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Dioptrique Dioptrique Document Transcript

  • René DESCARTES (1637) LA DIOPTRIQUE Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi Courriel: jmt_sociologue@videotron.ca Site web: http://pages.infinit.net/sociojmt Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de lUniversité du Québec à Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 2Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay,professeur de sociologie à partir de :René Descartes (1637),La DIOPTRIQUEPolices de caractères utilisée : Pour le texte: Times, 12 points. Pour les citations : Times 10 points. Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.Les formules utilisées dans ce livre ont été réécrites avec l’éditeurd’équations de Microsoft Word 2001.Édition électronique réalisée avec le traitement de textes MicrosoftWord 2001 pour Macintosh le 19 février 2002.Mise en page sur papier formatLETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 3Table des matièresLA DIOPTRIQUEDiscours premier. De la lumièreDiscours second. De la réfractionDiscours troisième. De lœilDiscours quatrième. Des sens en généralDiscours cinquième. Des images qui se forment sur le fond de lœilDiscours sixième. De la visionDiscours septième. Des moyens de perfectionner la vision (extrait)Discours dixième. De la façon de tailler les verres (extrait)Figure 1Figure 2Figure 3Figure 4Figure 5Figure 6Figure 7Figure 8Figure 9Figure 10Figure 11Figure 12Figure 13Figure 14Figure 15Figure 16Figure 17Figure 18Figure 19Figure 20Figure 21Figure 22Figure 23Figure 24Figure 25Figure 26
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 4LADIOPTRIQUERetour à la table des matières
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 51er discoursDE LA LUMIÈRERetour à la table des matières Toute la conduite de notre vie dépend de nos sens, entre lesquels celui dela vue étant le plus universel et le plus noble, il ny a point de. doute que lesinventions qui servent à augmenter sa puissance ne soient des plus utiles quipuissent être. Et il est malaisé den trouver aucune qui laugmente davantageque celle de ces merveilleuses lunettes qui, nétant en usage que depuis peu,nous ont déjà découvert de nouveaux astres dans le ciel, et dautres nouveauxobjets dessus la terre, en plus grand nombre que ne sont ceux que nous yavions vus auparavant : en sorte que, portant notre vue beaucoup plus loin quenavait coutume daller limagination de nos pères, elles semblent nous avoirouvert le chemin, pour parvenir à une connaissance de la Nature beaucoupplus grande et plus parfaite quils ne lont eue. Mais, à la honte de nos scien-ces, cette invention, si utile et si admirable, na premièrement été trouvée quepar lexpérience et la fortune. Il y a environ trente ans, quun nommé JacquesMetius 1, de la ville dAlcmar en Hollande, homme qui navait jamais étudié,bien quil eût un père et un frère qui ont fait profession des mathématiques,mais qui prenait particulièrement plaisir à faire des miroirs et verres brûlants,1 Cest-à-dire : originaire de Metz. Son père sétait fixé aux Pays-Bas, où Descartes connut son frère, Adrien, professeur à Franeker. Plusieurs artisans (en Italie dès 1590; aux Pays- Bas en 16o8) ont revendiqué linvention des lunettes dapproche.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 6en composant même lhiver avec de la glace, ainsi que lexpérience a montréquon en peut faire, ayant à cette occasion plusieurs verres de diverses formes,savisa par bonheur de regarder au travers de deux, dont lun était un peu plusépais au milieu quaux extrémités, et lautre au contraire beaucoup plus épaisaux extrémités quau milieu, et il les appliqua si heureusement aux deux boutsdun tuyau, que la première des lunettes dont nous parlons, en fut composée.Et cest seulement sur ce patron que toutes les autres quon a vues depuis ontété faites, sans que personne encore, que je sache, ait suffisamment déterminéles figures que ces verres doivent avoir. Car, bien quil y ait eu depuis quantitéde bons esprits, qui ont fort cultivé cette matière, et ont trouvé à son occasionplusieurs choses en lOptique, qui valent mieux que ce que nous en avaientlaissé les anciens, toutefois, à cause que les inventions un peu malaiséesnarrivent pas à leur dernier degré de perfection du premier coup, il est encoredemeuré assez de difficultés en celle-ci, pour me donner sujet den écrire. Etdautant que lexécution des choses que je dirai doit dépendre de lindustrie desartisans, qui pour lordinaire nont point étudié, je tâcherai de me rendreintelligible à tout le monde, et de ne rien omettre, ni supposer, quon doiveavoir appris des autres sciences. Cest pourquoi je commencerai par lexplica-tion de la lumière et de ses rayons 1; puis, ayant fait une brève description desparties de lœil, je dirai particulièrement en quelle sorte se fait la vision; etensuite, ayant remarqué toutes les choses qui sont capables de la rendre plusparfaite, jenseignerai comment elles y peuvent être ajoutées par les inventionsque je décrirai. Or *, nayant ici autre occasion de parler de la lumière, que pour expliquercomment ses rayons entrent dans lœil, et comment ils peuvent être détournéspar les divers corps quils rencontrent, il nest pas besoin que jentreprenne dedire au vrai quelle est sa nature, et je crois quil suffira que je me serve dedeux ou trois comparaisons, qui aident à la concevoir en la façon qui mesemble la plus commode, pour expliquer toutes celles de ses propriétés quelexpérience nous fait connaître, et pour déduire ensuite toutes les autres qui nepeuvent pas si aisément être remarquées; imitant en ceci les astronomes, qui,bien que leurs suppositions soient presque toutes fausses ou incertaines, toute-fois, à cause quelles se rapportent à diverses observations quils ont faites, nelaissent pas den tirer plusieurs conséquences très vraies et très assurées.1 Plan de louvrage : cf. ci-dessous disc. 1-6; puis d. 7-10 sur les applications pratiques.* Comment 2 il suffit de concevoir la nature de la lumière pour entendre toutes ses propriétés.2 Nous indiquons au fur et à mesure des passages visés le détail de la Table établie par Descartes, non pour aider les lecteurs à « choisir les matières... et... sexempter de la peine de lire le reste », mais pour « leur faire prendre garde à celles quils auront peut-être passées sans les remarquer » (Avertissement en tête de la Table).
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 7 Il vous est bien sans doute arrivé quelquefois, en marchant de nuit sansflambeau, par des lieux un peu difficiles, quil fallait vous aider dun bâtonpour vous conduire, et vous avez pour lors pu remarquer que vous sentiez, parlentremise de ce bâton, les divers objets qui se rencontraient autour de vous,et même que vous pouviez distinguer sil y avait des arbres, ou des pierres, oudu sable, ou de leau, ou de lherbe, ou de la boue, ou quelque autre chose desemblable. Il est vrai que cette sorte de sentiment est un peu confuse etobscure, en ceux qui nen ont pas un long usage; mais considérez-la en ceuxqui, étant nés aveugles, sen sont servis toute leur vie, et vous ly trouverez siparfaite et si exacte, quon pourrait quasi dire quils voient des mains, ou queleur bâton est lorgane de quelque sixième sens, qui leur a été donné au défautde la vue. Et pour tirer une comparaison de ceci, je désire que vous pensiezque la lumière nest autre chose, dans les corps quon nomme lumineux, quuncertain mouvement, ou une action fort prompte et tort vive, qui passe vers nosyeux, par lentremise de lair et des autres corps transparents, en même façonque le mouvement ou la résistance des corps, que rencontre cet aveugle, passevers sa main, par lentremise de son bâton. * Ce qui vous empêchera dabordde trouver étrange, que cette lumière puisse étendre ses rayons en un instant,depuis le soleil jusques à nous : car vous savez que laction, dont on meut lundes bouts dun bâton, doit ainsi passer en un instant jusques à lautre, et quelley devrait passer en même sorte, encore quil y aurait plus de distance quil nyen a, depuis la terre jusques aux cieux. ** Vous ne trouverez pas étrange nonplus, que par son moyen nous puissions voir toutes sortes de couleurs; etmême vous croirez peut-être que ces couleurs ne sont autre chose, dans lescorps quon nomme colorés, que les diverses façons dont ces corps la reçoi-vent et la renvoient Contre nos yeux : si vous considérez que les différences,quun aveugle remarque entre des arbres, des pierres, de leau, et choses sem-blables, par lentremise de son bâton, ne lui semblent pas moindres que nousfont celles qui sont entre le rouge, le jaune, le vert, et toutes les autres cou-leurs; et toutefois que ces différences ne sont autre chose, en tous ces corps,que les diverses façons de mouvoir, ou de résister aux mouvements de cebâton. * En suite de quoi vous aurez occasion de juger, quil nest pas besoin desupposer quil passe quelque chose de matériel depuis les objets jusques à nosyeux, pour nous faire voir les couleurs et la lumière, ni même quil y ait rienen ces objets, qui soit semblable aux idées ou aux sentiments que nous enavons : tout de même quil ne sort rien des corps, que sent un aveugle, quidoive passer le long de son bâton jusques à sa main, et que la résistance ou lemouvement de ces corps, qui est la seule cause des sentiments quil en a, nestrien de semblable aux idées quil en conçoit. Et par ce moyen votre esprit seradélivré de toutes ces petites images voltigeantes par lair, nommées des* Comment ses rayons passent en un instant du soleil jusques à nous,** Comment on voit les couleurs par son moyen. Quelle est la nature des couleurs en général.* Quon na point besoin despèces intentionnelles pour les voir. Ni même quil y ait rien dans les objets qui soit semblable aux sentiments que nous en avons.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 8espèces intentionnelles, qui travaillent tant limagination des philosophes 1. **Même vous pourrez aisément décider la question, qui est entre eux, touchantle lieu doù vient Faction qui cause le sentiment de la vue : car, comme notreaveugle peut sentir les corps qui sont autour de lui, non seulement par lactionde ces corps, lorsquils se meuvent contre son bâton, mais aussi par celle de samain, lorsquils ne font que lui résister; ainsi faut-il avouer que les objets de lavue peuvent être sentis, non seulement par le moyen de laction qui, étant eneux, tend vers les yeux, mais aussi par le moyen de celle qui, étant dans lesyeux, tend vers eux. *** Toutefois, parce que cette action nest autre chose quela lumière, il faut remarquer quil ny a que ceux qui peuvent voir pendant lesténèbres de la nuit, comme les chats, dans les yeux desquels elle se trouve; etque, pour lordinaire des hommes, ils ne voient que par laction qui vient desobjets : car lexpérience nous montre que ces objets doivent être lumineux ouilluminés pour être vus, et non point nos yeux pour les voir. Mais, parce quily a grande différence entre le bâton de cet aveugle et lair ou les autres corpstransparents, par lentremise desquels nous voyons, il faut que je me serveencore ici dune autre comparaison.1 « Espèces », en latin species, peut se référer aux « petites images » émises par les corps et circulant dans lair selon la physique épicurienne. Cependant les scolastiques en font des « qualités réelles », ou « apparences », qui font impression sur lorgane sensoriel; et le terme « intentionnelles » traduit leur fonction dintermédiaire entre lobjet et sa représentation.** Que nous voyons, de jour, par le moyen des rayons qui viennent des objets vers nos yeux.*** Et quau contraire les chats voient de nuit par le moyen des rayons qui tendent de leurs yeux vers les objets.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 9 Figure # 1 Voyez * une cuve au temps de vendange, toute pleine de raisins à demifoulés, et dans le fond de laquelle on ait fait un trou ou deux, comme A et B,par où le vin doux, quelle contient, puisse couler. Puis pensez que, ny ayantpoint de vide en la Nature, ainsi que presque tous les Philosophes avouent 1, etnéanmoins y ayant plusieurs pores en tous les corps que nous apercevonsautour de nous, ainsi que lexpérience peut montrer fort clairement; il estnécessaire que ces pores soient remplis de quelque matière fort subtile et fortfluide, qui sétende sans interruption depuis les Astres jusques à nous. Or,cette matière subtile étant comparée avec le vin de cette cuve, et les partiesmoins fluides ou plus grossières, tant de lair que des autres corps transparents,avec les grappes de raisins qui sont parmi: vous entendrez facilement que,comme les parties de ce vin, qui sont par exemple vers C, tendent à descendreen ligne droite par le trou A, au même instant quil est ouvert, et ensemble parle trou B, et que celles qui sont vers D, et vers E, tendent aussi en même tempsà descendre par ces deux trous, sans quaucune de ces actions soit empêchéepar les autres, ni aussi par la résistance des grappes qui sont en cette cuve :nonobstant que ces grappes, étant soutenues lune par lautre, ne tendent pointdu tout à descendre par ces trous A et B, comme le vin, et même quellespuissent cependant être mues, en plusieurs autres façons, par ceux qui lesfoulent. Ainsi toutes les parties de la matière subtile, ** que touche le côté duSoleil qui nous regarde, tendent en ligne droite vers nos yeux au même instantquil sont ouverts, sans sempêcher les unes les autres, et même sans êtreempêchées par les parties grossières des corps transparents, qui sont entredeux : soit que ces corps se meuvent en dautres façons, comme lair, qui estpresque toujours agité par quelque vent; soit quils soient sans mouvement,* Quelle est la matière qui transmet les rayons.1 Descartes est ici daccord avec les scolastiques et les stoïciens, contre les atomistes.** Comment les rayons de plusieurs divers objets peuvent entrer ensemble dans lœil. Ou allant vers divers yeux passer par un même endroit de lair sans se mêler ni sentrempêcher. Ni être empêchés par la fluidité de lair. Ni par lagitation des vents. Ni par la dureté du verre ou autres tels corps transparents.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 10comme eut être le verre ou le cristal. ** Et remarquez ici quil faut distinguerentre le mouvement, et laction ou inclination à se mouvoir. Car on peut fortbien concevoir que les parties du vin, qui sont par exemple vers C, tendentvers B, et ensemble vers A, nonobstant quelles ne puissent actuellement semouvoir vers ces deux côtés en même temps; et quelles tendent exactementen ligne droite vers B et vers A, nonobstant quelles ne se puissent mouvoir siexactement vers la ligne droite, à cause des grappes de raisins qui sont entredeux *** : et ainsi, pensant que ce nest pas tant le mouvement, comme lactiondes corps lumineux quil faut prendre pour leur lumière, vous devez juger queles rayons de cette lumière ne sont autre chose que les lignes suivantlesquelles tend cette action. En sorte **** quil y a une infinité de tels rayonsqui viennent de tous les points des corps lumineux, vers tous les points deceux quils illuminent, ainsi que vous pouvez imaginer une infinité de lignesdroites, suivant lesquelles les actions, qui viennent de tous les points de lasuperficie du vin CDE, tendent vers A, et une infinité dautres, suivantlesquelles les actions, qui viennent de ces mêmes points, tendent aussi vers B,sans que les unes empêchent les autres. Au reste, ces rayons doivent bien être ainsi toujours imaginés exactementdroits, lorsquils ne passent que par un seul corps transparent, qui est partoutégal à soi-même : mais, lorsquils rencontrent quelques autres corps, ils sontsujets à être détournés par eux, ou amortis, en même façon que lest le mouve-ment dune balle, ou dune pierre jetée dans lair, par ceux quelle rencontre.Car il est bien aisé à croire que laction ou inclination à se mouvoir, que jai ditdevoir être prise pour la lumière, doit suivre en ceci les mêmes lois que lemouvement. Et afin que jexplique cette troisième comparaison tout au long,considérez que les corps, qui peuvent ainsi être rencontrés par une balle quipasse dans lair, sont ou mous, ou durs, ou liquides; et que, sils sont mous, ilsarrêtent et amortissent tout à fait son mouvement : comme lorsquelle donnecontre des toiles, ou du sable, ou de la boue; au lieu que, sils sont durs, ils larenvoient dun autre côté sans larrêter; et ce, en plusieurs diverses façons. Carou leur superficie est toute égale et unie, ou raboteuse et inégale; et derechef,étant égale, elle est ou plate, ou courbée; et étant inégale, ou son inégalité neconsiste quen ce quelle est composée de plusieurs parties diversementcourbées, dont chacune est en soi assez unie; ou bien elle consiste, outre cela,en ce quelle a plusieurs divers angles ou pointes, ou des parties plus dureslune que lautre, ou qui se meuvent, et ce, avec des variétés qui peuvent êtreimaginées en mille sortes. Et il faut remarquer que la balle, outre son mouve-ment simple et ordinaire, qui la porte dun lieu en lautre, en peut encore avoirun deuxième, qui la fait tourner autour de son centre, et que la vitesse decelui-ci peut avoir plusieurs diverses proportions avec celle de lautre. Or,quand plusieurs balles, venant dun même côté, rencontrent un corps, dont la** Comment cela nempêche pas même quils ne soient exactement droits.*** Et ce que cest proprement que ces rayons.**** Et comment il en vient une infinité de chacun des points des corps lumineux.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 11superficie est toute unie et égale, elles se réfléchissent également, et en mêmeordre, en sorte que, si cette superficie est toute plate, elles gardent entre ellesla même distance, après lavoir rencontrée, quelles avaient auparavant; et sielle est courbée en dedans ou en dehors, elles sapprochent ou séloignent enmême ordre les unes des autres, plus ou moins, à raison de cette courbure.Comme vous voyez ici les balles A, B, C, qui, après avoir rencontré lessuperficies des corps D, E, F, se réfléchissent vers G, H, I. Et si ces ballesrencontrent une superficie inégale, comme L ou M, elles se réfléchissent versdivers côtés, chacune selon la situation de lendroit de cette superficie quelletouche. Et elles ne changent rien que Figure # 2cela en la façon de leur mouvement, lorsque son inégalité ne consiste quen ceque ses parties sont courbées diversement. Mais elle peut aussi consister enplusieurs autres choses et faire, par ce moyen, que, si ces balles nont euauparavant quun. simple mouvement droit, elles en perdent une partie, et enacquièrent au lieu un circulaire, qui peut avoir diverse proportion avec cequelles retiennent du droit, selon que la superficie du corps quelles rencon-trent peut être diversement disposée. Ce que ceux qui jouent à la paumeéprouvent assez, lorsque leur balle rencontre de faux carreaux, ou bien quilsla touchent en biaisant de leur raquette, ce quils nomment, ce me semble,couper ou friser 1. Enfin, considérez que, si une balle qui se meut rencontreobliquement la superficie dun corps liquide, par lequel elle puisse passer plusou moins facilement que par celui doù elle sort, elle se détourne et change soncours en y entrant: comme, par exemple, si étant en lair au point A, on lapousse vers B, elle va bien en ligne droite depuis A jusques à B, si ce nest quesa pesanteur ou quelquautre cause particulière len empêche; mais, étant au1 Faire rouler la balle qui combine alors un mouvement de rotation autour de son centre avec sa translation. Tel est le mouvement des « petites boules , qui provoque en nous la couleur.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 12point B où je suppose quelle rencontre la superficie de leau CBE, elle sedétourne et prend son cours vers I, allant derechef en ligne droite depuis Bjusques à I, ainsi quil est aisé à vérifier par lexpérience *. Figure # 3 Or il faut penser, en même façon, quil y a des corps qui, étant rencontréspar les rayons de la lumière, les amortissent, et leur ôtent toute leur force, àsavoir ceux quon nomme noirs, lesquels nont point dautre couleur que lesténèbres; et quil y en a dautres qui les font réfléchir, ** les uns au même ordrequils les reçoivent, à savoir ceux qui, ayant leur superficie toute polie,peuvent servir de miroirs tant plats que courbés, et les autres confusément versplusieurs côtés; *** et que derechef, entre ceux-ci, les uns font réfléchir cesrayons sans apporter aucun autre changement en leur action, à savoir ceuxquon nomme blancs, et les autres y apportent avec cela un changementsemblable à celui que reçoit le mouvement dune balle quand on la frise, **** àsavoir ceux qui sont rouges, ou jaunes, ou bleus, ou de quelque autre tellecouleur. Car je pense pouvoir déterminer en quoi consiste la nature dechacune de ces couleurs, et le faire voir par expérience; mais cela passe lesbornes de mon sujet. ***** Et il me suffit ici de vous avertir que les rayons, quitombent sur les corps qui sont colorés et non polis, se réfléchissent ordinaire-ment de tous côtés, encore même quils ne viennent que dun seul côté :comme, encore que ceux qui tombent sur la superficie du corps blanc AB, neviennent que du flambeau C, ils ne laissent pas de se réfléchir tellement de* Ce que cest quun corps noir.** Ce que cest quun miroir. Comment les miroirs, tant plats que convexes et concaves, font réfléchir les rayons.*** Ce que cest quun corps blanc.**** En quoi consiste la nature des couleurs moyennes.***** Comment les corps colorés font réfléchir les rayons.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 13tous côtés, quen quelque lieu quon pose lœil, comme par exemple vers D, ilsen trouve toujours plusieurs venant de chaque endroit de cette superficie AB,tendent vers lui. Et même, si lon suppose ce corps fort délié comme un papierou une toile, en sorte que le jour passe au travers, encore que lœil soit dautrecôté que le flambeau, comme vers E, il ne laissera pas de se réfléchir vers luiquelques rayons de chacune des parties de ce corps. * Figure # 4 Enfin, considérez que les rayons se détournent aussi, en même façon quila été dit dune balle quand ils rencontrent obliquement la superficie dun corpstransparent, par lequel ils pénètrent plus ou moins facilement que par celuidoù ils viennent, et cette façon de se détourner sappelle en eux Réfraction.* Ce que cest que la réfraction.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 142e discoursDE LA RÉFRACTIONRetour à la table des matières Dautant que nous aurons besoin ci-après de savoir exactement la quantitéde cette réfraction, et quelle peut assez commodément être entendue par lacomparaison dont je viens de me servir, je crois quil est à propos que je tâcheici tout dun train de lexpliquer, et que je parle premièrement de la réflexion,afin den rendre lintelligence dautant plus aisée. Figure # 5
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 15 Pensons donc quune balle, étant poussée dA vers B, rencontre, au pointB, la superficie de la terre CBE, qui, lempêchant de passer outre, est causequelle se détourne; et voyons vers quel côté. Mais afin de ne nous embar-rasser point en de nouvelles difficultés, supposons que la terre est parfaitementplate et dure, et que la balle va toujours dégale vitesse, tant en descendantquen remontant, sans nous enquérir en aucune façon de la puissance quicontinue de la mouvoir, après quelle nest plus touchée de la raquette, niconsidérer aucun effet de sa pesanteur, ni de sa grosseur, ni de sa figure. Car ilnest pas ici question dy regarder de si près, et il ny a aucune de ces chosesqui ait lieu en laction de la lumière à laquelle ceci se doit rapporter. Seule-ment faut-il remarquer que la puissance, telle quelle soit, qui fait continuer lemouvement de cette balle, est différente de celle qui la détermine à se mouvoirplutôt vers un côté que vers un autre, ainsi quil est très aisé à connaître de ceque cest la force dont elle a été poussée par la raquette, de qui dépend sonmouvement, et que cette même force laurait pu faire mouvoir Figure # 6 vers tout autre côté, aussi facilement que vers B, au lieu que cest lasituation de cette raquette qui la détermine à tendre vers B, et qui aurait pu lydéterminer en même façon, encore quune autre force laurait mue. Ce quimontre déjà quil nest pas impossible que cette balle soit détournée par larencontre de la terre, et ainsi, que la détermination quelle avait à tendre vers Bsoit changée, sans quil y ait rien pour cela de changé en la force de sonmouvement, puisque ce sont deux choses diverses, et par conséquent * quonne doit pas imaginer quil soit nécessaire quelle sarrête quelque moment aupoint B avant que de retourner vers F, ainsi que font plusieurs de nos* Que les corps qui se meuvent ne doivent point sarrêter aucun moment contre ceux qui les font réfléchir.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 16Philosophes 1; car, si son mouvement était une fois interrompu par cet arrêt, ilne se trouverait aucune cause, qui le fît par après recommencer. De plus, ilfaut remarquer que la détermination à se mouvoir vers quelque côté peut,aussi bien que le mouvement et généralement que toute autre sorte dequantité, être divisée entre toutes les parties desquelles on peut imaginerquelle est composée; et quon peut aisément imaginer que celle de la balle quise meut dA vers B est composée de deux autres, dont lune la fait descendrede la ligne AF vers la ligne CE, et lautre en même temps la fait aller de lagauche AC vers la droite FE, en sorte que ces deux, jointes ensemble, laconduisent jusques à B suivant la ligne droite AB. Et ensuite il est aisé àentendre, que la rencontre de la terre ne peut empêcher que lune de ces deuxdéterminations, et non point lautre en aucune façon. Car elle doit bienempêcher celle qui faisait descendre la balle dAF vers CE, à cause quelleoccupe tout lespace qui est au-dessous de CE; mais pourquoi empêcherait-ellelautre, qui la faisait avancer vers la main droite, vu quelle ne lui estaucunement opposée en ce sens-là ? Pour trouver donc justement vers quelcôté cette balle doit retourner, décrivons un cercle du centre B, qui passe parle point A, et disons quen autant de temps quelle aura mis à se mouvoirdepuis A jusques à B, elle doit infailliblement retourner depuis B jusques àquelque point de la circonférence de ce cercle, dautant que tous les points quisont aussi distants de celui-ci B quen est A, se trouvent en cette circonférence,et que nous supposons le mouvement de cette balle être toujours égalementvite. Puis afin de savoir précisément auquel de tous les points de cettecirconférence elle doit retourner, tirons trois lignes droites AC, HB, et FEperpendiculaires sur CE, et en telle sorte, quil ny ait ni plus ni moins dedistance entre AC et HB quentre HB et FE; et disons, quen autant de tempsque la balle a mis à savancer vers le côté droit, depuis A, lun des points de laligne AC, jusques à B, lun de ceux de la ligne HB, elle doit aussi savancerdepuis la ligne HB jusques à quelque point de la ligne FE; car tous les pointsde cette ligne FE sont autant éloignés de HB en ce sens-là, lun comme lautre,et autant que ceux de la ligne AC, et elle est aussi autant déterminée à savan-cer vers ce côté-là, quelle a été auparavant. * Or est-il quelle ne peut arriveren même temps en quelque point de la, ligne FE, et ensemble à quelque pointde la circonférence du cercle AFD, si ce nest au point D, ou au point F,dautant quil ny a que ces deux, où elles sentrecoupent lune lautre; si bienque, la terre lempêchant de passer vers D, il faut conclure quelle doit allerinfailliblement vers F. Et ainsi vous voyez facilement comment se fait laréflexion, à savoir selon un angle toujours égal à celui quon nomme langledincidence.1 Pour Aristote, seul le mouvement circulaire est parfaitement continu: entre deux mouvements de direction contraire, il y a un temps de repos (Physique, VIII, 7). Cette thèse est critiquée par Descartes dans les lettres à Mersenne des 4 et 25 novembre 1630.* Pourquoi langle de la réflexion est égal à celui de lincidence.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 17 Figure # 7 Comme, Si un rayon, venant du point A, tombe au point B sur la super-ficie du miroir plat CBE, il se réfléchit vers F, en sorte que langle de laréflexion FBE nest ne plus ne moins grand que celui de lincidence ABC. Venons maintenant à la Réfraction. ** Et premièrement supposons quuneballe, poussée dA vers B, rencontre au point B, non plus la superficie de laterre, mais une toile CBE, qui soit si faible et déliée que cette balle ait la forcede la rompre et de passer tout au travers, en perdant seulement une partie de savitesse, à savoir, par exemple, la moitié. Or cela posé, afin de savoir quelchemin elle doit suivre, considérons derechef que son mouvement diffèreentièrement de sa détermination à se mouvoir plutôt vers un côté que vers unautre, doù il suit que leur quantité doit être examinée séparément. Et considé-rons aussi que, des deux parties dont on peut imaginer que cette déterminationest composée, il ny a que celle qui faisait tendre la balle de haut en bas, quipuisse être changée en quelque façon par la rencontre de la toile; et que, pourcelle qui la faisait tendre vers la main droite, elle doit toujours demeurer lamême quelle a été, à cause que Figure # 8** De combien le mouvement dune balle est détourné lorsquelle passe au travers dune toile.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 18 cette toile ne lui est aucunement opposée en ce sens-là. Puis, ayant décritdu centre B le cercle AFD, et tiré à angles droits sur CBE les trois lignesdroites AC, HB, FE, en telle sorte quil y ait deux fois autant de distance entreFE et HB quentre HB et AC, nous verrons que cette balle doit tendre vers lepoint I. Car, puisquelle perd la moitié de sa vitesse, en traversant la toileCBE, elle doit employer deux fois autant de temps à passer au-dessous, depuisB jusques à quelque point de la circonférence du cercle AFD, quelle a fait au-dessus à venir depuis A jusques à B. Et puisquelle ne perd rien du tout de la détermination quelle avait àsavancer vers le côté droit, en deux fois autant de temps quelle en a mis àpasser depuis la ligne AC jusques à HB, elle doit faire deux fois autant dechemin vers ce même côté, et par conséquent arriver à quelque point de laligne droite FE, au même instant quelle arrive aussi à quelque point de lacirconférence du cercle AFD. Ce qui serait impossible, si elle nallait vers I,dautant que cest le seul point au-dessous de la toile CBE, où le cercle AFD etla ligne droite FF, sentrecoupent. Pensons maintenant * que la balle, qui vient dA vers D, rencontre au point13, non plus une toile, mais de leau, dont la superficie CBE lui ôte justementla moitié de sa vitesse, ainsi que faisait cette toile. Et le reste posé commedevant, je dis que cette balle doit passer de B en ligne droite, non vers D, maisvers I. Car, premièrement, il est certain que la superficie de leau la doitdétourner vers là en même façon que la toile, vu quelle Figure # 9* Et de combien lorsquelle entre dans leau.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 19 lui ôte tout autant de sa force, et quelle lui est opposée en même sens.Puis, pour. le reste du corps de leau qui remplit tout lespace qui est depuis Bjusques à I, encore quil lui résiste plus ou moins que ne faisait lair que nous ysupposions auparavant, ce nest pas à dire pour cela quil doive plus ou moinsla détourner: car il se peut ouvrir, pour lui faire passage, tout aussi facilementvers un côté que vers un autre, au moins si on suppose toujours, comme nousfaisons., que ni la pesanteur ou légèreté de cette balle, ni sa grosseur, ni safigure, ni aucune autre telle cause étrangère ne change son cours. ** Et on peut ici remarquer, quelle est dautant plus détournée par lasuperficie de leau ou de la toile, quelle la rencontre plus obliquement, ensorte que, si elle la rencontre à angles droits, comme lorsquelle est pousséedH vers B, elle doit passer outre en ligne droite vers G, * sans aucunement sedétourner. Mais si elle est poussée suivant une ligne comme AB, qui soit sifort inclinée sur la superficie de leau ou de la toile CBE, que la ligne FE, étanttirée comme tantôt, ne coupe point le cercle AD, cette balle ne doit aucu-nement la pénétrer, mais rejaillir de sa superficie B vers lair L, tout de mêmeque si elle y avait rencontré de la terre. Ce quon a quelque-fois expérimentéavec regret, lorsque, faisant tirer pour plaisir des pièces dartillerie vers le fonddune rivière, on a blessé ceux qui étaient de lautre côté sur le rivage. ** Figure # 10** Pourquoi la réfraction est dautant plus grande que lincidence est plus oblique. Et nulle quand lincidence est perpendiculaire.* Pourquoi quelquefois les balles des canons tirés vers leau ny peuvent entrer et se réfléchissent vers lair.** De combien les rayons sont détournés par les corps transparents quils pénètrent.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 20 Mais faisons encore ici une autre supposition, et pensons que la balle,ayant été premièrement poussée dA vers B, est poussée derechef, étant aupoint B, par la raquette CBE, qui augmente la force de son mouvement, parexemple, dun tiers, en sorte quelle puisse faire, par après, autant de cheminen deux moments, quelle en faisait en trois auparavant. Ce qui fera le mêmeeffet, que si elle rencontrait au point B un corps de telle nature, quelle passâtau travers de sa superficie CBE, dun tiers plus-facilement que par lair. Et ilsuit manifestement de ce qui a été déjà démontré, que, si lon décrit le cercleAD comme devant, et les lignes AC, RB, FE, en telle sorte quil y ait dun tiersmoins de distance entre FE et RB quentre RB et AC, le point I, où la lignedroite FE et la circulaire AD sentrecoupent, désignera le lieu vers lequel cetteballe, étant au point B, se doit détourner.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 21 Or on peut prendre aussi * le revers de cette conclusion et dire que,puisque la balle qui vient dA en ligne droite jusques à B, se détourne étant aupoint B, et prend son cours de là vers I, cela signifie que la force ou facilité,dont elle entre dans le corps CBEI, est à celle dont elle sort du corps ACBE,comme la distance qui est entre AC et HB, à celle qui est entre HB et FI, cest-à-dire comme la ligne CB est à BE 1. Figure # 11 Enfin, dautant que laction de la lumière suit en ceci les mêmes lois que lemouvement de cette balle, il faut dire que, lorsque ses rayons passent obli-quement dun corps transparent dans un autre, qui les reçoit plus ou moinsfacilement que le premier, ils sy détournent en telle sorte, quils se trouventtoujours moins inclinés sur la superficie de ces corps, du côté où est celui quiles reçoit le plus aisément, que du côté où est lautre : et ce, justement àproportion de ce quil les reçoit plus aisément que ne fait lautre. Seulementfaut-il prendre garde que cette inclination se doit mesurer par la quantité deslignes droites, comme CB ou AH, et EB ou IG, et semblables, comparées lesunes aux autres; non par celle des angles, tels que sont ABH ou GBI, nibeaucoup moins par celle des semblables à DBI, quon nomme les angles deRéfraction. Car la raison ou proportion qui est entre Ces angles varie à toutesles diverses inclinations des rayons; au lieu que celle qui est entre les lignesAH et IG, ou semblables, demeure la même en toutes les réfractions qui sontcausées par les mêmes corps. Comme, par exemple, sil passe un rayon danslair dA vers B, qui, rencontrant au point B la superficie du verre CBR, sedétourne vers I dans ce verre; et quil en vienne un autre de K vers B, qui se* Comment il faut mesurer la grandeur des réfractions.1 Puisque AH = CB et EB = IG, le rapport CB/BE équivaut au rapport des sinus (AH/AB et IG/BI, ou AB et IB étant égaux au rayon unité, AH et IG) de langle dincidence ABH et de langle de réfraction GBI. La loi de la réfraction exprime la constance du rapport des deux sinus, en fonction de lindice de réfraction (n) des deux milieux considérés, soit : AH = n . IG.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 22détourne vers L; et un autre de P vers R, qui se détourne vers S; il doit avoirmême proportion entre les lignes KM et LN, ou PQ et ST, quentre AH et IG,mais non pas la même entre les angles KBM et LBN, ou PRQ et SRT, quentreABH et IBG. Si bien que vous voyez maintenant en quelle sorte se doivent mesurer lesréfractions; et encore que, pour déterminer leur quantité, en tant quelledépend de la nature particulière des corps où elles se font, il soit besoin denvenir à lexpérience, on ne laisse pas de le pouvoir faire assez certainement etaisément, depuis quelles sont ainsi toutes réduites sous une même mesure; caril suffit de les examiner en un seul rayon, pour connaître toutes celles qui sefont en une même superficie, et on peut éviter toute erreur, si on les examineoutre cela en quelques autres. Figure # 12 Comme, si nous voulons savoir la quantité de celles qui se font en lasuperficie CBR, qui sépare lair AKP du verre LIS, nous navons quà léprou-ver en celle du rayon ABI, en cherchant la proportion qui est entre les lignesAH et IG. Puis, si nous craignons davoir failli en cette expérience, il fautencore léprouver en quelques autres rayons, comme KBL ou PRS, et trouvantmême proportion de KM à LN, et de PQ à. ST, que dAH à IG, nous nauronsplus aucune occasion de douter de la vérité. Mais peut-être vous étonnerez-vous, * en faisant ces expériences, de trou-ver que les rayons de la lumière sinclinent plus dans lair que dans leau, surles superficies où se fait leur réfraction, et encore plus dans leau que dans leverre, tout au contraire dune balle qui sincline davantage dans leau que danslair, et ne peut aucunement passer dans le verre.* Que les rayons passent plus aisément au travers du verre que de leau, et de leau que de lair, et pourquoi.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 23 Figure # 13 Car, par exemple, si cest une balle qui, étant poussée dans lair dA vers B,rencontre au point B la superficie de leau CBE, elle se détournera de B versV; et si cest un rayon, il ira, tout au contraire, de B vers I. Ce que vouscesserez toutefois de trouver étrange, si vous vous souvenez de la nature quejai attribuée à la lumière, quand jai dit quelle nétait autre chose quun certainmouvement ou une action reçue en une matière très subtile, qui remplit lespores des autres corps; et que vous considériez que, comme une balle perddavantage de son agitation, en donnant contre un corps mou, que contre un quiest dur, et quelle roule moins aisément sur un tapis, que sur une table toutenue, ainsi laction de cette matière subtile peut beaucoup plus être empêchéepar les parties de lair, qui, étant comme molles et mal jointes, ne lui font pasbeaucoup de résistance, que par celles de leau, qui lui en font davantage; etencore plus par celles de leau, que par celles du verre, ou du cristal. En sorteque, dautant que les petites parties dun corps transparent sont plus dures etplus fermes, dautant laissent-elles passer la lumière plus aisément : car cettelumière nen doit pas chasser aucunes hors de leurs places, ainsi quune balleen doit chasser de celles de leau, pour trouver passage parmi elles. Au reste, * sachant ainsi la cause des réfractions qui se font dans leau etdans le verre, et communément en tous les autres corps transparents qui sontautour de nous, on peut remarquer quelles y doivent être toutes semblables,quand les rayons sortent de ces corps, et quand ils y entrent. Comme, si lerayon qui vient dA vers B, se détourne de B vers I, en passant de lair dans leverre, celui qui reviendra dI vers B, doit aussi se détourner de B vers A. ** Figure # 14* Pourquoi la réfraction des rayons qui entrent dans leau est égale à celle des rayons qui en sortent.** Et pourquoi cela nest pas général en tous corps transparents.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 24 Toutefois il se peut bien trouver dautres corps, principalement dans leciel, où les réfractions, procédant dautres causes, ne sont pas ainsiréciproques. *** Et il se peut aussi trouver certains cas, auxquels les rayons sedoivent courber, encore quils ne passent que par un seul corps transparent,ainsi que se courbe sou vent le mouvement dune balle, parce quelle est détournée vers un côté par sa pesanteur, et vers un autre par laction dont on lapoussée, ou pour diverses autres raisons. Car enfin jose dire que les troiscomparaisons, dont je viens de me servir, sont si propres, que toutes lesparticularités qui sy peuvent remarquer se rapportent à quelques autres qui setrouvent toutes semblables en la lumière; mais je nai tâché que dexpliquercelles qui faisaient le plus à mon sujet. **** Et je ne vous veux plus faire iciconsidérer autre chose, sinon que les superficies des corps transparents quisont courbées détournent les rayons qui passent par chacun de leurs points, enmême sorte que feraient les superficies plates, quon peut imaginer toucher cescorps aux mêmes points 1. Comme, par exemple, la réfraction des rayons AB,AC, AD, qui, venant du flambeau A, tombent sur la superficie courbe de laboule de cristal BCD, doit être considérée en même sorte, que si AB tombaitsur la superficie plate EBF, et AC sur GCH, et AD sur IDK, et ainsi desautres. Doù vous voyez que ces rayons se peuvent assembler ou écarter diver-sement, selon quils tombent sur des superficies qui sont courbées diverse-ment. Et il est Figure # 15*** Que les rayons peuvent quelquefois être courbés sans sortir dun même corps transparent.**** Comment se fait la réfraction en chaque point des superficies courbées.1 Cest-à-dire les plans tangents au point dimpact.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 25 temps que je commence à vous décrire quelle est la structure de lœil, afinde vous pouvoir faire entendre comment les rayons, qui entrent dedans, sydisposent pour causer le sentiment de la vue.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 263e discoursDE L’ŒILRetour à la table des matières Sil était possible de couper l’œil par la moitié, sans que les liqueurs dont ilest rempli sécoulassent, ni quaucune de ses parties changeât de place, et quele plan de la section passât justement par le milieu de la prunelle, il paraîtraittel quil est représenté en cette figure. Figure # 16
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 27 ABCB est une peau assez dure et épaisse qui compose comme un vaserond dans lequel toutes ses parties intérieures sont contenues. DEF est uneautre peau déliée, qui est tendue ainsi quune tapisserie au dedans de laprécédente. * ZH est le nerf nommé optique, qui est composé dun grandnombre de petits filets, dont les extrémités sétendent en tout lespace GHI, où,se mêlant avec une infinité de petites veines et artères, elles composent uneespèce de chair extrêmement tendre et délicate, laquelle est comme unetroisième peau, qui couvre tout le fond de la seconde. K, L, M sont trois sortesde glaires ou humeurs fort transparentes, qui remplissent tout lespace contenuau dedans de ces peaux, et ont chacune la figure, en laquelle vous la voyez icireprésentée. ** Et lexpérience montre que celle du milieu, L, quon nomme lhumeurcristalline, cause à peu près même réfraction que le verre ou le cristal; et queles deux autres, K et M, la causent un peu moindre, environ comme leaucommune, en sorte que les rayons de la lumière passent plus facilement parcelle du milieu que par les deux autres, et encore plus facilement par ces deuxque par lair. En la première peau, la partie BCB est transparente, et un peuplus voûtée que le reste BAB. En la seconde, la superficie intérieure de lapartie EF, qui regarde le fond de loeil, est toute noire et obscure; et elle a aumilieu un petit trou rond FF, qui est ce quon nomme la prunelle, et qui paraîtsi noir au milieu de loeil, quand on le regarde par dehors. *** Ce trou nest pastoujours de même grandeur, et la partie EF de la peau en laquelle il est,nageant librement en lhumeur K, qui est fort liquide, semble être comme unpetit muscle, qui se peut étrécir et élargir à mesure quon regarde des objetsplus ou moins proches, ou plus ou moins éclairés, ou quon les veut voir plusou moins distinctement. Et vous pourrez voir facilement lexpérience de tout ceci en lœil dunenfant; car si vous lui faites regarder fixement un objet proche, vous verrezque sa prunelle deviendra un peu plus petite que si vous lui en faites regarderun plus éloigné, qui ne soit point avec cela plus éclairé. Et derechef, quencore?il regarde toujours le même objet, il laura beaucoup plus petite, étant en unechambre fort claire, que si, en fermant la plupart des fenêtres, on la rend fortobscure. Et enfin que, demeurant au même jour, et regardant le même objet,sil tâche den distinguer les moindres parties, sa prunelle sera plus petite, quesil ne le considère que tout entier, et sans attention. * Et notez que ce mouve-ment doit être appelé volontaire, nonobstant quil soit ordinairement ignoré deceux qui le font, car il ne laisse pas pour cela dêtre dépendant et de suivre dela volonté quils ont de bien voir; ainsi que les mouvements des lèvres et de lalangue, qui servent à prononcer les paroles, se nomment volontaires, à cause* Que la peau nommée vulgairement retina nest autre chose que le nerf optique.** Quelles sont les réfractions que causent les humeurs de lœil.*** Pour quel usage la prunelle sétrécit et sélargit.* Que ce mouvement de la prunelle est volontaire.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 28quils suivent de la volonté quon a de parler, nonobstant quon ignore souventquels ils doivent être pour servir à la prononciation de chaque lettre. ** EN,EN sont plusieurs petit filets noirs, qui embrassent tout autour lhumeurmarquée L, et qui, naissant aussi de la seconde peau, en lendroit où latroisième se termine, semblent autant de petits tendons, par le moyen desquelscette humeur L, devenant tantôt plus voûtée, tantôt plus plate, selon lintentionquon a de regarder des objets proches ou éloignés, change un peu toute lafigure du corps de lœil. Et vous pouvez connaître ce mouvement par expé-rience : car si, lorsque vous regardez fixement une tour ou une montagne unpeu éloignée, on présente un livre devant vos yeux, vous ny pourrez voirdistinctement aucune lettre, jusques à ce que leur figure soit un peuchangée. *** Enfin O, O sont six ou sept muscles attachés à l’œil par dehors,qui le peuvent mouvoir de tous côtés, et même aussi, peut-être, en le pressantou retirant, aider à changer sa figure. je laisse à dessein plusieurs autres parti-cularités qui se remarquent en cette matière, et dont les anatomistes grossis-sent leurs livres; car je crois que celles que jai mises ici suffiront pourexpliquer tout ce qui sert à mon sujet, et que les autres que jy pourrais ajouter,naidant en rien votre intelligence, ne feraient que divertir votre attention.** Que lhumeur cristalline est comme un muscle qui peut changer la figure de tout lœil..*** Et que les petits filets nommés processus ciliares en sont les tendons.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 294e discoursDES SENS EN GÉNÉRALRetour à la table des matières Mais il faut que je vous dise maintenant quelque chose de la nature dessens en général, afin de pouvoir dautant plus aisément expliquer en particuliercelui de la vue. * On sait déjà assez que cest lâme qui sent, et non le corps:car on voit que, lorsquelle est divertie par une extase ou forte contemplation,tout le corps demeure sans sentiment, encore quil ait divers objets qui letouchent. ** Et on sait que ce nest pas proprement en tant quelle est dans lesmembres qui servent dorganes aux sens extérieurs, quelle sent, mais en tantquelle est dans le cerveau, où elle exerce cette faculté quils 1 appellent lesens commun : car on voit des blessures et maladies qui, noffensant que lecerveau seul, empêchent généralement tous les sens, encore que le reste ducorps ne laisse point pour cela dêtre animé. Enfin on sait que cest par len-tremise des nerfs *** que les impressions, que font les objets dans les membresextérieurs, parviennent jusques à lâme dans le cerveau : car on voit diversaccidents, qui, ne nuisant à rien quà quelque nerf, ôtent le sentiment de toutesles parties du corps où ce nerf envoie ses branches, sans rien diminuer de celuides autres. Mais, pour savoir plus particulièrement en quelle sorte lâme,* Que cest lâme qui sent et non le corps.** Quelle sent en tant quelle est dans le cerveau, et non en tant quelle anime les autres membres.1 Les scolastiques : cf. p. 78, note 2.*** Que cest par lentremise des nerfs quelle sent. Que la substance intérieure de ces nerfs est composée de plusieurs petits filets fort déliés.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 30demeurant dans le cerveau, peut ainsi, par lentremise des nerfs, recevoir lesimpressions des objets qui sont au dehors, il faut distinguer trois choses en cesnerfs : à savoir, premièrement, les peaux qui les enveloppent, et qui, prenantleur origine de celles qui enveloppent le cerveau, sont comme de petits tuyauxdivisés en plusieurs branches, qui se vont épandre çà et là par tous lesmembres, en même façon que les veines et les artères; puis leur substanceintérieure, qui sétend en forme de petits filets tout le long de ces tuyaux,depuis le cerveau, doù elle prend son origine, jusques aux extrémités desautres membres, où elle sattache, en sorte quon peut imaginer, en chacun deces petits tuyaux, plusieurs de ces petits filets indépendants les uns des autres;puis enfin les esprits animaux 1, qui sont comme un air ou un vent très subtil,qui, venant des chambres ou concavités qui sont dans le cerveau, sécoule parces mêmes tuyaux dans les muscles. Or les anatomistes et médecins avouentassez que ces trois choses se trouvent dans les nerfs; mais il ne me semblepoint quaucun deux en ait encore bien distingué les usages. * Car, voyant queles nerfs ne servent pas seulement à donner le sentiment aux membres, maisaussi à les mouvoir, et quil y a quelquefois des paralysies qui ôtent lemouvement, sans ôter pour cela le sentiment, tantôt ils ont dit quil y avaitdeux sortes de nerfs, dont les uns ne servaient que pour les sens, et les autresque pour les mouvements, et tantôt que la faculté de sentir était dans les peauxou membranes, et que celle de mouvoir était dans la substance intérieure desnerfs : qui sont choses fort répugnantes 2 à lexpérience et à la raison. Car qui ajamais pu remarquer aucun nerf, qui servît au mouvement, sans servir aussi aquelque sens ? Et comment, si cétait des peaux que le sentiment dépendît, lesdiverses impressions des objets pourraient-elles, par le moyen de ces peaux,parvenir jusques au cerveau ? * * Afin donc déviter ces difficultés, il fautpenser que ce sont les esprits qui, coulant par les nerfs dans les muscles, et lesenflant plus ou moins, tantôt les uns, tantôt les autres, selon les diversesfaçons que le cerveau les distribue, causent le mouvement de tous les mem-bres; et que ce sont les petits filets, dont la substance intérieure de ces nerfs estcomposée, qui servent aux sens. Et dautant que je nai point ici besoin deparler des mouvements, je désire seulement que vous conceviez que ces petitsfilets, étant enfermés, comme jai dit, en des tuyaux qui sont toujours enflés ettenus ouverts par les esprits quils contiennent, ne se pressent ni empêchentaucunement les uns les autres, et sont étendus depuis le cerveau jusques auxextrémités de tous les membres qui sont capables de quelque sentiment, entelle sorte que, pour peu quon touche et fasse mouvoir lendroit de cesmembres où quelquun deux est attaché, on fait aussi mouvoir au mêmeinstant lendroit du cerveau doù il vient, ainsi que, tirant lun des bouts dunecorde qui est toute tendue, on fait mouvoir au même instant lautre bout. Car,1 Cf. Discours, 5 partie, p. 77, note 4. De même pour « les esprits dans toute la suite.* Que ce sont les mêmes nerfs qui servent aux sens et aux mouvements.2 En contradiction avec : pour Descartes, tout nerf est sensitif et moteur.** Que ce sont les esprits animaux contenus dans les peaux de ces nerfs qui meuvent les membres. Que cest leur substance intérieure qui sert aux sens. Comment se fait le sentiment par laide des nerfs.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 31sachant que ces filets sont ainsi enfermés en des tuyaux, que les espritstiennent toujours un peu enflés et entre-ouverts, il est aisé à entendrequencore quils fussent beaucoup plus déliés que ceux que filent les vers àsoie, et plus faibles que ceux des araignées, ils ne laisseraient pas de sepouvoir étendre depuis la tête jusques aux membres les plus éloignés, sansêtre en aucun hasard de se rompre, ni que les diverses situations de ces mem-bres empêchassent leurs mouvements. Il faut, outre cela, * prendre garde à nepas supposer que, pour sentir, lâme ait besoin de contempler quelques imagesqui soient envoyées par les objets jusques au cerveau, ainsi que font com-munément nos philosophes; ou, du moins, il faut concevoir la nature de cesimages tout autrement quils ne font. Car, dautant quils ne considèrent enelles autre chose, sinon quelles doivent avoir de la ressemblance avec lesobjets quelles représentent, il leur est impossible de nous montrer commentelles peuvent être formées par ces objets, et reçues par les organes des sensextérieurs, et transmises par les nerfs jusques au cerveau. Et ils nont euaucune raison de les supposer, sinon que, voyant que notre pensée peut faci-lement être excitée, par un tableau, à concevoir lobjet qui y est peint, il leur asemblé quelle devait lêtre, en même façon, à concevoir ceux qui touchent nossens, par quelques petits tableaux qui sen formassent en notre tête, au lieu quenous devons considérer quil y a plusieurs autres choses que des images, quipeuvent exciter notre pensée; comme, par exemple, les signes et les paroles,qui ne ressemblent en aucune façon aux choses quelles signifient. Et si, pourne nous éloigner que le moins quil est possible des opinions déjà reçues, nousaimons mieux avouer que les objets que nous sentons envoient véritablementleurs images jusques au dedans de notre cerveau, il faut au moins que nousremarquions quil ny a aucunes images qui doivent en tout ressembler auxobjets quelles représentent : car autrement il ny aurait point de distinctionentre lobjet et son image : mais quil suffit quelles leur ressemblent en peu dechoses; et souvent même, que leur perfection dépend de ce quelles ne leurressemblent pas tant quelles pourraient faire. Comme vous voyez que lestailles-douces, nétant faites que dun eu dencre posée çà et là sur du papier,nous représentent es forêts, des villes, des hommes, et même des batailles etdes tempêtes, bien que, dune infinité de diverses qualités quelles nous fontconcevoir en ces objets, il ny en ait aucune que la figure seule dont elles aientproprement la ressemblance; et encore est-ce une ressemblance fort impar-faite, vu que, sur une superficie toute plate, elles nous représentent des corpsdiversement relevés et enfoncés, et que même, suivant les règles de laperspective, souvent elles représentent mieux des cercles par des ovales quepar dautres cercles; et des carrés par des losanges que par dautres carrés; etainsi de toutes les autres figures : en sorte que souvent, pour être plus parfaitesen qualité dimages, et représenter mieux un objet, elles doivent ne lui pasressembler. Or il faut que nous pensions tout le même des images qui seforment en notre cerveau, et que nous remarquions quil est seulement* Que les idées que les sens extérieurs envoient en la fantaisie ne sont point des images des objets, ou du moins quelles nont point besoin de leur ressembler.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 32question de savoir comment elles peuvent donner moyen à lâme de sentirtoutes les diverses qualités des objets auxquels elles se rapportent, et non pointcomment elles ont en soi leur ressemblance 1. * Comme, lorsque laveugle,dont nous avons parlé ci-dessus, touche quelques corps de son bâton, il estcertain que ces corps nenvoient autre chose jusques à lui, sinon que, faisantmouvoir diversement son bâton selon les diverses qualités qui sont en eux, ilsmeuvent par même moyen les nerfs de sa main, et ensuite les endroits de soncerveau doù viennent ces nerfs; ce qui donne occasion à son âme de sentirtout autant de diverses qualités en ces corps, quil se trouve de variétés dansles mouvements qui sont causés par eux en son cerveau.1 Cf. ci-dessous, Appendice, II, Le Monde, ch. I.* Que les divers mouvements des petits filets de chaque nerf suffisent pour causer divers sentiments.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 335e discoursDES IMAGES QUI SE FORMENTSUR LE FOND DE LOEILRetour à la table des matières Vous voyez * donc assez que, pour sentir, lâme na pas besoin de con-templer aucunes images qui soient semblables aux choses quelle sent; maiscela nempêche pas quil ne soit vrai que les objets que nous regardons enimpriment dassez parfaites dans le fond de nos yeux; ainsi que quelques-unsont déjà très ingénieusement expliqué 1, par la comparaison de celles quiparaissent dans une chambre, lorsque layant toute fermée, réservé un seul trouet ayant nus au-devant de ce trou un verre en forme de lentille, on étendderrière, à certaine distance, un linge blanc, sur qui la lumière, qui vient desobjets de dehors, forme ces images. Car ils disent que cette chambre repré-sente lœil; ce trou, la prunelle; ce verre, lhumeur cristalline, ou plutôt toutescelles des parties de lœil qui causent quelque réfraction; et ce linge, la peauintérieure, qui est composée des extrémités du nerf optique.* Comparaison de ces images avec celles quon voit en une chambre obscure.1 Léonard de Vinci avait le premier comparé le fonctionnement de lœil à celui dune chambre obscure. Celle-ci est décrite par J. B. della Porta (1538-1615) dans la Magia naturalis, 2e éd. en 20 livres, Naples 1589, et par Kepler, Ad Vitellionem Paralipomena, Francfort, 1604.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 34 Mais vous en pourrez être encore plus certain, ** si, prenant l’œil dunhomme fraîchement mort, ou, au défaut, celui dun bœuf ou de quelque autregros animal, vous coupez dextrement vers le fond les trois peaux quilenveloppent, en sorte quune grande partie de lhumeur M, qui y est, demeuredécouverte, sans quil y ait rien delle pour cela qui se répande; puis, layantrecouverte de quelque corps blanc, qui soit si délié que le jour passe au tra-vers, comme, par exemple, dun morceau de papier ou de la coquille dun œuf,RST, que vous mettiez cet oeil dans le trou dune fenêtre fait exprès, commeZ, en sorte quil ait le devant, BCD, tourné vers quelque lieu où il y ait diversobjets, comme V, X, Y, éclairés par le soleil; et le derrière, où est le corpsblanc RST, vers le dedans de la chambre, P, où vous serez, et en laquelle il nedoit entrer aucune lumière, que celle qui pourra pénétrer au travers de cet oeil,dont vous savez que toutes les parties, depuis C jusques à S, sont trans-parentes. Car, cela fait, si vous regardez sur ce corps blanc RST, vous yverrez, non peut-être sans admiration et plaisir, une peinture, qui représenterafort naïvement en perspective tous les objets qui seront au dehors vers VXY,au moins si vous faites en sorte que cet œil retienne sa figure naturelle,proportionnée à la distance de ces objets : car, pour peu que vous le pressiezplus ou moins que de raison, cette peinture en deviendra moins distincte. Et ilest à remarquer * quon doit le presser un peu davantage, et tendre sa figure unpeu plus longue, lorsque les objets sont fort proches, que lorsquils sont pluséloignés. Mais il est besoin que jexplique ici plus au long comment se formecette peinture; car je pourrai, par même moyen, vous faire entendre plusieurschoses qui appartiennent à la vision. Considérez donc, ** premièrement, que, de chaque point des objets V, X,Y, il entre en cet oeil autant de rayons, qui pénètrent jusques au corps blancRST, que louverture de la prunelle FF en peut comprendre, et que, suivant cequi a été dit ici dessus, tant de la nature de la réfraction que de celle des troishumeurs K, L, M, tous ceux de ces rayons, qui viennent dun même point, secourbent en traversant les trois superficies BCD, 123 et 456 1, en la façon quiest requise pour se rassembler derechef environ vers un même point. Et il fautremarquer *** quafin que la peinture, dont il est ici question, soit** Explication de ces images en lœil dun animal mort.* Quon doit rendre la figure de cet oeil un peu plus longue lorsque les objets sont fort Proches que lorsquils sont plus éloignés.** Quil entre en cet oeil plusieurs rayons de chaque point de lobjet.1 Cest-à-dire les courbes du cristallin, passant sur la figure par les points 1, 2, 3 et 4, 5, 6.*** Que tous ceux qui viennent dun même point se doivent assembler au fond de cet oeil environ le même point, et quil faut disposer sa figure à cet effet. Que ceux de divers points sy doivent assembler en divers points. Comment les couleurs se voient au travers dun papier blanc qui est sur le fond de cet oeil.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 35 Figure # 17 la plus parfaite quil est possible, les figures de ces trois superficies doi-vent être telles que tous les rayons, qui viennent de lun des points des objets,se rassemblent exactement en lun des points du corps blanc RST. Commevous voyez ici que ceux du point X sassemblent au point S; en suite de quoiceux qui viennent du point V sassemblent aussi à peu près au point R; et ceuxdu point Y, au point T. Et que, réciproquement, il ne vient aucun rayon vers S,que du point X; ni quasi aucun vers R, que du point V; ni vers T, que du pointY, et ainsi des autres. * Or cela posé, si vous vous souvenez de ce qui a été ditci-dessus de la lumière et des couleurs en général, et en particulier des corpsblancs, il vous sera facile à entendre, quétant enfermé dans la chambre P, et* Que les images qui sy forment ont la ressemblance des objets.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 36jetant vos yeux sur le corps blanc RST, vous y devez voir la ressemblance desobjets V, X, Y. Car, premièrement, la lumière, cest-à-dire le mouvement oulaction dont le soleil, ou quelque autre des corps quon nomme lumineux,pousse une certaine matière fort subtile qui se trouve en tous les corps trans-parents, étant repoussée vers R par lobjet V, que je suppose, par exemple, êtrerouge, cest-à-dire, être disposé à faire que les petites parties de cette matièresubtile, qui ont été seulement poussées en lignes droites par les corpslumineux, se meuvent aussi en rond autour de leurs centres, après les avoirrencontrés, et que leurs deux mouvements aient entre eux la proportion qui estrequise pour faire sentir la couleur rouge; il est certain que laction de ces deuxmouvements, ayant rencontré au point R un corps blanc 1, cest-à-dire un corpsdisposé à la renvoyer vers tout autre côté sans la changer, doit de là seréfléchir vers vos yeux par les pores de ce corps, que jai supposé à cet effetfort délié, et comme percé à jour de tous côtés, et ainsi vous faire voir le pointR de couleur rouge. Puis, la lumière étant aussi repoussée de lobjet X, que jesuppose jaune, vers S; et dY, que je suppose bleu, vers T, doù elle est portéevers vos yeux; elle vous doit faire paraître S de couleur jaune, et T de couleurbleue. Et ainsi les trois points R, S, T, paraissant des mêmes couleurs, etgardant entre eux le même ordre que les trois V, X, Y, en ont manifestementla ressemblance. ** Et la perfection de cette peinture dépend principalement detrois choses: à savoir de ce que, la prunelle de lœil ayant quelque grandeur, ily entre plusieurs rayons de chaque point de lobjet, comme ici XB14S 2,XC25S, XD36S, et tout autant dautres quon en puisse imaginer entre cestrois, y viennent du seul point X; et de ce que ces rayons souffrent dans lœilde telles réfractions, que ceux qui viennent de divers points se rassemblent àpeu près en autant dautres divers points sur le corps blanc RST; et enfin de ceque, tant les petits filets EN que le dedans de la peau EF étant de couleurnoire, et la chambre P toute fermée et obscure, il ne vient dailleurs que desobjets V, X, Y, aucune lumière qui trouble laction de ces rayons. * Car, si laprunelle était si étroite, quil ne passât quun seul rayon de chaque point delobjet vers chaque point du corps RST, il naurait pas assez de force pour seréfléchir de là dans la chambre P, vers vos yeux. Et la prunelle étant un peugrande, sil ne se faisait dans lœil aucune réfraction, les rayons qui viendraientde chaque point des objets, sépandraient çà et là en tout lespace RST, en sorteque, par exemple, les trois points V, X, Y enverraient trois rayons vers R, qui,se réfléchissant de là tous ensemble vers vos yeux, vous feraient paraître cepoint R dune couleur moyenne entre le rouge, le jaune et le bleu, et toutsemblable aux points S et T, vers lesquels les mêmes points V. X, Y enver-raient aussi chacun un de leurs rayons. Et il arriverait aussi quasi le même, sila réfraction qui se fait en lœil était plus ou moins grande quelle ne doit, à1 Le corps blanc RST, papier ou coquille translucide.** Comment la grandeur de la prunelle sert à la perfection de ces images.2 Les points X, B, I, 4, S (etc.) par lesquels passent les rayons lumineux.* Comment y sert la réfraction qui se fait dans lœil, et comment elle y nuirait étant plus grande ou plus petite quelle nest.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 37raison de la grandeur de cet oeil : car, étant trop grande, les rayons qui vien-draient, par exemple, du point X, sassembleraient avant que dêtre parvenusjusques à S, comme vers M; et, au contraire, étant trop petite, ils ne sassem-bleraient quau delà, comme vers P; si bien quils toucheraient le corps blancRST en plusieurs points, vers lesquels il viendrait aussi dautres rayons desautres parties de lobjet. ** Enfin, si les corps EN, EF nétaient noirs, cest-à-dire disposés à faire que la lumière qui donne de contre sy amortisse, lesrayons qui viendraient vers eux du corps blanc RST, pourraient de là retour-ner, ceux de T, vers S et vers R; ceux de R, vers T et vers S; et ceux de S, versR et vers T : au moyen de quoi ils troubleraient laction les uns des autres; et lemême feraient aussi les rayons qui viendraient de la chambre P vers RST, sily avait quelque autre lumière en cette chambre, que celle quy envoient lesobjets V, X, Y. Mais, * après vous avoir parlé des perfections de cette peinture, il fautaussi que je vous fasse considérer ses défauts, dont le premier et le principalest que, quelques figures que puissent avoir les parties de l’œil, il. estimpossible quelles fassent que les rayons qui viennent de divers points,sassemblent tous en autant dautres divers points, et que tout le mieux quellespuissent faire cest seulement que tous ceux qui viennent de quelque point,comme dX, sassemblent en un autre point, comme S, dans le milieu du fondde lœil; en quel cas il ny en peut avoir que quelques-uns de ceux du point V,qui sassemblent justement au point R, ou du point Y, qui sassemblentjustement au point T; et les autres sen doivent écarter quelque peu, tout àlentour, ainsi que jexpliquerai ci-après. Et ceci est cause que cette peinturenest jamais si distincte vers ses extrémités quau milieu, comme il a été assezremarque par ceux qui ont écrit de loptique. ** Car cest pour cela quils ont ditque la vision se fait principalement suivant la ligne droite, qui passe par lescentres de lhumeur cristalline et de la prunelle, telle quest ici la ligne XKLS,quils nomment lessieu de la vision. *** Et notez que les rayons, par exemple,ceux qui viennent du point V, sécartent autour du point R, dautant plus quelouverture de la prunelle est plus grande; et ainsi que, si sa grandeur sert àrendre les couleurs de cette peinture plus vives et plus fortes, elle empêche enrevanche que ces figures ne soient si distinctes, doù vient quelle ne doit êtreque médiocre. **** Notez aussi que ces rayons sécarteraient encore plus autourdu point R, quils ne font, si le point V, doù ils viennent, était beaucoup plus** Comment la noirceur des parties intérieures de cet oeil et lobscurité de la chambre où se voient ces images y sert aussi.* Pourquoi elles ne sont jamais si parfaites en leurs extrémités quau milieu.** Comment on doit entendre ce qui se dit que visio fit pet axem « la vision se fait en ligne droite ».*** Que la grandeur de la prunelle rendant les couleurs plus vives rend les figures moins distinctes, et ainsi ne doit être que médiocre.**** Que les objets qui sont à côté de celui à la distance duquel lœil est disposé, en étant beaucoup plus éloignés ou plus proches, sy représentent beaucoup moins distinctement que sils en étaient presque à pareille distance.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 38proche de lœil, comme vers 10, ou beaucoup plus éloigné, comme vers II, quenest X, à la distance duquel je suppose que la figure de lœil est proportion-née; de sorte quils rendraient la partie R de cette peinture encore moinsdistincte quils ne font. Et vous entendrez facilement les démonstrations detout ceci, lorsque vous aurez vu, ci-après, quelle figure doivent avoir les corpstransparents, pour faire que les rayons, qui viennent dun point, sassemblenten quelque autre point, après les avoir traversés. Pour les autres défauts decette peinture, * ils consistent en ce que ses parties sont renversées, cest-à-direen position toute contraire à celle des objets; et en ce quelles sont apetisséeset raccourcies les unes plus, les autres moins, à raison de la diverse distance etsituation des choses quelles représentent, quasi en même façon que dans untableau de perspective. Comme vous voyez ici clairement que T, qui est versle côté gauche, représente Y, qui est vers le droit, et que R, qui est vers ledroit, représente V, qui est vers le gauche. Et de plus, que la figure de lobjetV ne doit pas occuper plus despace vers R, que celle de lobjet 10, qui est pluspetit, mais plus proche; ni moins que celle de lobjet II, qui est plus grand,mais à proportion plus éloigné, sinon en tant quelle est un peu plus distincte.Et enfin, que la ligne droite VXY est représentée par la courbe RST. Or, ** ayant ainsi vu cette peinture dans lœil dun animal mort, et en ayantconsidéré les raisons, on ne peut douter quil ne sen forme une toutesemblable en celui dun homme vif, sur la peau intérieure, en la place delaquelle nous avions substitué le corps blanc RST; et même quelle ne syforme beaucoup mieux, à cause que ses humeurs, étant pleines desprits, sontplus transparentes, et ont plus exactement la figure qui est requise à cet effet.Et peut-être aussi quen l’œil dun bœuf la figure de la prunelle, qui nest pasronde, empêche que cette peinture ny soit si parfaite. On ne peut douter * non plus que les images quon fait paraître sur un lingeblanc, dans une chambre obscure, ne sy forment tout de même et pour lamême raison quau fond de lœil; même, à cause quelles y sont ordinairementbeaucoup plus grandes, et sy forment en plus de façons, on y peut pluscommodément remarquer diverses particularités, dont je désire ici vousavertir, afin que vous en fassiez lexpérience, si vous ne Pavez encore jamaisfaite. Voyez donc, premièrement, que, si on ne met aucun verre au-devant dutrou quon aura fait en cette chambre, il paraîtra bien quelques images sur lelinge, pourvu que le trou soit fort étroit, mais qui seront fort confuses etimparfaites, et qui le seront dau tant plus, que ce trou sera moins étroit;* Que ces images sont renversées. Que leurs figures sont changées et raccourcies à raison de la distance ou situation des objets.** Que ces images sont plus parfaites en l’œil dun animal vivant quen celui dun mort, et en celui dun homme quen celui dun bœuf.* Que celles qui paraissent par le moyen dune lentille de verre dans une chambre obscure sy forment tout de même que dans lœil, et quon y peut faire lexpérience de plusieurs choses qui confirment ce qui est ici expliqué.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 39 Figure # 18et quelles seront aussi dautant plus grandes, quil y aura plus de distance entrelui et le linge, en sorte que leur grandeur doit avoir, à peu près, même pro-portion avec cette distance, que la grandeur des objets, qui les causent, avec ladistance qui est entre eux et ce même trou. Comme il est évident que, si ACBest lobjet, D le trou, et EFG limage, EG est à FD comme AB est à CD. Puis,ayant nus un verre en forme de lentille au-devant de ce trou, considérez quil ya certaine distance déterminée, à laquelle tenant le linge, les images paraissentfort distinctes, et que, pour peu quon léloigne ou quon lapproche davantagedu verre, elles commencent à lêtre moins. Et que cette distance doit êtremesurée par lespace qui est, non pas entre le linge et le trou, mais entre lelinge et le verre : en sorte que, si lon met le verre un peu au delà du trou depart ou dautre, le linge en doit aussi être dautant approché ou reculé. Etquelle dépend en partie de la figure de ce verre, et en partie aussi de léloigne-ment des objets : car, en laissant lobjet en même lieu, moins les superficies duverre sont courbées, plus le linge en doit être éloigné, et en se servant dumême verre, si les objets en sont fort proches, il en faut tenir le linge un peuplus loin, que sils en sont plus éloignés. Et que de cette distance dépend lagrandeur des images, quasi en même façon que lorsquil ny a point de verreau-devant du trou. Et que ce trou peut être beaucoup plus grand, lorsquon ymet un verre, que lorsquon le laisse tout vide, sans que les images en soientpour cela de beaucoup moins distinctes. Et que, plus il est grand, plus ellesparaissent claires et illuminées : en sorte que, si on couvre une partie de ceverre, elles paraîtront bien plus obscures quauparavant, mais quelles nelaisseront pas pour cela doccuper autant despace sur le linge. Et que, plus cesimages sont grandes et claires, plus elles se voient parfaitement : en sorte que,si on pouvait aussi faire un oeil, dont la profondeur fût fort grande, et laprunelle fort large, et que les figures de celles de ses superficies qui causentquelque réfraction, fussent proportionnées à cette grandeur, les images sy
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 40formeraient dautant plus visibles. Et que, si ayant deux ou plusieurs verres enforme de lentilles, mais assez plats, on les joint lun contre lautre, ils auront àpeu près le même effet quaurait un seul, qui serait autant voûté ou convexequeux deux ensemble; car le nombre des superficies où se font les réfractionsny fait pas grand chose. Mais que, si on éloigne ces verres à certainesdistances les uns des autres, le second pourra redresser limage que le premieraura renversée, et le troisième la renverser derechef, et ainsi de suite. Qui sonttoutes choses dont les raisons sont fort aisées à déduire de ce que jai dit, etelles seront bien plus vôtres, sil vous faut user dun peu de réflexion pour lesconcevoir, que si vous les trouviez ici mieux expliquées. Au reste, * les images des objets ne se forment pas seulement ainsi au fondde lœil, mais elles passent encore au delà jusques au cerveau, comme vousentendrez facilement, si vous pensez que, par exemple, les rayons qui viennentdans lœil de lobjet V touchent au point R lextrémité de lun des petits filetsdu nerf optique, qui prend son origine de lendroit 7 de la superficie intérieuredu cerveau 789; et ceux de lobjet X touchent au point S lextrémité dun autrede ces filets, dont le commencement est au point 8; et ceux de lobjet Y entouchent un autre au point T, qui répond à lendroit du cerveau marqué 9, Figure # 19* Comment ces images passent de lœil dans le cerveau.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 41et ainsi des autres. Et que, la lumière nétant autre chose quun mouvement, ouune action qui tend à causer quelque mouvement, ceux de ses rayons quiviennent de V vers R, ont la force de mouvoir tout le filet R7, et par consé-quent lendroit du cerveau marqué 7; et ceux qui viennent dX vers S, demouvoir tout le nerf S8, et même de le mouvoir dautre façon que nest mu R7,à cause que les objets X et V sont de deux diverses couleurs; et ainsi, que ceuxqui viennent dY, meuvent le point 9. Doù il est manifeste quil se formederechef une peinture 789, assez semblable aux objets V, X, Y, en la super-ficie intérieure du cerveau qui regarde ses concavités. Et de là je pourraisencore la transporter jusques à une certaine petite glande, qui se trouve envi-ron le milieu de ces concavités, et est proprement le siège du sens commun 1.Même je pourrais, encore plus outre, vous montrer comment quelquefois ellepeut passer de là par les artères dune femme enceinte, jusques à quelquemembre déterminé de lenfant quelle porte en ses entrailles, et y former cesmarques denvie, qui causent tant dadmiration à tous les Doctes.1 Cf. Discours, 5e partie, p. 78, note 2.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 426e discoursDE LA VISIONRetour à la table des matières Or, * encore que cette peinture, en passant ainsi jusques au dedans de notretête, retienne toujours quelque chose de la ressemblance des objets dont elleprocède, il ne se faut point toutefois persuader, ainsi que je vous ai déjà tantôtassez fait entendre, que ce soit par le moyen de cette ressemblance quellefasse que nous les sentons, comme sil y avait derechef dautres yeux en notrecerveau, avec lesquels nous la pussions apercevoir; mais plutôt, que ce sontles mouvements par lesquels elle est composée, qui, agissant immédiatementcontre notre âme, dautant quelle est unie à notre corps, sont institués de laNature pour lui faire avoir de tels sentiments. Ce que je vous veux iciexpliquer plus en détail. Toutes les qualités que nous apercevons dans lesobjets de la vue, peuvent être réduites à six principales, qui sont : la lumière,la couleur, la situation, la distance, la grandeur, et la figure. ** Et première-ment, touchant la lumière et la couleur, qui seules appartiennent proprementau sens de la vue, il faut penser que notre âme est de telle nature que la forcedes mouvements, qui se trouvent dans les endroits du cerveau doù viennentles petits filets des nerfs optiques, lui fait avoir le sentiment de la lumière; et lafaçon de ces mouvements, celui de la couleur : *** ainsi que les mouvementsdes nerfs qui répondent aux oreilles lui font ouïr les sons; et ceux des nerfs de* Que la vision ne se fait Point Par le moyen des images qui passent des yeux dans le cerveau, mais par le moyen des mouvements qui les composent.** Que cest par la force de ces mouvements quon sent la lumière. Et par leurs autres variétés quon sent les couleurs.*** Comment se sentent les sons, les goûts, et le chatouillement et la douleur.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 43la langue lui font goûter les saveurs; et, généralement, ceux des nerfs de toutle corps lui font sentir quelque chatouillement, quand ils sont modérés, etquand ils sont trop violents, quelque douleur; sans quil doive, en tout cela, yavoir aucune ressemblance entre les idées quelle conçoit, et les mouvementsqui causent ces idées. * Ce que vous croirez facilement, si vous remarquezquil semble à ceux qui reçoivent quelque blessure dans lœil, quils voient uneinfinité de feux et déclairs devant eux, nonobstant quils ferment les yeux, oubien quils soient en lieu fort obscur; en sorte que ce sentiment ne peut êtreattribué quà la seule force du coup, laquelle meut les petits filets du nerfoptique, ainsi que ferait une violente lumière; et cette même force, touchantles oreilles, pourrait faire ouïr quelque son; et touchant le corps en dautresparties, ** y faire sentir de la douleur. Et ceci se confirme aussi de ce que, si quelquefois on force ses yeux àregarder le soleil, ou quelque autre lumière fort vive, ils en retiennent, aprèsun peu de temps, limpression en telle sorte que, nonobstant même quon lestienne fermés, il semble quon voie diverses couleurs, qui se changent etpassent de lune à lautre, à mesure quelles saffaiblissent : car cela ne peutprocéder que de ce que les petits filets du nerf optique, ayant été musextraordinairement fort, ne se peuvent arrêter sitôt que de coutume. Maislagitation, qui est encore en eux après que les yeux sont fermés, nétant plusassez grande pour représenter cette forte lumière qui la causée, représente descouleurs moins vives. Et ces couleurs se changent en saffaiblissant, ce quimontre que leur nature ne consiste quen la diversité du mouvement, et nestpoint autre que je lai ci-dessus supposée. *** Et enfin ceci se manifeste de ceque les couleurs paraissent souvent en des corps transparents, où il est certainquil ny a rien qui les puisse causer, que les diverses façons dont les rayons dela lumière y sont reçus, comme lorsque larc-en-ciel paraît dans les nues, etencore plus clairement, lorsquon en voit la ressemblance dans un verre qui esttaillé à plusieurs faces. Mais * il faut ici particulièrement considérer en quoi consiste la quantité dela lumière qui se voit, cest-à-dire, de la force dont est mû chacun des petitsfilets du nerf optique : car elle nest pas toujours égale à la lumière qui estdans les objets, mais elle varie à raison de leur distance et de la grandeur de laprunelle, et aussi à raison de lespace que les rayons, qui viennent de chaquepoint de lobjet, peuvent occuper au fond de lœil. Comme, par exemple, il est* Pourquoi les coups quon reçoit dans l’œil font voir diverses lumières, et ceux quon reçoit contre les oreilles font ouïr des sons, et ainsi une même force cause divers sentiments en divers organes.** Pourquoi, tenant les yeux fermés un peu après avoir regardé le soleil, il semble quon voie diverses couleurs.*** Pourquoi il paraît quelquefois des couleurs dans les corps qui ne sont que transparents, comme larc-en-ciel paraît dans la pluie.* Que le sentiment quon a de la lumière est plus ou moins fort selon que lobjet est plus ou moins proche. Et selon que la prunelle est plus ou moins grande. Et selon que limage qui se peint dans le fond de lœil est plus ou moins petite.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 44manifeste que le point X enverrait plus de rayons dans lœil B quil ne fait, sila prunelle FF était ouverte jusques à G; et quil en envoie tout autant en cetoeil B qui est proche de lui, et dont la prunelle est fort étroite, quil fait en lœilA, dont la prunelle est beaucoup plus grande, mais qui est à proportion pluséloignée. Et encore quil nentre pas plus de rayons des divers points de lobjetVXY, considérés tous ensemble, dans le fond de lœil A que dans celui delœil B, toutefois, parce que ces rayons ne sy étendent quen lespace TR, quiest plus petit que nest HI, dans lequel ils sétendent au fond de lœil B, ils ydoivent agir avec plus de force contre chacune des extrémités du nerf quils ytouchent : ce qui est fort aisé à calculer. Car si, par exemple, lespace HI estquadruple de TR, et quil contienne les extrémités de quatre mille des petitsfilets du nerf optique, TR ne contiendra que celles de mille, et par conséquentchacun de ces petits filets sera mû, dans le fond de l’œil A, par la millièmepartie des forces quont tous les rayons qui y entrent, jointes ensemble, et,dans le fond de lœil B, par le quart de la millième partie seulement. ** Il fautaussi considérer quon ne peut discerner les parties des corps quon regarde,quen tant quelles diffèrent en quelque façon de couleur; et que la visiondistincte de ces couleurs ne dépend pas seulement de ce que tous les rayons,qui viennent de chaque point de lobjet, se rassemblent à peu près en autantdautres divers points au fond de lœil, et de ce quil nen vient aucuns autresdailleurs vers ces mêmes points, ainsi quil a été tantôt amplement expliqué;mais aussi de la multitude des petits filets du nerf optique, qui sont en lespacequoccupe limage au fond de lœil. Car si, par exemple, lobjet VXY estcomposé de dix mille parties, qui soient disposées à envoyer des rayons versle fond de l’œil RST, en dix mille façons différentes, et par conséquent à fairevoir en même temps dix mille couleurs, elles nen pourront néanmoins fairedistinguer à lâme que mille tout au plus, si nous supposons quil ny ait quemille des filets du nerf optique en lespace RST; dautant que dix des parties delobjet, agissant ensemble contre chacun de ces filets, ne le peuvent mouvoirque dune seule façon, composée de toutes celles dont elles agissent, en sorteque lespace quoccupe chacun de ces filets ne doit être considéré que commeun point. * Figure # 20** Comment la multitude des petits filets du nerf optique sert à rendre la vision distincte.* Pourquoi les prairies étant peintes de diverses couleurs ne paraissent de loin que dune seule. Pourquoi tous les corps se voient moins distinctement de loin que près. Comment la grandeur de limage sert à rendre la vision plus distincte.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 45 Et cest ce qui fait que souvent une prairie, qui sera peinte dune infinité decouleurs toutes diverses, ne paraîtra de loin que toute blanche, ou toute bleue;et, généralement, que tous les corps se voient moins distinctement de loin quede près; et enfin que, plus on peut faire que limage dun même objet occupedespace au fond de lœil, plus il peut être vu distinctement. Ce qui sera ci-après fort à remarquer. Pour la situation, ** cest-à-dire le côté vers lequel est posée chaque partiede lobjet au respect de notre corps, nous ne lapercevons pas autrement parlentremise de nos yeux que par celle de nos mains; et sa connaissance nedépend daucune image, ni daucune action qui vienne de lobjet, mais seule-ment de la situation des petites parties du cerveau doù les nerfs prennent leurorigine. Car cette situation, se changeant tant soit peu, à chaque fois que sechange celle des membres où ces nerfs sont insérés, est instituée de la Naturepour faire, non seulement que lâme connaisse en quel endroit est chaquepartie du corps quelle anime, au respect de toutes les autres; mais aussi quellepuisse transférer de là son attention à tous les lieux contenus dans les lignesdroites quon peut imaginer être tirées de lextrémité de chacune de ces parties,et prolongées à linfini. Figure # 21** Comment on connaît vers quel côté est lobjet quon regarde, ou celui quon montre du doigt sans le toucher.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 46 Comme, lorsque laveugle, dont nous avons déjà tant parlé ci-dessus,tourne sa main A vers E, ou C aussi vers E, les nerfs insérés en cette maincausent un certain changement en son cerveau qui donne moyen à son âme deconnaître, non seulement le lieu A ou C, mais aussi tous les autres qui sont enla ligne droite AE ou CE, en sorte quelle peut porter son attention jusques auxobjets B et D, et déterminer les lieux où ils sont, sans connaître pour cela nipenser aucunement à ceux où sont ses deux mains. Et ainsi, lorsque notre oeilou notre tête se tournent vers quelque côté, notre âme en est avertie par lechangement que les nerfs insérés dans les muscles, qui servent à ces mouve-ments, causent en notre cerveau.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 47 Figure # 22 Comme ici, en lœil RST, il faut penser que la situation du petit filetoptique, qui est au point R, ou S, ou T, est suivie dune autre certaine situationde la partie du cerveau 7, Ou 8, ou 9, qui fait que lâme peut connaître tous leslieux qui sont en la ligne RV, ou SX, ou TY. * De façon que vous ne devezpas trouver étrange que les objets puissent être vus en leur vraie situation,nonobstant que la peinture, quils impriment dans lœil, en ait une toutecontraire: ainsi que notre aveugle peut sentir en même temps lobjet B, qui està droite, par lentremise de sa main gauche; et D, qui est à gauche, ** parlentremise de sa main droite. Et comme cet aveugle ne juge point quun corpssoit double, encore quil le touche de ses deux mains, ainsi, lorsque nos yeuxsont tous deux disposés en la façon qui est requise pour porter notre attentionvers un même lieu, ils ne nous y doivent faire voir quun seul objet, nonob-stant quil sen forme en chacun deux une peinture.* Pourquoi le renversement de limage qui se fait dans lœil nempêche pas que les objets ne paraissent droits.** Pourquoi ce quon voit des deux yeux ou quon touche des deux mains ne paraît pas double pour cela.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 48 La vision *** de la distance ne dépend, non plus que celle de la situation,daucunes images envoyées des objets, mais, premièrement, de la figure ducorps de lœil; car, comme nous avons dit, cette figure doit être un peu autre,pour nous faire voir ce qui est proche de nos yeux, que pour nous faire voir cequi en est plus éloigné, et à mesure que nous la changeons pour la propor-tionner à la distance des objets, nous changeons aussi certaine partie de notrecerveau, dune façon qui est instituée de la Nature pour faire apercevoir à notreâme cette distance. **** Et ceci nous arrive ordinairement sans que nous yfassions de réflexion; tout de même que, lorsque nous serrons quelque corpsde notre main, nous la conformons à la grosseur et à la figure de ce corps, et lesentons par son moyen, sans quil soit besoin pour cela que nous pensions àses mouvements. ***** Nous connaissons, en second lieu, la distance par lerapport quont les deux yeux lun à lautre. Car, comme notre aveugle, tenantles deux bâtons AE, CE, dont je suppose quil ignore la longueur, et sachantseulement lintervalle qui est entre ses deux mains A et C, et la grandeur desangles ACE, CAE, peut de là, comme par une Géométrie naturelle, connaîtreoù est le point E; ainsi, quand nos deux yeux, RST et rst, sont tournés vers X,la grandeur de la ligne Ss, et celle des deux angles XSs et XsS, nous fontsavoir où est le point X. ( Nous pouvons aussi le même par laide dun oeilseul, en lui faisant changer de place : comme si, le tenant tourné vers X, nousle mettons premièrement au point S et incontinent après au point s, cela suffirapour faire que la grandeur de la ligne Ss et des deux angles XSs et XsS setrouvent ensemble en notre fantaisie, et nous fassent apercevoir la distance dupoint X : et ce, par une action de la pensée, qui, nétant quune imaginationtoute simple, ne laisse point denvelopper en soi un raisonnement tout sem-blable à celui que font les arpenteurs, lorsque, par le moyen de deux différen-tes stations, ils mesurent les lieux inaccessibles. Nous avons encore ** une autre façon dapercevoir la distance, à savoir parla distinction ou confusion de la figure, et ensemble par la force ou débilité dela lumière. Comme, pendant que nous regardons fixement vers X, les rayonsqui viennent des objets 10 et 12, ne sassemblent pas si exactement vers R et*** Quen Comment les mouvements qui changent la figure de lœil servent à faire voir la distance des objets.**** Qu’encore que nous ignorions ces mouvements, nous ne laissons pas de connaître ce quils désignent.***** Comment le rapport des deux yeux sert aussi à faire voir la distance.* Comment on peut voir la distance avec un œil seul, en lui faisant changer de place.** Comment la distinction ou la confusion de la figure, et la débilité ou la force de la lumière sert aussi à voir la distance.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 49vers T, au fond de notre oeil, que si ces objets étaient aux points V et Y; doùnous voyons quils sont plus éloignés, ou plus proches de nous, que nest X. Puis, de ce que la lumière, qui vient de lobjet 10 vers notre oeil, est plusforte que si cet objet était vers V, nous le jugeons être plus proche; et de ceque celle qui vient de lobjet 12 est plus faible que sil était vers Y, nous lejugeons plus éloigné. Enfin, quand nous imaginons déjà dailleurs la grandeurdun objet, ou sa situation, ou la distinction de sa figure et de ses couleurs, ouseulement la force de la lumière qui vient de lui, cela nous peut servir, non pasproprement à voir, mais à imaginer sa distance. Comme, regardant de loinquelque corps, que nous avons accoutumé de voir de près, nous en jugeonsbien mieux léloignement, que nous ne ferions si sa grandeur nous était moinsconnue. Et regardant une montagne exposée au soleil, au delà dune forêtcouverte dombre, ce nest que la situation de cette forêt, qui nous la fait jugerla plus proche. Et regardant sur mer deux vaisseaux, dont lun soit plus petitque lautre, mais plus proche à proportion, en sorte quils paraissent égaux,nous pourrons, par la différence de leurs figures et de leurs couleurs, et de lalumière quils envoient vers nous, juger lequel sera le plus loin.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 50 Figure # 23 Au reste, * pour la façon dont nous voyons la grandeur et la figure desobjets, je nai pas besoin den rien dire de particulier, dautant quelle est toutecomprise en celle dont nous voyons la distance et la situation de leurs parties.A savoir, leur grandeur sestime par la connaissance, ou lopinion, quon a deleur distance, comparée avec la grandeur des images quils impriment au fondde lœil; et non pas absolument par la grandeur de ces images, ainsi quil est* Que la connaissance quon a eue auparavant des objets quon regarde sert à mieux connaître leur distance.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 51assez manifeste de ce que, encore quelles soient, par exemple, cent fois plusgrandes, lorsque les objets sont fort proches de nous, que lorsquils en sont dixfois plus éloignés, elles ne nous les font point voir pour cela cent fois plusgrands, mais presque égaux, au moins si leur distance ne nous trompe. Et il est manifeste ** aussi que la figure se juge par la connaissance, oulopinion, quon a de la situation des diverses parties des objets, et non par laressemblance des peintures qui sont dans lœil : car ces-peintures ne contien-nent ordinairement que des ovales et des losanges lorsquelles nous font voirdes cercles et des carrés. Mais, *** afin que vous ne puissiez aucunement douter que la vision ne sefasse ainsi que je lai expliquée, je vous veux faire encore ici considérer lesraisons pourquoi il arrive quelquefois quelle nous trompe. Premièrement, àcause que cest lâme qui voit, et non pas lœil, et quelle ne voit immédiate-ment que par lentremise du cerveau, de là vient que les frénétiques 1, et ceuxqui dorment, voient souvent, ou pensent voir, divers objets qui ne sont pointpour cela devant leurs yeux : à savoir quand quelques vapeurs, remuant leurcerveau, disposent celles de ses parties qui ont coutume de servir à la vision,en même façon que feraient ces objets, sils étaient présents. **** Puis, à causeque les impressions, qui viennent de dehors, passent vers le sens commun parlentremise des nerfs, si la situation de ces nerfs est contrainte par quelquecause extraordinaire, elle peut faire voir les objets en dautres lieux quils nesont. Comme si lœil rst, étant disposé de soi à regarder vers X, est contraintpar le doigt N à se tourner vers M, les parties du cerveau doù viennent sesnerfs, ne se disposent pas tout à fait en même sorte que si cétaient ses musclesqui le tournassent vers M; ni aussi en même sorte que sil regardait vérita-blement vers X; mais dune façon moyenne entre ces deux, à savoir, commesil regardait vers Y; et ainsi lobjet M paraîtra au lieu où est Y, par lentremisede cet œil, et Y au lieu où est X, et X au lieu où est V, et ces objets paraissantaussi en même temps en leurs vrais lieux, par lentremise de lautre oeil RST,ils sembleront doubles. Figure # 24** Comment la situation de ces objets y sert aussi. Comment on voit la grandeur de chaque objet. Comment on voit sa figure.*** Pourquoi souvent les frénétiques ou ceux qui dorment pensent voir ce quils ne voient point.1 Au sens médical du terme : atteint dune lésion cérébrale.**** Pourquoi on voit quelquefois les objets doubles.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 52 En même façon * que, touchant la petite boule G des deux doigts A et Dcroisés lun sur lautre, on en pense toucher deux; à cause que, pendant que cesdoigts se retiennent lun lautre ainsi croisés, les muscles de chacun deuxtendent à les écarter, A vers C, et D vers F, au moyen de quoi les parties ducerveau doù viennent les nerfs qui sont insérés en ces muscles, se trouventdisposées en la façon qui est requise pour faire quils semblent être, A vers B,et D vers E, et par conséquent y toucher deux diverses boules, H et I. De plus,à cause que nous sommes accoutumés de juger que les impressions, quimeuvent notre vue, viennent des lieux vers lesquels nous devons regarder pourles sentir, quand il arrive quelles viennent dailleurs, nous y pouvonsfacilement être trompés. ** Comment lattouchement fait aussi quelquefois juger quun objet soit double.* Pourquoi ceux qui ont la jaunisse ou bien qui regardent au travers dun verre jaune jugent que tout ce quils voient en a la couleur.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 53 Figure # 25 Comme ceux qui ont les yeux infectés de la jaunisse, ou bien qui regardentau travers dun verre jaune, ou qui sont enfermés dans une chambre où ilnentre aucune lumière que par de tels verres, attribuent cette couleur à tous lescorps quils regardent. Et celui qui est dans la chambre obscure * que jai tantôtdécrite, attribue au corps blanc RST les couleurs des objets V, X, Y, à causeque cest seulement vers lui quil dresse sa vue. Et les yeux A, B, C, D, E, F,voyant les objets T, V, X, Y, Z, etc. au travers des verres N, O, P, et dans lesmiroirs Q, R, S, les jugent être aux points G, H, I, K, L, M; et V, Z être pluspetits, et X, etc. plus grands quils ne sont : ou bien aussi X, etc. plus petits etavec cela renversés, à savoir, lorsquils sont un peu loin des yeux C, F,dautant que ces verres et ces miroirs détournent les rayons qui viennent de cesobjets, en telle sorte que ces yeux ne les peuvent voir distinctement, quen se* Quel est le lieu où lon voit lobjet au travers dun verre plat dont les superficies ne sont pas parallèles. Et celui où on le voit au travers dun verre concave. Et pourquoi lobjet parait alors plus petit quil nest. Quel est le lieu où il paraît au travers dun verre convexe et pourquoi il y paraît quelquefois plus grand et plus éloigné quil nest, et quelquefois Plus Petit et plus proche, et avec cela renversé. Quel est le lieu des images quon voit dans les miroirs tant plats que convexes ou concaves, et pourquoi elles y paraissent droites ou renversées, et plus grandes ou plus petites, et plus proches ou plus éloignées que ne sont les objets.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 54disposant comme ils doivent être pour regarder vers les points G, H, I, K, L,M, ainsi que connaîtront facilement ceux qui prendront la peine de lexaminer.Et ils verront, par même moyen, combien les anciens se sont abusés en leurCatoptrique 1, lorsquils ont voulu déterminer le lieu des images dans lesmiroirs creux et convexes. ** Il est aussi à remarquer que tous les moyensquon a pour connaître la distance sont fort incertains : car, quant à la figure delœil, elle ne varie quasi plus sensiblement, lorsque lobjet est à plus de quatreou cinq pieds loin de lui, et même elle varie si peu lorsquil est plus proche,quon nen peut tirer aucune connaissance bien précise. Et pour les anglescompris entre les lignes tirées des deux yeux lun à lautre et de là vers lobjet,ou de deux stations dun même œil 2, ils ne varient aussi presque plus,lorsquon regarde tant soit peu loin. *** Ensuite de quoi notre sens communmême ne semble pas être capable de recevoir en soi lidée dune distance plusgrande quenviron de cent ou deux cents pieds, ainsi quil se peut vérifier de ceque la lune et le soleil, qui sont du nombre des corps les plus éloignés quenous puissions voir, et dont les diamètres sont à leur distance à peu prèscomme un à cent, nont coutume de nous paraître que dun ou deux pieds dediamètre tout au plus, nonobstant que nous sachions assez, par raison, quilssont extrêmement grands et extrêmement éloignés. Car cela ne nous arrive pasfaute de les pouvoir concevoir plus grands que nous ne faisons, vu que nousconcevons bien des tours et des montagnes beaucoup plus grandes, mais parceque, ne les pouvant concevoir plus éloignés que de cent ou deux cents pieds, ilsuit de là que leur diamètre ne nous doit paraître que dun ou de deux pieds.En quoi la situation aide aussi à nous tromper; car ordinairement ces astressemblent plus petits, lorsquils sont fort hauts vers le midi, que lorsque, selevant ou se couchant, il se trouve divers objets entre eux et nos yeux, quinous font mieux remarquer leur distance. Et les astronomes * éprouvent assez, en les mesurant avec leurs instru-ments, que ce quils paraissent ainsi plus grands une fois que lautre, ne vientpoint de ce quils se voient sous un plus grand angle, mais de ce quils sejugent plus éloignés; doù il suit que laxiome de lancienne optique, qui ditque la grandeur apparente des objets est proportionnée à celle de langle de lavision, nest pas toujours vrai. ** On se trompe aussi en ce que les corps blancsou lumineux, et généralement tous ceux qui ont beaucoup de force pour1 Tandis que loptique est la science générale des lois de la lumière et de la vision, la catoptrique traite de la lumière réfléchie et la dioptrique de la lumière réfractée.** Pourquoi nous nous trompons aisément en jugeant de la distance.2 Lédition de 1637 imprimait ici objet : Descartes corrige la faute dans une lettre à Mersenne du 9 janvier 1639.*** Comment on peut prouver que nous navons point coutume dimaginer de distance plus grande que de cent ou deux cents pieds. Pourquoi le soleil et la lune semblent plus grands étant proches de lhorizon quen étant éloignés.* Que la grandeur apparente des objets ne doit point se mesurer par celle de langle de la vision.** Pourquoi les objets blancs et lumineux paraissent plus proches et plus grands quils ne sont.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 55mouvoir le sens de la vue, paraissent toujours quelque peu plus proches et plusgrands quils ne feraient, sils en avaient moins. Or la raison qui les faitparaître plus proches, est que le mouvement dont la prunelle sétrécit pouréviter la force de leur lumière, est tellement joint avec celui qui dispose toutl’œil à voir distinctement les objets proches, et par lequel on juge de leurdistance, que lun ne se peut guère faire, sans quil se fasse aussi un peu delautre : en même façon quon ne peut fermer entièrement les deux premiersdoigts de la main, sans que le troisième se courbe aussi quelque peu, commepour se fermer avec eux. Et la raison pourquoi ces corps blancs ou lumineuxparaissent plus grands, ne consiste pas seulement en ce que lestime quon faitde leur grandeur dépend de celle de leur distance, mais aussi en ce que leursimages simpriment plus grandes dans le fond de lœil. Car il faut remarquerque les bouts des filets du nerf optique qui le couvrent, encore que très petits,ont néanmoins quelque grosseur; en sorte que chacun deux peut être touchéen lune de ses parties par un objet, et en dautres par dautres; et que nétanttoutefois capable dêtre mû que dune seule façon à chaque fois, lorsque lamoindre de ses parties est touchée par quelque objet fort éclatant, et les autrespar dautres qui le sont moins, il suit tout entier le mouvement de celui qui estle plus éclatant, et en représente limage, sans représenter celle des autres. Figure # 26 Comme, si les bouts de ces petits filets sont 1, 2, 3, et que les rayons quiviennent, par exemple, tracer limage dune étoile sur le fond de lœil, syétendent sur celui qui est marqué I, et tant soit peu au delà tout autour sur lesextrémités des six autres marqués 2, sur lesquels je suppose quil ne vientpoint dautres rayons, que fort faibles, des parties du ciel voisines à cetteétoile, son image sétendra en tout lespace quoccupent ces six marqués 2, etmême peut-être encore en tout celui quoccupent les douze marqués 3, si laforce du mouvement est si grande quelle se communique aussi à eux. Et ainsivous voyez que les étoiles, quoiquelles paraissent assez petites, paraissentnéanmoins beaucoup plus grandes quelles ne devraient à raison * de leurextrême distance. Et encore quelles ne seraient pas entièrement rondes, ellesne laisseraient pas de paraître telles, comme aussi une tour carrée étant vue deloin paraît ronde, et tous les corps qui ne tracent que de fort petites images* Pourquoi tous les corps fort petits ou fort éloignés paraissent ronds.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 56dans lœil, ny peuvent tracer les figures de leurs angles. * Enfin, pour ce quiest de juger de la distance par la grandeur, ou la figure, ou la couleur, ou lalumière, les tableaux de perspective nous montrent assez combien il est facilede sy tromper. Car souvent, parce que les choses, qui y sont peintes, sont pluspetites que nous ne nous imaginons quelles doivent être, et que leurs linéa-ments sont plus confus, et leurs couleurs plus brunes ou plus faibles, ellesnous paraissent plus éloignées quelles ne sont.* Comment se font les éloignements dans les tableaux de perspective.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 577e discoursDES MOYENSDE PERFECTIONNERLA VISIONRetour à la table des matières Maintenant * que nous avons assez examiné comment se fait la vision,recueillons en peu de mots et nous remettons devant les yeux toutes lesconditions qui sont requises à sa perfection, afin que, considérant en quellesorte il a déjà été pourvu à chacune par la Nature, nous puissions faire undénombrement exact de tout ce qui reste encore à lart à y ajouter. On peutréduire toutes les choses auxquelles il faut avoir ici égard à trois principales,qui sont: les objets, les organes intérieurs qui reçoivent les actions de cesobjets, et les extérieurs qui disposent ces actions à être reçues comme ellesdoivent. Et, touchant les objets, il suffit de savoir que les uns sont proches ouaccessibles, et les autres éloignés et inaccessibles, et avec cela les uns plus, lesautres moins illuminés; afin que nous soyons avertis que., pour ce qui est desaccessibles, nous les pouvons approcher ou éloigner, et augmenter ou dimi-nuer la lumière qui les éclaire, selon quil nous sera le plus commode; maisque, pour ce qui concerne les autres, nous ny pouvons changer aucune chose.* Quil ny a que quatre choses qui sont requises pour rendre la vision toute parfaite.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 58Puis, touchant les organes intérieurs, qui sont les nerfs et le cerveau, il estcertain aussi que nous ne saurions rien ajouter par art à leur fabrique; car nousne saurions nous faire un nouveau corps; et si les médecins y peuvent aider enquelque chose, cela nappartient point à notre sujet. Si bien quil ne nous resteà considérer que les organes extérieurs, entre lesquels je comprends toutes lesparties transparentes de lœil aussi bien que tous les autres corps quon peutmettre entre lui et lobjet. Et je trouve que toutes les choses auxquelles il estbesoin de pourvoir avec ces organes extérieurs peuvent être réduites à quatrepoints. Dont le premier est, que tous les rayons qui se vont rendre vers cha-cune des extrémités du nerf optique ne viennent, autant quil est possible, quedune même partie de lobjet, et quils ne reçoivent aucun changement enlespace qui est entre deux; car, sans cela, les images quils forment ne sau-raient être ni bien semblables à leur original ni bien distinctes. Le second, queces images soient fort grandes, non pas en étendue de lieu, car elles nesauraient occuper que le peu despace qui se trouve au fond de lœil, mais enlétendue de leurs linéaments ou de leurs traits, car il est certain quils serontdautant plus aisés à discerner quils seront plus grands. Le troisième, que lesrayons qui les forment soient assez forts pour mouvoir les petits filets du nerfoptique, et par ce moyen être sentis, mais quils ne le soient pas tant quilsblessent la vue. Et le quatrième, quil y ait le plus dobjets quil sera possibledont les images se forment dans lœil en même temps, afin quon en puissevoir le plus quil sera possible tout dune vue. Or * la Nature a employé plusieurs moyens à pourvoir à la première de ceschoses. Car premièrement, remplissant lœil de liqueurs fort transparentes etqui ne sont teintes daucune couleur, elle a fait que les actions qui viennent dedehors peuvent passer jusques au fond sans se changer. Et par les réfractionsque causent les superficies de ces liqueurs elle a fait quentre les rayons,suivant lesquels ces actions se conduisent, ceux qui viennent dun même pointse rassemblent en un même point contre le nerf; et ensuite que ceux quiviennent des autres points sy rassemblent aussi en autant dautres diverspoints, le plus exactement quil est possible. Car nous devons supposer que laNature a fait en ceci tout ce qui est possible, dautant que lexpérience ne nousy lait rien apercevoir au contraire. Et même nous voyons que, pour rendredautant moindre le défaut qui ne peut en ceci être totalement évité, elle a faitquon puisse rétrécir la prunelle quasi autant que la force de la lumière lepermet. Puis, par la couleur noire dont elle a teint toutes les parties de lœilopposées au nerf, qui ne sont point transparentes, elle a empêché quil nallâtaucun autre rayon vers ces mêmes points. Et enfin, par le changement de lafigure du corps de lœil, elle a fait quencore que les objets en puissent êtreplus ou moins éloignés une fois que lautre, les rayons qui viennent de chacunde leurs points ne laissent pas de sassembler, toujours aussi exactement quil* Comment la Nature a pourvu à la première de ces choses, et ce qui reste à Part à y ajouter.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 59se peut, en autant dautres points au fond de lœil. * Toutefois elle na pas sientièrement pourvu à cette dernière partie quil ne se trouve encore quelquechose à y ajouter : car, outre que, communément à tous, elle ne nous a pasdonné le moyen de courber tant les superficies de nos yeux, que nouspuissions voir distinctement les objets qui en sont fort proches, comme à undoigt ou un demi-doigt de distance, elle y a encore manqué davantage enquelques-uns, à qui elle a fait les yeux de telle figure quils ne leur peuventservir quà regarder les choses éloignées, ce qui arrive principalement auxvieillards; et aussi en quelques autres à qui, au contraire, elle les a fait telsquils ne leur servent quà regarder les choses proches, ce qui est plus ordinaireaux jeunes gens. En sorte quil semble que les yeux se forment, au commen-cement, un peu plus longs et plus étroits quils ne doivent être et que par après,pendant quon vieillit, ils deviennent plus plats et plus larges. ** Or, afin quenous puissions remédier par art à ces défauts, il sera premièrement besoin quenous cherchions les figures que les superficies dune pièce de verre ou dequelque autre corps transparent doivent avoir, pour courber les rayons quitombent sur elles en telle sorte que tous ceux qui viennent dun certain pointde lobjet, se disposent, en les traversant, tout de même ne sils étaient venusdun autre point qui fût plus proche ou plus éloigné, à savoir, qui fût plusproche pour servir à ceux qui ont la vue courte, et qui fût plus éloigné tantpour les vieillards que généralement pour tous ceux qui veulent voir des objetsplus proches que la figure de leurs yeux ne le permet...* Quelle différence il y a entre les yeux des jeunes gens et ceux des vieillards.** Comment il faut pourvoir à ce que la Nature a omis aux yeux de ceux qui ont la vue courte, et comment à ce quelle a omis aux yeux des vieillards.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 6010e discoursDE LA FAÇON DE TAILLERLES VERRESRetour à la table des matières ... Enfin, * la dernière et principale chose à quoi je voudrais quonsexerçât, cest à polir les verres convexes des deux côtés pour les lunettes quiservent à voir les objets accessibles, et que, sétant premièrement exercé à enfaire de ceux qui rendent ces lunettes fort courtes, à cause que ce seront lesplus aisés, on tâchât après, par degrés, à en faire de ceux qui les rendent pluslongues, jusques à ce quon soit Parvenu aux plus longues dont on se puisseservir. ** Et afin que la difficulté que vous pourrez trouver en la constructionde ces dernières lunettes ne vous dégoûte, je vous veux avertir quencore quedabord leur usage nattire pas tant que celui de ces autres qui semblentpromettre de nous élever dans les cieux, et de nous y montrer sur les astres descorps aussi particuliers et peut-être aussi divers que ceux quon voit sur laterre, je les juge toutefois beaucoup plus utiles, à cause quon pourra voir parleur moyen les divers mélanges et arrangements des petites parties dont lesanimaux et les plantes, et peut-être aussi les autres corps qui nous environnent,sont composés, et de là tirer beaucoup davantage pour venir à la connaissancede leur nature. Car déjà, selon lopinion de plusieurs philosophes, tous cescorps ne sont faits que des parties des éléments diversement mêlées ensemble;* Que les verres convexes qui servent aux plus longues lunettes ont besoin dêtre taillés plus exactement que les autres.** Quelle est la principale utilité des lunettes à puce.
  • René Descartes (1637) La Dioptrique 61et, selon la mienne, toute leur nature et leur essence, au moins de ceux quisont inanimés, ne consiste quen la grosseur, la figure, larrangement et lesmouvements de leurs parties...