de Dieu "»309. Cet esprit d’association profondément religieux était une formede fuite face à la violence, et de dévotion où des règles strictes, variables selon les territoires,encadraient la vie de ces communautés religieuses. Sous la France féodale (IXe et XIIIe siècles) l’esprit d’association se renforce « leshommes forment des groupements répondant à des principes communs : liberté d’engagement,solidarité des associés, résistance à l’oppression. » Ainsi, en plus des paroisses, on voit secréer des confréries. Ces associations joueront un rôle important dans la vie sociale du Moyen-âge. « Les confréries se forment entre 1100 et 1150 dans des milieux très divers : groupe delaïcs autour d’un monastère, artisans associés d’un même quartier, familiarité liée à uneguilde marchande. On a souvent noté que l’esprit d’association gagne alors toute la société.310» On remarque une fois de plus l’ancrage territorial important de ces communautés qui en segroupant physiquement s’entraidaient en priant un saint patron. Ainsi la confrérie descharitables de saint Eloi en est un exemple. Suite à une épidémie de peste qui touche l’Artois etles Flandres en 1188 : « Par peur de la contagion, personne ne souhaite ni soigner les malades, ni enterrer les morts. Leshabitants samassent dans les églises et prient le protecteur local, saint Éloi, dernier recours imaginé pour arrêter laprogression de la maladie. Cest alors que deux maréchaux-ferrant, Gautier et Germon, respectivement habitant deBéthune et de Beuvry, voient apparaître saint Éloi dans leur songe. Il leur demande de se rencontrer à la source deQuinty, située à la limite des deux communes, le jour de la saint Matthieu (le 21 septembre) afin de fonder une« karité » (charité ou confrérie) »311. La confrérie des charitables de saint Eloi se fonde progressivement. « Elle se charge dedonner du pain aux pauvres, des soins aux malades, de consoler les mourants, densevelir lesmorts et de leur donner une sépulture ». Agissant d’abord pour les malades de la peste, lesmembres de confrérie continueront leurs actions solidaires longtemps. Les confréries furent interdites, autorisées puis interdites un grand nombre de fois. Avecle temps l’Eglise qui souhaitait la disparition de ces communautés civiles formées de laïcs et declercs a progressivement diminué son hostilité quand elle pouvait en contrôler lefonctionnement. Cependant, pour Jean Defrasne l’association la plus significative du Moyen-Âge est la                                                        309 Ibid. [citation p17 ]310 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science[citation p20 ]311 Définition Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Confr%C3%A9rie_des_Charitables_de_Saint-%C3%89loi (consulté le 2 mai 2011) ]  83 
  • 85. commune.1.2: le Haut Moyen Âge et la monarchie souveraine312 : la commune et lecompagnonnage  La commune pourrait être assimilée à une association de défense mutuelle. « La base enest le serment devant Dieu, le parjure étant assimilé à un crime »313. Ainsi, ceux qui se sontengagés promettent de se porter secours en toutes occasions. En illustre « la charte de la villed’Aire en 1188 : Tous les participants ont affirmé par leur foi et un serment que l’un secourral’autre comme son frère dans ce qui est utile et honnête »314. Les liens qui se lient entre lesmembres sont fait d’égal à égal. Le mouvement communal trouve sa création dans une volontéde résistance au pouvoir féodal et c’est pourquoi il s’attira les foudres de l’Eglise et desseigneurs. Jean Defrasne souligne que le mouvement « a joué un grand rôle dansl’émancipation urbaine » et cela sous des formes très diverses. Un mouvement qui peut sematérialiser par des demandes de la suppression de certains droits et garanties contre le pouvoirseigneurial et dans d’autres cas, par la demande des communes, une autonomie complète(politique, économique et judiciaire). Ainsi leur caractère très localisé sur une région ou uneville, renforce leur autonomie qui est souvent régie par une charte locale. « L’association de paix, reconnue, devient une communauté de droit public qui détient l’autorité de la ville, organise pour sa défense ses milices urbaines. Elle a ses emblèmes qui traduisent l’identité juridique de la commune, sa bannière, ses clés, son sceau, un hôtel de ville avec son donjon, le Beffroi. Ainsi la ville née d’un mouvement étranger au monde féodal par son activité et ses modes de pensée parvient, par suite de son utilité sociale, facteur de prospérité et de paix, à s’imposer à la société féodale et à s’intégrer à elle »315.La royauté a d’ailleurs également joué un rôle dans l’émancipation de ses villes « le roi ad’abord favorisé la commune contre la turbulence des féodaux, il est ensuite intervenu enarbitre en confirmant les charte de franchise, il a accordé sa sauvegarde a des villes ou les"bourgeois" ne relèvent que du souverain »316. Le roi repris progressivement le pouvoir sur lescommunes qui perdirent de leur vigueur au XIVe siècle. Au sein de confréries, on voit se former également des corporations de métiers « avec lerenouveau économique qui développe les échanges (XIe siècle) il est tout naturel que lesmarchands se groupent pour se garantir mutuellement contre de nombreux périls ». De cescorporations de métiers, qui furent, au sein des confréries des entités spécifiques dont lesmaîtres élus fixaient les salaires, est né, par la volonté progressive du roi de contrôler lesmétiers, le compagnonnage. Jean Defrasne en explique l’origine « Ceux-ci (en parlant des                                                        312 Haut Moyen Age(environ 500-987) et Bas moyen age (environ 987-1500) Source Wikipedia [http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_du_Moyen_%C3%82ge ( consulté le 2 mai 2011) ]313 Op.cit. DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de lascience [citation p24 ]314 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science[citation p24 ]315 Ibid.316 Ibid.  84 
  • 86. ouvriers) ayant perdu au profit des maitres toute part à la marche de l’atelier et du métier,n’ont plus aucun rôle à jouer dans la fixation des salaires qui n’augmentent guère alors ques’accentue la hausse des prix. (…) »317. Les ouvriers se divisent du maître sous l’autorité du roiet créent leur propre association et c’est de là que naîtra le compagnonnage. Ces corporationsnouvellement créées sous une autre forme vont se multiplier malgré les multiples interdictionsdont elles font l’objet jusqu’au XVIIe siècle. En illustre, lOrdonnance de Villers-Cotterêt de1539 où François Ier reprend les interdictions de plusieurs de ses prédécesseurs: « Suivant nos anciennes ordonnances et arrêts de nos cours souverains, seront abattues, interdites et défendues toutes confréries de gens de métier et artisans par tout le royaume (…) défense à tous compagnons et ouvriers de sassembler en corps sous prétexte de confréries ou autrement (…) »318.1.3 De la Révolution à la reconnaissance de la loi de 1901 : L’influence desLumières, les sociétés de pensées et les associations ouvrières Jean Defrasne fait état d’un esprit nouveau au XVIIIe siècle où dans une société pluslibre les associations trouvent un terrain favorable. « Avec l’éclat de la vie mondaine et ladiffusion des idées nouvelles, les lieux de rencontres et de débat se multiplient » comme lessalons littéraires et le début des clubs de pensées comme l’Entresol où Montesquieu et des gensdu monde et autres hommes de lettres se réunissaient dans l’entresol de la place Vendôme pourdébattre de questions politiques. La réunion avait lieu tous les samedis, de cinq heures du soir àhuit heures. Inquiet par ces rassemblements, Louis XV les fit interdire. La forme associativepuise donc également son origine dans la liberté de débattre et la confrontation des opinions.Ces réunions forment un phénomène urbain, ancré et spécifique selon les territoires quil’accueillent. « même si Paris ville des lumières est évidement au premier rang de la vie sociale s’est aussi développée en province où grands seigneurs, haut magistrats , financiers, négociants, écrivains, savants, musiciens, se rapprochent par la conversation , le théâtre, les salons et les académies. La vie 319 sociale prend dans chaque ville un aspect original, reflet de l’esprit et des mœurs de la province » .Jean Defrasne fait état de la force de ce qu’il appelle les sociétés de pensés principalementmatérialisées par les académies qui seront, selon lui, progressivement gagnées par des idéesnouvelles, celles de Lumières. Trente-six en 1789, ces sociétés sont fondées selon les principessuivants : « Elles ont pour tâche la diffusion des sciences, des lettres, elles écoutent des communications, publient des documents, décernent des prix. Elles ont quelques principes : l’égalité des membres, la libre                                                        317 Ibid.318 Citation tiré de l’article sur le compagnonnage sur Wikipedia : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnonnage(consulté le 2 mai 2011) ]319 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation p 36 ]  85 
  • 87. discussion et le respect des convenance »320. De plus, leurs membres mettent en lumière des problèmes sociaux qui ont desincidences politiques « l’instruction du peuple, la suppression de la mendicité, l’adoucissementde la justice… » dont l’écrivain Rousseau fera entre autre parti321. Ces sociétés de pensées sontcomplétées par des sociétés philanthropiques, comme la fondation créée par le financier Neckerpour les hôpitaux, ou des sociétés d’agriculture, lieux de réflexion sur de nouvelles manières decultiver mais aussi de commercer. En 1789, l’abolition des trois ordres, la constitution des EtatsGénéraux en Assemblée Nationale, ainsi que la proclamation de La Déclaration des Droits del’Homme et du Citoyen, consacre « la volonté de la bourgeoisie des lumières ». Cependantcette constitution de la liberté « oublie sciemment le droit d’association (…) C’est que lesdéputés sont hostiles non seulement aux privilèges mais à tous types d’association, notammentaux corporations, aux compagnonnages aux sociétés de pensées et de secours »322. Pourtant laRévolution a suscité la création de plusieurs fédérations contre le pouvoir aristocratique pour sedéfendre elle-même mais aussi pour affirmer ensuite un sentiment d’union nationale. Aussi,plusieurs clubs révolutionnaires seront créés mais ont été durement réprimés par le pouvoir.« La révolution avait fait disparaître les ordres ou Etats, provinces, les congrégations, lescorporations, les Parlements, les Universités, les Académies. Elle avait utilisé les clubs puis lesavait durement frappés. Ainsi beaucoup d’associations avaient disparues »323. La loi leChapelier promulguée en France le 14 juin 1791, proscrit les organisations ouvrières,notamment les corporations des métiers, mais également les rassemblements paysans etouvriers ainsi que le compagnonnage qui en est la concrétisation. En revanche, sous le Consulat et l’Empire certaines congrégations seront autoriséesmais très peu. Fortement encadrées, les associations ouvrières sont une fois de plus durementréprimées mais les sociétés de compagnonnages résistent. C’est dans les années 1795 jusquà larévolution de 1848 qui proclame la seconde République et reconnaît le droit d’association queles associations ouvrières vont se manifester dans leurs formes les plus contestataires Entémoignent les émeutes de 1834 (du 9 au 12 avril) où un projet de loi contre les associationsouvrières et la réduction des salaires provoqua une mobilisation des républicains et desmutualistes et d’ouvriers qui firent 342 morts dans plusieurs grandes villes de France. Dans le même temps, nous voyons le courant associationniste se construire. Né d’uneanalyse critique de la Révolution française il compte en son sein « les penseurs tels Saint-Simon, Fourier, Proudhon ou Leroux qui soulignaient l’absence d’égalité au sein de laRépublique nouvelle »324. Ce courant est le fondement de l’association que l’on connaîtaujourd’hui mais elle a joué également un rôle dans la lutte pour la reconnaissance du travail                                                        320 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation p 36 ]321 Ibid. [citation p 38 ]322 Ibid. [citation p 49 ]323 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation p 49 ]324 Site Biblio Solidaire - site ressource sur l’économie sociale et solidaire [ http://www.biblio-solidaires.org/node/22361 (consulté le 2 mai 2011) ]  86 
  • 88. ouvrier. En 1848, suite au renversement de la monarchie l’instauration de la secondeRépublique autorise les clubs mais ceux-ci sont toujours fortement encadrés par la loi. Celan’empêche pas leur développement qui continuera sous Napoléon III qui fera l’éloge dessociétés de bienfaisance. « Ainsi l’empire libéral est tolérant et parfois bienveillant à l’égard des associations de loisir cercles et clubs privés, il recommande à l’administration de n’entraver en rien le développement des sociétés de secours mutuels (…) il conserve le système de prohibition générale qui ne correspond plus aux aspirations de la société»325. Sous la troisième République vient le temps de la reconnaissance. Avec la troisièmeRépublique qui mettait en œuvre un certain nombre de principes démocratiques on pouvaits’attendre à ce que l’association soit reconnue juridiquement mais il fallu attendre 31 ans de1870 à 1901. Les syndicats n’avaient cessé de progresser malgré leur interdiction. En 1878 onrecensait 470 syndicats ouvriers qui regroupaient 65 000 personnes. Le fait syndical était doncincontournable et Waldeck-Rousseau, ministre de l’intérieur de Jules Ferry, défendait la loi quiabrogea la loi le Chapelier (promulgué en 1791). Plusieurs formes de solidarité se manifestent,les coopératives de consommation ont un succès important dans les milieux ouvriers etWaldeck-Rousseau s’attèle a donné un cadre juridique au grand nombre d’associations crééesde façon illicite. Bien évidement, il se voit recevoir les foudres de l’Eglise. « "La loi sur lesassociations n’est que le prélude de l’assaut définitif contre l’Eglise ; il s’agit de savoir quil’emportera de la société fondée sur la volonté de l’homme ou celle fondée sur la volonté deDieu" signale le socialiste Viviani »326. En 1901 la loi est votée par 305 voix contre 243. Elleest datée du 1er juillet 1901. Cette loi a trois caractéristiques importantes : elle est d’abord novatrice par ce qu’elle« rompt avec une tradition de méfiance » que les associations ont suscité auprès du pouvoir. Ensuite, elle est générale car elle supprime les statuts particuliers : « à l’exception dessyndicats déjà reconnus et des congrégations soumises à autorisation. Elle distingue trois typesd’association : les associations déclarées, les associations d’utilité publique et les associationsnon déclarées. » La première forme « non déclarée », de fait, peut percevoir des cotisations,mais elle ne peut recevoir de subventions publiques. Elle dispose, par ailleurs, d’une capacitéd’action limitée : elle ne peut, entre autre, ni agir en justice, ni contracter. La seconde « d’utilitépublique » a pour avantage principal de pouvoir recevoir des dons et des legs après autorisationd’un arrêté préfectoral. Elle doit être reconnue par le Conseil d’Etat. Enfin la troisième« déclarée », la forme la plus commune, peut recevoir des cotisations et des subventionspubliques et a la possibilité d’ester en justice. Mais, en plus, elle peut posséder et administrerle local destiné à son administration et à la réunion de ses membres.327.                                                        325 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation p 78 ]326 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation p 85 ]327 Les différentes formes d’associations site du ministère nation de l’éductaion de la jeunesse et de la vieassociative [ http://www.associations.gouv.fr/78-les-differentes-formes-d.html (consulté le 2 mai )]  87 
  • 89. Enfin elle « fonde un droit au contrat d’association celle-ci est une convention parlaquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun d’une façon permanente leursconnaissances et leur activité dans un but autre que le partage des bénéfices »328.En 1900 on dénombre selon l’office du travail 45 148 associations329.1.4 De 1901 au « boom » associatif actuel : quelle place pour l’association? La période qui a suivi la loi de 1901, a été une période d’effervescence de la vieassociative et ce sur de nombreux plans. Ainsi sur le plan professionnel, « les puissanteschambres syndicales font place aux bourses du travail et à de puissantes confédérations demétier comme celle du livre en 1884. La confédération générale du travail est fondée en 1885(…) »330. Les différentes activités de la nation ne sont pas épargnées par ce renouveau : commel’école avec la Ligue de l’enseignement ou encore la société des agrégés amis (1914). On voitégalement apparaître l’idée d’une culture populaire avec le développement des soiréesouvrières à Montreuil et la « reprise au faubourg Saint Antoine par Deherme avec lacoopération des idées pour l’instruction supérieure du peuple qui aboutira à la création desUniversités Populaires »331. Cependant, le monde associatif connut une période plus sombre pendant les deuxguerres même si leur nombre augmente. Le comité national du Front Populaire fondé en 1934regroupa plus d’une centaine d’associations et aura l’impact qu’on lui connaît. Les Trente Glorieuses marquent une apparition nouvelle de forme d’associationessentiellement des consommateurs. Quoiqu’il en soit il n’est pas difficile de constater que lesannées 2000 initient un boom associatif : en 2002 80 000 associations se sont crées contre 10000 en 1960. On estime qu’un français sur trois adhère à une association. L’association suit lestransformations sociales. Par exemple : l’évolution du mode d’habitat et la construction degrands ensembles qui n’ont pas tardé à se dégrader comme nous l’avons vu, bénéficientfortement d’action associative. Cependant, l’Etat, qui a bien compris l’utilité des associations,n’a pas hésité, sur certains plans, à leur déléguer des tâches qui lui incombaient initialementcompensant par des subventions notamment dans ces grands ensembles Les associations représentent une façon différente d’entreprendre en appartenant ausecteur de l’économie sociale qui apparaît dans un contexte de crise comme une voie de sortie.Leur succès et leur agrandissement progressifs entrainent d’autres problématiques auxquelles                                                        328 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation p 85 ]329 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation p 85 ]330 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation p 85 ]331 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation p 92 ]  88 
  • 90. elles n’avaient pas été confrontées précédemment « ne pouvant chercher la concurrence dansle milieu commercial, elle devait affecter tous les bénéfices à un objet social défini.Aujourd’hui, les activités marchandes se sont développées et beaucoup d’associations sontdevenus des entreprises avec une trésorerie à gérer des produits ou des services à rentabiliser,des salariés à rémunérer ». C’est par exemple le cas des ONG qui en tant que véritablesentreprises font appel au même procédé marketing que des multinationales tout en gardant unobjectif social. La monté des sociétés de service transforme le paysage associatif. Certainesentreprises d’aide à domicile supplantent des associations qui ont du mal à résister à laconcurrence. Les bénévoles ont une importance capitale dans les associations sans qui laplupart n’existeraient pas. La reconnaissance d’un statut de bénévole et la professionnalisationdes acteurs les encadrant sont devenus une nécessité. Le monde associatif se professionnalisepeu à peu. On voit également un grand nombre d’associations se transformer en d’autresstructures de l’économie sociale ; notamment en matière d’insertion par l’activité économique.Cependant, toutes ses restructurations montrent l’importance du milieu associatif, sa force et sapermanence dans la société française et son ancrage dans les différents territoires locaux. Ainsi,collant aux mutations des sociétés, l’association de 2011 épouse les nouvelles pratiques desociabilité et utilise le web.2. Le web de proximité une opportunité pour les structures de lasociété civileComme nous venons de le voir, l’association a toujours été « un moyen de défense, un foyerd’innovation, un lieu privilégié d’échange et de convivialité » souvent réprimé par lesinstitutions332. Aujourd’hui, son statut est reconnu par la loi de 1901 et l’Etat français a biencompris l’apport de ces structures de la société civile pour la dynamique des territoires. Internetapparait comme un outil incontournable de part sa gratuité et ces multiples possibilités pour serendre mieux visible.2.1 Vie associative et ancrage territorial Depuis la fin des années 60, une politique de développement local a été entamée afin dedynamiser les quartiers. Notamment par la création des régies de quartier qui « regroupentcollectivités locales, logeurs sociaux et habitants du ou des quartiers qui composent sonterritoire. Ils interviennent ensemble sur la gestion urbaine de cet espace géographique etsocial sur lequel se fonde son action »333. Mais également des conseils ou comités de quartier                                                        332 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,147 p [citation quatrième de couverture ]333 Site du comité de liaisons des régies de quartier [ http://www.cnlrq.org/div.php?id_cat=cat_regies_fmissions ]  89 
  • 91. régissant la vie de quartier, où les structures associatives ont une importance capitale334. Danschaque arrondissement de Paris et dans de multiples villes de France on trouve des « maisonsdes associations » qui ont pour fonction première de permettre aux associations de bénéficier delocaux en s’y faisant « domicilier », et de profiter de multiples services (matériel informatique,reprographie, panneaux d’affichage, boite aux lettres...). De plus, les chiffres relatifs au milieu associatif sont significatifs. « En 2010, la Francecompte plus d’1,2 million d’associations vivantes et actives au plus profond des territoires pourapporter animation, services et lien social. Un Français sur deux appartient à une association.Un salarié privé sur 10 travaille dans ce secteur. »335. Leur poids dans la société française etleur ancrage sont non négligeables. Je me suis interrogé sur leur aire d’intervention et ai relevédes chiffres qui confirment cet ancrage territorial. Ainsi, le document les chiffres clé de la vieassociative en 2007, disponible sur le site du ministère de l’éducation nationale de la jeunesseet de la vie associative indique que 53 % des associations françaises interviennent au niveau deleur commune et 7% au niveau du quartier336. Ils révèlent de fait une nécessite de communiqueravec les habitants de leur zone d’intervention. Dans l’ouvrage quartier enjeux dirigés par Jean Yves Authier que j’ai largement citédans la première partie de ce mémoire, Sylvie Mazella montre dans son article Effets dequartier … à l’échelle de la rue que cette même rue est un véritable territoire associatif. Cetravail fait suite à une étude dans le centre ville de Marseille. Dans son article, elle montrel’influence d’une association créée pour contester le rachat d’immeubles en plein centre villepopulaire de Marseille. Cette opération devait être effectuée dans le cadre du projetEuroméditérannée de réhabilitation de la ville, initié à la demande de certains comités dequartiers. Des quartiers ayant connu un afflux de migrants importants. Ces travaux entrainaientl’expulsion de plusieurs dizaines de résidents défavorisés pour les loger hors du centre ville.L’association « un centre ville pour tous » par « une stratégie plus sociale et moinsinstitutionnelle que les comités de quartier » a réussi à créer une mobilisation collective pour ladéfense du quartier et a finalement réussi à faire revoir le projet337. Mais le plus impressionnant                                                        334 Les conseil de quartier sont obligatoire dans les ville de plus de 80000 habitants et est prévu par la loi du 27février 2002, dite loi Vaillant, relative à la démocratie de proximité, dont les dispositions sont codifiées à larticleL. 2143-1 du code général des collectivités territoriales. e conseil de quartier na pas de pouvoir de décision, maisle maire et ses services peuvent le consulter sur les décisions affectant le quartier ou la ville. Cest donc un relaisentre les services de la mairie et la population du quartier, sans en être un représentant, ni de lun, ni de lautre.Le conseil de quartier est un lieu dinformation, de débats et de réflexions sur la vie de quartier et les projetsd’aménagement et damélioration. Il soccupe notamment des questions relevant de la politique de la ville.Le conseil de quartier est force de proposition et peut ainsi soumettre des propositions au Conseild’arrondissement pour Paris, celui-ci prenant la décision de l’accepter ou non et de le redistribuer vers les autoritéscompétentes, en fonction du domaine d’action en jeu.Définition Wikipedia : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_de_quartier (consulté le 25 avril 2011) ]335 Chiffres issues du site du ministère de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative. [http://www.associations.gouv.fr/905-panorama-de-la-vie-associative-en.html (consulté le 25 avril 2011) ]336 Chiffres issues du site du ministère de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative. [http://www.associations.gouv.fr/905-panorama-de-la-vie-associative-en.html (consulté le 25 avril 2011) ]337 MAZELLA Sylvie, Effets de quartier…à l’échelle de la rue, dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène,GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, LaDécouverte, coll. « Recherches », 2007, 293 p.. [citation p.237 ]  90 
  • 92. réside dans le fait que cette mobilisation « a produit paradoxalement un effet d’appartenance à la rue : des résidents légitimés, parce que soutenuspar cette action associative, se revendiquent paradoxalement désormais comme habitants de la rue .(…) Ainsil’association « un centre ville pour tous », et sans préjuger de la réussite de son action , réussit à promouvoir unsentiment d’appartenance à la rue,(…). » Cet exemple souligne l’ancrage important du monde associatif qui agit sur le vivreensemble d’un quartier du centre ville de Marseille. Mais d’autres structures comme les centressociaux, dont 75% sont en gestion associative, en sont un exemple significatif car ils ont besoind’un ancrage territorial fort, surtout dans les quartiers dits défavorisés, pour pouvoirsubsister338. « Selon la Charte fédérale des centres sociaux adoptée en 2000 à Angers, celui-cise définit comme un "foyer dinitiatives porté par des habitants associés, appuyé par desprofessionnels capables de définir et de mettre en œuvre un projet de développement sociallocal" »339. Ainsi, la fédération des centres sociaux en donne une définition plus claire : « plantés au cœur des quartiers, dans les villes et en milieu rural, les centres sociaux sont des équipements polyvalents ouverts à tous les habitants, où chacun peut y trouver des activités et des services dans les domaines les plus variés : culture, insertion, loisirs, logement, garde d’enfants, etc »340.Aujourd’hui les centres sociaux sont en difficultés comme le montre l’article de StéphaneMenu dans La Lettre du cadre territorial. « La rigueur financière imposée aux collectivités territoriales pose la question de la survie des associations, obligées de faire autant ou mieux avec moins de budget. Parmi elles, l’état de santé financier des 2 000 centres sociaux environ répartis sur l’Hexagone constitue un bon indicateur de la manière dont le réseau associatif amortit le choc »341.Internet apparaît alors comme une opportunité pour pouvoir communiquer avec les habitants,ce que les centres sociaux ont de plus en plus de mal à faire. Cest ce que laisse entendre AlainMaudet, directeur du centre social Pasteur à Cholet (Maine-et-Loire), confronté a de sérieusesdifficultés financières : « Les difficultés financières que nous rencontrons relèvent avant tout dela défaillance de lencadrement bénévole. Pour permettre aux habitants de sinvestir sur un telprojet, il faut savoir les mobiliser»342. Le sentiment de solidarité est à stimuler chez leshabitants pour qu’ils prennent part au projet. Un centre social a la faculté de regrouper, en unmême lieu, tous ceux qui participent activement à la vie du quartier. Le web de proximitépourrait être un des moyens de mobiliser les bénévoles et autres habitants de quartier quimanquent à l’appel.                                                        338 MENU Stéphane, « les centres sociaux à la dérive », la lettre du cadre territorial, n°416, 15 février 2011disponible sur Le site portail des professionnels territoriaux[http://www.territorial.fr/PAR_TPL_IDENTIFIANT/16596/TPL_CODE/TPL_REVUE_ART_FICHE/PAG_TITLE/Les+centres+sociaux+%E0+la+d%E9rive+%3F/337-sportives.htm (consulté le 25 avril 2011) ]339 Définitions de Conseil de quartier sur Wikipedia : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_de_quartier (consultéle 25 avril 2011) ]340 Site de la Fédération des Centres et Socioculturels de France [ http://www.centres-sociaux.fr/qui-sommes-nous/faq/ (consulté le 25 avril 2011) ]341 Op.cit. MENU Stéphane, « les centres sociaux à la dérive »…342 Ibid.  91 
  • 93. 2.2 Comportements des associations sur les sites de proximité : analysedes profils et des évènements organisés  Les associations sont donc particulièrement en attente d’outils pour pouvoir s’ancrerdans leurs territoires. Elles ont d’ailleurs compris qu’Internet était un moyen efficace etaccessible pour communiquer sur leurs actions. Un nombre de plus en plus importantsd’associations ont un site web. Même si je n’ai pas de chiffre pour corroborer cette affirmation,les portails proposant des solutions clef en main pour les associations se sont multipliés, et leMinistère de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative propose même desconseils aux associations pour communiquer sur internet et sur les réseaux sociaux existantcomme Facebook. « D’après une enquête réalisée par NTEN, Common Knowledge et The Port entre le 20 février et le 15 avril 2009 auprès de 980 organisations sans but lucratif américaine. 86,2% des organisations ont une présence dans au moins un des réseaux sociaux commerciaux et seulement 30,6% ont élaboré leur propre réseaux indépendants. (…) En revanche tout le monde ne s’est cependant pas encore lancé dans l’aventure. Parmi les raisons invoquées, 44,3% citent le manque d’expertise et 20,5% l’absence de budget. 13,1% ne croient pas que développer une présence sur ces réseaux constitue un bon emploi des 343 fonds confiés » . Ces chiffres montrent qu’il y a une certaine demande. Ainsi, guider ces organisations auplus prés des habitants de leur zone d’implantation semble particulièrement pertinent. Sur nostrois réseaux étudiés seul deux d’entres eux Peuplade et ma-residence.fr, proposent des espacesspécifiques aux associations. Sur Peuplade344 on s’adresse aux « associations à caractère local,que ce soit par leur objet ou leur implantation locale, font partie des ressources dun quartier,quelles sont au cœur de la vie sociale et quelles sadressent en priorité à des voisins »345.Ainsi elles peuvent comme sur les « peuplades » lancer des rendez-vous, lancer une campagnede recrutement pour tous les voisins identifiés sur le site, et avoir un endroit pour déposer desfichiers. En faisant l’essai sur Paris, je n’ai trouvé que six associations inscrites sur Peupladecontre 127 associations dans le 11e arrondissement sur ma-residence.fr et aucune réellementidentifiée en tant que tel sur Voisinéo. Ainsi, la stratégie d’ancrage de ma-residence.fr fait venirles associations qui ont presque les mêmes possibilités que sur Peuplade. Les services sont tousgratuits. Si Peuplade propose des outils pour communiquer à l’extérieur de l’association, ma-residence.fr, sur un modèle similaire du « hall de l’immeuble », propose un lieu dédié auxmembres de l’association, spécifique pour les membres du bureau et pour les bénévoles Pourles petites associations, où il n’est pas toujours aisé de réserver un local à la maison desassociations, cet espace interne privé peut grandement faciliter les échanges et l’organisationdes activités (agenda interne, espaces de discussions). De plus, le kit de proximité étant                                                        343 Site a-brest et Citoyenneté et nouvelles technologies [ http://www.a-brest.net/article5432.html (consulté le 25avril 2011) ]344 Mode d’emploi peuplade sur les associations [ http://www.peuplade.fr/index.php?idr=98&v=14 (consulté le 25avril 2011) ]345 Mode d’emploi peuplade sur les associations [ http://www.peuplade.fr/index.php?idr=98&v=14 (consulté le 25avril 2011) ]  92 
  • 94. particulièrement bien pensé, une affiche à coller sur les panneaux d’affichage réservés àl’association est téléchargeable sur le site. Dans son ouvrage dédié à ma-residence.fr CharlesBerdugo vante les mérites de ces espaces notamment pour les associations de parents d’élèvesqui peuvent selon lui beaucoup plus facilement communiquer entre eux. Un témoignage issu duprésent ouvrage en présente la praticité. « Nous pouvons créer sur ma-residence.fr, que nous utilisons par ailleurs pour notre immeuble, notreassociation de parents d’élèves Si l’on veut et quand on veut, nous avons la possibilité de communiquer entrenous, alors que c’est forcement très compliqué de se réunir à la sortie de l’école. Nous gagnons donc beaucoupd’efficacité et, plus que cela, l’information passe mieux et auprès de plus de monde si nous le souhaitons, ce quiest très apprécié des mamans »346.Vous trouverez, en annexe 6.7 page n°50, deux pages d’associations347. Encore une fois ma-residence.fr semble s’imposer comme un acteur pertinent pour le développement desassociations grâce à un ancrage hyper local et un système de vérification de l’existence de lastructure. Je n’ai pu malheureusement tester moi-même la pertinence en tant qu’association descampagnes de recrutement et autres procédés de communication. Quoi qu’il en soit leurprésence sur les réseaux sociaux de proximité montre leur intérêt pour la démarche et contribueà créer un véritable réseau maillé pour un vivre ensemble dynamique. Le nouveau site de ma-residence.fr a revu son ergonomie pour mettre en valeur les annonces et notamment celles desassociations. Ainsi, la nouvelle interface permet aux dirigeants des associations de lancer unecampagne de recrutement de bénévoles348. Cependant, si les associations, ne sont, par contre, pas nombreuses sur Peuplade unerelation de solidarité entre habitants du quartier peut également se créer via les« peuplades »349. Cet aspect est particulièrement intéressant et pose la question de la nécessitéd’une structure pour organiser à petite échelle une action de solidarité sur le long terme. Ainsi,en surfant parmi les « peuplades » de mon quartier, j’en ai trouvé une qui m’a tout de suiteattiré et dont je vous ai déjà parlé. Elle se nomme la « cellule d’urgence Popincourt Bastille ».A première vue je pensais qu’elle était aussi « matérialisée » par une association. Voici sadescription sur le site : « Ce projet vise à constituer dans chaque quartier un réseau de particuliers capables de se mobiliser enquelques heures pour dépanner en direct une personne confrontée à une situation durgence : incendie delappartement, problème de santé qui chamboule le programme, cambriolage pendant un congé, accident de 350voiture... » . 12 personnes inscrites sur Peuplade en sont membre et habitent tous dans le quartier dufondateur dont le pseudo est « lukeskywalker ». Un profil particulier dans la liste des membresa d’ailleurs attiré mon attention « homeless »351. J’ai alors contacté le fondateur pour qu’il me                                                        346 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p. [citation p190]347 ma-residence.fr - Deux profils d’associations - Annexe 6.7 p.50348 ma-residence.fr - Recrutement bénévoles encart - Annexe 6.7.1 p.52349 Peuplade - Liste des associations à moins de 2km - Annexe 4.7 p.28 – Page des Peuplades annexe 4.2, 4.2.1 et4.2.2p.350 Peuplade - La Peuplade « cellule d’urgence Popincourt bastille » - Annexe 4.2.2 p.351 Peuplade - Profil « homeless» - Annexe 4.2.4 p.10-14  93 
  • 95. donne plus de détails sur son initiative en lui demandant quel était l’objectif de son associationet pourquoi il l’avait inscrite sur Peuplade. Il m’a entre autre répondu cela : « La cellule durgence Popincourt-Bastille nest pas une association loi 1901, mais une Peuplade imaginée par Peuplade.fr (lorsquon va dans la rubrique "peuplades", le site offre des idées de peuplades pouvant être créées, jai choisi celle-ci). Les données figurent dans la rubrique peuplade, donc. En gros, il sagit de regrouper des voisins peuplade qui, si un cas durgence se présentait, pourraient éventuellement se regrouper pour apporter une aide quelconque aux 352 victimes (ainsi, par exemple, en cas de sinistre, dincendie, de petite urgence...(…)» .Ainsi, il a choisi une autre forme proposée par Peuplade pour créer une action de solidarité, unecommunauté qui semble active. Après lui avoir parlé de l’initiative Web Solidarité et desactions de Nicolas envers les personnes à la rue, il m’a répondu qu’ « homeless » était un sansabri et qu’il l’aidait en lui prêtant un ordinateur. Cette initiative m’a fait prendre conscience del’opportunité d’internet pour reconstruire et entretenir du lien social. « Voir dans mes amis peuplade : Homeless. (Celui-ci se connecte à partir de mon mini ordinateur, en fait un ordinateur un peu collectif). Sil y a dautres sans-abris, je ne sais pas, mais ceux que je connais (par le biais desrestaus du cœur et de l’armée du salut principalement, actuellement) ne vont pas sur internet.(?) (J’ai aussi été bénévole Croix-Rouge et maraudes, voir mon profil). Je ne connais pas encore websolidarite.fr mais ça mérite daller voir, cependant on constate dans la vie de tous les jours (dans la rue) quil y a surtout de lindifférence, envers les SDF. Il faut préciser quon ne peut pas toujours déceler un sans-abri, qui peut être vêtu comme Mr tout le monde. (... et que après, les gens font ce quils peuvent...) (Je sais malheureusement de quoi je parle, sans abri de 2001 à 2007.) »353.Après avoir eu cet échange avec le fondateur de cette « peuplade ». J’ai appris par Nicolasqu’un certain Lukeskywalker l’avait contacté pour le féliciter de son initiative en précisant qu’ilserait heureux d’échanger avec lui. Un nouveau lien créé via internet.3. Web Solidarité, une démarche originale en expérimentation Web Solidarité m’a particulièrement intéressé par son originalité mais également parson caractère improbable. En effet, je ne pouvais, avant de m’y intéresser, penser que le webserait un moyen d’entretenir un lien social pour des personnes en situation de grande exclusionqui viennent juste de sortir de la rue ou qui s’y trouvent toujours. L’accès au web, de parl’investissement financier dans les outils et la connexion qu’il nécessite me semblait hors deporté de personnes dont les revenus sont en général nuls. C’est ce que démontre l’initiative deNicolas Hoarau. Ainsi un certain nombre d’entre eux économisent durement pour pouvoirs’acheter l’outil qui leur permettra de se connecter. Après avoir énoncé les fondements de sonprojet, j’en révèlerai les différentes composantes pour ensuite vous raconter l’histoire de Moisequi bénéficie de l’accompagnement de Nicolas.                                                        352 Peuplade – Echange avec le fondateur de La Peuplade « cellule d’urgence Popincourt bastille » 4.2.3 p.14353 Ibid.  94 
  • 96. 3.1 Les fondements du projet Web Solidarité est né en 2008, durant un voyage humanitaire en Afrique de deux moisau Burkina Faso, dans la tête d’un jeune homme de 28 ans. La démarche avait été lancée parune petite association qui avait utilisé Internet pour diffuser son projet et recruter desbénévoles. Nicolas ne souhaitait pas passer par une grande ONG et une politique de volontariatde masse et avait tenté l’expérience en se lançant dans une aventure à taille humaine. Il racontecette expérience sur son site, celle qui a fait naître Web Solidarité : « Après un clic sur un site, j’ai participé à une mission humanitaire au Burkina Faso, l’idée de Web Solidarité est née là-bas, lors de cette aventure. Tout a commencé ainsi : une quarantaine de bénévoles recrutés via le site internet de l’association, des jeunes entre 20 et 25 ans de tous horizons : personne ne se connaissait. Arrivés dans le quartier de Tanghin, nos objectifs étaient clairs : œuvrer pour une campagne de sensibilisation aux dangers du HIV, construire le local de l’association et fournir un soutien scolaire à des enfants burkinabés. Pour accomplir cette mission, nul besoin ici d’une organisation gouvernementale ou d’une importante fondation, l’essentiel étant que chacun œuvre à son niveau pour changer les choses : les volontaires payaient leur billet d’avion, participaient humainement et financièrement à la mission. »354.Au plus prés des habitants, il a compris qu’il pourrait se rendre utile. « Au contact de ces gens simples, chaleureux et souriants, j’ai le sentiment apaisant que le plus important est le partage et l’échange. De cette aventure humaine entre Africains et Européens allaient naître des réalisations concrètes : latrines, écoles, cantines scolaire, centres de santé… »355.Mais il s’est également rendu compte qu’il n’avait pas besoin de partir à 4000 kilomètres dechez lui pour rencontrer des personnes qui pouvaient avoir besoin d’un coup de pouce.C’est dans son quartier du 13e arrondissement qu’il a décidé de monter progressivement sonprojet. Ce projet n’est pas simple à expliquer car il n’a jamais était vraiment écrit, planifié etvéritablement organisé sur le papier si ce n’est une présentation succincte sur le site. Nicolass’explique « je n’ai pas le temps de me poser, je sais précisément ce que je fais, mais je n’aipas le temps d’écrire le projet car je le vis au quotidien. Dans le quartier les gens savent ce queje fais et y participent »356. Sa démarche est d’abord profondément solidaire. Solidaire parce qu’elle a pour objectifunique de permettre à des personnes à la rue ou en grandes difficultés pour reconstruire du liensocial là où ils se trouvent, là où ils ont eux aussi leurs habitudes, c’est à dire le quartier où ilshabitent. Ce lien social, Nicolas leur propose de le reconstruire avec ceux qu’ils côtoient tousles jours, les habitants du quartier qui font parfois preuve d’une totale indifférence envers ceuxqui n’ont pas de toit, tant leur vie à eux aussi est remplie. Son projet « créer un réseaud’entraide autour d’une personne exclue de mon quartier »357. Sa démarche se concentre                                                        354 Web Solidarité [ http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=1000001&site=0(consulté le 1 mai 2011) ]355 Ibid.356 Entretien réalisé le 17 avril 2011 enregistrement disponible.357 Page d’accueil web solidarité[ http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=10&site=0 (consulté le 1 mai 2011)]  95 
  • 97. exclusivement sur le 13e arrondissement où il vit, travaille et expérimente son projet. Mais ceprojet c’est d’abord lui. Sans aucun narcissisme, il a créé Web Solidarité avec les connaissancesqu’il a acquis, entre autres en master de multimédia, pour parler de lui et de ce qu’il fait dans lequartier et en espérant que son initiative sera reproductible. Passionné d’informatique et detechnologie, il a conçu son site internet de A à Z, à l’image de son projet, où il laisse unegrande place aux brèves qu’il écrit, une vitrine pour ceux qu’il accompagne. Car tout ce qu’ilfait au quotidien, semble orienté vers cet objectif de rencontrer le plus d’habitants dans lequartier pour réussir à construire un réseau maillé autour des personnes qu’il accompagne. Lelien social ne se voit pas dans la rue, mais se ressent, fait avancer, est source d’enrichissementet permet surtout à certains de s’en sortir. Le web n’est qu’un outil dans cette aventure. Cependant, avant de vous expliquer toutesles étapes de son initiative, il me semble important de revenir sur la manière dont Nicolas l’afait mûrir. Il s’est d’abord, et continue toujours, attelé à tisser un réseau professionnel, enfaisant parfois preuve de culot. Il souhaite faire partager son idée originale d’utiliser le webcomme un outil pour reconstruire un lien social que certains ont perdu. Il s’est rendu plusieursfois à la mairie du 13e arrondissement pour discuter de son projet. Il a testé sa démarche dansplusieurs lieux réservés à l’entreprenariat social, lieu de co-construction où il a reçu desconseils et enrichi son projet. Ainsi, il est allé frapper à la porte de La ruche358 « espacecollectif et de création pour entreprendre autrement à Paris », ou encore voir l’associationentrepreneurs sans frontières359. Il a également testé son projet en le présentant aux Cafésprojet. L’association Cafés projets a pour objectif de valoriser toutes les initiatives d’économiesociale de manière conviviale360. Elle offre un temps de parole au porteur de projet devant desprofessionnels de l’économie sociale. L’exercice est une sorte d’oral où l’on va « au feu » pourrecevoir des critiques constructives. Ainsi, Nicolas est ressorti enrichi de ces différentesdémarches. Il a compris qu’en orientant son mode de vie sur son quartier il serait le centre d’unréseau de voisins qu’il tissera progressivement pour former une communauté solidaire autourdes personnes exclues. La question la plus récurrente : comment voulez vous aider des sans-abris via le web alors qu’ils n’ont pas de logement ? A cette question il expose sa démarche queje vais maintenant tenter de vous détailler.3.2 Les composantes de la démarche de reconstruction de lien social  Si le projet de Nicolas n’est pas écrit et planifié, avec qualification, budgétisation,rationalisation et autres étapes bien connues des méthodes de gestion de projet, les composantessuccessives de sa démarche sont très claires dans sa tête. Ces étapes, quand il présente le projetaux habitants du quartier, il n’en parle pas, car s’il rentrait dans les détails « le lien ne serait pas                                                        358 Site internet de La ruche [ http://www.la-ruche.net/ (consulté le 1 mai 2011) ]359 Entrepreneurs Sans Frontières est une association (loi 1901) qui soutient une nouvelle générationd’entrepreneurs qui répondent à des enjeux sociaux et environnementaux à travers le développement de solutionsinnovantes et économiquement viables. [ http://www.esf-france.org/intro.php (consulté le 1 mai 2011)]360 Les cafés projets http://www.cafeprojets.fr/index.php?id=7 (consulté le 1 mai 2011) ]  96 
  • 98. naturel ». On peut dire que son projet se divise en 5 composantes. La première est celle qu’ilappel la « rencontre ». Nicolas a trouvé son emploi via Peuplade. Il souhaitait trouver du travailau cœur du quartier pour pouvoir expérimenter son projet. Aujourd’hui, il travaille au magasinHappy Cash depuis environ un an situé 12 rue Coypel, derrière la mairie du 13e arrondissementde Paris. C’est ce que l‘on pourrait appeler son Quartier Général, le centre de son lieud’expérimentation. « Ces échanges dobjets inanimés me permettent de rencontrer les habitantsde mon quartier. Cest intéressant de travailler dans un laboratoire vivant comme Happy Cash.Je suis acteur et témoin des relations entre les êtres humains et le monde des objets »361. Au fildes rencontres et des trajets que l’on a pu faire ensemble, j’ai pu à peu prés délimiterspatialement ce qu’il définit comme son quartier. Ainsi, on peut dire qu’il représente uncinquième du 13e arrondissement de Paris en s’étendant de la rue du Banquier au Parc deChoisy (voir les cartes en annexe 8.2) Happy Cash est un magasin de reprise-revente de matériel électronique. En tantqu’acheteur-vendeur, Nicolas y rachète des objets dont les habitants du quartier veulent sedébarrasser, les répare et les revend à ceux qui souhaitent acheter moins cher. Ce qu’il ne vendpas, il le fait parvenir à l’association la chaine de l’espoir dans le cadre d’un accord entre lafranchise et l’association362. Ce lieu central lui permet d’être dans un espace de sociabilitéparticulier où, avec étonnement, il s‘est rendu compte que beaucoup de sans-abris cherchaient àacheter du matériel informatique. Il estime, sans pouvoir réellement le chiffrer, que les sans-abris représentent un tiers de la clientèle du magasin. Ainsi, ce lieu est une première façon derencontrer et d’échanger, avec les habitants. En travaillant et en habitant dans le quartier, il faiten sorte de se rendre le plus souvent dans tous les commerces locaux : la boulangerie, lesdifférents restaurants, la librairie proche de Happy Cash. Il se rend dans tous les lieux desociabilités, de passage et de « frottement » entre individus. Il s’est donc naturellement fait connaître en tissant des liens « faibles » avec lescommerçants de son quartier. Il a rencontré la majorité des personnes qu’il accompagne àHappy Cash sinon, parfois en marchant dans la rue où il s’est assis avec l’un d’entre eux pourdiscuter, échanger trois traits de vie, et lui donner rendez vous au magasin, lieu où l’on peut letrouver facilement. Ce qui m’a surpris, au fil de nos rencontres, c’est qu’il semble ne rienprévoir, ne rien préparer, pour laisser le hasard des sociabilités faire son œuvre. Après avoirplusieurs fois donner rendez-vous à une heure précise il s’est vu attendre plusieurs heures sansque la personne ne vienne. Il a donc décidé se s’y prendre autrement. Ne donnant au départjamais de rendez-vous fixes, il semble être suffisamment flexible pour se coller au rythme despersonnes qu’il aide. Contrairement aux associations d’aide aux sans-abris qui se présentent comme tel etinstaurent, de fait, une relation aidant-aidé, il traite les personnes de la rue qu’il rencontre                                                        361 Site Web Solidarité[http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=74&site=2&PHPSESSID=14f300a7153100170bae2b8148538c9b (consulté le 1 mai 2011) ][ http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=74&site=2 (consulté le 1 mai 2011) ]362 Site de l’association la chaine de l’espoir [ http://www.chainedelespoir.org/ (consulté le 1 mai 2011)]  97 
  • 99. d’égal à égal : il n’explique pas pourquoi il est là, à discuter avec eux, mais le fait. Une fois, la personne rentrée dans le magasin, il passe à la deuxième composante. Unesorte de double étape car elle comprend « la formation aux outils » et « la définition du projet »de la personne. Ceux qui viennent vers lui (la plupart) sont intéressés par le matérielinformatique mais son rôle n’est pas juste de leur vendre un ordinateur ou un Iphone aumeilleur prix. Comme à tout client il leur propose des ordinateurs et des Smartphones dont ilspeuvent se servir mais en plus il leur explique comment utiliser l’outil, comment se connecter àinternet, où sont les lieux où ils peuvent capter gratuitement, et comment utiliser les différentsréseaux sociaux. Cette étape de formation se fait évidement en plusieurs fois. Dans le mêmetemps, il explique à la personne qu’il peut l’aider en lui permettant de se créer un réseau grâceaux habitants du quartier et au web, où s’il le souhaite, il pourra s’exprimer via son portail WebSolidarité à une communauté d’abonnés, à la fan page de Web Solidarité. Mais pour cela il fautd’abord que la personne concernée réfléchisse à un projet. Un projet est plutôt une séried’objectifs pour avancer (pouvoir être présentable, réapprendre à s’exprimer, trouver unlogement, trouver des associations d’aides aux logements, trouver un emploi…). Avoir unobjectif est particulièrement stimulant. Une fois le projet défini, Nicolas l’aide à l’organiserensemble pour que la personne puisse en parler, se vendre, montrer qu’il souhaite se sortir de larue, que la personne soit bien avec elle-même. La troisième composante : « les rencontres physiques informelles avec les habitants ».En fonction des moyens de la personne aidée, Nicolas lui propose de sortir avec lui, d’allerboire un verre dans la boulangerie-salon de thé proche de Happy Cash, de commencer à se faireconnaître des commerçants. Il emmène les personnes dans les espaces de sociabilités qu’ilconnaît, comme le parc de Choisy ou l’on peut participer à des parties de ping-pong ouvertes. Ilécrit sur son site « Je crois à lalchimie des multitudes ; léchange et la collaboration entreinsérés et exclus sont un puissant facteur de réinsertion sur les plans affectif (estime de soi,projection sur lavenir), professionnel (coaching, recommandation) et matériel (prêt,logement) ». Ce tour des espaces de sociabilités qu’il a fait seul pour tisser son réseau, il lerefait pour permettre à la personne de reprendre un peu d’estime de soi. « Ce que je fais c’estjuste leur faire profiter de mon réseau et après ils tissent le leur progressivement »363. Lehasard de la proximité fait en sorte que les personnes échangent toujours un peu avec leshabitants du quartier alors un lien commence à se tisser. Finalement on retrouve ici lephénomène de serendipité développé par l’anthropologue Ulf Harnnez dans la première partiede ce mémoire. Pour impliquer les habitants du quartier et les personnes en isolement social il organisede petits évènements dans les commerces. Ainsi il a organisé dans la boulangerie, pour Moise,personne qu’il accompagne, plusieurs rencontres : deux premières pour qu’il puisse parler deson projet de créer une entreprise de maintenance informatique de réinsertion et l’autreconsacrée à son CV où une douzaine d’habitants l’ont conseillé, notamment de se réinsérerprogressivement en trouvant un emploi. Dans cette phase de rencontre c’est là que Nicolas                                                        363 Entretien réalisé le 17 avril 2011 enregistrement disponible.  98 
  • 100. actionne ces partenaires. Son modèle économique est d’abord fondé sur son salaire car sonprojet c’est aussi lui qui s’y investit directement. Pour pouvoir accompagner au mieux lespersonnes exclues, il perçoit des participations financières ou en nature des commerçants et del’aide, en terme de réseau et de logistique, de la part de certains partenaires institutionnels. Enorganisant des évènements dans les commerces, il y crée du trafic et permet aux commerçantsde profiter financièrement de la manifestation. « Les notions de réseau solidaire et de réciprocité qui fondent la démarche de Web Solidarité sontégalement au cœur de mon modèle économique. Celui-ci repose sur deux axes.- Financer partiellement l’activité de Web Solidarité à travers les revenus tirés de mon emploi salarié – conçu parailleurs dans un esprit de réciprocité : j’apporte à mon employeur mes compétences et je continue à apprendre entravaillant pour lui.- Réunir le complément de ressources nécessaire à mon fonctionnement en proposant aux entreprises et auxinstitutions susceptibles de soutenir mon action des partenariats thématiques ciblés correspondant à leur vocation.En contrepartie, je contribue à la visibilité de mes partenaires de deux manières :- Sur le portail Web Solidarité, à travers des portraits personnels de mes interlocuteurs et en tant qu’institutionassocié à ma démarche ;- Affichage et présence physique de mes « sponsors » lors des évènements organisés par ma communauté WebSolidaire »364. Ce modèle économique est extrêmement local et semble à affiner au fur et à mesure dela progression du projet mais pour le moment il semble fonctionner. Peut-être devrait-il avecplus de temps se lancer à la recherche de nouveaux partenaires dans le monde de l’économiesociale susceptibles de croire en l’originalité de sa démarche.La quatrième composante, qu’on pourrait nommer « la communication » est celle où le webrentre en jeu. Celle-ci est transverse à toutes les autres. Le web est considéré par Nicolascomme un outil qui permet d’entretenir le lien social mais pas de le construire. Depuis lacréation du projet, Nicolas alimente en postant des articles, sur ses habitudes dans le cadre duprojet, sur ses rencontres avec les habitants et surtout sur les personnes qu’il accompagne. Il acrée une « Fan page Facebook» pour relayer ses articles où 488 personnes sont abonnées dontune bonne partie vivent dans le quartier. Ainsi il écrit le 22 janvier 2011 au sujet de son travail« Ouh, la, la, la, je dois jongler là entre la partie Business et social au boulot, jai quelquesminutes pour présenter le projet Web Solidarité et à la fois vendre et acheter. Cest trop, tropchaud »365. Il relaie aussi toutes les étapes de sa démarche d’accompagnement avec Moise dontnous parlerons plus en détail un peu plus loin « Moïse est super motivé pour présenter sonproje., Jeudi, je dois réussir à faire venir toutes les bonnes énergies du quartier à laboulangerie "la Parisienne" et à Happy Cash. »366. Tous ces articles sont bien sûr partageables                                                        364 Site Web Solidarité- Page « mon projet » - [http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=10&site=0 (consulté le 1 mai 2011)(consulté le 1 mai 2011) ]365 Page Facebook Web Solidarité – message posté Le 22 janvier 2011 a 17h37 [ 22 janvier, 17:37 ] ou[ http://www.facebook.com/pages/web-solidarite/232932325404?ref=ts (consulté le 1 mai 2011) ]366 Page Facebook Web Solidarité – message posté Le 24 janvier 2011à 18h38 [ 24 janvier, 18:28 ] ou  99 
  • 101. et relayés également via un compte Twitter367.Parmi ses « fans », on retrouve des grandes associations comme la Croix Rouge, une manièrede s’informer des nouvelles tendances et qui montre que l’originalité de sa démarche suscite uncertain intérêt. Pour Nicolas, cette communauté de 488 personnes est une base qualifiéed’internautes sensibilisés à sa démarche, qui sont à l’écoute de ses actions et qui peuventéventuellement aider les personnes qu’il accompagne. C’est aussi en cela que son projet estparticipatif. De cette communauté, qu’il a créée autour de son projet il en fait son public et sapartenaire. « Etre à l’écoute de la communauté web solidarité est primordial. Idées, conseils provenant de mes différentes rencontres permettent de construire ce projet citoyen. Chaque personne faisant mon quotidien, qui croise mon chemin, qui me contacte via Internet contribue au développement de web solidarité. L’avancement du projet se fait en réelle interactivité : c’est un projet participatif »368.Ainsi la communauté Web Solidarité suit l’histoire des personnes exclues qui accepte queNicolas les raconte. Pour le moment il n’y a qu’une personne qui a accepté que l’on raconte sonhistoire sur le site. Mais s’il est le premier il ne sera certainement pas le dernier. Desconnaissances de cette personne, sans-abris également, sont déjà venues voir Nicolas à HappyCash pour obtenir conseil et réfléchir à un projet. Plus qu’une opportunité pour les personnesen isolement, Nicolas leur apporte une volonté par le bouche-à-oreille un espoir qu’ilssouhaitent concrétiser. Il pousse les personnes qu’il accompagne à se construire un profilFacebook qu’il relaie ensuite sur son site. Ainsi directement depuis une page dédiée lesmembres de la communauté peuvent ajouter une des personnes comme ami. Si l’on s’intéresse à son site web, il ne semble pas être mis à jour régulièrement ce quipermettrait pourtant de stimuler réellement la communauté sur le web et provoquer desréactions. Nicolas admet lui même qu’il n’a pas le temps de l’actualiser comme il lesouhaiterait et ne communique pas assez sur son projet. Dans un second temps, faciliter lanavigation et donner plus à voir sur les différentes étapes du projet pourrait être intéressant,notamment sur les évènements qu’ils organisent. Cependant, il convient de signaler que chacunde ces articles sont lus en moyenne par 300 personnes, ce qui est encourageant. D’Internet émerge des personnes intéressées par sa démarche et qui nourrissent WebSolidarité dans son développement. Une association d’aide aux sans-abris l’a contacté pour lerencontrer. Un homme ayant perdu beaucoup d’argent et connu un changement brutal de sonmode de vie est également venu vers lui pour connaître son initiative et échanger avec lui. Ouencore des étudiants en école de journalisme l’ont contacté pour faire un petit reportage sur luipour un concours organisé par le quotidien Le Monde. Une autre rencontre récente avec unepersonne travaillant au service communication de l’ambassade du Canada à Paris et qui,intéressée par son projet, a souhaité l’aider dans son développement. Ainsi, ensemble, ils                                                                                                                                                                                [ http://www.facebook.com/pages/web-solidarite/232932325404?ref=ts (consulté le 1 mai 2011)]367 Twitter de Nicolas Hoarau [ http://twitter.com/#!/nicolashoarau (consulté le 1 mai 2011)]368 Site Web Solidarité- Page « mon projet » -http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=10&site=0 (consulté le 1 mai 2011)(consulté le 1 mai 2011)  100 
  • 102. comptent créer un journal de quartier dont l’impression serait financée par la publicité descommerces locaux. Ils y traceront le portrait de treize personnes (comme le 13e arrondissementde Paris) vivant dans l’exclusion et l’isolement. L’objectif : permettre de sensibiliser leshabitants et de continuer à mailler les différentes parties prenantes du quartier autour de cespersonnes en isolement. Ces treize personnes ne seront pas spécifiquement accompagnées parNicolas de A à Z comme Moise mais il leur fera profiter de son réseau et d’une visibilité surson site. Le Journal sera relié à la communauté Web Solidarité via le site ou il sera publié. Nousallons voir à travers l’histoire de Moise qui bénéficie de l’accompagnement de Web Solidarité,comment Nicolas installe le rapport au web et la construction progressive du lien social dans lequartier.3.3 L’histoire de Moïse : une personne accompagnée par Nicolas et WebSolidarité  La première personne qui a véritablement bénéficié de la démarche complète de Nicolasest Moïse. Moïse a une quarantaine d’année et a passé en tout 10 ans dans la rue. Après cinqannées passées au sein de l’armée dans laquelle il était rentré après un Bac pro informatique, ilse retrouve dans la rue pour 5 ans. Il réussit à s’en sortir en trouvant un travail, se marie et adeux enfants. Cependant, après avoir perdu son emploi, il retombe dans une spirale quidébouchera sur un divorce. Sa femme le quitte et il ne reverra plus ces deux enfants. Il repassealors 5 ans dans la rue avant de rencontrer Nicolas à Happy Cash. Après avoir retrouvérécemment un petit logement social grâce à une association il peine à se réinsérer. Déstructuréet dépressif, il a besoin de retrouver du lien. Il a tout de suite fait confiance à Nicolas qui faitalors son portrait sur le site. Nicolas communique avec des photos et très peu de texte. Raconteren image semble plus parlant et rapide. D’autre part, il ne peut pas consacrer beaucoup detemps à la rédaction de ces articles car le web est considéré comme un outil et non comme lecentre de sa démarche. Après s’être revus plusieurs fois en parcourant les différents lieux de sociabilités duquartier, Moïse a défini un projet avec l’aide de Nicolas. Ainsi, ce dernier l’a fait parler via unportrait écrit sur son portail dont voici un extrait « J’ai un rêve, celui de revoir mes deux enfants que je ne vois plus depuis mon divorce. Pour cela je sais qu’il est indispensable de retrouver une situation stable. Depuis peu, grâce à une association, j’ai trouvé un logement. On peut dire en quelque sorte que j’ai retrouvé de nouveau un peu de stabilité. Je ne compte pas en rester là, je dois tout faire pour retrouver un travail, notamment dans la maintenance informatique. Un jour, j’espère créer une entreprise informatique à but social afin d’offrir une chance à toutes personnes vivant dans la rue qui souhaiteraient s’en sortir »369.Nicolas a aussi un rôle de recadrage : avant de tenter de réaliser l’entreprise de Moïse il l’aconvaincu, avec le soutien des habitants du quartier, de chercher un emploi pour lui permettre                                                        369 Web Solidarité - Annexe 8 p.60 et Site Web Solidarité[ http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=120&site=0 (consulté le 2 mai 2011) ]  101 
  • 103. progressivement de remonter la pente. Le projet de Moïse, Nicolas a décidé de le co-construireavec certains habitants du quartier sensibilisés à Web Solidarité grâce à des rencontrespériodiques qu’il organise au sein de la boulangerie voisine du magasin Happy Cash. Nicolasen parle sur sa page Facebook et invite tous ceux qui souhaitent y participer. Ils seront à chaquerendez-vous une dizaine de personnes venues pour partager un moment avec Moïse. Voiciquelques messages qu’il publie sur sa Fan page et son site « Salut tout le monde, je vous donnerendez-vous tous les Jeudis à 19H00 à la boulangerie La parisienne Jai besoin de vos idées etde vos conseils pour permettre à Moïse de retrouver un emploi. Moïse nous présentera sonprojet autour dun verre »370. Puis le jeudi suivant « Ce soir, il y a eu 800 tonnes dénergiepositive pour soutenir le projet de Moïse. Cest du lourd, ça rigole plus maintenantYeaaah!!!! »371. Nicolas a réussi son pari il a créé une communauté autour de Moïse. La première idée de Nicolas était de permettre à Moïse de créer un profil Facebook et deprofiter peu à peu du réseau Web Solidarité en espérant que certains membres de lacommunauté l’ajoutent comme ami, une façon d’entretenir le lien directement. Cependant, celan’a pas fonctionné, Moïse ayant créé plusieurs profils dont certains inutiles (dont deuxprofessionnels). Cet échec montre qu’il avait besoin d’un accompagnement plus poussé dans laprise en main du réseau social. Nicolas l’a recadré pour qu’il puisse créer un profil uniquedédié aux personnes rencontrées lors des rendez-vous puis à celles qu’il rencontreraitprogressivement et surtout physiquement (avant). En revanche pour s’exprimer à lacommunauté de 488 personnes Web Solidarité, Nicolas a décidé de lui laisser prendre la mainsur la Fan page. Pour le moment, c’est toujours Nicolas qui parle de lui mais bientôt m’a t-il ditlors de notre dernier entrevu le 17 avril 2011, ce sera à Moïse de prendre directement la main.Ainsi, on retrouve ce denier poste où Nicolas raconte une partie du quotidien de Moïsenotamment les difficultés qu’il a pour se connecter et discuter entre autre avec les habitantsl’ayant ajouté sur Facebook récemment372. Son objectif faire en sorte que Moise se sente bien avec lui-même. Ainsi il lui aprodigué des conseils concernant son hygiène et sa présentation générale. Parlant un peu fort etde façon déstructurée, durant ces exercices difficiles de prises de parole, Nicolas « fait tamponentre lui et les habitants » pour que l’évènement se déroule correctement. Les habitants setiennent au courant des différents rendez-vous via Facebook. Les bonnes relations avec lescommerçants lui ont permis d’aller acheter des vêtements (dans un magasin du quartier) pourqu’il soit présentable et où on lui a prodigué des conseils pour ses entretiens. Il a égalementréussi a dégoté un rendez-vous moins cher chez le coiffeur du coin. Le budget consacré àMoïse vient de différentes donations d’habitants du quartier et des commerçants. La relation deconfiance est donc parfaitement instaurée. En se baladant dans le quartier, il rencontremaintenant des gens qu’il connaît avec qui il échange sans être considéré comme un sans-abri                                                        370 Fan Page de web solidarité message du 24 janvier, 18:28 [ 24 janvier, 18:28 ]ou [ http://www.facebook.com/pages/web-solidarite/232932325404?ref=ts (consulté le 2 mai 2011) ]371 Fan Page de web solidarité message du 27 janvier, 23:33 [ 27 janvier, 23:33]ou [ http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=40&site=2 (consulté le 2 mai 2011)]372 Web solidarité [ http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=40&site=2 (consultéle 2 mai 2011) ]  102 
  • 104. mais comme un habitant du quartier. Moïse est la seule personne que Nicolas accompagne intégralement sur le web et au jourle jour. Cependant, il en rencontre d’autres qui, comme Jean, ont connu une histoire difficile.Jean a été propulsé 5 ans dans la rue après avoir eu plusieurs métiers aux Etats-Unis durant 10ans. Tout se passait très bien, jusqu’au jour où son visa a expiré. Il est tout de même resté auxEtats Unis. Il s’est donc fait renvoyer en France où il n’avait plus d’attache car toute sa vie étaitconstruite en Amérique. Récemment un journaliste a fait un petit article sur lui dans un journal.Cet article a été lu par un homme politique qui lui a dégoté un logement social. Une aubainequi lui a permis de repartir progressivement. Comme Moïse, il a construit son réseau à HappyCash où il a ses habitudes. Par contre, il a refusé que Nicolas écrive son portrait sur le site.Cependant, avec son Smartphone acheté à Happy Cash il s’est progressivement reconstruit unréseau notamment avec les habitants du quartier et durant les sorties où Nicolas lui a faitdécouvrir le quartier. Il l’a formé aux outils lui a donné des conseils. Et c’est au fil desrencontres dans le quartier que Jean reprend le goût à la vie. Ainsi, Nicolas présente son projet comme une expérimentation, un laboratoire ou il testedes techniques, des façons de se comporter et d’utiliser le web pour aider. Il m’explique quepour le moment, il a du mal à prendre du recul tant il est dans l’action. Cependant, il a biencompris qu’il lui faudra expliquer simplement sa démarche pour qu’il puisse la rendrereproductible et lui assurer une certaine pérennité. Il espère fonder à terme un kit solidaire pourceux qui, comme lui, veulent s’investir pour les personnes exclues de leur quartier. Lors denotre dernière rencontre le 17 avril 2011 il comptait quitter Happy Cash. Il souhaitait alorscontinuer chez lui comme revendeur freelance et à mi-temps dans la boulangerie où il organisela plupart de ses évènements. Une façon d’avoir plus de temps pour se consacrer au projet et àceux qu’il accompagne. Le rencontrer fut une expérience très enrichissante dans laquellej’espère m’investir avec lui en lui proposant cette retranscription écrite de son travail etéventuellement un autre appui. Nicolas a réussi à créer un véritable réseau local et solidaire oùle web favorise l’ancrage social d’individus qui ont connu une grande exclusion et unisolement. Internet apparaît comme un amplificateur des sociabilités locales et une façon demaintenir un lien. Désormais sortir de la rue semble moins s’apparenter à une utopie.3.6 Benchmark d’initiatives similaires : la force des réseaux sociaux sur larue Si la démarche de Nicolas est unique dans sa forme locale il semble que les réseauxsociaux soit un formidable vecteur de solidarité envers les sans-abri. Ainsi Alain, ancienmédecin anesthésiste devenu sans-abri suite à une longue descente aux enfers en est sorti grâceà Facebook. Après avoir perdu sa femme et sa fille dans un accident, il décide de s’engagerpendant plusieurs années dans des missions humanitaires à l’étranger mais un jour il tombemalade et est rapatrié en France où il n’a plus d’attache. Après être sorti de l’hôpital, il se  103 
  • 105. retrouve dans un foyer où il se fera voler tout ce qui lui restait. Après 6 mois à vivre dehorsdans un bois aux portes de Toulouse, prés de l’autoroute, il croise un jeune policier enpatrouille qui, bouleversé par son histoire décide alors de monter un comité de soutien viaFacebook pour le sortir de ce calvaire373. Cedric Delage, le policier de 32 ans à l’instigation duprojet, voit son initiative prendre de l’ampleur et en quelques jours, de l’argent, des meubles derécupération et même une caravane affluent pour permettre à Alain de se reloger. «Je nepensais pas que la mobilisation allait prendre de cette ampleur » explique le policier aujournaliste de La Dépêche374. Les membres se sont ensuite mobilisés pour lui chercher unterrain pour la caravane afin qu’il retrouve une certaine indépendance et progressivement unemploi. Cette expérience largement relayée dans les médias montre le potentiel des réseauxsociaux pour lever des actions de solidarité. Ainsi aux Etats-Unis, Mark Horvath ancien habitant de la rue, a décidé de créer un sitepour faire connaître les sans-abri de sa ville et de les inciter à ouvrir un blog car « sur le web onne te demande pas ton adresse postale ». Quand il a été poussé dans la rue à cause de la criseimmobilière en 2008 il a lui même monté une chaîne TV sur le web Invisible TV où il racontaitson expérience de sans-abris. Ensuite, il crée We are visible un site qui propose des outils pouraider les sans-abris à se connecter au web. Une autre initiative qui a permis à ces personnes detisser du lien social et pour certains de s’en sortir. Comme le dit Mark Horvath qui a utilisé twitter pour sortir de la rue : « Its not Twitter,its the people using Twitter. Its technology, but theres still the human connection »375. C’estl’être humain au bout du réseau qui favorise le lien social et qui est solidaire, ce n’est pasuniquement grâce à la technologie. Ce message d’espoir est à retenir quand la crise économiquemet de plus en plus de gens dans la rue : l’innovation sur internet ne stagne pas elle continue devoisiner et devient de plus en plus social. A cet effet, et pour revenir aux associations, il est nécessaire d’évoquer également Jumoqui permet de trouver des associations caritatives dans le monde entier, de suivre leurs activitéset de leur faire des dons. Pour l’instant à ses balbutiements, ce site permet une visibilitéoptimale pour les ONG mais ne semble pas, pour le moment, être adapté à des associationslocales. Mais ce réseau social de proximité pourrait bien se voir supplanter ses utilisateursassociatifs par une nouvelle et intéressante initiative d’un Facebook, uniquement dédiée àl’engagement associatif. Deux semaines après le lancement déjà 10 000 associations se sontinscrites. Ainsi nous refermons ce volet sur les solidarités qui peuvent se développer comme nousl’avons vu localement grâce au web, pour nous intéresser maintenant à un certain nombre detendances qui nous permettent d’envisager un avenir prometteur pour le lien local sur internet.                                                        374 DABIR Louis , Alain anesthésiste survit dans les bois,La dêpeche, publié le 16/02/2010[ http://www.ladepeche.fr/article/2010/02/16/778534-Alain-anesthesiste-survit-dans-les-bois.html ]375 LIEPMANN Erica, We Are Visible: Mark Horvath Launches Website To Empower The Homeless With SocialMedia, Huffingtonpost, publié le 15 septembre 2009 [ http://www.huffingtonpost.com/2010/09/15/we-are-visible-mark-horvath-launches-website_n_718609.html ( consulté le 2 mai 2011) ]  104 
  • 106. Partie IVTendances et perspectives pour le lien local et leweb de proximité    « Regardons de prés les villes et les quartiers, partout des dizaines et des centaines d’initiatives, petites ou grandes, s’appuient sur les outils numériques pour résoudre des problèmes locaux, recréer du lien, organiser une fête ou une campagne, voir pour inventer de nouveaux modes de transports, de nouvelles formes de présence des services publics… Une formidable énergie est en passe de se libérer (…) »376.                                                        376 KAPLAN Daniel, MARCOU Thierry, La ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte, Comment libérer les forcesde l’innovation dans la ville ?, Paris, Fing/Fypéditions, coll.« Fabrique des Possibles », 2009, 104 p.[ citation p 8 ]  105 
  • 107. Cette partie conclusive s’attachera à relever les tendances qui font que le web à vocation à s’ancrer de plus en plus dans les territoires. Ainsi, pour être dans lacontinuité de la partie précédente, nous parlerons de plusieurs initiatives solidaires, que la criseéconomique a fait naître ou se révéler, et qui confirment une revivification de l’espace local.Ensuite, nous nous intéresserons au phénomène de technicisation de la ville à exploiter. Leterritoire urbain est selon Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation Internet NouvelleGénération (FING), en train de devenir une plateforme d’innovation ouverte. Une ville 2.0, oùles citadins auront un rôle moteur de participation et de co-construction de leur espace urbain,où la prise en compte des problématiques locales a toute son importance.1. Nouvelles formes de socialité et de solidarité face à la crise La crise économique est un phénomène auquel il est difficile d’échapper. Celle qui atouché les Etats occidentaux trouve son origine dans la bulle immobilière des années 2000.Cette crise dites « des subprimes », sest déclenchée au deuxième semestre 2006 avec le krachdes prêts immobiliers (hypothécaires) à risque aux États-Unis (les subprimes), que lesemprunteurs, souvent de condition modeste, nétaient plus capables de rembourser377. Laglobalisation financière a entrainé une déflagration économique dans tous les pays occidentauxqui ont du sauver les banques au bord de la faillite. Les moins riches en ont payé le prix et ungrand nombre d’emplois ont été supprimés. Cette crise est alors révélatrice de nouveauxcomportements qui se sont développés où l’espace local prend son importance.1.1 La débrouille en temps de crise : troc, récup et bon plans Ces nouveaux comportements concernent essentiellement les habitudes deconsommation et dans les nouvelles manières de trouver des biens et des services. Lafulgurante ascension d’Ebay pour vendre et acheter des produits neufs ou d’occasion, montre lesuccès de la quête à la bonne affaire. Ebay est aujourd’hui la plus grande communauté dachatset de ventes de biens et de services en ligne, avec plus de 200 millions de membres inscrits378.Mais avec la crise on voit d’autres comportements se créer. L’essor du site d’annonces gratuitesLeboncoin.fr est également révélateur de cette tendance de la bonne affaire. C‘est surtout leregain d’intérêt pour le troc qui est particulièrement intéressant car il a des avantages sociauxéconomiques et environnementaux considérables. « Le troc plait. Et pour cause : il permet d’abord de débarrasser les échanges humains de l’argent, de tisser de nouveaux liens entre les hommes, et peut donc rendre notre consommation plus                                                        377 Wikipedia Crise des subprimes [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_des_subprimes (consulté le 2 mai 2011) ]378 Site Gralon.net « ebay histoire d’un succès » [ http://www.gralon.net/articles/internet-et-webmaster/hebergement/article-ebay---histoire-d-un-succes-1153.htm (consulté le 2 mai 2011) ]  106 
  • 108. 379 éthique, notamment en basant les transactions sur la confiance réciproque » .Ainsi, internet est un lieu parfait pour le troc, qui voit un grand nombre de sites fleurirent.Trocdesprems.com, pour les retardataires, met en ligne plus de 4000 billets prems SNCF dontcertains voyageurs veulent se débarrasser. Ensuite, Gchangetout.com est totalement réservé autroc (contrairement à certains de ses concurrents qui proposent aussi des petites annoncesd’occasion). « Il pèse quelque 2 millions de visiteurs par an, 130 000 inscrits, et plus de 30 000annonces. 2 000 autres sont postées chaque mois (100 % gratuit) »380. En revanche, sur cessites on n’échange pas que des objets banals on y trouve « des livres, des DVD, du matérielélectronique ou informatique, de l’électroménager, des meubles, des voitures… et même desmaisons ! »381. En effet, en plus des sites de trocs traditionnels on trouve trocmaison.com et beaucoupd’autres qui permettent d’échanger des maisons, une façon de partir en vacance à prixavantageux. L’échange d’un appartement parisien contre une villa à Miami en est un exemple.Bien évidemment, tous ces échanges se fondent sur la confiance même si le site propose desgaranties en accompagnant les échanges par des experts. Cette expérience est une nouvellefaçon de dynamiser l’espace local et de créer de nouvelles sociabilités. « (…) de fabuleusesrencontres, des apéros avec voisins et amis de nos hôtes, des petits présents pour noussouhaiter la bienvenue » témoigne une nantaise utilisant le service 382. Il existe également dessites de troc de services où même des monnaies électroniques ont été inventées pour évaluer lesdifférents services échangés comme sur Troc-Services.com383. Un autre phénomène intéressantest celui de la récupération. Freecycle en est l’exemple même et montre les possibilitésd’innovations infinies d’Internet. « Le réseau mondial Freecycle est constitué d’une multitude de groupes à travers le globe. Il s’agit d’un mouvement de personnes qui offrent (et récupèrent) des objets gratuitement dans la ville où ils habitent (et aux alentours) (…) Notre but est de libérer les espaces naturels d’objets abandonnés bien qu’encore utiles. En utilisant ce que nous avons déjà sur cette planète, nous réduisons le consumérisme à outrance, la production de masse, et en réduisons l’impact nocif sur la planète. Un autre avantage à utiliser Freecycle est qu’il nous incite à nous défaire d’acquisitions compulsives dont nous n’avons plus usage et encourage chacun à adopter une attitude communautaire. ».Ainsi, ces groupes forment des communautés territoriales fondées sur l’unique confiance, carles membres utilisent le site sans aucune garantie et il semble, malgré tout, que celafonctionne : en France il existe 103 groupes de récupération territorialisés par régions, parvilles et parfois par quartiers, pour 41402 membres au 1er mai 2011384. Dans le monde, le                                                        379 Yann Cohignac , « Changeons nos comportements avec le troc sur Internet ! », développement durable.com ,publié le 05/04/2011[ http://www.developpementdurable.com/conso/2011/04/A5902/changeons-nos-comportements-avec-le-troc-sur-internet.html (consulté le 2 mai 2011) ]380 Ibid.381 Ibid.382 Site Trocdemaison.com [ http://www.trocmaison.com/(consulté le 2 mai 2011) ]383 Site Troc-services [ http://www.troc-services.com/ ]384 Site Freecycle français [ http://fr.freecycle.org/accueil/ (consulté le 2 mai 2011) ]  107 
  • 109. réseau est phénoménal puisqu’il compte 4 940 groupes et 8 409 258 membres385. Le succès deGroupon n’est pas non plus anodin. Ce site, basé sur le modèle d’achats groupés locaux, aconnu la croissance la plus rapide du web : « une start-up — si le mot a encore un sens enlespèce — lancée en 2008 qui a refusé en décembre dernier (2010) une offre de rachat deGoogle de 6 milliards de dollars. Lundi 10 janvier, Groupon a annoncé la levée de 950millions de dollars»386. Cependant, de multiples indices tendent à montrer qu’il peut nuire auxcommerces locaux qui ne récupèrent pas la clientèle uniquement attirée par la promotion.Quoiqu’il en soit ce phénomène est particulièrement révélateur d’une nécessité de dynamiserles échanges locaux pour trouver d’autres manières de vivre en tirant les différentes leçons descrises économiques. L’espace local apparaît alors comme un territoire d’opportunité qui semêle à une véritable volonté de fonder des communautés solidaires pour parvenir à un vivreensemble optimal. L’utopie de More ne pourrait-elle pas se réaliser via la toile ?1.2 Une solidarité locale et la revalorisation des produits locaux Les associations ont-elles aussi senti les effets de la crise ? Si les industries de la grandedistribution ont été touchées par les changements de comportements des consommateurs, lesassociations voient affluer un nombre plus important de personnes subissant les conséquencesde la crise économique et de la montée du chômage. De plus, en moyenne, les associationsestiment une perte de don de 30% et cela dû à la crise. Cependant, pouvons-nous parler de crisede la solidarité « Si les associations se plaignent parfois d’une décrue dans les promesses dedons c’est aussi parce que la solidarité se vit de façon plus locale et sans intermédiaire »387.Charles Berdugo qui a étudié toutes les composantes de l’espace local pour réaliser ma-residence.fr en donne deux exemples significatifs : le premier est celui des épiceries socialesqui voient leur nombre augmenter. La récente crise économique et financière a entraîné uneaugmentation importante du nombre de bénéficiaires à l’aide alimentaire (+12,5% entre 2008 et2009) et on estime aujourd’hui à 2,6 millions le nombre de personnes y ayant recours de façonpassagère, régulière ou permanente388. Par exemple, le centre communal d’action social deReims qui a vu ses demandes d’aides augmenter de 15 % a lancé une épicerie qui devrarecevoir 900 foyers. Les épiceries ne sont pas fréquentées par tout le monde et sont réservéesaux plus pauvres repérés par les travailleurs sociaux. Dynamisant des territoires localisés etluttant contre l’exclusion, les épiceries sociales ne peuvent vivre qu’avec le concours des autreshabitants qui peuvent eux aussi apporter des produits. Les épiceries sociales pourraient voir uneopportunité dans l’internet local car plus que des lieux d’achat elles sont aussi des espaces de                                                        385 Site Freecycle mondial en anglais [ http://www.freecycle.org/ (consulté le 2 mai 2011)]386 GLAD Vincent, Groupon, la croissance la plus rapide de tous les temps, slate.fr, publié le12 janvier 2011 [http://www.slate.fr/story/32599/groupon-e-commerce-croissance (consulté le 2 mai 2011) ]387 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p. [citation p114]388 Site de L’Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires (ANDES)[ http://www.epiceries-solidaires.org/qu_est_ce_qu_une_epicerie_sociale_ou_solidaire.shtml (consulté le 2 mai2011) ]  108 
  • 110. sociabilités du quartier. L’Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires(ANDES) insiste sur les lieux d’échanges qu’elles représentent : « les épiceries sont des lieux daccueil, découte et déchanges, aidant les personnes à retrouver, ou à renforcer, lestime delles-mêmes et lenvie de se tourner vers le monde extérieur. Elles organisent des nombreuses activités, afin de donner à chacun la conscience de sa valeur et de ses compétences : ateliers de cuisine, ateliers desthétique, ateliers enfants-parents, etc, permettant aux bénéficiaires de reconstruire des liens et de prendre conscience de leur valeur et de leurs compétences »389.Le second exemple, plus anecdotique, est celui des restaurants ou l’on négocie les prix. Commece restaurant La Cabane à Jules à Guérande en Loire-Atlantique qui a décidé de lutter contre lacrise en proposant aux clients de fixer le prix. L’expérience s’est avérée payante et le restauranta vu le nombre de sa clientèle augmenter par un « bouche à oreille » essentiellement local390. La crise développe aussi un regain pour les produits locaux. En témoigne le succès desAMAP Associations pour le maintien dune agriculture paysanne qui « (…) sont destinées àfavoriser lagriculture paysanne et biologique qui a du mal à subsister face à lagro-industrie »391.En y adhérant, les consommateurs peuvent profiter de légumes de saisons provenantd’agriculteurs biologiques de la région. Ces AMAP créent de nouveaux espaces de sociabilitéen s’intégrant dans des espaces spécifiques. En illustre, les lieux où ils sont implantés « (…) ilpeut sagir soit de la ferme elle-même si les partenaires de lAMAP vivent dans un périmètreproche de celle-ci, soit dun point de chute situé en ville (maisons de quartier, magasindalimentation spécialisée, cour dimmeuble,...) »392. L’association parisienneConsom’Solidaire en plus de distribuer des paniers saisonniers, propose des cours de cuisine etd’éducation alimentaire. On compte 700 AMAP représentant chacune en moyenne 45consommateurs pour 3 producteurs, ce qui donne 35 000 consommateurs et 2 000producteurs393. Ces tendances montrent une certaine revivification des espaces locaux que les sites deproximité doivent prendre en compte pour pouvoir proposer une offre adaptée à chaqueterritoire. Ces tendances sont concomitantes à un autre phénomène qui est celui de latechnicisation des villes.                                                        389 Site de L’Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires (ANDES)[ http://www.epiceries-solidaires.org/qu_est_ce_qu_une_epicerie_sociale_ou_solidaire.shtml (consulté le 2 mai2011) ]390 Article de FAURE Guillemette, « Un restaurant où le prix se fait dans la tête du client », Rue 89, publié le01/03/2009 [ http://eco.rue89.com/2009/03/01/un-restaurant-ou-le-prix-se-fait-dans-la-tete-du-client (consulté le 2mai 2011)]391 Site national des AMAP [ http://www.reseau-amap.org/ (consulté le 2 mai 2011) ]392 Ibid.393 Article de GAFFURI Anne-Laure , « Amandine GOY, Alliance PEC (Paysans Ecologistes Consommateurs)Rhône-Alpes - Les AMAP », Site bioconsm’acteurs, publié le 15/09/2008.[ http://www.bioconsomacteurs.org/page.php?page=blog&id=1821&type=solutions (consulté le 2 mai 2011) ]  109 
  • 111. 2. La ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte « Si la ville se vit comme une plateforme d’innovation ouverte, elle a des chancesd’être plus attractive, de se transformer en profondeur, en devenant plus durable, plus vivanteet solidaire ». C’est la première phrase que l’on peut lire sur la couverture du livre La ville 2.0plateforme d’innovation ouverte de Daniel Kaplan et Thierry Marcou respectivement déléguégénéral et chef de projet au sein de la Fing (Fondation Internet Nouvelle Génération)association loi 1901. Ainsi, « à travers un cahier des charges de l’innovation urbaine » pourles institutions publiques des villes, les auteurs insistent sur le potentiel d’innovation d’uneville, par ses espaces diversifiés et ses usagers qui la peuplent. Après une définition del’innovation ouverte urbaine, nous en relèverons les différentes concrétisations notamment viala participation citoyenne où les problématiques locales prennent toute leur importance. Enfin,nous nous intéresserons à l‘intérêt des pouvoirs publics pour l’internet local notamment dans lalutte contre la fracture numérique qui participe aux transformations des villes et des territoires.2.1 Qu’est ce que l’innovation ouverte urbaine ?L’innovation ouverte c’est aller chercher l’innovation où elle se trouve. Elle repose sur unconstat simple : « il y a plus d’intelligences et de compétences à l’extérieur d’une organisation qu’à l’intérieur. En mobilisant les moyens numériques, l’organisation a plus de chances d’identifier les bonnes idées, pour répondre à une demande de plus en plus complexe. En travaillant d’emblée avec ses fournisseurs, ses partenaires et ses clients elle innovera d’une manière à la fois plus efficace, plus rapide et plus pertinente »394. Ce mode d’innovation ouverte est basé sur l’échange, le partage, la collaboration et lasérendipité (hasard). C’est le professeur Henry Chesbourgh qui a promut ce terme et qui en estl’un des premiers théoriciens. Mais l’innovation ouverte n’est pas un phénomène nouveau. Desentreprises comme Lego font concevoir à des clients des modèles qui seront ensuitecommercialisés. Ou encore avec l’exemple de la communauté InnoCentive395 qui propose à lacommunauté scientifique un esprit dintelligence économique ouverte pour : « améliorer la recherche et le développement du domaine biomédical et des compagnies pharmaceutiques ou agropharmaceutiques (productrices de pesticides), par le crowdsourcing et léchange entre entreprises du domaine et avec dautres industries. InnoCentive offre un service de mise en relation entre des «demandeurs» (entreprises, laboratoires ou financeurs publics de la Recherche) et des entités susceptibles davoir une solution aux défis critiques que lhumanité doit résoudre (ce sont les «Solvers»). Les solveurs sont en 2010 environ 185.000 membres inscrits à la plate-forme InnoCentive qui proposent                                                        394 KAPLAN Daniel, MARCOU Thierry, La ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte, Comment libérer les forcesde l’innovation dans la ville ?:, Paris, Fing/Fypéditions, coll.« Fabrique des Possibles », 2009, 104 p.[ citation p 25 ]395 Site Innocentive [ https://www.innocentive.com/ (consultation le 2 mai) ]  110 
  • 112. des solutions aux demandeurs »396.Cependant, l’innovation est surtout le principe qui a fondé le fonctionnement de l’Internet etconstruit le réseau que l’on connaît aujourd’hui : l’intelligence est au bord du réseau et non pasà l’intérieur. Ainsi l’innovation ouverte se calque sur la structure de la toile comme le montreDominique Cardon dans son ouvrage la démocratie internet. « Les transformation les plus spectaculaires dans les comportements de communication (les réseaux pair à pair, les premiers usages du wifi, le développement des écritures coopératives sur les blogs et les wikis, ou bien dans le domaine des services, Wikipedia, Google, Facebook) n’ont pas été construites par des équipes de recherches industrielles ou universitaires, mais par des usagers curieux et entreprenants. Elles n’ont pas été initiées par le « haut », en suivant un plan de développement industriel ou une stratégie économique réfléchie. Même si très peu ont finalement réussi, la fulgurante ascension de ces innovations venus de la périphérie du réseau est due à la structure ouverte et décentralisé d’internet »397.Ainsi les logiciels libres et les licences creatives commons en sont un autre exemplesignificatif. En revanche, transposé à la ville, quelles en sont alors les caractéristiques ? D’abord, comme pour la structure d’internet, l’intelligence n’est pas dans les locaux desinstitutions gestionnaires de la ville mais à l’extérieur dans les initiatives multiples de la sociétécivile, donc des usagers. « Regardons de prés les villes et les quartiers, partout des dizaines et des centaines d’initiatives, petites ou grandes, s’appuient sur les outils numériques pour résoudre des problèmes locaux, recréer du lien, organiser un fête ou une campagne, voir pour inventer de nouveaux modes transports, de nouvelles formes de présence des services publiques… »398. Ainsi la ville 2.0 existe déjà et c’est ce que nous verrons un peu plus loin. Intéressonsnous plutôt aux préconisations de la Fing pour que la ville puisse facilement devenir uneplateforme d’innovation ouverte. Cependant, si elle ne l‘est pas déjà de façon optimale c’estque les initiatives qui entrent dans le giron des institutions publiques, s’intègrent dans leurfonctionnement fondé sur une volonté de pilotage et de contrôle, alors qu’elles devraientutiliser la collaboration. Ainsi, l’innovation nécessite une transformation interne dufonctionnement des municipalités et des collectivités. Une transformation également externecar la capacité à innover est nécessaire et obligatoire pour la ville. Elle doit pouvoir s’adapteraux changements constants de la société. « La ville a obligation d’innover. Pour sa compétitivité et celle de ses entreprises, pour répondre aux nouvelles attentes des citadins, pour résoudre les tensions qui la traversent. Mais l’innovation a changé : elle est devenue plus rapide, plus intensive, plus multiforme, plus compétitive, et les utilisateurs y jouent un rôle croissant. Elle doit s’adapter aussi aux changements de la société. L’individualisation des modes de vie implique un degré de personnalisation et de conceptualisation des services hors de portée                                                        396 Wikipedia définition Innovation ouverte [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Innovation_ouverte (consulté le 2 mai2011) ]397 CARDON Dominique, La démocratie Internet, Paris, Seuil, coll. « la républiques des idées », 2010, 102 pages [citation p 17 ]398 KAPLAN Daniel, MARCOU Thierry, La ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte, Comment libérer les forcesde l’innovation dans la ville ?, Paris, Fing/Fypéditions, coll.« Fabrique des Possibles », 2009, 104 p.[ citation p 8 ]  111 
  • 113. d’un acteur unique »399.Ainsi, le citoyen utilise dans la ville les pratiques du web 2.0 surtout à travers la géolocalisationet la mobilité des supports. « L’exemple le plus spectaculaire réside dans la prolifération de données géolocalisées sur nos écransd’ordinateurs et de téléphones mobiles, et notamment de ces nouvelles cartographies qui mixent des données pourmieux représenter, lire, discuter, gérer, utiliser la ville »L’usager-citadin-citoyen commente, film, photographie et partage la ville. Celle-ci doit donc yêtre adaptée pour tirer le meilleur des initiatives de ses habitants. Elle doit se coller à leur modede communication et d’expression pour devenir une véritable plateforme effective et utile.Trois conditions permettraient, selon Daniel Kaplan et Thierry Marcou, à une ville d’être uneplateforme d’innovation ouverte optimale :La première est le partage et l’ouverture des données. Une ouverture qui doit être contrôlée. Ilest nécessaire de définir des conditions d’accès à ces données et des règles en matière deréciprocité, tout en anticipant les conséquences pour les différents acteurs de la ville. « Il faut pouvoir accéder aux données des systèmes d’informations géographiques territoriaux, auxhoraires des transports publics, des équipements publics, des évènements culturels et sportifs, aux donnéesbudgétaires et financières, aux études commandées par les acteurs publics, aux données en temps réel sur ladisponibilité des places de parking, l’arrivée du prochain bus ou métro… Mais le partage de ces données,publiques, mais également privées, se heurte à des obstacles culturels, réglementaires, politiques et économiques.Pour progresser, il va falloir fournir des éléments permettant aux acteurs de mieux apprécier l’intérêt et lesmodalités d’une plus grande ouverture des données »400. Ensuite, c’est l’adaptation des infrastructures existantes et des services urbains quifonctionnent aujourd’hui en « silo », c’est à dire chacun de leur coté, qui doivent à terme êtremutualisés. Ils ont généralement tous leur propre site et doivent agréger leurs compétences etles accès à leurs services pour répondre aux attentes des usagers. Une plateforme optimalenécessite également la création de nouvelles infrastructures pour répondre à un besoind’information plus élevée. « Beaucoup de services urbains fonctionnent aujourd’hui en “silos” alors qu’on aurait tout intérêt à mieuxassocier les transports au commerce, à mieux exploiter des espaces d’accueil en adaptant les services qu’ilsrendent au moment de la journée ou de la semaine, à agencer différents services publics et privés pour répondre àdes besoins complexes, etc. L’information est au cœur de ce décloisonnement. Pour faire le lien entre les services,les contenus et les utilisateurs, de nouvelles infrastructures doivent être créées. Certaines sont classiques et “dures”(réseaux, nœuds d’interconnexion, serveurs, lieux d’accès), d’autres sont “molles” : des bases de donnéescommunes, des fonds de carte, des données de géo-localisation, des dispositifs d’identification, des annuaires, desvocabulaires… »401.Enfin c’est l’implication des usagers. Il faut pourvoir leur donner les moyens de valoriser leurterritoire local et de participer à la vie de la cité d’interagir avec elle.                                                        399 MARCOU Thierry, EYCHENNE Fabien, KAPLAN Daniel, « Villes 2.0 : la ville comme plate-forme d’innovationsouvertes », Internetactu.net, publié le 28 février 2008 [ http://www.internetactu.net/2008/02/28/villes-20-la-ville-comme-plate-forme-dinnovations-ouvertes/ (consulté le 2 mai 2011) ]400 Ibid.401 Ibid.  112 
  • 114. « il s’agit de mieux intégrer les citoyens dans la conception même de nouveaux services, afin qu’ils participent dans l’avenir à leur production et leur évolution, qu’ils imaginent des moyens de les améliorer, qu’ils les agencent eux-mêmes plus intelligemment autour de leurs propres besoins. »402.Ainsi ces trois conditions permettraient de faire d’une ville, une plateforme d’innovationouverte. Ces constatations sont issues du programme d’ampleur « Ville 2.0 » organisé par leFing de 2007 à 2009. « En deux ans, Villes 2.0 a réuni plus de 1 500 personnes lors de 3 manifestations publiques, deux Carrefours des possibles, plus de 25 ateliers et conférences et de 30 interventions publiques à Paris, Bordeaux, Brest, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Rennes, Toulon, Toulouse… ainsi qu’Amsterdam, Bruxelles, Genève et Stuttgart »403.Ces manifestations continues ont permis de lancer des programmes d’expérimentationsconcrètes. Cependant, il existe déjà des exemples qui montrent que l’innovation ouverte seconstruit progressivement dans plusieurs villes du monde et notamment à travers laparticipation des citoyens. Nous allons voir maintenant quelques initiatives notamment FixMyStreet qui peuventmontrer que l’innovation urbaine ouverte débute dans les mains de ceux qui habitent la ville.Nous verrons ensuite que les institutions publiques ont aussi pris en compte les problématiquesdu numérique.2.2 L’innovation ouverte urbaine existe déjà par les initiatives des usagersNous ne pouvons restituer ici toutes les initiatives relevées par La Fing, ainsi j’en ai dégagéquelques unes qui me paraissent significatives. D’abord, il est évident de signaler que les réseaux sociaux de proximité, les blogslocaux, les moteurs de recommandation urbains et les initiatives solidaires locales, dont nousavons parlés précédemment, font partie intégrante de cette innovation urbaine ouverte qu’il fautpouvoir analyser, retranscrire et fédérer afin de révéler un tissu numérique local maillé etnécessaire à la construction d’une plateforme 2.0. Ainsi, en plus de ces nombreux exemples quinous ont intéressés plus particulièrement au cours de ce mémoire, il m’a semblé nécessaire devous exposer quelques initiatives qui m’ont parues pertinentes. La première est FixMyStreet404. Ce projet anglais crée en 2007 permet aux habitants deLondres de signaler des problèmes sur les installations publiques qu’ils relèvent dans leur                                                        402 Ibid.403 Bilan du programme Ville 2.0 en 2009 [ http://fing.org/?Bilan-du-programme-Villes-2-0-en (consulté le 3 mai2011) ]404 FixMyStreet Grande Bretagne [ http://www.fixmystreet.com/ (consulté le 3 mai 2011) ]  113 
  • 115. quartier. Le projet a été fondé par une communauté de bénévoles issues de mysociety.org.mysociety.org est une association anglaise, fondée en 2003, qui regroupe une communauté debénévoles et de développeurs open-source rémunérés. « Selon eux, ils ont deux missions : la première est de donner aux citoyens anglais des outils simples d’implication civique. La seconde est de démontrer, via leurs réalisations, comment la 405 représentativité et la vie des usagers peut s’enrichir de l’usage des nouvelles technos » .Ils sont d’ailleurs à l’origine de Pledgebank406, ou promessotheque dans sa version française,qui repose sur le principe suivant « si je trouve 10 personnes comme moi prêtes à faire ça alorsje le fais » mais aussi de theyworforyou407 pour découvrir ce que font les députés anglais(historique des prises de position, archives des textes et speech). Ainsi FixMyStreet est leurprojet local citoyen, donnant la possibilité aux usagers de signaler les défaillances qu’il relèvedans leur ville. Sur ce site open source les citoyens peuvent annoter la carte de leur quartier etremplir un formulaire décrivant le problème. En général, il s’agit de problème de voirie, destationnement, d’éclairage public, des trottoirs abimés etc. Le formulaire permet également dejoindre une photo408. Ce qui est également intéressant c’est la possibilité pour les citoyensd’échanger entre eux à propos de chaque signalement et de suivre leurs résolutions. Plus qu’uneremonté d’information Fix my street permet une coconstruction citoyenne. Le signalement estensuite transmis aux autorités compétentes, en général la municipalité. Cette expérience a eu ungrand succès. Accessible aujourd’hui sur mobile et étendu à d’autres villes anglaises, Fix mystreet a permis en Grande Bretagne de résoudre 140 000 problèmes409. Cette initiative atellement bien marché que l’association canadienne VisibleGouvernment.ca a ouvert un clonede l’initiative anglaise, à laquelle la ville d’Otawa a d’ailleurs collaboré410. En France, la villede Merygnac a lancé cette année 2011 son FixMyStreet à elle sous le nom de « Léon »,personnification de la boite aux lettres des signalements411. Egalement accessible depuis unmobile, l’usager marque son problème sur une carte le classe par catégories et ensuite lecommente, il n’est pour le moment pas possible de mettre de photo412. La ville est la premièreen France à proposer ce service qui est d’ailleurs également accessible sur mobile413. Sur unautre registre que les réseaux sociaux cette initiative citoyenne facilitant la démocratie localeest particulièrement pertinente. On peut également citer Roule ta ville. C’est un site de covoiturage lancé en 2009                                                        405 MARTIN Alban, « pour un mysociety.org en France », ReadWriteWeb Francophonie, publié le 6/11/2009 [http://fr.readwriteweb.com/2009/11/06/nouveautes/mysociety-org-france / (consulté le 3 mai 2011)]406 Site Pledgbank / promessothéque [ http://www.pledgebank.com/ (consulté le 3 mai 2011)]407 Site theyworkforyou [ http://www.theyworkforyou.com/ (consulté le 3mai 2011) ]408 FixMyStreet [409 Site Fix my street Grande Bretagne [ http://www.fixmystreet.com/ (consulté le 3 mai 2011) ]410 Site Fix my street Canada [ http://fixmystreet.ca/ (consulté le 3mai 2011) ]411 Site Leon de la ville de Mérignac [ http://leon.merignac.com/ consulté le 3 mai 2011) ]412 Vidéo de présentation du service Léon sur Dailymotion : [ http://www.dailymotion.com/video/xgjnut_leon-sur-merignac-com-un-service-web-revolutionnaire_tech#from=embed (consulté le 4 mai) ]413 GUIBE Fabienne, « "Léon", une plateforme de signalement des problèmes en ville, à Mérignac », blog del’atelier - laboratoire de la démocratie locale et des innovations d’usages, publié le 15 février 2011[ http://innovationsdemocratic.org/pg/news/fguibe/read/54598/lon-une-plateforme-de-signalement-des-problmes-en-ville-mrignac (consulté le 3 mai 2011) ]  114 
  • 116. destiné aux familles qui veulent mutualiser les déplacements de leurs enfants vers leursactivités de loisirs. « L’ambition de Rouletaville est d’alléger cette tâche que connaissent tousles parents qui doivent chaque semaine s’organiser pour accompagner leurs enfants à leursdifférentes activités sportives et culturelles »414. Dans un autre genre, l’espace local et la villepeuvent être revivifiés par les voyageurs externes qui y passent, ainsi Wikimapia415 où lesexpériences de touristes sont publiées, en est un exemple. La perception qu’ont les étrangers del’espace local et la visibilité de leur expérience, influe sensiblement sur celui-ci. On peut citerle développement du couchsurfing ou des voyageurs sont invités gratuitement chez leshabitants du lieu où ils veulent aller416. Le principe « CouchSurfing est un réseau mondial dontle but est de mettre en contact les voyageurs avec les communautés locales quils visitent » enpermettant au voyageur de trouver un canapé où dormir et à celui qui accueille de rencontrerdes étrangers et leur faire partager leur espace local Comme nous venons de le voir, les municipalités sont au centre de la ville 2.0, car entant que gestionnaire de la ville, elles se doivent de s’organiser pour coller au mieux auxdemandes des usagers. Ainsi, les pouvoirs publics en France ont lancé depuis 2000 des espaceslocaux numériques pour lutter contre la fracture numérique et permettre à chacun d’avoir accèsà cet outil formidable qu’est Internet pour la vie sociale.2.3 Les collectivités et le numérique local : Espaces publics numériques etinnovations collaboratives  Les pouvoirs publics sont parties prenantes de la vie numérique locale. Par le bais descollectivités territoriales et de l’Etat les espaces publics numériques (EPN) ont été créés en2000 avec la volonté de lutter contre la fracture numérique. Ainsi, selon l’INSEE, en dix ans, laproportion de ménages disposant d’un accès Internet à la maison est passée de 12 % à 64 %. Lafracture numérique tend donc à se réduire mais des différences selon le diplôme et la catégoriesociale demeurent. L’ordinateur est encore le support le plus utilisé, mais de nouveaux moyensd’accès à Internet se développent. L’internet mobile, par exemple, fait une percée notable :24 % des internautes ont déjà surfé en 2010 sur Internet via leur téléphone portable contreseulement 9 % en 2008417. De fait, le développement des technologies et la mobilisation despourvoir publics a permis une nette diminution de la fracture numérique. Cependant, l’accès aunumérique passe par une volonté plus large de participer à « la réduction des inégalitésgéographiques, culturelles, sociales et économiques entre les publics présents sur un même                                                        414 Site Roule ta Ville [ http://www.rouletaville.fr/ (consulté le 3 mai) ]415 Site wikimapia [ http://wikimapia.org/ (consulté le 3 mai)]416 Site couchsurfing.org [ http://www.couchsurfing.org/ (consulté le 3 mai) ]417 INSEE - division condition de vie des ménages -Deux ménages sur trois disposent d’internet chez eux [http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1340 (consulté le 4mai 2011) ]  115 
  • 117. territoire »418. « Destiné à tous les publics, un espace public numérique propose à ses usagers des activités variées etencadrées, par le biais d’ateliers collectifs, mais également dans le cadre de médiations individuelles et de plagesréservées à la libre consultation.(… ) Un ou plusieurs animateurs multimédias accompagnent, initient, aidentchacun à maîtriser et à bien utiliser ces outils et services offerts par internet et plus largement par les technologiesde l’information et de la communication. Certains de ces espaces sont « généralistes » , d’autres « spécialisés »(vidéo et photo numériques, accompagnement dans la recherche d’emploi, lutte contre l’exclusion,l’illettrisme…) »419. Aux nombres de 4 000, les EPN maillent les territoires. Lieux de découvertes del’espace numérique et de compréhension des usages d’Internet, ils donnent également un accèsgratuit à ceux qui n’en ont pas. S’ils ont été lancés initialement par le gouvernement, leursdéveloppements se sont collés aux problématiques locales, tantôt impulsés par des programmes« régionaux, départementaux, de villes ou de syndicat de communes » tantôt par des initiativesassociatives locales. Cette éducation numérique est nécessaire pour permettre à tous les usagers de pouvoirparticiper aux processus d’innovations ouvertes chers à la Fing. Ainsi les EPN par leur ancragedans les territoires sont des terreaux fertiles à l’innovation ouverte.En s’appuyant sur les EPN, de multiples collectivités ont expérimenté des techniquescollaboratives pour révéler les spécificités locales et faire participer tous les publics de leurterritoire. Ainsi Wiki-Brest en est un exemple significatif. Ce projet a été porté par la ville deBrest et par un ensemble d’associations de la région420. L’objectif est de faire écrire leshabitants pour qu’ils racontent leur territoire sous toutes les formes. Que ce soit par deschansons, des photos, des portraits, des récits ou encore des témoignages ils peuvent ensembleraconter l’histoire du pays de Brest : « le projet associe habitants, journaux de quartier,associations, artistes, bibliothécaires, et enseignants, dans une écriture multimédiacollaborative. » Lancé en 2006, Wiki-Brest s’appuie en premier lieu sur les réseaux des EPN dela ville pour former son socle d’articles. Ainsi, les premiers articles ont été récoltés parl’organisation de « Wiki journées » dans toutes les villes de la région. Au 4 mai 2011 Wiki-Brest totalisait 17 240 pages illustrées par 9 039 images, sons et vidéos. D’ailleurs, il n’est pasétonnant de voir cette pratique se démultiplier dans plusieurs territoires. Ainsi, la ville deThionville a elle aussi lancé en 2009 son portail d’écriture collaborative sur le même modèlesous le nom de Wiki-thionville421. Ou encore, le département de la Manche avec Wiki-Manchequi est le fruit d’une initiative associative en collaboration avec les EPN de la Manche qui a étélancé en 2007. Innovant, un espace dédié aux entreprises a été ouvert « afin de montrer auxinternautes les compétences, marchés, savoir-faire des artisans, commerçants et sociétés » du                                                        418 Site Net public – qu’est ce qu’un espace public numérique [ http://www.netpublic.fr/net-public/espaces-publics-numeriques/presentation/ (consulté le 4mai 2011)]419 Ibid.420 Site Wiki- Brest[ http://www.wiki-brest.net/index.php/Wiki-Brest,_les_carnets_collaboratifs_du_Pays_de_Brest(consulté le 3 mai 2011) ]421 Site Wiki-Thionville [ http://www.wikithionville.fr/index.php?title=Wikithionville:%C3%80_propos (consultéle 3 mai 2011) ]  116 
  • 118. département422. Un grand nombre d’autres initiatives émerge avec le concours des EPN. En voiciquelques unes. D’abord, Rézograph est un outil de collaboration et de mise en relation desacteurs sociaux. Destiné aux travailleurs sociaux intervenant sur le territoire du Fontenay-sous-Bois dans le Val de Marne soit 55 personnes, il permet au sein d’un espace partagé de connaîtrel’ensemble des dispositifs sociaux mis en place par un quartier423. Ensuite, on peut citer le blog « quartiers de vie » dont l’objectif est de permettre auxhabitants et aux associations du 15e arrondissement de Marseille de parler de l’actualité« positive » de leur quartier et de mieux faire connaître son histoire424. « Ce Site WebCollaboratif, quartiersdevie.org, est un espace d’information et d’expression. Il a pourambition d’améliorer la visibilité des initiatives des habitants et des acteurs du 15earrondissement de Marseille et de leur donner la possibilité d’une intervention commune »425. Avec un tout autre objectif celui de dynamiser l’emploi local, la mission locale de« Montélimar Porte de Provence » a lancé une série de CV filmés de 250 jeunes de plusieursquartiers d’une Zone urbaine sensible de la ville. L’objectif : développer un travail sur l’imagede soi et la préparation à l’entretien via des outils numériques426.Enfin, nous arrêterons là notre liste d’initiatives avec celle de multiples villes (18) qui ontchoisi une plateforme collaborative pour les habitants de leurs municipalités. Développé par lasociété Etyssa, ces plateformes permettent en théorie de pouvoir « rencontrer ses voisins pourpartager vos passions (sport, danse, dessin..), des compétences (techniques, manuelles..) ,échanger des objets (recyclerie) ou acquérir de nouveaux savoir-faire ». Beaucoup moinsperformant que les réseaux sociaux de proximité Voisinéo, ma-residence.fr et Peuplade de parleur manque d’ergonomie, ces plateformes ont par contre l’avantage d’être intégrés au site de lamunicipalité, gage d’une certaine sécurité. Entre Vanvéains427, entre Garennois428, entreJoinvillais ou encore entre Bauvillesois429 (dont nous avons parlé plus haut) sont des servicesen plus. Solution hyperlocale et peu couteuse elle montre tout de même l’engouement pourl’utilisation collaborative du numérique locale. Ainsi certaines collectivités en collaboration avec des associations ont déjà pris les                                                        422 Article sur Wikimanche sur Net public http://www.netemploi.fr/2010/08/presentation-d-entreprise-par-un-epn-via-un-wiki-territorial-de-la-manche/#more-2013423 Article sur le site Artesie - Ile de France relatif à l’initiative rezographe publié le 15 ars 2010 [http://www.artesi.artesi-idf.com/public/article/rezograph-des-travailleurs-sociaux-en-reseau-a-fontenay-sous-bois.html?id=20979&crt=481 ]424 MASUREL Hervé et l’association villes Internet, Solidarités numériques et politique de la ville un levier pourréduire les inégalités recueil des pratiques, édition du CIV, 2011[Téléchargeable sur le site de l’association villesinternet http://www.villes-internet.net/lassociation/nos-publications/ ]425 Site « quartiers de vie » [426 Masurel Hervé et l’association villes Internet, Solidarités numériques et politique de la ville un levier pourréduire les inégalités recueil des pratiques, édition du CIV, 2011[Téléchargeable sur le site de l’association villesinternet http://www.villes-internet.net/lassociation/nos-publications/ (consulté le 4 mai 2011) ]427 Site Entre vanvéains [ http://www.entre-vanveens.fr/ ]428 Site Entre garennois [ http://lagarennecolombes.etyssa.com/ ]429 Site Entre beauvillesois [ http://www.entrebeauvillesois.fr/ ]  117 
  • 119. devants, ces initiatives ont sûrement du être relevées par les spécialistes de la Fing pourconstruire un programme national d’innovation d’ampleur nationale. La fondation, avec l’appuide plusieurs villes, a mené des expérimentations qu’il me semble intéressant de vous présenterpour terminer ce mémoire sur une touche d’innovation.2.4 Les expérimentations d’innovation ouverte de la Fing : utiliser la villelocale pour construire la ville globale. La Fing a lancé plusieurs projets qui touchent plus ou moins les problématiques locales. Ainsij’en ai relevé trois: la montre verte, city scan et city média. Ils semblent tous s’intégrer dansune démarche globale d’innovation ouverte nommée « city pulse ».La montre verte est un projet d’outil personnel de mesure de la pollution en ville. Elle estfondée sur la participation de citoyens volontaires qui sont dotés d’une montre intégrant unGPS, un capteur de CO2 et un capteur de bruit. D’abord expérimenté à Paris ce dispositifpermettra : « de disposer d’un réseau de 1000 capteurs en mouvement dans la ville contre actuellement 65 stations de mesure dans toute l’Ile de France (Airparif). Mais pas question de monétiser ces relevés. Les mesures seront disponibles en « données ouvertes » sur la plate-forme CityPlus et pourront donc être exploitées librement pour la réalisation de cartes, de modèles, de comparatifs… » Cette idée s’inscrit dans une démarche de faire du local, une source d’informations pourla ville globale. Elle s’inscrit dans la démarche Cityscan qui a pour objectif de mesurer le« pouls » de la ville. Une plateforme dont les « données dessineraient le vrai portrait de la"ville vécue" ». Aujourd’hui, la ville produit un très grand nombre de données géolocalisées entemps réels « trafic automobile et des transports, télécoms, données météo etenvironnementales, informations issues des grands réseaux (logistique, eau, électricité…),capteurs de tous types, etc. » mais aucun moyen ne permet de les collecter ensemble et de lesrestituer agrégées. La technologie Urban Mobs fait partie de cette démarche. Première pierre de cettecollecte de données, son intérêt est de créer une représentation 3D des déplacements deshabitants. Notamment via les téléphones portables des citadins, elle permet de représenter lespoints chauds, les points de regroupements. Elle pourrait être utile pour les noctambules, maiségalement pour adapter en temps réel les transports publics comme les trajets de bus parexemple. Cette technologie, tout en étant agrégée à de multiples autres données, contribuerait àfaire émerger des services urbains particulièrement innovants. Une première version avait étéprésentée au grand Palais à l’exposition « la nuit des images » en 2008. Aussi la ville de Pariss’intéresse particulièrement à la démarche qui souhaite d’abord lancer un « systèmedinformation géographique, regroupant les données de ses services de voirie ». « " Nous vivons une vraie révolution dans la gestion de nos cités ", indique Jean-Philippe Clément, chargé de mission TIC à la Mairie de Paris. " Il ne sagit plus seulement de proposer un service mais dimpliquer partenaires et habitants pour répondre à leurs attentes ". Car " les utilisateurs ne se  118 
  • 120. contentent plus de recevoir les services, ils deviennent des acteurs à part entière ", assure Christophe Aguiton, chercheur et sociologue chez Orange Labs »430.Cette restitution de données pourrait se faire via le city wall ou « mur communicant ». La Fingen partenariat avec Seconde Nature, Zinc, l’école Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence, ainstallé, au sein de la bibliothèque de l’Alcazar (Marseille) et de la Cité du Livre (Aix-en-Provence), deux prototypes de "murs communicants" ou city média reliés ente eux du 22 marsà la mi avril 2011. « Grand écran interactif tactile, installé dans l’espace public, qui peut être activé par plusieurs personnes àla fois, agissant de concert ou de manière indépendante. Ses contenus sont d’ordres informatifs, culturels,touristiques, mais aussi artistiques, ludiques… Ce projet est inspiré d’une expérimentation menée à Helsinki. C’estun nouveau média urbain de communication, de service et d’échange entre les habitants et les visiteurs de laville »431.L’espace local est ainsi mis au service d’une démarche globale collant avec les besoins del’usager-citoyen-citadin. Ces plateformes le rendent acteur de sa ville.                                                        430 Duval Cédric, Dans la ville 2.0, cest le citadin qui fournit linfo, Les Echos N°20369 du 23 fevrier 2009, p 10[ http://archives.lesechos.fr/archives/2009/LesEchos/20369-41-ECH.htm (consulté le 4 mai 2011) ]431 Site Fing [ http://fing.org/?Le-City-media-s-experimente-a-Aix (consulté le 4 mai 2011) ]  119 
  • 121. Conclusion La grande histoire d’Internet a débuté à partir de plusieurs réseaux locaux, émergeantpresque simultanément, de chaque côté des Etats-Unis. Ces cercles scientifiques travaillaient àdes projets locaux, a priori sans rapport. « L’articulation des différents réseaux d’ordinateur,celui des militaires de l’Arpa Ipto et celui de Usenet, le forum des utilisateurs d’Unix (…)»432entre autres ont mis plus de trente ans à être connecté les uns aux autres pour former l’internet,réseaux global que l’on connaît aujourd’hui. Mais comme nous venons de le voir, le réseau estle fruit de multiples initiatives individuelles. Il se construit avec ceux qui sont aux bords duréseau. Si Internet continue à devenir une véritable galaxie sans frontière, un village global, j’aitenté de vous démontrer tout au long de ce mémoire une autre tendance concomitante, celle deson ancrage territorial. En effet, nous l’avons évoqué, l’espace urbain se construit sur un modèle similaire àcelui d’internet: ce sont des groupes d’individus aux origines diverses qui se regroupent pourformer un ensemble. La ville se construit, s’identifiant à des quartiers, s’agrégeant à d’autres.Les citadins forment la ville. On stigmatise cette dernière ainsi qu’internet du même préjugéd’un espace où les relations sont futiles et sans consistance. Aussi la ville apparaît comme unemosaïque d’individus et de communautés, où, malgré les politiques urbaines, de nombreusesstigmatisations et inégalités demeurent. Au sein d’un quartier l’on trouve des sociabilitésparticulières liées à l’individualité et aux trajectoires de chacun mais également à la vision desautres de notre lieu d’habitation. Espace de frottement, il oblige les individus le peuplant àvivre ensemble. Cependant la seule proximité ne suffit pas. En imaginant leurs cités idéales lesutopistes y ajoutaient la construction d’un ancrage commun (l’éducation, le respect du travailde chacun et d’autrui, la recherche du bonheur...).Et si c’était le web qui permettrait cet ancrage, facteur d’un meilleur vivre ensemble ? Cettequestion est celle qui a ouvert ce mémoire. Elle sera celle qui le conclut car ce que j’ai purelever tout au long de mon travail est un ensemble d’indices qui tendent à montrer que le webpeut être un outil formidable pour améliorer le vivre ensemble. Internet a, en effet, unavantage : il n’est pas comme la ville. « la ville est physique et minérale elle n’est pasextensible à l’infini ». La ville a une longue histoire et « ses éventuels dysfonctionnementspeuvent avoir des conséquences dramatiques »433. Alors que sur le web il est plus aisé d’expérimenter et ainsi de tester de nouvellespratiques locales. D’autant plus qu’internet crée de nouvelles formes de sociabilités. L’individu                                                        432 CARDON Dominique, La démocratie Internet, Paris, Seuil, coll. « la républiques des idées », 2010, 102 pages [citation p 15 ]433 KAPLAN Daniel, MARCOU Thierry, La ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte, Comment libérer les forcesde l’innovation dans la ville ?, Paris, Fing/Fypéditions, coll.« Fabrique des Possibles », 2009, 104 p.[ citation p 48 ]  120 
  • 122. naviguant entre la sphère de l’information et de la conversation y est actif. En fonction de cequ’il recherche et avec qui il souhaite rentrer en contact, il modère sa visibilité. L’exposition desoi sur la toile, tronquée par la protection de l’écran ou du pseudo, crée de nouvelles formes dediscussion. Avec les réseaux de proximité, l’espace où l’on vit se voit rempli de relationsspécifiques sur le web (annonces, services, partages) et de relations spécifiques hors de la toilequi en sont la concrétisation. Tous les sites de proximité participent à cette vasteexpérimentation d’impulsion de la relation par le web et de concrétisation de la relation par laproximité physique. Ainsi, je pense intimement que le web de proximité à un rôle majeur à jouer dans lesprochaines années. D’abord il semble indéniable que regrouper la proximité physique etinternet peut permettre de créer du lien social. ma-residence.fr, Voisinéo ou Peuplade sont desexpériences qui contribuent à améliorer la manière dont les individus vivent ensemble dans lasociété (globale) en ayant pour objectif d’ancrer les individus dans la communauté humaine deproximité à laquelle ils appartiennent (locale). Ensuite, le sentiment de solidarité est incontestablement le socle de la construction d’unmeilleur vivre ensemble. En s’associant, l’être humain avance, construit, innove. L’association,cadre juridique de la loi 1901, initiative de la société civile en est une concrétisationprofondément ancrée dans les territoires. Les associations sont parties prenantes de ce nouveauphénomène du web local, où, sur les réseaux de proximité, elles trouvent de nouveaux moyenspour exister et expérimenter leurs innovations. Le web permet aussi l’émergence de nouvellesformes de communautés solidaires. Nous l’avons vu avec Web solidarité, qui mobilise leshabitants d’un même quartier, pour créer du lien social autour de l’un d’entres eux, troplongtemps exclu. De plus, suite à la crise globale, des tendances comportementales se dégagent. Par ladébrouille, le recyclage, le troc, de multiples comportements valorisent l’espace local où le webprend toute sa place. Cependant toutes ces initiatives sont atomisées. Ensemble elles formentun groupement d’innovations sociales locales qui doit être mieux pris en compte par lescollectivités. C’est ce que préconise la Fondation Internet Nouvelle Génération, avec sesexpérimentations en matière d’innovations urbaines ouvertes. Les données et expérienceslocales qu’elles créent par ses initiatives doivent être exploitées au niveau de chaque cité pouren permettre la reproductibilité et faire de plus en plus participer l’usager. Enfin, je ne pourrais conclure sans évoquer un autre futur du web de proximité dans ledéveloppement de l’internet mobile. Le troisième observatoire de l’internet mobile 2011 apublié les résultats suivants : sur un panel de 1007 personnes 50% des personnes interrogéesont désormais accès à Internet via leurs mobiles (45% en 2010) et le nombre d’options Internet“illimité” a été multiplié par 2,6 en 2 ans434. Ces chiffres sont révélateurs d’un véritableengouement des consommateurs pour les Smartphones et notamment pour les techniques de                                                        434 observatoire de l’internet mobile est une étude réalisée par SFR régie et Groupm dont les résultats sontaccessible sur slideshare [ http://www.slideshare.net/smobile/3eme-observatoire-de-linternet-mobile-2011(consulté le 4 mai 2011) ]  121 
  • 123. géolocalisation. Le mobile sera d’autant plus pertinent pour les réseaux sociaux de proximitécar il permettra de garder un lien avec la communauté d’ancrage. Nous serons alors des« mobinautes » ancrés. Cependant, les sites de proximité, et plus particulièrement les réseauxsociaux, devront faire attention aux dangers de la géolocalisation. Un certain nombre de moteurde recommandations s’y sont déjà attelés et ma-residence.fr est accessible sur mobile pour lemoment sans la géocalisation. L’internet mobile permettrait de révéler l’hyperlocal pour mieuxconstruire le vivre ensemble. Ainsi, nous assistons à ce phénomène local-global ou global-local auquel le web deproximité participe. Le « glocale » néologisme à la mode, utilisé en communication se résumeavec cette phrase bien connue « penser globalement, agir localement », les sites de proximitéfont l’inverse. Ils agissent localement pour construire globalement.  122 
  • 124. Bibliographie1 > Sociologie urbaine- AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeuxscientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, coll.« Recherches », 2007, 293 p.- AUTHIER Jean-Yves « Les « quartiers » qui font lactualité », Espaces et sociétés 1/2007 (n°128-129), p. 239-249.- AVENEL Cyprien, Sociologie des « quartiers sensibles », Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2004, 128 p.- AUTHIER Jean-Yves., BENSOUSSAN Bernard, GRAFMEYER Yves., LEVY Jean-Pierre., LEVY-VROELANT Claire, Du domicile à la ville. Vivre en quartier ancien, paris, Anthropos, coll.Villes, 2001, 214p- BANOS Vincent et al. , « Anonymat en localité. Enquête sur les relations de voisinage enmilieu rural », Cahiers internationaux de sociologie, 2009, n° 127, PUF, p 247-267- CAUBEL David, Lurbanisme et lorganisation du territoire, Centre dEtudes sur les réseaux,les transports, lurbanisme et les constructions publiques (CERTU), 2007- FORREST Ray, « Le voisinage ? Quelle importance ? » Revue internationale des sciencessociales, Janvier 2007, n°191, p. 137-151- FIJALKOW Jean-Yves « Construction et usage de la notion de quartier village. Village decharronne et Goutte d’or » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACEFrance, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, LaDécouverte, coll. « Recherches », 2007, 293 p- GUERIN-PACE France « Le quartier un lieu investi – Le quartier entre appartenance etattachement… » dans Op.cit. AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACEFrance, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales…[citationp. 152]- GRAFMEYER Yves « la quartier des sociologues » dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiquessociales, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2007, 293 p. [citation p21]- GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll.« 128 », 2008, 128 p.- HARNNERZ ULF, Explorer la ville (1980), traduit et présenté par Isaac Joseph, Minuit, 1983,  123 
  • 125. - MAZELLA Sylvie, Effets de quartier…à l’échelle de la rue, dans AUTHIER Jean-Yves, BACQUEMarie-Hélène, GUERIN-PACE France, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques etpratiques sociales, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2007, 293 p- PAGINEL Léa, Oberkampf évolution sociale dun quartier, Paris, Odéon, 2007 169 p.- PINÇON Michel et PINÇON-CHARLOT Monique, Dans les beaux quartiers, Paris, Seuil, 1989- RAMADIER Thierry « Le quartier un lieu investi – mobilité quotidienne et attachement auquartier… » dans Op.cit. AUTHIER Jean-Yves, BACQUE Marie-Hélène, GUERIN-PACE France,Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales…- VIEILLARD-BARON HERVE, Les banlieues : un exposé pour comprendre, un essai pourréfléchir, Paris, Flammarion, coll. « Dominos », 1996, 128 p2 > Internet et lien social- ANTOINE Jenny, « Travail social, lien social et Internet », EMPAN, 2009, n°76- BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p.- BRETON Philippe, Le culte de lInternet : une menace pour le lien social ?, Paris, LaDécouverte & Syros, coll. « Sur le vif », 2000, 124 p.- CARDON Dominique, « Le design de la visibilité un essai de cartographie du web 2.0 »Réseaux, 2008, n°152- CARDON Dominique, La démocratie Internet, Paris, Seuil, coll. « la républiques des idées »,2010, 102 p [ citation p 17 ]- CASSALI Antonio, Les liaisons numériques - Vers une nouvelle sociabilité , Seuil, Coll. « Lacouleur des idées », 2010, 331 p.- LETHIAIS Virginie, ROUDAUT Karine, « Les amitiés virtuelles dans la vie réelleProfils, motifs et modalités de construction », Réseaux, 2010, n°164, p. 16 - 49- GRASSINAU Benjamin, « Redynamiser le lien social par léconomie sociale et solidaire via unréseau Internet citoyen », 2009, CEDREA - les cahiers des dynamiques sociales et de larecherche actions, [http://www.cedrea.net/Redynamiser-le-lien-social-par-l]- MASUREL Hervé et l’association « villes Internet », Solidarités numériques et politique de laville un levier pour réduire les inégalités recueil des pratiques, édition du CIV,2011[Téléchargeable sur le site de l’association villes internet http://www.villes-internet.net/lassociation/nos-publications/ ]  124 
  • 126. 3 > Histoire de l’économie sociale et solidaire, des associations et des formes desolidarités et Utopies- DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll.« Acteurs de la science », p. 147- FOURIER Charles, Théorie des quatre mouvements et des destinées générales, Lyon, 1808- GORDON Peter, Robert Owen, « Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée »(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 287-306- GODIN Jean-Baptiste-André La Richesse au service du peuple, le Familistère de Guise, Paris,Bibliothèque Démocratique, 1874, 191p- JONAS Olivier, Rêver la ville … Utopies urbaines : de la cité idéale à la ville numériqueVoyage au pays des villes rêvées : l’Oniropolis, l’Utopia, la Virtuapolis, la Cyberpolis, laFuturapolis…, Paris, La Documentation Française, 2003.Accessible sur le site du centre de documentation de l’urbanisme :[ http://www.cdu.urbanisme.equipement.gouv.fr/article.php3?id_article=111 ]- MORE Thomas, Utopia, 1516 Livre premier - accessible sur Wikisource :[ http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Utopie/Livre_1 ]- PAQUOT Thierry, « Utopie : uniformité sociale ou hétérogénéité Thomas More, Robert Owen,Charles Fourier et André Godin revisité », Informations sociales, 2005, n°1254 > Politique de la ville, économie sociale et solidaire et développement locale- BRODACH ARI ET GOFFI MELANIE, « La politique de la ville : une trajectoire dedéveloppement urbain durable ? », Développement durable et territoires [En ligne] , Dossier 4 :La ville et lenjeu du Développement Durable , publié le 17 novembre 2005. [http://developpementdurable.revues.org/1493 ]- DAGHRI Taoufik (dir) et ZAOUL NECHAD Hassan (dir), ALCOLEA Anne Marie, DUEZ Philippe,[et al.], Economie solidaire et développement local : vers une démocratie de proximité, Paris,GREL - Horizon pluriel, 2007, 219 p5 > Internet, proximité et territoires géographiques- AUTHIER Jean-Yves, « Evolutions des sociabilités : du voisinage à l’Internet », dans HUYNH(P. M.), Habitat et vie urbaine. Changements dans les modes de vie, Paris, Éditions du PUCA,2006, p. 119-124.- DUARTE Paulette, « pratiques d’Internet et espace de sociabilité », dans HUYNH (P. M.),Habitat et vie urbaine. Changements dans les modes de vie, Paris, Éditions du PUCA, 2006,p. 125-131.  125 
  • 127. - KAPLAN Daniel, MARCOU Thierry, La ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte, Commentlibérer les forces de l’innovation dans la ville ?, Paris, Fing/Fypéditions, « Fabrique desPossibles », 2009, 104 p.7 > Sociologie de la proximité / Solidarité de proximité / Economie de proximité- BOURDIN Alain, GERMAIN Annick , LEFEUVRE Marie-Pierre, La proximité constructionpolitique et expérience sociale, Paris, lHarmattan, 2006, 308 p.- BOUVET Laurent, Le communautarisme - Mythes et réalités, Paris, Lignes de Repères, 2007,160 p- DURKHEIM Emile, De la division du travail social (1893), Paris, Puf ,1978, [citation p.239]- FRERE Bruno, Le nouvel esprit solidaire, Paris, DDB, coll. « Solidarité et société », 2009, 432 p.- GUEDON Jérôme, Approches de la notion de proximité en sciences sociales, Ecole deManagement de Normandie, 20058 > Autres- HUGO Victor, Actes et paroles - Depuis l’exil 1876-1885 - Paris - V. Déclaration de paix,Paris, 1885- MAALOUF Amin, Les identités meurtrières, Paris, Grasset,1998, 189 p  126 
  • 128. Webographie1> Réseaux sociaux de proximitéma-residence.fr> http://www.ma-residence.fr/Peuplade> http://www.peuplade.fr/home/nHome.phpVoisinéo> http://www.voisineo.com/entrebeauvillesois> http://www.entrebeauvillesois.fr/entrevanvéains> http://www.entre-vanveens.fr/entregarennois> http://lagarennecolombes.etyssa.com/2> Sites de proximité (orientés commerce)Facebook> http://www.facebook.com/places/Foursquare> https://fr.foursquare.com/Justacoté> http://www.justacote.com/e-quartier> http://www.e-quartier.com/dismoioù> http://dismoiou.fr/3> Solidarité, Innovation sociale, développement durableWeb Solidarité> http://www.websolidarite.fr/  127 
  • 129. La Ruche> http://www.la-ruche.net/Entrepreneurs Sans Frontières.> http://www.esf-france.org/intro.php (consulté le 1 mai 2011)]Les cafés projets> http://www.cafeprojets.fr/index.php?id=7La chaine de l’espoirehttp://www.chainedelespoir.org/Site de la Fédération des Centres et Socioculturels de France> http://www.centres-sociaux.fr/qui-sommes-nous/faq/Site de L’Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires (ANDES)> http://www.epiceries-solidaires.org/Site national des AMAP> http://www.reseau-amap.org/4> Utopies / urbanismeCdu urbanismes> http://www.cdu.urbanisme.equipement.gouv.fr/article.php3?id_article=111Exposition « Utopies » en ligne sur le site de la bibliothèque nationale de France – Utopia> http://expositions.bnf.fr/utopie/grand/2_02.htm5> Sites de troc et de récupérationSite Trocdemaison.com> http://www.trocmaison.com/Site Freecycle français> http://fr.freecycle.org/accueil/Site Freecycle mondial> http://www.freecycle.org/  128 
  • 130. 6> Blogs spécialisésBlog C-local>http://www.clocal.fr/Blog Tidamz « Badges Foursquare comment les obtenir »> http://tidamz.tumblr.com/post/420670529/badges-foursquare (consulté le 17/04/11)Blog de l’atelier - laboratoire de la démocratie locale et des innovations d’usages> http://innovationsdemocratic.org/Site a-brest> http://www.a-brest.net/Blog de Philippe Buschini> http://www.buschini.com/2009/12/04/identite-traditionnelle-versus-identite-numerique/7> Initiatives territoriales, collaboratives et de démocratie participativesNet public présentation des espaces publics numériques> http://www.netpublic.fr/net-public/espaces-publics-numeriques/presentation/Site Wiki-brest> http://www.wiki-brest.net/FixMyStreet Grande Bretagne> http://www.fixmystreet.com/FixMyStreet Canada> http://fixmystreet.ca/Leon de la ville de Mérignac> http://leon.merignac.com/Roule ta Ville> http://www.rouletaville.fr/Wikimapia> http://wikimapia.org/Wiki-manche> http://www.wikimanche.fr/AccueilWiki-Thionville> http://www.wikithionville.fr/index.php?title=Wikithionville:%C3%80_proposQuartiers de vie  129 
  • 131. > http://www.quartiersdevie.org/Site de l’association « Villes Internet »> http://www.villes-internet.net/8> Articles de journaux en ligneOlivier Tesquet « Foursquare, pour quoi faire? » publié le 9 avril 2010 sur le site d’informationSlate.fr:> http://www.slate.fr/story/19435/foursquare (consulté le 17/04/11)]Alban Martin, « pour un mysociety.org en France », ReadWriteWeb Francophonie, publié le6/11/2009> http://fr.readwriteweb.com/2009/11/06/nouveautes/mysociety-org-france /Selma Bekkaoui, « Geolid veut s’imposer comme une alternative aux Pages Jaunes », 3décembre 2010 TechCrunch France> http://fr.techcrunch.com/2010/12/03/geolid-veut-s%E2%80%99imposer-comme-une-alternative-aux-pages-jaunes/Stéphane Menu, « les centres sociaux à la dérive », la lettre du cadre territorial, n°416, 15février 2011 disponible sur Le site portail des professionnels territoriaux>http://www.territorial.fr/PAR_TPL_IDENTIFIANT/16596/TPL_CODE/TPL_REVUE_ART_FICHE/PAG_TITLE/Les+centres+sociaux+%E0+la+d%E9rive+%3F/337-sportives.htmVincent Glad, Groupon, la croissance la plus rapide de tous les temps, slate.fr, publié le12janvier 2011> http://www.slate.fr/story/32599/groupon-e-commerce-croissanceGuillemette Faure, « Un restaurant où le prix se fait dans la tête du client », Rue 89, publié le01/03/2009> http://eco.rue89.com/2009/03/01/un-restaurant-ou-le-prix-se-fait-dans-la-tete-du-clientThierry Marcou, Fabien Eychenne, Daniel Kaplan, « Villes 2.0 : la ville comme plate-formed’innovations ouvertes », Internetactu.net, publié le 28 février 2008> http://www.internetactu.net/2008/02/28/villes-20-la-ville-comme-plate-forme-dinnovations-ouvertes/Cédric Duval, Dans la ville 2.0, cest le citadin qui fournit linfo, Les Echos N°20369 du 23fevrier 2009, p 10> http://archives.lesechos.fr/archives/2009/LesEchos/20369-41-ECH.htm  130 
  • 132. 9> Blogs locaux et d’habitantsBlog d’un habitant du Clos la Garrenne> http://eogez.free.fr/LeClos/wordpress/> Site 93sang30 http://www.93sang30.com/Site « en diret live de Clichy Montfermeil »> http://blog.banlieue.vsd.fr/10> Statistiques et enquêtes sociologique, politiqueINSEE> http://www.insee.fr/fr/default.aspLe site « Le médiateur de la république »> http://www.mediateur-republique.fr/Nielsonwire> http://blog.nielsen.com/nielsenwire/online_mobile/social-media-accounts-for-22-percent-of-time-online/11> Encyclopédies et dictionnaires en ligneWikipedia> http://fr.wikipedia.org/Wikisource> http://fr.wikisource.org/wiki/Wikisource:AccueilEkopedia> http://fr.ekopedia.org/AccueilLarousse> http://www.larousse.fr/Biblio solidaire> http://www.biblio-solidaires.org/Voir le dictionnaire de la zone> http://www.dictionnairedelazone.fr/Site du comité de liaisons des régies de quartier> http://www.cnlrq.org/  131 
  • 133. Dictionnaire sur le site du journal Alternatives Economiques> http://www.alternatives-economiques.fr/mouvement-cooperatif_fr_art_223_31277.htmlSite du ministère de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative. >> http://www.associations.gouv.fr/12>Innovation ouverteSite de la Fing> http://fing.org/Site Innocentive> https://www.innocentive.com/13> Autrespleaserobme.com> http://pleaserobme.com/Géolid> http://www.geolid.com/Site de la chambre syndical des propriétaires et des copropriétaires de France> http://www.cspc.asso.fr/conseil_syndical.htmSite Jeuvidéo.com Forum> http://www.jeuxvideo.com/forums/1-11823-291040-1-0-1-0-l-etymologie-de-vos-pseudos.htmSite de l’association « Immeubles en fête »> http://www.immeublesenfete.com/  132 
  • 134. Table des matièresIntroduction .................................................................................................................................................................................................3Partie I :Un espace urbain à la recherche de lien social...................................................................................111. Les figures de la ville : principales caractéristiques de l’espace urbain .................................. 121.1 La ville, espace de rencontres............................................................................................................................................131.2 La ville, une mosaïque..............................................................................................................................................................141.3 La ville, une organisation centralisée ..........................................................................................................................161.4 La ville et sa population : quid d’une personnalité citadine ? ................................................................... 182. L’espace urbain à l’épreuve de l’utopisme ...........................................................................................................202.1 Thomas More et Utopia : le bonheur de chacun passe par le bonheur de tous............................202.2 Robert Owen et New Harmony..........................................................................................................................................242.3 Fourier et Godin : le socialisme utopique ..................................................................................................................263. Le quartier à l’ère de l’individualisme triomphant : état du lien local et de lanécessité d’être reconnu à son adresse ....................................................................................................................293.1 Définition du quartier : sentiment d’appartenance et d’attachement .................................................293.2 Quartier et ségrégation spatiale : isolement relationnel et effets de quartiers en France 343.3 Zoom sur les quartiers villages d’aujourd’hui : nostalgie du lien local ou réalité ?..................373.4 Les sociabilités de voisinage à l’ère de la mobilité et de l’information : quel impact sur lesliens locaux................................................................................................................................................................................................. 40  133 
  • 135. Partie II : La proximité 2.0 - du voisinage au web ou du web au voisinage ? ............................431. Les sites de proximité : état des lieux .................................................................................................................441.1 Les sites de proximité (orientés commerce) ...........................................................................................................451.2 Les sites de quartier (orientés réseaux sociaux) : Peuplade et Voisinéo.........................................481.3 L’hyperproximité et ma-residence.fr : le réseau social au niveau d’un immeuble ....................511.4 Les blogs d’habitants : quand le citoyen raconte son quartier ................................................................. 541.5 Les acteurs du vivre ensemble vu par les sites de proximité 2.0 .........................................................552. Quelles sociabilités sur les sites de proximité ? .........................................................................................572.1 Sociabilités numériques et sociabilités de voisinage la force des liens faibles .........................582.2 Sociabilités sur les réseaux sociaux de proximité : échelle et espace de sociabilité.............602.3 Sociabilités, au niveau de la résidence : ancrage, information................................................................. 612.4 Sociabilités, au niveau du quartier : services, solidarité................................................................................632.5 Sociabilités, au niveau de la ville : « sorties festives » et « annonces classiques (achat/vente)» et informations.................................................................................................................................................................. 662.6 La valorisation des membres, le rôle des animateurs du site dans la création des relationset de la communauté de quartier..............................................................................................................................................672.7 Pertinence et pistes de développement de la présente analyse ...........................................................693. Identité sur les réseaux sociaux de proximité .............................................................................................713.1 Visibilité et distinction sur internet : cartographie des réseaux sociaux .........................................713.2 Un quartier double : identité réelle et identité virtuelle ...............................................................................742.3 Quels profils pour quelle visibilité sur les réseaux sociaux de proximité ? ................................... 77  134 
  • 136. Partie III : Web de proximité, association et solidarité....................................................................................801. L’association : origine d’une relation institutionnalisée ..................................................................... 811.1 Gaule romaine, Gaule franque puis France féodale : le rôle des collèges, paroisseset confréries...............................................................................................................................................................................................821.2: le Haut Moyen Âge et la monarchie souveraine : la commune et le compagnonnage..........841.3 De la Révolution à la reconnaissance de la loi de 1901 : L’influence des Lumières, lessociétés de pensées et les associations ouvrières...................................................................................................... 851.4 De 1901 au « boom » associatif actuel : quelle place pour l’association? .................................... 882. Le web de proximité une opportunité pour les structures de la société civile ............892.1 Vie associative et ancrage territorial...........................................................................................................................892.2 Comportements des associations sur les sites de proximité : analyse des profils et desévènements organisés....................................................................................................................................................................... 923. Web Solidarité, une démarche originale en expérimentation ........................................................943.1 Les fondements du projet......................................................................................................................................................953.2 Les composantes de la démarche de reconstruction de lien social......................................................963.3 L’histoire de Moïse : une personne accompagnée par Nicolas et Web Solidarité....................1013.6 Benchmark d’initiatives similaires : la force des réseaux sociaux sur la rue .............................103  135 
  • 137. Partie IV : Tendances et perspectives pour le lien local et le web de proximité..................1051. Nouvelles formes de socialité et de solidarité face à la crise ......................................................1061.1 La débrouille en temps de crise : troc, récup et bon plans........................................................................1061.2 Une solidarité locale et la revalorisation des produits locaux ..............................................................1082. La ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte ............................................................................................1102.1 Qu’est ce que l’innovation ouverte urbaine ? ......................................................................................................1102.2 L’innovation ouverte urbaine existe déjà par les initiatives des usagers....................................1132.3 Les collectivités et le numérique local : Espaces publics numériques et innovationscollaboratives ........................................................................................................................................................................................1152.4 Les expérimentations d’innovation ouverte de la Fing : utiliser la ville locale pourconstruire la ville globale.............................................................................................................................................................118Conclusion ...............................................................................................................................................................................................120Bibliographie ..........................................................................................................................................................................................123Webographie...........................................................................................................................................................................................127Annexes 137  136 
  • 138. ANNEXES  137 
  • 139. Annexe 1 e-quartier / Page d’accueil / 75011 ...............................................................................................................................3Annexe 2 Justacoté / accueil .................................................................................................................................................................4 Annexe 2.1 Justacoté / recherche 75011.................................................................................................................................5Annexe 3 Dismoioù ......................................................................................................................................................................................6Annexe 4 Peuplade / page d’accueil....................................................................................................................................................7Annexe 4.1 Les « pros » sur Peuplade ...............................................................................................................................................8Annexe 4.2 Les Peuplades .......................................................................................................................................................................9 Annexe 4.2.1 Page de la Peuplade « Belleville –Belleville » ..............................................................................................10 Annexe 4.2.2 Page de la « Peuplade » « La cellule durgence de POPINCOURT » ..............................................13 Annexe 4.2.3 Echange avec le créateur de la « Peuplade » « La cellule durgence de POPINCOURT »...............................................................................................................................14 Annexe 4.2.4 Profil de l’utilisateur « homeless ».................................................................................................................17Annexe 4.3 Les rendez-vous ...............................................................................................................................................................19 Annexe 4.3.1 Fiche rendez-vous .................................................................................................................................................20Annexe 4.4 Page de création d’un compte ...................................................................................................................................21Annexe 4.5 Liste des voisins ...............................................................................................................................................................22Annexe 4.6 Profils utilisateurs ...........................................................................................................................................................23Annexe 4.7 Page d’association ..........................................................................................................................................................28Annexe 5.1 Voisinéo / liste des voisins ...........................................................................................................................................29Annexe 5.2 Voisinéo / Bonnes adresses et commerces .........................................................................................................30Annexe 5.3 Voisinéo / Les « sorties » .............................................................................................................................................31Annexe 5.4 Voisinéo / Profil utilisateur ..........................................................................................................................................33Annexe 6 ma-residence.fr / Gif sur Yvette hall de l’immeuble..............................................................................................34Annexe 6.1 ma-residence.fr / 75011 ..............................................................................................................................................37 Annexe 6.1.2 Affiche téléchargeable pour affichage dans le hall de l’immeuble .................................................38 Annexe 6.1.3 .................................. Echange de mail avec la responsable du conseil syndical de mon immeuble ......................................................................................................................................................................................................................39Annexes 6.2 Page d’accueil générale 75011..............................................................................................................................41  1 
  • 140. Annexes 6.2.1 Page d’accueil générale Gif sur Yvette .....................................................................................................42 Annexes 6.2.2 Incitation des membres à être actif par des récompenses ..............................................................43Annexe 6.3 Espace d’annonces « Demandes » .........................................................................................................................44 Annexe 6.3.1 Espace d’annonces « Recherches » ............................................................................................................45Annexe 6.4 Espace de discussions ..................................................................................................................................................46Annexe 6.5 Page des commerce et bonnes adresse................................................................................................................47 Annexe 6.5.1 Page dédiée à un commerce .............................................................................................................................48Annexe 6.6 Profil .......................................................................................................................................................................................49Annexe 6.7 Profils d’associations .....................................................................................................................................................50 Annexe 6.7.1 Page associations ...................................................................................................................................................52Annexe 6.8 Page test Villiers-le-bel ..................................................................................................................................................53Annexe 7 OnVaSortir.com / Page d’accueil...................................................................................................................................54Annexe 7.1 Extrait de la page d’accueil Paris 11 du 8 mai 2011........................................................................................55Annexe 7.2 Liste des centres d’intérêts ........................................................................................................................................56Annexe 7.3 Évènement Apéro Dinatoire ........................................................................................................................................57Annexe 8 Web Solidarité .........................................................................................................................................................................60 Annexe 8.1 Web Solidarité .................................................................................................................................................................61Annexe 8.2 Plan du quartier................................................................................................................................................................62Annexe 10 FixMyStreet / page d’accueil .......................................................................................................................................63Annexe 10.1 Fiche problème ...............................................................................................................................................................64   2 
  • 141. Annexe 1 e-quartier / Page d’accueil / 75011 http://www.e-quartier.com/index.php?home=1On constate dans la colonne de gauche que le site ne propose aucun commerce dans le 11earrondissement de paris pourtant le plus peuplé de Paris.  3 
  • 142. Annexe 2 Justacoté / accueil (résultats du 6 mai 2011)Page d’accueil de Justacoté pour un profil situé rue de la Roquette dans le 11e arrondissementde Paris  4 
  • 143. Annexe 2.1 Justacoté / recherche 75011 (Résultats du 6 mai 2011)Extraits des résultats de recherche de commerces Rue de la roquette 75011 le 6 mai 2011. 198résultats.  5 
  • 144. Annexe 3 Dismoioù (Résultats du 6 mai 2011)Résultat de recherche de restaurants dans la rue de la Roquette dans le 11e arrondissement deParis.  6 
  • 145. Annexe 4 Peuplade / page d’accueil (Résultats du 6 mai 2011)Haut de la page d’accueil du site Peuplade calibré sur la rue de la Roquette dans le 11earrondissement.  7 
  • 146. Annexe 4.1 Les « pros » sur Peuplade (Résultats du 6 mai 2011)Après avoir cliquer dans la rubrique les « pros » dans le menu de gauche j’obtiens 16réponses à 2100 m de mon lieux d’habitation. On constate que cet espace semble plus utilisépar des auto-entrepreneurs ou de petites entreprises que par les commerces de quartier.  8 
  • 147. Annexe 4.2 Les Peuplades (Résultats du 6 mai 2011)Après avoir cliqué sur la rubrique les « Peuplades » dans le menu de gauche et en les triantpar proximité j’en trouvent 12 crées à moins de 2 kilomètres de mon adresse (Rue de laroquette 75011 Paris). 3 ont été crées en 2 ans le reste en 2007 et 2008. Cependant 5 d’entreelles semblent réellement animées. Les derniers messages postés datent tous du mois avril oudu mois de mai 2011.  9 
  • 148. Annexe 4.2.1 Page de la Peuplade « Belleville –Belleville » (Consulté le 7 mai 2011)Cette page a été découpée en plusieurs parties pour pouvoir être reproduite ici.Partie haute de la pageDescriptif, participants etalbum photo.On peut noter la possibilitéde partager la « peuplade »sur le réseau socialFacebook une façon de donnerplus d’échos aux initiativesde quartier.  10 
  • 149. Page de la « peuplade » Belleville –belleville (Consultée le 7 mai 2011)Partie centrale de la pageLes rendez-vous de la peupladeOn constate une assezbonne activitéde la communauté.(5 rendez-vous en mars)  11 
  • 150. Page de la « peuplade » Belleville –belleville (Consultée le 7 mai 2011)Bas de la pagePage des discussionsOn constate qu’elle aussi est animée puisque 4 discussions ont été lancés dans les 5 derniersjours dont l’une d’elle contient déjà 52 commentaires.  12 
  • 151. Annexe 4.2.2 Page de la « peuplade » « La cellule durgence de POPINCOURT » (Consultée le 7 mai 2011)  13 
  • 152. Annexe 4.2.3 Echange avec le créateur de la « Peuplade » « La cellule durgence de POPINCOURT » (15 et 16 avril 2011)J’ai préféré prendre des captures d’écran de la boite de messagerie de Peuplade pour rester ensituation. Cependant, j’ai dû diviser la page en plusieurs parties pour la reproduire ici. Monpseudonyme sur Peuplade est « flurck ».  14 
  • 153.   15 
  • 154.   16 
  • 155. Annexe 4.2.4 Profil de l’utilisateur « homeless »  17 
  • 156.   18 
  • 157. Annexe 4.3 Les rendez-vous (Résultats du 7 mai 2011 - 14h00)Voici la page des rendez-vous de mon quartier (rue de la Roquette 75011 Paris). 28 rendez-vous à venir pour le mois de mai à moins de 2000 mètres de mon lieu d’habitation. (Captured’écran de la première page de résultats classés du plus proche de chez moi au plus éloigné)  19 
  • 158. Annexe 4.3.1 Fiche rendez-vousVoici la capture d’écran d’une fiche de rendez vous en date du 7 mai. 2011. Le créateurdécide si son évènement est public ou privé et ensuite choisi un nombre de personnesmaximum à inviter. La liste des participants apparaît. Puis, sur chaque rendez-vous, un espacede discussion est ouvert. Les rendez-vous sont particulièrement nombreux à Paris surPeuplade.  20 
  • 159. Annexe 4.4 Page de création d’un compte  21 
  • 160. Annexe 4.5 Liste des voisinsPour chaque « Peupladien », on peut apercevoir le taux de remplissage du profil et la distanceà laquelle il se trouve par rapport au lieu d’habitation renseigné.  22 
  • 161. Annexe 4.6 Profils utilisateursProfil n°1 « Maudpsycho » - uniquement le « mini cv »  23 
  • 162. Profil n°2 - Alfar - Totalité du profil renseigné  24 
  • 163.   25 
  • 164.   26 
  • 165.   27 
  • 166. Annexe 4.7 Page d’association (Résultats du 7 mai 2011 / 75011)  28 
  • 167. Annexe 5.1 Voisinéo / liste des voisins (Résultats du 7 mai 2011 / 75011)Voici la carte géolocalisée des voisins de mon quartier avec comme adresse renseignée rue dela Roquette, 75011 Paris. Accessible après avoir cliqué dans la rubrique mes voisins « les plusproches »  29 
  • 168. Annexe 5.2 Voisinéo / Bonnes adresses et commercesRecherche des bonnes adresses et commerces prés de chez moi (adresse renseignée Rue de laRoquette 75011 Paris). J’ai pu compter 17 commerces référencés par Voisinéo dans l’est deParis. La « bonne adresse » la plus proche ne se trouve pas dans le 11e arrondissement mais àcoté de l’Hôtel de ville dans le 4e arrondissement. Voisinéo n’a pas réussi à attirer lescommerces et autres professionnels. Les utilisateurs du site n’utilisent que très peu lesrecommandations.  30 
  • 169. Annexe 5.3 Voisinéo / Les « sorties »Cette page devrait logiquement afficher les sorties dans mon quartier (rue de la Roquette75011 Paris) ici on affiche tous les évènements. Les 6 de mon quartier ont plus de deux ans.Voir page suivante en sélectionnant les prochains rendez-vous  31 
  • 170. Après avoir filtré les sorties en sélectionnant uniquement les prochaines on se rend vitecompte de la pauvreté d’animation du site dans la région. Bien moins animé que Peuplade(voir annexe 4.3) seulement 6 rendez-vous s’affichent en Ile de France. Cela confirme unabandon du site par les créateurs qui ne semblent plus rien faire pour animer et motiver lesmembres.  32 
  • 171. Annexe 5.4 Voisinéo / Profil utilisateur  33 
  • 172. Annexe 6 ma-residence.fr / Gif sur Yvette hall de l’immeubleLa page « vie de votre immeuble » avec validation de l’inscription par le conseil Syndical (haut de la page)Adresse : Module  orange Résidence Guillaume « passer à l’action » de Voisin II / présent sur toutes Gif sur Yvette les pages, il incite Chevry 91190 l’utilisateur à être  actifs. Contextuel, il  s’adapte en fonction  Menu principal  des espaces de  sur toutes   sociabilités  les pages  parcourus     Menu contextuel  change en fonction  de l’espace de  consultation. celui  ci est dédié à  l’immeuble  Boutons « donnez  un avis » « labo  ma­residence.fr »  présents sur toutes  Module contextuel vert  les pages il permet  / ici il incite l’utilisateur à  à l’utilisateur de  faire connaître ma‐ contextualisé son  residence.fr dans son  avis et donne  immeuble grâce à un kit  directement accès à  Menu d’actions privées  bien pensé : lettre et  l’actualité du labo  pour rentrer en contact  courriel au syndic  ma‐residence.fr  avec les voisins de  préfaits, Affiche à coller  association fondée  l’immeuble. L’utilisateur  dans le hall de l’immeuble  par les créateurs  a la possibilité de dédier  (annexe .6.1.2) et mail  pour faire tester  ses actions qu’aux voisins  préfaits pour inviter ses  leur nouveautés et  de l’immeuble ou de les  voisins (annexe 6.1.3)  faire remonter les  rendre visible aux autres  bonnes idées des   utilisateurs du site. Ceux  membres   34  du quartier  
  • 173. Suivre la vie de l’immeuble permet de connaître les réunions du conseil syndical et les assemblées générales, les interventions communes dansl’immeuble/travaux. Le conseil syndical a la possibilité de faire un sondage aux habitants. En cliquant sur « + d’infos » sur la résidence : on peutvoir que seulement 7 logements sur 68 sont inscrits dans l’immeuble  35 
  • 174. Bas de la pageNouveauté de la version du 3 mai 2011La page centrale de l’actualité des habitantsde l’immeuble se termine par un encartoù sont affichés des actualités spécifiquesau secteur de l’immobilier.Une volonté de contextualiser l’utilisateurgrâce à un nouveau partenariatavec le portail d’informationmonimmeuble.comspécialisé dans les informationssur la co-propriété.  36 
  • 175. Annexe 6.1 ma-residence.fr / 75011 ma-residence.fr / La Page « vie de votre immeuble »sans la validation de l’inscription par le conseil SyndicalAdresse renseignéeRue de la roquette 75011Tout est fait pour quel’on incite notre conseil syndicalet syndic à s’inscrire sur le site.l’utilisateur est particulièrementbien accompagné dans la priseen main du site.  37 
  • 176. Annexe 6.1.2 Affiche téléchargeable pour affichage dans le hall de l’immeuble Notre copropriété et notre quartier saniment sur InternetChers voisins,Notre vie locale s’enrichit d’un site internet, ma-residence.fr, sur lequel nouspouvons :- Passer des annonces pour nous rendre des services entre voisins (babysitting, garde d’animaux, soutien scolaire, etc.) ;- Partager nos bonnes adresses dans le quartier ;- Découvrir les associations locales, rester informé(e) sur leurs activités et leurs événements ;- Discuter entre parents d’élèves sur l’espace réservé à la classe de nos enfants ;- Suivre la vie de notre copropriété en accédant aux informations utiles (travaux, assemblées, etc.), poser des questions ou faire des propositions.Pour rejoindre le site de la copropriété : 1. Inscrivez-vous (gratuitement) sur le site www.ma-residence.fr 2. Une fois inscrit, cliquez sur "Accéder au site de mon immeuble" enbas à gauche de la page daccueil. Voici une solution efficace et conviviale qui simplifiera notre quotidien. Auplaisir de vous retrouver sur ma-residence.fr !  38 
  • 177. Annexes 6.2 ma-residence.fr / Page d’accueil générale 75011La page centrale est dédiée au fil d’actualités des habitants. Ici on connait toutes les dernières actions qu’ils on pu faire. Ceux qui s’affichent ici sont ceux qui se trouvent dans une zone de 3 kilomètres. Ils sont tous dans le 11e arrondissement de paris, lieux du test. Encart dédiés à  Espace réservé aux  l’information  promotions localisées  locale en partenariat  dans le quartier ou plutôt,  avec des journaux  ici, dans  régionaux dont le Parisien  l’arrondissement. Le  et Aujourd’hui en France  commerçant peut payer    un supplément pour  rester plus longtemps     dans cet encart. Par  défaut s’affiche ici les  annonces qui se termine  nt le plus tôts.   Menu principal  déployé qui montre bien les  2 Nouveautés   différentes actions de  En partenariat avec ViaMichelin. Ce nouvel  sociabilités et  encart pour visionner la circulation routière  d’informations possibles   en temps réel est particulièrement bien    imaginé. Il peut grandement faciliter l’accès    entre les habitants. Car si la notion de  proximité se compte en mètre à Paris elle peut  se compter en kilomètres dans un espace  urbain moins dense comme Gif sur Yvette.    Un autre module l’accompagne et permet de  connaître le prix de l’essence en temps réel.  Un module permet d’inciter  les utilisateurs à être actif  en les récompensant voir   annexes 6.2.4  41   
  • 178. Annexes 6.2.1 ma-residence.fr / Page d’accueil générale Gif sur YvetteOn constate qu’iln’y a aucunepromotion.  42 
  • 179. Annexes 6.2.2 Incitation des membres à être actif par des récompenses  43 
  • 180. Annexe 6.3 Espace d’annonces « Demandes »  44 
  • 181. Annexe 6.3.1 Espace d’annonces « Recherches »  45 
  • 182. Annexe 6.4 Espace de discussions  46 
  • 183. Annexe 6.5 Page des commerces et bonnes adresses Les encarts oranges sont les promotions  47 
  • 184. Annexe 6.5.1 Page dédiée à un commerceL’utilisateur à la possibilité de télécharger par SMS la réduction, de l’imprimer ou de larecevoir dans un format spécial sur Iphone. Le commerce forme ça communauté enrenouvelant régulièrement ces promotions. Plus d’utilisateurs « aiment » plus il a de chancesde voir sa clientèle augmenter.  48 
  • 185. Annexe 6.6 Profil  49 
  • 186. Annexe 6.7 Profils d’associationsProfil 2 : les 4A  50 
  • 187. Profil 2 : Enfants d’Asie  51 
  • 188. Annexe 6.7.1 Page associations Module de  recrutement  de bénévoles    52 
  • 189. Annexe 6.8 Page test Villiers-le-bel  53 
  • 190. Annexe 7 OnVaSortir.com / Page d’accueil  54 
  • 191. Annexe 7.1 Extrait de la page d’accueil Paris 11 du 8 mai 2011  55 
  • 192. Annexe 7.2 Liste des centres d’intérêts  56 
  • 193. Annexe 7.3 Évènement Apéro Dinatoire La page a été divisée pour être reproduite dans son intégralitéPrésentationde lasortie  57 
  • 194. Etat des inscritset affiche de la listed’attentes  58 
  • 195. Page dediscussionautour del‘évènement  59 
  • 196. Annexe 8 Web SolidaritéPage dédiée à Moise  60 
  • 197. Annexe 8.1 Web SolidaritéPage d’actualité, tous les articles de Nicolas y sont publiés  61 
  • 198. Annexe 8.2 Plan du quartier Zone approximative d’expérimentation de Nicolas  62 
  • 199. Annexe 10 FixMyStreet / page d’accueil  63 
  • 200. Annexe 10.1 FixMyStreet / Fiche problème  64 
  • 201. Résumé  Dans ce mémoire, l’auteur tente d’établir un état des lieux de la relation entre deuxespaces : Internet et la ville. Alors que cette dernière semble isoler les personnes socialement,Internet, et notamment les réseaux sociaux de proximité, créent les espaces de sociabilités quidéfinissent un nouveau vivre ensemble. En s’appuyant d’abord sur les origines du mal-êtreurbain et de la naissance d’un besoin de solidarité locale, l’auteur suppose la réalisationconcrètes de ces liens virtuels, plus particulièrement ceux d’entraides appelés à une croissanceexponentielle et qualitative.Et si le web pouvez apporter cette proximité sociale et solidaire tant recherchée ?C’est en s’ appuyant sur l’étude particulière de sites qui s’attèlent à faire de la toile un espacecréateur de relations de proximité, que l’auteur nous montre que cet internet « village global »est aussi et d’abord local.  Abstract In this work, the author gives a sight on the relation between to spaces : Internet and thecity. Whereas this last one seems to isolated people socially, Internet, and most particularly theproximity’s social networks create spaces of sociabilities, which define a new way of « lifetogether ». Begining with the origins of a urban illness and the raise of a need for localssolidarity, the author supposes the concrete realisation of those virtual links, those of mutual aidwhich are destined of an exponential and qualitative growing. Is it possible that the web createthis so wanted sociale and aid proximity ? With the study of websites making of the net a spaceconstructing relations of proximity, the author shows that Internet, the « global village », is alsoand firstly local.Mots clefs : Web - Proximité – Réseaux sociaux – Solidarité – ancrage - territoire – ville –sociabilité – communauté – quartier – local – global – innovation – collaboration – social –association – numérique – attachement – appartenance – espace urbain – réel – virtuelle  139 
  • 202. Résumé  Dans ce mémoire, l’auteur tente d’établir un état des lieux de la relation entre deuxespaces : Internet et la ville. Alors que cette dernière semble isoler les personnes socialement,Internet, et notamment les réseaux sociaux de proximité, créent les espaces de sociabilités quidéfinissent un nouveau vivre ensemble. En s’appuyant d’abord sur les origines du mal-êtreurbain et de la naissance d’un besoin de solidarité locale, l’auteur suppose la réalisationconcrètes de ces liens virtuels, plus particulièrement ceux d’entraides appelés à une croissanceexponentielle et qualitative.Et si le web pouvez apporter cette proximité sociale et solidaire tant recherchée ?C’est en s’ appuyant sur l’étude particulière de sites qui s’attèlent à faire de la toile un espacecréateur de relations de proximité, que l’auteur nous montre que cet internet « village global »est aussi et d’abord local.  Abstract In this work, the author gives a sight on the relation between to spaces : Internet and thecity. Whereas this last one seems to isolated people socially, Internet, and most particularly theproximity’s social networks create spaces of sociabilities, which define a new way of « lifetogether ». Begining with the origins of a urban illness and the raise of a need for localssolidarity, the author supposes the concrete realisation of those virtual links, those of mutual aidwhich are destined of an exponential and qualitative growing. Is it possible that the web createthis so wanted sociale and aid proximity ? With the study of websites making of the net a spaceconstructing relations of proximity, the author shows that Internet, the « global village », is alsoand firstly local.Mots clefs : Web - Proximité – Réseaux sociaux – Solidarité – ancrage - territoire – ville –sociabilité – communauté – quartier – local – global – innovation – collaboration – social –association – numérique – attachement – appartenance – espace urbain – réel – virtuelle  139