Du « piratage » à la communauté : le cas d’un réseau hellénophone de peer-to-peer - Presentation Transcript
Piratages audiovisuels : Les réseaux souterrains de la mondialisation culturelle 18-19 Juin 2009, Paris Nikos Smyrnaios & Ioanna Vovou LERASS, Université Toulouse 3 CEISME, Université Panteion d’Athènes Du « piratage » à la communauté : le cas d’un réseau hellénophone de peer-to-peer
Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris Le contexte de l’enqu ête
Depuis le début de l’année il y a eu résurgence de la « guerre contre le piratage » mais aussi des résistances:
Loi Création et Internet (Hadopi) en France
- Procès de Pirate Bay en Suède et de Mininova aux Pays-Bas
Pression des ayants droits sur les FAI (Irlande, G.Bretagne, Australie)
Elections de deux eurodéputés du Parti Pirate en Suède
- Retrait de la riposte graduée en Nouvelle Zélande
Manifestations anti-Hadopi en France
- Amendement 138 du Paquet Télécom
- Extension de la durée de droit d’auteur pour la musique en Europe
La question de la propriété intellectuelle et du peer-to-peer se révèle être un enjeu socioéconomique mais également politique
Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris Problématique et méthode
Les instigateurs de ces réseaux et leur relations avec la communauté
Quels sont leurs profils sociologiques et leurs motivations ?
Comment s’articulent leurs relations avec le reste de la communauté ?
Comment gèrent-ils le processus de marchandisation ?
Quelles sont les conditions du succès, ou inversement de l’échec ?
Terrain de recherche : un portail (tracker) « pirate » hellénophone
- Entretiens semi-directifs avec les trois fondateurs du site,
- Données chiffrées (statistiques, fréquentation, nature du contenu etc.),
- Observation des échanges entre membres de la communauté.
Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris Le contexte en Grèce
Membre de l’UE la Grèce demeure un pays aux marges de l’Europe:
Situation économique et sociale difficile
Industrie culturelle locale isolée
Marché parallèle de biens culturels traditionnellement développé
Sous surveillance de la part des ayants droits (IIPA, 2008)
- Offre « légale » de contenus en ligne quasi-inexistante
Ce dans ce contexte que le p2p connaît un développement fulgurant:
60% des internautes ont téléchargé un album sous copyright
42% d’entre eux rediffusent du contenu sur le réseau
- FAI appliquent la riposte graduée sans cadre légal
« Anomie généralisée »
Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris Le cas du tracker GT
GT est le tracker le plus populaire de l’internet hellénophone
En juin 2009 GT comprend 500 000 comptes utilisateurs
En mai 2009 6M de visites, 900 000 VU, 125 pays (Google Analytics)
- Depuis 2006 43,5 PB d’information=70M de longs métrages DivX
Les profils des fondateurs Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris
Les fondateurs de GT sont trois:
Jean, 36, ingénieur en informatique, vit aux Pays-Bas,, chargé de l'hébergement.
- Ange, 31 ans, gestionnaire de réseaux, vit aux Pays-Bas, pivot du groupe, gestionnaire du site.
Dominique, 31 ans, graphiste, vit en Grèce, « direction artistique ».
Relations très proches voir familiales entre eux. Activité « artistiques » d’Ange et Dominique, Compétences techn.
La création du tracker fin 2005 est l’aboutissement des plusieurs tentatives de création de site où « il y a du monde ».
Motivation supplémentaire: les contraintes imposées par les trackers hellénophones existants.
Les particularités de GT Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris
Les particularités de GT qui ont contribué à son succès:
Tracker « sans règles », pas d’obligation de maintenir un ratio élevé
- Pas de bannissement, pas de « cooptation » (inscription libre)
- Régulation par la pédagogie plut ôt que par la contrainte
« Ligne éditoriale », esthétique, graphisme, « concept » original
Entièrement bâti avec du log. libre, bricolages + d'efficience
Investissement total de la part des fondateurs/ confusion entre l’activité pro et le hobby
GT est géré selon les préceptes de l'éthique « hacker » (Himanen, 2001), approche libérale-libértaire, incitation par « l’ information sociale » (Liu, 2007)
Maturation et marchandisation Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris
Le succès d’audience a poussé GT vers la marchandisation:
Pas de publicité pendant deux ans
- Co û ts d'hébergement assumés par les fondateurs (don) (Kollock, 1999)
Augmentation des coûts proportionnelle au trafic
Débat houleux en interne, puis décision de « monétiser » en 2008
Recherche difficile d’annonceurs, puis « acculturation » à la logique publicitaire
Justification comme compensation pour temps consacré et risque
Marchandisation favorisée par un système économique « parallèle » (régies, annonceurs, supports).
Réflexion sur la « légalisation » du site et règlement des imp ôts
Les fondateurs sont désormais confrontés à une communauté structurée:
Des membres actifs (modérateurs) ont pris le relais pour diffuser les « valeurs » insufflées par les fondateurs
La communauté s’autorégule sur la base des préceptes initiaux
Cependant, les relations entre les fondateurs et les autres utilisateurs, notamment les modérateurs, sont souvent conflictuelles («état dans l’état », « révolte »)
Sentiment de « propriété » envers GT de la part des utilisateurs aguerris
« Abus de pouvoir » de la part de certains modérateurs envers d’autres utilisateurs (bannissement, blocage des sujets dans le forum)
- Création d’autres trackers de la part d'équipes d’utilisateurs « dissidents »
Du « piratage » à la communauté Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris
GT au cœur des pratiques culturelles intermédiales de réception:
Les utilisateurs se regroupent en équipes organisées pour diffuser
Il y a dilution et redéfinition au pluriel des instances de diffusion
Recontextualisation des œuvres et des contenus par les utilisateurs
Création d’un péritexte éditorial propre au réseau (description des contenus, commentaires et critiques)
Du côté de la consommation, transfert de la fonction de la programmation vers le public
Du « piratage » à la médiation Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris
L’évolution d’une communauté de partage des contenus/œuvres/produits culturels vers un groupement à caractère public? GT : un espace social virtuel de représentation de soi: signatures, avatars, interaction sociale qui se prolonge dans la « vraie » vie. Exemples de discussion sur le forum: Ex. 1 : demande de transfusion sanguine « un des n ô tres demande notre aide pour un proche qui a le besoin immédiat d’une transfusion de sang. Pour plus d’information cliquez ici » Ex. 2 : extrait de forum sur le chômage « Le chômage n’est pas provoqué par les travailleurs. Qu’ils soient grecs ou étrangers. La pauvreté n’est pas provoquée par les pauvres. Qu’ils soient grecs ou étrangers. Les imbéciles pourtant sont les mêmes. Grecs et étrangers » Ex. 3 : homosexualité « Parle un peu mieux, le fait que tu soit gay ne signifie pas que tu ne dois pas respecter les autres…. » … .« Ca ne fait rien mon ami… tu me discrédites et comme ça tu me donnes automatiquement le droit de faire pareil »… Du « piratage » à la représentation de soi et la socialisation Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris
GT appuyé sur un terreau fertile: log. libre, décentralisation de l'hébergement, compétences professionnels, pénétration du haut débit en Grèce, marché publicitaire « parallèle ».
-Trajectoire des fondateurs similaire à celle des autres initiateurs d’innovation (webradio, fanzines) (Beuscart, 2004, Estienne, 2008). De la « critique artiste » à la marchandisation et m ême le renouvellement des ICIC.
-Importance de la trajectoire personnelle des créateurs de GT dans le dispositif d’interaction mis en place =>Communauté p2p avec une identité propre, « altruisme » obtenu par l’information sociale, non la contrainte.
- Emergence d’un espace public loin des visions normatives et loin des causes fédératrices ‘nobles’
- Cette volatilité des publics et de leur évolution est intéressante à étudier à partir des réseaux peer-to-peer justement parce que ces derniers ne se revendiquent pas comme des espaces reconnus de débat public
Conclusion Piratages audiovisuels : 18-19 Juin 2009, Paris
En 2009 l’actualité a offert de nombreux exemple more
En 2009 l’actualité a offert de nombreux exemples qui illustrent un regain du conflit engagé depuis quelques années déjà entre les principaux acteurs des industries culturelles, ainsi que les pouvoirs politiques et économiques qui les soutiennent, et les communautés d’internautes qui partagent des contenus protégés par le droit d’auteur. Ces exemples démontrent qu’il s’agit là d’un enjeu d’envergure mondiale et dont la nature se révèle être non seulement socioeconomique mais également politique. Alors que ces aspects du peer-to-peer, en tant que phénomène social ayant des ramifications économiques, techniques et politiques, ont été largement traités, en revanche peu de recherches se sont intéressées de près aux instigateurs de ces réseaux (créateurs et administrateurs) au-delà des simples utilisateurs et des « vedettes » du domaine comme Shawn Fanning, Bram Cohen, Janus Friis et Niklas Zennström . L’explication de cet état de fait est probablement liée à la nature de cette activité « souterraine ». Pourtant les questionnements concernant les initiateurs des réseaux de peer-to-peer sont nombreux : quels sont leurs profils sociologiques? Quelles sont leurs motivations ? Comment s’articulent les relations qu’ils établissent avec le reste de la communauté ? Comment gèrent-ils le processus de marchandisation qui gagne immanquablement des projets dont l’origine se trouve souvent dans des initiatives d’amateurs ? Quelles sont les conditions du succès, ou inversement de l’échec, de telles initiatives ? Dans le présent article, nous allons tenter de répondre à ces questions sur la base d’une recherche empirique auprès des créateurs d’une plateforme hellénophone d’échange de contenu. less
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