• Share
  • Email
  • Embed
  • Like
  • Save
  • Private Content
Questions Numériques 2013/ 2014 : les promesses du numérique
 

Questions Numériques 2013/ 2014 : les promesses du numérique

on

  • 16,854 views

Le numérique promet beaucoup, depuis toujours. Et pourquoi pas ? Une promesse nourrit les imaginaires, mobilise, oriente l’action. Certaines promesses passées du numériques font aujourd’hui ...

Le numérique promet beaucoup, depuis toujours. Et pourquoi pas ? Une promesse nourrit les imaginaires, mobilise, oriente l’action. Certaines promesses passées du numériques font aujourd’hui sourire, d’autres restent d’actualité… Alors, quelles promesses pourrions-nous formuler pour demain ?

Statistics

Views

Total Views
16,854
Views on SlideShare
9,000
Embed Views
7,854

Actions

Likes
16
Downloads
1,239
Comments
0

43 Embeds 7,854

http://fing.org 2326
http://www.scoop.it 1872
http://jeanzin.fr 1058
http://www.fing.org 1039
http://www.internetactu.net 685
http://transportsdufutur.typepad.fr 268
http://feeds.feedburner.com 192
http://www.twylah.com 95
http://www.lelabo-ess.org 65
http://www.educavox.fr 58
http://www.netoo.fr 39
http://www.limelight-consulting.com 29
http://www.entreprise-marketing.fr 27
https://twitter.com 18
http://plassat.wordpress.com 15
http://cloud.feedly.com 11
http://flavors.me 7
http://www.gaudry.be 5
http://www.kristinebergeron.com 5
http://wikitypa.org 4
http://mobile.educavox.fr 4
http://jp.flavors.me 4
http://fr.flavors.me 3
http://fr-mg42.mail.yahoo.com 2
http://www.pearltrees.com 2
http://kdavid 2
https://www.google.fr 2
http://messagerie-11.sfr.fr 2
http://pigeindexermau 1
http://feedproxy.google.com 1
http://www.google.fr 1
http://127.0.0.1 1
http://atnpaysderedon.net 1
http://www.freepremiership.com 1
http://www.newsblur.com 1
http://core.traackr.com 1
http://translate.googleusercontent.com 1
http://pt.flavors.me 1
http://protopage.com 1
http://gaudry.be 1
http://pigeindexeroff2 1
http://pigeindexer2 1
http://lelabo-ess.org 1
More...

Accessibility

Categories

Upload Details

Uploaded via as Adobe PDF

Usage Rights

CC Attribution License

Report content

Flagged as inappropriate Flag as inappropriate
Flag as inappropriate

Select your reason for flagging this presentation as inappropriate.

Cancel

Questions Numériques 2013/ 2014 : les promesses du numérique Questions Numériques 2013/ 2014 : les promesses du numérique Document Transcript

  • RDHUI OU   HIER AUJ DE MAIN AP IN RE S-DEMA2013/2014
  • Questions numériques Un cycle annuel de prospective créativeQuelles sont les émergences puissantes, les opportunités transformatri­ es, cles questions difficiles, les ruptures et les basculements qui vont marquerles prochaines années ? Ces questions sont essentielles pour anticiper plutôtque réagir. Chacun d’entre nous se les pose régulièrement, à sa manière,dans son activité. Mais trop souvent, sans y passer le temps nécessaire, sansles partager suffisamment, sans tirer parti des idées des autres.C’est pourquoi la Fing propose une démarche collective, annuelle,qui s’instal­ e durablement dans le calendrier : convier décideurs, chercheurs let innovateurs à identifier ensemble les “questions numériques” des annéesà venir – et imaginer les manières d’y répondre.En bref, prendre le temps d’anticiper. Une publication, un outil, un processusQuestions Numériques est à la fois :  Un rendez-vous annuel : la publication du “Cahier d’enjeux”  et la mani­ estation publique associée. f  Un outil au service de la réflexion stratégique : le Cahier d’enjeuxfournit la matière prospective de dossiers dans les médias, d’interventionspubliques, de séminaires au sein de grandes organisations…  Un processus continu de coproduction, qui implique plusieurs  centaines dacteurs issus de tous les horizons : directions de l’inno­ ation   vde grands groupes, acteurs publics nationaux et territoriaux, pôles de  compétitivité, chercheurs, entrepreneurs, designers, têtes de réseaux,  journalistes… Questions Numériques Sur le webwww.fing.org/questionsnumeriques
  • Crédits CoordinationDaniel Kaplan  Véronique Routin  Jacques-François Marchandise   Margaux Pasquet  Renaud Francou. Accompagnement méthodologiqueNod-A Animation de la production collaborative et RédactionMarine Albarede  Amandine Brugière  Loup Cellard  Jean-Michel Cornu  Fabien Eychenne  Renaud Francou  Fabienne Guibé  Hubert Guillaud  Daniel Kaplan  Aurialie Jublin  Carole Leclerc  Lucie Le Moine  Amadou Lo  Jacques-François Marchandise  Thierry Marcou  Juliette Maroni  Françoise Massit-Folléa  Charles Népote  Philippe Nikolov  Pierre Orsatelli  Denis Pansu  Margaux Pasquet  Valérie Peugeot  Véronique Routin  Rémi Sussan  Thomas Thibault  les élèves de l’École Boulle. Accueil des AteliersFrank Kresin et l’équipe de la Waag Society (Amsterdam)   PICNIC (Amsterdam)  L’École Boulle  Vaiana Le Coustumer  et Vincent Rossin  Pôle Média de la Belle de Mai  Cap Digital Conception GraphiqueIsabelle Jovanovic IllustrationsMerci aux élèves de lécole Boulle PhotosTous droits réservés FabricationNH ImpressionFondation Internet Nouvelle Générationwww.fing.org - www.internetactu.net 8, passage Brulon  75012 Paris  (+) 33 1 83 62 98 28  infos@fing.org CMCI  2, rue Henri Barbusse  13001 Marseille  (+) 33 4 91 52 88 08
  • Sommaire  Introduction     Lœuvre des promesses ? 4 8 “ Une expérience plus humaine des technologies ” 10 “ Un meilleur usage du temps ” 14 “ La dématérialisation heureuse ” 18 “ Un monde plus sûr grâce à linternet ” 24 26 “ Tous auteurs, créateurs, innovateurs, producteurs ” 28 “ Une intelligence collective ” 34 “ La fabrication numérique personnelle ” 38 “ Une innovation ascendante, collaborative, ouverte ” 42 44 “ Une mobilité plus libre, plus diverse, plus riche, plus durable ” 46 “ Le numérique au service dune croissance plus verte et plus durable ” 52 “ Une planète plus smart ” 58 “ Un meilleur commerce, plus transparent, plus confiant, plus fluide ” 60 62 “ Un corps plus beau, plus fort, plus sain… et pour moins cher ” 64 “ Une identité numérique sûre, unifiée, protectrice ” 70 “ Le numérique, un nouvel Eden pour les relations humaines ” 72 “ Bien vieillir grâce au numérique ” 74 76 “ Apprendre tout le temps, tout ce que lon veut, nimporte où ” 78 “ Des jeux pour nous transformer et transformer le monde ” 84 “ Une démocratie retrouvée, augmentée, étendue ” 88 “ Le numérique, un atout au service du développement ” 90 “ L’ascenseur social numérique ” 92  internet actu     Pourquoi ne savons-nous pas résoudreles grands problèmes ? 94  La Fing     un think tank de référence 96
  • Depuis qu’il se propose au monde comme support de la “troisième révolution industrielle”,le monde du numérique n’est pas avare de promesses. À un moment ou à un autre, ses gourous,ses industriels, les institutions, ont annoncé la fin des crises et celle du travail, la paix sociale etmondiale grâce au miracle de l’échange et de la compréhension réciproque entre les hommes,une démocratie revitalisée, l’accès des pays les moins avancés au développement, l’avénementd’une conscience mondiale face aux défis environnementaux…… Mais avant de lever les yeux au ciel devant tant de naïveté, demandons-nous d’où viennentces promesses, qui les entend, ce qu’elles produisent – et admettons que, ce faisant, nous noustendons aussi à nous-même un miroir. Faire des promesses, les entendre Les laboratoires de recherche, les pôles de compé­ ti­ ivité, mais aussi les communautés de dévelop­ tLes travaux de prospective technologique décrivent peurs, hackers et autres makers, produisent desvolontiers l’avenir comme le produit de l’avance- paris osés en même temps qu’ils s’attellent à lesment mécanique des technologies, appliqué à des relever. Parce que leur ambition dépasse la plupartcontraintes ou des défis extérieurs à toute volonté du temps le seul exploit technique, ces défis lancés(écologiques, économiques, démographiques…). à soi-même nourrissent à leur tour les promessesIls peinent à rendre compte des formes diverses, de l’industrie et du politique.changeantes et généralement imprévues d’appro-priation de ces technologies par leurs utilisateurs.Ils pensent automatisation, optimisation, perfor-  L’empreinte de nos désirs et de nos rêvesmance, plutôt que transformation. Si ces promesses se contentaient d’enluminer lesL’approche par les “promesses” s’intéresse, presque d ­ iscours de l’offre, elles ne mériteraient pas d’atten­par nature, aux transformations. Une promesse tion particulière. Mais l’innovation internet estimagine un changement profond et positif des multipolaire et distribuée, les transformationssystèmes auxquels elle s’applique. Elle permet numériques touchent presque tous les domainesde débusquer, dans le passé comme dans l’ave- de l’activité humaine, les frontières entre offre etnir, ­ ’esprit et le désir humains. Elle est formulée l demande s’y brouillent. Il paraît dès lors délicat deet portée par quelqu’un, en direction de publics, savoir qui promet quoi à qui, aucun acteur n’ayantl­ ’objectif consistant à mobiliser ensemble émet- seul les moyens de tenir ses promesses.teurs et récepteurs. Voilà ses forces. L’abaissement des frontières entre le haut et le basParties prenantes de l’offre technologique, intéres­ s’accompagne d’une plus grande porosité entresés au succès de l’internet ou de la téléphonie ceux qui parlent et ceux qui font. Les promes­mobile, les Etats et les territoires racontent le ses des intellectuels prophétiques ne sont pasnumé­ ique levier de la croissance (durable) et de r toujours si éloignées des promesses en actes desla compétitivité, de la modernisation adminis- praticiens mutiques. Explorer ce champ, c’est fairetrative et démocratique, de l’inclusion dans une la jonction entre l’emphatique et le naïf, c’est tra-“société de la connaissance” forcément meilleure. verser (pas forcément sans plaisir) des océans deDe la ­ Déclaration d’indépendance du cyberes- “ storytelling et de vaporware et y croiser, aussi, despace” (1996) aux partis pirates, les militant ont eux horizons ­ ésirables, des aspirations venues de loin, daussi paré le numérique de caractéristiques idéo- des ­ ésirs en actes. dlogiques, qu’elles soient libérales, collectives, liber-taires ou sécuritaires. Dès lors, cet objet “promesses” devient plus collec­ tif que jamais. Il porte des promesses qui nousLes grandes entreprises technologiques ont égale­ sont faites par nous-mêmes. Ici le premier “nous”ment construit leur “grand récit”, souvent relayé désigne le public, les usagers directs ou indirects,et enrichi par l’écosystème des entrepreneurs les bénéficiaires, les récipien­ aires des promesses ; dinno­ ants  : “pensez différent” (Apple), maximi- v un second “nous” désigne tous ceux qui endossentser son potentiel (Microsoft), “une planète plus une part des intentions actives à l’oeuvre dansintelligente” (IBM)… Loin de s’adresser seulement le réseau  : intentions militantes, innovantes,aux consommateurs supposés crédules, ces récits encyclo­ édiques, militaires, servicielles, environ­ ptiennent ­ ussi lieu de message aux marchés et aux a nementales, créatives, et de toutes sortes, pour peuinvestisseurs, et de leviers de mobilisation pour qu’elles s’énoncent à destination de tiers.leurs équipes. Ils sont, aussi, des prises de risque. 6
  • Les promesses qui “tiennent” expriment des espé­ Mais de la lecture d’ensemble de cette productionrances et des rêves, des croyances et des intui­ ions t collective, quelques intuitions globales émergentpeu ou prou partagées. Elles nourrissent le désir, la également.créativité et ­ ’énergie entrepreneuse ­ utant qu’elles l aen émanent. Elles inspirent des choix concrets,techniques, économiques ou politiques. Au travers  Petites et grandes ambitionsd’elles, nous racontons le futur que nous pensonsconstruire. Il faut prendre ces promesses au sérieux, Quand on part à la recherche de la manière dontmême lorsqu’elles ne se réalisent pas. s ­ ’expriment les promesses numériques, en parti­ culier de la part d’institutions et d’acteurs politiques, une fracture saute aux yeux  : celle qui sépare le Des promesses pour inventer demain niveau d’ambition des Américains et des Européens.Fortes de cette conviction, sous l’impulsion de la Pour la Commission Européenne, comme pour laFing, plus de 300 personnes ont travaillé entre p ­ lupart de ses gouvernements, la fonction du nu-mai et octobre 2012 à identifier les “promesses mérique consiste :numériques” les plus structurantes des dernièresannées, puis à en tirer le bilan pour se projeter vers  à “relever les défis auxquels la société doit fairel’avenir. face, tels que le changement climatique et le vieillis­ sement de la population” (Digital Agenda, 2010),À partir d’un premier travail de défrichage mené auprintemps, nous avons consolidé le matériau issu  à “faire de l’Union européenne l’économie dedes ateliers et des échanges en ligne pour conver- la connaissance la plus compétitive et la plusger autour de 21 “promesses”. Equipés alors de nos dynamique du monde dici à 2010, capable d’unelampes de spéléologues, nous sommes partis à la croissance économique durable accompagnéer­ echerche des expressions de ces promesses, des d’une amélioration quantitative et qualitative deplus classiques aux plus hétérodoxes. Fin août, le l ­ ’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ”matériau de base des ­ teliers “Questions Numé- a (Stratégie de Lisbonne, 2000).riques” était publié en ligne. Dans cette vision, le numérique constitue unEn septembre et octobre 2012, trois ateliers orga­ contexte donné auquel nous devons nous adapter,nisés à Amsterdam (avec la Waag Society et la mani- qui peut par ailleurs nous aider à résoudre les pro-festation PICNIC), Marseille (avec Lift) et Paris, ont blèmes ­ ’aujourd’hui et de demain – notamment à drevisité les promesses que les participants consi- exploiter de nouveaux gisements d’efficience et dedéraient comme les plus parlantes. Répartis par productivité.petits groupes, ils ont répondu à quatre questionssuccessives : Il en va tout autrement de l’autre côté de l ­ ’Atlantique. Dès le début des années 1990, les  Quel bilan peut-on tirer de la promesse ? Qu’est- “autoroutes de l’information” promues par Al Gore ce qui a marché ou non, qu’est-ce qui nous a sur- rencontrent les procla­ ations enflammées des m pris, qu’avons-nous appris ? coauteurs de la “Magna Carta pour l’ère de la connaissance” (1994) annonçant “une extension  Qu’est-ce qui, demain, changera le contexte sans précédent de la liberté humaine.” Les auteurs même dans lequel la promesse peut se formuler de Wikinomics (2006) annoncent “un âge d’or, aussi ou se reformuler, se réaliser ? important que la Renaissance ou l’émergence de la démo­ ratie à Athènes.” Le rapport de Rocco et c  Ayant appris ce que nous avons appris, comment Bainbridge (2003) qui définit la stratégie techno­ reformulerions-nous pour demain une promesse logique de la ­ ational Science Foundation s’intitule N à la fois ambitieuse, tournée vers l’avenir et “Augmenter la performance humaine” et puise crédible ? dans des sources proches de la science-fiction et du transhumanisme. Plus tard, la Secrétaire  Enfin, toujours instruits par l’expérience, que d’Etat Hillary ­ linton défend le carac­ ère ouvert C t f ­ audrait-il faire pour tenir cette nouvelle promesse ? de l’internet au nom de ­ l’opposant qui utilise les “ médias sociaux pour ­ rganiser une manifes­ ation o tVous tenez le résultat de ce travail entre les mains. en Egypte  ; l’étudiante qui envoie à sa famillePrenez-le comme un support de travail, d’inspi- des photos du semestre qu’elle vient de passer àration et d’aspiration, d’action enfin. Faites-en un l’étranger  ; l’avocat vietnamien qui blogue pouroutil de travail, plutôt qu’une ­ éférence intangible. r dénoncer la corruption  ; l’adolescent ­ méricain a 7
  • harcelé par ses condisciples et qui trouve du p ­ ourtant, l’expérience quotidienne de la mobilitér­ éconfort en ligne ; la petite entrepreneuse du ­ enya K a fort peu changé. Presque tous les enseignants etqui gère son compte en banque sur son mobile  ; la grande majorité des familles utilisent l’internetla philosophe chinoise qui lit des revues scien­ à des fins éducatives  ; mais rien, ou presque, n’atifiques pour sa thèse  ; le scientifique brésilien qui changé dans les systèmes éducatifs. En ligne, nouspartage ses données en temps réel avec ses collè­ devenons tous auteurs, innovateurs, producteurs,gues de l’autre bout du monde  ; et les milliards et nous savons y produire de l’intelligence collectivemilliards d’inter­ ctions quotidiennes en ligne au a à des échelles sans précédent ; pourtant nous noustravers desquels les gens communiquent avec ceux montrons toujours aussi incapables de répondrequ’ils aiment, suivent l’actualité, font leur travail et aux grands défis collectifs, toujours plus inquietsparticipent aux débats qui ­ hangeront leur monde.” c face à l’avenir…Imagine-t-on une femme politique européenneprononcer un tel discours ? Autrement dit, beaucoup de promesses sont à la fois tenues (les pratiques annoncées se sont maté-À première lecture, on pourrait en conclure que rialisées, souvent plus vite que prévu) et trahiesles Américains parlent de politique quand les (les difficultés du quotidien, les injustices sociales,Européens parlent d’économie. Pourtant les défis les aberrations écono­ iques, les impasses éco- mque se lancent les Américains sont évidemment logiques, n’ont pas plus de solution aujourd’huiécono­ iques ; la vraie différence réside dans leur m qu’hier). Tout a changé, et rien n’a changé !niveau d’ambition. Pour eux, la technologie a pourfonction de transformer  en profondeur ce à quoi Il serait trop facile de mettre cette disjonctionelle s’applique, d’en changer les termes de réfé- sur le compte de l’inertie, voire de la résistancerence. Elle propose des nouvelles frontières, que des pouvoirs établis. Elles existent, bien sûr. Maisdes entreprises innovantes s’en iront conquérir. tournons nos regards vers quelques marchés queSans ­ écessairement adhérer aux discours les plus n le numérique a déjà transformés, profondémentexaltés, on peut trouver dans cette ambition l’une et pour toujours, tels ceux des biens culturelsdes raisons de la domination constante de l’inter- et des médias. Les jeux d’acteurs et les modèlesnet par les géants américains, de la capacité d’ini- économiques ont effectivement changé, des nou-tiative et de renouvel­ ement de ses scientifiques l veaux acteurs ont émergé. Cela a-t-il pour autantcomme de ses entrepreneurs. produit un nouvel âge d’or de la création, diffusé beaucoup plus largement la culture et la connais- sance, rendu la plupart des médias plus incisifs et Tout change pour que rien ne change ? plus indépendants des pouvoirs économiques et politiques ? On a le droit d’en douter.Certaines promesses du numérique n’ont claire-ment pas été tenues. Le numérique contribue à Alors, que manque-t-il ? Une volonté qui dépasse ladéstabiliser les dictatures, mais il n’a pas résolu technologie et qui, sans doute, en oriente pour par-la crise des démocraties. Il n’a rendu la crois- tie le développement et le déploiement.sance ni plus pérenne, ni plus écologiquementsoutenable  – au contraire, il a rendu possi­ les b À elle seule, la technologie, même massivementles dérèglements des marchés financiers qui appropriée, ne suffit pas à résoudre des ­ roblèmes pont déclen­ hé la crise que nous vivons. Il n’a pas c dont l’origine puise loin dans l’histoire ainsi quesorti les pays les moins avancés du sous-dévelop­ dans l’organisation politique et économique depement. Ces promesses étaient-elles hors de nos sociétés. Si l’on veut un changement systé­portée ? A-t-on mal utilisé les technologies ? Ou mique, alors il faut décrire ce changement et ysinon, que manque-t-il d’autre ? appliquer une volonté forte, tenace, largement partagée tout en acceptant la confrontation.Plus intéressant, plus troublant aussi : la disjonc-tion que l’on constate dans plusieurs domaines Nous assignons habituellement aux institutionsentre, d’un côté, le développement rapide et ­ assif m p ­ olitiques la tâche de dégager et de mettre end’outils, de services et de pratiques numériques oeuvre la volonté collective. Mais nous doutonset, de l’autre, des effets systémiques faibles, voire a ­ ujourd’hui de leur capacité à accomplir l’unnuls, voire carrément paradoxaux. Le numérique comme l’autre. D’où l’orientation qui ressort de laa libéré notre temps de multiples contraintes  ; plupart des groupes qui ont travaillé sur les pro-or nous nous sentons toujours plus pris par le messes : demander aux technologies de distribuertemps. La dématérialisation a considé­ ablement r plus largement l’information, les capacités d’action,progressé dans nos vies quotidiennes comme le pouvoir, pour faciliter l’émergence et la crois-dans les organisations, sans vraiment simplifier sance des alternatives.nos vies, ni la gestion des entreprises, ni non plusréduire la consommation de papier. Le numériquea transformé nos mobilités, l’organisation denotre temps, nos manières de communiquer… et 8
  •  Le risque de la captation Voilà pourquoi les promesses ont tant d’impor-Mais cette distribution, il faut également la vouloir ! tance, pourquoi il faut en douter et les chérir àElle n’est pas le produit mécanique de la diffusion, la fois  – et ­ ourquoi nous avons choisi d’en faire pmême quasi-générale, des appareils numériques et à leur tour le matériau et le produit d’un travaildes accès au réseau. collectif.La technique nous demande elle-même beaucoup, En définitive, c’est peut-être la reformulation de laet cela coûte plus aux uns qu’aux autres. Apprendre p ­ romesse associée au jeu (titre originel : “Des jeuxà l’utiliser, la gérer, la sécuriser, résoudre les innom- pour nous transformer et transformer le monde”)brables petits et grands problèmes quotidiens qui exprime le mieux ce que nous devrions accom-qu’elle produit, taxe notre temps et notre attention. plir à laide du numérique. Le but du jeu, si l’on oseEn faire un usage autonome, actif, productif, s’avère dire, ne consisterait plus à ­ ’évader de la réalité, ni splus exigeant encore. Le temps, les moyens et les à aborder de manière ludique des sujets sérieux,compétences nécessaires sont très inégalement mais “à rendre la réalité elle-même plus joueuse.”distribués  – d’autant que, bien souvent, les plus Belle promesse…pauvres (à l’échelle locale et mondiale) paient leurspratiques numériques plus cher, en temps comme Daniel Kaplanen argent. Le numérique distribue-t-il du ­ ouvoir “à p et Jacques-François Marchandisetous” ou bien servira-t-il d’abord à permettre à denouvelles élites de remplacer les anciennes ?L’intervention de la “multitude” dans la productionde connaissances et de créations, dans l’innovationet la création de valeur, dans la mise en discussionde toutes sortes de choses – des effets secondairesde tel médicament aux secrets diplomatiquesaméricains –, constitue bel et bien l’une des trans-formations majeures qu’a produit le numérique.Mais cette intervention s’appuie en général surdes plates-formes, généralement privées, dont elleconstitue la matière première et la richesse. Fondésur la contribution volontaire, ou du moins consen-tie, de leurs utilisateurs, leur modèle économiquerepose sur la captation la plus complète et durablepossible de l’attention, de l’information, du travaildes individus. Au lieu de s’appliquer à des enjeuxcollectifs, cette formidable énergie se voit absorbéedans des sortes de trous noirs, dont elle ne ressortque sous la forme de valeur marchande  – car “sivous ne payez pas, c’est que vous êtes le produit.”Pas étonnant, du coup, que l’on retrouve autour dela plupart des promesses une attention croissanteà la maîtrise des technologies et des contenus parles individus, au choix, à la montée en compétenceet enfin, à l’équilibre entre contribution et “retour”(­ symbolique ou tangible) aux contributeurs commeà la communauté. * * *Les premières utopies du cyberespace partaientde l’idée que les contraintes physiques, mais aussisociales et économiques, du “monde réel”, dispa­raîtraient dans cet espace sans gravité ni frotte-ment, sans rareté ni conflit d’usage, infinimentplastique et reconfigurable. Inévitablement, larencontre avec la réalité a déçu. Et pourtant, lenumé­ ique reste encore le lieu où se racontent et rs’instancient les espérances contem­ oraines, celui pvers lequel convergent les créateurs et les innova-teurs qui ne se satisfont pas de l’état du monde. 9
  • RDHUI RDHUI RDHUI RDHUI OU   OU   OU   OU   HIER AUJ DE HIER AUJ HIER AUJ HIER AUJ DE DE DE MAIN AP MAIN AP MAIN AP MAIN AP IN IN IN IN RE RE RE RE S-DEMA S-DEMA S-DEMA S-DEMA une promesse son bilan quelle promesse quelles pistes pour demain ? daction ? .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .…………………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    …………………………………………………………………………Une promesse non traitée .…………………………………………………………………………………… (à vous de jouer !) .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… 10 11
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA Le meilleur ordinateur est un serviteur calme et invisible. (…) Les technologies les plus profondes sont celles qui disparaissent. Les hommes ont le sentiment Elles se fondent dans la trame de la vie d’avoir perdu le contact avec la réalité. quotidienne jusqu’à en devenir indiscernables” Le développement de la polysensualité, Marc Weiser, 1991 du soft touch, de l’encapsulation des odeurs, ou d’une façon plus générale, le recours à des matières qui font appel à tous nos sens, sont une réponse à cette perte de contact” Si aujourd’hui la technologie est froide, Monique Large, Dezineo, 2004 l’enjeu des années à venir est de la réchauffer de la chaleur humaine, celle qui donne sens à la vie. C’est seulement à cette condition qu’elle constituera une extension du domaine de la vie.” Didier Fass, Futur 2.0, 2007 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APLes gens ont massivement adopté les tech- Les technologies numériques participent IN REnologies numériques, souvent ­ u-delà de a S-DEMA à l’accélération constante de nos vies, àce qu’espéraient les industriels et en avance la surcharge informationnelle, au déficitvis-à-vis des organisations. Ces technologies attentionnel, à la standardisation d’une ­ pensée “répon­ ent visiblement à des aspirations humaines d Powerpoint”… Elles contribuent à une forme de dés-profondes en matière de communication, d’expres- humanisation de nos sociétés  : des ­ ystèmes auto- ssion, de coopération. matiques remplacent les inter­ ctions humaines aDans de nombreux domaines, notre expérience des entre les clients et les entreprises (voire au sein destechnologies s’est améliorée et enrichie. Mais elles organi­ ations) et menacent la vie privée. Leur inter­ snous soumettent également à de lourdes contraintes. action produit ­ arfois des “ émergences ” hors de tout pNous devons sans cesse apprendre à utiliser de nou- contrôle, comme on a pu le constater sur les marchésveaux appareils et logiciels. L’obsoles­ ence program­ c financiers.mée consomme du temps, de l’attention et de l’argent. Nous avons beaucoup appris sur la manière dontNous sommes souvent seuls quand les technologies nous co-évoluons avec nos technologies. À l’heure oùdysfonctionnent. celles-ci nous permettent d’intervenir sur nos esprits, nos corps, ainsi que sur certains des fonde­ ents de m nos sociétés, cette connaissance prend une impor- tance croissante. Il faut mieux la partager, et mieux l’utiliser en amont de la conception de nouvelles tech- nologies ou de nouvelles appli­ ations. c 12
  • Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  Une adoption massive   Les robots personnels (pour l’instant),   des techno­ ogies numériques, par presque  l l’informatique “vestimentaire”… toutes les catégories sociales.  La technologie exige toujours beaucoup    Les technologies numériques relient  de notre temps, de notre attention et de notre argent. les hommes, facilitent leur communication  Nous acceptons souvent des machines   et leur collaboration, servent  ce que nous n’accepterions jamais d’un humain,   de véhicules à leur expression et leur créativité. et avons tendance à assumer la responsabilité    Elles ont donné naissance à des milliers  de leurs dysfonctionnements. de services et d’outils très utiles. Nous avons pu   Certains des pires aspects d’un développement “externaliser” auprès d’elles de nombreuses tâches, techno-centré subsistent : l’obsolescence program­ ainsi que des portions entières de notre mémoire. mée, l’indifférence aux effets environnementaux,  Les interfaces deviennent plus “naturelles”,  l’excès de richesse fonctionnelle et de complexité… fondées sur la voix, le toucher, le mouvement…  Nous sommes plus déprimés aujourd’hui   Globalement, malgré certaines exceptions, nous qu’avant de recevoir toutes ces technologies –   savons mieux qu’avant créer des applica­ ions t mais celles-ci n’en sont pas forcément   accessibles et faciles à utiliser. responsables… Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  La lenteur de l’évolution des paradigmes   La technologie nous transforme à mesure   technologiques : l’interface “fenêtres-souris”  que nous la transformons. Elle nous force à discuter   a plus de 30 ans ! de ce qui est ou n’est pas humain, en sachant    Les technologies numériques demeurent  que la réponse évoluera dans le temps et   très sujettes aux pannes, et ceux qui les produisent selon les cultures. n’en assument pas la responsabilité.  Les interfaces ne servent pas qu’à rendre    La publicité de soi à l’aide des outils numériques, les technologies utilisables, elles définissent la nature malgré la crainte ( justifiée) d’une érosion  de ce qu’on peut faire avec et au travers d’elles.   rapide des frontières de la vie privée. Il restera difficile de trouver le bon équilibre   entre la richesse fonctionnelle, la simplicité et  Moins de temps pour réfléchir : le numérique  l’ouverture aux usages imprévus. semble tout entier tourné vers l’action !  La technologie continue d’évoluer plus    Les “technologies émotionnelles”, les robots  vite que les coutumes sociales et que   amicaux, Tamagotchi, Furby… les organisations, ce qui peut exclure certaines    Les phénomènes “émergents” sur des marchés parties de la population. entièrement automatisés, tels que   Les machines nous aident à moins prendre soin   le “flash crash” du NASDAQ en mai 2010. des autres, par exemple de nos parents vieillissants.  Les captcha : “Prouvez-moi   La technologie ne deviendra plus “humaine”   que vous êtes humain !” que si ceux qui la conçoivent, la produisent   et l’exploitent ont des buts et des comportements “humains”… RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA  Ce qui va changer économieTechnologie  Appauvrissement des classes moyen­ es… et des n gouvernements   Environ­ ements et ­ ystèmes “intel- n s  Informatique ambiante, objets et espaces “intel­ ligents”  : maisons, villes, réseaux…   Dépen­ ance dligents”, maturité des robots personnels   Big data, croissante ­vis-à-vis des techno­­ logies numériques extraction automatique de connaissances, prévision  Extension du “Do It Yourself”   Pression en faveurtemps réel, décision algorithmique   Convergence d’objets plus sobres en énergie, plus durables.“Nano-Bio-Info-Cogno”   Des interfaces “tangibles”,utilisant nos 5 sens   Améliorations de la reconnais- sociétésance de la parole et de la compréhension du langage  Vieillissement au Nord   Arrivée aux commandes desnaturel   “Affective computing”  : les ordinateurs ap- “digital natives”   Une consommation plus définie parprennent à détecter et à communiquer des émotions  des valeurs   Des relations sociales hybrides, numé-  Bio-inspiration… riques et physiques à la fois.  …et ce qui ne changera sans doute pas  La barrière des langues, malgré les efforts en matière de traduction automatique   Notre sentiment de man- quer de temps. 13
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMALes technologies numériques seront conçues afin de : Donner plus de capacités aux humains, plutôt que de les remplacer ou de les ignorer Aider les humains à atteindre de nouvelles frontières, personnelles ou collectives Multiplier et enrichir les interactions et les collaborations entre humains Élargir l’espace des possibilités futures, plutôt que de le délimiter  Montrer aux humains du respect, faire preuve d’empathie, et les aider à faire preuve de résilience quandelles tombent en panne  Rendre leur accès et leur apprentissage aisés, tout en reconnaissant la diversité des utilisateurs et  en permettant à ceux qui le désirent de comprendre leur fonctionnement, voire de les bricoler. La promesse à l’œuvre L’important n’est pas tant que Cette dimension, à la fois existentielle les machines sympathisent avec nous, et philosophique, touche à la transformation qu’elles deviennent nos amis, mais que nous de l’humain en un objet numérique, mais aussi nous sympathisions avec elles.” en un objet du numérique, c’est-à-dire Ben Bashford, 2012  en un être culturel numérique, convertible, extensible et capable de circuler de manières inédites grâce à la convergence de la technologie En acquérant le langage, les humains et du corps.”Milhad Doueihi,   n’ont pas seulement appris à écouter, mais bien Pour un humanisme numérique, 2012 à parler. En apprenant à lire, nous apprenons à écrire. Et à mesure que notre réalité devient de plus en plus numérique, nous ne devons pas Nous sommes tous des chimères,seulement apprendre à utiliser des programmes, des hybrides de machines et d’organismes mais bien à les créer.” Douglas Rushkoff, vivants ; bref, des cyborgs. Dans un monde Program or be programmed, 2010 de cyborgs, les gens pourraient vivre sans s’effrayer de leur ressemblance avec les animaux comme avec les machines, sans s’inquiéter de leurs identités toujours partielles ni de leurs points de vue contradictoires. (…) L’unité du cyborg est monstrueuse et illégitime ; dans notre réalité politique actuelle, nous ne pourrions rêver d’un mythe plus puissant au service de notre résistance et de notre réunification.” Donna Haraway, 1985 14
  • Quelle différence avec la promesse d’origine ?Il ne suffit pas de rendre les technologies plus simples et plus “naturelles”. La technologie est un moyen denous transformer nous-mêmes, ainsi que notre environnement. Les humains ont ­ oujours créé des artefacts tnon-humains : en cela, la technologie est humaine, la question devenant de savoir si ceux qui la créent ouqui l’appliquent le font au service de valeurs humaines.  La promesse reconnaît la tension   Elle considère la technologie comme   créative entre empowerment (capacitation,  une création culturelle, façonnée par les valeurs   qui suppose un certain degré de compréhension  de chaque société tout en contribuant à faire   et de contrôle de la technologie) et simplicité  évoluer ces valeurs. Les cultures sont diverses,   (qui rend la technologie et ses applications  et la technologie devrait permettre à cette diversité   plus accessibles). de s’exprimer pleinement.  Elle reconnaît le fait que la technologie   Désormais incorporées dans nos objets   est aussi une affaire de pouvoir, et que son but  et nos espaces, les technologies numériques inter­ devrait consister à distribuer ce pouvoir, à permettre agiront toujours plus profondément avec nos sens   aux individus de discuter de ses applications,  et nos esprits. Cette évolution peut s’avérer positive   plutôt qu’à rendre les pouvoirs (politiques  si elle permet à chacun d’en faire usage à ses propres et économiques) plus opaques. fins. Il faut alors éviter que la technologie ne se   Elle valorise l’ouverture des fins  dissimule, ne cherche à devenir plus “magique”   et des connaissances : produit de la créativité et mystérieuse. Au contraire, elle doit permettre   humaine, la technologie doit à son tour nourrir  à tous de décoder leur propre monde et d’organiser cette créativité. Elle doit rester visible,  leur propre relation au monde. compréhensible, ouverte au débat  comme au bricolage. R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes…  Des décisions à prendre  Des grands défis IN RE S-DEMA Réorienter une part significative des pro­ Le projet “Je Décide”  : au travers d’unegrammes de soutien à la R&D vers des techno­ combinaison de technologie, d’auto-régula-logies, des appareils, des applications qui proposent tion et de réglemen­ ation, fournir aux utilisateurs tplusieurs niveaux d’interaction : de l’utili­­ sateur comme des choix effectifs, informés et permanents, en parti-consommateur (technologie “ambiante”) à l’utilisa- culier en ce qui concerne leurs droits. Le consentementteur comme coproducteur (technologie ­ hackable”). “ préalable doit être la règle générale. L’utilisateur ne Investir dans l’anthropologie, l’ethnographie, la doit jamais ­ bandonner ses droits sans retour pos- asocio­ ogie des liens entre humains, société et techno- l sible. Il doit dispo­ er du droit d’obtenir et d’utiliser les slogie. d ­ onnées personnelles dont les systèmes disposent sur lui. Les organisations doivent être tenues pour respon-  Des barrières à franchir sables des conditions d’utilisation qu’elles imposent Des interfaces bidirectionnelles faisant appel aux 5 aux individus, même si ceux-ci sont censés les avoirsens. acceptées… Une reconnaissance et une traduction du langage “La technologie, latin du XXIe siècle”  :naturel automatique et en temps réel. a ­ pprendre à tous les enfants (et si possible, aux adultes) comment la technologie numérique fonctionne, ce qu’elle fait, d’où elle vient, comment la manipuler et la programmer, quels sont ses bénéfices et ses risques… “Les nouvelles lois de la robotique”   : sur le modèle des “Lois de la robotique” d’Isaac Asimov, i ­ maginer et mettre en discussion un ensemble simple de “lois” que les techno­ ogies “convergentes” de l’avenir l devraient respecter. 15
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA Après vingt siècles au cours desquels Chrometa vous fait cadeau du temps ! nous avons surtout cherché à [repousser] Il est complètement automatique et vous n’avez les frontières de l’espace, ce sont celles du temps plus rien à faire pour garder la trace que nous chercherons à franchir. L’homme de la manière dont vous comptabilisez du XXIe siècle fera tout ce qu’il désire depuis votre temps de travail.” Publicité l’endroit de son choix et au moment qui lui convient le mieux. La conquête de la vie ne se fera plus en réduisant les distances par Le rythme de la vie moderne est rapide accélération du temps mais en les effaçant.” et il s’accélèrera encore. Auparavant, Christian Loviton, La vie à distance,  nous avions moins de choix et plus de temps Belfond, 1989 pour les faire. Aujourd’hui, nous avons besoin de toute l’assistance possible pour rendre nos choix plus aisés et rapides, et la technologie numérique nous y aide. (...) Ces nouvelles technologies nous font aussi gagner du temps en nous permettant de faire tant de choses sans quitter notre domicile.” Simone Zhang, Euro RSCG Shanghai L’expérience majeure de la modernité Publicité de 1980 [source est celle de l’accélération. “ Hartmut Rosa,http://www.flickr.com/photos/jbcurio/3367196078/sizes/o/in/ Accélération – Une critique sociale du temps, photostream/ 2005 (trad. La Découverte, 2010) R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN AP Le numérique devait nous rendre plus brouillent entre heures de pointe et creuses, IN RE productifs, plus réactifs et globalement, S-DEMA jour et nuit, ­ maine et week-end… Sans se­ nous faire gagner du temps. Certes, nous compter que la technologie elle-même dévore accomplis­ ons plus de choses, plus vite  ; mais s du temps consacré à choisir, installer, apprendre, nous nous sentons toujours plus pris par le temps. protéger, réparer, mettre à jour, interconnecter nos Parce qu’à mesure que nous accélérons, tout s’accélère appareils et logiciels. autour de nous. Les cycles de décision, d’inno­ ation, v L’aspiration, parfois velléitaire, au “slow”, exprime le de vie des produits, se raccourcissent. L’horizon de fait que notre relation au temps n’est pas meilleure décision des entreprises comme des acteurs publics aujourd’hui qu’hier. Pour certains, surtout les plus se rapproche sans cesse. Notre impatience devant inté­ rés, le temps manque. Mais d’autres en ont trop et g toute forme d’attente n’a d’égale que l’impatience des ne savent qu’en faire. D’autres encore font l’expérience autres vis-à-vis de nous. de la “taylorisation” de nouvelles activités : la relation Le numérique devait nous permettre, à la fois, d’orga­ client dans les centres d’appel, les tournées minutées niser plus librement notre temps et de mieux l’occuper. des commerciaux, techniciens de maintenance et Pourtant, nous avons souvent le sentiment de ne rien aides-soignantes... Le temps est aussi mal distribué, et maîtriser : ni l’afflux de messages et de sollicitations, aussi inégalement liquide, que le capital. ni la séparation des temps profes­ ionnel et personnel, s En définitive, nous sommes parvenus à accélérer nos ni l’organisation de nos journées. L’individualisation rythmes et pouvons parfois y trouver du plaisir, mais de nos modes de vie, les ­ ransformations économiques, t nous ne sommes pas parvenus à maîtriser le temps. ont désynchronisé nos rythmes  ; les ­ différences se 16
  • Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  La disponibilité d’une information   Dictature de l’urgence, impossibilité   et de services pertinents et efficaces  de hiérarchiser, réduction du temps   pour s’informer, faire des choix, agir à distance… de réflexion, de projection.  L’usage massif du mobile, notamment   Hyperconnectivité, sollicitation permanente   à des fins de synchronisation continue,  et surcharge cognitive.et désormais d’accès à l’internet et à des services.  L’organisation collective des temps au sein    La synchronisation des activités  de territoires : chaque acteur, chaque activité productives à l’échelle locale et mondiale :  s’organise sans vraiment tenir compte des autres. flux tendus, logistique de précision…  La technologie reste complexe, fragile,    Les agendas numériques. mouvante, et consomme du temps.  L’amélioration, la diversification, l’interpénétration des moyens de communication à distance : mail, réseaux sociaux, microblog, messagerie instantanée, visiocommunications…  La densification du temps :  en pouvant cumuler plusieurs activités,  en pouvant tout faire où que nous soyons,  nous pouvons accomplir plus de choses  en une journée. Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  Les nouvelles formes de gestion de temps,  Le temps total d’une communauté humaine   notamment dans certains “systèmes d’échange est abondant, mais il est mal réparti et mal locaux” où le temps est la base de l’échange. coordonné. Cette inégalité de répartition reflète,    Le mouvement “slow”, d’abord individuel,  en inversé, les inégalités sociales : les “exclus”   mais qui s’étend aujourd’hui à l’échelle  ont à la fois moins de revenus, moins de contacts, de villes (Cittaslow). moins de mobilité… et beaucoup, souvent   trop de temps.  Le développement rapide de lieux hybrides,  partagés, “tiers” : espaces de “coworking”,   16 % des actifs occupés travaillent au moins   télécentres, cafés remplissant également  de temps en temps la nuit, la moitié le samedi,   d’autres fonctions, épiceries-centres de livraison, un quart le dimanche, en forte augmentation   maisons de service public… depuis les années 1990 (Insee).  Les technologies numériques participent   à la fois à l’accélération générale, à la confusion   des temps, à l’individualisation des rythmes,   et à la resynchronisation et l’organisation   des temps. Elles aident à remplir les temps   morts ou intersticiels. RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA Technologie économie  société  Informatique omniprésente,   Réduction de l’ancrage spatial et temporel   “cloud” : on n’est plus jamais déconnecté. des activités : dématéria­ isation, téléréunions,   l “Informatique contemplative” : des technologies,  travail mobile et télécentres, espaces “flexibles”... des outils, des méthodes conçues   Augmentation de la contrainte spatiale   pour nous aider à maîtriser nos rythmes. de l’éco­ omie : économies d’énergie, “relocalisation”. n  “ Augmentation humaine” :   Allongement de la durée de la vie et – après   des technologies (numériques, mais aussi  une longue période de réduction –, allongement   biologiques) pour penser et agir plus vite. des temps de travail, sur l’année et sur toute la vie.  Flexibilité du travail : horaires et statuts variables, contrats plus précaires, carrières non-linéaires,   forma­ ion “tout au long de la vie”... t 17
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMAAprès avoir contribué à l’accélération générale, le numérique devient l’outil de la maîtrise du temps,  dans une logique de développement durable : répondre aux besoins de tous, en tenant compte de  la limitation de nos ressources et en pensant aux générations futures. Le temps devient une forme  de “ressource naturelle” dont on se préoccupe à titre individuel et collectif à la fois. Il s’échange, se donneet se partage : chacun retrouve le choix permanent d’accélérer ou de ralentir, d’agir tout de suite ou plustard, de se coordonner ou se désynchroniser. Il s’investit : le temps long retrouve de la valeur face au tempscourt. Il se cultive : sa qualité a une valeur et ce qui la dégrade, par exemple l’excès de sollicitations,  a un prix. Il se régule et se gère comme une ressource commune et limitée : ceux qui manquent de tempsdoivent en retrouver sans le reperdre immédiatement, ceux qui en ont en surplus doivent pouvoir  l’employer d’une manière utile, valorisante et ­ econnue – ou bien choisir d’en jouir sans empiéter sur   rle temps des autres. La promesse à l’œuvre Cette appropriation individuelle Les technologies de l’information du temps est la plus grande liberté que nous promettent de nous rendre plus intelligents ayons gagnée, même si c’est aussi une lourde et plus efficaces, mais elles tendent souventresponsabilité, aussi bien pour son organisation, à nous solliciter sans cesse et à distraire ses usages, que du compte final de ce que nous notre attention. L’informatique contemplative en aurions fait. Mais si ce temps est à moi, nous aide à les utiliser pour être plus concentrés tout usage que j’en fais doit avoir gagner et plus créatifs. Elle est une pratique, sa légitimité à mes propres yeux et la regagner pas un service à utiliser ou un produit sans cesse.” Jean Viard, Éloge de la mobilité. à consommer. Elle passe par une compréhension Essai sur le capital temps libre et la valeur plus profonde de la manière dont l’esprit travail, Ed. de l’Aube, 2006  et les technologies travaillent ensemble.” Alex Pang, 2011 Nous vivons aujourd’hui sous le joug d’un temps standardisé, un temps industriel qui s’impose à nous quoi que nous fassions, Les questions de temps ne peuvent où que nous soyons. (…) Il n’est que temps plus se limiter aux problèmes d’aménagement de nous déprendre de l’obsession de la vitesse du temps de travail. Elles doivent être examinées et de partir à la reconquête du temps et mesurées dans toutes leurs dimensions et donc de nos vies.” Serge Latouche  en fonction d’un véritable projet de “maîtrise et Dider Harpagès, Le temps de la décroissance, des temps” pour les individus, les organisations Troisième Culture, 2010 et les territoires, à différentes échelles, de nos appartements aux continents.” Luc Gwiazdzinski, Temps et territoires : les pistes de l’hyperchronie, Datar, 2012 18
  • Quelle différence avec la promesse d’origine ?  La promesse part du constat que   Il s’agit alors de considérer le temps comme   les problèmes rencontrés autour de l’accélération  une sorte de ressource naturelle, certes renouvelable,ont beaucoup à voir avec ceux que l’on rencontre dans mais dont la production est par essence limitée. le “développement durable” : le constat  L’objectif est d’abord d’en optimiser l’allocation,   qu’une ressource qu’on croyait infinie ne l’est pas ; à la fois entre les acteurs (division du travail, valori- qu’une exploitation toujours plus intensive ne suffit sation économique...) et dans le temps (actualisation, pas à résoudre le problème, parce qu’elle provoque taux dutilisation des espaces, des équipements).   toutes sortes d’“effets rebonds”  ; que l’inégalité  Il est aussi d’en réguler l’usage collectif, par exemple de distribution de la ressource fait partie  en donnant un prix aux pollutions (externalités)   intégrante du problème ; que sa gestion est une ou en organisant les différents temps dun territoire. affaire collective autant qu’individuelle...  Dans l’esprit du développement durable, l’approche économique se met au service du “développement humain”. Elle reconnaît alors l’importance   de la qualité et de l’expérience du temps, ainsi que   le besoin dune gestion collective du temps   qui permette aux individus de se “retrouver”. R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes…  Donner une valeur au temps  Une politique du temps IN REEt si le temps devenait une unité de valeur S-DEMA Et si l’on imaginait un “droit au temps”, à laà part entière ? On pourrait acheter, offrir, fois dans l’entreprise et en général ? Il pourraitpartager du temps. Des “bourses de temps” éten- inclure le “capital-temps” personnel, mais aussi desdraient à beaucoup plus grande échelle le principe temps protégés de déconnexion ou d’indis­ onibilité, pde certains Systèmes d’échange locaux dans lesquels un droit opposable à la formation tout au long de la vieune heure de cours de maths vaut (par exemple) une (flexi-sécurité), le droit à des temps sabba­ iques… theure de plomberie. On mesurerait les “externalités Et si l’on inventait un “chrono-­ rbanisme”, qui viserait utemporelles” des produits (le temps moyen qu’il faut à coordonner les temps et les rythmes au même titrepasser à les apprendre, les maintenir, voire à les utili- que l’on gère la diversité des formes de mobilité ? Celaser) et leur affichage deviendrait obligatoire. Et pour- pourrait devenir l’un des nouveaux métiers des acteursquoi pas un principe “pollueur-payeur”, par exemple publics.pour l’envoi de mails publicitaires ? Et si l’on choisissait de réinventer quelques moments  Un “capital-temps” à tiroirs réel­ ement collectifs, communs à tous les membres l d’une commu­ auté désireuse de se vivre comme telle nEt si chaque individu naissait avec un “capital-temps”, (un pays, une grande ville, l’Europe ?). Réinventer deségal pour tous – que l’on pourrait, dans une certaine rituels, des ponctuations fortes de l’année ?mesure, exploiter, faire fructifier ou simplementconsommer ? Ce capital pourrait se composer de diffé-  Une culture du tempsrents “tiroirs”, formation, activités collectives, culture... Et si l’on enseignait le temps, les manières de l’orga-ainsi qu’un tiroir “vierge”, sur lequel la société consi- niser et de le synchroniser, d’en négocier la gestiondère qu’elle n’a aucun compte à demander. Chacun personnelle et collective, de l’employer ou non, de dif-dispo­ erait d’une latitude pour réallouer du temps s férencier temps court et temps long ?entre chaque tiroir, ainsi qu’entre différentes périodesde sa vie. On pourrait augmenter son capital, parexemple en menant des actions d’intérêt collectif, ouen réduire le rythme de consommation, par exempleen ­ onnant et recevant de la formation. En revanche, don ne pourrait ni acheter, ni vendre ce capital. 19
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA La dématérialisation touche toutes sortes de produits. La banque se réduit à déplacer quelques électrons sur un téléphone mobile, comme c’est le cas des cartes, des encyclopédies et des appareils photos, livres, jeux de cartes, chansons, des disques et des lettres – dont aucun n’a plus besoin d’occuper un quelconque espace physique. (…) Ladématérialisation du futur inclura la production de viande synthétique, produite en laboratoire sans cerveau, ni jambes, ni entrailles.” Matt Ridley, Wall Street Journal, 2012 Dématérialiser c’est l’occasion de nettoyer toutes les tâches parasites qui n’apportent pas de valeur ajoutée (…) On met le client au centre et derrière on se facilite la vie.” Patrick Fèvre, SNCF, 2011 Si les consommateurs dématérialisent leur usage des objets et si les techniciens produisent ces objets à moindre impact environnemental, la population peut croître en nombre et en richesse sans que son impact environnemental croisse en proportion.” Jesse H. Ausubel, Paul E. Waggoner, 2008 Source : Cato Institute 20
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN AP ­La dématérialisation est entrée dans nos Comment offrir de l’immatériel ? Comment IN REvies quotidiennes. Elle nous simplifie la vie S-DEMA ne pas vivre la dématérialisation commedans de nombreux domaines, à commencer une dépossession, quand nos acquisitions nepar les paiements et opérations bancaires, les sont que des achats de droits provisoires ? À cesdémarches administratives, les transports et le tou- inquiétudes s’ajoute la faible confiance que l’on peutrisme. Elle nous permet de ­ voyager léger grâce au accorder aux plateformes à qui sont confiées nos bienscloud. Elle facilite la consultation d’annonces, le par- immatériels et qui exploitent à notre insu nos tracestage de photos, dont nous avons de moins en moins d’usage. Enfin, nombreux sont ceux pour qui la déma-de traces papier ; et des biens culturels aussi courants térialisation est synonyme de dé­ humanisation, voire sque les livres, disques et journaux sont de plus en plus d’exclusion.“immatériels”. Nous y gagnons du temps, de la libertéd’action et de mobilité, du lien social aussi. Les biens La promesse environnementale, également, fait fi-communs et les pratiques de partage se développent. gure de leurre  : les réseaux et les serveurs sont gros conso­ mateurs d’énergie  ; les usagers finissent par mMais de nombreux nuages viennent assombrir ce pay- imprimer à leurs frais ce que leurs fournisseurs ontsage. Chacun a l’expérience de perte de ­ onnées, de d dématérialisé ; il n’y a pas de commerce en ligne sansphotos ou de films importants. Nul ne sait vraiment camions et chaîne logistique. La substitution atten-conserver sur le temps long ses documents adminis- due n’a pas eu lieu. L’hybridation prévaut la pluparttratifs numériques  : l’obsolescence des ­ formats, les du temps  : la dématérialisation permet la rematé-bugs et les accidents informatiques nous guettent. La rialisation, et c’est souvent une bonne ­ ouvelle pour nvie numérique devient synonyme d’un certain désar- l’usager. Les conditions de maîtrise et d’appropriationroi par l’impossible ­ estion des versions de documents, g déterminent l’avenir d’une déma­ érialisation heu- tde l’infobésité, des plateformes multiples. Le gain reuse.fonctionnel peut ­ ’accompagner d’une perte symbo- slique : quelles archives laisseront les écrivains demain ?  Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  Banque en ligne, feuilles de paie   Une accélération du temps difficile à vivre. et factures numériques.  Une plus grande accessibilité à l’information   Apparition de nouvelles fractures cognitives par une démocratisation des outils,  (abstraction). une baisse du coût d’accès, créant en retour   Pouvoir et opacité des algorithmes. de l’abondance.  L’obsolescence des formats, des équipements,    La dématérialisation de la monnaie. la fragilité persistante des systèmes complexes    Des services publics plus efficients  (crash, bug). (mais des dysfonctionnements plus lourds   Les problèmes de mémoire sur le long terme : de conséquences). archivage défectueux, standards changeants.  Concentration de dizaines d’appareils   La dépossession progressive : passage   en un seul smartphone : appareil photo,  de la propriété au droit d’usage. baladeur, magnétophone, boussole…  La captation de valeur : le client est le produit.  Projet Gutenberg, numérisation bénévole   Le cartable numérique. des livres en domaine public.  Dématérialisation = déshumanisation.  Dématérialisation = fin de la rareté =  émergence de biens communs : wikipédia,  logiciels, contenus et services  sous licences libres. 21
  • Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  La vitesse des transformations.  À créer des biens communs différents    L’ubiquité des technologies  des biens publics. et la mobilité des activités qui va avec.  Le monde matériel est toujours là :    Une nouvelle gestion du domicile connecté. il s’est hybridé avec les univers virtuels.  L’ouverture relativement rapide   Ce qui n’est pas dématérialisé peut avoir   des données publiques. une valeur renforcée.  Dématérialisation = partage.  Dématérialisation = dépossession   et captation de la valeur par des grandes   plateformes mondiales. RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA Poursuite des impacts Technologie de la déma­ érialisation t  Terminaux à tout faire et “intelligence    La dématérialisation appliquée à l’éducation  am­ iante” avec des objets “intelligents” plutôt   b et la formation : les amphis vont continuer  spécialisés. à se vider…  “Cloudification” de l’économie et des services   Allongement de la durée de la vie et problème en même temps qu’une augmentation des capacités d ­ ’archivage de la “longue vie numérique”. de stockage disponibles dans chaque appareil,   sur chaque personne.  Déploiement massif de nouveaux espaces  et ­ ouvelles organisations de travail. n  Réseaux omniprésents et remise en question   de leur neutralité. Basculement croissant de la propriété à l’accès.  Des données entre ouverture et opacité.  E-administration de proximité.  La rematérialisation via les imprimantes 3D,   l’impression à la demande, l’encre électronique… Le retour de la rareté matérielle  Tension croissante sur les matières premières :   minerais, eau, énergie.  Pénurie des composants informatiques. 22
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMADemain, la dématérialisation offrira aux citoyens une plus grande maîtrise individuelle et collective  de leurs informations personnelles, grâce à des réseaux intéropérables, simples d’usage et facile­ ent   maccessibles. Elle offrira le meilleur des mondes, physique et numérique, par l’hybridation, la (re)maté­rialisation, la relocalisation, et de nouvelles proximités vécues – géographiques, relationnelles. Elle soutiendraun partage et un recyclage intelligents des biens et des services matériels, au profit d’une consommationillimitée de biens immatériels. Elle accomplira tout cela grâce à une vigilance constante vis-à-vis de touteforme de capture, de mise en dépendance et d’effets rebond. La promesse à l’œuvre La transformation de produits physiques et Dans une économie des idées, produits numériques bouleverse l’édifice de la des connaissances à jour peuvent constituer production de masse. Nous vivons à nouveau un actif plus valable et plus liquide dans des marchés à l’unité, à ceci près que qu’une maison. (…) À terme, si la nouvelle chacun de ces marchés peut être satisfait d’une génération conduit notre société vers plus demanière industrielle et efficiente. Les compromis partage et de proximité, elle transformeraitde la révolution industrielle n’ont plus lieu d’être. quelque chose de plus que notre culture De toutes les projections que nous avons faites, de consommation : elle pourrait remettre notreil s’agit de la plus transformative, de celle que les économie sur de meilleurs rails pour entreprises doivent comprendre en priorité. Une les décennies à venir.” The Atlantic, 2012entreprise ferait une grave erreur en considérant que son produit ne peut pas se numériser et par conséquent, que cette rupture l’épargnera. J’invite à repenser l’utilisation des nouvelles Elle en ferait une autre si, comprenant que technologies au sein de nos administrations son produit peut être numérisé, elle ne se pour que la dématérialisation n’aille pas de pair transformait pas en profondeur parce qu’elle avec une déshumanisation du service public. (…) se tromperait sur ce qui constitue le coeur de sa Les technologies sont des facilitateurs valeur.” Ericsson, Changing the Game Before au service de l’humain ; elles ne doivent pas être it Changes You, 2012 une barrière supplémentaire entre l’usager et le fonctionnaire.” Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la République, 2010 23
  • Quelle différence avec la promesse d’origine ?  Plus d’hybridation, de continuités   Des contrefeux aux captations de données   entre monde physique et monde numérique : et d’informations personnelles, à l’économie   de l’attention : le respect de la vie privée   Rematérialisation temporaire ou durable de biens,  et la transparence réciproque entre individus et   de contenus et de services, entièrement recyclables. organisations deviennent des fondements   Relocalisation de certaines productions  de la dématérialisation vigilante. grâce à des circuits de diffusion en réseaux  de proximité, fonctionnant en circuits courts   La dématérialisation n’est plus synonyme   et “bouclés”. de dépossession : les biens acquis, les contenus   produits sous forme numérique appartiennent bien Des services publics et privés numériques,  aux individus et peuvent les suivre tout au long   mais également mieux articulés à des points  de leur vie numérique – voire au-delà.de présence et des médiations physiques, des guichets aux bureaux de postes en passant par les commer­  Par “dématérialisation”, on entend également   çants locaux, les gares, les écrivains publics… le partage de biens matériels entre individus :   moins de produits achetés pour des bénéfices   d’usage équivalents.  Des régulations qui viendront des acteurs publics, des services, mais surtout des internautes formés, outillés, et mieux organisés collectivement. R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes… IN RE S-DEMA  Un cloud moins nébuleux  L’autre dématérialisation : le partageComment éviter que le cloud ne soit synonyme de tra- Aujourd’hui, “dématérialiser” consiste, pour un ­ cteur, açage, de dépendance vis-à-vis des grandes plate­ ormes, f à transformer un produit en service, un contact ou unde vulnérabilité des données (sécurité, formats…) ? Et document physiques en octets, sans changer la naturesi l’on faisait de la “porta­ ilité” des données un impé- b de sa prestation ni de sa relation avec les individus.ratif, fondé sur des standards communs, qui assure la Le partage ouvre vers autre chose  : une organisationp­ érennité des informations et des documents ? Et si l’on horizontale au travers de laquelle des individus se re-considérait les espaces individuels sur le cloud comme groupent pour orga­ iser l’usage d’une ressource com- ndes extensions du domicile, ou de la ­ ersonne ? Et s’il p mune, pour faire fonctionner des circuits de recyclage,existait des clouds publics, territoriaux, sociaux… ? etc. Les deux approches visent à abaisser l’intensité matérielle de la croissance, mais la seconde s’appuie  L’hybridation substituée… à la substitution sur le désir et l’énergie des individus plutôt que sur desLa substitution ne fonctionne pas  : on imprime les choix unilatéraux des producteurs.factures électroniques, on réinvestit le temps ­ agné gen téléréunions sous la forme d’autres déplacements,  Matérialiser l’empowerment des individuson achète un smartphone et un appareil photo numé- La dématérialisation peut, ou non, être synonymerique… Puisque la réalité des pratiques va dans le sens d’aliénation, d’éloignement entre les individus et lesde l’hybridation, organisons-la : cherchons des formes organisations avec lesquelles ils sont en ­ elation, de rde “rematérialisation” infiniment recyclables, facili- dépossession, d’abstraction. Comment, au contraire, entons l’émergence de nouvelles formes de proximité faire l’occasion de donner à chacun plus de prises sur saqui agrègent toutes sortes de services et de fonctions, vie, son histoire, son destin ? Et si l’on formait à travail-marions le présentiel et le distant dans les commu­ ler dans un monde d’immatériel ? Et si l’on restituaitnications, le travail et l’éducation… Autre bénéfice, aux individus toutes les données qui les concernent,ces formes d’hybridation peuvent inclure quand la pour qu’ils en fassent ce qui a du sens pour eux ? Etd­ ématérialisation radicale exclut une partie de la si l’on faisait émerger des outils “libres”, voire publics,popu­ ation. l pour fournir à tous un premier niveau de maîtrise de ses documents, souvenirs et avoirs numériques ? 24
  • The Atlantic, 201225
  • R D H U I OU   une promesse HIER AUJ DE MAIN AP proposée, mais qui reste à traiter IN RE S-DEMAL’internet devient plus sûr pour rendre le monde plus sûr. Il facilite la lutte contre la criminalité et  le terrorisme. Il rend les systèmes critiques dont nous dépendons plus transparents et plus fiables.  Il facilite la prévision, la prévention et la résolution des risques, des crises et des conflits. Il promeut  la paix. Nous pouvons désormais chercher L’internet a joué un rôle clé dans des infos sur un rendez-vous potentiel avant beaucoup des innovations majeures qui de le ou la rencontrer. Nous sommes prévenus ont amélioré nos vies et notre société – quand un ancien pédophile s’installe dans une meilleure éducation, une meilleure santé, le quartier, alertés de ce qu’il se passe de grave un environnement plus sain, un usage plus à proximité ou dans le monde. Nous pouvons efficient de l’énergie, des communautés et suivre ce que nos enfants font en ligne et filtrer des nations plus sûres… (…) Nous sommesle web pour les protéger de ce qu’ils ne devraient certains que l’innovation et les technologies pas voir. Nous vivons vraiment de l’information tracent le chemin d’un avenir dans un monde plus sûr, grâce à l’internet.” plus prospère et plus sûr pour tous les citoyens Smashing Tops, 201 de la planète.” The Information Technology   & Innovation Foundation, 2010 Des hackers volent les données personnelles etl’argent de consommateurs vivant à l’autre bout D’ici 2020, l’analyse de grands ensembles du monde. Des trafiquants emploient de données améliorera notre intelligence sociale, la ruse pour livrer des personnes à l’esclavage, politique et économique. Les “Big Data” et des pédophiles commettent des abus sexuels faciliteront des tâches telles que le “nowcasting” sur des enfants puis en publient les photos (la prévision d’événements en temps réel) ; sur Internet. Des terroristes préparent leur le développement de logiciels d’inférences prochain attentat tandis que la drogue traverse qui détectent des phénomènes cachés pour nos océans. Des passeports et des voitures volés projeter des résultats possibles ; et la création dans un pays sont utilisés ou vendus dans d’algorithmes de corrélation avancés pour un autre alors que l’argent est blanchi par rendre possible une nouvelle compréhension des organisations criminelles. Des médicaments du monde.” Elon University, “Imagining the et des marchandises de contrefaçon mettent Internet 2012” (opinion majoritaire) en danger des vies et des économies. Aujourd’hui, les malfaiteurs franchissent les frontières tant physiquement que virtuellement. Pour garder Les TIC peuvent être utilisées pour repérer une longueur d’avance, les polices doivent les situations de conflit grâce à des systèmescoordonner leur action au niveau international.” d’alerte avancée, pour prévenir les conflits, Interpol, 2011 promouvoir leur règlement pacifique, appuyer les actions d’aide humanitaire, faciliter les opérations de maintien de la paix et contribuer à la reconstruction.” Sommet Mondial de la Société de l’Information, 2005 26
  •  Qui protège qui, contre qui ?  Sécurité d’en haut, sécurité d’en bas ? Dans les 10 années à venir, la définition Les systèmes décentralisés – le pouvoir de traditionnelle de la sécurité informatique la multitude – savent combattre des adversaires connaîtra un retournement radical. Au lieu décentralisés (…) Des environnements ouverts de vous protéger, vous, elle défendra et transparents sont plus sûrs et stables que les entreprises et leurs modèles d’affaires des environnements fermés et opaques. contre vous. (…) Les entreprises utiliseront des La connectivité entre les hommes que propose technologies de sécurité, appuyées sur l’internet combat la division que les terroristes des mesures juridiques, pour protéger leurs s’efforcent de créer. Les terroristes peuvent modèles d’affaires. Et, sauf si vous êtes un exploiter l’ouverture de l’internet mais, comme utilisateur modèle, vous serez l’adversaire.» c’est le cas avec la démocratie, l’ouverture réduit Bruce Schneier, 2010 la probabilité d’actes terroristes et permet de répondre efficacement au terrorisme.” The Infrastructure of Democracy, 2005  Une société transparente ? Le futur peut être connu. Le meurtre Les logiciels de paix (Peace software) peut être évité. Les coupables punis avant que sont des outils et des plateformes qui le crime ne soit commis. Le système est parfait. contribuent à la paix entre les hommes.” Il ne se trompe jamais. Jusqu’à ce qu’il World Peace Through Technology s’en prenne à vous.” Minority Report, 2002 La technologie tend à devenir invisible, Hacking Citoyen”, Geoffrey Dorne, 2009 embarquée dans les objets du quotidien et dans le tissu même urbain. Du même coup, elle offre une visibilité permanente. Chacun est susceptible d’être observé, suivi, repéré. Cette visibilité se prolonge également dans le passé, grâce aux innombrables traces que la technologie invisible peut recueillir, consigner et archiver. (…) Il devient possible de repérer des régularités, d’identifier des structures récurrentes, en un mot de prédire le futur. La société transparente poussée à son extrêmeconduit à l’économie parfaite – le compor­ ementt de chaque agent économique étant tracé de manière parfaite – à la fin de la psychologie – l’abondance des informa­tions disponibles prenant le pas sur l’intuition et l’introspection – et la démocratie absolue – un contrôle permanent de tous sur tous.” Frédéric Kaplan, Futur 2.0, 2007 27
  • RDHUI RDHUI RDHUI RDHUI OU   OU   OU   OU   HIER AUJ DE HIER AUJ HIER AUJ HIER AUJ DE DE DE MAIN AP MAIN AP MAIN AP MAIN AP IN IN IN IN RE RE RE RE S-DEMA S-DEMA S-DEMA S-DEMA une promesse son bilan quelle promesse quelles pistes pour demain ? daction ?Une promesse à réaliser, pleinement, partout 28 29
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA La technologie nous fournit une boîte à outils Pour les individus et les petits producteurs, grâce à laquelle n’importe qui peut devenir nous sommes à l’orée d’une nouvelle ère, journaliste à moindre coût et, en théorie, à peut-être d’un âge d’or, aussi important que l’échelle mondiale. Il n’y a aucun précédent. (…) la Renaissance ou l’émergence de la démocratie La frontière entre producteurs à Athènes. Nous pouvons coproduire et consommateurs se brouille, ce qui modifie un système d’exploitation, une encyclopédie, leurs rôles respectifs. (…) Si tout le monde peut les médias, un fonds de placement et même faire l’actualité, les sans-voix reprendront des objets physiques tels qu’une moto. Nous la parole. Ils nous enseigneront à tous – citoyens, devenons notre propre économie – un vaste journalistes, leaders d’opinion – de nouvelles réseau mondial de producteurs spécialisés quimanières de parler et d’apprendre. Cela pourrait partagent et échangent des services pour signer la renaissance de la notion menacée de se cultiver, se nourrir ou apprendre. Une nouvelle citoyenneté informée. Il n’en faut pas moins démocratie économique émerge, dont nous pour nous gouverner nous-mêmes, et nous en sommes tous des dirigeants.” Don Tapscott   bénéficierons tous si nous nous et Anthony Williams, Wikinomics, 2006 y prenons bien.” Dan Gilmor,  We The Media, 2004 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APQuelque chose a bel et bien changé  : des D’autre part, la démocratisation des outils IN REmillions de citoyens se sont habitués à pu- S-DEMA profite avant tout à une nouvelle élite,blier leurs textes, leurs photos, leurs vidéos ; s ­ ouvent issue des ­ anciennes, même si sesdes sans-voix ont retrouvé la parole, les secrets codes sont différents. Et si l’on excepte quelquesfuitent, les experts ne font plus seuls l’opinion… Et initiatives militantes, rien n’est vraiment entreprispourtant, rien n’a changé  : nos sociétés restent frac- pour étendre au plus grand nombre les opportunitéstionnées et inégales, nous sommes ­ toujours aussi de participation.i­ ncapables de répondre aux grands défis collectifs, Enfin, l’explosion des formes de publication a donnétoujours aussi inquiets vis-à-vis de l’avenir. L’“âge d’or” naissance à des plates-formes géantes qui cadrent,que prophétisaient Tapscott et Williams se fait pour le standardisent et capturent à leur profit les nouvellesmoins attendre. formes d’expression, de collaboration, de production. Elles entretiennent la confusion entre la production  Comment expliquer cette disjonction ? d’un bien collectif tel que ­ ikipedia et la captation WD’une part, les institutions et les entreprises instal­ ées l marchande des productions individuelles, au risque deont su résister à l’irruption de ces nouvelles formes tarir la source des unes comme des autres.d’expression et de création, voire les instru­ entaliser mà leur profit – pensons à l’usage de ­ witter par les poli- Tticiens. 30
  • Ce qui a marché… Ce qui n’a pas marché…  Le numérique et le web ont introduit   Les blogueurs influents, les “pro-ams”,   une démocratisation sans précédent des outils se recrutent majoritairement dans les catégories d’expression, de création, de publication et même,  sociales aisées et éduquées. de fabrication de certains objets physiques.  La frontière entre professionnels ( journalistes,  Publier, diffuser des idées ou des informations… experts, designers, artistes…) et amateurs se brouille, devient un acte quotidien, “normal” pour beaucoup. mais sans disparaître. Certains “amateurs”    Ce potentiel s’exprime à de multiples niveaux : sont plutôt des professionnels en devenir. l’expression et la publication personnelles (blogs,  La multiplication des “auteurs” n’a pour l’instant   réseaux sociaux, sites de partage de photos  pas produit beaucoup de créations radicalement et vidéos), la connaissance (Wikipedia), la gestion  neuves. de crise (Ushuahidi), la production d’objets  La frontière entre la reconnaissance de la création(Thingiverse), le partage et le financement de projets  amateur et son exploitation marchande par   artistiques ou non (Kiva, Kisskissbankbank, Kublai)… un tiers est  vite franchie. Dans plusieurs domaines,  Dans le domaine de l’information,  le “crowdsourcing” est dénoncé comme une nouvelle cette ouverture fait l’affaire des militants,  forme d’exploitation des créateurs. des “lanceurs d’alertes”, des dissidents.  Les productions de la “multitude” ne sont pas  Le caractère décentralisé de l’internet et  toujours de qualité : certains y voient   du web ont empêché, jusqu’à présent,  l’avènement d’un âge de la médiocrité. une reprise de contrôle totale Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  Les individus n’ont qu’une faible   Prendre la parole, écrire sur un blog,   compré­ ension des logiques commerciales  h composer ne signifie pas être écouté et lu !   des grandes plates-formes d’expression  Les audiences restent très concentrées ; le modèle   (Facebook, Youtube…), alors que celles-ci  de la “longue traîne” n’a pas produit   ont un effet majeur sur ce qui est  la révolution escomptée. ou non rendu visible.  De nouvelles compétences deviennent nécessaires :  “Publis ou péris” : cette injonction d’ordinaire gérer ses identités, se “marketer”, manipuler   adressée aux chercheurs exprime une nouvelle  les codes et les techniques des réseaux sociaux… norme sociale. La délégation, la contemplation,   Plutôt qu’à une “désintermédiation” générale le temps de la réflexion silencieuse,  (produire et diffuser son disque tout seul),   n’y trouvent plus leur place. on assiste à la montée en puissance de nouveaux  Les conséquences sur la propriété intellectuelle intermédiaires, des plates-formes (iTunes, Facebook…)   restent un sujet de conflit majeur, qui ne semble  qui ont très rapidement capté l’essentiel du marché. pas prêt de trouver sa conclusion. Depuis quelques années, ce paysage bouge    Les organisations établies peinent à s’adapter  très peu. aux nouvelles formes d’expression RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA Les effets des De nouvelles transformations géo économiques hybridations technologiques  La crise économique et écologique,   La télévision connectée la compétition pour les ressources naturelles,   Open data, Big data, “Quantified Self”, etc. :   nous contraindront à produire, créer,  la donnée comme nouveau support de   consommer, compter autrement. la connaissance, du débat, de la décision…    La montée en puissance des “BRICS” (Brésil, Chine, mais qui sait aujourd’hui la manipuler ? Inde, Corée, Afrique du Sud) met les valeurs   Bio-art, nano-art, “augmentation humaine” :   occidentales, très présentes dans  de nouvelles formes de création assises sur  cette promesse, en concurrence avec d’autres valeurs, des outils et des compétences techniques encore   d’autres régimes politiques. Le débat sur  difficiles d’accès – et controversées. la régulation mondiale de l’internet en porte  déjà la trace. 31
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMALe numérique et les réseaux sont au cœur d’une nouvelle “économie de la contribution” fondée sur  la valeur personnelle et collective de la collaboration. Une telle économie ne sépare plus de manière  radicale producteurs et consommateurs : elle considère la contribution créative des individus comme  une ressource productive essentielle, qu’il faut développer, entretenir, reconnaître et protéger contre touteforme de prédation. L’économie de la contribution sait mesurer la valeur, monétaire ou non, des bienscollectifs produits par la collaboration des contributeurs. Elle prête la plus grande attention au dévelop­pement des activités expressives, créatives et collaboratives des individus et les reconnaît d’une manièresymbolique autant qu’économique. Elle invente des régimes de propriété intellectuelle qui reconnaissentla création collective et qui opèrent un rééquilibrage en faveur de la création à venir, plutôt que de  la rente issue du passé. La promesse à l’œuvre La première forme de collaboration, le partage personnel, réunit des individus sans vraiment les coordonner : pensez aux “lolcats”. Le partage communautaire, plus impliquant, s’organise au sein d’un groupe : L’enjeu est de réussir le mariage du monétaire par exemple, un groupe Meetup.com sur la et du non-monétaire, sans que le non-monétaire dépression post-partum. Puis vient le partage se sente exploité.” Yochai Benkler, 2007 public, quand un groupe de collaborateurs veut créer une ressource publique : Wikipedia, par exemple. Enfin, le partage civique mobilise un groupe qui cherche activement à transformer la société. La progression du partage personnel au communautaire, au public puis au civique, se mesure par la proportion de la valeur qui est créée pour les participants, ou pour les non- participants. (…) Nous devons prêter plus d’attention au partage “public” ou “ civique” qu’au partage “personnel” ou “communautaire”, d’une part parce que la société en tire plus de bénéfices, mais aussi parce que la valeur publique et civique est plus difficile à créer.” Clay Shirky,   Cognitive Surplus, 2010 32
  • Quelle différence avec la promesse d’origine ?Une fois établi que les utilisateurs sont aussi des producteurs, il s’agit de s’intéresser aux bénéficescollectifs que cela devrait produire : c’est l’idée d’une “économie de la contribution”, qui repose à son toursur deux conditions :  Accorder toute leur importance aux “biens collectifs”  Reconnaître la valeur des contributions individuelles,créés par les contributeurs : Wikipedia, un logiciel ou tout en respectant les raisons pour lesquelles chacunun objet “libres”, OpenStreetMaps… Comme les biens contribue. La reconnaissance d’une contribution àpublics (la défense nationale, par exemple), les biens col- W ­ ikipedia, c’est d’abord Wikipedia soi-même : rému-lectifs sont non-rivaux et non-exclusifs : leur usage par nérer ses contributeurs, même les plus actifs, détruiraitune personne n’en prive pas une autre. Comme eux, leur probablement tout l’édifice. Par contre, lorsque l’inter-valeur économique réside plus dans leur effet sur toute vention de la “multitude” produit d’abord une valeurl’économie, que dans leur budget propre. Mais les biens économique captée par une entreprise (Facebook, la Fiatcollectifs émanent de l’initiative libre de leurs contribu- Mio co-conçue avec des milliers d’automobilistes), lateurs, sans régulation, sans décision publique préalable. question du retour économique se pose.Situés entre l’intervention de l’État et le marché, qu’ilspeuvent d’ailleurs concurrencer, ils sont à la fois indis-pensables et fragiles.Enfin, face à l’inégale distribution des capacités contributives, la promesse se préoccupe d’éducation etde formation, de culture, de médiation, d’outillage. ­ R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes… IN RE S-DEMA  Des Labs partout, sur à peu près tout  Faire retourPourquoi ? Pour faciliter l’accès aux dispositifs de co- Pourquoi ? Parce que la “contribution” doit être re-production, pour faciliter les collaborations au plan lo- connue et valorisée, d’une manière ou d’une autre.cal et global, pour diffuser et partager les compétences. Quoi ?Un véritable statut des “biens collectifs” ; uneQuoi ?Des lieux hybrides, à la fois espaces de travail, reconnaissance publique et/ou professionnelle desde formation, de démonstration, d’expérimen­ ation, t principaux contributeurs à certains projets ; des béné-supports d’innovation et d’action collectives  : “Fab fices sociaux pour les activités productives, y comprisLabs” pour concevoir des objets ou des lieux, “Infolabs” non marchandes ; une taxation des entreprises tirantpour produire, exploiter, transformer des contenus et leur valeur de la contribution, dégressive en fonctiondes données, “Servicelabs” pour concevoir ensemble du retour à la communauté (licences libres, restitutiondes services… des données aux contributeurs, rémunération, etc.)…  Chacun son book  Une “banque publique de la contribution”Pourquoi ? La contribution à des projets collectifs, à Pourquoi ? La création de biens collectifs a parfoisdes débats, etc., est un acte à la fois personnel et col- besoin d’être soutenue à certaines étapes critiques.lectif. Pourquoi ne pas aider chaque individu à en faire Quoi ? Une capacité publique d’investir dans lale bilan ? produc­ ion de biens collectifs, qui bénéficieront à toute tQuoi ? Des dispositifs personnels pour réunir l’en- la société : financement d’amorçage, mise à dispositionsemble de ses “contributions” et en suivre le devenir : de moyens techniques, aide à la recherche…commentaires, articles, photos, interventions sur Wiki-pedia, etc. Ces dispositifs strictement personnels etnon évalués  – pour éviter de mettre les individus encompétition  – pourraient s’enrichir d’outils d’analyseet d’autres qui aident à valoriser ses interventions lesplus importantes. 33
  • Jean, chômeur en alternanceJean a 40 ans. Il est marié, a un enfant à charge et exerce la profession de comptable. 2 Ce cumul d’activités est rendu possible grâce à l’hyper- 1 simplification des procédures 4 Bien qu’il aime son métier, administratives, mais aussi Jean envisage aussi de Jean a fait le choix de l’auto­ par la valorisation de répondre avec quelques nomie, de l’indépendance ses contributions au travers voisins à l’appel à projets et du “sens”. Il alterne entre de monnaies complémentaires “Mobilités alternatives” des missions chez plusieurs mises en place par la ville. lancé par la ville. Il a depuis employeurs, et certaines longtemps en tête l’idée de activités auxquelles il tient, greffer un système même si elles lui rapportent 3 de co-voiturage au moins : participer à la crèche Fin 2015, Jean atteint réseau social sur lequel parentale, cultiver le jardin le statut de “super contributeur” s’organisent les jardins communautaire et participer dans le développement communautaires. au développement d’un du logiciel de comptabilité. La Banque Publique de logi­ iel comptable open c Cette “promotion” lui permet la Contribution  acceptera source pour les mairies. d’encadrer de nouveaux t-elle de l’aider ? développeurs. Il en est fier, même si le management l’inquiète un peu… Mais il sait aussi que ce temps passé lui permettra de bénéficier d’une déduction sur sa taxe d’habitation et sera pris en compte dans le calcul de ses points de retraite. 34
  • Yochai Benkler, 2007 35
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA En principe, le groupe, lorsqu’il fonctionne, déploie une intelligence supérieure à celle de n’importe lequel de ses membres. Au cours des prochaines décennies, les forumsélectroniques permettant à un groupe de traiter tel problème complexe comme un seul cerveau Les connaissances vivantes, les savoir-faire collectif apporteront peut-être plus et compétences des êtres humains sont en passe à l’humanité que tous les travaux menés d’être reconnus comme la source de toutes jusqu’ici sur l’intelligence artificielle.” les autres richesses. Dès lors, quelle finalité Murray Turoff, 1976 assigner aux nouveaux outils de communication? Leur usage socialement le plus utile serait sans doute de fournir aux groupes humains Pour résoudre les problèmes les plus saillants des instruments pour mettre en commun du monde, nous devons mettre la puissance leurs forces mentales afin de constituer des de l’Internet au travail – ses technologies, intellectuels ou des imaginants collectifs. ses modèles d’affaires, et peut-être, plus important L’informatique communicante se présenterait encore, sa philosophie d’ouverture, son alors comme l’infrastructure technique duintelligence collective et sa transparence. Et pour cerveau commun.” Pierre Lévy, L’intelligence ce faire, nous devons amener le Web collective, 1994 à changer d’échelle. (…) Il est temps pour le Web de se colleter au monde réel. Le Web rencontre le monde – c’est le Web à la puissance deux.” Tim O’Reilly and John Battelle, “Web Squared”, 2009 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN AP“Le tout est supérieur à la somme de ses L’approche coopérative a montré sa puis- IN REparties”, cette assertion a fait l’objet de S-DEMA sance dans de nombreux domaines, ­ arfois pnombreux essais théoriques mais aussi d’ap- à très grande échelle. En revanche, elle n’aplications pratiques. Ces dernières années, nous pas ­ produit un “cerveau commun” à l’échelleavons assisté à ­ ’essor continu d’outils techno­ ogiques l l de la planète, voire d’une ville ou d’une entreprise.donnant de ­ nouvelles opportunités aux collectifs, à La concurrence et les rapports de force, plutôt que lala fois en ligne et hors ligne. Facebook ou Twitter ont compré­ ension mutuelle et la collabo­ ation, conti- h rdémesurément agrandi la taille des communautés en nuent de régir la plupart de nos ­ apports, économiques rligne et donnent constamment naissance à de nou- et politiques au moins. Il existe des phénomènesvelles pratiques. ­ ikipédia a démontré la capacité de W d’intel­ igence collective  ; on commence à en ­ égager l dmener à bien un projet ­ ollectif ouvert à tous, à une c les mécanismes, à en proposer des méthodes, sanséchelle sans précédent. De ­ ombreuses commu­ autés n n pour autant tout comprendre comment elle se produitd’intérêt voient le jour à travers le monde, produi­ ant s réellement. Ainsi on ne peut pas (encore ?) sérieuse-des connaissances, des idées, des représentations col- ment affirmer que l’intelligence collec­ ive a changé la tlectives et des actions. manière dont le monde fonctionne. 36
  • Ce qui a marché… Ce qui n’a pas marché…  De nouvelles formes d’économie   Pour l’heure, on ne connaît quasiment  contributives : production de biens collectifs (logiciels pas de modèle économique viable fondé   libres, OpenStreetMaps…), monnaies innovantes, sur l’intelligence collective. consommation ou production collaboratives…  Les méthodes de l’intelligence collective sappliquent  Des cas réussis de traitement collaboratif  encore peu, ou mal, à la prise de décision politiques   de problèmes très complexes, associant un très  ou à la stratégie d’entreprises. grand nombre de personnes (FoldIt…)  On ne dispose pas d’une compréhension complète  La coordination à grande échelle de mouvements des mécanismes de l’intelligence collective. sociaux et politiques – plus efficace, cependant,   Pas d’intelligence collective, de conscience “globales”. dans la protestation que dans la construction. Les médias globaux existent mais    L’émergence de connaissances, de méthodes,  ne produisent ni empathie, ni collaboration. d’outils d’”intelligence collective” Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  La popularité du concept d’intelligence   À animer et faire vivre des communautés   collective, sa capacité à produire du rêve. en ligne.  La capacité des réseaux à étendre la portée   À mieux gérer la coopération synchrone   et accélérer le fonctionnement des groupes. et asynchrone.  La bêtise collective dont sont capables   À associer production, formation, interaction,   les “foules” numériques (ou non), avec sans hiérarchie préalable. les mêmes outils, en particulier s’il n’y a pas   Que la diversité des niveaux d’engagement et   d’objectif commun. de participation est un plus pour un groupe.  Que les changements se produisent par cercle   de confiance, système par système. RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA économie Technologie  Expérimentation et montée   Des interactions à distance plus   en puissance de nouveaux modèles économiques  efficaces, plus riches, plus faciles à gérer. “collaboratifs”  : économie de fonctionnalité,   Des informations, des liens dans le cloud   économie de la contribution… plutôt que stockés dans des machines.  Nouveaux systèmes de reconnaissance  des compétences, moins nettement appuyés  Pratiques sur les titres formels.  Croissance du nombre de personnes    Développement d’approches  impliquées dans des réseaux sociaux. transdisciplinaires comme le design thinking   Usage des outils technologiques de plus en plus   ou la “pensée complexe”. tôt chez les enfants et de plus en plus tard   les personnes âgées. 37
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMADemain, l’interconnexion des personnes et des connaissances produira une intelligence collective à trèsgrande échelle. Cette intelligence protéiforme, aux contours changeants, s’appui­ ra à la fois sur l’émergence ed’une conscience collective et sur l’amélioration progressive des méthodes et des dispositifs de collaborationadaptés à des très grands groupes. Elle saura traiter des problèmes dont la complexité échappe aux meilleursexperts comme aux plus ­ uissants ordinateurs. Elle produira des biens collectifs et des formes d’échange qui pconcurrenceront leurs équivalents marchands. Elle complétera les mécanismes politiques et de marché afinde répondre à certains problèmes majeurs de nos sociétés, à commencer par le changement climatique et lapénurie de ressources naturelles. La promesse à l’œuvre Le collectif a plus de chances d’être Le développement durable 2.0, c’est intelligent quand il ne pose pas lui-même le passage à une ère de collaboration. ses propres questions, quand la justesse Les technologies de l’information et d’une réponse peut s’évaluer à partir de la communication nous permettent de d’un indicateur simple (par exemple l’envisager de façon planétaire. Le numérique un chiffre), et quand le système qui informe peut faire penser que l’humanité peut le collectif est filtré par un mécanisme se comporter comme un écosystème. Je crois de contrôle de la qualité qui s’appuie beaucoup à ce modèle où chacun apporte fortement sur des individus. Relâchez sa pierre: la pierre individuelle peut être une seule de ces conditions et le collectif compatible avec l’édifice global.” devient peu fiable, ou pire encore.” Gilles Berhault, Développement Durable 2.0, Jaron Lanier, “Digital Maoism”, 2006 2009 Quelle différence avec la promesse d’origine ?  La première différence réside dans l’ambition  que la concurrence entre les hommes et l’échange de la promesse… L’intelligence collective est-elle  marchand. Non pas comme une alternative radicale, juste une manière intéressante d’aborder certains mais comme une modalité qui cohabitera avec   projets, ou bien la source d’une transformation poli- les autres. tique, économique et sociale ? Nous choisissons   En filigrane, la promesse fait l’hypothèse (hardie) la seconde option, sans en négliger la difficulté. d’une progression décisive dans la compréhension des  Tel s’exprimait déjà l’espoir, déçu, des premiers  mécanismes de collaboration à très grande échelle, théoriciens de l’intelligence collective. Comment évi- dans les outils et les méthodes qui la rendent pos- ter la même déception demain ? D’abord  sible, et dans la capacité de faire coexister   en explicitant le but poursuivi : il s’agit de faire face une “économie de la contribution” et une économie aux grandes crises mondiales, en prenant acte  de marché. de l’échec des approches classiques par le marché  ou par la négociation. Il s’agit également de proposer une autre manière d’être, de travailler, d’échanger, 38
  • R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes… IN RE S-DEMA  Passer les modèles de l’intel­ igence col- l  Une propriété intellectuelle orientée verslective à la très grande échelle l’avenirPourquoi ? On comprend relativement bien comment Pourquoi ? La protection de la propriété intel­des groupes de quelques dizaines à quelques centaines lectuelle est certes nécessaire, mais aujourd’hui, ellede personnes deviennent productifs. Il n’en va pas de limite l’innovation et entrave la circulation des idées.même, malgré quelques réussites, pour des groupes Comment ? En limitant les possibilités de proté-plus grands : 10 000, un million de participants… ger des idées ou des logiciels, en réduisant les duréesComment ? Par un effort de recherche, d’une part  ; de protection, en facilitant le choix de “libérer” uned’autre part, en choisissant d’appuyer des projets création  ; et en défendant et étendant l’espace desimportants sur les quelques espaces qui sont déjà “ ­ communs” – connaissances, technologies génériques,parvenus à faire collaborer des très grands groupes etc.  – afin de favoriser l’amélioration continue des(Wikipedia, OpenStreeMaps…)  ; puis en cherchant de idées et des connaissances, condition de l’intelligencemanière délibérée à répliquer ces succès dans de nou- collective.veaux domaines.  L’intelligence collective comme mode  Une intelligence collective orientée de managementvers l’action Pourquoi ? Parce que l’intelligence collective butePourquoi ? Parce que l’intelligence collective, en gé- aujourd’hui sur les dirigeants (d’entreprises ou publics).néral, sait aujourd’hui mieux produire de la connais- Comment ? En montrant que cette approche peutsance et des idées, que de la décision et de l’action. produire une meilleure performance, de meilleuresComment ? En s’intéressant aux groupes qui décisions, ou encore des réponses nouvelles à des pro-parvien­ ent à franchir ces dernières étapes : logiciels n blèmes que les approches classiques ne parviennentlibres, standards techniques… pour en comprendre les pas à traiter  ; en imaginant le statut d’un dirigeantmécanismes et en expérimenter l’extension à d’autres dans un contexte de collaboration de masse.domaines. Alain, 58 ans, dirigeant dentreprise Il dirige lentreprise Audio-Gardiste (600 salariés), spécialisée dans les technologies du son. Face à la concur- rence, il a passé les 10 dernières années à rationnaliser, automatiser, externaliser tout ce qu’il pouvait. Pour l’avenir, la priorité change : il doit rendre son entreprise beaucoup, beaucoup plus innovante et “agile”. 2 1 Audio-Gardiste fait le choix 3 Alain commence logiquement osé de verser la quasi-totalité Le management suit. Inspirée par transformer sa politique de ses brevets dans le domaine par le “Happy Manifesto”, d’innovation. Tout employé de public et de rendre ses futures Audio-Gardiste fait le choix de la société peut proposer innovations libres. L’objectif : la confiance et de la transparence un projet et (au terme d’une obtenir la collaboration des vis-à-vis de ses collaborateurs. sélec­ ion légère, réalisée par t milliers de professionnels du Les salaires et les primes sont ses pairs) disposer de temps et son intéressés par ses projets accessibles à tous, de même d’aide pour affiner sa propo- et se retrouver, ensuite, en que les comptes et le carnet sition. Un “Audiolab” accueille meilleure position que ses de commandes. les porteurs de projets et concurrents pour prendre des L’initiative est encouragée, les invite à s’entraider, à créer commandes – et pour produire l’échec valorisé. Un groupe ensemble des prototypes, etc. les innovations qui suivent. de salariés décide ainsi Les étapes de sélection suivantes Pari gagné : deux innovations d’expérimenter une réduction impliquent systématiquement majeures assurent à Audio- de son temps de travail, charge la direction et tous les autres Gardiste des marchés de long à lui de mesurer s’il deviendra porteurs de projets. Si un projet terme dans les secteurs de la effectivement plus productif n’est pas retenu, le collaborateur santé et de la défense. et créatif. Les collaborateurs qui l’a porté est malgré tout sont même invités à élire leurs récompensé ; il a également managers ! Alain s’y soumet le droit de publier ou d’empor- comme les autres, assez sûr ter son idée avec lui. d’être élu… 39
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA Comme c’est arrivé aux ordinateurs, Deux forces, l’une plutôt sociale, l’autre les capacités des machines-outils deviendront plutôt technologique, convergent pour accessibles à tous sous la forme de fabricateurs transformer comment les objets, les services personnels. Les implications en seront et les expériences seront conçus, fabriqués et probablement encore plus grandes, distribués dans la décennie à venir. La culture parce que c’est notre monde physique que émergente des “makers” et du do-it-yourself nous personnaliserons, celui des atomes, annulle sans complexe la garantie des objets plutôt que le monde numérique des bits.” qu’ils achètent pour les désosser, les transformer Neil Gershenfeld, Fab: The coming revolution et les person­ aliser. Ce qu’ils ne peuvent pas n on your desktop, 2005 acheter, ils le fabriquent. Dans le même temps, des techno­ ogies “flexibles” font passer l la fabrication d’un modèle de masse et centralisé, à des modes légers et ad hoc. Ces tendances s’appuient sur une économie communautaire – de nouvelles structures de marché qui se développent en ligne et qui incarnent un passage de la vente en magasin à la connexion des communautés.” IFTF, “The Future of Open Fabrication”, 2011 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN AP ­L’accès aux moyens de conception, de D’une part, en l’absence d’une rupture tech- IN REp­ rototypage et de production “assistés par S-DEMA nologique radicale dans les méthodes deordinateur” est effectivement devenu beau- production, la production d’objets physiquescoup plus aisé et moins coûteux. Les logiciels de mobilise non seulement des machines diverses etCAO deviennent accessibles aux amateurs. Un éco­ qui demeurent relativement coûteuses, mais aussi dessystème de lieux, de services et de plates-formes per- matériaux et des compétences dont l’accès n’est pasmet de passer de l’idée à la conception d’un objet, de toujours aussi aisé.son modèle au prototype, puis à sa fabrication et sa D’autre part, le prototypage et la fabrication numé-distribution. riques restent réservés à des happy fews capables d’enCes possibilités nouvelles offrent une nouvelle jeu- maîtriser les subtilités.nesse à l’ancienne culture du “do it yourself” et du bri- Les services disponibles en ligne (“cloud manufac-colage. Elles étendent les communautés de “makers” turing”) ne peuvent ni pallier ces insuffisances, niet les interconnectent à grande échelle. Elles donnent répondre à toutes les demandes. Les espaces acces-naissance à des entreprises et des objets innovants. sibles aux amateurs (Fab Labs, ­ echshops…) demeurent TDans certains domaines, elles ont déjà transformé peu nombreux et principalement adaptés à des tâchesles dynamiques d’innovation, que ce soit en produi- de prototypage ou de production à l’unité.sant des concepts nouveaux (équipements sportifs ou Trois grandes questions restent donc à résoudre  :médicaux), en abaissant rapidement les coûts (drones) l’accessibilité au plus grand nombre, le passage à laou en reproduisant des objets dont la fabrication avait grande échelle et enfin, l’impact écologique de ces nou-cessé (prothèses). velles formes de production.Pourtant, la “fabrication personnelle”, symboliséepar l’image de l’imprimante 3D “de bureau”, apparaîtencore éloignée et il n’est même pas certain qu’ellereprésente un horizon crédible ou désirable. 40
  • Ce qui a marché… Ce qui n’a pas marché…  Des logiciels et des machines   La démocratisation des pratiques   de conception et fabrication assistée  de conception et fabrication numériques   par ordinateur de plus en plus accessibles. reste limitée à des populations assez    Un engouement fort, médiatisé, symbolisé  “expertes” – de nouvelles élites ? par l’image de l’imprimante 3D et du Fab Lab :   Les lieux ouverts et accessibles de type Fab Lab la fabrication numérique fait rêver. demeurent peu nombreux, et souvent fragiles.  L’émergence d’un écosystème complet et cohérent  Les dispositifs les plus accessibles s’adressent   dédié à la conception-fabrication numériques “en plutôt à des projets et des produits simples,   milieu ouvert” : outils, lieux, services (Ponoko, Sculpteo…), de petite taille, produits à l’unité ou en toute   plates-formes (Etsy), financement (kickstarter)… petite série.  Le développement d’une culture et d’une  L’essentiel du système industriel, la grande   communauté de makers. majorité des objets manufacturés, n’ont pas été  Des premiers succès : la “Dodocase”  changés du tout par la démocratisation   (coque pour smartphones), la carte électronique de la conception-fabrication numériques… Arduino (libre, et pourtant vendue à plus  d’un million d’exemplaires), Makerbot Industries (fabricant d’une imprimante 3D open source,  passé en 3 ans de 5 à 120 salariés)… Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  L’extension aux objets physiques   Le passage des “bits” aux “atomes”   de la culture du logiciel libre, fondée sur  n’est pas aussi simple que ne le prétendaient   le partage, la production collective de biens  certains gourous. communs, la publication des “sources”   La démocratisation des outils s’inscrit dans plutôt que leur protection. un mouvement plus large de transformation  La réappropriation par les “amateurs”  des modèles d’innovation : d’une innovation de produits très techniques : robots, drones, de producteurs (Schumpeter) à une innovation automobiles, “internet des objets”… ascendante (von Hippel) et ouverte.  Le succès du financement via   L’industrie classique dispose de nombreuses   des plates-formes telles que Kickstarter  armes pour résister, à commencer par les normes   de projets au départ personnels : l’imprimante 3D et les économies d’échelle. PrintrBot, l’ampoule connectée Lifx…  Comme ce fut le cas dans l’internet, les grands  MakeyMakey, un dispositif inventé  acteurs des nouvelles chaînes de conception- par des chercheurs du MIT pour “transformer fabrication numérique viendront de l’extérieur   n’importe quoi en manette de jeu”,  de l’industrie. Ils gagneront leur place en transfor­ un succès commercial rapidement  mant les modèles d’affaires, pas les technologies. détourné pour d’autres usages.  Il n’y a pas encore de “killer app”   de la fabrication numérique. RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changerTechnologie plétant la production de masse.  Montée IN RE  Des technologies de production “additives”,  S-DEMA en puissance de technologies et de designsqui assembleront des micro-briques de maté­ dobjets “libres” ou open source, abaissantriaux “intelligents” (catomes).  De nouveaux maté-  les coûts et les barrières à l’innovation.  “Cloudr­ iaux “actifs”, dotés de propriétés innovantes, recy- manufacturing”, appuyé sur des réseaux dusinesclables…  La majorité des nouveaux produits seront flexibles dans le monde (Ponoko).  Banalisa­ ion des tpeu ou prou “connectés” et accompagnés dune “aura lieux ouverts dédiés à la conception ­ numérique, aunumérique” (traçabilité des origines et composants, prototypage, à la fabrication, la réparation…services complémentaires, traces dusage, gestion du Pratiquescycle de vie…)  Réparation, recyclage et (dans lindustrie) “écolo-économie gie industrielle” (cradle to cradle).  Des nouveaux  Augmentation du prix des transports, de l’énergie, p ­ roduits vendus sous forme de fichiers, accompagnésdes matières premières et hausse du coût de la main ou non des matériaux bruts : Ikea version 2.0 !d’oeuvre dans les pays du sud : des facteurs de “reloca-lisation” ?  Crise économique et écologique : on ­ roduit ppour soi et ses proches, on partage, on répare, à la fois parnécessité et par choix.  Individualisation de la produc­tion, petites séries de “niches” concurrençant ou com- 41
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMADemain, depuis chez soi ou dans des espaces de proximité, chacun pourra s’il le désire imaginer, fabriquer,personnaliser, réparer ou recycler les objets dont il a besoin ou envie. Ce sera l’une des manières les plusefficaces de consommer mieux et pour moins cher, l’un des chemins par lesquels se développera une “éco­nomie de la fonctionnalité”. En invitant les gens à collaborer avec leurs voisins autant que sur les réseaux,en offrant de nouveaux débouchés aux savoir-faire et à l’imagination de millions d’individus, la démo­cratisation de la conception-fabrication numérique recréera du lien social tout en stimulant l’innovation.Elle contraindra les industries d’aujourd’hui à se transformer, à s’ouvrir et à s’appuyer plus fortement surleurs clients pour imaginer leurs produits, voire pour les fabriquer et les entretenir. Quelle différence avec la promesse d’origine ?  La nouvelle promesse établit un lien fort entre  Elle considère comme essentielle lémergencelappel dair des technologies, lélan des communautés d ­ espaces et de médiateurs, à la fois pour élargir de makers, la contrainte économique  laccès à ces nouvelles possibilités et, au travers   et l’impératif écologique. À ce titre, elle met moins de leur mise en réseau, pour concilier relocalisation et fortement l’accent sur le caractère personnel  production à grande échelle. de la fabrication, et plus sur les collaborations,   Elle se préoccupe plus explicitement de son impact les réseaux, les dispositifs de proximité, ainsi que  sur les systèmes industriels existants, dans   le cycle de vie des produits. une approche de concurrence-coopération avec   les grands acteurs. La promesse à l’œuvre Jean-Louis, artisan de 50 ans habite à Paris. Designer architecte de formation, il s’est lancé dans la fabrication numérique depuis une dizaine d’années et a ouvert NotreFab, un Fab Lab “privé” dans lequel il travaille sur ses projets et accompagne ses clients dans des processus de création. 1 2 4 Dans son atelier, En plus de sa gamme de Lorsque ses machines ne sont pas Jean-Louis crée des produits, Jean-Louis prototype utilisées, il les mutualise au sein de objets connectés des objets et produits pour la CDPRIDF. Parfois, lorsque Jean-Louis qu’il vend ensuite des entreprises, musées, reçoit une grosse commande, c’est lui sur des plates- administrations, en utilisant qui mobilise les machines d’autres formes de types son atelier. ll fait partie de membres de la CDPRIDF. etsydesign. la Coopérative distribuée des “prototypeurs rapides d’Ile de France” (CDPRIDF) auxquels les entreprises font de plus en plus souvent appel. 3 5 Lorsque ses machines sont libres, Le dimanche il prête Jean-Louis accueille également des son atelier à l’association particuliers ou des petits innovateurs “Les petits bidouilleurs”. pour les accompagner dans leurs L’objectif : redonner à des projets. Parfois, il devient leur associé enfants en échec scolaire dans un projet d’entreprise. Dans le goût d’apprendre en d’autres cas, il intervient plutôt en fabricant des objets. formation. Ses cours sur les logiciels 3D sont très prisés. 42
  • Gisèle, 66 ans, retraitée de l’éducation nationale, pas précisément aisée. Elle est très proche de ses petits enfants qui lui ont transmis (un peu) la culture du numérique. 2 Pour les 10 ans de son petit-fils 1 Rémi, elle souhaite lui faire un cadeau 4 Récemment un des unique. Elle se rend chez Adrien, Gisèle aime aussi tricoter. boutons de sa cuisinière un membre de la CDPRIDF spécialisé La dernière fois que Rémi s’est cassé. Sa fille dans les jouets. Dans la centaine de est venu la voir, elle en a lui a parlé du site “briquekits” dont dispose Adrien, profité pour le “scanner” avec “reparetout.com”, le Gisèle s’oriente vers un camion de son appareil photo, qui a Google des pièces de pompiers qui, connecté aux données enregistré ses mensurations. rechange. Il suffit de lui ouvertes de la caserne locale, s’éclai­ Sur cette base, le site envoyer une photo de la rera à chaque passage d’un camion openpatrons.fr lui propose pièce cassée : le service dans sa rue. des patrons adaptés. Elle la reconnaît et en les recevra par la poste trouve (généralement) 3 ou pourra aller les faire les caractéristiques De nombreux e-commerçants et découper à la coopérative techniques et le modèle designers ne vendent plus de produits, de fabrication locale. Par 3D. Gisèle est mise en mais des plans numériques. Ceux qui contre, c’est toujours elle relation avec Frank, qui disposent des compétences et des qui tricote ! dispose d’une impri­ machines peuvent les reproduire chez mante 3D à proximité. eux. Gisèle, elle, se rend à la coopérative Pour 3 euros, Gisèle de fabrication locale où elle fait réaliser pourra venir la chercher les modèles qu’elle a achetés. Gisèle y le lendemain. apprécie le dialogue avec les amateurs et artisans, loin de l’anonymat des grandes surfaces. R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes…  Un grand programme  Des Fab Labs partout IN REpour la “fabrication additive” S-DEMA Pourquoi ? Par “Fab Labs”, on entend auPourquoi ? Par opposition aux techniques sens large des espaces équipés de logiciels etsoustractives qui façonnent les pièces en les sculp- d’outils de fabrication numérique, accessibles àtant dans la masse, la fabrication additive les ­ éalise r ceux qui ont des idées, des projets, des compétences,en “imprimant” successivement des fines couches de des besoins de fabrication ou de réparation. Leurmatériaux, voire en assemblant des briques élémen- m ­ ultiplication étendra le nombre de ceux qui peuventtaires de matière (claytronics). ­Longtemps réservées accéder à la fabrication numérique, fera circuler lesau prototypage, ces techniques s’éten­ ent à la produc­ d idées et les compétences, servira de support à de nou-tion d’objets finis, parfois très complexes (pièces de velles formes de production, stimulera l’innovationréacteur…). Si ces techniques venaient à maturité, elles des startups comme des grandes entreprises.pourraient transformer le fonctionnement même de Quoi ?Un programme volontariste de soutien aucertaines industries. développement et à la mise en réseau de Fab labs enQuoi ? Un grand programme européen de R&D et Europe.d’expérimentation sur la fabrication additive, ses tech­niques et ses modèles d’affaires.  Un statut pour les objets “libres” Pourquoi ? L’open hardware peut représenter,  Le Google de la fabrication numérique pour l’innovation industrielle, ce que le logiciel librePourquoi ? En décentralisant l’accès aux moyens de a repré­ enté en informatique – une source d’inno­ sconception et de fabrication, en multipliant le nombre vation, de production de connaissance, d’explo­ ation rde ceux qui y accèdent, la fabrication numérique ou- de nouveaux modèles. Mais la multitude de normes etverte fait émerger le besoin de plates-formes  : pour le régime de la propriété industrielle rendent difficilerapprocher les compétences, distribuer la production, son développement à grande échelle.agréger les demandes, etc. Comme ailleurs, cette fonc- Quoi ?Adapter les licences libres du monde logicieltion tendra vite à la concentration et disposera d’un à celui des objets, s’assurer de leur solidité juridique,grand pouvoir d’organisation du marché. f ­ aciliter l’accès aux modèles et aux schémas tech-Quoi ?Anticiper en investissant au plus vite sur une niques libres, valoriser les produits libres…ou plusieurs plates-formes d’intermédiation, candi-dates au statut de “Google de la fabrication numé-rique”. 43
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMAL’innovation est désormais l’affaire de tous, et l’internet est son premier moteur. Une multitude numériqued’un nouveau genre défie toutes les organisations, toutes les institutions, qui devront trouver commenttravailler avec elle. Aux logiques d’innovation intégrées, verticales, expertes, sont venus s’ajouter desprocessus ouverts, horizontaux, contributifs, qui ouvrent de nouvelles perspectives dans la résolution denombreux problèmes urbains, environnementaux ou sociaux. Il existe une tendance générale vers un processus d’innovation ouvert et distribué, tiré par des moyens informatiques et de communi­ cation sans cesse plus puissants et moins coûteux. La principale dimension de la révolution Le résultat est une démocratisation continue numérique est la puissance désormais de l’innovation. Ce basculement positif pour le à l’oeuvre à l’extérieur des organisations, bien-être collectif transformera en profondeur la puissance des individus éduqués, outillés, les pratiques d’innovation des utilisateurs comme connectés, la puissance de ce que nous appelons des industriels, et rend nécessaire un changement la multitude. Parce qu’elle leur est extérieure, des politiques publiques.” Éric von Hippel,   Democratizing innovation, 2005 cette puissance échappe aux organisations. Parce qu’elles doivent apprendre à capter cette puissance, les organisations vont devoir Le paradigme de l’innovation ouverte apprendre à concevoir de nouvelles stratégies forme l’antithèse du modèle traditionnel et à en assumer les conséquences radicales.” d’intégration verticale. (…) L’innovation ouverte Nicolas Colin, Henri Verdier, L’âge de la multitude,  est un paradigme qui considère qu’en cherchant 2012 à faire progresser leurs produits, les firmes peuvent et doivent utiliser des idées externes autant qu’internes, et des chemins internes et externes vers le marché.” Henry Chesbrough, Open Business Models, 2006 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APLa manière selon laquelle l’innovation   Au profit de qui ? L’énergie contribu-se produit et se diffuse a profondément tive de la “multitude” est souvent captée au IN REchangé. Beaucoup d’entreprises ont ouvert S-DEMA béné­ ice de quelques grandes “plates-formes” fleurs processus d’innovation en amont (ingé- qui tendent rapidement au monopole.nierie concurrente, crowdsourcing…) comme en  Et à quelle fin ? Cette innovation ouverte ­ roduit- paval (“écosystèmes”, contribution des utilisateurs…). elle des résultats fondamentalement différents de ceOutillés, informés, connectés, les “consommacteurs” que produisait le régime précédent ? Et s’ils sont diffé­détournent, expérimentent, inventent. Dans certains rents, sont-ils meilleurs ? Les valeurs sous-­ acentes ont- jdomaines, l’innovation collaborative a profondé­ ent m elle évolué ? L’ouverture des processus d’innovation nechangé la donne : les standards de l’internet, les logi- semble pas avoir profondément modifié les mécanismesciels libres, Wikipedia… économiques et sociaux dominants.  Ce succès réel fait cependant Nous comprenons à l’usage qu’une innovation ouverteémerger de nouvelles questions : (en écosystème) n’est pas forcément ascendante (par Une innovation ouverte, oui, mais à qui ? l’usage), qu’une innovation ascendante n’a parfois rien­Vraiment à tout le monde, ou bien à une petite élite de collaboratif, et que le résultat final peut s’avérerémergente qui finira par imposer ses vues aux marchés ? tout aussi fermé (protégé, voire prédateur) qu’aupa- Jusqu’où ? L’innovation ouverte bute souvent sur la ravant. L’association “ouvert, ascendant, collaboratif”culture du management, où beaucoup croient encore n’existe ni ne dure sans une volonté ferme.que “seuls les paranoïaques survivent” (Andy Grove, Intel). 44
  • Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  La prise de conscience du changement   Les organisations demeurent résistantes   des processus d’innovation. quand l’ouverture remet en cause les modèles d’affaire et les rapports de pouvoir.  Des succès éclatants dans certains domaines :  Une tension entre l’injonction à innover et    La création d’écosystèmes autour de systèmes la culture du benchmarking, qui invite à reproduire d’exploitation (Windows, Android), appareils  plutôt qu’à inventer. (iPhone, consoles de jeux) et plates-formes (Google,  Des systèmes d’aide et de financement rigides qui, Facebook, Amazon…) malgré quelques tentatives (clusters et “grappes”,  Des projets collaboratifs tels qu’OpenStreetMaps  living labs…), ont du mal à appréhender   ou certains logiciels libres, à partir desquels  les nouveaux mécanismes de l’innovation. de multiples activités économiques ont pu   Un phénomène massif de captation de la valeur se développer (RedHat, IBM…) produite par les “contributeurs”, favorisé par    Les “consommateurs” prennent confiance en eux. un cadre juridique qui sait mal prendre en compte l’innovation collaborative. RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer  Les conditions qui ont enclenché   La crise économique et écologique IN REcette transfor­ ation des systèmes m S-DEMA r ­ enforce la nécessité d’innover mais suscited’innovation vont plutôt se renforcer : également une demande de sens  ; elle rend l’avenir de ­ illions d’individus plus incertain et m   Longtemps principalement active dans le monde les invite à multiplier les activités, les formes de socia-numérique, l’innovation ouverte, ascendante, colla­ lisation et les sources de revenus.borative, s’étend à la conception d’objets, voire auvivant  : démocratisation de la conception-fabricationassistée par ordinateur, “open hardware”, bio-hacking… L’organisation verticale traditionnelle de la société, typique d’une si large part de la vie éco­nomique, sociale et politique des révolutions industrielles fondées sur l’énergie fossile, est en trainde céder la place à des relations distribuées et coopératives dans l’ère industrielle verte émergente.Un changement profond de l’organisation même de la société est en cours : nous nous éloignonsdu pouvoir hiérarchique et nous nous rapprochons du pouvoir latéral.” Jeremy Rifkin, La troisièmerévolution industrielle, 2011 R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes… IN RE S-DEMA  Développer les capacités créatives, la  Une culture de linnovation ouverte !confiance en soi et en les autres, lempathie ! Du benchmarking à lexposition des possibles Dans léducation et la formation : le mode projet, Intégrer les utilisateurs à tout le cycle dinnovationlexpérimentation, la création artistique… Méthodes “agiles”, expérimen­ a­ ion permanente et t t Dans le travail : des temps pour réfléchir, pour pro- “documentée”.poser, pour essayer.  Un nouveau régime de la propriété  Une meilleure appréhension de linnova- intellectuelle et industrielle !tion ouverte, ascendante et collaborative Protection et développement des biens communs par les organisations ! Libre, open source Du “directeur de linnovation” au facilitateur de com- Création collectivemunauté innovatrice ?  Porosité des organisations, deslieux  Partager pour se faire des alliés  Faire retour auxcontributeurs  Participer à son écosystème, et non lex-ploiter. 45
  • RDHUI RDHUI RDHUI RDHUI OU   OU   OU   OU   HIER AUJ DE HIER AUJ HIER AUJ HIER AUJ DE DE DE MAIN AP MAIN AP MAIN AP MAIN AP IN IN IN IN RE RE RE RE S-DEMA S-DEMA S-DEMA S-DEMA une promesse son bilan quelle promesse quelles pistes pour demain ? daction ? Son bilan : Quelles pistes daction ? .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .…………………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    …………………………………………………………………………Une promesse à revisiter .…………………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… Son bilan : Quelles pistes daction ? .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .…………………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .…………………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………Une promesse non traitée    ………………………………………………………………………… (à vous de jouer !) .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… 46 47
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA La vie à distance va engendrer la liberté Des systèmes de gestion de la circulation du choix. Elle va créer de nouveaux lieux, intelligents peuvent améliorer les trajetsde nouveaux espaces et de nouvelles techniques. quotidiens, fournir des informations plus (…) La vie à distance va nous permettre de nous fiables aux urbanistes, accroître la productivité isoler sans rompre cependant avec le reste de la des entreprises et améliorer la qualité de vie société. (…) Le living-room va céder sa place à la des citadins. Et ils peuvent réduire à la fois“commedia room”, la pièce des communications les embouteillages, la consommation et des médias [où] chacun pourra s’isoler de carburant et les émissions de CO2.” pour télé-travailler, télé-acheter, IBM, 2009 télé-communiquer.” Christian Loviton,  La vie à distance, 1989 Je pense aussi aux impacts que la dématérialisation des échanges, le télétravail sont susceptibles d’avoir sur l’abaissement de l’empreinte carbone et sur l’instauration de dynamiques de développement durable.” Cécile Duflot, ministre de l’Égalité   des Territoires et du Logement, 2012 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APLes individus ont adopté les dispositifs crée de nouvelles fractures : entre ceux qui IN RE“ubiquitaires” de communication d’une S-DEMA peuvent et savent utiliser les nouveaux ser-manière massive et enthousiaste. Des ­ ervices s vices et les autres, entre les zones urbaines, oùefficaces existent pour s’orienter, organiser ses la diversité et la qualité des services augmentent,déplacements, se localiser, agir à distance d’où que et les zones rurales…. Certains de ces services font àl’on se trouve. Leurs usages ont déjà transformé notre leur tour apparaître de nouveaux problèmes : la géolo-manière d’organiser notre temps, de commu­ iquer n calisation, par exemple, en matière de vie privée.avec les autres, de fixer des rendez-vous. Nous vivons Mais c’est dans l’immobilisme des organisations quedéjà des vies “augmentées”… Et pourtant, l’expérience réside sans doute la cause principale. Les employeursquotidienne de la mobilité a peu changé. Au quotidien, n’ont pas assoupli leur modes de travail (ou bienon passe en moyenne autant de temps dans les trans- n’ont rien organisé de précis en ce sens), ni inventéports, avec aussi peu de ­ laisir – mais ils coûtent de p des ­ ispositifs différents du bureau ou de l’usine. Les dplus en plus cher. D’un point de vue collectif, la domi- commerces, les services, n’ont fait réellement évoluernation de l’automobile ne se dément pas, la mobilité ni leurs horaires, ni leur locali­ ation  – en dehors des sn’est pas plus “durable” qu’avant. “e-services”, mais alors, ils sont synonymes d’absence de relation humaine. Les opérateurs de transport restent  Comment comprendre cette enfermés dans leurs silos. Les institutions n’ont riencontradiction ? fait, ou presque, alors que la mobilité n’est vraimentD’une part, les télécommunications et les téléservices contrainte que par les capacités ou le prix. Bref, la plu-engendrent apparemment autant de déplace­ ents et m part des grandes innovations numériques en matièrede contacts physiques qu’ils n’en remplacent. de mobilité se développent sans, voire contre les insti-D’autre part, la multiplication des choix de mobilité tutions et les opérateurs installés. Et cela s’avère insuf­et des services associés, quelle qu’en soit la qualité, fisant pour changer significativement les conditions de la mobilité pour la majorité de la population. 48
  • Ce qui a marché… Ce qui n’a pas marché…  L’internet, le mobile, le smartphone,   La mobilité quotidienne reste une épreuve   le GPS… ont transformé le quotidien de centaines  et n’est guère plus durable qu’avant. de millions de personnes : “ma vraie adresse  est numérique !”  L’organisation intermodale des transports, l’information multimodale, restent très peu  Des nouveaux modes de transport (vélos  développés dans les territoires. et autos partagés, covoiturage, transports  à la demande), des assistants de mobilité (du GPS   Les services de proximité disparaissent et   aux services d’information sur les transports)  les accès distants ne les remplacent pas bien. pratiques et efficaces.  Le “sans couture”, la continuité de nos services    Des services “sociaux” de mobilité : Waze, Goloco… et de notre univers dans tous les contextes.  Des pratiques “flexibles” de télétravail,   La téléportation… de travail mobile. Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  L’hybridation entre des univers de pratiques  La “vie à distance” n’a pas réduit les mobilités auparavant bien distincts : privé / professionnel, physiques. distant / face à face, virtuel / réel, fixe / mobile  (les appareils “mobiles” sont très souvent  La “mobilité” ne se résume pas au déplacement, elle sédentaires !). inclut notre expérience du temps, de l’espace   et de la relation avec les autres.  Le succès de la géolocalisation “partagée”  (ex. Foursquare), faisant émerger des manières  Le numérique a, par dessus tout, densifié l’usage   nouvelles de faire connaissance, se donner  du temps et multiplié nos choix, ce qui a   rendez-vous, se rencontrer… des avantages et des inconvénients : complexité, brouillage des frontières…  Le développement de formes “horizontales”d’entraide et de collaboration : information “ de pair à  Le GPS nous aide, mais nous fait perdre   pair” entre les voyageurs d’une ligne,  la compréhension du territoire qu’offrait la carte. cartographie collaborative…  La recherche d’une mobilité plus durable    On finit par apprécier la déconnexion comme  se heurte à la fois aux aspirations et aux réalités : un moment de réflexion, de méditation. Il existe  localisation des logements, des services et   des services pour se déconnecter, flâner, perdre  du travail, insuffisance de l’offre de transports, son temps ou se perdre tout court ! organisation des rythmes… RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA Technologie Démographie  Open data  Vieillissement (au Nord)  Réseaux haut débit et omniprésents  “Digital natives”  Internet des objets Services  Voiture “intelligente” (et électrique).  Banalisation des hubs de mobilité,   économie des visiocommunications, de lenseignement   à distance…  Augmentation du prix de lénergie  Tiers lieux, télécentres, “coworking spaces”…  Forte contrainte sur les budgets publics  Dématérialisation de produits et services Pratiques  Tension externalisation / relocalisation  “Slow attitude”, choix écologiques,    Prise en compte des externalités  attention au local et à la proximité environnementales dans les prix.  “Empowerment”, une recherche personnelle   et collective dautonomie et de mise   en capacité dagir. 49
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMADemain, nous disposerons tous de moyens simples, accessibles, individualisés pour accéder  (d’une manière autonome ou collective) aux bénéfices de la mobilité. Ces moyens organiseront autour  de nous les ressources, les services, les espaces et les temps. Ils favoriseront des arbitrages permanentsentre mobilité physique et communication distante, entre déplacements courts et longs, entre modes  de transport, entre aller vers les services et amener les services à soi… Ils s’appuieront sur les liens  sociaux existants ainsi que les potentiels collaboratifs, et en favoriseront le développement. Quelle différence avec la promesse d’origine ?  Une approche plus large de la mobilité   Des espaces flexibles et partagés de travail,   centrée sur ses bénéfices, incorporant  de service, de consommation, denseignement,   lexpérience et lorganisation du temps  de loisir… qui changent de fonction tout   et de lespace. au long de la journée, la semaine, lannée.  La mobilité “multimodale” nest plus une   Des services distants fournissant une réelle   compo­ ante de la promesse, mais une évidence…  s alternative à la coprésence, que ce soit   Aux décideurs publics et aux opérateurs  pour travailler, apprendre, accéder à un service, de lorganiser, ou de passer la main ! consommer ou communiquer avec ses proches.  De nouvelles alternatives positives :  Des formes multiples de médiation pour   que “services à distance” ne riment plus    Déplacer de manière dynamique les services,  avec “déshumanisation”. les produits, là où sont les gens, quand ils y sont.  La collaboration, lentraide, le partage passent    Organiser son temps, son espace, en fonction  de la périphérie au centre de loffre globale   des besoins du moment, sans planification  de mobilité. Tous les services, toutes les offres   préalable : par exemple, travailler 2 heures  de mobilité sappuient sur ce potentiel. à la gare si le train est bondé, pour se rendre  plus tard au bureau. 50
  • R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes… IN RE S-DEMA  Des décisions à prendre  Des grands projets Ouvrir toutes les données associées à la mobilité et Un “chèque mobilité” exonéré de charges, subven­en encourager la réutilisation la plus large. tion­ é de manière progressive en fonction des efforts n Exiger des services publics de multiplier les modalités des entreprises en faveur dune mobilité durable, utili-daccès de proximité en sappuyant sur les entreprises et sable pour toutes sortes de choses : se déplacer, passerles associations locales, et inviter les entreprises à faire du temps dans un télécentre, séquiper pour travailler àde même. la maison… Un vaste réseau de “tiers-lieux” hyperflexibles, asso-  Des verrous à faire sauter ciant travail, éducation, accès aux services, commerce Rendre la communication distante aussi, voire plus et logistique, partage de services ou dobjets entreriche et facile à établir que la communication face à individus… Ces lieux publics, privés ou associatifs parta-face : une priorité pour la recherche et l’inno­ ation. v geraient une même charte et communiqueraient entre Faciliter la flexibilité des espaces de travail, pour les eux. Un logo commun permettrait de les re­ onnaître. csalariés comme pour les entreprises : accueillir des sala-riés dautres entreprises chez soi, louer un espace dans le8e arrondissement de Paris pour deux jours… La promesse à l’œuvre Germaine, 75 ans, est une retraitée active en relativement bonne santé malgré quelques difficultés à marcher. Elle fait ses courses, joue au tarot, participe à une association, garde parfois ses petits- enfants. Mais son mari Paul vient de faire une attaque. Il vit à la maison, mais très diminué. Or c’est lui qui conduisait, et ils vivent en grande banlieue de Lyon… Germaine sait utiliser l’internet et le téléphone, mais mal, et elle n’aime pas ça. 2 3 La plupart des services Le problème, c’est de 1 disponibles pour aider se déplacer. L’assistant de Dans l’urgence de l’accident Germaine (et Paul) ne mobilité réduit beaucoup de Paul, une solidarité familiale sont accessibles qu’en ce stress. Il permet d’organiser et de voisinage s’est vite mise ligne. Germaine a reçu tout déplacement, soit en place. Germaine n’a jamais une “initiation digitale”. en transports en commun manqué de rien dans son frigo. Son médiateur l’appelle en coordonnant tous les Elle a pu sortir sans laisser aussi une fois tous horaires à partir de la station Paul seul. Ses démarches les 15 jours. de bus toute proche, soit en administratives se sont faites mobilisant d’autres modes : depuis chez elles, avec l’aide transports à la demande, d’un médiateur. covoiturage, et même véhicules automatiques. 4 5 Des plates-formes Paul est bardé de capteurs réunissent dans des cercles et sa santé est surveillée 6 concentriques la famille, en continu. Il déteste ça. Il a Germaine se demande quand quelques voisins disponibles, l’impression d’être observé, même comment ça se passera des amis de l’âge de et aussi que ça permet quand elle-même aura de plus Germaine, des professionnels. surtout à la Sécu de changer gros problèmes de santé… C’est facile de s’organiser, tout le temps les infirmières de demander de l’aide, de qui passent le voir. Mais partager des nouvelles. Sauf c’est vrai qu’elles paraissent que ça passe toujours par ces chaque fois bien renseignées satanés écrans… sur son cas. 51
  • Marc, architecte de 43 ans, habite à Nantes. Il a divorcé depuis peu et a la garde alternéede ses enfants Chloé et Elliott. Il doit gérer une vie compliquée, un travail prenant, le lien avec ses enfantsquand il les a et quand il ne les a pas… 1 2 Pour ses courses, Les semaines où les enfants 3 tout existe sur sont là, Marc travaille souvent à Marc a accès à son chemin. Sur la maison grâce à sa connexion un parc de véhicules le quai du tram, haut débit, mais aussi à son automatiques. il choisit ses imprimante 3D grâce à laquelle Comme il n’est plus pris aliments sur une il peut réaliser des maquettes. par la conduite, il peut vitrine virtuelle et Il s’en sert aussi pour remplacer profiter de ses enfants récupère les sacs l’embout cassé de son aspirateur. quand il les emmène à son arrivée. D’un côté, les enfants sont ravis ; à l’école. de l’autre, Marc s’aperçoit qu’il travaille presque tout le temps… 4 5 6 Pour les activités Marc gère tout son admi­ - L’école des enfants est très des enfants, il nistratif à distance. Sa secrétaire éloignée du domicile de participe à un service partagée l’a aussi aidé pour la mère. Quand ils sont chez elle, de co-déplacements. son divorce et son déménage­ ils suivent le plus souvent Des gens du quartier, ment. Marc utilise aussi un les cours depuis un télécentre. qui se connaissent, optimisateur d’agendas qui l’aide Marc n’oserait jamais le dire, s’organisent pour à organiser toutes les dimensions mais il apprécie ces semaines emmener les enfants de sa vie, coordonnées avec celle sans enfants : certes, il travaille à leurs diverses de ses interlocuteurs. plus, mais l’organisation activités. de son temps est tellement plus simple ! 52
  • Georges Amar53
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA En nourrissant les rêves des hommes, en traçant les voies des possibles et des souhaitables, les exigences du développement durable, couplées aux promesses des avancées De nombreux exemples illustrent scientifiques et technologiques – en une la manière dont les TIC peuvent répondre synthèse créatrice – ouvrent des champs aux défis environnementaux : les Smart Grids immenses pour l’innovation” Pierre Musso, et les systèmes énergétiques intelligents Laurent Ponthou, Éric Seuillet,  peuvent considérablement améliorer Fabriquer le futur, 2007 la distribution d’énergie et en optimiser l’usage. L’habitat intelligent peut contribuer à réduire la consommation énergétique de millions Le numérique apporte tant une capacité d’immeubles. Les systèmes de transport à agir collectivement, que les ressources intelligents permettent d’organiser d’information susceptibles de mesurer les plus efficacement le trafic et de réduire résultats et de piloter, que les moyens d’agir sur les émissions de CO2.” OCDE, 2009les autres technologies. Le bâtiment est concerné au premier plan, mais aussi la mobilité, l’efficacité énergétique (dont les réseaux), l’écologie industrielle, l’ensemble de l’industrie et des services.” ACIDD R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APLe numérique a contribué à la croissance – D’une part, le développement durable, IN REmais aussi aux dérèglements financiers S-DEMA certes très présent dans le discours desdont provient la crise actuelle. Outil de la glo- acteurs politiques et économiques, n’est enbalisation des circuits de production, il a offert de général appréhendé que sous l’angle environ­la croissance aux pays émergents, mais sans trop se nemental : or le pilier social du dévelop­ ement durable ppréoccuper de ses effets sur l’environnement  : certes, ne peut se dissocier de son pilier écologique.les émissions de CO2 ont diminué en Europe depuis D’autre part, les deux principaux moteurs dont on1990, mais elles ont augmenté aux Etats-Unis et dou- escompte des bénéfices environnementaux , la techno­blé en Chine et en Inde. Enfin, l’inégalité des revenus et logie et les “changements de comportement” indivi-des patrimoines a forte­ ent augmenté dans le monde m duels, s’avèrent insuffisants en l’état. L’organisationentier. Le numérique n’a donc pas miraculeusement même des systèmes de production ne change guère,rendu la croissance plus pérenne, ni plus durable, c’est- pas plus que les modèles économiques  : or les béné-à-dire mieux répartie et moins dommageable pour la fices que l’on peut attendre d’une simple optimisationplanète. t ­ echnique de l’existant sont limités – sans compter lesPourtant, l’opinion se montre de plus en plus sensible multiples “effets rebond” que produisent classique­aux questions environnementales  ; un nombre crois- ment les gains en efficacité. Les citoyens, quant à eux,sant d’entreprises prend au sérieux sa responsabilité sont invités “d’en haut” à vivre d’une manière plussociale et environnementale  ; les “green techs” font f ­ rugale, mais ils disposent de peu d’outils pour le faire,l’objet d’investissements importants. et toute l’organisation des marchés les invite chaqueAlors, que manque-t-il ? Sans doute la volonté de chan- jour à faire le contraire.ger réellement de système. 54
  • Ce qui a marché… Ce qui n’a pas marché…  Une réelle prise de conscience   À l’échelle de la planète, la croissance du PIB   des enjeux environnementaux, même si elle  reste fortement couplée avec la consommation n’est pas toujours suivie d’effets. d’énergie et de ressources naturelles. L’Asie    Des investissements significatifs dans  et les Etats-Unis font plus que compenser la sobriétéles “technologies vertes” et les énergies renouvelables. européenne – qui doit elle-même beaucoup   à la délocalisation de son industrie.  Une innovation numérique “verte”  dynamique et diverse, en particulier autour   Les “marchés carbone” fonctionnent mal   de l’économie de fonctionnalité, de la consommation et n’incitent pas les entreprises à changer   collaborative (covoiturage, partage d’équipements, leurs modes de production. recyclage…) et des “smart grids”.  La “responsabilité sociale et environnementale”  Des alliances fécondes entre grands acteurs demeure généralement extérieure au coeur   industriels et innovateurs numériques :  du modèle économique des entreprises, au risque Citroën/Zilok, Vinci/Buzzcar… parfois du “greenwashing”.  Dans certains pays de l’OCDE, un réel  découplage entre croissance du PIB et  de la consommation d’énergie. Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  Le numérique n’a que récemment entrepris   Les décideurs politiques et économiques   de travailler sur son propre impact écologique. sont beaucoup plus sensibles aux piliers économique  Les spécialistes de l’environnement,  et environnemental du développement durable,   du social et du numérique se connaissent  qu’à son pilier social. Or le social se rappelle   et se comprennent très mal. sans cesse à eux…  Des nouvelles propositions radicales en matière   L’importance des effets rebonds : la baisse   de développement durable, issues du numérique de l’intensité énergétique encourage l’augmentation émergent : “internet de l’énergie” (Jeremy Rifkin), de la consommation, la possibilité d’agir à distance consommation collaborative… invite à se déplacer plus…  L’application de technologies nouvelles   à des modèles industriels et institutionnels inchangés ne suffit pas à produire une croissance soutenable. RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMATechnologie environnementales dans les ­ décisions des grandes entreprises  Montée en puissance d’innovations de  Des technologies numériques plus soucieuses de modèle économique intégrant une dimension socialeleur propre empreinte écologique (et sociale ?)  Une et environnementale  : circuits “bouclés”, économie demeilleure traçabilité sociale et environ­ ementale des n fonctionnalité, partage…produits  Un secteur des “green techs” ­ oujours dyna- tmique et innovant  Les “smart grids”  Les “big data” Sociétalau service de la compréhension des mécanismes éco-logiques. Crises locales graves liées au changement clima­ ique, t ainsi qu’à l’accès à l’énergie, à l’eau ou aux matièreséconomie premières  Croissance modeste, mais significative, d’une consommation “responsable”  Naissance d’uneRéduction mondiale des dépenses publiques  Tensions opinion publique mondiale active, appuyée sur lesliées aux inégalités sociales, aux difficultés des classes r ­ éseaux sociaux.moyennes et à la montée de la pauvreté dans les paysdéveloppés  Malgré la faiblesse de la croissance, aug-mentation des coûts de l’énergie, des matières pre-mières, ainsi que des salaires en Chine  Poids ­ roissant c(mais non dominant) des considé­ ations sociales et r 55
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMADemain, les technologies de l’information et de la communication se mettront au service de nouvellesformes de coordination des activités économiques et sociales, à la fois plus justes et plus favorables àl’environnement : circuits courts et “bouclés”, dé-matérialisation, consommation et production collabo­ratives… Elles rendront possible (et publique) l’évaluation des impacts sociaux et environnementaux desactivités économiques et leur intégration dans les prix. Elles aideront chacun d’entre nous à s’impliquerdans la recherche de modes de vie plus durables, sans pour autant prescrire un modèle unique de com­portement. Elles permettront de reconnaître d’autres apports à la société, d’autres formes d’activités,que la production marchande. Elles seront l’outil des communautés locales comme de l’opinion publiquemondiale pour contraindre les entreprises et les pouvoirs à réorienter leurs choix en faveur d’un nouveaumodèle de développement humain. La jonction de la communication Dans les décennies à venir, notre économie par Internet et des énergies renouvelables devra totalement cesser d’émettre des gaz engendre une troisième révolution industrielle. à effet de serre. Il s’agit d’un formidable défi. Au XXIe siècle, des centaines de millions d’êtres Nous n’y répondrons pas à l’aide des seuleshumains vont produire leur propre énergie verte énergies propres. C’est notre relation à l’énergie dans leurs maisons, leurs bureaux et elle-même que nous devons transformer. leurs usines et la partager entre eux sur des (…) Nous avons à disposition de multiples réseaux intelligents d’électricité distribuée, approches qui peuvent rendre nos vies plus exactement comme ils créent aujourd’hui riches et plus frugales à la fois.” leur propre information et la partagent Alex Steffen, Carbon Zero, 2012 sur Internet.” Jeremy Rifkin, La troisième révolution industrielle, 2011 L’image de la pollinisation illustre la nouvelle conception de l’économie requise Plutôt que d’assumer que tous les produits par l’écologie de demain. Les abeilles génèrent doivent être achetés, possédés et jetés par avec le miel un produit marchandisable, les ‘consommateurs’, les produits contenant mais le travail le plus utile est la pollinisation des nutriments techniques précieux – voitures, des plantes. La première écologie, confrontée télévision, revêtement de sol, ordinateurs et au capitalisme industriel, était dominée réfrigérateurs… – seraient conçus comme par l’économie du monde matériel. L’écologie des services. (…) Les gens pourraient satisfaire d’aujourd’hui (la deuxième écologie) montre leur appétit pour les nouveaux produits aussi le chiasme qui s’est opéré. Le monde de l’économie souvent qu’ils le désirent, sans culpabilité, politique se présente comme un emboîtement et l’industrie pourrait les y encourager de systèmes complexes, d’écologies diverses en toute impunité, sachant que ce faisant dont l’humain cesse d’être le centre. La sphère les deux parties soutiennent le métabolisme de l’esprit – celle des relations entre les idées et technique.” Michael Braungart, William de la coopération entre les cerveaux – connaît McDonough, Cradle to cradle, 2002 une indéniable croissance. Son économie fait apparaître de nouvelles formes d’efficience et d’organisation, comme le réseau d’ordinateurs. Le capitalisme cognitif est l’autre et le rival mimétique de la seconde écologie. Il peut accepter de se dessaisir de la maîtrise de la biosphère ou, à tout le moins de la partager, s’il devient le maître de la noosphère.” Yann Moulier- Boutang, L’abeille et l’économiste, 2010 56
  • Quelle différence avec la promesse d’origine ?  La promesse d’origine demandait à la technologie Distribuer   : relocaliser, rapprocher, partager lesd’optimiser les systèmes techniques et les processus lieux, étendre l’espace des “biens communs”…existants. Prenant acte des limites de cette approche, Consommer   : consommation collaborative,la nouvelle promesse se focalise plutôt sur la coordi­ p ­ artage d’équipements et de capacités, gestion activenation des activités humaines. L’objectif est de soute- des cycles de vie des produits, réparation, recyclage…nir une transformation volontariste de notre modèlede développement, c’est à dire de nos manières Mesurer : rendre possible des mesures ­ omplexes cde ­ produire, distribuer, consommer et mesurer la et diverses de la richesse et des coûts, en intégrant cer­ ichesse : que l’on nomme aujourd’hui les “externalités” positives (pollinisation) et négatives (pollution par exemple). Produire  : une approche en termes d’“écologieindus­ rielle”, qui repose avant tout sur de nouvelles tformes de coordination des activités et d’allocationdes ressources, ainsi que sur la dé-matérialisation(transformation de produits en services, durabilité desproduits)… R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes… IN RE S-DEMA  Un internet de tout  Les réseaux pour la résilienceEt si l’on appliquait à d’autres domaines les principes Et si l’on faisait du numérique un “stabilisateur auto-de l’internet – la coordination décentralisée d’acteurs matique de croissance”, qui permet aux individusautonomes, connectés de proche en proche, partageant comme aux entreprises de s’ajuster aux variationsdes ressources et échangeant sans contrôle central ? conjoncturelles en ayant accès à des circuits écono-C’est ce que Jeremy Rifkin propose pour l’énergie, ou miques parallèles, des monnaies alternatives, desencore le “manifeste de l’internet physique” pour la formes non-monétaires de partage et d’échange ?logistique. À quand la même chose pour les matériaux,pour la production industrielle, pour la mobilité ?  Compter autrement Et si l’on mesurait systématiquement les “exter­ alités” n  Boucler les boucles de l’activité économique  – les pollutions, la consom-Et si les investissements “durables” se focalisaient en mation de ressources non renouvelables, la productionpriorité sur des technologies, des organisations indus- de biens communs, etc. – pour les réintégrer dans lestrielles et des modèles d’affaires “bouclés”, où “les prix, les soutenir ou les taxer ?déchets des uns sont les nutriments des autres” ? Ce Par ailleurs, une économie bouclée, partageuse, déma­sont les principes de ­ ’écologie industrielle, du “cradle to l térialisée, pourrait finir par satisfaire plus de besoinscradle” et de la “blue economy”. L’objectif  : une écono- qu’aujourd’hui pour une valeur monétaire plus faible :mie vivace, créative, en crois­ ance, qui consomme très s pourrait-on alors mesurer autrement la croissance, peu de matières premiè­ es, ne rejette plus rien. r sur le modèle de l’Indice de développement humain ?  Dématérialiser, partager, recycler –et gagnerEt si la réduction de la part matérielle de la produc­ ion, tla transformation de produits en services, le partaged’équipements et de capacités (véhicules, machines,espaces…), devenaient autant de sources d’innovationsfrugales, encouragées fiscalement ? On en trouve lesgermes dans l’économie de fonctionnalité, la consom-mation collaborative, la recherche de produits plusdurables et réparables, le recyclage “coopératif”… 57
  • La promesse à l’œuvreElsa, 35 ans, vit avec son conjoint et ses deux enfants en grande banlieue parisienne. Directricede la communication d’une PME d’emballage, Elsa subit une charge professionnelle importante. 2 La veille, elle a réservé un trajet sur çaroule.com pour partager le trajet vers Paris. 1 Elle a choisi Christophe, 3 Elsa s’est levé de car lui aussi est impliqué Sur son téléphone, Elsa vérifie le bon pied ce matin. dans la construction de surplus d’énergie que sa maison C’est sa journée l’éolienne de son village. a produit la veille ; en un clic de la semaine Elle n’oublie pas d’emporter elle accepte la proposition de en entreprise ; le la perçeuse qu’elle va prêter rachat de Kirsten au Danemark. reste du temps, pour la journée grâce à Il faudra qu’elle verse une elle télétravaille “jepretejeloue.com”. petite taxe. Le plus souvent, elle chez elle ou depuis revend son énergie à la barre de l’espace de co- HLM d’en face, très mal isolée, et working local. cette transaction de proximité ne lui coûte rien. 4 Aujourd’hui,  son entreprise lui donne une belle matière à 5 communiquer : en repensant L’entreprise d’Elsa partage sa production, elle a réduit la des locaux avec d’autres matière de ses emballages de employeurs et accueille des 40% et se fournit à 100% en gens de passage. Comme carton recyclé. Elle a également tous les jours, il fait bon mis en place une filière de au bureau : les locaux sont recyclage de ses propres chauffés grâce à la chaleur emballages. En définitive, sa émise par les serveurs matière première ne lui coûte situés au sous-sol. presque plus rien. 58
  • Jeremy Rifkin 59
  • R D H U I OU   une promesse HIER AUJ DE MAIN AP proposée, mais qui reste à traiter IN RE S-DEMADes technologies d’analyse, de mesure et de pilotage des systèmes complexes pour une croissance plusdurable, plus économe en ressources, de meilleurs services, et une meilleure qualité de vie.  Smart Cities  Smart grids Une ville peut être qualifiée On estime que les Smart Grids pourraient de “smart” quand un investissement réduire les émissions de CO2 dans l’UE de 9 % dans le capital humain et social, ainsi que et la consommation annuelle des foyers de 10 %. les infrastructures de transport et Elles devraient aussi garantir la sécurité de communication, forment la base de fonctionnement du réseau électrique d’un développement économique durable et rendre possible l’intégration à grande échelle et d’une qualité de vie élevée, associée des énergies renouvelables.” Commission à une gestion avisée des ressources européenne naturelles au travers d’une gouvernance participative.” Wikipedia La Smart Grid (réseau électrique intel­ igent) l représente une opportunité sans précédent Les villes sont des systèmes en temps réel, de faire basculer le secteur de l’énergie dansmais elles sont rarement gérées comme telles. (…) une nouvelle ère de fiabilité, de disponibilité Quelques villes pionnières commencent à et d’efficience qui contribuera à notre santé s’emparer de cette idée. Leurs systèmes de économique et environnemen­ ale. (…) La Smart tgestion sectoriels cèdent la place à une approche Grid n’est pas qu’une techno­ ogie au service l globale, créant des économies d’échelle et des opérateurs ; il s’agit de vous donner l’infor­ d’envergure, avec pour effet : mation et les outils nécessaires pour gérer  Plus de croissance et d’emplois votre usage de l’énergie. Un réseau plus intel­  Une gestion des ressources plus efficiente ligent offrira un niveau sans précédent de et moins dommageable pour le climat participation de la part des consommateurs.”  Une plus grande qualité de vie et de travail Smartgrid.gov  Des villes gérées plus efficacement  Une vie commune plus riche (…)  Smart tout Nous croyons que les villes intelligentes feront partie de la boîte à outils de nos Des milliards d’appareils numériques, dirigeants pour créer des villes du XXIe siècle, connectés au travers de l’internet, produisent mieux équipées pour faire face au change­ ent m un océan de données. Toute cette information – climatique, à la croissance et aux évolutions qu’il s’agisse du flux des marchés ou du pouls démographiques, à la pénurie de ressources de la société – peut se convertir en connaissance. naturelles, dans un environnement (…) A l’aide de cette connaissance, nous pouvons financier contraint.” ARUP réduire les coûts, minimiser les déchets et amé­ liorer l’efficience, la productivité et la qualité dans tous les domaines, des entreprises jusqu’aux villes. (…) Ayant à votre disposition toutes ces technologies et ces réseaux, que n’amélioreriez- vous pas ? Que ne connecteriez-vous pas ? Quelle information n’iriez-vous pas exploiter pour en tirer de nouvelles intuitions ? Quel service ne fourniriez-vous pas à vos clients, citoyens, étudiants ou patients ? La réponse : nous ferons tout cela. Parce que nous le pouvons – et parce que nous le devons.” IBM 60
  •  Smart Cities  Smart grids  La smart city oublie Des smart grids pour les grands ce qui fait la force des villes ! électriciens, ou pour changer de modèle ? Trop rigide, le concept de ville intel­ igente l Les grands bénéficiaires des [smart grids] deviendrait une tentative futile d’éliminer ne sont PAS les consom­ ateurs, m l’incomplétude des villes, d’en cerner et NI l’environnement, seulement les opérateurs. d’en contrôler tous les aspects. Cela reviendrait Les smart grids aident les opérateurs à réduire à en programmer l’obsolescence. Imaginez que les pics de consom­ ation, ce qui leur évite m Rome n’ait pas muté au cours des millénaires : de construire de nouvelles centrales. Elles ne elle serait aujourd’hui une ville morte. réduisent pas la demande d’énergie ni Ceux qui planifient les villes intelligentes, les émissions de gaz à effet de serre – elles se notamment Songdo en Corée, rendent ces contentent de les déplacer à d’autres moments technologies invisibles, et les mettent ainsi de la journée. (…) Une troisième génération de en situation de diriger leurs utilisateurs plutôt réseau et de compteurs intelligents permettrait que de dialoguer avec eux.” Saskia Sassen aux producteurs d’énergies renouvelables de communiquer directement avec le compteur Ce sont les citadins qui doivent de leurs clients, via l’internet, indépendamment devenir smart, pas la ville ! des grands opérateurs. Le compteur pourrait communiquer avec différents fournisseurs, Les acteurs publics cessent de fournir pour permettre aux consommateurs de nombreux services (…) Les théoriciens d’en changer automatiquement en fonction de la smart city s’engouffrent dans la brèche du prix et de la disponibilité d’énergie. en promettant un meilleur pilotage, une Cela aurait un effet bien supérieur sur meilleure efficacité dans l’usage des ressources, les émissions.” Bill St Arnaud et des modèles prédictifs pour contrôler le chaos. Beaucoup de ces promesses ne seront  Smart tout pas tenues. (…) Ne pourrions-nous pas utiliser les technologies en réseau pour préserver Un projet qui se débarrasse l’ordre complexe et l’intelligence innée de des sujets ! nos formidables espaces urbains ? (…) Si nousvoulons concevoir des espaces connectés souples Le gouvernement algorithmique est et réactifs – si nous voulons exploiter tout un mode de gouvernement nourri essentiel­ le pouvoir des technologies informatiques lement de données brutes, signaux infra- pour créer des endroits qui méritent d’y vivre – personnels et a-signifiants mais quantifiables, nous devrons faire des choix osés et décisifs opérant par configuration anticipative des qui s’affranchissent de la rhétorique usée possibles plutôt que par règlementation et de l’héritage intellectuel douteux des conduites, et ne s’adressant aux individus de la smart city ” Adam Greenfield que par voie d’alertes provoquant des réflexes plutôt qu’en s’appuyant sur leurs capacités d’entendement et de volonté. (…) Un gouver­ nement algorithmique qui façonne l’advenir, qui affecte sur le mode de l’alerte et du réflexe, mais n’éprouve ni n’est éprouvé par aucun sujet a de quoi faire frémir – ne fût-ce que dans la mesure où il ne se laisse plus provoquer par la liberté humaine, alors même que cette provocation constante est précisément ce qui occasionne du débat, de la délibération autour de la norme, et donc du projet collectif.” Antoinette Rouvroy 61
  • R D H U I OU   une promesse HIER AUJ DE MAIN AP proposée, mais qui reste à traiter IN RE S-DEMAL’internet rend les marchés plus fluides et plus transparents. Il facilite la rencontre et l’ajustement  de l’offre et de la demande et par conséquent, la personnalisation de l’offre. Il fait disparaître de nombreuxcoûts de transaction et de coordination. Cette transformation bénéficie à la fois aux consommateurs  et aux producteurs, particulière­ ent les petits. mLes consommateurs ont accès à plus de choix et à plus d’information pour les aider à faire ces choix – ycompris sur des critères sociaux et environnementaux. Leur relation aux commerçants, aux produits etaux producteurs s’enrichit grâce au multicanal et à de nouvelles interfaces. De leur côté, les producteursaccèdent plus facilement aux marchés (voire, directement, aux consommateurs) et cela favorise la diver­sité et même le commerce équitable. Nous vivrons dans un nouveau Le modèle économique de la Longue Traîne capitalisme où les frictions et les coûts traite les consommateurs en individus, offrant fixes seront minimaux, dans lesquelles une personnalisation de masse à la place l’informa­ ion sur les marchés abondera t d’un marché de masse. (…) Ce processus bénéficie et les coûts de transaction seront bas. Ce sera à la diversité, inversant ainsi la tendance un paradis pour les consom­ ateurs.” m à la banalité issue d’un siècle de pénurie Bill Gates, The Road Ahead, 1995 dans la distribution et de tyrannie des Hits.” Chris Anderson, La longue traîne, 2005 L’internet est un marché presque parfait parce que l’information y est instantanée et Le modèle du commerce équitable vise que les consommateurs peuvent comparer à court-circuiter les intermédiaires traditionnelsles offres des vendeurs à l’échelle du monde. Cela et les coûts de transaction associés, en retour­ produira une concurrence acharnée, nant les économies réalisées aux producteurs. une moindre différenciation des produits Il apparaît ainsi particulièrement cohérentet une baisse de la fidélité aux marques.” Robert avec certaines des particularités systémiques Kuttner, 1998 de l’e-business.” Alemayehu Molla, 2007 L’internet réduit les pressions inflation­­ nistes Les consommateurs de demain en intensifiant la concurrence par les prix ne connaîtront pas cette dichotomie entre et en réduisant le coût du travail par unité l’achat en ligne et l’achat magasin.Ils prendront produite. Il augmente le potentiel de croissance les bons côtés du e-commerce : la recherche en réduisant le coût macroéconomique facilitée, le gain de temps, le fait de pouvoir des stocks de produits finis. Enfin, il réduit commander 24 heures sur 24, les avis clients… les coûts de recherche et de transaction dans et de l’achat de proximité dont la dimension toute l’économie en substituant la recherche humaine et physique restera primordiale.” en ligne au marketing et à la distribution, Catherine Barba, Fevad, 2011 intensifs en travail.” Albert DePrince & William Ford, 1999 62
  • Ce qu’on attend du numérique au service de cette promesse  Interconnecter tous les agents   Réduire les coûts d’accès aux publics et   économiques en temps réel, à l’échelle locale  donc faciliter l’accès aux marchés de la part   et mondiale, pour ajuster l’offre et la demande, des producteurs de la “longue traîne”,  organiser les chaînes d’approvisionnement, composer acteurs de niches, petits producteurs, etc. de manière dynamique des offres complexes…  Faciliter l’accès aux informations sur les marchés,    Dématérialiser certains produits, transformer  les produits et les prix, pour faciliter à la fois  des produits en services, associer services et produits. la comparaison et l’analyse en fonction de critères   extra-économiques.  Tracer toutes les transactions, toutes  les inter­ ctions, pour analyser et prédire en continu  a  Multiplier et enrichir les canaux et   les évolutions du marché et rendre possible  les interfaces : cross-canal et enrichissement   une multitude d’expérimentations. de “l’expérience client”.  L’effet de l’internet en termes de transparence et de L’internet, les smartphones et concurrence n’est pas évident ! les nouvelles méthodes de gestion des données ont fait augmenter l’information disponible Beaucoup ont vu dans le développement aux consom­ ateurs. (…) Ces changements m d’internet la naissance d’un formidable outil technologiques ont aussi fourni aux entre­ rises p de recherche d’informations, de comparaison plus d’information sur les habitudes de produits et de prix. (…) Or, non seulement de leurs clients. Dans certains domaines, on observe une forte dispersion de prix les entreprises en savent plus sur les pratiques [en ligne], quel que soit le produit étudié, mais des consommateurs que les consommateurs celle-ci ne diminue pas au fil du temps. De plus, eux-mêmes. (…) “Better Choices:Better Deals” viseles prix moyens d’un produit vendu en ligne sont à rendre le contrôle aux consommateurs : parfois supérieurs à ceux observés dans le contrôle de leurs données personnelles, le monde physique !” Patrick Waelbroeck, qu’ils peuvent utiliser pour prendre in Les dilemmes de l’économie numérique, 2009 de meilleures décisions d’achat et faire de meilleurs choix de vie.” UK Cabinet Office /  Le pouvoir des consommateurs BIS, “Better Choices, Better Deals”, 2011 se gagnera par la contrainte !  L’eCommerce n’est pas plus “durable” Les marchés en réseau s’auto-organisent que le commerce traditionnel – peut-être plus vite que les entreprises qui les servaient même moins ! habituellement. Grâce au web, les marchés deviennent mieux informés, plus intel­ igents l L’analyse macro-économique n’a pas et plus en attente des qualités qui permis d’identifier un rôle direct significatif manquent à la plupart des entreprises. (…) des TIC en faveur d’un découplage [entre  Les marchés sont des conversations. croissance et consommation d’énergie], et  Les marchés se composent d’êtres humains, nous ne pensons pas que la technologie y pas de segments démographiques. (…) contribue dans le futur proche. (…) Alors que  L’internet rend possible des conversations l’ecommerce à base d’information aurait entre êtres humains qui n’étaient tout le potentiel de réaliser un tel découplage, simplement pas concevables à l’ère des médias celui-ci n’apparaît pas aujourd’hui vraisem­ de masse.” The Cluetrain Manifesto, blable, pour diverses raisons.” Digital 1999 Europe Project, 2003  L’enjeu n’est pas de mieux consommer, mais de moins consommer ! 63
  • RDHUI RDHUI RDHUI RDHUI OU   OU   OU   OU   HIER AUJ DE HIER AUJ HIER AUJ HIER AUJ DE DE DE MAIN AP MAIN AP MAIN AP MAIN AP IN IN IN IN RE RE RE RE S-DEMA S-DEMA S-DEMA S-DEMA une promesse son bilan quelle promesse quelles pistes pour demain ? daction ? Et si lon sétait trompé de promesse ? Une promesse revisitée Son bilan : Quelles pistes daction ? .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .…………………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………………Une promesse non traitée .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… (à vous de jouer !) .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… 64 65
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA  La santé en ligne, c’est important. Elle peut améliorer l’accès aux soins de santé ainsi que la qualité et l’efficacité des services proposés. (…) Associée à des modifications organisationnelles et au développement de L’e-Santé est une idée admise, mais nouvelles compétences, la santé en ligne peut pas encore considérée comme un dispositif contribuer à une amélioration de la qualité opérationnel, de valeur et essentiel pour des soins pour un prix moins élevé. Elle est répondre aux nombreux problèmes de nos donc en mesure de faire face aux principaux systèmes de santé. (…) Le cap est celui d’une plus défis auxquels le secteur des soins de santé grande autonomie et responsabilité de la part est actuellement confronté.” de patients et de citoyens mieux informés Commission européenne, 2004 vis-à-vis de leur santé. La technologie doit se mettre au service du soin et de l’attention Les humains ont des capacités limitées. (care), rapprochant au maximum la santé Ils ne perçoivent le monde que d’une façon des citoyens et des patients, instaurant restreinte, la vue étant le meilleur de leur sens. une forme de subsidiarité dans le système Les humains ne comprennent le monde qu’en de santé et fournissant les résultats quetrois dimensions, et ne communiquent entre eux les gens désirent et dont ils ont besoin, plutôt que d’une façon très lente, séquentielle, que ceux qu’attendent les autres acteurs appelée parole. Cela peut-il être amélioré ? de la chaîne.” EHTEL, 2009 Pouvons nous utiliser la technologie pour effectuer un upgrade de l’humain ?” Kewin Warwick, I Cyborg, 2002 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APUn bilan en clair-obscur pour le corps et les triques entre les ­ oignants et les soignés s IN REpolitiques du corps à l’heure de l’empower­ S-DEMA qui étaient la règle avant, cèdent progres­ment global. sivement la place à un ­ ialogue plus ouvert et dLa recherche médicale continue de progresser remar- équilibré, au bénéfice de tous.quablement, des biotechnologies aux outils de diagnos- Ces progrès importants, transformateurs, se paienttic, des prothèses aux organes de synthèse, en passant c ­ ependant de nouvelles aliénations.par les différentes formes de télémédecine ou la méde- La perspective que le soin, la conservation, la répa­ ation rcine “préventive”. Une médecine et des technologies et l’augmentation du corps constituent le derniermédicales toujours plus performantes, contribuent à e ­ space du consumérisme trouble les esprits, dans uneune espérance de vie qui continue de croitre. époque qui travaille aussi à son dépas­ ement. sLe marché du fitness est en forme. Il peut s’appuyer sur Une normalisation rampante s’impose ­ doucement,des pratiques communautaires massives, qui génèrent glorifiant un corps beau et sain à travers les bonnesun brassage permanent d’idées et d’expériences, et une pratiques sociales, comme l’alimentation, le sport, leoffre abondante d’objets et de services de monitoring fi ­ tness ou simplement la tempérance. Dans un contexteet coaching personnel proposée par des jeunes entre- de dérive des dépenses de santé, de tensions sur leurprises innovantes. financement et d’inquiétude sécuri­ aire, elle se trans- tLes patients, les malades et leur entourage ont trouvé de forme facilement en intolérance vis-à-vis des pratiquesnouvelles sources de connaissance et déman­ ipation c hors norme.dans les réseaux sociaux de malades, comme Doctissimo En définitive, la question se pose : un corps plus beau auxou Patientslikeme. Les relations ­ nfantilisantes, asymé- i yeux de qui ? Plus sain à quel prix ? Moins cher pour qui ? 66
  • Ce qui a marché… Ce qui n’a pas marché…  Un allongement continu   Les politiques nationales ou   de la durée de la vie : 81 ans en 2008  européennes de prévention sanitaire,   contre 66 ans en 1952. incapables par exemple d’enrayer    Des innovations technologiques et  la progression de l’obésité et qui semblent   scientifiques dans le domaine de  avoir cessé de progresser contre le tabac. la médecine : prothèses, pacemakers, analyse   La maitrise des dépenses de santé,   et monitoring, organes de synthèse, etc. malgré la succession de plans d’économies    Les réseaux sociaux millionnaires de patients ou de rationalisation. comme patientslikeme ou doctissimo   Les accidents industriels pharmaceutiques   qui ont transformé la relation soignants/soignés,  du type Médiator. le rapport à la maladie et aux institutions  de santé, une partie de la recherche…  La télémédecine, qui doit décoller   depuis 30 ans.  La Kinect, la Wii,  les cardiofréquencemètres/GPS pour   Le “Dossier médical partagé”… coureurs et autres outils numériques  associés au fitness. Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  Un corps qui vit plus longtemps  – mais   Un corps qui devient la proie du marché :   une intolérance croissante face au vieillissement. chirurgie esthétique, monitoring permanent,    Le culte du corps, de sa construction, de  dopage cognitif (attention, mémoire…).ses performances – mais un refus du dopage et une  L’industrie du corps est aussi celle du désir : inquiétude vis-à-vis de “l’augmentation humaine”. cosmétique, esthétique, alimentation santé,    L’émergence du “biohacking”,  sex toys, drogues de synthèse… connaissent   du “do-it-yourself bio”, du bio-art… tous une forte période d’innovation.  L’inflation des coachs de santé, des offres autour   Une dépendance croissante vis-à-vis   du bien-être et du développement personnel. de services “préventifs” (fitness, coaches,   prévention, psy, médecines douces, technologies    Google Trends capable d’anticiper  du maintien à domicile…), mais aussi,   les épidémies de grippe. de certains médicaments.  Les appareils mobiles nouveaux accessoires   La relation au corps a une forte dimension   de mode. culturelle et son évolution en lien avec   le numérique n’est pas la même dans différentes régions du monde. C’est aussi une relation   de pouvoir entre individu, société,   institutions, professionnels… RDHU OU I J  D HIER AU EMAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA Technologie Démographie  Séquençage du génome accessible   Vieillissement (au Nord) à (presque) tous  “Digital natives”  Progrès rapides des biotechnologies  et abaissement des barrières à l’accès Pratiques  Chirurgie mini invasive  Mesure de soi (Quantified Self)  Réseaux d’objets connectés, balance, tensiomètre …  Libéralisation de certaines drogues  Organes de synthèse et   Des capacités cognitives et des sens enrichis autres applications des cellu­ es souches l  Données personnelles partagées    Robots de compagnie, exosquelettes entre les organisations de santé et   les individus concernés. économie  Forte contrainte sur les budgets publics  Pression vers la prévention (obligatoire),  le diagnostic en ligne ou “assisté”,  les soins à distance… 67
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMADemain, les technologies et les services de plus en plus performants dont nous disposerons nous  donneront plus de pouvoir sur notre propre corps, qu’il s’agisse d’en prendre soin, de l’embellir, de luidemander plus, de ressentir ou d’exprimer des sensations et des émotions neuves… L’accès aux dispositifsde soin se fera dans une relation plus équilibrée avec les professionnels et les institutions, avec le concoursactifs de communautés en ligne. Les frontières entre réparation et augmentation s’estomperont, dansun contexte social plus ouvert aux différences et laissant toute sa place à des normes plus nombreuseset moins impératives : la tension entre les attentes de la société (santé publique, équilibre des comptessociaux…) et les aspirations individuelles fera l’objet d’arbitrages plus ouverts, plus individualisés.  Au bout du chemin, un corps déculpabilisé, allégé des contraintes sociales, plus ouvert à de nouvellese­ xpériences sensorielles. La promesse à l’œuvreArnold, athlète de renommée mondiale, né en 2007, se remémore, à l’aube de ses 90 ans,l’histoire de sa carrière. Il lui suffit de parcourir les différentes générations d’implants et de puces qui ontprogressivement colonisé son corps, pour se souvenir des innovations successives qui lui  ont permis de réaliserdes performances hors du commun et, aujourd’hui, se sentir toujours aussi bien dans sa peau. 2 À 16, ans Arnold teste une 1 nouvelle génération de puces, 3 Arnold a 12 ans lorsqu’il sous forme de minuscules À 30 ans Arnold continue teste pour la 1ère fois implants répartis dans de tutoyer les sommets. des puces programmées différentes zones stratégiques Ses sponsors expérimentent pour stimuler  les muscles, de son corps, capables avec lui des nouveaux en fonction des décisions d’optimiser l’oxygénation et patchs, pilotés à distance, de son entraineur, qui les mécanismes de contraction qui lui permettent de tirer contrôle toutes les étapes musculaire. Arnold engrange le maximum d’énergie de son entrainement avec ses premiers succès, validés et d’efficacité de ce quil son Smartphone. par la Fédération interna­ mange. tionale d’Athlétisme. 4 5 6 Tout au long de À 70 ans Arnold se fracture Depuis 5 ans, Arnold sa carrière, Arnold fait l’omoplate, son premier coure avec son exo­ l’objet d’un monitoring accident. Il expérimente un squelette, dans la caté­ permanent et intégral, plâtre ”intelligent”, programmé gorie des plus de 85 ans. partagé avec ses pour générer les tissus de Ce qui ne l’empêche sponsors et sa propre synthèse régénérateurs. pas d’infliger des équipe médicale. Sa fracture est réduite en raclées aux petites deux heures. jeunes de 40 ans. 68
  • Julie, 32 ans, est la jeune chef d’un restaurant réputé. Passionnée par son métier,Julie met un point d’honneur à restituer, valoriser et magnifier toutes les saveurs des produits qu’elles cuisinent.Un événement inattendu va lui ouvrir de nouvelles perspectives en matière d’expérience sensorielle. Sa vieprofessionnelle en sera bouleversée. 2 Julie télécharge 1 une application qui 3 Julie se réveille le lendemain d’un diagnostique une légère Julie suit les recommandations concert plutôt sonore et n’entend perte d’audition. de son coach de santé en ligne, pas très bien. Elle se documente sur La même application et fait l’acquisition d’un kit de internet, trouve des témoignages l’oriente vers les réseaux prothèse auditive numérique. Il d’expériences similaires, et des sociaux de patients aux s’agit uniquement de fichiers et informations pratiques sur les pathologies similaires. Elle d’indications précises pour traitements possibles. y acquiert la conviction la fabrication de la prothèse, que qu’elle doit corriger sa Julie réalise elle-même dans le Fab surdité temporaire avec Lab de son immeuble l’aide d’une prothèse auditive. 4 Julie porte sa prothèse depuis 5 6 trois jours. Un matin elle se Intriguée, Julie surfe Le restaurant de Julie ne réveille avec de nouvelles sur le web et découvre désem­ lit pas, après une série de p sensations. Elle entend mieux qu’il existe aussi des chroniques dithyrambiques de la que d’habitude, sur une plage de prothèses, sous forme part des critiques gastro­ omiques n fréquences plus large. Son corps d’implants, pour les les plus réputés, qui célèbrent n’est pas seulement réparé, il est personnes souffrant de son art de découvrir et créer de augmenté. pertes temporaires ou nouvelles saveurs insoupçonnées définitive du gout. Elle jusqu’ici. décide de s’équiper, et d’expérimenter une augmentation de ses capacités gustatives. 69
  • Quelle différence avec la promesse d’origine ?  Une focalisation qui s’étend depuis   Le numérique permet lexpression   la santé vers la manière dont chacun vit,  dimaginaires du corps plus variés. Il brouille   ressent, s’exprime avec son corps.  les frontières entre réparation et augmentation,   Le rôle des technologies consiste à la fois  entre soin et intervention esthétique… À côté   à augmenter la performance des dispositifs  des fonctions vitales, il sintéresse au cerveau,   sanitaires et à les subvertir, en distribuant  aux sens et à leur stimulation… du pouvoir, en individualisant les réponses,   La promesse anticipe la construction de nouvelles en rééquilibrant la relation  normes sociales et esthétiques qui feront une plus entre professionnels et (im)patients. large place aux différences et aux désirs. R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes… IN RE S-DEMA  Une relation plus équilibrée  Body hackingentre usagers et professionnels de la santé Et si la communauté des Fab Labs investissait le domaineEt si, demain, prévention et appropriation de sa santé de la santé ? On pourrait se rendre dans l’espace “santé”allaient de pair, sur la base d’un partage constant et d’un Fab Lab pour un checkup complet (réalisé parréciproque de données entre patients, commu­ autés, n une infirmière diplômée assistée d’un logiciel libre deprofessionnels et industriels de la santé ? Chacun ferait diagnostic), l’opération d’une myopie, l’impression devaloir ses priorités et négocierait avec les autres. Un lentilles colorées. On pourrait s’y fabriquer des prothèsesobèse pourrait préférer la voie de l’exosquelette à celle spécialisées (un bras pour pêcher à la ligne, par exemple),du régime, en toute connaissance de cause – puis, un et prochaine­ ent y séquencer son propre génome. mjour, changer d’avis. Des exemples ? DIYBio, séquenceur d’ADN personnel…Quelques exemples ? InControl, Blue Button…  Oser en parler !  Moncorpsestamoi.com Prévention/soin, santé/bien-être, normes sociales/choixEt si une entreprise hautement professionnelle me personnels en matière de santé, information du patient/p­ ermettait de tutoyer les limites de ce que la techno­ automédication, marchandisation/sanctuarisation dulogie me permet d’accomplir avec mon corps ? Au corps, individualisation/solidarité, réparation/augmen-catalogue de Moncorpsestamoi, après validation par tation, augmentation/dopage… prises dans ce faisceauun comité d’éthique de très haut niveau  : change- de tensions, toutes importantes, les discussions sur lament (réversible) de genre, stimulants sensoriels ou santé, sur la relation au corps, sont difficiles. Pourtant, simémoriels, chirurgie esthétique temporaire ou perma- nous nosons pas les reprendre, sans tabous (mais nonnente, hallucinogènes de synthèse garantis sans effets sans principes), nous nous condamnons à rester spec-secondaires, implants électroniques, exosquelettes sur tateurs de transformations que nous ne comprendronsmesure… pas, sans prendre en compte, ni la solidarité, ni les effets systémiques des choix individuels ou industriels. 70
  • EHTEL, 200971
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA Si l’utilisateur peut avoir un intérêt pratique à fédérer ses multiples facettes, en revanche il est peu probable qu’il souhaite D’ici 2010, les entreprises et les citoyens partager avec d’autres son puzzle identitaire européens pourront bénéficier de moyens sûrs recomposé. Par ailleurs, à trop vouloir garantir, d’identification électronique qui optimisent la certifier et assurer la confiance dans lecommodité pour l’utilisateur tout en respectant “réalisme” de l’identité, on néglige le fait que, les régulations en matière de protection de dans beaucoup de contextes et souvent données.” Commission européenne, 2005 dans les plus dynamiques d’entre eux, les personnes n’aient pas envie d’être elles- mêmes.” Dominique Cardon, “ Le design de la visibilité : un essai de typologie du web 2.0”,  2008 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN AP INMalgré la rhétorique des marchands de  r ­ enforçant même parfois une certaine ­ RE S-DEMApeur, l’identité numérique n’est pas deve-­  forme d’exclusion : si vous n’avez pas d’iden-nue le problème majeur de l’usager numé­ ique r tité numérique, vous n’existez pas ; si vous n’end’aujourd’hui, que seuls des outils ultra-sécurisés prenez pas soin, vous en payez les conséquences.résoudraient. Les problématiques de l’identité numérique ontAu contraire, l’identité numérique est devenu un véri- é ­ volué conjointement à l’essor du web social, financétable outil de construction de soi. À ce titre, le vieux par l’exploitation des données personnelles, et aurêve de l’unification de l’identité n’est probable- dévelop­ ement des services en ligne, construits sur pment pas souhaitable  : un tiers de confiance unique une connaissance de plus en plus fine des clients.paraît impossible à envisager, les usagers les plus Plus de commodité a engendré moins de protection ;habiles ont adopté des stratégies tant de projection l’asymétrie est toujours plus grande entre le serviceque de protection de leur identité. Les problèmes de rendu et la collecte de données personnelles  –  pargestion d’identifiants multiples, de profils, de traces a ­ illeurs mal protégées par ceux qui les collectent.peuvent néanmoins affecter des publics moins ­ vertis, a Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  Anonymous (ça marche vraiment).  Anonymous (ça marche aussi    Commodité de l’identité  pour les pirates). numérique via Facebook Connect.  Des problèmes d’usage et de sécurité    Paradoxalement,  demeurent, voire augmentent. multiplier mes identités me protège.  Les utilisateurs sentent que leurs données  Les moteurs de suggestion  personnelles sont de plus en plus exposées. et de recommandation, l’e-réputation   OpenID et tous les systèmes de fédération   sur certains sites. d’identité ne sont pas utilisés. Les initiatives    L’organisation de certains grandes  des grands acteurs (Passport de Microsoft,   plates-formes de services publics  Liberty Alliance…) n’ont pas non plus réussi. (carte d’identité estonienne) et privés   Les acteurs publics ne garantissent pas   (Google, Amazon…) autour de “l’identité”  l’identité numérique. de leurs utilisateurs.  Les réseaux sociaux “acentrés“   (Diaspora). 72
  • Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  Anonymous   L’auto-censure. (son émergence fulgurante).  Les stratégies identitaires.  De ne pas voir plus de problèmes,   Que l’identification numérique unique et   quand on écoute les marchands de peur. fédérative est sans doute une fausse bonne idée.  La constante surenchère de l’identi-­   Que malgré toutes ses failles, l’internet   fication, jusqu’à la biométrie. n’apparaît pas si dangereux au quotidien.  La survalorisation financière   Qu’il existe un arbitrage permanent   des données personnelles, puis  entre commodité et protection. les difficultés boursières de Facebook.  Le “privacy paradox” : nous nous inquiétons    Le succès de Facebook Connect,  pour notre vie privée sans prendre les moyens   première réussite d’identité  de la protéger… et vivons avec   fédérative. cette contradiction. R D H U I OU   HIER AUJ DE demain, ce qui va changer MAIN AP  “Course aux armements” entre des  Des “référents” privés de l’identité numé- IN REa­ cteurs économiques (et politiques) tou- S-DEMA rique qui changeront plusieurs fois au coursjours plus avides de sécurité et de données d’une vie : aujour­ ’hui Facebook, demain ?... dpersonnelles, et des individus qui développeront  Pression, aux résultats encore incertains, vers unedes stratégies de plus en plus fines pour les contour- plus grande symétrie de connaissances et de capacitésner : masquage, obfuscation, cloisonnement... entre organisations et usagers : partage des données,  Inégalités dans les capacités individuelles de contrô- transparence...ler ses identités numériques, la circulation de sesd­ onnées personnelles, son “e-réputation”...  Développement rapide de technologies d’identifi­cation “forte” (biométrie, puces...) et de traçabilité(NFC, capteurs, vidéosurveillance, big data...)Plutôt qu’“une” identité numérique, ne serait-il pas plus judicieux d’imaginer un dispositif qui conjugue l’unicité pour soi deson identité – celle autour de laquelle on se construit – et la diversité pour les autres de ses identités publiques – pour gérerson quotidien, protéger sa vie privée, réduire les risques, se présenter aux autres, cloisonner les différentes facettes de sa vie... ?Des outils personnels sécurisés, standardisés, indépendants des fournisseurs, portables, aideraient les indi­ idus à gérer và la fois leurs identifiants et leurs données personnelles.Sur cette base, les individus pourraient réguler, chacun à sa manière, leurs échanges de données avec des tiers : desidentifiants spécialisés, voire jetables ; des pseudonymes ; des systèmes d’authentification sans identification (“je vousprouve que j’ai droit à telle prestation, mais sans vous dire qui je suis”) ; une négociation au cas par cas des donnéespersonnelles échangées ; une sécurité proportionnée au besoin réel... R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE la promesse quelques pistes… MAIN AP  Des droits actifs données personnelles, authentification IN RE sans identification, identités jetables ? EtEt si l’on ajoutait aux droits protecteurs S-DEMAd’aujourd’hui des droits plus actifs, plus posi­ si l’on imaginait des infrastructures d’iden-tifs  : portabilité, récupération de ses données tité sécurisées et décentralisées, appuyées surpersonnelles, droit au mensonge, “hétéronymes”  la décentralisation de l’internet soi-même ?(des pseudonymes durables et protégés)… ?  L’identité comme compétence  Des outils qui distribuent du pouvoir Et si l’on considérait la gestion de son identité numé-Et si l’on orientait une part de la recherche et de rique (personnelle – pour soi – et publique – pour lesl’inno­ ation vers des dispositifs qui confèrent aux  v autres) comme une compétence essentielle, à ensei-individus plus de pouvoir sur leur identité numé- gner et valoriser ?rique  : gestion de ses identités publiques et de ses 73
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA Nous voulons préserver l’internet Dans quelques années, les hommes ouvert pour l’opposant qui utilise les médias communiqueront plus efficacement sociaux pour organiser une manifestation au travers d’une machine qu’en face à face.”en Egypte ; l’étudiante qui envoie à sa famille des Licklider & Talylor, The computer photos du semestre qu’elle vient de passer as a communication device, 1968 à l’étranger ; l’avocat vietnamien qui blogue pour dénoncer la corruption ; l’adolescent américain harcelé par ses condisciples et Nous sommes en train de créer qui trouve du réconfort en ligne ; pour la petite un monde ouvert à tous, sans privilège ni entrepreneuse du Kenya qui gère son compte préjugé qui dépende de la race, du pouvoir en banque sur son mobile ; la philosophe économique, de la puissance militaire ou chinoise qui lit des revues scientifiques pour du rang à la naissance. Nous sommes en train sa thèse ; le scientifique brésilien qui partage de créer un monde où chacun, où qu’il soit, ses données en temps réel avec ses collègues peut exprimer ce qu’il croit, quel que soit de l’autre bout du monde ; et les milliards le degré de singularité de ses croyances, et milliards d’interactions quotidiennes en ligne sans devoir craindre d’être forcé de se taireau travers desquels les gens communiquent avec ou de se conformer.” Déclaration   ceux qu’ils aiment, suivent l’actualité, d’indépendance du cyberespace, 1996 font leur travail et participent aux débats qui changeront leur monde.” Hillary Clinton, 2011 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APL’internet et les réseaux mobiles ont pro­ Au fond, nous nous rappelons que les INfondément transformé la panoplie des ins­ RE relations entre individus s’inscrivent dans  S-DEMAtruments de communication interperson­ des contextes sociaux, économiques, politi­nelle et sociale – et les individus, partout dans  ques, qui n’ont pas tant bougé que cela cesle monde, s’en sont emparés avec avidité. Quelque dernières années – quand ils n’ont pas, plutôt, suchose de puissant a eu lieu, dont on ne peut nier le détourner cette énergie relationnelle à leur bénéfice.caractère fécond, voire libérateur. D’autant que les Nous consta­ ons également que nos interactions tobservations montrent que la communication distante inter­ ersonnelles s’appuient sur des plates-formes pn’a pas remplacé les interactions en face à face. techniques qui n’ont rien de neutre.Et pourtant, nous souffrons d’une sorte de gueulede bois  : nous dénonçons pêle-mêle le caractèrefactice des relations “virtuelles”, la perte de la vieprivée et la disparition de nos moments de solitude,la captation et la marchandi­ ation des liens sociaux, sl’uniformisation de la com­ unication au profit de mquelques élites rompues à ses codes, les nouveauxrisques pour les jeunes, les dissidents… L’Éden, c’estsûrement les autres, mais l’enfer aussi ! 74
  • Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  L’explosion des interactions   Reproduction des inégalités sociales,   personnelles au travers des réseaux. voire tribalisation.  Une “démocratisation des formes de sociabilité  Industrialisation, quantification, étendues” (Dominique Cardon). instrumentalisation des liens et des échanges –    L’extension des possibilités d’expression . de la part des grandes plates-formes sociales,   mais aussi de chacun d’entre nous.  La collaboration en ligne.  Nouveaux risques, nouveaux embarras : gestion  Les réseaux sociaux comme supports  de ses identités, représentation permanente, de toutes les contestations. sursollicitation, harcèlement…  Une contribution réelle à l’émergence  d’une “opinion publique mondiale” R D H U I OU   HIER AUJ DE demain, ce qui va changer MAIN APLes changements que l’on peut anticiper  Plus d’échanges grâce à l’amélioration de IN REvont pour l’essentiel dans un seul sens  : S-DEMA la traduction automatique…toujours plus ! On imagine combien ces techniques peuvent  Plus d’occasions de communication au travers  e ­ nrichir nos interactions, mais aussi, combien ellesde l’informatique ambiante, peuvent contribuer à les rendre plus complexes à gérer,  Plus d’engagement dans la communication  : inter- plus intrusives, plus sujettes à des formes diversesfaces tangibles, haptiques, sensorielles, informatique d’abus de pouvoir et de manipulation…émotionnelle, visioconférence immersive…  Oui, les nouvelles capacités de communication,  Redonner à la société comme aux individus desd’expression, de collaboration dont l’internet nous a “prises” sur le flux des échanges, sur les données qu’ilsdotés répondent à des aspirations profondes et repré- produisent, et sur les pratiques de ceux qui organisentsentent une chance pour l’humanité. Raisonnons par les communications de milliards d’individus  : desl’absurde : voudrions-nous que les dissidents iraniens, droits, des outils pour réguler sa disponibilité, pourles activistes égyptiens, les chercheurs africains, les lan- cloisonner ses univers, pour choisir ses priorités, pourceurs d’alertes, les migrants,  les jeunes qui cherchent agir en citoyens autonomes, pour ne pas être vus ouleur voie, perdent l’usage de ces outils ? localisés… Droit à la déconnexion, à l’indisponibilité, à l’invi­  Mais nous ne pouvons plus nous contenter d’at- sibilité, au silence, à l’oubli   Sousveillance   Régula-­tendre que ces outils produisent mécaniquement des tion spécifique des grandes plates-formes de com­ u­ meffets positifs : il faut le vouloir, et pour cela se poser la nication…question de leur appropriation par tous, de leur écolo-gie, de leur place dans notre société, de la régulation  Faire de la multiplication des interactions numé-­  des acteurs qui les “mettent à disposition”. riques un véritable facteur de redistribution de ­ ’infor-­­ l   mation et par conséquent, du pouvoir. ­ Comment, de  Considérer la capacité à échanger, s’exprimer, collabo- la bruissante conversation du Net, pourrait-il émer-rer, publier, commenter au travers des réseaux comme ger un espace public “augmenté”, une agora capableune compétence indispensable à tout citoyen d’un de produire de nouvelles représentations collectives, monde en réseaux. des choix collectifs innovants alors que nos institu-­  Intégrer leur usage dans la formation   Nourrir les tions en semblent de plus en plus incapables ? recherches sur les sociabilités numériques… Comment ­ nrichir, représenter, cartographier, faire pro- e  Apprendre à dominer nos outils, à construire des stra- gresser un débat public sans centre, sans autorité indis-tégies pour les utiliser au mieux, à les détourner…   cutable ?           “Tableaux de bord”, organisateurs de nos interactions et Fact CheCking   Visualisation des données   Carto­publications, ouverts et indépendants des plates-formes graphie des controverses  Nouveaux dispositifs de voted’échange   Politiques de “frugalité communication­ pondéré…nelle” en entreprise… 75
  • R D H U I OU   une promesse HIER AUJ DE MAIN AP proposée, mais qui reste à traiter IN RE S-DEMALes technologies permettront aux personnes âgées de vivre autonomes plus longtemps, sans trop dépendrede leurs proches ni peser d’un poids insupportable sur les systèmes sanitaires et sociaux. Elles maintiennent lelien social. Elles peuvent pallier aux déficiences et handicaps physiques et cognitifs, voire ralentir le vieillisse­ment. C’est grâce à elles que nous vivrons vieux et mieux. Les TIC représentent une opportunité majeure pour intégrer les personnes risquant l’exclusion et pour permettre à chacun Le programme commun AAD de participer pleinement à la société de poursuit les objectifs spécifiques suivants: la connaissance. Les TIC fournissent également favoriser l’émergence de produits, services et des outils puissants pour répondre aux défis systèmes novateurs, basés sur les TIC, du vieillissement, tels que l’augmentation permettant de bien vieillir chez soi, en société des personnes souffrant de déficiences et au travail, de façon à améliorer la qualité ou de handicaps, la réduction du nombre des de vie, l’autonomie, la participation à la vie aidants et celle de la population active.” sociale, les compétences et l’employabilité Commission européenne, 2007 des personnes âgées et à réduire le coût des soins de santé et de l’aide sociale. Cela peut reposer, par exemple, sur l’utilisation Le Partenariat européen innovante de TIC, de nouvelles méthodes d’innovation pour un vieillissement d’interaction avec les clients ou de nouveaux actif et en bonne santé ambitionne types de chaîne de valeur pour les services de faire gagner l’Europe sur trois fronts : de vie en autonomie.” Programme    Permettre aux citoyens de l’Union de vivre européen “Assistance à l’autonomie   des vies saines, actives et indépendantes à domicile”, 2008 tout en montant en âge ;  Améliorer l’équilibre financier et l’efficacité des systèmes sanitaires et sociaux ; L’accompagnement de nos aînés (...) ne peut  Stimuler la compétitivité européenne plus sappuyer exclusivement sur les proches dans les produits et services innovants, ou le placement en maison de retraite. (…) créant ainsi de nouvelles opportunités Il est temps de considérer les gérontechnologies pour les entreprises.” pour ce qu’elles sont : sans a priori négatif irrationnel, sans non plus les présenter comme Commission européenne, 2012 une solution miracle, mais simplement comme une solution complémentaire qui répond Le nouveau futur de la vieillesse à un réel besoin. L’accompagnement de est de rester en société, de rester au travail nos aînés (…) sera complexe, construit grâce à et de rester très connecté. Et la technologie une palette de solutions : un auxiliaire y jouera un grand rôle, parce que de vie, le passage d’un proche, des moments notre nouvelle réalité est de plus en plus de vidéo-vigilance…” Richard SACCONE,   virtuelle. Elle offre de nouvelles manières PDG de la Société Link Care Services, 2011 d’établir de nouvelles connections, de se faire nouveaux amis et de trouver de nouveaux objectifs de vie.” Joseph F. Coughlin, AgeLab, 2009 76
  • Ce qu’on attend du numérique au service de cette promesse  Des technologies de télédiagnostic   Des supports à l’apprentissage   et de télémédecine pour favoriser  et l’activité tout au long de la vie. le maintien à domicile.  Des services et des plates-formes    Des plates-formes de surveillance  de communication pour maintenir le lien. et d’assistance à domicile, appuyées   La convergence nanotechnologies-  sur des capteurs et autres dispositifs installés  biotechnologies -informatique-  chez (ou sur) les patients. sciences cognitives pour ralentir,    Des outils et des interfaces qui permettent  voire prévenir, le vieillissement physique   aux personnes âgées d’utiliser les technologies  et mental. numériques pour communiquer,  s’informer, jouer…  C’est ramener le vieillissement  Pour résoudre le problème, à un problème de santé ! cessons de vieillir ! Les conversations à propos de la technologie Les progrès des neurosciences et de et de nos aînés se concentrent en général la biologie cellulaire à l’échelle nanométriquesur leur sécurité, en particulier sur des appareils pourraient consolider les capacités physiques capables d’alerter une plate-forme d’appel et mentales humaines tout au long de la vie. en cas de problème. Mais nos parents sont plus Grâce à la convergence des technologies, il que la somme de leurs maladies. Plutôt que deviendrait possible de vivre une vie active de les maintenir en sécurité, certains de ces et digne bien au-delà du siècle. Le recoursappareils ne pourraient-ils pas plutôt les rendre aux thérapies géniques pour guérir les premiers heureux ?” Karen Stabiner, NY Times, 2010 syndromes du vieillissement pourrait se banaliser, offrant à des millions de gens une bien plus grande longévité et une meilleure  C’est une surveillance qualité de vie.” CNSF, “Converging Technologies insupportable ! for Improving Human Performance”, 2002 D’innombrables machines d’analyse permettront de surveiller la santé d’un corps, Comme beaucoup d’autres scientifiques d’un esprit ou d’un produit (…). Des objets désormais, je crois que, dans une vingtaine industriels produits en série permettront d’années, nous aurons les moyens de à chacun d’autosurveiller sa propre conformité re­ rogrammer le logiciel de notre corps, p aux normes. (…) Des microprocesseurs branchés qui date de l’âge de pierre, pour interrompre, sur différents organes surveilleront leurs écarts puis renverser, le vieillissement. Alors de fonctionnement par rapport à des normes. les nanotechnologies nous permettront Des caméras miniatures, des senseurs de vivre pour toujours.” Ray Kurzweil, 2012électroniques, des biomarqueurs, des nanomoteurs, des nanotubes (capteurs microscopiques qu’on pourra introduire dans les alvéoles pulmo­  C’est pour les riches !naires ou dans le sang) permettront à chacun de mesurer en permanence – ou périodiquement – Il est fort peu probable que nos corpsles paramètres de son propre corps (…).” Jacques hébergent bientôt des nanorobots remplaçants Attali, Une brève histoire de l’avenir, 2006 nos organes défectueux, ou que nous changions ces organes contre ceux d’individus plus jeunes. La personne âgée et le personnel aidant Comme aujourd’hui pour les greffes du coeur ou soignant se méfient de la caméra car ils ou d’autres organes, les greffes du futur nes’imaginent être observés dans leurs faits et gestes. concerneront qu’un petit nombre de personnes,La nuisance de l’intrusion de cette technologie mal et certainement pas une part importante comprise l’empêche d’être acceptée et intégrée des personnes âgées. Abandonnons donc aux expériences actuelles et à sa validation les prophéties aux prophètes…” Éric le Bourg   dans les logements privés.” CSTB, 2011 dans Futur 2.0, 2007 77
  • RDHUI RDHUI RDHUI RDHUI OU   OU   OU   OU   HIER AUJ HIER AUJ DE DE HIER AUJ HIER AUJ DE DE MAIN AP MAIN AP MAIN AP MAIN AP IN IN IN IN RE RE RE RE S-DEMA S-DEMA S-DEMA S-DEMA une promesse son bilan quelle promesse quelles pistes pour demain ? daction ? Une promesse à tenir ! Une nouvelle postureUne promesse à revisiter pas tout seuls… Son bilan : Quelles pistes daction ? .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… .…………………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    …………………………………………………………………………Une promesse non traitée .…………………………………………………………………………………… .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… (à vous de jouer !) .……………………………………………………………………………    ………………………………………………………………………… 78 79
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA Il est possible de changer complètement les conditions de l’enseignement en remplaçant presque intégralement le livre par la télévision. (…) Rendez-vous bien compte que ça veut dire pour les enfants s’amuser au lieu de s’ennuyer. Quand chaque enfant disposera (…) Il ne s’agit pas de supprimer le corps d’un ordinateur portable connecté, il aura enseignant, il s’agit de lui redonner sa fonction en mains la clé de son plein développementla plus noble : il serait là pour aider ceux qui ont et de sa participation à la société. Toutes besoin d’être aidés.” André Malraux, 1974 les limites s’effacent quand les enfants apprennent à travailler avec d’autres partout dans le monde, à accéder à des contenus L’apprentissage numérique créera modernes et de qualité, à investir dans leurs une rupture positive et pleine d’espoir, passions et développer leur expertise.” dans une personnalisation réelle One Laptop Per Child, 2012 de l’enseignement grâce à laquelle les étudiants apprendront à leur rythme, à leur manière, au meilleur niveau mondial.” Digital Promise, 2011 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN AP IN REEn 2010, on comptait 1 ordinateur de moins S-DEMA  Cette déconnexion entre l’explosionde 5 ans pour 4 à 5 lycéens. Les enseignants, les ( ­ forcément inégalitaire) des pratiques indivi­étudiants, mais aussi les familles, sont presque duelles et l’immobilisme du système ­ éducatiftous équipés et connectés. En 2011, 60% des élèves et explique sans doute en partie le sentiment d’undes étudiants travaillaient chez eux via l’internet et d ­ éca­ age ­ roissant entre ses missions et ses ­ ésultats, l c r28% des 18-24 ans déclaraient l’utiliser pour se former ainsi que notre glissement progressif dans les(source Credoc). L’usage du numérique dans l’enseigne- enquêtes internationales.ment et la formation est un champ d’inno­ ation très v L’autre promesse du numérique, celle d’une formationactif : des milliers de chercheurs, d’entreprises, d’initia- “tout au long de la vie”, personnalisée, aisément acces-tives locales, en explorent les possi­ ilités. b sible, ne se concrétise pas non plus, du moins à grandePourtant, le coeur de l’enseignement n’a pratiquement échelle. Les grands organismes de formation n’ontpas changé. Au mieux, l’ordinateur et l’internet sont guère revu leurs méthodes. Le cloisonnement entre desexploités comme des moyens de chercher de l’informa­ temps de vie dédiés à l’apprentissage, au ­ ravail et à la ttion, très rarement comme des outils de production retraite demeure structurant. En 2012, seuls 6,5% desou de collaboration, presque jamais dans les classes. salariés avaient utilisé leur “droit indi­ iduel à la forma- vL’organisation des classes, les méthodes pédagogiques, tion” (DIF ; source Cereq) !la nature des travaux demandés aux élèves (voireaux étudiants), ressemblent à ce qu’elles étaient il y a20 ans. Les innovateurs sur le terrain se sentent seulset ignorés. Les entreprises innovantes dans le secteurne se développent pas. 80
  • Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  La massification de l’équipement   Le numérique a très peu changé   personnel des enseignants, étudiants et familles :  les dispositifs, les contenus, les supports et   en 2011, 92% des 12-17 ans avaient accès  les méthodes dominants de l’enseignement,   à un ordinateur à domicile (Credoc). en particulier avant l’université.  Wikipedia et son usage massif   On ne sait pas démontrer l’existence   (quoique critiqué) par les élèves et étudiants. d’un impact positif (ou négatif) de l’ordinateur    La mise en ligne, gratuite ou payante, organisée  sur les résultats scolaires. ou spontanée, d’une très grande diversité   Pas d’éducation “critique” au numérique :   de ressources pédagogiques, parfois excellentes, chercher et décoder l’information, comprendre   parfois pauvres : cours, vidéos, documents,  un programme… exercices, logiciels…  Pas de vision commune et ambitieuse du rôle    Les échanges “horizontaux” de connaissances  du numérique dans l’éducation. sur l’internet.  La “formation tout au long de la vie” reste    Un usage significatif du numérique  un voeu pieux pour la plupart des individus,   dans la formation continue : e-learning,  de même que la reconnaissance des compétences auto-formation, “jeux sérieux”… issues de l’expérience.  Des projets très innovants tels que  la Khan Academy (200 millions de cours délivrés à la mi 2012) et Coursera (2 millions d’étudiants enregistrés fin 2012) Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  L’usage du numérique dans   La technologie en elle-même n’améliore   l’apprentissage repose plus sur l’interaction  pas la performance des systèmes éducatifs.   sociale que sur l’interaction avec des programmes  Tous les élèves n’en bénéficient pas de la même et des contenus pédagogiques. manière. Et son usage n’est pas dissociable d’autres  Des initiatives publiques “en rupture” telle que éléments du contexte d’apprentissage,   l’iZone du Département de l’éducation de New York. de la pédagogie…  Le marché des devoirs tout faits et la crispation   S’ils savent manipuler des machines, les autres de nombreux enseignants face à Wikipedia. compétences numériques des “digital natives”   ne diffèrent pas significativement de celles    La résistance des manuels papier. des autres générations.  Le retour en grâce de   L’ordinateur ouvre potentiellement la porte   la “littératie numérique” : “programme ou sois à beaucoup de formes d’enseignement ,   programmé !” (Douglas Rushkoff) de pédagogies : multimédia / écrit, autoformation / apprentissage “de pair à pair” / cours, appel   à la raison /  l’intuition  / l’intelligence pratique… R D H U I OU   HIER AUJ DE MAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMATechnologie  Les avancées scientifiques et techniques en neuros-  Des itinéraires professionnels de moins en moinsciences et sciences cognitives. linéaires, qui exigeront d’acquérir sans cesse de nou-  Les propositions d’”augmentation humaine”, durable velles compétences et d’actualiser celles que l’on pos-ou temporaire. sède déjà.  L’informatique omniprésente et la réalité “mixte” ou Systèmes d’éducation“augmentée”, associées aux téléphones mobiles.  Pénurie de ressources financières dans les systèmes  Le “déluge de données”, le web sémantique, les Big publics.Data et plus généralement, l’importance croissante des  Crise des vocations d’enseignants.données comme sources et comme objets de connais-  Multiplication massive des options et des proposi-sance. tions d’enseignement faites à chaque famille ou indi-Société vidu, à l’aide notamment des technologies numériques.  Une part croissante de “digital natives” dans la popu-  Des offres mondiales à l’ambition démesurée  : edX,lation, y compris, par exemple, celle des enseignants ou filiale commune de grandes universités américaines,des décideurs. vise un milliard d’étudiants ! Une évolution rapide et incessante des connaissances. 81
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMADemain, les systèmes d’éducation standardisés et ultra-sélectifs que nous connaissons feront place à des dispositifsdiversifiés, capables de combiner à grande échelle personnalisation et qualité de l’apprentissage. En cassant l’unité detemps, de lieu et d’action que représente “la classe”, ces dispositifs associeront de manières diverses la formation initialeet continue, présentielle et à distance ; l’apprentissage individuel et collectif, professé et tutoré, théorique et pratique…Dans un monde en transformation continue, où la participation de chaque individu dépendra de sa capacité  à mobiliser et renouveler ses compétences, l’objectif principal sera de développer le goût et la capacité d’apprendre toutle temps, ainsi que de produire et de partager soi-même des connaissances.Le rôle des systèmes éducatifs publics consistera à articuler cette diversité avec l’impératif de donner à chaque individudes chances équivalentes, d’évaluer les résultats, ainsi que d’organiser la continuité des parcours individuels. À l’école, les élèves apprendraient en travaillant sur des projets qui émanent de leurs propres intérêts – leur propre vision d’un endroit où ils voudraient aller, d’un objet qu’ils voudraient fabriquer ou d’un sujet qu’ils voudraient explorer. La contribution de la technologie consiste à rendre possibles Les jeux et les autres médias des projets à la fois très difficiles et très numériques aident à modéliser la complexité impliquants. Dans cette école, les enseignants et les promesses des ‘systèmes’. Comprendre ne délivrent pas de l’information. Ils aident cette complexité et interagir avec elle les élèves à trouver l’information et à acquérir est une des compétences essentielles des compétences.” Seymour Papert & Gaston du XXIe siècle.” École Quest2Learn, 2010 Caperton “Vision for Education”, 1999 Nous avons besoin de nouvelles approches Les TIC éducatives permettront-elles de l’éducation et de l’apprentissage, et de de changer l’école ? Se limiteront-elles à mieux nouveaux types de technologies pour les mettre illustrer le cours classique ou à accroître en oeuvre. L’objectif final est de créer la quantité déjà excessive des exercices une société d’individus créatifs, qui inventent d’application, et donc, réussiront-elles en permanence de nouvelles possibilités à ne rien changer fondamentalement ? pour eux-mêmes et ceux qui les entourent.” Au-delà des équipements, de Mitchell Resnick, 2002 l’‘administratisation’ et de la ‘technicisation’ à marche forcée, du stupide pilotage par les résultats, il faudra consacrer du temps, des moyens, de l’intelligence pour une formation pédagogique de haut niveau, faute de quoi, malgré les bonnes intentions, l’école ne parviendra pas à s’envoler vers le futur pour quitter l’enfer dans lequel elle est plongée depuis quelques années.” Pierre Frackowiak, 2010 82
  • Quelle différence avec la promesse d’origine ?  Plutôt qu’à un consommateur d’éducation   La technologie intervient au service   qui la demande “où il veut, quand il veut, comme  de transformations profondes des dispositifs et   il veut”, la promesse s’adresse à des acteurs  des méthodes d’apprentissage, mais sans non plus insérés dans des réseaux au sein desquels  déterminer a priori quelles transformations.   ils apprennent, échangent, travaillent, et partagent Au contraire, elle permet de concevoir toutes sortes   leurs propres connaissances. de combinaisons : entre auto-apprentissage, appren- tissage entre pairs, intervention d’enseignants et    La promesse met l’accent sur la motivation,  de tuteurs, apprentissage “de masse” ; entre enseigne- le plaisir d’apprendre et l’implication de l’apprenant, ment à distance (mais pas nécessairement solitaire) dès le plus jeune âge et tout au long de sa vie.  et présentiel ; entre transmission, coproduction,  Elle s’intéresse à la personnalisation de l’enseignement application de connaissances… (apprendre à sa manière, à son rythme) comme  au travail collectif ; à la puissance pédagogique   La promesse ouvre de nouvelles perspectives   du projet, de l’expérimentation ; à l’apprentissage  aux professionnels de l’éducation : retrouver le sens par le “faire” ; à la coproduction des connaissances  de leur mission, exercer leur liberté pédagogique,   par les enseignants et les apprenants ; au jeu ;  se focaliser sur les tâches où chacun excelle – le cours à la valorisation des savoir-faire issus  magistral pour certains, le tutorat pour d’autres,   de l’expérience… la production de ressources ou d’exercices, etc. R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes… IN  S’appuyer sur les outils S-DEMA RE Quoi ? Développer de manière volontaristenumériques pour stimuler les une plate-forme de “Cours en ligne massive­transformations éducatives ment ouverts” (Moocs) européens ; programmerPourquoi ? Parce que le développement du numé­ le remplacement en 3 ans des manuels papiers parrique dans toutes les dimensions de l’économie et de l’usage de ressources numériques privées ou libres, unla société fait partie des raisons pour lesquelles les organisme public en assurant la “curation”  ; intégrerm­ anières d’apprendre doivent changer. dans les cursus la coproduction par les apprenants de pages Wikipedia ou de ressources en ligne…Quoi ? Obliger tous les acteurs de la communautééducative à se réunir dans des plates-formes numé­  Une vraie formation toutriques communes, ouvertes, composées d’outils nu­ au long de la viemériques standards (plutôt que dédiés à l’éducation) Pourquoi ? Parce que les jeunes d’aujourd’hui exer­et focalisées sur l’échange, la production et la colla­ ceront probablement un grand nombre de métiersboration ; fournir une vraie culture informatique aux différents et devront renouveler sans cesse leursélèves et la mobiliser dans d’autres disciplines ; faciliter connaissances ; parce que nos modèles de développe­le choix et la combinaison de modes d’apprentissage ment sont en crise et ont besoin d’”agents du change­distants et présentiels, y compris dans les matières les ment” (Hugues de Jouvenel).plus courantes ; appuyer de manière volontariste desexpériences “en rupture” dans l’enseignement public, Quoi ? Un “Droit individuel à la formation tout au long de la vie” attaché à chaque individu, incluant lasur le modèle de l’iZone de New York… formation initiale  ; remplacer les examens par des  Une initiative francophone “crédits” pour assouplir les parcours et reconnaître les(et/ou européenne) sur les ressources savoirs d’expérience ; une “monnaie de formation”surpédagogiques en ligne le modèle du Moniba, qui récompense tant le fait dePourquoi ? A la fois pour faire pièce à l’offensive des se former que celui de former d’autres personnes dansentrepreneurs et universités nord-américains (Khan des réseaux d’échanges de savoirs  ; un nouveau “CV”Academy, Moocs…) et pour créer un “choc transforma­ pour permettre à chacun de collecter et valoriser sesteur” dans l’éducation. compétences formelles et informelles, ainsi que de pla­ nifier ses apprentissages (ePortfolio)… 83
  • La promesse à l’œuvreJacqueline, 46 ans, prof d’histoire-géographie à à l’œuvre La promesse Limoges. Elle aime : la géo plus que l’histoire ;les sorties sur le terrain. Elle n’aime pas : corriger des copies, répéter le même cours chaque année, décliner leprogramme officiel, faire la discipline.Jacqueline, 46 ans, prof d’histoire-géographie à Limoges. Elle aime : la géo plus que l’histoire ; les sorties 2sur le terrain. Elle n’aime pas : corriger des copies, répéter le même cours chaque année, décliner le programme officiel,faire la discipline. Des élèves de plusieurs lycées 1 2 travaillent ensemble sur l’atlas, 3 Après des années à tenter certains plusieurs annéeslycées Des élèves de plusieurs de suite. Jacqueline a aussi 1 de tenir des classes de plus À mesure que le projet sur l’atlas, des travaillent ensemble progresse, la 3charge de trois classes en plus difficiles, Jacqueline a Après des années à tenter adultes, professionnels et amateurs, certains plusieurs années de suite. de lycée et pourtant, elle Jacqueline a aussi réussi à faire passerde plus de tenir des classes un projet : y contribuent également.progresse, des À mesure que le projet Tout en ne donne plus trois classes la charge de de cours. sur 5 ans, elle construit avec en plus difficiles, Jacqueline a collaborant, les élèves se répartissent adultes, professionnels et amateurs, Elle alycée et pourtant, elle de sélectionné deux ses élèves un passer un projet : réussi à faire atlas de Limoges. les tâches : il y a également. Tout en y contribuent des statisticiens, excellents cours en ligne ne donne plus de cours. Géographie physique, histoire, sur 5 ans, elle construit avec des cartographes,élèves se répartissent collaborant, les des spécialistes parmia sélectionné deux Elle lesquels les élèves population, économie, projets ses élèves un atlas de Limoges. des enquêtesil y a destandis que les tâches : terrain, statisticiens, choisissent. Elle vérifie excellents cours en ligne d’urbanisme, tout y passe. Géographie physique, histoire, d’autres mettent l’ensemble en ligne des cartographes, des spécialistes juste leur assiduité et parmi lesquels les élèves population, économie, projets à l’aide d’OpenStreetMaps. des enquêtes terrain, tandis que leurs résultatsElle vérifie choisissent. aux tests d’urbanisme, tout y passe. d’autres mettent l’ensemble en ligne inclus dans les cours. et juste leur assiduité à l’aide d’OpenStreetMaps. leurs résultats aux tests 4 6 55 6inclus dans les cours. Le temps qu’elle gagne en Pour éviter le copier-coller, Sans adorer les écrans (elle Sans adorer les écrans (elle Pour éviter le copier-coller, Jacqueline plus cours, elle le et des ne faisant invente des devoirs est fière de son vieux mobile), est fière de son vieux mobile), 4 Jacqueline invente des exercices qui font “mission réinvestit dans la appel à plusieurs Jacqueline encourage l’usage Jacqueline encourage l’usage devoirs et des exercices Le temps qu’elle gagne registres de que dans atlas” ainsi connaissance – ainsi, le du numérique en cours etet du numérique en cours qui fontfaisantàplus cours, en ne appel plusieurs l’accompagnement de ses élèves plus souvent, qu’à des observations à lala maison. Sauf exception, elle à maison. Sauf exception, elle registresréinvestit dans la elle le de connaissance – de terrain. Dans deDes adultes cas, en petits groupes. nombreux n’accepte plus de devoirs écrits n’accepte plus de devoirs écrits ainsi, le plus souvent, que “mission atlas” ainsi qui participent à l’atlas lui ces devoirs viendront nourrir des à lala main. Ses élèves peuvent à main. Ses élèves peuvent qu’à des observations de dans l’accompagnement pages de parfois un coupde plagier donnent l’atlas : difficile de utiliser leurs portables utiliser leurs portables terrain. Dans de nombreux de ses élèves en petits main. alors que ce que les élèves publient en cours pour aller chercher en cours pour aller chercher cas, ces devoirs adultes qui groupes. Des viendront sera lisible par n’importe qui ! les informations dont ilsils ont les informations dont ont nourrir des pages de lui participent à l’atlas besoin, même pendant besoin, même pendant l’atlas : difficile de plagier donnent parfois un coup les contrôles. les contrôles. alorsmain. que les élèves de que ce publient sera lisible par n’importe qui ! 84
  • Seymour Papert & Gaston Caperton, “Vision for Education”, 1999 85
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA En temps cumulé, on joue aujourd’hui environ 3 milliards d’heures par semaine sur les mondes en ligne… Les jeux sont comme des versions Vous pourriez penser que c’est trop, avec en dessin animé des problèmes les plus tous les problèmes qui affectent la planète. complexes du monde réel (…) La théorie Mais c’est le contraire… J’ai calculé que si nous des supercordes ? Jouez à un jeu ! voulons survivre jusqu’au prochain siècle, Les jeux sont une distillation des schémas il nous faudra jouer 21 milliards d’heures cognitifs.” Raph Koster, 2005 par semaine”. Jane McGonigal, 2010 Tout, dans le futur, va se mettre à ressembler à un jeu multijoueurs. Si j’avais 15 ans, c’est à ça que je me consacrerais aujourd’hui.” Éric Schmidt, 2010 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APLe jeu vidéo a redonné une nouvelle jeu­ joueurs à trouver comment ils pouvaient IN REnesse à l’idée – très ancienne – selon laquelle S-DEMA chacun, contribuer à “changer le monde”.les jeux peuvent avoir un impact positif sur La “gamification” cherche ainsi à transformerle monde et sur les individus. Des jeux vidéo édu- toutes sortes d’activités humaines en jeu, essentiel­catifs pour les enfants existent depuis longtemps. La lement en accordant des points, des bonus ou un statutWii a suscité l’émergence de jeux destinés à encou- en récompense de certaines actions. Mais elle ne va pasrager l’exercice physique, ainsi que d’expérimen­ sans susciter certaines interrogations. Bon nombre destations ­ uprès des personnes âgées. Des recherches a serious games, par exemple, évacuent complète­ ent mdémontrent que certains jeux cérébraux peuvent l’aspect ludique et l’imaginaire du jeu ; et la “gamifi­développer les fonctions cognitives et retarder le vieil- cation” pose aujourd’hui de véritables ­ problèmeslissement du cerveau, ou encore, que les jeux “mas­ éthiques  : produire les comportements individuelssivement multijoueurs” produisent de nouveaux types recherchés au travers d’un jeu, dont les joueurs n’ontde leadership et d’organisation sociale. L’usage des ni écrit ni discuté les règles, n’ouvre-t-il pas la voie àjeux “sérieux” s’étend aujourd’hui à la formation pro- toutes sortes de manipulations ?fessionnelle, au recrutement, à la stratégie militaire ou Toujours est-il que malgré son dynamisme, le jeud’entreprises. “ ­ sérieux” représente encore moins de 3% du marchéDe nombreux projets cherchent également à mobiliser total du jeu vidéo. Et malgré quelques réussites, sonl’énergie des joueurs pour aider à la recherche scien- usage n’a pas significativement changé les organi-tifique ou pour contribuer à résoudre des problèmes sations, ni révolutionné l’éducation, ni conduit à despolitiques ou sociaux. Les joueurs de Foldit aident les avancées scientifiques majeures, ni a fortiori changé lechercheurs à comprendre comment les protéines se monde. Pour l’instant ?“plient”. Superstruct a mobilisé 8000 joueurs dans unexercice de prospective, tandis qu’Evoke invitait ses 86
  • Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  Le jeu vidéo est devenu omniprésent   Le jeu n’a pas réussi à s’affirmer   dans nos sociétés. Il couvre tous les appareils dans l’univers scolaire, étant souvent opposé   numériques. Il s’est véritablement démocratisé :    au sérieux attendu de l’enseignement. le joueur type est aujourd’hui une joueuse   Les univers virtuels sans buts de jeu clairs   de 40 ans. La Wii, des personnages comme Mario, ne percent pas (échec relatif de Second Life).   créent même des liens entre les générations. Les jeux pour “transformer le monde” (Evoke)    Des réussites : les jeux de formation militaire,  se résument souvent à des exercices d’écriture les simulateurs de vol… Les joueurs de Foldit  créative sans réel impact. auraient permis de comprendre la structure   Un doute éthique : jeux marketing,   d’une enzyme proche de celle du virus du Sida.  jeu American Army financé par l’armée  Si son marché reste limité, la croissance du marché américaine dans le but de recruter… du “serious game” approcherait 50%  par an (source Idate).  Le jeu sert de source d’inspiration  pour de nouvelles écoles (Quest2Learn)  ou organisations. Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  Le succès des “casual games”, petits   Les recherches en sciences cognitives   jeux occasionnels, notamment sur mobiles. et en neuroscience ont montré les capacités    L’émergence de “micro-sociétés” dans plusieurs  des jeux d’entraînement cérébraux et on envisage jeux : guildes, nouvelles formes de leadership, même de les employer pour des cas de lésions  initiatives coopératives, métiers, division du travail, après accident (c’est l’un des projets   monnaies et marchés parallèles… de la société Posit Science).  L’émergence de formes de jeu hybrides :   On a découvert que l’adoption d’un “avatar”  interfaces gestuelles (Wii, Kinect), jeux de plateaux pouvait réellement créer des changements   augmentés (ex. Éditions Volumiques),  dans la personnalité (travaux sur l’effet Protée   “real games” qui se jouent en partie dans la ville,  à l’université de Stanford). jeux liés aux réseaux sociaux…  Le jeu commence à gagner ses galons    La cocréation de contenus avec les utilisateurs  de forme culturelle parmi les autres,   dans des jeux comme Spore, Minecraft,  au niveau de la musique, du film, etc. dans Second Life, ou encore au travers  des mods de jeux plus classiques. R D H U I OU   HIER AUJ DE MAIN AP demain, ce qui va changer IN RE S-DEMA Technologie Société  Des simulations de plus en plus réalistes,   Installation de la “génération Y” aux commandes   en réalité virtuelle ou augmentée – jusqu’à rendre  des organisations. le jeu difficile à distinguer de la réalité (le pilotage   Extension des tentatives de “gamification”   de drones militaires). dans les entreprises, l’éducation, la santé,    Des formes d’interaction qui font plus appel aux les questions environnementales, la politique… sens, à l’interaction avec le corps, aux émotions. économie  Montée en puissance d’entreprises “transmédias” intégrant toutes les formes d’entertainment,   incluant le cas échéant des usages non strictement ludiques des jeux.  Développement d’outils et de jeux “libres”. 87
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE quelle promesse pour demain MAIN AP IN RE S-DEMADemain, jouer sera une manière reconnue et valorisée de se former, de se transformer et de participer  à des actions qui transformeront le monde réel. Le jeu sera considéré comme l’un des moyens les plusp­ uissants de faire appel à la sensibilité et la créativité des gens, d’inviter leur participation avec descontreparties non financières, d’organiser leur collaboration en vue de buts communs. Il permettra à desp­ ersonnes peu impliquées dans les formes traditionnelles d’action collective de jouer un rôle plus actifdans la société. Certains de ces jeux ne seront pas des créations fermées, mais au contraire les produitsd’une co-construction collective par les joueurs impliqués, qui participeront à la création des règles,  des scénarios, des univers… Cet engagement permettra de développer et de porter une vision différente  du monde, et ouvrira ainsi de nouveaux champs des possibles, vers une réalité plus joueuse… Quelle différence avec la promesse d’origine ?  Ce ne sont plus les jeux qui changent   Ces jeux s’intègrent plus étroitement   le monde, mais les joueurs. Ceux-ci ne sont plus  au monde réel et à la vie quotidienne. Il ne s’agit   une masse que l’on va manipuler grâce aux acquis  plus de jouer “sérieux”, mais de rendre la société   des sciences cognitives, ou dont on va capter  plus “joueuse”, plus ouverte aux expérimentations  les énergies, mais des acteurs en réseau qui vont faire et aux tâtonnements, plus tolérante à l’erreur. le choix de s’engager et/ou de contribuer,  chacun à sa manière.  Les règles des jeux, et les jeux eux-mêmes  (idées, scénarios, personnages, techniques….) deviennent souvent coproduits par les joueurs.  Les règles, les buts de jeu, doivent pouvoir  se comprendre et se discuter. La promesse à l’œuvreMax, 43 ans  travaille dans un restaurant, mais il vit pour le jeu. Celui-ci lui permet à la fois d’avoirune vie parallèle plus excitante que sa vie professionnelle, de nouer des contacts, et de gagner une forme depouvoir sur le monde. 2 Une autre proposition vient 3 1 d’un Ghanéen avec qui il a déjà Un autre défi lui propose Max se lève à 7h du matin. joué. Il s’agit d’un jeu imaginant de photographier un maxi­ Son premier geste consiste à un nouveau type de structure mum d’objets bleus. Max aime consulter sa boite à jeux. politique, adaptée à un réseau bien ce genre de défis : il a La première proposition vient de communautés rurales. Le jeu remarqué qu’être toujours du service d’urbanisme qui lui fonctionne en mode texte et en observation du monde propose un jeu à la “sim city” sur smartphone : il pourra y jouer extérieur améliorait sa portant sur l’installation du pendant ses pauses au boulot. maîtrise de soi. Au restau, futur tramway dans sa ville. tout le monde loue son calme Il s’y attaquera ce week end. devant les clients difficiles. 4 5 6 C’est le soir. Il est 88ème sur Ce soir, il jouera de Max a un projet concernant ce jeu : la tâche “objets bleus” ce qui manière distraite utiliser cette plate-forme en open source n’est pas mal sur 1800 joueurs. à “Exo”, qui pour construire un wargame spatial. Chaque Il n’a guère eu le temps, consiste à fouiller joueur découvrant une exoplanète serait en revanche de s’investir dans dans les données autorisé à la peupler d’une race extraterrestre le jeu en mode texte, qui a astronomiques pour de son cru et la lancer à la conquête de pourtant démarré en trombe : aider la NASA à la galaxie. Cela demande des compétences les joueurs sont déjà en train repérer de possibles en programmation qu’il ne possède pas mais de rédiger une Constitution ! exoplanètes. c’est décidé : il lancera demain le projet sur le réseau dans l’espoir de consti­ uer t rapidement l’équipe qui concevra le jeu. 88
  • Éric, 22 ans, est étudiant en Master de biologie. Les études ne l’ont jamais passionné, mais il tient à obtenirson diplôme. Il pratique aussi le hockey sur glace et se déplace souvent pour des matchs. 1 2 3 Dès les premiers jours, Éric accède à toutes sortes En s’impliquant davantage l’université offre à Éric un de jeux via l’U-store de dans ces cercles, Éric reçoit plus smartphone, en échange son université. Il peut faire de points de la part de son de son engagement dans le connaissance avec d’autres université, car les jeux participent programme “Joue tes Études”. étudiants à travers des à l’apprentissage. Une partie L’université attend qu’Éric cercles de jeu. C’est comme de l’enseignement tourne autour s’en serve à la fois pour tisser ça qu’il rencontre Nina, des jeux eux-mêmes : enseignants des liens, pour gérer les aspects étudiante passionnée et étudiants en désossent les pratiques et, surtout, pour par les puzzles 3D de règles, les commentent en apprendre autrement, modélisation d’enzymes les reliant à leurs connaissances par le jeu. et de génomes. théoriques, puis les réécrivent collectivement. L’expérimentation, l’essai-erreur, la coopération, mais aussi la controverse, sont vivement encouragés. 4 5 L’Université met en place des Le week-end, Éric emporte son “défis”, pour régler des problèmes smartphone avec lui. Durant ses concrets ou contribuer à des projets trajets, il participe à une grande de recherche. Récemment Éric a simulation en ligne sur l’évolution pu participer à une simulation de de la faune urbaine et périurbaine. construction de pistes cyclables sur Dès la fin du premier semestre, son le campus, ainsi qu’à l’analyse d’une engagement est valorisé, et même vaste étude clinique sur un sujet s’il reconnaît que c’est encore peu dont il ne savait rien auparavant. orthodoxe, Éric se dit enfin qu’il apprécie vraiment ses études. R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes…  La “matrice à jeux” collaborateurs – parfois même financière- IN RE S-DEMA ment, si par exemple le jeu a abouti à desPourquoi ? Pour multiplier les propo­sitions ludiques, “sérieuses” ou non, issues de solutions qui produisent un bénéfice écono-tous les horizons. mique ; créer des communautés, des “guildes” de joueurs motivés qui participeront à plusieurs projets,Quoi ? Une vaste banque d’outils, de modèles, de voire proposeront leurs propres projets…règles, de scénarios, d’éléments graphiques ou so-nores, pour faciliter la création ou la modification de  Game studies, Game in studiesjeux “libres”. Ces contenus incluraient par exemple  : Pourquoi ? Pour développer à la fois l’usage dula modé­ isation 3D des grandes villes françaises pour l jeu (vidéo ou non) dans l’enseignement ou la forma­faciliter le lien entre le jeu et la réalité ; des bases de tion, et la recherche critique et pluridisciplinaire surdonnées scientifiques pour faciliter la réalisation le jeu, indispensable pour que les jeux restent unde jeux au service de la recherche, etc. La “matrice” exercice de liberté et de collaboration plutôt que deinclurait également des systèmes destinés à faciliter manipulation.l’implication d’un joueur dans plusieurs jeux à la fois : Quoi ? Des chaires “game studies” ; des bases de règlesune “boîte à jeux”, un gestionnaire d’identifiants, une de jeux et des outils pour “reverse-­ ngineerer” (déco- emonnaie virtuelle fonctionnant dans différents jeux  der pour réencoder autrement) les jeux dont les règlesà la fois… ne sont pas ouvertes  ; des ­ éthodes pédagogiques, m  La “réalité joueuse” voire des écoles entières, fondées sur les principes desPourquoi ? Pour aller chercher d’autres manières de jeux vidéos ; intégrer le jeu parmi les formes reconnuesprendre des décisions ou de mener des actions collec- de participation à des actions éducatives…tives, élargir le cercle de ceux qui y participent, inventerdes nouvelles solutions.Quoi ? Inviter les acteurs publics, les associations,les entreprises, à traiter certains problèmes réels enjouant ou en inventant des jeux (donc des règles)  ;accompagner les premières expériences  ; répertorieret évaluer les expériences, en faciliter la reproduction ;reconnaître la “contribution ludique” des citoyens ou 89
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA Pour les citoyens, l’Internet représente un moyen unique d’information et d’éducation et peut par là-même Révolution numérique, mais appareils contribuer utilement à la promotion politiques restés à quai. Nouveaux usages, de la liberté, de la démocratie et des droits mais contrôles d’un autre âge. Cultures libres, de l’homme.” G8, Deauville, 2011 mais marchands aux aguets. Les nouvelles technologies changent le monde, et elles le font maintenant. Une possibilité s’offre désormais En s’appuyant sur les nouveaux outils à nous tous : reprendre le contrôle de notre d’information et de communication, (…) vie publique, ou laisser le Vieux Monde diriger cette ‘citoyenneté active’ transforme toujours et contrôler encore. Moussaillons en profondeur le rôle des élus, devenus des ou vieux loups de mer, déçus de la politique médiateurs entre les citoyens au lieu ou utopistes, montez à bord.” David Dufresne   de confisquer le pouvoir de représentation, et Pierre Mounier, Parti Pirate, 2012 ainsi que celui de l’administration, qui redécouvre la vraie dimension publique.” Michel Hervé, De la pyramide aux réseaux, 2007 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APInternet et démocratie : numériques ou pas) sont restés isolés  : les IN REun bilan mitigé S-DEMA expérimentations réussies demeurent du domaine des bonnes pratiques locales, sansLe numérique a souvent servi l’idéal démocratique passer à l’échelle.de la liberté d’expression; tout en servant ceux qui S’il n’y a pas eu de transformations radicales, les expé-veulent la censurer. Il a contribué à faire progresser la riences démocratiques de ces dernières années noustransparence ; mais il n’a pas vraiment fait bouger les ont appris des choses. Les initiatives partici­ atives prapports de pouvoir. L’internet a permis aux gens de des institutions sont plutôt des échecs  : le politiquecontribuer, élargi le cercle des contributeurs, amplifié demeure mal armé pour prendre en compte les avis etles mobilisations, mis en réseau de nombreux acteurs. propositions extérieures. Face à l’inno­ ation et à l’im- vMais il a aussi montré ses limites. Il n’a pas réinventé la prévu, le politique est souvent déstabilisé  : l’internetfaçon de faire de la politique. Pire, il a souvent donné lui sert plus sûrement à communiquer qu’à écouter. Àla parole à ceux qui l’avaient déjà, favorisant ceux qui contrario, la démocratie ascendante, auto-organisée,s’expriment le mieux ou le plus, outillant la commu- même imparfaite, est souvent stimulante. Le divorcenication plutôt que le débat. Les outils eux-mêmes annoncé entre les échanges en ligne et les formessont bien souvent limités, facilitant l’agrégation et la présen­ ielles n’a pas lieu : l’heure est à la convergence tsimplification binaire plutôt que la délibération, la syn- et à l’hybridation. De même, les formes numériquesthèse et la complexité.   ne favorisent pas la démocratie instan­ anée, presse-­ tBref, l’internet a trop promis, la révolution démocra­ bouton  : les débats collectifs peuvent être de formi-tique et participative espérée par les pionniers n’a dables moments de vie démocratique, d’intelligence,pas eu lieu. Les dispositifs participatifs (qu’ils soient de richesse contributive. 90
  • Ce qui a marché… Ce qui na pas marché…  Amplification des mobilisations   Les rapports de pouvoir demeurent   à l’aide des réseaux : les Anonymous,  à peu près en l’état. les printemps arabes…  Les expériences demeurent isolées,    La multiplication des expérimentations :  non reproductibles.   FixMyStreet, réécriture de la Constitution   Des inégalités renforcées : le numérique   islandaise, budgets participatifs… n’a pas réussi à inclure les publics à la marge.  L’usage démocratique des Open Data :  Une certaine instrumentalisation   WhereDoesMyMoneyGo… des innovations participatives afin de   ne pas perdre le contrôle. Ce qui nous a surpris… Ce que nous avons appris…  L’intelligence collective émanant   L’internet est devenu un moyen efficace   de certains débats, la capacité à développer  de contester les pouvoirs. Mais il suppose   de nouvelles thèses, à se former réciproquement. des compétences dont tout le monde    Multiplication d’applications pour favoriser  ne dispose pas. Et il est plus efficace pour contester   la participation : colorvote, co-ment. que pour construire.  La perversion du numérique comme moyen  Les innovations descendantes ne marchent pas   de communication plus que de mobilisation : et les innovations ascendantes n’ont pas beaucoup  retransmission en direct des conseils municipaux d’action sur le pouvoir. sans laisser place à l’interaction.  Quand les pratiques et les process ne sont pas  La production par les citoyens de données  documentés ni évalués, ils ne s’étendent pas. d’intérêt général, souvent contre les institutions :  Regards citoyens, Wikileaks, OpenStreeMaps.Aujourd’hui, il ne s’agit plus de proposer une nouvelle promesse, mais de trouver les moyens de réaliser cette pro­messe demain mieux qu’hier et à plus grande échelle.L’heure est au “gouvernement ouvert”, tant mieux. Cette ouverture sera-t-elle seulement une affaire de transpa­rence, de communication, ou distribuera-t-elle de la parole, des capacités ? Sera-t-il possible de réinventer le servicepublic, de participer aux orientations politiques locales, nationales, européennes ?Le numérique se généralise et semble se banaliser. Mais les hommes et les femmes oseront-ils s’en emparer pours’exprimer, exercer la contre-démocratie, participer ? Auront-ils la culture numérique leur permettant de le faire ? R D H U I OU   réaliser HIER AUJ DE MAIN AP la promesse quelques pistes…  Vers une participation légitimée ? aux pouvoirs en place. À eux de se mettre IN RE S-DEMA au même niveau que l’institution en s’orga- Créer un poste de City Manager, véritable nisant en collectifs nombreux et réactifs afinanimateur du territoire électronique, favorisant que leur contestation parvienne, entre autres, àl’implication et les échanges des communautés locales, s’exprimer dans des formes institutionnalisées : propo-leur reconnaissance, la modération des débats, l’ouver- sitions de lois, lobbying, …ture et la confiance. Instaurer le 1 % participatif  : que tout projet local  Investir et innoverconsacre 1 % de son budget à la conduite d’un débat Créer un fonds public de la participation, activablepublic. Il s’agit de consolider les expérimentations en pour financer des collectifs, des associations de défenseles dotant de budgets et donc de pouvoirs. Par exemple, d’intérêts communs et leur permettre de s’organiserpour développer la coconstruction des services publics, face aux lobbies constitués, de formaliser leurs contre-donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, favoriser l’en- propositions.gagement des citoyens dans les projets.   Soutenir les projets innovants qui favorisent la parti­  Organiser la capacitation citoyenne cipation des citoyens et l’ingénierie de cette parti­sans attendre l’impossible mise à jour cipation ; particulièrement quand ils permettent undu “logiciel politique” accès progressif à la complexité, une délibération sur le temps long, une hybridation avec les formes Les citoyens sont isolés, ils ne parviennent pas à p ­ résentielles, une contre-expertise citoyenne.parti­ iper selon les formes institutionnalisées, à se cfaire entendre, et sont en situation de faiblesse face 91
  • R D H U I OU   HIER AUJ DE hier, une promesse MAIN AP IN RE S-DEMA La mise en place de stratégies pour En donnant un ordinateur à chaque une utilisation des TIC à bon escient va enfant, ce qui changera leur vie, c’est la passion permettre à l’Afrique d’affronter le troisième d’apprendre. Chaque ordinateur peut contenir millénaire avec la conviction que le retard 100 livres. Si l’on donne 100 ordinateurs à accumulé n’est pas une fatalité et que les atouts un village, avec chacun 100 livres différents, du continent peuvent être mis à profit ça fait 10 000 livres.” Nicholas Negroponte, afin d’accélérer sa marche vers un avenir fondateur de One Laptop Per Child meilleur.” Jacques Bonjawo, Révolution numérique dans les pays en développement, L’eau et l’information sont également Dunod, 2011 indispen­ ables au développement. La vie s économique, sociale et politique du 21e siècle sera L’usage des technologies nouvelles de plus en plus numérique et les exclus permet l’expansion de l’accès et du marché du numérique seront de plus en plus exclus pour les citoyens situés au bas de la pyramide de la vie. Observez les membres des commu­ sociale et économique, ce qui est vital pour nautés déshéritées : très souvent, ils dépensent la croissance nationale et le développement le peu d’argent qu’ils ont pour donner durable.”Global Voices, Latin America  la priorité à la connexion.” Richard Heeks, and the Caribbean Report, 2012. Institute for Development Policy and Management, 2009 R D H U I OU   HIER AUJ DE à l’heure du bilan MAIN APOù se créent les innovation qui transforme­ ces dernières décennies a produit peu INront nos vies demain ? Partout ! Y ­ compris RE d ­ ’emplois, peu d’entreprises durables  : elle S-DEMAdans les endroits les plus inattendus, chez s’est en fait concentrée sur les exportations dedes amateurs, dans des garages, des Fab Labs… ressources naturelles. Autrement dit, le dévelop­Les pays du Sud ne font pas exception. Il s’y crée non pement du numérique ne crée pas à lui seul les condi-seulement des services très innovants, mais aussi des tions d’un développement endogène et pérenne. Ilusages auxquels nous n’aurions pas pensé au Nord. a même engendré de nouveaux problèmes  : la lutteMalgré un niveau de vie plus faible et des tarifs ­ ouvent s pour l’accès aux terres rares, les déchets électroniques,plus élevés qu’au Nord, 80 % de la population des “pays l’exploitation de travailleurs mal payés (et parfoisémergents” disposent d’un abonnement mobile et mineurs) pour fabriquer ses appareils, l’équipement30 % d’un accès internet  ; dans les pays les moins des dictatures en techniques de surveillance…avancés (PMA), un tiers de la population dispose d’unmobile. Des entrepreneurs, des associations de jeunesurbains, des villageoises, inventent tous les jours des  3 exemples dinnovations venues du sudmanières innovantes d’utiliser ces outils. La diversité Ushahidi, un site internet et un logicieldes cultures aide à trouver de nouvelles pistes. Mais open source dédiés à la gestion collaborative de crises.ces innovations ne sont pas toujours faciles à repérer, à MXit, le réseau social issu d’Afrique du Sud,étendre, à valoriser. qui dépasse les 60 millions d’utilisateurs en Afrique,Or c’est nécessaire, car la croissance spectaculaire des loin devant Facebook.usages numériques n’a visiblement pas suffi pour M-PESA, une application de banque, paiementaccélérer le développement des PMA. Les “Objectifs et transfert de fonds de particulier à particulierdu millénaire pour le développement” adoptés par via mobile, qui a quadruplé le nombre de comptesles Nations-Unies en   2000 ne seront pas tenus, en bancaires actifs au Kenya.parti­ ulier en ce qui concerne la pauvreté, la faim et cle développement durable. La croissance forte des PMA 92
  • Le problème avec les promesses en matière de développement… C’est qu’elles viennent souvent des pays du Nord, en exprimant leur vision du monde et souvent, leurs intérêts. C’est qu’elles sont rarement tenues.  Au Nord, nous considérons désormais   Le numérique exacerbe un certain nombre   le numérique comme un facteur de transfor­ de tensions entre différents objectifs, différentes mation qui renouvelle de nombreuses pratiques attentes – à nous de les rendre fécondes : quotidiennes, qui déstabilise les institutions,  Entre un développement endogène, les chaînes de valeur et les jeux d’acteurs enraciné dans la culture de chaque communauté, économiques et politiques, qui transforme les reconnaissant l’importance des savoirs et des mécanismes d’innovation. Au Sud aussi, nous  langues autochtones, et l’aspiration des individus devons penser le numérique comme un moyen  à s’inscrire dans un monde ouvert (“Facebook” était de distribuer des capacités d’expression,  en 2011 la première requête sur Google Afrique). d’innovation, d’intervention, de production  Entre diffusion et empowerment : le numérique au plus grand nombre. peut jouer un rôle essentiel pour libérer la parole  Cette transformation prendra des formes  des citoyens, outiller les énergies des entrepreneurs qui pourront nous surprendre. Ainsi, quand l’Inde comme des militants – mais à condition d’admettre annonce un programme national d’identi­ cation fi également le plaisir simple de communiquer, biométrique, nous pourrions y voir l’annonce  de consommer des contenus, de jouer… d’un État policier ; mais certains économistes  Entre marchand et non marchand, formel du développement le considèrent comme nécessaire et informel  : il est positif que le développementpour rendre possible l’accès des citoyens à leurs droits, numérique dans les pays en développement en évitant l’arbitraire et la corruption favorisés par le soit porté par des entreprises très diverses, caractère informel des procédures. Ce qui n’empêche des grands opérateurs télécoms aux exploitants pas de constater l’extension du contrôle policier de de cybercafés. Il est important qu’il contribue l’internet dans de nombreux pays… à un dévelop­ ement économique assis sur une p innovation locale, dont le marché peut en revanche être continental ou mondial. Mais dans le même temps, comme au Nord, les crises économique et écologique appellent de nouvelles réponses politiques et citoyennes fondées sur la collaboration, la contribution, la création de biens collectifs… R D H U I OU   au service HIER AUJ DE MAIN AP de cette posture quelques pistes… IN RE S-DEMA  En finir avec les abus les plus manifestes :   Aider des communautés d’innovateurs   des coûts télécoms très supérieurs au Sud  à se constituer, se développer, fonctionner, s’inter­ par rapport au Nord, l’exportation de nos déchets,  connecter à l’échelle locale et internationale. la vente de technologies policières aux régimes   Exploiter le numérique au service d’une plus grande autoritaires… transparence des actions publiques (open data…).  Un effort d’éducation et de formation appuyé   Imaginer des stratégies en faveur de la consti­ sur les outils numériques. Et si la transformation tution de biens collectifs numériques : connaissances, numérique de l’éducation, que les pays développés ne contenus, données, schémas, techniques… parviennent pas à engager, commençait au Sud ?  Évaluer les résultats des projets numériques   liés au développement, pour dépasser le discours   de l’offre. 93
  • R D H U I OU   une promesse HIER AUJ DE MAIN AP proposée, mais qui reste à traiter IN RE S-DEMAPar les outils et les connaissances qu’il met à la disposition de chacun, le numérique permet de dépasser  les clivages sociaux. Il donne de meilleures chances aux plus démunis et aux plus isolés. Il favorise  le vivre-ensemble et l’insertion économique, l’éducation et la démocratie : c’est le véritable ascenseur social  du 21e siècle.   Quelque 30% des Européens n’ont Quelle chance pour des familles vivant jamais utilisé l’internet. Ces gens – pour dans l’extrême pauvreté, souvent isolées, la plupart des personnes âgées, sans emploi de pouvoir ainsi créer, s’informer, informer ou à bas revenus – ne disposent pas des d’autres, partager leur expérience de lutte compétences, de la confiance en eux et des contre la misère, s’appuyer sur des informations, moyens d’utiliser les médias numériques et des savoirs existants pour ne plus se sentir ne peuvent donc pas participer à la société seules, pour retrouver une place dans une société contemporaine. Les compétences numériques à laquelle elles pourront contribuer !” et la compréhension des médias jouent Jean-Pierre Pinet, ATD Quart Monde, 2003 un rôle majeur dans l’employabilité et l’égalité de la participation sociale.” Les projets que nous expérimentons European Commission, 2010 montrent que les femmes, qu’elles soient jeunes entrant en formation, en recher­ he c Notre mission : ouvrir l’accès d’emploi ou en reconversion, seules avec à l’éducation aux enfants les plus pauvres des enfants, (…) voient dans l’accès et la maîtrise du monde en leur fournissant à tous de l’informatique un gain supplémentaire un ordinateur portable robuste, peu coûteux, de liberté et l’opportunité de s’intégrer peu consommateur d’énergie, équipé de différemment dans la vie sociale et profes­ contenus et de logiciels conçus pour un sionnelle. La formation aux outils leur permet apprentissage collaboratif, agréable et également d’amé­ iorer l’estime et l autonome. En accédant à ce type d’outils, la valo­ isation de soi, la parentalité et r les enfants deviennent des acteurs de de mieux concilier vie familiale et vie leur propre éducation. Ils apprennent, professionnelle.” François Enaud, ANSA partagent, créent et collaborent entre eux. (Solidarités actives), 2010 Ils se connectent les uns aux autres, au monde et à un meilleur avenir.” Par essence les technologies relationnelles One Laptop per Child sont des leviers de capacitation, de créativité, de collaboration et d’appropriation. (…) Là où Nous sommes résolus à donner les individus n’arrivent plus à travailler ensemble, aux pauvres, tout particulièrement à ceux ils peuvent faciliter la création de la confiance ; qui vivent dans des zones isolées ou rurales lorsque le lien social a été perdu, ils permettent et dans des zones urbaines marginalisées, de reprendre contact ; dans l’immobilisme les moyens de devenir autonomes, d’accéder ils facilitent le passage à l’acte ; face à l’indivi­ à l’information et d’utiliser les TIC comme dualisme, ils favorisent la mutualisation des outil dans les efforts qu’ils déploient pour moyens.” Manifeste Liens, 2011 s’arracher à la pauvreté.” Sommet mondial  de la société de l’information, 2004 94
  •  Les technologies reproduisent  Le numérique doit être au service et prolongent les inégalités sociales ! de choix de société ! Les réseaux sociaux seront-ils un levier Nous souhaitons une société de l’infor­ pour l’ascenseur social ? (…) C’était l’utopie mation égalitaire dans ses dimensions de départ, c’est au mieux un rêve. Mais culturelles, sociales et politiques. Pour favoriser nous vivons avec : nous pensons que la l’intégration sociale et professionnelle de tous, technologie va construire l’égalité. En réalité, le les techniques numériques doivent être web reflète et agrandit la dynamique sociale porteuses de valeurs et améliorer la parti­ qui existait avant son apparition. (…) Il n’y a cipation démocratique ainsi que les conditions aucun doute sur le fait que les gens pourront de vie des individus. “ Charte pour l’inclusionfaire fructifier leurs réseaux plus efficacement et numérique sociale, 2004 facilement grâce aux outils numériques. Mais principalement leurs réseaux existants. Les ‘communs’ sont une des fondations Une part énorme de la population manque d’une société durable, saine et juste. Partager des contacts et des amorces de réseaux nos biens a pour conséquence une moindre permettant d’avoir accès à tout cela.” consommation de ressources naturelles ; danah boyd dans TIC 2025, 2010 cela nous aide à ralentir le cycle infernal travail- télé-achats ; et nous invite à investir sur Si la technologie guérissait tous les maux nos liens plutôt qu’à accumuler des objets et sociaux, alors nous pourrions avoir l’espoir des dettes. (…) Nous voyons se profiler une que l’âge d’or de l’innovation d’un pays transformation qui permet d’espérer un plus technologiquement avancé comme les vaste soutien en faveur des communs. De plus États-Unis, comme c’est le cas actuellement, en plus, les gens préfèrent accéder aux objets aurait fait disparaître la pauvreté. Or, en que s’encombrer de leur possession. Plutôtparallèle de l’essor des nouvelles technologies de que de posséder une automobile et d’avoir ces dernières décennies, le taux de pauvreté à s’occuper de tout ce qui l’accompagne, nous aux États-Unis a stagné autour de 13 %, en obtenons une quand nous le souhaitons demeurant honteusement élevé pour l’un grâce aux programmes de partage d’auto­des pays les riches du monde.” Kentaro Toyama, mobiles. Plutôt que de payer un plombier, nous 2010 échangeons avec lui des leçons de musique grâce à un réseau d’échange de savoirs. Pourquoi acheter quelque chose pour soi tout seul quand  Du numérique dans on peut le partager avec d’autres ? Partout, les politiques sociales, pas l’inverse ! nous assistons à une résurgence du partage, au point qu’il a fallu lui inventer un joli nom :   L’accès aux outils, aux réseaux et aux la consommation collaborative.” services numériques, et même les compétences Annie Leonard, 2012 numériques, sont des conditions nécessaires mais non suffisantes pour l’e-inclusion. La vraie question est de savoir si le numérique contribue Nous croyons que le fait de placer à la capacité d’un individu à prendre une part le potentiel transformateur des technologies active à la société. Le défi à relever est celui de la entre des millions de mains permet à la foismise en capacité (empowerment), pas de l’accès. de faire émerger des opportunités inédites, (…) L’e-inclusion ne résulte pas mécaniquement et de refonder le lien entre technologie et société.du développement de la société de l’information. En augmentant la capacité d’innovation de Selon ce que nous déciderons, notre société de l’ensemble de la société, on développe l’information deviendra, soit plus inclusive, soit à la fois la compétitivité et le pouvoir d’agir plus inégalitaire.” eEurope Advisory Group, sur son quotidien, son environnement.” 2005 Fing, 2010 95
  • Dans les années 60, la conquête de la Lune a été la dernière grande frontière que l’Amérique a su dépasser. Cela a nécessité une mobilisation sans précédent des financements et de la recherche publics, privés et militaires. Le programme Apollo, à son apogée au milieu des années 60, représentait 4 % du budget fédéral américain. La Nasa a dépensé 24 milliards de dollars (soit l’équivalent de 180 milliards de dollars d’aujourd’hui), pour un programme qui employait 400 000 personnes et impliquait quelques 20 000 entreprises, universités et organismes gouvernementaux. Le programme n’a pas seulement servi à rapporter 841 kilos de roches lunaires : il a montré “la puissance transcendante de la technologie”, estime Jason Pontin, rédacteur en chef de la Technology Review, dans un éditorial très commenté 1.­ “Pour ses contemporains, le programme Apollo s’est produit dans le contexte d’une longue série de triomphes technologiques. La première moitié du siècle a produit la ligne d’assemblage et l’avion, la pénicilline, le vaccin contre la tuberculose (…). Le progrès semblait posséder ce qu’Alvin Toffler a baptisé dans Le choc du futur (publié en 1970) une “poussée d’accélération”. (…) Pendant des décennies, la technologie n’a cessé d’augmenter la vitesse maximale de déplacement humain.”  Qu’est-il arrivé à l’innovation ? “Mais depuis 1972, aucun être humain n’est retourné sur la lune. Personne n’a voyagé plus vite que l’équipage d’Apollo 10 et depuis le dernier vol du Concorde supersonique en 2003, même les voyages civils sont devenus plus lents. Le joyeux optimisme sur les pouvoirs de la technologie s’est évaporé et les problèmes que nous espérions résoudre avec la technologie, tels que la faim, la pauvreté, le changement climatique, le paludisme, le cancer, la vieillesse, se sont finalement révélés inextricablement difficiles.” “Que nous est-il arrivé ?”, demande, dépité, l’éditorialiste. Qu’est-il arrivé à notre capacité à résoudre les grands problèmes de notre société ? Certains investisseurs de la Silicon Valley commen­ cent à se poser la question. Founders Fund, une société de capital-risque créée par Peter Thiel, co- fondateur de PayPal, s’est donné pour devise “Nous voulions des voitures volantes – et nous avons eu à la place 140 caractères”. Peter Thiel est caustique : si Twitter a assuré aux Etats-Unis 500 emplois pour la prochaine décennie, quelle valeur a-t-il créée pour l’économie tout entière ? “On dépense beaucoup d’argent, mais qui ne produit pas nécessairement de sens, d’innovation de rupture”.photos : tous droits réservés.  Comment financer l’innovation de rupture ? Mais si nous en sommes là, c’est tout de même aussi un peu la faute du capital risque, rappelle Pontin. Bruce Gibney, auteur du Manifeste de Founders 1 http://www.technologyreview.com/featuredstory/429690/why-we-cant-solve-big-problems/ 96
  • Fund1, souligne d’ailleurs que dans les années 90, le de productivité dans lagriculture. Mais Amartyacapital-risque a cessé d’être le bailleur de fonds du Sen, économiste lauréat du prix Nobel, a montréfutur pour devenir celui de “ce qui ne prête pas à qu’elles résultent avant tout de crises politiques quiconséquence”. Ce qui semblait futuriste à l’époque affectent la distribution alimentaire de manièred’Apollo 11 “est resté futuriste, en partie parce que ces catastrophique. La technologie peut certes améliorertechnologies n’ont jamais reçu le soutien financier les rendements des cultures ou des systèmes dequ’a reçu l’industrie électronique”. stockage et de transport des aliments : mais elle ne saura pas éradiquer les problèmes politiques qui en“L’argument est bien sûr follement hypocrite”, relève sont à l’origine.Pontin. Les investisseurs de Founders Fund ont faitfortune dans l’acquisition d’entreprises qui ont Enfin, certains problèmes échappent à toutedéveloppé bien des choses futiles, tels des widgets solu­­ tion parce que nous ne les comprenons paspour Facebook. On ne peut pas dire qu’il y ait là de vraiment. Nous n’avons pas encore remporté laquoi changer le monde ! guerre contre le cancer, lancée par Nixon en 1971,  ni celle contre Alzheimer qui risque d’être demain,Le capital risque a toujours eu du mal à investir l’un des premiers problèmes du monde développé.de façon rentable dans des technologies telles quela biotechnologie et l’énergie, dont les besoins en “Il n’est pas vrai de dire que nous ne pouvons pascapitaux sont importants et dont le développement résoudre les grands problèmes par la technologie”est long et incertain, rappelle Pontin. Les capitaux- conclut Pontin au risque de se contredire  : “Nousrisqueurs ne se sont jamais vraiment intéressé le pouvons. Nous le devons. Mais tous ces élémentsaux technologies qui visent à résoudre de doivent être pris en compte. Les dirigeants politiquesgrands problèmes, car leur valeur économique et le public doivent vouloir résoudre le problème, nosimmédiate n’est pas évidente. Mais au fond, selon institutions doivent soutenir les solutions, cela doitPontin, les entrepreneurs ­ ux-mêmes manquent e être un problème technologique et nous devons led’ambition  : “À l’exception de Google (qui veut comprendre.”“organiser l’information mondiale pour la rendreuniversellement accessible et utile”), les ambitions Le programme Apollo a satisfait à ces critères. Est-des start-ups lancées ces 15 dernières années il reproductible ? Avons-nous besoin de grandssemblent dérisoires par rapport à des Intel, Apple programmes mobilisateurs pour guérir les mauxet Microsoft, fondées entre les années 60 et 70. (Bill de nos sociétés ? “Nous ne sommes plus en 1961″,Gates, le fondateur de Microsoft voulait “mettre un déplore Pontin. Aucun politicien ne peut “héroïser”ordinateur dans chaque maison et chaque bureau” l’avenir comme le permettait le contexte de laet Steve Jobs, le fondateur d’Apple souhaitait faire guerre froide. Le corps des ingénieurs n’aspire“les meilleurs ordinateurs du monde”).” plus à l’embrigadement productif de l’armée. L’exploration du système solaire n’anime plus la foi populaire. Et puis, aller sur la lune était facile. Le Quels leviers d’action nous restent-ils ? voyage ne prend que trois jours. Par comparaison, la conquête de Mars, pour laquelle la Nasa aQue Pontin ait ressenti le besoin de s’en prendre un programme tout prêt, fait figure d’horizonaux capitaux-risqueurs au début de son article lointain, voire futile, bien incapable de mobiliserdit quelque chose de notre époque économique et les énergies face aux problèmes qui nous attendenttechnologique : après tout, nul n’aurait songé à leur sur terre. “Nous sommes seuls avec notre époquedemander de financer Apollo… Mais précisément, et les solutions de demain seront plus difficilesselon Pontin, nos institutions politiques s’avèrent à trouver. Nous ne manquons pourtant pas deincapables de faire face aux grands problèmes de défis : un milliard de personnes veulent l’électricité,l’humanité, en particulier parce qu’elles sont moins des millions d’autres sont privés d’eau potable, lepuissantes que l’économie. Ainsi, en 2010, moins de climat change, nos méthodes de fabrication sont2 % de l’énergie mondiale consommée provenaient peu efficaces, l’éducation est encore un luxe, lades énergies renouvelables. Pour l’instant, malgré démence et le cancer frapperont demain chacunle réchauffement climatique, le charbon, le gaz d’entre nous. Les technologues ne renonceront pasnaturel et le pétrole restent moins chers que toutes à tenter de les résoudre”, estime Pontin, même si leles alternatives. Aux Etats-Unis, l’investissement spécialiste semble ne pas avoir trouvé le levier quipublic dans la recherche d’énergies alternatives nous permettra d’atteindre un futur un peu plusest passé de 10% des dépenses de R&D publique en désirable.1979 à 2 % (soit seulement 5 milliards par an !). Lestaxes carbone se font attendre. Il ne coûte toujours Hubert Guillaud  article initialement publié  pas très cher de polluer. Bref, la volonté collective dans Internet Actu, le 13/11/2012.manque, ou bien la capacité de l’imposer. internetactu.net, le média de la Fing,L’autre raison pour laquelle nous ne parvenons pas vous propose chaque jour un éclairage originalà répondre à certains grands défis, semble découvrir sur l’innovation et la recherche. Ses articlesle rédacteur en chef de la Technology Review, tient à de référence sont repris dans de nombreux médiasce que nous avons tenté de traiter par la technologie partenaires dont LeMonde.fr, Les Échos oudes problèmes d’origine économique, sociale et France culture.politique. Nous pensions jusqu’à récemment queles famines étaient surtout causées par un manque1 http://www.foundersfund.com/the-future 97
  • LA FING UN THINK TANK DE RÉFÉRENCEPRODUIRE ET PARTAGER DES IDÉES NEUVES & ACTIONNABLES POUR ANTICIPER LES TRANSFORMATIONS NUMÉRIQUES LES MISSIONS LES BÉNÉFICES UNE FABRIQUE D’IDÉES NEUVES COMPRENDRE & FAIRE COMPRENDRE ET ACTIONNABLES Ce qui bouge, où, par qui, pourquoi… UN RÉSEAU D’ACTEURS ANTICIPER Les scénarios d’avenir, DE LA TRANSFORMATION les opportunités, les nouveaux métiers, les tensions… DES ACTIONS COLLECTIVES À FORT EFFET DE LEVIER INNOVER Produire le changement UN LIEU DE DÉBAT ENTRE plutôt que le subir TECHNOLOGIE ET SOCIÉTÉ LA FING EN 2013 THINK TANK PÔLE PROSPECTIVE DO TANK REFAIRE : AUX FRONTIÈRES INTERNET ACTU INFOLAB / OPEN DATA DU DO-IT-YOURSELF Le média de référence Diffuser, partager Lavenir de lindustrie ? la "culture de la donnée" QUESTIONS NUMÉRIQUES ALLÉGER LA VILLE Et si on prenait MES INFOS Le numérique pour réussir le temps d’anticiper  ? La révolution des données la « ville frugale » personnelles partagées CONNECTEUR RECHERCHE DIGIWORK Repenser la place de lindividu au travail LABOS D’INNOVATION LE CORPS CARREFOUR DES POSSIBLES Nouvelle frontière 150+ projets innovants/an de linnovation numérique dans 15 régions françaises et en Afrique POSSÉDER, CEST DÉPASSÉ ! LA FING EN CHIFFRES REJOIGNEZ-NOUS ! + DE 300 ADHÉRENTS >  PARTICIPEZ AUX PROJETS grandes entreprises, start-ups, DE LA FING collectivités locales, universités et laboratoires, associations, professionnels >  CHOISISSEZ ENSEMBLE LES PROCHAINS SUJETS 150 000 LECTEURS / MOIS d’Internet Actu >  ACCÉDEZ À UN RÉSEAU UNIQUE D’ACTEURS, D’EXPERTS, 20 000 PARTICIPANTS DE PARTENAIRES POTENTIELS à ses manifestations >  FAITES PROGRESSER VOS PROJETS 1000 PROJETS INNOVANTS ET LES DÉBATS QUI VOUS présentés lors des Carrefours des Possibles CONCERNENT 25 OUVRAGES publiés WWW.FING.ORG/REJOINDRE 98
  • Les partenaires de questions numériques 2013-2014 : la Fing a le soutien de :
  • 2013/2014  à l’intersection des innovations techniques,des mutations économiques et des transformationssociales, quelles grandes “ Questions Numériques ”marqueront-elles les années à venir ?Pour répondre à ces questions, la Fing organise chaque année  un processus collectif de création collective, qui convie décideurs,chercheurs et innovateurs à prendre le temps danticiper,  ensemble. Cet ouvrage présente le résultat de leurs travaux.Lédition 2013 se concentre sur les promesses que le numérique a,depuis 20 ans, formulé à la société et léconomie – et celles  quil pourrait proposer demain.Les promesses, du moins celles qui “ tiennent ”, exprimentdes espérances et des rêves, des croyances et des intuitions peuou prou partagées. Elles nourrissent le désir, la créativitéet l’énergie entrepreneuse autant qu’elles en émanent. Ellesinspirent des choix concrets, techniques, économiquesou politiques. Au travers d’elles, nous racontons le futur quenous pensons construire. Il faut prendre ces promesses ausérieux, même lorsqu’elles ne se réalisent pas.Quel bilan tirer du passé, en quoi les promesses du numériqueont-elles ou non été tenues et surtout, quavons-nous appris ?Sachant ce que nous savons maintenant, comment reformulerpour demain des promesse à la fois ambitieuses, tournées versl’avenir et crédibles ? Et que faudrait-il faire pour les tenir ? RDHUI OU   HIER AUJ DE MAIN AP IN RE S-DEMA Fondation Internet Nouvelle Génération www.fing.org www.internetactu.net