LES ECHOS JEUDI 20 AOÛT 2009                                                           GRANDS TÉMOINS                     ...
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Les Echos 2009 Alvin Toffler

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Les Echos 2009 Alvin Toffler

  1. 1. LES ECHOS JEUDI 20 AOÛT 2009 GRANDS TÉMOINS 9 LEUR REGARD SUR LES CRISES DU SIÈCLE Alvin Toffler : « Il faut prendre en compte le temps et la vitesse » L’auteur du « Choc du futur » n’a pas vu venir la mégarécession qui a frappé le monde il y a dix-huit mois, mais il s’alarme de notre incapacité à appréhender la réalité économique. Le futurologue est, en effet, depuis longtemps, persuadé que la science économique a atteint ses limites. Elle est, selon lui, incapable d’intégrer des paramètres vitaux pour la compréhension du monde comme le temps, la vitesse et l’espace. TOPFOTO/ROGER-VIOLLET AFP AFP Alvin Toffler (ci-dessus en 2006 ) estime que l’on gagnerait à étudier les différences avec la crise de 1929 plutôt que d’y chercher des ressemblances. En particulier, parce que l’appréhension du temps n’a plus rien à voir. Ainsi, en 1929, les traders new-yorkais lisaient les informations sur la bande d’un téléscripteur. Aujourd’hui, « la vitesse est devenue un facteur crucial dans l’économie » et dans les salles de marché, comme celle de Hong Kong. Dans l’un de vos derniers ouvrages, de la Réserve fédérale, a beaucoup étudié d’abord repenser au temps de réponse que Est-ce que vous lisez dans cette crise « La Richesse révolutionnaire », vous cette période en tant qu’universitaire Sonparcours l’on accorde. Le système est totalement dé- la fin de l’empire américain ? Le début souligniez les faiblesses inhérentes et a voulu éviter les erreurs du passé. synchronisé. du déclin ? à la globalisation et celles du monde Très bien. Le président de la Réserve fédérale Considérécommeun Il est évident que le rôle de l’Amérique va financier. Mais aviez-vous imaginé tire les leçons de l’histoire. Mais il faut pren- gouroudepuisquarante Le temps est un facteur, mais que pensez- devoir être reformulé. Je ne suis pas prêt à une crise de cette ampleur ? dre en compte le temps et la vitesse. Cette ans,AlvinToffleraété vous de l’avidité ? Il semble que cela dire que c’en est fini de la suprématie améri- Non, certainement pas. Ce qui me choque, économie opère à très grande vitesse. Les lepremieràparler a été un moteur puissant à l’origine caine. Mais il va falloir que les choses soient ce sont les références constantes que l’on fait banquiers à Wall Street créaient dans la nuit d’uneère de cette crise ? très différentes. Je le répète encore une fois, le à 1929, en référence à la crise actuelle. Ce de nouveaux instruments financiers qui postindustrielle L’avidité est une chose ancienne, et il vrai que temps, l’espace et le savoir sont les éléments que les gens ne voient pas, ce sont les diffé- étaient commercialisés dans la seconde en etdel’émergence cela rend malade de regarder ce qui s’est différenciateurs avec les systèmes précé- rences entre hier et aujourd’hui. C’est à cela Europe et dans le reste du monde. C’étaient delasociété passé. Il faut des limites, mais il ne faut pas dents, mais aussi avec d’autres pays et qu’il faut s’intéresser, pas aux ressemblances des instruments complexes, qui étaient mis del’information. compter pour cela sur le gouvernement, qui d’autres cultures. L’alignement des pays va éventuelles. Or ces différences sont énormes. sur le marché avec une telle rapidité que cela Aquatre-vingt-unans, n’aura jamais de solution adéquate. On ne changer. J’espère que l’on n’aura pas besoin Je voudrais d’abord souligner combien je ne donnait à personne le temps de compren- cevisionnairecontinue doit pas hésiter à critiquer. Je ne suis pas de faire couler le sang cette fois, comme ç’a pense que la science économique est de plus dre de quoi il s’agissait. La vitesse est devenue d’écrireavecsafemme, contre l’argent, je suis opposé aux trop été le cas dans le passé et comme cela pour- en plus obsolète. Elle ignore des facteurs un facteur crucial dans l’économie, mais qui Heidi,etdeparcourir grandes disparités. En l’espèce, Wall Street a rait l’être. essentiels. Le temps, par exemple. On ne enseigne cela ? lemonde. créé une crise qui a plongé le reste de l’huma- peut pas comprendre ce qui arrive dans Lefutorologueaeu nité dans la récession. Est-ce qu’Obama est l’homme qui cette crise, ou ce qui est survenu lors de Est-ce que l’on peut bâtir des sortes uneinfluenceprofonde peut sortir l’Amérique de la crise ? crises plus anciennes, sans prendre le fac- de pare-feu pour se protéger ? danslemonde Comment la comparez-vous à l’aune Est-ce qu’il est le bon président teur temps en considération. Comparer no- Il faut surtout réévaluer ce que nous faisons, desentreprises,comme de celles que vous avez pu traverser pour construire son futur ? tre économie à celle de 1929 est une aberra- et la façon dont nous le faisons. La finance à auprèsdecertainschefs dans votre vie ? Il ne va pas pouvoir accomplir tout ce qu’il tion. Wall Street va très vite, le gouvernement et les d’Etat.Sondernier Je suis né en 1928. L’année d’après, c’était la souhaite. Mais il a une majorité démocrate qui institutions de Washington très lentement. Ce ouvrage,« LaRichesse crise de 1929. Mon père essayait de vendre va quand même l’aider. Pourtant, Ben Bernanke, le président sont des paramètres incompatibles. Il faut révolutionnaire »(2007), des pommes au coin des rues juste pour pointaitl’émergence pouvoir nous nourrir. C’était terrifiant et cela Vous étiez contre le sauvetage du« prosumer », a duré, duré… c’est d’ailleurs pourquoi le sou- de l’industrie automobile américaine... lafusionentrelesrôles venir de cette Grande Dépression est telle- L’industrie n’est plus la source la plus impor- Alvin Toffler dans le texte deproducteur ment vif aux Etats-Unis. Mais il y a eu d’autres tante d’emplois. Il vaut mieux développer des etdeconsommateur. crises depuis, comme le choc pétrolier de services et créer du savoir. Il faut que les gou- « Le Choc du futur », Denoël, Paris, 1974 (réé- face au choc du futur », Denoël, Paris, 1986. Unphénomène 1975, et d’autres ont suivi. Je constate surtout vernements et les économistes reconnaissent dition Gallimard, 1987).« Le choc du futur est « Les Nouveaux Pouvoirs », Fayard, Paris, quel’oncomprend que le rythme des crises tend à s’accélérer. l’importance du savoir. Quand on fait un plan le stress et la désorientation provoqués chez les 1991. « A un degré plus grand que nous l’imagi- d’autantmieuxàl’ère C’est pour cela que la vitesse et le temps sont, de relance, il y a un grand danger à investir individus auxquels on fait vivre nons, nous sommes les produits deFacebook,Twitter à mon sens, des facteurs cruciaux à étudier en dans des infrastructures obsolètes. De com- trop de changements dans un trop du pouvoir. » etYouTube.Dans économie. Un autre facteur à prendre en bien de voitures avons-nous vraiment besoin ? petit intervalle de temps. » « Guerre et contre-guerre, sur- unentretien compte est celui de l’espace. Aujourd’hui, le Combien de gens vont, dans vingt ans, tra- « Ecospasme », Denoël, Paris, vivre à l’aube du XXIe siècle », aux« Echos »,il explique monde est globalisé, ce n'était pas vrai pour vailler dans un bureau plutôt que chez eux ? 1975. Fayard, Paris, 1994 et Hachette commentlesfacteurs les récessions du passé. C’est pourquoi je suis Tout cela a impact sur les transports, les auto- « La Troisième Vague », Denoël, Littératures 1996. temps,vitesseouespace convaincu que chercher dans le passé des routes, etc. Il faut que le gouvernement tra- Paris, 1980 (réédition Gallimard, « Créer une nouvelle civilisa- sontsous-estimés réponses n’est vraiment pas adapté. vaille avec des groupes qui se projettent dans 1988) « Une nouvelle civilisation tion : la politique de la Troi- ouignorésalorsqu’ils le futur. est en train d’émerger et des hom- sième Vague », Fayard, Paris, sontcruciauxpour Vous êtes un futurologue, mais il est tout de PROPOS RECUEILLIS PAR VIRGINIE ROBERT mes aveugles, un peu partout, ten- 1995. interpréterlesderniers même difficile de questionner le futur pour (À NEW YORK) tent de l’étouffer. » « La Richesse révolutionnaire », événements. comprendre la situation d’aujourd’hui ! « Les Cartes du futur : précur- Plon, Paris, 2007. « Le monde est Personne ne connaît le futur avec certitude, Demain, Marc Ferro, historien spécialiste sions et prémisses », Denoël, Pa- en train de se transformer, dra- mais il y a des prévisions que nous pouvons de la Russie. ris, 1983. matiquement et irrévocable- faire. D’ailleurs, on ne peut pas se passer d’es- « S’adapter ou périr : l’entreprise ment. » sayer de prévoir. Et on ne s’en sort pas si mal la i Retrouvez les articles de Séries d’été plupart du temps. sur www.lesechos.fr

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