Vincent Brémond    Internet, moteur de solidarités de proximité.         Le « proxi-web » et « web solidaire »            ...
Université de Paris-Est Marne-la-Vallée.                                   Vincent Brémond        Internet, moteur de soli...
Remerciements             Mes premiers remerciements vont tout d’abord à Nicolas Hoareau qui a réponduchaque fois à mes de...
SommaireIntroduction.........................................................................................................
 Introduction        Moïse a vécu dix ans dans la rue : cela ne renforce pas la confiance en soi et ne facilitepas le cont...
immeuble) qui a connu un développement sans précédent l’année dernière. Dans ces réseaux detypes collaboratifs, onvasortir...
« La crise du lien social est peut être la question sociologique la plus ancienne, la plusfondatrice »15 . Comment vivre e...
de ces sites de proximité semble résider dans cette distinction. Le web peut-il apporter cetteproximité sociale ?        J...
Grafmeyer et Jean-Yves Authier, tous deux professeurs de sociologie urbaine à l’université deLyon 2, en donnent une défini...
Je me suis également appuyé sur les travaux de Dominique Cardon et ceux de VirginieLethiais et Karine Roudaut. Les premier...
utiles par des petites annonces, participer à des discussions, donner des rendez-vous et lancerdes projets. Ainsi, les ser...
Partie I : Un espace urbain à la recherche de liensocial                                                                  ...
L’espace urbain est partout, selon l’INSEE 82% des Français vivraient dans « un              espace à dominante urbaine »3...
1.1 La ville, espace de rencontres        La ville pourrait être observée comme un organisme vivant qui s’agrandit, déclin...
différences entre quartiers et aux processus de ségrégation qui peuvent provoquer l’isolementde certaines parties de popul...
qui communiquent entre eux. Aux Etats-Unis « l’idée communautaire est intrinsèquement liéeà l’origine et au développement ...
souvent de lisser et de donner une cohérence à l’ensemble du bâti, il peut arriver que certainsprocessus d’urbanisation so...
en dresser une nomenclature, l’INSEE a défini des aires urbaines qui déclinent le territoire enquatre catégories :        ...
à but non lucratif, pour linitiation à linformatique et aux technologies de linformation et de lacommunication »52 comme u...
de " coller à la rue ", cest-à-dire de suivre les codes et relations qui règlent la vie desghettos »56. Ce mouvement cultu...
centralisée et vivent ensemble en confrontant leurs unicités créant ainsi un dynamisme socialimportant. Comme nous l’avons...
peut dire qu’il connaissait les œuvres d’Aristote62 ou de Platon63. Platon, qui, dans son dialoguecélèbre La République64 ...
"Utopus, mon souverain, ma transformée en île, moi qui jadis nétais point une île. Seule de             toutes les contrée...
« On le voit, cette société fonctionne davantage sur le mode de l’assimilation que sur celui de la             sélection e...
d’ailleurs chacun le nom d’une planète) ; remparts qui ont aussi une fonction pédagogique, étant             recouverts d’...
essais A New View of Society, or Essays on the Principle of the Formation of the HumanCharacter and the Application of the...
Même si, en tant qu’exemple de mise en pratique du socialisme, l’expérience avaitéchoué, New Harmony demeura pendant plus ...
circulation, aérées et chauffées, y sont omniprésentes; ateliers, appartements et lieux de divertissement y             so...
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Internet, moteur de solidarités de proximité. Le « proxi-web » et « web solidaire »

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Dans ce mémoire, l’auteur tente d’établir un état des lieux de la relation entre deux
espaces : Internet et la ville. Alors que cette dernière semble isoler les personnes socialement,
Internet, et notamment les réseaux sociaux de proximité, créent les espaces de sociabilités qui
définissent un nouveau vivre ensemble. En s’appuyant d’abord sur les origines du mal-être
urbain et de la naissance d’un besoin de solidarité locale, l’auteur suppose la réalisation
concrètes de ces liens virtuels, plus particulièrement ceux d’entraides appelés à une croissance
exponentielle et qualitative.
Et si le web pouvez apporter cette proximité sociale et solidaire tant recherchée ?
C’est en s’ appuyant sur l’étude particulière de sites qui s’attèlent à faire de la toile un espace
créateur de relations de proximité, que l’auteur nous montre que cet internet « village global »
est aussi et d’abord local.

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Internet, moteur de solidarités de proximité. Le « proxi-web » et « web solidaire »

  1. 1. Vincent Brémond Internet, moteur de solidarités de proximité. Le « proxi-web » et « web solidaire » .Mémoire de recherche pour l’obtention du Master 1 « Culture et métiers du web ». Sous la direction de M. Vincent Lemire. Session de juin 2011.
  2. 2. Université de Paris-Est Marne-la-Vallée. Vincent Brémond Internet, moteur de solidarités de proximité. Le « proxi-web » et « web solidaire » Mémoire de recherche pour l’obtention du Master 1 « Culture et métiers du web ». Sous la direction de M. Vincent Lemire. Session de juin 2011.  1 
  3. 3. Remerciements   Mes premiers remerciements vont tout d’abord à Nicolas Hoareau qui a réponduchaque fois à mes demandes et qui a pris le temps nécessaire à mon immersion dansson projet Web Solidarité. C’est ce projet qui m’a donné envie de me plonger dans leWeb de proximité. Ensuite, je tiens à remercier Lény Gourven embarqué comme moi dansl’aventure du « mémoire de recherche » qui m’a accompagné dans la réalisation de cemémoire au travers de nos discussions, hésitations et longues heures de cogitation ! Je tiens aussi à remercier ma responsable d’apprentissage qui a dégagé letemps nécessaire à l’élaboration de ce mémoire Également Vincent Lemire qui a su m’orienter dans la bonne direction lors desséances de méthodologie.Enfin, je tiens particulièrement à remercier ma compagne qui m’a permis de réaliserce mémoire en toute sérénité par son soutien de tous les jours. Enfin je remerciesapon et mon père pour leur aide.  2 
  4. 4. SommaireIntroduction............................................................................................................................... 4Partie I : Un espace urbain à la recherche de lien social..............................................11 1. Les figures de la ville : principales caractéristiques de l’espace urbain ..................12 2. L’espace urbain à l’épreuve de l’utopisme ...................................................................20 3. Le quartier à l’ère de l’individualisme triomphant : état du lien local et de la nécessité d’être reconnu à son adresse ..........................................................................29Partie II : La proximité 2.0 : du voisinage au web ou du web au voisinage ? .........43 1. Les sites de proximité : état des lieux ........................................................................44 2. Quelles sociabilités sur les sites de proximité ?........................................................57 3. Identité sur les réseaux sociaux de proximité ..........................................................71Partie III : Web de proximité, association et solidarité ................................................80 1. L’association : origine d’une relation institutionnalisée ..........................................81 2. Le web de proximité une opportunité pour les structures de la sociétés civiles 89 3. Websolidarité, une démarche originale en expérimentation .................................94Partie IV : Tendances et perspectives pour le lien local et le web de proximité 105 1. Nouvelles formes de socialité et de solidarité face à la crise .............................. 106 2. La ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte ........................................................ 110Conclusion ............................................................................................................................. 120Bibliographie .......................................................................................................................... 123Webographie .......................................................................................................................... 127Annexes ……………………………………………………………………………………………………………………………………………137  3 
  5. 5.  Introduction Moïse a vécu dix ans dans la rue : cela ne renforce pas la confiance en soi et ne facilitepas le contact humain. Depuis peu, grâce à une association, il a trouvé un logement dans le 13earrondissement de Paris, mais le lien social n’est pas revenu pour autant. Il ne compte pas enrester là, il souhaite retrouver du travail, notamment dans la maintenance informatique, secteurdans lequel il est diplômé d’un baccalauréat professionnel. A plus long terme, son objectifserait de créer une entreprise informatique à but social afin d’offrir une chance à toute personnevivant dans la rue de s’en sortir. Dés qu’il a eu assez d’argent il s’est acheté un ordinateur pourpouvoir se connecter à internet, créer du lien avec les autres. Voici ce qu’il écrit sur son profil Facebook :le 27 janvier 2011 « La vie est un enfer quand on ne sait plus rien faire de ses dix doigts, cen’est pas facile à vivre ».le 30 janvier 2011 « C’est grâce au web, à Web Solidarité, et aux habitants du quartier que jeme sens pousser de mes propres ailes en essayant d’avoir des rendez-vous pour avancer monprojet »1.le 9 février 2011 « j’ai eu un rendez-vous, il était emballé par mon projet »2. Cette histoire est celle d’un homme coupé de tout lien, qui a trouvé la motivation pourreprendre sa vie en main grâce à une initiative unique, celle de Nicolas Hoarau qui, en créantWeb Solidarité, conduit l’expérimentation d’un réseau de quartier informel dans une partie du13e arrondissement de Paris. Il a pour objectif d’aider les personnes à la rue et en grandesdifficultés en les resocialisant avec les habitants du quartier où ils vivent. Le web, à travers lesréseaux sociaux, est au centre de cette démarche, car il permet de garder le contact, d’entretenirun lien entre la personne en difficulté et son nouveau réseau. Cette initiative locale montre laforce d’une communauté de voisins qui améliore, à l’aide de la toile, le vivre ensemble de leurquartier. Ce site, électron libre dans le paysage des sites de proximité car centré sur l’aide auxpersonnes en difficulté, n’est, par contre, pas le seul qui ambitionne de créer du lien social auniveau local. Peuplade3, précurseur des sites de quartier, type réseau social de voisin, compteaujourd’hui 200 000 inscrits sur toutes les grandes villes de France. Il est suivi de son cousinVoisinéo4 qui opte pour un modèle économique différent en proposant des services payants auxcommerçants, ou encore ma-residence.fr5 réseau social d’hyperproximité (au niveau d’un                                                        1 Site Web Solidarité[ http://www.websolidarite.fr/index.php?action=displayArticle&id_article=1000022&site=0 (consulté le21/03/2011) ]2 Pour des raisons de confidentialité l’url du profil citée ne peut apparaître ici (profil consulté le 15/03/2011)3 Site Peuplade [ http://www.peuplade.fr/home/nHome.php (consulté le 21/03/2011) ]4 Site Voisineo [ http://www.voisineo.com/ (consulté le 21/03/2011) ]5 Site maresidence.fr [ http://www.ma-residence.fr/ (consulté le 21/03/2011) ]  4 
  6. 6. immeuble) qui a connu un développement sans précédent l’année dernière. Dans ces réseaux detypes collaboratifs, onvasortir.com6, d’un tout autre genre, est basé uniquement sur despropositions de sorties entre habitants d’une même ville. Il existe également des sites de « bonsplans de proximité », aux orientations plus commerciales, comme e-quartier.com lescommerces qui bougent près de chez vous7. Enfin on peut y ajouter les blogs d’habitants dequartier ainsi que les sites collaboratifs des villes instaurés par les mairies et les collectivités.Le web de proximité compte donc une quarantaine de sites assez diversifiés. Leur nombre necesse d’augmenter pour répondre au besoin de combler un manque d’ancrage social local d’unepartie de la population française. Ces sites ont tous un objectif commun : entretenir un liengrâce à internet, mais un qui soit réel, car il doit toujours se concrétiser hors de la toile. Cette nouvelle toile de proximité apparaît comme un nouveau moyen de reconstituer unlien social qui semble aujourd’hui être en crise. Les chiffres qui suivent parlent d’eux même :14 % des Français vivent seuls8, 160 000 tentatives de suicide par an en France 9 ,1 femme sur 2vit seule à Paris10, 5 milliards de cachets d’antidépresseurs sont consommés en France chaqueannée11. Ces chiffres donnés pêle-mêle révèlent un certain malaise de notre société.Reconstruire les relations de proximité pourrait être une des solutions pour contrer ce malaise.En témoignent, les récents propos de Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la République, dansson rapport annuel remis le 21 mars 2011 au Président de la république « Nous devonsretrouver le sens de l’engagement, de la solidarité de proximité, du partage mais aussi durespect de l’Homme […] Notre société, doit retrouver le chemin des valeurs, sinon ses tensionsinternes seront suicidaires »12. C’est ce que défend l’association Immeubles en Fêtes quiorganise la fête des voisins depuis 1999. Une fête qui a déjà rassemblé, l’année dernière, plusde 10 millions de personnes à travers le monde13. En 2009, l’association et l’institut Ipsos ontmené un sondage « la solidarité de voisinage en temps de crise » auprès d’un panelreprésentatif de la population française. Il révèle qu’en temps de crise les Français sont encoreréservés lorsqu’il s’agit de se tourner vers leurs voisins (3%). Fait remarquable : en 2008, unsondage BVA avait révélé que 80 % des Français étaient prêts à aider leurs voisins14. Il y adonc un pont à faire entre ce désir et une réalité encore limitée. Cependant, ces résultatsreprésentent une opportunité pour ceux qui souhaitent résoudre une crise du lien social deproximité.                                                        6 Site onvasortir.com [ http://www.onvasortir.com/ (consulté le 21/03/2011) ]7 Site equartier.com [ http://www.e-quartier.com/ (consulté le 21/03/2011) ]8 En 2005 ,14% de la population vivait seule : 3,4 millions d’hommes et 5 millions de femmes. “Ensemble, ils sont1,1 million de plus qu’en 1999” - Insee9 INSERM - CépiDC - 201110 Association Immeubles en fêtes11 OFDT (observatoire des drogues et de la toxicomanie)12 Jean-Paul Delovoye Médiateur de la république, Edito du rapport annuel 2010, [ citation p2-3 ] - Téléchargeablesur le site « Le médiateur de la république »[ http://www.mediateur-republique.fr/fr-citoyen-08 (consulté le21/03/2011) ]13 Page « la fête des voisins » sur le site voisins solidaires [ http://www.voisinssolidaires.fr/la-fete-des-voisins(consulté le 21/03/2011) ]14 Chiffres issus de la page « quelques chiffres » du site de l’association immeubles en fête[http://www.immeublesenfete.com/index.php4?coe_i_id=13 (consulté le 21/03/2011) ]  5 
  7. 7. « La crise du lien social est peut être la question sociologique la plus ancienne, la plusfondatrice »15 . Comment vivre ensemble ? Après plus d’un siècle d’existence de la sociologie,cette question du lien social nous inquiète toujours. « Pour la plupart des sociologues, cespathologies du lien sont les conséquences d’un même phénomène : la disparition des cadrestraditionnels d’existence collective »16. Le sociologue Guillaume Erner parle ici de la manièredont nous formions des communautés pour construire notre société, un « faire société » danslequel le lien local a une importance capitale. C’est ce même phénomène qui a permis à YannAlgan et Pierre Cahuc de qualifier notre société de « société de défiance ». Ils relèvent que 21%des Français seulement déclarent faire confiance aux autres, et selon leur classement, notrepays est vingt-quatrième sur une liste qui en comprend vingt-six17. Le débat public qui s’en saisit, en se recentrant sur les grands thèmes comme lesincivilités, la montée de l’individualisme, l’insécurité des quartiers difficiles, semble montrer àquel point cette problématique du lien social local a son importance. Cette absence de lien localsemble pourtant étrange quand l’on pense que nous sommes de plus en plus proches les uns desautres. Nos sociétés sont, en effet, de plus en plus des sociétés urbaines. En France, ce sont troispersonnes sur quatre qui vivent en ville18 ou 77% des Français19. L’espace urbain français seradonc le cadre principal de mon étude, car pour le moment, les sites de proximité existant nesont pour la majorité, pas présents en milieu rural. Je m’intéresserais également aux initiativesde web de proximité qui ont pu être développées dans d’autres pays notamment dans les paysanglo-saxons. Mais qu’est ce que la proximité ? L’étymologie même du mot vient du latin deproximus qui signifie « être très proche de …», c’est donc ce qui est proche physiquement maisaussi socialement. Jérome Guedon, professeur de méthodologie de l’information à l’école demanagement de Rennes, montre qu’il existe deux types de proximité : la proximité subie et laproximité choisie. « La proximité subie est définie, à travers la notion dagglomération, comme un facteur économique, qui aboutit à la concentration des activités et des hommes, entraînant une dégradation des conditions de vie, ou vécue comme telle, dans les métropoles. La proximité subie représente aux yeux de lindividu les externalités négatives du phénomène dagglomération. La proximité choisie quant à elle, est le résultat des aspirations individuelles et collectives, souvent en contradiction avec les logiques 20 économiques. » On peut donc penser que l’espace urbain génère une relation de proximité subie. Laville rapproche les Hommes physiquement, mais pas spécifiquement socialement. Tout l’enjeu                                                        15 ERNER Guillaume Sociologue, préface de l’ouvrage Le nouveau vivre ensemble, de BERDUGO Charles, Paris,Descartes & Cie, 2009, 235 p.16 Ibid.17 ALGAN Yann et CAHUC Pierre, La société de défiance, Paris, Editions rue d’Ulm, 2007, coll. Du Cepremap,.18 GRAFMEYER Yves , AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p.19 Chiffres de 2007 – Insee [ http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=cmptef01105&id=20 (consulté le22/03/2011) ] consulté le 17/03/2010 à 15h1520 GUEDON Jérôme, Approches de la notion de proximité en sciences sociales, Ecole de Management deNormandie, 2005[www.ecole-managementnormandie.fr/upload/.../CR36.pdf (consulté le 21/03/2011)]  6 
  8. 8. de ces sites de proximité semble résider dans cette distinction. Le web peut-il apporter cetteproximité sociale ? Je m’attacherais donc tout au long de mon mémoire à étudier la proximité urbaine, autravers du prisme de ces sites internet, selon trois échelles qui peuvent varier en fonction deleurs spécificités : celle de la ville dans sa globalité, celle du quartier et enfin celle du lieud’habitation. De plus, l’évolution des technologies de l’information et de la communication etl’individualisation de leurs usages ont indéniablement joué un rôle important de transformationde la manière dont nous « faisons société ». Ces usages individuels, notamment de l’ordinateuret d’internet, ont longtemps eu la réputation d’isoler socialement ceux qui en étaient les plusfervents utilisateurs. Selon Antonio A.Cassili « la croyance ingénue selon laquelle cettetechnologie serait par nature désocialisante persiste. »21 Pourtant, sur la toile, une multitude de communautés virtuelles voient le jour, foisonnentsous des formes diversifiées. Internet, qui a vu son utilisation croître de manière exponentielle,semble devenir, avec le développement des réseaux sociaux, un lieu de vie comme pourraitl’être la maison, le quartier, un lieu où l’on peut se retrouver, s’exprimer, se rencontrer. Bref,un véritable vivre ensemble virtuel. Les chiffres le prouvent : en avril 2010 les réseaux sociauxreprésentaient 22% du temps passé en ligne au niveau mondial22. Internet à la fameuse réputation d’être un moyen de communication transfrontalier,transnational, global, mondial. Partant de cette idée, la toile n’a pas de frontière. Cela ne veutpas dire que l’on ne peut pas l’utiliser pour créer du lien social au niveau de son quartier,d’ailleurs il n’est pas difficile de constater qu’une grande partie des activités de communicationque nous entretenons sur la toile et les réseaux sociaux se font avec des personnes socialementproches et souvent géographiquement proches. C’est dans ce contexte de crise du lien socialque j’ai choisi de travailler sur ces sites de proximité. Comment internet que l’on accuse dedétruire le lien social peut-il le recréer ou le créer au niveau d’une résidence ou d’un quartier ?Le vivre ensemble construit sur les réseaux numériques peut-il se transposer dans la réalité etceci au niveau d’un quartier ? Quelle complémentarité entre le « chez soi » réel et le « chez soi»virtuel ? Peut-il y avoir une sociabilité puis des relations de solidarité sur le web transposéesdans la vie réelle ? Quelles influences le web peut-il avoir sur l’ancrage social local ? Pour répondre à ces questions je me suis principalement appuyé sur différentes branchesde la sociologie. En premier lieu la sociologie urbaine, qui se définit comme la branche de lasociologie qui tend à comprendre les rapports dinteraction et de transformation qui existententre les formes dorganisation de la société et les formes daménagement des villes23. Yves                                                        21 A. CASSILLI Antonio, Les liaisons numériques - Vers une nouvelle sociabilité, Seuil, Coll. « Lacouleur des idées », 2010, 331 p.22 Etude du Cabinet Nielsen sur le moi d’avril 2010 [ http://blog.nielsen.com/nielsenwire/online_mobile/social-media-accounts-for-22-percent-of-time-online/ (consulté le 22/03/2011) ]23 Wikipedia - source : Frey Jean-Pierre, Prolégomènes à une histoire des concepts de morphologie sociale et demorphologie urbaine, 2003, dans Les Identités, echos de Montréal, dir Lucie K. Morisset, ed. Nota Bene,Montréal.  7 
  9. 9. Grafmeyer et Jean-Yves Authier, tous deux professeurs de sociologie urbaine à l’université deLyon 2, en donnent une définition plus précise : « La sociologie urbaine n’est pas pour autantla sociologie de tout ce qui se passe en ville »24. Transversale à d’autres découpages en champsspécialisés (la famille, l’éducation, le travail, les loisirs…), elle se centre sur la dimensionproprement urbaine des divers aspects de la vie sociale ». Ainsi leur ouvrage Sociologieurbaine a été particulièrement utile pour comprendre les principes propres à la sociologieurbaine à l’échelle de la ville. Il tente de décrire une « sociologie qui se centre sur la dimensionurbaine des divers aspects de la vie sociale ». Il interroge aussi les tensions qui traversent la vieurbaine : tension entre distance et proximité ; tension entre diversité et intégration (ségrégationsurbaines) ; tension entre lignes de force qui commandent le devenir de la ville et la gestioncollective (démocratie locale, gouvernance urbaine). Mais c’est également l’ouvrage deréférence sur le quartier Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiquessociales dirigé par Jean-Yves Authier, Marie-Hélène Bacqué, France Guérin-Pace, qui permetde comprendre quelle est « la consistance du quartier et ce qui le structure dans une société deréseaux et de mobilité : sa morphologie, son histoire, les solidarités sociales qui s’ydéveloppent, les pratiques de ses habitants, les espaces publics, ses limites géographiques » etson rôle dans la ségrégation urbaine. A ces notions sociologiques s’ajoute celle du voisinagequi évolue en fonction de nos nouveaux modes de déplacement. Ainsi les travaux spécifiquesde Jean-Yves Authier25 et ceux de Ray Forrest26 montrent que les relations de voisinage à l’èrede la mobilité et de l’évolution technologique tendent à se transformer mais ont toujours uneimportance capitale. Ce sont ces relations qui sont au cœur de la stratégie des sites de quartieret qui constituent le centre de mon mémoire. Ensuite, je me suis appuyé sur la sociologie des réseaux sociaux et la sociologie desusages numériques. Ces dernières me permettront de décoder les sociabilités27 propres qui sedéveloppent entre les individus sur la toile et plus particulièrement sur les sites de proximité.Ainsi, dans son ouvrage Les liaisons numériques - vers une nouvelle sociabilité, Antonio A.Cassili, étudie Internet comme objet sociologique et ses usages comme faits sociaux à partentière. « Les possibilités induites par Internet offrent un nouveau rapport à l’espace,rétrécissant les distances mais aussi les rapports sociaux »28. L’auteur parle d’un habitatdouble. En analysant Internet comme un espace où l’on vit, il montre que la frontière est minceentre habitat réel et habitat virtuel. Il explore les différences, les continuités, les impasses entreces deux espaces.                                                        24 GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.3]25 AUTHIER Jean-Yves, « Evolutions des sociabilités : du voisinage à l’Internet », dans HUYNH (P. M.), Habitat etvie urbaine. Changements dans les modes de vie, Paris, Éditions du PUCA, 2006, p. 119-12426 FORREST Ray, Le voisinage ? Quelle importance ? « Revue internationale des sciences sociales », Janvier 2007,n°191, p. 137-15127 La sociabilité : C’est la capacité dun individu ou dun groupe dindividus à évoluer en société, et à pénétrer ausein de nouveaux réseaux sociaux [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Sociabilit%C3%A9 (consulté le 23/03/2011) ]28 A. CASSILLI Antonio, Les liaisons numériques - Vers une nouvelle sociabilité, Seuil, Coll. « La couleur desidées », 2010, 331 p [citation texte de quatrième de couverture]  8 
  10. 10. Je me suis également appuyé sur les travaux de Dominique Cardon et ceux de VirginieLethiais et Karine Roudaut. Les premiers dressent une typologie de la visibilité que se donnentles utilisateurs sur les réseaux sociaux et montrent que « la manière dont est rendue visiblel’identité des personnes sur les sites du web 2.0 constitue l’une des variables les pluspertinentes pour apprécier la diversité des plateformes et des activités relationnelles qui y ontcours »29. Les seconds traitent des spécificités des amitiés virtuelles à l’aide d’une enquête etrévèle un point particulièrement intéressant « Les amitiés virtuelles sont généralement peunombreuses et se limitent le plus souvent à des environnements géographiques et socioculturelsproches. Internet apparaît comme un moyen de renforcer la vie sociale »30. Ensuite, c’est lasolidarité entre les individus issus de différentes catégories sociales que j’ai souhaité prendre encompte dans les relations de proximité. Ainsi je me suis penché sur une autre discipline, cellede l’économie sociale et solidaire. Les structures issues de la société civile comme lesassociations y jouent un rôle important. Ainsi plonger dans l’histoire de l’association avec JeanDefrasne31 semble nécessaire pour comprendre son importance. Enfin, j’ai étudié l’implicationdes pouvoirs publics dans le potentiel d’internet comme outil de proximité. Ainsi, le travailprospectif de Daniel Kaplan et Thierry Marcou ville 2.0 : plateforme d’innovation ouverte,Comment libérer les forces de l’innovation dans la ville ? montre à quelle point les instancespubliques ont intérêt à utiliser les technologies numériques pour faire participer leurs usagersaux processus urbains qui les concernent. Ces appuis bibliographiques m’ont permis d’analyser concrètement différents types desites de proximité qui sont mes terrains de recherche. Tout d’abord, le premier dont j’ai parlé précédemment est unique. En effet, WebSolidarité et son créateur Nicolas Hoarau ont pour objectif d’aider les personnes à la rue et engrandes difficultés en les resocialisant avec les habitants du quartier où ils vivent. Les réseauxsociaux et plus particulièrement Facebook, au centre de la démarche, permettent de garder lecontact avec le nouveau réseau créé. Ainsi, je me suis attaché à analyser les différentes étapesde resocialisation des individus et le rôle particulier que le web joue dans cette démarche. Cesite constitue la base concrète du volet solidarité de mon travail. J’ai ensuite étudié deux réseaux sociaux de quartier Peuplade et Voisinéo, aux stratégiesdifférentes, mais à l’objectif commun : celui de renforcer les liens de proximité entre habitantsau sein d’un territoire restreint que j’analyserai. Ces sites proposent différents servicesréalisables au niveau d’un quartier comme découvrir et rencontrer ses plus proches voisins,suivre l’actualité de son quartier, échanger des bonnes adresses, échanger des biens et services                                                        29 CARDON Dominique, Le design de la visibilité un essai de cartographie du web 2.0 « Réseaux », 2008, n°152 [Commentaire sur l’auteur sur son article sur http://www.internetactu.net/2008/02/01/le-design-de-la-visibilite-un-essai-de-typologie-du-web-20/ (consulté le 26/03/2011) ]30 LETHIAIS Virginie, ROUDAUT Karine, Les amitiés virtuelles dans la vie réelle - Profils, motifs et modalités deconstruction « Réseaux », 2010, n°164, p. 16 – 49 [citation p 18]31 DEFRASNE Jean, Histoire des associations françaises, Paris, L’Harmattan, 2004, coll. « Acteurs de la science »,p. 147  9 
  11. 11. utiles par des petites annonces, participer à des discussions, donner des rendez-vous et lancerdes projets. Ainsi, les services proposés diffèrent-ils en fonction des statuts des membres ?Quels sont les critères d’identification proposés ? Quels sont les objectifs des fondateurs ?Quels en sont les utilisateurs, les acteurs ? Quel modèle économique et quels financements ?Quelle est selon eux la définition spatiale d’un quartier ? Autant de questions qui rythment monanalyse.Une analyse que j’ai étendue à un autre site qui se définit d’abord au niveau de l’immeubled’habitation, ensuite au niveau du quartier et enfin de la ville. Ainsi ma-residence.fr réseausocial d’hyperproximité propose des services particuliers. L’ouvrage de son fondateur CharlesBerdugo, Le nouveau vivre ensemble, aiguille évidement l’analyse de ce site et, plus que cela,permet de comprendre les enjeux de ces différents réseaux sociaux de proximité. J’évoqueraiégalement, sans l’analyser aussi profondément que les précédents, par manque de temps, le casparticulier d’onvasortir.com qui se situe au niveau d’une ville et qui base uniquement sonfonctionnement sur des propositions de sortie32. Enfin je me suis aussi penché, également demanière moins poussée, sur les sites de proximité à vocation plus commerciale qui permettentde trouver des commerces de proximité comme e-quartier.com, sur quelques exemples de blogsd’habitants qui influent sur la vie de leur quartier ainsi que sur les initiatives de collectivités oude mairies en terme de portail collaboratif de proximité en prenant l’exemple de wikibrest33. Pour cerner le champ sociologique de mon sujet, je commencerai, dans une premièrepartie, par caractériser sociologiquement l’espace urbain. Un espace urbain qui fut toujours à larecherche du lien social en rassemblant ceux qui l’habitent et dans lequel le quartier joue unrôle prépondérant en particulier à l’ère de l’individualisme triomphant. Ensuite, pour comprendre le phénomène des sites de proximité je m’attacherai àdécrypter, dans une seconde partie, les processus mis en place par ces réseaux sociaux deproximité pour permettre de passer du voisinage au web et inversement. Quelle visibilité sedonne-t -on sur les sites de proximité ? Et quelles sociabilités s’y développent ? Dans une troisième partie, j’analyserai les relations de solidarité de proximité quepeuvent permettre ces sites. En me penchant plus particulièrement sur le cas des associations.Mais c’est aussi ici que je m’attarderais sur la démarche originale de Web Solidarité. Enfin, pour évoquer le futur du web de proximité, je m’attacherai dans une quatrièmepartie, à relever les tendances qui forgent les perspectives du web de proximité : l’impact de lacrise sur le lien social et ce qu’elle a généré comme initiatives solidaires, le processus detechnicisation des villes qui font de l’usager une partie prenante des processus d’évolution deleur espace de vie ou encore l’implication des pouvoirs publics dans le numérique local pourlutter contre la fracture numérique.                                                        32 BERDUGO Charles, Le nouveau vivre ensemble, Paris, Descartes & Cie, 2009, 235 p.33 Site Wikibrest [ http://www.wiki-brest.net/index.php/Wiki-Brest,_les_carnets_collaboratifs_du_Pays_de_Brest(consulté le 26/03/2011) ]  10 
  12. 12. Partie I : Un espace urbain à la recherche de liensocial « La ville est à la fois territoire et population, cadre matériel et unité de vie collective, et nœuds de relations entre sujets sociaux. » 34                                                        34 GRAFMEYER Yves , AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.11]  11 
  13. 13. L’espace urbain est partout, selon l’INSEE 82% des Français vivraient dans « un espace à dominante urbaine »35. Ainsi nous sommes pour la plupart proches lesuns des autres. De fait, il semble assez évident que le lien social soit d’autant plus important.Pourtant, de nombreux cas d’isolement social sont dénombrés. Habiter la ville n’en est pas lacause directe, l’isolement social résulte de facteurs souvent conjugués (personnels, sociaux,institutionnels) et la proximité physique n’est pas « le » remède miracle. La sociologie urbaines’intéresse à la manière dont les individus investissent et se comportent dans l’espace urbain.Bien avant l’existence de cette branche de la sociologie, la ville semblait déjà être à larecherche de lien social. En effet, de nombreux utopistes ont imaginé un vivre ensemble urbainidéal luttant contre l’isolement social et pour l’utilité de chacun de ses habitants. Cette premièrepartie sera principalement consacrée aux concepts sociologiques qui ont trait aux interactionsentre individus au sein de la ville et du quartier. Je n’y aborderai pas internet car il me sembleutile de comprendre dans un premier temps les sociabilités urbaines de façons distinctes pourmieux les confronter aux sociabilités propres à internet dans un second temps. Caractériser l’espace urbain en premier lieu sous ces différentes facettes, puis étudier lespensées utopistes à la base de la recherche d’un meilleur vivre ensemble et enfin, faire l’état dela signification de l’espace « quartier » aujourd’hui me semble nécessaire pour nous permettrede mieux comprendre dans quel cadre social évoluent ces sites de proximité.1. Les figures de la ville : principales caractéristiques de l’espaceurbain La ville ne semble pas avoir de définition sociologique générale, elle prend de multiplesformes en fonction des individus qui y vivent. Même si certains comportements sont similairesdans différentes villes qui ont fait des choix d’urbanisme similaires, c’est sur les interactionsentre ces individus et leurs territoires que l’on peut se retrouver sur une définition. Ainsi, selonYves Grafmeyer et Jean-Yves Authier, la ville est à la fois un espace de rencontre, unemosaïque d’individus dont l’organisation est centralisée. Et où il semble nécessaire de se poserla question de l’existence d’une identité propre au citadin.                                                        35 INSEE[ http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=12942&page=horscollect/ouvderef/ouvderef_chp5p2.htm(consulté le 26/03/2011) ]  12 
  14. 14. 1.1 La ville, espace de rencontres La ville pourrait être observée comme un organisme vivant qui s’agrandit, décline, dontcertaines parties se dégradent ou d’autres s’améliorent. Mais cet organisme vivant semble faireunité, fruit de rencontres entre individus vivant à proximité les uns des autres. Ainsi YvesGrafmeyer et Jean-Yves Authier nous expliquent que la ville peut être vue comme un grandréseau social à elle seule : « la proximité physique permet aux êtres sociaux d’entrer enrelations, et favorise le développement de nouvelles relations ». C’est d’ailleurs cette union quesemble relever Victor Hugo dans son recueil Actes et paroles - Depuis lexil : « Les villes sont des bibles de pierre. Celle-ci na pas un dôme, pas un toit, pas un pavé qui nait quelque chose à dire dans le sens de lalliance et de lunion, et qui ne donne une leçon, un exemple ou un conseil. Que les peuples viennent dans ce prodigieux alphabet de monuments, de tombeaux et de trophées épeler la paix et désapprendre la haine. (…) »36La ville est donc par essence un milieu cumulatif de rencontres où « s’amplifient et sedémultiplient les interactions de tous ordres »37.De cet ensemble, c’est la notion de densité qui doit être évoquée car elle a souvent été utiliséepour définir la ville et sa vie sociale. Ainsi le critère de densité retenue par l’INSEE se base surla notion d’Agglomerations de population qui sont référencées en unités urbaines. « La notion dunité urbaine repose sur la continuité de lhabitat : est considérée comme telle un ensemble dune ou plusieurs communes présentant une continuité du tissu bâti (pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions) et comptant au moins 2 000 habitants. La condition est que chaque commune de lunité urbaine possède plus de la moitié de sa population dans cette zone bâtie. (…) Si la zone bâtie se situe sur une seule commune, on parlera de ville isolée. Dans le cas contraire, on a une agglomération multicommunale»38.Pour le sociologue Emile Durkheim cette densité matérielle est insuffisante il faut y ajouter unedensité « morale » qui s’apprécie en fonction de l’implication des citadins dans leurs vie encommun39. « Les villes résultent toujours du besoin qui pousse les individus à se tenir d’une manière constante en contact aussi intime que possible les uns avec les autres. Elles sont autant de points où la masse sociale se contracte plus fortement qu’ailleurs. Elles ne peuvent se multiplier et s’étendre que si la densité morale s’élève » 40. C’est cet aspect « moral » qui nous intéresse ici. Il semble induire la nécessité pourchacun de s’impliquer dans un vivre ensemble qui nous est commun pour que le lien social et lavie sociale subsistent. Car si la densité morale permet la densité matérielle, l’inverse n’est parcontre pas évident. C’est d’ailleurs ce que nous verrons dans une partie suivante consacrée aux                                                        36 HUGO VICTOR, Actes et paroles - Depuis l’exil 1876-1885 - Paris - V. Déclaration de paix, Paris, 1885[ http://fr.wikisource.org/wiki/Actes_et_paroles/Depuis_l%E2%80%99exil/Paris_3 (consulté le 26/03/2011) ]37 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine… [citation p.11 (consulté le 26/03/2011) ]38 INSEE - Définition d’une unité urbaine [http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/unite-urbaine.htm (consulté le 26/03/2011) ]39 David Émile Durkheim (15 avril 1858, Épinal - 15 novembre 1917, Paris) est lun des fondateurs de lasociologie moderne. Source Wikipedia :[ http://fr.wikipedia.org/wiki/Emile_Durkheim (consulté le 26/03/2011) ]40 DURKHEIM Émile, De la division du travail social (1893), Paris, Puf ,1978, [citation p.239]  13 
  15. 15. différences entre quartiers et aux processus de ségrégation qui peuvent provoquer l’isolementde certaines parties de population d’une ville. Ainsi, Yves Grafmeyer et Jean-Yves Authier montrent que le phénomène urbain a unedouble face. D’un coté, il est processus en mouvement où l’on s’agglomère, se regroupe, serapproche et ainsi on se rend accessible et, de l’autre, il est le résultat stabilisé de ce processusde « configuration pérenne inscrite dans un lieu ». Ainsi, la ville favorise les rencontressouhaitées. Il est plus simple de rentrer en contact avec des individus proches physiquement desoi. Mais elle crée aussi un phénomène de rencontres inopinées qui lui est spécifique. YvesGrafmeyer et Jean-Yves Authier citent dans leur ouvrage l’anthropologue Ulf Harnnerz quiévoque ce phénomène de sérendipité propre à la ville : « L’accessibilité urbaine, aujourd’hui comme par le passé est partiellement planifiée mais aussi partiellement aléatoire. Bousculer quelqu’un que l’on n’a pas vu, assister à des scènes que l’on n’a pas prévues, voilà des expériences qui ne sont sans doute ni utiles ni agréables, mais qui ont peut être leurs conséquences particulières sur le plan personnel ou sur le plan social et culturel (…). Le flair (serendipity), le fait de découvrir quelque chose par hasard alors qu’on en cherchait une autre, est peut- 41 être une aptitude que privilégie la vie urbaine » .Alors même que les nouvelles technologies permettent de garder le contact avec des individussans contrainte de distance physique et que l’on choisit, « la perspective d’un monde où segénéraliserait une accessibilité uniquement programmée signifierait d’une certaine façon lamort de la ville »42. C’est cette notion de hasard, de sérendipité qui est à rapprocher avec ledéveloppement des sociabilités sur le web et c’est d’ailleurs ce que l’on verra un peu plus tarddans une partie consacrée aux sociabilités spécifiques qui se développent sur la toile.Si la ville est un espace de rencontres, elle est aussi multitude et différence sociale. Elle estaussi une mosaïque.1.2 La ville, une mosaïque L’urbanisation, processus par lequel une partie de la population se concentre dans lesvilles, produit de fait une condensation de la vie sociale. Une vie sociale qui se différencie et secomplexifie en fonction des différents groupes d’individus qui habitent la ville. « La villerassemble des activités et des populations qui ne se distribuent pas de façon uniforme sur leurterritoires »43. Cette mosaïque qualifie donc la distribution des individus dans la ville et leurséparation spatiale. Ainsi, les individus peuvent se regrouper en fonction de leurs appartenancesethniques ou encore en fonction de leur revenu ou de leurs croyances, mais aussi en fonction dela situation des pôles d’activités économiques... Au travers de la recherche d’une identitéspécifique au cœur de la ville, les individus forment un ensemble hétérogène de regroupements                                                        41 HARNNERZ ULF, Explorer la ville (1980), traduit et présenté par Isaac Joseph, Minuit, 1983, [citation p.154]42 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008,128 p [citation p.13]43 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine,… [citation p.13]  14 
  16. 16. qui communiquent entre eux. Aux Etats-Unis « l’idée communautaire est intrinsèquement liéeà l’origine et au développement de la société »44, c’est pourquoi les sociologues se sontparticulièrement intéressés aux villes américaines. Les quartiers y sont très typés, voire parfoiscloisonnés. Frisant le communautarisme à certains égards, l’organisation des villes américainesrépond à des revendications identitaires. Ainsi Yves Grafmeyer et Jean-Yves Authier citentRobert Park, sociologue de l’école de Chicago, qui y voyait des « aires urbaines » qu’ilqualifiait de « naturelles » (elles ne sont pas le résultat d’un découpage décidé par lesinstitutions publiques) mais aussi « morales » car elles reflétaient la singularité des manières devivre d’une partie de la population de la ville. La France, dont le modèle d’intégrationrépublicain prétend lutter contre le communautarisme ethnique, connaît aussi dans ses grandesvilles ce phénomène de mosaïque. De la communauté africaine de Barbès au quartier chinoisdu 13e arrondissement en passant par les quartiers gentrifiés de son centre et le quartier dithomosexuel du Marais, Paris en est l’exemple même. Mais un même espace permet aussidifférentes attitudes parce qu’il est porteur de plusieurs représentations. La mosaïque urbaine, dont on peut penser, et c’est souvent le cas, qu’elle crée un certaindynamisme culturel d’ensemble, facteur de lien social, est également construite sur l’isolementde parties de sa population dans des quartiers qui sont souvent stigmatisés. De ce fait, la figurede mosaïque que présente la ville peut avoir une connotation plus négative. Les phénomènes deghettoïsation de certaines parties de la population ou plutôt de ségrégation spatiales’accompagnent d’un phénomène de ségrégation sociale qui est inhérent à la ville. Les débatsautour des quartiers sensibles et des cités « à problèmes » frappés par l’insécurité et l’arrêt del’ascenseur social, en sont la malheureuse illustration en France. Les grands ensembles,banlieues françaises, qui font débat aujourd’hui, ont été construits pour répondre à un« désordre de l’urbanisation » de villes qui ne pouvaient plus accueillir d’autres personnes tantelles étaient engorgées. « Et dire que ces cités fragiles avait été proposées comme remèdes au désordre de l’urbanisation ! Après des années et des années de resserrement sans hygiène et d’obscurité sans air, la cité collective apportait à ses habitants le confort, la lumière, l’espace, la possibilité de vivre une autre vie ; de construire un avenir plus solidaire ; bref, l’utopie aux portes de la ville ancienne (…) »45 . Mais, petit à petit, la séparation fonctionnelle de l’espace urbain a joué un rôle que l’onn’avait pas prévu. Ces grands espaces périphériques sont devenus des grands dortoirs où l’onne trouve que très peu d’activités économiques et sociales (celles-ci étant concentrées au cœurde la ville), ce qui les isole progressivement. La banlieue semble maintenant victime du faibleniveau de socialisation qu’elle permet. Le lien social y est mis à rude épreuve. Nous reparleronsun peu plus loin dans une partie consacrée aux quartiers, du processus de ségrégation spatialedes citadins. Mais la ville est aussi une mosaïque dans ses constructions. Même si l’objectif est                                                        44 BOUVET Laurent, Le communautarisme - Mythes et réalités, Paris, Lignes de Repéres, 2007, 160 p [citationextrait de l’ouvrage sur le site de l’éditeur : http://www.lignes-dereperes.com/catalogue/communautarisme3.html(consulté le 26/03/2011) ]45 VIEILLARD-BARON Hervé, Les banlieues : un exposé pour comprendre, un essai pour réfléchir, Paris,Flammarion, coll. « Dominos », 1996, 128 p  15 
  17. 17. souvent de lisser et de donner une cohérence à l’ensemble du bâti, il peut arriver que certainsprocessus d’urbanisation soient spontanés et ainsi créent des lignes de ruptures physiques del’espace mais également du tissu social. Ainsi, Hausmann dans sa transformation de Paris acréé un contraste important avec l’ancien tissu urbain. Le temps façonne cette mosaïque et laprise en compte du patrimoine historique intervient dans la construction d’autres ruptures quitransforme l’espace de vie : les terrains non constructibles, les espaces protégés… Le centre-ville est très souvent le cœur historique de la ville mais en est également lecœur économique.1.3 La ville, une organisation centralisée Comme nous l’avons vu plus haut, les villes se construisent sur des groupes d’individusqui ne sont pas seulement juxtaposés mais également interdépendants. L’organisation de cesinterdépendances s’appuie souvent sur un phénomène de centralité. La centralité est une qualitéattribuée à un espace. Elle n’est pas un unique lieu comme le centre-ville. Elle est définie parson contenu : la centralité des instances politiques de décision et de gouvernance de la cité, lacentralité des activités économiques, la centralité des lieux de culte, la centralité des lieuxhistoriques et des loisirs propres à l’identité d’une ville. « Les propriétés géométriques de l’espace, l’antériorité historique du noyau initial à partir de laquelle la ville s’est étendue, les représentations symboliques qui lui sont associées, sont autant d’éléments qui tendent à faire du cœur géographique un point d’appui et le lieu emblématique d’un grand nombre de fonctions centrales »46.Les villes les plus anciennes sont organisées autour d’un centre unique et étaient à leur créationclairement distinctes de leurs environnements par la coupure qu’elles matérialisaient avec lesfaubourgs et la campagne environnante. Aujourd’hui, la notion de centralité a toujours sonintérêt et sa pertinence. En témoigne l’identification d’une « ville-centre » par l’INSEE dans lesagglomérations multicommunales. « Une ville-centre dunité urbaine multicommunale (ou dagglomération multicommunale) est définie comme suit. Si une commune abrite plus de 50% de la population de lunité urbaine, elle est seule ville-centre. Sinon, toutes les communes qui ont une population supérieure à 50% de la commune la plus peuplée, ainsi que cette dernière, sont villes-centres. Les communes urbaines qui ne sont pas villes- 47 centres constituent la banlieue de lagglomération multicommunale. » Aujourd’hui, avec le développement du tissu péri-urbain en plein essor depuis lesannées 60 menant entre autres à la création des banlieues, cet aspect de centralité est àtempérer. Cependant, la ville est centre car elle polarise petit à petit ces activités et ces flux quila lient à d’autres espaces et à d’autres villes. Pour répondre à cette croissance urbaine et pour                                                        46 GRAFMEYER Yves , AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.17]47 INSEE définition de ville-centre [ http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/ville-centre.htm(consulté le 26/03/2011) ]  16 
  18. 18. en dresser une nomenclature, l’INSEE a défini des aires urbaines qui déclinent le territoire enquatre catégories : « La première représente lespace à dominante rurale qui comprend à la fois des petites unités urbaines et des communes rurales. Les trois autres constituent lespace à dominante urbaine : ce sont les pôles urbains, les couronnes périurbaines et les communes multipolarisées »48.Cette nomenclature permet de prendre en compte les nouveaux modes de déplacementdomicile-travail, de diviser en couronnes la banlieue selon sa proximité avec le centre del’agglomération. De plus, pour répondre à cette extension, on voit se créer des zonescommerciales ou des zones d’activités hors du centre, polarisant ainsi les habitudes deshabitants. Enfin, il est nécessaire de souligner que la fonction institutionnelle et politique de laville reste un aspect majeur de sa centralité. La ville met en jeu la coexistence de populationsdifférentes. Elle met donc en place des institutions pour organiser cette cohabitation. AinsiYves Grafmeyer et Jean-Yves Authier citent le sociologue Weber qui, dans son ouvrage « laVille » publié en 1920, accorde un intérêt particulier à la ville médiévale. Pour lui, elle était lameilleure expression, un idéal type de ce qu’est une communauté urbaine49. « Elle doit posséder au moins partiellement un droit propre, des formes d’associations qui y correspondent, un certain degré d’autonomie politique « et donc aussi une administration par des 50 pouvoirs publics constitués avec la participation des citoyens » .La « politique de la ville » en est le résultat actuel le plus abouti. « La politique de la ville en France valorise une approche stratégique multiforme des difficultés urbaines. Cette approche passe par la définition de territoires prioritaires d’intervention, avec une recherche de solutions à une échelle plus vaste que celle du quartier. La démarche est partenariale : elle doit réunir tous les acteurs locaux et associer les habitants dès la phase d’élaboration des politiques. (…) la politique de la ville s’organise progressivement à la fin des années 70, en orientant les efforts publics vers les parties du tissu urbain les plus affectées par les conséquences sociales et économiques des mutations de l’économie française »51. La politique de la ville vise donc à réduire les inégalités sociales entre les territoires ausein d’un même ensemble urbain. Elle participe à la cohabitation des individus et est un acteurmajeur et nécessaire de la reconstruction du lien social. Et c’est en cela qu’elle nous intéresse.En valorisant les initiatives locales des habitants, elle fait de chaque territoire d’intervention uncentre de vie sociale spécifique. Elle lutte entre autre contre la fracture numérique. Nous enreparlerons à plusieurs reprises par la suite. Particulièrement dans la dernière partie de cemémoire où l’on s’intéressera aux espaces publics numériques « structure daccueil du public,                                                        48 INSEE définition de zonage en aire urbaines (ZAU)[http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/zonage-en-aires-urbaines.htm (consulté le30/03/2011) ]49 Max Weber (21 avril 1864-14 juin 1920), sociologue et économiste allemand[http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Weber (consulté le 30/03/2011) ]50 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, …[citation p.16]51 BRODACH ARI ET GOFFI MELANIE, « La politique de la ville : une trajectoire de développement urbain durable? », Développement durable et territoires [En ligne] , Dossier 4 : La ville et lenjeu du Développement Durable ,publié le 17 novembre 2005. [ http://developpementdurable.revues.org/1493 (consulté le 30/03/2011) ]  17 
  19. 19. à but non lucratif, pour linitiation à linformatique et aux technologies de linformation et de lacommunication »52 comme une opportunité pour le web de proximité.Mais il est nécessaire de se demander si la ville produit des façons d’être suffisammentuniverselles pour faire émerger une personnalité particulière au citadin.1.4 La ville et sa population : quid d’une personnalité citadine ? Ainsi Yves Grafmeyer et Jean-Yves Authier abordent cette question dans l’ouvrageSociologie urbaine qui, vous l’aurez compris, a été mon principal support dans cette partie pouraborder les différentes grandes facettes sociologiques de l’espace urbain. Ces deux auteurscitent Louis Wirth53, sociologue de l’école de Chicago, qui s’est inspiré des sociologueseuropéens dit « fondateurs de la sociologie moderne » comme Durkheim, Simmel ou Weber,pour instaurer un modèle de personnalité urbaine. « En raison même de la multiplicité des échanges occasionnés par la vie en ville, les relations sociales tendent à y être anonymes, superficielles et éphémères. La réserve dans l’échange, la préservation de l’intimité deviennent des conditions de l’interaction » 54.Ainsi la personnalité urbaine serait donc associée à un individualisme nécessaire pour sepréserver. L’idée d’une personnalité urbaine est contestable, certes le citadin partage son tempset ses différents lieux de vie généralement de façon cloisonnée (travail, vie familiale, transport,habitant du quartier…) et le développement des nouvelles technologies favorise le passageentre ces différents rôles. « Le citadin est pris dans des appartenances multiples dont chacune lui assigne des rôles spécifiques et n’engage une dimension particulière de sa personne (…) on peut considérer tour à tour le même individu en tant que membre d’une famille, salarié d’une entreprise, habitant d’un quartier, etc. »55.Mais on ne peut pas dire qu’il existe une culture citadine spécifique qui effacerait celles quiexistaient avant dans l’histoire des groupes d’individus. L’hétérogénéité sociale est un traitdistinctif du monde urbain où l’on trouve un grand nombre de manières différentes de vivre. Onpeut, par contre, parler de cultures urbaines issues de comportements qui se sont développésdans des quartiers spécifiques de la ville ou dans le fait qu’elles englobent des pratiquesartistiques, des manières de vivre spécifiques au monde urbain. Un des exemples le plus connuest celui de la danse hip-hop et du mouvement culturel du même nom constitué de plusieursdisciplines : le graff, le rap, la danse et le dernier né le slam. « Le hip-hop se présente commelexpression même de ces conditions de vie (de la communauté afro-américaine) et se propose                                                        52 Net public présentation des espaces publics numériques [ http://www.netpublic.fr/net-public/espaces-publics-numeriques/presentation/ (consulté le 30/03/2011) ]53 Louis Wirth est un sociologue américain (1897-1952) - Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Wirth(consulté le 30/03/2011) ]54 Op.cit . GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, …[citation p.16]55 GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.16]  18 
  20. 20. de " coller à la rue ", cest-à-dire de suivre les codes et relations qui règlent la vie desghettos »56. Ce mouvement culturel s’étendra au monde entier et se démarquera en appartenantaux cultures urbaines car il se rattache directement à des codes spécifiques développés dans laville. Le développement de certains types vestimentaires comme le « streetwear » ou encorecertaines manières de parler comme l’argot dit « des banlieues »57 en sont d’autres illustrations.On peut prendre d’autres exemples tous aussi connus comme les sports de rue (le roller, leskate bord ou le BMX). Même si l’on parle ici de la culture dans sa dimension majoritairementartistique, elle implique le fait qu’habiter en ville développe une autre manière de vivre et de secomporter. En revanche, cette culture urbaine est territorialisée au sein même de l’espaceurbain. On ne peut donc pas dire que tous les citadins adoptent les codes des exemplesprécédemment énoncés. Il n’y donc pas de personnalité urbaine universelle. Par contre, selonYves Grafmeyer et Jean-Yves Authier, on peut plutôt parler de condition propre au citadin : « une condition propre au citadin, faite de tensions entre la territorialité et la mobilité, entre la proximité et la distance dans les interactions quotidiennes, entre l’affirmation identitaire et l’expérience de l’autre, entre la diversité des milieux humains qui forment la ville et leur nécessaire ajustement, plus ou moins conflictuel, au sein d’un même espace de vie »58. Enfin, on peut se demander s’il y a une manière d’apprendre à être en ville. A cet effet,la ville, espace de frottement entre les individus, est également un espace de socialisation. Onpeut envisager le concept de socialisation sous deux perspectives. D’abord il peut regrouperl’ensemble des mécanismes d’apprentissage qui font que les individus intériorisent les valeurset les normes d’une société. Ainsi la socialisation comprend l’ensemble « des dispositifsrégulateurs de transmission aux générations suivantes » : modèles culturels, formes desolidarité et manière d’être en ville. Il peut aussi se référer « aux diverses interactions quiétablissent entre les individus des formes déterminées de relations »59. L’individu construit sonidentité grâce à l’ensemble des sociabilités qu’ils développent avec autrui. Cependant, le mondeurbain, placé sous le signe de la mobilité fait du citadin un être en constante adaptation avec cequi l’entoure. « en agissant avec, pour ou contre les autres, chaque individu est amené à opérer des ajustements plus ou moins conflictuels entre ce qui lui a été transmis par son milieu d’origine et ce qui lui est proposé ou imposé par diverses situations d’interaction sociale dans lequel il se trouvent pris. (…) le processus de fabrication des gens de ville (…) se déploie dans un contexte de tensions entre les identités et mobilités, entre la continuité et la rupture, entre la recherche du semblable et la rencontre de l’autre » 60 . Ainsi, la ville est un espace de rencontre entre multiples individus qui forment unevéritable mosaïque. Ces citadins cohabitent en interdépendance, dans une organisation spatiale                                                        56 Wikipedia article sur le Hip-Hop :[ http://fr.wikipedia.org/wiki/Hip-hop (consulté le 30/03/2011) ]57 Voir le dictionnaire de la zone : http://www.dictionnairedelazone.fr/58 Op.cit. GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine… [citation p.16]59 GRAFMEYER Yves, AUTHIER Jean-Yves, Sociologie urbaine, Paris, Armand Colin, coll. « 128 »,2008, 128 p[citation p.86]60 Ibid.  19 
  21. 21. centralisée et vivent ensemble en confrontant leurs unicités créant ainsi un dynamisme socialimportant. Comme nous l’avons vu il n’en demeure pas moins des tensions et des phénomènesde ségrégations produisant des inégalités sociales qui nuisent au vivre ensemble. Maiscomment pourrions-nous définir le vivre ensemble idéal ? Comment lutter contre cesinégalités ? De nombreux « Utopistes », depuis longtemps, se sont penchés sur le sujet.2. L’espace urbain à l’épreuve de l’utopisme Depuis l’antiquité, les hommes ont toujours imaginé des villes utopiques, idéales,certaines ont vu le jour, d’autres, la plupart, sont restés sur le papier. L’utopie touche toutes lescomposantes de la ville : ses constructions, ses lois, ses coutumes, ses richesses, ses habitantset l’organisation de son vivre ensemble. Mais qu’est ce que l’utopie ? L’utopie, dans le langagecourant, est utilisée pour définir ce qui semble impossible à réaliser. Pourtant, ceux qui ont crééce genre littéraire, courant artistique et urbaniste, difficile à définir, ont souhaité explorer etélargir le champ des possibles grâce à leur imagination. L’utopie n’était pas pensée irréalisablepar tous ceux qui l’ont pratiqué. Le mot « utopie » est forgé par Thomas More à partir du grecou-topos, « nulle-part » et eu-topos, « lieu de bonheur ». C’est donc un lieu qui n’existe nullepart ailleurs et, s’il existe, il est unique, car il est lieu de bonheur complet pour ceux que la« réalité » (de leurs époques respectives) n’enthousiasme guère. L’utopie rassemble beaucoup d’auteurs, penseurs, philosophes, urbanistes, artistes etj’oublie d’autres qualificatifs. C’est pourquoi, je m’attacherai en essayant d’être aussi completque possible à relever les différentes pensées qui traitent du vivre ensemble. Ainsi j’aborderaien premier lieu, l’œuvre de Thomas More « Utopia » initiateur de la cité idéale, d’un vivreensemble égalitaire. Puis, nous ferons un bond dans le temps pour évoquer le Robert Owenentrepreneur socialiste espérant fonder une organisation communautaire de progrès, au prixd’une émigration vers le Nouveau Monde. Puis d’autres grands inventeurs du mouvement dusocialisme utopique comme Charles Fourier et Andrée Godin.2.1 Thomas More et Utopia : le bonheur de chacun passe par le bonheur detous Thomas More, (7 février 1478, Londres – 6 juillet 1535, Londres), est un juriste,historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique anglais61. Publié en 1516, sonlivre, écrit en latin, Utopie, traité sur la meilleure forme de république et sur une île nouvelles’inscrit dans le mouvement humaniste qui redécouvre la littérature grecque et latine. Ainsi on                                                        61 Définition de Thomas More dans Le petit Larousse illustrée édition 2009 p 1721 et wikipedia :[http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_More ] (consulté le 03/04/2011) ]  20 
  22. 22. peut dire qu’il connaissait les œuvres d’Aristote62 ou de Platon63. Platon, qui, dans son dialoguecélèbre La République64 avait déjà évoqué ce qui devait être une cité idéale organisée sur unsystème de castes. Comme pour La République, son ouvrage se présente lui aussi sous la formed’un dialogue, dont le personnage principal est un voyageur fictif, un compagnon d’AmerigoVespucci65 qui aurait poursuivi l’exploration des îles du Nouveau Monde. Concernant l’organisation de sa cité, Thomas More rompt complètement avec lephilosophe grec en imaginant une cité égalitaire qui n’a pas besoin de geste divin nid’évènement surnaturel pour se construire. L’être humain en est capable. A cette époque,Thomas More est témoin des ravages sociaux quengendre le développement de l’industrielainière dans lAngleterre du XVIe siècle. Dans le premier livre d’Utopia, il en fait une vivecritique. L’industrie lainière incite alors l’aristocratie anglaise à développer de grands élevagesde moutons et ceci aux détriments des paysans. C’est le mouvement dit des enclosures qui faitréférence aux transformations agricoles de l’époque où l’on passe d’un système decommunauté d’administration des terres avec des champs communs où les paysans avaient desdroits d’usage, à un système de propriété privée délimitant les champs aux détriments de cesderniers. Ce mouvement fut mené avec des conséquences sociales dramatiques, car il jetait surles chemins une masse de gens dénués de tout moyen subsistance. « Ces pauvres gens nont pas assez de leurs rentes, de leurs bénéfices, des revenus de leurs terres ; ils ne sont pas contents de vivre au sein de loisiveté et des plaisirs, à charge au public et sans profit pour lÉtat. Ils enlèvent de vastes terrains à la culture, les convertissent en pâturages, abattent les maisons, les villages, et ny laissent que le temple, pour servir détable à leurs moutons. Ainsi un avare affamé enferme des milliers darpents dans un même enclos ; et dhonnêtes cultivateurs sont chassés de leurs maisons, les uns par la fraude, les autres par la violence, les plus heureux par une suite de vexations et de tracasseries qui les forcent à vendre leurs propriétés »66. Ainsi, il imagine une cité idéale, loin de l’Angleterre, fondée sur une idée que l’onretrouvera dans bon nombre de récits utopiques qui suivront : la communauté. C’est dans sonlivre II qu’il décrit le mode de vie des habitants, l’architecture et les règles qui régissent la viesur l’île-cité Utopia.                                                        62 Aristote (en grec ancien ριστοτέλης / Aristotélês) est un philosophe grec né à Stagire (actuelle Stavros) enMacédoine en -384, et mort à Chalcis, en Eubée, en -322. Source Wikipedia :[ http://fr.wikipedia.org/wiki/Aristote (consulté le 03/04/2011) ]63 Platon (en grec ancien Πλάτων / Plátôn), Athènes, 428 - 427 av. J.-C., 347 - 346 av. J.-C., est un philosophegrec, contemporain de la démocratie athénienne. Source Wikipedia : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Platon (consultéle 03/04/2011) ]64 La République (en grec Περ πολιτείας / Perì politeías, « à propos de lÉtat » ou simplement Πολιτεία / politeía,« la constitution »), aussi nommée La Politie dans les milieux philosophiques, est un dialogue de Platon portantprincipalement sur la justice dans lindividu et dans la Cité. Source Wikipedia :http://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9publique (consulté le 03/04/2011) ]65 Amerigo Vespucci (ou Améric Vespucci), né le 9 mars 1454 à Florence en Italie, et mort le 22 février 1512 àSéville en Espagne, était un marchand, bijoutier et navigateur. Il fut le premier à émettre lhypothèse que la côte delAmérique du Sud constituait un nouveau continent alors que tous les navigateurs de lépoque, y comprisChristophe Colomb, pensaient débarquer en Asie. Source Wikipedia :[ http://fr.wikipedia.org/wiki/Amerigo_Vespucci (consulté le 03/04/2011) ]66 MORE Thomas, Utopia, 1516 Livre premier accessible sur Wikisource :[ http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Utopie/Livre_1 (consulté le 03/04/2011) ]  21 
  23. 23. "Utopus, mon souverain, ma transformée en île, moi qui jadis nétais point une île. Seule de toutes les contrées, sans le secours de la philosophie abstraite, jai représenté pour les mortels la cité philosophique. De bonne grâce, je partage mes bienfaits avec dautres; volontiers, jadopte des autres ce quils ont de mieux."67La composition de l’île est particulièrement intéressante car tout est fait pour faciliter la justicesociale (même s’il subsiste une caste d’esclaves dont la condition n’est cependant pashéréditaire). L’île se compose de cinquante-quatre villes fondées sur le même modèle urbain etpolitique. Les six miles familles vivant dans chaque ville élisent des magistrats qui élisent àleurs tours un prince. Un prince vertueux qui peut être destitué s’il n’assure pas ses fonctionscorrectement. Avec cette idée de suffrage indirect, Thomas More s’éloigne volontairement dufonctionnement féodal considéré comme injuste. En s’inspirant des auteurs grecs il fait de laparticipation des citoyens une condition nécessaire au bonheur collectif. De plus, l’équilibredémographique est assuré par un jeu de transfert entre famille. Il est précisé que chaque famillecomprend seize adultes. « Les Utopiens divisent l’intervalle d’un jour et d’une nuit en vingt-quatre heures égales. Six heures sont employées aux travaux matériels. (…) Le temps compris entre le travail, les repas et le sommeil, chacun est libre de l’employer à sa guise. Loin d’abuser de ces heures de loisir, en s’abandonnant au luxe et à la paresse, ils se reposent en variant leurs occupations et leurs travaux (…) »68. En Utopie l’accumulation de richesses est considérée comme inutile, il y a bien assez debiens pour tout le monde. La richesse du bonheur réside dans l’éducation, l’art etl’investissement personnel de chacun dans la vie de la communauté. Thomas More insiste surdes métiers réellement utiles à tous. Ainsi, la vie des Utopiens est séparée en deux temps : untemps collectif où l’on travaille la terre, le bâtit pour fournir un cadre de vie similaire à touspuis un temps individuel pour cultiver son esprit. Tout le monde en Utopie, est occupé à des arts et à des métiers réellement utiles. Le travail matériel y est de courte durée, et néanmoins ce travail produit l’abondance et le superflu. […] Le but des institutions sociales en Utopie est de fournir d’abord aux besoins de la consommation publique et individuelle, puis de laisser à chacun le plus de temps possible pour s’affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit, développer ses facultés intellectuelles par l’étude des sciences et des lettres. C’est dans ce développement complet qu’ils font consister le vrai bonheur. »69 Les femmes et les hommes choisissent le métier de leur choix, seul le travail agricole estcommun. Le mariage est une institution encadrée et validée par un conseil de sages. Unerotation se met en place régulièrement entre ruraux et citadins et les villes les plus riches aidentcelles qui le sont moins. La solidarité est donc inhérente à Utopia. Une solidarité couplée detolérance car la liberté de culte est garantie.                                                        67 Exposition « Utopies » en ligne sur le site de la bibliothèque nationale de France – Utopia[ http://expositions.bnf.fr/utopie/grand/2_02.htm (consulté le 03/04/2011) ]68 MORE Thomas, Utopia, 1516, Livre second, Titre trois, accessible sur Wikisource :[ http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Utopie/Livre_2/Titre_3 (consulté le 03/04/2011) ]69 Op.cit. MORE Thomas, Utopia, 1516, Livre second, Titre trois…  22 
  24. 24. « On le voit, cette société fonctionne davantage sur le mode de l’assimilation que sur celui de la sélection et du rejet, mais son unité repose sur une solidarité et un désintéressement qui exigent une 70 conscience morale et un self-control dignes d’un “homme nouveau”, d’une “femme nouvelle”.»C’est une conviction commune qui efface les ségrégations inhérentes aux différences entreindividus (sexes, âges, origines, religions). Comme More, une grande partie des utopistes quil’ont suivi, ont misé sur l’éducation pour faire perdurer leur cité idéale et n’ont pas changégrand chose à cette manière de vivre si ce n’est l’âge de la première relation sexuelle, les artsprésents dans la cité… Ainsi, il convient d’énoncer rapidement deux auteurs célèbres, eux aussi, pour leur récitutopiques. D’abord François Rabelais 71 qui dans Gargantua 72 imagine l’abbaye de Thélème ouThelema qui est la traduction du nom grec ancien θέληµα : « volonté », dérivé du verbe θέλω:vouloir, désirer. Cette Abbaye du « désir », cadeau du géant Gargantua 73 à son ami le frèreJean des Entommeures, pour lavoir aidé dans sa lutte contre Picrochole 74 est particulière carelle est le parfait opposé des abbayes de l’époque où les moines étaient soumis à l’obéissance laplus stricte. Sa devise est « fays ce que vouldras ». Tout le monde fait ce que bon lui semble(mange, bois, chante, lit, joue de la musique). Son architecture grandiose est ouverte surl’extérieur, les résidents y sont sélectionnés pour leur éducation. C’est le libre arbitre qui fixeles règles du vivre ensemble. Une conception de la communauté qui semble fragile mais quimontre l’importante place de l’éduction et de la culture dans la conception de l’humanité deRabelais. Ensuite, c’est sur une autre île, celle de Sumatra, que Tommaso Campanella créa laCité du soleil. A l’inverse de Rabelais, ici tous est collectivement réglé jusqu’aux naissances. « L’architecture de la Cité symbolise le paradigme75 social : de forme circulaire, la ville est entourée de sept remparts concentriques qui la protègent (faisant référence au cosmos ils portent                                                        70 PAQUOT Thierry, « Utopie : uniformité sociale ou hétérogénéité Thomas More, Robert Owen, Charles Fourier etAndré Godin revisité », Informations sociales, 2005, n°12571 François Rabelais était un médecin et écrivain humaniste français de la Renaissance, né à La Devinière, près deChinon (dans l’ancienne province de Touraine), à une date indéterminée entre 1483 et 1494, et mort à Parisle 9 avril 1553. Source Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Rabelais (consulté le03/04/2011) ]72 Gargantua, second roman de François Rabelais au titre complet : Les grandes et inestimables croniques : dugrant et enorme geant Gargantua,1532Version d’origine accessible sur le site les bibliothèques virtuelles humanistes :[ http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=60 (consulté le 03/04/2011)]73 Le géant Gargantua personnage principal du roman source Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Gargantua (consulté le 03/04/2011)]74 Une dispute ayant opposé leurs gens, Picrochole (figure du mauvais roi), roi de Lerné, envahit les terres deGrandgousier ( père de gargantua et figure du bon roi ) qui, aidé de son fils Gargantua, le vainc. Picrochole senfuitet devient « pauvre gagne-denier » à Lyon. Encyclopédie Larrousse en ligne[http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Picrochole/138107 (consulté le 03/04/2011)]et Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Picrochole (consulté le 03/04/2011) ]75 Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision dumonde qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée). (…)dans lessciences sociales, le terme est employé pour décrire lensemble dexpériences, de croyances et de valeurs quiinfluencent la façon dont un individu perçoit la réalité et réagit à cette perception. Ce système de représentation luipermet de définir lenvironnement, de communiquer à propos de cet environnement, voire dessayer de lecomprendre ou de le prévoir. Source Wikipedia définition paradigme : [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradigme (consulté le 03/04/2011) ]  23 
  25. 25. d’ailleurs chacun le nom d’une planète) ; remparts qui ont aussi une fonction pédagogique, étant recouverts d’illustrations scientifiques dans les domaines de la nature, des mathématiques, de 76 l’histoire. » Ces trois récits imaginaires sont loin d’être les seuls. Mais ils se retrouvent sur un pointmajeur : celui de la communauté. Il faut parvenir à vivre ensemble sans inégalités (non prévus).Dans la majorité des récits, il est nécessaire que des règles fixent les principes du vivreensemble. L’architecture des cités, ouvertes sur l’extérieur et conçue pour l’utilité, concrétise levivre ensemble idéal. Mais en réalité, les sociétés occidentales étaient divisées en ordres et enlignées, sans aucune possibilité de mobilité sociale. En 177677 et 178978 l’individu semble êtrelibre. Mais l’industrialisation produit d’autres divisions, des classes d’individus. La divisionhiérarchique du travail et les nouvelles méthodes de production transforment les espacesruraux. Mais l’homme est libre de se déplacer socialement et n’est plus légalement conditionnépar sa naissance. Cependant, les inégalités sociales demeurent et s’agrandissent. « Desmécanismes de reproduction (l’orientation professionnelle, les grandes écoles, les mariages,l’héritage, etc.) limitent les brassages sans éviter les tensions entre les classes sociales »79.Des processus de ségrégations spatiales se forment peu à peu dans les villes « quartiersbourgeois », « quartiers populaires ». Ainsi certains comme Robert Owen préconisent lacréation de communautés pour expérimenter de nouvelles manières de vivre.2.2 Robert Owen et New Harmony Robert Owen est né le 14 mai 1771 à Newtown au Pays de Galles. Il commence àtravailler jeune et se lance dans le tissage comme artisan. En 1791, il prend la direction d’unedes plus grandes filatures de Grande Bretagne. Il est donc industriel. En 1800, il achète lamanufacture New Larnack après s’être marié avec la fille de l’ancien propriétaire. Lorsqu’ilprend possession de la société, celle-ci emploie 4000 personnes dont 500 enfants. Lesconditions d’hygiènes et de vie en général y étaient déplorables, l’alcoolisme et les volsfortement répandus. Il entreprend de redresser le niveau de vie de ses ouvriers et s’engage dansune lutte pour améliorer la condition ouvrière. Ainsi il crée, entre autres, des magasins vendantdes produits à prix coutants pour les ouvriers et refusent d’employer des enfants de moins de 12ans. Il considère que l’école est le principal correcteur des inégalités sociales. Il crée donc uneécole pour ses ouvriers et leurs enfants et instaure des cours du soir et des jardins d’enfants. Ilimaginera des propositions de réformes du fonctionnement industriel dans ses deux premiers                                                        76 Jonas Olivier, Rêver la ville … Utopies urbaines : de la cité idéale à la ville numériqueVoyage au pays des villes rêvées : l’Oniropolis, l’Utopia, la Virtuapolis, la Cyberpolis, la Futurapolis…, Paris, LaDocumentation Française, 2003. Site du centre de documentation de l’urbanisme :[ http://www.cdu.urbanisme.equipement.gouv.fr/article.php3?id_article=111 ( consulté le 03/04/2011) ]77 4 juillet 1776 : Déclaration dindépendance des États-Unis dAmérique.78 26 aout 1789 : Déclaration des droits de lhomme et du citoyen.79 PAQUOT Thierry, « Utopie : uniformité sociale ou hétérogénéité Thomas More, Robert Owen, Charles Fourier etAndré Godin revisité », Informations sociales, 2005, n°125  24 
  26. 26. essais A New View of Society, or Essays on the Principle of the Formation of the HumanCharacter and the Application of the Principle to Practice (une vision nouvelle de la société ouEssais sur le principe de la formation du caractère humain et l’application du principe à lapratique), rédigés en 1813 et 1814. Ces principes se fondent sur lidée que lhomme ne forme pas son caractère lui-même ;quil est façonné par sa destinée, sur laquelle il na aucune prise ; quil ny a donc pas lieu de leféliciter pour ses efforts, ni de le blâmer pour ses erreurs80. Plus tard, il écrit d’autres essais oùil raconte ses expériences à New Lanarck et les principes qui fonderont le mouvementcoopératif81 . Il expérimente certaines de ses idées coopératives et communautaires et c’est en1825 qu’il tenta l’expérience aux Etats Unis quand il finance New Harmony. New Harmony estune communauté installée dans l’Indiana. Les femmes et les hommes y sont égaux, les maisonstoutes en bois et le mobilier le plus simple possible. La charte d’union intitulée « La nouvellecommunauté égalitaire de New Harmony »82 qu’il rédigea indiquait que tous les membres de lacommunauté devaient être considérés comme ne formant qu’une famille, recevoir sensiblementla même nourriture, le même habillement et la même éducation et être logés dans des maisons àpeu près semblables. Cette fois, l’utopie est réellement tentée, le système égalitaire respectépour les 800 premières personnes qui fondent la communauté mère. Devant ce succès, lacommunauté s’agrandit mais New Harmony ne réussit à tenir que deux ans car le système misen place par Owen n’était pas tout à fait égalitaire : « La communauté était divisée en six départements : agriculture, industrie, littérature, science et éducation, économie domestique, économie générale et commerce. Chaque département était subdivisé en plusieurs activités. Les membres s’adonnant à chaque activité choisissaient un « intendant », les intendants à leur tour choisissaient quatre «surintendants»83.De plus, la communauté, trop vaste, avec des religions et des caractéristiques nationales tropdiverses, ne pouvait être véritablement homogène. Deux groupes de colons formèrent enconséquence leurs propres communautés en bordure du domaine. En mars 1827, lacommunauté mère fut dissoute. Owen admit son échec en 1828 en s’adressant en ces termes àces communautés : « J’ai essayé ici un nouveau mode de conduite auquel j’avais été amené à espérer que cinquante années de liberté politique avaient préparé la population américaine - je veux dire : se gouverner elle- même avec profit. J’ai fourni la terre, les maisons et l’investissement d’un important capital (...) mais l’expérience a prouvé qu’il était prématuré d’essayer d’unir un certain nombre d’étrangers n’ayant pas été préalablement éduqués dans ce but de sorte qu’ils puissent pratiquer de multiples activités dans leur intérêt commun et vivre ensemble comme s’ils formaient une même famille »84.                                                        80 Définition Robert Owen sur Wikipedia [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Owen (consulté le 03/04/2011) ]81 Définition du mouvement coopératif sur le site alternative économique [http://www.alternatives-economiques.fr/mouvement-cooperatif_fr_art_223_31277.html ( consulté le 03/04/2011) ]82 GORDON Peter, Robert Owen, « Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée » (Paris, UNESCO :Bureau international d’éducation), vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 287-30683 Ibid.84 Citation de Robert Owen dans Op.cit. GORDON Peter, Robert Owen, …  25 
  27. 27. Même si, en tant qu’exemple de mise en pratique du socialisme, l’expérience avaitéchoué, New Harmony demeura pendant plus d’une génération le centre d’un intense intérêtsocial et éducatif ; d’autres communautés furent créées sur un modèle analogue85. Le vivreensemble idéal était ce que recherchait Owen en fondant ses principes sur le respect du travailde chacun et d’autrui, et l’instruction pour tous. Ses idées sur la « coopération » tendirent versla création d’un nouvel ordre social fondé sur la production en vue de l’usage - et non plus duprofit et qui amena à la création du syndicalisme. Cette expérience utopique qui n’a pas marchéa tout de même eu une grande influence sur la manière de concevoir les inégalités sociales. Lescommunautés fondées sur la coopération et la solidarité humaine qu’Owen avait créées et dontl’école était le centre, furent copiées dans d’autres régions du monde86. Plus tard, il inspira lespères du socialisme utopique. 2.3 Fourier et Godin : le socialisme utopique Contemporain de Robert Owen, Charles Fourier est resté célèbre pour son Phalanstère.Contrairement à ce que l’on pourrait penser, quand l’on sait qu’il fait partie du mouvement« socialisme utopique », il ne promeut aucun collectivisme bien au contraire87. Quand il inventece palais du peuple, il cherche à accroitre l’enrichissement existentiel des phalanstériens par lagamme infinie des passions88. L’être humain est un être hétérogène qui ne peut se satisfaire dela répétition. Dans son ouvrage Théorie des quatre mouvements et des destinées générales89 ildécrit, comptabilise et répartit avec précision les passions humaines. « Le bonheur, sur lequelon a tant raisonné ou plutôt tant déraisonné, consiste à avoir beaucoup de passions etbeaucoup de moyens de les satisfaire »90. Le phalanstère, palais social imaginaire, n’est pas une maisonnette : il réunit environmille six cent vingt sociétaires « nombre correspondant exactement à la combinatoire despassions »91 et est conçu de manière à ce qu’il soit reproductible partout avec quelquesvariantes culturelles en fonction du pays. Il est à la fois lieu de vie, de travail et de loisir. Il estégalement ouvert sur l’extérieur. « A limage des relations entre individus, pacifiées par la parfaite adéquation, pour chacun, de sa situation à ses passions, lordre qui se dégage de cette construction est sans heurts : les galeries de                                                        85 Op.cit. GORDON Peter, Robert Owen, …86 Ibid.87 Définition « collectivisme » : système économique fondé sur la propriété collective des moyens de production àléchelle locale, régionale, nationale ou mondiale.Dictionnaire Larousse en ligne : [http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/collectivisme/17182 (consulté le03/04/2011) ]88 PAQUOT Thierry, « Utopie : uniformité sociale ou hétérogénéité Thomas More, Robert Owen, Charles Fourier etAndré Godin revisité », Informations sociales, 2005, n°12589 Théorie des quatre mouvements et des destinées générales Définition Dictionnaire Larousse en ligne :[http://www.larousse.fr/encyclopedie/ehm/Th%C3%A9orie_des_quatre_mouvements_et_des_destin%C3%A9es_g%C3%A9n%C3%A9rales/182713 (consulté le 03/04/2011) ]90 FOURIER Charles, Théorie des quatre mouvements et des destinées générales, Lyon, 180891 Exposition « Utopies » en ligne sur le Site de la bibliothèque nationale de France - Fourier[http://expositions.bnf.fr/utopie/grand/3_34.htm ](consulté le 03/04/2011)  26 
  28. 28. circulation, aérées et chauffées, y sont omniprésentes; ateliers, appartements et lieux de divertissement y sont contigus et même imbriqués, seules les activités bruyantes ou insalubres étant excentrées. "Tour dordre" et bourse constituent le cœur de ce système, dont la richesse, voire le luxe, en tout cas labondance, sont un des résultats. […] Par là, cette architecture nest autre que lexpression achevée dune architectonique, cet urbanisme sans ville au sens habituel du terme est un moyen de développer lurbanité de ses habitants.92 » Fourier imagine une société où le travail peut être agréable et adapté à chaque individu.Tout est réglé au préalable, jusquà la façon de shabiller. La polygamie est étendue à tous,lorgie y est même organisée. Tout est imaginé par Fourier qui fonde l’harmonie sur le librearbitre de chacun et le jeu des sentiments. Même si ce système de pensée est approuvé par denombreux réformateurs, mais aussi par des petits artisans qui trouvent chez Fourier un intérêtpour lindividu, il ne voit pas le jour exactement comme il l’avait imaginé. En effet, parmi ceux qui s’étaient intéressé à la démarche de Fourier, Victor Considérantet Jean-Baptiste-André Godin ont été les premiers à mettre en pratique cette utopie sociale. Lepremier a fondé au Texas une communauté nommée la Réunion et une quarantaine desdisciples de Fourier ont créé des communautés au Etats-Unis. Victor Considerant,polytechnicien et membre du mouvement fouriériste de Lyon, avait été contraint à l’exil pouravoir participé à des manifestations contre l’expédition romaine de Napoléon III93. 200 françaisle suivirent mais les conditions climatiques fut tellement mauvaises, dégradant les récoltes, quela communauté se dissout au bout de deux années d‘existence. Jean-Baptiste-André Godin quant à lui s’est inspiré du Phalanstère de Fourier pour créerle Familistère dans la ville de Guise dans l’Aisne. Industriel, il s’y installe pour fondée uneentreprise d’appareil de chauffage et de fonte « Poêle Godin » qui sont célèbres pour leurqualité. Elle deviendra la première entreprise mondiale pour la production d’appareil dechauffage domestique. Ayant été lui même ouvrier et donc confronter à de terribles conditionde vie il décide de s’inspirer du phalanstère pour créer un véritable palais social pour cesouvriers. Le Familistère est « une association coopératives du capital et du travail » quifonctionne autour d’un habitat collectif très moderne (grands espaces, eau chaude, éclairage augaz, vide ordure…). Godin met en place un nombre très important de services pour sacommunauté d’environ 2000 familistériens dits « associés » : « Un système mutualiste complet, des services médicaux gratuits, des magasins coopératifs communs (épicerie ,boulangerie, vins liqueurs, mercerie, étoffes, chaussures, vêtements, combustibles, café, casino, débits de boissons et salles de jeux, restaurants etc.) des buanderies, (…) une école laïque et obligatoire jusquà 14 ans ou garçons et fille suivent le même enseignement, le paiement des études 94 supérieurs des enfants, un théâtre, une piscine, des jardins (…) » .                                                        92 Ibid. Exposition « Utopies » en ligne sur le Site de la bibliothèque nationale de France - Fourier93 Victor Considerant (1808-1893) Definition Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Considerant94 Jean-Baptiste André Godin, né à Esquéhéries le 26 janvier 1817 et mort à Guise le 29 janvier 1888, est unindustriel et philanthrope français, inspiré par le socialisme utopique et acteur du mouvement associationniste,créateur de la société des poêles en fonte Godin (les cheminées Godin) et du familistère de Guise. Wikipedia : [http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Andr%C3%A9_Godin (consulté le 03/04/2011) ]  27 

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