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  1. 1. LAnthropologie (Paris). 1911.1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques doeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF.Leur réutilisation sinscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 : *La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait lobjet dune licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service.Cliquer ici pour accéder aux tarifs et à la licence2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de larticle L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques.3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il sagit :*des reproductions de documents protégés par un droit dauteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés, sauf dans le cadre de la copie privée, sans lautorisation préalable du titulaire des droits.*des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou autre partenaire). Lutilisateur est invité à sinformer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation.4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle.5/ Les présentes conditions dutilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays.6/ Lutilisateur sengage à respecter les présentes conditions dutilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible dune amende prévue par la loi du 17 juillet 1978.7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr.
  2. 2. SUR QUELQUES PEINTRES-ETHNOGRAPHES DANS LAMÉRIQUE DU SUD(,) PAR LE DP HERMAN TEN KATE Personne na essayé jusquici, autant que je sache, de faire untravail densemble sur une catégorie de voyageurs que je désignesous le nom général de peintres-voyageurs. Jappelle peintre-voya-geur un voyageur plus ou moins instruit, voire scientifique, visi-tant un pays lointain, qui, en dehors de son carnet déroute, portesur lui son album à dessiner et fait, avec plus ou moins de talent,des croquis ou des études daprès nature. Il nest pas absolumentnécessaire quil soit artiste de profession ou quil ait peint destableaux. Chez lun de ces voyageurs prédomine lartiste, chez lautrelhomme de science ou lécrivain. Tel soccupe de préférence dupaysage et de la végétation, tel autre des hommes et des animaux.Lun est surtout naturaliste et chasseur, lautre géologue et bota-niste, un troisième archéologue et ethnographe. Je ne moccuperai dans ce petit essai que de ceux des peintres-voyageurs qui, au xixe siècle, par leur oeuvre artistique, scientifi-que ou littéraire, ont contribué à létude de lethnographie et delarchéologie su d-américaines. Seulement, faire une distinction nette nest pas toujours possi-ble. Je mexplique. Quand un voyageur est à la fois paysagiste etethnographe, jaurai à parler de son travail densemble, tout enessayant do le considérer avant tout comme peintre-ethnographe. Cet essai na nullement la prétention dêtre complet. Avec ladouzaine de noms je mentionnerai ici, la liste pour lAméri- queque méridionale nest épuisée. Par exemple, en parlant de pointPoeppig, jaurais dû considérer également loeuvre de Robert (1) Mémoire au XVIIe Congrès international des Américauistes à Buenos présenteAires, et publié ici avec lautorisation du dit Congrès. Cf. Sumarios de los confèrentcias y memorias Colecciôn compléta reunida por ROBERT LBHMANN-NITSGHE, BuenosAires, 1910. Resùmen n° 5. LANTHROPOLOOIB. — T. XXII. — 1911. 1
  3. 3. 14 Dr HERMAN TEN KATE Malheureusement, jécris ce travailSchomburgk et de dOrbigny. de ces deux voyageurs célèbres medans un endroit où les ouvrages Jaurais aussi de Karl Appun et desont inaccessibles. pu parler Anton et autres encore au-Julius Platzmann; Goering quelques être cités. Mais loeuvre des deux se rapporte deraient pu premiers à la celle du troisième au paysage. Quantpréférence végétation, dû les omettre linstant faute de donnéesaux autres, jai poursuffisantes. Les de lAmérique du sud que peintres-voyageurs-ethnographes en revue sont dun mérite très inégal. Sans vouloir pro-je passerainoncer un verdict qui, dailleurs, nest pas toujours catégoriquede ma tâcherai de faire ressortir les mérites et les compétence, jedéfauts de leurs travaux, disparates au double point de vue parfoisdéjà indiqué. En traitant de loeuvre de ces peintres-ethnographes, jai suivi,autant lordre chronologique. Il ma paru préférable que possible, de comme règle la date de publication de leurscependant prendre lépoque de leur séjour en Amérique. Toute-ouvrages plutôt que des raisons évidentes, cette règle na pas pu être suiviefois, pour à la lettre. Étant donnée la vie aventureuse et mouvemen-toujourstée de de ces voyageurs, jai cru quil serait intéressant plusieursdajouter à mon exposé quelques renseignements biographiques. On dire Alexandre de Humboldt a inauguré, au xixe peut quesiècle, la série des peintres-voyageurs dans le sens que je donne àce mot. Cest lui, en effet, qui, pour rendre plus vivantes les des- des parcourus, des sites visités, de la végétation, descriptions paysanimaux et des habitants du Nouveau-Continent, se servait, etnon sans succès, du crayon et du pinceau. Dans les planches quiillustrent latlas pittoresque de sa Relation historique et ses Vuesdes Cordillères et des monuments des peuples indigènes de lAméri- Humboldt sest évertué à donner ce quil y avait de mieuxque,à cette époque. Plus tard, dans Kosmos (1), le grand voyageur, enfaisant lhistorique de la peinture des paysages, préconisa cettebranche de lart comme devant donner un appui à la description.Tout en reconnaissant le grand mérite, sous ce rapport, de lauteurdes Ansichten der Natur, Ton sait que son oeuvre est du do- plutôtmaine de la géographie physique que du domaine de lethnogra-phie. (1) Vol. II, où il traite de la Landschaf tsmalerei in ihrem Einfluss auf die Bele-bung des Nalurstudiums.
  4. 4. SUR QUELQUES PEINTRES-ETHNOGRAPHES DANS LAMÉRIQUE DU SUD. 15 Cest Eduard Friedrich Poeppig qui mérite dêtre signalé aprèsHumboldt. Poeppig, né à Plauen en 1798, mort à Wahlenberg prèsLeipzig,en 1868, voyagea de 1827 à 1832 dans lAmérique du sud;il parcourut le Chili, le Pérou et le Brésil. Sil nétait pas artistedans le vrai sens du mot, il a néanmoins illustré ses voyages ; et sises illustrations ne valent en aucune façon son style et son talentmerveilleux de description, on ne saurait les passer sous silence. Le récit de voyage de Poeppig, Reise in Chile, Peruund auf demAmazonemtrome (2 vol. 1835) est accompagné dun Bilderallasde 24 planches. La plupart se rapportent aux paysages et présen-tent un grand intérêt pour la morphologie de lécorce terrestre. Je ne dirai un mot que des planches relatives à lhomme. Les Pehuenches du Chili y sont largement représentés. Ainsi, il sy trouve une scène de rapt, lithographiée daprès un tableau de Schubauer. Dans une de ces belles vallées de la Cordillère, un guerrier pehuenche, aux cheveux flottants, à cheval, tient étendue devant lui une jeune femme blanche qui se débat. Plusieurs cava- liers chiliens, pittoresquement vêtus, poursuivent le ravisseur audacieux. Lensemble de cette composition est dune exécution très minutieuse, un peu conventionnelle, mais non sans mérite. Signalons ensuite Wasserjagd bei Talcahuano et Pinnalow. Pinar (sic, i. e. Pinal), où lon voit quatre toldos en peau, dressés dans un paysage montagneux, au milieu des araucarias. Quatre guer- riers pehuenches, dont un à cheval, semblent attendre le retour de leurs frères. Les autres lithographies concernent des scènes du Pérou : une vue de la Mission Sion, avec quelques Indiens au premier plan; der Ruallaga anterhalb Sion, où lun des Indiens presque nus est en train de lancer la petite flèche dune sabarcane à quelque oiseau. Dans la Saiina de Pilluana, nous voyons un bivouac dIndiens au bord de leau; au Pongo del HuaHaga enfin, un voyageur, proba- blement Poeppig lui-même, est représenté dans un canot monté par sept Indiens. Quant au texte relatif aux indigènes, les renseignements que notre voyageur donne sur les Pehuenches, dans le premier volume de son Reise, ne sont pas non plus sans intérêt. Poeppig, évidem- ment, a vécu dans leur proximité, mais ce quil dit au sujet des idées de cette tribu na aucune valeur. religieuses Les données sur les Indiens Cholones, Xibitos et Lamistos, du en précises, sortent à peine du Haut-fluallaga, quoique général
  5. 5. 16 !)•• HERMAN TEN KAfE.cadre des ordinaires. Mais jinsiste sur le descriptions Poeppig, était avant tout naturaliste et on ne vraiment pas luifait, peut faire les Indiens les plantes, les ani-reprocher de passer aprèsmaux et les rochers. Et à ma connaissance, cependant personne,na mieux décrit lui le caractère des créoles sud- que psychiqueaméricains. Du reste, son comme naturaliste, le met au oeuvre, des anciens dans lAmérique australe etpremier rang voyageursles actuelles ont tort de lavoir un peu oublié. générations Je sous silence un autre ouvrage illustré par lui, Land- passe Ansichter und erlauterende Darstellungen aus demschaftlicheGebiete der Erdkunde, comme ne traitant que de la géographiephysique. Il est curieux de tous les pays de lAmérique du sud, le Bré- que,sil soit celui dont les peintres-voyageurs se sont le plus occupés.En laissant de côté les artistes du xvne et du xvme siècles, dontHumboldt nous a parlé, ce sont Freireis, le compagnon de vonEschwege, et Debret qui ouvrent la série; ce dernier était auBrésil en même temps que Hercules Florence et Poeppig; une di-zaine dautres les suivent en ce pays merveilleux, au cours du sièclepassé. Je naurai pas loccasion de parler de tous ces peintres-voyageurs, mais Jean-Baptiste Debret (1) ne saurait être omis. Né en 1768 à Paris, où il mourut en 1848, comme membre cor-respondant de lInstitut de France, Debret fut élève de David, sonparent, quil accompagna fort jeune en Italie. En 1791, Debretobtint le 2e grand prix de Rome. 11 exécuta ensuite « dans le style et de la des élèves de David —guindé emphatique plupart »,comme dit lun de ses — biographes plusieurs tableaux se rappor-tant à lépoque napoléonienne. Appelé vers 1816, avec dautresartistes, par la famille royale de Portugal, réfugiée à Rio deJaneiro, pour former dans cette ville un institut des Beaux-Arts,Debret séjourna au Brésil jusquen 1831. Ce nest en effet cette quàdate que létablissement en question put être Pendant inauguré.cette longue attente, Debret ne perdit pas son Il fut temps. appelépar la cour à exécuter de nombreux travaux : tableaux officiels,portraits de personnages royaux, etc. Il faisait il recueillait plus;les matériaux qui, après son retour en France, devaient le mettre (1) Cf. Dictionnaire général des artistes de lÉcole frartçaise, de E. BELLIBR DE LACHAVIGNERIB ; Allgem. Lexicon der bildenden Kûnstler de THIEME et BECKER. Leipzig,1909 et L. DUSSIEUX, Les Artistes français à létranger. 1856. Paris,
  6. 6. SUR QUELQUES PEINTRES-ETHNOGRAPHES DANS LAMÉRIQUE DU SUD. 17à même de publier son grand ouvrage intitulé Voyage pittoresqueet historique au Brésil (3 vol. gr. in-folio, Paris, 1834-39). Debret, en « historien fidèle », comme il lui-même, a sappellerendu « les points caractéristiques des objets » qui lenvironnaient.« Aussi », dit-il dans lintroduction de son ouvrage, « mes cro- faits au Brésil retracent-ils spécialement les scènes natio-quisnales ou familières du peuple chez lequel je passai seize années ».En jugeant le Voyage pittoresque daprès sa date, cest certaine-ment un recueil de mérite. Le texte consiste en une introductionà létude du pays et de sa population, qui ne sort guère des géné-ralités ; ensuite, viennent un court historique et les explicationsdétaillées des planches. Ces planches consistent en lithographiessoignées daprès les dessins de Debret. Plusieurs sont signées parlui conjointement avec la vicomtesse Pauline de Portés. Dans cesdessins, abondants en détails minutieux, il ny a rien de vague ni dembrouillé. Pour les Indiens du Brésil, le tome premier, renfermant 36 plan-ches, a de lintérêt. En dehors de types ethniques, de portraits etdobjets ethnographiques, Debret a fait de véritables compositions.Parmi celles-ci, je ne ferai mention que des suivantes : Intérieurdune station de Caôocles, le du combat et le de la Signal Signalretraite (chez les Goroados), une Charge de cavalerie des Guaycou-ros et la Famille dun chef camacan se préparant pour une fête.La composition (pi. 20) intitulée Botocoudos, Puris, Patachos etMacharis ou Canellas, représentant un festin sylvestre de cesIndiens, est grotesque. Ce groupe grimaçant, se gorgeant autourdu feu, dévorant du gibier de toute nature, fait plutôt penser àune réunion danthropopithèques en frénésie quà des sauvages. Parmi les portraits dIndiens, je citerai un chef Camacan Mon-goyo et une femme de la même tribu, puis des types de Borore-nos, Botocudos, Charruas (Charrous ou Chirous) du fleuve Uru-guay, de Goyanas, Guaranis et Cabocles (nom générique de toutIndien civilisé), un Jouri, un Maxuruna, un Jouripassé (1) etdautres, enfin une momie coroado dans une urne. En général,Debret na pas commis la faute de tant dautres peintres-voya-geurs, ou de son temps, à savoir : de donner des précédents à ses sujets exotiques. Sil nest pasphysionomies européennestoujours dans le vrai au point de vue purement anthropologique, (1) Je suis la nomenclature et lorthographe de DEBRET. LANTHROPOLOGIE. — T. xxu. — 1911. 2
  7. 7. 18 D HERMAN TEN KATE. on dire dans la des cas, on a vraiment affaire à peut que, majorité des indigènes sud-américains. Les 26-36 sont fort intéressantes lethnographie : elles pi. pour différentes formes de huttes de sauvages, desreprésentent des des employées pour les colliers, masques, coiffures, graines des le des plantes nutritives, des orne- végétaux pour tatouage,ments en doiseaux, des instruments de musique, des cor- plumes des armes, des de la Serra do Anastabia etbeilles, pétroglyphesdes bords du Rio Yapurâ. Il y a en outre quelques planchesreprésentant la forêt vierge, des plantes et des arbres, toutes des-sinées avec beaucoup de soin. Quant au paysage brésilien, deuxplanches sont à signaler : Les bords du Parahiba et la Vallée daSerra do Mar. En examinant les planches relatives aux Indiens eten lisant le texte qui sy rapporte, on a limpression que Debreta vu la plupart de ces Indiens à Rio de Janeiro et quil a peuvoyagé dans lintérieur de lempire. De plus, ses amis brésilienslui fournissaient des données. Ce quil a dit lui-même aux n pp.et ni de lIntroduction semble confirmer cette supposition. Dans le tome II du Voyage pittoresque, Debret soccupe desPortugais, des Créoles et des Nègres. Il sy trouve plusieursplanches qui ont de lintérêt puisquelles représentent des scènesde la vie sociale au Brésil à cette On voit, époque. y par exemple,comment les prétendus civilisés dalors traitaient leurs esclaves. Les planches 22 et 36 sont particulièrement précieuses pourla connaissance de africaine exacte des noirs. Debret lorigine yfigure un certain nombre de négresses et de de nègres, parésleurs coiffures bizarres et variées. La des de ce plupart planchestome sont des tableaux de genre, il en est de fort parmi lesquelscurieux. Le tome III est le moins intéressant nous. Il ne se pour rap-porte en effet quà la vie civilisée, voire des villes brési- élégante,liennes. Passons maintenant à un autre débuta peintre qui égalementau Brésil : Johann Moriz Rngendas. Sa position parmi la petite phalange dartistes-voyageurs quinous occupe est unique. na laissé de Rugendas pas livres de voyage,mais il a légué à la postérité une foule de documents sur précieuxle Brésil et plusieurs pays hispano-américains, sous la forme decroquis, de dessins et de peintures. De tous les dans voyageurs-peintres lAmérique australe, per-
  8. 8. SUR QUELQUES PEINTRES-ETHNOGRAPHES DANS LAMÉRIQUE DU SUD. 19sonne na été plus productif. La vie dun homme ne suffirait à pasutiliser ce quil a réuni. Le nom de Rugendas nest cependant pasconnu en dehors dun cercle très restreint de deth- géographes,nographes et de peintres. Pour donner une idée de loubli danslequel Rugendas est tombé, je dirai que le directeur de la Gra-phische Sammlung (Alte Pinakothek) à Munich, où loeuvre deRugendas est conservée, M. le Dr Heinrich Pallmann, me disaitque, depuis quinze années quil est attaché à cet établissement,jétais la première personne qui lui ait demandé de voir ces des-sins. Humboldt cependant le signale dans Kosmos Ratzel, au (1).contraire, par qui pourtant jai entendu parler pour la premièrefois de Rugendas, il y a près de vingt ans, ne le cite dans guèreson Ueber Naturschilderung. Avant dexaminer loeuvre de Rugendas, je marrêterai un ins-tant à lhistoire de la vie de cet artiste errant. Moriz Rugendas, issu dune famille de et de peintres graveurs,originaire de Catalogne, naquit, en 1802, à Augsbourg.il y fréquentadabord lécole des Beaux-Arts dirigée par son conti- père, pournuer ensuite ses études à lAcadémie de Munich. Le jeune Rugen-das sinspira surtout des deux peintres : Lorenz et QuaglioAlbrecht Adam. Mais son goût pour la vie errante de lempêchase perfectionner comme artiste. A lâge de 19 ans il suit von déjà,Langsdorfï (2) au Brésil en qualité de dessinateur. Linsuffisancede son sur lui sa vie durant. Plus apprentissage pèsera tard,revenu de ses illusions, il se lavoua à lui-même. Les caractèresde Langsdorfï et de étaient, à ce Rugendas quil paraît, incompa-tibles. Le jeune artiste se sépara donc bientôt de son compagnon,pour voyager seul, à ses frais, souffrant toutes sortes de priva-tions. En 1825, Rugendas revenait en Europe. Il vendit une y partiede ses dessins, ceux-là mêmes furent réunis tard dans qui plusDas aus der malerischen Reise in Brasilien Merhwûrdigste (Schaff-hausen, 1836), ouvrage dont jaurai loccasion de parler encore. Après avoir passé deux ans en France et en Italie, à Rome sur-tout, Rugendas met de nouveau le cap sur lAmérique. Parvoie de Haïti, il se rend au Mexique, dont il parcourt les régions (1) Vol. n, p. 86. (2) LANGSDORFF, qui dabord prit part au voyage autourdu monde de Krusens-tern (1803-06), était consul général de Russie, au Brésil, où il organisa une expédi-tion dont lissue fut malheureuse. Je revieos sur LMVUSDORFF au sujet de HERCULESFLORENCE.
  9. 9. D HERMAN TEN KATE.20 la Californie et ensuite fait voilecentrales trois ans. Il visite pendant six ans, dont trois ans souffrant, le Chili. y restavers Rugendas à la main; il peut, il y le et le pinceau quandtoujours crayon Il traverse la Cordillère, fait sa vie en faisant des portraits.gagne la à cette époque pleinedes chevauchées dans pampa argentine, visite Buenos Aires. Il passe lesdIndiens plus ou moins hostiles, et en Bolivie, où il dessine des ruinesannées 1841-44 au Pérou de nouveau au Brésil. De là, enfin, ilindiennes, puis se rendretourne en 1847 en Europe. du étaient volumineux et son Si les portefeuilles voyageur la fortune restait un rêve. Le roicerveau rempli de souvenirs, eut loccasion de montrer saLouis I de Bavière, auquel Rugendas de dessins acheta en 1848, contre une modestecollection etc., la collection complète du voyageur. Ellerente viagère, presque 3.025 numéros et fut déposée au Kgl. Kupferstich-contient (1) à Munich, nommé plus tard Graphischeund Handzeichnungscabinet Du tous ses efforts, Rugendas ne putSammlung. reste, malgré déditeur même une partie de ses études. Untrouver pour publier la découverte de que le roi Maximilien detableau, lAmérique, lui commanda en 1852, lui procura surtout du chagrin.Bavière son éducation artistique inachevéeCest là, plus que jamais, que fit cruellement sentir. Son talent inné dartiste ne suffisait passeà remédier à son dhabileté technique. De guerre lasse, manque sassombrit. Il sentait sa vie brisée. Il était de ceux quiRugendas suivant une nerrent pas impunément sous les jolie expression, Son voeu de retourner aux pays du soleil pour y finir ses palmiers. ne se réaliser. Et un jour de mai, en 1858, la mort le jours put lors dune visite au village de Weilheim an der Teck, dans surprit le Comme son anonyme le dit si bien : Wurtemberg. biographe « er, dem zwei Welten zu klein gewesen, fand endlich im engsten WinkelRuhe» (2). Jetons maintenant un coup doeil rapide sur loeuvre de Moris Rugendas. Prise en bloc, cette oeuvre se divise en deux parties. La première (1) Daprès linventaire dressé par RUGENDAS lui-même en juin 1848. Selon deux articles biographiques publiés sur lui, le nombre serait de 3353 feuilles. Un autre en nomme 3339. LANGSDORFF aurait gardé « un grand nombre détudes » de RUGEN- DAS, malgré leur séparation. RUGENDAS aurait laissé en outre « uoch eine grosse anderer, theilweise nient weniger werthvoller Studien ». Menge (2) Pour plus de détails sur la vie de RUGENDAS, je renvoie à YAllgemeine Deutsche Biographie, Bd. 29. Leipzig, 1889 et à Ylllustrirle Zeilung, n<> 781, du 31 juillet 1858.
  10. 10. SUR QUELQUES PEINTRES-ETHNOGRAPHES DANS LAMÉRIQUE DU SUD. 21partie comprend des paysages, des vues de ruines et de villes etdes tableaux de la végétation tropicale, se surtout au rapportantMexique ; daprès une estimation globale, elle forme la grandemoitié de la collection étudiée par moi récemment à Munich.Lautre partie se compose de types ethniques, de compositionsde figures, hommes, chevaux, etc., et détudes danimaux et deplantes. Au point de vue artistique, je suis davis les que paysagesde Rugendas sont supérieurs à ses autres dessins et études. Sesfaiblesses y sautent moins aux yeux, leffet est immédiat et plusplus satisfaisant. Il y a des sites, des vues de volcans du Mexique,des vallées grandioses et mornes des Andes, sont dune réelle quivaleur pour la géographie descriptive, la Landschaftskunde. Lim-pression générale, que ces études peintes procurent, est assezcomplexe et quelque peu contradictoire. Pour préciser : au pre- mier abord, on croit avoir affaire à des chromolithographies unpeu criardes. Cela vient du romantisme de cette époque, dont Rugendas était imprégné. Puis, en regardant de plus près, on y découvre une certaine affinité avec les paysagistes modernes. Cest le même inachevé, le même reflet dune impression indivi- duelle. Mais, cest surtout la partie ethnographique et anthropo-logique de loeuvre qui nous intéresse ici. Une partie infiniment minime seulement des dessins deRugendas fut publiée dans la Malerlsche Reise, déjà citée, et plustard dans le livre intitulé Mexico und die Mexicaner ; Landschafts-bilder und Skizzenausdem Volksleben (Darmstadt, 1855), publié parC. L. Sartorius. Les lithographies du premier ouvrage donnentune bonne idée de ce que Rugendas a fait au Brésil, bien que jepréfère les dessins originaux du voyageur aux lithographies unpeu trop conventionnelles contenues dans le livre. La partie ethnographique de la Reise représente des Indienset des Nègres, un peu à linstar de Debret. On y trouve desplanches où des ethniques, des costumes et des scènes de la typesvie des Indiens sont figurés. Les portraits de Botocudos, deCamacanes, de Machacalis, de Puris, de Coroados et de Coropos,hommes et ont aussi de la valeur anthropologique. Les femmes, relatives à leurs moeurs et coutumes sont fort curieuses.planchesIl a en outre des études au crayon de têtes de Nègres brésiliens y offrent un intérêt Les tatouages dits à cicatrices,qui particulier.en effet, y. sont si soigneusement indiqués quon pourrait,comme ceux de retrouver lorigine africaine exacte pour Debret,
  11. 11. 22 D HERMAN TEN KATE.de ces esclaves. au texte de la Reise, nous ne perdons rien Quanten le passant sous silence. mentionné sur le contient une série de Louvrage Mexique sur acier les dessins de Rugendas. Le titregravures daprès assez le contenu de ce livre.indique En ce concerne le Chili et lArgentine, je crois pouvoir quiaffirmer les et les dessins se rapportant aux Indiens et que croquisaux créoles de ces deux représentent, avec une partie de paysceux relatifs au Pérou, la plus grande valeur ethnographique deloeuvre de Rugendas. Les types, la plupart des scènes quil faitrevivre devant nos yeux, appartiennent à tout jamais au passé.La civilisation, on le sait, a passé comme un ouragan destructeursur les pays naguère araucans. Les ethnographes, malheureuse-ment, y sont venus trop tard. Sachons donc gré à Rugendasdavoir laissé à la postérité, comme Poeppig et dOrbigny, quel-ques images araucaniennes dantan. Ainsi le cahier 18, contenant 100 feuilles, nous mène au milieudes Araucans chiliens : des combats, des scènes de pillage et derapt, la traite des prisonniers; puis, des scènes aux campements,des danses, des jeux, des chasses, des cavalcades, un peu enfin decette vie libre de la Cordillère et de la pampa, où figurent tour àtour des Pehuenches, des Patagons et des gauchos. Dun autrecahier, je ne signale que deux lanciers araucans et plusieurs jeunesfemmes, fort jolies, de la même nation. Je nen nomme que Col-mavidi, Chanquitiry et Boyel, daprès les indications du peintre.Ce sont là de véritables études, où le type est bien saisi, où chaquedétail de la coiffure, des vêtements et des ornements différents estdessiné avec grand soin. Heureusement, il y a peu daquarelles. Les rares fois que Rugen-das sest essayé dans ce genre, il a échoué; évidemment, celanétait pas son affaire. La seule exception à cette me règle, que jerappelle avoir notée, est la tête dun Néo-Zélandais, aquarellefaite daprès nature en quelque port du Pacifique. En ce qui concerne le Pérou, il faut mentionner les de typesfemmes de Lima, 80 environ, figurées de la tête aux dans leurs piedscostumes si pittoresques. Dessinée au dun achevé tout crayon, par-ticulier, cette série constitue, à coup sûr, lune des les parties plusprécieuses de la collection. Un cahier contient les spécial portraitsdes vice-rois du Pérou, également dessinés au De il crayon. plus,y a des habitants de Cuzco, et dailleurs. Mais où mar- dArequipa

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