Porn 2.0 : l'industrie du X confrontée aux enjeux du Web
Upcoming SlideShare
Loading in...5
×
 

Porn 2.0 : l'industrie du X confrontée aux enjeux du Web

on

  • 3,188 views

Cette étude s’évertue à essayer de comprendre la crise économique que subit l’industrie de la pornographie aujourd’hui avec l’avènement du Porn 2.0, ce phénomène qui s’inspire des ...

Cette étude s’évertue à essayer de comprendre la crise économique que subit l’industrie de la pornographie aujourd’hui avec l’avènement du Porn 2.0, ce phénomène qui s’inspire des nouveautés du web 2.0 pour mettre en avant des contenus pornographiques. Consommation gratuite de contenus en streaming, problèmes de droits d’auteurs et chute de revenus… l’industrie du X subit de plein fouet la même révolution numérique que l’industrie musicale aujourd’hui et se voit contrainte à trouver de nouveaux modèles économiques pour pouvoir survivre. Ces nouveaux acteurs, appelés « porntubes » et qui créent l’embarras dans le milieu enregistrent des records d’audience impressionnants et trois d’entre eux sont dans le Top 3 des sites les plus requêtés par les internautes. Au-delà de l’aspect économique, j’ai donc tenté de comprendre le rôle que joue la pornographie dans notre société techno-industrielle et comment son évolution se corrèle aux changements socioculturels de l’espace dans lequel elle évolue. Aujourd’hui, la sexualité est devenue un marronnier médiatique et de plus en plus, une certaine érotisation de l’espace visuel médiatique se fait ressentir, notamment à travers la publicité. Si la pornographie continue d’être une industrie qui suscite une certaine curiosité et un certain tabou, il est de plus en plus fréquent de voir les médias s’exprimer à son sujet et de la poser comme sujet méritant attention. Unes de magasines, stars du X invitées de plateaux télés, ou séries qui se passent dans le milieu du X… le porno semble être devenu un produit de consommation courante dont on a plus tout à fait honte de parler. Les porntubes ne sont pas pour rien dans cette évolution, ayant transformé la consommation de porno en une sorte de fast-food du sexe. Luttant d ‘abord avec acharnement contre ce nouveau modèle, les géants du X comprennent peu à peu que pour pallier aux pertes engendrées par la nouvelle consommation gratuite, ils doivent désormais trouver de nouveaux moyens d’innovation pour continuer de générer des revenus et faire-valoir leur industrie. Nouveaux formats publicitaires au sein des porntubes ou innovations de supports en offline qui se calquent sur les nouvelles technologies en devenir (3D, tablettes…), le monde du porno évolue et n’est pas prêt de se laisser couler. Alors, le Porn 2.0 signe-t-il la fin d’une ère des profits pour l’industrie X ou représente-t-il une aubaine pour un nouveau porno ?

Statistics

Views

Total Views
3,188
Views on SlideShare
3,188
Embed Views
0

Actions

Likes
1
Downloads
16
Comments
0

0 Embeds 0

No embeds

Accessibility

Categories

Upload Details

Uploaded via as Adobe PDF

Usage Rights

© All Rights Reserved

Report content

Flagged as inappropriate Flag as inappropriate
Flag as inappropriate

Select your reason for flagging this presentation as inappropriate.

Cancel
  • Full Name Full Name Comment goes here.
    Are you sure you want to
    Your message goes here
    Processing…
Post Comment
Edit your comment

Porn 2.0 : l'industrie du X confrontée aux enjeux du Web Porn 2.0 : l'industrie du X confrontée aux enjeux du Web Document Transcript

  • UNIVERSITE DE PARIS IV - SORBONNECELSAEcole des hautes études en sciences de l’information et de la communicationMASTER 1re annéeMention : Information et CommunicationSpécialité : Médias et communication « PORN 2.0 : l’industrie du X confrontée aux enjeux du Web »Nom, Prénom : Yelengwe TatianaPromotion : 2010-2011Option : Médias et communicationSoutenu le :Note du mémoire :Mention :Préparé sous la direction du Professeur Séverine Barthes 1
  • TABLE DES MATIERESRemerciements……………………………………………………………………………….p.3Introduction……………………………………………………………………………………p.4-8I/ L’industrie pornographique, un business aux barrières étanches……………………p.8-20 A. Une définition difficile : où commence et où s’arrête la pornographie ?.....p.9-14 1. Une définition tangible au gré des évolutions socioculturelles………..p.9-12 2. Erotisme VS pornographie : art légitimé VS voyeurisme illégitime ?....p.12-14 B. Une industrialisation des tendances du sexuel……………………………….p.14-20 1. Influence de la pornographie ou pornographie influencée ?................p.15-17 2. Quand l’espace médiatique se « porn-érotise »………………………….p.17-20II/ Pornographie et Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) :un croisement « chiasmique »……………………………………………………………….p.21-34 A. Thank you Porn ! ou un essor technologique précipité par l’industrie du X.p.22-27 1. Une industrie avant-gardiste des nouvelles technologies………………p.22-24 2. Le cybersexe, maître de la toile ?.........................................................p.24-27 B. The Internet is for Porn ! ou l’ère de la révolution sexuelle numérique…….p.27-34 1. Le porno, le lien inavouable entre l’Internet et l’internaute………………p.28-31 2. Le Web 2.0 est né, à mort le Porn 2.0 !................................................p.31-34III/ Le Porn 2.0, moteur de démocratisation et d’innovation……………………………..p.34-44 A. Un nouveau tube économique pour l’industrie du X………………………….p.35-40 1. Les porntubes, un fléau précieux pour l’industrie pornographique ?…..p.36-38 2. Vers une redéfinition de la stratégie de communication du X…………..p.38-40 B. Une démocratisation qui garantit l’innovation multi-support…………………p.40-44 1. L’industrie pornographique conquiert les technologies offline………….p.40-42 2. L’industrie taboue du X sous la lumière médiatique……………………...p.42-44Conclusion……………………………………………………………………………………...p.45-48Résumé…………………………………………………………………………………………p.49Mots-clés………………………………………………………………………………………..p.50Bibliographie……………………………………………………………………………………p.51-54Annexes………………………………………………………………………………………...p.55-66 2
  • REMERCIEMENTSJe tiens à remercier tout d’abord toutes les personnes qui ont ri, qui se sont outrées ouqui m’ont regardé comme une bête de foire curieuse lorsque j’ai évoqué le sujet que jesouhaitais aborder, car elles n’ont fait que me motiver encore plus dans mon choixd’étude et m’ont conforté dans l’idée qu’il y avait un intérêt crucial à oser l’aborder.Ensuite, je tiens à remercier un ensemble d’élèves du Celsa que je ne pourrai pas tousciter ici, mais en priorité Hadrien Fiere, Plandé Alexia, Lucie Rico, Justine Forest, ClaireDumont, Alix Rougevin-Baville… d’avoir alimenté tout au long de l’année ce groupeFacebook qui restera gravé dans les annales (et ceci sans mauvais jeu de mots) « Je neregarde pas de films pornos, j’aide juste Tat’ à faire son mémoire ». Ils m’y ont fournides anecdotes parfois croustillantes et insolites mais surtout une matière très souventutile pour ma veille et pour l’élaboration de ce mémoire. Alors, un grand merci à eux et àtous ceux que je n’ai pas pu citer. Je tiens à remercier également mes collègues destage pour toutes les discussions sur le sexe faites à table lors de déjeuners au bureau,qui en fait m’ont montré à quel point ce sujet peut engendrer des débats et discussionssans fin, passionne et excite la curiosité des personnes qui sautent sur l’occasion d’enparler dès qu’elle se présente. Un merci tout particulier à Sébastien qui m’a fourni desdonnées précieuses pour mon étude. Je tiens bien évidemment à remercier Gonzo, lecréateur du site Le Tag Parfait, ainsi que Guillaume le créateur du site Paradx pour avoiracceptés de répondre à toutes mes questions avec une extrême gentillesse. Je tiensensuite à remercier ma tutrice de mémoire Séverine Barthes pour son attention. Jeremercie également mon esprit un peu dérangé d’avoir choisi sans hésitation d’aborderce sujet. Et je remercie enfin les acteurs du Porn 2.0 d’avoir révolutionné l’industrie duX et de m’avoir de ce fait permis de mener une étude passionnante sur cette industriesouterraine qui évolue en filigrane de la société. 3
  • INTRODUCTION Lorsqu’on choisit de se lancer dans la rédaction d’un mémoire qui traite de lapornographie, on se retrouve confronté non seulement à ses propres préjugés maissurtout à ceux des autres. Une des premières questions qu’on se pose à soi est« Comment vais-je réussir à justifier de mon choix sans passer pour l’obsédéesexuelle du coin ? ». En effet, s’il y a bien un a priori qui est associé à celui ou cellequi décide de s’intéresser de près ou de loin à la pornographie, c’est cette image deperversion sexuelle à caractère semi-pathologique. Dès lors, aborder le thème deson mémoire en société, c’est accepter de se retrouver dans un rapport paranoïaqueà l’attention. Il s’agit qu’une personne soit au courant de la thématique que vousétudiez pour que l’ensemble de la pièce soit très rapidement au courant et que toutel’attention se porte sur vous. Finalement, vous vous retrouvez tout au long de lasoirée dans une posture où vous vous persuadez que chacun se fait des idées plusou moins énonçables sur vous, vos pratiques sexuelles et votre éthique. En bref, sichaque humain a tendance à juger les personnes autour de lui, le jugement dans cecas devient inévitable. Il m’aura suffi d’énoncer une première fois mon sujet à desinterlocuteurs pour réaliser la complexité sociologique qu’il contient. Entre réactionsamusées, étonnées, embarrassées, d’incompréhension voire de dégoût, j’ai pu voirde la part de mes interlocuteurs bon nombre de réactions différentes etcontradictoires. Néanmoins, un point commun à toutes ces personnes est la curiositésuscitée par le sujet. La pornographie, c’est curieux et encore plus quand c’est unepersonne de sexe féminin qui décide d’en parler. L’image sexiste de ce sujet est unautre préjugé auquel j’ai pu être confronté : la pornographie n’est faite que pour leshommes et par conséquent ne peut intéresser que les hommes. Qu’on se le dise, lapornographie n’apparaît pas comme un sujet noble, un sujet dont l’étude seraitimmédiatement acceptée comme légitime. On se sent toujours obligé de se justifierafin de ne pas paraître ce que les autres aimeraient croire, à tort ou à raison, quenous sommes, ou juste pour prouver qu’il y a un intérêt à ce que nous faisons. C’estd’abord cet aspect qui m’a intéressé et qui m’a motivé à commencer cette étude.Pourquoi tant d’embarras face à ce sujet ? Pourquoi l’étudier est perçu commeinsolite et osé ? Aujourd’hui, le sexe est un sujet bien moins tabou que par le passé,nous sommes envahis par des représentations de la sexualité de plus en plus osées 4
  • et audacieuses aujourd’hui et pourtant la pornographie bénéfice toujours d’un halode mystère et de pudeur lorsqu’elle entre dans la discussion. Il suffit de regarderautour de soi pour s’apercevoir que la pornographie est de plus en plus ancrée dansnotre quotidien médiatique (émissions TV, films, magasines…) et social (termesissus du milieu devenus usuels dans le langage populaire). Le rapport à la nudité aévolué et il n’est pas rare de croiser une fois dans la journée une affiche publicitairequi met en avant un corps fortement dénudé. Et pourtant, l’industrie du sexe(expression anglo-saxonne) continue d’être un sujet tabou malgré sa productionmassive et l’érotisation visible de notre espace quotidien. Vis-à-vis du sexe et nonpas seulement de la sexualité, les discours sont souvent d’esquive : on mentionne,on cite, on signale, mais on analyse peu. Et pourtant, même sans s’intéresserprofondément au sujet, chacun peut s’apercevoir que derrière le mot pornographieest présent une industrie puissante qui génère d’énormes revenus grâce auxservices qu’elle propose pour combler les attentes de ses consommateurs. Or si offremarchande il y a, c’est qu’il y a demande. Le porno se consomme avec frénésie, telun fast-food du sexe et pourtant il est constamment pointé du doigt dans un rapportde fascination-répulsion. Contenus vidéos, magasines, objets sexuels, téléphonesroses… le monde de la pornographie est un empire industriel du sexe qui a sescodes, ses icônes, ses adeptes et ses médias. Mais aujourdhui comme d’autresgrandes industries médiatiques telles que la musique et l’industrie du cinématraditionnel, elle est confrontée à une (r)évolution sans précédent qui est celle del’arrivée du « Porn 2.0 ». C’est-à-dire l’envahissement sur Internet de ces nouveauxacteurs qui proposent des contenus gratuits et de façon originellement illégale auxinternautes, via des plateformes dédiées de streaming (lecture en continu) qui leurpermettent de visionner/écouter en ligne des contenus d’ordinaires payants. Cesnouvelles plateformes, qui ont pris en vol l’avènement du phénomène Web 2.0,privilégient la notion de partage et de démocratisation du divertissement pourl’internaute au détriment des bénéfices des industries créatrices de ces contenus. Etl’industrie pornographique n’y échappe pas. Ces dernières années des sites destreaming sont apparus offrant aux internautes qui le souhaitent des contenuspornographiques gratuits à visionner en ligne. Comment l’industrie gère-t-elle cettenouvelle donne qui lui fait perdre des revenus considérables ? C’est un article web 5
  • du site Numerama.com1 qui m’a convaincu qu’il serait intéressant de s’intéresser auxmoyens mis en œuvre par cette industrie pour pallier aux problèmes que peuventengendrer ces nouveaux acteurs. L’article s’interrogeait sur la possibilité quel’industrie pornographique réussisse plus rapidement que la musique et le cinématraditionnel à éradiquer le problème. Je me suis alors demandé à mon tour pourquoiy arriverait-elle mieux que les autres ? Quels sont les réels problèmes que rencontrele business du sexe aujourd’hui et quels moyens sont mis en œuvre pour gérer lephénomène 2.0 ? Quelle place a le porno Ŕ j’utiliserai cette abréviationvolontairement pour souligner son caractère populaire - sur la toile ? Au départ, j’aieu le sentiment de ne rien trouver de bien concret, théorique et analytique sur lesujet. Puis, j’ai fini par trouver des écrits intéressants qui abordaient la question et mesuis penchée dessus pour comprendre mieux les enjeux sociologiques de lapornographie. J’ai été d’ailleurs impressionnée par le nombre d’articles publiéschaque mois abordant la question du porno. Il faut dire que l’actualité du milieu a étéplutôt mouvementée ces derniers temps et a posé de nombreuses questions qui ontattrait au rôle d’Internet dans notre société mais également au rôle que peut tenir lapornographie dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de lacommunication (NTIC). J’ai visité un ensemble de sites qui proposent du contenuporno gratuit et ai voulu comprendre leur fonctionnement ainsi que la valeur ajoutéede cette offre en dehors de sa simple gratuité. Je me suis interrogée sur l’image duporno dans notre société et sur la gestion de cette image par l’industrie elle-même.J’ai observé la manière dont le rapport au sexe et à la sexualité de notre société estmis en avant dans les médias et me suis interrogée en parallèle sur le présent etl’avenir de l’industrie pornographique face à une frontière qui semble parfois devenirtrès mince entre elle et la presse traditionnelle. J’ai voulu comprendre le paradoxeentre une industrie qu’on prétend vouloir cacher voire refouler et un ensemble depreuves qui montrent que les produits de cette industrie sont quasi de consommationcourante. Nous sommes dans une époque où on n’a peut-être jamais autantconsommé de porno et de façon plus libre et assumée grâce notamment à la gratuitéet à l’accès facilité des contenus sur le web. Pourtant cette évolution semble avoir faitentrer l’industrie pornographique dans une crise économique majeure qui mettrait un1 Julien L., « L’industrie porno entend mettre un terme au piratage d’ici 2012 », Numerama, [disponible enligne : http://www.numerama.com/magazine/17164-l-industrie-porno-entend-mettre-un-terme-au-piratage-d-ici-2012.html], publié le 26 octobre 2010, consulté le 26 octobre 2010. 6
  • peu plus chaque jour à l’échec les fondamentaux qui ont assis sa puissance.Sommes-nous en train d’être témoins de la fin annoncée des profits d’un empire dusexe puissant ? Cette industrie originellement condamnée à exercer dans l’ombrecomme un vilain canard que la société traîne ne peut-elle pas tirer des avantages decette évolution des mœurs et de la consommation ? Le Porn 2.0 n’est-il qu’un fléauinévitable ou peut-il être une révolution dorée pour l’industrie pornographique ? Pour répondre à cette interrogation, je tenterai dans une première partie demontrer que l’industrie pornographique est un business aux barrières étanches.J’y aborderai d’abord la question de la définition difficile du mot « pornographie » quine cesse de se modifier au bon gré de l’évolution des mœurs du temps dans lequel ils’inscrit et montrerai également l’insuffisance de la condition première de sadéfinition, à savoir la mise en scène du nu. Je mettrai également en avant cetteindustrialisation des tendances du sexuel que fournit la pornographie en essayant devoir quels rapports d’influence s’établissent entre elle et la société ainsi que lescodes qui la régissent. Enfin, je terminerai cette partie en abordant la question del’érotisation de notre environnement médiatique quotidien. Pour ce faire, jedistinguerai d’abord érotisme et pornographie et verrai quelle fraternité ennemie leslie, puis je montrerai comment l’espace médiatique porn-érotise notre quotidienvisible. Dans une seconde partie, je mettrai en exergue le lien intrinsèque qui existeentre la pornographie et les nouvelles technologies d’information et decommunication.J’y démontrerai dans un premier temps que l’industrie pornographique contribue ausuccès des NTIC et fait preuve d’une adaptation constante à leur évolution qui luivaut une réputation d’avant-gardiste technologique. Nous verrons que cette positionappose le cyber-sex comme suite logique de cette double avancée techno-sexuelle.Puis dans un second temps, nous verrons qu’Internet et le sexe sont indissociablesmalgré l’hypocrisie du discours. J’aborderai d’abord dans cette partie laconsommation pornographique des internautes, puis le conflit entre cybersexe etdésir de protection des mineurs et enfin je développerai la manière dont le Web 2.0 adonné naissance au Porn 2.0 et les conséquences économiques néfastes qui enrésultent. Dans une troisième partie enfin, je montrerai comment ce Porn 2.0 stimulel’innovation multi-support et démocratise l’industrie pornographique. 7
  • En premier lieu, je démontrerai que les sites de streaming porno (les porn-tubes)génèrent de plus en plus de revenus à l’industrie pornographique en détaillant dansun premier temps le fonctionnement et l’offre contenu dans ces sites, puis en mettantl’accent sur le système publicitaire mis en place sur ces mêmes sites.Pour finir, nous verrons comment ces évolutions de format de visionnage permettentla multiplication de supports d’achat et une visibilité plus grande et démocratiséepour l’industrie. Il s’agira de voir d’abord l’innovation des supports d’offre offline, puisde voir comment la tendance Porn 2.0 permet à de nouveaux acteurs du web dedevenir (in)volontairement des ambassadeurs de l’industrie pornographique,accentuant par la même occasion une certaine décomplexion de la consommationd’un porno qui ne se cache plus tout à fait dans un emballage discret sous lemanteau.I/ L’industrie pornographique : unbusiness aux barrières étanches La pornographie en tant que réelle industrie de consommation prend une réelleampleur au moment de l’avènement de la cassette vidéo VHS qu’elle a largementcontribué à démocratiser. L’industrie a toujours embrassé chaque nouvelletechnologie et a toujours fait en sorte de se faire une place sur l’ensemble dessupports médiatiques, enregistrant toujours un fort succès auprès desconsommateurs. De ce fait, l’industrie a rapidement et considérablement crû,devenant un business puissant avec ses patrons, ses égéries, ses événements etson argent. Seulement, en s’appropriant à son gré de nombreux espacesmédiatiques à travers le temps, les barrières du business sont devenues de plus enplus difficiles à définir. De plus, les évolutions culturelles de notre société occidentalequi mettent en avant une sexualité assumée et libérée à travers différents moyens de 8
  • communication, contribuent à rendre toujours plus obscure les frontières du mondepornographique et du monde public. A. Une définition difficile : Où commence et où s’arrête la pornographie ?Aujourd’hui, quand on évoque le mot « pornographie », le premier élément dedéfinition qui vient à l’esprit des personnes est en relation avec les films produits parles sociétés de production de vidéos pornographiques. Or, si de façon métonymiquecette industrie est devenue un moyen de définition de la pornographie, elle n’en estqu’un des éléments, bien que devenu le plus important. La pornographie, chacun ena une représentation et est capable de donner son point de vue sur ce qu’il considèreêtre de la pornographie ou non. Mais justement, c’est là que réside la difficulté de ladéfinition de cet item. Alors qu’une définition doit pouvoir être l’émission d’unjugement objectif, la pornographie se voit toujours empreinte d’un jugement subjectif.Ce défaut de considération rend de ce fait sa définition soumise à l’espace spatio-temporel dans lequel évolue et aux évolutions socioculturelles de cet espace. D’uneépoque à une autre, ce qui était pornographique ne l’est plus et se voit basculer dansle registre de l’érotisme. Mais qu’est-ce que l’érotisme par rapport à la pornographieet comment définir une frontière entre deux registres qui semblent se confondre enfonction des évolutions bienséantes de la société dans laquelle ils s’inscrivent ? 1. Une définition tangible au gré des évolutions socioculturelles Pour chercher la définition du mot pornographie, mon premier réflexe fut deregarder dans un dictionnaire. Or en ouvrant le « Larousse 2009 », j’ai pu remarquerque ce dernier donne une définition très incomplète de la pornographie en affirmantque l’on reconnaît la pornographie à la « présence de détails obscènes danscertaines œuvres littéraires ou artistiques »2. Cette définition pose la question de la2 Petit Larousse, edition 2009, (ISBN – 10 : 2035840708, ISBN – 13 : 978-2035840707) 1812 p. 9
  • subjectivité qu’on place dans la représentation des termes, à savoir à partir de quelmoment peut-on dire qu’on entre dans l’obscène et à partir de quel moment en sort-on ? Ce même Larousse définit obscène comme étant ce « qui blesse ouvertementla pudeur, surtout par des représentations d’ordre sexuel ou scatologique. » De lamême façon, qui peut déterminer la limite de pudeur des uns et des autres ? Enfin,cette définition de la pornographie semble émettre une distance entre« certaines œuvres littéraires ou artistiques » mais desquelles s’agit-il, comment lesreconnaît-on ? Cette définition relativement incomplète du Larousse ne permet pasde comprendre les tenants et les aboutissants de la pornographie et semble refléterl’embarras qui se situe autour du sujet. Le dictionnaire, ouvrage à visée objectivedestiné au grand public et à tous les âges, semble effectuer une sorte d’autocensuresur sa propre définition pour respecter une certaine pudeur conventionnelle, unebienséance de la définition, à travers une «réduction d’un champ lexical à deuxgrandes catégories qui reflètent une hiérarchie du tolérable, mais aussi un imaginairedes dangers ».3 Si on s’intéresse à l’étymologie du mot, « pornographie » dérive dugrec ancien πορνογράφος / pornográphos qu’on pourrait traduire par « écriture surles prostituées ». On voit à travers l’étymologie l’amalgame qui peut donc surgir entreprostitution et pornographie. La pornographie serait cette mise en image, cette miseen scène du travail de la prostituée qui vend son corps pour satisfaire un client enquête de sensations sexuelles fortes. Avec l’arrivée des films pornographiques (lepremier sorti en salle et qui escompta un succès sans précédent est « GorgeProfonde » de Joseph W. Sarno en janvier 1972 qui propulsa son actrice LindaLovelace), le terme pornographie s’est assimilé à la « représentation d’actes sexuelsayant pour objectif d’exciter sexuellement le spectateur » 4 . Mais ici encore, ladéfinition a ses limites, car à quel moment détermine-t-on que l’objectif de telles outelles représentations est d’exciter sexuellement le spectateur ? Cela nous amèned’ailleurs à nous intéresser aux représentations socioculturelles du sexe et de l’actesexuel. En effet, peut-on penser que les sculptures de positions sexuelles multiplesqui ornent les temples de Khajurâho en Inde aient été dans le but d’excitersexuellement les spectateurs venus honorer leurs Dieux ? De la même façon, en3 GOULEMOT Jean M., Ces livres qu’on ne lit que d’une main, p.24, Minerve, 19944 ROOF Judith, Encyclopedia of Sex and Gender, vol. 3 : J-P, p. 1173, The Gale Group, 2007 (ISBN 0-02-865963-5), « Pornography », 10
  • 2009, les spéléologues du CDFSC (La Chaux De Fonds Spéléo Club) ont découvertune grotte ornée paléolithique dont les parois sont recouvertes d’une succession dedessins de personnages humains dans des positions lascives5 qui fonctionneraientcomme le zoopraxiscope d’Eadweard Muybridge. Il semblerait donc que depuistoujours, les humains aient représenté des situations sexuelles, mais l’objectif n’étantpas forcément toujours d’éveiller l’appétit sexuel chez les autres. De plus, il fautprendre en compte l’évolution des mœurs dans la société à travers le temps, quicomplexifie encore plus la limite entre ce qui relève de la pornographie et ce qui n’enrelève pas. En effet, certaines œuvres littéraires ou artistiques qui furent critiquées,interdites et considérées comme pornographiques par le passé (par exemple lesœuvres du XVIIIe siècle du Marquis de Sade qui ne seront réhabilitées qu’au milieudu XXe siècle), ne sont plus pointées du doigt comme étant des œuvres profanes etapparaissent même comme des œuvres littéraires classiques (Les fleurs du mal,Baudelaire ou encore Gamiani ou deux nuits d’excès, Alfred de Musset). De la mêmefaçon, des images contemporaines qui paraissaient tendancieuses avant ne le sontplus aujourd’hui et nous font même parfois sourire. L’image sexuelle doit être prisedans une époque culturelle particulière pour que le « mécanisme » sensorielfonctionne. Quand dans les années 70, le seul fait de mettre en scène au cinéma uncouple mimant l’acte sexuel apparaissait comme scandaleux, on remarque que dèsles années 90, cela est devenu commun voire fréquent. Chacun des enfants de cettegénération peut encore se souvenir de tous les moments passés à se cacher lesyeux devant une scène ou encore des parents en train de se dépêcher de chercherla télécommande pour zapper le temps que «la scène se termine ». Ce genre desituations soulève un autre problème dans la définition de la pornographie qui est laquestion de l’exposition aux différentes tranches d’âge de la société. Ne devrait-onpas également inclure dans la définition, les limites de l’exposition à ces contenus àcertaines personnes, notamment les plus jeunes ? L’âge ne peut-il être un élémentdéterminant pour la définition ? On l’aura compris, la difficulté de la définition de lapornographie réside dans sa mouvance, sa dépendance aux mœurs et tabousgénérés par la société dans laquelle elle s’inscrit et à sa présence sur des espacesd’expression différents qui implique une diversité des formes relationnelles possibles5 Remramm, « On a retrouvé le premier « film porno » de l’Histoire », Le Post, [disponible en ligne :http://www.lepost.fr/article/2009/02/22/1433053_on-a-retrouve-le-premier-film-porno-de-l-histoire.html],publié le 22/02/2009, consulté le 02/04/2011. 11
  • au monde du sexe. Néanmoins, les évolutions de perception selon les époques nousrévèlent quelque chose de fondamental : la mise en scène - imagée ou verbale - dunu, élément déterminant de la pornographie et éludé par le Larousse 2009, apparaîtcomme étant une condition imparfaite à la pornographie. Cette assertion se vérified’autant plus quand on aborde la question de la différence entre érotisme etpornographie. L’existence de la catégorie « érotique » vient ajouter une difficultésupplémentaire à la tentative de définition de la pornographie. Quelle différenceexiste entre ces deux domaines d’expression ? A partir de quel moment sort-on del’érotisme pour entrer dans la pornographie ? 2. Erotisme VS pornographie : art légitimé VS voyeurisme illégitime ? L’érotisme et la pornographie sont souvent confondus dans le langage communet employés indifféremment pour parler de représentations à caractère sexuel.Pour ce qui est de l’érotisme, le Larousse 2OO9 6 le décrit comme étant « ladescription et exaltation par la littérature, l’art, le cinéma, etc., de l’amour sensuel, dela sexualité. » On remarque que l’érotisme bénéficie d’une définition plus positiveque la pornographie car il est question ici d’exaltation et même d’amour, ce quicontraste avec l’obscénité de la pornographie mentionnée plus haut. L’érotisme estsouvent considéré comme étant la version « soft » de la pornographie. Une sorte dequintessence de l’image-sexe qui suggère face à une pornographie indécente quimontre vulgairement. Lorsqu’une œuvre est décrite comme étant érotique, ellesemble être de ce fait entourée d’un certain halo de légitimité et ne perd pas sonstatut d’œuvre d’art. Néanmoins, certaines œuvres considérées auparavant commepornographiques (reprenons l’exemple des œuvres de Sade) ont basculé aujourd’huidans le registre érotique du fait de notre différence de représentations. Ainsi, ladifférence entre les deux registres est elle aussi fluctuante selon l’époque culturelle.Cette dualité entre les deux et la difficulté de les définir comme entièrementopposables se trouve mise en exergue dans cette citation de l’écrivain André Breton« La pornographie, c’est l’érotisme des autres ». Cette citation nous montre bien6 Ibid.² 12
  • également la difficulté de jugement de valeur sur ces registres : ce qui me paraît oséne l’est peut-être pas pour mon voisin. C’est d’ailleurs, nous le verrons un peu plustard dans l’argumentation, l’hétérogénéité des regards sur la pornographie est unélément qu’a très bien su comprendre le porno 2.0. Le rapport entre les deux seretrouve également fortement lorsqu’on visite le Salon de l’Erotisme qui a eu lieu du11 au 13 mars 2011 au Parc d’Exposition de Paris Le Bourget. En effet, l’érotismesemble ne pouvoir s’empêcher de flirter avec la pornographie : ventes de DVDpornographiques ou encore coin réservé « hot » avec banderole au messageaccrocheur « Tournage en direct ». Pour Patrick Baudry, c’est le visage qui estérotique et c’est la disparition de ce visage vers le focus vaginal qui mène à lapornographie.7 Cette définition permet déjà de notifier une notion importante dans ladéfinition que l’on peut donner actuellement à la pornographie : la pornographie estce qui montre l’acte sexuel dans son entièreté, en montrant même ce qui nous estincapable de voir dans la réalité de l’acte (gros plans sur la pénétration, atoutsgénitaux exposés et montrés dans toutes les postures), ce qui la différencie del’érotisme qui joue sur un jeu de suggestions, montre les corps nus sans jamais riendévoiler explicitement. La pornographie montrerait du sexe tandis que l’érotismesublimerait la sexualité. Néanmoins, si l’un semble plus accepté que l’autre, il n’enreste pas moins que leur trait commun reste la subversion et la mise à l’écart dans lasociété. Cependant, cette mise à l’écart n’est pas appliquée de la même façon pourl’un et pour l’autre. Quand les films érotiques bénéficient d’une visibilité sur leschaînes télé nationales à des horaires tardifs certains jours de la semaine, les filmspornographiques ou X (nom attribué à la suite de la loi sur le ixage du 30 décembre1975), se voient ixés (cachés par un effet de gris sur les écrans qui ne permet pas devoir les scènes) ou relégués sur des chaînes du câble payantes. De tous temps, cequi a été considéré comme pornographique ou érotique est châtiable, menacéd’interdiction et comme devant être tenu secret et à l’écart de la société visible afinde respecter une certaine pudeur. Si on regroupe tous les éléments explicités ici, lapornographie serait donc ce qui désigne toute œuvre mettant en avant des corpsnus, dans une posture sexuelle explicite où les moindres détails de l’anatomie sontdécrits, montrés, exposés à l’œil du spectateur ou du lecteur dans un désir d’éveil del’excitation sexuelle chez ce dernier. Quand on remarque à quel point la7 BAUDRY Patrick, La pornographie et ses images, p.126, Paris, Pocket, Coll. Agora, 2001 13
  • pornographie dépend des évolutions culturelles pour qu’on puisse statuer sur ladéfinition qu’on pourrait lui attribuer, cela nous amène à réfléchir sur la manière dontla société peut jouer un rôle influent dans la façon dont la pornographie évolue. Eneffet, si ce qui à une époque donnée était subversif ne l’est plus dans un autre tempsdonné, ne peut-on envisager que la pornographie adapte ses contenus auxévolutions culturelles de la société ? Les détracteurs de la pornographie affirmentsouvent qu’elle aurait des effets négatifs sur la société et influencerait les personnesdans leur vie quotidienne, malgré qu’une récente étude IFOP pour la maison Dorcel8démontre que seuls 38% des Français auraient déjà essayé de reproduire desscènes ou des positions vues dans des films pornographiques. Néanmoins, si onnote que dans les années 70, montrer une scène de fellation était quelque chosed’audacieux, alors que dans les années 90, cela est devenu comme un parcoursobligé du film pornographique, on peut se poser la question de la corrélation possibleentre la pornographie et l’évolution de notre rapport à la sexualité dans la société.Qui de la pornographie ou de la société exerce son influence sur l’autre ? B. Une industrialisation des tendances du sexuel La preuve par l’exemple ici d’une influence possible de la pornographie dans lavie quotidienne des consommateurs de ce média. Mais tout produit médiatique nes’inspire-t-il pas de la société dans laquelle il s’inscrit pour la représenter, la sublimer,la dépasser ou la critiquer ? Depuis le début de la commercialisation devidéocassettes VHS à la fin des années 70, la pornographie s’est affirmée commeune industrie en puissance qui n’a cessé depuis d’étendre son domaine d’activité. Atravers les images véhiculées dans ses films, la starisation de ses acteurs et actrices,la promotion de blockbusters, la création d’événéments « cul-turels »… Le monde dela pornographie s’est installé comme un monde parallèle au monde quotidien et quifonctionne avec ses propres codes.8 « Sexe, Médias et Société », La grande enquête MARC DORCEL, Ifop 2009 14
  • 1. Influence de la pornographie ou pornographie influencée ? Le premier film pornographique sorti en salle, Gorge Profonde (en anglais DeepThroat) sorti en janvier 1972, a coûté vingt-cinq mille dollars à produire et en rapportasix-cent millions. Une des raisons de son succès fut la mise en avant d’une nouvelletechnique sexuelle qui donne son nom au film et qui consiste à avaler entièrementl’organe masculin. L’histoire raconte que pendant les mois qui ont suivi la sortie dufilm, de nombreuses femmes furent hospitalisées aux Etats-Unis du fait de l’envie deleurs partenaires de leur faire réaliser la même prouesse à domicile que l’actriceLinda Lovelace sans entraînement au préalable. Serait-ce ce genre d’histoires quiaurait engendré une croyance en l’influence de la pornographie sur la vie quotidiennedes consommateurs et permis à ses détracteurs d’obtenir du crédit dans leurconsidération d’une pornographie néfaste pour la société ? Cependant, au vu detoutes les catégories de fantasmes mises en scène dans les films pornographiques, ilsemble assez exagéré de penser que celle-ci aurait un effet dévastateur sur lesactions humaines, ou alors plus aucune femme ne pourrait marcher tranquillementdans les rues. D’autant plus que le discours des Français sur le X est distancié: quelque soit leur sexe ou leur âge, ils considèrent dans leur très grande majorité(84%) que la sexualité présentée dans les films X est éloignée des pratiquessexuelles des français. Ainsi la majorité des français, y compris les jeunes hommes(81% des moins de 35 ans) savent que cela reste du cinéma et que ce nest pas laréalité. De plus, 65% d’entre eux estiment que les films ou extraits pornographiques 9visionnés n’ont pas joué de rôle dans leur apprentissage de la sexualité.Néanmoins, on ne peut nier une certaine influence de l’imaginaire pornographiquedans l’acceptation de certaines pratiques sexuelles au sein des foyers. Si je n’ai pastrouvé de chiffres ou de données sérieuses concernant les pratiques sexuelles desFrançais, j’ai pu néanmoins remarquer en feuilletant de nombreux magasinesféminins et lors de discussions, que des pratiques telles la levrette ou la sodomie quisont d’abord apparues fréquemment dans la pornographie ne sont plus de vraistabous. La question est de savoir si la pornographie a amené ces positions dans lesfoyers ou si elle a juste démocratisé un tabou déjà bien existant et a contribué à sonexpansion et à son acceptation ? De la même façon avec le langage. Certains mots9 BAUDRY Patrick « La pornographie et ses images » op.cit 15
  • comme « bite », « chatte » ou « pipe » sont devenus courants dans le langagepopulaire et s’expriment de façon naturelle dans la rue, à la télévision et à la radio. Sila plupart de ces mots en tant que vocabulaire sexuel ont une origine ancienne, lapornographie n’est-elle pas le vecteur essentiel à leur dispersion et à leurdémocratisation dans le langage quotidien ? Si la pornographie a un rôle relatifd’influence sur notre société, qu’en est-il de la société sur la pornographie ?Lorsqu’on observe l’évolution des fantasmes récurrents dans la pornographie, onpeut imaginer que les évolutions sociétales contribuent à « la pornographie et sesimages » pour reprendre le titre d’un ouvrage de Patrick Baudry. En effet, ce n’estque récemment qu’ont disparu Ŕ mais pas entièrement Ŕ des films pornographiques,les personnages récurrents liés au détournement des autorités civiles : policiers,prêtres, avocats, nonnes, instituteurs… comme si la pornographie tenait le rôle dulibérateur du pouvoir en le tournant à la dérision à travers une satire politico-pornographique.10 De plus, les films pornographiques mettent fréquemment en scènedes moments de la vie quotidienne en y apposant une sorte de téléguidagefantasmatique où la réalité se voit utilisée à de seules fins sexuelles. Elle s’inspire dela vie quotidienne sans pour autant y ressembler d’aucune sorte. Il semblerait quel’industrie du sexe s’inspire et suive les évolutions morales et idéologiques d’unesociété tout en s’en distanciant pour pouvoir se forger sa propre identité maiségalement atteindre le but de son entreprise qui est de fournir du fantasme. Ainsi, ilsemblerait que le rapport d’influence entre la société et la pornographie se situe dansun échange perpétuel de l’un vers l’autre. La société contribue à offrir de la matière àla pornographie qui s’en inspire, mais la pornographie sait s’en distancier pour créerun monde parallèle au monde avec ses propres codes et qui apporte de nouveauximaginaires et de nouvelles matières à expériences à la société. Une des difficultésaujourd’hui de l’industrie pornographique dans ce rapport d’influence se situe dansl’aisance du monde actuel à dévoiler des corps dénudés ou nus dans l’espace public,sans considérer cela comme foncièrement gênant. Il suffit de regarder les affichespublicitaires de mode ou certaines couvertures de magasines pour se rendre compteque le rapport à la nudité est fortement devenu décomplexé. Dans un tel contexte delibération décomplexée des mœurs sexuelles, où comme l’expression populaire10 O’Toole, op.cit., p. 3-5, Le cinéma X, Jacques Zimmer, Paris, La Musardine, 2002 16
  • l’affirme « le sexe fait vendre », quel rôle joue encore la pornographie face à cettesociété qui semble pourtant s’être affranchie des tabous sexuels ? 2. Quand l’espace médiatique se « porn-érotise» Il y a une forte tendance médiatique à mettre en avant le bien-être sexuel despersonnes. Les magasines féminins regorgent de conseils pour bien vivre sasexualité, connaître les zones érogènes de son partenaire, se découvrir et s’épanouirgrâce au sexe. Ces magasines contribuent incontestablement à faire régner uneatmosphère médiatique où la sexualité devient un sujet de débat et d’intérêtpopulaire clairement revendiqué, tout en préservant une certaine pudeur d’images etde langage, insérant alors notre quotidien dans un espace aux codes qu’on pourraitqualifier de « porn-érotique », où la limite n’est jamais franchie de basculertotalement dans l’un et l’autre mais se situe plutôt dans un jeu de suggestions quis’inspire de l’un et l’autre. Séries télés, couvertures de magasines, publicités,émissions télévisées, clips musicaux… on ne peut nier une certaine sexualisation duquotidien médiatique français. Je fus frappée durant mon étude de voir le nombre deunes de magasines féminins avec des dossiers « Sexe », toujours mis en avant surla couverture avec une police plus grosse et d’une couleur voyante par rapport auxautres rubriques annoncées, comme un phare d’appel à l’achat. Le sexe semble êtrenaturellement intégré à notre quotidien, comme un objet médiatique infraordinaire.De plus en plus, des émissions télé poussent à l’extrême la mise en scène de laséduction comme étape indispensable dont la finalité est l’acte sexuel comme dansle jeu télévisé L’Ile de la Tentation. Il n’est pas rare non plus de voir des émissionsdestinées au grand public inviter des stars du porno pour qu’elles parlent de leurmétier ou des reportages aborder des sujets tels que la prostitution, le tourismesexuel… Le 31 mai 2011, Jean-Marc Morandini invitait Grégory Dorcel, directeurgénéral des productions Dorcel, sur Europe 1 pour débattre sur le sujet « Y’a-t-il tropde sexe à la télé ? » dans l’émission « Le grand direct des médias »11. Selon cedernier, le sexe n’est pas plus présent dans la sphère publique que par le passé etau contraire, on s’exprime de façon beaucoup moins libre dessus qu’avant, ce qui11 MORANDINI Jean-Marc, « Y a-t-il trop de sexe à la télé ? » , Le grand direct des médias, [disponible en ligne :http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Le-grand-direct-des-medias/Sons/Le-grand-direct-des-medias-Y-a-t-il-trop-de-sexe-a-la-tele-566569/], mis en ligne le 31/O5/11, consulté le 31/05/11 17
  • contredit les propos d’auditrices qui se trouvent de plus en plus envahies d’imagessexuelles. Néanmoins, il soulève un point essentiel en acquiescant à l’idée que leporno devient comme « à la mode ». En effet, il semblerait que le porno soit devenu« mainstream » aujourd’hui. Par le passé, M6 diffusait régulièrement des films etémissions érotiques le dimanche soir. Canal + diffuse toujours un film X par moisprécédé du « Journal du Hard ». Depuis septembre 1995, RDV émet un programmeexclusivement consacré à l’érotisme et la pornographie. Aujourd’hui, au delà de ladiffusion de programmes classés X, de nouvelles séries télé françaises grand publicsont même apparues ces dernières années, mettant en scène l’univers du X avecune relative décomplexion. Tout d’abord, la série Hard (interdite aux moins de 16ans), apparue sur Canal + en 2008 dont la deuxième saison a débuté le 30 mai 2011et qui raconte l’histoire d’une bourgeoise qui découvre à la mort de son mari qu’il l’afaite héritière de sa société de productions de films X dont elle ignorait l’existence.Mais également, plus récemment la série Xanadu a fait son entrée sur le petit écranle 29 avril 2011 sur la chaîne Arte et met en scène de façon assez dramatique unefamille à la tête d’un empire de la production de films X. On peut aussi mentionner lasérie événement de Canal + Maison Close, dont les deux premiers épisodes furentdiffusés le 4 octobre 2010 et qui, si le sujet s’éloigne de la pornographie, avait pourobjectif de mettre en scène la réalité des maisons closes et a majoritairement axé sacommunication sur la mise en avant de scènes sexuelles plus ou moins explicites. Sices séries n’ont pas vocation à être des séries pornographiques (on n’y voit aucunescène explicite qui puisse être comparable aux scènes des films pornographiquesbien que le langage employé soit souvent cru), elles sont représentatives d’unetendance actuelle médiatique qui génère « une ambiance plus sexuelle que la nuditéelle-même » comme l’affirme Morandini dans son émission citée plus haut. En effet,certaines affiches publicitaires ne se cachent pas de faire explicitement référence àdes codes « pornosexuels » entendus de tous [cf Annexe 1]. Il en est de même pourcertaines publicités télévisées, comme la dernière campagne de la marqueSchweppes qui met en scène une Uma Thurman dans un rôle très sexualisé, oùproposer de boire un Schweppes se confond d’ambigüité avec une incitation à fairedu sexe, mais bien évidemment « what did we expect ». Un ensemble de boutiquesde Paris spécialisées dans la vente de sextoys ou objets sexuels, sont situées dansles quartiers populaires et visitées du grand public. Ces boutiques, qui arborent unedécoration plus proche de la boutique de bonbons que du magasin sexuel 18
  • s’assument comme boutiques mainstream et sont recherchées par les internautesqui se conseillent entre elles sur un ensemble de forums pour trouver « le bon plan ».Certaines de ces boutiques s’érigent même comme des supermarchés du sexecomme c’est le cas de la boutique Rebecca Rills qui s’auto-proclame « supermarchéérotique » située dans le 18è arrondissement de Paris et assument leur intention dedonner à l’achat de produits érotiques un caractère banal et naturel. On peut mêmelire sur le site internet de cette enseigne cette description : « Avec Rebecca Rills, nousavons souhaité nous adresser à une clientèle grand public majeure. Mais surtout, nousavons réussi à banaliser l’achat de produits érotiques, permettant à tout un chacun de sesentir à l’aise dans nos magasins ». Détenir des objets sexuels ne doit plus être untabou mais un achat équivalent à un autre parmi les courses du quotidien. C’est untournant qu’avaient par ailleurs compris de façon avant-gardiste les catalogues devente par correspondance (La Redoute, Les 3 suisses…) qui présentaient toujoursen fin de catalogue un ensemble de vibromasseurs à commander, entre d’autresoutils ménagers et électroniques du quotidien. On voit même des boutiques pousserà l’extrême le désir de reconnaissance comme marques légitimes à travers uneutilisation du client comme vecteur de communication de la marque. De la mêmefaçon que de grandes enseignes utilisent la personnalisation des sacs de coursespour donner au consommateur un caractère revendicateur de son appartenance àl’enseigne, la boutique Condomi en Allemagne donne l’opportunité à sesconsommateurs de porter un sac qui représente explicitement la marque avec desimages osées et non dénuées de dérision [cf Annexe 2]. En somme, en sortant de laboutique avec mon sac, j’affirme que je vais chez Condomi et je l’assume. Uneassomption qui traduirait qu’on accepte l’être sexuel et sexué qu’on est et les désirsqui en découlent. Au-delà des images ou même de l’espace visible, un autre aspectdu quotidien contribue à cette « porn-érotisation », il s’agit du langage que nousavons déjà évoqué précédemment (cf p.16) et qui n’est pas inamovible mais aucontraire est en perpétuelle évolution, surtout depuis l’avènement des sites destreaming porno qui mettent en avant de nouveaux codes de langage. Cette plusgrande assomption à l’égard du sexe, cette accoutumance à la mise en avant decorps nus, sexualisés et faits pour attirer le regard (peut-être un peu trop, n’enrappelle la suppression de la dernière campagne de publicité de la marque de sous-vêtements Passionata, dont la rumeur courait qu’il y aurait eu une augmentation de21% des accidents de la route à cause de son affichage [cf Annexe 3], ne porte-t-elle 19
  • pas préjudice au porno ? Si le sexe devient un sujet de plus en plus courant, son rôlede catharsis, d’accoucheur de désirs refoulés n’est-il pas cannibalisé par un mondeoù la nudité et la crudité semblent prendre de plus en plus de place ? Cette industriequi fonctionnait sur un principe de discrétion et de difficulté d’accès à un contenusensuel et sexuel dont elle seule a le privilège se retrouve aujourd’hui à devoircohabiter et se démarquer face à un espace médiatique qui semblerait presquecensuré de sexualité. Si cette sexualisation du quotidien reste finalement assez soft,un médium s’érige comme concurrent direct de l’industrie pornographique : Internet.Paul-Jérôme Renevier affirme que « si le porno traverse une crise sans précédent, c’estprécisément parce qu’on n’avait jamais vu autant de femmes s’exhiber à poil sans aucunecontrepartie financière »12. Cette réflexion pointe le problème majeur actuel du mondepornographique, qui est la floraison de nombreux sites internet qui dévoilent descontenus pornographiques diffusés gratuitement et dont le contenu mêle des vidéosd’amateurs, s’exhibant pour le plaisir de l’exhibition et non pour le désir definancement à des vidéos de professionnels. Plus d’un foyer sur deux étant connectéà Internet aujourd’hui, la capacité d’audience de ces nouveaux acteurs appelés« xtubes » ou « porntubes » est considérable et ne cesse de poser des questions surla place grandissante qu’occupe le porno dans notre quotidien et de plus en plusnotre cyber-quotidien.12 RENEVIER Paul Jérôme, « Bienvenue à Pornoland », p.114, Paris, Res Publica, Novembre 2009 20
  • II/ Pornographie et NouvellesTechnologies de l’Information et de laCommunication (NTIC) : un croisement« chiasmique » ? Si Internet semble bouleverser négativement un ensemble d’acquis de l’industriepornographique traditionnelle, celle des DVD et des studios de production, enl’obligeant à faire face à une concurrence de taille : les user generated content(UGC) ou contenus générés Ŕ gratuitement Ŕ par l’utilisateur, en lui faisant affronterune crise économique importante (plus de 20% des ventes provenant de lindustriepornographique reviennent désormais au Web. Soit 500 millions d’euros sur des revenusannuels 2006 estimés à 2, 3 milliards d’euros par AVN Media Network, spécialisé dansle secteur du X), ce ne fut pas toujours le cas. Bien au contraire, jusqu’à présent leweb profitait au marché juteux de la pornographie qui a su très vite exploiter cemédium. Pop-ups, spams, système de paiement en ligne ou encore live chat… leporno a permis le développement, l’expansion et le succès de nombreusesinnovations devenues aujourd’hui courantes sur la toile. Etonnant ? Pas vraiment,car l’histoire de l’industrie du X montre qu’elle a toujours su au fil des annéess’adapter et tirer bénéfice de chacune des évolutions technologiques de la société,contribuant même à chaque fois à l’amélioration et à la démocratisation du succès deces dernières. Si bien qu’on peut se demander si mettre en parallèle la pornographieet les NTIC, ne reviendrait pas à établir une sorte de chiasme entre deux réalitésintrinsèquement liées. Pourtant, une guerre tacite oppose un Internet qui prétendtoujours vouloir se débarrasser de l’adjuvant inavouable qu’est la pornographie ets’érige en ennemi hypocrite de cette industrie qui a aidé à son développement,tandis que l’industrie pornographique tente de vaincre le fléau économiquequ’engendre les évolutions d’un Internet qu’il contribue à développer. 21
  • A. Thank you porn ! ou un essor technologique précipité par l’industrie du X De nombreuses technologies qui ont eu un fort impact sur notre quotidien, depuisle Minitel jusqu’à Internet doivent bon nombre de leur succès et évolutions àl’industrie du X. Cette dernière a toujours vu le potentiel résidant dans chaquetechnologie pour ses propres bénéfices, mais par la même occasion a permis à denouveaux marchés de s’étendre de façon exponentielle dans la société et debénéficier d’innovations indéniables. Plusieurs outils d’Internet aujourd’hui ont été enpremier lancés et expérimentés avec succès par l’industrie X avant de s’étendre àd’autres contenus grand publics. 1. Une industrie avant-gardiste des nouvelles technologies A chaque fois qu’une nouvelle technologie est apparue, l’industriepornographique a su la prendre au tournant et adapter ses formats afin de pouvoirexploiter au mieux les nouveaux médias à disposition. Lorsque différents formats decassettes vidéo se commercialisent en France à la fin des années 70 (diffusiongrand public de la VHS en 1976), l’industrie du X opte très vite pour la cassette VHSet commence à enregistrer ses films sur ce format privilégié. Dès lors, le marché dela cassette VHS va exploser et entre les années 80 et 90, la VHS va largementdominer les autres formats de vidéocassette et les faire disparaître. C’est ainsi que lacassette et par extension le magnétoscope entre de façon majoritaire dans les foyerset devient la norme la plus commune pour la vidéo familiale à travers le mondeentier. Il faut savoir que 70% des cassettes achetées dans des catalogues nonspécifiquement pornographiques sont classés X à cette époque, élevant le chiffred’affaires annuel du marché aux environs de 500 millions de francs (environ 80millions d’euros). Cette généralisation du média a pu donner naissance à unnouveau marché, celui de la location de vidéos qui a fleuri dans les années 90. Lesproducteurs de X, encore peu nombreux entre les années 70 et 90, ont pu faire desprofits considérables grâce au tarif des cassettes, vendues en moyenne cinq-centsfrancs pièce, soit soixante-quinze euros, contre trente euros aujourd’hui pour un 22
  • DVD. De la même façon, lorsque dans les années 90 est lancé le Minitel (terminaldestiné à la connexion au service français de Vidéotex (service baptisé Télétel), lebusiness du sexe investit ce nouveau médium en proposant des services detéléphonie dits rose, permettant d’être mis en contact téléphonique avec deshôtesses dont le but est de faire fantasmer le client en ligne. Or, ces servicessurtaxés (75 centimes de francs toutes les 45 secondes) généraient cinq millionsd’appels par an, avec cent mille heures de connexion sur le Minitel par mois. leursuccès a fortement contribué aux bénéfices de l’industrie du X mais également duMinitel. Cet engouement des consommateurs pour le Minitel rose créa d’ailleurs lapolémique en France et en mai 1987, le Ministre de l’Intérieur Charles Pasquadénonce au nom de la protection des mineurs les dérives des gérants portés par desénormes intérêts financiers, basés sur lapologie du sexe. 13 Puis vint le CD-ROM ouencore le CDI (Compact Disc Interactive) dont 40% des ventes étaient classées X. 14Aujourd’hui, le business du porno pénètre une nouvelle technologie de pointe : la 3D.Nous en sommes encore à l’époque des balbutiements, néanmoins cesbalbutiements sont déjà bien maîtrisés et les premiers essais annoncent un avenirprometteur. Le premier film catégorisé pornographique en 3D, sorti en salles en avrildernier à Hong Kong et intitulé « 3D Sex and Zen : Extreme Ecstasy », a enregistréun score record de bénéfices. En quelques heures, plus de 30 000 spectateurs sesont déplacés pour voir le film. Alors que la sortie d’Avatar de James Camerondétenait jusque-là le record de la journée d’exploitation la plus lucrative à Hong-Kongavec 2,63 millions de dollars hongkongais (232 000 euros environ), ce premier filmporno 3D l’a détrôné en amassant 2,78 millions de dollars HK de recettes (soit246 000 euros environ) en l’espace de 24H. En France, la première société deproduction pornographique et leader européen de films pour adultes, la société MarcDorcel, se lance également dans le marché de la 3D avec un premier film en 3D quidevrait sortir en septembre intitulé Shortcut et travaille sur la production de 90h decontenu X en 3D. Alors que les grandes marques de téléviseurs développent de plusen plus des écrans compatibles avec la 3D, n’est-il pas possible d’imaginer que larévolution de la 3D puisse également venir de la consommation de ces innovations13 CAMPANA Michel, « Le Minitel Rose, en plein boom, n’est pas au goût des élus », Live2Times, [disponible enligne : http://www.live2times.com/1987-le-minitel-rose-cree-la-polemique-au-sein-des-elus-e--10694/]consulté le 06/05/1114 BAUDRY Patrick, « La pornographie et ses images » op.cit 23
  • pornographiques ? Car à travers les faits énoncés ici, l’interaction forte qui apparaîtentre la demande, l’offre et la technologie de pointe, montre qu’un lien intrinsèquesemble lier la « porn-innovation » et la « techno-innovation ». L’imprégnation forte etmassive du sexe au sein de nos sociétés semble être guidée par l’avancéetechnologique et être à la fois une donnée de base de cette avancée technologique.Parmi ces évolutions importantes que nous venons de citer, il en manque néanmoinsune qui n’est pas la moindre des évolutions technologiques : Internet. Qu’en est-il del’adaptation et de la contribution de la pornographie sur ce média alors que trèsrapidement, le terme cybersexe est entré dans le langage commun pour désigner lesactivités liées au sexe sur Internet. A la suite des faits que nous venons d’aborder quimettent en exergue la relation étroite entre nouvelles technologies et nouveauxformats de sexualisation de l’espace, le cybersexe semble apparaître comme unesuite logique de cette double avancée techno-sexuelle. Comment la pornographie a-t-elle donc pris le tournant du web ? Comment réussit-elle à se mouvoir avec lesévolutions de ce média en constant devenir ? 2. Le cybersexe, maître de la toile ? Selon Lewis Perdue, "without business and technical pioneers in the online sex 15business, the World Wide Web would never have grown so big so quickly." En effet, sil’industrie du divertissement pour adultes n’est pas à l’origine des innovationstechnologiques cruciales du web, elle a néanmoins contribué au développementd’un certain nombre de ses outils devenus aujourd’hui courants et essentiels et quiont formé le web tel que nous le connaissons. Parmi ces outils, certains sont desoutils favorables et d’autres sont défavorables à l’utilisateur, néanmoins chacund’eux a pu apporter et continue d’offrir la consistance actuelle que l’on connaît duweb. Nous allons voir un panorama de sept façons principales dont la pornographiea modifié la navigation sur le web16 :15 PERDUE Lewis, “EroticaBiz : How sex shaped the Internet”, Copyright 2000-2006 by IdeaWorx [disponible enligne : http://www.eroticabiz.com/], consulté le 04/01/1116 Ces données sont issues de l’article de TYNAN Dan, « Thank you, porn ! 12 ways the sex trade has changedthe web”, PC World,[disponible en ligne : http://www.pcworld.com/article/155745-3/thank_you_porn_12_ways_the_sex_trade_has_changed_the_web.html], mis en ligne le 22/12/08, consultéle 04/01/11 24
  • 1. Système de paiement en ligne C’est au milieu des années 90 qu’un dénommé Gordon met en place le premier système de paiement électronique en ligne et fait fortune en prenant des commissions sur les ventes de nombreux sites classés X dont le site ClubLove, qui diffusa la sextape de l’actrice Pamela Anderson et son ex mari Tommy Lee Jones. Selon l’institut de recherche Forrester, les internautes dépensèrent 1,3 milliards de dollars en ligne en 1999, ce qui représentait 8% du commerce en ligne à l’époque et plus d’argent que représentait les achats de livres ou de voyages en ligne.2. Contenus diffusés en streaming Bien avant que Youtube ne propose une plateforme de vidéos en streaming, l’industrie du X fut la première à utiliser le push de vidéos jpeg qui fonctionnait directement dans le navigateur sans passer par un plugin pour mettre en avant des images d’actrices. Lewis Perdue affirme d’ailleurs dans EroticaBiz que "Without programming pioneers trying to perfect video streaming software that would deliver images of copulation and procreation to paying customers hooked up with a 28.8kbps dial-up modem, it is unlikely that CNN would be effectively delivering news clips of global breaking news".173. Chat video Les sites X ont très vite compris l’avantage pour eux de développer un service de vidéo chat pour améliorer l’expérience consommateur. En effet, pourquoi se contenter de regarder des vidéos de personnes nues alors qu’il serait possible de créer de l’interaction avec ces mêmes personnes ? Mark Frieser, co-fondateur du site MyVIProom.com a pu affirmer que l’industrie pour adultes est effectivement pionnière dans cette technologie.4. Connexions à haut débit Dans les premières années du Net, les consommateurs de porno en ligne étaient les plus friands d’obtenir une rapidité plus forte de connexion pour pouvoir accéder rapidement à des contenus dont le but est la satisfaction masturbatoire rapide. Selon 17 PERDUE Lewis, “EroticaBiz : How sex shaped the Internet” Ibid. 25
  • un rapport du New York Times en octobre 2000, environ 20% des connectés haut-débit d’AT&T payaient pour voir du « vrai sexe en direct » pour une moyenne de 10$par film. Une étude de Nielsen/Netratings en 2003 affirme que le partage de musiqueen ligne et la pornographie sont les facteurs les plus importants de la pénétration duhaut débit en France.185. Optimisation du trafficBien avant que des sites d’agrégation de trafic tels que Digg ou des réseauxd’affiliation publicitaire comme Google Adsense ne voient le jour, les sitespornographiques avaient trouvé les premiers le moyen d’amasser du trafic importantsur leurs sites grâce à un système de partage de liens, de consommateurs etd’affiliation de revenus entre eux. Selon Frieser, ce phénomène reprend aujourd’huide l’ampleur en partie à cause de la perte de gains enregistrée sur les sites payantspar rapport aux nouveaux sites qui proposent des contenus gratuits.6. Piratage de navigateursL’industrie pornographique n’a pas apporté que des solutions positives au web. Ellefut également l’instigatrice de techniques malveillantes comme le moyen de générerdes revenus à travers l’utilisation de logiciels espions pour pirater par exemple lenavigateur par défaut d’un internaute et le diriger vers un faux moteur de recherchecontenant des publicités pay-per-click de sites pour adultes.7. Pop-ups, pop-unders, mousetrappingDès lors qu’on visite certains sites pornographiques, il peut devenir difficile de lequitter, à cause d’applets qui prennent le contrôle du navigateur de l’internaute pourmettre en avant des publicités ou pour lancer de nouvelles fenêtres simultanémentdès lors que l’internaute tentait d’en fermer une.Ces évolutions majeures ont contribué à construire le paysage Internet auquel noussommes habitués et soulignent la relation qui existe entre Internet et le business dusexe. Pourtant, ce lien continue de sembler inavouable et inadmissible. Exemple18 BBC News, “Porn and music drive broadband”, BBC, [disponible en ligne :http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/2947966.stm], mise en ligne le 30/05/03, consulté le 04/01/11 26
  • avec le classement Hitwise qui lors de la diffusion de son Top 10 des sites les plusconsultés en 2010 a dissimulé les 3 sites pornos présents en réalité dans le top 10avec comme leader le site de visionnage gratuit Youporn.com, comme l’a révéléanonymement un grand opérateur français. 19 Pour quelles raisons dissimuler detelles données ? Est-ce par peur de la faire de la promotion à ces sites ? Est-ce pardésir de lutter contre la présence de la pornographie sur Internet ? Est-ce pourminimiser la présence du sexe sur Internet ? Dans tous les cas, ces donnéessemblaient de toute évidence difficiles à croire quand on sait qu’un quart desrequêtes effectuées sur les moteurs de recherche en ligne sont liées au sexe. Au-delà du lien existant entre l’industrie pornographique et la technologie, nous devonsde ce fait nous poser également la question du rapport au porno des internautes.Quel est leur attitude face à la prolifération de ce type de contenus ? Quelschangements le porno web a instauré dans leur consommation pornographique ? Deplus, la présence du sexe sur Internet pose une question d’ordre éthique : qu’en est-ilde l’exposition des mineurs à ce contenu ? Avec l’avènement du Porn 2.0 et sessites de contenu gratuit, que nous réserve le porno sur Internet ? B. The Internet is for porn ! ou l’ère de la révolution sexuelle numérique Principe d’anonymat du consommateur, une offre et un accès sans aucune limitegéographique ou de temps, des coûts de distribution fortement minimisés par rapportà la distribution traditionnelle offline, une exposition relativement limitée auxtentatives de censure… le web représente de nombreux avantages pour lecybersexe. On considère aujourd’hui qu’entre 10 et 30% des sites existant ont un lienavec la pornographie20 et 42,7% des internautes regardent du porno21. Le constatque dressent en chantant les marionnettes dans la comédie musicale américaine19 Challenges, 29 avril 201020 BŒUF Benjamin, « Le Porn 2.0 contre l’industrie du X », EconomieMagazine,[disponible en ligne :http://economiemagazine.fr/actualites/le-porn-2-0-contre-l%E2%80%99industrie-du-x], mise en ligne le22/09/09, consulté le 03/03/1121 Chiffre issu d’une Infographie disponible en ligne : http://www.onlinepsychologydegree.net/porn-addiction-in-america/ et consultée le 20/02/11 27
  • Avenue Q est-il donc vrai ? Peut-on nous aussi scander que « The Internet is forporn » [cf Annexe 4] ? 1. Le porno, le lien inavouable entre l’internet et l’internaute A l’occasion du 30ème anniversaire des vidéos Marc Dorcel, une première grandeétude a été réalisée en septembre 2009 par l’IFOP auprès de 1016 Français âgés de18 ans et plus, pour déterminer leurs comportements et pratiques en matière de filmspornographiques. Il en ressort que la quasi-totalité des personnes interrogées (89%)admettent avoir déjà visionné un film X et plus de huit femmes sur dix (83%)[cfAnnexe 5], reconnaissent en avoir déjà vu un, sachant qu’aujourd’hui le web occupeune place centrale dans cette consommation. In est intéressante de voir égalementla propension qu’ont les couples à regarder un film pornographique ensemble (si unhomme demandait à sa partenaire de regarder un film X, deux femmes sur trois yseraient disposées). L’émergence des chaînes câblées avait déjà amorcél’expansion du porno au sein de la société, mais la démocratisation d’Internet apermis un accès facile et banalisé aux contenus pornographiques. Les sites Internetgratuits sont désormais le principal moyen d’accéder aux films (45%) devant Canal +(35%), les DVD achetés (22%) ou empruntés à des proches (24%). Le web estégalement le principal outil utilisé pour se procurer des DVD (44%), devant lesvidéoclubs (33%) ou les sex-shops (14%). Chaque seconde ce sont plus de 28 000internautes qui regardent un contenu pornographique sur Internet avec les Etats-Unis en première ligne 22 et 3000 dollars qui sont dépensés en porno web. L’outilInternet FilterReview estime que le nombre de sites Internet pornographiques est de42 millions, tandis que Nielsen/NetRatings affirme que sur un seul mois, entre 45 et50 millions d’Américains visitent des sites aux contenus pornographiques 23 et en2007 on estimait que 260 nouveaux sites pornographiques étaient mis en ligne22 BŒUF Benjamin, « Le Porn 2.0 contre l’industrie du X » Art.cit23 SCHAER Katja, « Le Web fait main basse sur les revenus du porno », Bilan, [disponible en ligne :http://www.bilan.ch/enjeux/le-web-fait-main-basse-sur-les-revenus-du-porno] pas de date de mise en ligne,consulté le 02/04/11 28
  • chaque jour24. Selon le classement Online MBA, en 2010, on estime que 12% dessites web sont des sites pornographiques et 25% des recherches sur les moteurs derecherche sont reliées au porno (soit environ 68 millions par jour)25. Aujourd’hui, lecinéma pour adultes est un phénomène de masse, largement répandu au sein detous les milieux, mais également parmi toutes les générations d’âge. Les 12-17 ansseraient parmi les plus gros consommateurs de X en ligne selon des donnéesfournies par Good Magazine¸ avec 90% des 8-16 ans qui se connectent à domicile26.Des données qui sont par ailleurs paradoxales avec l’étude Marc Dorcel qui affirmeque l’âge moyen du premier visionnage reste élevé (24 ans en moyenne). Bien qu’onpuisse expliquer ce fait par la présence forte des seniors dans l’étude qui par lepassé avaient un accès plus difficile au X et par l’absence de mineurs interrogés, laquestion se pose de l’impact du cybersexe sur la protection des mineurs. Légalement, en France, la diffusion d’un message dit « à caractèrepornographique » et « susceptible d’être vu ou perçu par un mineur » est passible detrois ans d’emprisonnement et 75 000e d’amende 27 . Avec Internet, la difficulté secomplique pour la loi car ce qui est susceptible d’être vu par un mineur, l’estmajoritairement parce qu’il est accepté qu’il soit vu par les majeurs. SI ce problèmese pose même pour les supports pornographiques hors ligne, il est d’autant plusimportant sur Internet car les mesures de restrictions d’accès aux contenus pouradultes sont pour l’instant insuffisantes (demander à l’internaute sur le principe debonne foi s’il est majeur n’est certainement pas une mesure suffisante) et limitent lavérification du consentement des personnes dans la diffusion de ces vidéos. Lamesure la plus importante en termes de tentative de protection des mineurs face à lapornographie sur Internet a été prise récemment par l’Internet Corporation forAssigned Names and Numbers (ICANN). En effet, cette administration américaine a24 ARRINGTON Michael, « Internet Pornography Stats », Techcrunch,(disponible en ligne :http://techcrunch.com/2007/05/12/internet-pornography-stats/] mise en ligne le 12/05/07, consulté le01/02/1125 ABRY Vincent, « Porno sur Internet : Statistiques 2010 », VincentAbry [disponible en ligne :http://www.vincentabry.com/porno-internet-statistiques-industrie-adulte-9073], mise en ligne le 03/06/10,consulté le 05/05/1126 BWELE Charles, « Porno moyeur : les chiffres », AgoraVox, [disponible en ligne :http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/porno-moteur-les-chiffres-25290], mise en ligne le04/06/07, consulté le 01/05/1127 Nouveau Code Pénal, art. 227-24 29
  • autorisé le 21 mars 2011 l’extension .xxx (au même titre que les extensions de sites.com, .org ou .net) pour les sites pornographiques. Ces extensions ne serontdisponibles que pour les sites pour adultes mais leur adoption n’est pas obligatoire.Ce projet qui date de 2004 mais avait été maintes fois rejeté et repoussé, aurait pouravantage de permettre un contrôle parental simplifié en mettant en évidence lanature du site visité. De plus, l’organisme à but non lucratif chargé de réguler le .xxx,l’IFFOR (International Foundation For Online Responsibility), sera composé entreautres d’un représentant de la protection de l’enfance. Pourtant, tandis que desgrands noms de l’industrie pornographique se soulèvent contre cette mesure qu’ilsconsidèrent comme un moyen évident de censure de leur travail, de nombreusesinstitutions opposées à la pornographie (religieuses ou de protection de l’enfance) s’yopposent également, craignant au contraire qu’une telle décision ne légitime encoreplus la présence pornographique sur le web et ne fasse fleurir de plus belle sonmarché. Dans tous les cas, ce qui est certain est que cette mesure tend à créer undomaine d’exclusivité à la pornographie sur Internet. Seulement, encore une fois nesommes-nous pas face à un discours hypocrite et d’apparence ? En effet, à quoi boncréer des domaines en .xxx, si de toute manière ils ne sont adoptés que sur la basedu volontariat ? Est-ce vraiment un désir de trouver une solution à l’expositionpornographique ou un moyen de l’Etat de générer des revenus grâce à ce qu’ilsuppose vouloir écarter (chaque adresse devrait être facturée 70 dollars par an, orplus de 200 000 URL ont déjà été pré-réservées) ? De plus, « tout le monde sait qu’ilne peut y avoir « d’accès zéro » à la pornographie pour les jeunes, s’il y a accès librepour les adultes. Pour empêcher complètement les jeunes d’accéder à lapornographie (douce ou violente), il faudrait donc l’interdire aux adultes28. » Or, sousquels principes la pornographie pourrait-elle être interdite quand on sait que sadéfinition pose déjà le problème de la subjectivité idéologique de chacun ? En plusde cela, comme le souligne le discours principal et récurrent des acteurs du porno, ilne faut pas oublier l’importance du rôle des parents également dans cette expositionà la pornographie. Plutôt que de vouloir éradiquer l’indéracinable, peut-être faudrait-ilque les parents prennent conscience de leur côté des risques d’exposition de leursenfants si cette exposition les horrifie. Alors que selon le Baromètre Calysto« Enfants et Internet », 89% des 11-13 ans et 93% des 13-17 ans ont Internet à la28 ère OGIEN Ruwen, « Penser la pornographie », p.140, Paris, PUF, Coll. Questions d’Ethique, Oct 2003 (1 èmeédition), Juin 2008 (2 édition) 30
  • maison29, l’enquête Dorcel montre que 63% des personnes ayant déclaré avoir unenfant de moins de 15 ans au domicile n’ont pas installé de logiciel de filtrageparental et que seulement 52% d’entre eux ont un code d’accès parental sur leurordinateur [cf Annexe 6]. De plus, si les moyens d’exposition de la pornographieévoluent en parallèle voire en conséquence des évolutions technologiques quiintègrent notre quotidien, faudrait-il interdire notre société d’avancer sous prétexteque la pornographie en tirerait profit ? La pornographie, comme nous l’avons déjàévoqué en première partie de cette étude avance avec son temps et ce qui prétendessayer de la supprimer, ne cesse en fait de l’alimenter rien qu’en étant. Aujourd’hui,à l’instar du phénomène global qui se passe sur le web, les médias sociauxenvahissent à leur tour le monde de la pornographique. La prise de pouvoir ducontenu par l’utilisateur lui-même a envahi le marché et le pouvoir pornographiquesur Internet ne vient plus majoritairement d’acteurs qui subvertiraient desconsommateurs happés par une offre tentante, mais de sites où les consommateursgénèrent eux-mêmes le contenu pour le partager avec les autres internautes. Pourse démarquer au sein de cette tendance, les voix du porno traditionnel s’élèvent etinvestissent à leur tour la vague sociale pour éviter de perdre pied. 2. Le Web 2.0 est né, à mort le Porn 2.0 ! Si comme nous l’avons vu précédemment dans notre étude, l’industriepornographique a su s’adapter jusqu’à présent au média Internet avec un réelsuccès, elle souffre aujourd’hui des nouveaux modes de consommation qui ontenvahi le web. A l’instar de l’industrie musicale ou cinématographique classique,l’industrie pornographique doit faire face au fléau de la diffusion gratuite de sescontenus à travers la toile. Le téléchargement illégal à travers des liens BitTorrent futle premier fléau auquel s’attaquer, mais depuis l’arrivée dès 2005 de ces nouveauxsites appelés « porntubes » ou « Xtubes » et qui s’inscrivent dans le courant pluslarge du Porn 2.0, la concurrence s’est accrue. Le Porn 2.0 ou Social Porn estappelé ainsi en référence au courant actuel Internet du Web 2.0, duquel il s’inspire et29 Baromètre CALYSTO, en partenariat avec LA VOIX DE L’ENFANT, « Enfants et Internet », [disponible en ligne :http://www.tousconnectes.com/wp-content/uploads/2010/12/Barometre-Calysto-Enfants-Internet-d%C3%A9cembre-2010.pdf], mis en ligne en décembre 2010, consulté le 15/02/11 31
  • où l’internaute n’est plus seulement consommateur des produits en ligne maiségalement fournisseur, acteur et créateur de ces contenus. Ces sites se sontprincipalement inspirés du modèle UGC (User Generated Content) du site Youtube(d’où le nom de « Xtube » ou « porntube » pour les désigner) pour mettre en avantleurs contenus : l’internaute poste lui-même des vidéos en streaming que l’on peutvisionner en intégralité et ceci gratuitement. Et c’est justement là que se situe leproblème majeur actuel de l’industrie pornographique traditionnelle, car ces sitesproposent désormais des milliers de vidéos à visionner et enregistrent des millionsde vues par jour. Quand auparavant l’internaute devait souscrire à un abonnementen ligne sur un site pornographique pour accéder à son contenu, ou acheter un DVDen ligne, aujourd’hui il lui suffit d’entrer sur un de ces sites pour avoir une quasi-totalité de contenus gratuits. Alors qu’avant chaque catégorie de fantasmesrecherchée nécessitait parfois un abonnement unique, aujourd’hui chacun peut avoiraccès à une multitude de types de vidéos et de pratiques sexuelles en quelques clicssur un même site et ceci sans rien débourser. Et l’engouement actuel des internautespour les vidéos amateurs du genre n’est pas pour désavantager ces sites, qui seprocurent ainsi gratuitement des vidéos sans droits d’auteurs fournies par l’internauteen quête d’exhibition et satisfait à la fois un public qui en est à la recherche. J’ai puinterviewer Guillaume, un jeune acteur du Social Porn qui s’est lancé dansl’entreprise depuis peu en ouvrant en 2007 son propre site Internet de streaminguniquement composé de vidéos amateurs. Il affirme avoir débuté ce projet pour sefaire de l’argent de poche car selon lui « le domaine de la pornographie est celui quirapporte le plus » et explique avoir décidé de présenter essentiellement des vidéosamateurs par souci de « montrer des vidéos de qualité, où les partenaires sont respectéset prennent du plaisir » [cf Annexe 7]. Si son site ne lui rapporte pas assez pour qu’ilpuisse en vivre, le site lui génère néanmoins entre 200€ et 300€ par mois. Un desavantages essentiel de ces sites est qu’ils préservent totalement l’anonymat desconsommateurs. L’internaute a un accès illimité à un catalogue qui sembleraitpresque infini sans avoir à fournir aucune donnée personnelle. Or, si l’industriepornographique communique traditionnellement sur sa capacité de discrétion(emballage discret des colis, environnement secret des sex-shops…), les sites pornone respectent pas entièrement cette promesse, dès lors où il est nécessaire defournir ses coordonnées bancaires en souscrivant à un abonnement pour avoir accèsau contenu. De plus, la conjoncture technologique actuelle est favorable à ces sites, 32
  • car les FAI (Fournisseurs d’Accès à Internet) proposent des connexions aux débitsde plus en plus rapides, ce qui permet à ces sites de proposer un temps dechargement qui ne frustre (presque) pas l’impatience de leurs consommateurs, ainsique des vidéos qui peuvent parfois être d’une qualité comparable à celle des DVD.Par conséquent, les internautes s’habituent à consommer un catalogue complet devidéos gratuitement et l’économie traditionnelle du porno en parallèle voit sesrevenus chuter. Les revenus de production traditionnels accusaient en 2006 uneperte de plus de 15% de leurs revenus et en 2008 les ventes de DVDpornographiques ont chuté de 22% aux Etats-Unis. En réaction, l’industrietraditionnelle X se ligue pour trouver des solutions afin de lutter contre ce qu’elleconsidère comme un fléau pour son économie. Une réunion ayant eu lieu en octobre2010 en Arizona qui réunissait de nombreux studios de production se donnait pourobjectif de réduire significativement le « piratage numérique des contenus pour adulte etsattaquer vraiment à ceux qui se livrent au piratage de ces contenus dici janvier 2012 »30.On ressent comme un certain désespoir de la part de ceux qui travaillent dans ledomaine, on a même pu entendre un acteur de films porno dire que « le porno vamourir » et de renchérir qu’il était désormais obligé d’enchaîner les petits boulots enplus à côté pour subvenir à ses besoins. Les producteurs se sentent désormaiscontraints de prendre la voix pour défendre leurs droits. En 2009, l’entrepreneurKevin Cammarata qui édite plusieurs sites payants pour adultes a porté plaintecontre le site gratuit Redtube estimant que le site constitue une infraction à la loicalifornienne sur la concurrence déloyale. Mais la cour d’appel californienne avaitrelaxé Redtube, jugeant que cette procédure était assimilable à une attaque contre leFirst Amendment qui garantit la liberté d’expression car « la publication d’une vidéo surInternet, qu’il s’agisse d’un adolescent qui joue au football ou d’un film pornographique, estune application de la liberté d’expression »31. En janvier 2009, deux géants de l’industriepornographique, Larry Flint (fondateur du magazine Hustler) et Joe Francis (éditeurde la série de vidéos Girls Gone Wild) ont même demandé au Congrès des Etats-Unis d’adopter un plan de sauvetage de 5 milliards pour l’industrie pornographiqueaffirmant que le pays ne peut pas laisser s’effondrer une industrie de 13 milliards de30 Julien L., « L’industrie porno entend mettre une terme au piratage d’ici 2012 » Art.cit31 LeMonde.fr, « Le porno gratuit n’est pas une concurrence déloyale », Le Monde, [disponible en ligne :http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/02/03/le-porno-gratuit-n-est-pas-une-concurrence-deloyale_1474846_651865.html] mise en ligne le 03/02/11, consulté le 03/02/11 33
  • dollars. Mais peut-on imaginer les gouvernements soutenir et protéger une industriequ’ils s’évertuent à montrer du doigt ? Aujourd’hui les Xtubes ont une telleprédominance sur le consommateur qu’il est devenu impossible pour l’industrietraditionnelle de les ignorer. Un signe marquant de cette influence se vérifie lorsqu’onregarde sur l’outil Google Trends la fréquence à laquelle les internautes recherchentle mot « Porno » en France par rapport au mot « Youporn » [cf Annexe 8] et onremarque que le second l’emporte sur le premier. Ces marques ont donc désormaisdépassé le concept initial comme référence de l’univers pornographique pour lesconsommateurs. De ce fait, plutôt que de tenter de le supprimer en vain, le pornotente de s’adapter à ce nouveau système médiatique et de tirer profit de ce nouveaumarché qui s’ouvre et lui impose de repenser son modèle économique.III/ Le Porn 2.0, moteur dedémocratisation et d’innovation Le Porn 2.0, en s’inspirant des nouveaux codes du web, impose des nouveauxcodes au monde pornographique. En démocratisant largement l’accès aux contenuspornographiques, le Porn 2.0 a modifié les habitudes de consommationpornographique des internautes et par là même a modifié le rapport à lapornographie des consommateurs. En devenant un phénomène social, accessible àtous avec une discrétion absolue, le porno est devenu un produit de consommationcourante que les internautes se sentent désormais en droit de pouvoir consommer àleur guise. Un des points forts essentiels de ces sites est qu’ils ont su traduire lebesoin libertaire des internautes qui s’était ressenti à travers le web 2.0 au momentopportun et avec efficacité en l’adaptant aux différents désirs de ses multiplespublics. Si l’industrie du X enregistre des pertes de chiffres d’affaires conséquentes 34
  • du fait de la perte d’usage des consommateurs de payer pour du contenu de qualitéet la force à redéfinir un modèle économique, l’arrivée du porno social n’a pas quedes conséquences purement néfastes. Ces nouvelles plateformes ont permisl’émergence de nouveaux acteurs d’importance dans le milieu pornographique,modifiant un peu l’hégémonie du paysage pornographique. De plus, les Xtubes sontnéanmoins devenues des sources de revenus supplémentaires pour l’économie dusexe traditionnelle qui se sert des opportunités qu’offrent ces sites pour en tirer desavantages. Elle investit en effet de plus en plus les « tubes » pour gagner desrevenus et des internautes à travers divers moyens de publicisation de ces espaces.Les revenus gagnés sur ces plateformes ne couvrent bien sûr pas les pertesenregistrées, c’est pourquoi l’industrie tente de pallier à cette situation en sedémarquant qualitativement par une innovation multi-support. A. Un nouveau tube économique pour l’industrie du X Aujourd’hui, il devient inenvisageable d’éradiquer les porntubes de la toile étantdonné leur forte influence. Aujourd’hui, ils sont devenus le premier média par lequelles internautes se procurent du contenu pornographique et l’industrie apprend àtraiter avec eux. D’autant plus que de nouveaux pureplayers X ont vu le jour etexploitent ces plateformes et plutôt que de perdre leur temps en procès, ont décidéd’en faire des alliés et en retirent ainsi des bénéfices conséquents. Mais l’industrien’a pas dit son dernier mot et déjà de nouveaux sites se démarquent qui arrivent àgénérer du profit grâce à leur capacité d’innovation. De plus, les évolutionstechnologiques numériques récentes offrent de nouveaux espaces d’expression pourl’industrie pornographique qui ne lésine pas sur les moyens pour se démarquer etfaire valoir son savoir-faire historique en matière de contenus de qualité et d’avant-gardisme technologique. Le porno se cache de moins en moins sous le manteaucomme un sale habit dont il faudrait vite se débarrasser et bénéficie d’un espaced’expression plus large et visible que l’industrie du X compte bien éclabousser deson imagination débordante pour relever son empire. 35
  • 1. Les porntubes, un fléau précieux pour l’industrie pornographique ? Ces sites regroupent en un espace, un ensemble de services qui étaientdémultipliés sur différents sites spécialisés auparavant comme le montrent lesdifférentes rubriques présentes sur quasiment tous ces sites : rubrique de vidéos HDavec abonnement premium, live par webcam, communauté de membres, catégoriesde vidéos classées selon les goûts de chacun, classements par vidéos les plus vues,les mieux notées ou encore les plus longues. Ces sites mettent clairement en avantleur volonté de mettre l’accent sur la bonne expérience de navigation duconsommateur qui explore un espace où chacun des moyens de satisfaction de sesdésirs est facilement identifiable et accessible à ses yeux. Une innovation qui lemontre bien est la technique de "prévisualisation" de la vidéo permettant àlutilisateur de voir un déroulé rapide (sorte de best of) du film en question,simplement en laissant son curseur reposer sur la vidéo qu’il est tenté de vouloirregarder. Parce que de la même façon que les sites de streaming musicaux, lesporntubes mettent à disposition des contenus protégés par des droits d’auteurs,l’industrie du X a trouvé le moyen de récupérer de la monétisation sur ce contenu quilui appartient en droit. A travers des bannières publicitaires qui mettent en avant desvidéos flash qui montrent des actrices répétant sans cesse le même mouvementd’une façon exagérée mais semble assez naturelle pour attirer l’œil déjà excité duconsommateur, les sites porno traditionnels offrent un teasing de leur site quipeuvent leur générer des revenus par clic, du trafic sur leur site et donc a fortiori desrevenus liés à l’achat de contenu sur leur site. Les revenus publicitaires sont aussiapportés par le système d’affiliation fortement utilisé sur ces sites. Les Xtubes serecommandent entre eux de façon affichée et utilisent même une terminologieaffective pour se recommander à travers des rubriques comme « nos amis » pourdésigner les autres sites vers lesquelles ils conseillent les internautes de se dirigerégalement. La qualité publicitaire pornographique par rapport à la publicité sur dessites plus conformistes est qu’elle est totalement adaptée au contenu même du site,si bien qu’elle semble n’être qu’un élément cohérent de plus sur la page. Bien qu’ellesoit clairement exposée comme étant de la publicité, sa mise en avant imagée ne faitque s’ajouter à un paysage visuel similaire et dans lequel elle s’intègre parfaitement.Plutôt que de paraître gênante, elle rajoute au contraire au sentiment d’opulencesexuelle des sites, ce qui est une qualité incitatrice au clic pour les consommateurs. 36
  • Les porntubes furent les premiers, avant les sites de streaming traditionnels, àinsérer un message publicitaires sur les vidéos, la plaçant quelques secondes audébut du chargement de chaque vidéo ou apparaissant automatiquement à chaquemoment où la vidéo procède à un chargement au cours de la vidéo du fait de lalenteur du processus de chargement par rapport à l’avance rapide de la vidéo. Ilarrive aussi que la publicité soit intégrée directement à la vidéo et qu’en plein milieud’une action, un écran noir apparaisse durant quelques secondes avec un messagepublicitaire incitant à se rendre sur le site d’où provient la vidéo pour la voir dans sonintégralité, avant que la vidéo ne se poursuive. Plus récemment, on a pu voirapparaître un système publicitaire que je qualifierais de plus vicieux, qui consiste àinsérer parmi les vidéos à la disposition des consommateurs, une vidéo qui sembleêtre comme les autres mais qui en fait n’est là qu’en tant que produit publicitaire. Lavidéo est courte, ne montre qu’une scène vide d’actions, comme une sorte deteasing sur laquelle s’affiche en sous-titre l’adresse d’un site. Or, cette vidéo ne secontente pas d’être présente lorsqu’on clique sur l’icône vidéo qui lui correspond. Ilse peut qu’en cliquant sur plusieurs autres vidéos qui promettent un autre contenu àtravers leur titre et leur images, on tombe finalement sur cette même vidéopublicitaire. Ainsi, il s’agit d’une publicité masquée derrière une promesse qui fut toutautre. Nombre de ces sites de Xtubes sont aujourd’hui détenus par des sociétés quiont compris très rapidement l’intérêt financier que représentent ces sites. La sociétéBrazzers fondée par trois canadiens de 22 ans est aujourd’hui une société qui règneen maître sur le marché du porno gonzo (cette technique de filmage qui immerge lespectateur dans l’action grâce à des gros plans rapprochés et qui fait le succès desporntubes). En 2007, Brazzers fait l’acquisition du nom de domaine Pornhub (10millions de visiteurs par jour en moyenne), développe sa structure et rachète d’autresTubes (Tube8, ExtremeTube…) et monte la holding Mansef qui acquiert égalementd’autres tubes et sites. Toutes les vidéos de ces sites ont des droits quiappartiennent à Brazzers et incitent les internautes à s’abonner aux sites quiproduisent ces contenus et qui appartiennent également à Brazzers sans que leconsommateur ne se doute de rien. Aujourd’hui, la société emploie 375 personnes etson chiffre d’affaires annuel estimé à 180 millions de dollars 32 . Mais comme le32 DES AULNOIS Stephen, « Xanadu, le porno face à la génération web », Arte TV (disponible en ligne :http://www.arte.tv/fr/3743604,CmC=3821250.html], mise en ligne le 20/05/11, consulté le 20/05/11, articleissu du site Le Tag Parfait.com 37
  • souligne Gonzo, créateur et rédacteur principal du site Le Tag Parfait qui se présentecomme le site de la culture porn, « le problème des tubes, c’est que le contenu est soit ducontenu propre (Pornhub appartient à Brazzers), soit du teasing de 5-10 min de petitesboites de prod, soit envoyé par les gens et donc soumis à la loi sur le copyright. Les grosstudios demandent aux tubes de virer ce qui leur appartient, du coup on se retrouve avecdes vidéos souvent vieilles et de mauvaise qualité »33. 2. Vers une redéfinition de la stratégie de communication du X C’est en palliant justement à ce défaut des Tubes qu’un site est devenu enquelques temps incontournable dans l’histoire du porno web et a réussi à asseoir sonsuccès. En proposant du contenu spécialisé, innovant et garanti de haute qualité, lesite Kink.com révolutionne à sa manière le porno sur la toile. Fondé en 1997 par unanglais, Peter Acworth, le site se présente d’emblée comme exclusivement BDSM(comprenez par là Bondage and Discipline Ŕ Domination and Submission ŔSadomasochism). Pour monter son empire, Acworth rachète un lieu à la hauteur deses ambitions, l’ancien arsenal The Armory à San Francisco en Californie dont lasuperficie est de 200 000 mètres carrés, pour 14,5 millions de dollars et le transformeen paradis du sexe hardcore. Un large nombre de costumes finement étudiés, desdécors variés et originaux, une attention toute particulière portée aux scénarios etune qualité des images qui n’a rien à envier à la HD télévisée et qui se différencientdes « vidéos S/M et fétichistes floues et irregardables 34» des tubes. Kink parie sur laqualité plus que sur la quantité, en terme de nombre de vidéos mais également degros plans enchaînés sur les parties génitales des acteurs et cela marche. Chaquemois, 520 325 visiteurs uniques visitent le site et chacun d’entre eux revient environ3,8 fois. Kink.com a aujourd’hui le potentiel de gagner 122 820$ par an en publicitésselon le site d’analyses en référencement Site Trail. Le site a même été récompenséen 2009 aux AVN Awards (cérémonie de récompenses du cinéma pornographique33 LEGER François, « Le Tag Parfait : porno pour gens sensibles », Reviewer, [disponible en ligne :http://reviewer.fr/dossiers/web-tech/3464/le-tag-parfait-porno-pour-gens-sensibles.html], mise en ligne le23/04/11, consulté le 23/04/1134 BESNARD Tiphaine, « Du hard, du vrai », Le Tag Parfait, [disponible en ligne :http://www.letagparfait.com/2011/04/18/du-hard-du-vrai/], mise en ligne le 18/04/11, consulté le 18/04/11 38
  • qui a lieu tous les ans à Las Vegas) dans la catégorie « meilleur site Internet pouradutes ». Le succès de ce site reflète bien la part du gâteau dans l’industrie du X ques’arrogent les nouveaux acteurs du web. L’année dernière, environ 13 000 films Xont été tournés aux Etats-Unis et Internet contribue largement au rythme deproduction. En effet, si en 1990 moins de 2000 films étaient réalisés, aujourd’hui lechiffre est cinq fois plus élevé. Par conséquent, l’industrie traditionnelle doit redoublerde moyens et d’imagination pour se faire-valoir indépendamment de ces nouveauxacteurs. Si la production de films à gros budgets s’est diminuée ces dernièresannées, la communication autour de ces films est devenue essentielle pour l’industriepornographique traditionnelle qui ne lésine plus sur les moyens pour faire lapromotion de ses productions à gros budget et créer du buzz. L’exemple parfait decette stratégie de communication est la sortie récente du film Pirates II : Stagnetti’sRevenge, suite d’un premier opus Pirates sorti en 2005 et produit par DigitalPlayground, la société leader sur le marché du X américain. Ce film, qui est uneparodie du film grand public Pirates des Caraibes de Gore Verbinski, a été d’embléeprésenté de façon extraordinaire : il s’agit du film X le plus cher de tous les tempsavec près de 10 000 000$ de budget et celui-ci propose un casting réunissant degrandes stars du porno du moment parfaitement connus de tous les amateurs dugenre (Katsuni, Jesse Jane, BellaDonna). Il aurait de plus nécessité plus de 600effets spéciaux pour la création des décors et des monstres et un soin tout particulieraurait été apporté à toute la chorégraphie des mises en scènes de combat. Ensomme, le teasing a été complet, les moyens employés disproportionnés, étantdonné le contexte de crise des ventes de DVD de l’industrie. Si les chiffres sur lesrecettes du film sont encore difficiles à trouver, néanmoins ce film est un signe destentatives de changement de communication et d’innovation de production del’industrie du X traditionnelle. Car si les Xtubes offrent finalement de nouvellesperspectives de revenus, leur business model reste encore assez fragile car lescoûts de bandes passantes ne sont pas couverts pas les revenus que génèrent lapublicité sur ces sites, c’est pourquoi ces sites proposent d’ailleurs de plus en plus decontenus supplémentaires visibles uniquement après paiement. Comme denombreux sites de streaming musicaux, le Porn 2.0 n’a pas encore totalement trouvéle moyen d’être entièrement rentable et en parallèle continue de créer des difficultéspour l’industrie pornographique. Ainsi, le déploiement de nouveaux supports devisionnage et l’innovation dans l’exposition des contenus pour le consommateur 39
  • devient essentielle pour assurer la pérennité de la qualité pornographique maissurtout redonner l’envie aux consommateurs de payer pour un contenu qu’ils vontconsidérer comme assez exclusif et intéressant pour mériter d’être lucratif commepar le passé. B. Une démocratisation qui garantit l’innovation multi-support Une des conclusions qui ressort de l’étude IFOP pour Dorcel 35 est que levisionnage de films X n’est plus seulement une affaire solitaire mais devientégalement une affaire de couple. En effet, bien que 67% des répondants enregardent en solitaire, 57% des Français en ont déjà visionné en couple etnotamment les femmes sont 59% à admettre en regarder plus facilement si elles sontavec leur partenaire que si elles sont seules (50%). Ainsi, le porno par son caractèrede plus en plus dématérialisé semble d’être démocratisé au sein de la société. Deplus, on remarque que le porno n’est pas réservé à un visionnage à domicile. 11%des hommes ont déjà vu un film sur leur lieu de travail et 30% dans une chambred’hôtel. Ceci n’est pas une attitude très étonnante de la part des consommateursquand on sait qu’aujourd’hui la tendance est au multi-support, au visionnage demultiples contenus en tous lieux du fait des innovations technologiques (Pcportables, smartphones, tablettes…). L’industrie pornographique qui a toujours suavoir l’œil affuté pour déceler les nouveaux besoins de consommation de ses publicsl’a d’ailleurs bien compris et tente de prendre au pas cette brèche de consommationqui s’ouvre et pourrait lui donner l’opportunité de déployer son terrain d’innovation. 1. L’industrie pornographique conquiert les technologies offline Si le monde online propose des nouveautés dans la mise en avant de contenus,le monde offline n’en regorge pas moins de nouveautés qui stimulent autant lemonde du porno qu’il stimule les autres domaines médiatiques et qui pourraient bienêtre la voie de sortie de crise de l’industrie. En avril dernier le film softcore 3Dhongkongais dépassait en terme de revenus de sortie de film, l’Avatar de James35 « Sexe, Médias et Société », La grande enquête MARC DORCEL, Ifop 2009 Op.cit 40
  • Cameron à Hong-Kong et laisse à penser que cette technologie a de beaux joursdans l’industrie. D’ailleurs, la société Marc Dorcel mise fort sur cette technologie pourcontinuer d’asseoir sa suprématie financière. En effet, le leadeur européen du Xcompte proposer d’ici à cet automne, plus de 90 contenus 3D en VOD (Video OnDemand) et téléchargement sur Dorcel Vision et les chaînes de Dorcel chez Free etNuméricable. Il faut savoir que la VOD représente 50% du chiffre d’affaires de cettesociété qui s’élève à 20 millions d’euros et détient 80% du marché du DVD enFrance36. Pour travailler cet effet 3D, la société s’est associée avec 3Dlized, unesociété spécialisée dans la production de contenus 3D et la mise en reliefs. Tout cecia bien évidemment un coût (environ 1,5 million d’euros) et pour l’instant, la sociétéproduit à quasi perte. Mais si cette offre fonctionne, étant donné que les grandesmarques de téléviseurs adaptent de plus en plus leur offre à du contenu 3D, larentabilité devrait arriver car le passage à la 3D impliquerait une hausse de 50% del’abonnement avec un abonnement de 30 euros par mois pour avoir accès à cecontenu 3D illimité. Les différents journalistes ayant pu assister à Cannes à uneprojection du premier film Dorcel du genre Shortcut, se disent tous bluffés de laqualité de la 3D et du réalisme des effets de jaillissement de la demoiselle à l’écrandu au tournage avec des caméras 3D (et non des caméras 2D transformées en post-production en 3D). Autre canal possible de diffusion pour le porno et qui s’inscriraittotalement dans la tendance à la mobilité des supports de visionnage et dans leshabitudes de consommation digitale des consommateurs : les smartphones et lestablettes. Si Steve Jobs, la patron d’Apple, n’a de cesse de filtrer les applications deses produits pour garantir un environnement « libéré du porno », l’industriepornographique se prépare elle à imposer sa présence sur les différents supportspopulaires que sont l’iPhone et l’iPad 2. En effet, si Apple a bloqué la possibilité delire des contenus Flash sur ses outils, les évolutions technologies actuellespermettent aux sites de s’affranchir de la technologie Flash pour leurs vidéos. Ainsi, ilest désormais possible de lire des contenus pornographiques sur les tablettes etimpossible de les bloquer. La provocation envers Apple est même de mise du côtéde la pornographie comme le montre l’annonce en mi-mai 2010 de Youporn qu’ilconvertissait toutes ses vidéos dans un format sans Flash et souhaitait à ses36 THURET Romain, « Quand le porno 3D fait mieux qu’Avatar. Visite chez Marc Dorcel. » Les Numériques,[Disponible en ligne : http://www.lesnumeriques.com/quand-porno-3d-qu-avatar-visite-marc-dorcel-article-1121.html] mise en ligne le 10/10/10, consulté le 11/11/10 41
  • visiteurs la « Bienvenue sur la version iPad 37 ». Dernièrement, des chercheurs del’université de Grenoble ont développé une application pour l’iPad 2 qui permet decréer un effet de relief 3D sans lunettes, ce qui donne déjà de nombreux frissons àl’industrie spécialiste en sensations fortes. Au-delà du visionnage 3D en vidéo à latélévision, l’iPad 2 permettrait ainsi une toute nouvelle expérience consommateur quiaurait la sensation d’avoir dans sa poche tout un champ ouvert de possibled’imagination réaliste. iPlayboy Playboy a déjà créé l’événement en 2008 enproposant une application installable pour l’iPhone qui permet de visionner ducontenu pornographique. Et pour le consommateur en effet, quoi de mieux avec lesécrans tactiles que d’avoir l’impression de pouvoir manipuler le corps présent enimages, le rapprocher ou le distancier à sa guise pour un rapport à l’expérience quisort de la passivité totale habituelle pour donner une sensation d’activité. Mais si ceprocessus peut fonctionner, c’est en partie parce que le rapport à la consommationpornographique évolue et que ses consommateurs avouent aujourd’hui plusvolontiers en consommer ou en avoir déjà consommé, mais surtout se sentent plus àl’aise dans une consommation devenue plus aisée et discrète que jamais. 2. L’industrie tabou du X sous la lumière médiatique Bien que le porno continue de susciter le débat et de conserver une certaineimage de milieu asservissant pour les humains, il semblerait qu’aujourd’hui ilbénéficie néanmoins d’une légitimité grandissante au sein de la société. En effet, ilest regardé désormais et reconnu comme étant une industrie économique à partentière et présenté comme tel au sein des différents médias. Le regard médiatiqueautour du porno s’est modernisé et cette année. Cette année, un ensemble decouvertures de magasines grand public n’ont pas hésité à proposer des dossiers quiabordent le sujet sans retenue, proposant des couvertures parfois osées. Maisl’angle pris pour aborder la thématique était rarement stéréotypé et toujours empreintde réalise et d’un certain respect envers une industrie qui génère plus de 13 milliardsd’euros par an et dont on ne peut sûrement pas nier l’existence et l’influence. On37 LEMONDE.fr, « L’industrie du porno fait un pied de nez à Steve Jobs », Le Monde, (disponible en ligne :http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/05/28/l-industrie-du-porno-fait-un-pied-de-nez-a-steve-jobs_1363528_651865.html], mise en ligne le 28/05/10, consulté le 01/05/11 42
  • remarque d’ailleurs que la « peoplisation », la starisation des stars du X dans lemilieu touche déborde depuis un certain nombre d’années l’espace médiatique grandpublic. L’actrice porno française Katsuni était l’invitée privilégiée de Laurent Ruquierle 24 octobre 2009 dans l’émission On n’est pas couché, pour parler entre autres deses récompenses du Hot d’Or de la meilleure actrice et du meilleur blog et ce ne sontpas les blagues douteuses qui ont manqué de fuser face à l’actrice. Une autre actricefrançaise, Clara Morgane bénéficie fréquemment d’une forte médiatisation de puisles débuts de sa carrière, notamment depuis qu’elle s’est reconvertie dans lamusique. Du côté des acteurs masculins, l’acteur icône d’origine italienne RoccoSiffredi est un habitué du genre et est fréquemment apparu comme invité dans desémissions françaises, comme en 2008 dans l’émission de Cauet, La méthode Cauet.Amateur ou non de films pornographiques, une majorité de personnes dans lapopulation sont capables de citer le nom d’au moins un acteur ou une actricepornographique. D’ailleurs, quand on demande aux Français, quels sont les nomsqui leurs viennent à l’esprit lorsque l’on évoque l’univers de la pornographie, 22%citent Clara Morgane, 21% citent Rocco Siffredi et 17% Marc Dorcel38. [cf Annexe 9]A défaut d’une notoriété spontanée, il y a une notoriété assistée forte. Cettepopularité reconnue n’est pas pour gêner l’industrie de la pornographie qui en profiteet contribue d’ailleurs à la modernisation positive de son image. La communicationde la société Marc Dorcel en est un bon exemple. Au mois de mai dernier, la marquen’a pas hésité à déployer sur tous les sites d’emploi en ligne une offre pour recruterun commercial dans son entreprise ; générant un certain buzz au sein de lacommunauté RH sur Twitter entre autres. Le 28 février 2011, le site d’emploiCadremploi publiait même une interview de Grégory Dorcel, directeur général desproductions Marc Dorcel et fils du fondateur de l’entreprise, pour parler durecrutement des actrices porno en le plaçant au même tire que n’importe quel autrerecruteur d’entreprise39. Ce changement d’approche envers le monde du X apporteun sceau de reconnaissance au monde pornographique comme faisant partie denotre univers culturel et sort peut-être également le discours habituel d’une certaineforme d’hypocrisie. Grâce aux médias sociaux, les acteurs du X peuvent désormais38 « Sexe, Médias et Société », La grande enquête MARC DORCEL, Ifop 2009 Op.cit39 ABIKER David, « Grégory Dorcel : comment recruter une article X » On revient vers vous, [disponible en ligne :http://www.cadremploi.fr/edito/actu-et-conseils/cadremploi-tv/on-revient-vers-vous/d/1/gregory-dorcel-comment-recruter-une-actrice-x.html] mise en ligne le 28/02/11, consulté le 28/02/11 43
  • s’exprimer en toute visibilité et liberté directement au grand public et ne se sont pasgardés d’investir ces nouveaux espaces d’expression. L’exemple d’une stratégie depersonal branding online exemplaire est celui de Katsuni. L’actrice tient un blog, unepage Facebook officielle qui compte 38 883 fans et un compte Twitter officiel quicompte 24 714 suiveurs et qu’elle alimente au quotidien d’anecdotes, d’infos sur sesactivités et de photos pour ses fans avec qui elle utilise un ton léger et interactif, leurdonnant la sensation qu’ils partagent au quotidien une partie de son intimité (l’autreintimité, celle qui ne se voit pas en gros plan sur la caméra). [cf Annexe 10] Le pornoest un élément inscrit dans l’environnement culturel et la nouvelle génération deconsommateurs nourris au biberon web qui font évoluer les tendances deconsommation de ce produit en sont la preuve affichée aujourd’hui. Comme l’affirmeGonzo (créateur du site Le Tag Parfait) dans l’interview qu’il m’a attribué en maidernier, pour la génération web, « le porno est comme un produit culturel, il est totalementnormal ». [cf Annexe 11] Son site se place d’ailleurs comme l’exemple parfait de cenouveau visage du consommateur de porno. Autrefois stéréotypé comme étant unepersonne amorale, au physique forcément glauque et sournois, aujourd’hui c’est unepersonne libre de tout conformisme, à l’esprit jeune et qui affiche avec humour etironie son appétence pour un sexe cru qui fait partie de son quotidien et qu’ilassume. Le Tag Parfait éloigne la honte du monde pornographique et met enlumière ce monde d’adeptes (le site enregistre 60 000 visiteurs uniques par mois) quin’a plus honte d’exposer son admiration pour cet univers parallèle qui sous-tend ànotre quotidien. Mais le site de Gonzo n’est pas le seul à se porter comme fer delance de cette génération bercée au X, un autre site français L’imparfaite¸ seprésente comme « la revue érotique d’un genre nouveau ». Les ambassadeursvisibles du porno aujourd’hui ne sont plus seulement des personnes issues du milieumais les consommateurs eux-mêmes du produit qui hésitent de moins en moins àafficher leur goût en la matière. Tous les sites de Xtubes regorgent de plug-inssociaux qui permettent à tout un chacun d’afficher ses préférences de vidéos s’ils lesouhaitent et de les partager à ses contacts de réseaux sociaux et la page Facebookde Katsuni est remplie de commentaires d’internautes qui n’ont absolument pashonte de voir leur nom s’afficher sur la page d’une actrice porno. Le web ne serait-ilpas en fait en train d’offrir au monde obscur du X, une nouvelle lumière médiatiquequi le mènerait vers un nouveau chemin de croissance ? 44
  • CONCLUSIONProduit des mass média, l’industrie pornographique subit aujourd’hui de plein fouet larévolution numérique qui touche tous les secteurs médiatiques et qui place aupremier rang le consommateur comme acteur de la médiatisation de contenus surInternet. De la même façon que l’industrie musicale ou l’industrie du cinéma « grandpublic », l’industrie du X doit faire face à une crise économique provoquée parl’entrée en matière de nouveaux acteurs du web. La crise de l’industrie musicale, lacrise de l’industrie cinématographique « grand public », tout le monde en a entenduparler à la télé, dans les journaux, dans les magasines, ou à la radio. J’ai même pusuivre des cours au Celsa, expliquant de long en large les tenants et aboutissants dela crise du disque. Les discours autour de ce sujet furent longtemps alarmants,pathétiques mais toujours traités avec beaucoup de sérieux. Cependant, la crise del’industrie cinématographique pornographique n’a pas bénéficié du même traitement.Si elle a pu être abordée par certains médias (principalement sur le web), lesdiscours sur le sujet ne sont que rarement exempts d’une certaine ironie, comme sicela semblait absurde de parler d’une crise dans ce secteur, comme s’il y avait unecertaine gêne à embrasser un tel sujet avec un sérieux absolu. Comme si en parlersuffisait déjà à discréditer les bonnes mœurs d’une personne. Pourtant lesproblématiques sont identiques et la nécessité de trouver des solutions réelles.Cette industrie discrète qui sévit en filigrane de notre société n’a pas été à l’abri de larévolution 2.0. Et si elle a toujours été pointée du doigt comme un virus de la sociétéqu’il faudrait éradiquer au nom d’une certaine défense idéologique clamant avecvigueur l’intérêt de respecter une certaine pudeur objectivée par des autorités soi-disant bien-pensantes, il faut bien considérer que c’est en fait parce que lapornographie est un attribut culturel de notre société et non simplement un alien decelle-ci qu’elle peut se retrouver dans une telle situation aujourd’hui. Parce qu’elle estliée aux évolutions sociétales dont elle s’inspire pour avancer mais égalementauxquelles elle contribue, l’industrie pornographique se retrouve aujourd’hui dansl’impasse au même titre que d’autres produits culturels qui doivent affronter leschangements apportés par le numérique. Là où l’industrie du X se distingue des 45
  • autres, c’est qu’elle est un des pionniers les plus importants de notre révolutiontechnologique et se retrouve aujourd’hui piégée par ce même web qu’elle afortement contribué à construire. Suivant toutes les évolutions majeurestechnologiques et assurant à tout moment leur succès, le « cul photographique40 » misen scène par le porno semble bien faire partie intégrante de notre culture. Le Porn2.0 est né et a envahi la sphère Internet, mais il n’est que le jumeau érotique d’unphénomène de société né avant elle, le Web 2. et détient exactement les mêmecaractéristiques que son prédécesseur : gratuité pour le consommateur, partage decontenus légalement ou non, réseaux sociaux, streaming… et problème derémunérations des artistes, de droits d’auteurs. Après s’être indignée avec effroidevant ce nouveau système de mise en avant de contenus qui la force à repensertout son système économique, il semblerait que l’industrie du X commence petit àpetit à trouver des solutions pour tirer des avantages de ces sites X qui entubent toutun business. Plutôt que de les regarder en ennemi à vaincre, les grands patrons duX doivent absolument les considérer dès maintenant comme des possibles alliésdans leur stratégie de communication. Non seulement ces sites offrent de nouveauxespaces publicitaires à la promotion pornographique mais en plus en rendant l’offreaccessible au plus grand nombre, permettent au business de toucher de plus en plusde profils différents de la société. En surfant sur la vague sociale, ces tubes du webdémocratisent le porn-sex et le rendent plus familier. Si pour le moment, lesbénéfices apportés par cette nouvelle branche de l’industrie ne se matérialisent pasencore en monnaie sonnante et trébuchante, la voie des possibles est désormaisgrande et la capacité de conversion de cette immense audience numérique versl’achat également. Néanmoins, à voir le déploiement de plus en plus fréquent d’offresmarchandes sur ces sites, on peut se demander si l’investissement par les grandessociétés de plateformes à l’origine uniquement vouées au partage ne va pasdénaturer l’espace. Finalement, les sites de streaming, ne risquent-ils pas de subir lemême destin que les sites de streaming Spotify et Deezer et devenir uniquement desplateformes marchandes à but lucratif, mettant au placard leur idéal originel, lepartage par tous ? Est-ce dans une logique de rachat et de réappropriation de cesespaces que l’industrie du X peut trouver sa voie de sortie de crise ? Leconsommateur effréné de porno en streaming serait-il plus apte à tolérer ce40 BAUDRY Patrick, « La pornographie et ses images » Op.cit 46
  • changement de modèle que le consommateur effréné de musique ou une telleévolution annoncerait-elle la fin des Xtubes ? Dans tous les cas, les innovationsactuelles qui se lancent dans le porno nous montrent qu’on peut faire confiance auxgéants du X pour éviter que les bourses de leur industrie ne s’engouffrent dans untrou financier sans fin. Avec l’avènement de la technologie 3D, fer de lance actueld’une future révolution format XXL où fantasme et réalité se mêleront pour ne devenirqu’un, l’expérience consommateur va atteindre une toute nouvelle dimension. Lapassivité historique du consommateur dans son processus de visionnage d’un pornova disparaître pour le faire entrer dans un rapport passif-actif à l’image où l’objetfantasmé prend une réalité mais reste assez fantasmé pour assurer le spectaclenécessaire à la jouissance. Avec cette technologie, l’industrie du X pourrait bientoucher au paroxysme de son rôle de pourvoyeur d’image-sexe et freiner ladébandade orchestrée par les sites de streaming. Avec son offre VOD 3D lancée enseptembre prochain, Marc Dorcel pourrait bien être la société pionnière d’un nouveaumarché pornographique conséquent. Et vu l’influence qu’a toujours eu lapornographie sur le fleurissement des nouvelles technologies, il ne serait pasétonnant d’observer que les chiffres de ventes des nouveaux téléviseurs 3Daugmente à la suite de ce lancement d’offre. L’avenir nous le dira… Au-delà de cetteimpulsion innovatrice que génère le Porn 2.0, il permet aussi de commencer à sortirpeut-être d’une certaine hypocrisie sociétale. « Les sites pornos sont les plus fréquentésd’Internet, tout le monde y va, tout le monde sait que tout le monde y va, mais personnen’avoue comme si c’était un truc gravissime41 » nous dit Norman dans sa vidéo Les sitespour adultes qui fait le buzz sur Youtube en ce moment avec plus de 1 160 000 vues.Car dénoncer c’est déjà briser, en mettant en scène une satire humoristique de cefait sociétal qu’est le tabou généré par le porno, cette vidéo participe elle-même auphénomène de brisure du tabou qui s’est amorcé avec le Porn 2.0. Le succèsflamboyant de ces sites et leur audience hétéroclite, c’est-à-dire littéralement lapopularité de ces sites, semble avoir un rôle de reconnaissance dans la constructionidentitaire des jeunes d’aujourd’hui comme le Web 2.0. Gonzo parle même sur sonsite, d’une « génération porno qu’il s’évertue à définir » en signature de tous ses articles.Cette génération numérique, les digital natives comme on a tendance à les appeler,41 NORMAN, « Les sites pour adultes », Youtube, [disponible en ligne :https://www.youtube.com/watch?v=PVP6T4qZIVk&feature=player_embedded] mis en ligne le 04/06/11,consulté le 09/06/11 47
  • ont dorénavant un rapport plus décomplexé à la pornographie, qui est dû en partie àun espace médiatique où devenant plus osée et audacieuse, l’imagerie sexuelle estplus intégrée, moins dérangeante, moins tabou. La « Génération Y » pourrait bienêtre en fait la première face d’une paire chromosomique dont le second visage seraitune « Génération X ». De la même façon que le Web 2.0 a offert auxconsommateurs le statut d’ambassadeur de marque auprès des autres internautes,peut-on penser qu’avec des sites comme le Tag Parfait ou l’Imparfaite, le porn 2.0trouve dans ces sites ses ambassadeurs produits également ? Cette génération Xqui a grandi sans la contrainte du ixage vidéo et qui révèle des publics différents offreplein de nouveaux champs de possibles au porno en termes de communication et depénétration au sein de la société. Si le secteur du X ne voit plus tout rose aujourd’hui,il me semble évident que sa chute n’est pas encore annoncée. Tant que cetteindustrie qui vend du rêve « interdit aux moins de 18 ans » aura encore du fantasmeà distribuer, il y aura toujours des clients pour le consommer. Aux géants du Xrevient maintenant la tâche de s’adapter et de trouver les nouveaux moyens d’inciterson public à débourser. 48
  • Résumé du mémoireCette étude s’évertue à essayer de comprendre la crise économique que subitl’industrie de la pornographie aujourd’hui avec l’avènement du Porn 2.0, cephénomène qui s’inspire des nouveautés du web 2.0 pour mettre en avant descontenus pornographiques. Consommation gratuite de contenus en streaming,problèmes de droits d’auteurs et chute de revenus… l’industrie du X subit de pleinfouet la même révolution numérique que l’industrie musicale aujourd’hui et se voitcontrainte à trouver de nouveaux modèles économiques pour pouvoir survivre. Cesnouveaux acteurs, appelés « porntubes » et qui créent l’embarras dans le milieuenregistrent des records d’audience impressionnants et trois d’entre eux sont dans leTop 3 des sites les plus requêtés par les internautes. Au-delà de l’aspectéconomique, j’ai donc tenté de comprendre le rôle que joue la pornographie dansnotre société techno-industrielle et comment son évolution se corrèle auxchangements socioculturels de l’espace dans lequel elle évolue. Aujourd’hui, lasexualité est devenue un marronnier médiatique et de plus en plus, une certaineérotisation de l’espace visuel médiatique se fait ressentir, notamment à travers lapublicité. Si la pornographie continue d’être une industrie qui suscite une certainecuriosité et un certain tabou, il est de plus en plus fréquent de voir les médiass’exprimer à son sujet et de la poser comme sujet méritant attention. Unes demagasines, stars du X invitées de plateaux télés, ou séries qui se passent dans lemilieu du X… le porno semble être devenu un produit de consommation courantedont on a plus tout à fait honte de parler. Les porntubes ne sont pas pour rien danscette évolution, ayant transformé la consommation de porno en une sorte de fast-food du sexe. Luttant d ‘abord avec acharnement contre ce nouveau modèle, lesgéants du X comprennent peu à peu que pour pallier aux pertes engendrées par lanouvelle consommation gratuite, ils doivent désormais trouver de nouveaux moyensd’innovation pour continuer de générer des revenus et faire-valoir leur industrie.Nouveaux formats publicitaires au sein des porntubes ou innovations de supports enoffline qui se calquent sur les nouvelles technologies en devenir (3D, tablettes…), lemonde du porno évolue et n’est pas prêt de se laisser couler. Alors, le Porn 2.0signe-t-il la fin d’une ère des profits pour l’industrie X ou représente-t-il une aubainepour un nouveau porno ? 49
  • Mots-clés du mémoire- Pornographie- Pornographique- Porno- Sexe- Sexualité- Internet- Médias sociaux- Génération Y- Innovation- Démocratisation- Industrie pornographique- Erotisme- Nouvelles technologies- Web- Web 2.0- Porn 2.0- PornTubes- Xtubes- Internautes- Dorcel- Consommation- Gratuité- Crise 50
  • BibliographieOUVRAGES UNIVERSITAIRES ET ANALYTIQUES - BAUDRY, Patrick, La pornographie et ses images, Paris, Pocket, coll. « Agora », 2001 - GOULEMOT, Jean M., Ces livres qu’on ne lit que d’une main, Minerve, France, 1994 - OGIEN, Ruwen, Penser la pornographie, Paris, PUF, coll. « Questions d’Ethique », 2008 - RENEVIER, Paul-Jérôme, Bienvenue à Pornoland,, Res Publica, Gémenos, 2009SOURCES DOCUMENTAIRES Magasines - Les Inrockuptibles, La révolte d’une hardeuse, N°788 du 5 au 11 janvier 2011 - Les Inrockuptibles, Deux séries télé, un livre événement, le porno revient, N°.801, du 6 au 12 avril 2011 - Marc Dorcel Hors Série, Spécial Etudiantes, elles ont 20 ans et soif d’apprendre, N°15 - Chronic’art, Porno 2.0/3D, du cinéma à Internet : comment satisfaire sa libido ?, N°72 SOURCES INTERNET - ABIKER David, Grégory Dorcel, comment recruiter une actrice X, Cadremploi, http://www.cadremploi.fr/edito/actu-et-conseils/cadremploi-tv/on-revient-vers- vous/d/1/gregory-dorcel-comment-recruter-une-actrice-x.html (28/02/11) - ARRINGTON Michael, Internet Pornography Stats, Techcrunch, http://techcrunch.com/2007/05/12/internet-pornography-stats/ (12/05/07) - AUBERT Pierrick, L’ICANN autorise les adresses en .xxx pour les sites pornos, ZDNet, http://www.zdnet.fr/actualites/l-icann-autorise-les-adresses-en-xxx-pour-les-sites-pornos- 39759234.htm (21/03/11) - BESNARD Tiphaine, Du hard, du vrai, Le Tag Parfait, http://www.letagparfait.com/2011/04/18/du-hard-du-vrai/ (18/04/11) - BŒUF Benjamin, Le porn 2.0 contre l’industrie du X, Economie Magasine, http://economiemagazine.fr/actualites/le-porn-2-0-contre-l%E2%80%99industrie-du-x (22/09/09) - BWELE Charles, Porno moteur : les chiffres, Agora Vox, http://www.agoravox.fr/culture- loisirs/culture/article/porno-moteur-les-chiffres-25290 (04/06/07) - CAMILLE, Porno 3D de Marc Dorcel : Camille met son grain de sel, Rue89, http://www.rue89.com/rue69/2010/05/25/porno-3d-de-marc-dorcel-camille-met-son-grain- de-sel-152246 (25/05/10) - CHAMPEAU Guillaume, Un plan de sauvetage de 5 milliards pour l’industrie… pornographique ?, Numerama, http://www.numerama.com/magazine/11646-un-plan-de- sauvetage-de-5-milliards-pour-l-industrie-pornographique.html (08/01/09) - CHARTIER Mathieu, L’ICANN va de nouveau débattre du .xxx, PCWorld, http://www.pcworld.fr/2010/03/15/internet/l-icann-nouveau-debattre-xxx/479601/ (15/03/10) - CHRETIEN Corentin, Youporn, My Pornmotion… : qui arrêtera le porno fast-food ? Rue89, http://www.rue89.com/rue69/2010/07/18/youporn-mypornmotion-qui-arretera-le-porno-fast-food- 158211?page=1#comment-1638564 (18/07/2010) 51
  • - CYROUL, Pron, le plus gros mensonge d’Internet, Cyroul, http://www.cyroul.com/tendances/pr0n-le-plus-gros-mensonge-dinternet/ (07/03/09)- CYROUL, Des vrais données sur le Pron, Cyroul, http://www.cyroul.com/tendances/des- vrais-donnees-sur-le-pr0n/ (12/08/09)- CYROUL, The Internet is for porn, Cyroul, http://www.cyroul.com/mythologie-du-geek/the- internet-is-for-porn/ (04/03/11)- DE BONI Marc, Le streaming porno a changé nos vies, Slate, http://www.slate.fr/story/35493/streaming-porno-change-vies (05/04/11)- DES AULNOIS Stephen, Xanadu – le porno face à la génération web, Arte, http://www.arte.tv/fr/3743604,CmC=3821250.html (20/05/11)- EDWD, La 3D du blaireau, Le Tag Parfait, http://www.letagparfait.com/2011/04/25/3d-sex- zen-extreme-ecstasy/ (25/04/11)- ERLOS Nathan, Les fils X n’influencent pas la vie sexuelle des français, MinuteBuzz, http://www.minutebuzz.com/2011/03/31/les-films-x-ninfluencent-pas-la-vie-sexuelle-des- francais/ (31/03/11)- GONZO, Entretien avec Olivier Ghis, Le Tag Parfait, http://www.letagparfait.com/2011/04/28/olivier-ghis-journal-du-hard/ (28/04/11)- HACHMAN Mark, Update : ICANN approves .xxx domain, PCmag, http://www.pcmag.com/article2/0,2817,2382226,00.asp, (18/03/11)- HACKER Media. Du porn plein l’iPad, OWNI, http://owni.fr/2010/06/09/du-porn-plein- l%E2%80%99ipad/ (09/06/10)- KRUMENACKER Aude, La bande-annonce du premier film X en 3D, http://www.minutebuzz.com/2011/04/18/la-bande-annonce-du-premier-film-x-en- 3d/?utm_campaign=article_home&utm_medium=article_home_all&utm_source=minutebuz z (18/04/11)- L. Julien, L’ICANN songe à nouveau à un domaine en .xxx pour protéger les enfants (MAJ), Numerama, http://www.numerama.com/magazine/15232-l-icann-songe-a-nouveau-a-un- domaine-en-xxx-pour-proteger-les-enfants-maj.html (15/03/10)- LEBLOGCINE, « Pirates II », le film X le plus cher de tous les temps, PaperBlog, http://sexo.paperblog.fr/1131051/pirates-ii-le-film-x-le-plus-cher-de-tous-les-temps/ (27/09/08)- LECHENET Alexandre, Justin Bieber star d’un porno ?, OWNI, http://owni.fr/2011/03/23/justin-bieber-star-du-porno/ (23/03/11)- MALKIN Raphael, Le porno en 3D de Dorcel « c’est sexy, c’est charnel », Rue89, http://www.rue89.com/le-festival-de-cannes-2010/2010/05/18/le-porno-en-3d-de-dorcel- cest-sexy-cest-charnel-151737, (18/05/10)- MON MISSIONAIRE, Une japonaise sur 500 est une actrice porno, Fluctuat, http://sexe.fluctuat.net/blog/46833-une-japonaise-sur-500-est-une-actrice-porno.html (13/12/10)- NEXT51, Une appli vous apporte le porno dans votre iPhone ou iPad, Paperblog, http://www.paperblog.fr/3907856/une-appli-vous-apporte-le-porno-dans-votre-iphone-ou- ipad/ (03/12/10)- SCHAER Katja, Le Web fait main basse sur les revenus du porno, Bilan, http://www.bilan.ch/enjeux/le-web-fait-main-basse-sur-les-revenus-du-porno (Date de publication non communiquée)- TESQUET Olivier, Le porno américain a peur de la fuite, OWNI, http://owni.fr/2011/04/05/wikileaks-porn-sexe-identite-droit-oubli/(05/04/11) 52
  • - TURA Maria, Porno : quelle est la femme parfaite des utilisateurs de YouPorn ?, StreetPress, http://www.streetpress.com/sujet/1442-porno-quelle-est-la-femme-parfaite-des- utilisateurs-de-youporn (10/01/11) - VAN GELDER Stéphane, La pornographie à la pointe de l’Internet, Journal Du Net, http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/49920/la-pornographie-a-la-pointe-de-l- internet.shtml, (02/06/11) - VANRIE Pierre, Université et pornographie : le choc, http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2011/01/11/universite-et- pornographie-le- choc?utm_source=www.courrierinternational.com&utm_medium=twitter&utm_content=L% 27anticipation+au+quotidien (11/01/11) - VARZA Roxanne, Près de 300.000 noms de domaines avec l’extension « .XXX » ont déjà été pré-réservés, http://fr.techcrunch.com/2011/03/21/pres-de-300-000-noms-de- domaine-avec-lextension-xxx-ont-deja-ete-pre-reserves/ (21/03/11) - VIAGGI Olivier, Dorcel 3D est lancée sur la Freebox et offre des sensations étonnantes, Univers Freebox, http://www.universfreebox.com/article12532.html (22/11/10) - WOLFF Benjamin, Le porno, cette inconnue… en sciences sociales, Arrêt sur images, http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3512 (06/11/10) SOURCES INTERNET SANS AUTEURS - L’industrie du porno en crise, Buzzgle, http://www.buzzgle.com/574/lindustrie-du-porno- en-crise.html (01/12/08) - L’industrie du porno riposte à Steve Jobs, Le Monde, http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/05/28/l-industrie-du-porno-fait-un-pied- de-nez-a-steve-jobs_1363528_651865.html (28/0510) ème - Le 4 baromètre annuel « Enfants et Internet « , Tous connectés, http://www.tousconnectes.com/actualites/2010/12/le-4eme-barometre-annuel-%C2%AB- enfants-et-internet-%C2%BB/ (16/12/10) - The iPhone is for Porn, WikiNoticia, http://fr.wikinoticia.com/Technologie/une%20technologie%20g%C3%A9n%C3%A9raliste/31 636-the-iphone-is-for-porn (03/04/08) - Kink, empire de la vidéo SM, Nouvelles Tentations, http://www.nouvellestentations.com/kink-empire-de-la-video-sm (01/06/11) - « Sœur Vaseline », aux origines historiques du porno, Libération, (07/03/11) - Le « droit de jouissance » dans la culture du numérique : objets et représentations du netporn, Body space society, http://www.bodyspacesociety.eu/2011/02/25/droit-de-jouissance-dans- la-culture-du-numerique-objets-et-representations-du-netporn/ (25/02/11) - Le porno gratuit n’est pas illégal, Slate, http://www.slate.fr/lien/33703/porno-gratuit (04/02/11) 53
  • Annexe 1 : Affiches publicitaires interdites aux moins de 16 ansAnnexe 2 : Des clients sortent du magasin Condomi 54
  • Annexe 3 : Affiche Passionata 55
  • Annexe 4 : paroles de la chanson « The Internet is for porn »KATEThe internet is really really greatTREKKIE MONSTERFor pornKATEI’ve got a fast connection so i don’t have to waitTREKKIEFor pornKATEHuh?Theres always some new site,TREKKIEFor porn!I browse all day and nightTREKKIEFor porn!KATEIts like i’m surfing at the speed of lightTREKKIEFor porn!KATETrekkie!TREKKIEThe internet is for pornKATETrekkie!TREKKIEThe internet is for porn,KATEWhat are you doing!?TREKKIEWhy you think the net was born?Porn porn pornKATETreeeŕkkie!TREKKIEOh hello kate monsterKATEYou are ruining my songTREKKIEOh me sorry, me no mean toKATEWell if you wouldnt mind please being quiet for a minute so i can finish?TREKKIEMe no talkieKATEGoodI’m glad we have this new technology 56
  • TREKKIEFor pornKATEWhich gives us untold opportunityTREKKIEFor porŕoops, sorryKATERight from you own desktopTREKKIEFor ---KATEYou can research browse and shopUntil you’ve had enough and your ready to stopTREKKIEFOR PORN!!Trekkie!TREKKIEThe internet is for porn!KATENooooTREKKIEThe internet if for porn!KATETrekkieTREKKIEMe up all night honking me horn to porn, porn, porn!KATEThat’s gross you’re a pervertTREKKIEAh, sticks and stones Kate monsterKATENO really, your a pervertNormal people don’t sit at home and lookAt porn on the internetTREKKIEOhhhh?KATEWhat?!TREKKIEYou have no ideaReady normal people?NORMAL PEOPLEReady--- ready ----readyTREKKIELet me hear it!TREKKIE AND GUYSThe internet is for porn! 57
  • PRINCETONSorry kateTREKKIE AND GUYSThe internet is for porn!PRINCETONI masturbate!TREKKIE AND GUYSAll these guys unzip their fliesFor porn, porn, porn!KATEThe internet is not for porn!!TREKKIE AND GUYSPORN!, PORN, P---KATEHOLD ON A SECOND!Now i know for a fact that you, Rob, check your portfolio and trade stocks onlineROBThat’s correct.KATEAnd Brian, you buy things on Amazon.comBRIANSure!KATEAnd Gary, you keep selling your possesions on EbayGARYYes I do!KATEAnd Princeton, you sent me that sweet online birthday cardPRINCETONTrue!TREKKIEOh, but Kate-What you think he do . . .after? hmm?PRINCETON. .yeahKATEEEEWWWWW!TREKKIE AND GUYSThe internet is for porn! 58
  • KATEGross!TREKKIE AND GUYSThe internet is for porn!KATEI hate pornTREKKIE AND GUYSGrab your dick and double clickKATEI hate you men!TREKKIE AND GUYSFor porn, porn, porn!(harmonizing) porn, porn, porn, pornKATEI’m leaving!TREKKIE AND GUYSPorn, porn, porn, pornporn, porn, porn, pornKATEI hate the internet!TREKKIE AND GUYSPorn, porn, porn, pornTREKKIEThe internet is forTREKKIE AND SOMEThe internet is forTREKKIE AND ALLThe internet is for PORN!TREKKIEYEAH! 59
  • Annexe 5 : Etude Marc Dorcel, Ifop 2009Annexe 6 : Etude Marc Dorcel, Ifop 2009 60
  • Annexe 7 : InterviewINTERVIEW DE GUILLAUME COGNYCréateur du site de streaming porno ParadX.Tatiana : Bonjour Guillaume, peux-tu me parler de Paradx.net ? (comment est né le projet Paradx.net ? commentl’idée t’est venue ? date de mise en ligne ? Combien de personnes contribuent sur le site et quels sont leurrôles ? que propose le site aux internautes ?)Guillaume : Bonjour, Paradx est au départ un projet mené entre 3 étudiants, ayant une formation de ierdéveloppeur web. Le site a été mis en ligne le 1 avril 2007. Nous souhaitions gagner un peu d’argent, sipossible sur Internet (car moins contraignant qu’un vrai job étudiant : pas d’horaires, pas d’obligations, …) et ledomaine de la pornographie est celui qui rapporte le plus. Nous-nous sommes donc lancés à 3 dans le projet, lesite a été développé par nous 3, chacun a maintenant comme rôle d’ajouter du contenu sur le site. A traversParadx, nous voulons montrer des vidéos de qualité (à nos yeux), où les partenaires sont respectés, et prennentdu plaisir. C’est pourquoi nous avons décidé d’ajouter des vidéos essentiellement amateurs.T : En fait, tu t’inspires clairement de la vague des « porn-tubes » ?G : Oui, Paradx est directement inspiré de ces gros sites (Porntube, Redtube…), seulement, nous sélectionnonsles vidéos que nous proposons, nous rédigeons une petite description et point important, nous essayons degarder un site qui ne soit pas submergé de publicité (gros défauts des sites porno actuels à nos yeux).T : Comment te fournis-tu les vidéos que tu diffuses ?G : Les vidéos que nous diffusons sont prises sur des sites concurrents, après sélection. Nous-nous occuponsensuite de rédiger une description. Nous avons par conséquent aucun droits de diffusion sur le contenu que nousproposons.T : Combien attires-tu de visiteurs en moyenne par mois ?G : Actuellement, Paradx est visité par environ 90 000 visiteurs uniques mensuels de toutes provenances : - 75% du trafic provient des moteurs de recherche*, 20% d’accès direct, et le reste vient de sites référents (annuaires, voire forums dont les membres diffusent des liens vers notre site) - 56% des visiteurs sont de nouveaux visiteurs, les autres sont des visiteurs « fidèles » - 90% du trafic vient de France, puis vient la Belgique, le Canada, la Réunion, la Suisse * Parmi les moteurs de recherche, Google apporte 92,6% du trafic. En moyenne : - chaque visiteur passe 5 minutes 04 sur le site - chaque visiteur consulte 6,41 pages par visite Depuis l’ouverture : - 1 978 193 visites - 12 275 047 pages vuesT : Tu proposes essentiellement du contenu gratuit, mais j’ai pu voir que tu proposes du contenu payantégalement avec des formules d’abonnement par mois. Cela marche-t-il malgré le contenu gratuit à disposition ?Pourrais-tu me donner des chiffres ?G : En plus des vidéos gratuites (visualisables sur le site, mais non téléchargeables), nous avons mis un systèmede ventes de vidéos. Ces vidéos sont fournies par un système dit de « marque blanche », nous ne les géronspas, c’est une régie d’affiliation qui s’en occupe. Les vidéos ont l’avantage de pouvoir être téléchargée, c’est ceque recherches nos visiteurs. Ils sont donc prêts à dépenser environ 1€80 par vidéo. Nous touchons unecommission de 0,80€ à 1€ par vidéo, cela varie par rapport au nombre de vidéos vendues. En moyenne, nousvendons une trentaine de vidéo par mois, ce qui rapport 24€ par mois. 61
  • T : Par quels autres moyens arrives-tu à générer des revenus sur le site ?G : Sur Paradx, nous avons (sans compter les vidéos payantes) 2 autres sources de revenues : - nous affichons des bannières publicitaires (qui doivent avoir un bon rapport avec notre contenu pour augmenter le nombre de conversions) et sommes rémunérés sur le nombre d’affichages, ceci rapporte approximativement 120€ par mois - un partenariat avec une boutique de produits sexy en ligne nous rémunère sur les personnes qui achètent sur la boutique provenant de notre site. Plusieurs paliers de rémunération sont disponibles, nous percevons de plus grosses commissions si le client est nouveau, si il s’inscrit à la newsletter, e Le montant des commissions est proportionnel au montant de la commande. Ceci rapporte entre 80 et 100€ mensuels.T : Pour toi, il s’agit clairement d’un business. Que penses-tu justement de l’effet de ces porn-tubes sur l’industriepornographique ? Si tu devais choisir une réponse, tu dirais : Fléau inévitable ou révolution dorée pour l’industriepornographique ?G : Il ne s’agit pas d’un business, nous ne pourrions pas en vivre. Ou il faudrait développer le site un maximumpour multiplier les revenus par 10. Pour l’industrie pornographique, les sites comme le notre sont certainementnéfastes, étant donne que nous proposons du contenu gratuit, alors que certains visiteurs seraient surementprêts à les acheter. D’un autre côté, nous ne proposons que des vidéos dont les personnes qui sont filmées sontrespectées : souvent, les femmes sont humiliées dans la pornographie. Nous pensons alors donner une autreimage du porno, un aspect de respect, où les acteurs (plutôt amateurs) prennent du plaisir et le font partager.T : Ton entourage est-il au courant de la création de ce site. Et si oui, comment ont-ils réagi en l’apprenant ?G : Mon entourage familial n’est pas au courant de la création de ce site. La pornographie est quelque chose demal vu et mon entourage ne déroge pas à la règle. Je tiens à préciser que j’ai travaillé comme développeur webpour une société leader dans le domaine de l’édition de sites pour adulte en France, et je l’ai également caché.Par contre, mes amis sont au courant, et peu ont mal réagi. Les seules réactions négatives (voire très négative)étaient de la part d’une amie, me disant que les sites pornographiques maintiennent l’industrie pornographique, etque sans ces sites, il y aurait moins de prostitution ou autre dérives sexuelles…T : Penses-tu qu’aujourd’hui, malgré la démocratisation grandissante d’images sexuelles au grand public(mannequins à moitié nus, séries et clips musicaux avec femmes aguicheuses, magasins de sex-toys populairesetc…), il soit toujours tabou de parler de pornographie ?G : C’est vrai qu’au fil du temps, les femmes dans les publicités, clips musicaux, etc… sont de plus en plusnues… Je ne pense pas que cela va contribuer à diffuser une meilleure image de la pornographie. Lapornographie, fait référence à la sexualité, quelque chose de très personnel et tabou et est souvent associée àtord à des dérives : viols, pédophilie, prostitution… 62
  • Annexe 8 : Tendance des recherches du mot clé « Youporn » VS « Porno » en France. Source : GoogleTrends, 2011Annexe 9 : Etude Marc Dorcel, Ifop 2009 63
  • Annexe 10 : Photos de Katsuni. Source : https://www.facebook.com/pages/KATSUNI/86522923793 64
  • Annexe 11 : InterviewInterview de Gonzo du Tag Parfait.Tatiana : Bonjour, pourrais-tu me parler des débuts du Tag Parfait ? Comment est-il né et quel âge a-t-il ?Gonzo : Jai monté le Tag en mars 2010, au début sous la forme dun blog. On sest rendu compteavec des amis journalistes quil nexistait pas de support en français qui parlait de porno comme on levoyait, cest à dire comme quelque chose de cool. A mille lieues des clichés quon lui porte mais touten étant éloigné de la presse traditionnelle qui traite du sujet car elle ne nous correspond pas nonplus.T : Pourquoi Le Tag Parfait ? Que devons-nous comprendre à travers ce nom ?G : Un tag, cest un mot clef, cest ce que tu vas taper pour trouver des vidéos sur les xtubes, qui estle mode de consommation principal du porno pour notre génération. Il existe tellement de vidéos etsouvent de mauvaises qualités, quil faut être très précis pour trouver ce quon veut, on passe peut-être plus de temps à chercher la vidéo parfaite quà la regarder. On est donc à la recherche du tagparfait.T : Dur de ne pas passer pour le « gros pervers » quand on se lance dans un tel projet ?G : Cest le risque, mais les gens voient bien quon traite de ce sujet avec pas mal de distance etjespère de classe. On n’est pas des accros au porno, on est juste plus curieux que la moyenne.T : Tu fais partie de la « génération Youporn » et sur le site ta signature contient cette citation « Jemévertue à définir la génération porno. ». Et alors qui est-elle cette génération porno ?G : Cest la génération « Y », les digital natives. Cette génération qui a grandit avec internet dans lesmains et qui a découvert et continue à regarder le porno par ce biais là. Pour nous le porno estcomme un produit culturel, il est totalement normal.T : Le ton du blog est souvent assez provocant, cru, avec un humour décalé. Pourquoi cette prise deposition éditoriale ?G : Parce que cest une manière de rendre la lecture agréable, car elle devient dynamique et péchue.On a pas mal tendance à lire sur internet en diagonale, du coup il faut pouvoir accrocher le lecteur.Puis on essaye de pas prendre nos lecteurs pour des cons, on leur mâche pas le travail, on met nosexpressions, on essaye de les faire marrer, bref que ça soit cool.T : Pourrais-tu me donner une indication du nombre de visiteurs mensuels que génère aujourd’hui leblog ?G : En ce moment on est vers 60 000 VU / mois. Mais on continue à grossir, le site est jeune et sanouvelle mouture (depuis février 2011) marche au delà de mes attentes.T : Le blog te génère-t-il des revenus ? Si oui, comment ? 65
  • G : Il commence via la publicité, jai dailleurs aucun complexe par rapport à ça. Si le site pouvait merapporter suffisamment dargent pour monter une « vraie » petite rédac, jen serai ravi.T : Selon toi, pourquoi malgré la globalisation visible d’images sexuelles tournées vers le grand public(mannequins à moitié nus, séries et clips musicaux avec femmes aguicheuses, magasins de sex-toyspopulaires etc…), les porntubes ont-ils tant de succès, alors qu’on pourrait penser que le porno nedétient plus le monopole de l’image -sexe ?G : Tout simplement parce quil faut pas oublier que le porno est fait pour un seul but : se masturber.T : Pour finir, ne penses-tu pas que les « tubes » contribuent à démocratiser l’audience (notammentl’audience féminine) et donc offre de nouvelles perspectives à l’industrie pornographique?G : On a beaucoup de lectrices et relativement jeunes (25 % de laudience environ). Elles ont souventdécouvert le porno par les tubes, car cest la façon la plus simple et rapide den trouver, vu que lecontenu est gratuit et accessible en un clique. Par exemple en France on va taper dix fois plus« youporn » que « porno » dans Google, ça devient une marque, une référence. Lindustrie se rendcompte du changement, mais cest lent. Puis ce « nouveau marché » ne se traduit pas vraiment enargent, car elles nachètent pas, mais le potentiel de conversion vers lachat est énorme, suffit de voirles audiences incroyables des tubes. Cest à lindustrie de sadapter et à trouver un nouveau modèleéconomique. 66