Projet d'etablssement 2009 2014 l'autre regard
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Projet d'etablssement 2009 2014 l'autre regard Document Transcript

  • 1. Projet dEtablissement 2009 – 2014 LAutre Regard, 2 square de la Rance, 35000 RENNEStél : 02.99.31.63.43, fax : 02.99.31.18.68, courriel : lautre.regard@laposte.net site : http://lautreregard.free.fr
  • 2. Avant – proposLassociation LAutre Regard sest donné en 1985 une mission de santé mentale : répondre par lesloisirs au handicap psychosocial (dit psychique) dû à la maladie mentale. Originalité : lesbénéficiaires sont demblée acteurs à tous niveaux du fonctionnement de linstitution. Discrète etmarginale à ses débuts, elle sest fait reconnaître progressivement par ses partenaires des secteurssanitaire et social.La nécessité délaborer ce projet détablissement a représenté un véritable défi et nous a permis denous révéler à nous-mêmes. Écrire sur lhistorique, sur nos valeurs, sur nos pratiques nous a faitprendre conscience que lassociation fonctionne grâce à chacun et que tous partagent une culturecommune. Ce travail décriture a été lent et laborieux par le manque de confiance en nous et par ladifficulté à trouver nos propres mots, hors de la sémantique des éducateurs et des soignants. Nousavons ainsi posé nos premiers jalons théoriques : accueillir, être là, animer, faire ensemble, tout ennous nourrissant dapports théoriques extérieurs.Actuellement lassociation LAutre Regard est reconnue comme service daccueil de jour et commeGEM (Groupe dEntraide Mutuelle) mais son champ reste à préciser. En effet son action, aucarrefour du sanitaire, du social et du culturel, est plus vaste et nous amène à chercher une autreidentité telle quétablissement à caractère expérimental.Le lecteur découvrira deux styles différents décriture correspondant aux deux grandes parties dudocument : les chapitres I II III où nous nous décrivons et la 2ème partie où nous présentons le projetdétablissement lui-même. On trouvera aussi ce qui pourrait apparaître comme des redites mais quitémoigne du fait que nos valeurs communes imprègnent toute la vie de lassociation.Ce document nest pas une fin en soi, cest le début dun processus, les évaluations interne etexterne vont nourrir la réflexion pour une nouvelle rédaction dans cinq ans.Avertissement : Pour tout extrait de ce document, veuillez en citer la source.
  • 3. SommaireMéthodologie p1I - Dhier à aujourdhui p3 1.1 Le contexte de 1985 1.2 Les débuts de LAutre Regard 1.3 Notre projet répondait à des questions très simples - Un CLUB en ville pour qui ? - Un CLUB en ville pour y faire quoi ? - Choix et décisions par les adhérents 1.4 LAutre Regard en 2009 – Le contexte actuel de la psychiatrie - Évolution du monde soignant - La participation des usagers - La reconnaissance du handicap psychique - Et LAutre Regard 20 ans après ?II – Éthique p5 - Primauté de la personne et non-directivité - Un espace de libertéIII - Corrélation entre valeurs et pratiques p8 3.1 Accueillir - Fonction accueillir - Modalités de laccueil ▪ le premier accueil ▪ laccueil au long cours ▪ laccueil téléphonique ▪ le secret partagé 3.2 Être là - Fonction être là - Modalités de la présence 3.3 Animer - Fonction Animer ▪ Un espace de liberté ▪ Des animateurs attentifs ▪ Le tout collectif - Modalités de lanimation ▪ Un grand choix dactivités ▪ Des petits groupes dadhérents ▪ Des activités accessibles ▪ De nombreuses réunions ▪ Des activités co-animées 3.4 Faire ensemble - Fonction faire ensemble - Les modalités
  • 4. IV - Projet détablissement 2009-2014 p16 4.1 Originalité de LAutre Regard dans le champ de la santé mentale 4.2 Caractéristiques générales du caractère expérimental 4.3 Indicateurs de pertinence du projet - Éléments contextuels favorables - Antériorité de l’expérience de L’Autre Regard - LAutre Regard : terreau dinnovations - Habitude de savoirs partagés 4.4 Encadrement de lexpérimentationV – Évaluation p20 5.1 Conforter les acquis de la situation actuelle 5.2 Exploration, validation de la fonction club 5.3 Réponse aux besoins des groupes sociauxAnnexesSommaire des annexes Sommaire des annexesfigurant à la fin complémentairesde ce document incluses dans le CD ci-joint1. La représentation des usagers de la psychiatrie p23 15. Les statuts de lassociation2. Les moyens de lassociation p24 16. Le livret daccueil3. La Psychothérapie institutionnelle p26 17. Le règlement de fonctionnement4. Pratique de laccueil p27 18. Le C.V.S. - sa constitution5. Le tiers collectif p30 19. Le rapport dactivités 20086. Les témoignages p32 20. Le Journal « En parler un peu,7. Les ateliers : photo - peinture - Art et création - beaucoup, à la folie ... » regards sur la vie p37 21. Plaquette de laction « En parler8. La formation p45 un peu, beaucoup, à la folie ... »9. Les actions militantes en Santé Mentale : p46 22. Journal « Acteurs opérations publiques (campagne de déstigmatisation) en Santé Mentale » N°110. Le Collectif GEM Ouest p47 23. Synthèse de lARAC : « LAutre Regard, pourquoi ça11. Le planning dactivités p48 marche? Comment ça marche? »12. Le GEM « LAntre - 2 » p49 24. « Détermination collective et13. Les compétences collectives p50 innovation en intervention14. Présentation publique de LAutre Regard p52 sociale » de A. PENVEN 25. Journal des clubs FNAP-Psy Lensemble du projet détablissement et de ses annexes est sur le CD et est téléchargeable sur le site http://lautreregard.free.fr
  • 5. Méthodologie Dès lannée 2005, lidée de devoir faire un projet détablissement a imprégné toute lassociation. Saréalisation a mobilisé la participation active du plus grand nombre : adhérents, salariés, bénévoles,stagiaires, nouveaux venus et vétérans. Cela a été loccasion dinterroger nos pratiques. Nous avons voulutout dire de ce qui fait loriginalité de notre association qui nest pas quun accueil de jour, mais plus quecela, lessentiel étant lesprit dans lequel se passent les choses. La participation des uns et des autres a pris plusieurs formes : 1 – de nombreuses réunions : les réunions restreintes avec les membres fondateurs toujoursprésents dans lassociation (bénévoles et salarié) – salariés – bénévoles et stagiaire pour la trame et ledéveloppement des idées dans le projet détablissement. Dautres réunions avec adhérents, bénévoles,personne ressource, stagiaires ont été mises en place afin que tout le monde participe au projet. 2 – Un mini « Atelier Recherche Action Coopérative » (ARAC) 3 – Des journées de réflexion (avec un temps « créativité ») 4 – Le recueil décrits individuels ou de paroles1 – Les nombreuses réunions : Elles ont commencé dès février 2005, elles ont été suspendues en 2006, année où les énergies sesont mobilisées autour dune action ponctuelle - la campagne publique : « la maladie psychique : en parlerun peu, beaucoup … à la folie ». Mais pour lannée 2007, on totalise 24 réunions consacrées au projetdétablissement. Certaines ont réuni de 4 à 5 ou 6 personnes, dautres de 12 à 15 personnes ; deux réunionsplus larges encore, à loccasion des bilans annuels de juillet 2005 et de juillet 2007 (ces bilans réunissentles 20 à 25 responsables de lassociation : membres du conseil dadministration, animateurs dactivités,responsables de permanences, quils soient salariés ou bénévoles). Outre ces réunions spécifiques au projet détablissement, celui-ci a traversé aussi lassociation àloccasion de réunions de réflexion à thèmes sur laccueil, le lien social, la chronicité ont pu lalimenter. Laréunion déquipe hebdomadaire sen est saisi également.2 – Le mini Atelier de Recherche Action Coopérative Il a regroupé 14 personnes et leur animateur (Bernard Lelièvre, bénévole à LAutre Regard est unepersonne ressource) pendant trois jours et demi en mai et juin 2007. Ils se sont impliqués ensemble dans ladéfinition et la mise en oeuvre du projet détablissement.3 – Les journées de réflexion Ces journées ont été préparées et organisées par des salariés et une stagiaire en lien avec le projetdétablissement. Tous les adhérents ont été invités, ils se sont exprimés sur ce que représente LAutreRegard pour eux – pourquoi ils viennent à lassociation et participent à des ateliers et (ou) activités – lesaméliorations qui devraient être apportées – leurs souhaits.Une après-midi « inter ateliers » de créativité – textes, poésies, peinture, caméscope, photo, modelage (elleproposait un temps dexpression sur LAutre Regard). LAutre Regard – Projet dEtablissement 1
  • 6. 4 – Le recueil de paroles et décrits individuels sur LAutre Regard Des témoignages ont été recueillis par écrit et par oral parfois. Une quinzaine de responsables, bénévoles ou salariés se sont exprimés sur leur vécu danslassociation. Pour certains, cétait la première fois quils écrivaient sur leur expérience, leurs pratiquesprofessionnelles à LAutre Regard, en tant que co-animateurs, animateurs bénévoles ou salariés – leurparticipation à LAutre Regard. Tout cela a été loccasion de prises de conscience et déchanges enrichissants. On a constaté quelesprit qui animait les membres fondateurs lors de la création de LAutre Regard perdurait et était porté parles responsables actuels. La participation des membres de lassociation a bien été réelle et concrète aussi, la multiplicité descontributions a rendu un peu difficile la cohésion de lensemble et la rédaction finale qui sest étalée surplusieurs mois. Tout au long de lélaboration du projet détablissement, la vie de lassociation tout en y étantimpliquée, continuait.Liste des sigles utilisés dans le document :OSCR (Office Social et Culturel Rennais)CEMEA (Centre dEntrainement aux Méthodes dEducation Active)MJC (Maison des Jeunes et de la Culture)CMP (Centre Médico-Psychologique)CATTP (Centre dActivité Thérapeutique à Temps Partiel)UNAFAM (Union Nationale des Amis et Familles de Malades psychiques)CHGR (Centre Hospitalier Guillaume Régnier)CES (Contrat Emploi Solidarité)CA (Conseil dAdministration)GEM (Groupe dEntraide Mutuelle)ARAC (Atelier de Recherche-Action Coopérative)VST (Vie Sociale et Traitement)CRUQ (Commission des Relations avec les Usagers et de la Qualité)CRUQPC (Commission des Relations avec les Usagers et de la Qualité de la Prise en Charge)ARH (Agence Régionale dHospitalisation)CRU (Comité Régional des Usagers)CISS ( Comité Inter-associatif Sur la Santé)ESAT (Établissement Spécialisé dAide par le Travail)SISM (Semaine dInformation sur la Santé Mentale)FNAPSY (Fédération Nationale des Associations dusagers de la Psychiatrie)CDHP (Commission Départementale des Hospitalisations Psychiatriques) LAutre Regard – Projet dEtablissement 2
  • 7. I - Dhier à aujourdhui1.1 Le contexte de 1985 La fondation de LAutre Regard se situe à un moment de mutation des soins psychiatriques. La loisur la sectorisation psychiatrique officialisait les orientations de la circulaire de 1960. Devant le peu desuccès thérapeutique des hospitalisations prolongées (souvent pendant des années) certaines équipessoignantes sorientaient vers des soins ambulatoires et de nombreux patients se retrouvaient dans la ville,souvent avec peu de préparation et comme soutien, des rendez-vous avec le psychiatre et quelques visitesdinfirmier(e)s à domicile. Malgré leur désir de sortir de lhôpital, la plupart nayant pas de projetprofessionnel souffraient rapidement dinoccupation et dun grand isolement relationnel : manifestement,pour la réussite de leur retour dans la cité, il manquait dans le champ social un service daccueil que lapsychiatrie ne pouvait fournir. Dautre part, à Rennes à cette époque, une opportunité se présentait : la tenue dune quinzainedinformation sur la santé mentale, en octobre 1985, préparée avec le concours de nombreux partenaires :soignants, patients, travailleurs sociaux et familles de personnes malades, sous le patronage de lOfficeSocial et Culturel Rennais (OSCR). Lors des travaux de préparation de cette quinzaine, quelques acteursparticulièrement conscients des difficultés rencontrées par les malades retournant à une vie autonome firentconnaissance et élaborèrent le projet qui a abouti à la création de LAutre Regard.1.2 Les débuts de LAutre Regard Lors des échanges entre les partenaires du projet susdit, une orientation se dégagea rapidement pourdonner aux personnes bénéficiaires un rôle, non pas dusagers dun service plus ou moins démarqué desinstitutions psychiatriques, mais de participants actifs dune structure indépendante des milieux de soins, oùils pourraient se trouver sur un pied dégalité avec les autres initiateurs du projet, dans une relationtransversale. Le terme choisi pour cette création fut celui de CLUB et la forme juridique celle dassociationloi 1901. Dès ce moment, se dégagea une petite équipe qui forma le noyau du futur Conseil dAdministration de la future association.Linspiration des fondateurs sappuyait sur les principes de mouvements tels que :– la psychothérapie institutionnelle– les Centres dEntraînement aux Méthodes Actives (CEMEA)– Les mouvements déducation populaire. Dès lorigine, léquipe rencontra lappui actif de lOSCR (Office Social et Culturel Rennais) quiguida ses premiers pas et lui évita bien des erreurs.1.3 Notre projet répondait à des questions très simples- Un CLUB en ville pour qui ? Le public ciblé était principalement celui des patients soignés en psychiatrie; et pour éviter toutrisque de ghetto et dès les premiers jours nous avons dirigé nos informations non seulement vers lesétablissements de soins médicaux mais aussi vers les MJC, Maisons de quartier, Centres sociaux pourinviter aussi ceux qui éprouvaient des difficultés psychologiques et qui, sans avoir fait une démarche desoins, avaient mal à leur vie ou souffraient dun état dépressif plus ou moins accentué.Il pouvait sy adjoindre évidemment ceux qui avec léquipe fondatrice étaient motivés par le projet etdésiraient sy engager.- Un CLUB en ville pour y faire quoi ? Dabord pour y retrouver les autres et sortir dune solitude insupportable. Ensuite pour pratiquerensemble des activités que proposeraient certains adhérents. Cétait ainsi souligner limportance du désir et LAutre Regard – Projet dEtablissement 3
  • 8. de linitiative qui sont dès lorigine des ressorts majeurs de notre inspiration. Cétait aussi inviter lesproposants à sengager dans lactivité pour participer à son organisation et cest ainsi que furent recrutésplusieurs des premiers animateurs.Ainsi les fondateurs inauguraient demblée lattitude qui est restée une caractéristique constante de la vie delassociation : le recours aux ressources et aux talents de ses membres pour en faire le fond de sonfonctionnement.- Choix et décisions par les adhérents Pour expliciter un peu ce qui vient dêtre dit, pour nous repérer au nom même donné à lassociation– LAutre Regard – nous avions lambition de changer le regard porté sur les personnes souffrant detroubles psychiatriques, regard de lentourage dévalorisant, souvent même disqualifiant, regard desintéressés eux-mêmes dépourvus de confiance dans leurs capacités et dans leur devenir, les amenant tropsouvent à répéter des conduites déchec. Il sagissait pour les adhérents de sortir dune identité de maladeétant à leurs yeux et à ceux de la société leur caractéristique dominante pour accéder à celle de personneportant une maladie, simple caractéristique comme beaucoup de gens portent un défaut plus ou moinsgênant. Ce déplacement de point de vue change beaucoup de choses si lassociation sadresse aux adhérentsen leur demandant des avis et des services et pas seulement en leur proposant un fonctionnement auquel ilsnauraient quà se conformer, et en leur faisant confiance pour réussir ce quils proposeraient, ceci toujoursdans le dialogue. Ainsi, surtout sils sortent dune longue hospitalisation, ils ne se ressentent plus seulementcomme objets de soins mais comme des personnes capables, utiles, pouvant contribuer à la réussite dunatelier, dune œuvre collective, dune vie associative comme des citoyens à part entière. Nous nous sommesdonc appuyés au long de notre parcours sur cette conviction maintes fois confirmée par lexpérience aulong des années : la personne malade a des capacités et des potentialités.1.4 LAutre Regard en 2009 – Le contexte actuel de la psychiatrie En 24 ans, depuis la fondation de LAutre Regard, le paysage sest beaucoup modifié. Même si lesens de notre action reste fondamentalement identique, nous devons tenir le plus grand compte deschangements survenus dans la société, en particulier des modifications dans la prise en charge des maladesmentaux par le monde psychiatrique ainsi que des changements dans la législation et les institutions (àfortiori quand ils vont dans le sens que nous souhaitons). Nous en évoquons ici trois aspects qui nousparaissent importants.- Évolution du monde soignant De même que la majorité des malades mentaux sont sortis de lhôpital ou ny font plus que de courtsséjours, une grande partie des soignants sest retrouvée peu à peu affectée hors de lhôpital dans deséquipements tels que CMP (Centre Médico Psychologique), CATTP (Centre dAccueil Thérapeutique àTemps Partiel) où viennent des personnes vivant chez elles et souvent en contact avec dautres institutionsnon soignantes. Cela a donc amené ces soignants à avoir des contacts avec la société civile pour queleurs patients y vivent mieux.... En soignant dans la vie ordinaire, ils ont pu entamer des dialogues et descollaborations avec des institutions à caractère socio-culturel et ainsi infléchir leurs perspectives du soin etles élargir à des domaines non-médicaux (ce qui nétait le cas, jusque là, que dune tendance fortementminoritaire, celle de la psychothérapie institutionnelle.)- La participation des usagers Alors que jusque là les personnes soignées navaient aucune responsabilité dans les institutions lesprenant en charge, les dernières lois organisant la psychiatrie leur donnent des places pour siéger dans denombreux organismes de gestion des soins mentaux, à côté des autorités civiles et médicales. Cest à nosyeux une nouveauté capitale qui reconnaît la qualification des usagers, qualification à délibérer de ce quiles concerne et de ce qui est bon pour lévolution de leur santé. Cest la démarche même de LAutre Regard LAutre Regard – Projet dEtablissement 4
  • 9. qui est ainsi validée en faisant passer les personnes soignées dune situation de patient à celle departenaire. Des adhérents de LAutre Regard occupaient des postes de représentants dusagers dans desinstances bien avant Mai 2006, année de lagrément de lassociation1.- La reconnaissance du handicap psychique Cest une revendication de longue date de lUNAFAM (Union Nationale des Familles) qui a étésatisfaite par la loi du 11 février 2005 définissant un handicap particulier (dit psychique) concernant lespersonnes atteintes de troubles mentaux. Dans lesprit de cette association, une telle reconnaissance avaitlavantage de permettre la prise en charge des soins prodigués aux malades (ils létaient déjà) mais aussidapporter certaines compensations aux désavantages dûs aux conséquences de la maladie, et doncdaffecter des fonds publics aux structures intermédiaires facilitant la vie de ces malades. Sans nier lintérêtde ces dispositions financières (dont il pourrait lui-même bénéficier) LAutre Regard est plus que réservésur lattribution du caractère de personne handicapée à celles qui sont soignées en psychiatrie, nonseulement parce que ce handicap est extrêmement difficile à caractériser, à la fois dans ses formes et danssa persistance, mais surtout en plaçant ces personnes dans une position dinfériorité quasimentcongénitale (comme le sont la plupart des handicaps), alors quen agissant sur la maladie, on peut dumême coup atténuer, voire faire disparaître ses conséquences ... et donc le handicap lui-même. Handicapest un mot qui stigmatise, cest cela que nous cherchons à éviter.Cela dit, la loi étant promulguée nous essaierons de tirer de son existence les effets positifs quelle a puapporter.- Et LAutre Regard 20 ans après ? Des paragraphes ultérieurs détailleront les principes éthiques et pédagogiques, les caractéristiquesinstitutionnelles, le fonctionnement de lassociation2. Nous ne mentionnons ici, dans un parcours qui a déjàcomporté beaucoup détapes que les éléments dune situation actuelle qui doivent conditionner les étapessuivantes :• après des années de progression continue de ses adhérents, leur effectif sest stabilisé aux environs de 200 personnes par an.• les instances associatives fonctionnent depuis le début de façon satisfaisante, la situation financière sest consolidée par la signature de conventions qui nous assurent des dotations régulières, dabord en 1996 avec le CHGR (Centre Hospitalier Guillaume Régnier) nous permettant de rémunérer un animateur-coordinateur, puis en 2001, avec le Conseil Général dIlle-et-Vilaine qui finance certaines dépenses de fonctionnement et surtout lemploi de plusieurs salariés, animateurs et secrétaire au terme de contrats temporaires quils avaient effectués dans lassociation (CES et emploi jeune).• LAutre Regard est une institution bien implantée dans le paysage rennais, elle entretient des relations suivies avec les instances administratives et associatives touchant à la psychiatrie et à la situation des malades mentaux. Cest un partenaire et un interlocuteur écouté et consulté.• La réputation de lassociation a dépassé le milieu local. LAutre Regard est connu de plusieurs instances régionales et même nationales. Tout récemment, il a servi de modèle à la création de plusieurs associations dusagers de la psychiatrie. Il a été à la source dune instance de coordination régionale de ces associations (dont plusieurs réunions ont eu lieu depuis 2006), et de la publication dun journal régional.1 Voir annexe 1 : La représentations des usagers de la psychiatrie2 Voir annexe 2 : Les moyen de lassociation LAutre Regard – Projet dEtablissement 5
  • 10. II - Éthique Il faut être modeste en parlant déthique, et pourtant il est impossible dagir sur le terrain social sansse référer à une vision de lêtre humain et donc se donner des règles de conduite auxquelles on cherchera àse conformer sans bien entendu y parvenir idéalement et parfois avec des contradictions. Nous emploierons le terme de VALEURS très courant aujourdhui pour désigner les attitudes quenous jugeons les plus justes (au sens de justice et surtout de justesse) dans nos relations avec les adhérents,celles qui leur seront les plus favorables.Cela implique que nous avons à considérer à la fois des buts et des moyens. Il nous semble intéressant de rappeler que la société où nous vivons sest donné comme devise il y aplus de deux siècles les mots de LIBERTE – EGALITE – FRATERNITESils sont abstraits et sil faut les interpréter dans leur application pratique, nous pouvons aussi affirmernotre accord de principe avec leur sens général et lintérêt de nous y référer.- Primauté de la personne et non-directivité Parmi les valeurs détaillées ci-après, la plus générale, celle qui englobe dune certaine façon toutesles autres, peut se formuler ainsi : « primauté de la personne ». Cest laffirmation que les humains ne seréduisent pas à un schéma, quils ne sont pas interchangeables, que chacun existe avec des spécificitésirréductibles et que nous devons le considérer avec ses particularités pour répondre à ses besoins; cecinexclut nullement une action collective, au contraire, car la personne ne deviendra vraiment elle-mêmequen se situant dans ses rapports aux autres cest-à-dire dans des groupes. Mais cela implique pour lesresponsables davoir le souci du ressenti de chaque membre du groupe. Il en résulte pour eux une attitudedHUMANITE, cest-à-dire la mobilisation de leur sensibilité, de leur capacité à « se mettre à la place desautres » pour que ceux-ci puissent éprouver (autant que possible) le sentiment dêtre compris. Donc uneattitude de respect, dacceptation mutuelle de chaque individualité y compris de ses côtés dérangeants, quine sont pas rares chez des personnes perturbées, en un mot une attitude de tolérance et de non-jugement .Toute personne se situe dans un parcours évolutif et nous devons être très sensibles à son évolution, nonpas en imaginant celle qui serait la meilleure à nos yeux, mais en acceptant celle quelle mettra en œuvreelle-même, si possible dans le dialogue avec nous et avec dautres. Cest la première manifestation durespect dont nous parlions.La primauté des personnes implique un respect dordre philosophique fondé sur leur égalité en dignitédans leur grande diversité.Il y a fondamentalement une vision humaniste3. Chaque personne est unique et nul ne peut penser pourelle son chemin de guérison ni ladaptation qui lui convient pour trouver sa place parmi les humains. Il endécoule de la part des autres, la nécessaire attitude de non jugement, de respect et de confiance, inspirée dela non directivité. Les statuts de LAutre Regard expriment des objectifs à caractère social : favoriser linsertion desadhérents, remédier à leur sentiment de solitude et dinoccupation.En réalité notre ambition est plus grande, elle vise à faire évoluer la mentalité de chacun, à développerlestime de soi, à exercer une liberté de choix à la fois dans le quotidien et dans le fil directeur de leur vie.Nous fondons cette ambition sur une conviction, celle que tout être humain, à travers ses conditionnementsy compris ceux dune pathologie même lourde, conserve des forces de réaction même infimes ou enfouiessous une accumulation déchecs paralysants. Cest à ces forces que nous devons faire appel. 3 Nous rejoignons François Tosquelles (1912 1994), membre fondateur de la psychothérapie institutionnelle: « Je voudrais donner de véritables lettres de noblesse de lapproche naïve et populaire de la folie... » ; « Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, cest lhomme... qui disparaît . »; « Les tentatives dexplication de la folie nont abouti quà réduire le phénomène. On passe à côté de la signification, faute dadmettre quil sagit dun processus propre à lélaboration humaine de chacun. En ce sens, la folie peut être dite le noyau de lêtre humain. »; « La folie est en nous et on grandit avec, la folie est en nous tous , elle réside en des bases de la personnalité de chacun. Laffolement en est la manifestation. » Voir annexe 3 : La psychothérapie institutionnelle LAutre Regard – Projet dEtablissement 6
  • 11. - Un espace de liberté Dans lassociation les adhérents doivent sentir un climat de liberté qui les autorise à être eux-mêmeset à déployer leurs initiatives. Pour cela lassociation met à leur disposition des outils quils utiliseront àleur convenance, ce qui implique une ambiance où la liberté et linitiative peuvent sexercer dans le cadredune organisation qui les favorise. Nous voulons donc nous inspirer dans nos principes et nos méthodesdune valeur de confiance dans les capacités des adhérents à devenir les sujets de leur réhabilitation.Le chapitre III détaillera davantage le passage de nos principes à nos pratiques. Nous donnons seulementci-dessous les points essentiels de notre action, pouvant être considérés comme nos principes de« pédagogie associative ».– principe de non-directivité : les adhérents doivent ressentir un climat de liberté, pouvoir tracer eux- mêmes leur chemin dans lassociation selon leur inspiration, déployer leurs initiatives tant que cela ne perturbe pas le groupe et nagresse personne. Lexistence dun règlement intérieur (établi en assemblée générale) nest là que pour faire prendre conscience de lexistence des autres et de la réalité sociale.– Pas de projet individuel sur les adhérents, cest à eux davancer à leur rythme (ou de ne pas avancer). « Nous ne savons pas ce qui est bon pour lautre » et navons pas de dossier sur eux. Nous ne savons sur chacun que ce quil a bien voulu nous dire. Mais nous ne nous refusons pas au dialogue avec ceux qui le demandent à condition quil ne prenne pas un caractère systématique ou thérapeutique. Notre projet est donc collectif.– Valeur de lactivité comme moyen de mobiliser la personne (au service delle-même). Pour cela lui offrir un large choix dactivités, ateliers divers, en général en petits groupes. Et ainsi découvrir des centres dintérêt, faire œuvre collective ou personnelle, déployer ses talents et ses capacités, prendre des initiatives.– Sappuyer sur « le collectif » pour aider chaque personne à renforcer son identité, pensant que cest dans la confrontation avec la diversité des autres quelle prend le mieux conscience delle-même. Cela se traduit par la formulation :« accéder au je par le nous ». Ainsi les pratiques associatives sont un moyen essentiel de notre projet : développer le sentiment dune construction collective, prendre conscience des valeurs de la démocratie.– Favoriser un climat de liberté, de proximité entre tous, autorité discrète, hiérarchie peu visible, limitation du formalisme, règles peu contraignantes même si elles existent et sont rappelées à loccasion. Mais aussi éveil du souci du bien commun et de lattention aux autres.– Dans la mesure du possible appel à la légèreté, à des valeurs comme le JEU, la PLAISANTERIE, lHUMOUR, pour mettre un peu à distance les aspects trop douloureux de la vie. Nous souhaitons dans lassociation une ambiance de gaieté.– Pas de rigidité dans le fonctionnement. Être dans ladaptation continuelle aux personnes, aux situations, profiter des opportunités, des imprévus. Savoir créer de lévénement pour rompre les fonctionnements répétitifs, « il peut se passer quelque chose dans ma vie ».– Miser sur le culturel en proposant des activités dexpression où les adhérents font appel à leurs talents, à leurs ressources artistiques, à leur créativité. Leur donner des occasions de progresser, de réussir.Tous ces principes qui guident notre action peuvent paraître disparates. Mais à nos yeux ils sont dunegrande cohérence, ils résultent de nos intuitions de départ et plus encore de notre expérience. Les valeurs etpratiques évoquées sont complémentaires et doivent être mises en œuvre ensemble pour donner tous leurseffets.Elles visent à montrer aux adhérents par lexpérience quils peuvent réinvestir leur vie et y retrouver desrelations, des intérêts, des réussites. LAutre Regard – Projet dEtablissement 7
  • 12. III - Corrélation entre valeurs et pratiques3.1 Accueillir- Fonction accueillir Le rôle de laccueil dans lassociation est très important, voire essentiel, la première attitude àLAutre Regard étant daccueillir la personne telle quelle est. 4Rappelons la problématique générale des visiteurs: après plusieurs années daccueil nous constatons,malgré la singularité de chacun, des points communs chez une grande partie des personnes accueillies :· une souffrance psychique· une difficulté relationnelle pour communiquer· une inhibition à laction et souvent un manque de désir, ou peu de plaisir de vivre· une dévalorisation de soi et une honte dêtre malade· une certaine solitude même en famille, voire un isolement· une inactivité récente ou ancienne avec perte de repères temporels· un sentiment dexclusion avec difficulté à se projeter dans lavenirIl est important de nouer une première relation chaleureuse, et comme dit un accueillant: « il y a le plaisirde la rencontre »5. On fait sentir à la personne quà LAutre Regard on ne sintéresse pas à la pathologiemais à lhumain avec ses ressources mobilisables, quil y a une place possible pour elle, avec ses attentes ouson manque de désir. Elle doit également pouvoir identifier ce lieu comme distinct des lieux de soin. Pource faire, on lui présente lassociation tout en évitant une surabondance dinformations. Laccueillant a le souci de la mettre à laise, de la rassurer. « Après mêtre présenté, dit Philippe, sije sens la personne effrayée, pas disponible, je parle un peu pour faire entendre ma voix, pour expliquerquil ny a pas nécessité de sengager pour linstant, quil faut prendre le temps de connaître lassociation,dessayer les activités avant de se décider... Si elle parle delle, comme cest souvent le cas, je parle ausside moi face à la vie ». Et il ajoute: « Je ne la laisse pas trop se raconter: certaines risqueraient de ne pasrevenir après sêtre trop livrées. » Le silence aussi, de courte durée, peut avoir sa place. Cest lécouteattentive qui lautorise. Il faut savoir être à la portée de la personne dans notre manière de nous adresser à elle, de lécouterpour quelle ose poser les questions nécessaires à sa réassurance et pour faire son choix. On note aussi quecertaines ne viennent pas pour les activités mais pour parler à des « non psy » de leur crise existentielle ouautre. Le premier accueil est loccasion de nouer une vraie relation, laccueillant faisant preuve dempathietout en gardant la bonne distance. Il saura accueillir le transfert, si cela se présente.Il fera sentir au nouveau venu quil ne le juge pas. Il lui fera percevoir que dans lassociation règnent des 4 Nous constatons que nos pratiques daccueil rejoignent celles de soignants tels le psychiatre Roger Gentis: « Laccueil doit se faire neutre et rassurant : certains malades se dérobent à ce qui est explicitement soins, thérapie, médecine – à tout ce qui vise à les changer, à les modifier (donc à tout ce qui vise à une guérison : la plupart de ceux-ci refusent dailleurs létiquette de « malades »). Il y a chez eux une aspiration à la permanence et à la stabilité qui seffarouche de toute proposition thérapeutique; (...) Il faut donc, pendant fort longtemps quelquefois, accepter ces malades « tels quils sont » », et ne rien exiger deux, cest le seul moyen de garder contact, de leur garantir un minimum de vie relationnelle et de préserver lavenir. Lexpérience montre en effet que cette attitude dattente respectueuse finit presque toujours par payer : il vient immanquablement un moment où les vicissitudes de lexistence menacent le malade dans le précaire équilibre où il sétait réfugié, et cest alors vers ceux qui ont su gagner sa confiance quil se tourne pour demander secours... » (conférence en 1989).5 Le psychiatre, Guy Baillon, évoque laccueil en ces termes : C’est ainsi que souvent j’ai pris l’image de la rencontre, et j’ai insisté pour décrire ce qu’il faut déployer comme efforts si on veut qu’elle se déroule dans les meilleures conditions…Je parle de la disponibilité du soignant, de ma disponibilité, de nos regards, de la poignée de mains, de la présentation que le soignant fait de lui, je précise à ce moment-là que je fais comme si je recevais cette personne chez moi’, espérant que la personne qui souffre va faire de son côté un même mouvement, ‘comme si elle me recevait chez elle’. Cela demande un travail considérable sur soi, on ne saurait trop le minimiser ( in serpsy.org, 25ème chronique du lundi 23.04.2007). LAutre Regard – Projet dEtablissement 8
  • 13. relations simples et égalitaires à limage de ce temps déchanges. Ce premier ancrage dans la relation peutpermettre à larrivant dévoluer dans lassociation et dy tisser dautres liens. Être reconnu permet dereconnaître en retour.Toutes les valeurs sous-jacentes dès le premier accueil demeurent dans laccueil au long cours ; laccueil eneffet se prolonge dans les activités et autres espaces-temps de la vie associative en changeant de modalité.Le temps dadaptation est plus ou moins long selon les personnes.- Modalités de laccueil▪ le premier accueilIl se fait en trois temps :− un premier entretien pour connaissance réciproque,− une période dessai de deux semaines sans autre engagement pour le nouveau que de participer aux ateliers quil aura choisis lors du premier entretien,− un deuxième entretien (sur rendez-vous fixé lors du premier) avec le même accueillant pour faire le point et peut-être conclure par une adhésion.Les entretiens ont lieu pendant les permanences qui sont au nombre de 4 par semaine. Les entretiens se déroulent généralement dans un bureau mais si ce nouvel espace demande untemps « dapprivoisement », laccueil peut avoir lieu à lextérieur devant la porte, dans lentrée, debout dansle bureau, ou en laissant la porte ouverte. Disponibilité et réceptivité de laccueillant lui permettront desadapter au mieux à la personne quil accueille.Les entretiens daccueil peuvent se faire à deux: les accueillants novice et expérimenté se complètent, sansque le second soit pris pour un modèle. La force de laccueil cest aussi la singularité de chacun.Il arrive que pour le premier entretien le nouvel arrivant soit accompagné dun professionnel ou dunproche. Il sagit alors de bien faire sentir que cest le nouvel arrivant qui est concerné en sadressantdirectement à lui par exemple.▪ laccueil au long coursLaccueil des nouveaux arrivants, à tout moment de lannée, se prolonge dans les ateliers dactivités, dansles moments de convivialité et/ou les moments informels. Toute léquipe y participe. Les animateurs,avertis de larrivée dans leur atelier des nouveaux venus, ont pour eux une attention particulière afin defaciliter leur intégration dans le groupe. Lors des temps de convivialité, plusieurs responsables sontprésents. Lun deux peut quitter le groupe dadhérents pour recevoir un nouvel arrivant puisque ce sontaussi des temps de permanence. Sur ces temps vient qui veut : salariés, bénévoles, adhérents, stagiaires, aupique-nique du lundi midi qui regroupe de 10 à 15 personnes. Pour laprès-midi détente du vendredi 25 à30 personnes passent entre 14h et 18h dans une grande salle où sorganisent jeux de société, écoute de lamusique, discussions autour dun café. Le nouveau venu nest pas laissé à lécart mais on respecte aussi saréserve éventuelle. Il arrive fréquemment que des adhérents plus anciens aillent spontanément vers lesnouveaux.Laccueil se poursuit également de façon informelle avant ou après un atelier, par exemple, un peu à lécartdu groupe. Tous les jours, les responsables qui travaillent dans les bureaux sont dérangeables et disponiblespour accueillir une demande individuelle ou donner éventuellement un rendez-vous. LAutre Regard – Projet dEtablissement 9
  • 14. ▪ laccueil téléphoniqueIl a lieu aux heures de bureau. LAutre Regard porte une attention toute particulière aux contactstéléphoniques qui peuvent être de première importance pour certains adhérents.Premier jalon de la rencontre, le coup de téléphone précède parfois la première visite. Cet accueiltéléphonique est pratiqué avec autant de soin et dattention que lorsque la personne se trouve en face denous : cest souvent cette seule attention portée qui va décider la personne à venir. « Dans tous les cas, ditFrançoise, je prends un ton si possible positif. Avec une personne connue, déjà adhérente par exemple, leton est plus enjoué, comme si cétait un(e) ami(e) ». Pour Maryline6, « le téléphone permet autant ladistance que lintime... Il sagit de se rendre disponible à ces deux éventualités, et den donner des signespar notre voix et notre parole ».▪ le secret partagéNous sommes tenus à la confidentialité des propos échangés, cependant, il peut être nécessaire den fairepart à léquipe et (ou) à la régulation mensuelle. On peut alors parler de secret partagé.3.2 Être là- Fonction être làEn dehors des temps spécifiques daccueil et des temps dactivité en atelier, le rôle des responsables semanifeste aussi dans les moments informels. Ils ne doivent pas prendre là une place trop visible de leaders,il leur suffit dêtre là. Leur présence est indispensable pour établir la familiarité associative qui caractériseLAutre Regard. Cette présence disponible ne cherche pas à occuper la place, elle intervient avecdiscrétion, pour mettre du liant, pour relancer une ambiance plus vivante, pour « lordinarité ».« Être là tel que je suis, dit Bernard, tel que je serais dans nimporte quelle relation à lautre quil soitvoisin de palier, collègue de travail, ami, camarade ou étranger. Je fais partie de lespace des autres; ilsfont partie de mon espace personnel et nous pouvons entrer en interaction, ou plutôt, nous faisons alorspartie dun même espace dans lequel linteraction ordinaire est possible. » Le sujet de conversation abordénexige aucune compétence particulière. « On peut parler de la pluie et du beau temps, du match de footdhier ou du film qui vient de sortir ». La fonction essentielle de la parole est la mise en relation. Etre là,cest aussi accepter dêtre tel quel, authentique. « Si je navais pas la possibilité dêtre moi-même avec monhumour à 2 Euros, dit Françoise, le travail de lassociation me pèserait beaucoup plus. »- Modalités de la présencea) dans lassociation:Les moments informels, cest chaque fois que le lieu et le temps ne sont pas pré-affectés à une activitéprécise : – les intervalles entre les plages dactivités – la pause – café ou cigarette – le casse-croûte en commun le lundi midi – les rencontres fortuites dans le couloir – les fauteuils sécurisants de lentrée – laprès-midi détente du vendredi sans programme particulier, mais avec possibilité de jeux de société, découte de la musique, de cafétéria et bien sûr de libres discussions avec libre circulation de chacun.Au sein de lassociation, être là, cest apporter une présence discrète et disponible dans tous les momentsinformels.6 Voir annexe 4 : La pratique de laccueil et annexe 7 : Laccueil dans latelier de discussion : « Regards sur la vie » LAutre Regard – Projet dEtablissement 10
  • 15. b) dans la citéMais être là, cest aussi lexistence de LAutre Regard depuis plus de vingt ans dans la ville de Rennes :Depuis sa création lassociation tient une permanence mensuelle à lintérieur du CHGR. Les patientspeuvent ainsi sinformer sur ce lieu qui existe pour eux à lextérieur.Lexistence de LAutre Regard dans la durée est rassurante : « maintenant, dit une ancienne adhérente, jesuis bien chez moi parce que je sais que si ça ne va pas, je peux revenir à LAutre Regard ». Cette personnepointe là limportance de LAutre Regard dans sa propre histoire. Cette fonction symbolique delassociation est palpable dans de tels témoignages mais peut échapper à des critères dévaluation objectifssur lefficacité.3.3 Animer- Fonction Animer Animation est le maître-mot à LAutre Regard, animation de groupes au sein desquels chacun peutexister et évoluer librement. (ANIMER : donner vie). On ne veut à LAutre Regard ni éduquer, ni soigner. Ilsagit doffrir un espace de vie sociale et associative qui soit utilisé par les adhérents pour y déployer aumaximum leur liberté. La fonction danimation est pour cela la mieux appropriée. Elle sexerce dans lesnombreux ateliers dactivité ainsi que dans tous les moments de la vie associative. Il y a un cadre, un planning, des horaires; cela donne des repères, cest structurant, mais ce cadre estsouple, lambiance est peu contraignante, la hiérarchie peu visible.▪ Un espace de liberté Ladhérent exerce déjà sa liberté en choisissant les activités quil va pratiquer. Il est libre de venir ounon, libre de quitter lassociation, sans avoir à justifier de son départ, sans être redevable de quoi que cesoit et libre dy revenir plus tard. La liberté lui est offerte de sexprimer y compris sur lassociation. Lesanimateurs, salariés et bénévoles, sont garants du cadre, mais lappliquent avec souplesse. Si la ponctualitéest de mise en règle générale, voici ce que dit Béatrice à propos de son atelier Art et Création qui duretrois heures :"Il sagit de travail individuel, les arrivées et les départs échelonnés des personnes ne sontpas dérangeants". Les animateurs sadaptent aux adhérents. A latelier théâtre, Michel et Sylvie, co-animateurs, doivent "composer" avec les textes et adapter les pièces afin que chacun puisse avoir un rôlecar il ny a pas de sélection des participants. Chaque personne doit se sentir acceptée telle quelle est etrespectée dans sa singularité. Lanimateur ne la juge pas, pas plus quil ne juge ses réalisations, mais lesvalorise. Ainsi, Nicole, animatrice de latelier dessin-peinture, préfère le qualitatif de "travail intéressant" àtout autre comme appréciation dune œuvre. (prendre la personne là où elle en est). Lanimateur respecteaussi le rythme de chaque personne et accorde sa confiance aux adhérents. Un adhérent peut être figé dansune façon dêtre; il faut savoir se laisser étonner car un jour il peut changer. Temps et patience sont facteursde progression et dépanouissement, mais il ny a pas dobjectifs à atteindre. Chaque adhérent décide lui-même de son chemin.▪ Des animateurs attentifs Non-directifs, les animateurs(trices) laissent la place aux expérimentations dans les ateliers et danslensemble de la vie de lassociation. La prise dinitiative et de responsabilité est favorisée. On veille àmaintenir des espaces de liberté que les uns ou les autres peuvent sapproprier. Lanimateur est donc attentifà ladhérent mais il nest pas son référent. Il est davantage le référent de lactivité qui constitue un médiaentre lui et les personnes. Il est attentif au groupe qui joue un rôle de tiers7; il est également peuinterventionniste et encourage la participation. Il fait vivre le groupe et suscite la création de liens entre lesparticipants. Christian dit : "On ne dit pas à un adhérent, viens à latelier photo, on fait comme si on allaitapprendre plein de choses et en fait, tu verras, tu vas rencontrer des gens et avec un peu de chance, il va sepasser des choses entre vous et tu vas entrer en relation."7 Voir annexe 5 : Le tiers collectif LAutre Regard – Projet dEtablissement 11
  • 16. En même temps, les adhérents sont centrés sur lexpression, sur la réalisation de leur travail, quil soitindividuel ou collectif. Si une personne perturbe latelier, le groupe canalise les choses. Cest lefonctionnement souple qui responsabilise chacun et permet lautorégulation. Parfois, Nicole se met à dessiner ou peindre comme les participants de son atelier dessin-peinture.Lanimateur sait quil nest pas parfait, le reconnaît en toute simplicité, lessentiel étant quil soit"authentique" dans la relation. "Dire ses difficultés, dit Philippe, nous rend plus humain et plus accessibleaux autres". Lauthenticité favorise létablissement de relations égalitaires entre les animateurs et lesadhérents. De plus, la proximité facilite lidentification : "Savoir que les responsables avaient été soignéscomme moi, ma permis de penser que si eux y étaient arrivés, je le pourrai moi aussi" reconnaît Jean-Christophe qui a fait tout un parcours à LAutre Regard. Dabord simple adhérent, il a pris desresponsabilités et fait partie actuellement du CA et du Bureau de lassociation. Cet exemple nest pas isolé,au contraire : ce sont des adhérents qui deviennent responsables bénévoles ou même salariés pour certains.Lassociation, composée essentiellement dusagers en santé mentale, est toujours en mouvance; elle metlaccent sur les valeurs personnelles et humaines. "La personne doit se sentir valorisée pour son empreintedans lassociation, pour participer et sengager dune manière ou dune autre" dit Philippe. Pour Sylvie8,"adhérents et animateurs évoluent conjointement. Le fait dexercer une activité bénévole donne àlanimateur un sens professionnel. De même, participer au CA ou au Bureau dans cette structure qui tientde lautogestion donnent à ladhérent le sens des responsabilités ainsi quune fonction réelle". On doit fairenaître chez les adhérents, souvent réservés, lenvie de faire, dagir. Cest en sexerçant que les adhérentsdécouvrent ou redécouvrent en eux des capacités quils ignoraient ou quils croyaient évanouies. Ils ne sontpas dans la plainte car ils mobilisent leur énergie dans latelier. Il sagit bien de FAIRE oui, mais avecdautres. Pour Maryline, animatrice : "lactivité est un espace médiateur pour tricoter rencontre et plaisir".▪ Le tout collectif Quels que soient les vécus professionnels ou personnels des accompagnants salariés ou bénévoles,cest à leur capacité danimation dun groupe quil est fait appel, plus quà une technicité soignante ouéducative. La relation duelle nest pas au premier plan. Cette référence à lanimation que LAutre Regardmet en œuvre depuis 20 ans apparaît comme la moins stigmatisante, comme se rapprochant le plus dumilieu ordinaire et comme "celle qui limite les comportements pathologiques chez les adhérents"9.Dans sa fonction danimation, la présence de lanimateur a une triple signification:– présence du cadre institutionnel qui lui a confié cette responsabilité,– présence active au sein du groupe quil anime et fait vivre,– présence auprès de la personne en activité. Cest dans toute la vie de lassociation que la dimension du collectif est fondamentale. Tout, àLAutre Regard est collectif : les activités se font en groupe, les décisions importantes sont prisescollectivement, les réunions sont nombreuses, les temps de convivialité aussi : fêtes, balades, sorties. Cestlémulation du groupe qui influence la personne et laide à retrouver du désir. Cela permet daccéder "au jepar le nous". Outre le rôle de tiers que joue le groupe dans la relation adhérent-animateur 10, le collectifenrichit la vie de tous ceux qui, avant de fréquenter LAutre Regard, éprouvaient un sentiment douloureuxdisolement.8 Voir annexe 6 : Témoignage de Sylvie9 Citation empruntée à lenquête du Club des Peupliers, Paris 13ème, 1999. Voir annexe 14 : Présentation publique de LAutre Regard10 Le groupe atelier permet de réguler le transfert, cest ce que les professionnels de la pédagogie institutionnelle nomment les constellations transférentielles. Personne néchappe au transfert, à lidentification, les adhérents posent un transfert sur une personne et ou des personnes. Dans lanimation, la vie de lassociation, léquipe des responsables est vigilante à ce que le transfert ne se pose pas sur une personne uniquement et permet le transfert sur des personnes du groupe, de manière à éviter une trop grande idéalisation dun animateur. Voir annexe 3 : La Psychothérapie institutionnelle et annexe 5 : Le tiers collectif. LAutre Regard – Projet dEtablissement 12
  • 17. - Modalités de lanimation▪ Un grand choix dactivités Lassociation offre un nombre important dactivités11 : 30 activités différentes comptabilisant jusquà35 temps danimation différents par semaine, certaines activités ayant lieu plusieurs fois. On peut lesregrouper en trois catégories :– Activités dexpression : dessin-peinture – poésie – art et création etc.– Activités dapprentissage et de consolidation des acquis : français – cuisine – informatique etc.– Activités de détente : jeux de société – ping-pong – pétanque etc. Pour les adhérents qui sont accueillis en cours dannée, le choix se trouve toutefois un peu limitélorsque lannée (de septembre à juin) est bien entamée car alors des ateliers sont complets, et ils doiventsinscrivent sur liste dattente.▪ Des petits groupes dadhérents La plupart des activités, en ateliers de 2 à 3 heures regroupent de 8 à 12 ou 15 adhérents, ce quifacilite les relations interpersonnelles. Deux exceptions toutefois : latelier chant accueille un nombre plusimportant et latelier informatique naccueille que deux adhérents à la fois.▪ Des activités accessibles Les inscriptions aux ateliers sont trimestrielles : 15 euros par trimestre pour la plupart des activités.Pour ceux qui arrivent en cours de trimestre, le paiement seffectue au mois. Il y a aussi des activitésgratuites (10 en 2008). La simple adhésion (15 euros et tarif dégressif à partir du mois de mars) donneaccès aux activités gratuites et ouvre aussi dautres droits : participation aux réunions – fêtes – après-mididétente etc. Par ailleurs, lassociation accepte les passeports loisirs (aide financière des collectivitéslocales).Quelques changements interviennent chaque année au niveau du planning des activités : certaines dentreelles cessent et dautres apparaissent. Une activité sarrête si elle nintéresse plus assez dadhérents ou sipersonne nest plus là pour lanimer. Une nouvelle activité peut se mettre en place dès lors que quelquunpropose de lanimer et quelle en intéresse dautres; il faut alors trouver une salle et un créneau horaire.Pendant les mois de juillet et août, les activités habituelles cessent et un programme de lété décidé avec lesadhérents est mis en place avec des sorties, des pique-niques et autres activités de détente. Quelquespermanences sont maintenues.▪ De nombreuses réunions Outre les nombreuses activités se déroulant en petits groupes, lannée dactivités est émaillée detemps forts où se rencontrent un plus grand nombre dadhérents : veillées – fêtes – après-midi créativité etdiverses sorties : sorties culturelles – sorties au restaurant – randonnées et balades.LAutre Regard se caractérise aussi par une vie associative dense qui comporte de nombreuses réunions deréflexion et de décision tout au long de lannée. En 2007, on compte 125 réunions internes à lassociation eten externe, plus de 100 réunions ou interventions.11 Voir annexe 11 : Le planning des activités et annexe 18 : Rapport dactivités 2008 LAutre Regard – Projet dEtablissement 13
  • 18. ▪ Des activités co-animées La plupart des ateliers sont co-animés par deux personnes : un salarié et un bénévole, ou deuxbénévoles. Ce sont principalement des adhérents qui deviennent bénévoles. En 2008, on compte pour 207adhérents une équipe danimation de 29 personnes pour les ateliers réguliers dont 23 bénévoles. En raison de laugmentation du coût de la vie, le Conseil dAdministration a voté une diminution ducoût de ladhésion : (de 20 euros à 15 euros).3.4 Faire ensembleLagir ensemble est la clé de voûte de la vie de lassociation.- Fonction faire ensemble Laction est structurante pour la personne et lémulation du groupe stimulante. « Quand jaidaisdans cette animation, je ne pensais plus à ma maladie » dit Jean-Christophe, qui ajoute : « limportance dela force du groupe ma permis davoir envie de me lever certains matins ». Le groupe est porteur, aidant,pour la personne fragilisée. Lactivité faite ensemble lamène à porter un meilleur regard sur elle-même etcest en se confrontant aux autres quelle se construit. Il y a participation et partage : « tout adhérent, quelleque soit limportance de sa participation se sent acteur et coresponsable de la réussite collective » ainsique la fait remarquer Annie au sujet de la campagne « la maladie psychique : en parler un peu,beaucoup ... à la folie ».Cest un sentiment de réussite pour tous les membres de lassociation et qui rejaillit sur chacun. Une œuvrecollective est plus riche et plus aboutie grâce à la mutualisation des compétences. Le terme « ensemble » signifie quau delà des statuts de salariés, bénévoles, adhérents, stagiaires,usagers de la psychiatrie ou non, il sagit de rencontres dêtre humain à être humain. On nest pas dans unesituation où lon porte secours à lautre, mais plutôt dans le fait de se reconnaître mutuellement pour quepuisse vivre la relation. La participation à lassociation peut faire naître en soi un sentiment dappartenance à une micro-société (groupe atelier, groupe association ...) Pour Béatrice, animatrice de latelier « art et création »,« lessentiel est dans le plaisir de faire et le lien tissé entre les personnes et non dans la productiondobjets ». Ce sont tous les responsables qui partagent cette idée de limportance de léchange et du plaisirpartagé dans une ambiance conviviale.- Les modalités Toutes les activités sont organisées en ateliers (30 par semaine), regroupant chacun de 2 à 20adhérents. Ces petits groupes facilitent les relations interpersonnelles entre participants et permettent auxanimateurs de porter attention à chacun en même temps quau groupe. Dans certains ateliers, le faireensemble est primordial : atelier cuisine – atelier chant – atelier « regards sur la vie » (atelier de discussionà thèmes). Dans un atelier dactivité plus individuelle comme celui de dessin – peinture est parfois réaliséun travail collectif auquel participent ceux qui le souhaitent ou qui y sont encouragés par lanimatrice.Ponctuellement peut se développer aussi une activité inter-ateliers. La plupart des activités sont co-animées par deux personnes (un salarié et un bénévole ou deuxbénévoles), ce qui permet aux animateurs et co-animateurs de se réassurer mutuellement et de secompléter. En 2008, 35% des adhérents fréquentaient un atelier par semaine et 33% dentre eux enfréquentaient deux ou trois par semaine. Les différents ateliers et activités constituent autant de groupes offrant des ambiances différentes,autant doccasions différentes pour chacun de se situer parmi les autres. LAutre Regard – Projet dEtablissement 14
  • 19. En dehors des temps dactivité en ateliers hebdomadaires, les adhérents sont invités à participer àdes réunions de vie associative qui sont nombreuses. Réunions statutaires :Assemblée GénéraleConseil dAdministrationBureauConseil de la vie sociale Autres réunions instituées :Réunion déquipe hebdomadaireRéunion de régulation mensuelleRéunion danimateurs bisannuelleRéunion dadhérents bisannuelleRéunion séminaire - bilan de lannée, début juillet Réunions non régulières Ce sont celles qui se mettent en place chaque fois que le besoin sen fait sentir. Ainsi descommissions créées par le Conseil dAdministration, telles la commission « formation » ou la commission« salariés » se réunissent aussi souvent que nécessaire pour mener à bien leur travail. Dautres réunionsplus ponctuelles ont lieu pour organiser une nouvelle activité par exemple organiser une fête ou pourmener une réflexion (fonction club de la pédagogie institutionnelle – la chronicité et la chronicisation). Toutes ces réunions regroupent chacune un nombre variable de personnes et différentes par leurrôle et leurs centres dintérêt. Outre cette riche vie de groupes au sein de lassociation, LAutre Regard organise aussi des sortiesen groupe : ce sont des sorties culturelles (cinéma – expositions – spectacles vivants – une sortie restaurantpar mois), toujours par petits groupes. Les sorties de lété peuvent réunir un nombre plus important depersonnes, comme les sorties pique-nique. Tout au long de lannée, des membres de LAutre Regard participent à des rencontres et desréunions extérieures avec des professionnels dautres structures par exemple ou pour faire des formations12organisées par la Chambre Régionale de lEconomie Sociale, la Maison Associative de la Santé ou toutautre organisme.12 Voir annexe 8 : La formation LAutre Regard – Projet dEtablissement 15
  • 20. IV - Projet détablissement 2009-20144.1 Originalité de LAutre Regard dans le champ de la santé mentaleAu regard des paragraphes précédents, L’Autre Regard pourrait être défini : • comme service d’accueil de jour: pour ses temps d’accueil et d’écoute de personnes souffrant de troubles psychiques, ses moments de loisirs collectifs et d’ordinarité de vie sociale… • comme service de réadaptation : pour ses activités intellectuelles et artistiques maintenant ou développant les capacités et connaissances des personnes accueillies : • comme groupe d’entraide mutuelle: par l’implication des adhérents dans le fonctionnement, la participation à l’animation, l’interaction relationnelle entre pairs… • comme service d’accompagnement vers une vie sociale et citoyenne: pour la participation active d’adhérents à des travaux de recherche ou de sensibilisation sur la santé mentale et le handicap psychique, pour la valorisation de leur expérience de la maladie en expertise dans la représentation d’usagers dans les instances, dans la formation des professionnels, dans les expérimentations innovantes… Toutefois L’ Autre Regard ne peut être réduit à une seule des définitions ci-dessus, ni même à leur addition.Parce que la finalité de L’Autre Regard ne se situe pas dans une réponse à apporter à des publics ciblés,mais dans l’utilisation spécifique que fait chaque adhérent de l’association, au regard de ce qu’il estimeêtre ses besoins ;Parce que tout nouvel adhérent de L’Autre Regard est considéré comme une ressource nouvelle pour la viede l’association et non comme un problème repéré à résoudre ;Parce que la libre circulation entre les diverses activités de L’Autre Regard sont autant d’opportunités,dans un lieu familier, pour oser, prendre des risques, s’essayer à… mais aussi changer, arrêter unprojet… sans pour autant ressentir cela comme un échec ;Parce que les membres de L’Autre Regard ne sont pas des usagers d’un service, mais des adhérentsassociés aux décisions et au fonctionnement dont ils peuvent devenir eux-mêmes les animateurs ou lesresponsables ;Parce que les origines et formations diverses des responsables qu’ils soient salariés ou bénévoles sontautant d’opportunités offertes aux échanges et interactions relationnelles. En conséquence, et saisissant l’opportunité offerte par la loi 2002-2 du 2 janvier2002, le projet d’établissement 2009 – 2014 visera à solliciter le classement de L’AutreRegard dans l’action sociale et médico-sociale comme ’’établissement à caractère expérimental’’13.13 Alinéa 12 de l’article 15 modifiant l’article L.312-1 du code l’action sociale et des familles LAutre Regard – Projet dEtablissement 16
  • 21. 4.2 Caractéristiques générales du caractère expérimental En s’appuyant sur son expérience et son savoir faire, L’Autre Regard se propose dans son projetd’établissement (2009-2014) d’essayer d’explorer et de développer le concept de « soignances profanes etcollectives », concept introduit notamment par la Fédération d’Aide à la Santé Mentale Croix-Marine14. Lacaractéristique générale du projet étant d’offrir aux personnes souffrant de fragilités psychiques un cadresollicitant leurs propres capacités de sujets à se rétablir dans un mieux-être personnel et à développer unevie sociale et citoyenne satisfaisante.Cheminement de « rétablissement » ou encore d’ « empowerment » que Marc Delabarre et ÉricPlaisance15 traduisent ainsi :« processus social par lequel une personne accroît son pouvoir, l’emprise ou le contrôle sur sa propresituation et contribue à des changements sociaux qui permettront d’améliorer ses conditions de vie et cellede ses pairs ».Cette définition permet de cerner la double dimension de l’empowerment à savoir :. D’une part viser à se rétablir comme acteur de sa propre trajectoire (enjeux individuels),. D’autre part, générer des pratiques et des savoirs qui s’avèrent bénéfiques pour l’ensemble du collectifconcerné (enjeux sociétaux).4.3 Indicateurs de pertinence du projet- Éléments contextuels favorablesLa loi de 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale souligne la place que doivent prendre lesusagers dans les instances les concernant et leur reconnaît une qualité d’expertise sur leur propre situation.Dans le champ de la santé mentale, plusieurs pays se sont engagés dans la mise en œuvre d’actions d’aidepar des pairs au sein mêmes des lieux de soins traditionnels. L’introduction des Groupes d’EntraideMutuelle dans le plan de santé mentale est une incitation à développer en dehors des hospitalisations deplus en plus courtes une continuité de ce type de soins au sein d’un collectif de pairs.- Antériorité de l’expérience de L’Autre RegardLa vingtaine d’années de fonctionnement de L’Autre Regard a permis à ses membres de s’impliquer dansla conceptualisation et l’avènement des Groupes d’Entraide Mutuelle : analyse de son proprefonctionnement16, analyse du fonctionnement d’une quinzaine de clubs Fnap-Psy17, interventions auMinistère de la Santé le 15 octobre 2004, production de documents sur la fonction d’animation…Aujourd’hui, plus de 300 GEM couvrent le territoire national. On peut s’en satisfaire et en rester là, maison peut aussi penser que cette antériorité d’expérience, que L’Autre Regard partage avec une quinzained’autres ‘’clubs’’, leur confère l’exigence de poursuivre la réflexion et de préparer pour les GEM qui lesouhaiteraient des perspective d’évolution.14 « Itinéraires singuliers en santé mentale – soins institués et soignances profanes. » - PRATIQUES en santé mentale N°1 - 54ème année - Février 2008.15 Lesain-Delabarre J.M. Plaisance E. « Le rapport aux institutions des parents d’enfants en situation de handicap » Informations sociales –Handicap et familles N°112 décembre 2003 pp 96 à 101.16 Atelier de Recherche Action Coopérative « L’autre Regard, pourquoi ça marche ? comment ça marche ? » (mars 2003)17 Voir annexe 25 : Journal des clubs FNAP-Psy, « Première enquête-analyse des clubs FNAP-Psy », pages 11 à 18, oct. 2004 LAutre Regard – Projet dEtablissement 17
  • 22. - LAutre Regard : terreau dinnovations Par sa dynamique et son esprit de liberté, lassociation LAutre Regard constitue un terreau fertilepropice aux innovations. Dans ses premières années lassociation a vu naître en son sein puis sen détacherun service daccompagnement. Plus récemment est née lassociation « Coop.1 Services » qui pendant un ana expérimenté la faisabilité dune société coopérative dintérêt collectif rendant le monde du travailaccessible aux handicapés psychiques. Et, faisant encore partie de LAutre Regard, citons le café citoyen deLAntre 218, qui est un GEM (Groupe dEntraide Mutuelle).- Habitude de savoirs partagésNous avons vu dans les pages précédentes la place accordée, dès la création de L’Autre Regard, auxsavoirs des personnes directement concernées mais également aux mouvements d’usagers, de parents ou deprofessionnels. Ce partage des savoirs s’est concrétisé localement par la création d’Acteurs en SantéMentale19 et du Collectif des GEM de l’Ouest20, mais également la participation d’un représentant deL’Autre Regard à des travaux nationaux ou européens tels que. Les travaux du CCOMS21 de LILLE sur les pairs aidants22,. Les analyses sur la pairémulation du GFPH23,. Les travaux du projet européen ECLAS24 sur les pratiques collectives.4.4 Encadrement de lexpérimentationa) Textes de référence.Le cadre législatif de l’expérimentation est fixé par la loi 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’actionsociale et médico-sociale dont l’article 2 décrit précisément la philosophie générale.Article 2 .Il est inséré, dans le code de laction sociale et des familles, un article L. 116-1 ainsi rédigé :« Art. L. 116-1. - Laction sociale et médico-sociale tend à promouvoir, dans un cadre interministériel,lautonomie et la protection des personnes, la cohésion sociale, lexercice de la citoyenneté, à prévenirles exclusions et à en corriger les effets….»L’alinéa 12 de l’article 15 de la même loi autorise les établissements expérimentaux.Article 15 modifiant l’article L.312-1 du code de l’action sociale et des familles :Larticle L. 312-1 du code de laction sociale et des familles est ainsi rédigé : « Art. L. 312-1. - I. - Sont desétablissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et lesservices, dotés ou non dune personnalité morale propre, énumérés ci-après :…« 12° Les établissements ou services à caractère expérimental. »18 Voir annexe 12 : Le GEM LAntre - 219 Voir annexe CD 20 : Lettre « Acteurs en Santé Mentale » N°120 Initiative rassemblant des membres des 3 fédérations UNAFAM, Croix Marine et FNAPSY. Voir annexe 9 : Les actions militantes en Santé Mentale : opérations publiques (campagne de déstigmatisation) et annexe 10 : Le collectif GEM Oeust21 Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé – direction Dr Jean-Luc ROELANDT.22 Rappelons également que le Pôle 4 du programme prévisionnel d’actions 2002-2005 des Centres Collaborateurs de lOrganisation Mondiale de la Santé (CCOMS, France) pour la recherche et la formation en santé mentale, préconisait : « • Valoriser les expériences françaises pilotes en créant un réseau d "expériences pilotes en santé mentale communautaire". • Impulser et alimenter une réflexion nationale sur lexistence dun réseau national dexpériences pilotes en santé mentale communautaire... »23 Groupement Français des Personnes Handicapées – président Jean Luc SIMON.24 Évaluation des Compétences et des Logiques d’Acquisition de Savoirs - FSE EQUAL – Collège Coopératif en Bretagne - direction Alain PENVEN. Voir annexe 24 : Détermination collective et innovation en intervention sociale LAutre Regard – Projet dEtablissement 18
  • 23. La circulaire DGS/MILDT/SD6B N° 2006/462 du 24 octobre 2006 a fixé à partir de cet article 15 uncadre d’expérimentation de « communautés thérapeutiques en vue de diversifier l’offre de soins » pourun « public de consommateurs dépendants à une ou plusieurs substances psycho-actives »… « avec laspécificité de placer le groupe au cœur du projet thérapeutique et d’insertion sociale ». L’annexe 2 decette circulaire qui dresse un cahier des charges de ce type d’établissements expérimentaux pourrait servirde source d’inspiration à la préparation d’un cahier des charges pour des établissements accueillant dans lemême esprit un public de personnes souffrant de troubles psychiques.b) Les contours de la composante « thérapeutique » de l’expérimentation.La dimension thérapeutique vise à favoriser le « processus social par lequel une personne accroît sonpouvoir, l’emprise ou le contrôle sur sa propre situation » et peut ainsi espérer se rétablir comme acteurprincipal de sa trajectoire de vie.Les éléments propices à un tel processus ont été observés et décrits dans ce que la psychothérapieinstitutionnelle nomme la fonction club. Nous avons pu constater en préparant ce projet d’établissementque les pratiques développées au sein de l ‘Autre Regard font déjà plus ou moins référence à certainsd’entre eux. Pour mieux les identifier et en évaluer la mise en œuvre nous reprendrons la grille des 8caractéristiques principales de la fonction club proposée par la psychiatre Béatrice Benattar25 :1. Soigner l’ambiance : lutter contre la pathoplastie26, accueillir la convivialité hésitante des psychotiques,très sensibles aux entours, composer un paysage polyphonique.2. Faciliter la désaliénation : par le statut associatif qui permet initiative et responsabilisation desmembres adhérents, par l’institution de rapports transversaux, par la distinction entre statuts, rôles etfonctions permettant de reconnaître la fonction soignante de chacun.3. Soutenir la position de sujet désirant : créer une tablature institutionnelle d’espaces et de tempsdiversifiés, développer un réseau symbolique d’échanges, dans lequel on peut circuler librement, vers unereconquête de la parole et de l’action.4. Instituer le groupe associatif et soutenir son élaboration à partir des relations qui s’y nouent et desconcepts de collectif, de constellations transférentielles, de la multiplicité des rencontres…5. Dessiner une architecture d’espaces différenciés, construire un puzzle hétérogène ménageant desespaces interstitiels sensibles aux moindres détails.6. Constituer un point d’ancrage, qui tient et soutient sur le long cours (fonction scribe et fonctionphorique).7. Réaliser une passerelle, un carrefour entre les différentes institutions, lutter contre les effets de clivage,les cloisonnements.8. Mener un travail d’ouverture sur l’extérieur..c) Compétences extérieures, réseaux et partages d’expériences.Un comité de parrainage (ou conseil scientifique) du projet pourrait regrouper les compétences demembres des administrations concernées, de membres du sanitaire et des praticiens mais également demembres chercheurs en sciences sociales.Par ailleurs la fédération Croix Marine compte dans ses adhérents une dizaine de services ouétablissements à l’antériorité et au développement similaires à L’Autre Regard. Un partage d’observationset une mise en réseau de ces services ou établissements pourrait être pertinent. Nous répondrions alors à laseconde partie du concept d’empowerment à savoir : que les adhérents de ces structures puissent« contribuer à des changements sociaux permettant d’améliorer leurs conditions de vie et celle de leurspairs ».25 « Actualités des clubs thérapeutiques et groupes d’entraide mutuelle » VST n° 95 200726 « ça veut dire la fabrication de la pathologie par le milieu » Jean OURY LAutre Regard – Projet dEtablissement 19
  • 24. V – ÉvaluationRemarque générale.Les travaux préparatoires et la rédaction du projet d’établissement ont fait apparaître une assez forteréticence à rentrer dans les logiques d’évaluation. Il nous faut examiner la double origine de cette réticencede la part des personnes exerçant une responsabilité dans l’association, qu’elles soient d’ailleurs salariéesou bénévoles.En premier lieu, décrire son activité en termes de bienveillance, d’attention aux adhérents semble plusvalorisant que de la décrire en termes d’efficacité, de résultats à atteindre, qui ont en arrière plan desconnotations de jugement sur son action.En second lieu, parler d’efficacité reviendrait à dire que lorsque on n’atteint pas le but recherché, on a dûse tromper, on est en échec et on devient responsable de cet échec. Il faudrait alors changer de logique etreprendre les logiques habituelles ailleurs d’analyse des besoins de l’adhérent, d’écriture d’un projetpersonnalisé et d’évaluation de la réalisation ou non de ce projet. Or ces logiques seraient, nous l’avons vu,contraire à l’éthique générale de L’Autre Regard qui fait de l’absence même de projets sur les personnesaccueillies une des clés de leur éventuel rétablissement.Rappelons le cadre général du rétablissement qui est de permettre aux personnes de se rétablir. L’actiondes animateurs et responsables de l’association et de la structure dans son ensemble peut alors être évaluéesur les moyens mis en œuvre pour que ce rétablissement puisse éventuellement se produire.5.1 Conforter les acquis de la situation actuelleUne avancée remarquable s’est produite lorsque les personnes impliquées dans la préparation du projetd’établissement sont passées de la description de leurs attitudes personnelles dans le fonctionnementgénéral de l’association au regroupement de ces attitudes en chapitres déterminés par des fonctions : lafonction accueillir, la fonction être là, la fonction animer et la fonction faire ensemble. On sortait ainsidu descriptif d’attitudes bienveillantes pour aborder l’intention, la finalité de ces attitudes.Cette prise de conscience s’est produite au moment où il a été demandé aux responsables qui lesouhaitaient d’écrire avec leurs propres termes, le sens qu’ils donnaient à la façon danimer leurs ateliers ouà leurs attitudes vis-à-vis des adhérents. On a pu découvrir alors que ces écrits pouvaient avoir des pointsde convergence avec des écrits savants (parfois trop d’ailleurs) sur la fonction « thérapeutique » de cesattitudes ou actions.Dans un contexte de fragilité psychique ou plus encore de pathologies sévères, il n’y a pas la mêmeincidence à dire : l’accueil se fait dans un esprit d’écoute, d’attention, de respect de la personne (valeursdéjà très importantes de bienveillance) et à dire : « Le premier accueil est un moment très important, il y ale plaisir de la rencontre ». La seconde formulation porte en elle l’acceptation et la capacité de deux sujets,traités à égalité, à rechercher la rencontre. Dans la première formulation, il y a protocole d’accueil, dans laseconde, il y a intention, donc finalité de l’attitude. On découvre alors que des professionnels du soindécrivent cette attitude comme soignante : « je fais comme si je recevais cette personne chez moi, espérantque la personne qui souffre va faire de son côté un même mouvement, comme si elle me recevait chez elle »Guy BAILLON, psychiatre qui ajoute cependant : « Cela demande un travail considérable sur soi, on nesaurait trop le minimiser ».Pour chacune de ces 4 fonctions repérées (accueillir, être là, animer, faire ensemble), il conviendradonc dans l’autoévaluation d’en vérifier la présomption d’existence et surtout la signification qui leurest donnée en les rapprochant des textes dits savants. LAutre Regard – Projet dEtablissement 20
  • 25. 5.2 Exploration, validation de la fonction clubLes recherches actuelles menées en France sur la place et le rôle de pairs comme aidant à unrétablissement pêchent par une trop grande conformité avec des modèles anglo-saxons qui necorrespondent pas forcément à notre culture et l’histoire de notre action sanitaire et sociale. Les modèlesanglo-saxons fondés le plus souvent sur un programme dont l’aidant est chargé de la mise en œuvrefinissent, chez nous, par rétablir le déséquilibre stigmatisant entre celui qui sait et celui qui ne sait pas,celui qui préconise et celui qui exécute etc. Le bénéfice « soignant » d’une relation de sujet à sujet,d’égalité entre pairs finit par laisser place soit à la dépendance, soit au rejet27.Y- a-t-il place pour un modèle français qui puisse éviter ces écueils28? La fonction club qui a preuve de sonintérêt en milieu sanitaire porte déjà l’accent sur le rôle fondamental du collectif dans une démarche derétablissement. Il faut aujourd’hui, en s’appuyant sur cet héritage, revisiter cette fonction au regard desconcepts nouveaux d’entraide entre pairs et de soignances profanes (fondement des communautésthérapeutiques citées plus haut).Dans chacun de ces items de la fonction club, nous effectuerons un travail similaire à celui des 4 fonctionsgénérales, pour en valider la présomption d’existence ou non et ensuite pour la période 2009 – 2014, nouschoisirons les trois items : « soigner l’ambiance », « faciliter la désaliénation » et « mener un travaild’ouverture vers l’extérieur ».5.3 Réponse aux besoins des groupes sociauxLa loi 2002 rappelle que l’action sociale et médicosociale « repose sur une évaluation continue desbesoins et des attentes des membres de tous les groupes sociaux ».Ces attentes et ces besoins sont essentiellement exprimés par les associations et les pouvoirs publics.L’évaluation devra prendre en compte cette exigence en répondant aux référentiels établis par les servicessociaux des administrations concernées. En interne, l’avis du Conseil de la vie sociale sera sollicité tout au long du processus d’autoévaluation. Mais une autre réponse à ces attentes et besoins apparaît dans le seconde dimension de l’empowerment décrite plus haut : « générer des pratiques et des savoirs qui s’avèrent bénéfiques pour l’ensemble du collectif concerné (enjeux sociétaux) ». D’où lintérêt de s’entourer de ce Comité de parrainage (ou Conseil de sages ou Conseil scientifique) qui pourrait comprendre des compétences en sciences sociales.27 Voir dans le N°133 de Santé mentale décembre 2008 l’article Le pair aidant, l’espoir du rétablissement, page 72.28 Le 24 novembre 2003, un des promoteurs du programme pairs aidants au Québec écrivait à un animateur de L’Autre Regard:«jai toujours pensé quavec les préoccupations sociales propres à votre culture française, vous étiez en mesure datteindre des résultats similaires, sinon supérieurs à ceux que jobserve par exemple ici au Québec,» Daniel GELINAS Agent de recherche au sein de lAxe de recherche en psychiatrie sociale du Centre de recherche Fernand-Seguin de lHôpital Louis-H. Lafontaine affilié à lUniversité de Montréal LAutre Regard – Projet dEtablissement 21
  • 26. ANNEXES LAutre Regard – Projet dEtablissement 22
  • 27. Annexe 1 29 La représentation des usagers de la psychiatrieLe collectif des usagers a démarré en 2000, regroupant des adhérents de LAutre Regard intéressés par les questionsde santé mentale. Il répond à une demande des adhérents dune action plus militante en revendiquant pour les usagersde la psychiatrie toute leur place dans la société civile, et dabord leur droit à la parole pour manifester leurcitoyenneté, en particulier dans les instances officielles des domaines sanitaire et social.La représentation des usagers dans des instances par des adhérents de LAutre Regard autorisée par les Ordonnancesde 1996, a pris de plus en plus dimportance au cours des années et cest en 2007 que lassociation a été agréée par laPréfecture pour la représentation des usagers. Citons les principales représentations assurées : – CHGR : CA (Conseil dAdministration)– CRUQ (Commission de Relation avec les Usagers et de la Qualité de la prise en charge) – CDHP : 35 et 29 (Commission Départementale des Hospitalisations Psychiatriques) – Thébaudais (Foyer de postcure psychiatrique) : CRUQ – Commission Régionale de Concertation en Santé Mentale (auprès de lARH) – CRU : Comité Régional des usagers – CISS Bretagne (Comité Interassociatif Sanitaire et Social) – ESAT des Maffrais : CA (Établissement Spécialisé dAide par le Travail) – FNAPSY : CA et représentation régionale (Fédération Nationale des Patients en Psychiatrie)En outre, des membres du collectif dusagers interviennent en divers lieux, par exemple : – dans la formation du personnel soignant à la demande de plusieurs IFSI (instituts de formation aux soins infirmiers) : Quimper, St Brieuc, Dinan – dans la préparation et le déroulement de la SISM (semaine dinformation sur la santé mentale)Être représentant des usagers dans une instance, nécessite de pouvoir sappuyer sur le collectif qui a regroupé 10 à 20personnes se réunissant toutes les semaines pour décider ensemble comment répondre aux différentes sollicitations(dassociations, de particuliers, dinstitutions) et pour mettre en commun les différentes expériences des uns ou desautres dans le cadre de représentations des usagers ou de la participation à diverses réunions, pour réfléchir ensembleaussi à différentes questions dactualité dans le domaine de la santé mentale et du secteur social.Lactivité du collectif a été assez dense tant quil a pu bénéficier du soutien dune salariée à temps partiel en contrataidé. Celle-ci assurait notamment la maintenance dun fond documentaire. Il est regrettable que lagrément pour lareprésentation des usagers ne saccompagne daucun financement; nous savons par expérience quil est nécessairepour assurer cette fonction de représentation de se former de façon continue et de pouvoir sappuyer sur un groupe.Le collectif dusagers a été aussi la cheville ouvrière de la campagne de déstigmatisation « en parler un peu,beaucoup … à la folie » qui a été présentée au public en 2006 (voir lannexe relative aux actions publiques dedéstigmatisation).Actuellement, les membres du collectif qui siègent bénévolement dans des instances ayant besoin de partagerinformations et ressentis de leurs expériences, les échanges se font en lien avec lassociation “Coop 1 Services” quipartage notre intérêt pour toutes actions visant à redonner une place de citoyen actif aux adhérents.29 Plusieurs représentants dusagers de lassociation se sont exprimés dans un article intitulé : « Représenter les usagers de la psychiatrie : réflexions préalables », paru dans la revue Pratiques en Santé Mentale N°2, 2002. LAutre Regard – Projet dEtablissement 23
  • 28. Annexe 2 Les moyens de lassociationNous nabordons pas ici les moyens à disposition de LAntre 2. (Voir en annexe la présentation du GEM LAntre 2). 1 - Les moyens humains En 2008, léquipe dencadrement est constitué de 44 personnes : 35 bénévoles majoritairement, usagers de lapsychiatrie, cumulant en heures de travail léquivalent de 5 postes à temps plein et7 salariés en Contrat à Durée Indéterminée totalisant 6 équivalents temps plein (un directeur – une secrétaire-comptable et5 animateurs(trices). Pour les salariés nous nous référons à la convention collective de lanimation.Lassociation accueille de nombreux stagiaires chaque année, une dizaine en 2008. Leur accueil représente une chargeassez lourde, mais aussi des avantages appréciables : il participe à notre objectif général de faire changer le regard de lasociété sur la maladie mentale, il élargit le champ de relations des adhérents qui apprécient cette présence, il est sourcedéchanges souvent très riches. Les stagiaires nous renvoient une image souvent pertinente de nos objectifs et de nospratiques, ressentie par des observateurs « neutres ».Nous faisons aussi appel à des « services extérieurs » pour des tâches précises :–la supervision des responsables salariés et bénévoles dans leurs relations avec les adhérents est assurée par unpsychologue thérapeute (Voir chapitre III – E) Se former).–limportance de la comptabilité nous oblige depuis 6 ans à faire appel aux services dun cabinet comptable, et depuis2007, à un commissaire aux comptes. 2 – Les locauxNous disposons en 2008 dun local principal où se situe notre siège social et de 2 locaux annexes, tous en location.Le local du 2 square de la Rance, géré par lAPRAS, comprend 4 bureaux. Nous disposons en outre depuis novembre 1998d’une salle d’activités spacieuse (85 m²) où se déroulent la plupart des ateliers et où nous avons fait divers aménagements.Elle est utilisée presque continuellement.Un local associatif est loué depuis 1997 square Charles Dullin, cest-à-dire dans le quartier sud de Rennes, constituant undeuxième pôle de notre présence dans la ville. Il comporte une salle d’activité de 60 m², un labo-photo et un petit bureaudaccueil. Il s’y déroule chaque semaine 6 ateliers et un après-midi de permanence-détente.Un local commercial très voisin de notre siège (8 square de la Rance) est loué depuis mars 2002 pour recevoir les activitésinformatiques et accueillir quelques ateliers.Pour les activités demandant un matériel particulier (cuisine, relaxation) ainsi que pour la fête, des salles sont louées dansdivers équipements sociaux.–Intérêt d’utiliser des locaux différenciés :Lannexe de LAutre Regard située square Charles Dullin dans le quartier Bréquigny/Champs-Manceaux, abrite essentiel-lement des ateliers de travaux manuels (cuir, mosaïque, collage, modelage, photo) ainsi quun après-midi « détente- jeuxde société », une fois par semaine. Ce lieu est suffisamment éloigné du siège pour avoir sa vie propre. Dailleurs les adhé-rents qui le fréquentent (ils sont une trentaine) se rendent rarement au square de la Rance. Ce sont les animateurs qui fontle lien avec le siège. Labsence de tout travail administratif et laspect « atelier » du local contribuent à y créer une am-biance plutôt informelle appréciée par les participants aux différentes activités.L’association utilise depuis l’origine plusieurs lieux pour ses activités et aujourd’hui 7 adresses différentes sontnécessaires à notre fonctionnement.Cette pratique de répartir les ateliers en de multiples lieux offre une dimension de choix supplémentaires (à celle del’activité elle-même), elle permet aussi une circulation entre des espaces ayant leurs propres identités et propose pourcertains une intégration dans un lieu tout public. 3 - Le matériel- le club de loisirs :Le matériel informatique est important avec 7 ordinateurs (dont un portable) et leurs accessoires (imprimantes,scanners...). En 2008 nous avons remplacé une imprimante laser.Il s’y ajoute pour les ateliers : un poste de télévision, un magnétoscope, un camescope, deux appareils photo, une mini-chaîne CD-cassettes, deux machines à coudre, une table de ping-pong, quelques instruments de musique, un four à poterie,un véhicule de 9 places. En 2008, nous avons fait l’acquisition d’un deuxième poste CD-cassettes pour les besoins denouvelles activités. Nous disposons également d’une photocopieuse en location. LAutre Regard – Projet dEtablissement 24
  • 29. 4 - Les moyens financiersA sa création (novembre 1985) lassociation fonctionnait avec très peu de fonds, un bénévolat très dynamique et desactivités peu coûteuses.Il faudra attendre 8 ans (avril 1996) pour avoir une convention avec le Centre Hospitalier Spécialisé (Guillaume Régnier)qui permettra demployer un permanent en CDI.Les autres postes sont pourvus par des contrats aidés.Cest plus de 15 ans après sa création (janvier 2001) que LAutre Regard passe un « contrat dobjectifs » avec le ConseilGénéral dIlle-et-Vilaine et est reconnu comme « service daccueil de jour ».Le financement permettra de transformer progressivement les contrats aidés par des emplois en CDI.Plus tard, en 2005, lassociation recevra des moyens supplémentaires de lÉtat pour son fonctionnement, et pour la créationdu GEM LAntre-2.Aujourdhui les comptes 2008 font apparaître une situation financière saine avec une trésorerie suffisante pour attendre lesversements tardifs de lÉtat concernant le GEM LAntre-2 (versement courant novembre pour lannée civile en cours).Principales subventionsTOTAL 333 712,00 €Centre Hospitalier Guillaume Régnier 29623,00 €Conseil Général 35 158722,00 €Ville de Rennes – Fonds Globaux 3596,00 €Ville de Rennes – Fonds Finalisés 2000,00 €FONJEP 7271,00 €CPAM 4000,00 €Conseil Général 35 - LAntre-2 Café 7000,00 €Ville de Rennes – LAntre-2 Café 5000,00 €DRDJS 4000,00 €DDASS GEM Jeunes LAntre-2 75000,00 €DDASS GEM consolidation Club de loisirs LAutre Regard 37500,00 € LAutre Regard – Projet dEtablissement 25
  • 30. Annexe 3 La psychothérapie institutionnelle« Lhomme ne vit pas dans un milieu ou un environnement auquel il doit sadapter, sinon périr. Lhomme habite un monde quilconstruit avec les autres hommes » (François Tosquelles30, 1912-1994).La naissance du mouvementLe travail de Philippe Pinel (1745-1826) marque une réorientation de la psychiatrie, portée par une volonté nouvelle de mettre en avantles qualités humaines des agents de soin. La Seconde Guerre transformera radicalement la structure de lhôpital psychiatrique : « Ilaura fallu attendre que les soignants soient soumis à des conditions de vie comparables à celles des patients et constater la mort de lamoitié des patients hospitalisés en France » (Pierre Delion31). Jean Oury32 témoigne de ce fait : « La même expérience vécue lors de lapersécution (...) par certains psychiatres et membres du personnel soignant va révéler, dans un contexte de sympathie publiqueétendue, les analogies entre la structure interne des asiles et les camps de concentration ». Les événements ont suscité une « attitudenouvelle à légard des patients : le respect, la sollicitude, lintérêt, leur reconnaissance en tant que personne ».Émerge alors la psychothérapie institutionnelle, dynamique collective en questionnement plutôt que « code de bonnes pratiques ». PourPierre Delion et Christophe Chaperot33 : « La psychothérapie institutionnelle est une manière de pratiquer et de penser » ; elle« nexiste pas : il sagit dun mouvement, dune orientation, dune invention de chaque jours et chaque minute, mais aussi et surtoutdun engagement humaniste et vitaliste ». Aujourdhui, le mouvement perdure et se développe en rupture avec la gouvernance. « Silhôpital veut soigner les autres, il doit dabord se soigner lui-même », afin de « lutter contre les ségrégations et violences faîtes àlencontre des malades mentaux » défendent encore les porteurs du mouvement.Reconsidérer les relations dans linstitution hospitalièreDe nombreux hôpitaux fonctionnent sur un mode bureaucratique de gestion de personnel, des missions et des demandes : leresponsable concerné est sensé savoir ce qui est bon pour lensemble. « Les possibilités de développer des initiatives sont directementcontrées par le système hiérarchique et administratif. Tout amène très vite un patient qui a tenté de mettre en pratique sa liberté decirculer à se trouver considérer comme un gêneur... » observe Pierre Delion. Jean Oury rappelle encore que « on apprenait ainsi dansun asile à être un bon malade, comme on y apprenait à devenir un bon gardien, un bon infirmier, un bon médecin... ».« Une institution est un ensemble dont chacun des membres acquiert une valeur – ou en change – seulement en rapport avec lamouvance et la forme de lensemble, et où du même fait, nimporte quelle modification dun élément particulier retentit et produit deseffets sur lensemble et sur chacun des éléments » (J. Oury). Chaque membre de linstitution hospitalière, agent de soin ou patient,évolue et agit en interdépendance avec les autres. Prendre conscience de cette réalité implique que « chaque membre du groupe soitconsidéré comme un agent thérapeutique ». Chaque « responsable » est ainsi enjoint à mobiliser « lentièreté de ses compétences dansla durée de la relation plutôt que de lengager à demander son avis à un expert (...) ». Les frontières entre catégories de statuts et defonctions sont ainsi brouillées : « la pratique de groupe mêle non seulement infirmiers et médecins, mais plus généralement soignantset soignés ». Au lieu du seul thérapeute, le patient rencontre le groupe en tant que « chaîne » relationnelle – dans sa dimension socialeet symbolique – profitant dautant de possibilités de réaffirmer sa propre identité dans le regard dautrui et à ses propres yeux.Lhétérogénéité des activités, des groupes, des espaces, ainsi que le souci de transversalité ouvrent « la possibilité aux individus de seservir du groupe comme dun miroir » (René Lourau34). En dautres termes : « linstitution est le chaînon manquant entre le sujet et lesautres » (P. Delion).Recouvrement de la position de sujet et dacteursLinstitution a ainsi pour fonction première « dintégrer cet homme non intégrable, et ceci, non en lui présentant un cadre tout fait danslequel il doivent se perdre, mais au contraire en modifiant les cadres antérieurs, à la mesure de sa personne » (Deuleuze). Cetajustement implique de rendre possible des « actes qui développent la propre initiative des patients et leur participation active »,notamment par lergothérapie. Fernand Oury, pédagogue, parle de « non directivité », permettant « de démolir la structure dun groupequi se fige », autant que « dattaquer les systèmes de défense qui bloquent la communication ». Ainsi, le projet-limite de linstitutionthérapeutique est lautogestion, une « co-construction » de lespace à vivre. Daprès J. Oury, là où la prise en charge conduit plutôt à un« sentiment de perte dune activité propre », « de dépersonnalisation » ou au sentiment « dêtre influencé de lextérieur », linitiativeréactive « lidée dun processus, avec toutes ses possibilités dynamiques » évoqué par Delion. Il est question dune thérapie qui faitappel au « noyau commun et fondateur de lhumain, aux antipodes dune nosographie construite sur la différence ».30 Propos rapportés par Pierre Delion, puis, plus loin, extraits de « Encore quelques précisions sur le psychothérapie institutionnelle », Soins Psychiatriques n°9, mai 1981. François Tosquelles (1912-1994), psychiatre catalan pionnier de la psychothérapie institutionnelle se fait connaître pour son travail au sein de lhôpital de Saint-Alban (Lozère) puis à la clinique de La Borde (Loir-et-Cher) à la fin de la seconde Guerre Mondiale.31 P. Delion, « Soigner la personne psychotique », Dunod, 2008. P. Delion (1950-...) est pédopsychiatre, psychanalyste et professeur au CHRU de Lille.32 Propos rapportés par P. Delion. Jean Oury (1924-...) est psychiatre et psychanalyste, notamment fondateur de la clinique de La Borde (Loir-et-Cher). Avait déjà profité des enseignements de F. Tosquelles en tant quinterne à la lhôpital de Saint-Alban en 1947.33 Christophe Chaperot, « La Moindre de Choses. A propos de Soigner la personne psychotique de Pierre Delion », Lévolution psychiatrique 73, 2008. C. Chaperot est médecin chef du 6ème secteur de lhôpital dAbbeville (Somme).34 René Laurau, « Lanalyse institutionnelle », Éditions de Minuit, 1970. R. Laurau (1933-2000), sociologue et intellectuel français. A enseigné la sociologie (1994), puis les sciences politiques et les sciences de léducation (1999) à luniversité Paris VIII. LAutre Regard – Projet dEtablissement 26
  • 31. Annexe 4 Pratique de laccueil1°) accueil des nouveaux - accueil téléphonique, premier jalon de la rencontreIl y a la plupart du temps un contact téléphonique au préalable, une conversation plus ou moins étoffée qui pose déjà lesbases de la rencontre : présentation succinte, parfois mutuelle, formulation de la demande dactivités, déchanges avec lesautres, prise de rendez-vous.La personne téléphone souvent pour voir, ou plutôt pour entendre, quelque chose. Entendre quoi ? Le téléphone permetautant la distance que lintime, il offre donc demblée ces deux modalités dêtre. Il sagit de se rendre disponible à ces deuxéventualités, et den donner des signes par le seul truchement qui se présente alors : notre voix et notre parole.Cet accueil téléphonique doit être pratiqué avec autant de soin et dattention que lorsque la personne se trouve en face denous. Cest souvent cette seule attention portée qui va décider la personne à venir. - Recevoir : lentretien daccueilPuis vient le pas souvent difficile à faire pour le nouveau venu : franchir la porte de lassociation où nous lattendons.Reprise des éléments apportés au téléphone ou/et présentation de part et dautre (salarié, bénévole, animateur ... ). Certainsne savent pas où ils arrivent ... et pensent à un nouveau lieu de soin. Il faut donc présenter lassociation, avec parfois unbref historique (éventuellement ses valeurs, ses buts...), présentation qui lui permet de choisir une activité en connaissancede cause, et déviter parfois une écoute excessive de la personne.Parlant de lassociation, laccueillant doit éviter de donner trop dinformations. La personne reçue nest souvent pas enmesure de les mémoriser. Leur excès peut ajouter à son malaise. On pourra lui laisser une plaquette quelle lira chez elle.Après avoir présenté succintement lassociation, il faut donc choisir ces informations, se centrer sur les activités. Préciserquon vient dabord pour essayer, deux ou trois fois, les activités choisies.Être accueillant : être si possible souriant et faire sentir à la personne quelle est la bienvenue, en nouant une premièrerelation chaleureuse, que dans lassociation on ne regarde pas la maladie mais lhumain avec ses ressources mobilisables.Le nous que nous formons dêtre ensemble est une alternative proposée à la solitude de chacun : adhérents, animateurs,bénévoles et salariés. Il sagit de faire naître en lautre, peu à peu, lenvie de nous rejoindre. Il y a, ici, une place pour quivient avec sa demande, ses attentes ou son manque de désir.Le temps de laccueil est variable. Il paraît utile de prendre le temps car cest le premier, parfois le seul et unique momentoù la personne évalue si elle a envie de revenir. Certains ne viennent pas pour les activités mais pour parler à despersonnes « non psy », dautres ont une crise existentielle ou ont besoin dune orientation. Leurs diverses demandesnécessitent un temps adapté.Parfois leur peur darriver dans ce nouveau lieu demande un temps « dapprivoisement » et laccueil se fait différemment.Il peut avoir lieu à lextérieur, devant la porte, dans lentrée, dans le couloir, debout dans le bureau ou laissant la porteouverte...►une qualité primordiale : le savoir - être Guy Baillon : C’est ainsi que souvent j’ai pris l’image de la rencontre, et j’ai insisté pour décrire ce qu’il fautdéployer comme efforts si on veut qu’elle se déroule dans les meilleures conditions…Je parle de la disponibilité dusoignant, de ma disponibilité, de nos regards, de la poignée de mains, de la présentation que le soignant fait de lui, jeprécise à ce moment-là que ‘je fais comme si je recevais cette personne chez moi’, espérant que la personne qui souffre vafaire de son côté un même mouvement, ‘comme si elle me recevait chez elle’. Cela demande un travail considérable sursoi, on ne saurait trop le minimiser ( in 25ème chronique du lundi 23.04.2007).Il ne sagit pas du chez-soi en tant que tel, il sagit dun chez-soi intime, quon transporte avec soi, un lieu de nous quonaccepte douvrir pour lautre. Cest de ce lieu que se fait le lien.Mettre la personne à laise pour créer une certaine disponibilité desprit chez elle.□ Se rappeler la problématique générale des visiteurs : après plusieurs années daccueil nous constatons, malgré lasingularité de chacun, des points communs chez une grande partie des personnes accueillies :– une souffrance psychique– une difficulté relationnelle pour communiquer– une inhibition à laction et souvent un manque de désir, ou peu de plaisir de vivre– une dévalorisation de soi et une honte dêtre malade– une certaine solitude même en famille, voire un isolement– une inactivité récente ou ancienne avec perte de repères temporels– un sentiment dexclusion avec difficulté à se projeter dans lavenir LAutre Regard – Projet dEtablissement 27
  • 32. □ Essayer dévaluer le besoin de la personneLe besoin - exprimé ou non - peut se traduire par :− retrouver une certaine activité, et donc, des repères ; si possible du plaisir voire du désir− réapprivoiser le lien social au moins sur le temps des activités, puis peut-être nouer des relations au-delà de lactivité− se revaloriser à ses propres yeux pour pouvoir reprendre une emprise sur sa vie− retrouver une certaine place face aux autres pour avoir un sentiment de citoyenneté et lespoir dun avenir meilleur.− Elle peut ne pas venir de son propre chef, il faudrait aboutir à ce quelle crée ce désir de venir.□ Etre réceptif▪ On doit rester réceptif parce quon ne sait pas à qui on a à faire (inhibition, angoisse, état paradélirant ...). On peut êtredésarçonné face à quelquun de délirant. Il ne faut pas hésiter à répondre quelque chose comme : Je suis désolé(e), je nesais pas quoi te répondre.▪ Le sécuriser est, la plupart du temps, nécessaire et essentiel. Essayer de se mettre à sa place.▪ Maintenir une rassurance tout au long de lentretien pour que cette personne ait envie de revenir.▪ Tenter de faire de la place pour du possible, dès cette première rencontre.▪ Créer un temps déchange, de rencontre sincère qui donne un sentiment dégalité entre laccueilli et laccueillant et luiprouve quelle vaut le coup dêtre rencontrée.□ Ecouter, parler– En rapport avec le degré dangoisse de la personne.– Se garder dêtre trop stimulant. Quand on est dépressif, le débordement de vie peut faire peur. On a envie de sen protéger.– Il arrive - assez rarement - quune personne soit dans un tel envahissement, un tel débordement quon est amené à se positionner de façon inverse : au lieu dêtre dans une ouverture la plus large possible, au lieu du déploiement, on replie un peu léchange de façon à ne laisser de louverture que ce quil faut pour le maintenir. Attitude de protection, sans doute, mais pour ménager du possible.– Ne pas la laisser trop se raconter : certaines ne reviennent pas après sêtre trop livrées.– Si on doit se garder de poser des questions trop personnelles, il faut pourtant, quand léchange est suffisamment bien établi – et si on y parvient - essayer de connaître les difficultés auxquelles va se confronter le nouvel arrivant : quelles sont ses craintes à lidée de participer à un (des) atelier(s) ? Certaines personnes sont très contentes quon leur pose cette question qui leur permet dévoquer leur angoisse du groupe, leur épilepsie, ou nimporte quoi qui fait problème. Pourquoi ne pas y faire écho en évoquant nos propres difficultés ? Là encore, il est important de rassurer : si elle est très angoissée en atelier, elle peut ne venir quune demi-heure et repartir, ou bien sortir pour marcher un peu et revenir, le jour même ou la fois suivante. Elle doit comprendre quelle aura toute latitude pour saccoutumer au lieu, au groupe.– Le silence, de courte durée, peut avoir sa place ; il doit venir naturellement. Cest lécoute attentive qui seule lautorise.Le temps de laccueil est variable. Il paraît utile de prendre le temps car cest le premier, parfois le seul moment où lapersonne évalue si elle a envie de revenir. Certains ne viennent pas pour les activités mais pour parler à des personnes« non psy », dautres ont une crise existentielle ou ont besoin dune orientation. Leurs diverses demandes nécessitent untemps adapté.Des détails qui ne sont pas sans importance peuvent se révéler utiles : laisser la porte du lieu daccueil ouverte ou fermée,proposer ou non une petite visite (bureaux, salle B, le 8 sil y a lieu ...) qui donne un aperçu du climat de lassociation ...Tenir compte de la culture de la personne, mais parfois lui faire entendre : Ici, si tu veux bien, ce sera plutôt comme ça. ◊◊◊ ◊◊◊ ◊◊◊Ce premier temps peut représenter un substrat fertile, favorable à lancrage de la relation, à partir duquel la personne vapouvoir évoluer dans lassociation et tisser dautres liens.Une sorte de marque sensible fait que pendant quelques temps accueillant et accueilli se reconnaissent car ils sont liés parlélaboration de ce premier nouage de la relation à laquelle ils participent lun et lautre. On observe souvent une sorte deguidance ou de pilotage attentif.Jean-Louis a pu dire de ce premier temps daccueil quil est comme une photographie de cette première rencontre, qui sefixe durablement dans la mémoire de celui qui a accueilli la nouvelle personne. Ce souvenir participe à la mise en placede laccueil au long cours, la notion daccueil sétendant bien au-delà du premier accueil. On nest pas dans une situationoù lun porte secours à lautre mais plutôt dans le fait de se reconnaître mutuellement pour que puisse vivre la relation.Néanmoins, ces situations où on a limpression dêtre dans le secours apporté (ou à porter) à lautre ne sont pas entièrementà exclure. Une personne peut arriver avec une angoisse massive; ou parfois ce sont des parents qui font part de leurdécouragement, de leur désespoir.Un deuxième rendez-vous suivra – après les deux ou trois essais en atelier(s). Il articule la première rencontre avec lesdébuts de familiarisation avec ce nouveau lieu. Il est également important et nous permet de mesurer si la personneshabitue ou pas. Après cette période dessai, elle confirme sa participation en atelier, ou demande à essayer autre chose. LAutre Regard – Projet dEtablissement 28
  • 33. Cest parfois loccasion du règlement de ladhésion, il doit en tout cas être au moins évoqué.Il faut tâcher de rendre harmonieuse larticulation entre les différents temps de laccueil : premier rendez-vous, secondrendez-vous, puis temps dactivités et/ou de permanence, sorties, veillées, fêtes.2°) accueil au long cours Laccueil fera place à une forme daccompagnement encore un peu rapproché pendant quelques semaines, letemps nécessaire à son intégration. Peu à peu sélabore ce tissage avec dautres animateurs, dautres adhérents, avec ce nouveau lieu, son cadre, et sonambiance. Dêtre reconnu permet de reconnaître en retour : le lieu, les autres, semaine après semaine, et bientôt ouplus tard, de plus nouveaux que lui.Laccueil dans les ateliers et dans les permanences en proposant lélément tiers quest lactivité, objet relationnel, objetprétexte à la relation, oriente alors vers des perspectives autres : il faut à un moment que la personne joue sa carte, mêmeavec difficulté.Pendant une durée très variable dune personne à lautre, il faut tâcher dencourager leffort et de maintenir un sentiment desécurité chez la personne car chaque nouvelle étape relance la difficulté dêtre et dexister ( face au groupe ou face à un(e),face à un but ou à un choix, face à lagir, face à mouvoir son corps, etc.).Accueil, donc, qui se poursuit– dans les ateliers et qui va être partagé avec les autres participants. Pendant latelier, il doit pouvoir trouver lanimateur garant de la loi.– à la permanence du vendredi : aller vers elle, lui demander son prénom pour entrer en relation, se présenter en se situant (adhérent, bénévole, salarié) parler des activités que vous faites, quelles sont les siennes ... Il faut éviter de la laisser seule, quitte à rester près delle en silence si elle ne peut parler. Le silence peut être une forme dempathie. Dune manière générale, nous avons à lui défricher le terrain, anticiper déventuels obstacles ... Il doit sentir quil pourra sappuyer sur la structure, sur une équipe au-delà de la personne qui laccueille. ◊◊◊ ◊◊◊ ◊◊◊Notre désir daccueil Il est bon davoir fait un parcours personnel concernant nos propres angoisses pour pouvoir prendre du recul. Sedonner loccasion de ce travail sur soi, chacun à la manière qui lui convient.Tenter de creuser, de réfléchir sur notre désir daccueil : quest-ce qui nous motive profondément à accueillir lautre ? Apartir de quoi nous laccueillons. Il sagirait, dans laccueil, de saccueillir soi-même, de connaître et comprendre ce quinous touche personnellement pour être disponible à lautre, pour lentendre et le comprendre en retour, dun bout à lautrede lentretien et dun entretien à lautre.On peut être stressé quand on commence à accueillir. Si on accueille avec la peur, on projette la peur. Il nous appartientde détendre cette peur au maximum. Laccueillant a parfois trop dattentes. Elles peuvent faire fuir.On peut faire des entretiens daccueil à deux, choisir de débuter dans laccueil en commençant par y participer avec unaccueillant expérimenté. Les accueillants novice et expérimenté se complètent, sans que le second soit pris pour unmodèle : la force de laccueil, cest aussi la singularité de chacun. Chaque accueillant est différent, avec une pratique delaccueil différente ; certains écoutent plus quils ne parlent, dautres questionnent ou parlent deux. Parler de soi pourfaire naître de léchange, de la rencontre en instaurant une relation égalitaire. Il y a quelque chose dintime et de partagé,dans ce moment. Lintime, ce que lon est vraiment, est ce quon a de plus important à partager. Parler pour apprivoisercelui qui est plein de peur. Il arrive aussi déprouver de lémotion à lécoute dun nouveau. Être ému, cest être humain, cest donc recevable,à condition que cela ne soit pas perçu comme un manque de solidité. Il sagit de trouver un équilibre entre la part sensiblede soi et la nécessité de se protéger. Il faut savoir se laisser toucher sans être en fusion. La juste distance est difficile àtrouver. Le plus angoissant, cest le mutisme de laccueilli. Et quand la personne ne revient pas, il ne faut pas sen sentirresponsable.Parvenir à accueillir les différences à travers ce que lautre parfois nous renvoie de difficile à supporter (angoisse,arrogance ...) souvent parce que ça fait écho en nous à quelque chose de notre vécu. Linconscient est toujours là. Ne passe fier à notre première impression.Confidentialité des propos Faire en fonction de ses propres limites : cest subjectif. Selon la nature des propos, lintensité deléchange, il est parfois nécessaire den faire part à léquipe, on est alors dans le secret partagé. On peutchoisir de ne pas le faire, et privilégier le secret, par respect pour la personne, dans la mesure où celui quile reçoit n en souffre pas. On peut passer le relais à quelquun dautre. LAutre Regard – Projet dEtablissement 29
  • 34. Annexe 5 Le Tiers CollectifDéfinitions :Tiers : Cest le troisième élément qui permet ou facilite le fonctionnement des deux premiers. Cest bien la triangulationavec le père qui permet une relation plus harmonieuse entre la mère et son enfant (il aide à vivre la relation). La relationétant plus difficile pour les personnes ayant des troubles psychiques, lélément tiers est dautant plus (précieux) nécessairepour diluer la tension entre deux personnes. Tension qui peut rendre la relation conflictuelle, voire impossible.Le Tiers Collectif est un modérateur, un médiateur et ce qui fait loi. Tiers, parce que le groupe ainsi constitué est extérieurà chacune de ses composantes et collectif, parce quil est :– hétérogène (il ne se constitue pas autour dune appartenance unique)– variable (il est fonction du nombre de personnes en présence interactive) et– temporaire (non institutionnalisé, il cesse dès que ces personnes ne sont plus en interaction).Le Tiers Institutionnel est "lopérateur par excellence de la socialisation et de la sociabilité, de la civilité comme deléthique" (Jacques PAIN – Pédagogie Institutionnelle).Le Modérateur permet la corrélation des parties opposées (diminue ce qui est excessif).Le Tiers est essentiel dans la relation humaine. Aujourdhui, la relation à lautre souffre dun manque de modération car lesTiers Modérateurs symboliques tels que la religion, le militantisme, la famille sont en baisse dinfluence et noffrent plussuffisamment de sentiment dappartenance.Le Tiers CollectifAprès plus de 24 ans de fonctionnement associatif, face au peu de difficulté rencontrée au niveau relationnel à LAutreRegard, une des raisons avancées est lappui constant sur le Tiers Collectif.Le "souffrant du lien" a du mal à entrer en relation car il est pris par un désir mais surtout une peur de la fusion avec lautre(sensation de se perdre dans lautre qui oblige à se tenir à distance)Il y a donc besoin dun outil pour faciliter le lien à lautre dans un double sens de laccessiblilité et de la retenue. Le TiersCollectif permet cela par :1 – Lappartenance à lassociation, au groupe dactivité. Il permet un investissement réparti sur plusieurs personnes ou surlensemble du groupe.2 – La médiation de lactivité et les règles de fonctionnement du groupe ont un effet de séparation qui met à distancelautre rendant le lien supportable.Lélément Tiers permet de faire face au "conflit", tensions, investissement affectif ... entre les membres dun groupe.Le principe en est la règle commune à tous et qui simpose à chacun pour respecter lautre.Le Tiers est collectif dans une association et à plusieurs niveaux :Groupe : le groupe notamment dans une activité, un atelier fait « Tiers Collectif » facilitant la relation entre ses membres.Média : Le média de lactivité (peinture – théâtre ...) fait tiers collectif facilitant la relation à soi pour créer (et vis-à-vis dugroupe dans lequel lintégration dune nouvelle personne au début nest pas aisée).Lassociation : Lassociation avec ses multiples instances (CA – Bureau – léquipe – CVS – commissions ...) avec sonrèglement intérieur de fonctionnement représente le « tiers-collectif » par excellenceex : dans un atelier, un animateur pris dans une relation difficile ou face à une demande excessive ou délicate leconcernant, pourra avoir recours à la décision du collectif (équipe – CA ...)Cette réponse collective libère lanimateur et rend la situation plus supportable pour ladhérent.A noter que linstance la plus utile à lanimateur est la séance de régulation; le psychologue régulateur, extérieur àlassociation étant la tierce personne nécessaire pour les échanges (en groupe) sur la qualité de la relation entre lanimateuret les adhérents. LAutre Regard – Projet dEtablissement 30
  • 35. Le tiers collectif peut agir simultanément dans le vécu dun adhérent et dans un atelier : le groupe étant tiers aidant pour larelation à lanimateur et à la créativité. Et à dautres moments, le média étant aidant pour la relation à soi et au groupe ...(Citation de B. CADOUX dans la revue "Santé Mentale" N° 130 – sept 2008 – p 45 "Ateliers et groupes dexpression").Chaque groupe peut constituer du Tiers Collectif ou du Tiers Institutionnel :– en rédigeant un règlement de fonctionnement à partir dune réunion où les participants sexpriment, sapproprient ce règlement et le votent.– en réalisant une étude du type Recherche-Action : le groupe réfléchit, confronte ses points de vue, peut exprimer sa singularité, le savoir produit représentera une valeur commune de référence– laffiliation de lassociation aux valeurs dune Fédération peut faire comme un Tiers Collectif à condition que les pratiques et concepts de la Fédération soient matière à échanges pour être intégrés au moins en partie par les membres de lassociation LAutre Regard – Projet dEtablissement 31
  • 36. Annexe 6 TémoignagesCheminement vers un rétablissement Nous travaillons au projet de service de LAutre Regard depuis plus de 2 ans. Jai déjà fourni un petit texte surlatelier Théâtre textes et les permanences, mais je pense quil serait utile de raconter mon parcours depuis que je suis àLAutre Regard. Jai fait la rencontre importante il y a 15 ans. Au début jy suis venu avec réticence sur le conseil de mon psy quiexigeait de moi que je mengage à « faire quelque chose » pour sortir de lhospitalisation à la clinique. Sans grande conviction et sans grande motivation je me suis inscrit à latelier écriture. Javais peur déchouer carjavais limpression daller déchec en échec. Au bout de quelques mois, Philippe ma demandé si je pouvais témoigner dans un film qui se préparait. Jairépondu par laffirmative. Et cest ainsi que jai commencé à me reconstruire. Le film fut parfois très dur mais jai persévéré. Douloureux témoignages que ceux de léquipe du film « Reflets ».Chacun de nous allait chercher jusquau fond de sa mémoire des récits de leurs vies de souffrances psychiques. Après cette expérience je me suis inscrit au Théâtre impro. Toute ma jeunesse est remontée en moi. Mais là dansce qui était positif dans ma vie. Javais appartenu à une troupe de théâtre amateur et Philippe ma pressenti pour animer ungroupe de Théâtre textes. Je commençais alors à minvestir à LAutre Regard. Ma femme my rejoignit.Assez tôt je me suis présenté au Conseil dAdministration. Quelques années plus tard je me suis porté candidat au Bureau et lors dune autre étape je devins vice-président. En 2007 notre Présidente a eu un gros ennui de santé et jai été élu Président. Voilà mon parcours à LAutre Regard où jétais venu contraint et forcé et où je pensais que cette perche tendue, jelaurais lâchée avec ma culture de léchec. Ce qui est primordial dans cette expérience cest que jai réussi mon rétablissement je ne fais pas ce que je faisaisavant. Je me suis transformé et grâce à LAutre Regard je nai jamais été réhospitalisé. Je ne regrette rien de mon passé, jai trouvé le bonheur, même si cest à plus de 60 ans. Je suis optimiste et je veuxpar ce petit texte dire toute ma reconnaissance à tous ceux qui mont entouré à LAutre Regard. MichelMon vécu à LAutre Regard II nest pas facile de faire un témoignage sur 12 ou 13 ans à LAutre Regard en peu de lignes, cest pourtant ce queje vais tenter de faire. Je reconnais que utiliser la langue écrite nest pas simple pour moi jai plus de facilité en parlant.Mon témoignage nest pas celui dun animateur que je ne suis pas mais dun bénévole ayant quelques responsabilités. Montexte nest pas écrit pour dire mes pratiques, mais pour souligner les différences de notre association. Dès mon arrivée à lassociation jai remarqué le côté agréable de LAutre Regard tout de suite je me suis senti bien.Jarrivais de lOise, je ne connaissais personne à Rennes. Jai été bien accueilli dès le début. Jai eu limpression que danscet endroit je me sentais dans un lieu où je ne risquais rien. Il était dans la ville mais il reste discret, on peut passer devantsans savoir ce quon y fait. Dès le premier jour jai ressenti que LAutre Regard était un lieu où je ne risquais rien. Tout desuite dès le premier jour, après avoir été reçu par Philippe, jai intégré une activité "anglais". Je ne me doutais pas quunvendredi en mettant mon grain de sel avec Geneviève Masson et Fanny jallais devenir animateur de lactivité "Resto-regard". Jai aidé dans cette activité durant presque 2 ans. Quand jaidais lors de cette animation je ne pensais plus à mamaladie. Je faisais des petites choses un jour jai même animé seul. Enfin on me donnait ma chance jétais reconnu pourmoi-même. Peu à peu jai repris confiance en moi. Jétais capable de faire quelque chose, enfin on me faisait confiance.Mon engagement a été comme un tremplin, très vite jai intégré le conseil dadministration. J’ai pu me dépasser, duranttoute ma jeunesse jai douté de moi. Je pensais nêtre capable de rien après des échecs tant dans les études que dans ma vieje ne pensais pas pouvoir faire ce que jarrive à faire aujourdhui. A LAutre Regard jai pu reprendre confiance en moi. Jedis souvent que à Lautre Regard jai pu me reconstruire. LAutre Regard – Projet dEtablissement 32
  • 37. Lorsque jai voulu faire du théâtre avec Michel jai vaincu ma timidité qui ma si souvent empêché de parler devantun public, à lécole je narrivais pas à apprendre un tout petit texte, ici jarrive à apprendre de longs textes ; à lécole jétaisle cancre à tel point que les professeurs ne perdaient plus de temps avec moi. Jétais déjà mis à lécart, ici on me prenait telque je suis. Le fait de devoir prendre la parole en public était pour moi impossible. Ici tout a été possible, en arrivant jaifait beaucoup dactivités, au début je voulais en faire beaucoup plus que je ne pouvais. Jai fait tout de suite "Regard sur lavie"," Théâtre", Resto regard, "Lecture écriture". Ce qui ma plu dans notre association cest que je savais que presque tous avaient vécu la même chose que moicest-à-dire une longue maladie. Savoir que les responsables avaient été soignés comme moi ma permis de penser que sieux y étaient arrivés moi je le pouvais aussi. Il y a un côté important dans LAutre Regard ce sont nos rapports égalitaires,il ny a pas un qui sait et lautre non, chacun a sa place, nous avons beaucoup déchanges entre nous. Personne ne sedissimule, il y a une grande authenticité, personne ne se cache. Ce que jai remarqué cest que beaucoup ont vécu unegrande souffrance mais on nen parle pas. Il ny a pas de groupes de paroles ceux qui veulent en parler sont au courant quily a des endroits pour le faire. Notre association aide ces personnes en leur proposant des activités très différentes mais cequil y a chez nous cest que les personnes ne sont pas tenues à un résultat quelconque. La force soignante est dans legroupe, on ne va pas travailler mais il est impossible pour mes voisins de savoir que je ne vais pas travailler. Limportancede la force du groupe ma permis davoir envie de me lever certains matins. Même si certains matins j’aurais choisi derester dans mon lit le sentiment d’être attendu par dautres a été pour moi une grande motivation pour me dépasser. Je pense que dans les bonnes pratiques que jai évoquées durant mon texte les bonnes pratiques sont trèsréfléchies, nous même qui sommes engagés à LAutre Regard nous le faisons comme si nous étions engagés dans unmouvement politique, nous sommes des militants qui suivons les idées des membres fondateurs. Nous sommes tousdifférents mais nous avons tous le même but, aider les autres à vivre dans notre société avec nos maladies. Je pense que lefait dêtre bénévole permet de donner gratuitement, ma aidé à aller mieux. Comme je lai dit je suis responsable mais je nesuis pas animateur; ce que je trouve aussi incroyable cest que les activités sont animées en majorité par des personnesayant connu la maladie mentale comme moi mais aussi comme beaucoup de nos adhérents. Jean-ChristopheDe la position de patient à la position de sujetÊtre animateur bénévole à LAutre Regard, quelle signification ? LAutre Regard, vieux de vingt-quatre ans, est une structure particulière, venant de la Maison de Quartier pourpersonnes ayant connu ou connaissant des troubles psychiques et étiqueté comme GEM, cest-à-dire Groupe dEntraideMutuelle. Son originalité, dès sa création, a été douvrir une porte à des personnes ayant été hospitalisées pour troublesmentaux pour y exercer la fonction danimateur salarié ou bénévole. En 1985 janimais avec un membre de lUNAFAM un atelier « lecture poésie » puis jy ai co-animé des ateliersthéâtre, écriture et poésie. Si ces trois activités, avant ma maladie, tenaient lieu de velléités, elles ont pris un sens particulier après monhospitalisation, et lexpérience thérapeutique et sociale que jai vécue à lhôpital ma permis de trouver ma place dans unestructure de pédagogie populaire. Durant mes épisodes psychiatriques, javais appris que le réel pouvait devenir flou, évanescent, javais nié masubstance dêtre vivant pour me réfugier dans lombre de la mort et de la terreur. Cette expérience ma permis de trouver une équation avec les angoisses existentielles des autres, demétamorphoser ma porosité en empathie. Javais connu le handicap, lincapacité de créer, de respirer, de me réaliser, jétais plus à même de saisir lesangoisses inhibitrices, la peur de lautre, de son regard, de son corps et la mort de lâme, si courante dans les troublespsychotiques ou névrotiques aigus. Mon milieu social et relationnel reconstitué, je pouvais rendre ce dont on mavait fait don, cest-à-dire aiderlautre, tout en me maintenant dans la réalité, développer mon imaginaire, petit à petit retrouver mes racines et accéder àun relatif bien-être, à un vécu porteur de sens, mexprimer et créer des relations. Ce nest pas un hasard, si, en dehors des activités de remise à niveau, les activités dexpression sont plurielles àLAutre Regard. LAutre Regard – Projet dEtablissement 33
  • 38. A la sortie de lhôpital, cest souvent être à la portée de soi-même : sans activité professionnelle, sans relations,avec des ressources financières limitées, et limmense culpabilité davoir été malade et dêtre différent des autres, vivre uncertain immobilisme. La possibilité de sexprimer, de retrouver le miroir et la voix de lautre, son visage, de communiquer à partir derien, de tout (vie quotidienne, culture), est essentielle et courante à LAutre Regard. Des temps de pause, de causerie, dejeux de société, découte de la musique, sont des moments de relaxation non thérapeutiques où lêtre rompt sa solitude.Parlons des activités dexpression. Si des temps de discussion existent, histoire de se remettre dans le bain de la réalité, de répondre aux questionsexistentielles que se pose tout un chacun, les activités que jai animées ont un caractère culturel.Elles relèvent donc dun régime particulier. Lécriture, latelier poésie, permettent daller à la recherche de son âme, de se ressourcer dans un imaginairerassurant ou bien dexorciser - Catharsis. Lanimateur, conscient de ses angoisses, est là pour rassurer, mettre en confiance, apporter ses connaissances,désinhiber. On nexige pas de résultat. La convivialité est là, nécessaire pour rompre lindifférence et la peur. Le rire est là. Il sagit dêtre attentif auxautres, aux silences, aux moments dagressivité ou dinvitation. Réaliser ses vieux rêves ! Qui n a rêvé de monter sur lesplanches, dêtre un poète en herbe. Enfin ces activités se prolongent dans le quotidien de ladhérent, exigent un effortintellectuel ou pratique et pallient au vide que labsence dactivités rémunérées crée (la plupart de nos adhérentsbénéficiant dune pension ou dune AAH) . Il sagit de retrouver un certain bien-être, dêtre à la quête de ses racines, de donner un sens satisfaisant à son vécu. Adhérents et animateurs évoluent conjointement. Le fait dexercer une activité bénévole donne à lanimateur unsens professionnel, de même que participer au CA ou au Bureau dans une structure qui tient de lautogestion donnent àladhérent le sens des responsabilités ainsi quune fonction réelle. Le but de LAutre Regard est de permettre à ladhérent daccéder au statut de sujet, existant, conscient, vivant,malgré ses difficultés, son passé ou son vécu de malade toujours en évolution, de ne pas statufier, de ne pas figer, dêtreune structure mouvante, toujours à lécoute des suggestions et des propositions dinnovation (ladhérent peut deveniranimateur à son tour, proposer de nouvelles activités par exemple). SylvieLAUTRE REGARD : OUTIL DE REHABILITATIONUN LIEU (recentrage dans lespace)LAutre Regard, cest un lieu : importance de la non dispersion. Car, comme elle fait perdre les repères dans le temps, lamaladie fait perdre aussi la maîtrise de lespace et de ses propres déplacements. On se recroqueville ou on se disperse.On est un point de solitude dans la ville et il faut linvestir : cest un travail de Titan (sinformer, choisir ses lieux, y aller,rencontrer de nombreuses personnes ...) Or, on a perdu la maîtrise de ses désirs : on veut tout ... Mais quoi ?Affolement des désirs balbutiants, peur de ne pas faire le bon choix ...Dans ce cas, plus le "choix", la quantité, la multiplicité, la dispersion sont grands, plus on va bloquer. Cest lavantagedune petite structure à dimension humaine. Un nombre restreint de personnes qui se connaissent bien entre elles, parlentensemble. Le moins danonymat et dindifférence possibles. Mais aussi la possibilité du retrait accepté, la discrétionrespectée.Sentiment de sécurisation.EVENTAIL DES ACTIVITES (repères dans le temps, lutte contre loisiveté)Léventail important et varié des activités couvre une bonne partie des besoins humains , ceux du corps physique : gymdouce, randonnées, cuisine (lestomac !), ping-pong.Le corps joué, vécu, imaginé, ému : théâtre.La tête qui réfléchit, transforme en paroles : regards sur la vie, celle qui imagine et transforme en mots écrits : lecture-écriture, limaginaire encore à lhonneur au vidéo club, esprit critique, apports culturels et ambiance garantie. Si chaqueactivité a sa spécificité, elles ont toutes en commun les vecteurs du groupe, de la communication, dun bon dosage liberté- LAutre Regard – Projet dEtablissement 34
  • 39. structure élémentaire, et le respect de chaque personne.Dune activité à lautre, on rencontre des personnes différentes, mais on retrouve aussi les mêmes personnes, ce qui donneune cohésion.Les espaces "entre activités".Importance des accueils (surtout le vendredi).Cest là que pour moi tout a démarré. Car mon plus grand manque était la socialisation.Lactivité seule peut en rester au simple développement dune compétence, dun goût, ce quon peut faire ailleurs (maisonsde quartier, fac, seul chez soi ...)Le but, cest donc les autres.Pour moi, la maladie psychique vient essentiellement dune faillite de la relation à lautre, que ce soit "lautre extérieur"(famille, entourage social, professionnel,...) ou "lautre intérieur" (puisquon se construit de lautre pour devenir soi); à unmoment donné du processus, lautre a été mal intégré, na pu devenir "moi", il devient létranger en moi, la partie de soiquon ne (re)connaît pas.On est coupé de soi, et on se coupe du monde.REHABILITATION = RELATION A LAUTRETOUTE REHABILITATION PASSE DONC PAR LA RELATION A LAUTRE. Laissée au hasard, pour des personnesfragiles, cela peut être dangereux. Cest pourquoi lassociation, comme support, est importante.Dès linscription aux activités, le lien à lautre va sétablir et se développer dans une continuité naturelle, progressive,laissée au rythme de chacun, pouvant à chaque instant être remise en cause, réorientée.LAUTRE OBJET LAUTRE SEMBLABLE LAUTRE REFERENTLACTIVITE on va dabord rencontrer "lautre" représenté, médiatisé, cest lautre culturel : le livre, le thème dunediscussion, un film, une technique dexpression, etc...).Il y a de lhumain déjà.Lautre, cest aussi lautre adhérent "lautre semblable" (ce nest pas un hasard sil a choisi la même activité) et enfinlanimateur "lautre référent" qui ne fait pas barrière. Le courant ne sarrête pas là, puisque de lautre objet à lautresemblable, on passe à lautre référent, qui peut se retrouver en dehors de lactivité même, en tant, par exemple, quadhérentà une autre activité. Il nest pas un professionnel qui apporte et domine. On le voit le vendredi, aux accueils, on lui parle,on échange des livres, des paroles, des informations ... Il y a une circulation fluide de lautre objet / autre semblable / autreréférent. On sidentifie à tous les niveaux. On peut même devenir personne référentielle en devenant animateur.Doù limportance des espaces-évènements entre les activités mêmes (réunions danimateurs, repas en commun, sortiesentre adhérents dun même groupe, voire fusion des différentes activités, comme dans le projet Mosaïque, rencontres etdiscussions informelles...Offre dun sourire, dun numéro de téléphone, dune adresse, amitiés nouées, certitude de revoir lapersonne régulièrement chaque semaine...).A certains moments, tout a une importance cruciale. Ce qui frappe dans les relations à LAutre Regard, cest lattention, lerefus de la négligence.Toute réhabilitation passe par le besoin dune relation à lautre, à la fois structurée, sécurisante avec des limites claires,mais aussi avec ses espaces déchappement, dimprovisation, de bonne volonté, dinvention, de "lâcher prise", de DON ausens fort (on ne sait pas ce quon donne, ce quon reçoit, sil y aura retour ...). Ca marche à lintuition aussi.REVENIR A LESSENTIELLa face de lAutre Regard, cest aussi son pouvoir de faire coexister des personnes dune extrême diversité : milieuxsocioculturels, âges, caractères, parcours de vie et motivations. Tous solidaires, pourtant, car au delà du nombre infini desaccidents de la vie qui peuvent séparer, différencier, il reste lessentiel : lêtre humain et cest à ce niveau seulement que lacommunication peut être authentique. Sen tenir à cet "essentiel", avoir vaincu le pire facteur dexclusion qui est la maladiepsychique, cest, je crois, le secret de lAutre Regard.Entre les personnes les plus "fortes", dont les fonctions dencadrement peuvent apparaître dabord, et les plus "faibles",celles qui sont en demande, sétablissent des passerelles qui sont un espoir pour tous. LAutre Regard – Projet dEtablissement 35
  • 40. REHABILITATION ET AUTRE REGARDL Autre Regard cest avant tout un lieu, un "centre".Centre de gravité que fait perdre toute maladie. Autant celle-ci fait exploser le temps et ses repères, autant lespace est luiaussi émietté. Sorti de lhôpital, isolé, avec pour seule arme son pilulier et le refuge de son chez soi, la ville à "investir"relève de lutopie ou de lexploit surhumain.On vous a, pour des raisons plus ou moins claires, dispensé des dures nécessités de la vie (travailler, subvenir aux besoinsdes vôtres, échapper aux responsabilités ...), ne vous laissant que les côtés "jouissifs" dune société dont les slogans favorissont : liberté, choix, énergie, entreprise, initiative, épanouissement, communication, culture, temps libre ... et vous vousretrouvez à faire du lèche vitrine sans le sou en poche, à vous pâmer devant les émotions télévisuelles ou médiatiquesdifférentes du monde entier. Le corps et lesprit recroquevillés dans un fauteuil ou un lit, culpabilisé à mort de vous êtretrompé de planète.La liberté, pour certains, énergiquement sélectionnés, cest la vie, laccroissement aveugle, pour dautres, cest une foule dedésirs balbutiants, voire le manque de désir.Plus le choix, la quantité, la multiplicité, la dispersion sont grands plus on va bloquer.Loffre dépasse la demande. Loffre agresse, tue.LAutre Regard, cest donc un centre dans la ville qui a été repensé en fonction de ces gens "libres" de vivre, mais aussi demourir. Tout est fait pour quils prennent du bon côté, bien sûr, leurs excès de "liberté" (de "vacances",étymologiquement : "vide"), mais aussi se réapproprient les désagréables formalités dont la société, eugénique à sesheures, a veillé à les délester.A la réflexion, le centre de gravité est à (re)trouver en soi, mais lAutre Regard peut y aider.RESTRUCTURATION - POSSIBILITE DE PROGRESA lAutre Regard, on trouve cette bipolarité qui existe en chacun de nous entre la force et la faiblesse. Il y a des gens mûrs,sécurisants, généreux, dynamiques qui correspondent à la partie "mûre" de moi-même, un moi idéalisé vers lequel je veuxtendre, mais aussi des gens plus fragiles dont la maladie ou la déficience renvoient à mes propres failles. Je reçois despremiers et jessaie de donner aux autres, cela me reconstruit des deux côtés. Une circulation se fait en moi et de moi auxautres.POUR UNE "VRAIE" SOCIETELAutre Regard, plus quune famille, est une micro Société, (différente de LA Société où justement on a échoué), où,comme devrait lêtre la Société réelle, tout est pensé par et pour lêtre humain ; cest dans ce cadre humain quon va avoirune deuxième chance, pouvoir (re)jouer son intégration, se "réhabiliter" aux yeux des autres et à ses propres yeux ;entouré cette fois de gens compétents (et pas seulement professionnels ou spécialistes) disponibles et désintéressés(bénévolat), qui se nomment, se présentent en tant que personnes et sengagent au delà de toute fonction.REHABILITATION DE LIDEALOn ressent fortement cet idéal commun, même si dans tout groupe, parce que justement humain, les risques, les erreurs,les tâtonnements peuvent et doivent exister.LAutre Regard est une structure où les mouvements sont permis, encouragés : ascendants, circulatoires, vivants,personnels ; mais où labsence de mouvement, voire certaines régressions sont respectées si elles correspondent à unedynamique plus globale de la personne et ne gênent pas lensemble du groupe.Unissant diversité et unité, lAutre Regard donne limage dune globalité dans une société où lémiettement, lisolement etlintérêt individuel sont plutôt la règle. Elle fait obstacle aussi au vécu douloureux de la maladie psychique qui entraînesouvent la perte de la synthèse intérieure, les perceptions et les ressentis parcellaires. Laurence LAutre Regard – Projet dEtablissement 36
  • 41. Annexe 7 AteliersAtelier photoJai choisi de parler de latelier photo car il me semble intéressant du point de vue de la diversité des situations etdobjectifs de séances (au sens éducation populaire du terme). Il concerne une douzaine dadhérents par an, répartis engroupes de quatre à cinq personnes. Cest un atelier où il nest pas rare de voir des participants venir pendant quatre oucinq ans. Il est également intéressant de ce point de vue car il permet une évolution sur les plans technique et relationnelen parallèle.A) Descriptif de latelier 1) prise de vue : Des balades sont organisées avec le véhicule 9 places de lassociation. Chaque groupe décide de ses sorties (lundiou jeudi) et les 2 groupes ont la possibilité de se mélanger dans la limite des 9 places disponibles dans le véhicule. Uneparticipation financière pour les déplacements est demandée à ceux qui font les sorties des deux groupes. 2) Labo/impression photos numériques : Après avoir pris suffisamment de photos, on développe nous même les pellicules noir et blanc et les photoscouleur sont confiées à un professionnel. Des planches contact (n&b) sont ensuite réalisées pour choisir les photos quiseront tirées et on étale le tirage sur le nombre de séances nécessaires pour que tout le monde puisse réaliser toutes lesphotos qui semblent intéressantes. Quand on sent quil devient difficile de trouver matière à travailler en labo, on décidedun nouveau cycle de sorties. De temps en temps, on organise également une séance de travail et dimpression des photos numériques au 8square de la Rance. Progressivement, vu les difficultés croissantes que nous rencontrons à trouver des produitsargentiques, le numérique prend une place plus importante.B) Objectifs de latelier 1) Les objectifs techniques Ils sont le support qui va permettre la vie de groupe. Sans désir dacquérir des notions techniques nouvelles,latelier na pas lieu dexister et nest prétexte à rien. Il est donc important que chaque participant connaisse les buts delatelier pour se positionner et ne pas faire (si possible) que acte de présence.Les objectifs techniques (qui peuvent être déclinés en objectifs de séances) principaux sont :– savoir utiliser un boîtier réflexe argentique :– savoir placer la pellicule et la retirer– savoir cadrer– savoir régler lappareil : • la focale • louverture • le temps dexposition • la mise au point– comprendre en quoi les réglages vont influer sur le résultat (profondeur de champ, ...)– savoir composer une photo– savoir développer les négatifs / tirer une planche contact / tirer les clichés– savoir porter un regard sur ses créations pour expliquer comment on a obtenu un certain résultat et le communiquer aux autres (travail collectif) Bien sûr latelier sadresse à des personnes qui sont intéressées par la photographie mais tous les participants,quand ils arrivent à latelier, nont pas obligatoirement conscience de la complexité que cela représente en terme deréflexion, de compréhension de phénomènes scientifiques. LAutre Regard – Projet dEtablissement 37
  • 42. 2) Les objectifs sous-entendus (relationnels) : Le groupe étant rarement constitué de personnes qui ne se connaissent pas (reprise de lactivité dune année surlautre), les relations entre adhérents évoluent au fil du temps. On peut dire que lactivité est prétexte à : – la rencontre : lorsquun nouveau arrive, le groupe doit faire un travail dintégration et accepter lechangement quil représente. Il est dans un premier temps un intrus qui devient progressivement un membre à part entière.Larrivée dun nouveau peut perturber mais le départ dun ancien également : lautre manque. – lentraide : pendant la prise de vue ou en labo, par groupes daffinités et en fonction des capacités etcompétences de chacun. – la relation conviviale : le groupe vie tout au long de lannée. On y demande des nouvelles des absents, on yparle de tout et de rien, de la maladie souvent mais également de sujets de la vie quotidienne, et des centres dintérêts desuns et des autres. On y vit des tensions et on rit beaucoup. – la possibilité de continuer la relation en dehors de latelier : exemple : le vernissage dun adhérent quiexpose est loccasion de sintéresser à lautre en le percevant autrement que par ce quil exprime lors de latelier. Unévénement ou un adhérent peuvent devenir le lien qui fait vivre le groupe en dehors de lassociation (et lanimateur, alors!).Le groupe devient alors autonome. On ne dit pas à un adhérent : « Viens à latelier photo, on fait comme si on allait apprendre plein de choses et enfait, tu verras, tu vas rencontrer des gens et avec un peu de chance il va se passer des choses entre vous et tu vas entrer enrelation! » Ces objectifs peuvent être annoncés à laccueil comme étant une des raisons pour venir à LAutre Regard maisgénéralement ils sont subtilement sous-entendus.C) Le rôle de lanimateurIl est de se faire oublier le plus possible en tant quanimateur. Il est souvent plus confortable pour lanimateur de jouer le rôle du super technicien qui maîtrise son sujet audétriment du relationnel que de favoriser les échanges entre individus au détriment de lobjectif technique quil sétait fixé(si lautre na pas compris cest quon a pas été bon). On peut parfois être tenté de faire rentrer du savoir de force dans lecrâne des participants pour se convaincre davoir utilisé la bonne pédagogie. Le but nest pas non plus de disparaître du groupe mais de devenir un membre qui ne prend pas toute la place.Lanimateur détient généralement un savoir technique, forcément, puisque cest lui qui anime mais il peut égalementdécouvrir en même temps que les autres (avec une facilité dans lapproche du sujet mais sans maîtrise). Il nest pas obligé de se positionner comme un « professeur » qui formerait de futurs photographes. Il est le garantdu bon fonctionnement de latelier et du lien avec la structure mais les participants doivent rester maîtres de leurs désirs etavoir leur mot à dire. Un animateur qui ne laisserait pas de place aux participants souhaitant faire des propositions séloignerait de sonprincipal objectif qui est de faire vivre le groupe. Ceci est valable pour les animateurs de toutes structures proposant desactivités basées sur les principes déducation populaire mais cest dautant plus important à LAutre Regard qui sadresse àdes personnes qui rencontrent des difficultés dordre relationnel. Ici, ça ne peut pas fonctionner autrement! Dans cet atelier la coanimation ne fonctionne pas très bien du fait de la difficulté à trouver des adhérents quimaîtrisent les aspects techniques (sans parler des capacités relationnelles). Cest un animateur salarié qui lassume doncseul depuis quelques années maintenant mais il serait préférable quun bénévole prenne un jour une vraie place et que lesalarié reste en retrait comme soutien « logistique ».Thèmes à développer autour de cet atelier : – la vie de groupe autour dun objectif commun, – le groupe dans la continuité (participation sur plusieurs années, les absences, les amitiés, ...) – le groupe dans un espace réduit avec des contraintes qui poussent les participants dans leursretranchements (le noir, le manque dair, la patience, lhabileté, la compréhension ...), – le rôle de lanimateur dans la gestion du groupe (accueil des nouveaux, gestion des crises dangoissependant les sorties et en labo, tensions entre adhérents, ...) – le rôle de la technique comme intérêt commun. LAutre Regard – Projet dEtablissement 38
  • 43. Atelier dessin - peinture A) Déroulement de latelier Participation de 15 adhérents Une salle claire où sont disposées des tables en rond pour mieux signifier la "référence" au groupe sert datelierpour le dessin et la peinture. Afin de poser les réalisations des adhérents sils le souhaitent, des panneaux ont été installés,ainsi quun panneau pour des informations internes et externes. Latelier se déroule sur deux heures, avec de la musique ou la radio diffusant de la musique avec une pause pourles personnes qui le souhaitent. Je prépare la salle et le matériel dessin peinture ainsi que les livres et revues avant latelierafin dêtre disponible aux adhérents à leur arrivée. Latelier est assez calme car les personnes sont concentrées sur leur réalisation. Lorsquune nouvelle personnearrive, je veille à ce quune présentation mutuelle se fasse, de même que lorsquun adhérent prévient de son absence, jeninforme le groupe. Depuis quelques mois, une bénévole anime aussi latelier. Lan passé, une stagiaire animait aussi latelier. Actuellement, environ dix adhérents participent de manière régulière à latelier, deux ou trois adhérents viennentde manière irrégulière. Lorsque les adhérents sont installés à leur travail, si une personne est nouvelle, en priorité, je voisavec elle ce quelle a envie de réaliser et lui propose de regarder les livres si elle veut prendre appui sur une peinture -dessin - photo. Je ne formule pas mon avis, jessaie de partir de ce que la personne émet, même si elle na pas trop didées,afin de ne pas influencer et de placer la personne en tant que participant(e). Jessaie de madapter aux différentespersonnes. Je me trouve dans des situations contraires : pour certains adhérents, je suis plus présente, disponible pendanttoute la durée de latelier, pour les soutenir dans leur réalisation, pour dautres, je suis plus discrète pour quils prennentleur place autant dans la créativité que dans le groupe, pour dautres, je suis plus "exigeante" pour leurs réalisationssentant et sachant que leurs ressources sont grandes. Jessaie dadapter mes interventions en fonction des différentsadhérents, du groupe et de ce qui se déroule dans latelier à un moment t. Dune semaine à lautre, les ateliers ne seressemblent pas. A des moments donnés, je minstalle près deux pour peindre ou dessiner afin de poser concrètement lanotion de relations égalitaires, de ne pas être le centre de latelier. Dune part, je sollicite aussi les personnes du groupe,laisse la personne bénévole prendre sa place de co-animatrice, dautre part, je suis en éveil mais dune autre manière. Pourlancer le thème quune bénévole avait proposé, je me suis mise à peindre beaucoup de nuances afin que les adhérents"accrochent" à la proposition et cherchent les nuances et lutilisation qui pouvait en être faite en peinture, pastels , crayons,collages. B) Des repères dans le temps – dans latelier – dans le groupe Je considère quil y a trois temps pour latelier :– un temps pour que les adhérents sinstallent – voient ce quils vont réaliser – échangent entre eux– un temps pour la réalisation de leurs dessins et (ou) peintures– un temps pour le rangement et transmettre des informations sur des activités de lassociation ou des animations – expositions dans la ville. C) Objectifs Permettre aux adhérents de sinitier à différentes techniques (peinture pastels...) Permettre aux participants davoir confiance dans leurs réalisations Éveiller leur curiosité Laisser la possibilité de faire un travail individuel ou un travail collectif Permettre les échanges entre les adhérents Mettre à disposition des ouvrages de peinture, des revues pour permettre aux adhérents de sinspirer et (ou) voirdifférentes œuvres. Régulièrement, je les incite à apporter des livres – revues – photos – dessins – afin quils choisissent etcest aussi leur permettre de réfléchir ou préparer ce quils vont réaliser, mais peu dadhérents en apportent. Valoriser le travail fait par les adhérents - Laisser la possibilité dafficher leurs réalisations sils en ont envie et leurtransmettre les remarques que dautres adhérents ont formulées sur leurs réalisations, aller voir une exposition duneadhérente avec les personnes de latelier dans une association de quartier ou une exposition dun peintre en ville avec lespersonnes de latelier dans une association de quartier – cest aussi aller dessiner à lextérieur de lassociationInformer des expositions dans la ville.Avoir un temps de réflexion après latelier pour revenir sur le temps de latelier, voir les erreurs ou les difficultés qui seposent afin de les évoquer en régulation et (ou) en équipe.Instaurer une ambiance de créativité : Latelier se déroule avec de la musique car musique et peinture sallient. Être souple dans lapplication du cadre : même si un adhérent arrive en retard, il est toujours accepté dans latelier(en rappelant régulièrement lintérêt quil a davoir plus de temps pour réaliser sa peinture – un adhérent qui sinscrit et nevient que de manière irrégulière est aussi accepté). LAutre Regard – Projet dEtablissement 39
  • 44. Me concernant, lorsque une personne émet des difficultés personnelles dans le cadre de latelier, je réoriente ladhérentvers les interlocuteurs quelle a dans lassociation et qui font des entretiens individuels et (ou) vers des professionnels quilaccompagnent. Je reste attentive à ce qui est en lien avec latelier (si une personne a une angoisse très forte, je proposequelle sorte un moment et revienne plus tard et je massure quà ce moment-là un accueillant est disponible pour lécouter. D) Des situations concrètes Depuis la rentrée 2007 – 2008, des personnes dites "plus dérangeantes" ont aussi une sensibilité plus aiguë, sontplus attentives à ce que dautres adhérents réalisent, ont "un bouillonnement" de créativité. Il ne sagit pas démettre des jugements de valeur ou de faire des comparaisons, mais il me semble important quele groupe soit hétérogène. Une adhérente arrive à latelier avec un débordement pour réaliser un dessin aux pastels. Ce ditdébordement nest pas gênant pour les autres personnes du groupe. Sans la connaître, je vois quelle a beaucoup depotentialités , quil sera peut-être nécessaire de "canaliser" cette énergie très grande pour quelle affirme plus ses créations,mais que pour ses débuts à latelier, il est important de lui accorder du temps, de lintérêt, car elle peut aussi décider trèsvite de partir. Elle na pas besoin de temps pour apprivoiser lespace, le groupe, latelier, elle a besoin dune libertédexpression, elle sinstalle par terre , réalisant son dessin avec une rapidité "fulgurante". Elle est aussi attentive à ce queles autres adhérents réalisent. De par sa manière de répondre à une proposition que je lui faisais pour exploiter les formeset autres nuances de couleurs, elle a su en quelque sorte me dire : "Laisse-moi réaliser ce que jai envie de réaliser". Elle aeu raison dintervenir de ce cette manière. Javais fait cette proposition car de sa réalisation se dégageait une force decréation continue à exploiter dans les formes et les nuances, cétait ma perception et non la sienne. Dernièrement, je mesuis autorisée à lui dire de prendre plus de temps pour ne pas "gâcher" sa réalisation. Ces remarques peuvent apparaîtreabruptes mais cest pour lui permettre "de se poser", "dexploiter et poser sa création". Pour un autre adhérent, cest très différent. Il est arrivé avec beaucoup dhésitation dans latelier. Une collègueavait eu plusieurs entretiens individuels avec lui estimant que ces entretiens étaient très importants pour quil prenne ladécision de choisir et participer à un atelier. Il feuillette les livres et revues de peinture, regarde les adhérents qui terminentune peinture réalisée à plusieurs, écoute les uns et les autres. Sans mimposer, je lui suggère de commencer un dessin ouune peinture afin quil ne reste pas observateur et que la décision quil a à prendre pour partir ou rester sappuie sur undébut de réalisation dun dessin ou peinture. Il commence à dessiner des figures géométriques, il a eu besoin dun tempsdappropriation pour prendre la décision de participer à latelier, tout en restant silencieux. Avec plusieurs séances, il a vulintérêt que latelier pouvait avoir pour lui. Il est nécessaire de porter intérêt à ce quil réalise sans trop intervenir et en luilaissant du temps. Ces deux situations permettent de voir limportance de la prise en compte du groupe et les individus différentsdans le groupe – le fait que latelier différent chaque semaine – les interrogations et réflexions. La co-animation : La curiosité de lanimatrice, son envie de réaliser dessins et peintures permettent aux adhérents découter,dobserver dautres réalisations, déchanger entre eux, dêtre plus curieux pour faire dautres réalisations. Lanimation delatelier à deux personnes offre aux adhérents des complémentarités, une disponibilité plus importante, des idées nouvellesou différentes pour exploiter la créativité personnelle et celle dun groupe. Me concernant, il est nécessaire que la personnequi co-anime latelier intervienne sur un temps assez long et non pas sur une période courte."Lévaluation » du travail– Le travail personnel en continu sur lannée pour latelier– Les remarques des adhérents – des co-animateurs– Les régulations mensuelles avec un psychologue extérieur à lassociation– Le travail avec les autres salariés– Le bilan annuel avec les adhérents– Le bilan annuel avec les professionnels et bénévoles LAutre Regard – Projet dEtablissement 40
  • 45. Atelier art et création A) Le lieu : lannexe de lassociation dans le quartier des Champs Manceaux,située square Charles Dullin etappelée communément par les membres de LAutre Regard «Dullin». Latelier est situé en rez-de-jardin pour un côté et ensous-sol pour lautre. Il y fait donc plutôt sombre. En hiver, cela nécessite dallumer en permanence. Les personnes qui seprésentent à latelier entrent directement dans le local. Pas de lieu dattente. Si les animatrices ne sont pas arrivées, il fautattendre à la porte, à lextérieur. La ponctualité est donc essentielle. Pour ma part, jessaie darriver quelques minutes avantle début de latelier, mais pas plus, car ce serait avancer lheure de latelier, certains participants arrivant systématiquementun quart dheure voire une demi heure en avance. Quand jouvre la porte du local, les personnes investissent les lieux et jedois me rendre disponible pour elles aussitôt. Pas de possibilité de me retrouver seule dans les minutes qui précèdent.Aussitôt arrivés, les habitués sinstallent. En général, ils se sont choisis une place et nen changent pas. Ils reprennentlouvrage en cours de réalisation ou entament quelque chose de nouveau. B) Latelier art et création ( prononcer «la récréation» si on ne se prend pas au sérieux) comprendessentiellement de la mosaïque, du modelage et du collage. Mais on peut aussi dessiner, peindre, faire du pastel... Cestoffert au choix au nouveau venu. Il peut sessayer aux différentes disciplines sil est indécis. Il peut aussi suggérer unenouvelle activité manuelle. Dans la mesure du possible, lanimateur lui fournira le matériel. Cest ainsi que lactivitémosaïque été introduite. Un adhérent qui lavait pratiquée dans un autre lieu a souhaité en refaire. Cest lui qui ma indiquéle matériel nécessaire et montré la technique. Depuis, cet adhérent est parti mais lactivité continue à être très pratiquée. C) Le déroulement de latelier : les personnes arrivent les unes après les autres, la durée de latelier autorisantune certaine souplesse. Sagissant de pratiques individuelles, les arrivées et les départs échelonnés ne sont pas dérangeantspour les personnes. Latelier est relativement long, trois heures le mardi, deux heures trente le jeudi. Pour certains, il seraitdifficile, voire impossible de rester du début à la fin. Si certains participants se débrouillent seuls, dautres ont besoin dêtre épaulés. Marie-Françoise soccupeessentiellement de ceux qui pratiquent le modelage, et moi, de la mosaïque, mais ce nest pas une règle absolue. Il se peutque nous passions dune discipline à lautre, selon les besoins des personnes, avec la nécessité de se laver les mainssystématiquement après avoir manipulé la terre. A mi-parcours de latelier, nous proposons de boire au choix, café, thé, tisane etc... Le café est préparé par Marie-Françoise ou moi-même, ou encore par un participant sil se propose. Certains ne prennent rien et continuent leur activitépendant que les autres se regroupent autour dune table. En principe, les nouvelles personnes qui se présentent à latelier ont déjà été reçues par quelquun, salarié oubénévole, square de la Rance, qui ma informé de sa venue. Elles ont donc déjà une vague idée de ce qui se fait à latelier.Je leur présente les autres participants, leur fais faire le tour de latelier pour quelles connaissent bien le lieu et leur montreles réalisations qui, en attendant dêtre emportées, sont posées sur tables ou étagères. Je considère que ce premier contactest important car il est en général difficile pour tout nouvel arrivant de se confronter à la nouveauté dun groupe et dunlieu. Je leur rappelle quelles peuvent venir deux fois à latelier avant de sengager. Si ces deux essais ne sont passatisfaisants, elles peuvent renoncer à revenir. A linverse, il mest arrivé une fois dinterroger, après plusieurs semaines, un participant sur sa présence à lateliertant ce dernier semblait peu motivé. Sa présence se réduisait souvent au moment où nous faisions la pause. En discutantavec lui, il est apparu que sa mère souhaitait quil soit occupé ce jour de la semaine, à ce moment de la journée. Avec sonaccord, jai donc écrit à sa mère pour linformer que la motivation de son fils nétait pas suffisante pour continuer. Cest uncas exceptionnel, car je ne mets pas comme condition le fait que les personnes soient très motivées par lactivité en elle-même. Pour moi, le simple fait de venir à peu près régulièrement et de rester un temps suffisamment long pour pouvoirsimprégner de latmosphère de latelier montre que la personne trouve dans sa participation un intérêt, si petit soit-il. Il estbien sûr plus «gratifiant» pour lanimateur quand les participants trouvent de lintérêt à ce quils font et sont satisfaits deleurs réalisations, mais lessentiel est dans le plaisir de faire et dans le lien tissé entre les personnes et non dans laproduction dobjets. LAutre Regard – Projet dEtablissement 41
  • 46. Regards sur la vie, atelier de discussions à thème Fonctionnement de latelier janvier - février 2005La création de cet atelier remonte à une quinzaine dannées. Daniel lanime depuis le début. Cest à partir de 1997 que jenassure, avec lui, la co-animation.Il réunit en moyenne 8 à 12 personnes. Il a connu une période creuse avec 4 participants pour 2 animateurs, et une fortefièvre, allant jusquà 19, 20 participants (injouable). Un atelier où les participants sont aussi animateurs, co-responsablesde son bon déroulement.Déroulement habituel : prise de parole tour à tour. Le plus souvent, thème directeur, et plus rarement : débat libre.De 14h à 16h 30, chaque jeudi, une dizaine de participants se réunit. Nous nous installons autour du cercle formé par destables. Échanges divers et informations sur les réunions de lassociation, les sorties, évènements internes ou externes ...14h 15Ils ont choisi le thème à la fin de latelier précédent, ce qui leur laisse en théorie une semaine pour y réfléchir, le préparer.2 ou 3 dentre eux font une recherche préalable, parce quils sont particulièrement intéressés par le sujet ou/et pardiscipline personnelle ou encore par habitude.Nous prenons 5 à 10 mn pour mettre en quelques mots-clés les idées que nous souhaitons aborder ou développer. Cellesqui viennent à lesprit spontanément, celles qui concernent une interrogation plus poussée ... Les idées : des rebattues, desdrôles, des saugrenues, des inattendues, des inespérées, des édifiantes, riches, hors-sujet, clichés ... Mais la plupart dentrenous ne sait pas synthétiser ses idées en 2 ou 3 mots représentatifs et nous nous passons difficilement de la phrase écrite. ◊◊◊◊◊A partir de là, trois manières de procéder1) Prépondérance de la prise de parole tour à tourUne fois le temps de réflexion écoulé : « On peut commencer ? Qui veut ou qui peut commencer ? » Quelquun ne tardepas à se proposer. Je note lessentiel au tableau. « Cest bien ce que tu as voulu dire ? » Dautres interviennent pourrebondir sur une remarque, faire une proposition qui doit venir en contrepoint ou pour servir lassertion de celui qui parle,ou encore pour apporter une controverse, ajouter un argument. Parfois nous les interpellons « Les autres, quen pensez-vous ? Vous êtes daccord ? Pour vous, cest comme ça aussi ? » Puis, cest le tour dune autre personne.Lavantage de cette pratique, cest que le plus timide dispose d un moment assuré(!) pour proposer ses idées, etbénéficier de lécoute des autres ; elle convient bien à certaines personnes. Mais le thème alors, tout en jouant le rôle de filconducteur, est peu structuré.2) Prépondérance du thèmeOn cherche à dégager, après réflexion personnelle, deux, trois ou quatre pistes de réflexion, des axes qui vont structurernotre débat. Les échanges en sont enrichis, on sort de latelier avec une réflexion collective conséquente, un peu plusstructurée et plus aboutie. Certains thèmes sy prêtent mieux que dautres.La pratique de lactivité avec prépondérance du thème a aussi des inconvénients : – pour ceux qui ont du mal à prendre la parole, cest plus difficile dintervenir. – la structure de la réflexion est orientée, et peut-être quil y a là un danger. – la participation des animateurs est plus active.3) Débat libre avec thème improviséPlus périlleux daller au hasard, à laventure dune conversation qui cherche son objet. Pas toujours très confortable, maiscertains apprécient cette joyeuse confusion. Tâtonnements, digressions, coqs-à-lâne assurés, sauf exceptions. Parfois,linquiétude menace : on a limpression de travailler sans filet. Le thème est une balustrade, un garde-fou rassurant. Laparole sanime, un peu de passion se partage, cest assez vivant. Mais les timides ont du mal à pouvoir sinsérer dans ledébat. Ils restent plus silencieux. ◊◊◊◊◊ LAutre Regard – Projet dEtablissement 42
  • 47. De 15h30 à 15h 45 : la pause est toujours très attendue...15h 45 : ... et la reprise, souvent un peu laborieuse : le fil a été rompu. Il faut retrouver, recréer la dynamique, en reprenantbrièvement les idées énoncées avant la pause.Au terme de lactivité, une petite synthèse est parfois possible.A 16h 30, il est temps de choisir le thème du jeudi suivant.Les notes sont prises au tableau avant dêtre saisies et restituées aux participants 15 jours plus tard.Les ThèmesNous les puisons dans le monde des idées, des objets, et dans la variété infinie de la sensibilité humaine. Ils peuvent faireappel :→à la quotidienneté ( la routine, les saisons, le portable, les transports ...)→à la réalité sociale, mondiale : le racisme, léconomie solidaire, les catastrophes ...→à la culture : la littérature, le cinéma, la fête, la peinture, la nourriture ...→à la philosophie : lhumanité / lhumanisme, la mort, laltérité, la civilisation, lindifférence, le temps, le normal et lepathologique ...Des thèmes comme lhumour, la mémoire, la pudeur, la parole, le silence, les éléments (terre, eau, air, feu), la confiance, lajoie, le plaisir, la famille ...Ils peuvent être formulés comme des questions :Quest-ce qui fait civilisation ? Quest-ce quêtre adulte ? Hommes, femmes : comment nous percevons-nous les uns lesautres ? La souffrance est-elle nécessaire à la maturité ? Comment lart nous libère-t-il ? ...Ou par association didées, voire en opposition :Lhomme, lanimal ; croyance et conviction ; discrétion et dévoilement ; la paternité, la maternité ; passions, aliénations ;rencontre et relation ; le silence et les non-dits ...Ils font appel au vécu de chacun, aux expériences professionnelles ou existentielles, aux souvenirs, aux lectures, à laculture personnelle, aux médias, aux études ... LAutre Regard – Projet dEtablissement 43
  • 48. Pratique de lanimationlaccueil sur lAtelier de discussion : Regards sur la vieLes personnes viennent sur cet atelier-discussion, attirées par léchange avec les autres, par le monde des idées, par ledébat didées. Elles éprouvent la plupart du temps la crainte et le désir de sexprimer devant les autres.Une nouvelle personne arrive. Ce temps de larrivée en atelier, marqué par langoisse qui accompagne les débuts, nécessiteun traitement ( = manière dont on soccupe de ) particulier.Il va falloir mettre en oeuvre certains paramètres pour que le groupe (animateur(s) et participants) lui fasse une place. Cesparamètres font appel– aux aptitudes de lanimateur quant à la sécurisation de la personne, quant à lintérêt porté, quant au ressenti de son état psychique ( à partir de ce qui émane delle).– aux aptitudes du groupe : intelligence, sensibilité, éthique (?) du groupe. Ses membres se souviennent de leur propre arrivée dans latelier (leffort, langoisse). Ambiance générale de latelier. Dans le but dun accueil satisfaisant pour un premier essai en atelier,►lanimateur garde présent à lesprit le souci de sécuriser la personne ▫ Elle nest pas laissée à elle-même ; je vais vers elle dès son arrivée dans lentrée du local associatif, je madresseà elle. Une part de moi restera centrée sur elle jusquà son départ, dune façon soutenante et discrète. ▫ Si elle est très angoissée, je lui rappelle quelle peut ne rester que jusquà la pause, quellepeut ne pas prendre la parole, quelle peut choisir de partir, quitte à revenir nous voir dans quelques temps. Elle nest pasretenue au-delà de ce quelle accepte de supporter, elle possède une marge de manoeuvre. ▫ Je suis attentive à ce quelle ne se sente pas agressée par des comportements trop questionnants, trop indiscrets,ni jugée.►lanimateur active des intérêts croisés, sorte de tissage primordial pour établir la relation, trame de base qui fait suiteau tout premier accueil dans lassociation. ▫ Je porte intérêt à lexpression du nouveau-venu. Intérêt pour ce quil dit, bien entendu, et pour son expressionlangagière, mais intérêt surtout, sans être observatrice, à sa personne dans sa globalité. Toute opinion est suspendue, toutjugement personnel mis en veilleuse, au profit de limpression la plus juste possible. ▫ Je cherche à mobiliser lintérêt des autres participants pour cette personne - présentation succinte réduite à sanomination le plus souvent pour l introduire dans le groupe - et pour son expression ( je les appelle à sexprimer en retoursur ce quelle vient de dire : je les invite à résonner). ▫ Je cherche à mobiliser, à travers le thème qui a été choisi, lintérêt du nouveau pour latelier : le groupe,lactivité, le cadre, lanimateur.►lanimateur est réceptif à létat desprit de ce nouveau participant. Angoisse, thymie, façon de réagir : pressentir sonmodus et son état psychique du moment. ▫ Jessaie de percevoir le degré de son angoisse en lisant les signaux du corps – attitude, mains, regard, voix - avecune attention qui ne sera jamais de lordre de lobservation, mais plutôt en recourant au balayage du regard et par lécoute. ▫ Jessaie dajuster ma propre expression à la sienne avec douceur : voix (débit, intonation), regard, gestuelle.Quelques manières de prendre place parmi les participants habituels,Éléments de réflexion, 26 juillet 2007 LAutre Regard – Projet dEtablissement 44
  • 49. Annexe 8 La formation•Fonction de la formation Les responsables de LAutre Regard, venant dhorizons différents ont eu des formations initiales variées. En intégrantlassociation, ils continuent à se former de façon permanente. Ils peuvent bénéficier de formations « classiques »: organisées eninterne, elles favorisent la cohésion au sein de LAutre Regard et en externe, elles participent à linsertion sociale. En outre,limprégnation dans lassociation constitue un autre type de formation: il sagit pour chacun dêtre en éveil, dobserver, découteret déchanger avec les autres; ceci, afin de nourrir une réflexion collective, support de laction.Toute formation favorise lépanouissement de chacun. Elle permet de porter un meilleur regard sur soi et apporte un mieux-êtreen soi et avec les autres. Cest aussi une reconnaissance du travail accompli, notamment pour les bénévoles qui sinvestissent etun gage de qualité du service rendu.Elle participe au maintien dun bon climat pour le vivre ensemble, à la mutualisation des compétences et à létablissement duneculture commune.En se formant, on se transforme et on évolue vers plus dautonomie et de responsabilité citoyenne.Lassociation met laccent sur les qualités relationnelles tout autant que sur les compétences techniques des responsables: - Les formations techniques améliorent le savoir-faire de lanimateur datelier, lui donnent de laisance (arts plastiques, anglais...). - Les formations à la communication et aux relations humaines (gestion du temps, des émotions...) nous paraissent essentielles étant donné les difficultés relationnelles des personnes accueillies. - La régulation mensuelle en groupe des responsables, avec un psychologue extérieur à lassociation, permet à chacun de trouver une bonne distance aux situations vécues au sein de LAutre Regard. Cette régulation suscite un travail collectif et sur soi également. Elle laisse la possibilité dun nouveau positionnement et apporte une bonne cohérence à léquipe.•Modalités de la formation Lassociation LAutre Regard a de tout temps favorisé les formations, y compris pendant les premières années, lorsquetout le monde était bénévole. Actuellement lassociation cotise à uniformation , organisme qui prend en charge la plupart desformations des salariés. De plus, elle consacre chaque année une enveloppe sur son budget propre au paiement de formationsaux bénévoles assurant des responsabilités ou en voie de le faire. a) Le processus de formation Les responsables salariés et bénévoles partagent ensemble le même souci damélioration personnelle et collective.Chacun peut demander à lassociation si elle accepte de lui financer telle ou telle formation quil trouve lui-même et qui lui seraaccordée dans la mesure où elle apportera un plus à lassociation et où son coût ne dépasse pas les possibilités. LAutre Regardmet aussi en place des formations qui répondent à des demandes collectives. Dautre part, des informations sont données régulièrement sur des formations proposées par exemple par laCRES/CRVA (Chambre Régionale déconomie solidaire/Centre de Ressources pour la vie associative) ou la Maison Associativede la Santé ou autres afin de susciter chez quelques-uns lenvie dy participer. Attentif aux intérêts de chacun, on suggère aussi àdes adhérents désireux de sinvestir davantage dans la vie de lassociation et susceptibles dy prendre des responsabilités dedemander à bénéficier dune formation pour laider dans sa démarche. Enfin, lassociation, qui a toujours fait appel à linitiativedes adhérents considérés comme personnes ressources potentielles sappuie sur les compétences des uns et des autres. En outre, une documentation est à la disposition des adhérents qui sintéressent aux questions sociales et sanitaires :livres, revues, internet. b) Les formations internes à LAutre Regard Les formations organisées en interne peuvent prendre la forme de stages animés par une personne de lassociation ou unintervenant extérieur. Ce sont par exemple des stages dété en travail corporel ou photo... ou des stages sur laccueil, sur ladémarche institutionnelle...Sont formatrices également les réunions, quelles soient statutaires ou ponctuelles sur lévolution de LAutre Regard ousur des thèmes particuliers comme le bénévolat, les mesures de protection juridique... Ainsi que nous lavons dit précédemment,les réunions sont nombreuses et ouvertes à de nouveaux membres. Par exemple, la réunion déquipe du lundi matin invite à sadeuxième partie toute personne intéressée par le thème prévu. Toutes les nombreuses réunions et autres occasions déchanges permettent les transmissions entre pairs des acquis desuns et des autres. Cela peut se faire à partir de lectures sur des sujets tels la santé mentale, la pédagogie active... Une autreillustration de cette collégialité du savoir partagé mis en commun est la pratique dateliers de Recherche Action par lassociation. c) Les formations extérieures Bénévoles et salariés peuvent aussi postuler pour des formations tout public quil sagisse de stages dune ou plusieursjournées, de colloques ou de séries de cours. LAutre Regard – Projet dEtablissement 45
  • 50. Annexe 9 Les action militantes en Santé Mentale : opérations publiques (campagne de déstigmatisation)L AUTRE REGARD signifie pour ses fondateurs, encore présents dans lassociation, essayer de changer le regard : dunepart amener les personnes malades psychiques à changer de regard sur elles-mêmes, dautre part amener la société àchanger de regard sur ces personnes. En effet, nous avons toujours pensé que lenvironnement avait une influence sur toutepersonne, a fortiori sur les personnes sensibles comme les malades psychiques. A la souffrance psychique due à la maladiesajoute pour eux une souffrance sociale dêtre mal considérés et incompris dans notre société.On a donc envisagé, dès le début, de faire des actions publiques pour agir dans la mesure de nos moyens : on a choisi lemode de témoignage ; ce sont des personnes malades qui se sont elles-mêmes exprimées sous différentes formes.Nous ne citons pas toutes nos manifestations, mais seulement quelques temps forts :– Dès 1987, une exposition de présentation de lassociation a été réalisée avec laide dun professionnel de la communication et a circulé dans une trentaine déquipements de quartiers de la ville.– En 1990-91, organisation en partenariat notamment avec la maison de quartier de Villejean, dune campagne dinformation « ça va pas la tête » (des hommes et des femmes osent prendre la parole) avec plusieurs réalisations : - une exposition de peinture - la création dune pièce de théâtre « Vous avez dit bizarre ? » - la réalisation dun film vidéo «Fragments » avec laide technique du C.R.E.A (centre de formation à laudiovisuel de lUniversité Rennes II)– En 1993-94, réalisation dans nos locaux en complète autonomie du film vidéo « reflets » qui a été présenté à de nombreux publics avec témoignage des acteurs et qui a beaucoup servi par la suite dintroduction aux interventions publiques, notamment en milieu scolaire et étudiant (lycées, IFSI- Institut de Formation aux Soins Infirmiers, IRTS- Institut Régional du Travail Social)– En 2005, réalisation de lexposition « La maladie psychique : en parler un peu, beaucoup... à la folie 35 » qui a circulé en 2006 et 2007 dans de nombreux équipements à Rennes ; elle est allée aussi à Lille, à Marseille, à Paris et devrait aller bientôt à Locminé. Ses dix panneaux rapportent des paroles dusagers, de familles, de professionnels sur plusieurs thèmes. Une revue, tirée à 5000 exemplaires ainsi quune plaquette en 10 000 exemplaires, ont été réalisées et distribuées.– En 2008, une action publique qui a pris une autre forme : un journal régional « Acteurs en santé mentale36 » a été réalisé avec les Croix Marine, l UNAFAM et la FNAPsy dans le but de : - développer le lien entre partenaires pour préparer le travail de réseaux en santé mentale - favoriser lacceptation de lusager comme partenaire - permettre à lusager de saffirmer et de développer sa citoyenneté - informer les partenaires de lévolution de la santé mentale et des nouvelles pratiques professionnellesLassociation LAUTRE REGARD participe aussi, depuis ses débuts, au collectif organisateur de la Semaine dInformationsur la Santé Mentale qui se déroule chaque année en Mars.35 Voir annexes CD 20 et 2136 Voir annexe CD 22 LAutre Regard – Projet dEtablissement 46
  • 51. Annexe 10 Le Collectif Gem OuestDès 2005, suite à la circulaire du 25 Août 2005 créant les GEM (Groupes dEntraide Mutuelle), de nombreusesassociations en création nous ont contactés de toute la France. Pour organiser la réponse et cesser de répondreindividuellement en recevant les équipes dans les locaux de LAutre Regard, nous avons sollicité les responsablesdépartementaux de lOuest, des trois fédérations concernées par les GEM au niveau national : Croix Marine,FNAPsy, UNAFAM pour organiser avec nous des rencontres.Dès la première rencontre, linformation se transmet hors département et la rencontre devient régionale, voire duGrand Ouest.Cest ainsi que le Collectif GEM Ouest a été créé en 2005;Avec 80 personnes présentes lors dune première journée de rencontre, deux autres réunions ont été organisées avecnos partenaires avec un peu plus de 100 personnes. Ces réunions regroupaient une majorité dusagers :1 – 03 Février 2006 : les GEM, entraidons-nous !2 – Juin 2006 : donnons-nous des nouvelles3 – 08 Décembre 2006 : comment ça se passe chez vous ?4 – Décembre 2007 : décision dentraide et entraide à la décision5 – Décembre 2008 : écouter la différence, favoriser la diversité6 – 04 Décembre 2009 : quoi de neuf en 2009 ?LAutre Regard assure les tâches de secrétariat de GEM Ouest et une partie de lanimation.Cette action de soutien des GEM de lOuest semble reconnue puisquelle a été citée dans la circulaire du 30 Mars2007 et que les adhérents des GEM de lOuest se déplacent en nombre chaque année. En 2008, la rencontreorganisée le 5 décembre à lIFSI du CHGR a rassemblé une centaine de personnes dont une grande majoritédadhérents de GEM. En 2009 ils étaient 120.Les membres du Collectif GEM Ouest sont aussi à linitiative de la création du journal “Acteurs en Santé Mentale –La Lettre de la Santé Mentale en Bretagne” diffusé sur toute la région.Cette action visait le développement des échanges des échanges entre professionnels du sanitaire, du social et dumédico-social dune part et familles et usagers dautre part.Trois numéros sont parus en 2008 grâce à un financement de la DRASS (GRSP), et ont été diffusés à 3000exemplaires chacun.LAutre Regard était coordinateur de laction dans son ensemble, comprenant de nombreux interviews.La subvention attribuée pour ce journal nayant pas été renouvelée, le collectif a interrompu sa réalisation.Actuellement, le Collectif GEM Ouest établit des liens avec le CNIGEM (Collectif National Inter-GEM) qui seconstitue sur le modèle de GEM Ouest.Voir larticle “toujours plus à lOuest” dans “Pratiques en Santé Mentale” N° 3 de 2007 LAutre Regard – Projet dEtablissement 47
  • 52. Annexe 11 Planning des activités LAUTR E R E GAR D Planning 2009-2010 (mis à jour le 20.10.2009)LUNDI Journal 14h-16h 2 square Rance Initiation aux jeux 14h30-16h 8 square Rance Photo 14h-17h Annexe Dullin Cuir 14h-16h30 Annexe Dullin Gym entretien 16h15-17h15 2 square Rance Théâtre textes 17h30-19h30 2 square RanceMARDI Gymnastique sensorielle 10h00-12h00 2 square Rance Vocalises 10h30-11h30 8 square Rance Informatique 14h-15h30 / 15h30-17h 8 square Rance Dessin-peinture 14h-16h15 2 square Rance Anglais conversation 14h-15h30 8 square Rance Art et Création 14h-17h Annexe Dullin Français (collège) 14h30-16h 2 square Rance Anglais débutants 16h30-17h30 8 square RanceMERCREDI Blog asso 9h-12h 8 square Rance Chant 9h45-11h45 Maison Associative de la Santé Cuisine 10h-14h École Hautes Chalais Sorties Scudo (variable) Départ du 2 square de la Rance Jeux de société 14h-17h Annexe Dullin Camescope 14h30-16h30 8 square Rance Rencontre poésie 14h30-16h 2 square Rance Anglais bases 16h-17h30 2 square RanceJEUDI Groupe musique 10h-12h 8 square Rance Relaxation en mouvement 10h30-12h Maison Bleue Ecriture 10h30-12h 2 square Rance De fil en aiguille 14h-16h30 8 square Rance Photo 14h-17h Annexe Dullin Regards sur la vie 14h-16h30 2 square Rance Art et Création 14h-16h30 Annexe Dullin Actualités 17h30-19h 8 square RanceVENDREDI Internet (sur RDV) 9h-10h/10h-11h/11h-12h 8 square Rance Ping-pong 9h30-11h30 2 square Rance Cordon bleu 10h-14h Salle Volclair Découverte de la musique 13h-14h 2 square Rance Site internet et blog perso 14h-16h 8 square Rance Après-midi détente Cafétéria, b ib liothèque 14h-18h 2 square Rance Massages b ien-être, Jeux de sociétéSAMEDI Cinéma Voir programme Arvor ou TNB – 5 € la place Pétanque Départ à 14h du square Rance Randonnées « Week-end » frais déplac Resto (Rennes) – prix du repas (12 à 15 €) Vidéo voyages (14h-16h) 2 square Rance Autres activités proposées : resto (midi ou soir, 1fois/mois), sorties culturelles (musée, théâtre, Opéra, cinéma) Théâtre : 8 € la place (environ) - Happy Hour : tarif unique 3,50 € - cinéma : 5 € environ Permanences daccueil et dinformation Locaux de lAssociation LAutre Re gard Siège social : 2, square de la Rance, Tél : 02.99.31.63.43 LUNDI de 12H à 14H Annexe de Dullin : square Charles Dullin, Tél : 02.99.41.73.46 MARDI de 14H à 17H (bus 3, arrêt Champs Manceaux) JEUDI de 10H à 12H VENDREDI de 14H à 18H Autres lieux dactivités Au 2, square de la Rance Maison Bleue : 123, Bd de Verdun (bus 2, arrêt IUFM) École des Hautes Chalais : 81 bd Alber 1er (bus 3, arrêt Champs Manceaux) Maison Associative de la Santé : 36 bd Albert 1er (bus 3, arrêt Champs Manceaux) Salle Volclair : 81 bd Volclair (métro Triangle) LAutre Regard – Projet dEtablissement 48
  • 53. Annexe 12 le GEM LAntre 2La loi sur « légalité des droits et des chances des personnes handicapées » de février 2005 a précisé que les« malades mentaux » avaient un handicap dit « psychique » et pouvaient bénéficier dune compensation. Une desmesures possibles de cette compensation était la création de Groupes dEntraide Mutuelle (G.E.M.) dont la mise enplace est définie dans la circulaire du 29 août 2005.LAutre Regard étant, sans le savoir, un précurseur des GEM, il était logique que lUNAFAM nous demande de créerun GEM en plus de LAutre Regard.Comme nous avions remarqué depuis une dizaine dannées que les jeunes adultes narrivaient pas à sinscrire dansnos activités où la moyenne dâge est élevée, nous avons décidé de créer un GEM spécifique a cette tranche dâge(18-26 ans).Les jeunes en souffrance psychique, souvent dans le déni de leurs symptômes ou ayant lespoir parfois à juste titreque leurs difficultés soient passagères, ne souhaitent pas fréquenter les lieux de soin ni les associations où ils évitantainsi de sidentifier aux plus âgés (moyenne dâge 45 ans en 2005).Fin 2005, le projet se met en place Après une étude de faisabilité auprès des partenaires du secteur sanitaire et social de Rennes (CHGR,mission locale...), qui met en valeur le besoin dune structure pour jeunes adultes malades psychiques surRennes, le GEM de LAutre Regard organise les premières réunions avec des adhérents potentiels. Le but deces réunions est clair : favoriser dès le départ limplication des adhérents dans le projet. En effet, cest à partir deleurs suggestions que les premières activités se mettent en place. Une progression vers linvestissement associatif Pendant les cinq premiers mois dactivité, une trentaine de jeunes fréquentent le GEM, selon desmodalités propres à chacun. Les activités sorganisent au fur et à mesure des nouvelles idées (théâtre,musique, écriture, etc.). Une ambiance, un esprit de groupe voit peu à peu le jour, et une nouvelle dynamiquesinstalle : il ne sagit plus seulement de mettre en place des activités au jour le jour ; les adhérents investissentmaintenant le projet du GEM.Une dynamique collective : le projet « Café associatif ». Une nouvelle voie souvre donc à partir de lidée dun adhérent exposée en assemblée générale : fairede LAntre-2 un « Café associatif », sans alcool, avec des temps douverture différenciés pour les adhérentset pour un plus large public. Le principe de ce projet poursuit plusieurs buts : - favoriser le lien social - favoriser linvestissement des personnes souffrant de troubles psychiques - retrouver une place de citoyen acteur dans la citéCe projet implique effectivement que les membres de LAntre-2 proposent au public rennais un lieu singulier.Le projet GEM est respecté et louverture au public permet à lassociation, donc à ses adhérents, de sintégrerdans la ville en tant quacteur culturel. Quel que soit le moment douverture (adhérents, tout public), il sagitde mettre en place un cadre participatif afin que chacun soit acteur de la rencontre. Aussi, nous pensons que cette démarche participe de la déstigmatisation de la maladie psychique.LAntre-2 a pour mission de prendre une autonomie juridique en 2010 comme le prévoit les textes mais LAutreRegard restera le « parrain » gardant une partie de la gestion financière notamment pour les deux salariés.A noter que, comme les autres GEM, LAntre-2 reste une structure fragile financièrement tant que lÉtat et lescollectivités territoriales ne réalisent pas linsuffisance de leur prise en charge. LAutre Regard – Projet dEtablissement 49
  • 54. Annexe 13 Les compétences collectives Par ses pratiques de vie sociale et sa culture du collectif, LAutre Regard génère des savoirs collectifs. Beaucoup dadhérents nous disent aller mieux depuis quils fréquentent ou ont fréquenté LAutre Regard. (Ce fonctionnement a des effets bénéfiques pour les adhérents.) Il présente les trois caractéristiques suivantes : 1 -Redécouverte du possible. Cest laspect sans doute le plus révélateur souligné par les adhérents. Ils nous disent quen arrivant à L Autre Regard ils ont le sentiment que lavenir leur est à nouveau ouvert, quils peuvent sessayer à être... à faire..., sans jugement et sans risques. 2 -Gommages des incapacités individuelles par la compétence collective. La personne morale (exemple Coop.1 Services) même dirigée par un président sous mesure de protection nest pas, elle, sous mesure judiciaire et il suffit dune seule personne habilitée à signer des chèques pour que les autres membres puissent gérer des fonds et reprendre confiance en eux. La rotation des places (Coop.1 Services) permet dassumer à tour de rôle plusieurs statuts, plusieurs responsabilités et facilite une suspension provisoire du travail vécu comme un temps de respiration et non comme arrêt maladie stigmatisant. Le travail du Collectif dUsagers préparatoire aux interventions en tant quusager expert dexpérience a fait dire à une des membres : « même si je suis, moi, incapable dintervenir en public, jai le sentiment que lintervenant parle aussi en mon nom... »3 - Redécouverte de lautre et apaisement des difficultés relationnelles. Dès la deuxième séance, delAtelier de Recherche Action Coopérative sur LAutre Regard, une adhérente participante aprononcé cette phrase magnifique : « Il y a un aspect magique dans ce lieu : on peut percevoir lautre. »Après avoir accueilli sur 24 années au moins un millier de personnes, parfois en grande souffrancepsychique, LAutre Regard ne retrouve pas dans sa mémoire collective un seul cas de violences graves.On peut penser que la régulation des situations conflictuelles par le collectif dont chacun est membredans linstant, évite le face à face dont il faudrait sortir vainqueur et facilite un type de relationségalitaires sans pour autant « se faire avaler par lautre ». Lattitude de chacun, quel que soit son statut,son rôle ou sa fonction, est guidée par la compréhension quil a du sens collectif. Et, quand il doute,plutôt que de faire appel à un règlement, cest encore le collectif du moment (petit groupe, atelier ouassemblée) qui léclairera dans la conduite à tenir.37Mais sur quoi est fondé ce mieux-être ? En quoi le fonctionnement de LAutre Regard permettrait-il dentrer dans ce que la Fédération Croix Marine38 , appelle aujourdhui " les soignances profanes." ? COMPETENCES COLLECTIVES et SOINS.Le transfert est une composante de toute relation humaine. Lanalyse de ces transferts est devenue depuisFREUD un outil possible de soins en psychiatrie. Toutefois, lunivers dissocié de la personnalitépsychotique ne permettait pas de faire une analyse de ces transferts sur un seul thérapeute jusquà ce quejean OURY et François TOSQUELLES 39 mettent en évidence les notions de « transfert dissocié » et de «transfert multiréférentiel » qui signifient que la personne psychotique effectue dans les faits plusieurs transfertspartiels sur plusieurs individus ou objets.37 On pourrait, dans les champs du social et du médico-social, expérimenter leffet de cette pratique sur les relations duelles accompagnant/accompagné, soignant/soigné, travailleur social/usager etc.38 Fédération dAide à la Santé Mentales Croix Marine39 Jean OURY psychiatre fondateur en 1953 de la clinique de La Borde (Cour Cheverny en Loir et Cher) est avec François TOSQUELLES un des pères de la psychothérapie institutionnelle. LAutre Regard – Projet dEtablissement 50
  • 55. Mais pour que ceci puisse avoir lieu :«Il convient de lui offrir les plus grandes possibilités de rencontres avec les soignants, les autres patients,des personnes extérieures, à loccasion des activités thérapeutiques, culturelles ou sociales. Dune certainemanière, le patient va ainsi être amené à créer sa propre constellation, un peu comme un peintre, au plusprès du monde des sensations, choisit, plus ou moins consciemment, ses couleurs sur sa palette pourréaliser sa composition.... Lhétérogénéité des espaces, des groupes, des activités thérapeutiques, destemps interstitiels,... est dune grande importance dans la démultiplication des possibilités de lapalette...»Citation de Pierre DELION40 qui poursuit :« Toute la difficulté consiste à repérer et réunir ces investissements hétérogènes et cest lobjectif de ce queTOSQUELLES a appelé "constellation transférentielle" dans laquelle se trouvent rassemblés, souventpour la première fois, les fragments projetés dun sujet psychotique »Nous nentreprendrons pas, dans ce court exposé, la description de ce qui fonde la dimensionthérapeutique de la constellation transférentielle. Reprenons simplement cette citation :« Les réunions de constellation selon Jean OURY sont un des outils essentiels de la psychothérapie institutionnelle,lun des plus spécifiques de la prise en charge du transfert dissocié des psychotiques. Cette réunion, enréunissant les personnes qui sont engagées dans le transfert avec tel psychotique, réussit par sa seuletenue à changer létat symptomatique du patient. »41Lassociation LAutre Regard nest pas aujourdhui et ne sera sans doute jamais identifiée comme un lieu de soins.Mais la construction de ses savoirs collectifs, ainsi que les pratiques qui en ont découlé autour du collectif commetiers régulateur, autour également des régulations mensuelles avec un psychologue, font quelle est pour certainsadhérents le lieu de réunion de leur propre constellation transférentielle et quils en retirent un mieux être.Sous cet aspect, nous sommes bien dans le contexte de notre réflexion sur les compétences collectives puisque aucundes individus en présence, quil soit émetteur ou récepteur des ces transferts partiels, ne peut à lui seulproduire cet effet bénéfique.40 htip://institutions.ifra~ ,~ce.comipages textes/articles/clelion/therapeutiquesinstitution.htm Professeur de pédopsychiatrie à la faculté de médecinede Lille 2, chef du service de pédopsychiatrie au CHRU de Lille, et psychanalyste, Pierre DELION est lauteur de nombreux ouvrages spécialisés.41 Pratiques en Santé Mentale N°3 - Août 2008 – page 58-" Les modèles du soin psychique : évolutions actuelles". LAutre Regard – Projet dEtablissement 51
  • 56. Annexe 14 Présentation publique de LAutre RegardTexte de lintervention publique lu le 15 octobre 2004 au Ministère de la Santé à la « Journée des ClubsFNAP-Psy »Présentation de LAutre Regard, association affiliée à la FNAP-PsyTexte lu par Nicole Beunaiche et Jean-Christophe PrévotéEn guise dintroduction, je voudrais reprendre les propos de Benoît VANONI qui a réalisé un vidéo-film sur LAutreRegard :Au cœur de Rennes, nichée au fond dun square, existe depuis dix-neuf ans une association atypique et résolumentinnovante. Une véritable micro-société, qui inscrit sa mission dans le soutien social et relationnel, essentiellement àdes personnes qui retournent à une vie autonome après une hospitalisation en établissement psychiatrique.Lintuition des fondateurs, qui connaissent le monde de la maladie mentale, était doffrir un lieu de rencontre et deresocialisation à des gens confrontés le plus souvent à lisolement et à labsence de projets. Dans une dynamique deréaffiliation, ce sont les activités à dimension de loisirs culturels qui ont été privilégiées. Lactivité, loin dêtre unefin en soi, devient un espace-temps unique, où chacun va trouver des centres dintérêt, et participer à une reconquêtede sa personnalité. Revalorisation de chacun et lutte contre lisolement social, écoute et pédagogie active, où laresponsabilisation est source de croissance, là sont les caractéristiques majeures de cette structure ... Une démarchehumanisante, centrée sur la personne, et qui nous permet de porter alors un Autre Regard.Comment est né LAutre Regard ?La veille de lassemblée générale fondatrice (12 Novembre 1985) 4 personnes avaient rédigé en hâte une feuillerecto-verso distribuée lors de lassemblée générale. Sur ce mini document un CONSTAT : la psychiatrie soignait deplus en plus ses patients « en ambulatoire » cest-à-dire sans hospitalisation, mais ceux-ci sans activitéprofessionnelle pour la plupart souffraient de solitude et dinoccupation.Face à cette situation un PROJET, projet extrêmement vague quon pourrait formuler ainsi :« offrir aux personnes venant dinstitutions psychiatriques, un LIEU où elles puissent se sentir à laise » donc êtreaccueillies avec bienveillance et dans un climat de liberté.Dès ses débuts, lassociation a regroupé des ex-patients, des familles, des professionnels des secteurs sanitaire etsocial, les usagers étant majoritaires au Conseil d’Administration, et au Bureau.Cette rencontre de personnes venant dhorizons différents a été marquée demblée par une collégialité avec desrelations égalitaires, sans hiérarchie visible. Chacun était là en tant que personne bien au-delà de toute fonction ouétiquette. Face aux difficultés provenant des angoisses ou des symptômes liés à la maladie nous nous appuyions surune réassurance mutuelle et sur des pratiques inspirées de la pédagogie active. Cela nous permettait de faireconfiance à chacun dans ses entreprises et ses propositions.Un LIEU, oui mais pour y faire quoi ?Voilà justement en quoi le projet était vague...Y faire ce que les uns et les autres imagineraient et proposeraient :Au début de LAutre Regard nous navions pas de plan établi mais quelques idées qui guidaient nos actions, deslignes de conduite auxquelles nous nous référons encore.A LAutre Regard on vient pour FAIRE, mener une activité précise à un moment précis avec des gens venus dans lamême intention. Ce nest pas un lieu où on vient seulement pour remplir un temps vide ou fuir un tête-à-tête avecsoi-même en compagnie dautres personnes désoeuvrées. Nous croyons aux vertus de laction, sortir de chez soi,traverser la ville, être à lheure, rencontrer les autres, se confronter à une discipline du corps ou de lesprit et à sesdifficultés (chant choral, relaxation, modelage, écriture... etc). LAutre Regard – Projet dEtablissement 52
  • 57. A LAutre Regard, on ne prend pas en charge.Nous navons pas de projet pour les adhérents, thérapeutique ou autre. Au contraire, nous souhaitons que chacunfasse lui-même ses choix et prenne la direction de sa vie, doù une attitude dabord de discrétion. Mais si unepersonne vient parler de ses soucis on ne se dérobe pas, cest notre façon daider, nous pensons que cest dans ledialogue quelle-même trouvera ses solutions. Et même il arrivera que nous provoquions ce dialogue, cest affaire dediscernement. Mais nous ne ferons pas à la place de la personne.Nous voulons résister à la tentation si fréquente pour un responsable de savoir ce qui est bien pour lautre, de luidonner des conseils. Au contraire, nous pensons quil faut lui laisser trouver son chemin lui-même, fut-ce au prix defaux pas. Cest à ce prix quon parvient à lautonomie. Cest la pédagogie de la liberté et de la responsabilité... maisaussi de la confiance en lautre. On fera même appel aux adhérents pour prendre des responsabilités danslassociation, y rendre service. Dans lidéal, « ce nest pas seulement lassociation qui aide ladhérent mais aussiladhérent qui aide lassociation ».Alors comment ça se passe à LAutre Regard ?Pour ceux qui aiment les chiffres, on peut dire que :– à LAutre Regard il y a 200 adhérents par an, une fréquentation hebdomadaire de 120 personnes, lun venant 2 fois par mois, lautre plusieurs fois par semaine,– nous avons 25 activités différentes– soit 35 moments daccueil par semaine– léquipe dencadrement compte 26 personnes : 20 bénévoles et 6 salariés– les activités sont très variées (arts plastiques, informatique, anglais, cuisine, théâtre...)– nous avons une convention avec le centre hospitalier départemental Guillaume Régnier et une avec le Conseil Général dIlle-et-Vilaine qui nous octroie une dotation et la dénomination de « service daccueil de jour ».Nous préférons vous dire comment se vit lassociation LAutre Regard club dusagers FNAP-Psy.Pour laccueil, ce premier contact est essentiel pour que le visiteur ressente que ce lieu est différent et quil pourra yprendre ses marques, que cette association est pour lui sil le veut. Lentretien porte sur ses centres dintérêts etéventuellement sur ses compétences personnelles. Le nouveau venu doit saisir quici nous navons pas besoin deconnaître son parcours de maladie, quà la limite cela ne nous regarde pas et que pour nous il nest pas un malade enréinsertion mais un adhérent potentiel qui a envie de faire quelque chose. Cet accueil essaye de faire ré-émergerun peu de désir.Citons le Docteur Gentis qui parle de laccueil soignant lors dune conférence en 1989 : « ...laccueil doit savoir sefaire neutre et rassurant : certains malades se dérobent à ce qui est explicitement soins, thérapie, médecine – à toutce qui vise à les changer, à les modifier (donc à tout ce qui vise à une guérison : la plupart de ceux-ci refusentdailleurs létiquette de « malades »). Il y a chez eux une aspiration à la permanence et à la stabilité qui seffarouchede toute proposition thérapeutique ; ...Il faut donc, pendant fort longtemps quelquefois, accepter ces malades « telsquils sont », et ne rien exiger deux, cest le seul moyen de garder contact, de leur garantir un minimum de vierelationnelle et de préserver lavenir. Lexpérience montre en effet que cette attitude dattente respectueuse finitpresque toujours par payer : il vient immanquablement un moment où les vicissitudes de lexistence menacent lemalade dans le précaire équilibre où il sétait réfugié, et cest alors vers ceux qui ont su gagner sa confiance quil setourne pour demander secours... »Cela dit bien que le parcours dans lassociation est un cheminement différent pour chacun et qui vient totalementde lui.Ladhérent doit sentir aussi quil est libre de quitter lassociation sans avoir à justifier de son départ, sans êtreredevable de quoi que ce soit, et libre dy revenir plus tard.A LAutre Regard nous recevons chaque année un grand nombre de visites de nouveaux mais elles naboutissent pastoutes loin de là à une adhésion immédiate.Cest un lieu où se réalise la rencontre de lautre, lieu où le relationnel est réamorcé en apprenant à ré-appréhenderlautre. Chaque activité regroupe un petit nombre de personnes se retrouvant régulièrement toute une année sous laconduite d1 ou 2 animateursDans ce groupe on peut se reconnaître les uns les autres dans ses différences, pouvoir tour à tour sexprimer etsécouter, se sentir apprécié ou contesté, cest exister pour les autres et par contre coup pour soi. On retrouve son LAutre Regard – Projet dEtablissement 53
  • 58. identité.Les animateurs ont le souci dun certain mode dentrer en relations et de les vivre ; caractérisé par une proximitéquelle que soit la fonction, tutoiement entre tous, absence de distance hiérarchique, place faite au rire et à laplaisanterie, valeur accordée à la parole de chacun.La plupart des animateurs sont des usagers en santé mentale, beaucoup de nos ateliers sont coanimés par 2personnes. On peut même faire carrière dans le club en passant du statut de simple adhérent à celui danimateur(voire de salarié).On pourrait penser quà LAutre Regard les usagers encadrants ne sont pas fragiles et que tous les adhérents sontstabilisés. Chacun a sa fragilité mais cela fonctionne grâce à la réassurance mutuelle. Il y a très peu de distance entreles encadrants et les encadrés. Les membres du conseil dadministration sont immergés dans la vie quotidienne delassociation; ils peuvent être par ailleurs animateurs datelier et simple participants dans un autre atelier. Les chosesse disent et se réfléchissent au travers de multiples réunions. Le faire ensemble permet à quelquun de fragile detrouver une place parce quil nest plus seul.Une des particularité est labsence : elle fait partie du fonctionnement du club ; les séquelles de la maladie, lafragilité des adhérents occasionnent fréquemment des absences dans les activités. Nous incitons chacun à prévenirun membre de léquipe si cela est possible ainsi lanimateur peut le signaler au groupe, nommer labsent permet ainside le rendre symboliquement présent. Cest important pour la cohésion du groupe et bien sûr pour labsent qui neperd pas sa place et se sait attendu, il reviendra plus facilement.Quels moyens se donne lassociation ?– On insiste sur la vie associative, ladhérent nest pas seulement un usager, il choisit lassociation, les activités quil veut y pratiquer, il simplique par le paiement dune cotisation. A LAutre Regard la multiplicité des réunions éveille un sentiment de co-responsabilité et contribue à mettre ladhérent en position dacteur. Lavis de chacun est accueilli et même sollicité. Cela amène ladhérent à la conscience de faire partie dun ensemble, à un sentiment dappartenance sociale. On a passé toute une semaine cette année à réfléchir sur ce que lon trouve à LAutre Regard. Cette semaine de réflexion a mobilisé beaucoup dadhérents ; on a ainsi développé une pratique de la citoyenneté.– Dès le début, lassociation a bénéficié de la présence de personnes-ressources42. Elles ont aidé à la communication, cest-à-dire que leur présence a amélioré lécoute entre nous. Elles ont aidé à élaborer des projets et des manifestations. Leur contribution dans la recherche de financement a été décisive car leur professionnalisme rassure les pouvoirs publics. Il reste à préciser que leur attitude était discrète et leur présence rassurante. Nous laisserons dans lécrit une définition de la personne-ressource telle que la FNAP-Psy la conçoit. Ce sont des alliés mais ils nont pas de rôle dautorité.– En plus, lassociation a mis en place une régulation : un psychologue psychothérapeute-formateur intervient chaque mois avec toute léquipe cest-à-dire que les bénévoles usagers, les personnes-ressources et les salariés sont tous réunis en 2 groupes de 12 pour parler de leurs difficultés dans lanimation, les moments daccueil ou découte. On ne parle pas des adhérents , ni de soi. Mais à partir de soi, on parle sur ce qui est en jeu dans la relation, ce qui se vit dans le groupe, occasion de prendre conscience des phénomènes de transfert. Cette régulation continuelle est pour nous, encadrants, le gage nécessaire pour créer et maintenir une certaine qualité relationnelle.Une caractéristique essentielle de notre association est une certaine souplesse apportant une adaptabilité continuelleaux personnes et aux situations.Exemple : une activité qui nintéresse plus grand monde sarrête (cest le cas de la randonnée qui a fonctionnépendant 18 ans).Une activité nouvelle peut se mettre en place si un adhérent la propose et quelle en intéresse dautres.Nous nessayons pas de tout prévoir, tout organiser ni tout contrôler. Cette incomplétude permet aux adhérentsdessayer de combler eux-mêmes les vides. Cela na pas été un calcul au départ ; cest un constat dune expériencevécue.Nous trouvons important aussi de laisser entrer limprévu, de créer des événements ; cela réveille ce qui est vivant42 Voir encadré page 55 LAutre Regard – Projet dEtablissement 54
  • 59. en chacun de nous et nous permet de renouer avec linattendu. On se dit : « il peut se passer quelque chose dans mavie ».Avec la liberté de choix, la confiance accordée, les espaces de possibles, cest un lieu propice à lémergence desprojets individuels, à lémergence du désir : désir dentreprendre, de rencontrer les autres, désir daller mieux.On retrouve de lespoir.Le nom de notre association, emprunté à lUNAFAM, signifie pour nous avoir un autre regard sur la maladie maissurtout permettre à la personne malade de porter un autre regard sur elle-même. Ce qui permet cela dans notreexpérience cest le fait que les fondateurs et les encadrants se sont situés et se situent dans une fonction danimationet pas dans une attitude de ceux qui savent ce qui est bien pour lautre.On a toujours été étonné du peu de problèmes de comportement rencontrés avec certaines personnes pourtant trèsperturbées. Nous en avons lexplication grâce au Club des Peupliers de Paris qui a constaté une relation entrelexpression des symptômes et lattitude soignante. Je cite Pierre Prungnaud43 : « ...lorsquil a été nécessairedemployer des membres de léquipe de soins pour aider au fonctionnement du Club, un phénomène est apparu : lareproduction chez les patients, dun comportement pathologique lié à la présence des personnes quils connaissaienten tant que soignants. »On peut retenir comme singularité de LAutre Regard quil ny a aucun temps, ni aucun lieu dans lassociation dontles adhérents soient, par principe, écartés.Un club, comme tout organisme, risque de se scléroser avec le temps. Mais nous évitons ce risque grâce à larrivéede nouveaux, de plus jeunes, qui rejoignent léquipe des responsables. Ce sont les adhérents du moment qui fontlassociation.Rien nest acquis définitivement.En commençant nous navions pas de modèle et nous ne sommes pas davantage aujourdhui un modèle.Au bout de 20 ans dexpérience, le bilan de LAutre Regard est globalement positif. Nous avons là la preuve que lesusagers en santé mentale ont des capacités. Ils peuvent gérer leurs loisirs et organiser une vie associative avec laidede quelques personnes-ressources. Ils sont capables de sentraider en mutualisant leurs moyens, en sappuyantsur un cadre clair et bien identifiable notamment à travers un règlement intérieur.Ensemble ils sont capables de se prendre en main. « Dans un monde où lévaluation des mérites individuels estgénéralisée, LAutre Regard propose une expérience de réussite collective où les différences, les inégalitésenrichissent les uns et les autres ». Personnes-ressources Depuis sa création, lassociation LAutre Regard a bénéficié de « personnes -ressources ». Leur présence participe au développement de lassociation et du comité dusagers FNAP-Psy. Nous nérigeons pas une définition de la personne-ressource pour en faire un règlement incontournable, mais pour exprimer ce qui se dégage de notre expérience. Définition : Est considérée comme « personne-ressource » dune association ou dun comité dusagers FNAP-Psy une personne qui, nayant pas été elle-même usager des services de la psychiatrie, a (ou a eu) suffisamment de contacts avec des malades ou de connaissances de la maladie pour apporter une contribution militante au fonctionnement de lassociation ou du comité. Statut : Ces personnes peuvent être salariées ou bénévoles. Leur investissement est surtout une contribution militante, cest-à-dire la volonté dépouser la cause de lassociation ou du comité dusagers et de sy impliquer. Elles ne peuvent prendre part à aucun vote concernant directement la vie de lassociation ou du comité dusagers. Mission générale : Leur avis peut être sollicité par les usagers sur nimporte quel sujet. Elles peuvent apporter une contribution aux différents débats, à la condition toutefois, de toujours veiller à privilégier la prise de parole par les usagers eux-mêmes.43 Revue Pratiques en Santé Mentale, n°3, août 2004, de la Fédération dAide à la Santé Mentale. LAutre Regard – Projet dEtablissement 55