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Epitome Historiae Graecae (2)
 

Epitome Historiae Graecae (2)

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Otro resumen de la historia griega en latín bastante más completo que el anterior. Desde los orígenes hasta la toma de Corinto por los romanos. Con traducción francesa. Autor desconocido.

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    Epitome Historiae Graecae (2) Epitome Historiae Graecae (2) Document Transcript

    • EPITOMEHISTORIEE GR^ECiE1 . Inter antiquas gentes Graeca gens nobilissima etclarissima fuit.Dii Graeeis omnes corporis et ingenii dotes dedecant.Brant formosi, validi, ad omnes exercitationes etlabores apti.Erant praeterea ad omne genus studiorum natureinformati.Quare floruerunt apud eos et poesis, et historia, eteloquentia, et philosophia ; floruerunt etiani artes.Nulla gens insigniorem famam habuit ; nulla poste-ris reliquit majora et pulcbriora exempla in litteris,in artibus et in virtutibus.Ideo Gracia, merito vocari potuit omnium gentiamI. Entre les peuples de lantiquité, lé plus célèbre et le plus il-lustre a été le peuple grec.Les Dieux avaient donné aux Grecs toutes les qualités du corpset de lesprit.Ils étaient beaux, vigoureux, propres à tous les exercices et àtous les travaux.Ils avaient en outre des dispositions naturelles pour les étudesde tout genre.Cest pourquoi lon vit fleurir chez eux la poésléloquence, la philosophie; on y vit aussi fleurir les. béaiAucun peuple na joui dune renommée plus échit i iautre na laissé ù ià postérité de plus parfaits modèles dans leslettres cl les arts, et de plus grands exemplesLa Grèce a donc mérité dêtre appelée la maîtresse et linslitu-
    • 4 EP1T0ME HISTORIE GR;E(LE.magistra et institutrix, et genus humanum nunc etiamgrato animo salutat Homeri, Socratis, iEschyli, Deinos-thenis et Phidiae patriam.IL Pauca nota sunt de priscâ Grsecorum bistoriâ. Sicredimus poetis, ab .Tove orti sunt. Jupiter enim etDeorum et bomiuum pater est.Quare agros fecundat pluviâ, ut alimenta proli suaepraebeat.Ab illo distribuuntur inter homines omnia bona etmala.Ante Jovis domum duo posita sunt dolia, et donacontinent quœ diffundit Deus. In altero sunt bona;in altero mala. Ille, cui Deus bona malaque mixtadederit, nunc felix erit, nunc miser. Gui vero extradatantum e malorum dolio dederit, ille infortunatus eritet semper injuriis hominum obnoxius. Illum exitialistrice de toutes les nations, et le genre humain salue encore au-jourdhui avec reconnaissance la patrie dHomère, de Socrate,dEschyle, de Démosthène et de Phidias.II. Nous ne savons pas grandchose de lhistoire primitive desGrecs. Si nous en croyons les poètes, ils étaient issus de Jupiter.En effet, Jupiter est le père des Dieux et des hommes.Il féconde la terre au moyen des pluies, afln de pourvoir à lanourriture de ses enfants.Cest lui qui dispense aux hommes tous les biens et tous lesmaux.Devant la demeure de Jupiter sont placés deux tonneaux conte-nant les dons que répand le Dieu. Dans lun sont les biens, danslautre les maux. Lhomme à qui le Dieu donne des biens et dosmaux mélangés, est tantôt heureux, tantôt malheureux. Mais celuipour lequel il ne puise quau tonneau qui renferme les maux, estun infortuné toujours en butte à linjustice des hommes. La fatale
    • 6 EPITOME HISTORIEE QTIMCM.inopia super terrain almam sequetur; ille vagabitursine patriâ, nec Diis honoratus nec mortalibus.At Jupiter ille, Deorum et hominum rex, qui sedetin Olympo cinctus nubibus, et inde fulmen jaculatur,non dedignatur interdum de cœlesti domo descendereet mortalium societati se miscere. Justos homines sin-gulari benevolentiâ tuetur. Amat invisere pauperes inpauperibus casulis, et probos senes, qui vitam inno-centem duxerunt, divinis muneribus cumulare.III. Nec solus Deorum mortales invisit Jupiter.Amat Apollo, Jovis filius, altorum montium vertices,amnes in mare profluentes; amat litora viridaatia inœquoreos fluctus prominentia. Graudet se miscere robus-tis agrorum incolis, et rudes animos per musicammulcere.Exsul ab Olympo, Admeti régis equas et boves pervastos et virides Thessalise campos pascit. Interca pa-misère le poursuit sur le sol nourricier; il erre sans patrie, objetde mépris pour les Dieux et pour les humains.Mais ce Jupiter, roi des Dieux et des hommes, qui trône surlOlympe, environné de nuées, et de là lance sa foudre, ne dé-daigne point quelquefois de descendre des célestes demeures,pour se mêler à la société des mortels. Ce sont les hommes justesquil regarde surtout avec bienveillance. Il aime à visiter les pau-vres dans leur humble cabane; et les vieillards vertueux, qui ontmené une vie pure, sont comblés de ses présents divins.III. Jupiter nest pas la seule divinité qui ait visité les mortels.Apollon, son fils, aime le sommet des hautes montagnes, lembou-chure des fleuves, les promontoires verdoyants qui dominent lesmers. Il prend plaisir à se mêler aux robustes habitants des cam-pagnes, et il adoucit leur rudesse par le charme do la musique.Exilé de lOlympe, il fait paîtie les cavales et les géniroi Admète dans les vastes plaines de la verte Thessalic. Cepen-
    • 8 EPITOME HISTORIEE GRjEOE.storalem calamum inflat, vel citharam plectro percutit.Et divino cantu non hommes tantum delectantur; feraeetiam e latebris exeunt fréquentes, et damse cervaequead caelestis citharae sonum tripudiant.IV. Ex omnibus autem numinibus, nullum Graecismajora contulit bénéficia, quam Minerva. Illa peromnes Graeciae regiones, variis nominibus, summohonore colebatur. Nunc, Dea bellatrix, rébus bellicisprœerat; nunc, pacificum numen, pacis artibus praesi-debat.Gum Jove olim et caelestibus Diis pugnaverat adver-sus Titanas; ipsa Enceladum straverat, et Gorgonemmanu suâ interfecerat. Scilicet sacram Helladis tellurema Barbaris irruentibus defenderat.dant, il enfle le chalumeau champêtre ou touche avec larchet lescordes de la lyre; et son chant divin ne ravit pas seulement leshommes; mais les bêtes sauvages elles-mêmes sortent de leursretraites, les biches et les daims bondissent aux accords de lacithare céleste.IV. De toutes les divinités, il nen est aucune à qui les Grecssoient redevables de plus grands bienfaits quà Minerve. Danstoutes les contrées de la Grèce, elle recevait, sous divers noms, leculte le plus honorable. Tantôt, Déesse guerrière, elle présidaitaux combats, tantôt Déesse pacifique, elle protégeait les arts dela paix.Jadis à côté de Jupiter et des autres dieux du ciel, Minerveavait lutté contre les Titans : elle avait, à elle seule, renverséEncelade et tué la Gorgone de sa propre main. Gela voulait direquelle avait défendu le eol sacré de la Grèce contre ses barbaresenvahisseurs.
    • 10 EPITOME HISTORIEE GRJECiE.Quare fingebatur Dea in capite cassidem, in dextrâjaculum gerens; sinistrâ autem clypeum sustinebat, inquo cselatum erat Gorgonis caput, victoriae signum ethostibus terror. Vultus erat placidus simul et ferox, utdecet Jovis filiam post recentem victoriam.V. Eadem vero Minerva Athenis olivam dederat,laetum munus, signum beatae pacis. Eadem feminasdocuerat lanificium et artem illam quâ tenui filotexuntur molles telae et delicatis imaginibus signantur.Imo, Minerva omnium artium inventrix , omnissapientise fons babebatur. Illa assidetUlyssi, hominumprudentissimo. Illa, mediis in certaminibus, Achillisiram et impetum tempérât. Si vocantur duces in con-cilium, adest, et motos animos compescit. Illa denique,Cest pourquoi la Déesse était représentée le casque en tête, etla main droite armée dun javelot, tandis que la gauche portail lebouclier sur lequel était ciselée la tête de la Gorgone, effroi delennemi et signe de victoire. Son visage était à la fois calme etfier, comme il convient à la fille de Jupiter après sa victoire ré-cente.V. Mais cest Minerve encore qui avait gratifié Athènes de loli-vier, aimable don, symbole de paix et de bonheur. Cest elle en-core qui avait enseigné aux femmes le travail de la laine et cetart qui, au moyen dun fil léger, tisse des étoffes fines et y tracedélégantes figures.Ce nest pas tout : Minerve, mère de tous les arts, était regardéecomme la source de toute sagesse. Elle assiste Ulysse, le plusprudent des hommes. Elle modère, au milieu des combats, lecourroux et limpétuosité dAchille. Si les chefs sont appelés auconseil, elle est présente et elle apaise les cœurs irrités. Enfin,
    • 12 EPITOME HISTORIEE GÏUECJE.philosophorum assidua cornes, in eorum mentes prin-cipia rerum et veritatem instillât.Itaque non mirum est quod omnes Graeciae populifaustum illud numen maximis honoribus venerabantur.VI. Athenispraecipue, quirïto quoque anno, in hono-rent Deae pompa ducebatur magnifica.Goncurrebat ex totâ Grœciâ, imo e remotissimisregionibus, immensa populorum multitudo. Per viasingenti spectantium turbâ confertas incedebat Deœsacerdos, albâ stolâ indutus, capite coronato, longoîninistrorum ordine stipatus. Gui comités aderant civi-tatis magistratus sacris prœpositi.Sequebatur veneranda senum turba, manu ramosolivae gerentium. Post, virorum armatorum agmen,quorum vultu bellicus ardor eminebat. Deinde, ephe-borum globus, flos juventutis, spes patriae, alii pedibuscompagne assidue des philosophes, elle fait pénétrer dans leuresprit la science et la vérité.11 nest donc pas étonnant que tous les peuples de la Grèce aientrendu les plus grands honneurs à cette divinité bienveillante.VI. Athènes, en particulier, célébrait tous les cinq ans en lhon-neur de la déesse une procession magnifique.On y voyait accourir de toute la Grèce, et môme des pays lesplus éloignés, une immense multitude. Dans les rues où se pres-sait la foule des spectateurs, le prêtre de la Déesse savançait,vêtu dune longue robe blanche, la tête couronnée, suivi dun longcortège de ministres du culte, et accompagné par les magistratscivils préposés aux cérémonies religieuses.Puis venait un groupe de vieillards vénérables, portant des ra-meaux dolivier; derrière eux une troupe de guerriers dont levisage brillait duneardeur belliqueuse; ensuite un peloton déphè-bcs;la fleur de la jeunesse, lespoir de la patrie, les uns à pied
    • 14 BPITOME HISTORIEE GRjECjE.ingredientes, et sacros hyrnnos canentes; in equis alii,lanceas manu vibrantes. Quos sequebantur pueri tuni-cati, solâ aetatis gratiâ decorati.VII. Tum mirabantur spectantes longum et formosumvirginum ordinem, quarum aliae, demissis prae pudoreoculis, pateras et vasa sacra manu ferebant; alise canis-tros capite sustinebant, in quibus sub vélo purpureolatebant sacrificiorum instrumenta.In medio, ducebantur victimae, cornibus auratis,capite fasciis involuto.Pompam comitabantur musici, modo tibia, modolyrâ audientium aures délectantes ; et cantores Homericarmina recitantes; etsaltatores armati, qui, divisi inter-dum in duo agmina, Minerves et Gigantum certaminaoculis repraesentabant.Vm. Aliud autem ceteris mirabilius omnium oculoset chantant des hymnes sacrés, les autres à cheval et agitant leurslances. Ils étaient suivis denfants vêtus de la tunique, sans autreornement que les grâces de leur âge.VII. Ensuite les spectateurs admiraient une longue et har-monieuse file de jeunes vierges, dont les unes, baissant chaste-ment les yeux, portaient les coupes et autres vases sacrés, et lesautres soutenaient sur leur tète des corbeilles dans lesquellesse cachaient, sous un voile de pourpre, les instruments du sacri-fice.Au milieu du cortège on conduisait les victimes dont les cornesétaient dorées et la tête entourée de bandelettes.La pompe solennelle était accompagnée par des musiciens quicharmaient eu jouant de la flûte et île la lyre les oreilles de lau-ditoire; par des chanteurs qui récitaient des vers dHomère; pardes danseurs armés qui se séparaient de temps à autre en Jeuxtroupes et simulaient le combat de Minerve et des Géants.VIII. Mais un spectacle plus admirable que tous les autres atti-
    • 16 EPITOME HISTORIEE GRMCJE.convertebat. Scilicet, mediam inter pompam. navis,multis instructa remigibus, in terra, sicut in mari,leniter labi videbatur.Malo suspensus erat, tanquam vélum molli vento-rum aura inflatum, splendidus Peplus, Deae sacratus,in quo, arte subtili, mulieres et virgines peritissimseacu pinxerant victos a Minervâ Titanas ; et juxta addi-derant, jussu magistratuum, civium imaginem qui depatriâ bene meriti essent. Quo viso, turba spectantiumleetis clamoribus et Deam victricem et cives benemeritos salutabant.Ubi vero ad templum Apollinis Pythii perventumerat, Peplus de nave detrahebatur, et rile ferebatur inMinervse sacrarium.Et cives, perfectis sacris, laetantes simul et religionequâdam instincti, domos repetebant, et diei reliquumnoctisque partem agebant conviviis, de Minervse bene-ficiis et patrise magnitudine cum hospitibus fabulantes.rait les regards. Car au milieu du cortège, un vaisseau muni dungrand nombre de rameurs semblait glisser doucement sur la terrecomme sur les flots.Au mât pendait comme une voile gonflée par une brise légèreun péplum magnifique, consacré à la Déesse, et sur lequel lartingénieux des plus babiles brodeuses, femmes et jeunes filles,avait représenté les Titans vaincus par Minerve, en y ajoutant, parordre des magistrats,, limage des citoyens qui avaient bien méritéde la patrie. A cette vue, la foule des spectateurs saluait de sesjoyeuses acclamations la déesse victorieuse et les bons serviteursde la cité.Lorsquon était parvenu au temple dApollon Pythien, le voilede la Déesse était détaché du navire et porté, suivant le rite, dansle sanctuaire de Minerve.Alors, la fête étant terminée, les citoyens, le cœur plein de joieet pénétrés dun sentiment religieux, regagnaient leur demeure etpassaient le reste du jour et une partie de la nuit dans les festins,où ils célébraient avec leurs hôtes les bienfaits de Minerve et lagrandeur deleur patrie.
    • f EPITOME HISTORI.E GB.JECJE.LX. Geteri quoque Dii horainibus varia dona grati-ficati erant. Bacchus eis vitem dederat; eos Neptunusartem navigandi docuerat; Mercurius artem nego-tiandi. Et omnes Gselicolae humanâ societate gaude-bant.Quin etiam inferiora Numina sedem posuisse vide-bantur in terra. Pan habitat in silvis, haud procul abhominum domibus, et silvestri calamo nemora perso-nat. Omnibus rivis et fontibus invigilant Nymphae, etper noctes sideribus illustres, floridis in pratis, junctismanibus, choreas ducunt canentes.In felici illâ regione, omnia quasi plena sunt prae-senti numine, omnia divinitatem spirant. Omniamentes hominum nunc ad lsetos et jucundos sensusalliciunt, nunc ad perserutanda Dei et naturae sécrétainvitant.X. Illis temporibus vixisse dicuntur heroes illi apoetis celebrati, qui mortalibus opem preestabant, etIX. Les autres Dieux avaient aussi gratifié les hommes de diversprésents. Bacchus leur avait donné la vigne; Neptune leur avaitappris lart de la navigation, et Mercure le commerce. Tous leshabitants du ciel aimaient la société des humains.Les divinités subalternes semblaient même avoir établi leurséjour sur la terre. Pan habile les forêts, non loin des demeuresdes hommes, et fait retentir les bois de son chalumeau rustique.Tous les ruisseaux, toutes les sources sont sous la protection desnymphes qui, durant les nuits étoilées, se tenant par la main dansles prés fleuris, mènent des danses quelles accompagnent de/feurs chants.Dans cette heureuse contrée tout est plein, pour ainsi dire, delà présence des Dieux; un souffle divin est répandu partout. Toutinvite lâme humaine a la joie et au plaisir, ou lengage à inter-roger les mystères de Dieu et de la nature.X. En ce temps-là vivaient, dit-on, ces héros que les poètes ontchantés, et qui venaient en aide aux mortels quils défrndnipnt
    • 20 EPITOME HISTORIE GRMCM.eos a latronum vi et inonstrorum crudelitate defende-bant, Perseus, Hercules, aliique multi, quorum noiniuavix enuntiare possim, Diis geniti, a Diis in terrasemissi, ut hommes protégèrent.Perseus natus erat de Jove et Danae, Argivorum régisfiliâ. Oraculum autem • Acrisio régi prœdixerat, ipsumnepotis manu periturum esse. Itaque infantem vixnatum avus cum matre includi jussit inarcâ et in mareprojici.XI. Girca cymbam arte fabricatam venti fremebant,et tumebant fluctus. At mater, pallida metu, et lacri-mis suffusa, infantis capiti manum imposuit, et dixit :« puerule, quantum ego laborem suffero! Tu verodormis; in illâ injucundâ*sede, in mediis saevœ noctistenebris, dormis inconscius. Neque fluctus curas supracomam tuam intactam salientes, necfue ventorum mur-contre les violences des brigands et la cruauté des monstres, Persée,Hercule et beaucoup dautres dont je pourrais à peine énumérer lesnoms. Fils des Dieux, ils étaient envoyés par les Dieux sur la terrepour protéger les hommes.Persée était 01s de Jupiter et de Danaé, fllle du roi des Argiens.Or un oracle avait prédit au roi Acrisius quil périrait par la mainde son petit-fils. Cest pourquoi dès que lenfant fut né, laïeul lefit enfermer avec sa mère dans un coffre et jeter à la mer.XI. Autour de lesquif artistement construit, les vents frémissent etles vagues se gonflent. La mère, pâle deffroi et baignée de larmes,pose la main sur la tête de lenfant et dit :c cher petit, quelle souffrance est la mienne! Mais toi, tu dors :dans cet affreux séjour, au milieu des ténèbres dune cruelle nuit,tu dors, ignorant de tes maux. Tu nas souci ni des flots qui bon-dissent au-dessus de toi, sans toucher ta chevelure, ni du murmure
    • 22 EPITOME HISTORIE GRMCJE.mura, purpureâ in veste jacens, o pulchrum eaput. Sipericulum tibi notum esset, mea verba delicatis luisauribus attente audires. Dormi igitur, puerule, jubetmater. Ita dormiat pontus! dormiat et meus ingensdolor! Sis nobis clementior, o Jupiter! si vero precesmese audaciores sunt, liberi gratiâ ignosce matri. »Precantem audiit Jupiter, et parvulam cymbaminsulse Seriphi litoribus appulit.XII. Exceptus autem ab rege Seriphi, adolevit Per-seus, et mox Gorgones adoriri ausus est.Très erant sorores, quarum crines serpentibus erantintertexti, quaeqUe obtutu homines in saxa mutabant.Accepit héros a Plutone galeam, per quam invisusfiebat, a Minervâ clypeum, a Mercurio alas et ensemadamantinum. Gorgones in somno deprehendit, etMedusee caput abscidit. Hujus e cruore natus est Pega-des vents, tandis que tu reposes dans ta robe de pourpre, ô têtecharmante. Si tu connaissais le péril, tes oreilles délicates écou-teraient attentivement mes paroles. Dors donc, cher petit, ta mèrele veut. Et puissent de même sassoupir la mer et ma profondedouleur l Sois-nous plus clément, ô Jupiter! Et si mes prières sonttrop hardies, en faveur de son fils pardonne à la mère. »Jupiter entendit sa prière, et la petite barque vint aborder aurivage de lîle de Sériphe.XII. Accueilli par le roi de Sériphe, Persée grandit, et osa bientôtattaquer les Gorgones.Cétaient trois sœurs dont la chevelure était entremêlée de ser-pents, et dont le regard changeait les hommes en pierres.Le héros reçut de Pluton un casque qui le rendait invisible ; deMinerve un bouclier; de Mercure des ailes et une épée daciec durcomme le diamant. Il surprit les Gorgones endormies, et coupa latête de Méduse. Du sang de la Gorgone naquit Pégase, le cheval
    • 24 EPITOME HISTORIE GR<E(LE.sus, equus alatus. Quo conscenso, Perseus Africain invi-sit, et Atlantem, Mauritanie regem, qui ipsi hospitiumnegaverat, obtento capite Gorgonis, in montem mutavit.Deinde virginem Andromedam, marino monstro expo-sitam, liberavit et in matrimonium duxit.Tum diis arma cselestia reddidit, et Minervae clypeoGrorgoneum caput affixit.Reversus autem in patriam, avum, ut oraculo prœdi-ctum fuerat, imprudens disco temere jacto occidit, etipse ab Acrisii filio occisus est.XIII. Hercules films erat Jovis et Alcmenae. Vixnatus erat, cum Juno, Alcmenœ odio, ad filium ejusperdendum duos dracones suscitavit. Ille jmerilibusmanibus dracones strinxit et strangulavit.Postquam adolevit, Eurystheus, Amphitryonis etAlcmenœ filius, et rex Mycenarum, qui promissam fra-tri gloriam invidebat, ei duodecim labores perficiendosailé. Monté sur Pégase, Persée visite lAfrique; là, le roi de Mau-ritanie Atlas lui ayant refusé lhospitalité, il lui présente la tête dela Gorgone et le change en montagne. Ensuite il délivre la jeuneAndromède exposée à un monstre marin, et il lépouse.Alors il rend aux Dieux les armes célestes, et fixe sur le bouclierde Minerve la tête de la Gorgone.De retour dans sa patrie, ainsi que loracle lavait prédit, il tueson aïeul, sans le vouloir, dun coup de disque lancé au hasard,et il est tué lui-même par le fils dAcrisius.XIII. Hercule était fils de Jupiter et dAlcmène. Il venait de naîtrequand Junon, jalouse dAlcmène, suscita deux serpents pour fairepérir lenfant. Mais celui-ci, de ses faibles mains, serra les serpentset les étrangla.Lorsquil fut devenu grand, Eurysthée fils dAmphitryon et dAlc-mène, et roi de Mycènes, envieux de la gloire promise à son frère;
    • 26 EP1T0ME HISTORIEE GKJECJE.imposuit. Quos omnes valide perfecit Hercules, et exomnibus periculis féliciter evasit.Léo quidam Nemeaeos saltus habitabat, et agros cir-cumcirca vastabat. Eurysthei jussu, feram Herculesadoritur.Sed frustra illamsagittis lacessit; cadunt humi sa-gittœ, dura leonis pelle retusae.Tum héros, arreptâ clavâ. monstrum fugiens inipsum antrum persequitur; ibique, projectis armis,terribilem hostem comminus aggreditur, lacertis strin-git robustis, et tandem frustra resistentem suffocat.Inde redit ad urbem victi leonis pelle indutus, etincolse, longo terrore liberati, victori, quasi Deo, gra-tias agunt.XIV. Non omnia Herculis facinora vobis narrabo.Pleraque novistis aut alias legetis. Novis|tis famosamillam hydram, cujus capita excisa renascebantur ; etaprumillumEryrnanthium, ingentem, birsutum, divinolui imposa douze travaux à accomplir. Hercule en vint à bout parsa valeur, et se tira heureusement de tous les périls.Un lion habitant la forêt de Némée dévastait les campagnesdalentour. Par lordre dEuryslhée, Hercule attaque la bête féroce.Mais cest en vain quil la crible de ses flèches : elles tombentà terre, émoussées par la peau impénétrable du lion.Alors le héros, saisissant sa massue, poursuit jusque dans sonantre le monstre qui fuit; là, rejetant ses armes, il attaque corpsà corps son redoutahle adversaire, létreint dans ses bras robusk-s.et malgré sa résistance létouffé enfin.11 revient à la ville, revêtu de la dépouille du lion vaincu, et leshabitants du pays, délivrés de leurs longues terreurs, rendent grâcesau vainqueur comme à un Dieu.XIV. Je ne vous raconterai pas tous les exploits dHercule. Vousen connaissez la plus grande partie ou vous les lirez ailleurs.Vous connaissez lhydre fameuse dont les têtes renaissaient à me-sure quon les coupait; le sanglier dÉrymanthe, ce monstre énorme,
    • 28 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.praeditum robore, quem Hercules humeris sustulitvivum ; et Stympbalides aves ; et cervam œreis pedibus.quam per lotum annum cursu persecutus est ; et Augieestabula, quae derivato Alpheo flumine purgavit.Hsec auteni omnia quid significant? Herculem scilicetin mortales, qui tum rudes erant et serumnosi, multabénéficia contulisse. Ideo creditum est illum, post mor-tem, Deum factum esse.XV. Tunicarn induerat, quam dono dederat uxorDejanira. Illa autem sanguine imbuta fuerat Nessi Cen-tauri, quem ipse venenatâ sagittâ interfecerat.Statim ingens dolor corpus invasit. Frustra fatalemvestem beros detrahere conatur; cum tunicâ membrasua dilaniat. Et magnis clamoribus implentur montes.Dolore tandem victus, ipse in summo Œtœi montiscacumine suis manibus rogum exstruxit. Jamque fumoet flammâ involvitur. Ecce autem subito nubes de cselodescendit, et inter fulgura fulminaque ad Olympunitollit Jovis filium.hérissé, doué dune force divine, quHercule emporta tout vivantsur ses épaules; et les oiseaux du lac Stymphale; et la biche auxpieds dairain quil poursuivit à la course pendant une année en-tière; et les écuries dAugias quil nettoya en détournant le coursde lAlphée.Que signifie tout cela? Sans doute que les mortels, qui étaientalors grossiers et misérables, reçurent dHercule de nombreux bien-faits. Cela fit croire quaprès sa mort, il était devenu Dieu.XV. II avait revêtu une tunique, présent de sa femme Déjanire.Or cette tunique avait été trempée dans le sang du centaure Nessusquil avait tué lui-même dune flèche empoisonnée.Aussitôt une douleur intolérable envahit tout son corps. En vainlo héros sefforce darracher le fatal vêtement; en déchirant latunique, il déchire ses membres. Ses cris affreux font retentir lesmontagnes.Enfin vaincu par la douleur, il élève de ses propres mains unbûcher sur le sommet de lOEta. Déjà la fumée et la flamme lenvi-ronnent. Mais voici que soudain* une nuée descend du ciel et, aumilieu des foudres et des éclairs, emporte vers lOlympe le flls deJupiter.
    • 30 EPITOME HISTORIE GÏLECJE.Exceptus a Minervâ et Apolline, assidit patris adlatus; Junonis filiam, formosam Heben, ducit in malii-moniuni, et, Diis irnmortalibus imrnixtus, fruilur inaeternuni caelesti laetitiâ et quiète, quas laboriosâ vitâ"meritus est.XVI. Theseus Mgeo natus erat, Atheniensium rege.Educatus est Traezene, in Argolidis urbe, ab avo Pit-theo. Postquam, duris laboribus exercitus, viribus etanimo succrevit, Trœzene profectus est ad invisendumpatrem.Dum vero iter facit, hominibus miseris, Herculisinstar, ssepius opem tulit, et ssevos latrones, qui agrosinfestabant, ausus aggredi interfecit.Ita apud Epidaurum, Periphetam Gigantem, Yulcanifilium, qui viatores grandi clavâ obterebat, proslravit,et obtruncato clavam eripuit.Sinin autem in transi tu Isthmi Gorinthiaci interemit.Ille binas pinus altissimas ad terrain vi curvabat, etAccueilli par Minerve et Apollon, il prend place auprès de sonpère. La fille de Junon, la charmante Hébé, devient son épouse, etmêlé aux Dieux immortels, il jouit éternellement du repos et dubonheur céleste, digne prix dune vie laborieuse.XVI. Thésée, fils dEgée, roi dAthènes, fut élevé à Trézène, villedArgolide, par son aïcu! Pitthée.Après que de rudes exercices leurent fait grandir en force et enâge, il partit de Trézène pour aller revoir son père.Chemin faisant, plus dune fois, à lexemple dHercule, il portasecours aux malheureux: il osa attaquer des brigands cruels quiinfestaient les campagnes, et il les mit à mort.Cest ainsi quà Épidaure, le géant Périphetas, Cls de Vulcain,qui assommait les voyageurs avec son énorme massue, fut abattuà ses pieds: après lui avoircoupéla tête, Hercule lui prit sa massue.Il tua Sinis en passant listhme de Corinthe. Ce brigand, de saforte main, courbait jusquà terre deux par deux des pins très
    • 32 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.utrique viatores alligabat; arbores deinde résurgentesmiseros in altum tollebant et diffindebant.Scironem pariter haud procul a Megaris; Eleusine,Gercyonem; prope flumen Gephisum, Procustam inter-fecit.Sic, purgatis regionibus per quas iter faciebat, Athe-nas tandem victor pervenit.XVII. Illis autem temporibus, Atheniensibus Minos,Gretensium rex, ob necatum ab eis filium Androgeum.duram legem imposuerat. Scilicet quotannis septeniadolescentes et septense virgines, sorte designati, inGretam mitti debebant, victimse Minotauro devorandae.Minotaurus autem monstrum erat borrendum, vali-dissiinum, quod in corpore humano taurinum caputgerebat. Id inclusum erat in labyrintbo quodam artifi-ciose a Dsedalo exstructo. Si quis in eam domum pene-traverat, jam non poterat viarum ambages extricare;necesse erat illum perire a monstro devoratum.élevés, et attachait les voyageurs à lun et à lautre: les arbres en serelevant emportaient les malheureux dans lesairset lesécartelaient.Il tua également Sciron non loin de Mégare, Cercyon à Eleusis,et Procuste sur les bords du Céphise.Après avoir ainsi purgé les contrées quil traversait, il arrivaenfin victorieux dans Athènes.XVII. En ce temps-là, Minos, roi de Crète, avait imposé auxAthéniens, en expiation du meurtre de son fils Androgée, une loitrès dure. Car, chaque année, sept jeunes gens et sept jeunesfilles, désignés par le sort, devaient être envoyés en Crète pourêtre livrés à la voracité du Minotaure.Cétait un monstre horrible, dune force extraordinaire, qui por-tait sur un corps dhomme une tête de taureau. Il était enfermédans un labyrinthe ingénieusement construit par Dédale. Celuiqui pénétrait dans cet édifice ne pouvait plus en reconnaître lesdétours : il fallait quil périt dévore par le monstre.
    • 34 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.XVHL Jam tertium pactœ victimae erant mittendœ,et tota civitas erat in luctu. Déclarât Theseus se cumdevotâ cohorte, sine sorte, profecturum. Frustra filiuma consilio deterrere tentât ^Egeus; paternis precibusnon flectitur Theseus, et navem conscendit animosus etspe plenus.Btenim, ubi Gretam appulit, in terribilem domumintrat, ducente fîlo quod ah Arianâ Minoïde acceperat.Monstrum ex improviso deprehendit, aggreditur, et,post longum et anceps certamen, Minotaurum mugien-tem et frustra resistentem clavà sternit.Fugit deinde cum salvis comitibus crudele litus. JamAtticam appropinquat. Sed, dum redit ovans, vélumcandidum, quod profîciscenti dederat pater, ut ex altoprospiceretur signum victoriae, malo suspendere oblitusest. Senex, qui filium mortuum crédit, dolore oppressus,XVIII. Déjà pour la troisième fois le tribut des victimes allaitêtre envoyé, et la cité tout entière était dans le deuil. Thésée dé-clare quil est prêt à partir sans tirer au sort avec la troupe desvictimes vouées au monstre. En vain Egée sefforce de détournerson fils dun tel dessein : sourd aux prières paternelles, Théséesembarque plein de courage et despoir.Et en effet, à peine débarqué en Crète, il entre dans lédificeredoutable, guidé par un fil quil avait reçu dAriane, fille deMinos. 11 attaque le monstre à limproviste. et après un combatqui fut longtemps incertain, le Minotaure. mugissant tombe, mal-gré sarésistance, sous la massue du héros.Celui-ci séloigne alors, avec les compagnons quil a sauvés, doces cruels rivages. Déjà il approche de lAttique; mais, dans lajoie de ce retour triomphal, il ne songe plus à la voile blancheque son père lui avait donnée au départ, afin do découvrir à lho-rizon ce signe de sa victoire; il oublie de la suspendre au mal.Le vieillard, qui croit son fils mort, accablé de douleur, se préci-
    • 3ô. EPITOME HISTORIEE GRMCM.de celsâ rupe se in mare projicit. At cives liberatorembetis clamoribus excipiunt. Ut vero miseri patris me-moria servaretur, mare, in quo perierat, yEgeum dixe-runt.XIX. At per varias Grseciae regiones paulatim urbescondebantur. Illse primum exiguœ exiguis finibus con-tinebantur.Sed mox inter civitates Contentiones exortae sunt, siveob agri vicini possessionem, sive propter mutuamsemulationern aut injurias invicem illatas.Interdum etiam jurgia ducum bella suscitabant. Sic,post miseram Œdipi mortem, filius Polynices, regnodestitutus ab Eteocle, in fratrem sex inclytos ducesarmavit, et Thebas diu cum sociis obsedit.Sed nec ipsi nec sociis bene cessit impium illud bel-lum. Dum, in singulari certamine, fratres ambo seinvicem summâ vi et rabie impugnant, uterque alteriusgladio confossus cadit.pite du haut dun rocher dans la mer. Cependant le peuple salueson libérateur de ses joyeuses acclamations. Mais, pour conserverla mémoire du malheureux père, la mer qui fut son tombeaureçut le nom de mer Egée.XIX. Dans les diverses contrées de la Grèce des villes se fon-daient peu à peu. Petites dabord, elles étaient contenues dans deslimites. étroites.Mais bientôt des querelles surgirent entre les cités, soit pourla possession dun territoire limitrophe, soit à cause dune ja-lousie mutuelle ou dinjures réciproques.Quelquefois aussi les rivalités des chefs étaient une cause deguerre. Ainsi après la mort misérable dOEdipe, son fils Polynice,détrôné par Etéocle, arma contre son frère six chefs illustres etavec ses alliés assiégea longtemps la ville de Thèbes.Mais ni lui ni ses alliés neurent à se féliciter davoir entrepriscette guerre impie. Dans un combat singulier les deux frères se char-gent avec furie et tombent transpercés par le glaive lun de lautre,
    • 38 EPITOME HISTORIEE GR.ECjë.Duces vero, qui Polyniri nefariam opéra prœstiterant,periere omnes, uno excepto Adrasto. Huncmorti eripuitequus divinus, Arion, quem Neptunus e terra tridenteexciverat.Ausus est Gapaneus Jovem provocare ; ante ipsa The-barum mœnia fulmine percussus est.XX. Longinquas etiam expeditiones susceperuntGraeci. De Argonautis poetœ multa ingeniose finxerunt.Ostenderunt Jasonem navem prodigiosam e Dodonœisquercubus struentem, deindecum quinquaginta egre-giis ducibus immensa rnarium spatia peragrantem, ettandem, superatis omnibus periculis, aureum vellus,quod erat Golchidis Palladium, vi raptum asportantem.Dum redit praeter Siciliee et Italise litora, navemNéréides humeris suscipiunt, ut illam inter Gharybdiset Scyllœ gurgites intactam evehant. At nautas Sirènes,Les chefs qui avaient prêté à Polynice un criminel appui péri-rent tous à lexception du seul Adraste. Il fut arraché à la mortpar un coursier divin, Arion, que Neptune, dun coup de son tri-dent, avait fait sortir de terre.Capanée osa provoquer Jupiter : il fut foudroyé sous les mursmêmes de Thèbes.XX. Les Grecs entreprirent aussi des expéditions lointaines. Celledes Argonautes a fourni aux poètes le thème de mille fictionsingénieuses. Ils nous ont montré Jason construisant un naviremerveilleux avec des chênes de la forêt de Dodone ;puis, suivi decinquante héros, lélite de la Grèce, il parcourt limmense étenduedes mers; enfin, vainqueur de tous les périls, il remporte le Pal-ladium de la Golchide, la Toison dor ravie par son bras.Tandis quil revient dans sa patrie en longeant les rivages dela Sicile et de lItalie, les Néréides soulèvent le navire sur leursépaules, pour le transporter sans avaries à travera les gouffres deQharybde et de Scylla. Au contraire les Sirènes, divinités per-
    • 40 EP1TOME HISTORIEE GRMCJE.perfida maris numina, cauoris vocibus pellicere tentant;sed Orpheus dulciore cantu retinet imprudentes, etservat a pernicie.Non omnia in his falsa. Poetica mens suis commentisornavit res veras. Constat enim Graecos, quorum finesundique alluit mare, maritimse rei semper curiososfuisse, neque ab longinquis navigationibus abhorruisse,seu ignota visendi studio, seu negotiandi causa. Nuncetiam perstat in posteris avitum illud ingenium.XXI. Sed omnium, quae temporibus illis antiquisgesta sunt, nihil majorem famam reliquit, et mentibushominum memoriam impressit vivaciorem, quam Tro-janum bellum.In Asiatico maris litore, G-rsecise opposito, magnumerat imperium, quod omnem circumjacentem regionemdicione sua tenebat. Troja, illius imperii caput, subfides de la mer, sefforcent dattirer les matelots par leurs chantsharmonieux; mais ceux dOrphée, plus doux encore, retiennent cesimprudents et les sauvent du trépas.Dans ces récits tout nest pas mensonger. Limagination poé-tique a orné de ses inventions un fond véritable. Il est certain eneffet que les Gre«s, dont le pays est baigné de tous côtés par lamer, ont toujours eu dn goût pour la marine, et nont pas eu peurdes navigations lointaines, soit désir de voir du nouveau, soitamour du traûc. Encore aujourdhui ce penchant héréditaire persiste chez leurs descendants.XXI. Mais, de toutes les entreprises qui ont eu lieu dan-temps antiques, aucune na été suivie dune plus grande renomméeou na gravé un plus vivant souvenir dans la mémoire des hommes que la guerre de Troie.Sur le rivage asiatique opposé à la Grèce était un grand em-pire qui tenait sous sa domination tout le pays environnant. Troie,
    • 42 EPITOME HISTORIE GRiECLE.Idae montis radicibus exstructa, mœnium firmitatesimul et incolanim divitiis erat illustris. Illam tumregebat Priamus, quinquaginta fîliis circumdatus.Jamdudum Grraeci Troj unique sibi invicem invidebant,et ssepius illatis utrinque injuriis se mutuo lacessive-rant. Bellum tandem exarsit.Paris enim, unus e Priarni natis, receptus in hospi-tium a Menelao, Spart» rege, Helenam, hospitisuxorem, rapuerat. Statira Gracia tota surrexit, et milleet ducentae naves armatse ab Aulidis portu ad Asiaticumlitus profectae sunt.XXII. Exercitui prteeiat Agamemnon, rex Mycena-rum, dux omnium consensu electus. Quem sequebanturet frater Menelaus, Helenœ conjux, et cum amico Pa-troclo Acbilles, Myrmidonum rex, omnium fortissimuset pulcber-rimus, et Diomedes, Tydei filius, et Ajacescapitale de cet empire, bâtie au pied du mont Ida, était égalementcélèbre et par la force de ses remparts, et par les richesses de seshabitants. Elle avait alors pour roi Priam entouré de ses cin-quante fils.Depuis longtemps Grecs et Troyens étaient jaloux les uns desautres, et souvent ils sétaient provoqués par des injures récipro-ques. Enfin la guerre éclata.Paris, un des fils de Priam, ayant reçu lhospitalité de Ménélas,roi de Sparte, avait ravi Hélène, lépouse de son hôte. Aussitôt laGrèce entière 6e leva et douze cents vaisseaux de guerre partirentdu port dAulis pour le rivage asiatique.XXII. A la tête de larmée était Agamemnon, roi de Mycènes,chef élu dun consentement unanime. Après lui venaient son frèreMénélas, époux dHélène; et avec son ami Patrocle, Achille, roi desMyrmidons, le plus brave et le plus beau de tous le* Grecs; et
    • 44 EPITOME HISTORIEE GR-ECiE.utrique, alter Locrorum rex, al ter Salaminâ profectus,virtute et forma post Achillem prsestantissimus, et sa-piens Nestor, cujus e linguâ fluebant verba melle dul-ciora, et prudens Ulysses, parvâ veniens ab Ithacâ, »tPhiloctetes, cui moriens Hercules sagittas suas Iega-verat.Trojanorum ex parte dux erat praecipuus ac pseneunicus Hector, virtute simul et prudentiâ prsestans, aquo Troja servata fuisset, si servari potuisset.XXni. Decem annos duravit hoc hélium per varioscasus. In auxilium Priamo concurrerunt ex Asiâ etAfricâ gentes remotissimae.Graecorum exercitum, longis lahoribus fatigatum,pestis invasit; et moriebantur milites, quasi numinisirati telis perculsi.Agamemnon et Achilles sibi invicem exercitus cala-mitates imputabant. Achilles tandem iratus in tentoriumsecessit.Diomède, fils de Tydée; et les deux Ajax, lun roi des Locricns,lautre parti de Salamine, le premier après Achille, pour la bra-voure et la beauté, et le sage Nestor, de la bouche duquel décou-laient des paroles plus suaves que le miel ; et le prudent Ulysse,venu de lîlot dItaque; et Philoctète, à qui Hercule mourant avaitlégué ses flèches.Du côté des Troyens, le plus grand et, pour ainsi dire, luniquechef était Hector, également remarquable par sa valeur et par saprudence, et qui eût sauvé Troie, si elle avait pu être sauvée.XXIII. Cette guerre se prolongea pendant dix ans avec deschances diverses. Les peuples les plus reculés de lAsie et delAfrique se portèrent au secours de Priam.Larmée des Grecs, épuisée par ses longs travaux, fut altaquéede la peste; les guerriers mouraient comme atteints par les. traitsdune divinité courroucée.Agamemnon et Achille simputaient lun à lautre les malheursde larmée. Enfin Achille^ irrité, se retira sous sa tente.
    • 46 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.Interea Trojani animum resumebant. Hectore duce,erumpebant e mœnibus, et ingentem obsidentium stra-gem edebant, donec, occiso Patroclo, Acbilles, dolorepercitus, apparuit iterum, et clamorem ingentemedidit.Agnovere vocem Trojani; fugiunt territi. Solus Hectorperstat, et hosti obviam procedit impavidus. Sed fustrafortiter luctatur ; cadit tandem letbali vulnere confossus,et miserum corpus circum patriae mœnia ter a victoretrahitur.XXIV. Juraverat Achilles se corpus Heetoris relic-turum esse canibus et vulturibus laniandum. Sed noctesequente, Priamus ejus tentorium adiit, et manibusprehendit Achillis genua, et osculatus est mauus tèrri-biles, quse ipsi multos interfecerant filios, et bis vevbisbostem supplex allocutus est :« Recordare patris tui, Achille, Diis similis; mihiCependant les Troyens reprenaient courage. Sous la conduitedHector, ils sélançaient hors des murailles et faisaient un grandcarnage des assiégeants jusquà ce que, transporté de douleur à lamort de Patrocle, Achille reparut et fit entendre un cri terrible.Les Troyens ont reconnu le son de sa voix : ils fuient épou-vantés. Seul Hector tient bon et savance sans peur à la rencontrede son adversaire. Mais cest en vain quil fait des prodiges devaleur : il tombe enfin percé du coup mortel, et sa misérable dé-pouille est traînée trois fois par le vainqueur autour des rempartsde sa patrie.XXIV. Achille avait juré quil abandonnerait le cadavre dHectoren pâture aux chiens et aux vautours. Mais, la nuit suivante, Priamalla trouver Achille dans sa tente, lui embrassa les genoux, et aprèsavoir baisé les mains terribles qui lui avaient tué tant de fils, iladressa ces paroles suppliantes à son ennemi :« Souviens-toi de ton père, Achille semblable aux dieux; il est
    • 48 EPITOME HISTORIiE GRJECJE.œquaevus est et in gravi senectutis limine. Et illum for-tasse vicini obsident et premunt, nec quisquam adestqui illum a bello et pernicie defendat. At saltem ille tevivere audit, gaudetque in animo, et quotidie speratvisurum se dilectum filium, aTrojà reversum.Sed ego infelicissinius, filios genui fortissimos inmagnâ Trojâ, et nullus mihi relictus est. Quinquaginlaerant, cum venerunt Acbaeorum filii. Plerisque Mars ter-ribilis genua solvit. Quein vero unice diligebam, quiurbem et nos ipsos tutabatur, illum tu interfecisti propatriâ pugnantem. Et nunc ad naves Acbaeorum venio,eum redempturus, et magnam mercedem affero.« Reverere Deos, Acbille, et mei miserere, tui patrismemor. Ego autem illo multo miserabilior. Sustinuienim agere quod nunquam egit quisquam mortalium :ad os admovi manum viri qui filios meos interfecit. »de même âge que moi, il touche au triste seuil de la vieillesse.Et lui aussi peut-être ses voisins lassiègent et le pressent, sansque personne soit là pour le défendre de la guerre et de la mort.Mais du moins il entend dire que tu vis et il se réjouit dans soncœur, car il espère chaque jour revoir son fils chéri revenu deTroie.« Tandis que moi, infortuné, jai engendré des fils valeureux dansla grande Troie, et il ne men reste pas un seul. Ils étaient cin-quante quand vinrent les fils des Achéens. A presque tous le re-doutable Mais a brisé les jambes. Et celui que jaimais entre tous,celui qui défendait la ville et nous-mêmes, tu las tué naguère,tandis quil combattait pour sa patrie. Maintenant je viens vers lesvaisseaux des Achéens pour le racheter et je tapporte une magni-fique rançon.« Respecte les dieux, Achille, et prends pitié de moi. en souvenirde ton père. Je suis beaucoup plus à plaindre que lui. Car jai eule courage de faire ce que na fait encore aucun dc< mortels. Jaiapproché de mes lèvres la main de lhomme qui a tu<: mes en-fants. »
    • H EP1T0ME HISTORIEE GRjECjE.Sic locutus est Priamus, et Achillis ad pedes provol-vebatur. Ille autem flebat patris recordatus; flebat etamicum exstinctum. Senem tandem bénigne erexit, etverbis amicis consolatus est. Ipse corpus Hectoreumlavari curavit, et reddidit patri sepeliendum.XXV. Nondum tamen finitum erat bellum. Achillesipse paulo post, sagittâ vulneratus aParide, cecidit vicesua. Tum Grraeci ad dolum confugere statuerunt.Ulysses primum mendici habituin urbem penetravit,et Palladis imaginem, cujus in possessione sita eratcivitatis salus, surripuit.Deinde ingentem equum ligneum exstruunt et relin-quunt stantem in litore, dum ipsi latitant et simulant sea diutinâ contentione destitisse. Sed Trojanis antea dolofidem fecerant, illud donum esse Palladi iratae. IlliAinsi parla Priam prosterné aux pieds dAchille. Et celui-ci pleu-rait, songeant à son père : il pleurait aussi son ami perdu. Cepen-dant il releva le vieillard avec bonté et lui dit, pour le consoler,des paroles amies. Lui-même fit laver le cadavre dHector et lerendit à son père pour lui donner la sépulture.XXV. Cependant la guerre nétait pas encore finie. Achille lui-même, peu de temps après, fut blessé dune flèche par Paris etpérit à son tour. Alors les Grecs résolurent davoir recours à laruse.Dabord Ulysse déguisé en mendiant pénétra dans la ville et dé-roba la statue de Pallas, à la possession de laquelle était attachéle salut de la cité.Ensuite ils construisirent un gigantesque cheval de bois quilsabandonnèrent dressé sur le rivage, tandis queux-mêmes se ca-chaient et feignaient davoir renoncé à une lutte si longue. Maisauparavant ils avaient fait croire aux Troyens que cétait une of-frande destinée à apaiser le courroux de Pallas. Ceux-ci donc, pleins
    • 52 EP1T0ME HISTORIEE GRMCM.igitur laeti fatalem equum magno conatu trahunt inurbem et in templo Deee collocant.At in cavis equi lateribus abdiderant fortissimi Gree-corum. Noctu erunipunt e latebris,. portas comitibusaperiunt. Uno momento urbs tota clamoribus> cœdibuset incendiis repleta est.Alii in somno cseduntur; pereunt alii, dum dissipatoscomités medio in tuniultu colligere tentant. Ipse Pria-mus regiis in œdibus ante Deûm aras a Pyriiio tmci-Aatur.Abducuntur autem captivae et uxor Hecuba, et filia*.Una Polyxena in Achillis tumulo, ad placandos ducismânes, immolatur.Solus e ducibus Trojanis ^Eneas, Anchisâ natus,ceedem effugit. Ille, post longos labores, in Italiâ urbemolim condet, unde postea Romani exorientur.XXVI. At Victoria victoribus non fausta fuit.de joie, tirent à grandpeine la fatale machine dans leur ville et laplacent dans le temple de la déesse.Or dans les flancs creux du cheval sétaient cachés les plus bravesdes Grecs. La nuit venue, ils sortent de leur cachette et ouvrentles portes de la ville à leurs compagnons. En ce moment la villeest remplie de clameurs, de carnage et dincendies.Les uns sont tués pendant leur sommeil ; dautres périssent enessayant de rassembler au milieu du tumulte leurs amis dispersés.Priam lui-même esl éjfôrgé dans son palais devant les autels desdieux par la main de Pyrrhus,Hécube, sa femme, et ses filles s«nt emmenées en esclavage.Seule Polyxène est immolée sur le tombeau dAchille, pour apaiserles mânes du héros.Un seul parmi les chefs Troyens, Enée, fils dAnehise. échappeau massacre. Après de longues épreuves il fondera un jour en Italieune ville doù les Romains tireront plus tard leur origine.XXVI. Mais la victoire neut pas dheureuses suites pour lesvainqueurs.
    • M* EPITOME HISTORIE GKJECM.Nempe redux in regnum, Agamemnon a conjugeClytemnestrâ. per dolum, ipsâ" in regiâ, interfectus est.Ulysses, antequam optatam suam Itbacam, et Pene-lopem uxorem, et filium Telemachum reviseret, deceniannos per maria omnia jactatus erravit.Diornedes, ab Argis pulsus, novam patriam ab Italispetere coactus fuit.Ajacem, filium Oïlei, persécuta est ira Palladis. Navemediis in fluctibus fractâ, in saxum evasit, et jam ovansclamabat : « Diis invitis effugiam. » At Neptunussaxum tridente diffidit, et impium obruit in altum.Teucer autem, Ajacis Telamonii frater, devotus apâtre, quia fratris mortem non ultus erat, exsularedebuit, et aliam remotis in litoribus quaerere Sala-minam.XXVII. Jurgia ducum, iram Achillis, Patrocli etDe retour dans son royaume, Agamemnon fut assassiné dans sonpropre palais par sa femme Glytemnestre.Ulysse, avant de revoir sa chère Ithaque, sa femme Pénélopeet son fils Télémaque, erra pendant dix ans, ballotté sur toutes lesmers.Diomède, chassé dArgos, fut contraint daller demander à lItalieune nouvelle patrie.Ajax, fils dOïlée, fut poursuivi par la colère de Pallas. Sonvaisseau ayant fait naufrage il se sauva sur un rocher et déjà ilsécriait dune voix triomphante : c Malgré les dieux jéchap-perai. i> Mais Neptune, dun coup de son trident, fendit le rocher etengloutit limpie dans les profondeurs de la mer.Pour Teucer, frère dAjax, fils de Télamon, maudit par son père,parce quil navait point vengé la mort de son frère, il dut sexileret aller chercher sur un rivage lointain une autre Salamine.XXVII. Les querelles des chefs, la colère dAchille, la mort de
    • 56 EPITOME HISTOniiE GRMCJE.Hectoris necem cecinit Homerus in Iliade ; in Odysseaautem narravit longos Ulyssis per maria errores. Aliipoetae narraverant ceteros belli eventus et varias cetero-rum ducum fortunas. Perierunt illorum opéra: solusexstat Homerus.At, judice ipsâ antiquitate, ceteros omnes longeanteibat. Nullus enim res splendidius narravit, et antelegentium oculos quasi vivas proposuit. Nullus moreshominum aut melius scrutatus est, aut vividius pinxit.Gum enim legimus Iliadem, Achillem ipsum vide-mus, impigrum, iracundum, omnia sibi non jure, sedarmis arrogantem, hosti inexorabilem, et tamen inamicitiâ fidum, constantem ac tenerum, et vetuli patrisamantissimum.Vere dictus est Homerus G-rœcae poesis pater. Ab illoenim, velut a flumine perenni, defluxisse videtur quid-quid postea a poetis in omni génère inventum est.Illius tamen Homeri quae sit patria, nescimus. Sep-Patrocle et celle dHector, tel est le sujet des chants dHomère danslIliade. Son Odyssée est le récit des longues aventures dUlysseerrant sur toutes les mers. Dautres poètes ont raconté les autre?événements de la guerre de Troie et les fortunes diverses des autreschefs. Leurs œuvres sont perdues : Homère seul subsiste.Mais, au jugement de lantiquité elle-même, il surpassait debeaucoup tous les autres. Nul ne raconte plus brillamment que lui :il met sous les yeux du lecteur une vivante image de la réalité.Nul na connu plus à fond la nature humaine, et ne la peinte dunemanière plus expressive.En effet, quand nous lisons lIliade, nous voyons Achille lui môme,ardent, colère, ninvoquant dautre droit que celui des armes, impi-toyable envers un ennemi, et cependant ami fidèle, constant, affec-tueux, et plein de tendresse pour son vieux père.Homère est vraiment, comme on la dit, le père de la poésiegrecque. De son œuvre, en effet, comme dune source intarissable,semblent découler toutes les inventions poétiques de ses succes-seurs en quelque genre que ce soit.Cependant nous ne savons pas quelle est la patrie du grand
    • 58 EPITOME H1STORLE GPJEC.E.tem civitates illum sibi vindicant. Dicitur poetam, insenectute, pauperem, cœcum, per civitates et insulas^Egei maris erravisse, suoruin carminum fragmenta inplateis. canentem. Alii deinde cantores eadem carmina,ex ore vatis audita, per omnes regiones Graecis habitatasibant recitantes, et sic per ora hominum volitaruntHomeri poemata, donec Pisistrati cura recollecta etordinata fuerunt.XXVin. Sparta si ta erat in reductâ valle, montibusundique circumdatâ. Eam enim hinc saxosus Parnon,illinc Taygetus, silvis opertus, claudebant. Eandemautem irrigabat fluvius Eurotas, qui de montibus pri-mum veluti torrens erumpebat, at deinde per planitiemmolliter inclinatam fluebat.Gampi flumini adjacentes feraces erant, et lsetas mes-Homère. Sept villes le réclament. On dit que le poète devenuvieux, errait aveugle et pauvre dans les cités et dans les îles dela mer Egée, et chantait sur les places publiques des fragmentsde ses poèmes. Ensuite dautres chanteurs, ayant recueilli ses versde la bouche même du poète, allaient les réciter dans toutes lescontrées peuplées par les Grecs; et cest ainsi que les poèmeshomériques voltigèrent sur les lèvres des hommes, jusquau jouroù Pisistrate prit soin de les rassembler et de les mettre en ordre.XXVIII. Sparte était située dans une vallée écartée, que des mon-tagnes entouraient de toutes parts. Cétait dun côté le Parnonrocailleux, de lautre le Taygète, couvert de forêts. Elle étaitarrosée par lEurotas qui sélançait dabord des montagnes commeun torrent, mais ensuite il coulait dans une plaine en pentedouce.Les campagnes voisines du fleuve étaient fertiles et portaient
    • 60 EPITOME HISTORIEE G^MCJE.ses ferebant. At regionis major pars erat aspera, ncrsine magno labore coli poterat. Quâ rie causa, durierant incolae, laboriosa^ vitre assueti et victurn in Tay-geti silvis venatu quœrere coacti.Postquam Borienses regionem occupavere, urboiaet campos circumjacentes sibi assumpserunt ; reliquamvero regionem, scilicet asperiorem et minus feracem,veteribus incolis assignaverunt.Gum autem bi dominos numéro superarent et illismetum injicerent, Spartani semper in armis esse coge-bantur, velut exercitus in bostili terra.XXIX. At niox inter ipsos victores, quorumdamdivitiae, superbia et dominandi cupiditas dissensionemfecerunt. Et jam civitas discordiis erat peritura, cumLycurgus eam suis legibus servavit.Lycurgus erat de regiâ stirpe natus. Mortuo Polydectâfratre, regnum aliquantisper, ut Gbarilai nepotis tutor,de riches moissons. Mais la plus grande partie du territoire étaitescarpée et ne pouvait être cultivée sans de grandes fatigues. Cestpourquoi les habitants étaient des hommes rudes, accoutumés àune vie laborieuse et contraints de chercher leur vie en chassantdans les forêts du Taygète.Lorsque les Doriens eurent occupé le pays, ils prirent pour euxla ville et les plaines environnantes; quant au reste des terres,qui étaient plus âpres et moins fertiles, ils les assignèrent auxanciens habitants.Mais comme ceux-ci étaient plus nombreux que leurs maîtreset leur portaient ombrage, les Spartiates étaient contraints dêtretoujours en armes, comme sils campaient sur un territoire en-nemi.XXIX. Mais bientôt parmi les vainqueurs eux-mêmes, les ri-chesses, lorgueil et lambition de quelques-uns firent naître desdiscussions. La cité allait périr dans ces discordes, quand Lycurguela sauva par ses lois.Lycurgue était de race royale. Après la mort de son frère Poly-decte, il gouverna quelque temps le royaume, en qualité de lu-
    • 62 EPITOME HISTORLE GILECLG.summâ sapientiâ administravit. Invidiâ autem oplima-tum exsulare coactus fuit.TumGretam adiit, ubi diu moratus est, cum doctissi-mis et sapientissimis viris confabulatus, et Minois Iegespenitus inspexit.Deinde Asiam invisit, et cum Gretensium frugalitateet severitate ionicum luxum contendit.Ibi, ut narratur, in Homeri carmina primum incidit;quae miratus, ex illis ea, quae ad reipublicae et morumdisciplinam conducerent, cupide exscripsit, ut inGrraeciam reportaret.Dicitur et jEgyptios invisisse, et usque ad Indospénétrasse, ibique, cum Gymnosophistis versatus, anti-quae sapientise prsecepta velut e fonte hausisse.XXX. Interea Lacedsemonii absentem Lycurgumdesiderabant, et saepius eum invitaverunt ut in patriamrediret. Discordiis enim civitas laborabat.Rediit tandem post duodeviginti annos et statim,teur de son neveu Charilaiis, avec la plus grande sagesse : maisla jalousie des grands le contraignit à sexiler.Il se rendit alors en Crète, où il séjourna longtemps : il y con-versait avec les hommes les plus sages et les plus savants, et ilyétudiait à fond les lois de Minos.Il visita ensuite lAsie, et put comparer à la vie frugale et sévèredes Cretois le luxe de lIonie.Ce fut là, dit-on, quil trouva pour la première fois les poèmesdHomère : frappé dadmiration, il sempressa de transcrire toutce quon en pouvait tirer dutile pour le gouvernement et pour lesmœurs, afin de les rapporter en Grèce.On dit quil visita aussi lEgypte et quil pénétra jusque chez lesIndiens, où il puisa, dans les entretiens des gymnosophistes, lespréceptes de lantique sagesse, pour ainsi dire, à leur source même-XXX. Cependant les Lacédémoniens regrettaient labsence deLycurgue, et à plusieurs reprises ils linvitèrent à rentrer dans sapatrie. Car la cité était en proie à la discorde.Il revint enfin au bout de dix-huit ans, et aussitôt, à la prière
    • 64 EPIÏOME HISTORLE GRJECJE.rogantibus ipsis civibus, reipublicœ statum mutarestatuit.Sed, ut suam auctoritatem auctoritate divinâ confir-maret, primum Delphos profectus est, et de consiliissuis oracalum consuluit. Quod eumDiis amicum decla-ravit et Deum magis quam hominem. His fretus, opusaggressus est.Prœcipua dissensionum causa erat civium inaequa-litas; multi enim inopes in civitatem confluxerant,divitiae autem omnes ad perpaucos homines pertine-bant.Lycurgus igitur jussit omnem regionem in novem ettriginta millia portionum dividi ;quarum novem niillia,urbi proxima, Spartanis attributa, sunt, uno tantumfundo singulis dato. Cetera autem, ab urbe remotiora,inter Lacones eodem modo divisa. Et vetitum est nequisquam fundum suum alienaret.XXXI. Soli Spartani cives erant, et jus civitatis ple-de ses concitoyens, il résolut de changer la forme de la répu-blique.Mais, afin de fonder son autorité sur celle des dieux, il pai litdabord pour Delphes, où il consulta loracle touchant ses projets.Loracle déclara quil était lami des dieux et plutôt un dieu quunhomme. Avec un tel appui, il se mit à lœuvre.La principale cause des dissensions était linégalité entre lescitoyens. Une foule de pauvres avaient afflué dans la cité, et tontes-les richesses étaient entre les mains dun très petit nombre du dé-tenteurs.Lycurgue ordonna donc que tout le territoire fût divisé en trente-neuf mille lots; dont neuf mille, les plus voisins de la ville, rotentattribués aux Spartiates, sans que personne pût en possiplus dun. Le reste, plus éloigné de la ville, fut réparti de la mêmemanière entre les Laconiens. 11 fut en outre formellement interditdaliéner sa part.XXXI. Seuls les Spartiates étaient citoyens et possédaient ! i
    • 66 EPITOME HISTORIEE GR/ECiE.num habebaut. Lacones, veteres regionis incolae, ruracolebant, tributa solvebant, militiam debebant; sednullum civile jus exercebant.Infra erant Ilotae, devictarum olim civitatum reli-quiae, servum genus, duris legibus oppressum. GumSpartani nullum opus servile exercere deberent, Ilotaedominorum agros colebant et illis suo labore victumpraebebant. Ilotis non licitum erat a fundis secederedestinatis, et ssepe per ludibrium crudeliter a juvenibustractabantur. -Singulis mensibus, prima lunâ, Spartani in contio-nem advocabantur, ibique de rébus publicis omnesaequo jure deliberabant. In his etiam contionibus ma-gistratus annuos et sacerdotes eligebant.XXXII. Supra vero populi contionem Lycurgussenatum instituit; triginta erant seniores, sexagintaannos nati. Goncilium illud vere caput erat reipublicœ.droit de cité dans sa plénitude. Les Laconiens, anciens habitantsdu pays, cultivaient la terre, payaient tribut et devaient le servicemilitaire; mais ils nexerçaient aucun droit civil.Au-dessous deux étaient les Ilotes, restes des peuples autrefoisvaincus : cétait une race desclaves, opprimés par de dureslois. Gomme les Spartiates ne devaient se livrer à aucune occu-pation servile, les Ilotes cultivaient les champs de leurs maîtreset les nourrissaient par leur travail. II nétait pas permis auxIlotes de séloigner du domaine auquel ils étaient attachés et sou-vent, par manière de jeu. les jeunes gens les maltraitaient cruelle-ment.Tous les mois à la nouvelle lune les Spartiates étaient convo-qués en assemblée, et là ils délibéraient avec égauxsur les affaires publiques, idans ces assemblées quonélisait les magistrats annuels et les piètres.XXXII. Au-dessus de lassemblée tin peuple, I.ycurgue instituale Sénat composé de trente vieillards, âgés au moins de soixanteans. Ce conseil était le rouage principal du gouvernement. Les
    • 68 EPITOME HISTORIE GïiJECJE.Judicia exercebant; leges parabant populo proponen-das; de pace et bello deliberabant. Venerando huic con-cilio prsesidebant reges, sed ceteros senatores nequa-quam auctoritate anteibant.Duos enim reges servavit Lycurgus, ut antiquo moreusitatum erat. Illi autem in civitate honorati magis quampotentes. Bello contra, exercitui prseerant, incedebantcentum armatorum custodiâ cincti. Et, quotiescumquepedem extra Laconiam ferebant, summo imperio ute-bantur. Unde brevi tempore factum est, ut regum ple-rique bellorum saepius essent cupidi.XXXIII. Nec civitatis tantum administrationem, sedprivatam quoque vitam et uniuscujusque mores regereet informare voluit Lycurgus.Vetuit igitur ne paterfamiliae rem suam inter heredestestamento divideret; vetuit etiam ne fortunas suascommerciis augere vellet; vetuit ne Spartani extrasénateurs rendaient la justice, préparaient les projets de loiqui devaient être soumis au peuple; délibéraient sur les questionsde paix et de guerre. Cette assemblée vénérable était présidée parles rois; mais leur autorité ne primait nullement celle des autressénateurs.Lycurgue conserva en effet a dualité du pouvoir royal, tellequune antique coutume lavait établie. Mais dans la cité, ces roisétaient plus honorés que puissants. En temps de guerre, au con-traire, ils étaient à la tête des armées, et marchaient accompa-gnés de cent gardes du corps. Toutes les fois quils mettaient lepied hors de la Laconie, ils exerçaient le commandement suprême.Cest ce qui fit que bientôt la plupart des rois furent trop souventportés à souhaiter la guerre.XXXIII. Ce nest pas seulement la chose publique, mais aussi lavie privée et les mœurs de chacun que Lycurgue voulut régler etordonner. Il défendit aux pères de famille de partager leursbiens par testament entre plusieurs héritiers ; comme aussi dechercher à accroître leur fortune par le commerce; et de plus, il
    • 70 EPITOMB HISTORIEE GILECiE.Laconiœ fines peregrinarentur, nisi permisissent magis-tratus. Auri argentique usum sustulit; at, ne luxus civi-tatem invaderet, ferream monetam instituit, adeo soli-dam et gravem, ut pars vel îninima non nisi canis vehiposset.Jussit praeterea cives omnes in publico convivari, etsimplici victu uti, ne magnificentia et sumptus epula-rum convivia corrumperent. Gonvivarum quisqueeâdem portione farinam, vinum, frumentum et ficus incommune apponebat, et insuper aliquid condimenti.Nec quicquam addi poterat, msi venatus, aut parsaliqua victimse Diis immolatae.Sed nihil Spartanis jucundius erat, quam jus illudnigrum adeo celebratum. Quod olim cum gustarevoluisset Dionysius Syracusanus, minime delectatus est.Tum coquus : « Minime mirum est, dixit; coDdimentadéfendit aux Spartiates de voyager loin des frontières de la La-conie, sans lautorisation des magistrats. Il supprima lusage delor et de largent; et pour que le luxe nenvahît point la cité, ilétablit une monnaie de fer, si massive et si lourde, que lamoindre somme ne pouvait être transportée quen chariot.Il ordonna en outre que tous les citoyens prissent leurs repasen commun et que leur nourriture fût très simple, de peur que leluxe et la dépense de la table ne corrompissent les festins.Chaque convive apportait à la masse en égale quantité de la fa-rine, du vin, du blé et des Ogues, et de plus un peu dassaisonne-ment. On ne pouvait rien ajouter à cela, si ce nest quelque pièrede gibier, ou quelque morceau des victimes immolées aux dieux.Mais rien nétait plu6 agréable aux Spartiates que le fameuxbrouet noir. Un jour Denys de Syracuse ayant voulu y goûter, letrouva détestable. « Ce nest pas surprenant, lui dit le cuisinier,
    • 79 ËPITOME HISTORIEE GRJECJE.enim desunt. — Quee tandem condimenta, rogavitDionysius? — Labor in venatu, post natationem inEurotâ cursus; his enim Lacedaemoniorum épuise con-diuntur. »XXXTV. Prsecipuam autem curam adhibuit Lycur-gus in pueris educandis. Hi usque ad septimum setatisannum in paternâ domo manebant, et patris matrisquecuris informabantur.Ubi vero septimum annum attigerant, per grègesdistributi, juvenum aliquot fortissimorum tutelae cre-debantur. Tum, magistratu quodam invigilante, adcursum, saltum, natationem, armorum tractationemexercebantur. Rure plerumque dies et noetes agebant,hieme vel sestate unâ et eâdem veste induti, nudispedibus. Pro lecto calami ex Eurotâ decerpti.Litteris ceteroquin leviter imbuebantur. Attamensacros hymnos et mares cantus ediscebant, et, cumlassaisonnement y fait défaut. — Quel assaisonnement? demandaDenys. — Les fatigues de la chasse ou la course après le bainpris dans lEurotas : voilà ce qui assaisonne les repas des Lacé-démoniens. »XXXIV. Lycurgue se préoccupa surtout de léducation des en-fants. Jusquà sept ans, ils demeuraient dans la maison pater-nelle, et ils étaient élevés par les soins de leurs parents.Mais dès quils avaient atteint leur septième année, ils étaientrépartis en groupes, et confiés à la garde de quelques jeunes genschoisis parmi les plus braves. Alors, sous la surveillance dunmagistrat, ils étaient exercés à courir, à sauter, à nager, à ma-nier les armes. Ils passaient à la campagne la plus grande pai-tie des jours et des nuits : été comme hiver, ils navaient quunseul et même vêtement et ils marchaient pieds nus. Pour tout lit.des roseaux coupés dans lEurotas.On ne leur donnait dailleurs quune légère teinture des lettres.Cependant ils apprenaient par cœur des hymnes sacrés et deschants dun caractère mâle; et, lorsquon célébrait des fêtes ou
    • 74 EPITOMI. HISTORIEE GRJECM.festa Diis celebrarentur, pulchrum erat senes, juveneset pueros audire carmina bellica alternis canentes.XXXV. Senum chorus,, initio facto, canebat :« Nos fuiraus olirn juvenes, fortes et audaces. Pugna-vimus pro patrià ense et lanceâ, nec hostium ruinéeanimos terruerunt.« Nunc aetas vires fregit; sed vivit in pectoribus nos-tris amor patriae ; vivit et memoria rerum prseteritarum,et languentia membra etiam nunc exsuscitat. »Tum juvenum chorus respondebat :« Nos sumus hodie juvenes et fortes. Amor patriaepectora nostra accendit. Pugnabimus igitur pro patriâ,sicut patres. Si incurrerit hostis in patrios fines, hostemprocul a sacra tellure propellemus. »Tertius canebat pueiorurn chorus :« Nos adhuc teneri sumus et armorum inexpertes.Sed intrabimus in curriculum, cum fratres natu majo-lhonneur des dieux, il était beau dentendre les vieillards, lesjeunes hommes et les enfants chanter tour à tour dans les chœursguerriers.XXXV. Le chœur des vieillards commençait :« Nous avons été autrefois jeunes, vaillants et hardis. Nous avonscombattu pour la patrie avec la lance et lépée, et les menacesde lennemi nont pas terrifié nos âmes.« Maintenant lâge a brisé nos forces ; mais nous gardons vivantdans nos cœurs lamour de la patrie et le souvenir de nos gloirespassées qui fait encore tressaillir nos membres languissants. »Alors le chœur des jeunes hommes répondait :« Nous sommes aujourdhui jeunes et vaillant». Lamour de lapatrie enflamme nos cœurs. Nous combattrons pour elle commenos pères. Si lennemi envahit le sol delà patrie, nous le repous-serons loin de celle terre sacrée. j>En troisième lieu !e chœur des enfanta chantait :« Nous sommes faibles encore et ignorants du métier désarma.Mais nous entrerons dans la carrière, quand nos aînés auront
    • 76 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.res arma deposuerint. Sicut illi, fortes erimus; pugna-bimus pro patriâ; pro patriâ, si oportet, nos quoquemoriemur. »XXXVI. Puellarum autem eadem ferme, quam juve-num, disciplina.Illae scilicet corpora cursu, luctâ, natatione, disciet missilium jactu exercebant : voluit enim Lycurgusin feminis robusta et sana corpora pluris œstimari,quam mollia et elegantia, quia de robustà matre nas-cuntur pro patriâ cives robusti.Ideo etiam senectutem jussit honorari liberorumcoronâ decoratam ; si quis autem uxorem non duxisset,eum honore privavit.Sic Dercyllidae, praeclaro tamen duci, juvenis olimaccedenti non assurrexit; interrogatus autem cur loconon cessisset, respondit : « Quia tu nulluni genuisti,qui mihi assurgere aliquando possit. » Et a neminereprehensus est.déposé les leurs. Gomme eux, nous serons vaillants; nous com-battrons pour la patrie; pour elle, sil le faut, nous aussi, noussaurons mourir. »XXXVI. Les jeunes filles recevaient à peu près la même éduca-tion que les jeunes gens. Elles sexerçaient comme eux à courir,à lutter, à nager, à lancer le disque et le javelot : en effet Lycurgueavait voulu quon estimât plus chez les femmes la vigueur et lasanté que la délicatesse et lélégance, parce quune mère robustedonne a la patrie de robustes citoyens.Cest aussi pourquoi il ordonna que la vieillesse fût honoréequand une belle famille lentourait; mais celui qui ne sétait pointmarié était privé de ces honneurs.-Ainsi Dercyllidas, qui était dailleurs un illustre général, voyantun jour quun jeune homme ne sétait point levé à son approche,lui demanda pourquoi il ne sétait pas dérangé; le jeune hommerépondit : « Cest que tu naa pas de fils qui puisse un jour selever devant moi. » Et personne ne le blâma.
    • 78 EPITOME HISTORIE GRJECJE.XXXVII. Mundo creato ac primum moveri inci-piente, Deus delectatus est, ait Plato. Ita Lycurgus,perfecto legum suarum opère, laetatus est.Sed illud opus perpetuum effîcere statuit. Itaque,convocatis ad contionem universis civibus, declaravilse Delphos proficisci, ut Apollinem rogaret, quid desuis legibus mutandum esset, quid eis addendum.Omnes prius jurejurando obstrinxit, eos ex reipublicœforma jam constitutâ nihil mutaturos, donec ipse rever-tisset.Profectus autem, Delphos primum, deinde Gretampetiit, ibique, ne cives unquam sacramenti religiouesolverentur, vitam abstinentiâ cibi fînivit.Quin etiam jussit moriens cineres suos in mare dis-pergi, ne, suis reliquiis Spartam allatis, cives, tanquamsi ipse rediisset, se sacramento solutos crederent, etlèses mutare vellent.XXXVII. Quand le monde fut créé et quil eut commencé à semouvoir, Dieu se réjouit, dit Platon. De même Lycurguc, aprèsavoir achevé son oeuvre de législateur, en fut satisfait.Mais il résolut den assurer la perpétuité. Cest pourquoi, ayantconvoqué une assemblée plénière de tous les citoyens, il leurannonça quil partait pour Delphes, aûn de demander à Apollonsil devait changer ou ajouter quelque chose à ses lois. Mais avantde partir il leur fit jurer à tous quils ne modifieraient en rien laconstitution de la cité jusquà son retour.Il partit donc dabord pour Delphes, ensuite pour la Crète, et làne voulant pas que ses concitoyens fussent jamais déliés de leursengagements sacrés, il se laissa mourir de faim.Bien plus, il ordonna en mourant que ses cendres fussent j<dans la mer, de peur que, si ses restes étaient apportés à Sparte,ses concitoyens ne fissent comme sil y était revenu en personne,et se croyant dégagés de leur serment, ne voulussent changer seslois.
    • 80 EP1TOME HISTORIEE GRiEC^E.Oinnia in Lycurgi legibus eo tendebant, ut Sparta-rjorum animos ferociores redderent et viros ad bellumpararent. Noluerat urbem mœnibus circumdari, cen-sueratque optima civitatis munimenta esse civium pec-tora. Fortes erant, ceterarum gentium contemptores, etdominationis avidi. Itaque mox finitimos omnes popu-los subigere voluerunt.XXXVIII. Trans Taygeti montis culmina extende-batur Messenia, laeta regio, in quâ féliciter intermixtierant silvosi montes et fertiles campi. Spartani Messe-niique ex eâdem erant stirpe oriundi; sed ambo populijamdudum se mutuis injuriis lacessebant, et Spartaniad Messeniam avidos oculos convertebant.Bellum tandem arsit. Polychares quidam, Messenius,cujus a Lacedsemonio sacerdote pecudes subreptscfuerant et filius occisus, Spartam adiit ultionem repe-tens. Sed a regibus non nisi repulsam tulit.Tout, dans les lois de Lycurgue, tendait à rendre les Sparlialcsplus énergiques et à en faire de bons soldats. Il navait pas vouluque la ville fût entourée de murailles, car il pensait que le meil-leur rempart est la poitrine des citoyens. Les Spartiates étaientbraves, dédaigneux àlégard des au très peuples et avides de domina-tion. Ils voulurent donc bientôt subjuguer tous les peuples voisins.XXXVIII. Au delà des montagnes qui forment la chaîne du Tay-gôte sétendait la Messénie, contrée fertile, où se mêlaient heureu-sement les hauteurs boisées et les plaines fécondes. Les Spartiateset les Messéniens étaient des peuples de même race; mais depuislongtemps ils se provoquaient par des outrages réciproques, et lesSpartiates tournaient vers la Messénie des regards de convoitise.Enfin la guerre éclata. Le Messénien Polychares dont un prêtrelacédémonien avait ravi les troupeaux et tué le fils, se rendit àSparte pour demander vengeance. Mais les rois ne lui répondirentque par un refus
    • 82 EIMTOME HISTORIE GRjEC.4:.Itaque iratus locum opportunum occupavit, el Lace-dieinonios, quicumque illac iler facerent, iuvioerainterficiebat. Inde ira Spartanorum ;queruntur et ip«tf;Polycharem sibi tradi postulant. Sed vice sua repel-luntur.Tum, captis secreto armis, Messeniam invadunt,Ampheam urbem noctu per insidias occupant, et civestrucidant.Gœptum erat bellum, sed multos annos erat dura-lumin, variis vicibus et ancipiti fortunâ.XXXIX. Fessi tandem Messenii, desertis ceterisurbibus, intra Ithomes mœnia cum totis viribus seces-serunt. Oraculum interea consuluerunt, quod respon-dit : « Eligite sorte virginem integram et nobilem,eamque noctu Diis inferis mactate. Si sors perversececiderit, Deos placabit alia victima sponte oblata. »Lycisci filiam sors designavit. At pater cum filiâPolycharès irrité se met en embuscade dans un lieu favorableet tue, par représailles, tous les Lacédémoniens qui passent en cetendroit. Colère des Spartiates : ils se plaignent à leur tour; ilsdemandent quon leur livre Polycharès. Mais à leur tour ils sontrepoussés.Alors, ils arment secrètement, ils envahissent la Messénie, occu-pent par ruse pendant la nuit la ville dAmphée et en massacrentles habitants.La lutte était engagée; mais elle devait se prolonger pendantde longues années à travers mille vicissitudes, avant que le sortde la guerre se décidât.XXXIX. Enfin les Messéniens fatigués abandonnent leurs autresvilles, et se retirent avec toutes leurs forces derrière les rempartsdIthôme. Cependant ils consultent loracle qui leur répond :« Choisissez par la voie du sort une jeune fille de noble origine.•et immolez-la pendant la nuit aux dieux infernaux. Silesort tomlx 1mal, une autre victime spontanément offerte apaisera les dieux. »Le sort désigne la fille de Lyciscus. Mais le père se réfugie à
    • 84 EPITOME HISTORIEE GKMCJE.Spartam aufugit. Tum Aristodemus, unus e fortissimisMesseniorum ducibus, stricto gladio, ipse filiain suamimmolavit. Horruit simul et laetatus est populus, quiiplacatam esse Deorum iram credidit.Et rêvera Messeniis per plures annos res bene ces-serunt. Mortuo igitur rege, Aristodemo regnum detu-lerunt. Sed mox fortuaa variavit.XL. Delphicum oraculum Messeniis consulentibusresponderat : « Dii Messeniam iis dabunt, qui priorescentum tripodas circa Jovis Itbomensis aram posue-rint. » Jovis autem templum intra ipsa Ithomes mœniasitum erat.Sed Spartanus quidam oraculi responsum per dolumsurripuit ; statim centum tripodas fictiles fabricavit, insacco celavit, et, venatoris habitu ingressus in urbem,noctu fatales tripodas circa Jovis aram dedicavit. Quoviso, territi fuerunt Messenii.Paulo post ipsius Aristodemi animus minaci somnioSparte avec son enfant. Alors Aristodème, un des chefs les plusbraves de la Messénie, tire son glaive et immole sa propre fille.Le peuple est saisi dhorreur à cette vue, mais en même tempsil se réjouit parce quil croit que la colère des dieux est apaisée.Et, en effet, les Messéniens eurent le dessus pendant plusieursannées. Donc, leur roi étant mort, ils déférèrent la royauté àAristodème. Mais bientôt la fortune changea.XL. Loracle de Delphes consulté par les Messéniens leur avaitrépondu : a Les dieux donneront la Messénie à ceux qui placerontles premiers cent trépieds autour de lautel du Jupiter dithôme ».Or le temple de Jupiter était situé dans lenceinte mêmedltliôme.Mais un Spartiate surprit par adresse la réponse de loracle :aussitôt il fabriqua cent trépieds dargile quil cacha dans unsac; puis, déguisé en chasseur, il entra dans la ville et, la nuitvenue, disposa autour de lautel de Jupiter loffrande fatale descent trépieds. A cette vue, les Messéniens furent frappés de terreur.Peu après Aristodème eut lui-même lâme troublée par un songe
    • 86 EP1T0ME HISTORIEE GRJECM.turbatus fuit. In somno enim visus est ipse sibi arma-tus, ad prœliajamparatus; victimarumextainspiciebat,eum apparuit filia, nigrâ veste induta, manu confos-sum pectus ostendens. Et illa patris e manibus arinaeripiebat, et ei porrigebat albam illam stolam et aureanicoronam, quibus apud Messenios ornari solebant po^tmortem illustres viri.Sensit Aristodemus spem omnem ademptam esse,et in filiee tumulo ipse sibi mortem conscivit.Defuncto illo duce, Messenii frustra resistere conatisunt. Mox Ithome capta funditus eversa fuit, cives adservitutem redacti, et, quotiescumque Lacedaemonio-rum rex aliquis moriebatur, cogebantur dominorumfunera atrâ veste prosequi.XLI. Sed post longam servitutem animos tandemmenaçant. En effet, il crut, pendant son sommeil, se voir lui-même tout armé, et prêt à marcher au combat : il examinait lesentrailles des victimes, quand sa fille lui apparut vêtue de noir, etlui montra du doigt la blessure béante de sa poitrine. En mêmetemps elle arrachait les armes des mains de son père, et luiprésentait la robe blanche et la couronne dor, qui sont chez lesMesséniens la parure funèbre des morts illustres.Aristodème comprit que tout espoir était désormais perdu, et ils? tua sur le tombeau de sa fille.Après la mort de ce chef, les Messéniens essayèrent en vain deprolonger leur résistance. Bientôt Idiome fut prise et détruite defond en comble; les habitants furent réduits en esclavage, et toutesles fois quun roi de Lacédémone venait à mourir, ils étaienl con-traints de suivre, en vêtements de deuil, les funérailles de leur maîtreXLI. Mais après une longue servitude, ils reprirent courage, cl sous
    • 88 EPITOME H1STORLE GRMCM.erexeruat, et, Aristomene duce, hélium resumpserunt.Ille pluribus prœliis hostes fudit. Imo, die quâdam,sine ullo comité profectus, montem cursu trajecit, et,ausus per noctem Lacedeemonem iugredi, in temploMinervœ clypeum suspendit cum hoc titulo : « Aristo-menes Minervae, de Lacedaemoniorum spoliis. »Ergo Spartani vice sua territi erant. Itaqûe, suadenteoiaculo, ah Atheniensibus petierunt auxilium.Nolehant quidem illi cemulam gentem suis viribusadjuvare; sed non audebant Deo non parère. Sparlanistandem pro duce miserunt ludimagistrum quemdam,pede claudum, Tyrtaeum nomine.Nihilominus Spartani tribus prœliis fusi sunt. ApudStenyclarum praecipue ambo populi atroci pugnâ con-flixerunt, et nemo Spartanorum effugisset, nisi Castoret Pollux Aristomenis furori ohstitissent. Reducemautem vie to rem feminae sparsis per vias floribus exci-la conduite dAristomène, ils recommencèrent la guerre. Il mitles ennemis en déroute dans plusieurs combats. Bien plus, ilpartit un jour sans aucun compagnon, traversa la montagne encourant, et osa pendant la nuit entrer dans Lacédémone et sus-pendre dans le temple de Minerve un bouclier avec celte inscrip-tion: a Aristomene à Minerve, des dépouilles des Lacédémoniens. i>Les Spartiates étaient donc terrifiés à leur tour. Cest pourquoi,daprès le conseil de loracle, ils demandèrent du secoure auxAthéniens.Ceux-ci ne voulaient pas prêter à une nation rivale lappui deleurs forces; mais ils nosaient désobéir au dieu. Enfin ils envoyè-rent comme général aux Spartiates un maître décole boiteux dunom de Tyrlée.Les Spartiates nen furent pas moins battus dans trois ren-contres. A Slényclaros surtout les deux peuples se livrèrent unebataille acharnée et aucun des Spartiates ny eût survécu, si Castoret Pollux neussent arrêté lélan furieux dAristomène.Quand il revint victorieux, les femmes jonchaient les chemins
    • 90 EPITOME HISTORliE GÏUECJE.piebant, canebantque : « Per Stenyclari campos etusque in cacumina montis Aristomenes Spartanos per-sécutas est. »XLII. Desperahant reges, et jam exercitum in urbernreducere volebant, et a bello desistere. At Tyrteus,contemptus ilie dux, animos paulatim confirmabat, etgenerosis carminibus, deficientibus pudorem injiciebat,affiietis vires exsuscitabat.« Mori pulchrum est forti viro primo ordine cadenti,dum pugnat pro patriâ.« Miserrimum autem civitatem suam deserere etfertiles agros patriae telluris, et mendicare per urbes,errantem cum matre, et pâtre sene, et parvis liberis, etingenuâ conjuge. Ille odiosus erit omnibus; ille genussuum dedecorabit ;illum infamia sequetur.« Fortiter igitur pugnemus, o juvenes, pro hacterra ; et pro liberis moriamur, vite nostrae non par-de fleurs et ohantaient : « Dans les champs de Stényclaros et jus-que sur le sommet des montagnes Aristomène a poursuivi lesLacédémoniens. »XLII. Les rois commençaient à désespérer et voulaient ramenerlarmée à Sparte et renoncer à la guerre. Mais Tyrtée, ce généraltant raillé, relevait peu à peu les courages et, par ses chants héroï-ques, faisait honte aux Spartiates de leurs défaillances ou rani-mait leurs forces abattues.« La mort est belle pour le brave guerrier qui tombe au preni ici-rang en combattant pour sa patrie.« Mais cest un grand malheur pour un homme de quitter saille et les fertiles campagnes de sa patrie et de mendier à tra-is les cités, en menant une vie errante avec sa mère, son viouvpure, ses enfants et sa noble épouse. Celui-là sera odieux à tous,I déshonore sa race; linfamie sattache à ses pas.« Donc, ô jeunes guerriers, combattons vaillamment pour cette-rre, et mourons pour nos enfants, au lieu dépargner notre vie.
    • 92 EPITOME HISTORIEE GRMCJE.centes. Nemo turpiter fugiat, nemo timeat; nemo senemderelinifuat primo ordine pugnantem el cadentem, etgenerosam animam exhalantem in pulvere. At omnes (habete magnum et constantem in pectoribus animum.« Vos enim ex invictâ Herculis stirpe orti estis, etJupiter a vobis non avertit oculos. »Tyrtaei carminibus accensi, Spartani victores iterumfuere, et Messenii in montem Iram confugere coactrsunt, dum totam regionem circumcirca bostes devasta-bant.XTJTT. Aristomenes interea non quiescebat, et sœpe,cum parvâ comitum manu egressus ex urbe, Spartanosinquietabat. Sed aliquando, dum per planitiem, moresuo, bostibus insultât, vulneratur, captusque cum quin-quaginta comitibus, vivus in baratbrum preecipitatur.Perierunt comités rupibus fracti; at illum cadentemaquila, ut aiunt, extensis alis sustinuit.Jacebat igitur in barathro, pallio involutus, mortemQue nul ne fuie honteusement, que nul ne tremble; que nul naban.donne le vieillard qui combat au premier rang et qui tombe,exhalant dans la poussière son âme généreuse. Mais quun cœurgrand et ferme habite vos poitrines.a Car vous êtes issus de la race invincible dHercule, et Jupiterne détourne point de vous ses regards, sEnflammés par les chants de Tyrtée, les Spartiates furent denouveaux vainqueurs: et les Messéniens se virent contraints de seréfugier sur le mont Ira, tandis que les ennemis ravageaient toutle pays environnant.XLI1I. Cependant Aristomène ne restait point oisif et souvent sor-tant de la ville avec une poignée dhommes il inquiétait les Lacédé-moniens. Mais un jour que selon son habitude, il harcelait lennemi, ilfut blessé, pris avec cinquante de ses compagnons et précipité vivantdans un gouffre. Ses compagnons périrent, mis en pièces par lesrochers; mais dans sa chute, un aigle, dit-on, le soutint sur sesailes étendues.Le voilà donc gisant au fond du gouffre, enveloppé dans son
    • 94 EPITOME HISTORIEE GR^CCiE.opperiens. Tertiâ autem die, crepitum quemdam audiit,et, aperto paululuin capite, vulpem aspexit cadaverarodentcrn. Statim feram arripit caudâ, et sequiturfugientein, et, quotiescumque bestiola retroversa dex-tram ipsi mordere tentât, palliuin sinistrà opponit.Postquam autem longum iter in tenebris percurrit,tandem per rimam aliquantulum lucis prospicit. Tumducem invitum propere dimittit, rimam manibus laxat,exit e barathro et Iram repetit.Reducem cives lœto clamore salutarunt, veluti regres-sum ab Inferis. Messeniis enim spes redierat; Spartanicontra sentiebant Aristomenem adesse.Sed, invitis hominibus, appropinquabat tempus aDiis destinatum, et mox peritura erat invicta Messenia.XLIV. Nocte tjuâdam, cum gravis imber caderet, etvigiles non baberent ubi se ab imbre protégèrent,munimenta aliquantisper deseruerunt. Spartani autem,manteau et attendant la mort. Mais le troisième jour, il entend unléger bruit, et découvrant un peu sa tête, il aperçoit un renard quirongeait les cadavres. Aussitôt il saisit la bête par la queue; ellefuit, il ne la lâche point, et toutes les fois quen se retournant ellecherche à lui mordre la main droite, de la main gauche il lui pré-sente son manteau.Il marche ainsi longtemps dans les ténèbres : enfin, à traversune fente, il aperçoit un peu de lumière. Alors il se hâte daban-donner son guide involontaire, élargit la fente avec ses mains,sort du gouffre et regagne Ira.Ses concitoyens saluent son retour avec des cris de joie, commesil revenait des Enfers. Les Messéniens sentaient renaître leur espoir;les Spartiates au contraire devinaient la présence dAristomène.Mais, malgré tous les efforts humains, le temps fixé par lesdieux approchait, et linvincible Messénie allait périr.XLIV. Une nuit que la pluie tombait avec violence, et que lessentinelles ne savaient comment sabriter, elles séloignèrent unmoment des remparts. Les Spartiates, avertis par un transfuge,
    • 96 EPITQME HISTORIE GÏKJECJE.a transfugâ moniti, confestim silentio procedunt, eturfcem indefensam invadunt.Ubi sensit Aristomenes hostem adesse, comités adarma vocat; illi fréquentes procurrunt et fortiterpugnant. Ipsse feminse de tectis domorum imbrices inLacedsemonios dejiciunt.Per très dies summâ vi utrinque pugnatur, dum sinefine fulgura micant et reboant tonitrua.At tandem Aristomenes Lacedaemoniis signifîcat seelle cum suis ex urbe recedere. Timuerunt Lacedae-monii ne fortem illam virorum manum ad desperatio-nem rédigèrent. Aristomenes igitur mediosinter arma-tos collocatsenes, feminas etpueros, atqueita, Spartanisspectantibus, Ira egreditur.Messeniorum qui Pylum habitabant, conscensisnavibus, GyllenenprimuminElide, ac deinde Rhegiumin Italiâ petierunt. Geteri vero servi facti sunt, et ilotisimmixti.savancent aussitôt sans bruit, et envahissent la ville laissée sansdéfense.Dès quAristomène saperçoit de leur présence, il appelle auxarmes ses compagnons : ils accourent en foule et combattent cou-rageusement. Les femmes elles-mêmes du haut des toits font pleu-voir les tuiles sur la tête des Lacédémoniens.Pendant trois jours on lutte avec acharnement de part et dautre,tandis que les éclairs et les coups de tonnerre se succèdent sansrelâche.Cependant Aristomène fait savoir aux Lacédémoniens quil veutquitter la ville avec ses compagnons. On craignit de pousser nudésespoir cette poignée de héros. Aristomène plaça donc au milieudo ses guerriers les vieillards, les femmes et les enfants et sortitdIra sous les yeux des Spartiates.Ceux des Messéniens qui habitaient Pylos prirent la mer et ga-gnèrent dabord Cyllène en Élide, ensuite Rhégium en Italie. Lereste fut réduit en servitude et se confondit dans les rangs desilotes.
    • 98 EPITOME HISTORIE GRiECJÎ.Aristomenes autem, postquam Arcades adversusLacedaemonios suscitare frustra tentasset, Rhodum con-fugit, ubi defunctus est, immortale in Spartam odiumusque ad ultimum vite diem servans in animo.Subactis Messeniis, Lacedaemonii finitimos populosomnes deinceps devicerunt, et Sparta non solum totiusPeioponnesi dominatrix facta est, sed eliam omniumGrœcise civitatum potentissima.XLV. Attica non altis montibus est horrida, sicutLaconia et Peioponnesi major pars. Parnes enim, Pen-tclicus, Hymettus mediocri sunt altitudine, et dulcibusclivis ad planitiem descendunt. Praeterea plures saltusfacilem transitum prœbent; uude factum est, ut, variis;etatibus, homincs, origine diversi, patriâ sua expulsi,in Atticam confluxerint, ibique, mixti inter se, gentem,non feram et rudem, sed sociabilem conflaverint.Solum quidem magnâ parte saxosum, et parumPour Aristomène, après avoir vainement tenté de soulever lesAicadiens contre Lacédémone, il se réfugia à Rhodes, où il mourut;il avait nourri dans son cœur une haine implacable contre Spartejusquau dernier jour de sa vie. •Après la conquête de la Messénie, les Lacédémoniens vainquirentsuccessivement tous les autres peuples voisins, et Sparte dévia!non seulement la souveraine du Péloponnèse, mais encore la pluspuissante de toutes les cités grecques.XLV. LAttique nest pas couverte de hautes montagnes commela Laconie et la majeure partie du Péloponnèse. Le Parnès. le Pen-lélique, lHymelle sont dune altitude moyenne et sabaissent enpente douce jusquà la plaine. En outre, plusieurs défilés offrentun passage facile : aussi, à diverses époques, des hommes deraces diverses, chassés de leur pays, ont afflué dans lAttique, etlà, par leur mélange, ils ont formé un peuple qui neut rien defarouche, ni de rude, mais qui fut au contraire dhumeur sociableLe sol est en grande partie pierreux et peu propre à produire
    • 100 EPITOME HISTORIEE GRMCM.aptum frumento, sed aptissimum viti et oleae, et ficulocupletissimum.Gœlum purum, aer levis, lumen pelludicum. Longusin mare et in insulas circum sparsas prospectus.Inde et hominibus mens alacrior et subtilior, inge-nium vivendi cupidum, ad ornnes artes promptum;inde et navigandi curiositas, et studium negotiandi,cum mare, undique terram involvens, accolas semperinvitare videretur.XLVI. Adde quod hominibus Dii ipsi se quasi auxi-liaires prœbueiïnt. Illâ enim felici terra delectantur ; inillâ sœpius sedem posuisse dicuntur.Hic, gelidis in vallibus. nigras inter hederas, Bacchusamat errare cum Nymphis aitricibus, dum lusciniasuaves cantus sub umbrâ modulatur.Hic caelesti sub rore floret crocus auri colore nitens,lloret narcissus, pulchris conspicuus corymbis, Magna-du blé, mais excellent pour la vigne et lolivier, et abondant enfiguiers.Le ciel est pur, lair léger, la lumière diaphane. La vue sétendau loin sur la mer et sur les îles dont elle est semée.Tout cela rendait lesprit des habitants plus vif et plus subtil,leur intelligence avide de tout connaître, et propre à cultiver tousles arts; de là aussi la curiosité qui les portait vers la navigationet le goût du commerce; car la mer, qui entourait leur pays detoutes parts, semblait toujours appeler à elle ceux qui vivaient surses bords.XLVI. Ajoutez à cela que les dieux eux-mêmes se sont faits enquelque sorte les auxiliaires des hommes. Ils aiment cette terreheureuse, et on dit quils y ont souvent établi leur séjour.Là, dans les frais vallons, au milieu des lierres au feuillagesombre, Bacchus aime à errer avec les Nymphes ses nourrices,tandis que le rossignol fait entendre, sous lombrage, ses chantsmélodieux.Là fleurit sous la rosée céleste le safran qui brille comme lor,et le narcisse aux belles grappes, antique parure des grandes
    • 102 EPITOME HISTORIE l irum Dearum, Gereris et Proserpinae, decns antiquum.Hic nuaquam silent salienles Qepliisi foules, runi lim-pidis aquis irrigantes. Neque liane sedern odit Musaiumchorus, neque Venus, aureas habenas manu tenens.Hic efflorescit arbor illa, et Asiaticae telluri etDorkœPelopis insulae ignota, quam non sévit liominum ma-nus, pailida olea, quam nullus unquam de solo atticoeruet; nam crescit, ab ipso Jove et a Minervâ glaucisoculis protecta.Aliud etiam munus egregium huic telluri tribuitSaturni fîlius, Neptunus, magnum numen; nempedédit equum, et docuit homines quomodo frenis régiposset.Idem et docuit quâ arte navis, remis impulsa, perfluctus volitaret médias inter Nereïdes.XLVH. « Constat, ait Isocrates, nostram urbem etantiquissimam esse, et maximam, et apud omnes homi-nes celeberrimam. »déesses, Cérès et Proserpine. Là murmurent éternellement lessources jaillissantes du Géphise qui arrose les campagnes de seseaux limpides. Ni les chœurs des Muses ne dédaignent cette contrée,ni Vénus dont la main tient des rênes dor.Là fleurit cet arbre inconnu à la terre dAsie et à lIle Doriennede Pélops, cet arbre que la main des hommes na point planté, lepâle olivier, que personne narrachera jamais du sol attique : caril croît sous la protection de Jupiter même et de Minerve aux yeuxbleus.Il est encore un autre présent incomparable que cette terre a reçudu fils de Saturne, du puissant dieu Neptune : car il lui a donnéle cheval, et il a instruit les hommes à le dirigera laide du frein.Cest le même dieu qui leur apprit par quel art un navire, obéis-sant aux rames, pourrait voler sur les flots, accompagné desNéréides.XLVII. « Il est certain, dit Isocrate, que notre ville est la plusancienne, la plus grande, la plus renommée chez tous les peuples. »
    • "04 EPITOME HISTORIEE GHJECJ&Athenae, si veteribus fabulis credimus, ab ^EgyptioCecrope conditae fuerunt, et mox inter Atticee civitatesprimas partes tenuerunt.Ipsse autem principio a regibus administrabantur,quos iater annumerandus est Theseus ille de quo supramemoravimus.Sed, postquam Godrus, iu bello adversus Pelopoa-nenses, se pro patriâ devovit, nemo dignus judicatusest qui illi succederet. Itaque, sublato regno, imperiumad magistratum quemdain, archontem dictum, detule-runt.Ille primum in perpetuum electus est; deinde addecem annos. Tandem, cum optimatum quisque sum-mum imperium sibi affectaret et ceteris invideret,archontes novem creati sunt in annum.Neque tamen divisa illa potestas discordias omnessustulit. Pravâ enim semulatione optimates inter seobtrectabant. Plebs contra, a duris oppressa dominis,egestate laborabat.Tum Draconi mandatum est, ut leges civitati scribe-Athènes, si nous en croyons les antiques légendes, fut fondée parlÉgyptien Cécrops, et occupa bientôt le premier rang parmi lesvilles de lAttique.Elles étaient gouvernées, dans le principe, par des rois, au nom-bre desquels il faut compter ce Thésée, dont nous avons parlé plushaut.Mais après que Codrus, dans une guerre contre lesPéloponnésiensse fut dévoué pour sa patrie, on jugea que personne nétait dignede lui succéder. La royauté fut donc abolie, et le pouvoir déféré àun magistrat portant le titre darchonte.Il fut dabord élu à vie; ensuite, pour dix ans. Enfin, commechacun des grands ambitionnait le pouvoir et portait envie auxautres, on créa neuf archontes annuels.Cependant le partage du pouvoir ne fit point cesser les discordes.Car une coupable rivalité portait les grands à se nuire les uns auxautres; tandis que le peuple, opprimé par des maîtres impitoyables,était accablé de misère.Alors Dracon fut chargé de donner à la cité des lois écrites. Ce
    • 106 EPITOME HISTORLE GfUECJE.ret. 111e severissimas delictis vel minimis paenas irro-gavit. Si quis furtuni fecisset, morte multabatur, tan-quani si csedem patrassct.XLVIII. Non lulit illam severitatem gens naturâmitis et huniana. Draconis igitur leges paulatim obso-leverunt. Sed civitas, quasi frenis soluta, ad perniciemruebat, donoc ad Solonis sapientiam confugit.Solon Athenis nains oral nobili familiâ; genus enima Godro rege dueebal, et materna stirpe consobrinuserat Pisistrati. Gum paler aliis gratificando et benefa-ciendo rem familiarem imminuisset, ipse juvenisadmodum mercaturœ se dare non dedignatus est. Undejam judicari polesl quam Lycurgo Lacedaemonio dissi-milis esset ingenio et moribus.Idem poelicam facultatem a Diis acceperat, et gau-debat sapientiae prœcepla canoris versibus includere.législateur édicta les peines les plus sévères contre les moindresdélits. Lauteur dun larcin était puni de mort, tout comme le meur-trier.XLVIII. Une telle sévérité parut insupportable à un peuple natu-rellement doux et humain. Les lois de Dracon tombèrent donc peuà peu en désuétude. Mais la cité, désormais sans frein, courait àsa perte, si elle neût eu recours à la sagesse de Solon.Solon était né à Athènes dune famille noble : en effet il des-cendait du roi Codrus, et du côté maternel, il était cousin de Pi-sistrate. Comme son père, par ses générosités et ses bienfaits, avaitdiminué son patrimoine, Solon, tout jeune encore, ne dédaignapoint de se livrer au commerce. Daprès ce fait, on peut déjà jugercombien il différait de Lycurgue le Lacédémonien par le caractèreet par les mœurs.Il avait reçu des dieux le don de la poésie et il aimait à faireentrer les préceptes de la sagesse dans des ver» harmonieux. Un
    • 108 EPITOME HISTORIEE GR^EC^E.AJiquando etiam per divinum illud munus de patriâbene meritus est.XLIX. Dum inter se discordant Athenienses, Mega-renses Salaminam insulam occupaverant. Frustra illamarmis recipere Athenienses conati sunt. Longo tandembello fatigati, edixerunt ut, qui de renovando belloverba faceret, ille morte plecteretur.Quod segre ferens Solon, insaniam simulavit, et diequadam in forum prorupit pileolo obtectus. Conçu rritvulgus et riclet. At ille in lapidem, de quo magistra-tuum edicla renuntiare solet prseco, conscendit et altâvoce : « Ego sum preeco, inquit; advenio ex amabiliSalaminâ; quœ vobis divina carmina aftero, audite. »Et turba aures erigit, et, dum canit poeta, paulatimipsa bellico furore capitur, et, postquam tacuit, undi-que clamatur bejlum esse resumendum. Statim duxeligitur Solon, et paulo post Salaminâ erat recepta.our même, grâce à ce don divin, il rendit un service signalé à sapatrie.XLIX. Les Athéniens, au milieu de leurs discordes, avaient laisséoccuper par les Mégariens lîle de Salamine. Ils sefforcèrent vai-nement de la reconquérir. Enfin, fatigués dune longue guerre, ilsdécrétèrent que quiconque parlerait de la renouveler, serait punide mort.Solon ne put se résoudre au silence : il contrefit linsensé, et seprésenta un jour sur le forum, coiffé dun bonnet desclave.La foule accourt et se moque de lui. Mais il monte sur la pierredu haut de laquelle le crieur public proclame les édits des magis-trats, et dune voix retentissante : a Je suis un héraut, dit-il, jeviens de laimable Salamine; je vous apporte des vers inspirés :écoutez. »La multitude prête loreille, et tandis que le poète chante, peuà peu lenthousiasme guerrier sempare delle. Il se tait, et de toutesparts on crie quil faut recommencer la guerre. Aussitôt Solon estélu général et peu de temps après Salamine était reconquise.
    • 110 EPITOME HISTORIE GR,E(LE.L. Nihilominus inter se dissidebant pauperes etdivites. Tum prudentissimi Atheniensium, cum Solo-nem vidèrent ab utrisquc alienum esse, illuin oraverc,ut cornmunis utilitatis curam susciperet, et civitatemlegibus componeret.Nec deerant qui illum ad usurpandam tyrannidemhortarentur. At se non passus est a proposito consiliodeduci. « Tyrannis, aiebat amicis, pulchrum quidemest castellum, sed non habet exitum. »Ante omnia plebi subveniendum erat. Plebs eniinaère alieno premebatur, nec se liberare poterat. Solonigitur jussit ses alienum quartâ parte deminui, vetuit-que ne, qui débita solvere non posset, in servitutemredigeretur aut peregre venderetur.LI. Deinde cives oinnes in quatuor classes ex censudistribuit. Qui quingentos medimnos aut amplius exL. Cependant la discorde durait toujours entre les pauvres et lesriches. Alors les plus sages des Athéniens, voyant que Solonnétait engagé dans aucun des deux partis, le supplièrent de tra-vailler au salut commun et de donner des lois à la cité.Il ne manquait pas de srens qui lexhortaient à usurper la ty-rannie. Mais il ne se laissa point détourner de son dessein : a Latyrannie, disait-il à ses amis, est une belle forteresse; mais ellena point dissue. »Avant tout, il fallait venir en aide au petit peuple, écrasé dedettes et hors détat de sacquitter. Solon ordonna quelles seraientréduites du quart, et défendit que le débiteur insolvable fut réduiten esclavage ou vendu à 1 étranger.LI. Ensuite il divisa tous les citoyens en quatre classes, daprèsla fortune de chacun. Ceux qui faisaient une récolte de cinq mé-
    • 112 EP1T0MR HISTORIEE GR^ECjE.suis agris caperent, eos in prima classe statuit. Hi soliarchontes eligi poterant, soli summos magistratusexercere, exercitibus aut classi prseesse.Secundum locum tenuerunt, qui trecentos fructuumruedimnos perciperent, aut equum alere possent. Illiéquités erant, et ad minores quosdam magistratusadmitti poterant.Tertii vero, qui ducentorum medimnorum censumhaberent, aut jugum boum mularumve possiderent. Hipedites; bis in republicâ infima quœdam munera per-missa.In quartâ tandem classe relegati, quicumque autnihil haberent, aut censum haberent ducentis medimnisinferiorem. Ex eis legebantur levis armaturœ militesaut classiarii. Non magistratus et honores adiré pote-rant; sed contionis erant participes, judicia exercebant,et magistratus eligebant.dimnes au moins formèrent la première classe. Eux seuls pou-vaient être élus archontes, exercer les hautes magistratures, com-mander les armées et les flottes.En second venaient ceux qui avaient un revenu de Uois centsmédimnes ou quPpouvaient entretenir un cheval. Ils formaient lacavalerie et pouvaient être admis à certaines magistratures secon-daires.Ceux de la troisième classe devaient avoir un revenu de deuxcents médimnes ou posséder un attelage, soit de bœufs, soit demules. Ils formaient linfanterie de ligne, et quelques chargespubliques dordre inférieur leur étaient accessibles.Enfin dans la quatrième classe étaient relégués tous ceux quine possédaient rien ou dont le revenu natteignait pas deux centsmédimnes. On prenait parmi eux les troupes légères et les équi-pages de la flotte. Laccès des magistratures et des honneurs leurétait fermé; mais ils étaient admis à lassemblée du peuple-, ilssiégeaient dans les tribunaux et concouraient à lélection des ma-gistrats.
    • 114 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.LU. Ita veterum gentium et optimatum servala qui-dem dignitas, et imminuta simul potestas atque fraclasuperbia, siquidem et divites, etsi non nobiles, adsummos honores evehi poterant. At contra populi visaucta, cum per contionem et judicia ipse imperii partemexerceret.Imo civium unicuique permissum estinjuriam alicuiillatam ante judices persequi. Voluit enirn Solon civesomnes tanqnam unius corporis partes esse, et unum-quemque, etiam si ipse lœsusnon esset, aliénas injuriassentire et ulcisci.Ut vero quiëtior esset civitas et minus fluctuaret,voluit illam quasi duabus ancoris inniti. Itaque et vêtusillud Areopagitarum concilium servavit, et senatumalterum creavit.LUI. Nota venerandi illius Areopagi fama. ConstatâtLU. De cette manière la dignité des anciennes familles et delaristocratie fut sauvegardée, en même temps que leur puissancefut diminuée et leur orgueil dompté, puisque les riches, sans êtrenobles, pouvaient aussi sélever aux grands honneurs. Dautrepart la force de la multitude fut accrue, puisque, par les assem-blées et les jugements, elle exerçait une partie du pouvoir su-prême.Il fut même permis à tout citoyen de poursuivre devant le jugela réparation dune injustice commise envers une personne quel-conque. Solon voulut en effet que les citoyens fussent comme lesmembres dun seul corps et que chacun deux, ne fût-il point lésédirectement, ressentît et vengeât linjure faite à autrui.Mais, pour que la cité fût plus tranquille, et pour ainsi dire, moinsballottée par les troubles civils, il voulut quelle reposât sur deuxancres : il conserva donc lantique conseil des Aréopagites et créaun nouveau Sénat.Mil On connaît la renommée du vénérable Aréopage. II était
    • 116 EP1T0ME HISTORIEE GRiECLE.ex archontibus magislralu defunctis, videlicet e virissetate provectis et rerum peritis.Extra urbem, in Martis colle, sub dio jus dicebat.Nec oratoribus licebat per longos sermones judicuuiaffectus movere. Auditâ causa, hi calculum nigrum autcandidum in urnam tacite deponebant.Quod si suffragia utrimque numéro œqualia essent,pneco candidum calculum adjiciebat, et reus absolve-batur. Id autem Minervse suffragium vocabatur.Ita enim, ut veteres narrabant fabulae, Dea Orestemservaverat, postquam lilius ille Agamemnonis, ad ulcis-cendam patris ceedem, matrem manu sua interfecerat.Senatus autem novus e quadringentis civibus con-stitit, a populo in annum electis; nec necessario elige-bantur, ut Spartse, e senioribus, sed ex optimis.Illi leges parabant, quae univers» contioni deferren-composé des archontes sortis de charge, cest-à-dire dhommesâgés et expérimentés.Cest en dehors de la ville, sur la colline de Mars, et eu pleinair, quil rendait la justice. 11 nélait pas permis aux orateurs deparler longuement afin démouvoir les juges. La cause entendue.ceux-ci déposaient silencieusement dans lurne un caillou noir oublanc.Que si de part et dautre les suffrages se balançaient, le hérautajoutait un caillou blanc et laccusé était absous. Cest ce quonappelait le suffrage de Minerve.Cest ainsi, en effet, que. suivant une antique légende, la déesseavait sauvé Oreste, lorsque le fils dAgamemnon, pour vengée lemeurtre de son père, eut tué sa mère de sa propre main.Quant au nouveau Sénat, il fut composé de quatre cents citoyen»élus pour un an par le peuple : ils nétaient pas choisis nécessaire-ment comme à Sparte parmi les plus âgés, mais parmi les meilleurs.Us préparaient les lois, qui devaient être portées devant lasscm-
    • 118 EPITOME HISTORIES GRJEd*:.tur, nec populo licebat quidquam jubere, nisi senatuade re prius deliberasset.LIV. Longum sit omnes Solonis leges enumerare.Quasdam tamen alias breviter memorabirnus.Infamiâ notavit eum qui, in seditione, neutri se partiadjunxisset. Non debebat enim civis suas res in tutocoiloeare, et reipublicse casibus non moveri, quasisecurus exspectaret utro victoria esset inclinatura.Vetuit mortuis nialedicere; pietatis enim est, eos,qui vità defuncti sunt, sacros babere; tum reipublicsefunestum, odia perpetuare.Ante Soloneni nemini licebat testari; sed necesseerat bona in defuncti familiâ permanere. Ille civi, quiliberis careret, permisit bona cui vellet legare; atqueita bonorum possessionem dominis integram tribùit.De mulieribus autem qusedain jussitnotatione digna.Vetuit ne noctu exirent e domo, nisi curru, praelucenteblée générale des citoyens, et le peuple navait pas le droit deprendre une décision, si laffaire navait dabord été soumise auxdélibérations du Sénat.LIV. 11 serait trop long dénumérer toutes les lois de Solon. Ce-pendant nous en rappellerons brièvement quelques-unes.Il nota d infamie celui qui, dans une sédition, se serait abstenude prendre parti. En effet un citoyen ne devait pas mettre sesbiens à labri et rester insensible aux malheurs de lÉtat, commesil attendait, en toute sécurité, que la victoire se lut décidée dansun sens ou dans lautre.11 défendit de mal parler des morts : car cest un devoir de piétéque de tenir pour sacrés ceux qui sont sortis de la vie; et,dautre part, il est mauvais pour la république de perpétuer leshaines.Avant Solon, il nétait permis à personne de faire un testament;les biens devaient rester dans la famille du défunt. Il permit aucitoyen qui ne laissait pas denfants de léguer ses biens à quibon lui semblerait; en sorte quil reconnut aux propriétaires lapossession pleine et entière de leur fortune.Ses Iojs relatives aux femmes présentent quelques particularité -remarquables. Il leur défendit de sortir, la nuit, de leur demeure
    • 180 EPITOME HISTORIEE GÏLECiE.lucernâ; vetuit etiam ne, cum peregre irent, pluraquam tria vestimenta secum ferrent.Solebant mulieres in funeribus corpus laniare, lamen-tationes edere meditatas; ea quoque prohibita, quiacontra ordinem et pudicitiam erant.LV. Nec liberos iis, qui genuerant, eripuit, ut Lycur-gus, sed parentibus contra reliquit educandos, eâtamen condicione, ut eos ad artem aliquam infonna-rent; quod si pater facere neglexisset, filius alendi patrisnecessitate solvebatur.A sextodecimo aetatis anno, adolescens paternamquidem domum non deserit, sed publicas etiam palse-stras adit, ibique, invigilante magistratu, severi^redisciplina regitur.Postquam autem duodevicesimum annum attigit, fitephebus, accipit arma, et in Aglauri fano hoc sacra-mento se obstringit :si ce nest dans une voiture munie dune lanterne allumée. Il leurinterdit aussi, lorsquelles allaient en voyage, demporter plus detrois vêtements de rechange.Les femmes avaient coutume, dans les funérailles, de déchirerleur corps, et de pousser des lamentations étudiées: il prohiba éga-lement ces démonstrations comme contraires au bon ordre et auxconvenances.LV. Il nenleva point les enfants à leurs parents, comme lavaitfait Lycurgue; mais au contraire il leur laissa le soin de les élever,à la condition, toutefois, de leur donner un gagne-pain : si le pèreavait négligé ce devoir, le fils nétait pas obligé de le nourrir danssa vieillesse.A lâge de seize ans, le jeune homme sans quitter la maisonpaternelle, fréquentait les palestres publiques, et là, sous la sur-veillance dun magistrat, il était soumis à une discipline sévère.Quand il a atteint sa dix-huitième année, il devient éphèbe, ilreçoit des armes, et, dans le temple dAglaure,ilse lie par un ser-ment dont voici la formule :
    • 123 EPITOME HISTORIE GRiECLE.« Sacra hœc arma ego non dedecorabo. Non commi-litonem in praelio deseram. Pi*o Diis et focis pugnabo,sive solus, sive cum aliis. Patriam non tradam posterisimminutam, sed contra majorem et potentiorem quamaccepero. Magistratibus obediens eroetpopuli legibus.Si quis eas solvere tentaverit, non patiar, sed pro legi-bus pugnabo, sive solus, sive cum aliis. Patrum reli-gionem colam et tuebor. Hujus sacramenti testes sintAglaurus, Bellona, Mars, Jupiter Hegemon! »Jam tum civis erat, sed per duos annos prsecipuamarrnis curam dabat, et in castellis usu militiam discebat,donec, viginti completis annis, ipse, civis integer, incontione cum ceteris suffragiurn iniret.LVT. Commercia Lycurgus probibuerat; permisitcontra Solon, imo quam maxime fovit.« Je ne déshonorerai pas ces armes sacrées. Je nabandonneraipas mon compagnon darmes sur le champ de bataille. Je com-battrai pour nos dieux et nos foyers, soit seul, soit avec dautres.« Je ne laisserai pas à nos descendants une patrie diminuée,mais au contraire je la leur laisserai plus grande et plus forte queje ne laurai reçue. Jobéirai aux magistrats et aux lois. Si quel-quun tente de les détruire, je ne le souffrirai pas; mais je com-battrai pour elles, soit seul, soit avec dautres. Je respecterai etje défendrai la religion des ancêtres. Je prends à témoin de monserment Aglaure, Bellone, Mars et Jupiter chef suprême.Dès lors il était citoyen, mais pendant deux ans il sadonnaitprincipalement à lexercice des armes et il apprenait le servicemilitaire, par la pratique, dans les forteresses, jusquà ce quayantaccompli sa vingtième année, et vraiment citoyen, il votât avecles autres dans lassemblée.LVI. Lycurgue avait interdit le commerce : Solon au contrairele permit, et même le favorisa de toutes les manières.
    • 124 EPITOME HlSTORIiE GR/ECE.Alienigenas alter a civitate suâ arcebat; alter in suamadmisit. Si quis enim patriam in perpeluum, siveexsilio, sive proprio inotu, reliquisset, huic concedipoteratjus civitatis. Sed morte multabatur qui sine jurein contionein se insinuasset.Servis denique duras leges imposuerat Spartanus;Atheniensis contra eosdem clementer et mansuete trac-tavit. Servus maie mulcatus venditionem exigere pote-rat, et sic mitiorem dominum sortiri. Si quis servumoccidisset, in jus vocabatur, tanquamsi civem necasset.Eâ de causa Athenae nunquam servilia illa bellanoverunt tam atrocia, quibus alias servi jura sibi negatavindicabant.LVII. Non ignorabat Solon opus suum, quamvisesset prudentissime elaboratum, non perpetuum futn-rum esse. Itaque supremâ lege sanxitut, si quid mulan-Lun repoussait les étrangers de sa cité, lautre les admit dansla sienne. En effet, si quelquun avait quitté pour toujours sa patrie,soit en vertu dune sentence dexil, soit de son propre gré, onpouvait lui accorder le droit de cité. Mais on punissait de mortcelui qui sétait glissé sans droit dans lassemblée des citoyens.Enfin le Spartiate avait imposé aux esclaves des lois très dures;lAthénien au contraire les traita avec clémence et mansuétude.Lesclave trop maltraité pouvait exiger quon le vendit, et tomberainsi entre les mains dun maître plus doux. Celui qui avait tuéun esclave était traduit en justice, comme le meurtrier dun ci-toyen.Cela fut cause que les Athéniens ne connurent jamais ces guerresserviles si atroces, par le moyen desquelles les esclaves revendi-quaient ailleurs les droits quon leur refusait.LVII. Solon nignorait point que son œuvre, quoique élaboréeavec une extrême prudence, ne durerait pas éternellement. Il spé-cifia donc par une dernière prescription que, si quelque change-
    • 126 EP1T0ME IIISTORIiE GRMCJE.dura videretur, non mutaretur nisi communi niagis-tratuum et populi judicio, post longani deliberationem.Tum vero, confecto opère, Athenis profectus est, et^Egyptum vicissim et Cyprum insulam perlustravit,doctorum virorum sermone lœtatus.Sardes etiam, si credimus Herodoto, a Grœso, Lydo-rum rege, invitatus est. Ille autem regum locupletissi-mus erat. Solonem igitur magnifiée excepit, eiquesuperbiens ostendit longum aulicorum ordinem sump-tuosis vestibus ornatorum, et regiam auro etpretiosislapidibus undique relucentem, omnem denique regalisluxûs apparatum, ac deinde : « Eia, inquit, hospes,multos homines vidisti; quis vero beatissimus tibivisus est? — Tellus Atheniensis, » respondit Solon, etcum miraretur Grœsus, hœc addidit : « Ille enim enobili civitate natus est; pulchros et bonos genuitliberos, qui patri superfuerunt. At ipse in praelio,ment paraissait indispensable, il devrait être opéré dun communaccord par le Sénat et par le peuple, après mûre délibération.Mais alors, ayant accompli son œuvre, il partit dAthènes, etparcourut successivement lEgypte et lîle de Chypre, où il pritplaisir à écouter les entretiens des hommes instruits.Il se rendit même à Sardes, si nous en croyons Hérodote, pourrépondre à linvitation de Crésus, roi des Lydiens. Ce prince étaitle plus opulent de tous les rois. Il fit à Solon un accueil magni-fique et senorgueillit de lui montrer une longue suite de courti-sans somptueusement velus, un palais tout resplendissant dor etde pierres précieuses, enfin tout lappareil dun luxe royal : a Ehbien, mon hôte, lui dit-il ensuite, tu as vu un grand nombredhommes : quel est celui qui ta paru le plus heureux? —TelluslAthénien, répondit Solon; et comme Crésus sétonnait de cetteréponse, il ajouta : « Oui, Tellus est né dans une noble cité; ila eu des enfants beaux et vertueux qui ont survécu à leur père.
    • 128 EP1T0MK HISTORIEE GR^ECiE.fugatis hostibus, pro patriâ occubuit; defunctoqueAtbenienses, eo ipso loco ubi ceciderat, sepulcrumpubliée exstruxerunt. »LVin. Percontatus est Crœsus cuinam secundum jlocum assignaret, et Solon Gleobin et Bitonem nomi-navit : « Hi, inquit, Argivi erant; et ambo publicisludis victores fuerant.« Olim, cum festa Junonis celebrarentur, et dees-jsent boves qui matrem eorum ad Deae templum vebe-rent, currus jugum subierunt ipsi, matremque ad fanumadduxerunt lsetantem.« Argivi quidem juvenum robur mirabautur; aHmatri gratulabantur Argivae, quod taies liberos pepe-risset. Illa autem, l&ta simul et ovans, Deam precataest, ut natis summum bonum impertire vellet. Atqueambo, peractis sacris epulati, ipso in templo obdormi-vere, nec crastinà die iterum surrexere — Nos vero,Lui-même est mort pour la patrie dans un combat, où les ennemisont été mis en déroute; et les Athéniens lui ont élevé un monu-ment funèbre, aux frais de lÉtat, dans le lieu même où il estjtombé. »LVI1I. Crésus voulut savoir à qui Solon assignait le second rang,et celui-ci nomma Cléobis et Bilon : a Ils étaient Argiens, dit-il,et tous deux avaient été vainqueurs dans les jeux publics.a Un jour quon célébrait les fêtes de Junon, et que les bœufs, ;qui devaient conduire leur mère au temple de la déesse, u "arri-vaient point, ils sattelèrent eux-mêmes au char, et amenèrent autemple leur mère ravie.« Les Argiens admiraient la vigueur de ces jeunes gens, et lesArgiennes félicitaient leur mère davoir de tels lils. Maisjoyeuse et triomphante, pria la déesse daccorder a ses cillants le plusgrand de tous les biens. Or, tous deux, après la cérémonie, prirentpart au festin sacré, sendormirent dans le temple même et ne seréveillèrent pas le lendemain. « Et nous, dit Crésus déjà courroucé,
    • 130 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.exclamât jam iratus Grœsus, in numéro beatorumbominum non habes? — rex, inquit Solon, humanœvitae variée sunt vices. Quae vero viventi etiam tribuiturfélicitas, non magis certa est, quam si, in ludis, dumdecertat aliqnis, ejus Victoria a praecone pronun tia-re tur. »Haec Grœso non grata fuerunt ; itaque Solonem dimi-sit non laudatum.LIX. Interea Atheniensium civitas in factiones dis-cesserat, et nobilium duces de imperio certabant. Quosinter Pisistratus, ceteris callidior, vulgi favorem sibi;onciliaverat. Erat enim in colloquio blandus, paupe-ribus officiosus, ininiicis etiam mitis et moderatus.Nemo œqualitatis amantior videbatur. Ita sensim asscn-tando multitudini grassatus est, et per dolum tyranni-dem occupavit.Restiterunt nobiles, et Pisistratum pluries pepu-lerunt. Sed ille adversarios vicit, et tandem imperiopotitus est.ne nous comptes-tu donc pas au nombre des heureux? — roi,dit Solon, la vie humaine est soumise à détrang ides.Le bonheur que lon attribue à un homme qui vit encore neslpas plus assuré que si, dans les jeux, tandis quun athlète estaux prises avec son adversaire, le héraut proclamait sa vic-toire. »Cette franchise déplut à Crésus, et il congédia Solon sans lelouer.LIX. Cependant la république athénienne était déchirée par lesfactitns et les chefs de laristocratie se disputaient le pouvoir.Parmi eux Pisistrate, plus habile que les autres, sétait conciliéla faveur du peuple. Cétait un homme affable, serviable auxpauvres gens, doux et modéré môme à légard de ses ennemis.Personne ne paraissait plus épris de légalité. Cest ainsi quil litson chemin peu à peu en flattant la multitude, et quil parvint àsemparer par ruse de la tyrannie.Les nobles résistèrent et chassèrent Pisistrate à plusieurs re-prises. Mais il triompha de ses adversaires et se rendit enfin maitradu pouvoir.
    • ,32 EPITOAI. iHSTORLE GRSICM.Velerum igitur gentium superbiam et ambitionemiregit, at erga plebem egit mansuete. Nec Solonis lcgessustulit, sed contra servavit et confirmavit. Imo Solonisipsius amicitiâ et consiliis usus est.LX. Magna Athenis bénéficia contulit Pisistratus.Ante omnia, rei maritimœ operam dédit, ut cum Asia-ticis facilia essent Atheniensibus commercia. In Ioniamautem colonos deduci curavit, qui metropoli aliquando,si opus esset, auxiliarentur.In Atticâ vero plures vias munivit, quse ex Phaleriportu et agris facilem ad urbem aditum prsebebant. Etper subterraneos aquaeductus de montibus salubresaquas ad usus urbanorum deduxit.Nec utilia tantum quserebat; cupiebat etiam Athenaspulcherrimas fieri. Igitur et Minervaefanum, Hecatom-pedon dictum, struxit, et Apollini delubrum dedicavitII rabattit donc lorgueil et lambition des anciennes familles, ettraita doucement le peuple. Loin dabroger les lois de Solon, il lesmaintint et les confirma. Bien plus, il voulut avoir Solon pourami et pour conseillerLX. Pisistrate fit beaucoup de bien à Athènes. Avant tout, ilsoccupa de la marine, afin de faciliter les relations commercialesdes Athéniens avec les Asiatiques. Dautre part, il envoya en loniedes colons qui pussent, à loccasion, venir en aide à la Métropole.En Attique il ouvrit plusieurs routes qui relièrent commodémentle port de Phalère et les campagnes à Athènes. Des aqueducs sou-terrains amenèrent des montagnes une eau salubre pour lusagedes habitants de la ville.Il ne cherchait pas seulement lutile : il désirait aussi quAthènesdevint très belle II fit donc élever le temple de Minerve appeléHécatompédon; il dédia à Apollon un sanctuaire décoré avec un
    • 134 EPITOME HISTORIE GRjEC^E. *mira arte decoratum, et nobile illud Olympii Jovistemplum inchoavit, rpiod non nisi multos post annoset multo labore perfici potuit.Idem et Lyceum illud illustre descripsit et platanisornavit, ubi, in suburbano, juvenes palsestram exerce-bant, et senes sub umbrà placide confabulabantur.Dicitur etiam Pisistratus Homeri poemata primusrecollegisse, et primus unum in locum varia poetarumopéra coegisse, ut carmina illa prius dispersa hominesquasi in manu baberent.LXI. Defuncto autem patri successerunt nati, Hip-pias et Hipparcbus, et inceptum opus eodem litterarumet artium studio persecuti sunt. Hi enim et Anacreontemet Simonidem ad se vocaverunt, non ut tyrannidemsuam tantum ornarent, sed etiam ut ab iis discerentAthenienses bumanioris cultus pulchritudinein et dul-cedinem.ait merveilleux; et il commença ce fameux temple de JupiterOlympien qui ne put être terminé que longtemps après et avec degrands travaux.Cest aussi lui qui fit tracer et planter de platanes la fameusepromenade du Lycée, voisine de la ville, et où les jeunes gens selivraient aux exercices de la palestre, tandis que les vieillardscausaient tranquillement à lombre.On dit encore que Pisistrate fut le premier qui recueillit lespoèmes dHomère et réunit dans un même lieu les divers ouvragesdes poètes, afin que ces chants naguère dispersés fussent, pourainsi dire, toujours sous la main du lecteur.LXI. Après sa mort, ses fils Hippias et Hipparque lui succédèrentet continuèrent son œuvre avec le même goût pour les lettres etles arts. Ils appelèrent auprès deux Anacréon et Simonide. moinspour être lornement de leur règne, que pour faire comprendre auxAthéniens les beautés et les douceurs le la vie civilisée.
    • 136 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.At illi, juventâ simul et potentiâ féroces, patemamprudentiam obliti sunt; imperium exercuerunt inso-lenter et superbe, et iras in se concitaverunt. Igiturconjuratio facta est, etHipparchus, interfestaMinervae,interfectus est ab Harmodio et Aristogitone.LXII. Ambo autem, ab Hippise custodibus intercepti,occisi tyranni paenam dederunt. Sed postea Atbeniensesutrumque maximis laudibus celebravere. Illis statuasposuerunt, et in festis conviviisque canebant :« Grladium geram myrto involutum, ut Harmodiuset Aristogiton, cum tyrannum interfecerunt et Athenisaequalitatem restituerunt.« Garissime Harmodi, non mortuus es; vivis nimi-rum in Fortunatis Insulis, ubi sunt et Acbilles, pedi-bus velox, et Diomedes Tydides.Mais fiers de leur jeunesse et de leur puissance, ils oublièrentla prudence paternelle; ils exercèrent le pouvoir avec insolence etorgueil, et ils se rendirent odieux. Un complot se forma; et Hip-parque fut tué, pendant les fêtes de Minerve, par Harmodius etAristogiton.LXII. Tous deux, arrêtés par les satellites dHippias, payèrent deleur vie le meurtre du tyran. Mais plus tard les Athéniens rendirentpubliquement & lun et à lautre les plus glorieux hommages. Onleur dressa des statues et dans les fêtes ou dans les banquets, onchantait :« Je porterai le glaive entouré de myrte, comme Harmodius etAristogiton, lorsquils tuèrent le tyran Hipparque et rétablirentlégalité dans Athènes.« Cher Harmodius, non, tu nes pas mort : tu vis sans doutedans les Iles Fortunées, où sont Achille aux pieds légers et Dio-mède, fils de Tydée.
    • 138 EPITOME HISTORIEE GRMCM.« Vivet in perpetuum vestrum nomen, carissimeHarmodi, tuque Aristogiton, quia tyrannum interfe-cistis et Athenis asqualitatem restituistis. »LXIII. At post necem fratris, Hippias duriorem seet crudeliorem prsobuit.Lacedsemonii autem jamdudum crescenti Athenien-sium potentiee invidebant. Itaque iis, qui tyrannideinoderant et res novas cupiebant, alacriter se conjunxe-runt. Sperabant enim se, turbato eemulœ civitatis statu,Graecise dominatores futuros.Hippias quidem victus est, et fugere coactus. Scdcventus Lacedaemoniorum spem fefellit. Atheniensescnim, tyrannide liberati, vividiorem impetum haberevisi sunt, et mox omnia circum terra marique, dicionesua tenebant.Persicum autem bellum funeste semulatiôni finem intempus imposuit.LXIV. Rebellantibus adversus Magnum RegemIonise civitatibus Athenienses auxilium praebuerant, el« Votre nom vivra éternellement, cher Harmodius et cher Aris-togiton, parce que vous avez tué le tyran et rétabli légalité dansAthènes. »LXIII. Après le meurtre de son frère, Hippias se montra plusimpitoyable et plus cruel que jamais.Or les Lacédémoniens portaient envie depuis longtemps à laprospérité croissante dAthènes. Ceux qui haïssaient le tyran elsouhaitaient une révolution trouvèrent donc chez eux un appuiempressé. Ils espéraient en effet, à la faveur des troubles de lacité rivale, établir leur domination sur la Grèce.Hippias fut vaincu et contraint de fuir. Mais lévénement trompales calculs des Lacédémoniens. Car les Athéniens, affranchis dela tyrannie, parurent prendre un plus vigoureux élan et tinrentbientôt en leur pouvoir les terres et les mers qui les entouraient.Toutefois la guerre contre les Perses mit fin pour un temps à cesrivalités funestes.LXIV. Dans leur révolte contre le grand Roi les cités de lIonieavaient reçu du secours des Athéniens, qui avaient même incendié
    • 140 EPITOME HISTORIEE GRJECM.Sardes etiam, opulentam regiae dicionis urbem, incen-derant. Darius, qui jampridem imperium suum inEuropam extendere cupiebat, statim bellum in (jrœciaminferre statuit.Praeerat expeditioni Mardonius, régis gêner. At,classe violentis tempestatibusconquassatâ, multsenavêscum ingenti militum numéro perierunt, et MardoniusAsiam repetere coactus fuit. Novum igitur exercitum etclassem quingentarum navium paravit Darius, hisqueDatim et Artapbernem praefecit.Priusquam autem proficjscerentur, per totam Grae-ciam prœcones misit, qui terram et aquam, scilicetdiditionem, peterent. Insulse quaedam et civitates regiascondiciones subiere. Sed Athenienses et Spartani adeonon Persarum minis territi sunt, ut prœcones occide-rint.LXV. Tum Datis et Artaphernes rectâ per Cyclades"ad Eubœam contenderunt, captâque Eretriâ, statimSardes, ville opulente du royaume. Darius qui aspirait depuis long-temps à étendre sa domination sur lEurope, résolut aussitôt deporter la guerre en Grèce.A la tête de lexpédition était Mardonius, gendre du roi. Maisla flotte fut éprouvée par de violentes tempêtes; beaucoup devaisseaux périrent avec un grand nombre de soldats, et Mardoniusdut regagner lAsie. Une nouvelle armée et une flotte de cinq centsvaisseaux furent donc équipées par ordre de Darius qui leur donnapour chefs Datis et Artapherne.Mais avant leur départ, il envoya des hérauts dans toute laGrèce pour réclamer la terre et leau, cest-à-dire la soumissiondu pays. Certaines îles et certaines cités subirent les conditions duroi. Mais les Athéniens et les Spartiates, loin de se laisser effrayerpar les menaces des Perses, mirent à mort leurs envoyés.LXV. Alors Datis et Artapherne cinglèrent à travers les Cycladedroit vers lIle dEubée, semparèrent dErétrie, et gagnant aussitôt
    • 142 EPITOME HISTORIEE GHJECM.Atticam ipsani petierunt, et copias in Marathonis cain-pum deduxeruut. Is autem ab Atbenis vis decem. milliapassuum abest.Imminente periculo permoti Athenienses cursoremad Lacedsemonios mittunt, qui auxilium petat. Ipsiinterea decem créant duces, qui praesint exercitui. Atinter duces erat contentio, utrum seintramœnia defen-derent, an obviam ivent hostibus et acie décernèrent.Miltiadis tandem vicit sententia.Igilur decem millia Alheniensium et mille Pla-ta3enses manum conserere non timuerunt cum decemet centum millibus Persarum. Sed illi pro liberta tesuâ pugnabant.Incredibili audaciâ in hostem impetum fecerunt. Diuquidem anceps fuit victoria; sed Gneci aniinose reingerebant, et, dum pugnabant, Tbeseum ipsum sibiadesse erediderunt. Victos igitur tandem fusosque Bar-lAllique, débarquèrent leurs troupes dans la plaine de Marathon,éloignée dAthènes denviron dix mille pas.Limminence du péril émut les Athéniens. Ils envoient un cou-reur à Sparte pour demander du secours. Cependant ils nommentdix généraux pour commander leur armée. Mais ceux-ci étaienten désaccord sur le parti à prendre. Fallait-il se défendre derles remparts dAthènes ou marcher à la rencontre de lennemi ?Enfin le dernier avis, qui était celui de Miltiade, lemporta.Ainsi dix mille Athéniens et mille Platéens ne craignirent pasde livrer bataille à cent dix mille Perses. Mais ils combattaientpour leur indépendance.Ils attaquèrent lennemi avec une audace incroyable. La victoirefut longtemps indécise.Mais les Grecs étaient pleins dardeur, et dans la mêlée, ils crurentvoir Thésée lui-même combattre avec eux. Enfin les barbares
    • 144 EPITOME HISTORIEE GR^EC^E.baros usque ad naves persecuti sunt, et persica classisfugâ tantum incendium vitavit.Lacedaemonii perendino die advenerunt, et sociisvictoriam, non sine invidiâ quâdam, gratulati sunt.Athenienses enim Grceciam servaverant.LXVI. Miltiadi autem hoc unicum, sed insigne etgloriosum victoriae prœmium tributum est : scilicet, inporticu, quae Pœcile vocatur, ejus imago depicta estapud Maratbonem pugnantis.Geteris quoque civibus, qui pro patriâ ceciderant,honos habitus; his enim tumulus constitutus est, etcircum exstructse decem columnae, in quibus tributiminscripta sunt nomina defunctorum.Idem vero Miltiades, qui G-neciam liberaverat, paulpost proditionis accusatus est, quia in oppugnancParo insulâ offenderat. Itaque quinquaginta talentûimultâ damnatus, cum jam aeger esset a vulnere apudParum accepto, obiit in carcere, et multam solvit filiusGimon.vaincus et mis en déroute furent poursuivis jusquà leurs navires,et la flotte persique néchappa à lincendie que par la fuite.Les Lacédémoniens arrivèrent le surlendemain; et adressèrentà leurs alliés victorieux des félicitations qui nétaient pas exemptesdenvie : car les Athéniens venaient de sauver la Grèce.LXVI. Voici quelle fut lunique, mais insigne et glorieuse récom-ïpense attribuée à Miltiade pour sa victoire : dans le portique ap-,pelé Pécile un tableau le représenta combattant à Marathon.Les soldats morts pour la patrie reçurent aussi des honneurs Ion leur éleva un tombeau autour duquel dix colonnes, une pourchaque tribu, portaient les noms des victimes.Mais ce même Miltiade qui avait délivré la Grèce fut, peu de)temps après, accusé de trahison, pour avoir échoué au siège deParos. Condamné à une amende de cinquante talents, et déjàsouffrant dune blessure quil avait reçue à Paros, il mourut enprison, et son flls Cimon paya lamende.
    • 146 EPITOME HISTORIE GKJECJE.In eo quidem mira erat comitas; sed eam ipsamcomitatem in summo viro metuebant Atbenienses, quiPisistrati tyrannidis mernores erant.LXVII. At Darius aconsilio non destiterat, et novarnexpeditionem in Grraeciam parabat, cum mortuus est.Illi suecessit filius Xerxes; bic juvenis erat, acer,dominandi cupidus, et œgre ferebat parvum istum po-pulum Magno Régi resistere.Itaque ex omnibus imperii partibus innumerabilembominum multitudinem coegit, et classem paravit milleet ducentarum navium longarum, quam duo milliaonerariarum sequebantur.Ad trajiciendum Hellespontum, Europam et Asiamponte jungi voluit. Quem cum subvertisset tempestas,architectones primum et operarios supplicio affecii;dein mare ipsum trecentis verberibus plecti jussit, quodIl était dune extrême affabilité; mais cette qualité, chez ungrand homme, était suspecte aux Athéniens qui se souvenaient dela tyrannie de Pisistrate.LXVII. Cependant Darius navait pas abandonné son dessein, etil préparait une nouvelle expédition contre la Grèce quand ilmourut.Son fils Xerxès lui succéda : il était jeune, ardent, ambitieux,et il sindignait quun si petit peuple eût osé résister au grandRoi.Il fit donc une immense levée dhommes dans toutes les partiesde son empire, et équipa une flotte de douze cents vaisseaux longs,que suivaient deux mille bâtiments de charge.Pour traverser lHellespont, il voulut jeter uu pont entre lAsieet lEurope. La tempête layant détruit, il livra dabord au suppliceles ingénieurs et les ouvriers, et ensuite il fit donnera la mer elle-même trois cents coups de fouet pour avoir désobéi à son maître.
    • 148 EPITOME HISTORIE GRjECjE.domino non obsequens fuisset. Opus deinde repetitumest et stabilius constitutum, et exercitus cum lixis, etfeminarum vehiculis, et omnigenis impedîmentis,septem dies et totidem noctes in trajiciendo ponte con-sumpsit.LXVDI. Dum vero classis prseter oras sinus Maliacidescendit, rex ipse cum exercitu ad Thermopylas pro-cedebat. Saltus est perangustus, inter montés et marecoactus.Hic cum trecentis Spartanis et mille Thespiis Bar-baros exspectabat Leonidas. Illâ autem militum manuper quattuor dies Persarum exercitum continuit.Frustra Xerxes, ad obterendum contumacem hostem,Medos primum, deinde Cissios, ipsos tandem Immor-tales, agmen illud e fortissimis militibus electum,immisit.Leonidas, tranquillus et intrepidus, omnes impu-gnantium impetus fregit, donec transfuga quidamLouvrage fut repris et construit plus solidement; et larmée, avecles valets, les chariots des femmes et les bagages de tout genremit sept jours et autant de nuits à traverser le pont.LXVIII. Tandis que la flotte suivait les rivages du golfe Maliaque,le roi lui-même avec son armée savançait vers les Thermopyles.Cest un défllé très étroit, resserré entre les montagnes et la mer.Cest là que Leonidas. avec trois cents Spartiates et mille Thes-piens, attendait les Barbares.Cette poignée de guerriers contint pendant quatre jours larméedes Perses.En vain Xerxès, pour écraser ses opiniâtres adversaires, envuacontre eux dabord les Mèdes, ensuite les Cissiens, enfin les Im-mortels eux-mêmes, ce corps délite formé des soldats les pluscourageux.Leonidas, calme et intrépide, repoussa toutes les attaques,jusquà ce quun transfuge rut indiqué aux Barbares un sentier
    • 150 EPITOME HISTORIEE GRJECM.secretuni callem in altero montis latere Barbaris indi-cavit. Leonidas, oppressus a tergo, periit cum suis, nonsine magnâ hostium strage.Hoc ipso in loco postea positus est lapideus leo,defunctonim virtutis monumentum, et constitutus tumu-lus cum hoc titulo : « I, viator, nuntia Spartae nos hicpro patriâ cecidisse. »LXIX. Perruptis autem Thermcpylis, Barbarorumexercitus Grrceciam, velut incendium, pervasit. Delphosquidem diripere tentaverunt ; sed tempestatis vi depulsifuerunt, et Deum ipsum crediderunt templum suumdefendere. At Thespias, et Plataeas, et multas aliascivitates everterunt.Athenas etiam incenderunt, sed non nisi in lapidessaevire potuerunt. Adventante enim Barbarorum exer-citu, Pythia Athenienses monuerat ut salutem ligneismûris qusererent. Themistocles autem persuaserat illisoraculi monitis naves designari. Itaque mulieres etpeu connu sur le versant de la montagne. Leonidas, surpris parderrière, périt avec les siens, non sans avoir fait un grand carnagedes ennemis.En ce lieu même on plaça dans la suite un lion de pierre, ensouvenir de ces morts courageux, et on leur éleva un tombeauavec cette inscription : a Va, voyageur, annoncer à Sparte quenous sommes tombés ici pour la patrie. »LXIX. Après avoir forcé les Thermopyles, larmée barbare, serépandit dans la Grèce comme une traînée de flammes. Ils voulu-rent piller Delphes; mais une effroyable tempête leur fit rebrousserchemin, et ils crurent que le Dieu lui-même défendait son temple.Thespie3, Platées et beaucoup dautres villes furent détruite?.Athènes fut incendiée aussi, mais la Tage des barbares ne putsexercer que sur les pierres de ses édifices. Car, à leur approche,la Pythie avait averti les Athéniens quils eussent à chercher leursalut derrière des murs de bois. Or Thémistocle leur avait per-suadé que cet avis de loracle désignait leurs navires. Ils avaient
    • 152 EPITOME HISTORIEE GRjECvE.pueros in insulis tuto abdiderant, virique in naves con-scenderant.LXX. Stabat igitur Atheniensium classis cum socio-rum navibus juxta Salaminam insuiam, in angustofreto.Themistocli locus ad pugnam opportunus videbatur ;sed non assentiebantur ceteri duces, et prœcipue spar-tanus Eurybiades, quem pênes erat irnperium. Terrebatanimos innumera Persarum classis, et omnes tutiusputabant quemque cum suis navibus divertere.Tbemistocles igitur ad Xerxem servum secreto misitqui diceret : « rex, nuntium tibi mittit gratum The-mistocles Atheniensis, tuus amicus. CongregatamGrreecorum classem tenes, uno ictu delere potes. Sineam dissipari patieris, muito difficilius erit singulosdevincere. »LXXI. Successit dolus ut sperabat. Grastinà die,Xerxes pugnam conserebat.donc mis les femmes et les enfants en sûreté dans les fies, et lesguerriers sétaient embarqués sur leurs vaisseaux.LXX. La flotte athénienne avec les contingents des alliés étaildonc à lancre, eu face de lîle de Salamine, dans un étroit Liasde mer.Thémistocle jugeait la position excellente pour livrer bataille;mais les autres chefs nétaient pas daccord avec lui, et surtoutle Spartiate Eurybiade, à qui appartenait le commandement. Telétait leffroi causé par la flotte innombrable des Perses que tousregardaient comme le parti le plus sûr de sen retourner, chacunde son côté, avec ses vaisseaux.Thémistocle envoya donc secrètement un de ses esclaves àXerxës pour lui dire : « roi, je tapporte un message agréablede la part de Thémistocle, lAthénien,*qui est ton ami. La flottedes Grecs réunie est tout entière dans tes mains : dun seul couptu peux la détruire. Mais si tu la laisses se disperser, il te«era beaucoup plus difficile de les vaincre les uns après les au-tres. »LXXI. Cette ruse eut le succès quil en attendait. Le lendemainXerxès livrait bataille.
    • 154 EP1T0ME HISTORIEE CP.JECJE.At barbarica classis, numéro impedita, angusto inloco explicari non poterat. Naves praeterea, graviores ettardiores, non facile movebantur.Grœcorum contra naves, quae et pauciores erant etleviores. hue illuc volitabant; adversarias lacessebant,illidebant, mergebant.Nec jam mare conspici poterat, fractis navibus coo-pertum et caesis corporibus. Undique fugiunt Barbaritumultuantes; at Grraeci remorum fragminibus aut lace-ris navium tabulis percutiunt, obtruncant, donec atranox supervenit.Xerxes de litore pugnam spectabat, in solio sedens.Ubi vero suos victos fusosque vidit, ad fugam vertit.Mardonio mandavit ut bellum cum trecentis millibusmilitum persequeretur. Ipse autem cum reliquis perMacedoniam et Thraciam ad Hellespontum rediit.Sed pons tempestate ruptus erat, et Asiam piscatoriâscaphâ repetiit Magnus ille Rex, cujus paulo anteclasses mare operiebant.Mais les vaisseaux barbares, gênés par leur nombre même, nepouvaient se déployer dans un lieu si étroit. Dailleurs, plus lourdset plus lents que ceux des Grecs, ils névoluaient quavec peine.Au contraire, ceux des Grecs, moins nombreux et plus légers,semblaient voler de côté et dautre, ils harcelaient leurs adver-saires, les broyaient et les coulaient à fond.Déjà la mer disparaissait sous les épaves et les cadavres. Detoutes parts les Barbares senfuient en désordre : mais les Grecsarmés de tronçons de rames ou de planches rompues les frappentet les massacrent, jusquau moment où la nuit les enveloppe deses ténèbres.Xerxès, resté sur le rivage, contemplait la bataille du haut deson trône. Dès quil vit la défaite et la déroute des siens, il pritla fuite.Il ordonna à Mardonius de continuer la guerre avec trois centmille hommes. Lui-môme, avec le reste de larmée, regagna lHel-lespont à travers la Macédoine et la Thrace.Mais le pont avait été rompu par la tempête, et cest sur unebarque de pêcheur que revint en Asie ce grand roi. qui couvraitnaguère la mer de ses flottes.
    • 156 EPlTÛMt: HISTORIEE GRiECifi.LXXII. Mardonius interea in Thessaliâ hiemabat.Vere autem ad Athenienses Alexandrum Macedoniummisit, qui eis pacem et Grraeciae dominationem pollice-retur, si cum rege amicitiam et societatem jungereveilent.At illi responderunt : « Scimus nos Persarum regeviribus inferiores esse;- sed pro libertate pugnamus.Quamdiu igitur sol per eaelum labetur, nos cum Xerxesocietatem nunquarn jungemus. SedDeorum et heroumtutela confisi, quorum ille templa et imagines incendit,illi obviam ibimus et fortiter repugnabimus. »Mardonius igitur Atticam iterum invasit et vastavit.Sed mox apud Plataeas, junctis Atbeniensium, Sparta-norum et Platseensium viribus, a Pausaniâ Lacedae-monio victus est, et ipse in praeiio periit.Periit simul immensa Barbarorum multitudo, et exillo exercitu, qui nuper Graeciae servitutem minabatur,vix tria miliia hominum superfuere.LXXII. Cependant Mardonius avait pris ses quartiers dhiver enThessalie. Le printemps venu, il envoya aux Athéniens Alexandrede Macédoine pour leur offrir la paix et lempire de la Grèce,sils voulaient lier amitié et conclure une alliance avec leroi.Ils répondirent : « Nous savons que nous sommes inférieurs enforces au roi des Perses; mais nous combattons pour notre indé-pendance. Cest pourquoi, tant que le soleil accomplira sa révo-lution dans le ciel, nous ne formerons aucune alliance avecXerxès. Mais, comptant sur la protection des dieux et des hérosdont il a brûlé les temples et les images, nous marcherons contrelui et nous lui opposerons une résistance énergique. »Mardonius envahit donc lAttique et la dévasta pour la secondefois. Mais bientôt à Platées, les forces unies des Athéniens, desSpartiates et des Platéens commandées par le LacédémonienPausanias lui infligèrent une défaite : il périt lui-même dans lamêlée.En môme temps périt une immense multitude de barbares, et,de cette armée qui menaçait naguère la Grèce de la servitude, àpeine trois mille hommes survécurent./
    • 158 EP1T0ME HISTORIE GKjECM.In Persicis castris ingens divitiarum vis est reperta.Hujus preedee décima pars primum Diis tutoribus sin-gillatirn assignala est, ApolliniDelphico, Jovi Olympioet Neptuno Isthmico ;décima quoque Pausaniae duciattributa-. Reliquum inter socios divisum est. Defunctisautem exstructa sunt in campo monumenta, et iis cus-todes instituti Platœenses.LXXm. Eâdem vero die, quâ Mardonius in Bœotiâ*vincebatur, sub monte Mycale, in asiatico litore, bar-baricae classis reliquise et ullimus Xerxis exercitus abAtheniense Xanthippo delebantur.Ergo libéra tandem erat G-rsecia, et servatâ libertatecupide fruebatur. Itaque superbâ exsultabunt lœtitiàAthenienses, cum recentem illam historiam iEschyluspoeta, qui ipse apud Marathona et Salaminam milespugnaverat, vividâ imagine civium ante oculos pro-ponet.On trouva dans le camp persique une énorme quantité de ri-chesses. La dime du butin fut dabord attribuée à chacun desDieux protecteurs, Apollon Delphien, Jupiter Olympien et NeptuneIsthmique : une part égale fut aussi attribuée à Pausanias, chefde larmée. Le reste fut partagé entre les alliés. On éleva auxmorts, sur le champ de bataille, des monuments dont les Platéensfurent constitués les gardiens.LXXIII. Le même jour que Mardonius était battu en Béotie, unebataille navale était livrée au pied du mont Mycale, sur la côteasiatique et les restes de la flotte barbare avec la dernière arméede Xerxès étaient détruits par lAthénien Xanthippc.Enfin donc la Grèce était libre et jouissait avidement de sonindépendance sauvée. Aussi les Athéniens seront-ils transportésde joie et dorgueil au souvenir de cette histoire récente, quandle poète Eschyle, qui était lui-même un soldat de Marathon et deSalamine, en mettra la vivante image sous les yeux de ses con-citoyens.
    • 160 EPITOME HISTORIE GHJECJE.LXXIV. Inducebatur in scenam Atossa regina,Xerxis mater, sollicita, plena curarum, et Persarumseniores anxie interrogabat.Atossa. amici, ubinam terrarum istas Athenassitas esse dicitur?Chorus. Hinc proeul, ubi sol, rex noster, déficitocciduus.Atossa. Atqui hanc urbem capere cupiebat filiusmeus?Chorus. Ipsam; illâ enim capta, tota Graecia régiobediens esset.Atossa. Num vero illi tantam virorum et militumcopiam babent?Chorus. Populus ille, qualis est, multa profecto mala•iam Médis inflixit.Atossa. An eorum in manibus fulgent acutae sa-gittee.Chorus. Nequaquam; lanceâ comminus pugnant,aspide protecti.Atossa. Quis autem dominus iis prœest populoqueimperat?LXXIV. On voyait paraître sur la scène la reine Atossa, mènde Xerxès, inquiète, soucieuse : elle interrogeait anxieusement lesvieillards perses.Atossa. mes amis, en quelle contrée de la terre dit-on questsituée cette ville dAthènes?Le chœur. Loin dici, du côté où le soleil notre maître disparaîtà son couchant.Atossa. Et mon lils désirait semparer de cette ville?Le chœur. Oui, car, Athènes prise, toute laGrèce obéirait au roi.Atossa. Les Athéniens ont-ils tant dhommes et de guerriers?Le chœdr. Ce peuple, tel quil est, na déjà infligé que trop depertes aux Mèdcs.Atossa. Est-ce que des flèches aiguës brillent dans leurs mains?Le chœur. Non. Ils combattent de près avec la lance, protégéspar un bouclier.Atossa. Quel est le maître qui les gouverne et qui commandeà ce peuple?
    • 162 EPITOME HISTORIE GRJECM.Chorus. Nullius viri servi sunt, nulli subjecti.Atossa. Quomodo igitur hostes irrumpentes susti-neant?Chorus. Ut sustinuerunt olim et deleverunt immen-sum illum et splendidum Darii exercitum.Atossa. Terribilia naiTas, senex, et quse profecto-rum ruatribus curas injiciant.LXXV. Tum superveniens nuntius pugnam Salami-niacam narrabat, et classis exscidium, et horribilemmilitum ducumque stragem, et régis fugam; et sériesingemiscebant :« Jupiter, ergo ferocem illum et innumerabilemPersarum exercitum delevisti, et urbes Susa et Ecba-tana nigro luctu operuisti! Et nunc multee feminseleneris manibus vestem lacérant, et sinum lacrimisperfundunt. Nunc tota gémit Asiatica terra, fîliisviduata; Xerxes eos abduxit, beu! Xerxes eos perdidit.Xerxes imprudenter in fluctus omnia pessumdedit.Le chœur. Ils ne sont esclaves daucun homme, ils ne sontsujets de personne.Atossa. Comment donc pourraient-ils soutenir le choc de lin-vasion?Le chœur. Comme ils lont soutenu jadis, quand ils ont détruitlimmense et magnifique armée de Darius.Atossa. Tes paroles sont terribles, vieillard, et propres à remplitdinquiétude les mères de ceux qui sont partis. »LXXV. Alors survenait un messager qui racontait la bataille deSalamine, le désastre de la (lotte, lhorrible carnage des chefs etdes soldats, et la fuite du roi; et les vieillards commençaientleurs lamentations :o Jupiter, tu as donc détruit cette immense et superbe arméedes Perses, et tu as plongé dans un sombre deuil les villes deSuse et ùEcbatane! Et t-.aintenant les femmes en foule déchirentleurs vêtements de leurs faibles mains et baignent leur sein deleurs larmes. Maintenant toute la terre dAsie gémit, privée de ses51s. Xerxes Jes a perdus. Xerxes, limprudent! a tout abîmé danses flots 1
    • 164 EPÏTOME HISTORIEE GR^EC^E.« Asise vero gentes jam non Persarum legibus obe-dient; jam non tributaa domino imposita pendent;neque in terrain prostratœ regiam majestatem adora-bunt; periit enim regia potestas. »Atque procedebat tandem Xerxes ipse, sordidâ vesteindutus, demisso capite. Senes autem ejulantes regeminterrogabant.« Ubi amicorum tuorum turbà? Ubi sunt qui tibiadstabant? Ubi Pharandaces, et Masistres, et fortisAriomardus? »Et rex cum gemitu respondebat : a Eos, heu!peremptos reliqui in litoribus Salaminiacis. Utinamme quoque mors cum ceteris abstulisset! Ego patripeterrae in exitium natus sum. Heu! mecum lamen-tare. »LXXVI. Jure quidem poetœ fabulœ plaudebantAthenienses. Persici enim belli prsecipuam sibi laudemvindicare poterant. Inde Spartanorum invidia.Athenarum mœnia a Persis deleta fuerant; ea Spar-a Les nations de lAsie nobéiront plus aux lois des Perses : ellesne paieront plus les tributs imposés par leur maître; elles nese prosterneront plus à terre devant la majesté royale : car lapuissance royale a péri. »Cependant Xerxès paraissait lui-même, les vêtements en dé-sordre, la tête baissée. Et les vieillards avec des cris de douleurinterrogeaient le roi.« Où est la foule de les amis? Où sont ceux qui se tenaientauprès de toi? Où est Pharandaces, et Masistres et le brave Ario-mardus? »Et le roi répondait en gémissant : « Hélas! tous tués! je les ailaissés sur les rivages de Salamine. Plût aux dieux que la mortmeût emporté avec les autres! Je suis né pour le malheur de mapatrie! Hélas! lamentez-vous avec moi!LXXVI. (.e nest pas sans raison que les Athéniens applaudis-saient lœuvre du poète. Car ils pouvaient revendiquer la plusgrande part de gloire dans la guerre médique. Cela excita la ja-lousie de Sparte.Les murailles dAthènes avaient été détruites par les Perses : or
    • 166 EPITOME HISTORIEE GUJEÇM.lani nolebant restitui, specio ne Barbari, si reverteren-tur, oppida illa munita occuparent et expelli non pos-scnt. Themistocles autem muros reficere statuit, etinvitis Spartanis refecit.Idem Piraeum ampliorem fecit, ornavit, eoque etnavalia et armamentaria transtulit, et portum, ut tutusesset, muro circumdedit.Ut vero Atheme semper re maritimà superioivsessent, jussit viginti novas trirèmes quotannieUt tandem augeretur civium numerus, illiu.s consilionova concessa sunt jura advenis et praesertim qperariisqui in Atiicam commigrarent.LXXVII. Sed Themistocles civium suorum invidiamnon effugit. Ex paupere eriim ditissimus factus erat;sua in patriam mérita libenter memorabat; superbeagebat.Timuerunt Athenienses ne tyrannidem aôectaret.les Spartiates ne voulaient pas quon les relevât, sous prétexte queles barbares, sils revenaient, occuperaient les places fortes, etquon ne pourrait les en déloger. Mais Thémistocle décida <ibâtir ces murailles, et en vint a bout malgré les Lacédémoniens.Il agrandit aussi le Pirée, le munit de tout, y transporta leschantiers et les arsenaux, et, pour mettre ce port à labri duneattaque, lentoura dune enceinte fortifiée.Afin que les Athéniens eussent toujours la supériorité sur mer,il ordonna que lon construisit tous les ans vingt nouvelles tri-ri mes.Enfin, pour accroître le nombre des citoyens, on accorda, dapnsses conseils, de nouveaux droits aux étrangers et surtout auxartisans qui venaient sétablir en Attique.LXXVII. Cependant Thémistocle ne put échapper a la jalousiede ses concitoyens. En effet, pauvre à lorigine, il était devenutrès riche, il rappelait volontiers les services quil avait rendus àsa patrie: en un mot, il se conduisait orgueilleusement.Les Athéniens craignirent quil naspirât à la tyrannie. Il fui
    • 168 EP1T0ME HISTORIEE GRMCJE.Itaque ipse, ut antea Miltiades et Aristides, ostracismecivitate ejectus est.Argos primum coucessit. Sed inite cum rege Persa-rum societatis accusatus est a Lacedaemoniis, et prodi-tionis damnatus. Igitur ad Admetum, Molossorumregem, deinde ad Artaxerxem, qui Xerxi successerat.confugit..Ad quem haec scripsisse dicitur : « Themistocles egoad te veni, qui omnium Graecorum plurima mala indomum tuam intuli. Nunc autem, ab universâ Grseciâexagitatus, ad te confugi> tuampetens amicitiam. Quamsi adeptus ero, non minus me bonum amicum habebis,quam fortem inimicum pater tuus expertus est. »Bénigne autem exceptus a rege, reliquam vitam egitMagnesise, ibique morbo obiit. Tradunt alii illum,cum régi se adjutorem promisisset ad opprimendamGrœciam, et scelus patraj-e nollet, venenum sponte suasumpsisse.donc banni par lostracisme, comme Miltiade et Aristide avant luiIl se relira dabord a Argos. Mais, accusé par les Lacédémonieiisdavoir noué des intelligences avec le roi de Perse, il fut condamnécomme coupable de trahison. Il chercha donc un refuge auprèsdAdmète, roi des Molosses; et ensuite auprès dArtaxerxès quiavait succédé à Xerxès.On dit quil lui écrivit une lettre ainsi conçue : « Cest Thémistoelequi vient à toi, après avoir fait à la maison plus de mal quaucunautre Grec. Mais aujourdhui, repoussé de toute la Grèce, je meréfugie auprès de toi et te demande ton amitié. Si je lobtiens.tu trouveras en moi un ami non moins fidèle que jai <Hé pour tonpère un ennemi redoutable. i>Le roi laccueillit avec bienveillance, et il passa le reste de savie à Magnésie, où il mourut de maladie. Dautres traditions rap-portent quayant promis au roi de laider à opprimer la Grèce etne voulant pas commettre ce crime, il prit volontairement dupoison.
    • 170 EPITOME HISTORIEE GBJECJE.LXXVIII. Tristior etiam Spartani Pausaniae finis.Ille, victorià sua Plataeensi elatus, tripodem aureumDelphis posuerat, in quo inscriptum erat. Pausaniaeductu Barbaros apud Plataeas esse deletos. Inscriptio-nem eraserunt Lacedaernonii, et monumento norninatantum inscripserunt civitatum, quarum auxilio Persaevicti fuerant.At Pausanias patriorum morum severitatem aegreferebat. Missus igitur in Tbraciam, occulta consiliacum Persis quibusdam nobilibus communicavit. Imo.ad Xerxem scripsit, filiam régis in matrimonium sibipostulans, et pollicitus contra se totam Grrœciam subregiam potestatem redacturum. Haec ab Epboris détectasunt, et Spartam revocatus Pausanias. Jamque illum incarcerem injicere parabant Ephori, cum sensit, et inMinervae templum confugit. Statim obstructae sunt fores,et miser inediâ consumptus est. Gum jam semianimisLXXVIII. La fin du Spartiate Pausanias fut encore plus triste.Enorgueilli par sa victoire de Platées, il avait consacré dans letemple de Delphes, un trépied dor avec une inscription rappe-lant que Pausanias commandait, quand les Barbares furent dé-faits à Plalées. Les Lacédémoniens effacèrent cette inscription etne gravèrent sur le trépied que les noms des cités qui avaientpris part à la défaite des Perses.Mais Pausanias ne supportait quavec peine la sévérité desmœurs de sa patrie. Envoyé en Thrace, il entra secrètement enrelations avec certains nobles Perses. Bien plus, il écrivit àXerxès pour lui demander en mariage une de 6es filles et luipromettre en retour de réduire toute la Grèce sous la dominationdu roi. La trahison fut découverte par les Éphores et Pausaniasfut rappelé à Sparte. Les Éphores allaient le jeter en prison;mais il sen douta et se réfugia dans un temple de Minerve. Onen mura aussitôt les portes et le malheureux mourut de faim. Ilétait déjà à demi mort, quand on lemporta hors du temple, de
    • 172 EPITOME HISTORIEE GR^ECjE.esset, de templo elatus est, ne sacrae sedes cadavere pol-luerentur.LXXIX. Ambobus major et morum innocentiâmagisverendus Aristides. Ille etiam ab inimicis Justus appel-labatur, et eo nomine ab universo populo consalutatusfuerat.Apud Marathona unus e decem ducibus erat, et Mil-tiadi diem suum cesserat. Ostracismo tainen Athenisexpulsus fuerat, quia populari factioni non favebat. Seddecem annos exsilii non expleverat. Imminente iterumpersico bello in patriam resti tu tus fuerat.Interfuit igitur navali pugnae apud Salamina, ibiqueadversus Eurybiadem et ceteros duces cum Themistoclestetit.Apud Platœas autem dux erat Atheniensium, et postvictoriam, omnibus Graeciœ maritimse civitatibus per-suasit, ut societatem inter se jungerent, et Atheniensespeur que lédifice sacré ne fût souillé par la présence dun ca-davre.LXXIX. Un homme plus grand queux et plus digne de respectà cause de sa probité, cest Aristide. Ses ennemis mêmes lappe-laient le Juste et le peuple entier lavait salué de ce surnom.A Marathon il était lun des dix généraux et il avait cédé aMiltiade son jour de commandement. Cependant lostracismelavait banni dAthènes, parce quil était opposé au parti popu-laire. Mais il navait pas achevé ses dix ans dexil. Aux approchesde la seconde guerre médique, on lavait rappelé dans sa patrie.Il assista donc à la bataille navale de Salamine, et là il serangea à lavis de Themistocle contre Eurybiade et les autreschefs.A Platées, il commandait les Athéniens et, après la victoire, ilpersuada à toutes les cités maritimes de former une confédéra-tion et de mettre à leur tête les Athéniens pour se défendre
    • 1^4 EPITOME HISTORIE GKJECJE.hujua societatis duces advcrsus Barbaros eligerent. Abeodem, omnium assensu, statutum est, quot homines,quotnaves, quantum pecuniae conferret quaeque civilas.Postea autem, cum in insulâ Delo constitutum estcommune sociorum aéra ri uni, idem aerario custos piu-positus est. Quod tam intègre administravit, ut, cumdecessit, vix reliquerit unde sepeliretur, et filiae publiéedotari debuerint.LXXX. Natus erat Pericles ab illo Xanthippo, quiPersas apud Mycalem montem vicerat. Mater autem insomnio sibi visa erat leonem parère, et paucis post die-bus Periclem edidit, quasi natura futuram infantismagnitudinem portendere voluisset.Is autem ab adolescentiâ magistros liabuit prasstan-tissimos : Damonem imprimis, virum musicse quidemperitissimum, sed oratoriœ etiam artis et civiliumcontre les Barbares. Il lit aussi régler unanimement le contingentde chaque cité en hommes et en vaisseaux, ainsi que sa contri-bution en argent.Plus tard, lorsque le trésor commun des alliés fut déposé aanslîle de Délos, il fut chargé de sa garde. Son administration fui siintègre quà sa mort il laissa à peine de quoi se faire ensevelir.et il fallut doter ses filles aux frais de lÉtat.LXXX. Périclès était fils de Xanlhippe qui avait vaincu lesPerses au promontoire de Mycale. Sa mère avait eu un songe,dans lequel il lui avait semblé mettre au monde un lion, et peude jours après elle eut Périclès; comme si la nature avait vouluprésager la grandeur future de lenTant.Des son adolescence il eut les maîtres les plus distingués :entre autres Damon, musicien très habile, mais non moins versédans lart oratoire et la science politique; et Zenon dÉlée, so-
    • 176 EP1T0ME HISTORIEE GRjECjE.rerum callidum; et Zenonem Eleaticum, subtilemsophislam, in omnibus ratiocinandi argutiis versatum.Sed praecipuus inter omnes fuit Anaxagoras Clazo-menius. Ab illo Pericles non abstrusee tantum philo-sophiae prseceptaaccepit, vcrum et totius vitœ rationem,et moderationem illam quâ semper usus est. Per illunididicit et suis affeclibus temperare, et populare inge-nium observare.LXXXI. Initio enim, cum vultu et suavi voce Pisis-tratum tyrannum repraesentare videretur, et ipse diveset nobilis esset, populum metuebat. Itaque a rébuspublicis prudenter abstinebat, et militise tantum operamdabat.Sed, postquam Aristides defunctus est, et Themisto-cles in exsilium ejectus, ausus est tandem contionemadiré et se populo ducem contra optimates prœbere.phiste ingénieux et rompu à toutes les finesses du raisonne-ment.Mais le plus remarquable de tous fut Anaxagore de Clazo-mène. Périclès reçut de lui non seulement les leçons dune philo-sophie abstraite, mais la règle de toute sa vie et les conseils demodération dont il ne se départit jamais. 11 apprit dAnaxagoreà maîtriser ses passions et à observer les dispositions dupeuple.LXXXI. En effet, au début, avec sa physionomie et sa voix har-monieuse qui rappelait le tyran Pisistrate, étant dailleurs, commelui, riche et noble, il redoutait la multitude. 11 sabstenait < 1 « . n «prudemment de ) rendre part aux affaires publique- el dc sadon-nait quaux travaux militaires.Mais après la mort dAristide et lexil de Tliémistocle, il osaenfin paraître dans lassemblée et soffrir comme chef au peuplepour le défendre contre les grands.
    • 178 EPITOME HISTORIEE GRJECM.Exinde imperium Athenis usque ad ultimum vitaediem obtiauit, et nullus unquam imperio melius adprocurandum civium utilitatem et patriae gloriamusus est.Ut ipse in vitâ privatâ simplex erat, ita pauperumnecessitatibus succurrere studebat. Neque tamen, utCimon, dux optimatum, plebi per fastum bortos suosspoliandos tradebat. At pauperrimos in colonias dedu-cebat, ibique iis agros distribui curabat. Ita, duminopise populi succurreret, urbem otiosâ et inquiétaturbâ sublevabat, et socios simul in metu per additoscolonos tenebat.LXXXII. lis autem, qui in urbe remanebant, permagna opéra, quœ suscepit, lucri occasionem dédit, etnunquam operarii niajorem sui laboris mercedem acce-perunt.Praeterea civibus, qui contioni adessent aut judicumminneribus fungerentur, constituta est merces, ne quis-Dcs lors il conserva le pouvoir dans Athènes jusquau dernierjour de sa vie, et jamais personne nen fit un meilleur usagepour le bien des citoyens et la gloire de la patrie.Simple dans sa vie privée, il montrait dailleurs un grand em-pressement à subvenir aux besoins des pauvres. Cependant on nele voyait pas comme Cimon, chef de la noblesse, laisser parostentation dépouiller ses jardins à la foule. Mais il envoyait 1rsplus pauvres fonder des colonies et leur faisait distribuer desterres. Ainsi tout en soulageant la misère du peuple, il délivraitla ville dune foule oisive et turbulente, et en même temps iltenait les alliés en respect par la présence de ces colons.LXXXII. Pour ceux qui restaient dans la ville, les grands tra-vaux quil entreprit furent une source de profits, et jamais lesartisans ne reçurent des salaires plus considérables.En outre les citoyens qui assistaient à lassemblée ou qui exer-çaient des fonctions judiciaires eurent une rémunération fixe,
    • 180 EPITOME llISTOliliE GRJ3C/E.quam publica officia gravaretur aut négligerez Mili-tanlibus autem aucta stipendia.Si quis vero, ob aetatem vel infirmitates, nec inili-tare, nec laborare posset, ei publiée subveniebatcivilas.Givium denique pro patrià defunctorum liberi, inpublicis aedificiis, pubiico sumptu educabantur, donecipsi patriae inservire possent. Vêtus erat bœe eonsue-tudo; sed eam renovari voluitPericles etjussitpopulus.LXXXIII. Nec satis habebat Pericles pauperumnecessitatibus succurrere. .Voluit et nobiles spiritus inanimis excitare. Ideo festa deorum et frequenliora etampliora fecit, et veteri festorum pompée certaminamusicee et poetica spectacula addidit.Delectabantur autem cives, et simul magnos conci-piebant sensus, cum dulcedine carrninum mulcerenlur,et celebratâs in scenâ patrum laudes cernèrent.pour que personne ne rejetât le fardeau des devoirs politiques oune les négligeât. 11 augmenta aussi la solde militaire.De plus, celui que lâge ou les infirmités rendaient incapable deporter les armes ou de travailler, recevait une subvention de lÉtat.Enfin les enfants des citoyens morts pour la patrie étaientélevés dans des éililices publics, aux frais du public, jusquà cequils pussent à leur tour servir la pairie. Cétait une vieillecoutume; mais Périclès voulut la renouveler et le peuple y con-sentit.LXXXIII. Périclès ne se contenta point de subvenir aux besoinsdes pauvres. 11 voulut aussi éveiller dans les unies de noblessentiments. 11 multiplia donc les fêtes en lhonneur des dieux etleur donna plus de grandeur, en ajoutant au* antiques cérémo-nies des concours de musique et des spectacles poétiques.Les citoyens y prenaient grand plaisir et en même temps con-cevaient de grandes pensées, alors quils étaient charmés parlharmonie des vers et quils voyaient célébrer sur la scèno lesgloires de leurs ancêtres.
    • 182 EPITOME HISTORIEE GRiECiE.At Pericles urbem ipsam decorare statuit, ut Graeciaedominatricem decebat. Gonfestim innumerae operario-riim et artifîcurn catervae operi incubuerunt. Et brevitempore Athenae magnifica ostentabant monumenta,quorum nunc ctiam ruinœ hominibus admirationemincutiunt.LXXXIV. Dux operis Phidias; laboris socii multiet egregii artifices.Ictinus et Gallicrates Parthenonem, illustre illudPalladis templum, arte perfectâ exstruxerunt.At in templo posita fuit a PhidiàDeae statua, ex auroet ebore ficta, - gemmis distincta, artis miraculum.Dextrâ lanceam, lsevâ Victoriae effigiem Dea sustinebat.Summâ autem in casside sedebat Sphinx, divinse mentissignum ; in anticâ parte, equi octojuges citato cursuprorumpebant. Pedibus acclinis erat Dese clypeus, exte-viore parte Atheniensium etAmazonum certamen csela-Mais Périclès résolut dembellir la ville elle-même, comme ilconvenait à la reine de la Grèce. Aussitôt dinnombrables troupesdouvriers et dartistes se mirent à lœuvre. Et en peu de tempsAthènes put montrer des monuments magnifiques, dont les ruines,encore aujourdhui, nous frappent dadmiration.LXXXIV. Phidias dirigea les travaux; mais il eut pour collabo-rateurs une foule dartistes distingués.Ictinus et Callicrate furent les architectes du Parthénon, ce fa-meux temple de Pallas, qui est un chef-dœuvre.Dans le temple fut dressée par Phidias la statue de la déesse,faite divoire et dor, et ornée de pierres précieuses, une merveillede lart 1 La main droite de la déesse portait une lance, la gau-che une statue de la Victoire. Sur le cimier du casque était assisun sphinx, symbole de la pensée divine. Sur le devant, huit che-vaux attelés sélançaient au galop. Aux pieds de la déesse repo-sait son bouclier, sur la face extérieure duquel était ciselé lecombat des Athéniens et des Amazones; sur la face intérieure
    • 184 EPITOME HISTORIE GïUECM.tum gerens; ininteriore autem finxeratarlifexG-igantasadversus cselestes Deos rebellantes, interquos eminebatPallas, cum pâtre Jove Telluris natos impugnans.iEdifîcii autem in fronte Panathenaicorum pompadevolvebatur, variis picta coloribus.Sic Dea, in Acropoli stans, de celso monte urbemet mare prospiciebat, et civitati suae invigilare vide-fa atur.LXXXV. Multa alia exstructa fuerunt aedifîcia etmagnifiée ornata, nec sine magnâ impensâ.Itaque Periclis inimici primum mussabant, et popu-lum in ducem prodigum excitare clam tentabant. Hlumtandem apud contionem insimulavere, quod publicasfortunas et sociorum thesauros in lapides profunderet.« Athenienses, ait Pericles, num putatis me nimiossumptus facere? — Nimios certe, respondet turba. »Ad hœc ille : « Optime, inquit; haec igitur impendialartiste avait figuré les géants en révolte contre les dieux, parmilesquels on distinguait Pallas combattant, avec son père Jii|les fils de la Terre.Sur les frises de lédiûco, se déroulait la procession des Pana-thénées, peinte de diverses couleurs.Ainsi la déesse, debout sur lacropole, voyait de celte haulla ville ainsi que la mer et semblait veiller sur 6a citéLXXXV. Beaucoup dautres édifices furent construits et Bmagnifiquement, non sans de grandes dépenses.Cest pourquoi les ennemis de Périclès commençaient à mur-murer et excitaient secrètement le peuple contre un chef pro-digue. Enfin ils laccusèrent dans lassemblée de dépenser enblocs de pierre la fortune publique et les trésors des alliés.$ Athéniens, dit Périclès, trouvez-vous que je dépense trop? —Beaucoup trop, répondit la foule. — Fort bien, répliqua-t-il : ce
    • 186 EPITOME HISTORIE GRMCJE.non vestra erunt, sed mea; omnibus autem illis dona-riis ego solus meum nonien inscribam. »Tum, sublato clamore, jubet populus ut impensa depublico fiât, sine ullâ parcimoniâ.LXXXVI. At Pericles interea, dum litteris et artibusfavet, rerum civilium curam non negligebat. Non bel-lum adversus Persas renovare cogitabat. Id unumcupiebat, ut principatum, quem Athenienses in mari-timâ Grreeciâ tenebant, firmaret. Itaque rebellantesSamios et societatem rumpere conatos bello persecutusest, donec victi deditionem facerent.Quin etiam Grœcos omnes societate perpétua jungerevoluisset. Quare decretum fecit, quo universas civitates,seu parvas, seu magnas, rogabat, ut Athenas legatosmutèrent, deliberaturos de restituendis templis barba-rico bello incensis, de sacrificiis pro Graeciae salute innest pas vous qui supporterez ces dépenses, cest moi; mais surces édifices consacrés par moi, je ninscrirai que mon nom. »Une clameur sélève, et le peuple ordonne que le trésor publicsubvienne à toutes les dépenses sans aucune parcimonie.LXXXVI. Mais Périclès, en favorisant les lettres et les arts, nenégligeait pas les intérêts politiques. II ne songeait pas à re-commencer la guerre contre les Perses. Il se proposait seulementdaffermir la suprématie que les Athéniens exerçaient sur laGrèce maritime. Cest pourquoi, lorsque les Samiens révoltéssefforcèrent de rompre le lien qui les unissait à la confédération,il leur fit la guerre, jusquà ce quil les eût réduits à se sou-mettre.Il aurait môme voulu fonder entre tous les Grecs une ligue in-dissoluble. Il fit donc un décret par lequel il engageait toutes lescités, petites ou grandes, à envoyer des députés à Athènes pour déli-bérer sur la reconstruction des temples brûlés par les Barbares;sur linstitution de sacrifices quon avait voués en commun pourle salut de la Grèce, mais qui nétaient pas encore accomplis;
    • 188 EPITOME HISTORIE GR^ECjE.commune votis, necdum ratis, denique de navigantiumtutelâ et securitate.Igitur perdiversas regiones missi sunt viginti senes,qui de propositâ societale cum civitatibus colloque-rentur. Ûlud vero consilium invidiâ Lacedaemonioruminterceptum est; timebant enim ne, si Athenas conve-nirent civitatum legati, augerentur etiam Atheniensiumauctoritas et potentia.LXXXVH. Jam pluriesutriusquecivitatis inimicitiapatuerant; inducias tandem annorum triginta pacUeerant. Sed pax non ultra quintum decimùm annumduravi t.Prœter enim vetera sua odia, excitabantur Lacedœ-monii a Megarensibus et Gorinthiis, Athenarum ini-micis. Plataeenses autem a Thebanis petiti et ab Athc-niensibus defensi belli causam praebuere.Statim Archidamus rex cum sexaginta millibushominum Atticam invasit. Pericles, contra, ruricolasomnes ex agris in urbem confugere jusserat. Lacedse-et enfla sur la protection et la sécurité a garantir aux naviga-teurs.Il envoya donc dans les diverses contrées vingt vieillards quidevaient sentendre avec les cités au sujet de la ligue proposée.Mais ce dessein échoua par la jalousie des Lacédémoniens : oarils craignaient que si les députes des villes grecques se réunis-saient à Athènes, lascendant el la puissance des Athéniens nenfussent encore accrus.LXXXVH. Plusieurs fois déjà lhostilité des deux peuples sétaitfait jour : cependant une trêve de trente ans avait été conclue.Mais la paix ne se maintint pa3 au delà de quinze ans.En effet, indépendamment de leurs vieilles rancunes, les Lacé-démoniens étaient excités par les Mégariens et les Corinthiens,ennemis dAthènes. Dautre part, les Platéens attaqués par lesThébains furent défendus par les Athéniens, et ce fut une causede guerre. /Aussitôt le roi Archidamus envahit lAltique avec soixante millehommes. Périclès de son côté avait ordonné" à tous les habitantsdes campagnes de se réfugier dans la ville. Les Lacédémoniens
    • 190 EPITOME HISTORIEE GtUECM.monii igitur usque ad Acarnanum vicum, non proculab urbe, processerunt.Lamentabantur rustici, cum suos agros vastatos vidè-rent; juvenes autem fremebant, et erumpere volebant,ut cum hoste manum consererent. At omnes continuitPericles, dicens arbores quidem amputatas recrescere,hominum aotem jacturam non facile reparari. Et pau-cos tantum équités emisit, qui hostem lacesserent. Hicvero post triginta dies ex Atticâ decessit.LXXXVÏÏI. Dum hsec terra gerebantur, classis Athe-niensium cum quinquaginta Gorcyrœis navibus Pelo-ponnesi oras vastaverat. Profectis autem Lacedsemoniis,Pericles ipse exercitum adversus Megara duxit, etiEginam insulam occupavit.At hieme, civium pro patriâ defunctorum faneramagnâ pompa celebrata sunt.Sub tabernaculo exposita sunt ossa, cupressinis lectisrecubantia. His imposita parentum, propinquorum autsavancèrent donc jusquau bourg dAcarne, à peu de distancedAthènes.Les paysans se lamentaient, à la vue de leurs champs dévas-tes; et de leur côté les jeunes gens frémissaient dimpatience etvoulaient faire des sorties, pour en venir aux mains avec lennemi.Mais Périclès sut contenir les uns et les autres, en disant que lesarbres coupés repousseraient, mais que la perte dhommes nétaitpas facile à réparer. Il se contenta donc de faire sortir quelquescavaliers pour harceler lennemi. Celui-ci se retira au bout detrente jours.LXXXVIII. Tandis que ces événements se passaient sur terre, laflotte des Athéniens avec cinquante navires de Corcyre avait dé-vasté les côtes du Péloponnèse. Après le départ des LacédémoniensPériclès en personne conduisit une armée contre Mégare et occupalîle dÉgine.Lhiver, les funérailles des citoyens morts pour la patrie furentcélébrées en grande pompe.Sous une tente furent exposés les corps couchés dans des cer-cueils de cyprès, sur lesquels on plaça les offrandes des parents,
    • 192 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.amicorum dona. Post triduum autem, currus, lentogradu per urbem procedentes, funèbres lectos ad Gera-micum tulerunt, sequentibus mortuorum conjugibus etliberis, et comitante magnâ civium et externorûmturbâ.Ibi, postquam ossa publico tumulo sepulta fuerunt,et sacra perfecta, Pericles defunctos laudavit. Quâoratione, ab Athenarum laudibus exorsus, cives super-stites hortabatur, ut ipsi pro tali patriâ mori^discerent.LXXXIX. Anno sequente, Archidamus denuo bcllumin Atticam intulit, atque agros iterum vastavit. Sedpesti-s Atticam invaserat, et hostis malum bello terribi-lius propere fugit.Morbus ille, ex ^Egypto allatus, Pireeum primuminfestavit. At mox in multiludinem intra muros urbisglomeratani incredibili violentiâ ingruit, ac brevi tem-des proches et des amis. Au bout de trois jours des chars savan-çaut dune allure lenle à travers la ville, portèrent les lits fu-nèbres au Céramique, suivis des femmes et des enfants des morts,et accompagnés dune foule immense de citoyens el détrangers.Là, après que les corps eurent été ensevelis dans un tombeaupublic et les rites accomplis, léiiclès prononça léloge desmorts. Dans ce discours, il faisait dabord le panégyrique dAHan* set exhortait les survivants à apprendre eux aussi à mourir pourla pairie.LXXXIX. Lannée suivante, Archidamus porta la guerre danslAttique une seconde fois et ravagea de nouveau ses qampagMais la peste avait envahi lAttique, et lennemi Compressa defuir devant un fléau plus terrible que la guerre.La maladie, apportée dEgypte, infesta dabord le Pirée. Bien-tôt elle éclata avec une incroyable violence au milieu de la mul-titude entassée dans la ville, et en peu de temps elle Ut des pi o-
    • 194 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.pore per omnes civium ordines grassatus est; necdivitiinagis quani pauperi parcebat, nec senectcC, nec juven-tuti.Qui malo corripiebantur, interiore igni ardebant, etsiti impulsi se in puteos prœcipitabant. Plerisque septi-inus aut nonus dies mortem afferebat. Nec medicorumscientia, nec preces aut vota quemquain allevare pole-rant.Prœterea, cuni quisque sibi mortem imminere vide-ret, omnes, confusâ bonorum et malorum notitiâ, idunum cogitabant, ut reliqua vitâ fruerentur, et involuptates ruebant.XG. His igitur malis exacerbatus populus vebemen-ler querebatur. Perieles autem, ut civium iras placaretel simul hostibus incommodaret, cum centum et quin-quaginta navibus armatis profectus, Argolidis litorapopulatus est. el civitates quasdam in Laconiâ occupa-vit. Secl Epidamnum frustra cxpugnare conatus. Alhe-rapides dans tous les rangs de la population. Les richesnétaient pas plus épargnés que les pauvres, cl les vieillards queles jeunes gens.Ceux qui étaient saisis par le fléau, brûlaient dun feu intérieur,et, poussés parla soif, se précipitaient dans les puits. Presque tousmoururent le septième ou le neuvième jour. La science des mé-decins, les prières et les vœux étaient impuisp ;rsonne.En outre, comme chacun voyait la morl suspendue sur sa tête,tous perdant la notion du bien el du mal. ne pensaient plus quàjouir dun reste de vie, et se plongeaient dans les plaisirs.XG. Le peuple exaspéré par ces matiK se plaignait avec amer-tume. Périclès, pour apaiser la colère des citoyens, et, en mêmetemps, pour nuire à lennemi, partit avec une flotte de cent cin-,quaule vaisseaux, ravagea les côtes de lArgolidc et occupa quel-ques bourgs de la Laconie. Mais il essasa vainement de semparer
    • 196 EP1T0ME HISTORIEE ÛKMCM.nas redire coactus esl, quia peslis exercilum inva-serat.Tum plebs irata, duci infelici, auctore Gleone, im-perium ademit, et quinquaginta talcntûm multam irro-gavit.Domesticis insuper premeLatur inforluniis. Pesteenim subinde et sororem, et filium natu majorem, etamicorum carissimos amisit. Neque tamen animumdespondit.Superstes erat filius alter, Paralus, quem unice dili-gebat. Hune etiam morbus abstulit. Tum demum victaest viri constantia; nempe, cum mortuo coronam im-posuit, conspectâ sua calamitate, ita dolore frac tus est,ut ejulatum emiserit et vim lacrimarum profuderit.XGI. At populus neminem imperio digniorem inve-nerat. Itaque, conversis animis, Periclem ad res geren-das revocavit. Sed non diu gessit. Ipse enim morbo cor-reptus est.Gum jam moriturus esset, assidentes amici de ipsiusdEpidamne : il fut contraint de retourner à Athènes parce quela peste avait envahi son armée.Alors le peuple irrité ôta le pouvoir à son chef malheureux,sur la proposition de Cléon et lui infligea une amende de cin-quante talents.Périclès était dailleurs accablé par ses infortunes privées. Lapeste lui avait ravi successivement sa sœur, son fils aîné et lesplus chers de ses amis. Cependant il ne perdit point courage.Il lui restait son second fils Paralus, pour lequel il éprouvaitune tendresse particulière. Le mal lenleva aussi. Alors seulementla constance de ce grand homme fut vaincue : quand il posa lacouronne funèbre sur le front du cadavre, mesurant toute léten-due de son malheur, il se sentit brisé par la douleur au pointquil poussa un cri et versa un torrent de larmes.XCI. Le peuple navait trouvé personne qui fût plus digne decommander. Il revint donc à de meilleurs sentiments et remit àPériclès la direction des affaires. Mais il ne la garda pas long-temps. Lui-même en effet fut atteint par le fléau.Comme il était sur le point de mourir, ses amis assis à son eue-
    • 198 EPITOME HISTORIE GKMCJE.virtute et potentiâ inler se colloquebanlur, et facta virimemorabant, et novem iropaea numerabant, quœ duxetvictor pro palriâ statuerat.Pericles autem, quem jam sensu privatum credebant,ila eos compellavit : « Miror ego vos haec laudare, quœmihi cum mullis communia sunt, àtque illud, quodmaximum et praestantissimum est, non memorare.Nullus enim Atheniensium propter me atram vesteminduit. »Vere quidem meruerat magnus ille vir, ut ipsumgrato animo vererentur cives, et ejus nomen memoriâin seternum servarent posteri.XCII. Nullam enim retatem unquam viderunt Athenseaut libertate insigniorem, aut potentiâ majorem, autlitteris et artibus illustriorem.Jam a Persicis bellis, atticum ingenium, quasidivino spiritu lactum, aliquid vividiuset alacrius cepe-rat. Tum vêtus illa Tragœdia, a Thespi olim inventa,vet, sentretenaient de ses vertus et de sa puissance, rappelaientses grandes actions et énuméraient les neuf trophées quil avait,élevés, comme général victorieux, en lhonneur de sa patrie.Périclès, quils croyaient déjà privé de connaissance, leuradressa la parole: «Je métonne, leur dit-il, que vous me donniezdes louanges qui me sont communes avec beaucoup dautres clque vous passiez sous silence ce que jai fait de plus grand et deplus beau : car aucun Athénien na pris le deuil à cause de moi. »En vérité, ce grand homme avait bien mérité que ses conci-toyens lui témoignassent une vénération reconnaissante, et que sonnom vécût éternellement dans le souvenir de la postéritéXCII. En effet, â aucune époque, Athènes ne vit sa liberté plusbrillante, sa puissance plus grande, ses arts et sa littérature plusflorissants.Déjà au sortir des guerres médiques, le génie attique, commeanimé dun souffle divin, avait pris un caractère plus vif et plusalerte. Cest alors que lantique tragédie, inventée jadis par Thespis,
    • 200 EP1TOME HISTORIE GB.JECJE.^Eschylo canente, vocem tollit. Ille enim nunc Persasapud Salamina victos inducit in scenam, et civiumanimos generosâ simul ferociâ etpatriee studio accendit;nunc Prometheum ostendit Deorum sécréta miserishominibus detegentem, aut Nernesin, fati ministram,a noxiis pœnas exigentem ; et religiosum quiddam men-tibus imprimit.^Eschylo autem paulo junior, Sopliocles fatalesŒdipi casus, et triste exsilium, et mortem, et misera-bilem Antigonsc pietatem spectantibus proponit.Tertius vero, nec minus admirandus, Euripides aliisartibus animos movet, et modo Alcestem pro conjugese devoventem, modo Medeœ crudeles iras et ultionemvividis coloribus pingit. Hujus aliquando carminarecitata captivos a servitute, patriam ipsam ab exscidioservabunt.XGIII. Eodem tempore, Aristophanes, in Gomœdià.hausse le ton dans les vers dEschyle. Cest lui qui tantôt, fai-sant paraître sur la scène les Perses vaincus à Salarnine, en-ilamnie les cœurs de ses concitoyens dune généreuse fierté et delamour de la patrie; tantôt leur montre Prométhée découvrantles secrets des dieux à la misérable humanité, ou Némésis, mi-nistre du Destin, punissant les coupables, et ainsi il imprimedans les âmes une religieuse terreur.Un peu plus jeune quEschyle, Sophoele met sous les yeux desspectateurs les fatales aventures dOEdipe, son douloureux exil,sa mort, et la piélé filiale, si touchante, de sa fille Antigone.Le troisième de ces poètes, non moins admirable que ses de-vanciers, Euripide, fait naître lémotion par dautres moyens :cest Alceste qui se dévoue pour son époux; cest Médée, dont ildépeint avec les plus vives couleurs les colères et limpitoyablevengeance. Un jour ses vers récités sauveront des captifs de laservitude et sa patrie elle-même de Ut destruction.XGIII. A la même époque, Aristophane dans la comédie, amuse
    • 202 EPITOME IIISTORI.E GR^ECiE.Athenienses oblectat simul et flagellât, née tirnei i.iscenam populum ipsum iruluccre cum habitu et per-sonà senis imbecilli, quem omnes illudunt.Stabat in Acropolis clivo Bacchi tbeatrum, tara am-plum, ut triginta millia spectanlium continere posset.Et vix sufficiebat, acleo spectaculorum erant avidi Athe-nienses ! Cum enim celebrarentur scenici ludi, anteluceni surgebant, et ad theatrum fréquentes propera-bant, et inter se pulsabant, ut prima sedilia occupaientet rein propius visèrent. Nec ridendo vel adrnirandolassari poterant.XGIV. Idem vero populus orationum curiosus erat,et, cum verba facturus esset vir aliquis dicendi peritus,in contione frequens aderat. Eloquentia enim eâ aetatemaxime floruit.Pericles, inter primos, audientes canorâ voce et arledelectabat. Olim, cum post Samium bellum defunctosmilites publiée laudaret, tam vividis affectibus animosles Athéniens en même temps quil fustige leurs vices, et il no,craint pas de montrer sur la scène le peuple lui-même sous lecostume et le masque dun vieillard imbécile, dont tout le mondese joue.Sur la pente de lAcropole sélevait le théâtre de Bacchus. sivaste que trente mille spectateurs pouvaient y trouver place En-core était-il à peine suffisant tant les Athéniens étaient avidispectacles. Lorsquon célébrait les jeux scéniques, ils se levaientavant le jour et se rendaient en foule au théâtre, se bousculantpour occuper les premières places et voir de plus près. Ils nepouvaient se lasser de rire et dadmirer.XC1V. Ce peuple nétait pas moins passionné pour les beauxdiscours, et lorsquun grand orateur devait prendre la parole, onse portait en foule à lassemblée. Cest à cette époque en effetque léloquence fut surtout florissante.Périclès était un de ceux qui charmait le plus ses auditeurs paisa voix harmonieuse et par son talent. Un jour quaprès la guerrede Samos il louait publiquement les soldats morts, il émut si
    • 204 EP1TOME HÏSTORÎiE GÏUECAÎ..movit, ut finitâ oratione, in eum, velut in athletamvictorem, feniinie flores conjicerent. Tum quidem, utvidetur, k&C verba adeo celebrata pronuntiavit : « Hicanuus ver suum amisit. »Quem juxta alii norninari possunt, Antiphon, Ando-cides, Lysias, diserti homines, quorum nunc etiamexstant sermones aliquot non conteninendi.XGV. In Historiâ tum floruit Herodotus. Is quidemHalicarnassi, in Asiâ Minore natus erat, sed Athenisvitam pâme totam egit, et Athenis primum operis frag-menta, inter festa Minervae, recitavit. Eâ autem historiâGrseci adeo delectati fuerunt, ut novem operis librosMusarum nominibus designarent. Nos quoque, cumveterem Herodotum legimus, post tôt secula non minus,quam Graeci, delectamur.Mox Thucydides bellum Peloponnesiacum, cujusfortement les esprits quà la lin de son discours, les femmes lecouvrirent de fleurs comme un athlète victorieux. Cest alors pro-bablement quil prononça ces paroles tant vantées : a Lannée aperdu son printemps ».A côté de lui on peut nommer Antiphon, Andocide, Lysias,orateurs divers, dont il reste encore des discours très estimables.XGV. Dans le genre historique florissait alors Hérodote. Il étaitné à Halicarnasse, en Asie Mineure, mais il passa presque toutesa vie à Athènes et cest là quil lut publiquement pour la pre-mière fois des fragments de son œuvre, aux fêtes de Minerve. Cettehistoire plut tellement aux Grecs quils en désignèrent les neuflivres par les noms des neuf Muses. Et nous aussi, quand nouslisons le vieil Hérodote après tant de siècles, nous ne sommespasmoins charmés que les Grecs.Bientôt Thucydide racontera la guerre du Péloponnèse à laquelle
    • 206 EPITOME HISTORIEE GR.EC.E.ipse particeps fuerat, narrabit. Minus ille jucuadus e!amabilis quam Herodolus; scveriore enim scribendigénère usus est; sed refertum est opus et meditatisjudiciis et gravibus sentenliis, et legentibus vivamrerum et hominum imaginem proponit,Paulo serius veniet Xenophon Atheniensis, dulcis etamabilis scriptor, Herodoti et Thucydidis semulus,quamvis utroque sit inferior.XGVI. Scientiae quoque, iis temporibus, floruerunt,et gaudebat Pericles cum doctis viris de mathematicâ,physicâ et astronomicâ confabulari.Musicœ autem praecipuarn curam dédit. Voluit enimvocum et instrumentorum concentus, ad populi volup-tatern, edi. Ideo vastum exstruxitœdificium, rotundum,ad imaginem Xerxis tentorii, quod Odeum dicebatur.Xec omittenda est Philosopliia. «Tarn supra memora-il avait pris part. Moins agréable et moins aimable quHérodote,il écrit dun style plus sévère; mais son œuvre, pleine de juge-ments réfléchis et de graves pensées, offre au lecteur un vivanttableau des événements et des personnages.Peu après viendra lAthénien Xenophon, écrivain aimable etdoux émule dHérodote et de Thucydide, mais inférieur à lun eta lautre.XCVI. Les sciences brillèrent aussi dun vif éclat à cette épo-que: et Périclès aimait à sentretenir avec les savants des mathé-matiques, de la physique et de lastronomie.11 soccupa spécialement de la musique. Il voulut quil y eûtdes concerts de voix /et dinstruments, poui; lagrément du peu-ple. 11 fit construire, à cet effet, un vaste édifice de forme circulaire, à limage de la tente de Xerxès : on lappela lOdéou.Nomettons pas ici la philosophie. Nous avons déjà dit plus
    • 208 EP1TOME HISTORLË GRJECM.viinus Periclein Anaxagorâ et magistro et amico usurnesse. Non obliviscendum est iisdem illis temporibusvixisse Socratem.XCVH. Ille quidem nihil scripsit;-sed per urbemdeanibulabat, vel in palœstrâ" aut rure, prope Gephisiripas sedebat, et nunc sophistarum argutias per jocumrefellebat, nunc, cum selectis adolescentibus confabu-latus, audiectes docebat quœ sint vera, quœ falsa, quaefugienda, quœ petenda.Primus Socrates philosophiam, ut aiunt, de cœlodeduxit; scilicet abstrusas et subtiles de rerum naturâqusestiones repudiavit, et omnem suam doctrinam admorum disciplinam vertit.Ut Homerus omnium poetarum pater dictus est, itaa Socrate nata est omnis Grsecorum philosophia. Abillo enim pendent et Plato, apis attica, et Aristoteles, et.quicumque postea alterutrius discipuli fuerunt.haut quAnaxagore fut le maître et lami de Périclès. 11 ne fautpas oublier que ce temps est aussi celui où vécut Socrate.XCVII. Socrate na rien écrit, mais il se promenait dans laville, dans la palestre ou à la campagne, il sasseyait sur lesbords du Céphise et tantôt il réfutait en se jouant les argutiesdes sophistes, tantôt, dans ses entretiens avec lélite de la jeu-nesse, il enseignait à ses auditeurs ce qui est vrai et ce qui estfaux, ce quil faut fuir et ce quil faut rechercher.Socrate fut le premier qui fit, comme on la dit, descendre laphilosophie du ciel sur la terre : cest-à dire que répudiant lisquestions abstraites et subtiles sur la nature du mondé, il tournatout son enseignement du côté de la morale.De même quHomère a été appelé le père de tous les poèle9,on peut dire que Socrate a donné naissance à toute la philoso-phie des Grecs. A lui se rattachent Platon, labeille altique, etAristote, et tous ceux qui, dans la suite, furent les disciples delun et de lautre.
    • 210 EPITOME HISTORIEE GBJECM.Vir tamen ille, omnium sanctissimus, morte damna-tus est, tanquam si juvenum animos falsâ doctrina cor-rumperet. Hortabantur amici ut e carcere fugeret"; sednoluit patriae legibus non parère, et discipulos interplorantes ipse tranquillus cicutam hausit.XGVHI. Mortuo Pericle, bellum uterque populusmagnâ vi et crudelitate persecutus est. Mitylenenses,socia civitas, rebellaverant; captam urbem Atheniensesfunditus diruerunt, agros suis civibus diviserunt, etmille captivos trucidaverunt.Lacedaemonii, contra, Platseenses, post bienniumtandem expugnatos, occiderunt. Mulieres in servitutemredactœ sunt; urbs ipsa, quee olim, Persico bello, obcivium virtutem sacra déclarata fuerat, solo sequata est,et ager Platœus Thebanis, veteribus Platœensiuminimicis, in perpetuum datus.Cependant ce grand homme, la vertu même, fut condamné àmort sous prétexte quil corrompait la jeunesse par ses faussesdoctrines. Ses amis lengageaient à sévader de sa prison; maisil ne voulut pas désobéir aux lois de sa patrie, et au milieu deses disciples en pleurs, il vida paisiblement la coupe de ciguë.XCV1II. Après la mort de Périclôs les deux peuples continuèrentla guerre avec beaucoup de violence et de cruauté. Les Bityléniens.peuple allié dAthènes, avaient fait défection : leur ville fut priseet détruite de fond en comble, leur territoire fut partagé entre lescitoyens, et mille captifs furent égorgés.Les Lacédémoniens de leur côté massacrèrent les Platéens forcésenfin après deux ans de siège. Leurs femmes furent réduites enservitude; leur ville même, qui, après les guerres médiques, avaitété déclarée sacrée en récompense du courage de ses habitants,fut entièrement rasée, et le territoire de Platées fut donné à per-pétuité aux Thébains, de tout temps ennemis des Platéens.Dans dautres cités, les grands et le peuple se déchiraient mu-
    • 212 EPITOME HISTORIEE GKJECJE.Aliis autem in civitatibus, optimates et plebeii seinvicem lacerabant, et mutuis civium ctedibus urbescruentabantur. Adeo belli consuetudo mores corrum-pit; et animis hominum vim et crudelitatem infundit!XGIX. At Demosthencs, dux Atheniensis, Pylum inMesseniâ occupaverat, unde toti Peloponneso imminerevidebatur.Statim igitur Laccdœmonii in Spbacteriam insularn,Pylo opposilam, quadringentos et viginti hoplitas mit-lunt, ut hosti portûs aditum et exitum adimant. Hivero, ab Atheniensibus undique interclusi, postquamimpugnantibus fortiter restiterunt et famem passi fue-runt, inopiâ victi, deditionem facere coacti sunt.Plerique autem e nobilissimis Spartae gentibus ortierant. Quare pudore simul et desperatione Lacedsemo-nii capti sunt, prœsertim cum paulo post Gorinthios aNiciâ victos, et vastatam ab eodem Laconiam cernèrent.Luellement, et le sang des deux partis coulait dans les villes, tantles guerres prolongées altèrent les mœurs et inspirent aux hommesdes sentiments violents et cruels.XCIX. Cependant Démosthène, général Athénien, avait occupéPylos enMessénie, et de là il semblait menacer tout le Péloponnèse.Aussitôt les Lacédémoniens envoient dans lîle de Sphactérie,située en face de Pylos, quatre cent vingt hoplites, pour fermer àlennemi lentrée et la sortie du port. Mais cette garnison, bloquéede tous côtés par les Athéniens, après avoir fait une courageuserésistance et souffert les horreurs de la faim, fut vaincue par lafamine et contrainte de capituler.La plupart de ces soldats appartenaient aux plus nobles famillesde Sparte. Les Lacédémoniens furent donc saisis de honte et dedésespoir, dautant plus quils virent bientôt après les Corinthiensvaincus par Nicias et la Laconie dévastée par le même général.
    • 214 EPITOME HISTORIEE GRjECLE.G. Igitur ad veteres Graciée hostes converteruntoculos, et legatos, a Magno Rege auxilium petituros,mittercsustinuerunt, Leonidae etThermopylarum obliti.Res autem Brasidas restituit, et civium animos erexit.Stagira enim et Amphipolim expugnavit. Frustra Gleon,dux missus, Amphipolim recipere tentavit; in pugnâ,dum fortiter rem gerit, cecidit. Brasidas quoque, duraex urbe impetum facit, interfectus est. Nullum melioremhabebant ducem Lacedaemonii. Itaque mortuo décoracum sociis funera celebravere; illi constitutus est insacrato loco tumulus, et ludi cum annuis sacrificiisdicati.Defatigatis tandem utrimque hostibus,pax aNiciâetPlistonacte rege in quinquaginta annos composita fuit.C. Ils se tournèrent donc vers lennemi héréditaire de la Grèce,et ils osèrent envoyer des ambassadeurs au grand Roi pour luidemander du secours, au mépris des souvenirs de Léonidas et desThermopyles.Cependant Brasidas rétablit les affaires, et releva les courages.Il prit dassaut Stagire et Amphipolis. Cest en vain que Cléon,envoyé contre lui, tenta de reprendre cette dernière ville : il péritdans la mêlée, en payant de sa personne. Brasidas lui-même futtué dans une sortie. Il était le meilleur général des Lacédémoniens.Ils lui firent donc de glorieuses funérailles avec le concours deleurs alliés : un tombeau lui fut élevé dans un lieu consacré, etdes jeux annuels accompagnés de sacrifices furent établis en sonhonneur.Enfin, comme les deux belligérants étaient également épuisés,la paix fut conclue par Nicias et le roi Plistonax pour une périodede cinquante ans.
    • 216 EPITOME H1STORLE GRA.CA:.CI. Jarnduduni Alhenienses imperio suo Siciliamadjungere cupiebant. Opulenta erat insula, claris etlocupletibus operta civitatibus. Selinus, Agrigentum,Syracusœ, multeeque aliaî magnum nomen habebant.Régnante Hierone, Syracusas confluxerant illustris-simi poète3, Pindarus, Simonides, iEschylus, Epichar-mus, Bacchylides. Urbem vero templis et monumentisdecoraverant egregii artifices.PrœtereaSyracusani mare suis navibusconsternebant.et de imperio cum Garthaginiensibus certabant.Defuncto autem Hierone, et expulso fratre Thrasy-bulo. Svracusœ se in libertatem vindicaverant, etcetergeitem civitates tyrannos quaeque suos expulerant.Sed mox in ter eas exstiterant aemulationes et simul-tates. Inde bella. Jam initio belli Peloponnesiaci,Gatiniensibus et Leontinis, oppressis a Syracusanis etCI. Depuis longtemps les Athéniens souhaitaient dannexer laSicile à leur empire. Cétait une île opulente, toute couverte denobles et riches cités. Sélinonte,. Agrigente, Syracuse et beaucoupdautres avaient une grande renom niée.Sous le règne de Hiéron, Syracuse avait vu accourir dans sesmurs les poètes les plus illustres, Pindare, Simonide, Eschyle, Épi-charme, liacchylide. I.a ville était ornée de temples et de monumentsconstruits par les architectes les plus distingués.En outre les Syracusaiiis couvraient la mer de leurs vaisseauxet en disputaient lempire- aux Carthaginois.Mais après la mort dIIiéron et lexpulsion de son père Thrasybule,use aail reconquis sa liberté, et les autres cités avaient aussichassé leurs tyrans.Bientôt des rivalités et des haines avaient éclaté entre elles etavaient donné naissance à des guerres. Déjà au commencementde celle du Péloponnèse, les habitants de Catanc et ceux de Léon-
    • 218 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.auxilium petentibus, Athenienses viginti naves mise-rant.CIL Novum autem inter Segestanos et Selinusiosorluni estjurgium. Hos quidem adjuvabant Syracusani;Segestani igitur ad Athenienses confugerunt.Tum cives magnis opinionum contentionibus dis-tracti sunt. Nicias enim populum a belle- longinquo,arduo, periculoso summopere deterrebat. Suadebatautem Alcibiades ut oblatam occasionem arriperent, etSiciliam suse dicionis facerent. At populo parum gratuserat Nicias, optimatum princeps; Alcibiades contragratissimus.Jarnque juvenes, quasi furore capti, et Siciliam, etGarthaginem, et Africam, et Italiam subactas somnia-bant, senesque in gymnasiis sedebant de futurâ expe-tium, opprimés par les Syracusains, avaient demandé du secoursaux Athéniens qui leur envoyèrent vingt vaisseaux.CIL Une nouvelle querelle surgit entre les habitants de Ségesteet ceux de Sélinonte. Ceux-ci avaient lappui de Syracuse : ceuxde Ségeste sadressèrent donc aux Athéniens.Alors les citoyens dAthènes furent divisés par des conflit» dopi-nion. Nicias faisait tous ses efforts pour détourner le peuple duneguerre lointaine, difficile, périlleuse. Alcibiade au contraire luiconseillait de saisir loccasion qui se présentait, pour semparer dela Sicile. Mais le peuple avait peu de goût pour Nicias, chef delaristocratie, et Alcibiade au contraire lui plaisait beaucoup.Déjà les jeunes gens, comme possédés dune sorte de folie,voyaient en imagination la Sicile, Carthage, lAfrique et lItalieconquises; et les vieillards, assis dans les gymnases, présageaientdes merveilles de lexpédition future ou dessinaient sur le sable
    • 220 EP1TOME IIISTORI.E GR/EC.E.ditione inirabilia prsenuntiantes, et Sicilias figuramsitumque Africee et Gartbaginis arenâ describentes.GIII. Ergo decretum est bcllum, creatique duces Alci-biades, Nicias et Lamachus. His data classis centum ettriginta navium, adjunctis multis onerariis; classiqueimposita hoplitarum quinque millia, cum quingentissagittariis et septingentis Rhodiis funditoribus.Glassis auteui jam profectura erat, cum nocte quâ-àam, Mercurii siuiulacra, quaî vias urbiset monumen-toruru porticus decorabant, truncata sunt.Ingens subito consternatio animos perturbavit. Cla-mant undique expiandum id nefas, Alcibiademquoinimici ad populum déferre volunt, ut sceleris aucto-rem. Neque res vero absimilis erat; nota enim erantbominis inverecundia et sacrorum contemptus.Ne tamen expeditionis opportunum tempus perderetuv,la carte de la Sicile, la position géographique de lAfrique et deCarlhage.CIII. La guerre fut donc déclarée, et on nomma généraux Alci-biade. Nicias et Lamachus. On leur donna une flotte de cent trentevaisseaux de guerre, accompagnés dune foule de bâtiments detransport. Cette flotte portait cinq mille hoplites avec cinq centsarchers et sept cents frondeurs Rliocliens.Elle était sur le point de partir, quand, une nuit, les bustes deMercure, qui ornaient les rues de la ville et les portiques des mo-numents, furent mutilés.Aussitôt une profonde consternation sempara de tous les esprits.De toutes parts on sécrie quil faut expier un tel sacrilège, et lesennemis dAlcibiade veulent le traduire devant le peuple, commelauteur du crime. Et, après tout, celte accusation nétait pas in-vraisemblable : car on connaissait son irrévérence et le mépris quilprofessait pour les choses saintes.Cependant afin de ne pas perdre un tempâ précieux pour lex-
    • 222 EPITOME HISTORIEE GR.EC.E.convenere tandem reum in praesens dimittendum esseet, bello confecto, causant dictururn.GIV. Igitur classis magno apparatu dat vêla, alii:laeto clamore proficiscentern salulantibus, aliis contr;tristia prgesagientibus.At vix Gatiniam attigerat, cum revocatus est Alcibiades. Praevaluerantenim ejus adversarii, etamici ja:in carcerem conjiciebantur.Ille autem, populari justitifc parum fidens, fugermaluit. Itaque absens morte damnatus est. Quo audito :« At ego, inquit, istis ostendam me vivere. » Impiumquidem verbum, quod facta mox secuta sunt.Spartam enim confugit, et Sparlanis persuasit ubellum adversus Athenienses résumèrent, et Deceliain Atticâ mûris munirent; quod Athenis perniciosissimum fuit.pédition, on convint quil fallait, pour le moment, laisser partilaccusé, et quaprès la guerre on lui ferait son procès.C1V. La flotte met donc à la voile en grand appareil, tandis qmles uns saluent son départ de joyeuses acclamations et que lesautres au contraire conçoivent de tristes pressentiments.Mais à peine était-elle parvenue à la hauteur de Calane, quAicibiade fut rappelé. Ses adversaires lavaient emporté et ses amiétaient jetés en prison.Comptant peu sur la justice populaire, il aima mieux fuir. Il fudonc condamné à mort par contumace. A cette nouvelle : « Je leumontrerai, dit-il, que je suis bien vivant. » Parole impie, que Uactes suivirent de pies.En effet il se réfugia à Sparte et persuada aux Spartiates drecommencer la guerre contre Athènes, et de fortifier Déo lieAttique : ce qui fut très préjudiciable aux Athéniens.
    • 224 EPITOME HISTORLE GR^C.E.GV. Interea Nicias et Lamaclius in Siciliâ bellumvariis casibus gefebant. Duas primum viclorias retulorunt, et Syracusas obsederunt.Sed, dum rem mollius agunt, Lacedœmonii, auctoreAlcibiade, G-ylippura, optimum duoem, in Siciliammittunt, et Syracusani, antea ferme desperantes, ani-mum recipiunt.Frustra Athenienses in occisi Lamachi locum Demos-thenem et Eurymedonta suffîciunt cum novo exercitu.Grylippus totam Siciliam in auxilium Syracusarum con-citat; et mox Athenienses, iniquo loco pugnare ooacti,terra marique funduntur.Victis igitur nulla jam spes nisi in receptu supererat.Sed hostis viarum angustias occupabat; per camposdiscurrebant équités; pontes erant rupti, interceptifluminum transitus; et milites fessi aut vulnerati, faméGV. Cependant Nicias et Lamachus guerroyaient en Sicile avecdes chances diverses. Ils remportèrent dabord deux victoires etmirent le siège devant Syracuse. Mais tandis quils agissent molle-ment, les Lacédémoniens, conseillés par Alcibiade, envoient enSicile Gylippe, un excellent général; et les Syracusains, presqueréduits au désespoir, reprennent courage.En vain les Athéniens envoient en remplacement de Lamachus,qui avait été tué, Démosthène et Eurymédon avec une nouvellearmée. Gylippe soulève toute la Sicile en faveur de Syracuse: etbientôt les Athéniens, contraints do livrer bataille dans des posi-tions défavorables, sont mis en déroute sur terre et sur mer.Vaincus, ils navaient plus de salut que dans la retraite. Maislennemi occupait les défilés; sa cavalerie battait les plaines; lesponts étaient rompus, et les soldats fatigués ou blessés, et souffrant
    • 226 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.laborantes, viani sibi non nisi pugnando aperire pote-rant.GVI. Quos inter ibat Nicias, seger, sed animo fîrmus,et malorum omnium tolerans, nec vitse amore, sedexercitùs causa spem non abjiciens. Gapto autemDemosthene cum agmine cui prœerat, inducias aGylippo petiit, nec impetravit.Ad Asinarum tandem fluvium perventum est. Influvium autem militum alii, siti enecti, ultro se proje-cerunt, alii ab hostili equitatu detrusi sunt, et ingensedebatur strages, donec Nicias, ad pedes Grylippi acci-dens : « Miserere, inquit, nonmei, sed Atheniensium,qui victoriâ semper erga vos moderate usi sunt. »Quibus motus Gylippus Niciam in fidem recepit, etreliquos caedi vetuit. Sed promissam fidem populusnon comprobavit; jussit duces necari, milites in Lato-mias detrudi. Hi îgitur plerique morboaut cibi exigui-de la faim, ne pouvaient souvrir un passage que les armes à lamain.GYI- Parmi eux marchait Nicias malade, mais le cœur ferme, etsupportant tous les maux: ce nétait pas lamour de la vie, cétaitlintérêt de son armée qui lempêchait de renoncer à tout espoir.Mais quand Démoslhèno eut été fait prisonnier avec son corpsdarmée, Nicias demanda à Gylippe une trêve, quil ne put obtenir.On atteignit enfin les bords de lAsinarus. Une partie des soldais,mourant de soif, se précipitèrent deux-mêmes dans le courant,dautres furont pourchasses par la cavalerie ennemie, et ce fut unehorrible scène de carnage, jusquà ce que Nicias, tombant auxpieds de Gylippe, lui dit: u Aie pitié, non de moi, mais des athé-niens qui nont jamais abusé envers vous dune victoire. »Gylippe louché nvul la soumission de Nicias et voulut quen litquartier à ceux qui lestaient. .Mais le peuple refusa de raliliengagements; il ordonna que les chefs fussent mis à morl et lessoldats jetés dans les carrières. La plupart périrent donc soit parles maladies, soit par linsuffisance de la nourriture. Ceux qui sur-
    • 228 EPJTOME II1STORLE GRiEC^E.tate perierunt. Qui superfuerunt, post sepluagesimumdiem vendili sunt.Dicitur autem nonnullos, qui caedem effugerant, curuper agros vagarentur inopes, a Siculis bénigne exceptosfuisse ac deinde domum remissos, quod EuripidispoeUe carmina recitassent.GYII. Dum vero Athenienses ita laborarent in Siciliâ,Alcibiades, Lacedamionioruin classi praefectus, feretotain Ioniam seu vi, seu promissis conipellebat addeficiendum ab Atlienarum partibus. Jainque civibussuis graviora damna illaturus erat, .curn inter ipsuni etSpartanos amicitia subito discissa est.Ut enini ingenio niobilis erat, idem, qui Atbenisluxum et regios sumptus ostentabat, Spartse àdmira-lionem liominum moverat vitae frugalitate. Nempelacoiiico victu utebatur, bordeaceo pane et nigro jurevécurent, au bout de soixante-dix jours, furent vendus commeesclaves.On dit cependant quun petit nombre, qui avaient échappé aumassacre et qui vivaient sans ressources à travers la campagne,furent bien accueillis par les Siciliens et ensuite renvoyés dansleur patrie parce quils avaient pu réciter des vers dEuripideCVII. Tandis que les Athéniens éprouvaient ces revers en Sicile-,Alcibiade, à la tête de la Hotte lacédémonienne, poussait toutelIonie, soit de vive force, soit par ses promesses, à abandonner leparti dAthènes. II allait faire beaucoup plus de mal encore à sesconcitoyens, lorsquune rupture soudaine éclata entre lui et lesLacédémoniens.Avec son caractère souple, ce même homme qui étalait dansAthènes le luxe et la dépense dun roi, avait, à Sparte, étonné toutle monde par sa simplicité. 11 suivait le régime laconien. vivant
    • 230 EPITOME HISTORIEE GR.lv L.vescebatur, frigidâ aquâ lavabalur, tanquam si nun-quam aut coquum domi habuisset aut unguenta no-visset.Sed non diu latuit innata viro pravitas ;Ephoris sus-pectus factus est; regem Agidem graviter offendit.Itaque eum interfîcere statuerunt. Quod praesentiens,Alcibiades ad Tissaphernum satrapam confugit, et,postquam versutiâ et convictûssuavitatebarbari quoqueamorem sibi conciliavit, suasit ne Lacedcemoniis nimiaauxilia preeberet, neve Atbenienses opprimeret. « Sialteri parti, inquit, modica suppeditaveris auxilia, ipsise inviceni contèrent, et utrosque defatigatos régil rades. »GVIII. Eo tempore, stabal apud Sarnum insulamAlheniensium classis cum exercitu. Alcibiades pri-mum in amicitiam ducum se insinuât, et per eos,quamvis absens, formam reipublicœ mutât. Populode pain dorge et de brouet noir; it se baignait dans leau froide :on eût dit enfin quil navait jamais eu de cuisinier, ni connu lesparfums.Mais sa perversité naturelle ne tarda pas à se faire jour. 11 devintsuspect aux Ëphores; il offensa gravement le roi Agis. On résolutdonc de le faire mourir. Il en eut le pressentiment, et se réfugiaauprès du satrape Tissapherne. Quand ses artifices et les agrémentsde son commerce lui eurent gagné laffection du Barbare, il luiconseilla de ne pas prêter trop -dappui aux Lacédémoniens el dene pas écraser leurs adversaires : « Si tu ne donnes, lui dit-il,que de modiques secours à lun des deux partis, ils saffaiblirontmutuellement, et quand ils seront tous deux épuisés, lu leslivreras au Roi. »CVIII. Dans ce même temps, une Hotte athénienne était en stationa Samos, avec une armée. Alcibiade sinsinue dabord dans lamitiédes chefs et, par leur entremise, quoique absent il parvient àchanger la forme du gouvernement. Le pouvoir est enlevé au
    • 262 EP1T0ME HISTORIEE GR^EC.E.eripitur potestas, et ad novum seuatum transfertur.Ipse autem apud milites popularium partium fautorenise profitetur. Unde fit ut eorum voluntate classi prœfi-ciatur, et paulo post disjiciatur novus iste senatus.Lacedœmonii interea Pirœum frustra tentaverant,sed Eubœam occupaverant. Praeterea defecerant abAtheniensibus Abydos, Lampsacus et Byzantium.Rem vero psene perditam restituit Alcibiades; bos-tem primum apud Abydum vicit; deinde apud Cyzi-cum Lacedacmonios, cum Pharnabazo et Miudaro con-junctos, terra marique fudit. In pugnâ cecidit Minda-rus; fugit Pharriabazus, tota hostium classis capta est.Trepidabant autem duces qui supererant, et inler-ceptae sunt eorum litterœ, Ephoris cladem acceptam itapeuple et transféré à un nouveau sénat. Cependant Alcibiade lui-même se donne aux soldats comme partisan de la démocratie.Ainsi leur volonté le met à la tête de la flotte et peu de tempsaprès le nouveau sénat est renversé.Dans lintervalle, les Lacédémoniens avaient fait une tentativeinfructueuse contre le Pirée; mais ils avaient occupé lîle dEubée.En outre Abydos, Lampsaque et Byzance avaient abandonné leparti dAthènes.Tout semblait presque perdu . Alcibiade rétablit les affaires.Dabord il bat lennemi à Abydos; ensuite il met en déroute,sur terre et sur mer, à Cyzique, les Lacédémoniens unis à Phar-nabaze et à Mindarus; celui ci périt dans la bataille, Pbarnabazesenfuit, et toute la flotte ennemie est capturée.Les chefs survivants tremblaient : on intercepta leurs lettres
    • 234 EPITOME HISTORIjE GR^ECjE.nuntiantes : « Actum est; Mindarus periit; exercitusesurit; quid agendum sit nescirnus. »At mox, capto ab Alcibiade Byzantio, Pliarnabazusipse Lacedœmonios deseruit, Atheniensibusquc auxiliaet Régis arnicitiarn promisit.CIX. Totum igitur mare lenebant naves Athenarum.Raque populus exsullabal, et civitatis servatoreni ma-gnis claraoribus vocabat.Reversus est tandem cum classe Alcibiades. Attica.auteia trirèmes multis clypeis et spoliiserantexornatœ,et limitas hostium naves captivas trahebant. Poslquamnavi cgressus est, ad illum undique concursum est;illum inclamabanL saîulabant, comitabantiH-;qui acce-dere potcrant, illi coronas oiïerebant; qui non poterant,eminus illum spectabant, scnioresque junioribus virummonstrabant.Ipse vero, in contionem progressus, infortuniumqui annonçaient le désastre aux" Êphores en ces termes : « Ccnest lait. Mindarus est tué. Larmée affamée. Que faire? sMais bientôt, Alcibiade sétant emparé de byzance, Pharnabazelui-même abandonna les Lacédémoniens, et promit aux Athéniensles secours et lamitié du roi.CIX. Toute la mer était donc au pouvoir des flottes athéniennes.Le peuple était transporté de joie et appelait à grands cris le sau-veur de lÉtat.EnOn Alcibiade rentra avec là flotte. Les trirèmes attiques étaient01 -nées dune foule de boucliers, et chargées de dépouilles; clli-traînaient à là remorque un grand nombre de vaisseaux pris à len-nemi. Quand Alcibiade fut débarqué, on accourut vers lui de toutesparts : on lappelait, on le saluait, on lui faisait cortège; ceux quipouvaient lapprocher lui éliraient des couronnes; ceux qui nepouvaient pas, le regardaient de loin et les vieillards le montraientaux jeunes gens.11 se rendit alors à lassemblée, où il déplora ses malheurs
    • 236 EPITOME HISTORIE GRjECiE.suum deploravit, populoque lenitcr incusato, omnemalum fortunée suée iniquœ et invidiœ nûminis ad-sçripsit. Dein, de spe hostium locutus, cives ad resu-mendum bonum animum hortatus est.Tum illi aurege décrète sunt a populo coronee; etsummus terra marique creatus est imperalor. Decretumest insuper, ut bona ei redderentur, utque imprecatio-nes, quas in eum Eurnolpidae et preecones pronuntiave-rant jussu populi, abolerentur.GX. Sed non diu mansit illa inter Athenienses etAlcibiadem concordia. Alii enim eum hortabantur, ut,legibus abrogatis, tyrannidem occuparet; alii contratimebant, ne perniciosis consiliis libentius obseque-retur. Itaque potentissimi civium operam dederunt, utquam primum ex urbe egrederetur.Ergo eum centum navibus profectus est, et Andrumpassés, et nadressant au peuple que des reproches sans amer-tume, il rendit responsable de tout le mal sa mauvaise fortune etla jalousie de la divinité. Ensuite, il parla des espérances de len-nemi et exhorta les citoyens à reprendre courage.Le peuple lui décerna des couronnes dor et il fut créé généra-lissime sur terre et sur mer. On décréta, en outre, que ses biens luiseraient rendus et que les malédictions prononcées contre lui parles Eumolpides et les hérauts, sur lordre du peuple, seraient ré-tractées.CX. Mais la bonne intelligence entre les Athéniens et Alcibiadene fut pas de longue durée. Les uns lengageaient à abroger laconstitution et à semparer de la tyrannie; les autres, au contraire,redoutaient quil ne se rendit trop volontiers à des conseils funestes.Aussi les citoyens les plus puissants firent en sorte quil quittât laville le plus tôt possible.Il partit donc avec cent vaisseaux et fit voile vers Andros. Il y
    • 238 EPITOME HISTORLE GRAXjE.appulit. Ibi hostes quidem vicit, sed urbem capere nonpotuit, sive mollius egisset, sive suarum rerum curio-sior esset, quam publicarum.Nam contendebant inimici illum id unum intendero,ut pecuniam undique corraderet, et voluptatibus vacaret.Itaque Atlienienses in illius locum decem belli ducesconstituerunt.Quo audito, Alcibiades, sibi metuens, ab exercitudiscessit, et conductâ peregrinorum militum manu,apud Thraces privatim bellavit.GXI. At Gyrus junior, Darii fîlius, in administrandisIonise rébus Tissapherni successerat, et Lacedœmoniosmilitibus et pecuniâ adjuvabat. Athenœ contra pœncexhaustœ erant.Supremo tamen conatu nova classis parata fuit, etdecem duces apud Arginussas insulas cum Gallicratidàconflixerunt. Qui pugnâ oppressi Lacedscmonii septua-ginta naves amiserunt; contra ex Atheniensium cl:vainquit les ennemis, mais il ne put semparer de la ville, suitquil eût agi trop mollement, soit quil fût plus soucieux dintérêts que de ceux de lÉtat.Car ses adversaires prétendaient quil ne songeait quà ramede largent et à se livrer au plaisir. Les Athéniens nommèrentdonc à sa place dix généraux.A cette nouvelle, Alcibiade, craignant pour sa personne, quittalarmée, et, à la tête dune troupe de mercenaires étrangers, lit la•guerre en Thrace pour son propre compte.Mais Cyrus le joune, fils de Darius, avait succédé à Tissaphcrneclans le gouvernement de lIonie, et il donnait aux Lacédémonicnsdes subsides en hommes et en argent. Athènes, au contraire, étaitpresque épuisée.Cependant, par un suprême effort, elle équipa une flotte et dixgénéraux livrèrent bataille à Callicratidas aux îles Arginuses. I.csLacédémonierts, vaincus dans celte rencontre, perdirent soixante-dix vaisseaux, tandis que les Athéniens nen perdaient que vin^l-
    • 240 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.viginti tantumet quinque perditac. Sed, ortâ tempestate,duces mortuos légère non potuerant. Ideo accusati apudpopulum motte omnes damnati sunt.Mortuus enim apud antiquos res erat sacra, et nefaserat corpus insepultum relinquere. Dainnatos autemduces raox desiderabunl Athenienses.GXII. Ad res reficiendas classi prœfectus est a Lace-dsemoniis Lysander. vir roi militaris peritissimus, sedprudens et nihil fortunée relinquens. Glassem vero instatione apud Lampsacum tenebat, cum supervenorecentum et octoginta naves Atheniensium, qu« ap»d^Egos flumen steterunt.Orto sole, Athenienses totâ cum classe adnaviganl,et eum ad pugnam provocant. Ille autem jubet suosquiescere; et vespere duas aut très trirèmes mittit, quaccinq. Mais une tempête séleva et leurs généraux ne purent recueillirles morts. Ils furent tous accusés pour ce fait par-devant le peupleet condamnés au dernier supplice.Cest quun mort chez les anciens était sacré et on regardaitcomme un sacrilège de laisser un cadavre sans sépulture.Mais bientôt les Athéniens regretteront les chefs quils viennentde condamner.CX1I. Pour relever leur foi-lune, les Lacédémoniens mirent à latête de leur Hotte Lysandre. capitaine expérimenté; mais surtoutprudent et ne livrant rien au hasard. 11 tenait sa flotte au mouil-lage près de I.ampsaque. quand survinrent cent quatre-vingtsvaisseaux athéniens qui prirent position à lembouchure du fleuveJEgos.Au lever du soleil, les Athéniens savancent avec toute leurflotte et viennent lui offrir le combat. 11 ordonne aux siens derester tranquilles; el, le soir venu, il détache deux ou trois tri-
    • 242 EPITOME HISTORIEE GR^ECiE.recedentes sequantur et oninia speculentur. Idem pos-tridie, et tertio, et quarto die agit.Augetur autem Atheniensium fiducia; putant enimhostem ob metum certamen detrectare.Quarto tandem die, Lysander speculatoriis navibusmandat ut, cum Athenienses navibus egressos viderint,quam celerrime redeant, et medio trajectu sereum scu-tum de prorâ attoWant in signum. Ipse autem lembocircumvectus suos hortatur, ut omnes in ordine maneant,datoque signo alacriter in hostem contendant.GXIIL Ubi igitur a speculatoribus scutum sublatumest, et a praetoriâ navi tuba classicum cecinit, avolatclassis.Primus Gonon e terra prospexit hostes appropin-quantes, subitoque contenta voce suos compellat,renies pour suivre la ilotte ennemie qui se retirait, et observertous ses mouvements.Il agit de -même le lendemain, et eRcore le troisième et le qua-trième jour.La confiance des Athéniens saccroît dautant; ils croient quecest par crainte que lennemi refuse le combat.Enfin, le quatrième jour, Lysandre ordonne à ses guetteurs, dèsquils verront les Athéniens débarqués, de revenir en toute halocl, parvenus à mi-route, darborer un bouclier dairain à leurproue en guise de signal. Lui-même, sur une barque légère. Faitle tour de 6a flotte, et exhorte les siens à conserver leurs rangs;puis, au premier signal, à fondre vivement sur lennemi.CX1II. Dès que les galères envoyées en observation ont arboréle bouclier, et que du vaisseau amiral la trompette a donné lesignal, la Hotte sélance.lonon, le premier, aperçoit du rivage les ennemis qui approchent
    • 244 EPITOME HISTORIEE GRjEŒ.alios hortatur, alios rogat, aiios etiam vi ad trirèmestrudit.Sed plerique aut per agrum vagabaatur, aut cœna-hant, aut in tentoriis dormiebant.Igitur a Lacedeemoniis naves vacuae capiuntur auteliduntur; cseduntur liomines promiscue, partim adnaves, dum contendere tentant inermes, partim in terra,dum trepidi discursant.Gepit Lysander tria millia hominum cum ducibus, etuniversam classent, exceptis octo navibus, quae cumGonone fugerant. Captivos ad unum trucidari j usait.Direptis autem hostium castris, Lampsacum reversusest, captivas naves suis alligatas trahens, dum militesovantes pœana canerent.Rem maximam minimo labore confecerat, unâquehorâ bellum longissimum insperato finierat.GXIV. Paucis post diebus, Lysander cum ducentisnavibus ante Pirseum stàbat; Pausanias autem inAcademiâ castra posuerat.et aussitôt appelant les siens à grands cris, il encourage les uns,conjure les autres de sembarquer ou même les y contraint.Mais la plupart erraient dans la campagne, ou soupaient, oudormaient dans leurs tentes.Les vaisseaux vides sont pris ou brisés par les Lacédémoniens:les hommes sont massacrés pôle mêle, les uns près des vaisseaux,tandis quils sefforcent de lutter, quoique Uésannés, ies autressur le rivage où ils sagitent en désordre.Lysandre fit trois mille prisonniers avec les généraux et capturala Hotte entière, a lexception île huit vaisseaux qui avaient fuiavec Conon. Les captifs fuient égorgés jusquau dernier. Aprèsavoir pillé le camp ennemi, il revient à Lampsaque, trainla remorque les vaisseaux quil avait [iris, tandis que ses soldatstriomphants chaînaient le Péan.Il avait obtenu presque sans effort le succès le plus considé-rable et achevé en une heure une guerre très longue dune manièretout à fait inespérée.CX1V. Peu de jours après, Lysandre avec deux cents naviresjetait lancie au Pirée : Pausanias, de son coté, campait a lAca-démie.
    • 246 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.Per quattuor uienses duram obsidionem tulemntA.thenienses; famé tandem enecti, victoris legem subirecoacti sunt.Victis igitur imperatum est, ut longos muros et Pirpeimunimenta eruerent, classemque Lacedaemoniis trade-rent, servatis tanlum duodecim navibus; ex urbibusbello quœsitis décédèrent, denique exsuies revocarent.Fuerunt eliam qui duriores imponi condicionesvoluissent. Thebani imprimis urbem funditus everten-dam esse censebant, agrumque pecoribus ad pascuarelinquendum.CXV. Vespere autem socii duces in convivium con-venere. Dum vero tumultuosâ" compotatione victoriamcélébrant, musicus quidam Phocensis versus Euripidiscecinit, quibus Electra, paternis sedibus expulsa, infor-tunium suum déplorât.« Non vestitûs nitore, amicae, non aureis monilibusgaudeo misera ; neque levés Argivis cum puellis cboreasexerceo. Mihi lacrimae tantum curse sunt quotidie.Pendant quatre mois les Athéniens soutinrent un siège rigou-reux ; enfin, cédant à la famine, ils se virent contraints de subirla loi du vainqueur.11 fut ordonné aux vaincus de démolir les longs murs et lesfortifications <u Pirée, de livrer leur flotte aux Lacédémonicns alexception de douze vaisseaux, dévacuer les villes conquises ëlde rappeler les exilés.Quelques-uns auraient voulu leur imposer des conditions encoreplus dures. Les Thébains, en particulier, étaient davis quil fallaitdétruire la ville de fond en comble et faire de tout le pays un lieude pâturage pour les troupeaux.CXV. Le soir les chefs alliés se réunirent dans un banquet. Maistandis quils célébraient leur victoire par de bruyantes libations,un musicien de Phocée chanta ces vers dEuripide dans lesquelsElectre, chassée de la demeure paternelle, déplore son infortune.a Ni léclat dune riche parure, ô mes amies, ni les colliers dornont de charme pour une malheureuse. Je ne conduis point lesdanses légères avec les jeunes filles dArgos. Les larmes sont monunique souci.
    • 248 EPITOME HISTORIEE GR&CJE.Aapice meam squalidaui comam et scissas vestes.Decentne Agamemnonis filiam regalem, et Trojam,quae nunc etiam meminit se quondam a pâtre meocaptam esse? »Audientium animos movit hsec imago; irae successitmisericordia, et rem abominandam fore senserunt, siurbem tam illustrem ipsi delerent.Athenœ Lysandro et sociis eo ipso die traditse sunt,quo Athenienses olim, pro Grœciœ salute pugnantes,Persas apud Salamina vicerant.GXVI. Eversâ Atheniensium poteutiâ, LysanderReipublicae formam quoqiie mutavit. Triginta enimviros civitati prseposuit, atque hos prsesertim interexsuies recens in urbem reduces eligere curavit.Nunquam autem Athenœ duriorem et crudeliormntoleraverant tyrannidem. Nempe illi triginta primum« Voyez ma chevelure en désordre et mes vêtements déchirés.Sont-ils dignes de la fille dAgamemnon, de la fille dun roi; et deTroie qui se souvient davoir été prise naguère par mon père? »A ces mots tous les auditeurs sont touchés de la ressemblancequils saisissent : la pitié succède à la colère, et ils comprennentquil serait horrible de détruire une ville si célèbre.Athènes ouvrit ses portes à Lysandre et à ses alliés, le jouranniversaire de celui où les Athéniens, combattant pour le salutde la Grèce, avaient vaincu jadis les Perses à Salamine.CXVI. Après avoir renversé la puissance dAthènes, Lysandrechangea aussi la forme de son gouvernement. Il mit trente tyransà la tête de la cité et prit soin de les choisir particulièrementparmi les exilés qui venaient dentrer dans la ville.Jamais Athènes navait suhi une tyrannie plus dure et plu?cruelle. Car les Trente commencèrent par se former une garde •!•
    • 250 EPITOME HISTORIEE GILECJ2.tria millia satellitum sibi in custodiam constituerunt,et, quasi eâ custodiâ noadum satis essent securi, Lacedaemonium praesidium arcessiverunt et iu arce colloca-verunt.Tum in inimicos primum, deinde in omnes atrocitersœviere. Alios ex urbe pellebant, alios indemnatosnecabant, et eorum bona sibi addicebant.Ne templis quidem Deorum parcebant, omnia velutin hostili terra tollentes et rapientes. Unum etiam exsuo numéro, Theramenem interfecerunt, quia heecfacinora sibi non placere significavesat.GXVII. Ergo referta erat Grœcia civibus Athenarumde patriâ pulsis, et Spartani edixerunt, ne qua civitasexsuies reciperet. Receperunt tamen Aigi et Thebœ, eteis securam vitam et spem restituerunt.Erat autem inter exsuies vir quidam nobilis et audax,qui, Peloponnesiaco bello, patrise fortiter operam nava-trois mille satellites, et comme si elle ne suffisait pas à garantirleur sécurité, ils demandèrent une garnison lacédémonienne quilsétablirent dans la citadelle.Alors ils exercèrent leur fureur dabord contre leurs ennemis,ensuite contre les autres citoyens.. Les uns étaient bannis de lacité, les autres mis à mort sans jugement, et leurs biens confisquésau profit des tyrans.Ils ne respectaient pas même les temples des dieux; il enlevaientet pillaient tout à leur guise, comme en territoire ennemi. Ilsfirent même périr lun deux, Théramène, qui avait témoigné quilnapprouvait pas leur conduite.CXV1I. La Grèce était donc pleine dAthéniens exilés, et lesSpartiates avaient défendu à toute cité de les recevoir. CependantArgos et Thèbes les reçurent et leur rendirent la sécurité et les-pérance.Or parmi ces exilés était un homme noble et hardi qui, pen-dant la guerre du Péloponnèse, avait servi vaillamment sa patrie :
    • 252 EPITOME II1STOIU.E GRjBCvE.verat, Tlirasybulus. Ille cum paucia comitibus Phylenprimùm, oppidulum ab Athcnis paulo distans, ocgu-pavit, acdein, aucto suorum numéro, Munychiâ" potilusest. Statim ad propellenduin hostem egrediuntur exurbe tyranni; at duobus prœliis funduntur. FrustraLacediemonios in auxilium vocant. Gonsensu populi etPausanise régis Eleusinam migrare jubentur. Undebellum renovare conati, interficiuntur.Igitur vetus restituta est Rcipublicae forma, populo-que reddita suarum rerum cura. Revocati in civitatemexsuies, et lex oblivionis lata, quâ edictum est ne quisante actarum rerum causa accusaretur, neve multaretur.Guravit autem Tbrasybulus ut ea lex valeivt, et id,quod pollicitus erat, praeslilit.Vix octo menses duraverat triginta tyrannorum domi-cétait Thrasybule. Avec un petit nombre de compagnons, il occupadabord la petite place de Phylé, peu éloignée dAthènes, et, len»mbre de ses soldats sétant accru, il sempara bientôt après deMunycbie. Aussitôt les tyrans sortent de la ville pour repoulennemi : ils sont vaincus dans deux combats. En vain ils appel-lent les Lacédémoniens à leur secours. Le peuple, daccord avecle roi Pausanias, leur ordonne de se retirer à Eleusis. De là ilsessaient de recommencer la guerre, et ils sont tués.Lancienne forme du gouvernement est donc rétablie et le peupUreprend la direction de ses propres affaires. Les exilés sont rap-pelés dans la cité, et on proclame une amnistie en vertu de la-quelle nul ne peut être poursuivi ou condamné pour des faitsantérieurs. Thrasybule veilla à ce que cette loi fût exécutée, et iltint toutes ses promesses.La tyrannie des Trente avait duré huit mois à peine, et, pendant
    • 254 EPITÛME HISTORIEE GRMCJE.natio, et brevi illo teinporis spatio mille et quingenticives-perierant necati.GXVIII. Eo tenipore, Gyrus, Darii filius, mortuopâtre, adversus Artaxerxem fratrem, quein regno detru-dere volebat, bellum parabat.Erant autem in Gracia mulli homines, armis assueti,quos finitum inter Athenas et Spartam bellum otiososreliquerat, quique nib.il cupiebant, nisi ut suam operamcuilibet pro mercede prœstare possent.Ex bis decem et tria millia circiter Gyrus conduxit,et eis Glearcbum spartanum prsefecit. Geterum ex asia-ticis centum millia hominum coegerat. Gum boc exer-citu adversus regem processit. Artaxerxes, contra, copiasinnumeras contraxerat.GXIX. Ambo autem exercitus prope Gunaxam con-currerunt.Ante Persarum aeiem longo ordine ducebantur cur-rus falcibus armati, qui Grœcorum agmen rumpere acdisturbare debebant.cette courte période, quinze cents citoyens avaient été mis à mort.CXVI1I. A la même époque, Cyrus, fils de Darius, après la mortde son père, se préparait à faire la guerre à son frère, Artaxerxes,quil roulait détrôner.Or, il y avait en Grèce un grand nombre dhommes accoutumésau métier des armes, que la fin de la guerre entre Athènes etSparte avait laissés sans emploi, et qui ne demandaient quà vendreleurs services à nimporte qui.Cyrus en prit à sa solde treize mille, et leur donna pour chefle Spartiate Cléarque. 11 avait, en outre, levé cent mille Asiatiques.Avec cette armée il marcha contre le roi. Xerxès de son côté avaitréuni des troupes innombrables.GXIX. Les deux armées se rencontrèrent à Cunaxa.Sur le front de celle des Perses on avait fait avancer une longuerangée de chars armés de (aux qui devaient rompre les lignesdes Grecs et y porter le désordre.
    • 256 EPITOME HISTORIEE GR.EC.fi.At Graeci vix hostem conspexere, statim pœanacanentes et Martem magno clamore invocantes, pro-ruunt, et simul scuta lanceis quatiunt. Quo sonitu ter-riti difîugiunt equi, et vectores rapiunt diversos, dumfugientes denso agmine sequntur Graeci, et currus, abaurigis derelicti, per canipum temere vagantur.Jamque Gyrus se victorem putat et laetatur. Sedmédia Persarum acies non fracta est, ibique cum sexmillibus equitum stat ipse Rex.In regios custodes Gyrus cum sexcentis equilibusimpetum facit, resistentes trucidât, reliquos in fugamvertit, conspectoque fratre : « Ecce hominem video »,clamât, simulque Regem gladio vulnerat. At ipse,eodem momento, telo eminus vibrato percutitur, etsternitur exanimis.GXX. Regressi autem in castra, Grrseci postridieMais dès que les Grecs ont aperçu lennemi, ils entonnent lePéan, invoquent Mars à grands cris et sébranlent, en frappant leursboucliers de leurs lances. Ce bruit effraie les attelages des charsqui senfuient, entraînant leurs guides de divers côtés. Les Grèceen rangs serrés poursuivent les fuyards, et les chars, abandonnespar leurs conducteurs, errent au hasard dans la plaine.Déjà Cyrus se croit vainqueur, et se réjouit. Mais le centre dolarmée des Perses nest pas encore rompu, et cest là que le roise tient avec six mille cavaliers.Cyrus charge la garde royale avec six cents chevaux, tue ceuxqui résistent, met les autres en fuite, et, apercevant son ïn« Voilà lhomme. » sécrie-t-il; et en même temps il blesse le roidun coup dépée. Mais, au même instant, un trait lance de loinvient latteindre, et il tombe sans vie.CX, De retour dans leur camp les Grecs napprirent la mort
    • 258 EPITOME HISTORliE GRJECM.tantum ducis mortem cognoverunt, neque animum des-ponderunt. Jubenti enim régi, ut arma ponerent, nonobtempéravere ; imo, quamvis pauci essent et longedistarent a Graeciâ, statuerunt, agmine facto, in patriamreverti; et inceptum perfecerunt.Ergo per longa terrarum spatia, per montes et flu-mina, per barbaricas gentes fortis illa manus e remolisAsise regionibus in Grrseciam rediit, et sic bominibusostcndit, quid possint animi robur et virilis patientia.Prœcipuus itineris dux Xenophon Atbeniensis, milessimul strenuus et egregius scriptor. Idem enim suos etcomitum labores libro narravit, qui nunc etiam legiluret legentium animos delectat.GXXI. At, victo Gyro, Tissapbernes in ionas civilates,quœ adversus regem rebellaverant, crudeliter sseviebat.de leur chef que le lendemain, et ils ne perdirent point courage.Loin dobéir au roi qui leur avait fait dire de déposer les armes,ils résolurent, malgré leur petit nombre et la distance qui les sé-parait de la Grèce, de se mettre en marche pour retourner dansleur patrie : et ils vinrent à bout de cette entreprise.Ainsi donc, à travers de vastes étendues de pays, à travers lesmontagnes et les fleuves, à travers les peuplades barbares,troupe héroïque revint du fond de lAsie en Grèce, et montra auxhommes par cet exemple, ce que peuvent la force dàme et IVgie virile.Leur principal guide, dans cette retraite, fut lAthénien Xenophon,hardi soldat et écrivain distingué. Il a raconté ses épreuves et cellesde ses compagnons dans un livre quon lit encore aujourdhui etqui charme le lecteur.CXXI. Après la défaite de Cyrus, les villes ioniennes qui avaientpris part à la rébellion, étaient cruellement châtiées par Tissa-
    • 260 EPITOME HISTORIEE QKMCM.Hœ igitur auxilium a Lacedscrnoniis pctierunt, quiregem Agesilaum cum exercitu in Asiam miserunt.Glaudus erat Agesilaus; vêtus autem oraculum hœccecinerat : « Cave, Sparta, quse tua superbis gloriâ, netibi noceat regnum claudicans ; diu enim te mala pre-ment insperata, et volvent pestiferi belli fluctus. »Sed Lysander oraculum aliter interpretatus erat, et,eo auctore, rex factus erat Agesilaus; nec civium spemfefellit. Dura Lacedsenioniorum disciplina institutusfuerat, et a pueritiâ obedientiam et iaborum patientiamdidicerat. Simplici victu utebatur, ut gregarius miles,imbris et solis aeque tolerans, neque unquam vitse com-moditatum curiosus.Acceperat idem a naturâ virlutem et prudentiam,ingentem laudis amorem, et animum tamen cautum ;ante pugnam omnia accurate observabat et speculaba-pherne. Elles demandèrent donc du secours aux Lacédémoniensqui envoyèrent en Asie le roi Agésilas avec une armée.Agésilas était boiteux : or un ancien oracle avait dit : « Prendsgarde, Sparte Gère de ta gloire, quun règne boiteux ne te causedu dommage : car tu seras longtemps accablée de maux inattenduset entraînée dans les flots dune guerre meurtrière. »Mais le roi Lysandre donnait une autre interprétation à loracle,et par ses conseils, on avait nommé roi Agésilas, qui ne trompapoint lattente de ses concitoyens. Élevé selon la rude disciplinelacédémonienne, il avait appris dès lenfance à obéir et à supporterles fatigues. Il vivait aussi librement quun simple soldat, il sex-posait également à la pluie et aux ardeurs du soleil, il ne recher-chait aucun des agréments du bien-être.Il avait reçu de la nature le courage et la prudence, la passionde la gloire, et en même temps beaucoup de circonspection. Avantle combat, il observait et examinait tout avec le plus grand soin;
    • 262 EPITOME HISTORIEE GRiECLE.tur; in pugnà autem vivido impetu hostem invadebat,nec sibi parcebat.GXXIL Gollectis igitur copiis, ab Aulide profectusest, ut quondam Agamemnon, lanquam universseGrrœciœ imperator constituais; Tissaphernem apudSardes vicit, et in interiorein Asiam penetravit. JamPersico imperio grave periculum imminebat.Interea, in Grrœciâ civitates oppressée magDas inSpartam concipiebant iras, et Spartanorum "juguinsegre tolerabant. Arlaxerxes igitur fîdos miserat amicos,qui civitatum iras foverent, et rebellantibus pecuniamet subsidia pollicerentur.Primi rebellarunt Thebani ; mox autem cum Theba-nis societatem junxerunt Atbenienses, Gorinthii etArgivi, sociique Spartanos apud Haliartum cruentocertamine fuderunt.Perierat in prselio Lysander ; itaque territi Lacedae-monii, ut hosti peritum ducem opponerent, Agesilaummais dans laction, il attaquait lennemi avec impétuosité, et ilpayait de sa personne.CXXII. Il lève donc des troupes, part dAulis, comme autrefoisAgamemnon, en qualité de généralissime de toute la Grèce; il batTissaphernc à Sardes et pénètre au cœur de lAsie. Déjà lempiredes Perses était en péril.Cependant les cités grecques opprimées étaient fort irritéescontre Sparte, et supportaient avec impatience le joug lacédémo-nien. Artaxerxès avait donc envoyé des amis sûrs pour entretenirces ressentiments et promettre de largent et des subsides à ceuxqui voudraient se révolter.Les Thébains se soulevèrent les premiers. Bientôt les Athéniensfirent alliance avec eux. Les Corinthiens, les Argiens et leurs alliésbattirent les Spartiates dans un sanglant combat à Ilaliarte. Ly-sandre périt dans la mêlée. Les Lacédémoniens effrayés, et voulantopposer à lennemi un général habile, rappelèrent Agésilas. Celui-ci
    • 264 EPITOME HISTORIEE GRjECJE.revocaruut. Hic frendens Asiam reliquit, ThraciamMacedoniamque magnis itineribus transmisit, et sociisapud Goroneam occurrit. Ibi veroatroxpreelium facturaest, et utrimcrue summâ vi pugnatum est. Ipse, dumrem fortiter agit, Agesilaus non semel vulneratur, sedtandem victoriâ potitur.GXXTTT. Sed eodem tempo re, inasiaticolittore, CononAtheniensis, regise classi praepositus, Lacedsemoniorumclassem pessumdabat, et, trajecto mari, ipsius Laconiseoras vastabat. Dein, reversus inpatriam, longos muros,olim a Lysandro dirutos, restituebat.Frustra Lacedaemonii circa Corinthum belligerabant,ne in Peloponneso clauderentur. Frustra Argolidemferro et igné populabantur. Nihilominus recrescebantobrutae nuper Athenarum opes.Iphicrates enim in Graeciâ ipsos non semel vicerat;quitta lAsie en frémissant; traversa la Thrace et la Macédoine àmarches forcées et rencontra les alliés à Goronée. Là une bataillefurieuse fut livrée, et on combattit avec acharnement de part etdautre. Agésilas lui-même, tandis quil fait des prodiges de valeur,reçoit plusieurs blessures; mais enfin la victoire est à lui.CXXIII. Mais en même temps, sur le rivage asiatique, lAthénienConon, commandant la flotte royale, détruisait celle des Lacédé-nioniens, et, traversant la mer, allait dévaster les côtes mêmes dela Laconie.Ensuite, de retour dans sa patrie, il relevait les longs murs na-guère renversés par Lysandre.En vain les Lacédémoniens luttaient autour de Corinthe, pourne pas être enfermés dans le Péloponnèse; en vain ils portaient lefer et la flamme dans lArgolidc : les forces dAthènes naguèredétruites ne laissaient pas de renaître.Iphicrate avait vaincu plusieurs fois les Spartiates en Grèce,
    • 266 EPITOME HISTORIEE GB.MCM.Thrasybulus autem Byzantium, Ghalcedonem, Lesbumin pristinam Atbeniensium societatem redegerat; imo,et a multis Asiœ maritimse civitatibus tributa exigebat.GXXIV. Itaque Lacedaemonii legatum ad Regemmiserunt, qui pacem peteret. Non renuit Artaxerxes,paxque his condicionibus concessa est, ut omnes Asiœcivitates, insulœque Gyprus et Glazomenœ Persarumdicionis essent, ceterœ autem Graeciae civitates omnes,magnœ parveeque, essent sui juris, exceptis Imbro,Lesbo et Scyro, quee Atbeniensibus, ut olim, addice-rentur. Si quis vero eas condiciones detrectasset, eumRex cum sociis, terra manque, impugnare debebat.Heec convocatis omnium civitatum legatis a Tiri-bazo, jussu régis, dictata sunt, et nemo reclamavit.tandis que Thrasybule ramenait à lalliance athénienne Byzance,Chalcédoine et Lesbos. 11 imposait même un tribut à beaucoup devilles maritimes de lAsie.GXXTV. Les Lacédémoniens envoyèrent donc une ambassade augrand roi pour demander la paix. Artaxerxes y consentit, et clicfut conclue aux conditions suivantes : « Toutes les villes de lAsieet les îles de Chypre et de Clazomène devaient appartenir à laPerse : les autres cités grecques, grandes et petites, seraient indé-pendantes, à lexception dImbros, Lesbos et Scyros, qui seraientattribuées, comme autrefois, aux Athéniens. Si quelquun refusaitde se soumettre à ces conditions, le roi avec ses alliés devait lecombattre sur terre et sur mer. »Les envoyés de toutes les cités furent convoqués par Tiribaze, qui,sur lordre du roi, leur donna connaissance de ces articles, et per-
    • 268 EPITOME HISTORIEE GBMCM.Adeo omnes longis bellis erant fessi, et depressa pri-.stina illa Grraecorum animorum ferocia!CXXV. Ergo per illam pacem Spartani Grœcicedoniini facti erant, et viribus suis ad opprimendos ad-versarios utebantur. Sic Arcadiam depopulati surit, etMantineam funditus eruerunt.Gadmeam etiam, Thebarum arcem, per dolum occu-paverunt, quamvis Thebanorum essent socii, et reddere noluerunt.Imo praesidium in arce collocaverunt, civitatis admi-nistrationem suis amicis tradiderunt, alterius vero factionis principes partim interfecerunt, partim in cxsi-lium ejecerunt. Qui fere omnes Athenas confugeruntGXXVI. Inter exsuies autem erat Pelopidas, vir fortiet strenuus, patriœ amantissimus, tyrannis inimicusIlle comités nunc singulos stimulabat, nunc universosonne ne réclama. Tant ils étaient tous fatigués de ces guerreinterminables, et tant lantique fierté grecque était abattue 1CXXV. A la faveur de cette paix les Spartiates étaient deveniles maîtres de la Grèce et abusaient de leurs forces pour opprimerleurs adversaires. Cest ainsi quils ravagèrent lArcadie et détrui-sirent Mantinée de fond en comble.La Cadmée, citadelle de Thèbes, fut même occupée par ruse;quoique alliés des Thébains ils refusèrent de la restituer.Bien plus ils y mirent garnison, livrèrent à leurs amis le gou-vernement de Thèbes, et firent périr ou jetèrent en exil les chefa|du parti contraire. La plupart des exilés se réfugièrent à AthènesCXXV1. Parmi eux était Pelopidas, homme courageux et hardigrand patriote et ennemi des tyrans. Tantôt il stimulait en parti-culier chacun de ses compagnons, tantôt ils les exhortait vivemen
    • 270 EP1TOME HISTORLE GRjECjE.vehementer hortabatur, ut patriam liberarent. Simuicum amicis in urbe relictis consilia communicabat.Igitur die statuto, duodecim exsuies, Pelopidà duce,Athenis cum veuaticis canibus exierunt, agresti chla-myde induti, retia secum ferentes, ne suspicioneniobvii conciperent.Tbebas autem perveniunt ante noctem, et in urbemalii per aliam portam ingrediuntur.Prœcipui interea civitatis magistratus, ab exsulumamicis ad convivium invitati, vino epulisque indulge-bant. Uni eorum affermi* epistola ex Athenis, rem om-nem indicans; hic vero, ut erat lecto acclinis : « lucrastinum, inquit, res sérias differamus » ; et epistolamnon resignatam sub pulvinari reponit.Ecce autem subito adsunt conjurati, sub niuHebriveste gladios tegentes. Imparatos invadunt ac trucidant.tous ensemble à délivrer leur patrie. En même temps il faisait partde ses projets à ceux de ses amis qui étaient restés dans la ville.Au jour fixé douze exilés, sous la conduite de Pélopidas, sortentdAthènes avec des chiens de chasse, habillés en paysans, et cl:de filets, pour ne pas exciter les soupçons de ceux qui les rencon-treraient.Ils arrivent à Thèbes avant la nuit et entrent dans la ville chacunpar une porte différente.Cependant les principaux magistrats, invités à un festin par lesamis des exilés, se livraient aux plaisirs de la table. On apporteà lun deux une lettre dAthènes qui lui dévoilait tout le complot.Mais lui, sans se lever du lit sur lequel il est étendu : « A demainles affaires sérieuses, s dit-il, et il place sous son coussin la lettrequil na pas même décachetée.Or, voici que tout à coup les conjurés paraissent cachant leursglaives sous des vêtements féminins. Ils attaquent leurs ennemisà limproviste et les tuent. Ensuite ils se répandent dans la ville
    • 272 EP1T0ME HISTORIEE GRjECiE.Dein per urbem discurrunt, et suos ad arma vocant.Ceteri autem fugiunt trepidi.At postero die undique ex agris co-ncurritur; adve-niunt etiam qui Atbenis restiterant; pellitur ex arceLacedœmonium praesidium, et Thebse in libertatemrestituuntur.Hic dies Spartanis bellorum initium fuit, quibusdissolvetur eorum imperium. Thebanus enim al tergravioribus eos malis afficiet. /GXXVII. Epaminondas génère natus erat honesto,sed paupere. At nullus inter œquales liberaliore simulet amabiliore disciplina instituais fuerat. Nametcitha-rizare, et ad citbarae sonum cantare, et tibiam inflare,et saltare ab optimis magistris didicerat.Idem vero et gravibus studiis deditus ; nam philoso-phiœ prœceptorem habueratLysimTarentinum, Pytha-gorœ discipulum; cujus quidem adeo fuit studiosus, utadolescens severum senem sequalibus suis in familia-ritate anteponeret.et appellent aux armes leurs partisans. Le reste des habitantssenfuient effrayés.Mais le lendemain on accourt de tous les points de la campagne;ceux qui étaient restés à Athènes arrivent à leur tour; la garnisonlacédémonienne est chassée de la citadelle, et Thèbes recouvre saliberté.Ce jour fut pour les Spartiates le commencement des guerresqui détruiront leur empire. Car lautre grand Thébain leur feraencore plus de mal que Pélopidas.CXXVII. Epaminondas était dune famillehonorable, mais pauvre.Aucun des hommes de son temps navait reçu une éducation à lafois plus libérale et plus agréable. 11 savait jouer de la lyre, etchanter au son de cet instrument; pour jouer de la flûte et pourdanser, il avait eu aussi les leçons des meilleurs maîtres.Mais il sétait également appliqué aux études sérieuses : car ilavait eu pour maître de philosophie Lysis de Tarente, disciple dePythagore, auquel il sattacha au point que, dans son adolescence,il préférait le commerce de laustère vieillard à celui des jeunesgens de son âge.
    • 274 EPITOMF. HISTORIEE GRjEŒ.Geterum modestus, gravis et prudens, manu fortis,belli peritus et generosus animo, veritatis diligens, itaut ne per jocuin quidem mentirelur, fidelis amicus, et,si quid ipsi commissum fuerat, religiose celans; sedante omnia amans patriae, et pro patria semper vitamdedere paratus.GXXVin. At crescebant Thebanorum opes, et Spar-tani novam illam œmulam non sine invidiâ et metuobservabant.Itaque rex Gleombrotus cum decem millibus hopli-tarum et mille equitibus in Bœotiam ingressus est, etapud Leuctra, manum conserere statuit.Pauciores erant Thebani, sed eorum exercitui prœ-erat Epaminondas, et aderat cum Pelopidâ sacrumagmen, valida illa manus, e nobilissimis et fortissimisThebanorum juvenibus délecta.Ergo Spartani, quamvis essent numéro superiores,Dailleurs modeste, sérieux, prudent, courageux et habile à laguerre, dun cœur généreux, passionné pour la vérité, au pointquil ne mentait jamais même en plaisantant, ami sûr, et scrupu-leux gardien des secrets quon lui confiait, il aimait avant toutsa patrie et il était toujours prêt à donner sa vie pour elle.CXXVIII. La puissance de Thèbes grandissait et les Spartiatesne voyaient pas sans envie et sans crainte cette nouvelle rivale..Le roi Cléombrotc envahit donc la Béotie avec dix mille hopliteset mille cavaliers, et résolut de livrer bataille à Leuctres.Les Thébains étaient moins nombreux; mais ils avaient pourchef Epaminondas, et le bataillon sacré était là, avec Pélopidas,le bataillon sacre, ce corps invincible, formé des jeunes gens lesplus nobles et les plus courageux de Thèbes.Donc les Spartiates, quoique supérieurs en nombre, sont battus
    • 276 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.victi fusique fuerunt, et rex ipse, dum suos hortatur elin hostes reducere nititur, vulneribus confossus cecidit,Epaminondas auteni, partâ victoriâ, Arcades in con-dendâ Megalopoli adjuvit, ac deinde in Laconiam,magno Lacedaemoniorum terrore, penetravit. Spartamvero ipsam expugnasset, nisi defensor adfuisset Agesi-laus.Sed hiems appropinquabat, totaque regio, bello vas-tata, victoribus jam non victum sufficere poterat. The-banus igitur recessit, sed prius curavit, ut in montisIthomes clivo nova Messena strueretur, et Messeniosexsuies, veteres Spartanorum hostes, in civitatem resti-tuit.GXXIX. Lex erat quœ ducem morte multabat, siultra praennitum tempus imperium retinuisset. Epami-nondas autem, dum Lacedœmonios urget et Messenaereficiendœ invigilat, imperium quattuor menses ultralegitimum tempus retinuerat.et mis en déroute, et leur roi lui-même, tandis quil exhorte sestroupes et sefforce de les ramener au combat, tombe percé decoups.Epaminondas vainqueur aide les Arcadiens à fonder Mégalopo-lis, et pénètre ensuite en Laconie, au grand effroi des Lacédémo-niens. Sparte était prise, si Agésilas nétait accouru pour la dé-fendre.Mais lhiver approchait, et le pays, entièrement dévasté, ne pou-vait plus nourrir les vainqueurs. Le Thébain se retira donc, maisil soccupa dabord de bâtir une nouvelle Messène sur le versantdu mont Ithôme, et il ramena dans leur patrie les exilés messé-niens, ennemis héréditaires des Spartiates.XXIX. Une loi punissait de mort le général qui aurait gardé lecommandement au delà du temps fixé. Or Epaminondas, occupéà poursuivre les Lacédémoniens et à surveiller les travaux deMessène, lavait retenu quatre mois au delà du terme légal
    • 278 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.Quapropter, postquam domum rediit, apud populumaccusatus est cum Pelopidâ. Hic quidem lacrimans, utdicitur, psenam deprecatus est. Epaminondas contraomnia, quee ipsi objiciebantur, confessus est, necpaenam recusavit; unum petivit ab judicibus, scilicetut in sententiâ hœc conscriberent : « Epaminondas aThebanis morte multatus est, quod eos coegit apudoLeuctra Lacedœmonios vincere, quos ante se nemoBœotiorum aspicere in acie ausus erat. »Applausere judices, et uterque absolutus estGXXX. Quin etiam Pelopidas paulo post adversusThessalos dux electus est; Epaminondas autem nondedignatus est cum amico bellum gregarius miles ge-rere. Sed mox, interfecto Pelopidâ, ipse exercitui prae-positus est.Gum vero Agesilaum audiisset cum totis viribus11 fut donc accusé, à son retour, par-devant 1e peuple, ainsi quePelopidas. Celui-ci, dit-on, sefforça dobtenir sa grâce en versanl deBlarmes. Epaminondas , au contraire, reconnut les faits qui luiétaient reprochés et ne refusa pas de subir sa peine. Il demandaseulement aux juges décrire dans la sentence : « Epaminondasa été condamné à mort par les Thébains pour les avoir con-traints à vaincre, à Lcuctres, les Lacédémoniens quaucun desBéotiens, avant lui, navait osé regarder en face sur un champde bataille. »Les juges applaudirent, et les deux accusés furent absous,CXXX. Pelopidas fut même choisi, peu de temps après, pourcommander contre les Thessaliens; et Epaminondas ne dédaignapoint de servir en qualité de simple soldat sous les ordres de sonami. Mais bientôt Pelopidas fut tué, et il fut placé lui-même à latête de larmée;Ayant appris quAgésilas était absent avec toutes ses forces, il
    • 280 EPITOME HISTORIE GRJECfE.abesse, statim in Laconiam iterum ingressus est, et adSpartam recta tetendit, sperans se urbem indefensamfacile occupaturum. Sed Agesilaus, a transfugâ moni-tus, celeriter rediit. Epaminondas contra, ne intermontes et Eurotam in reductâ valle deprehenderetur,retrocessit, et ambo exercitus apud Mantineam inArcadiâ concurrerunt.Ambo duces periti ; fortis uterque exercitus. Itaquelongum et cruentum fuit certamen. Thebani tamenhostem loco cedere tandem coegerunt. Sed Epaminon-das, dum instat fugientibus aut resistentes audaciusimpugnat, sparo eminus percutitur et concidit. Semi-animem in castra referunt amici.At ferrum liaeserat in vulnere, medicique pronuntia-verant eum, ubi ferrum extractum foret, moriturumesse. Qucesivit primum an salvum esset scutum, alla-tumque deosculatus est. Rogavit deinde utra pars vicis-envahit aussitôt la Laconie pour la seconde fois, et marche di-rectement sur Sparte; car il espère semparer aisément de cetteville sans défense. Mais Agésilas, averti par un transfuge, revienten toute hâte. De son côté, pour ne pas être pris entre les monta-gnes et lEurotas dans une étroite vallée, Epaminondas recule; etles deux armées se rencontrent à Mantinée, en Arcadie.Les deux chefs étaient expérimentés, les deux armées pleinesde vaillance. Aussi la lutte fut-elle longue et sanglante. Cepen-dant les Tlnbains forcèrent lennemi à leur céder le champ debataille. Mais Epaminondas, en poursuivant les fuyards, ou ensefforçant de briser les dernières résistances, est atteint de loinpar un javelot, et tombe. Ses amis le remportent à demi mortdans le camp.Le fer était resté dans la blessure et les médecins avaient dé-claré quaussitôt quon laurait retiré, Epaminondas mourrait. 11sinforma dabord si son bouclier était sauvé, il se le fit apporteret y appuya ses lèvres. Il demanda ensuite quels étaient les vaio-
    • 282 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.set, atque, ubi cognovit victores esse Thebanos : « Benehabet, inquit; mori possum. » Simulque jussit ferrumde vulnere extrabi. Dolentibus autem amicis quod nul-lum liberum linqueret : « Per Jovem, ait, erratis,amici; duas ego filias linquo immortales, Leuctra etMantineam. »Illo pereunte, periit Thebarum brevis dominatio.Mox novus assurget Grsecise dominus.GXXXI. Macedonum gens, Tbraciae et Epiro fini-tima, in regione babitans asperâ" et inaccessis montibuscinctâ, e Graecis et Barbaris mixta erat. Linguâ etiampeculiari utebantur. Geterum fortes, audaces, armorumet periculi studiosi, laborum patientes.Sed per longam annorum seriem cum vicinis belli-gérantes, suis e finibus non exierant; et, quamviseorum reges dicerentur ab Heraclidis originem duxisse,.Grsecis quodammodo alieni erant ac paene ignoti.queurs, et quand il sut que cétaient les Thébains : « Cest bien,dit-il, je puis mourir ». En même temps il fit retirer le fer de sablessure. Comme ses amis déploraient quil ne laissât point depostérité : « Par Jupiter, dit—il, vous vous trompez, mes amis;je laisse deux Allés immortelles, Leuctres et Mantinée. »Sa mort mit fin à la courte domination de Thèbes. Bientôt unnouveau maître de la Grèce va surgir.CXXXI. La nation macédonienne, voisine de la Tlirace et delÉpire, et habitant une rude contrceientourée de montagnes inac-cessibles, était mélangée de Grecs et de Barbares. Elle parlaitmême un idiome particulier : du reste les Macédoniens étaientcourageux, hardis, passionnés pour les combats et les périls dela guerre, durs à la fatigue.Mais pendant une longue période, occupés à guerroyer contreNuis voisins, ils nétaient point sortis de leur pays; et quoiqueleurs rois fussent, disait-on, des descendants des Héraclides, ilsétaient en quelque sorte étrangers, et presque inconnus auxGrecs.
    • 284 EPITO&E HISTORIE GKMCM.Persico bello, rex Alexander Barbaris se sociumaddere a Xerxe coactus fuerat. Sed idem, nocte qnâdam,barbaricis evaserat castris, et Greecos, cum Persis adPlatœas certaturos, admonuerat periculi. Quâ de causa,illi, post victoriam, Macedonem in Graecam familiamadmiserant.At Macedonia, principum œmulatione turbata, et abIllyriis lacessita, in diffîcillimo erat statu, cum Philip-pus, defuncto fratre, nepoti puerulo tutor datus est, etrerum administrationi prœpositus.Hic tertium et vicesimum aetatis annum vix attigerat ;sed jam virili prudentiâ sibi fiduciam eonciliaverat.Acceperat a naturâ sagax ingenium; naturam autemmeditando et observando singularem in modum confh-maverat.Thebas olim obses a fratre missus erat, et cum Epa-minondâ familiariter vixerat, a quo multa de regendisPendant la guerre médique, le roi Alexandre avait été contraintpar Xerxès de marcher avec les Barbares. Mais une nuit, il sétaitévadé de leur camp, et au moment où les Grecs allaient livreraux Perses la bataille de Platées, il les avait avertis du danger.Cest pourquoi ceux-ci, après la victoire, avaient admis le Macé-donien dans la famille hellénique.CXXXII Mais la Macédoine, troublée par les rivalités des grands,el sans cesse harcelée par les lllyriens, était dans une situationcritique lorsque Philippe, après la mort de son frère, fut nommétuteur de son neveu encore au berceau, et chargé du gouverne-ment.11 avait à peine atteint sa vingt-troisième année; mais déjà saprudence virile lui avait valu la confiance publique. Il avait reçude la nature un esprit perspicace, et à force de réfléchir et dob-server, il avait singulièrement développé ce don naturel.Autrefois, il avait été envoyé comme otage à Thèbes par sonfrère, et il y avait véc»dans lintimité dÉpaminondas, qui lui avait
    • 286 EPITOME HISTORIEE GRMCJE.civitatibus didicerat. Noverat hommes, et eorum affeotus aut nécessitâtes ad suam utilitatem vertere callebataudax vicissim et sibi temperans, nunc strenuus, nuncastutus; laudis amans, et ad laudem parandam non sitiparcens, periculi coniemptor; ceterum comis, facilis,clemens, nisi clementiam consiliis suis contrariam esreputaret.GXXXIII. Macedonia, ante omnia, periculis circum-stantibus extricanda erat. Philippus igitur Illyrios pri-mum et Thracas per largitiones a finibus avertit.Argeum deinde, qui ipsum et nepotem, auxiliantibusAtheniensibus, de regno detrudere volebat, in certa-mine vincit et interfîcit. Ut vero viam sibi ad Athenien-sium gratiam et amicitiam praemuniat, captivos Athe-nienses remittit donis oneratos, et per legatos ferricurât ad populum régis epistolam.révélé un grand nombre de maximes de gouvernement. Il con-naissait les hommes, et il sentendait à tourner à son profit leurspassions et leurs besoins; tour à tour entreprenant et sachant semodérer; tantôt brave, tantôt rusé: aimant la gloire et ne sépar-gnant pas pour lacquérir; méprisant le danger; dailleurs affable,facile, clément, à moins quil ne crût la clémence contraire à sesdesseins.CXXXIII. Avant tout il fallait tirer la Macédoine des périls quilassiégeaient. Philippe, par ses largesses, détourne dabord 1rsIllyriens et les Thraces de ses frontières. Ensuite, comme Argéevoulait, avec le secours dos Athéniens, lécarter du trône, luiet son neveu, il lui livre bataille et le tue, et pour se frayer unchemin à la reconnaissance et à lamitié des Athéniens, il leur en-voie, chargés de présents, les prisonniers de guerre de leur na-tion, et fait porter par des ambassadeurs au peuple athénien unelettre du roi.
    • 288 EPITOME HISTORIE GÏKJECM.Denique, Paeoniis subditis, ipse in nepotis locum rexa Macedonibus renuntiatur.Tum disciplinam militarem antea solutam restituit;militem laboribus et longis itineribus exercet, et vetatne quisquam carris utatur. Tandem phalangem illamcelebrem constituit, prœcipuum macedonici exercitûsrobur, ex quâ densse lancearum acies prominebant,quseque enormi belluœ similis erat ferro horrenti.CXXXIV. Eo tempore, Athenae sociali bello erantimplicitœ. Ghabrias apud Ghiûm nuper interfectusfuerat. Mortuo suffecti Iphicrates et Timotheus rem nonféliciter gesserant, Atheniensesque cum sociis pacemincommodam componere coacti fuerant.Quamobrem populus iratus utrumque ducem in judi-cium vocaverat. Alter, gravi multâ damnatus, cumEnfin, après avoir soumis les Péoniens, il est lui-môme pro-clamé roi par les Macédoniens à la place de son neveu.Alors il rétablit la discipline militaire, jusque-là fort relâchée;il exerce les soldats en leur imposant de longs travaux et delongues marches, et défend que personne se serve de chariot.Enfin, il établit la fameuse phalange qui fut la principale forcede larmée macédonienne : elle portait en avant de longues ran-gées de lances, et elle était comparable à un monstre hérisséde fer.CXXXIV. A cette époque, Athènes était engagée dans la guerresociale. Chabrias venait dêtre tué à Chios. Ses successeurs, ïphi-crate et Timothée, navaient pas été heureux, et les Athéniensavaient dû conclure avec leurs alliés une paix désavantageuse.Le peuple irrité avait mis en jugement les deux générauxLun, condamné à une lourde amende, et ne pouvant la payer,
    • 290 EPITOME HISTORIEE GRjECiE.solvere non posset, exsulaverat; Iphicrates absolutusquidem, at rébus publicis posthac abstinuit.Philippus interea, usus occasione, Amphipolim,Pydnam et Grenides subinde per dolum occupavit. Sicet Strymoniam vallem, silvis opertam, tenebat, etPangaei montis metallis potiebatur.GXXXV. His autem actis, aliquantisper quiescerevisus est, interioribus regni rébus unice attentus.Olympiadem vero, Neoptolemi régis filiam, in taatri-monium duxit, et plures etiam in festis menses con-sumpsit, tanquam si nihil seriijam cogitaret. At tacitegrassabatur, et res circurncirca observabat, ad onmiaparafais.Methonem enim in Messeniâ paulo post obsidebat,captamque funditus eruebat. Lycopbrona autem, Phe-rarum tyrannum, dejiciebat, et Pheraeos in libertalem.restituebat, eâ condicione ut ipse Thessaliœ reditusmagnâ parte perciperet.sétait exilé; Iphicrate fut absous, à la vérité, mais dans la suiteil ne prit aucune part aux affaires publiques.Philippe cependant, profitant de cette occasion,, occupa succes-sivement par ruse Amphipolis, Pydna et Crénides. Ainsi il deve-nait le maître de la vallée du Strymon, couverte de forêts, et ilpossédait les mines du mont Pangëe.CXXXV. Cela fait, il parut se recueillir et donner toute son at-tention aux affaires intérieures de son royaume, il épousa Olym-pias, fille du roi Néoptolème. et passa plusieurs mois en fêtes,comme sil ne méditait rien de sérieux. Mais il travaillait sourde-ment, surveillait ses alentours et se tenait prêt à tout.Peu de temps après, il assiégeait Méthone, sen emparait, et ladétruisait de fond en comble; Lycophron, tyran de Phères, élailrenversé, et les habitants de Phères affranchis, à la condition quePhilippe perçût une grande partie des revenus de la ïbessalie.
    • 292 EPITOME HISTORIEE GR,E(LE.GXXXVI. Phocenses ab Aniphictyonibus multâ dam-nati fuerant, quod agrum Apollini sacratum coluerant.Quam nisi suivissent, cdictum erat ut eorum agri devo-verentur et Deo dicarentur.Illi autem restiterunt; templum ipsum occupaverunt,muro cinxerunt, et mercennarios undique convocave-runt. Simul legatos -ad omnes graecas civitates mitte-bant, ut jus suum defenderent.Bœotii contra, ad ulciscendam Dei injuriam, curamultis conjuravere. Soli Athenienses et Lacedsemoniieo bello abstinuerunt.At Phocenses fortiter se defenderunt; imo, duceOnomarcho, in Thessaliam ingressi sunt, et Philip-pum, qui tum adversus Lycophrona bellum gerebat,bis vicerunt. Philippus autem cum magnis viribusreversus est, et milites suos capite laureâ" apollinaricoronato ad pugnam ire jussit. Yicti fusique sunt Pho-CXXXVI. Les Phocidiens avaient été condamnés à une amendepar les Amphiclyons pour avoir labouré un territoire consacré àApollon. Faute de la payer, ils devaient voir leur propre territoirefrappé danathème et consacré au dieu.Ils refusèrent de se soumettre, occupèrent le temple même,lentourèrent dun rempart et réunirent de toutes parts des soldatsmercenaires. En même temps ils envoyaient des députés à toutesles villes grecques, pour défendre leurs droits.Les Béotiens, de leur côté, se liguèrent avec beaucoup dautrespeuples pour venger linjure faite aux dieux. Seuls, les Athénienset les Lacédémoniens sabstinrent de prendre part à cette guerre.Les Phocidiens se défendirent courageusement; sous la con-duite dOnomarquo, ils pénétrèrent même en Thessajie et bat-tirent par deux fois Philippe, qui faisait alors la guerre à Ly-cophron. Mais Philippe revint avec de grandes forces et donna"(utlre à ses soldats de marcher au combat, la tête couronnéei!u laurier dApollon. Les Phocidiens furent mis en déroule et
    • 294 EPITOME IlIsiTOlîLE GRMQM.censés, et ad sex millia trucidati ; captivorum tnamilliain mare dejecta. Onornarcbi cadaver, in campo reper-tum, cruci affixum est.Pbilippus, occasionem opportunam ratus, Thermo-pylas occupare tentavit. Sed ab Atheniensibus inter-ceptus est. Recessit igitur, Atbenisque gratiœ Diis acteesunt, tanquam si victoria aliqua fuisset relata.CXXXVII. Erat autem vir, qui Macedonis acta abinitio anxie observabat, nec desierat populum ad vigi-landum bortari.Sed jani non erat populus ille Atbeniensis Persicibelli, qui domos hosti diripiendas relinquebat, ut innavibus libertatem defenderet. Illum fatigaverat bellunipeloponnesiacum, civilia dissidia in factiones distraxe-rant; corruperant prœterea gubernantium adulationes,ita ut voluptates suas magis, quam rem publicam, curœbaberet.Illum tamen populum excitare statuit Demostbenes,massacrés jusquau nombre de six mille. Trois mille prisonniersde guerre furent jetés à la mer. Le cadavre dOnomarque, trouvésur le champ de bataille, fut crucifié.Philippe, jugeant loccasion favorable, essaya doccuper lesThermopyles. Mais les Athéniens lui barrèrent la route. Il dut seretirer, et, dans Athènes, on rendit aux dieux des actions degrâces, comme après une victoire.CXXXVII. II y avait là un homme qui observait avec inquié-tude, depuis le commencement , les progrès des Macédoniens etqui ne cessait dexhorter le peuple à ouvrir les yeux.Mais ce nétait déjà plus ce peuple athénien du temps desguerres médiques, qui laissait lennemi piller ses domaines pourdéfendre son indépendance sur ses vaisseaux. Épuisé par la guerredu Péloponnèse, les discordes civiles lavaient divisé en partis con-traires; en outre, il sétait laissé corrompre parles flatteries de sesgouvernants, au point quil était plus occupé de ses plaisirs quede la chose publique.Cest pourtant ce peuple que Démosthène résolut de ranimer et
    • 296 EPITOME I1ISTORLE GRJECM.et ad veteris glorise memoriam revocare. Imo et revo-cavit; tantus in oratore vigebat amor patriae, et dictisquasi ilammas subjiciebat!Magnum quidem spectaculum et admiratione di-gnuni : Vir unus, solâ sua eloquentiâ, cum maximorege pro patriœ libertate decertans !GXXXVIU. « Quando igitur, aiebat Demosthenes,quando, Atbenienses, quod agere oportet, vos agetis?Quid exspectatis? quem eventum? — « Necessitalem »,dicitis. — At, per Jovem, quse nuncfiunt, qualia sunt?Num liberis bominibus major potest esse nécessitas,quam dedecus? An vultis, dicite, semper in publicocircumire, alius alium percontantes : « Quid novi? » —Quid autem fîeri possit magis novum, quam homoMacedo Atbeniensium victor et Graeciae dominus?« Num Pbilippus obiit? — Minime, per Jovem, sedde rappeler au souvenir de sa gloire passée. Et il y réussit : tantlamour de la patrie était fort chez cet orateur et enflammait,pour ainsi dire, sa parole 1Certes, cest un spectacle grandiose et digne dadmiration quecelui dun seul homme luttant sans autres armes que son élo-quence contre un puissant monarque pour lindépendance de sapatrie.CXXXVIII. « Quand donc, disait Démosthène, quand donc, Athé-niens, ferez-vous ce que vous devez faire? Quattendez-vous? Quelévénement? — La nécessité, dites-vous? Mais, par Jupiter, ce quise passe aujourdhui, comment faut-il lappeler? Est-il pour deshommes libres une nécessité plus urgente que celle de sauverlhonneur? Voulez-vous donc, dites-moi, aller toujours, çà et làsur la place publique, en vous demandant les uns aux autres :Quoi de nouveau? — Et que pourrait-il y avoir-de plus nouveauquun Macédonien vainqueur dAthènes et maître de la Grèce?...Philippe est-il mort? « Non, par Jupiter ; mais il est malade. —
    • 298 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.aegrotat. » — Quid refert? Si enim huic aliquid acci-dent, vos brevi alterum Philippum facietis, si rébusnon magis estis altenti. Hic enim non suis viribusauctus est, sed vestrâ negligentiâ. »GXXXIX. Simul indicabat quse agenda essent, quotnaves parandœ, civesque hortabatur ut ipsi naves con-scenderent, ne fiderent rnercennariis, ut prœsertiruomnia necessaria providerent ac lege statuèrent.« Scitisne, aiebat, cur Panathenaicorum quidem etDionysiorum ferise seruper convenienti tempore fiant,classes auteni vestrce omnes seu Methonem, seu Paga-sas, seu Potidœam serius adveniant? — Quia illa qui-dem omnia lege ordinata sunt, et quisque multo antenovit, quid sibi agendum sit, quo tempore, quo loco;in bcllicis autem rébus omnia inordinata. Simul atquebelli rumorem audivimus, trierarchos constituimus, deparandâ pecuniâ deliberamus; postea decernimus utQuimporte? Supposé quil lui arrivât malheur, vous feriez bientôtsurgir un autre Philippe, si vous nêtes pas plus attentifs à vosaffaires. Car il a grandi, moins par ses propres forces quà causede votre négligence. »GXXXIX. En môme temps il leur traçait la conduite quils de-vaient tenir; il leur fixait le nombre de vaisseaux quils devaientaimer : il engageait les citoyens à sembarquer eux-mêmes, à nepas se fier aux troupes mercenaires; et surtout à pourvoir à toutesles nécessités par des mesures légales.« Savez-vous, disait-il, pourquoi les Panathénées et les Dionysia-ques ont toujours lieu au temps prescrit, tandis que toutes vosflottes arrivent trop tard à Méthone, à Pagases, à Potidée? ique pour ces fêtes tout est réglé par la loi, et chacun sait long-temps davance ce quil doit faire, à quel moment, en quel lieu :tandis que les affaires militaires sont entièrement livrées au hasard.Au premier bruit de guerre, nous nommons des triérarques, nousdélibérons sur les moyens de nous procurer de largent; ensuite
    • 300 EPITOME IllSTORIiE GRjECLE.inquilini primum, dein ut libertini, denique ut civesnaves conscendant. Interea rei gerendœ tempus consu-mitur; occasiones autem nostram tardilateru ac tergi-versationem non exspectant. »His et talibus excitati, Athenienses bellum alacriterparabant. Sed Philippus, sive non esset omnino para-tus, sive aliam ob causam, consilia sua in aliud tempusdistulit.GXL. Nec diu quievit; mox enim Olyntlium obsi-debat. Hinc novus Athenis tumultus, et novae Deinos-thenis ad populum orationes.Lege olim statutum fuerat, ut pars quœdam pecuniaea sociis collatse populo ad spectacula divideretur, edic-tumque ut capite damnaretur, qui eani legeni abrogan-dam cen&eret. Jam non socii pecuniam Athenas con-ferebant; exhaustum erat œrarium; sed lex sempermanebat.nous dé( rétons quon embarquera dabord les métèques, puis lesaffranchis, enfin les citoyens. Ainsi le moment dagir se passe, elloccasio i nattend pas nos lenteurs el nos tergiversations. »Excité par de telles paroles, les Athéniens se préparaient acti-vement * la guerre. Mais Philippe, soit quil ne fut pas absolumentprêt, soi pour tout autre motif, remit à un autre temps lexécutionde ses p jjetsCXL. } on repos ne fut pas de longue durée : bientôt en effet ilassiégeai Olynthe De là nouveau trouble dans Athènes et nouveauxdiscours le Démoslhène au peuple.Une ai tienne loi portait quune partie des sommes versées parles alliés serait prélevée pour les spectacles, et prononçait la peinede mort i.ontre quiconque proposerait labrogation de cette cou-tume. Mi jtn tenant les contributions des alliés nexistaient plus;le trésor était vide, et la loi était toujours en vigueur.
    • 302 BPITOME HISTORIE GRMCM.Legem ausus est impugnare Demosthenes, rogavit-que ut illœ pecunise in festiset voluptariis consumptee,adi*eipublicse nécessitâtes transferrentur. Audiit populus,et in cetcris oralori obsecutus est, sed legem de specta-culis non abrogavit.Missœ igitur Olynthiis in auxilium aliquot navescum militibus. Sed Philippus Olynthios magislratuspecuniâ" corruperat. Hi civitatem régi tradiderunt, quimilitibus diripiendam permisit, sibique praedse partemsumpsit.GXLI. Erant Athenis multi, qui pacem desiderabant ;alii, quia bello fessi erant v aut civitatem, defîcientibusopibus,bello jam sustinendo imparem judicabant; aliiautem, quia, regiâ pecuniâ corrupti, Macedonis utili-tati magis, quam patriae, inserviebant. Igitur, jussupopuli, missi surit decem oratores, qui cum Philippepacem componerent.Hic vero legatos primum per dilationes elusit. DeindeDémosthène osa la combattre, et proposa que les sommespillées en fêtes et en plaisirs seraient appliquées aux besoins delÉtat. Le peuple lécouta, se rendit aux autres avis de lorateur,mais refusa dabroger la loi sur les spectacles.On envoya donc au secours dOlynthe quelques vaisseaux clquelques soldats. Mais Philippe avait gagné à prix dargent lesmagistrats de cette ville. Ils la livrèrent au roi, qui permit à sessoldats de la piller, et prit pour lui-même une partie du butin.CXLI. Il y avait à Athènes beaucoup de gens qui souhaitaient lapaix, les uns parce quils étaient las de la guerre ou quils jugeâintque lÉtat, à bout de ressources, était incapable den supporter lefardeau; les autres parce que, gagnés à prix dargent par le roide Macédoine, ils servaient ses intérêts plutôt que ceux de leurpatrie. Le peuple ordonna donc que dix orateurs fussent envoyésà Philippe pour traiter de la paix.Il remit dabord les ambassadeurs de jour en jour, pour évite.
    • 304 EPITOME HISTORLE GRJECJE.negavit Phocenses, rerum sacrarum violatores, fœderiadscribi posse, dirnissisque legatis, Thermopylas inde-fensas celeriler occupavit.Victi tandem erant Phocenses, peractumque sacrumhélium. Itaque, sublato gentis nomine, victori attrihutasunt duo in communi Grcecorum concilio suffragia,Philippusque, Macedonum rex, ah AmphictyonibusPythiorum prseses renuntiatus est.GXLII. Quo nuntio permoti sunt Athenienses, nequetamen renuere primum ausi sunt. Demostlienes ipseadversus necessitatem non recalcitrandum censuit. Moxautem aderat in Peloponneso, et régis dolos ac perfîdiasdetegehat, civitatesque hortabatur ad ineundam adver-sus Macedonem universae Graecise societatem.Ut vero illud prœverteret, Philippus Athenas misitlegatos, qui suam quodammodo causam orarent. Nonde leur répondre. Ensuite il refusa dadmettre que les Phocidienscoupables dun sacrilège fussent compris dans le traité; il con-gédia les ambassadeurs, et sempressa doccuper les Thermopyles-restées sans défense.Les Phocidiens étaient vaincus et la guerre sacrée était terminée.Le nom de ce peuple fut donc détruit, son vainqueur obtint les deuxsuffrages qui lui avaient appartenu dans lassemblée générale desGrecs, et Philippe, roi de Macédoine, fut proclamé par les amphic-tyor^ président des jeux Pythiques.CXL1I. Cette nouvelle causa une vive émotion aux Athéniens.Cependant ils nosèrent pas protester au premier abord. Démos-Ihène lui-même fut davis quil ne fallait pas regimber contre lanécessité. Mais bientôt après il était dans le Péloponnèse, perçaità jour les ruses et les perfidies du roi, et exhortait les peupl<>< aformer contre le Macédonien une ligue universelle de la Grèce.Pour parer ce coup, Philippe envoie à Athènes des ambassadeurschargés, en quelque sorte, de plaider sa cause. Démosthène ne
    • 306 EPITOME HISTORIEE GRJECM.timuit Demosthenes, his prœsentibus, vehementi ora-tione in regem et régis amicos invehi. Quâ quideralectâ, dixit Philippus : « Ego sane Demostheni suffra-gatus essem, ut mihi bellum indiceretur, et eum ducemelegissem. »Neque verbis tantuni et orationibus adversus regemcontendebat. Eo auctore, Phocion cum exercitu Mega-ram occupabat et Isthmum tuebatur ;Ambraciam auteniAtheniensium agmen ab repentino Macedonum impetuservabat.GXLHI. Philippus interea Periutbum, validum inPropontide oppidum, obsidit, et Byzantio minatur.Byzantium autem statim accurrit Demosthenes; Byzan-tinos rogat, hortatur, objurgat, et perficit tandem, utPerinthiis auxilia mittant. Attica simul classis macedo-nicas naves oneratas capit, et a Phocione recipiturcraignit pas, en leur présence, de prononcer un violent discourscontre le roi et ses amis. Philippe dit, après lavoir lu : « Jauraisdonné mon suffrage à Démosthène pour me déclarer la guerre etje laurais élu général. »Dailleurs, ce nétait pas seulement avec des paroles et des dis-cours quil luttait contre le roi. Par ses conseils, Phocion avaitoccupé Mégare avec une armée et gardait lIsthme, tandis quuncorps de troupes athéniennes sauvait Ambracie attaquée à limpro-viste par les Macédoniens.CXLIII. Cependant Philippe assiège Périnthe, place forte de laPropontide, et menace Dyzance. Démosthène accourt aussi dans«cite dernière ville; il supplie, il encourage, il gourmande lesliyzanlins et obtient enfin quils envoient du secours aux Périn-thiens. En môme temps une flotte athénienne sempare dun convoimacédonien et Phocion reprend lîle dEubée. Les Athéniens joyeux
    • 308 EPITOME HISTORIE GRMCM.Eubœa. Laeti igitur AtheniensesDemostheni,ob méritain patriam, coronam auream decernunt.Mox autem, oratoris consilio, jubet populus centumet viginti naves parari, hisque Phocionem prseficit.Phocioni addunt se Chii, Rhodii, alieeque insulse.Jamque adversus Philippum magna fît civitatum con-juratio.Dum vero haec pro Grrsecise libertate fortiter agitDemosthenes, quorumdam proditione Philippus alteriusadversus Locrenses sacri belli duxeligitur; et, in Pho-cidem ingressus, ex improviso Elateam occupât, undeet Bœotiœ et Atticse imminet.GXLIV. Vespera erat; venit quidam ad Prytanesnuntians, Elateam esse captam. Tum alii stalim acœnâ surgentes, circumforaneos e tabernis expellebantet claustra incendebant; alii vero duces accersebant, ettubicinem vocabant; et urbs plena erat tumullu.décernent à Démosthône, en récompense de ses services, une cou-ronne dor.Bientôt, sur le conseil de lorateur, le peuple ordonne déquiperune flotte de cent vingt navires quil confie à Phocion. Les habi-tants de Chios, Rhodes et autres îles se joignent à lui. Une puis-sante coalition va se former contre Philippe.Mais tandis que Démoslhène agit si énergiquement pour la li-bellé de la Grèce, la trahison de quelques-uns fait élire Philippepour chef dune seconde guerre sacrée contre les Locriens : ilentre en Phocide et occupe à limproviste Élatéc, doù il menacela Béotie et lAtlique.CXLIV. Cétait le soir : un messager vint annoncer aux PrytanesquÉlatée était prise. Alors, les uns, se levant aussitôt de table,chassent les marchands forains de leurs boutiques et brûlent toutesles clôtures de la place publique; les autres vont à la recherchedes chefs et appellent le crieur public : la ville est pleine detumulte.
    • 310 EPITOME HISTORIEE GRMCM.At postridie, primo mane, Prytanes senatum adcuriam vocabant; cives autem ad contionem concurre-bant, et, priusquam senatus deliberationem vel iniisset,universus populus in Pnyce sedebat.Ut venit senatus, et Prytanes ea, quse ipsis nuntiatafuerant, renuntiaverunt, et eum, qui nuntiaverat, pro-duxerunt, interrogavit preeco : « Quis orare vult? » Atnemo prodibat, quamvis adessent o-mnes duces, omnesoratores, et patria ipsa prseconis voce requirere videre-tur aliquem, qui pro salute sua dissereret.Tacentibus autem omnibus, unus in médium pro-gressus est Demosthenes. Vetuit ne populus animumdesponderet, et Atheniensibus persuasit unam esseipsis salutem, scilicet si cum Tbebanis sine morâ socie-tateni inirent.GXLV. Profectus est igitur cum novem aliis. JamThebis aderant Pbilippi legati, Thebanis civitatis uti-Le lendemain;au point du jour, les Prytanes convoquent le sénat;les citoyens accourent à lassemblée et avant même que le sénateût commencé à délibérer, tout le peuple était assis à la Pny.v.Dès que les sénateurs parurent et que les Prytanes eurent faitpart des nouvelles quils avaient reçues et produit devant lassem-blée lhomme qui les avait apportées, le héraut dit : « Qui veutprendre la parole? » Personne ne se présentait, bien quil y eûtlà tous les généraux, tous les orateurs, et que la patrie elle-même,par la voix du héraut, semblât demander que quelquun parlâtpour son salut.Dans ce silence universel, Démosthène seul sortit de la foule :il invita le peuple à ne point désespérer et persuada aux Athéniensque le seul moyen de salut était de conclure sans retard unealliance avec les Thébains.GXLV. Il partit donc pour Thèbes avec neuf autres députés. Déjàles ambassadeurs de Philippe étaient dans la ville, alléguant aux
    • 312 EPITOME HISTORLE GRjECiE.litatem et régis metuin prœlendenles. Sed vicit Demos-thenis eloquentia, et sancita fuit Thebanorum cumAtheniensibus societas.Ergo Grœcia evenlum exspectabat. Sed fatum quod-dam invidum libertati G-rsecorum fînem statuerat.Ambo exercitus apud Ghaeronearn in Bœotiâ manusconseruerunt; numéro quidem pares erant, sed imparesduces. Sociis enim pracerant Gbares et Lysicles, Mace-donibus contra Philippus et filius Alexander, juvcnisadmodum, sed strenuus et belli jam perilus. Demos-tbenes ipse medios inter hoplitas pedes militabat.Utrinque acriter pugnatum est. Primus AlexanderThebanorum ordines vivido impetu rupit; sed sacrumagmen loco non eessil; at omnes, in gradu stantes, adunum periere.Altéra autem parte, victores erant Athenienses; sed,Thébains lintérêt de leur cité et la colère redoutable du roi. Maisléloquence de Démosthène lemporta, et lalliance des Thébainsavec les Athéniens fut conclue.La Grèce attendait lissue de la lutte. Mais un destin jaloux avaitfixé le dernier jour de la liberté grecque.Les deux armées en vinrent aux mains à Chéronée en Béolie;elles étaient égales en nombre, mais les chefs ne se valaient pas.Les alliés étaient commandés par Charès et Lysicles; les Macédo-niens par Philippe et son fils Alexandre, fort jeune encore, maisdéjà brave et déjà habile dans lart de la guerre. Démosthène lui-même servait, à pied, parmi les hoplites.On combattit vaillamment de part et dautre. Alexandre, le pre-mier, rompit avec sa fougue impétueuse les rangs des Thébains;mais le bataillon sacré fut inébranlable : tous ceux qui le com-posaient se firent tuer sur place jusquau dernier.De lautre côté les Athéniens étaient vainqueurs -mais tandis
    • 314 EPITOME HISTORLE GR^EŒ.dura fugientes effuse persequuntur, de colle ingruitPhilippus, et dispersos profligat.Eâ in pugnâ, Atheniensium mille occisi sunt ; captaduo milia. Thebanorum quoque magna fuit strages.CXLVI. Audits clade, magna fuit Athenis conster-nation Athenienses tamen non desperaverunt. Jusse-rant servos armari; peregrinis Atticam incolentibusjus civitatis dari, si arma caperent; exsuies revocari.Ad reficiendos urbis muros ex aerario sumpta suntdecem talenta; tria insuper Demostbenes contulit.Denique vetitum est, ne quis Athenis migraret, ut sesuaque in tuto collocaret.Lysicles vero, dux ille infaustus et imperitus, morte,damnatus est. Eum accusaverat Lycurgus, vir integeret acerbus orator : « Tu exercitui praeeras dixit, etquils se débandaient à la poursuite des tuyards, du haut dunecolline, Philippe fondit sur eux et mit en déroute leurs troupesdispersées.Dans cette bataille, mille Athéniens furent tués, deux mille faitsprisonniers, et les Thébains perdirent aussi beaucoup de monde.CXLVI. A la nouvelle de ce désastre, les Athéniens furent con-sternés; cependant ils ne sabandonnèrent pas au désespoir. Ondécréta larmement des esclaves; le droit de cité fut accordé auxétrangers habitant lAttique qui prendraient les armes; les exilésfurent rappelés. Pour mettre les fortifications en état de défense,on prit dans le trésor dix talents; Démosthène en donna trois eusus. Enfin il fut interdit de quitter la ville et de mettre ses biensen sûreté.Lysicles, ce général malheureux et incapable, fut condamna àmort. Laccusation fut portée par Lycurgue, homme intègre el ora-teur mordant : « Tu commandais lannée, dit il. et mire citoyens
    • 316 EPITOME HISTORIEE GRJECM.mille cives occubuorunt, et duo millia capta sunt, ettropœum ab hoste slatutum est, et Graecia tota scrvaest; et, postquam haec omnia, te imperatore, acciderunt,vivere tameii audes, et solis lumen intueri, et in forumprodire, tu, monumentum dedecoris patriœ. »Demostheni contra data cura cives in pugnâ defunc-tos publiée laudandi. Adeo non viro succensebant, quipatrise libertatis fortissimus fuerat propugnator! Quinetiam, cum postea, régnante Alexandro, ab jEscliineapud populum accusatus est, accusatorem populus exsi-lio damnavit, at Demosthenem de patriâ bene meritumesse pronuntiavit.GXLVII. Philippus autem, post victoriam, aliter cumAtheniensibus, cum Thebanis aliter egerat. Athenien-sibus quidem captivos sine pretio reddidit, occisorumont péri, et deux mille sont prisonniers, et lennemi a érigé untrophée, et la Grèce entière est esclave : tous ces malheurs sontarrives quand lu commandais, et tu oses vivre, tu oses voir lalumière du soleil, et paraître sur la place publique, toi dont la pré-sence rappelle lopprobre de la patrie! »Démosthène au contraire fut chargé de prononcer léloge funèbredes citoyens tués dans le combat. Car on navait garde den vou-loir à lhomme qui avait été le plus ferme rempart de la liberténationale! Bien plus, lorsque plus lard, sous le règne dAlexandre,Eschinc laccusa devant le peuple, laccusateur fut condamné àlexil et lon proclama que Démosthène avait bien mérité de lapatrie.CXLVII. Philippe, après sa victoire, avait traité dune manièrebien différente les Thébains et les Athéniens. Aux Athéniens ilrendit leurs captifs sans rançon ; et, dautre part, il fit brûler les
    • 318 EPITOME IIISTORLE GRJECJE.corpora cremari curavit, ac deinde Athenas cum honoredeferri. Imo condiciones pacis insperatas ultro obtulit.Antiquam enim civitatis inclytse gloriam verebatur. .Thebanis contra non sine pretio captivos reddidit;imperavit ut Macedonicum praesidium in arcem reci-perent; ut a Bœotiœ principatu désistèrent, exsuiesrevocarent; denique, ut sinerent Platseas, veterem illamThebarum inimicam, resurgere.Rébus ita cornpositis, Philippus Gorinthurn totiusGrœcise legatos convocavit, ibique, omnium consensu,Grsecorum imperator electus est ad bellum Persis infe-rendum.GXLVIII. Dum vero omnia ad expeditionem pararet,Gleopatrse filipc nuptias cum Epirotarum rege magnifiéecelebravit, et ex universâ Gracia amicos et hospites^Egeas evocavit. Gonvenere etiam civitatum lcgati, donarégi et coronas aureas afférentes.cadavres de leurs morts dont les cendres furent transportées hono-rablement à Athènes; il leur offrit même spontanément des con-ditions inespérées. Il révérait en effet lantique gloire de cette illustrecité.Aux Thébains, au contraire, il fit payer la rançon des captifs;et dautre part il leur imposa lobligation de recevoir une garnisonmacédonienne dans la citadelle, de renoncer à lhégémonie de laBéotie, de rappeler les exilés, enfin de permettre que Platées, lan-cienne rivale de Thèbes, se relevât de ses ruines.Les choses ainsi réglées, Philippe convoqua à Corinthe les dé-putés de toute la Grèce, et là, dun consentement unanime, il futélu généralissime des Grecs pour faire la guerre aux Perses.GXLVIII. Tout en faisant les préparatifs de lexpédition, il voulutcélébrer pompeusement les noces de sa fille Cléopâtre avec le roidÉpire, et donna rendez-vous dans la ville dÉgées à ses amis età ses hôtes de toutes les parties de la Grèce. Là se trouvèrentaussi les députés des villes qui apportaient au roi dc9 présents etdes couronnes dor.
    • 320 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.Regali igitur luxu instructum est convivium et medioin convivio, celeberrimus illius aetatis tragœdus,Neoptolemus, canorâ voce haec carmina recitavit : « Vosmagna supra humanam condicionem cogitatis; vos,agrorum vestrorum amplitudine superbientes, sedes su-per œdes struitis, et vitam vobis seternam stolide augu-ramini. Ecceautem ille, qui céleri pede grassatur seve-rus Pluto, tacitus subrepit, et opéra vestra tenebrisinvolvit, et longas mortalium spes resecat. »Plaudebant convive, et Philippus ipse gaudebat,quia futururn Barbarici régis casum his portendi cre-debat.Postridie autem, ingens turba in tbeatrum concurrif,et prima luce longa deducitur pompa. Prseferuntur duo-decim Deorum imagines, artificiose confectœ et splen-Le festin fut servi avec un luxe royal, et au milieu de la fête, leplus célèbre acteur tragique du temps, Néoptolème, récita ces versdune voix harmonieuse : a Vos pensées sélèvent au-dessus Je lacondition mortelle : vous êtes fiers de létendue de vos domaines ]vous bâtissez palais sur palais, et vous vous promettez follement unevie sans fin. Mais voici que le farouche Pluton, qui savance dUnpas rapide, va se glisser en silence auprès de vous, plonger vosprojets dans les ténèbres et trancher les longs espoirs des mortels, iLes convives applaudissaient et Philippe lui-même se réjouissait,croyant que ces paroles présageaient la chute prochaine du roibail tare.Le lendemain une foule immense accourt au théâtre et lon voitse dérouler, au pojnt du jour, une longue procession : cedabord les statues des douze grands dieux, merveilleusement
    • 322 EPITOME HISTORIE GRMCJE.dido ornatu decoratœ. Quas inter apparet Philippisimulacrum, divino habitu, et ipsum in solio positum,quasi rex caelestium concilii esset particeps.Pleno jam theatro, ipse candidâ indutus stolàprodit,custodibus longo intervallo sequentibus. Id enim prœ-ceperat, ut ostenderet, se medios inter Graecos noncustodibus indigere. At subito elatebriserumpit juvenisgallico armatus gladio, regemper costas vulnere trans-figit, et mortuum humi prosternit. Is erat Pausanias,unus e regiis custodibus, Philippo, ut aiunt, iratus.quia injuriœ ultionem non obtinuerat.Ita obiit Philippus, quadraginta et septem annosnatus, in summo rerum fastigio, cum jam magnumadversus Barbaros bellum incepturus esset. Illud autembellum Alexandro filio et suscipiendum etperficiendumrelinquebat.sculptées et splendidement parées. Parmi elles apparaît limage dePhilippe avec les attributs dun dieu, portée, elle aussi, sur untrône, comme si le roi faisait partie de lassemblée céleste.Quand le théâtre fut plein, Philippe lui-même savança velu deblanc, et suivi à une longue distance par ses gardes. 11 lavaitvoulu ainsi pour montrer quau milieu des Grecs il navait pasbesoin de satellites. Mais tout à coup un jeune homme sVlaneehors dune cachette; il est armé dune épée gauloise, il la plongedans la poitrine du roi et létcnd mort à ses pieds. Le meurtrierétait Pausanias, un des gardes du corps de Philippe, irrité, dit-on,de navoir pu obtenir satisfaction dune injure.Ainsi mourut Philippe, à lagi: de quarante-sept ans, alors quilétait parvenu au faîte de la puissance et quil allait entreprendreune grande guerre contre les Barbares. 11 laissait à son fils Alexandreles soins de la commencer et de lachever.
    • 324 EPITOME HISTORIEE GRJECM.GXLIX. Venimus mine ad Alexandrum, scilicet advirum qui maximarn apud posteros famam reliquit.Alii inter Graccos magis admirandi sunt vel venerandiob vitse sanctitatem, aut quia humano generi aeternasapientiae prsecepta tradiderunt ; alii vitam impenderuntpro patriâ, et magnifica dederunt exempla civibus suiset posteris. Nullus majora fecit; nullus clarioribusfactis hominum mentem obstupefecit.Ex Macedoniâ profectus, scilicet ex humili et ferebarbarâ regione, ad extremos Indise fines victor cumexercitu pervenit.Nec prœlia tantum commisit. Sed per immensasAsiae regiones artes grsecas, graecas disciplinas intulit,et humanioris cultûs lumen importavit. Novas com-merciis vias aperuit, urbes in extremo Oriente condidit,quae nunc etiam exstant, et quarum nomina conditorisfamam célébrant -CXLIX. Voici maintenant Alexandre, cest-à-dire lhomme qui alaissé après lui la plus grande renommée. Dautres, parmi les Grecs,sont plus dignes dadmiration ou de respect, à cause de lintégritéde leur vie, ou pour avoir donné au genre humain dimmortellesleçons de sagesse; dautres ont sacrifié leur vie pour leur patrie etoffert de grands exemples à leurs concitoyens et à la postérité.Mais aucun na fait de plus grandes choses; aucun na étonné legenre humain par des actions plus éclatantes.Parti de la Macédoine, cest-à-dire dun pays obscur et presqueharbare, il est parvenu, avec son armée victorieuse, jusquauxextrêmes limites de lInde.Il na pas seulement gagné des batailles, mais il a répandu àtravers les immenses contrées de lAsie les arts et les sciences dela Grèce, et il y a fait pénétrer les lumières de la civilisation. Ila ouvert au commerce de nouvelles voies, et il a fondé dans lex-trême Orient des villes qui existent encore et dont le nom célèbrela renommée de leur fondateur.
    • 326 EPITOME HISTORIEE GKMCM.Utinam nullâ infamiâ, nullo scelere gloriam et vir-tutem suam unquam inquinasset! Sed horaonatus erat,et humana natura semper mala cum bonis miscuit.GL. Eodem die quo natus est Alexander, Pliilippo,qui urbem Potidœam recenter expugnaverat, tria faustaauntiata sunt : scilicet a Parmenione, uno ex ipsiuslegatis, gravi certamine fusos esse Illyrios; se ipsum,ludis Olympicis, in rhedarum cursu, vicisse; deniquesibi natum esse filium. Pronuntiarunt vates inde magnaportendi, et infantem illum, cujus natalis incidebat intrès victorias, invictum fore.Alexander, a pueritiâ, magnam de se opinionemdédit bominibus. Voluptatibus indulgebat moderate,sed gloriœ avidus erat. Ubi primum adolevit, a luxu etinertiâ abhorruit; sed, more Macedonum, equitare,Plût au ciel que nulle honte, nul crime neût souillé sa gloireet sa vertu 1 Mais il était homme, et la nature humaine a toujoursété un composé de bien et de mal.Le même jour quAlexandre naquit, Philippe, qui avait conquispeu auparavant la ville de Potidée, apprit trois heureuses nou-velles : à savoir, que Parménion, un de ses lieutenants, avait rem-porté une grande victoire sur les Illyriens; que lui-même avaitobtenu, dans les jeux Olympiques, le prix de la course des chars;enfin quil lui était né un fils. Les devins virent là de grandsprésages et déclarèrent que lenfant, dont la naissance était accom-pagnée dune triple victoire, serait invincible.Alexandre donna, dès lenfance, une haute opinion de sonmérite. 11 aimait le plaisir avec modération, mais il était avide degloire. Dès quil fut devenu grand, il eut de laversion pour lamollesse et loisiveté; mais on le voyait, suivant la coutume desMacédoniens, monter à cheval, lancer le javelot, lutter de vitesse
    • 328 EPITOME HISTORIEE GRJECM.jaculari, cursu cum sequalibus certare solebat; et,quamvis omnes superaret, omnibus tamen carus erat.GLI. Die quodam adductus est ad Philippum equusvenalis, cui nomen erat Bucephalus, forma prœstans,sed indole ferox, indocilis, freni impatiens. Gum omnesqui aderant frustra tentassent in equum conscenderc,eum abduci jussit Philippus ut indomitum. TumAlexander : « Qualem equum, inquit, isti perduntpropter mollitiem et irnperitiam ! » Quo audito, Phi-lippus : « Tune, ait, melius, quam seniores, equumtractare possis? — Gerto, respondit Alexander, meliustractabo. — Sin autem peccaveris, quam tuae temeritatispaenam solves? — Solvam equi pretium. »Accepta condicione, statim ad equum occurrit,eumque freno correptum adversus solem obvertit ;animadverterat enim equum umbrâ sua terreri. Deinde,à la course avec ceux de son âge, et quoiquil les surpassât tous,il ne leur en était pas moins cher.CLL On amena un jour à Philippe un cheval qui était à vendre :il sappelait Bucéphale, et il était dune beauté remarquable,mais dun naturel farouche, indocile, impatient du frein. Commetous ceux qui étaient là avaient vainement essayé de le monter,Philippe ordonna demmener cet animal indomptable.« Quel cheval ces gens-là laissent perdre, faute de vigueur etdadresse! s sécrie alors Alexandre. Philippe lentend : « Mais toi,lui dit-il, en viendrais-tu donc à bout mieux que les hommesfaits? — Oui certes, répond Alexandre. — Mais si tu échoues,quelle sera la peine de la témérité? — Je paierai le prix ducheval. »La condition acceptée, il savance aussitôt vers le cheval, lesaisit par le frein et le fait tourner du côté du soleil ; car il avaitremarqué quil avait peur de son ombre. Puis, après avoir (latte
    • 330 EPITOME HISTORIEE GRiECiE.cum frementem paululum palpasset manuque leniterdemulsisset, abjectâ" sensim chlamyde, in dorsum ejusinsiluit, babenâ frenum leviter adducens. Ubi autemequum placidiorem esse sensit, laxat habenam, et cur-sum voce et talis excitât.Omnes circa Philippum anxii primum tacitique ma-nent. At mox adolescentem vident, equo retroacto,redeuntem et exsultantern gaudio, eumque laetis clamo-ribus salutant. Philippus leetitiâ illacrimans fîliumamplectitur, et exclamât : « nate, regnum tibi parquœre ; Macedonia enim tibi non suffîcit. »GLII. Ingenti laudis amore flagrabat. Sed non eigratum erat quodvis laudum genus. Gum quaererentamici annon vellet Olynipiœ cursu certare (erat enimagilis et pedibus velox) : « Gertarem equidem, respon-dit, si reges mecum essent certaturi. »un moment et caressé lanimal frémissant, il se dépouille lentementde sa chlamyde, sélance sur son dos, et ramène légèrement lefrein à laide de la bride. Dès quil sent que lanimal est pluscalme, il lui lâche les rênes et lanime à la course de la voix etdu lalon.Tous ceux qui entourent Philippe restent inquiets et silencieux.Mais bientôt ils voient le jeune homme, qui a fait rétrograder samonture, revenir triomphant, et ils le "saluent de leurs acclama-tions. Philippe, avec des larmes de joie, embrasse son fils etsécrie : « mon fils, cherche un royaume qui soit digne de toi;la Macédoine nest pas assez grande. »CLII. Il aimait passionnément la louange; mais toute sorte delouanges ne lui était pas également agréable. Comme ses amislui demandaient sil ne voulait pas disputer à Olympie le prix dela course (car il était agile et prompt) : « Je le ferais volontiers,répondit-il, si je devais avoir des rois pour concurrents. »
    • 332 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.Quoties autem nuntiabatur urbem aliquam a Philippecaptam esse, autpartam insignem victoriam : « amici,exclamabat, nullam rem magnam pater mihi vobiscumagendam relinquet. »Persarum régis legatos olim, absente Philippo, acce-pit et urbanitate sua pellexit. Nec quidquam puérile abiis quœsivit, sed percontatus est, quantum distaret aMacedoniâ Persicum regnum, quse itinera ducerent inSuperiorem Asiam, quanta esset Persarum potentia,quomodo rex adversus hostes ageret. Quamvis essetadmodum adolescens, cogitare jam videbatur de futurâin Asiam expeditione.CLUI. Philippus egregiam filii naturamab optimispraeceptoribus excoli voluit. Quare Aristotelem, cele-berrimum et doctissimum setatis illius philosopborum,arcessivit, eique Alexandrum commisit educandum.Puer ab illo imbutus est philosopbiae preeceptis et lit-Toutes les fois quon lui annonçait que Philippe avait pris uneville ou remporté une importante victoire : a Mes amis, sécriait-il, mon père ne me laissera aucune grande chose à faire avecvous. »Un jour, en labsence de Philippe, il reçut les ambassadeurs duroi de -Perse et les charma par sa politesse. Il ne leur adressaaucune question puérile; mais il sinforma de la distance qui sé-parait la Macédoine de la Perse, des routes qui conduisaient dan*la Haute Asie, de la puissance persique, de la manière dont le roifaisait la guerre à ses ennemis. Bien que très jeune encore, ilsemblait méditer déjà ses futures campagnes contre lAsie.CLI1I. Philippe voulut que cette nature délite fût cultivée pales meilleurs maîtres. Aristote, le plus illustre et le plus Bavaides philosophes de [ce temps-là, fut donc mandé auprès de luichargé de léducation dAlexandre. - Lenfant se pénétra, par sesoins, des préceptes de la philosophie et de lamour des lettres;
    • 334 EPITOME HISTORIEE GHJECM.terarum studio, et, quandiu vixit, servavit singularemerga magistrum venerationeni.Aristoteles illius animo Homeri poetae admirationemimpressit : discipulo etiam dono dederat pretiosuinvolumen, quo continebatur Ilias Homeri. Postquamrex factus est, Alexander iilud volumen aureâ capsâconditum semper, etiam inter bella, secum ferebat, etprseclara Achillis faeinora quotidie legens et miratusdelectabatur.GLIV. Alexander vicesimum setatis annum agebat,cum patri successit. Sed regnum statim viriliter capes-sivit. Ante omnia, curavit ut, quicumque Philippicaîdis participes aut conscii fuissent supplicio affice-rentur.Givitates Grœcae Macedonum dominationem œgreferebant. Ubi Philippi mors vulgata fuit, undique pri-stinae libertatis memoria resurgit etanimos excitât. Pri-mus Demosthenes dat signum, et civitates hortatur adineundam societatem, ut Macedonicum jugum excu-et tant quil vécut, il conserva une vénération toute particulière àlégard de son maître.Aristote lui inspira de ladmiration pour les poèmes dHomère :il avait même fait don à son disciple dun précieux volume quicontenait lIliade. Devenu roi, Alexandre faisait porter partoutavec lui, même dans ses guerres, le volume enfermé dans unecassette dor, et la lecture quotidienne des glorieux exploitsdAchille le remplissait denthousiasme et de plaisir.CL1V. Alexandre nétait âgé que de vingt ans lorsquil succédaà son père. Mais il prit aussitôt en main lautorité royale avec uneénergie virile. Avant tout il livra au supplice tous ceux qui avaientpris part ad meurtre de Philippe ou qui avaient eu seulementconnaissance du complot.Les cités grecques supportaient avec impatience la dominationmacédonienne. Dès que la nouvelle de la mort de Philippe se futrépandue, le souvenir de lancienne indépendance se ranima detoutes parts et agita les esprits. Démosthène le premier donne lesignal et exhorte les peuples à former une alliance pour secouer
    • 336 EPITOME HISTORLE GRJECJE.tiant. Athenienses, Spartani, Argivi cumEleiset Arca-dibus conjurant. Thebani rebellant et Cadmeam ëxpu-gnarc tentant.At, dum socii incertis consiliis agitantur, nec satissciunt quid sit agendum, apparet Alexander cum exer-citu, et omnes aut terret aut sibi conciliât. Gonvo-cat Gorinthum commune Helladis concilium , ibiqueomnium consensu salutatur supremus Graecorurn duxad bellum Persis inferendum.GLV. Dicitur Alexander, dum Corinthi versaretur,Diogenem cynicum invisisse. Ille, omnes vitœ commo-ditates contemnens, babitabat in dolio. « Quid cupis?interrogat rex ; libère loquere. » At pbilosophus : « Uta sole meo discedas», respondit. Quo audito, conver-sus ad suos Alexander dixit : « Si Alexander non essem,vellem esse Diogenes ». Nec immerito sane; solus enimsupra fortunam est, qui fortunam despicit.le joug de la Macédoine. Les Athéniens, les Spartiates, les Ar-giens se liguent avec les Éléens et les Arcadiens. Les Thébains serévoltent et tentent de reprendre la Cadmée.Mais, tandis que les alliés sagitent, hésitants et irrésolus,Alexandre paraît avec son armée, et tous cèdent à la crainte ou àla persuasion. Il convoque à Corinthe lassemblée générale de laHellade, dans laquelle il est proclamé chef suprême des Grecspour faire la guerre aux Perses.CLV. On dit quAlexandre, étant à Corinthe, alla voir le cyniqueDiogène. Ce philosophe, méprisant toutes les douceurs de. la vie,habitait dans un tonneau. « Que désires-tu? lui dit le roi. Parlesans contrainte. — Que tu tôtes de mon soleil », répond le philo-sophe. A cette réponse, Alexandre se tourne vers sa suite et dit :« Si je nétais Alexandre, je voudrais être Diogène ». Et il navaitpas tort : car celui-là seul est au-dessus de la Fortune, qui méprisela Fortune.
    • 338 EPITOME HISTORIEE GKJECJE.Interea Barbaricse quaîdam gentes movebantur, spe-rantes se novi et imperiti régis dominationem facileexcussuras. Eas statiin Alexander aggreditur, et Tri-ballorum regem magno prœlio vincit. Deinde, circum-ducto raptim exercitu, rebellantium motus sedavit,omniaque ad Istrum usque pacavit. Unde reversus.Illyrios quoque, validam et ferocem gentem, domuit.At jam pervaserat rumor, regem apud Barbaros occu-buisse, et Greeci iterum bella parabant. Thebani prœ-cipue, a Demosthene instincti, exarserant animis, etduos Macedonum duces trucidaverant.Quibus auditis, iratus Alexander : « Me, inquit,puerum vocabat Demosthenes, quamdiu eram apudTriballos ;adolescentem autem, cum in Tbessaliamveni; ostendam sub mœnibus Athenarurn, me virumesse. »Gonfestim magnis itineribus in Bœotiam accurritcum exercitu. Voluit tamen Tbebanispaenitentisefacul-Cependant certaines peuplades barbares sagitaient, espérantsecouer la domination dun prince jeune et inexpérimenté. Alexandreles attaque aussitôt, et remporte une grande victoire sur le roides Triballes. Ensuite, par une marche rapide, il tourne les re-belles, paralyse leurs mouvements et pacifie tout le pays jusquàlIster. En revenant, il dompte également les Illyriens, nationfarouche et redoutable.CLV1. Déjà le bruit sétait répandu que le roi était mort chezles barbares, et les Grecs se préparaient de nouveau à la guerre.Les Thébains surtout, excités par Démosthène, avaient dans leurfureur massacré deux chefs macédoniens.A cette nouvelle Alexandre irrité sécria : « Démosthène mappe-lait enfant lorsque jétais chez les Triballes ;jeune homme lorsquejétais en Thessalie; je lui montrerai sous les murs dAthènes queje suis un homme. »Aussitôt il accourt à marches forcées en Béotie. Il voulutcependant laisser uuk Béotiens la faculté de se repentir cl il
    • 340 EPITOME HIS73RLE GRjECJE.tatem prœbere, edixitque eos impunitos fore, qui ad setransirent. Tbebani contra preeconio hortati sunt ut,qui Grœciam liberam vellent, secuin arma caperent ;et mox erupere, magnam Macedonuru stragem edentes.Atrox prœlium fuit diuque anceps. Tandem Macedoni-cum praesidium, quod Gadmeam tenebat, in Thebanosa tergo incurrit. Illi turbantur ; alii fugiunt ;pleriqueipsâ in pugnâ occiduntur. Urbs capta direpta primumfuit, dein solo aequata. Victor Pindari tantum vatisdomui pepercit. Gaptivos ad triginta bominum milliavendidit.GLVII. Tbebanorum calamitate territae sunt ceteraecivitates. Ipsi Athenienses legatos miserunt, qui régivictorias et felicem reditum gratularentur. Ilie autemjussit novem cives ex iis, qui ipsi infensissimi fuissent,publia que ceux qui passeraient de son côté échapperaient auchâtiment. Les Thébains, de leur côté, lancèrent un mani-feste invitant tous ceux qui voulaient voir la Grèce libre àprendre les armes avec eux; et bientôt ils se mirent en campagneet firent un grand carnage de Macédoniens. Le combat fut atroceet le succès longtemps incertain. Enfin la garnison macédoniennequi occupait la Gadmée attaque les Thébains par derrière. Ledésordre 6e met dans leurs rangs; les uns fuient, la plupart pé-rissent dans le combat. La ville fut prise, pillée et ensuite rasée.Le vainqueur népaigna que la maison du poète Pindare. Il fitvendre comme esclaves trente mille captifs.CLVII. Le malheureux sort des Thébains épouvanta les autrespeuples. Les Athéniens eux-mêmes envoyèrent une ambassadepour féliciter le roi de ses victoires et de son Heureux retour. Ilvoulut cependant quon lui livrât neuf citoyens parmi ceux qui
    • 342 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.sibi tradi, designans in primis Demostbenem, Lycur-gum et Hyperidem. Sed mox ira cecidit, deprecanteDemade, qui Macedonis causas semper faverat. Rexpraeterea antiquum civitatis decus et gloriam verebatur.Itaque ignovit Atheniensibus, et passus est etiam fugi-tivos Thebanos ab iis in civitatem recipi.CLVIII. Pacatis igitur omnibus, Antipatro, uni examicis, Macedonise et Grœciae curam comniisit. At ipse,cum exercitu profectus initio veris, ad Hellespontumproccssit.Ducebat secum triginta millia peditum et quinquernillia circiter equitum. Pauci quidem erant, sed omnesveterani, qui diu militiam, duce Philippo, sustinue-rant, et nunc alacres ducem sequebantur juvenem,laborum et periculorum socium, commilitonem suurn»cum ipsis medio in certamine pugnare solitum propriâ8élaient montrés les plus acharnés contre lui, et notamment Dé-mostuène, Lycurgue et Hypéride. Mais bientôt sa colère tomba,grâce aux prières de Demade qui avait toujours été favorable à lacause macédonienne. Dailleurs le roi révérait la gloire et la re-nommée antique dAthènes. Il pardonna donc aux Athéniens et ilpermit même que les Thébains fugitifs fussent admis par eux audroit de cité.CLVIII. Après avoir tout pacifié, il remit à Antipater, un de sesamis, le gouvernement de lAsie et de la Grèce. Lui-même partitavec son armée au commencement du printemps et se dirigea verslHellespont.Il emmenait trente mille fantassins et environ cinq mille cavaliers.Ce nétait quune petite armée, mais toute composée de vétéransqui avaient longtemps servi sous Philippe et qui suivaient mainte-nant avec enthousiasme un jeune chef qui partageait leurs fatigueset leurs dangers, un compagnon darmes qui avait coutume decombattre en personne à leurs côtés, dans la mêlée, plein dardeur
    • 344 EP1T0ME HISTORIEE GRiECiG.manu, plénum ardoris, ingenii plénum, et comitibusostendentem ultra mare Asiœ divitias.Gonscensurus in navem, omnia bona sua amicisdistribuerai : « Tibi vero, ait Perdiccas, quid réservas ?— Spem, » respondit Alexander.GLIX. Darius erat Persarum rex, œquus quidemprinceps, fortis, generosus, nec adeo spernendus. Sedquid poterant illse virtutes adversus Alexandri perspi-cax et sublime ingenium, adversus firmum et invicluinanimum, quem spes alebat, cui, semper ad altiora len-denti, vires novas semper addebat sui fiducia?Darius, prseterea, imperium habebat immensum,cujus partes inter se non firmo vinculo cohœrebant.Legati, longe a domino distantes, libertate quâdam ut<:-bantur, nec regiis edictis fîdeliter obediebant.Alexander contra, ut suos omnes noverat, ita omni-et de génie, et montrant à ses compagnons, de lautre coté de lamer, les richesses de lAsie.Au moment de sembarquer il avait distribué tous ses biens àses amis : « Et pour toi, dit Perdiccas, que gardes-tu donc? —Lespérance, > répondit Alexandre.GLIX. Le roi des Perses était Darius, prince juste, brave, géné-reux et vraiment digne destime. Mais que pouvaient ses qualitéscontre le génie pénétrant et sublime dAlexandre, contre ce fermeet invincible courage qui se nourrissait despoir et qui, visanttoujours plus haut, empruntait toujours de nouvelles forces à saconfiance même?Darius avait en outre un immense empire dont les partiesnétaient pas rattachées entre elles par un lien solide. Les satrapes,ses lieutenants, se trouvant loin de leur maître, jouissaient dunecertaine indépendance et nobéisssaient pas fidèlement aux ordresdu roi.Alexandre au contraire connaissait tous les siens et il était
    • 346 EPITOME HISTORIE GRiE<LE.bus notus erat ; omnes quasi in manu tenebat ; omni-bus et ducibus et militibus fiduciam infigebat ; impe-ranti omnes, quasi deo, statim et alacriter obtempera-bant.GLX. In trajectu maris, Alexander taurum immo-"lavit, et aureà paterâ Neptuno libavit.Ubi vero ad Asiaticum litus appropinquavit, jacu-lum in terram conjecit, quasi illam occuparet, et pri-mus de nave prosiluit armatus.Gonfestim Ilium petiit, quod erat vicinum, ibiquePalladi sacrificavit. Dicitur etiam Priamo sacrificassead Jovis aram, ut Priami iram adversus Neoptolemiprogeniem deprecaretur.Deinde ipse, unctus oleo, cum sociis circum Achil-lis tumulum decurrit, et positâ super coronâ : « Tu for-tunatus, ait, qui vivus amicum fîdelem, et defunctusHomerum tuae laudis pra>conem babuisti ! »GLXI. Intérim Darii duces magnas contraxerantconnu deux tous; il les tenait tous pour ainsi dire dans sa main,inspirait la confiance à tous, chefs et soldats; quand il comman-dait, tous lui obéissaient sur-le-champ et avec joie comme à un dieu.CLX. Pendant la traversée, Alexandre immola un taureau et fitdes libations à Neptume avec une coupe dor.Arrivé près du rivage asiatique, il lança un javelot sur la terre,comme pour en prendre possession, et il sélança le premier dunavire couvert de ses armes. Aussitôt il se dirigea vers Ilion, quiétait dans le voisinage, et il y offrit un sacrilice à Pallas. On ditaussi quil fit des offrandes à Priam, prés de lautel de Jupiter,pour détourner sa vengeance de la race de Néoptolème.Ensuite, le corps frotté dhuile, il courut avec ses compagnonsautour du tombeau dAchille el lit en y déposant une couronne :« Tu fus heureux, toi qui, de ton vivant, eus un ami fidèle, etaprès ta mort, Homère pour chantre de ta gloire. »CLXI. Cependant les généraux de Darius avaient réuni des
    • 348 EPITOME HISTORIEE GRMCJE.copias et ad Granicum flumen instruxerant. Hic erantAsise portée ; ut pateret aditus, decernendum erat. Sedcirca Alexandrum plerique altitudinem fluminis etasperitatem ulterioris ripœ metuebant.Alexander cura tredecim equitum turmis Granicumintrat, et, non sine magno discrimine, per rapidumamnem, per hostium tela, evadit tandem in uda etcœno lubrica loca. Tumultuarium ibi prœlium conse-ritur. Gum esset parmâ et candidâ galeae jubâ conspi-cuus, bostes in eum undique irruunt. Ipse ducemquemdam manu sua interfîcit. Sed jam periturus erat,nisi Glitus alium quemdam, regium caput formidandoictu ferire parantem, ense obtruncasset.Aliâ parte, fortiter pugnaverant pedites, et Perssefusi fugatique erant.forces considérables et les avaient rangées sur les bords du Gra-nique. Là étaient les portes de lAsie; pour en avoir laccès il fallaitcombattre. Mais, dans lentourage dAlexandre, presque tous redou-taient la profondeur du Oeuve et lescarpement de lautre rive.Alexandre, avec treize escadrons de cavalerie, entre dans les eauxdu Granique, et ce nest pas sans courir un grand danger quiltraverse le courant rapide sous les traits de lennemi, et gagneenfin un sol humide et plein dune boue glissante. Une vive escar-mouche sengage en cet endroit. Comme le bouclier dAlexandreet la crinière blanche qui ornait son casque le faisaient reconnaîtreentre tous, des ennemis se jettent sur lui de toutes parts, lui-mêmetue un chef de sa propre main. Mais il allait succomber, si Clilusneût tué avec son épée un autre Perse qui se préparait à assenerun coup formidable sur la léle du roi.Dun autre côté les fantassins avaient combattu vaillamment etles Perses étaient en déroute
    • 350 EP1TOME HISTORIE GRMCJE.In hoc certamine occubuise traditur de Barbavisviginti millia peditum, eqùitum plus quam duo millia.De Alexandri exercitu cecidere tanturn quattuor et tri-ginta homines. Quibus aereas statuas poni rex jussit.quas fînxit Lysippus.Voluit Alexander hanc victoriam communem essesibi cum Graecis ; itaque Atheniensibus misit trecentascuta capta, quae Palladis in templo voverentur cumhoc titulo : a Alexander, Philippi filius, et Graeci,exceptis Lacedaemoniis, de Barbaris Asiam habilan-tibus. »GLXH. Victoria apud Granicum inclinata suntomnia ad Alexandrum, et omnes regionis civitatesMacedonibus se dediderunt, etiam Sardes, opulentis-sima civitas, Asiee maritimae decus. Solae Miletus etHalicarnassus restiterunt ;quas vi expugnavit.Cepit paulo post in Phrygiâ Gordium, antiqui Midaedomicilium.Dans ce combat les barbares perdirent, dit-on, vingt mille fan-tassins et plus de deux mille cavaliers. De lannée dAlexandre ilne périt que trente-quatre hommes. Le roi leur lit élever des statuesdairain par la main de Lysippe. Alexandre voulut partager avec lesGrecs lhonneur de sa victoire; il envoya donc aux Athéniens troiscents boucliers pris sur lennemi pour être dédiés dans le templede Pallas avec celte inscription : o Alexandre, fils de Philippe, et lesGrecs, à lexception des Lacédémoniens, ont offert ces dépouillesarrachées aux Barbares habitants de lAsie. »CLXII. La victoire du Granique fit tout pencher du côté dAlexandreet toutes les villes de cette contrée se soumirent aux Macédo-niens, même Sardes, cette opulente cité, lorgueil de lAsie Mari-lime. Seules, Milet et Halicarnasse résistèrent : il les prit de viveforce.Il sempara peu après de Gordium en Phrygie, antique séjour duroi Midas.
    • 352 EPITOME HISTORIE GRJECJE.In urbe templum erat Jovis célèbre, et in templovebiculum quoddam a Gordio rege consecratum, cujusjugum erat adstrictum compluribus nodis implicatis,ita ut, celatis nexuum capitibus, vinculum inexplica-bile videretur.Fama erat in regione, ei, qui vinculum illud solvis-set, regnum orbis terrarum fato destinari.Alexander, qui magnam de se opinionem populisinjicere volebat, rem experiri statuit.Stabant circum amici anxii, rei eventum exspectantes.At rex, postquani aliquantisper frustra quaesierat :« Nibil interest, inquit, quomodo iste nodus solvatur ;»et, stricto gladio, uno ictu vinculum rupit. Post, Jovisacrificavit.CLXIII. Dum properat Taurum montem superare.Alexander gravi morbo Tarsi affectus est.Urbem interfluit Cydnus, liquidus amnis et frigidis-simus. Invitatus aquœ frigore, rex, pulvere ac sudoreDans cette ville était un fameux temple de Jupiter, et dans cetemple un chariot consacré par le roi Gordius, et donc le joug étaitattaché par plusieurs nœuds entrelacés, de telle sorte que lon nevoyait pas les bouts des cordes qui les formaient et que ces liensparaissaient inextricables.On disait dans le pays que celui qui les dénouerait était appelépar les Destins à lempire de lunivers.Alexandre, qui voulait inspirer une haute opinion de lui-mêmeà ces peuples, résolut de tenter laventure.Ses amis inquiets se tenaient autour de lui, dans lattente delévénement. Mais, après quelques efforts inutiles: a 11 nimporte, ditle roi, de quelle manière ce nœud soit défait »; et, tirant son épée,il rompit les liens dun seul coup. Ensuite il sacrifia à Jupiter.CLXIII. Tandis quil se préparait à passer le mont Taurus,Alexandre fut atteint à Tarse dune grave maladie.Cette ville est arrosée par le Cydnus, rivière aux eaux lunpides etglacées. Attiré par la fraîcheur de leau, le roi, toutcouvertde pous-
    • 854 EP1T0ME HISTORIEE GRJECJE.perfasus, depositS veste, in flumen descendit. At vixingressus erat, subito artus rigere cœperunt ;pallordeinde vultui suffusus est, et vitalis calor totum cor-pus propemodum reliquit. Exspiranti similem ministriexcipiunt, et in tabernaculum deferunt. Jamque in ca-stris ingens erat sollicitude».Hsesitabant medici. Unus inter eos Philippus reme-dium ausus est promittere.Eodem tempore accepit rex litteras a Parmenione,raonente ut a Philippo caveret; scribebat enim illum aDario corruptum esse. Has litteras pulvinorex subjecit.Intravit paulo post Philippus cum remedio praeparato.Quo viso, Alexander porrigit medico Parmenionis epi-stolam, et, dum ille legit, ipse haurit poculum inter-ritus.Post tertium diem recepit sanitatem, et in conspectumsière et de sueur, quitte ses vêtements et descend dans le fleuve.Mais à peine était-il entré que ses membres se raidirent, son visagepâlit et la chaleur vitale abandonna presque entièrement son corps-Il semblait près dexpirer quand ses serviteurs le reçurent dansleurs bras et le transportèrent dans sa tente. Déjà une grandeinquiétude régnait dans le camp.Les médecins hésitaient. Seul parmi eux, Philippe osa sengagerà le sauver.Au même instant le roi reçoit une lettre rie Parménion quilavertissait de prendre garde à Philippe; il lui écrivait que ce mé-decin avait été gagné par Darius. Le roi mit cette lettre sonsson oreiller. Philippe rentra peu après avec le remède quil avaitpréparé. En le voyant Alexandre lui présente la lettre de Parmé-nion, et, tandis que le médecin lit, il avale sans sourciller le con-tenu de la coupe.Troie jours après il était guéri et il se montrait à ses uol-
    • 356 EPITOME HISTORIEE GRjECLE.rnilitum venit, lœtitiâ simul exsultantium et medicogratias agentium.GLXIV. Darius interea a Susis moverat, et cuiningente exercitu Macedonibus obviam ibat.Ambo exercitus ad urbem Issum congressi sunt.Darius trahebat secum q-uadringenta millia peditum etcentum millia equitum. Sed pauci in illâ multitudiuevalidi erant milites. Multi aureos torques gerebant,vestes auro distinctas, manicatas tunicas, gemmisetiamadornatas. Prœterea ingens vehiculorum numerus ag-men impediebat.Contra, Macedonum acies non auro, non discoloriveste, sed ferro et gère fulgens erat. Agmen nec turbânec sarcinis praegrave.Utrinque tamen animose pugnatum est. Sed Dariusimprudenter siverat se iniquo in loco deprehendi, itaut immensus ille exercitus cxplicari non posset. Ipse,curru sublimis, suos hortabatur, et simul convertebatdats qui se livraient à des transports de joie et rendaient grâcesau médecin.CLXIV. Darius, cependant, avait quitté Suse et s avançait avecune immonse armée à la rencontre des Macédoniens.Les deux armées se heurtèrent près de la ville dIssus. Dariustraînait avec lui quatre cent mille fantassins et cent mille cava-liers. Mais, dans cette multitude, il ny avait quun petit nombrede bons soldats. Beaucoup portaient des colliers dor, des vêle-ments brodés dor, des tuniques à manches, ornées de pierres pré-cieuses. En outre, dinnombrables chariots relardaient la marchede larmée.Au contraire, chez les Macédoniens on ne voyait briller ni lorni les vêtements bigarrés, mais le fer et lairain. Leur marchenétait ralentie ni par lencombrement des hommes ni par celuides bagages.Cependant on combattit vaillamment de part et dautre. MaisDarius sétait laissé imprudemmenl surprendre dans un lieu défa-vorable où son innombrable cavalerie né pouvait se développer.Lui-même, du haut de son char, exhortait ses soldats et en mêmetemps attirait sur lui tout leffort des ennemis. 11 se fit un grand
    • 358 EPITOME HISTORIEE GRJECM.in se hostium inipetum. Girca currum ingens erat stra-ges ;jacebant nobilissinii duces, ante oculos régis egre-giâ morte defuncti, omnes in ora proni, sicut dinii-canles procubuerant. Quo in tumultu Alexander ipseleviter vulneratus est.Darius tandem, veritus ne vivus veniret in hostiumpotestatem, curru desilit, et in equum imponitur,abjectis etiam insignibus imperii, ne fugientem impe-dirent aut proderent.In acie cœsa sunt Persarum peditum centum millia,equitum autem decem millia. At ex parte Alexandri,quattuor et quingenti saucii fuere, interfecti duo etoctoginta.Ingens auri argentique pondus in castris inventumest et a militibus direptum.GLXV. Inter captivos erant Darii mater, uxor et dueefiliœ. Gœnaturus erat Alexander, cum nuntialum estfeminas, conspecto régis curru, plangere et lugere,interfectum eum judicantes. Statim ad eas mittit unumcarnage autour du char : les plus illustres chefs gisaient, frappéspar une mort glorieuse sous les yeux de leur roi, tous ooucliéssur la face comme ils étaient tombés en combattant. Dans cettemêlée confuse, Alexandre lui-même reçut une légère bles-sure.Enfin Darius, craignant de tomber vivant au pouvoir de lennemi,saute à bas de son char et monle sur un cheval, après sêtre dé-pouillé même des insignes de la royauté, qui auraient pu le gênerou le trahir dans sa fuite.Dans cette bataille périrent cent mille fantassins perses et dixmille cavaliers. Du côté dAlexandre il ny eut que cinq cent quatreblessés et quatre-vingt-deux morts.Une grande quantité dor et dargent fut trouvée dans le campdes Perses et pillée par les soldais.CLXV. Parmi les captifs étaient la mère de Darius, sa femme etses deux filles. Alexandre allait se mettre à table lorsquon luiapprit que ces personnes, à la vue du char royal, se frappaient lapoitrine et gémissaient, croyant que Darius avait péri. Aussitôt il
    • 360 EPITOME HISTORIE GRJ2C.E.ex amicis, qui regem vivum esse nuntiet, et dicat nihilipsis ab Alexandro metuendum esse.Postero die, quamvis seger adhuc a vulnere quod infemore exceperat, saucios tamen invisit, et occisorumcomitura corpora magnifiée sepelivit, ante universmnexercitum in acie stantem, et mortuos laudavit, prae-clara cujusque facinora memorans.Deinde reginaruni tabernaculum intravit cum He-phœstione. Is omnium amicorum longe carissimuserat, eum ipso pariter educatus, secretorum omniumarbiter. Et, sicut œtate par erat régi, ita, staturâ major,corporis habitu prœstabat. Ergo reginœ, illum regemesse ratae, suo more veneratae sunt. At, monstrantibusquibusdam uter esset Alexander, Sisygambis, Dariileur envoie un de ses amis pour leur faire savoir que le roi vi-vait et leur dire quelles navaient elles-mêmes rien à redouterdAlexandre.Le lendemain, quoique souffrant encore dune blessure quil avaitreçue à la cuisse, il visita les blessés, fit faire à ses compagnonsmorts de magnifique* funérailles auxquelles il assista à la tête d«toute son armée rangée en bataille et il prononça leur éloge enrappelant les exploits de chacun deux.Ensuite il pénétra dans la tente des reines avec Héphestion.Celui-ci était de beaucoup le plus cher de ses amis, son cama-rade denfance et le confident de tous ses secrets. Du môm<que le roi, il avait la taille plus haute et une plus belle prestance.Aussi les reines, persuadées quil était le roi, ladorèrent selon lacoutume de leur pays. Quand on leur eut fait savoir lequel desdeux était Alexandre, Sisygambis, mère de Darius, se jeta à ses
    • 362 EPITOME IIIûTORIjE GRjECjE.mater, advoluta est pedibus ejus, ignorationem excu-sans. Quam manu allevans rex : « Non errasti, inquit,mater ; nam et hic Alexander est. »Si in hac continentiâ animi ad ultimum vitae perse-verasset, major profecto et felicior fuisset, quam visusest esse, cum, ab Hellesponto usque ad Oceanum omnesregiones victor emensus, Bacchi triumphum imitare-tur. Vicisset profecto superbiam atque iram ; absti-nuisset csede amicorum inter epulas ; egregiosque belloviros, qui secum tôt gentes domuerant, non occidissetsine judicio.Sed, solito quodam rerum humanarum fato, nocotvirtuti nimia magnitudo, et superbia facile vertitur incrudelitatem.GLXVI. Dum Darius ultra Euphratem fugit, Alexan-der totam Syriam occupât, et in Phaenicen descendit.Sidone capta, regno detrusit Stratonem qui deditio-nem fecerat invitus, coactus a popularibus ; Hephaes-pieds en sexcusant de son erreur. Le roi lui donna la main pourla relever et lui dit : « Vous ne vous trompez point, ma mère, carcelui-ci est un autre Alexandre. »Sil eût conservé cette modération jusquà la fin de sa vie, il eûtété assurément plus grand et plus heureux quil ne parut lêtrelorsque, ayant parcouru en vainqueur tout le pays de lHelIespontjusquà lOcéan, il imitait le triomphe de Bacchus. Il aurait vaincuson orgueil et sa colère, il naurait pas tué ses amis au milieu disfestins, il naurait point fait périr sans jugement dillustres guer-riers qui avaient subjugué avec lui tant de nations.Mais, par une sorte de fatalité qui sattache aux choses humaines,une grandeur excessive nuit à la vertu et lorgueil se tourne faci-lement en cruauté.CLXVI. Tandis que Darius senfuit au delà de lEuphrate, Alexandreoccupe toute la Syrie et fait une descente en Phénicie.H prend Sidon et renverse le roi Slratonqui ne sétait soumis quàson corps défendant, et contraint par ses sujets. Héphestion est
    • 36<* EPITOME HISTORIEE GR^CiE.tionique -permissum est, ut, quem e Sidoniis dignis-simum arbitraretur, eum regem constitueret.Consilio juvenum, quorum hospes erat, Hephaestioelegit Àbdalonymum querudam, regiâ stirpe oriundum,sed admodum pauperem. Ille suburbanum hortumpropriis manibus colebat, sorte sua contentus ; inten-tusque operi, strepitum armorum, qui totam Asiamconcusserat, non audiebat.Invenerunt enim eum stériles herbas eligentem ethortulum purgantem. Et salutantibus primum noluitcredere. Sed victus tandem, se regiis insignibus ornaripassus est, et ad regem deduci.Quem diu contemplatus Alexander : « Gorporis habi-tus, inquit, satis indicat generosam originem ; sedlibet scire quomodo inopiam tuleris. » Tum ille :« Utinam, ait, eodem animo regnum pati possim ! Heemanus suffecere desiderio meo ; nibil habenti nihildefuit. » Miralus Alexander magnam senis indolem,chargé de choisir parmi les Sidoniens celui qui lui paraîtra le plusdigne dêtre mis sur le trône.Par le conseil de jeunes gens dont il était lhôte, Héphestionchoisit un certain Abdalonyme qui était de race royale, mais 1respauvre. Il cultivait de sa propre main un jardin dans les faubourgs,et il était content de son sort : absorbé par son travail, il nen-tendait pas le bruit des aimes qui avait ébranlé toute lAsie.On le trouva occupé à arracher les mauvaises herbes et à net-toyer son jardin. Dabord il ne voulut pas en croire ceux qui ve-naient le saluer. Mais enfin il dut se rendre; il se laisse donc re-vêtir des insignes de la royauté et conduire auprès dAlexandre.Celui-ci le regarda longtemps : « Ton extérieur, lui dit-il, révèlesuffisamment ta noble origine; mais je voudrais savoir commentlu as supporté la pauvreté, a Plaise au ciel, dit alors Abdalonyme,que je puisse supporter de la même manière le fardeau de laroyauté! Les mains que voici ont suffi âmes besoins. Ne possédantrien, rien ne ma fait défaut. » Alexandre admira le grand cœur du
    • 366 EPITOME HISTORIiE GRJECM.totam regionem urbi adjacentem dicioni ejus ad-jecit.GLXVII. Sola ex urbibus Phœnices, Tyrus Macedo-nibus nondum sedederat. Givitas erat et vetustate ori-ginis et immensis opibus superba. Mare vicinum etquascumque maritimas regiones classes ejus adierant,dicionis suae fecerat. Colonise certe ejus peene orbe totodiffusse erant. Quare facilius societatem Alexandriacceptura videbatur, quam imperium. .Prseterea, urbs sita erat in insulâ, et nullâ ex partea pedestri exercitu adiri poterat. Unde civium fiducio.At Alexander aggercm struxit, non sine multo labore.Irridebant primum Tyrii, cum opéra vidèrent marisfluctu disrupta. Ssepe etiam operarios occidebant mis-silibus. Sed agger tandem perfici potuit ; et teptûnomense postquam oppugnari cœporat, Tyrus, mailsimul et terra pressa, capta fuit.vieillard et mit encore sous sa domination toute la contrée voisinede la ville.CLXVII. Seule entre toutes les villos de la Phénicie, Tyr ne sétaitpas encore rendue aux Macédoniens. Cette ville était fière do sonantique origine et de ses immenses richesses. La mer qui la bai-gnait et toutes les contrées maritimes où abordaient ses flottesétaient en son pouvoir. Ses colonies étaient du moins répanduespresque dans tout lunivers. Il semblait donc quelle dût accepterplus facilement lalliance dAlexandre que son empire.Dailleurs située dans une île, elle ne pouvait être approchéedaucun côté par une armée de terre. De là naissait la confiancede ses habitants.Mais Alexandre construisit une digue non sans beaucoup def-forts. Dabord les Tyriens le raillaient en voyant ces travaux rompu»par les flots de la mer. Souvent aussi ils tuaient les travailleurs àcoups de flèches. Mais la digue put enfin être achevée et le sep-tième mois après le commencement du siège, Tyr, bloquée en mêmetemps par terre et par mer, fut enfin prise dassaut.
    • 368 EP1T0ME HISTORIE GÎLGCjE.Tyriorum circiter octo millia interfecta sunt ; ven-dita triginta millia.Post hsec, Alexander Herculi sacrifîcium fecit, et iahonorem Dei pompam duxit cum exercitu armato, etludos edidit gymnicos et certamina, in quibus cursoresgestant lanipades. Torinentura, quod murum urbisdemolitum erat, positum in templo ac Deo consecra-tum.GLXVI1I. Ante obsidionem Tyri, Darius epistolamad Alexandrum miserat, quâ postulabat ut, acceptapecuniâ, matrem sibi ac conjugem liberosque resti-tueret.Vehementer offensus est Alexander, quod huicepistolœ adscriptum erat : « Rex Darius Alexandro. »Respondit contra : « Rex Alexander Dario. » Simulmemorabat veteres Persarum injurias in Grœcos, etaddebat : « Si veneris ad me supplex, reddam tibisine pretio et matrem et conjugem et liberos. Et vin-cere, et victis parcere scio. Geterum, cum mihi scribes,Environ huit mille Tyriens furent massacrés et trente millevendus.Alors Alexandre fit un sacrifice à Hercule, conduisit une pompesolennelle en lhonneur du dieu avec ses troupes sous les aimeset donna des jeux gymniques avec des courses où les concurrentsportaient des lampes allumées. La machine de guerre qui avaitdémoli la muraille de la ville fut placée dans le temple et consa-crée au dieu.CLXVIII. Avant le siège de Tyr, Darius avait écrit à Alexandrepour demander quil lui rendit, moyennant rançon, sa mère, safemme et ses enfants.Alexandre fut très choqué de la suscription de cette lettre qmportait ces mots : o Le roi Darius à Alexandre. » Il lui écrivit doncà son tour : « Le roi Alexandre à Darius. » En même temps il rap-pelait les anciennes injures faites aux Grecs par les Perses et ilajoutait : o Si tu viens à moi en suppliant, je te rendrai sans rançonta mère, ta femme et tes enfants, car je sais vaincre et épargner
    • 370 EPITÛME HISTORIEE GRJECJE.mémento non solum te régi, sed etiam régi tuo, scri-bere. »Sub finem obsidionis, Darius scripsit iterumAlexandro. Offerebat ei in matrimonium filiam suamStatiram et omnem regionem inter Hellespontum etHalym amnem sitam. « Has condiciones acciperem,inquit Parmenio, si Alexander essem. — Et ego, dixitAlexander, si essem Parmenio. » Et Dario respondit,orbem terrarum non habere posse duos soles, nequeduos dominos.GLXIX. Priusquam tamen regem persequeretur,Gazam expugnavit, validum Syrise oppidum, ae deinde,cum omnem Mediterranei maris oram occupare vellet,transiit in .<Egyptum. Nec ibi diu eum tenuit rerumbellicarum cura. iEgyptii enim, naturâ mobiles, etquipreeterea Persicam dominationem oderant, facile abinvisis dominis defecere.Postquam Memphim et célèbres quasdam urbesinvisit, Alexander secundo Nîlo flumine descenditles vaincus. Du reste, quand tu mécriras, souviens-toi que tutadresses non seulement à un roi. mais encore à ton roi.Vers la fin du siège Darius écrivit une seconde lettre à Alexandre.Il lui offrait sa fille Statira en mariage et tout le pays comprisentre lHellespont et le fleuve Halys. « Jaccepterai* ces conditions,dit Pârménjon, si jétais Alexandre. — Et moi aussi, dit Alexandre,si jétais Parménion. » Et il répondit à Darius que le monde nepouvait avoir ni deux soleils, ni deux maîtres.CLXIX. Toutefois, avant de poursuivre le roi, il prit dassaut Gaza,forteresse de lAssyrie, et ensuite, comme il voulait semparer de tousles rivages de la Méditerranée, il passa en Egypte. Les soucis dela guerre ne ly retinrent pas longtemps, car les Égyptiens, peupledun naturel inconstant, et qui dailleurs haïssaient la dominationdes Perses, abandonnèrent facilement ces maîtres abhorrés.Après avoir visité Memphis et dautres villes célèbres, Alexandresuivit le cours du Nil jusquà la bouche Canopique. Là, frappé des
    • 372 EPITOME HISTORIE GRJECM.usque ad Ganopicuin ostium. Ibi, contemplatus locicommodissimamnaturam, condere statuit urbem, quseOrientis et Occidentis foret vinculum, eamque nominesuo Alexandriam appellavit. Descripsit ipse urbisfiguram, et vicos rectis lineis duci voluit se invicemsecantibus, ut undique frigidiorem ventorum flatumexciperent.Mens popularis magna opéra semper fabulis ornât.Gum igitur creta deesset, polenta, ut dicitur, in solonigro delineaverunt urbis sinum. Subito ^autem avesînnumerae omnis generis, a flumine ortae, nubis instar,locum occupaverunt, polentam depastœ sunt, et netantillum quidern reliquerunt. Quo augurio turbaturAlexander; at vates régis animum his verbis confir-mant : « Sis felix, o rex, hoc omine significatur urbemavantages de la situation, il résolut de fonder une ville qui servi-rait de trait dunion entre lOrient et lOccident, et il lappela, deson nom, Alexandrie. 11 en traça lui-même le plan et il voulutque les rues se coupassent à angles droits, afin de recevoir de touscôtés le souffle frais des vents.Limagination populaire orne toujours de fables lorigine desgrandes choses. On raoonte donc, quà défaut de craie, on se servitde farine pour dessiner sur le sol brun le contour de la ville.Aussitôt, une foule doiseaux de toute espèce, sélevant du fleuvecomme une nuée, envahirent ce lieu, mangèrent la farine et nenlaissèrent pas la moindre trace. Ce présage troublait Alexandre;mais les devins le rassurèrent en lui disant : « Sois heureux, ô roi,
    • 374 EPITOME HISTORIEE GR^ECjE.illain, quam condis, locupletissiinara fore et omnige-nuin hominum alumnam. »GLXX. Erat templum Jovis Hammonis célèbre, ultravastas solitudiues situm. Ad id ducebat longum iterper médias arenas, ardente sub sole, sine aquâ. Famaerat, illis in solitudinibus olim quinquaginta milliahominum de Gambysis exercitu ingenti arenarumaggere obruta fuisse.Templum tamen et oraculum adiré statuit Alexander ;nec defuit in eâ peregrinatione divinum auxilium.Primum enim imbres largi et sitis metu eum libera-verunt, et nimiam arense siccitatem abstulerunt. Deinde,cum ductores via deerrassent, visi subito corvi seduces itineris praebuerunt, modo praecedentes agmen,modo exspectantes.Perventum est tandem ad templum, ibique rex asacerdote his verbis salutatus est : « Salve, Jovis fili .»car ce signe annonce que la ville que tu fondes sera très richeet nourrira des hommes de toutes les nations. »CLXX. Il y avait un temple célèbre de Jupiter Hammon, situéau delà dun vaste désert. Une longue route y conduisait, à traversles sables, sous un soleil ardent, sans eau. La tradition rapportaitquautrefois dans ces déserts cinquante mille hommes de larméede Cambyse avaient péri ensevelis sous une trombe de sable.Cependant Alexandre résolut de visiter le temple et loracle; etle secours du dieu ne lui fit pas défaut dans ce voyage. Dabord,en effet, des pluies abondantes le rassurèrent contre la soif et tem-pérèrent lextrême aridité des sables. De plus, les conducteurssétant égarés, des corbeaux qui se montrèrent tout à coup luiservirent de guides, tantôt précédant la colonne, tantôt attendantquelle les eût rejoints.Enfin on arriva au temple, où le prêtre accueillit Alexandre parces mots : « Salut, fils de Jupiter! »
    • 376 EPITOME HISTORIEE GR^CvE.Quâ voce laetus, interrogavit num quis interfectorumpatris paenam effugisset : « Noli, inquit sacerdos, in-fausta verba pronuntiare; tu enim non mortali pâtrenatus es. » Tum, mutato sermone, quaesivit an ipsiPater omnium terrarum imperium destinaret : « Desti-nât, » respondit sacerdos.Alexander in templo splendida dona Deo dicavit,atque homines pecuniâ magnifiée donavit.Exinde a Barbaris se fiiium Jovishaberi voluit; apudGrœcos autem divinitatem suam modice primum ja-ctavit.GLXXI. ReversusexiEgypto, Alexander omnem citraEuphratem regionem sine certamine occupavit; deindeflumen ipsum et Tigrim, nullis obstantibus, transiit.Habebat secum quadraginta millia peditum et septemmillia equitum. Darius contra mille millia hominumducebat, et ingentem illum exercitum instruxerat inCela le remplit de joie : il demanda si quelquun des meurtriersde son père avait échappé au châtiment : « Garde-toi, lui réponditlinterprète de loracle, de prononcer des paroles de mauvais au-gure, car tu nes pas le ûls dun mortel. »Alors, changeant dentretien, il demanda si son père lui destinaitlempire du monde. — a Oui n, lui fut-il répondu.Alexandre offrit au dieu dans son temple de riches présents, etfit aux prêtres de magnifiques largesses.Depuis il voulut être traité par les Barbares de 01s de Jupiter;mais, avec les Grecs, il ne se vanta point dabord ouvertement desa divinité.CLXXI. A son retour dEgypte, Alexandre occupa sans combattout le pays en deçà de lEuphrate; ensuite il traversa, sans ren-contrer la moindre résistance, et ce fleuve et le Tigre. 11 avaitquarante mille fantassins et sept mille cavaliers. Darius, de son côté,conduisait un million dhommes et avait rangé cette armée innom-
    • 378 *>EPITOME HISTORIE GRMCM.irnmensâ plauitie inter montein Niphaten et montesGrordyœosjacente.Barbaricis ignibus fulgebat omnis planities, et exeorum castrisexaudiebantuv voces confiasse strepitusque,tanquam ex alto mari. Amicorum Alexandri grandioresnatu, et prsecipue Parmenio, multitudinem hostiummirati, et metuentes tantis copiis aperto Marte eôneur-rere, suadebant régi ut noctu hostes adoriretur. Adbsec Alexander : « Non soleo victoriam furari, » res-pondit.Digressis autem amicis, se in tentorium recepit, etreliquum noctis alto somno exegit. Postero die, subauroram accessere duces, et, cum res urgeret, Parme-nio tandem in tentorium ingressus est, regemque bisterve nominatim vocavit. Gui expergefactus Alexandri :« Nonne, ait, tibi jam victores esse yidemur, quiDarium fugientem jam non persequi cogimur? »brable dans une plaine immense entre les monts ISiphates et lesmonts Gordyens.Les feux des Barbares brillaient dans toute la plaine, et de leurcamp sélevait une rumeur confuse, un bruit comparable à celuide lOcéan. Les plus âgés parmi les amis dAlexandre, et surtoutParménion, saisis détonnement à la vue de cette multitude etcraignant de combattre à découvert des troupes si nombreuses,lui conseillaient dattaquer lennemi pendant la nuit. Mais Alexandrerépondit : « Je ne suis pas un larron de victoire. »Après avoir congédié ses amis, il se relira dans sa tente et dormit,le reste de la nuit, dun profond sommeil. Le lendemain, à laurore,les chefs se rendirent auprès de lui, et comme le temps pressait,Parménion finit par entrer dans sa tente et appela le roi deux <>utrois fois par son nom. Alexandre se réveilla et lui dit : « Ne tesemble-t-il pas que nous sommes déjà vainqueurs, puisque nousne sommes plus forcés de poursuivre Darius fugitif? »
    • 380 EPÎTOME HISTORIE GKJECM.GLXXII. Nec minorem in pugnâ prudentiam simulet confidentiam ostendit. Conflictûs signum suis dabat,cum missus quidam a Parmenione venit nuntiante decastris et de impedimentis actum esse, nisi Alexanderipsi céleri ter auxilia mitteret. « Die Parmenioni, res-pondit, eum non satis esse sui compotem. Si victoreserimus, omnia hostium bona nostra erunt; si victi, nonde prseda, neque de nostris impedimentis cogitandumerit, sed fortiter pugnandum et honeste moriendum. »Simul galeam imposuit capiti, insiluit in equum, et,dextram ad cœlum tendens, Deos precatus est, ut, sivere filius esset Jovis, sibi permutèrent Grrœcos ulcisci.Juxta regem equitabat vates Aristander, albâ* cbla-myde indutus aureamque gestanscoronam, etmilitibusCLXXII. Pendant la bataille, il ne parut ni moins prudent, nimoins assuré. Il donnait aux siens le signal du combat, lorsquunmessager de Parménion vint lui dire que le camp et les bagagesétaient perdus, si Alexandre ne lui envoyait au plus tôt du secours— « Dis à Parménion, répondit le roi, quil nest pas assez maîtrede lui. Si nous sommes vainqueurs, tous les biens de lennemiseront à nous; si nous sommes vaincus, ce nest pas au bulin, nià nos bagages quil faudra penser, nous naurons plus quà com-battre vaillamment et à mourir avec honneur, s En môme tempsil met son casque sur sa tête, sélance sur son cheval et levant samain droite vers le ciel il prie les dieux de permettre que sil estvraiment le fils de Jupiter il puisse venger les Grecs.Près du roi chevauchait le devin Arîstandre, revêtu dune blancheohlumyde et portant une couronne dor: il montrait aux soldats
    • 382 EP1T0ME HISTORIE GRJECM.ostendebat aquilam supra caput Alexandri volantem eteum recta in hostes ducentem.Hoc augurio excilati Macedones se invicem hortan-tur; équités impetum faciunt; phalanx irruit, velutexundans mare. Antequam primi manum conseruerint,Barbari fugiunt; fugientes Alexander urget et compellitin mediam aciem.Ibi Darius erat, in sublimi curru, egregiâ equilumturmà stipatus, ipse magnâ staturâ et pulchrà specieconspicuus. Territi ab Alexandro alii diffugiunt, occi-duntur autem optimi et nobilissimi Persarum, dumpro rege propugnant; corurnque cadavera currus rotasimpediunt. Jamque rex casurus erat in hostium manus,cum, omisso curru, in equum conscend.it, et fiigse secommisit. •GLXXIII. Eâ pugnâ" deletum erat Persarum impe-rium. Alexander, rex Asite salutatus, magnifiée Diissacrificavit; dona distribuit amicis; ad Grsecos etiamun aigle qui planait au-dessus de la tête dAlexandre et le condui-sait droit à lennemi. Ce signe encourage les Madédoniens quisexhortent mutuellement; la cavalerie sébranle: la phalangesélance comme une nier qui rompt ses digues. Avant que les pre-miers rangs en soient venus aux mains, les Barbares-senfuient;Alexandre poursuit les fuyards et les rejette sur le centre delarmée ennemie.Là était Darius, sur un cliar élevé, entouré dune cavalerie déliteet remarquable entre tous par sa haute taille et sa bonne mine.Effrayés à la vue dAlexandre, la plupart senfuient de divers côtés,mais les plus braves et les plus nohles des Perses se font tuer endéfendant leur roi, et leurs cadavres entravent les roues de sonchar. Le roi allait tomber aux mains des ennemis si, laissant làson char, il ne fût monté à cheval et neût cherché son salut dansla fuite.CLXXIII. Cette bataille avait mis fin à lempire des Perses.Alexandre, salué roi de lAsie, sacrifia aux dieux avec magnificence ;il distribua des présents à ses amis ; il écrivit même aux Grecs
    • 384 EP1T0ME HISTORIE GRJECJE.scripsit, se omnes abolitururn tyrannidas et omnibuslibertatern restituturum. Partem spoliorum Grotoniatisin Italiani misit, in memoriam athletse Phaylli, qui,bello medico, cum reliqui Itali de rébus Grsecorumdesperassent, privatâ nave ad Salaminam venerat.Durn Darius fugit, statuit Alexander urbes occuparequae capita erant iraperii, et in Babylonem primumprocessit.Urbs immensa erat, vasti circuitùs, solidis protectamunirnentis et Euplirate flumine. Si defenderetur, dif-ficilis futura erat obsessio. At Mazeeus, qui Babylonipraeerat, Alexandre procedenti supplex occurrit, urbemseque dedens.GLXXIV. Gonstiterat in mûris magna pars Baby-loniorum, avida cognoscendi novum regem. Muresobviam egressi erant; inter quos Bagophones, arcis etquil abolirait toutes les tyrannies et quil rendrait à tous leurslibertés. Une partie des dépouilles fut envoyée aux Crotoniates enItalie, en souvenir de lathlète Phayllus, qui, pendant la guerremédique, alors que les autres Italiens désespéraient du salut dela Grèce, était venu combattre à Salamine sur un vaisseau qui luiappartenait.Tandis que Darius senfuit, Alexandre décide doccuper les capi-tales de lempire, et marchedabord contre Babylone.Gétait une ville immense, entourée dune vaste enceinte, pro-tégée par de puissantes fortifications et par le cours de lEuphrale.Si elle était défendue, le siège devait en être difficile. Mais .Ma>gouverneur de Babylone, vint en suppliant au-devant dAlexandrepour lui livrer la ville et sa personne.CLXX1V. Sur les murs se tenait une grande partie de la popula-tion, avide de connaître le nouveau roi. Beaucoup étaient sortis;parmi ceux-ci Bagophones, gardien de la citadelle et du trésor
    • 386 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.regiœ pecuniœ custos, totum iter floribus coronisqueconstraverat, argenteis altaribus utroque latere dispo-sitis, quœ non thure modo, sed omnibus odoribuscumulaverat. Eum dona sequebantur, grèges pecorumequorumque ; leones quoque et pardales caveis prœfere-bantur.Magi deinde, suo more carmen canentes. Post hosGhaldsei, Babyloniommque vates et artifices cum ficLi-bus ibant. Ibant deinde équités Babylonii, equismagnifiée inslratis impositi.Rex autem, sublimis in curru, armatis stipatus,urbem ac deinde regiam intravit, sequente oppidanorumturbâ. Postero die supellectilem Darii et omnem pecu-niam recognovit.GLXXV. Mirabantur autem Macedones urbis magni-tudinem et pulchritudinem, muros altissimos, pensileshortos, pontem lapideum flumini impositum, qui intermirabilia Orientis opéra numerabatur, et splendiduBeli templa.royal, qui avait jonché tout le chemin de fleurs et do couronneset disposé des deux côtés des autels dargent chargés non seule-ment dencens mais de toutes sortes de parfums. 11 sétait fait suivrede ses présents, dun nombreux bétail, et dune foule de chevaux;on portait jusquà des lions et des panthères enfermés dans descages.Les mages venaient ensuite chantant leurs hymnes accoutumés.Après eux marchaient les Chaldéens, les devins et les musiciensde Babylone avec leurs lyres. Les cavaliers babyloniens suivaientsur des chevaux magnifiquement harnachés.Le roi debout sur son cfcar, entouré de guerriers, entra dan3 laville et ensuite dans le palais, suivi de la foule des habitants. Lelendemain il fit linventaire du mobilier de Darius et de ses trésors.CLXXV. Les Macédoniens admiraient la grandeur et la beautéde la ville, la hauteur de ses murailles, ses jardins suspendus, lepont de pierre jeté sur !e fleuve, qui passait pour une des mer-veilles de lOrient, et le magnifique temple de Bélus.
    • 388 EP1T0ME HISTORIEE GR<ECjE.Bahylonem condiderat regina Semiramis, ad ripasEuphratis, in regione fertili et amœnitate naturac cele-bri. Hue autem brevi convenerant multi incolae, etdoctiviri a regibus invitati et bénigne excepti. Babylon natavidebatur ad imperium orbis terrarum. At, annis laben-tibus, cum divitiis et luxu mollities et corruptela urbeminvaserant. Diutius vero in hac urbe, quam usquamalias, constitit rex; nec ullus locus disciplinse militarimagis nocuit.Tandem post triginta quattuor dies Alexander Baby-lone profectus est, et mox Susa quoque occupavit. Ibiincredibilem e regiis tbesauris summam pecuniœ egessit,quinquaginta millia talentûm argenti, non signati, sedrudi pondère. Invenit et statuas Harmodii et Aristogi-tonis, ereptas olim Athenis, et eas Atbeniensibusremisit.GLXXVI. Inde ad Persepolim cursum direxit. Jam-Babylone avait été fondée par la reine Semiramis, sur les bordsde lEuphrate, dans une. contrée fertile et célèbre par la douceurde son climat. Bientôt une population nombreuse était venue syfixer ainsi que de savants hommes appelés et accueillis avec bien-veillance par les rois. Babylone semblait née pour être la capitalede lunivers. Mais dans la suite des temps, avec les richesses et leluxe, la mollesse et la corruption avaienl envahi la ville. Le roi yséjourna plus longtemps que partout ailleurs; et nulle part ladiscipline militaire neut plus à souffrir. Enfin au bout de trente-quatre jours Alexandre partit de Babylone et sempara de Suse.11 emporta de là des sommes incroyables trouvées dans le trésorroyal : cinquante mille talents dargent non monnayés, mais enlingots. Il y trouva aussi des statues dHarmodius et dAristogiton,enlevées autrefois à Athènes, et il les renvoya aux Athéniens.CLXXVl. De là il courut à Persépolis. Il nétait pas loin de la
    • EPITOME HISTORI* ORJÎ&E.que haud procul urbe erat, c„m mismbiJeoccurrn. Cap,™ erant Graci , ad octuor milliXTSi eUradeli —"—, Eosbeo^c^r promisitque °mDes «"™ «*-«-.^Postero die,con,ocat duces copiaram AWanderd.Ccpie nu„am in fes,i 6rem GrScis *m esse ^S*• Erf° eXSC,d "> ,li «9 «ki=cendi majores nostri. »E. Persepol™ mi ,i,ibus diripiendam tradiditemZZl-™SOl,illUS rat dTita,Um "««Pli.erat opulenfss.ma el locupletissima. Orbs era, Liac gesseran, Barbari. 0mDi a expilaru,/ mil*Alexaoder au.en, ex regiàg^Katam e, viginti ££ville lorsquune troupe daspect pitorable se „,*„„,. ,Cotaient de, Grées prisonniers eu niT Z " SM I mi-^ les Perses avaientS^t^"™" «»- -*les aceueillit a»ee bonté »,ntet «""«"eat mutilé,. Le roi<" et leurs Cet Pr°m" ** -""—"» "-Le lendemain Alexandre convoqua les chefs d»leur dit quaucue ville na été 1. r!,„r°°Pe8 etdici que Darius dabord et entité , 7 "°X *""* CMl«ans la Grèce un, JZ I uT """ "^ P°" r "»*venger uos ancêtre, f,^ ,d7 * *"*• <""»e toute, „s ville, lT,nl , ,* """ A**"»"-"Pmente et la p,„s iche ÏZ?,**?"**iM " •*»1» Perse; cest la „,, t T ""Uk des anclc"s «* *
    • 392 EP1T0ME HISTORIEE GRiEC^E.talenta traxit, quœ jumentis et camelis a Susis etBaby-lone contractis vehi jussit ad usus belli.GLXXVII. Atque utinam non aliud gravius fecisset !Sed rex ille, qui tôt et tantis virtutibus omnes regessuperavit, sibi temperare non poterat, cum vino cale-factus erat. Ex comessatione igitur cum amicis, ebriisconvivis ebrius ipse signum dédit incendendse regiœ ;et magna urbis pars eodem incendio periit. Ut primummentem recepit, ipsum insaniae paenituit ; sed serius.Eodem modo, et in convivio, temulentus Glitum,yeterem et fidum amicum, qui ipsius vitam apud Gra-uicum servaverat, occidit. Quod facinus horrens ipse,hastam e corpore jacentis evulsam retorsit in semet; atprohibitus ab amicis, triduum jacuit inclusus in taber-naculo, gemens dolensque, et se ipsum exsecratus, ettestatus quam sit sui impotens qui omnia potest.guerre par des bêtes de somme et des chameaux envoyés de Suseet de Babylone.CLXXVII. Plût au ciel quil neût point fait pis! Mais ce roique des mérites si grands et si divers mettaient au-dessus detous les rois, était incapable de se modérer, lorsquil était échauffé.par livresse. Cest au sortir dune orgie célébrée avec ses amis,quil donna à ses convives, ivres comme lui, lordre dincendierle palais des rois, et une grande partie de la ville périt dansle même incendie. Dès quAlexandre fut rentré en lui-même, il serepentit de sa folie; mais il était trop tard.Cest de la même manière, et aussi dans un festin, que, souslempire de livresse, il tua Clitus, son ancien et fidèle ami qui luiavait sauvé la vie au Granique. Saisi dhorreur à la vue de soncrime, il arracha la lame du corps gisant à terre et la tournacontre lui-même; mais ses amis lempêchèrent de se frapper :il resta trois jours, couché dans sa tente, où il sétait enfermé, àgémir, à se lamenter et à se maudire; attestant par son exemplele peu de pouvoir quexerce sur lui-même celui qui possède lepouvoir absolu.
    • 394 EPITOME HISTORIEE GRiEC^I.Occupatis igitur imperii capilibus, Alexander tan-dem Darium denuo persequi cœpit.GLXXVIII. At Bessus, Bactrianœ satrapes, regemcaptivum trahebat, et in sordidum vebiculum pellibusundique contectum conjecerat. Gum properaret Alexan-der, Bessus et ceteri facinoris ejus participes Dariumbortantur, ut conscendat equum, et se bosti fuga eri-piat. Ille deos ultores adesse testatur, et negat se parri-cidas velle comitari. Tum vero, ira accensi, telainjiciunt in regem, multisque confossum vulneribusrelinquunt.Darius vix tandem inventus est ab Alexandri milite,in vehiculo jacens ac jam moribundus. Aquam tamcnpeliil, et, cum bibisset : «Hoc miserrimum est, inquitmiliti, quod tibi pro beneficio tuo gratiam referre nonpossum; sed referet Alexander.» Simulmilitis manumcomprebendit, et exspiravit.Après avoir occupé les capitales de lempire, Alexandre se mitde nouveau à la poursuite de Darius.CLXXYIII. Cependant Bessus, satrape de la Baclriano, traînaitavec lui son roi captif, quil avait jeté sur un misérable chariottout couvert de peaux. Comme Alexandre approchait rapidement;Bessus et ses complices pressent Darius de monter à cheval et dese soustraire par la fuite à son ennemi. Darius invoque les dieuxvengeurs, et refuse de suivre des assassins. Alors, furieux, ilslaccablent de traits et labandonnent tout percé de coups.Enfin Darius fut découvert à grandpeine par un soldatdAlexandre, gisant dans son chariot et moribond. II put cepen-dant demander un peu deau, et. après lavoir bue : a Cest ledernier de mes malheurs, dit-il au soldat, quayant reçu de toice service, je ne puis ten marquer ma reconnaissance; maisAlexandre le fera pour moi. x> En môme temps il serra la main dusoldat, cl il expira.
    • 396 EPITOME HISTORIEE GRMCte.Hic finis fuit régis, qui tôt popuiis imperaverat. Utsupervenit Alexander, dolorem animi non occuluit;chlamydem suam exuit, et Darii cadaver eâ involvit.Deinde corpus regio cultu ornatum matri remisit, utsolitis honoribus et patriâ sepulturâ frueretur.GLXXIX. Dum ea in Asiâ agebantur, Graeci moverese tentaverant, et jugum Macedonicum excutere.Agis, rex Lacedaemoniorum, Peloponnesum ad bel-lum vocaverat. Gum duobus et viginti millibus niili-tum Megalopolim, civitatem Macedonum sociam, obsi-dit. At Antipater, qui tum in Thraciâ bellum gerebat,res ibi componere properat, et cum quadraginta milli-bus hominum accurrit. Mox pugna commissa fuit. Agis,pristinse libertatis memor, fortiter pugnavit; sed tan-dem, lanceâ confossus, cecidit. Gecidere cum illoLacedaemoniorum quinque millia; Macedones auternTelle fut la fin de ce roi qui avait commandé à tant de nations.Lorsque Alexandre parut, il ne dissimula point sa douleur, ilquitta son manteau et en couvrit le corps de Darius. Ensuileaprès lavoir revêtu des ornements royaux, il le fit remettre àsa mère, afin quil reçût les honneurs accoutumés et quil reposâtdans le tombeau de ses ancêtres.GLXXIX. Tandis que ces événements se passaient en Asie, lesGrecs avaient essayé de se soulever et de secouer le joug macé-donien.Agis, roi des Lacédémoniens, avait appelé aux armes le Pélo-ponnèse. Avec vingt-deux mille soldats, il assiégea Mégalopolis, !ville alliée des Macédoniens. Mais Antipater, qui faisait alors laguerre aux Thraces, se hâta den finir avec eux, et accourut avecquatre-vingt mille hommes. Bientôt une bataille fut livrée. Agis,qui regrettait lancienne liberté, combattit vaillamment ; maisenfin, percé dun coup de lance, il tomba. Cinq mille Lacédémo-
    • 398 EPITOME HISTOUL-E GILEOE.tria millia militum amiseruut. Adeo prœliuru atroxfuit!Hic ultimus Grœcise conatus.GLXXX. Post Darii mortem, Alexander duos annosrnansit apud Bactrianos Sogdianosque; neque id tem-pus omnino fuit sine praeliis. Sed praecipuam intenditcuram ad «ognoscendos illarum regionum mores, et sibiconciliandos popularium animos. Eâ mente, illorumet Deos veneratus est, et vestem etiam induit, et amicoshortatus est ut ipsum imitarentur. Macedones vero, quinon intelligebant quid rex liaberet in animo, quereban-tur patrios mores derelinqui, et jam ad seditionemerant propensi.Itaque Alexander, ut militum animos averteret, statuitbellum resumere et ad flumen Indum tendere.niens périrent avec lui : les Macédoniens avaient perdu troismille hommes; tant la lutte fut atroce ICe fut le dernier effort de la Grèce.CLXXX. Après la mort de Darius, Alexandre passa deux ansdans la Bactriane et la Sogdiane; et ce temps ne fut pas tout àfait exempt de combats. Cependant il sappliqua surtout à étudierles mœurs de ces contrées et à se concilier les esprits des habi-tants. Dans cette intention, il adora leurs dieux, prit même lecostume du pays et invita ses amis à suivre son exemple. Maisles Macédoniens, qui ne comprenaient pas la pensée de leur roi, seplaignaient quil renonçât aux usages de ses pères, et déjà ilsétaient disposés à la rébellion.Alexandre résolut donc, pour occuper les esprits, de se remettreen campagne et de se diriger vers le fleuve Indus.
    • 400 EPITOME HISTORIE GRMCJE.GLXXXI. India dives regio habebatur, non aurotantum, sed gemmis quoque et margaritis. Peltae mili-tares auro etebore fulgere dicebantur. Id prseterea régisanimum stimulabat, quod, Indiâ subactâ, ipsius impe-rium ultra fines Europseis notos extenderetur.Ingresso occurrerunt multi reguli, se dedentes etimperata faeere parati. Vix oppida quaedam, montibusimposita et situ confisa, resistere tentaverunt; ea autemvi oppugnata sunt, aut dolo capta.Duo autem reges erant, ceteris potentiores, quorumuterque vastam regionem sub dicione sua tenebat. Dumprocedit Alexander, et utrumque aggredi parât, alter,Taxiles nomine, spe conciliandae sibi Macedonumbenevolentiae, se regnumque suum régi tradit.Alter vero, Porus, in ulteriore Hydaspis ripa eonse-CLXXXI. LInde passait pour un pays riche non seulement en ormais encore en pierres précieuses et en perles. On disait que lesboucliers des soldats indiens brillaient dor et divoire. Ce quistimulait en outre lardeur dAlexandre cest que la conquête delInde étendrait son empire au delà des contrées connues des Eu-ropéens.Quand il y eut pénétré, un grand nombre de petits rois vinrent asa rencontre pour faire leur soumission et attendre ses ordres. Apeine quelques forteresses situées sur des hauteurs et à qui leurposition donnait de la confiance essayèrent de résister. Ellesfurent emportées de vive force ou prises par ruse.Il y avait deux rois plus puissants que les autres et quitenaient lun et lautre une vaste étendue de pays sous leurdomination. Tandis quAlexandre savançait et se préparait à lesattaquer successivement, lun nommé Taxile, dans lespoir de seconcilier la bienveillance du roi de Macédoine, lui livra sa per-sonne et ses États.Lautre, Porus, avait établi son cartip au delà de lHydaspe et
    • 402 EPITOME IIISTOHI/E GBiECiE.derat, et Macedones a transita flumiiiis prohibere sla-tuerat. Aggredientibus objiciebat octoginta quinqueelepbautos, currus trecentos, et peditum trigiuta feremillia, quorum multi sagittis erant armati. Regem,magnâ" ipsum staturâ, vehebat elepbantus super ceterasbelluas eminens.Macedonas non conspectusbostium solum, sed etiamfluininis magnitudo terrebat.GLXXXII. Erant in medio anine insulœ crebrae, inquas et Indi et Macedones nantes transibant, ibiquelevia praelia conserebant. Inter eas autem una, ceterisamplior, silvestris et tegendis insidiis apta. SimulâtAlexander se in aliâ parte flumen trajicere velle. Intereaabscondit in insulâ etpediteset équités; deinde, noctu,favente etiam procellâ, quœ subito coorta erat, dumPorus alibi hostem exspectat, Macedones in ripamulteriorem transeunt.avait résolu dinterdire aux Macédoniens le passage du fleuve. Ilopposait à leurs attaques quatre-vingt-cinq éléphants, trois centschars et environ trente mille fantassins dont un grand nombreétait armé de flèches. Le roi qui était lui-même dune haute sta-ture était monté sur un éléphant dont la taille dépassait celle detous les autres.Les Macédoniens étaient effrayés non seulement par laspect delarmée ennemie mais encore par la largeur du fleuve.CLXXXU. Il y avait au milieu du courant un grand nombredîles dans lesquelles Indiens et Macédoniens passaient à la nage else livraient de légères escarmouches. Une de ces îles plus grandecpie les autres était couverte de bois et propre à cacher une em-buscade. Alexandre feint de vouloir passer le fleuve sur un autrepoint. Cependant il cache dans lîle des fantassins et des cavaliers :ensuite à la faveur de la nuit et aussi dune tempête, qui sétaitélevée subitement, tandis que Porus attend lennemi ailleurs, lesMacédoniens passent sur lautre riveI
    • 404 EPITOME HISTORIEE GR^ECjE.Magna rei pars acta erat, sed non res tota. Brevienim, errore sublato, Porus cum suis recurrit, et mediisin tenebris pugna terribilis oritur. Miscenlur inter seutriusque partis milites, et, dum feroci animo feriunttrucidantque, non se invicern agnoscunt. Addunt etiamcertaminis horrori et Barbarorum elamor, et elephan-torum stridores, quorum alii, pedibus amputatis, pro-cumbunt, alii, variis vulneribus confossi, diseursantfuriosi, et curruum strepitus per campum temere vagan-tium, interfectis ductoribus.GLXXXm. Interea Porus ex elepbanto suo tela incircumfusos hostes ingerebat, multisque eminus vulne-ratis, ipse undique petebatur. Novem jam vulnera exce-perat, nec segnius elepbantus, instinctus rabie, invehe-balur ordinibus, donec rector belluam in fugam conci-Cétait beaucoup, mais ce nétait pas tout encore. Bientôt eneffet, sétant aperçu de son erreur, Porus revient sur ses pas avecson armée et un combat terrible sengage au milieu des ténèbres.Les soldats des deux armées se mêlent, et tandis quils frappent ettuent avec rage, ils ne se reconnaissent pas les uns les autres.Ce qui ajoute encore à lhorreur de la lutte ce sont les olameursdes barbares; ce sont les cris des éléphants dont les uns ayant lesjambes coupées, sabattent, et les autres, diversement b!ecourent furieux de tous côtés; cest enfin le bruit des chars quierrent au. hasard dans la plaine privés de leurs conducteurs.CLXXX1II. Cependant Porus du haut de son éléphant criblait detraits les ennemis qui lentouraient, et comme il en avait blesséde loin un grand nombre, de toute part on cherchait à latteindrelui-même. Il avait déjà reçu neuf blessures et son éléphant de-venu furieux se jetait toujours avec la même ardeur dans lesrangs ennemis, jusquà ce que le «traducteur de lanimal lui eût
    • 406 epitome historié; grjecje.tavit. Sequebatur Alexander ; sed equus ejus, vulneribusconfossus deficiensque, procubuit. Nec tamen multopost, Porus, undique circumventus, captus est.Quem ut vidit Alexander : « Quse amentia, inquit,te coegit, rerum mearum cognitâ famâ, belli fortunamexperiri? » At ille : « Neminem me validiorem essecensebam; meas enim vires noveram; nondum expertuseram tuas. » Rursus interrogatus quo modo tractarivellet : « Régie, » respondit. Tantâvirtute etconstantiâmotus Alexander, Poro non solum regnum, quodtenuerat, restituit, sed etiam amplius dédit.Ipse in hoc bello sibi non pepercerat; nec suae famœoblitus erat. Medio in certamine adversus Porum excla-masse dicitur. « Athenienses, quanta pericula sus-tineo, ut a vobis prsedicer! »His in regionibusduasnovas urbes condidit, Niceam,fait prendre la fuite. Alexandre le suivait de près, mais son che-val percé de coups et défaillant, vint à tomber. Du reste Porus, en-veloppé de toutes parts, ne tarda pas à être pris.En le voyant Alexandre lui dit : « Quelle folie ta poussé, toi quiavais entendu parler de mes exploits, à tenter le sort des com-bats? » — a Je ne croyais pas que personne fût plus fort quemoi, répondit-il, car je connaissais mes forces et je navais paséprouvé les tiennes. t> Le roi lui demanda encore comment il vou-lait être traité. « En roi, » répondit-il. Tant de courage et de fer-meté touchèrent Alexandre, qui non seulement rendit à Porus leroyaume qui lui avait appartenu mais encore lui en donna unplus grand.Lui-même dans cette guerre ne sétait pas épargné et navaitpas oublié le soin de sa gloire. Au milieu de la bataille livrée àPorus il sécria, dit-on : « Athéniens, quel péril jaffronte, pourêtre loué de vousl »Dans ces contrées il fonda de nouvelles villes, Nicée dont le
    • 408 EPITOME HISTORIiE GïLECjE.eujus nomen victoriae suae memoriam perpetuarn face-ret; Bucephalam, in honore veteris equi, quem abadolescentiâ quasi fidum habuerat amicuru, quiquerecens mortuus erat a vulneribus in certamine exceptis.GLXXXIV. Patere via videbatur, jamque AlexanderHyphasem trajicere parabat, ad (jaugera deinde processurus. At Macedones, longis bellis fatigati, territipraeterea vastis solitudinibus, per quas iter primumerat faciendum, et immensis copiis, quse regiones ultratenere dicebantur, regem déterrent invitum a consilio.IUe igitur jussit erigi duodecim aras, turribus altis-simis eequas, monumentum expeditiouis suse. Deinde,conscensâ nave, processif in proram et ex aureâ phialâin flumen libavit, Acesinam simul et Hydaspem etIndum invocaus. Libavit et Herculi, sui generis auc-nom devait perpétuer le souvenir de sa victoire, et Bucephala, enlhonneur de son vieux coursier qui avait été pour lui dès sa jeu-nesse comme un compagnon fidèle et qui venait de mourir desblessures reçues sur le champ de bataille.GLXXXIV. Les chemins semblaient ouverts et déjà Alexandrese préparait à passer lHyphase pour savancer ensuite jusquauGange. Mais les Macédoniens étaient fatigués dune longue guerre,effrayés dailleurs par les vastes déserts quils devaient traverseret par les forces immenses qui occupaient, disait-on, les pays audelà du fleuve : et le roi bien malgré lui se laissa détourner deson projet.Il fit donc dresser douze autels aussi hauts que les plus hautestours en souvenir de son expédition. Ensuite il monta sur un na-vire, savança à la proue et lit des libations dans le fleuve avecune coupe dor, en invoquant en môme temps lAcésine, lIIydaspeet lIndus. Il fit aussi des libations à Hercule père de sa race ainsi
    • 410 EP1TOME HISTORIEE GKMCM.tori, et Hammoni, et profectionis signum tuba darijussit, dum pars exercitûs terra sequebatur.Miranda res erat, tôt navibus simul remigantibus,remorum sonitum exaudire, Indique attoniti ad ripamaccurrebant, et classem comitabantur barbarico ritucanentes.Ubicumque appellebat, populos partira deditioiiemultro facientes in amicitiam recipiebat, partim resis-tentes vi subigebat.GLXXXV. Apud Oxydracas autem in grave pericu-lum incidit.Bellicosissima erat illa gens, neque jugum subireparata. Gonfugerant armati in oppidum per se validumet altis mœnibus cinctum. Alexander admoyeri jubetscalas, et, dum cunctantur ceteri, ipse in murum evasit,ubi solus stans undique telis petitur. Dum vero festi-nant milites régi succurrere, rumpuntur scalae.quà Hammon et il fit donner le signal du départ au son de latrompette, tandis quune partie de larmée le suivait par terre.Cétait merveille dentendre tant de navires qui frappaient avecensemble les eaux de leurs rames; les Indiens étonnés accouraientsur le rivage et saluaient la flotte de leurs chants barbares.Partout où Alexandre abordait les peuples faisant volontaire-ment leur soumission, étaient reçus dans son alliance, ou, silsrésistaient soumis, par la force.CLXXXV. Chez les Oxydraques il courut un grand dangerCétait une nation très belliqueuse et peu disposée à subir lejoug. Ils sétaient réfugiés en armes dans une place très fortepar elle-même et entourée de hautes murailles. Alexandre y fitappliquer des échelles et, comme les autres hésitaient, il sélançalui-même sur le rempart où il se tint debout tout seul et exposé detoutes parts aux traits de lennemi. Tandis que ses soldats sehâtent de venir à son secours, les échelles se rompent.
    • 412 EP1T0ME HISTORIEE GEJECM.Glamabant amici ut ad ipsos desiliret. At ille iaurbem prœcipiti saltu se immittit, truncoque arboris,quœ forte haud procul muro slabat, corpus applicat,clypeo tela, quœ ex adverso ingerebantur, excipiens.Nam hostes primum non audebant propius accedere,quasi nomine régis territi; at telis erninus obruebaut.Jamque ingentem vim telorum clypeo éxceperal, jamgaleam saxa perfregerant, jam continuo labore graviagenua succiderant. Tum qui proxirni stabant incurre-runt; e quibus duos gladio ita excepit, ut ante ipsuminanimés procumberent. Nec quisquam deinde eumpropius incessere ausus est. Mox autem longà sagittti-vulneratus, et magnâ vi sanguinis emicante, remisitarma, moribundo similis, et in manus hoslium ceci-Ses amis lui crient de sauter du rempart auprès deux. Maisau contraire il bondit à lintérieur de la ville, il sappuie à untronc darbre qui se trouvait par hasard près du miir et il reçoitsur son bouclier les traits que ses adversaires lui lançaient Carles ennemis nosaient pas dabord lapprocher comme si le nomdu roi les eût effrayés; mais ils le criblaient do traits à distanceDéjà il en avait reçu une foule sur son bouclier, déjà son casqueavait été brisé à coups de pierres, déjà ses genoux appesantispar une fatigue continue commençaient à plier. Alors ceux qui setenaient le plus près de lui osèrent lattaquer ; il porta à deuxdentre eux des coups dépée si violents quils tombèrent morts àses pieds. Dès lors personne nosa plus le harceler de trop près.Mais bientôt il est blessé dun coup de javeline, son sang jailliten abondance, il dépose ses armes comme sil allait mourir, et ilserait tombé entre les mains de lennemi si ses amis nétaient
    • 414 EPITOME HISTORLE GRiECiE.disset, nisi subito amici supervenissent. Grave certa-men ortum est circa régis corpus; at tandem viceruntMacedones, et regem in tabernaculum intuleruntsemianimum.Septem diebus refectus a vulnere, Alexander ex altotabernaculo se ostendit militibus et incolis; quorumalteri gaudebant regem esse salvum; alteri, qui terri-bilem hostem mortuum crediderant, spem falso con-ceptam gemebant.GLXXXVI. Secundo deinde amne defluxit, et pervanos casus ad Oceanum pervenit. MagnS admirationeperculsi sunt Macedones, cum maris undas stato tem-pera, tum in terras procedentes, tum longe recedentesviderunt; neque novo illo spectaculo satiari poterant,.simul ac caecum et ignotum periculum rèformidabantVoluisset Alexander longius procédera, et Oceanumpenitus explorare. Lœtus exclamabat adesse finem labo-surveaus tout à coup. Une lutte terrible sengage autour de soncorps : cependant les Macédoniens finissent par avoir le dessuset emportent leur roi évanoui dans sa tente.Au bout de sept jours Alexandre guéri de sa blessure se montrea ses soldats et aux indigènes à la porte de sa tente située surun point élevé : les uns se réjouissaient de voir le roi hors de dan-ger, les autres qui avaient cru mort un ennemi si redoutable dé-ploraient la perte de leurs espérances.CLXXXYI. Il descendit ensuite le cours du fleuve et parvint nonsans diverses aventures jusquà lOcéan. Les Macédoniens lurentsaisis d un grand étonnement lorsquils virent les flots de la mera des intervalles déterminés tantôt savancer vers la terre, tantôtse retirer au loin; ils ne pouvaient se rassasier de ce spectacleSc^nut6mPS ^ red0utaient^el<l uc I)0lil mystérieux etAlexandre aurait voulu savancer plus loin et explorer a fond1Océan. 11 B écr.ait tout joyeux quil touchait à la fin de ses Ira-
    • 416 EPITOME HISTORLE GR^ECjE.risjjam nihil glorise déesse, nihil obstare virtuti. Atterritus militibus cedere iterum coactus est. Nearchoigitur et Onesicrito, nauticœ rei peritis, imperavit, utvalidissimas navium deducerent in Oceanum, et, explo-ratà maris naturâ, ad se per Euphratis ostia reverte-rentur. Ipse terra reducebat exercitum. ,GLXXXVII. Per vastas Gedrosiee solitudines, Mace-dones sitim et famem senserunt, et, ad corpus susten-tandum, radiées palmarum rimabantur. Mox et junicntacsedere aggressi sunt, et, cum sarcinse jam non vehipossent, ipsa spolia, quse ex ultimo Oriente reportabant.cremabant incendio. Famem deinde pestilentia secutaest. Quippe insalubres cibi, itineris labor et segritudoanimi vulgaverant morbos, hominesque per camposcadebant moribundi.Felicior tandem regio exercitum excepit; nempevaux; que rien ne manquait à sa gloire; quaucun obstacle narrê-tait plus son courage. Mais ses soldats effrayés lobligèrent en-core à leur céder. Néarque et Onésicrite, habiles marins, furentchargés de pénétrer avec les meilleurs navires de la flotte danslOcéan, détudier la nature de cette mer et de revenir par lesbouches de lEuphrate. Alexandre lui même ramenait son arméepar terre.GLXXXVII. Dans les déserts de la Gédrosie, les Macédonienssouffrirent de la faim et de la soif et furent obligés pour se nourrirdarracher des racines de palmiers. Bientôt môme ils commen-cèrent à tuer des bêtes de somme, et comme ils ne pouvaient plustransporter leurs bagages, ils brûlaient les dépouilles quilsavaient rapportées de lextrême Orient. La famine fut suivie de lapeste. En effet une nourriture malsaine, les fatigues de la routeet les chagrins avaient multiplié les maladies et les hommes tom-baient mourants dans les plaines.Enfin une région plus fertile souvrit à larmée; car elle nétaitpas loin de la Perse, centrée paciQée et opulente.
    • 418 EPITOME HISTORLE GRjECjE.haud proeul a Perside aberant, pacatâ et opulentaregione.Tum, si famae credimus, Alexander Bacchi trium-phum imitatus est. Per vicos floribus stratos, ibantmilites coronis redimiti, canentes etpotantes. Ipse curruvebebatur cum amicis, foliis et floribus undique pen-dentibus, et ex aureis crateribus vina in aureas paterasvergebant adolescentes, Dei comités et servi.Hot modo per dies septem bacchabundum agmenincessit, parata praeda, si quid animi victis fuisset.GLXXXVIII. Ecbatanis autem Alexander gravi luctuafflictus est. Ibi enim decessit Hephœstio, amicorumcarissimus, eaque mors quasi triste praesagium visumest. Jam Gnaldaei vates illum monuerant, ne Babylonemingrederetur, testantes hanc urbem ei funestam fore.Sed non se deterreri passus est a proposito.Alors, si nous en croyons la renommée, Alexandre imita letriomphe de Bacchus. Dans les rues jonchées de fleurs, les sol-dats savançaient la tête couronnée, riant et buvant. Alexandrelui-même était porté avec ses amis sur un char doù retombaientdes feuillages et des fleurs, et des jeunes gens versaient du vindes cratères dor dans les coupes dor ; cétaient les compagnonset les serviteurs du dieu.Cest ainsi que pendant sept jours la troupe bachique conti-nua sa marche : proie facile à saisir si les ennemis avaient euun peu de courage.GLXXXVIII. A Ecbatane Alexandre éprouva une perte doulou-jreuse. Cest là en effet que mourut Héphestion, le plus cher de yses amis, et cette mort lui parut un triste présage. Déjà des devins Ichaldéens lavaient averti de ne pas entrer à Babylone, en lui 1assurant que cette ville lui serait funeste. Mais il ne se laissa pasdétourner de son projet.
    • 420 EPITOME HISTORIEE GRvEC^.Igitur magnâ pompa Babylonem ingressus est, et,occupatâ veterum Persarum regiâ, confirmavit se Asia-tici imperii vere dominum esse. Devenerant ex omnibusterrarum partibus legati ;quos summo honore excepitAlexander, dimisitque domum muneribus cumulatos.Animo autem infinita complexus, statuerat, omni adOrientera maritimâ regione perdomitâ, ex Syrià petereAfricam, Garthaginem subigere; indeNumidice solitu-dinibus peragratis, cursum ad Grades et Herculis colum-nas dirigere; adiré deinde Hispanias, denique AlpesItalieeque oram légère, unde in Epirum brevis estcursus.Interea in oras Arabiae novos mittebat exploratores,qui observata prius a Nearcho planius inspicerent,eâque in regione urbem condebat. Mittebat etiam11 entra donc en grande pompe à Babylone, et par son installa-lion dans le palais des anciens rois de Perse il montra quil étaitvraiment le souverain de lAsie.De toutes les contrées du monde, des ambassadeurs vinrent letrouver : Alexandre les reçut avec de grands honneurs et les ren-voya chez eux. comblés de présents.Cependant son esprit embrassait dimmenses projets : aavoir soumis toute la région maritime d<> lOrient, il devait de laSyrie se rendre en Afrique el subjuguer Carthage; de là traverserles déserts de la Numidie, et se diriger vers Gades et les colonnesdHercule; entrer ensuite en Espagne, et enfui ;Alpeset suivre les côtes de lItalie doù la traversée est courteaer en Épire.Cependant il envoyait sur ts de lArabie de nouveauxexplorateurs pour vérifier les ob-ervations faites précédemmentpar Néarque, et il fondait une ville dans celte contrée. 11 envoyait
    • 422 EPITOME HISTORIEE GRJECjE.Heraclidem in mare Gaspium, ut illud inviseret ibiqueclassem instrueret.GLXXXIX. In ipsâ ui"be grandia parabat opéra.Beli templum, vêtus et honoratissimum religionismonumentum, denuo aedificari jusserat. Portum fodie-bat, qui mille trirèmes in tuto contineret.Infra urbem lacus erat dictus Pallacopas, in quem,vere, cum liquantur nives, Euphratis aquge exunda-bant ; sed, reliquo anno, eodem affluebant, et vastaspaludes efficiebant. Hune lacum munivit, ita ut Eu-phratis aquas exciperet et in terras circumjacentesdeduceret.Dum vero haec in prsesens agit, aliaque meditatur infuturum, Alexander subito morte intercipitur.Invitatus ad comessationem ab amicorum quodam,convivium multam in nocteni produxerat, cum subitofebri correptus est, et in cubiculum semianimis efferri-aussi Héraclide dairs la mer Caspienne, pour lexplorer et y faireconstruire une flotte.CLXXXIX. Dans la ville même il préparait de grands ouvrages11 avait ordonné la reconstruction complète du temple de Bélus.antique monument religieux, qui était lobjet de la plus grandevénération. 11 faisait creuser un port où mille galères pussent êtreen sûreté.Au-dessous de la ville était un lac appelé Pallacopas et danslequel les eaux de lEuphrate se déversaient au printemps, àlépoque de la fonte des neiges; mais le reste de lannée elles yséjournaient et formaient de vastes marécages. 11 y fit exécuterdes travaux de telle sorte que les eaux de lEuphrate y fussentreçues et conduites de là dans les terres voisines.Mais tandis quil se livrait à ces occupations pour le présent clen méditait dautres pour lavenir, Alexandre fut soudain surprispar la mort.Invité à un festin chez un de ses amis, il avait prolongé la fêteMisquà une heure avancée de la nuit, lorsquil fut tout à coup prisde fièvre, et dut être emporté à demi mort dans son appartement.
    • 424 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.debuit. Protinus magna sollicitudo exercitum invasit,orabantque milites, ut sibi regem videre liceret. Ad-màssi tandem in cubiculum, cum jacentem aspexere,effusi sunt in lacrimas.Ille autem, quamvis jam deficiens, firmato vullu,singulis dextram prœbuit. Deinde amicos propiusadiré jussit, et detractum digito annulam Perdiccap.tradidit. Qua?rentibus his cui relinqueret regnum :« Optimo, » respondit, et adjecit : « Magnum id eritcertamen ;provideo jam mihi cruentas parari exse-quias. » Suprema fuit haec vox ;paulo post exstinctusest.GXG. Ploratu primum lamentisque tota regia per-sonabat. Qui vero extra regiam adstiterant, Macedonespariter Barbarique, concurrunt, nec poterant victi avicloribus in communi dolore discerni. Pers?c justissi-mum ac mitissimum dominum, Macedones optimumAussitôt une grande inquiétude sempara de larmée et les soldatsdemandaient quil leur fût permis de voir le roi. Admis enfindans sa chambre, lorsquils le virent gisant sur son lit, ils fondirenten larmes.Mais lui, quoique défaillant déjà, gardait un visage assuré etdonnait la main à chacun deux. Ensuite il fit approcher ses amiset tirant lanneau quil avait au doigt, il le remit à Perdlceas.Comme on lui demandait à qui il laissait son empire : « Au plusdigne, » répondit-il, et il .ajouta : « Il sera bien disputé; car jeprévois quon me prépare de sanglantes funérailles. » Ce fut Bâdernière parole; il séteignit peu de temps aprè*.CXC. Dabord le palais tout cnlier retentit de pleurs et de lamen-tations. Puis ceux qui se tenaient dehors, tant barbares que Macé-doniens accoururent, et dans la douleur commune on ne pouvaitplus distinguer les vaincus des vainqueurs. Les Perses pleuraientle plus juste et le plus doux des maîtres, les Macédoniens
    • 426 EPITOME HISTORIEE GPwEŒ.ac fortissimum regem flebant, et querebantur omnes,tam viridem, in flore setatis, in fortunée splendore aDiis ereptum esse.Macedonas praeterea paenitebat divinos honores einegasse ; impios se et ingratos fuisse confitebantur. Acdeinde bella civilia, quee secuta sunt, jam mentibusaugurabantur.Nec mûris urbis luctus continebatur ; sed proximamregionem, deinde magnam Asiae partem tanti mali famapervaserat.Ad Darii quoque matrem celeriter perlata est. Ab-scissâ ergo veste quâ induta erat, lugubrem sumpsit,laceratisque crinibus, humi corpus abjecit. Assidebatei altéra e neptibus, Hephaestionem, cui nupserat,nuper amissum lugens. In communi maestitià, Sisy-gambis sua suorumque mala retractabat. Quis aliusle meilleur et le plus brave des rois, et tous se plaignaientque, si jeune encore, à la fleur de lâge, dans tout léclat de sa for-tune, il leur eût été ravi par les dieux.En outre les Macédoniens se repentaient de lui avoir refusé leshonneurs divins; ils saccusaient dimpiété et dingratitude. Dail-leurs ils présageaient déjà les guerres civiles qui suivirent.Le deuil nétait pas renfermé dans lenceinte de la ville; danstout le pays voisin et bientôt dans une grande partie de lAsiesétait répandue la nouvelle dun si grand malheur.La mère de Darius ne tarda pas à lapprendre. Elle déchira levêtement quelle portait, prit une robe de deuil, et arrachant sescheveux, se laissa tomber a terre. Très delle se tenait une de sespetites-filles pleurant la mort dHépheslion, son époux, quelleavait perdu peu auparavant. Au milieu de laffliction généraleSisygambis retraçait ses malheurs et ceux de sa famille. Quelautre serait pour elle un Alexandre? Qui lui viendrait en aide
    • 428 EPITOME HISTORIiE GKJECJE.futurus esset Alexander? quis ipsi et neptibus succur-reret? Victa tandem dolore, oLvoluto capitc, cibo pari-ter abstinuit et luce, qùintoquo die cxstincla est. Ma-gnum profecto Alexandro prœconium est morsbujus,quse, cum sustinuisset post Darium vivere, Alexandrosuperstes esse noluit.Decessit Alexander anno tricesimo tertio setatis suae;regnum tenuerat duodecim annos.GXGL In illo multa quidem vituperanda sunt ;pluraautem laudanda videntur. Priora œtati profecto, summoimperio, quod mentes firmissimas interdum turbat,adulatoribus, isti regum pesti, assignanda sunt ;pos-teriora autem viri ingenio et naturae propria sunt. Nullusenim unquam fuit amiciscommodior etlargior; nullusmajorem militum curam babuit. Magnos quidem illisainsi quà ses petites-filles? Enfin vaincue par la douleur, ellevoila son visage, sabstint de prendre aucune nourriture et devoir la lumière, et mourut le cinquième jour. Cest assurément unbeau titre de gloire pour Alexandre que la mort de cette femmequi, ayant eu le courage de survivre à Darius, ne voulut pas survivreà Alexandre. Alexandre mourut dans la trente-troisième année deson âge; il avait régné douze ans.Beaucoup do ses actions sont dignes de blâme; mais le nombrede celles quil convient de louer est plus grand encore. Les pre-mières doivent être attribuées sans doute à son âge, au pouvoirabsolu, qui trouble quelquefois les cœurs les plus fermes; auxflatteurs, ce fléau des rois. Les dernières appartiennent en propreau génie et au caractère de ce grand homme. En effet jamaisper-sonno ne se montra plus affectueux et plus libéral à légard dosesamis; ni plus soucieux du bien-être de ses soldats. Il leur impn-
    • 430 EPITOME HISTORL/E GR&CM.labores imposuit, sed eosdem labores ipse non recusa-bat, sive in itineribus, sive in praeliis ; nullus enimimperator, ut credo, saepius vulneratus est.Superbiâ insimulabatur, quod se a Deo natum crodivoluerit ; nihil autem aliud sibi proponebat, quam uteâ famâ majorem apud subditas gentes auctoritatemsibi conciliaret.Item, et Persicum habitum assumpsit, ne prorsusalienus ab eis rex esse videretur. Victis enim populisnon tantum mores, sed et civiles leges reliquit, saepeetiam et praefectos populares. Macedonas quidemcopiis praeficiebat, rébus autem administrandis gentiles.Denique id unum cordi habebat Alexander, ut Grrse-cos et Asiaticos populos firmo vinculo jungeret. Ar-.duum quidem opus, et fortasse viribus humanis majus,quod tamen tentare gloriosum fuit.sait, à la vérité, de grandes fatigues, mais il ne refusait pas denprendre sa part, soit dans les marches, soit dans les combats :car aucun général, je crois, na été plus souvent blessé.On laccuse dorgueil pour avoir voulu quon le crût 01s dundieu; mais il ne se proposait pas autre chose en répandant cettecroyance, que dacquérir une autorité plus grande sur lesprit desnations vaincues.De même, sil prit le costume des Perses, ce fut afin de ne pointpasser à leurs yeux pour un roi entièrement étranger. En effet, il laissaaux peuples soumis non seulement leurs mœurs, mais aussi leurslois, et souvent mêms leur gouvernement national. Il mettait desMacédoniens à la tête des troupes, mais il confiait ladministra-tion des États à des indigènes.Enfin Alexandre avait seulement à cœur dunir par un lien du-rable les Grecs aux Asiatiques Cétait une entreprise difficile, etpeut-être au-dessus des forces humaines : cependant cest unegloire de lavoir tentée.
    • 432 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.CXGII. Mortuo Alexandre cruentae celebratae simtexsequiae, ut ipse prœsagierat, interque praecipuos ejuslegatos divisum est imperium, non sine gravibus cer-taminibus.Grœcia autem, ubi régis mortem audiit, subito secommovit. Primi Athenienses ad omnes civitates lega-tos miserunt, qui eas ad conjungendam iterum adver-sus Macedonas societatem bortarentur.Demostbenes tum exsulabat, ab inimicis ex urbepulsus ; at non longe recesserat, ^Eginae, aut Traezeneplerumque residens, et patriœ desiderio, ad Atticamspeclans cum lacrimis. Statim se legatis socium addi-dit, et omnium animos vebementi oratione inflamma-vit. Quare delectatus populus legem tulit, ut demo-stbenes ab exsilio revocaretur; missaque ^Eginamtriremis, quae eum reduceret.Ex Pirœo igitur in urbem ascendit, ab omnibus etCXGII. Quand Alexandre fut mort, on lui célébra de sanglantesfunérailles, ainsi quil lavait prédit, et ses principaux lieutenantsse partagèrent son empire, non sans de terribles luttes.La Grèce, de son côté, à la première nouvelle de la mort duroi, commença soudain à sagiter. Et dabord les Athéniens en-voyèrent des députés à tous les Etats pour les engager à formerune nouvelle ligue contre les Macédoniens.Démosthène était alors» en exil : ses adversaires lavaient faitbannir: mais il ne sétait pas beaucoup éloigné; il résidait ordi-nairement à Égine ou à Trézène, et le regret de la patrie lui fai-sait souvent tourner vers lAltique ses yeux baignés de la:Aussitôt il se joint aux envoyés albéniens et son ardente ]enflamme tous les cœurs. Le peuple charmé rapporta donc ta loidexil, et une trirème fut envoyée a Égine pour ramener Démos-thène.Il monta du Firée à la ville, reçu comme en triomphe par les
    • 434 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.magistratibus, et sacerdotibus, et civibus universis,quasi triumphali pompa, exceptus. Tum, sublatis adcaelum manibus, se beatum praedicavit, qui in patriam,non, ut redierat olim Alcibiades, coacto populo, scdvolente, rediret.CXGIII. At non diutina fuit Demosthenis et Athe-niensium laetitia. Nam socii primum Macedonas apudLamiam vicerunt, sed mox apud Cranonem victi sunt.Victor autem Munychiœ macedonicum praesidium im-posuit, jussitque ut sibi Demosthenes cum pluribusaliis traderetur.Patrium igitur iterum fugere coactus est magnusorator. Galauriam insulam petiit, et in Neptuni fanumsupplex confugit. Latentem detexit Arcbias, tragicusolim histrio, tum Antipatri satelles, et blandis vevbisinvitavit, ut e fano exiret, et Antipatrum adiret, nihileum mali passurum promittens. At Demostbenes dif-fidens : « Exspecta parumper, ait, dum meis aliquidmagistrats, les prêtres et le peuple entier. Alors levant les mainsvers le ciel, il déclara quil était heureux de rentrer dans sa pa-trie, non comme autrefois Aloibiade, contre le gré de ses conci-toyens, mais en vertu de leur libre consentement.CXCIII. Mais la joie de Démosthène et des Athéniens ne fut pasde longue durée. En effet les alliés vainquirent dabord les Macé-doniens à Lamia, mais bientôt ils furent vaincus à CiaiKui. Lavainqueur mit une garnison macédonienne à Munychie, et ordonnaque Démosthène ainsi que plusieurs autres lui fussent liI.e grand orateur fut donc contraint de sexiler une seconde fois.11 se rendit dans lîle de Calauriect se réfugia, en suppliant, dansle temple de Neptune. Il y fut découvert par Archias, anteur tragique, devenu le satellite dAntipater : cet hommegeait par de bonnes paroles à sortir du temple et à sauprès dAntipater, en lui promettant quil ne lui sérail faitaucuamal. Mais Démosthène neut garde de len Croire : « Attends unmoment, lui dit-il, que je mande quelque chose aux miens II"
    • 436 EP1T0ME HISTORLE GRJECJE.mandem. » Tum, sumpto libello, tanquam si scriptu-rus esset, calamum ori admovit et aliquandiu momor-dit, ut solehat, deinde caput obvelavit et deinisit.Deridebant qui ante fores stabant milites, et eum tinii-dum increpabant. Gum vero sensit venenuin vim suamintus exercere, caput retexit, et, Archiam intuitus :« Nunc, ait, Greontem tragicum acturus es, et corpusmeum projicies inhumatum ; » addiditque : « Ego qui-dem, o Neptune, vivus adhuc fano tuo exeo; at Anti-pater et Macedones tuas œdes non inviolatas relique-rint. »Hœc factus, cum jam tremeret ac titubaret, sustinerise jussit, et, durn preeter altare transiret, concidit, edito-que gemitu, exspiravit.Demostheni autem non multo post Atheniensis popu-lus dignos honores contulit. Illi enim sereum signumprit alors ses tablelles comme pour écrire, approcha son stylel desa bouche, el le mordilla quoique temps, selon sa coutume :après quoi il se couvrit le visage et laissa retomber sa tête sur sapoilrine.Les soldats qui se tenaient à la porte se moquaient de lui etlaccusaient de lâcheté. Mais quand il sentit que le poison com-mençait dagir, il découvrit son visage et regardant fixementArchias : « A présent, lui dit-il, lu vas jouer le rôle do Créon, etabandonner mon corps sans sépulture; » et il ajouta : « O Nep-tune, je sors, moi vivant encore, de ton sanctuaire; mais Antipateret les Macédoniens nen sont pas* moins coupables dune violationsacrilège, sA ces mots, déjà tremblant et chancelant, il demanda quun lesoutînt; et, comme il passait devant lautel, il tomba, poussa ungémissement, et rendit le dernier soupir.Bientôt après, le peuple atbénien rendit à Démosthène doshonneurs dignes de lui. En effet on lui érigea une statue de bronze
    • 438 EP1T0ME HISTORLE GR^ECJE.erexit, cujus in basi hoc inscriptum est : « Si vireshabuisses animo tuo sequas, o Demosthene, G-rœcosnunquam vicisset Mars Macedonicus. » Prsetereadecretum fuit, ut, qui ex stirpe ejus natu esset maxi-mus, in Prytaneeo publiée aleretur.GXCIV. Alium etiam ex illustrissimis civibus Alhe-nienses, non multis post annis, Macedonum jussu,morte damnaverunt.Phocionvir erat integer, austerus ; ab adolescentiâad Platonom, deinde ad Xenocratem se discipulumapplicuerat. Dicebatur autern eum, gravissimis studiisdeditum, neque ridentem neque flentem a quoquamconspectum fuisse. Ruri aut militise, sine pallio, sinecalceis semper incedebat, nisi frigus vehementissimumet intolerabile incidisset. Paucis contentus, et luxûs etpecuniœ contemptor, nec blanditiis, nec donis cor-rumpi poterat.sur le piédestal de laquelle on grava cette inscription : a Si tesforces avaient égalé Ion ardeur, ô Demosthene, jamais le Mursmacédonien naurait triomphé des Grecs. » En outre il fut décrétéque laîné de ses descendants serait nourri dans le Prytanée auxfrais de lÉtat.CXC1V. Un autre des plus illustres citoyens dAthènes fuidamné à mort par ses concitoyens, peu dannées après, sur i•des Macédoniens.Phocion était un homme intègre, austère; dans sa jeunesse, ilavait écouté les leçons de Platon et ensuite de Xénocrate. On disaitquil sabsorbait dans les études les plus sérieuses, au point quonne lavait jamais vu rire ni pleurer, A la campagne et à larmée,il allait sans manteau, sans chaussures, à moins que le froid nefût dune intolérable rigueur. Content de peu, dédaigneux du luxeet des richesses, ni flatteries ni présents ne pouvaient le corrompre.
    • 440 EPITOME IIISTORLE GRJSCE.Geterum, dux belli péri tus, et non contemnendusorator ; in omni re, recti et officii tenax ;quamvis enimpacis fautor esset, bello semper patrise gnaviter operamnavavit, et multis certaminibus Macedonas terra man-que vicit.CXCV. Ille autem Polyspercbonti Macedoni displi-cuerat; itaque falso proditionis accusatus est, et in judi-cium cum amicis vocatus.Conspecto Phocione, civium optimus quisque caputvelavit, et oculos in terram dejiciens flevit. At vocife-rabatur et minabatur multitudo, et nemo reum defen-dere ausus est.Medio in tumultu, qusesivit Phocion : « Utrum jure,an injuria nos occidere vultis? » Respondenlibus qui-busdam : « Jure. — Quomodo autem, inquit, remDu reste, cétait un général habile et un orateur estimable : entoute circonstance, il était fortement attaché au droit et au devoir.Quoique partisan de la paix, il servit toujours sa patrie avecardeur dans la guerre, et vainquit en mainte rencontre les Macé-doniens sur terre et sur mer.CXCV. Il avait déplu au Macédonien Polysperchon; il fut doncaccusé faussement de trahison et traduit en justice avec ses amis.A la vue de Phocion, les plu* honnêtes citoyens se voilèrent levisage, et courbant la tête se mirent à pleurer. Mais la multitudevociférait et menaçait de telle sorte que personne nosa défendrelaccusé.Au milieu du tumulte, Phocion demanda : « Est-ce suivant lesformes légales ou sans jugement que vous voulez nous fairemourir? » Quelques-uns répondirent : « Dans toutes les formes.— Comment donc, dit-il. connaîtrez-vous laffaire, si vous ne nous
    • 442 EPITOME HISTORIEE GBMCJR.cognoscetis, si non audieritis ? » Gum vero nihiloinagis audirent, ille progrcssus : « Ego quidem, dixit,fateof me peccavissc, et, ob maie gestam rempublicam,mortem meruisse ; kosautern, Alhenienses, quamobremoccidetis, qui non deliquerunt? » Responderunt multi :« Quia tui sunt amici. » Exinde lacuit. Sententias tumrogavit Hagnonides; universi consurrexerunt, et reosmorte damnaverunt.GXGVI. Solutâ contione, çum damnati ad carce-rem ducerentur, et céleri, amicis et propinquis cir-cumfusis, lamentarentur, admirationi fuit Phocionisconstantia. Vultum enim non alium gerebat, quamcum imperator contione exiret, turbâ comitante.In carcere autem, interrogavit amicus quidam, vel-letne aliquid fîlio mandare : « Sane, inquit, mando nemali, quo ab Atheniensibus afficior, memoriam ser-vet. »écoulez pas? » Et comme on ne lécoutait .pas davantage : « Pourmoi. dit-il, javoue que je suis coupable davoir mal défendu lesintérêts de la république el que jai mérité la mort; mais ceux-ci,Athéniens, pourquoilcs faites-vous périr, puisquils sont innocents? »La foule répondit : « Parce quils sont tes amis. » Alors il se lut.Hagnonides recueillil es; tous les juges se levèrent etcondamnèrent à mort les accusés.GXGVI. Quand lassemblée se fut séparée, comme on conduisaitles condamnés à la prison, les autres entourés de leurs amis et deleurs proches se lamentaient; mais Phocion fil preuve dune admi-rable fermeté. Son visage nétait pas plus calme lorsque, généralvictorieux, il quittait lassemblée escorté par la foule.Dans la prison un de ses amis lui demanda sil ne voulait rienfaire dire à son fils : a Assurément, dit-il, je lui recommande dene pas garder rancune aux Athéniens du mal quils me font. »
    • 444 EP1T0ME HISTORIE GR.EC.E.Nicocli, quem fidissimum ex amicis habuerat, oranliut ipsum prius bibere cicutam pateretur : « Rem gra-vem, inquit, et mihiinjucundam petis, o Nicocle ; sed,quando nihil unquam tibi per totam vitam negavi, hocquoque concedam. *Gum vero omnes bibissent, et venenum deficeret,negavit servus publicus se novam portionem prœslitu-rum esse, nîsi duodecim drachmas accepisset (id por-tionis eratpretium). Tum Phocion amicorum cuidam :« Quoniam Atbenis, ait, ne mori quidem gratis licet,huic, precor, da quod petit. »GXGVÏÏ. Decretum est insuper, ut Phocionis corpusAtticse finibus ejiceretur, etnullus Atheniensium ignemad eum sepeliendum accenderet. Quare amicorum nemocorpus attingere ausus est. Id autem Gonopion quidamNicoclès, le plus fidèle de ses amis, le priait de permettre quilbût la ciguë avant lui : a Tu me demandes, lui dit-il, une tristefaveur, quil mest pénible de taccorder, Nicoclès ; mais puisque jene tai rien refusé pendant ma vie, je taccorde encore ceci. »Quand tous les autres eurent bu, le poison manqua, et lesclavepublic dit quil nen fournirait pas une nouvelle dose à moinsde douze drachmes (cétait le prix dune dose). Alors Phocion dità un de ses amis : « Puisque à Athènes on ne peut pas mêmemourir gratis, donne-lui, je te prie, ce quil demande. »GXCY1I. Il fut décrété en outre que le oorps de Phocion seraitjeté hors du territoire de lAltiquc et que nul Athénien nallumeraitdu feu pour lui donner la sépulture. Aucun de ses amis nosa donctoucher à son corps, mais un certain Conopion le transporta au delà
    • 446 EPITOME HISTORIEE GYKJECJE.ultra Bleusinem deportavit, et, igné de dorao Megaricaemulieris sumpto, cremavit.Adfuit megarica mulier cum ancillis; mortuo paren-tavit, ossaque in gremio abdila noctu domum portavit,et sub foco suo defodit, hœc dicens : « Vobis, DiiPénates, has boni viri reliquias credo; vos eas patriissepulchris reddite, cum Athenienses resipuerint. »GXGVIII. Nec longa interjecta fuit mora. Mox enimsenserunt Athenienses, qualem virum perdidissent.Phocionis igitur reliquias, ab agro megarico reportatas,publico sumptu sepeliverunl; ipsi statuarn œream posue-runt, et accusalorem daninaturn morte affecerunt.Infelicem vero populum, qui se ipse optimis etprœ-stantissimis suis civibus orbaret; et a Miltiade, a The-mistocle, ab Aristide, a Pericle, a Deniosthene totquedEleusis, et emprunta du feu dans la maison dune femme deMégare pour le brûler.La Mégarienne lassistait avec ses servantes. Elle célébra enlbonneur du mort les cérémonies funèbres et ayant caché ses 1dans les plis de sa robe, elle les porta pendant la nuit dans sudemeure et les ensevelit sous son foyer en disant : « Recevez, ôdieux pénates, les restes dun honnête homme, que je vous confie :et rendez-les au tombeau de ses pères lorsque les Athéniens soi ontrevenus à la raison. »GXCVII1. Lattente ne fut pas longue. Bientôt en effet les Athénienscomprirent la grandeur de la perte quils avaient faite. Les cendresde Phocion furent donc rapportées du territoire de Mégare etensevelies aux frais de lÉtat. Une statue de bronze lui iut élevéeet son accusateur fut condamné à mort.Malheureux peuple, qui se privant de lui-même des meilleurs etdes plus grands de ses citoyens, et qui après Miltiade, Théinistocle,Aristide, Périclès, Démosthène, et tant dautres descendait jusquà
    • 448 EPITOME HISTORIEE GRJECvE.aliis, ad Demetrium Phalereum et Demetrium Polior-cetam descenderet!Veniet tempus, cum civitas, maris quondam et terraedominatrix, jam non aliud erit, nisi rhetorum schola.Servabunt quidem Athenienses aciem illam ingenii,dicendi illam subtilitatem. Sed perierit robur animo-rum. Athenas etiam tum concurret Romana juventus,ut rudem suam expoliat naturam ; sed, dum magistro-rum artem mirabitur, magistros ipsos contemnet.GXGIX. Graecia vero, circa illa tempora, subitâ Gal-lorum incursione graviter commota est.Illi, ab Istro descendentes, Thraciam primum etMacedoniam vastaverunt. Territi autem populi Pbilip-pum et Alexandrum, quasi Deos patriee tutores, invo-cabant; sed non exaudiebantur.Galli tandem, diripiendofessi, inThessaliam ingressisunt, et Thermopylas perrumpere tentaverunt. Underepulsi, per semitam, quâ Xerxes olim transierat.un Démétrius de Phalère et à un Déinétrius Poliorcète ! Un tempsviendra où cette ville autrefois souveraine de la terre et de la mer,ne sera plus quune école de rhéteurs. Les Athéniens conserveront,il est vrai, la vivacité de lintelligence et la finesse du langage ;mais lénergie des caractères aura péri. Athènes verra mêmeaccourir la jeunesse romaine qui viendra polir chez elle son espritinculte, mais qui, tout en admirant le talent de ses maîtres, mé- .prisera leur personne.CXCIX. La Grèce vers ce temps-là fut profondément agitée parune invasion des Gaulois.Ceux-ci, descendus des rives du Danube, dévastèrent dabord laThrace et la Macédoine. Les peuples effrayés invoquaient Philip] eet Alexandre comme les dieux protecteurs de la patrie; mais ilsnétaient pas exaucés.Enfin les Gaulois, fatigués de piller, entrèrent en Tliessalir etvoulurent forcer le passage des Thermopyles. Ils en fuient re-pousses; mais prenant le sentier que Xerxès avait suivi autrefois,
    • 450 EPITOME HISTORIEE GILEC2B.montes circumierunt, et Delphos petierunt. Sed diciturDeum ipsum suis auxiliatum esse. Nam Barbares terrsemotu solum dehiscens absorbuit, et simul obrueruntrupes de montibus avulsee; multos vero consumpsitfulmen de caelo descendens. Reliqui igitur discesserunt,multique per regionem arduam famé et frigore enectisunt. At dux, gravi vulnere confossus, cum doloremferre non posset, ipse sibi mortem propriâ manu con-scivit.GG. Dum vero omnia in Gracia dissolverentur, inmultis civitatibus tyranni potestatem pervim autdolumusurpaverant, et civibus plena erant itinera patriamfugientibus. Itaque duodecim Achaicse civitates, ut seab omni injuria mutuo tutarentur, societatem fecerant.Omnes autem socii sequis legibus regebantur. Incommuni concilio de suis rébus deliberabant ; at uni-ils tournèrent la montagne et marchèrent sur Delphes. Le dieu,dit-on, vint lui-même au secours de sa ville. En effet, les Barharesfurent engloutis dans un gouffre ouvert par un tremblement deterre ou écrasés par les roches arrachées des montagnes; beaucoupfurent frappés par la foudre tombée du ciel. Les autres se reti-rèrent et un grand nombre moururent, dans cette contrée sauvage,de froid et de faim. Leur chef, grièvement blessé et ne pouvantsupporter ses souffrances, se tua de sa propre main.CC. Tandis que dans la Grèce tout tombait en dissolution, dansbeaucoup de cités, des tyrans avaient usurpé le pouvoir par la vio-lence ou par la ruse, et les chemins étaient couverts de citoyens quifuyaient leur patrie. Cest pourquoi douze villes de TAchaïe, voulantle garantir mutuellement de toute attaque, avaient formé uneligue.Tous les alliés étaient régis par les mêmes lois. Ils délibéraient enassemblée générale sur les affaires de la ligue à la tête de laquelle
    • 452 EPITOME HISTORIEE GRjECjE.versœ societati praeerat ruagistratus unus, in annumelectus. His autem mox se adjunxit vir quidam sicyornius, et per eum societas, parva primum, latior et vali-dior brevi facta est.CCI. Arati pater, vir nobilis, a Sicyonis tyranno occi-sus fuerat; ipsum autem, vix septem annos natum,tyrannus ad csedem quœsierat. Sed medio in tumultupuer elapsus erat ; fugientem mulier generosa receperat,et noctu Argos clam emiserat.Igitur in eâ urbe apud patris hospites amicosqueliberaliter educatus est; litteras tamen et dicendi artemparcius, uf videtur, coluit. At palaestiïcis exercitatio-nibus strenue operam dédit. Erat enim magnâ staturâet robusto corpore. Plutarcho etiam si credimus, inejusstatuis athleticum quiddam apparebat, et vultus ipse,etsi subtilitatem quamdam indicaret, edacem tamen etbibacem prodere videbatur.était placé un magistrat unique, élu pour un an. Bientôt un hommede Sicyone sy fit agréger, et grâce à lui la ligue faible dabordne tarda pas à prendre plus dextension et de force.CCI. Le père dAratus était un noble de Sicyone quun tyranavait fait périr; lui-même, âgé de sept ans à peine, avait été re-cherché, par ordre de ce tyran, pour être mis à mort. Mais aumilieu du tumulte lenfant avait pu séchapper; une femme decœur lavait recueilli, et lavait fait partir secrètement pour Argosà la faveur de la nuit.Il reçut donc une éducation libérale dans cette ville, chez leshôtes et les amis de son père; cependant il ne cultiva que •mé-diocrement, à ce quil semble, les lettres et lart oratoire. Mais ilsadonna avec ardeur aux exercices de la palestre. Il était grandet robuste. Si nous en croyons Plutarque, il y avait même dansses statues je ne sais quoi dathlétique, et son visage, quoiqueempreint dune certaine finesse, semblait dénoter cependant "ungrand mangeur et un grand buveur.
    • 454 EPITOME HISTORIE GRJECM.Quidquid id est, incrat viro prudentia; locis et tem-poribus uti sciebat; pcricula non metuebat, sëd nontemere quœrebat; in agfndo cautus magis, quamaudax;ceterum bonus civis, libertatis amans, et qui patriœutilitati et saluti totam vitam impendit.Ab Achseis igitur dux electus est; tyrannos multis ecivitatibus pepulit, et multas in Achaeorum societatemcompulit.GGII. Interea rex Agis Spartanos ad veterem Lycurgidisciplinam reducere statuerat. Novam igitur agrorumpartitionem suscepit, ut possessiones sequarentur. Ipsebona sua in commune contulit; sua etiam, régis exem-pta, contulere mater et avia. Sed divites in eum sedi-tionem moverunt. Reus citatus est, iniquo judiciodamnatus, et in carcere cum matre et aviâ strangulatus.Quoi quil en soit, il était plein de prudence; il savait tirer partides lieux et des circonstances ; il ne craignait pas le danger, maisil ne le recherchait pas avec témérité; dans laction il se montraitplus circonspect que hardi: cétait dailleurs un bon citoyen, unami de la liberté, qui voua sa vie entière aux intérêts et au salutde sa patrie.Les Achéens le choisirent donc pour chef; il chassa les tyransdun grand nombre de cités et en fit entrer beaucoup dans laligue Achéenne.CC1I. Cependant le roi Agis avait résolu de ramener les Spar-tiates à la vieille discipline de Lycurgue. Il entreprit donc unnouveau partage des terres afin que tous les domaines devinssentégaux. Lui-même mit ses biens en commun ; et lexemple du roifut suivi par sa mère et son aïeule. Mais les riches excitèrent unesédition contre lui. Il fut cité en justice, condamné par un juge-ment inique, et étranglé dans sa prison avec sa mère et sonaïeule.
    • 456 EPITOME HISTORIEE GRMCM.Hujus autem consiliis successit Gleomenes, sed pru-dentius egit. Ut sibi popularem conciliaret favorem,bellum Achseis intulit, et ter illos acie vicit. Post,Spartam reversus, antiquam disciplinam restiluit;cives, ut olim, in publico cœnare jussit. Ut vero Laco-niam novis incolis augeret, hommes e vicinis regioni-bus advocavit, eis agros distribuit, et omnibus Pelo-ponnesi pauperibus eadem bénéficia promisit.CGIII. Ergo Sparta jam potens iterum fieri videba-tur, et finitimis minabatur. His territus, Aratus Mace-donas in auxilium advocavit. Venit igitur cum exerciturex Antigonus, et Spartanos apud Sellasiam, haudprocul a Spartâ, magno fudit certamine.Ubi vero a pugnâ in urbem pervenit Gleomenes,Antigonum recipi jussit. Deinde in suam domumCléomène reprit ses projets, mais il agit avec-plus de prudence.Pour se concilier la faveur du peuple il déclara la guerre auxAchéens et les vainquit trois fois en bataille rangée. Ensuite, de re-tour à Sparte, il releva lantique discipline; il obligea les citoyensà prendre, comme autrefois, leurs repas en commun ; de plus, pouraccroître la population de la Laconie, il lit venir des habitants descontrées voisines, leur "distribua des terrés et promit à tous lespauvres du Péloponnèse les moines bienfaits.GC11I. Donc Sparte semblait redevenir puissante et inquiétait sesvoisins. Effrayé, Aratus appela les Macédoniens à son secours. Leroi Antigone vint avec une armée et vainquit les Spartiates dansune grande bataille à Sellasie, non loin de Sparte.Dès que Cléomène, après avoir quitté le champ de bataille, futarrivé dans la ville, il ordonna quon se préparât à recevoir Antigone.Ensuite il entra dans sa maison; mais il neut pas la force de
    • 458 EPITOME HISTORIEE GK/ECM.intravit ; at nec bibere, nec sedere sustinuit, quanquamfatigatus et situ confectus ; sed, ut erat, thorace indutus,manum columnse injiciens, et cubito vultum ponens,sic paululurn quievit, omnia sua consilia animo revol-vens. Ac dein exiit curn amieis, Grythium petens, undein iEgyptum se contulit.Ibi bénigne primum exceptus est, et regem sperabatauxilia sibi ad belluni renovandum brevi suffecturum.Sed régis in suspicionem cecidit, et jussus est in domoresidere inclusus. Id non diu tulit. Die quâdam, cumtredecim amieis carcere exsiliit gladio armatus, et, pervicos ruentes, populum ad libertatern vocabant. Admi-rabantur viri audaciam Alexandrini ; at sequi et opemferre audebatnemo. Adarcem contenderunt, ut, effractocarcere, captivos sibi adjungerent. Sed arcem custodesmuniverant.boire ni de sasseoir, quoique accablé de fatigue et de soif : ilresta tel quil était, revêtu de sa cuirasse et, posant son bras surune colonne, le visage appuyé sur son coude, il se reposa un peu,en repassant dans son esprit tous ses projets. Ensuite il sortit avecses amis, gagna Gytium et passa de là en Egypte.11 y fut dabord bien reçu, et il espérait que le roi lui fourniraitbientôt des subsides pour recommencer la guerre. Mais il se renditsuspect à ce prince, qui lui ordonna de senfermer dans sa maison.Il ne put sy résigner longtemps. Un jour il sélança hors de saprison avec treize de ses amis, lépée à la main et, parcourant lesrues, ils appelèrent le peuple à la liberté. Les Alexandrins admi-raient son audace; mais personne nosait le suivre et lui prêtermain-forte. 11 se portèrent vers la citadelle pour ouvrir les pri-sons et sadjoindre les captifs. Mais la garnison de la citadellelavait mise en défense.
    • 460 EPITOME HISTORIEE GR&CJE.Errabant igitur per urbem, nullo adjuvante, ornai-1bus contra fugientibus. Quo viso, Gleomenes a propo-sito destitit, et aruicis : « Nunc, ait, mori oportet u*.vos et regem decet. » Et singuli suâ manu sibi mortemconsciverunt.GGIV. Non multis post annis decessit Aratus. Ille,ut Spartanis resisteret, Macedonas in Peloponnesumvocaverat. Brevi autem sensit, se sibi Achseisque domi-nos peperisse.Senem primum Philippus comiter et reverenterhabuit. At mox incommodum vitae testem et consilio-rum suorum censorem importunum segre tulit. Nam exadolescente verecundo et rege mansueto homo factuserat impudicus et deterrimus tyrannus.Aratus igitur paulatim a regiâ familiaritate recessit.Philippus autem, se non regem, imo ne liberum qui-Ils erraient donc à travers la ville sans que personne leur vînten aide : tous au contraire fuyaient à leur approche. Voyant cela,Cléomène renonça à son projet, et dit à ses amis : a Maintenantil faut mourir comme il convient à vous et à votre roi »; et tous sedonnèrent la mort.CG1V. Peu dannées après, Aratus mourut. Pour résister auxSpartiates, il avait appelé les Macédoniens dans le Péloponnèse,mais il saperçut bientôt quil sétait donné des maîtres ainsiquaux Achéens.Philippe accueillit dabord le vieillard avec bonté et respect,Mais bientôt ce témoin incommode de ses actes et ce censeur im-portun de ses projets lui parut insupportable. En effet, adolcsu-utmodeste et roi plein de douceur, il était devenu un homme sansmœurs et un abominable tyran.Aratus se retira donc peu à peu de lintimité du prince ; et Phi-lippe, se persuadant quil ne serait pas roi, et bien plus quil ne
    • 462 EPITOME H1STORLE GK/ECM.dem, eo vivo, futurum esse existimans, seni per Tau-rionem quemdani venenum occulte propiuari curavit,quo lente tabesceret.Neque id Aratum fefellit; sed placide et tacite idmalum, veluti communein aliquem morbum, sustinuit.Semel tantum amico cuidam admiranti, quod sangui-nem exspuisset : « Heec, ait, amice, praemia sunt regiseamicitiae. »Sic obierunt Aratus et Gleomenes, dissimiles interse vitâ et ingenio, sed ambo patrise fîdi propugnatores,et, si vires suas et consilia conjunxissent, fortassepatriam iu libertatem asseruissent.GGV. Jam Romani imminebant. Philippus cumAnnibale fœdus fecerat. Victo Annibale, Macedonibellum indixerunt. Valerius consul regem apud Aoumflumen fudit fugavitque, et in intima regni pepulit.serait pas libre, tant quAratus vivrait, chargea uu certain Tau-rion de verser en cachette au vieillard un poison qui le fit dépé-rir lentement.Aratus sen aperçut; mais il souffrit son mal avec calme et ensilence comme une maladie ordinaire. Une seule fois, comme unde ses amis sétonnait de lui voir cracher le sang : a Mon ami, luidit-il, ce sont là les fruits de lamitié des rois. »Ainsi moururent Aratus et Cléomène; différents entre eux parleur vie et leur caractère, mais tous deux fidèles défenseurs de leurpatrie, sils avaient uni leurs vues et leurs forces, ils leussentpeut-être affranchie.CGV. Déjà, les Romains menaçaient la Grèce. Philippe ayant faitalliante avecAnnibal, après la défaite de celui-ci, ils déclarèrent laguerre au Macédonien. Le consul Valerius mit le roi en déroutesur les bords de lAous et le força de reculer jusque dans linté-
    • 464 EPITOME HISTORIEE GR^ECE.Senatus autem se grsecarum civitatum tutorem profes-sus est.At mox, bello redintegrato, postquam duo consulesrein molliter gesserant, Flamininus aerius institit. Arege primum socios detraxit; dein ipsum in Thessa-liam secutus, prope tumulos quosdam, qui Cynosce-phalœ vocabantur, deprehendit. Gonsertum est prœliumin densâ caligine, ita ut signa milites ne cernèrentquidem. Gaesa fuerunt eo die octo Macedonum millia,quinque capta; e victoribus septingenti ferme cecide-runt.Pax autem Philippo his condicionibus imposita, neplus quinque millibus armatorum haberet ; ne bellumextra Macedonise fines injussu senatûs gereret; ut deni-que mille talenta daret populo romano, dimidium prae-sens, dimidium pensionibus decem annorum.GGVI. Quinto post Romanorum victoriam mense,celebrabantur Isthmia, et frequens erat omnium G-rœ-rieur de son royaume. Le Sénat se déclara le protecteur des citésgrecques.Mais bientôt la guerre recommença; et après que deux consulsleurent conduite avec mollesse, Flaminius la poussa plus vigou-reusement. Dabord il détacha du roi ses alliés; ensuite il le suiviten Thessalie, et le surprit près de certaines collines api"Cynoscéphales.Le combat sengagea au milieu dun brouillard si épais que lessoldats ne voyaient même pas leurs enseignes. Huit mille Macédo-niens furent tués dans cet le journée, et cinq mille furent pris : laperte des vainqueurs fut denviron sept cents hommes.La paix fut imposée à Philippe aux conditions suivantes : ilnaurait pas plus de cinq mille hommes de troupes ; il ne ferait ja-mais la guerre hors des frontières de la Macédoine sans lautori-tion du sénat; enfin il payerait mille talents au peuple romain, lamoitié comptant, le reste en dix annuités.CCVI. Cinq mois après la victoire des Romains, on célébrait lesjeux Isthmiques, et de tous côtés les Grecs sétaient rendus en
    • 466 EPITOME HISTORIEE GR^C^.corum undique coaventus, ad spectaculum solito qui-dem sludio concurrentium, at nunc aliquid novi ex-spectantium, et de futurâ Grœciae fortunâ cogitantium.Ad spectaculum consederunt Romani. Tum pnecocum tubicine, ut mos erat, in mediam arenam proces-sit, et, tuba silentio facto, hoc decretum pronuntiavit :« Senatus Romanus et Titus Quinctius imperator,Philippo rege Macedonibusque devictis, liberos, im-munes esse, et suis legibus uti jubent Gorinthios, Pho-censes, Locrenses, et insulam Eubœam, et Magnetas,Thessalos, Perrhcebos, Phthiotas et Achaeos. »Auditâ voce preeconis, ingens fuit gaudium. Aliialios intuebantur, et, suis auribus non credentes,proximos interrogabant. Revocatus praeco eadem iterumpronuntiavit. Tum tan tus cum clamore plausus estfoule à ce spectacle avec lempressement ordinaire, doublé cettefois par lattente des événements et par lincertitude où ils se trou-vaient de lavenir réservé à la Grèce.Les Romains prirent place pour voir les jeux. Alors un hérautaccompagné dun trompette, selon la coutume, savança au milieude larène, et quand la trompette eut commandé le silence, il pro-clama le décret suivant : « Le Sénat romain et le général TitusQuinctius, ayant vaincu le roi Philippe et les Macédoniens, déclarentlibres, exempts dimpôts et autonomes les Corinthiens, les Phoci-diens, les Locriens, lîle dEubée, les Magnètes, les Thessaliens, lesPerrhèbes, les Phthiotes et les Achéens. »Ces paroles du héraut firent éclater une grande joie. Les assis-tants se regardaient les uns les autres et nosant en croire leursoreilles, interrogeaient leurs voisins. Le héraut rappelé répéta ledécret dans les mômes ternies. Alors les acclamations et les ap-plaudissements retentirent avec tant de force, et recommencèrent
    • 468 EPITOME HISTORIiE GRJECM.ortus, totiesque repetitus, ut facile appareret, nihilomnium bonorum multitudini gratius, quam liberta-tem, esse.Ludicrum deinde raptim peractum est; nulliusenim nec animi, nec oculi spectaculo intenti erant.Ludis vero dimissis, cursu omnes tetenderunt ad impe-ratorem romanum, adiré, contingere dextram eupien-tes, coronas lemniscosquè~jacientes.GCVLL iEtoli quidem, ia bello, magno fuerant Ro-manis adjumento. Victo autem Philippo, omnia belliprœmia ab Romanis percipi segre tulerunt. Itaque,quod asociis negatum fuerat, ipsi sibi addicere sta-tuerunt.Ab Romanis igitur descivere, bellum in Pelopon-nesum intulere ; et mox Antiochum, Syrise regem, iuGraeciam vocavere. Magnifica régi promiserant, etregem contra sperabant cum magnis viribus adven-turum, et rem adversus Romanos acriter et strenueacturum.At ipsi ex Elide et Bœotiâ paucos tantum exciverunt.tant de fois quil fut facile de voir que, de tous les biens, le plusagréable à la multitude cest la liberté.Les jeux sachevèrent ensuite à la hâte. Car ni les esprits, ni le»yeux nétaient attentifs au spectacle. Quand tout fut terminé, «mcourut vers le général romain; chacun voulait lapprocher, luitoucher la main, et lui offrait des couronnes et des bandelettes.GGVII. A la vérité les Ëtoliens avaient été, dans cette guerre,dun grand secours aux Romains. Après la défaite de Philippe, illeur déplut de voir que les Romains recueillaient tous les fruits dela victoire. Ils résolurent donc dacquérir par eux-mêmes ce queleurs alliés leur refusaient.Ils se séparèrent des Romains, et portèrent la guerre dans lePéloponnèse; bientôt même ils appelèrent en Grèce Antiochus,roi de Syrie. Ils avaient fait à ce roi de magnifiques promesses, etils espéraient que, de son côté, il arriverait avec des forces consi-dérables, pour agir contre les Romains avec vigueur et promp-titude.Mais eux-mêmes ne levèrent quun petit nombre de soldats en
    • 470 EPITOME HIS-ïORIiE GRjECjE.Antiochus vero non amplius decem millibus hominumadduxit. Prseterea, rei militaris nequaquam perituserat, voluptatum magis, quam belli, curiosus, adulan-tium consiliis stolide fidens, cum Annibali crederedebuisset.Itaque et ^Etolos et Antiochum facile contuderuntRomani.CGVIII. Apud Achaeos tantum supererat virile quid-dani et antiquâ Graecorum laude dignum. Non obli-vione obruenda sunt Lycortse, Damocriti ac praecipuePhilopœmenis nomina.Hic Megalopolitanus erat. Mortuo autem pâtre, abhospite paterno liberaliter educatus fuit, et ad philoso-phiae praecepta informatus. Sed, cum maxime rei mili-taris esset studiosus, omnia, quae ad id pertinerent,magnâ alacritate didicit, ideoque in armis aut pedesmilitare, aut equitare per ludum solebat. PostquamlJlide et en Béotie; et Antiochus namena pas plus de dix millehommes. En outre il ne connaissait pas du tout lart militaire, ilétait plus occupé de ses plaisirs que de la guerre, et il écoutaitsottement les conseils de ses flatteurs, alors quil aurait dû senrapporter à Annibal.Cest pourquoi les Étoliens et Antiochus furent facilement écra-sés par les Romains.CGVIII. Chez les seuls Achéens il restait quelques qualités vi-riles et dignes de lantique renommée des Grecs. Il ne faut paslaisser tomber dans loubli les noms de Lycortas, de Damocritc etsurtout de Philopémen.Ce dernier était de Mégalopolis. Après la mort de son père, ilreçut chez un hôte paternel une éducation libérale et les leçons dela philosophie. Mais, comme il avait surtout du goût pour leschoses de la guerre, il apprit avec ardeur tout ce qui sy rapporte;et, pour cette raison, il se faisait un jeu de combattre tout armésoit à pied, soit à cheval.
    • 472 EPITOME HISTORIE GR,£CjE.autem adolescens factus est, quotiescumque Megalopo-litani in Laconîam incursionem faciebant, hic primusire, et postremus redire.Gum vero Epaminondam sibi maxime imitandumproposuisset, ab illo prudentiam quoque didicerat,simul ac pecuniae contemptum. Itaque et donis incor-ruptus erat, et, in agendo, semper cavit, ne quidquaminconsiderate committeret. Disciplinée igitur suoruminvigilavit, et curavit prsecipue, tum ut Achsei interse non dissiderent, tum ne Romanos temere provo-carent.GGIX. Annum jam septuagesimum agebat Philo-pœmen, et Achaeorum prœtor octavum electus erat,cum Messena civitas ab Achseis defectionem fecit.Sedebat tum Argisfebre captus. Verum, ut rem audiit,confectis uno die quadringentis stadiis, Megalopolimpetit, atque inde cum equitum catervâ Messenam con-tendit.Lorsquil fut parvenu à lâge dhomme, toutes les fois que lesMégalopolitains faisaient une expédition en Laconie, il parlait lepremier et revenait le dernier.Comme il sétail proposé pour modèle Épaminondas, il avaitappris de lui la prudence et le mépris des richesses. Il était doncincorruptible, et, dans laction, il se gardait toujours de sengagerà la légère. Il veilla aussi sur la discipline de ses soldais, et fitsurtout en sorte, dabord que les Achéens ne fussent point divisésentre eux, ensuite quils ne provoquassent pas témérairement lesRomains.CCLX. 11 était âgé de soixante-dix ans et il avait été élu stra-tège des Achéens pour la huitième fois, quand la ville de Messènese retira de la ligue. 11 séjournait alors à Argos, en proie à la fièvre.Mais à cette nouvelle, il parcourt en une journée quatre centsstades, parvient à Mégalopolis, et de là, avec un corps de cavale-rie, se dirige vers Messène.
    • 474 EPiTOME HISTORIEE GR^EÇiE.Hostes vero juxta urbem obvios jam fugaverat, cum,aliis subvenientibus, timuit ne cum suis circumdare-tur. Igitur per iniqua loca recedebat, ipse agmen clau-dens, et sœpe in hostem impetum faciens. At, dumsuos tutum in locum deducit hique citius decedunt,solus medio in hostium globo destituitur.Ne sic quidem manum conferre quisquam audebat ;sed eum telis eminus petebant ; et cum clamore cir-cum volitabant. At equusvper saxosa loca lapsus,virum in terram effundit, tam gravi casu, ut ipse ali-quandiu jacuerit sine voce, exanimi similis. Corpusigitur invadunt Messenii et spoliare cœperunt. Ut verocaput attollens oculos aperuit, in jacentem irruunt, etmanibus rétro actis vinctum abducunt, conviciis insec-tantes virum, quem modo vix intueri sustinebant.GGX. Ut nuntius Messenam pervenit, omnes adIl avait déjà mis en Tuite les ennemis qui étaient venus à sarencontre près de la ville, quand larrivée dune nouvelle troupelui lit craindre dêtre enveloppé. Il faisait donc retraite sur un ter-rain défavorable, couvrant toujours lui-même l arrière-garde et seretournant à mainte reprise contre lennemi; mais,- tandis quilmettait les siens en sûreté et que ceux-ci se retiraient un peu tropvite, il resta seul au milieu dun groupe dennemis.Même alors, aucun nosait le combattre de près; ils lui lançaientdes traits à distance et galopaient autour de lui en poussant descris. Mais sa monture, venant à tomber sur un sol pierreux, jetason cavalier à terre si rudement, quil resta quelque temps étendu,sans voix et comme mort. Les Messéniens sapprochent de soncorps et commencent à le dépouiller. Mais, comme il relevait latête et rouvrait les yeux, ils se jettent sur leur ennemi tombé, luilient les mains derrière le dos et lentraînent en accablant dou-trages lhomme dont tout à lheure ils osaient à peine soutenir leregard.CCX. Dès que la nouvelle fut parvenue à Messène, tous cou-
    • 476 EPITOME HISTORIEE GTUECJE.portas concurrerunt. At, cuin Philopœmenem vinctumviderunt, misericordiâ. moti sunt plerique, tan tiqueviri sortem dolebant. Et multi bénéficia ab illo acceptamemorabant , et libertatem, quam, expulso Nabidetyranno, ipsis reddiderat.Itaque defectionis auctores, multitudinis motuni ali-quem timentes, eum in carcerem subterraneum conjicistatim jusserunt, et nocte eâdem servum publicummiserunt, qui capto venenum daret.Jacebat Philopœmen cblamyde obvolutus, nec dor-miebat, meerore et curis confectus. Ut lucem con-spexit et hominem adstantem cum veneni calice, segrecorpus sublevans, sedit, accep toque poculo, rogavit,quidnam ipsius equitibus ac prœsertim Lycortse acci-disset. Gum autem servus eos effugisse respondisset,tum ille capite annuit, placideque eum intuens :« Bene habet, » inquit. Et, poculo exhausto, corpusreclinavit, et paulo post exspiravit.lurent aux portes de la ville. Mais, à la vue de Philopémen enchaîné,la plupart furent saisis de pitié et déplorèrent le sort de ce grandhomme. Beaucoup rappelaient ses services et la liberté quil leuravait rendue, par lexpulsion du tyran Nabis.Cest pourquoi les auteurs de la défection, redoutant quelquemouvement populaire, le ûrcnt jeter aussitôt dans une prison sou-terraine, et envoyèrent la nuit suivante un esclave public pourdonner du poison au captif.Philopémen était couché, roulé dans son manteau; mais il nedormait pas, car il était accablé de chagrin et de soucis. Quand ilaperçut la lumière et lhomme debout devant lui avec une coupede poison, il se souleva non sans peine, sassit et, prenant lacoupe, demanda ce quil était advenu de ses cavaliers et surtoutde Lycortas. Lesclave lui répondit quils avaient pu se sauver;alors il fit un signe de contentement, et regardant lhomme aveccalme : « Cest bien, » dit-il. Puis, vidant la coupe, il se recoucha-et expira quelques instants après.
    • 478 EPITOME HISTORIE GïiJECJE.GGXI. Ubi vero Philopœmenis necem audieruntMegalopolita?, dolore simul et ira perciti, duce Ly-cortâ profecti sunt ; et agrum Messenium vastavcrunt,donec in urbem a civibus ipsis recepti fuerunt. Dino-crates autem, qui necandi Philopœmenis auctor fuerat,ipse sibi mortem conscivit ; alii, nefandi consilii parti-cipes, a victoribus interfecti.Hi tum, corpore cremato, cineribusque in urnamcollectis, discesserun t, non incomposito et tumultua-rio agmine, sed mixtà quidam cum exsequiis pompatriumphali. Ibant enim coronati simul et lacrimantes,et hostes vinctos agebant. Urnam vero sertis opertamgerebat Polybius, Lycortae praetoris filius, et incedebantcircum primores Achœorum. Sequebantur équitésarmati, equis impositi magnifiée ornatis.In itinere autem, ex urbibus et vicis occurrebantCCXI. A la nouvelle de la mort de Plùlopémen, les Mégalopolitains,transportés de douleur et de colère, se mirent en campagne sousla conduite de Lycortas, et ravagèrent le territoire de Messène,jusquà ce que les habitants leur en eurent ouvert Les portes. Dé-mocrate, qui avait été linstigateur du meurtre de Plùlopémen, sedonna la mort, et les complices de son forfait furent tués par lesvainqueurs.Alors ceux-ci, après avoir brûlé le corps et enfermé les cendresdans une urne, se retirèrent non confusément et sans ordre, maisen mêlant en quelque sorte la pompe du triomphe à celle desfunérailles. Ils marchaient la tête couronnée et le visage en larmes,et conduisaient les prisonniers ennemis. Une urne couverte deguirlandes était portée par Polybe,. fils du stratège Lycortas, autourduquel marchaient les premiers des Achéens. A leur suite venaitune troupe de cavaliers superbement montés.Sur le chemin, les populations accouraient des villes et des
    • 480 EPITOME HISTORIEE GRJECJE.populi, tanquam a bello redeuatem salutantes, eturnam tangebant, etMegalopolimusque comitabantur.Ut vero pompse mixti sunt seniores et mulieres, etpueri, tum ejulatus totum exercitum et urbeni pervasit,et omnes ducem ademptum flebant, et sentiebant, illoduce amisso, amissum quoque suum inter Achaeosprincipatum.Hune enim Graecia quasi in senectute, post tôt anti-quos et claros duces, pepererat ; itaque illum singula-riter dilexit, et Graecorum ultimum appellavit.Et reipsa finis appropinquabat.GGXII. In Macedoniâ, Philippus meminerat se abRomanis victum fuisse et duro tppressum fœdere. Ita-que vêtus odium servabat, et bellum alterum occulteparabat, cum morte interceptus est. Ejus autem regnoet consiliis successit filius Perseus.bourgs, comme pour saluer Philopémen revenant de la guerre. Ontouchait lurne, 6"n laccompagnait jusquà Mégalopolis.-Mais, quand les vieillards, les femmes et les enfants se furentmêlés au cortège, leurs lamentations remplirent larmée et la ville :tous pleuraient le chef qui venait de leur être ravi, et comprenaientquils perdaient, avec lui, le premier rang parmi les Achéens.La Grèce lavait enfanté, dans sa vieillesse, après tant de chefsillustres des siècles passés : aussi aimait-elle dune affection touteparticulière celui quelle appela le dernier des Grecs.Et, en effet, son heure suprême approchait.GGXII. En Macédoine, Philippe se souvenait que les Romainslavaient défait et lui avaient imposé de dures conditions. Il nour-rissait donc contre eux une vieille haine et préparait secrètementune nouvelle guerre, quand la mort vint le surprendre. Mais sonfils Persée hérita de son trône et de ses projets.
    • 482 EPITOME HISTORIEE GKJECJE.Principio, odium amicitise et verecundiae simula-tioDe occuluit. sed interea socios undique quœrebat. Ubivero ornnia satis parata credidit, bellum aggressus est-,et adeo gnaviter sipiul ac prudenter egit, ut, per quat-tuor annos, Rornanorurn exercitus distinuerit.At tandem a Paulo iEmilio apud Pydnam devictusest, captus cum liberis, et Romam niissus ad ornan-duui victoris triumphum.De Macedoniâ actum erat, nisi quod, aliquot annispost, Andriscus quidam, se Perseo natum esse menti-tus, bellum renovavit, et a Metello oppressus est.GGXIII. Omnes Grœci Perseo vel aperte, vel occultefaverant. Itaque Paulus iEmilius, ut omne belli semenin perpetuum tolleret, quiquid erat in Graecià" fortissi-morum et honoratissimorum civium, Romam secumabduxit. Interea Gallicrates, Achseorum prœtorromnimodo Romanis inserviebat, et dictis factisque civiumanimos ad eos inclinare conabatur.Dabord il cacha son ressentiment sous les dehors de lamitié etdu respect; cependant il cherchait de tous côtés des alliés. Dèsquil crut ses préparatifs assez avancés, il entra en campagne, etse conduisit avec assez dhabileté et de prudence pour tenir enéchec, pendant quatre ans, les armées romaines.Mais Paul-Émile finit par le vaincre àPydna; il fut fait prison-nier avec ses enfants et envoyé à Rome pour orner le triom-phe du vainqueur.Cen était fait de la Macédoine; si ce nest que, quelques annéesaprès, un certain Andriscus, qui se donnait pour fils de Persée,recommença la guerre et fut écrasé par Metellus.CCXIII. Tous les Grecs avaient fait des vœux pour Persée soitouvertement, soit en secret. Cest pourquoi Paul-Émile, désirantdétruire à jamais tout germe de guerre, emmena avec lui àRome tout ce quil y avait en Grèce de citoyens courageux etconsidérés. Cependant Callicrate, stratège des Achécns, servaitpar tous les moyens la cause des Romains, et sefforçait par sesparoles et par ses actes de leur gagner les esprits de ses conci-toyens.
    • 484 EP1T0ME HISTORIEE GfUECM.At, post septemdecim annos Româ rêverai suntobsides, et plerique veteris libertatis memoriam etdesiderium animo servabant. Itaque, cum Spartani acommuni societate, Romanis auctoribus^ desciscere ten-tassent, ausi sunt Acbgei vel adversus Romanos insur-gere. Bœotiis igitur et Gbalcidensibus juucti, cumMetelio apud Scarpheani conflixerunt, et, quanquamvicti, non desperaverunt.Diseus enim, armatis etiam servis, quattuordeciminillia militum coegit, et novum consulem, Mum-mium, ad Leucopetram exspectavit. Vicinis autem incollibus sedebant mulieres et pueri, ut suos vidèrentvincentes aut morientes. Sed iterum victi sunt. Diseusa praelio Megalopolim cucurrit, ibique, occisis cumconjuge liberis, incensâque domo, ipse venenumhausit.Mais au bout de dix-sept ans, les otages revinrent de Rome, etla plupart conservaient le souvenir et le regret de la liberté per-due. Aussi, les Spartiates, à linstigation de Rome, ayant vouluse séparer de la ligue, les Achccns osèrent-ils se soulever mêmecontre les Romains. Donc, unis aux Béotiens et aux Chaleidiens,ils livrèrent bataille à Métellus près de Scarphée, et quoique vain-cus ils ne désespérèrent pas.En effet, Diéus, ayant enrôlé jusquaux esclaves, rassemblaquatorze mille hommes et attendit à Leucopetra le nouveauconsul, Mummius. Sur les hauteurs voisines se tenaient les fem-mes et les enfants pour voir les leurs vaincre ou mourir. Maisils furent de nouveau vaincus. Diéus en quittant le champ debataille courut à Mégalopolis, tua sa femme et ses enfants, mitle feu à sa maison et sempoisonna.
    • 486 EPITOME HISTORIEE GRMCM.Capta fuit Gorinthus, direpta, et incendio deleta ;Thebae et Ghalcis dirutse. Dissoluta vero in perpetuumet Achaeorum et Bœotiorum concilia, et in singuliscivitatibus potestas a populo ad paucos translata. Deni-que, sublato ipso Graeciœ nomine. novaimperii romaniprovincia Achaia dicta est.Vixerat Grrœcia, sed magnum posteris nomen etmagna exempla relinquebat.Corinthe fut prise, pillée et livrée aux flammes, Thèbes etClialcis furent détruites. La ligne achéenne et celle des Béotiensfurent dissoutes pour toujours, et dans chaque cité, le pouvoirfut transféré du peuple à un petit nombre de citoyens.Enfin le nom même de la Grèce fut supprimé, et la nouvelleprovince romaine fut appelée lAchaïe. La Grèce avait vécu; maiselle laissait à la postérité un grand nom et de grands exemples