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Questions numériques Un cycle annuel de prospective créativeQuelles sont les émergences puissantes, les opportunités trans...
Crédits CoordinationDaniel Kaplan  Véronique Routin  Jacques-François Marchandise   Margaux Pasquet  Renaud Francou. Accom...
Sommaire     Introduction     Lœuvre des promesses ?	                                                4	                   ...
Depuis qu’il se propose au monde comme support de la “troisième révolution industrielle”,le monde du numérique n’est pas a...
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Ce qui nous a surpris…                Ce que nous avons appris…                 La vitesse des transformations.           ...
Questions Numériques 2013/ 2014 : les promesses du numérique
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Le numérique promet beaucoup, depuis toujours. Et pourquoi pas ? Une promesse nourrit les imaginaires, mobilise, oriente l’action. Certaines promesses passées du numériques font aujourd’hui sourire, d’autres restent d’actualité… Alors, quelles promesses pourrions-nous formuler pour demain ?

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  1. 1. RDHUI OU   HIER AUJ DE MAIN AP IN RE S-DEMA2013/2014
  2. 2. Questions numériques Un cycle annuel de prospective créativeQuelles sont les émergences puissantes, les opportunités transformatri­ es, cles questions difficiles, les ruptures et les basculements qui vont marquerles prochaines années ? Ces questions sont essentielles pour anticiper plutôtque réagir. Chacun d’entre nous se les pose régulièrement, à sa manière,dans son activité. Mais trop souvent, sans y passer le temps nécessaire, sansles partager suffisamment, sans tirer parti des idées des autres.C’est pourquoi la Fing propose une démarche collective, annuelle,qui s’instal­ e durablement dans le calendrier : convier décideurs, chercheurs let innovateurs à identifier ensemble les “questions numériques” des annéesà venir – et imaginer les manières d’y répondre.En bref, prendre le temps d’anticiper. Une publication, un outil, un processusQuestions Numériques est à la fois :  Un rendez-vous annuel : la publication du “Cahier d’enjeux”  et la mani­ estation publique associée. f  Un outil au service de la réflexion stratégique : le Cahier d’enjeuxfournit la matière prospective de dossiers dans les médias, d’interventionspubliques, de séminaires au sein de grandes organisations…  Un processus continu de coproduction, qui implique plusieurs  centaines dacteurs issus de tous les horizons : directions de l’inno­ ation   vde grands groupes, acteurs publics nationaux et territoriaux, pôles de  compétitivité, chercheurs, entrepreneurs, designers, têtes de réseaux,  journalistes… Questions Numériques Sur le webwww.fing.org/questionsnumeriques
  3. 3. Crédits CoordinationDaniel Kaplan  Véronique Routin  Jacques-François Marchandise   Margaux Pasquet  Renaud Francou. Accompagnement méthodologiqueNod-A Animation de la production collaborative et RédactionMarine Albarede  Amandine Brugière  Loup Cellard  Jean-Michel Cornu  Fabien Eychenne  Renaud Francou  Fabienne Guibé  Hubert Guillaud  Daniel Kaplan  Aurialie Jublin  Carole Leclerc  Lucie Le Moine  Amadou Lo  Jacques-François Marchandise  Thierry Marcou  Juliette Maroni  Françoise Massit-Folléa  Charles Népote  Philippe Nikolov  Pierre Orsatelli  Denis Pansu  Margaux Pasquet  Valérie Peugeot  Véronique Routin  Rémi Sussan  Thomas Thibault  les élèves de l’École Boulle. Accueil des AteliersFrank Kresin et l’équipe de la Waag Society (Amsterdam)   PICNIC (Amsterdam)  L’École Boulle  Vaiana Le Coustumer  et Vincent Rossin  Pôle Média de la Belle de Mai  Cap Digital Conception GraphiqueIsabelle Jovanovic IllustrationsMerci aux élèves de lécole Boulle PhotosTous droits réservés FabricationNH ImpressionFondation Internet Nouvelle Générationwww.fing.org - www.internetactu.net 8, passage Brulon  75012 Paris  (+) 33 1 83 62 98 28  infos@fing.org CMCI  2, rue Henri Barbusse  13001 Marseille  (+) 33 4 91 52 88 08
  4. 4. Sommaire  Introduction     Lœuvre des promesses ? 4 8 “ Une expérience plus humaine des technologies ” 10 “ Un meilleur usage du temps ” 14 “ La dématérialisation heureuse ” 18 “ Un monde plus sûr grâce à linternet ” 24 26 “ Tous auteurs, créateurs, innovateurs, producteurs ” 28 “ Une intelligence collective ” 34 “ La fabrication numérique personnelle ” 38 “ Une innovation ascendante, collaborative, ouverte ” 42 44 “ Une mobilité plus libre, plus diverse, plus riche, plus durable ” 46 “ Le numérique au service dune croissance plus verte et plus durable ” 52 “ Une planète plus smart ” 58 “ Un meilleur commerce, plus transparent, plus confiant, plus fluide ” 60 62 “ Un corps plus beau, plus fort, plus sain… et pour moins cher ” 64 “ Une identité numérique sûre, unifiée, protectrice ” 70 “ Le numérique, un nouvel Eden pour les relations humaines ” 72 “ Bien vieillir grâce au numérique ” 74 76 “ Apprendre tout le temps, tout ce que lon veut, nimporte où ” 78 “ Des jeux pour nous transformer et transformer le monde ” 84 “ Une démocratie retrouvée, augmentée, étendue ” 88 “ Le numérique, un atout au service du développement ” 90 “ L’ascenseur social numérique ” 92  internet actu     Pourquoi ne savons-nous pas résoudreles grands problèmes ? 94  La Fing     un think tank de référence 96
  5. 5. Depuis qu’il se propose au monde comme support de la “troisième révolution industrielle”,le monde du numérique n’est pas avare de promesses. À un moment ou à un autre, ses gourous,ses industriels, les institutions, ont annoncé la fin des crises et celle du travail, la paix sociale etmondiale grâce au miracle de l’échange et de la compréhension réciproque entre les hommes,une démocratie revitalisée, l’accès des pays les moins avancés au développement, l’avénementd’une conscience mondiale face aux défis environnementaux…… Mais avant de lever les yeux au ciel devant tant de naïveté, demandons-nous d’où viennentces promesses, qui les entend, ce qu’elles produisent – et admettons que, ce faisant, nous noustendons aussi à nous-même un miroir. Faire des promesses, les entendre Les laboratoires de recherche, les pôles de compé­ ti­ ivité, mais aussi les communautés de dévelop­ tLes travaux de prospective technologique décrivent peurs, hackers et autres makers, produisent desvolontiers l’avenir comme le produit de l’avance- paris osés en même temps qu’ils s’attellent à lesment mécanique des technologies, appliqué à des relever. Parce que leur ambition dépasse la plupartcontraintes ou des défis extérieurs à toute volonté du temps le seul exploit technique, ces défis lancés(écologiques, économiques, démographiques…). à soi-même nourrissent à leur tour les promessesIls peinent à rendre compte des formes diverses, de l’industrie et du politique.changeantes et généralement imprévues d’appro-priation de ces technologies par leurs utilisateurs.Ils pensent automatisation, optimisation, perfor-  L’empreinte de nos désirs et de nos rêvesmance, plutôt que transformation. Si ces promesses se contentaient d’enluminer lesL’approche par les “promesses” s’intéresse, presque d ­ iscours de l’offre, elles ne mériteraient pas d’atten­par nature, aux transformations. Une promesse tion particulière. Mais l’innovation internet estimagine un changement profond et positif des multipolaire et distribuée, les transformationssystèmes auxquels elle s’applique. Elle permet numériques touchent presque tous les domainesde débusquer, dans le passé comme dans l’ave- de l’activité humaine, les frontières entre offre etnir, ­ ’esprit et le désir humains. Elle est formulée l demande s’y brouillent. Il paraît dès lors délicat deet portée par quelqu’un, en direction de publics, savoir qui promet quoi à qui, aucun acteur n’ayantl­ ’objectif consistant à mobiliser ensemble émet- seul les moyens de tenir ses promesses.teurs et récepteurs. Voilà ses forces. L’abaissement des frontières entre le haut et le basParties prenantes de l’offre technologique, intéres­ s’accompagne d’une plus grande porosité entresés au succès de l’internet ou de la téléphonie ceux qui parlent et ceux qui font. Les promes­mobile, les Etats et les territoires racontent le ses des intellectuels prophétiques ne sont pasnumé­ ique levier de la croissance (durable) et de r toujours si éloignées des promesses en actes desla compétitivité, de la modernisation adminis- praticiens mutiques. Explorer ce champ, c’est fairetrative et démocratique, de l’inclusion dans une la jonction entre l’emphatique et le naïf, c’est tra-“société de la connaissance” forcément meilleure. verser (pas forcément sans plaisir) des océans deDe la ­ Déclaration d’indépendance du cyberes- “ storytelling et de vaporware et y croiser, aussi, despace” (1996) aux partis pirates, les militant ont eux horizons ­ ésirables, des aspirations venues de loin, daussi paré le numérique de caractéristiques idéo- des ­ ésirs en actes. dlogiques, qu’elles soient libérales, collectives, liber-taires ou sécuritaires. Dès lors, cet objet “promesses” devient plus collec­ tif que jamais. Il porte des promesses qui nousLes grandes entreprises technologiques ont égale­ sont faites par nous-mêmes. Ici le premier “nous”ment construit leur “grand récit”, souvent relayé désigne le public, les usagers directs ou indirects,et enrichi par l’écosystème des entrepreneurs les bénéficiaires, les récipien­ aires des promesses ; dinno­ ants  : “pensez différent” (Apple), maximi- v un second “nous” désigne tous ceux qui endossentser son potentiel (Microsoft), “une planète plus une part des intentions actives à l’oeuvre dansintelligente” (IBM)… Loin de s’adresser seulement le réseau  : intentions militantes, innovantes,aux consommateurs supposés crédules, ces récits encyclo­ édiques, militaires, servicielles, environ­ ptiennent ­ ussi lieu de message aux marchés et aux a nementales, créatives, et de toutes sortes, pour peuinvestisseurs, et de leviers de mobilisation pour qu’elles s’énoncent à destination de tiers.leurs équipes. Ils sont, aussi, des prises de risque. 6
  6. 6. Les promesses qui “tiennent” expriment des espé­ Mais de la lecture d’ensemble de cette productionrances et des rêves, des croyances et des intui­ ions t collective, quelques intuitions globales émergentpeu ou prou partagées. Elles nourrissent le désir, la également.créativité et ­ ’énergie entrepreneuse ­ utant qu’elles l aen émanent. Elles inspirent des choix concrets,techniques, économiques ou politiques. Au travers  Petites et grandes ambitionsd’elles, nous racontons le futur que nous pensonsconstruire. Il faut prendre ces promesses au sérieux, Quand on part à la recherche de la manière dontmême lorsqu’elles ne se réalisent pas. s ­ ’expriment les promesses numériques, en parti­ culier de la part d’institutions et d’acteurs politiques, une fracture saute aux yeux  : celle qui sépare le Des promesses pour inventer demain niveau d’ambition des Américains et des Européens.Fortes de cette conviction, sous l’impulsion de la Pour la Commission Européenne, comme pour laFing, plus de 300 personnes ont travaillé entre p ­ lupart de ses gouvernements, la fonction du nu-mai et octobre 2012 à identifier les “promesses mérique consiste :numériques” les plus structurantes des dernièresannées, puis à en tirer le bilan pour se projeter vers  à “relever les défis auxquels la société doit fairel’avenir. face, tels que le changement climatique et le vieillis­ sement de la population” (Digital Agenda, 2010),À partir d’un premier travail de défrichage mené auprintemps, nous avons consolidé le matériau issu  à “faire de l’Union européenne l’économie dedes ateliers et des échanges en ligne pour conver- la connaissance la plus compétitive et la plusger autour de 21 “promesses”. Equipés alors de nos dynamique du monde dici à 2010, capable d’unelampes de spéléologues, nous sommes partis à la croissance économique durable accompagnéer­ echerche des expressions de ces promesses, des d’une amélioration quantitative et qualitative deplus classiques aux plus hétérodoxes. Fin août, le l ­ ’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ”matériau de base des ­ teliers “Questions Numé- a (Stratégie de Lisbonne, 2000).riques” était publié en ligne. Dans cette vision, le numérique constitue unEn septembre et octobre 2012, trois ateliers orga­ contexte donné auquel nous devons nous adapter,nisés à Amsterdam (avec la Waag Society et la mani- qui peut par ailleurs nous aider à résoudre les pro-festation PICNIC), Marseille (avec Lift) et Paris, ont blèmes ­ ’aujourd’hui et de demain – notamment à drevisité les promesses que les participants consi- exploiter de nouveaux gisements d’efficience et dedéraient comme les plus parlantes. Répartis par productivité.petits groupes, ils ont répondu à quatre questionssuccessives : Il en va tout autrement de l’autre côté de l ­ ’Atlantique. Dès le début des années 1990, les  Quel bilan peut-on tirer de la promesse ? Qu’est- “autoroutes de l’information” promues par Al Gore ce qui a marché ou non, qu’est-ce qui nous a sur- rencontrent les procla­ ations enflammées des m pris, qu’avons-nous appris ? coauteurs de la “Magna Carta pour l’ère de la connaissance” (1994) annonçant “une extension  Qu’est-ce qui, demain, changera le contexte sans précédent de la liberté humaine.” Les auteurs même dans lequel la promesse peut se formuler de Wikinomics (2006) annoncent “un âge d’or, aussi ou se reformuler, se réaliser ? important que la Renaissance ou l’émergence de la démo­ ratie à Athènes.” Le rapport de Rocco et c  Ayant appris ce que nous avons appris, comment Bainbridge (2003) qui définit la stratégie techno­ reformulerions-nous pour demain une promesse logique de la ­ ational Science Foundation s’intitule N à la fois ambitieuse, tournée vers l’avenir et “Augmenter la performance humaine” et puise crédible ? dans des sources proches de la science-fiction et du transhumanisme. Plus tard, la Secrétaire  Enfin, toujours instruits par l’expérience, que d’Etat Hillary ­ linton défend le carac­ ère ouvert C t f ­ audrait-il faire pour tenir cette nouvelle promesse ? de l’internet au nom de ­ l’opposant qui utilise les “ médias sociaux pour ­ rganiser une manifes­ ation o tVous tenez le résultat de ce travail entre les mains. en Egypte  ; l’étudiante qui envoie à sa famillePrenez-le comme un support de travail, d’inspi- des photos du semestre qu’elle vient de passer àration et d’aspiration, d’action enfin. Faites-en un l’étranger  ; l’avocat vietnamien qui blogue pouroutil de travail, plutôt qu’une ­ éférence intangible. r dénoncer la corruption  ; l’adolescent ­ méricain a 7
  7. 7. harcelé par ses condisciples et qui trouve du p ­ ourtant, l’expérience quotidienne de la mobilitér­ éconfort en ligne ; la petite entrepreneuse du ­ enya K a fort peu changé. Presque tous les enseignants etqui gère son compte en banque sur son mobile  ; la grande majorité des familles utilisent l’internetla philosophe chinoise qui lit des revues scien­ à des fins éducatives  ; mais rien, ou presque, n’atifiques pour sa thèse  ; le scientifique brésilien qui changé dans les systèmes éducatifs. En ligne, nouspartage ses données en temps réel avec ses collè­ devenons tous auteurs, innovateurs, producteurs,gues de l’autre bout du monde  ; et les milliards et nous savons y produire de l’intelligence collectivemilliards d’inter­ ctions quotidiennes en ligne au a à des échelles sans précédent ; pourtant nous noustravers desquels les gens communiquent avec ceux montrons toujours aussi incapables de répondrequ’ils aiment, suivent l’actualité, font leur travail et aux grands défis collectifs, toujours plus inquietsparticipent aux débats qui ­ hangeront leur monde.” c face à l’avenir…Imagine-t-on une femme politique européenneprononcer un tel discours ? Autrement dit, beaucoup de promesses sont à la fois tenues (les pratiques annoncées se sont maté-À première lecture, on pourrait en conclure que rialisées, souvent plus vite que prévu) et trahiesles Américains parlent de politique quand les (les difficultés du quotidien, les injustices sociales,Européens parlent d’économie. Pourtant les défis les aberrations écono­ iques, les impasses éco- mque se lancent les Américains sont évidemment logiques, n’ont pas plus de solution aujourd’huiécono­ iques ; la vraie différence réside dans leur m qu’hier). Tout a changé, et rien n’a changé !niveau d’ambition. Pour eux, la technologie a pourfonction de transformer  en profondeur ce à quoi Il serait trop facile de mettre cette disjonctionelle s’applique, d’en changer les termes de réfé- sur le compte de l’inertie, voire de la résistancerence. Elle propose des nouvelles frontières, que des pouvoirs établis. Elles existent, bien sûr. Maisdes entreprises innovantes s’en iront conquérir. tournons nos regards vers quelques marchés queSans ­ écessairement adhérer aux discours les plus n le numérique a déjà transformés, profondémentexaltés, on peut trouver dans cette ambition l’une et pour toujours, tels ceux des biens culturelsdes raisons de la domination constante de l’inter- et des médias. Les jeux d’acteurs et les modèlesnet par les géants américains, de la capacité d’ini- économiques ont effectivement changé, des nou-tiative et de renouvel­ ement de ses scientifiques l veaux acteurs ont émergé. Cela a-t-il pour autantcomme de ses entrepreneurs. produit un nouvel âge d’or de la création, diffusé beaucoup plus largement la culture et la connais- sance, rendu la plupart des médias plus incisifs et Tout change pour que rien ne change ? plus indépendants des pouvoirs économiques et politiques ? On a le droit d’en douter.Certaines promesses du numérique n’ont claire-ment pas été tenues. Le numérique contribue à Alors, que manque-t-il ? Une volonté qui dépasse ladéstabiliser les dictatures, mais il n’a pas résolu technologie et qui, sans doute, en oriente pour par-la crise des démocraties. Il n’a rendu la crois- tie le développement et le déploiement.sance ni plus pérenne, ni plus écologiquementsoutenable  – au contraire, il a rendu possi­ les b À elle seule, la technologie, même massivementles dérèglements des marchés financiers qui appropriée, ne suffit pas à résoudre des ­ roblèmes pont déclen­ hé la crise que nous vivons. Il n’a pas c dont l’origine puise loin dans l’histoire ainsi quesorti les pays les moins avancés du sous-dévelop­ dans l’organisation politique et économique depement. Ces promesses étaient-elles hors de nos sociétés. Si l’on veut un changement systé­portée ? A-t-on mal utilisé les technologies ? Ou mique, alors il faut décrire ce changement et ysinon, que manque-t-il d’autre ? appliquer une volonté forte, tenace, largement partagée tout en acceptant la confrontation.Plus intéressant, plus troublant aussi : la disjonc-tion que l’on constate dans plusieurs domaines Nous assignons habituellement aux institutionsentre, d’un côté, le développement rapide et ­ assif m p ­ olitiques la tâche de dégager et de mettre end’outils, de services et de pratiques numériques oeuvre la volonté collective. Mais nous doutonset, de l’autre, des effets systémiques faibles, voire a ­ ujourd’hui de leur capacité à accomplir l’unnuls, voire carrément paradoxaux. Le numérique comme l’autre. D’où l’orientation qui ressort de laa libéré notre temps de multiples contraintes  ; plupart des groupes qui ont travaillé sur les pro-or nous nous sentons toujours plus pris par le messes : demander aux technologies de distribuertemps. La dématérialisation a considé­ ablement r plus largement l’information, les capacités d’action,progressé dans nos vies quotidiennes comme le pouvoir, pour faciliter l’émergence et la crois-dans les organisations, sans vraiment simplifier sance des alternatives.nos vies, ni la gestion des entreprises, ni non plusréduire la consommation de papier. Le numériquea transformé nos mobilités, l’organisation denotre temps, nos manières de communiquer… et 8
  8. 8.  Le risque de la captation Voilà pourquoi les promesses ont tant d’impor-Mais cette distribution, il faut également la vouloir ! tance, pourquoi il faut en douter et les chérir àElle n’est pas le produit mécanique de la diffusion, la fois  – et ­ ourquoi nous avons choisi d’en faire pmême quasi-générale, des appareils numériques et à leur tour le matériau et le produit d’un travaildes accès au réseau. collectif.La technique nous demande elle-même beaucoup, En définitive, c’est peut-être la reformulation de laet cela coûte plus aux uns qu’aux autres. Apprendre p ­ romesse associée au jeu (titre originel : “Des jeuxà l’utiliser, la gérer, la sécuriser, résoudre les innom- pour nous transformer et transformer le monde”)brables petits et grands problèmes quotidiens qui exprime le mieux ce que nous devrions accom-qu’elle produit, taxe notre temps et notre attention. plir à laide du numérique. Le but du jeu, si l’on oseEn faire un usage autonome, actif, productif, s’avère dire, ne consisterait plus à ­ ’évader de la réalité, ni splus exigeant encore. Le temps, les moyens et les à aborder de manière ludique des sujets sérieux,compétences nécessaires sont très inégalement mais “à rendre la réalité elle-même plus joueuse.”distribués  – d’autant que, bien souvent, les plus Belle promesse…pauvres (à l’échelle locale et mondiale) paient leurspratiques numériques plus cher, en temps comme Daniel Kaplanen argent. Le numérique distribue-t-il du ­ ouvoir “à p et Jacques-François Marchandisetous” ou bien servira-t-il d’abord à permettre à denouvelles élites de remplacer les anciennes ?L’intervention de la “multitude” dans la productionde connaissances et de créations, dans l’innovationet la création de valeur, dans la mise en discussionde toutes sortes de choses – des effets secondairesde tel médicament aux secrets diplomatiquesaméricains –, constitue bel et bien l’une des trans-formations majeures qu’a produit le numérique.Mais cette intervention s’appuie en général surdes plates-formes, généralement privées, dont elleconstitue la matière première et la richesse. Fondésur la contribution volontaire, ou du moins consen-tie, de leurs utilisateurs, leur modèle économiquerepose sur la captation la plus complète et durablepossible de l’attention, de l’information, du travaildes individus. Au lieu de s’appliquer à des enjeuxcollectifs, cette formidable énergie se voit absorbéedans des sortes de trous noirs, dont elle ne ressortque sous la forme de valeur marchande  – car “sivous ne payez pas, c’est que vous êtes le produit.”Pas étonnant, du coup, que l’on retrouve autour dela plupart des promesses une attention croissanteà la maîtrise des technologies et des contenus parles individus, au choix, à la montée en compétenceet enfin, à l’équilibre entre contribution et “retour”(­ symbolique ou tangible) aux contributeurs commeà la communauté. * * *Les premières utopies du cyberespace partaientde l’idée que les contraintes physiques, mais aussisociales et économiques, du “monde réel”, dispa­raîtraient dans cet espace sans gravité ni frotte-ment, sans rareté ni conflit d’usage, infinimentplastique et reconfigurable. Inévitablement, larencontre avec la réalité a déçu. Et pourtant, lenumé­ ique reste encore le lieu où se racontent et rs’instancient les espérances contem­ oraines, celui pvers lequel convergent les créateurs et les innova-teurs qui ne se satisfont pas de l’état du monde. 9
  9. 9. RDHUI RDHUI RDHUI RDHUI OU   OU   OU   OU   HIER AUJ DE HIER AUJ HIER AUJ HIER AUJ DE DE DE MAIN AP MAIN AP MAIN AP MAIN AP IN IN IN IN RE RE RE RE S-DEMA S-DEMA S-DEMA S-DEMA une promesse son bilan quelle promesse quelles pistes pour demain ? daction ? .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .…………………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    …………………………………………………………………………Une promesse non traitée .…………………………………………………………………………………… (à vous de jouer !) .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… 10 11
  10. 10. R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA Le meilleur ordinateur est un serviteur calme et invisible. (…) Les technologies les plus profondes sont celles qui disparaissent. Les hommes ont le sentiment Elles se fondent dans la trame de la vie d’avoir perdu le contact avec la réalité. quotidienne jusqu’à en devenir indiscernables” Le développement de la polysensualité, Marc Weiser, 1991 du soft touch, de l’encapsulation des odeurs, ou d’une façon plus générale, le recours à des matières qui font appel à tous nos sens, sont une réponse à cette perte de contact” Si aujourd’hui la technologie est froide, Monique Large, Dezineo, 2004 l’enjeu des années à venir est de la réchauffer de la chaleur humaine, celle qui donne sens à la vie. C’est seulement à cette condition qu’elle constituera une extension du domaine de la vie.” Didier Fass, Futur 2.0, 2007 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APLes gens ont massivement adopté les tech- Les technologies numériques participent IN REnologies numériques, souvent ­ u-delà de a S-DEMA à l’accélération constante de nos vies, àce qu’espéraient les industriels et en avance la surcharge informationnelle, au déficitvis-à-vis des organisations. Ces technologies attentionnel, à la standardisation d’une ­ pensée “répon­ ent visiblement à des aspirations humaines d Powerpoint”… Elles contribuent à une forme de dés-profondes en matière de communication, d’expres- humanisation de nos sociétés  : des ­ ystèmes auto- ssion, de coopération. matiques remplacent les inter­ ctions humaines aDans de nombreux domaines, notre expérience des entre les clients et les entreprises (voire au sein destechnologies s’est améliorée et enrichie. Mais elles organi­ ations) et menacent la vie privée. Leur inter­ snous soumettent également à de lourdes contraintes. action produit ­ arfois des “ émergences ” hors de tout pNous devons sans cesse apprendre à utiliser de nou- contrôle, comme on a pu le constater sur les marchésveaux appareils et logiciels. L’obsoles­ ence program­ c financiers.mée consomme du temps, de l’attention et de l’argent. Nous avons beaucoup appris sur la manière dontNous sommes souvent seuls quand les technologies nous co-évoluons avec nos technologies. À l’heure oùdysfonctionnent. celles-ci nous permettent d’intervenir sur nos esprits, nos corps, ainsi que sur certains des fonde­ ents de m nos sociétés, cette connaissance prend une impor- tance croissante. Il faut mieux la partager, et mieux l’utiliser en amont de la conception de nouvelles tech- nologies ou de nouvelles appli­ ations. c 12
  11. 11. Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  Une adoption massive   Les robots personnels (pour l’instant),   des techno­ ogies numériques, par presque  l l’informatique “vestimentaire”… toutes les catégories sociales.  La technologie exige toujours beaucoup    Les technologies numériques relient  de notre temps, de notre attention et de notre argent. les hommes, facilitent leur communication  Nous acceptons souvent des machines   et leur collaboration, servent  ce que nous n’accepterions jamais d’un humain,   de véhicules à leur expression et leur créativité. et avons tendance à assumer la responsabilité    Elles ont donné naissance à des milliers  de leurs dysfonctionnements. de services et d’outils très utiles. Nous avons pu   Certains des pires aspects d’un développement “externaliser” auprès d’elles de nombreuses tâches, techno-centré subsistent : l’obsolescence program­ ainsi que des portions entières de notre mémoire. mée, l’indifférence aux effets environnementaux,  Les interfaces deviennent plus “naturelles”,  l’excès de richesse fonctionnelle et de complexité… fondées sur la voix, le toucher, le mouvement…  Nous sommes plus déprimés aujourd’hui   Globalement, malgré certaines exceptions, nous qu’avant de recevoir toutes ces technologies –   savons mieux qu’avant créer des applica­ ions t mais celles-ci n’en sont pas forcément   accessibles et faciles à utiliser. responsables… Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  La lenteur de l’évolution des paradigmes   La technologie nous transforme à mesure   technologiques : l’interface “fenêtres-souris”  que nous la transformons. Elle nous force à discuter   a plus de 30 ans ! de ce qui est ou n’est pas humain, en sachant    Les technologies numériques demeurent  que la réponse évoluera dans le temps et   très sujettes aux pannes, et ceux qui les produisent selon les cultures. n’en assument pas la responsabilité.  Les interfaces ne servent pas qu’à rendre    La publicité de soi à l’aide des outils numériques, les technologies utilisables, elles définissent la nature malgré la crainte ( justifiée) d’une érosion  de ce qu’on peut faire avec et au travers d’elles.   rapide des frontières de la vie privée. Il restera difficile de trouver le bon équilibre   entre la richesse fonctionnelle, la simplicité et  Moins de temps pour réfléchir : le numérique  l’ouverture aux usages imprévus. semble tout entier tourné vers l’action !  La technologie continue d’évoluer plus    Les “technologies émotionnelles”, les robots  vite que les coutumes sociales et que   amicaux, Tamagotchi, Furby… les organisations, ce qui peut exclure certaines    Les phénomènes “émergents” sur des marchés parties de la population. entièrement automatisés, tels que   Les machines nous aident à moins prendre soin   le “flash crash” du NASDAQ en mai 2010. des autres, par exemple de nos parents vieillissants.  Les captcha : “Prouvez-moi   La technologie ne deviendra plus “humaine”   que vous êtes humain !” que si ceux qui la conçoivent, la produisent   et l’exploitent ont des buts et des comportements “humains”… RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA  Ce qui va changer économieTechnologie  Appauvrissement des classes moyen­ es… et des n gouvernements   Environ­ ements et ­ ystèmes “intel- n s  Informatique ambiante, objets et espaces “intel­ ligents”  : maisons, villes, réseaux…   Dépen­ ance dligents”, maturité des robots personnels   Big data, croissante ­vis-à-vis des techno­­ logies numériques extraction automatique de connaissances, prévision  Extension du “Do It Yourself”   Pression en faveurtemps réel, décision algorithmique   Convergence d’objets plus sobres en énergie, plus durables.“Nano-Bio-Info-Cogno”   Des interfaces “tangibles”,utilisant nos 5 sens   Améliorations de la reconnais- sociétésance de la parole et de la compréhension du langage  Vieillissement au Nord   Arrivée aux commandes desnaturel   “Affective computing”  : les ordinateurs ap- “digital natives”   Une consommation plus définie parprennent à détecter et à communiquer des émotions  des valeurs   Des relations sociales hybrides, numé-  Bio-inspiration… riques et physiques à la fois.  …et ce qui ne changera sans doute pas  La barrière des langues, malgré les efforts en matière de traduction automatique   Notre sentiment de man- quer de temps. 13
  12. 12. R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMALes technologies numériques seront conçues afin de : Donner plus de capacités aux humains, plutôt que de les remplacer ou de les ignorer Aider les humains à atteindre de nouvelles frontières, personnelles ou collectives Multiplier et enrichir les interactions et les collaborations entre humains Élargir l’espace des possibilités futures, plutôt que de le délimiter  Montrer aux humains du respect, faire preuve d’empathie, et les aider à faire preuve de résilience quandelles tombent en panne  Rendre leur accès et leur apprentissage aisés, tout en reconnaissant la diversité des utilisateurs et  en permettant à ceux qui le désirent de comprendre leur fonctionnement, voire de les bricoler. La promesse à l’œuvre L’important n’est pas tant que Cette dimension, à la fois existentielle les machines sympathisent avec nous, et philosophique, touche à la transformation qu’elles deviennent nos amis, mais que nous de l’humain en un objet numérique, mais aussi nous sympathisions avec elles.” en un objet du numérique, c’est-à-dire Ben Bashford, 2012  en un être culturel numérique, convertible, extensible et capable de circuler de manières inédites grâce à la convergence de la technologie En acquérant le langage, les humains et du corps.”Milhad Doueihi,   n’ont pas seulement appris à écouter, mais bien Pour un humanisme numérique, 2012 à parler. En apprenant à lire, nous apprenons à écrire. Et à mesure que notre réalité devient de plus en plus numérique, nous ne devons pas Nous sommes tous des chimères,seulement apprendre à utiliser des programmes, des hybrides de machines et d’organismes mais bien à les créer.” Douglas Rushkoff, vivants ; bref, des cyborgs. Dans un monde Program or be programmed, 2010 de cyborgs, les gens pourraient vivre sans s’effrayer de leur ressemblance avec les animaux comme avec les machines, sans s’inquiéter de leurs identités toujours partielles ni de leurs points de vue contradictoires. (…) L’unité du cyborg est monstrueuse et illégitime ; dans notre réalité politique actuelle, nous ne pourrions rêver d’un mythe plus puissant au service de notre résistance et de notre réunification.” Donna Haraway, 1985 14
  13. 13. Quelle différence avec la promesse d’origine ?Il ne suffit pas de rendre les technologies plus simples et plus “naturelles”. La technologie est un moyen denous transformer nous-mêmes, ainsi que notre environnement. Les humains ont ­ oujours créé des artefacts tnon-humains : en cela, la technologie est humaine, la question devenant de savoir si ceux qui la créent ouqui l’appliquent le font au service de valeurs humaines.  La promesse reconnaît la tension   Elle considère la technologie comme   créative entre empowerment (capacitation,  une création culturelle, façonnée par les valeurs   qui suppose un certain degré de compréhension  de chaque société tout en contribuant à faire   et de contrôle de la technologie) et simplicité  évoluer ces valeurs. Les cultures sont diverses,   (qui rend la technologie et ses applications  et la technologie devrait permettre à cette diversité   plus accessibles). de s’exprimer pleinement.  Elle reconnaît le fait que la technologie   Désormais incorporées dans nos objets   est aussi une affaire de pouvoir, et que son but  et nos espaces, les technologies numériques inter­ devrait consister à distribuer ce pouvoir, à permettre agiront toujours plus profondément avec nos sens   aux individus de discuter de ses applications,  et nos esprits. Cette évolution peut s’avérer positive   plutôt qu’à rendre les pouvoirs (politiques  si elle permet à chacun d’en faire usage à ses propres et économiques) plus opaques. fins. Il faut alors éviter que la technologie ne se   Elle valorise l’ouverture des fins  dissimule, ne cherche à devenir plus “magique”   et des connaissances : produit de la créativité et mystérieuse. Au contraire, elle doit permettre   humaine, la technologie doit à son tour nourrir  à tous de décoder leur propre monde et d’organiser cette créativité. Elle doit rester visible,  leur propre relation au monde. compréhensible, ouverte au débat  comme au bricolage. R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes…  Des décisions à prendre  Des grands défis IN RE S-DEMA Réorienter une part significative des pro­ Le projet “Je Décide”  : au travers d’unegrammes de soutien à la R&D vers des techno­ combinaison de technologie, d’auto-régula-logies, des appareils, des applications qui proposent tion et de réglemen­ ation, fournir aux utilisateurs tplusieurs niveaux d’interaction : de l’utili­­ sateur comme des choix effectifs, informés et permanents, en parti-consommateur (technologie “ambiante”) à l’utilisa- culier en ce qui concerne leurs droits. Le consentementteur comme coproducteur (technologie ­ hackable”). “ préalable doit être la règle générale. L’utilisateur ne Investir dans l’anthropologie, l’ethnographie, la doit jamais ­ bandonner ses droits sans retour pos- asocio­ ogie des liens entre humains, société et techno- l sible. Il doit dispo­ er du droit d’obtenir et d’utiliser les slogie. d ­ onnées personnelles dont les systèmes disposent sur lui. Les organisations doivent être tenues pour respon-  Des barrières à franchir sables des conditions d’utilisation qu’elles imposent Des interfaces bidirectionnelles faisant appel aux 5 aux individus, même si ceux-ci sont censés les avoirsens. acceptées… Une reconnaissance et une traduction du langage “La technologie, latin du XXIe siècle”  :naturel automatique et en temps réel. a ­ pprendre à tous les enfants (et si possible, aux adultes) comment la technologie numérique fonctionne, ce qu’elle fait, d’où elle vient, comment la manipuler et la programmer, quels sont ses bénéfices et ses risques… “Les nouvelles lois de la robotique”   : sur le modèle des “Lois de la robotique” d’Isaac Asimov, i ­ maginer et mettre en discussion un ensemble simple de “lois” que les techno­ ogies “convergentes” de l’avenir l devraient respecter. 15
  14. 14. R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA Après vingt siècles au cours desquels Chrometa vous fait cadeau du temps ! nous avons surtout cherché à [repousser] Il est complètement automatique et vous n’avez les frontières de l’espace, ce sont celles du temps plus rien à faire pour garder la trace que nous chercherons à franchir. L’homme de la manière dont vous comptabilisez du XXIe siècle fera tout ce qu’il désire depuis votre temps de travail.” Publicité l’endroit de son choix et au moment qui lui convient le mieux. La conquête de la vie ne se fera plus en réduisant les distances par Le rythme de la vie moderne est rapide accélération du temps mais en les effaçant.” et il s’accélèrera encore. Auparavant, Christian Loviton, La vie à distance,  nous avions moins de choix et plus de temps Belfond, 1989 pour les faire. Aujourd’hui, nous avons besoin de toute l’assistance possible pour rendre nos choix plus aisés et rapides, et la technologie numérique nous y aide. (...) Ces nouvelles technologies nous font aussi gagner du temps en nous permettant de faire tant de choses sans quitter notre domicile.” Simone Zhang, Euro RSCG Shanghai L’expérience majeure de la modernité Publicité de 1980 [source est celle de l’accélération. “ Hartmut Rosa,http://www.flickr.com/photos/jbcurio/3367196078/sizes/o/in/ Accélération – Une critique sociale du temps, photostream/ 2005 (trad. La Découverte, 2010) R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN AP Le numérique devait nous rendre plus brouillent entre heures de pointe et creuses, IN RE productifs, plus réactifs et globalement, S-DEMA jour et nuit, ­ maine et week-end… Sans se­ nous faire gagner du temps. Certes, nous compter que la technologie elle-même dévore accomplis­ ons plus de choses, plus vite  ; mais s du temps consacré à choisir, installer, apprendre, nous nous sentons toujours plus pris par le temps. protéger, réparer, mettre à jour, interconnecter nos Parce qu’à mesure que nous accélérons, tout s’accélère appareils et logiciels. autour de nous. Les cycles de décision, d’inno­ ation, v L’aspiration, parfois velléitaire, au “slow”, exprime le de vie des produits, se raccourcissent. L’horizon de fait que notre relation au temps n’est pas meilleure décision des entreprises comme des acteurs publics aujourd’hui qu’hier. Pour certains, surtout les plus se rapproche sans cesse. Notre impatience devant inté­ rés, le temps manque. Mais d’autres en ont trop et g toute forme d’attente n’a d’égale que l’impatience des ne savent qu’en faire. D’autres encore font l’expérience autres vis-à-vis de nous. de la “taylorisation” de nouvelles activités : la relation Le numérique devait nous permettre, à la fois, d’orga­ client dans les centres d’appel, les tournées minutées niser plus librement notre temps et de mieux l’occuper. des commerciaux, techniciens de maintenance et Pourtant, nous avons souvent le sentiment de ne rien aides-soignantes... Le temps est aussi mal distribué, et maîtriser : ni l’afflux de messages et de sollicitations, aussi inégalement liquide, que le capital. ni la séparation des temps profes­ ionnel et personnel, s En définitive, nous sommes parvenus à accélérer nos ni l’organisation de nos journées. L’individualisation rythmes et pouvons parfois y trouver du plaisir, mais de nos modes de vie, les ­ ransformations économiques, t nous ne sommes pas parvenus à maîtriser le temps. ont désynchronisé nos rythmes  ; les ­ différences se 16
  15. 15. Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  La disponibilité d’une information   Dictature de l’urgence, impossibilité   et de services pertinents et efficaces  de hiérarchiser, réduction du temps   pour s’informer, faire des choix, agir à distance… de réflexion, de projection.  L’usage massif du mobile, notamment   Hyperconnectivité, sollicitation permanente   à des fins de synchronisation continue,  et surcharge cognitive.et désormais d’accès à l’internet et à des services.  L’organisation collective des temps au sein    La synchronisation des activités  de territoires : chaque acteur, chaque activité productives à l’échelle locale et mondiale :  s’organise sans vraiment tenir compte des autres. flux tendus, logistique de précision…  La technologie reste complexe, fragile,    Les agendas numériques. mouvante, et consomme du temps.  L’amélioration, la diversification, l’interpénétration des moyens de communication à distance : mail, réseaux sociaux, microblog, messagerie instantanée, visiocommunications…  La densification du temps :  en pouvant cumuler plusieurs activités,  en pouvant tout faire où que nous soyons,  nous pouvons accomplir plus de choses  en une journée. Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  Les nouvelles formes de gestion de temps,  Le temps total d’une communauté humaine   notamment dans certains “systèmes d’échange est abondant, mais il est mal réparti et mal locaux” où le temps est la base de l’échange. coordonné. Cette inégalité de répartition reflète,    Le mouvement “slow”, d’abord individuel,  en inversé, les inégalités sociales : les “exclus”   mais qui s’étend aujourd’hui à l’échelle  ont à la fois moins de revenus, moins de contacts, de villes (Cittaslow). moins de mobilité… et beaucoup, souvent   trop de temps.  Le développement rapide de lieux hybrides,  partagés, “tiers” : espaces de “coworking”,   16 % des actifs occupés travaillent au moins   télécentres, cafés remplissant également  de temps en temps la nuit, la moitié le samedi,   d’autres fonctions, épiceries-centres de livraison, un quart le dimanche, en forte augmentation   maisons de service public… depuis les années 1990 (Insee).  Les technologies numériques participent   à la fois à l’accélération générale, à la confusion   des temps, à l’individualisation des rythmes,   et à la resynchronisation et l’organisation   des temps. Elles aident à remplir les temps   morts ou intersticiels. RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA Technologie économie  société  Informatique omniprésente,   Réduction de l’ancrage spatial et temporel   “cloud” : on n’est plus jamais déconnecté. des activités : dématéria­ isation, téléréunions,   l “Informatique contemplative” : des technologies,  travail mobile et télécentres, espaces “flexibles”... des outils, des méthodes conçues   Augmentation de la contrainte spatiale   pour nous aider à maîtriser nos rythmes. de l’éco­ omie : économies d’énergie, “relocalisation”. n  “ Augmentation humaine” :   Allongement de la durée de la vie et – après   des technologies (numériques, mais aussi  une longue période de réduction –, allongement   biologiques) pour penser et agir plus vite. des temps de travail, sur l’année et sur toute la vie.  Flexibilité du travail : horaires et statuts variables, contrats plus précaires, carrières non-linéaires,   forma­ ion “tout au long de la vie”... t 17
  16. 16. R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMAAprès avoir contribué à l’accélération générale, le numérique devient l’outil de la maîtrise du temps,  dans une logique de développement durable : répondre aux besoins de tous, en tenant compte de  la limitation de nos ressources et en pensant aux générations futures. Le temps devient une forme  de “ressource naturelle” dont on se préoccupe à titre individuel et collectif à la fois. Il s’échange, se donneet se partage : chacun retrouve le choix permanent d’accélérer ou de ralentir, d’agir tout de suite ou plustard, de se coordonner ou se désynchroniser. Il s’investit : le temps long retrouve de la valeur face au tempscourt. Il se cultive : sa qualité a une valeur et ce qui la dégrade, par exemple l’excès de sollicitations,  a un prix. Il se régule et se gère comme une ressource commune et limitée : ceux qui manquent de tempsdoivent en retrouver sans le reperdre immédiatement, ceux qui en ont en surplus doivent pouvoir  l’employer d’une manière utile, valorisante et ­ econnue – ou bien choisir d’en jouir sans empiéter sur   rle temps des autres. La promesse à l’œuvre Cette appropriation individuelle Les technologies de l’information du temps est la plus grande liberté que nous promettent de nous rendre plus intelligents ayons gagnée, même si c’est aussi une lourde et plus efficaces, mais elles tendent souventresponsabilité, aussi bien pour son organisation, à nous solliciter sans cesse et à distraire ses usages, que du compte final de ce que nous notre attention. L’informatique contemplative en aurions fait. Mais si ce temps est à moi, nous aide à les utiliser pour être plus concentrés tout usage que j’en fais doit avoir gagner et plus créatifs. Elle est une pratique, sa légitimité à mes propres yeux et la regagner pas un service à utiliser ou un produit sans cesse.” Jean Viard, Éloge de la mobilité. à consommer. Elle passe par une compréhension Essai sur le capital temps libre et la valeur plus profonde de la manière dont l’esprit travail, Ed. de l’Aube, 2006  et les technologies travaillent ensemble.” Alex Pang, 2011 Nous vivons aujourd’hui sous le joug d’un temps standardisé, un temps industriel qui s’impose à nous quoi que nous fassions, Les questions de temps ne peuvent où que nous soyons. (…) Il n’est que temps plus se limiter aux problèmes d’aménagement de nous déprendre de l’obsession de la vitesse du temps de travail. Elles doivent être examinées et de partir à la reconquête du temps et mesurées dans toutes leurs dimensions et donc de nos vies.” Serge Latouche  en fonction d’un véritable projet de “maîtrise et Dider Harpagès, Le temps de la décroissance, des temps” pour les individus, les organisations Troisième Culture, 2010 et les territoires, à différentes échelles, de nos appartements aux continents.” Luc Gwiazdzinski, Temps et territoires : les pistes de l’hyperchronie, Datar, 2012 18
  17. 17. Quelle différence avec la promesse d’origine ?  La promesse part du constat que   Il s’agit alors de considérer le temps comme   les problèmes rencontrés autour de l’accélération  une sorte de ressource naturelle, certes renouvelable,ont beaucoup à voir avec ceux que l’on rencontre dans mais dont la production est par essence limitée. le “développement durable” : le constat  L’objectif est d’abord d’en optimiser l’allocation,   qu’une ressource qu’on croyait infinie ne l’est pas ; à la fois entre les acteurs (division du travail, valori- qu’une exploitation toujours plus intensive ne suffit sation économique...) et dans le temps (actualisation, pas à résoudre le problème, parce qu’elle provoque taux dutilisation des espaces, des équipements).   toutes sortes d’“effets rebonds”  ; que l’inégalité  Il est aussi d’en réguler l’usage collectif, par exemple de distribution de la ressource fait partie  en donnant un prix aux pollutions (externalités)   intégrante du problème ; que sa gestion est une ou en organisant les différents temps dun territoire. affaire collective autant qu’individuelle...  Dans l’esprit du développement durable, l’approche économique se met au service du “développement humain”. Elle reconnaît alors l’importance   de la qualité et de l’expérience du temps, ainsi que   le besoin dune gestion collective du temps   qui permette aux individus de se “retrouver”. R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes…  Donner une valeur au temps  Une politique du temps IN REEt si le temps devenait une unité de valeur S-DEMA Et si l’on imaginait un “droit au temps”, à laà part entière ? On pourrait acheter, offrir, fois dans l’entreprise et en général ? Il pourraitpartager du temps. Des “bourses de temps” éten- inclure le “capital-temps” personnel, mais aussi desdraient à beaucoup plus grande échelle le principe temps protégés de déconnexion ou d’indis­ onibilité, pde certains Systèmes d’échange locaux dans lesquels un droit opposable à la formation tout au long de la vieune heure de cours de maths vaut (par exemple) une (flexi-sécurité), le droit à des temps sabba­ iques… theure de plomberie. On mesurerait les “externalités Et si l’on inventait un “chrono-­ rbanisme”, qui viserait utemporelles” des produits (le temps moyen qu’il faut à coordonner les temps et les rythmes au même titrepasser à les apprendre, les maintenir, voire à les utili- que l’on gère la diversité des formes de mobilité ? Celaser) et leur affichage deviendrait obligatoire. Et pour- pourrait devenir l’un des nouveaux métiers des acteursquoi pas un principe “pollueur-payeur”, par exemple publics.pour l’envoi de mails publicitaires ? Et si l’on choisissait de réinventer quelques moments  Un “capital-temps” à tiroirs réel­ ement collectifs, communs à tous les membres l d’une commu­ auté désireuse de se vivre comme telle nEt si chaque individu naissait avec un “capital-temps”, (un pays, une grande ville, l’Europe ?). Réinventer deségal pour tous – que l’on pourrait, dans une certaine rituels, des ponctuations fortes de l’année ?mesure, exploiter, faire fructifier ou simplementconsommer ? Ce capital pourrait se composer de diffé-  Une culture du tempsrents “tiroirs”, formation, activités collectives, culture... Et si l’on enseignait le temps, les manières de l’orga-ainsi qu’un tiroir “vierge”, sur lequel la société consi- niser et de le synchroniser, d’en négocier la gestiondère qu’elle n’a aucun compte à demander. Chacun personnelle et collective, de l’employer ou non, de dif-dispo­ erait d’une latitude pour réallouer du temps s férencier temps court et temps long ?entre chaque tiroir, ainsi qu’entre différentes périodesde sa vie. On pourrait augmenter son capital, parexemple en menant des actions d’intérêt collectif, ouen réduire le rythme de consommation, par exempleen ­ onnant et recevant de la formation. En revanche, don ne pourrait ni acheter, ni vendre ce capital. 19
  18. 18. R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA La dématérialisation touche toutes sortes de produits. La banque se réduit à déplacer quelques électrons sur un téléphone mobile, comme c’est le cas des cartes, des encyclopédies et des appareils photos, livres, jeux de cartes, chansons, des disques et des lettres – dont aucun n’a plus besoin d’occuper un quelconque espace physique. (…) Ladématérialisation du futur inclura la production de viande synthétique, produite en laboratoire sans cerveau, ni jambes, ni entrailles.” Matt Ridley, Wall Street Journal, 2012 Dématérialiser c’est l’occasion de nettoyer toutes les tâches parasites qui n’apportent pas de valeur ajoutée (…) On met le client au centre et derrière on se facilite la vie.” Patrick Fèvre, SNCF, 2011 Si les consommateurs dématérialisent leur usage des objets et si les techniciens produisent ces objets à moindre impact environnemental, la population peut croître en nombre et en richesse sans que son impact environnemental croisse en proportion.” Jesse H. Ausubel, Paul E. Waggoner, 2008 Source : Cato Institute 20
  19. 19. R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN AP ­La dématérialisation est entrée dans nos Comment offrir de l’immatériel ? Comment IN REvies quotidiennes. Elle nous simplifie la vie S-DEMA ne pas vivre la dématérialisation commedans de nombreux domaines, à commencer une dépossession, quand nos acquisitions nepar les paiements et opérations bancaires, les sont que des achats de droits provisoires ? À cesdémarches administratives, les transports et le tou- inquiétudes s’ajoute la faible confiance que l’on peutrisme. Elle nous permet de ­ voyager léger grâce au accorder aux plateformes à qui sont confiées nos bienscloud. Elle facilite la consultation d’annonces, le par- immatériels et qui exploitent à notre insu nos tracestage de photos, dont nous avons de moins en moins d’usage. Enfin, nombreux sont ceux pour qui la déma-de traces papier ; et des biens culturels aussi courants térialisation est synonyme de dé­ humanisation, voire sque les livres, disques et journaux sont de plus en plus d’exclusion.“immatériels”. Nous y gagnons du temps, de la libertéd’action et de mobilité, du lien social aussi. Les biens La promesse environnementale, également, fait fi-communs et les pratiques de partage se développent. gure de leurre  : les réseaux et les serveurs sont gros conso­ mateurs d’énergie  ; les usagers finissent par mMais de nombreux nuages viennent assombrir ce pay- imprimer à leurs frais ce que leurs fournisseurs ontsage. Chacun a l’expérience de perte de ­ onnées, de d dématérialisé ; il n’y a pas de commerce en ligne sansphotos ou de films importants. Nul ne sait vraiment camions et chaîne logistique. La substitution atten-conserver sur le temps long ses documents adminis- due n’a pas eu lieu. L’hybridation prévaut la pluparttratifs numériques  : l’obsolescence des ­ formats, les du temps  : la dématérialisation permet la rematé-bugs et les accidents informatiques nous guettent. La rialisation, et c’est souvent une bonne ­ ouvelle pour nvie numérique devient synonyme d’un certain désar- l’usager. Les conditions de maîtrise et d’appropriationroi par l’impossible ­ estion des versions de documents, g déterminent l’avenir d’une déma­ érialisation heu- tde l’infobésité, des plateformes multiples. Le gain reuse.fonctionnel peut ­ ’accompagner d’une perte symbo- slique : quelles archives laisseront les écrivains demain ?  Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  Banque en ligne, feuilles de paie   Une accélération du temps difficile à vivre. et factures numériques.  Une plus grande accessibilité à l’information   Apparition de nouvelles fractures cognitives par une démocratisation des outils,  (abstraction). une baisse du coût d’accès, créant en retour   Pouvoir et opacité des algorithmes. de l’abondance.  L’obsolescence des formats, des équipements,    La dématérialisation de la monnaie. la fragilité persistante des systèmes complexes    Des services publics plus efficients  (crash, bug). (mais des dysfonctionnements plus lourds   Les problèmes de mémoire sur le long terme : de conséquences). archivage défectueux, standards changeants.  Concentration de dizaines d’appareils   La dépossession progressive : passage   en un seul smartphone : appareil photo,  de la propriété au droit d’usage. baladeur, magnétophone, boussole…  La captation de valeur : le client est le produit.  Projet Gutenberg, numérisation bénévole   Le cartable numérique. des livres en domaine public.  Dématérialisation = déshumanisation.  Dématérialisation = fin de la rareté =  émergence de biens communs : wikipédia,  logiciels, contenus et services  sous licences libres. 21
  20. 20. Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  La vitesse des transformations.  À créer des biens communs différents    L’ubiquité des technologies  des biens publics. et la mobilité des activités qui va avec.  Le monde matériel est toujours là :    Une nouvelle gestion du domicile connecté. il s’est hybridé avec les univers virtuels.  L’ouverture relativement rapide   Ce qui n’est pas dématérialisé peut avoir   des données publiques. une valeur renforcée.  Dématérialisation = partage.  Dématérialisation = dépossession   et captation de la valeur par des grandes   plateformes mondiales. RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA Poursuite des impacts Technologie de la déma­ érialisation t  Terminaux à tout faire et “intelligence    La dématérialisation appliquée à l’éducation  am­ iante” avec des objets “intelligents” plutôt   b et la formation : les amphis vont continuer  spécialisés. à se vider…  “Cloudification” de l’économie et des services   Allongement de la durée de la vie et problème en même temps qu’une augmentation des capacités d ­ ’archivage de la “longue vie numérique”. de stockage disponibles dans chaque appareil,   sur chaque personne.  Déploiement massif de nouveaux espaces  et ­ ouvelles organisations de travail. n  Réseaux omniprésents et remise en question   de leur neutralité. Basculement croissant de la propriété à l’accès.  Des données entre ouverture et opacité.  E-administration de proximité.  La rematérialisation via les imprimantes 3D,   l’impression à la demande, l’encre électronique… Le retour de la rareté matérielle  Tension croissante sur les matières premières :   minerais, eau, énergie.  Pénurie des composants informatiques. 22

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