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Rapport de la_recherche_sur_les_migrants_subsahariens

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  • 1. SARP Association pour l’ai de psychologi que, l a recherche et l a formati on PROJET AENEAS Rapport final sur le volet recherche LES MIGRANTS SUBSAHARIENS EN SITUATION IRREGULIERE EN ALGERIE : CARACTERISTIQUES, PROFILS ET TYPOLOGIE Novembre 2008Equipe de rechercheKHALED Noureddine, directeur de recherche, SARP.HAFDALLAH Rafika, psychologue, attachée de recherche, SARP.GHARBI Houria, psychologue, attachée de recherche, SARP.Coordinatrice CISP: ADAM CarineAvec la participation de: MUSETTE Saib, sociologue, expert.
  • 2. INTRODUCTIONL‟équipe de la SARP travaille sur la problématique des migrations depuis plus dequatre ans, l‟intérêt ayant été suscité par le projet sur l‟aide aux retours volontairescomme une réponse parmi d‟autres à la situation sans perspectives dans laquelle setrouvent nombre de migrants en Algérie. Jusqu‟alors le travail de la SARP seconcentrait sur les victimes de terrorisme (travail toujours d‟actualité d‟ailleurs),mais la situation particulière que les migrants vivent en Algérie, telle la détressevécue ou le fait d‟être piégé sans possibilité d‟aller plus avant ni même de rentrer aupays suscita l‟intérêt de cette organisation.La problématique méritait qu‟on s‟y intéresse. Beaucoup d‟études ont déjà étéréalisées sur les migrants, mais elles y portaient un regard sociologique, économiqueou sécuritaire, mais aucune étude n‟avait encore, à notre connaissance, été réaliséepar des psychologues et peu d‟entre elles ont touché un nombre important demigrants. Cette étude est donc unique en son genre, particulièrement en Algérie etau Maghreb. Elle va voir le jour en partenariat avec le CISP et a pour sujet d‟analyseles migrants subsahariens se trouvant sur l‟ensemble du territoire national.L‟élaboration de l‟échantillon a été aussi difficile que laborieux en raison de laprécarité des conditions de vie des migrants, de leur grande mobilité ainsi que deleur intérêt à se rendre invisibles afin d‟échapper à la vigilance des services desécurité.Une fois l‟échantillon délimité, il était enfin possible d‟appliquer un questionnairemûrement élaboré, simple et exhaustif pour tenter d‟établir des profils descriptifsconcernant les migrants subsahariens en Algérie, savoir qui ils sont, leurs origines,leurs trajectoires, leurs motivations, leurs conditions de vie, leurs projets et d‟autresinformations encore. Ainsi 2.149 personnes ont pu être approchées, avec l‟aide desagents de proximité, parfois de même nationalité que les migrants, et ont ainsirépondu à ce questionnaire élaboré pour établir le profil de ces migrants.Quels itinéraires sont utilisés? Quelle est leur situation actuelle? Comment vivent-ilsen Algérie? Quels sont les problèmes rencontrés? Y a-t-il une volonté d‟implantationen Algérie?Dans une seconde étape, partant des lacunes inhérentes aux questionnaire en tantqu‟outil de recherche extensive, et dans un souci d‟approfondissement des donnéesquantitatives, nous sommes rentrés dans des considérations plus individuelles afind‟essayer de comprendre, de manière approfondie, les récits de vie et les trajectoirespersonnelles : celles des hommes et celles des femmes, celles des migrantséconomiques, des migrants frontaliers et celles des réfugiés.
  • 3. Le présent rapport s‟articule autour de cinq chapitres :Le premier chapitre retrace un bref historique de la migration subsaharienne enAlgérie et rappelle les dimensions sociologiques liées à ce phénomène. Il tenteégalement de définir les concepts utilisés dans cette recherche et de poser laproblématique générale.Le deuxième chapitre décrit avec précision la méthodologie adoptée aussi bien danslétude quantitative que dans létude qualitative. Il décrit le champ dinvestigation,les outils dinvestigation ainsi que les critères de choix de léchantillon détude.Le troisième chapitre reprend en détail les données quantitatives pour tracer lesprofils sociodémographiques et socioéconomiques de la population détude.Lanalyse des profils sappuie essentiellement sur les résultats quantitatifs maisutilise le récit de vie des migrants pour illustrer ces résultats.Le quatrième chapitre "la migration subsaharienne au féminin" se pencheessentiellement sur les caractéristiques propres aux femmes migrantes en lescomparant à celles des hommes.Le cinquième chapitre essaie de construire et de proposer une typologie desmigrations subsahariennes en Algérie selon deux dimensions: - une dimension verticale qui comprend trois types de migrants : les migrants frontaliers, les migrants économiques et les migrants réfugiés; - une dimension horizontale comprenant la migration de transit, la migration féminine et la migration de retour.Enfin, dans la conclusion générale, nous tentons de synthétiser brièvement lesrésultats les plus importants de cette étude et douvrir quelques perspectives pourlavenir.
  • 4. CHAPITRE I LE MOUVEMENT DES POPULATIONSSUBSAHARIENNES VERS L’ALGERIE
  • 5. Comprendre la genèse d‟un phénomène aussi complexe est un exercice capital pouraller vers des résolutions objectives à même de réguler les flux des populations au niveau dela sous-région. Dans ce chapitre, nous allons mettre en évidence quatre éléments qui noussemblent importants pour cerner le phénomène de la migration irrégulière en Algérie enprovenance des pays sub-sahariens. D‟abord, il y a lieu de situer la part de la migration régulière dans ces mouvements 1 .La liberté de la circulation des peuples nomades, des Touaregs entre l‟Algérie, le Niger et leMali obéit à des règles, historiques, admises par l‟ensemble des pays de la sous-région. Puis, il y a lieu de relever certains faits politiques majeurs en Afrique qui ont en partiecontribué à la modification des mouvements de populations : la situation sécuritaire instableen Algérie lors des années 1990, le déclin économique en Afrique de l‟Ouest et la crise enCôte d‟Ivoire. Une rupture des mouvements initialement vers l‟Afrique de l‟Ouest2 allaits‟opérer au profit de l‟Afrique du Nord et notamment de l‟Algérie. Ensuite, la migrationirrégulière est aussi une réponse, sinon une réaction, du reste prévisible, aux restrictionsimposées aux africains pour entrer en Europe. Enfin, depuis quelques années, face aux drames quotidiens des migrants, desinitiatives ont été prises d‟abord au niveau des pays du Maghreb. Puis des consultationsinformelles entre pays méditerranéens (Dialogue 5+5). Ensuite, l‟Europe a développé uneassistance active vis-à-vis de plusieurs pays de la rive sud3 , à travers son projet de « Politiquede bon Voisinage » et le programme d‟aide à la recherche-action, dans le cadre duprogramme AENEAS, dans lequel le Maghreb est une zone prioritaire. Enfin, entre l‟Europeet l‟Union Africaine, un début de dialogue sur les questions de la migration internationales‟est amorcé. Ce positionnement du problème est un changement d‟optique dans la saisie desdéterminants de la migration africaine. On a toujours examiné les déterminants du côté de la«demande»4 , mais il faut aussi examiner dans quelle mesure « l‟offre » peut induire aussi sademande. Cette offre, notamment l‟opportunité d‟emplois en Europe, contribue à créer aussisa propre demande et cet effet d‟appel n‟est pas sans incidence sur les flux migratoiresvenant des pays du Sud. Cette approche suggère notamment que les facteurs endogènes liésau processus migratoire (pauvreté, instabilité économique, politique ou sociale ...) nepeuvent à eux seuls expliquer le phénomène migratoire subsaharien en situation irrégulièreau Maghreb et plus particulièrement son accroissement substantiel à la fin de la décennie 90. 1.1. Les hommes libres du Sahara1 Il y a lieu de noter que le nombre de travailleurs migrants provenant du Niger et du Mali ensituation régulière en Algérie, selon le RGPH (R ecensement Gén éral de la Population et de l‟Habitat)de 1998, est de l‟ordre 20 000 personnes.2 Les mouvements des migrants subsahariens en Algérie ont connu une accélération à partir de 2002(éclatement de la crise ivoirienne), date à laquelle les arrestations sont devenues plus importantes Cf.Données statistiques de la DGSN (Direction Générale de la Sûreté Nationale).3 Cf. Jean Pierre Cassarino.2006. Expérience de développement en Afrique du Nord et modalités departicipation des migrants », pp 209-226. in Musette Saib. Les Maghrébins dans la migrationinternationale, ed. CREAD, Alger4 Mohamed Khachani. Les migrations clandestines au Maroc, Communication lors du « Séminairetripartite sur les mouvements migratoires entre l‟Afrique subsaharienne, le Maghreb et l‟Europe »,BIT, Rabat, les 26-27 avril 2006.
  • 6. La liberté de circulation des Touaregs obéit à des règles admises par l‟ensemble despays de la sous-région. C‟est donc une migration régulière. Certes, il n‟est pas dans notreintention de revenir sur l‟histoire du peuplement de cet espace. Nous proposons troiséléments clefs qui constituent l‟architecture d‟une fusion sociétale stable. Autrement dit,toute tentative d‟interdiction de ces mouvements portera atteinte à l‟équilibre maintenujusqu‟ici entre les peuples de cette région. Conscient de cet enjeu, l‟Algérie indépendante a tout fait pour maintenir cet équilibreau sud et ce, au prix de dérogations aux lois de la république. La liberté de circulation desTouaregs est maintenue dans tout l‟espace du Sahara. Les Touaregs sont dispersés entrel‟Algérie, le Mali et le Niger. Selon le recensement de la population algérienne (RGPH), lesressortissants du Mali et du Niger, établis en Algérie sont estimés à près de 20 000 personnes,dont 75% ont opté pour la nationalité algérienne5 . La taille de la population des touaregs auniveau de la zone reste encore indéterminée. Cette faiblesse des données statistiquesn‟élimine en aucun cas l‟existence de ce peuple, dont on sait qu‟une fraction importanteréside dans les régions de Kidal au Mali et d‟Agadez au Niger. La migration, au sens moderne du terme, obéit à des limites territoriales. Selonl‟acception onusienne, la migration est un acte de changement de résidence, pour une duréed‟au moins une année, dans un pays autre que celui où l‟on réside habituellement. L‟Algérieindépendante devait déposer ses limites territoriales auprès des Nations Unies. Après delongues négociations, ces limites ont été arrêtées de concert avec les Etats du Mali et duNiger. Les accords entre l‟Algérie et le Mali sur la délimitation frontalière datent de lapublication du décret 63-356 du 12 septembre 1963. Ce n‟est que vingt ans après que la loiportant approbation de la Convention relative au bornage des frontières est intervenue (LoiN° 83-09 du 21 mai 1983) et le décret N° 83-09, portant ratification de cette convention, publiéau Journal Officiel le 28 mai 1983. Simultanément, des accords vont être établis avec le Nigeravec la promulgation de la loi N° 83-08 du 21 mai 1983 portant approbation du bornage de lafrontière d‟Etat et le décret N° 83-379, portant ratification de cette Convention, publié le 28mai 1983. Mais, au-delà de ces Conventions sur le tracé des frontières, il y a un autre élémentstructurant les rapports entre les populations, celui de l‟économie. L‟économie des peuplesnomades du désert obéit aux principes du troc. Ce système est maintenu et l‟Algérie acontribué, de différentes manières, à la régulation du fonctionnement de ce système, avecplusieurs instruments, entre autres, l‟arrêté interministériel du 14 février 1988, fixant lesconditions et modalités d‟importation et d‟exportation de marchandises dans le cadre ducommerce de troc frontalier avec le Niger, puis un autre arrêté interministériel en décembre1994 qui fixe les modalités d‟exercice de troc frontalier avec le Niger et le Mali, modifié etcomplété en le 14 décembre 1995, puis encore récemment par un arrêté du 12 avril 1999. La liberté de circulation des personnes est aussi admise avec la suppression de visapour les «migrations frontalières». La suppression de visa offre une certaine liberté decirculation des personnes mais pour des durées limitées. Au-delà, d‟une durée de 90 jours,l‟étranger qui désire s‟établir dans le pays et exercer une activité sédentaire doit régularisersa situation auprès des services compétents.5Cf. Nacer Eddine Ha mmouda, 2005. Statistiques sur les migrations internationales en Algérie, BIT,Alger.
  • 7. D‟ailleurs la migration frontalière, dite aussi alternante ou saisonnière, étant de courtedurée, est estimée non-pertinente pour les statistiques de la migration internationale6 etn‟entre pas dans la catégorie des travailleurs migrants, telle que définie par la Conventiononusienne de 1990 sur les droits des migrants. L‟étude de Sassia Spiga7 sur le fonctionnementdu marché du travail dans le Sud de l‟Algérie montre par ailleurs la nécessité de la maind‟œuvre migrante sub-saharienne saisonnière pour la pérennisation de l‟économie oasienne. Toutefois, il n‟est pas dit que ces mouvements ne connaissent de perturbations. Desafflux périodiques sont enregistrés de temps en temps mais assez vite régulés. Au lendemainde l‟indépendance, l‟Algérie a été confrontée à des flux en provenance des pays limitrophesen raison essentiellement de la sécheresse et des difficultés économiques qui ont sévi dans larégion sahélienne. Le sud de l‟Algérie servait aussi de refuge pour les populationslimitrophes lors des conflits au Niger et au Mali. Quatre centres d‟accueil ont été créés pourl‟hébergement et la prise en charge de ces réfugiés. Ces centres ont été fermés depuis, suiteau règlement des conflits frontaliers (1998) avec le Niger et le Mali. Plus récemment encore,une révolte armée s‟est produite dans la région de Kidal au Nord du Mali. Des populationsentières de la région, craignant le pire, se dirigent chaque fois vers le territoire algérien.L‟Algérie est sollicitée régulièrement par les rebelles et par le gouvernement malien commemédiateur dans cette crise. Cet équilibre au niveau de la région a été mis à rude épreuve durant les années 1990.Un nouveau mouvement de populations, venant de l‟Afrique de l‟Ouest, s‟est orienté vers ledésert du Sahara. Certains se sont installés en Algérie, d‟autres ont tenté d‟accéder à l‟Europepar toutes les voies terrestres, maritimes ou aériennes à travers l‟Algérie, la Tunisie et leMaroc.1.2. Rupture des mouvements vers l’Afrique de l’Ouest, réorientation vers l’Afrique duNord Initialement dirigés en grande partie vers la Côte d‟Ivoire les migrations africaines sesont peu à peu réorientées vers l‟Afrique du Nord et notamment l‟Algérie. Certains faitspolitiques majeurs semblent avoir contribué à la modification de ces mouvements depopulations en Afrique notamment : la crise en Côte d‟Ivoire, l‟instabilité politique enRépublique Démocratique du Congo, les politiques migratoires libyennes8 et la situationsécuritaire instable en Algérie lors des années 1990.6 Cf. Typologie des migrations internationales, UNDESA, 1998.7 Cf. article de Sassia Spiga « les interrelations entre l‟immigration sub-saharienne et les activitéséconomiques dans la Wilaya d‟Adrar, pp.227-249. in Musette Saïb. Les maghrébins dans la Migrationinternationale, CREAD.2006.8 La Libye, sous embargo international (1992-2000), a mené pendant cette période une politique « panafricaine » encourageant les populations subsahariennes à venir travailler sur son territoire. En 2000, lepays a connu une forte réaction hostile aux immigrants après des confrontations violentes entrelibyens et ouvriers subsahariens. Cet évènemen t a poussé le gouvernement à instituer des mesuresrépressives contre les immigrés (régularisations plus restrictives, détention prolongée et arbitraire desimmigrés, expulsions forcées). Ces politiques restrictives couplées avec la levée partielle de l‟embargo,le dialogue ouvert avec l‟Europe et notamment a vec l‟Italie ont mené à un déplacement partiel desroutes migratoires transsahariennes vers l‟ouest en passant par l‟Algérie, le Maroc et la Tunisie. Enfin,les mesures répressives en Libye semblent avoir « encouragé » les migrants subsahariens à atteindrel‟Europe (notamment l‟Italie) depuis les côtes libyennes» in Hein de Haas. Migra tionstranssahariennes vers l‟Afrique du Nord et l‟UE : Origines historiques et tendances actuelles.Université d‟Oxford. MPI. Nov. 2006, page 3.
  • 8. En 1994, la Côte d‟Ivoire commence à basculer dans une crise latente. En 1996, laRépublique Démocratique du Congo entre dans une crise politique aiguë. Puis en 2002, lacrise ivoirienne finit par éclater. Si la crise ivoirienne explique en grande partie lamodification des mouvements de population dans la région de l‟Afrique de l‟Ouest, il ne fautpas écarter les migrations provoquées par les guerres civiles en Sierra Leone (1991-2001), auLiberia (1989-96 et 1999-2003) et les violences au Nigeria9 . En Afrique de l‟Ouest, la Côte d‟Ivoire est connue pour être un pays d‟immigration.Selon les spécialistes10 , dès lépoque coloniale de forts courants de migration vers la CôtedIvoire ont été organisés puis favorisés à partir des pays voisins. Ainsi, se sont constituéesdans les villes et dans les zones rurales dimportantes communautés (burkinabée, malienne,guinéenne, nigérienne) complètement impliquées dans léconomie ivoirienne etindispensables à celle-ci11 . Ces communautés se sentant en danger dans le climat de guerredes années 2000, des mouvements de départ ont eu lieu. A partir de septembre 2002, date du déclenchement de la guerre civile en Côted‟Ivoire, les départs allaient devenir massifs12 . La crise en Côte d‟Ivoire et le déclinéconomique qui l‟a précédée a également eu un impact sur l‟afflux de nouveaux immigrés enCôte d‟Ivoire. La Côte d‟Ivoire n‟était, en effet, plus en mesure d‟accueillir ces personnes etde leur offrir les opportunités d‟emplois qu‟ils recherchaient auparavant dans ce pays, aussi,les mouvements migratoires dans la région se sont redirigés vers l‟Afrique du Nord. Uneinversion des flux allait donc se produire en toute légalité dans le cadre des accords de laCEDEAO13 , dont le Mali et le Niger sont parties prenantes. Ces Accords militent pour leprincipe de la libre circulation des biens et des personnes entre les pays de l‟Afrique del‟Ouest. C‟est aussi un des principes de toute intégration régionale, à l‟image de l‟UnionEuropéenne. La crise en Côte d‟Ivoire, jusque là destination principale de la migration de maind‟œuvre en Afrique de l‟Ouest, combinée avec un manque de destinations migratoiresalternatives dans la région, ont incité un nombre croissant de ouest-africains à migrer vers9 Hein de Haas. Op Cite. p. 3.10 Marc Le Pape et Claudine Vidal sont chercheurs au CNRS, sociologues, co-auteurs de « CôtedIvoire, lannée terrible, 1999-2000 », Karthala, Paris, octobre 2002.11 Au recensement de 1998, la Côte dIvoire comptait 26% détrangers. La communauté étrangère laplus importante est celle des Burkinabés (56% des étrangers ) suivie des Maliens et des Guinéens.12 Daprès le Bureau de la coordination des affaires huma nitaires de lONU, un demi-million depersonnes environ ont quitté la Côte dIvoire en tre septembre et avril 2002. On compte égalementquelques 750 000 personnes déplacées à lintérieur du pays. Cest le Burkina qui, comme dans dautresdomaines, a été le plus durement touché. Avant même les derniers combats de lan dernier, desdizaines de milliers de Burkinabés étaient déjà rentrés chez eux, fuyant les agressions de groupesivoiriens déterminés à chasser les étrangers ou à sapproprier les terres cultivées par des immigrés.Depuis septembre, leur nombre à dépassé 200 000. La moitié den tre eux environ a bénéficié de lacampagne officielle de rapatriement menée par le Gouvern ement du Burkina. Fin mars, environ 40 000Maliens qui travaillaient en Côte dIvoire étaient ren trés chez eux. Le Ghana, dont les ressortissants enCôte dIvoire étaien t moins nombreux, ne comptait fin février quenviron 3 000 rapatriés, mais avaitaccueilli plusieurs milliers dIvoiriens et autorisé plus de 55 000 citoyens du Burkina, du Mali et duNiger à traverser le territoire ghanéen pour regagner leur pays dorigine. Cf. Ernest Harsch, 2003. Lesondes de choc régionales de la guerre en Côte dIvoire, in Revue Afrique Relance, Vol.17 /2 juillet2003, page 7.13 CEDEAO : Communauté Economique des Eta ts de l‟Afrique de l‟Ouest.
  • 9. l‟Afrique du Nord14 . Si durant les années 1990, la voie était déjà ouverte à travers le Maghrebavec un volume assez faible, à partir de 1997, le volume s‟est accru de manière exponentiel,comme nous le montre le graphique suivant. Nous pouvons aussi observer un déclin à partirde 2003. Evolution des arrestations des 25000 migrants en situation irrégulière 20000 selon les autorités espagnoles. 15000 Unité : en millier 10000 Source : Statistiques de l’Espagne citées par Mohamed Khachani, lors du 5000 « Séminaire tripartite sur les mouvements 0 migratoires entre l’Afrique subsaharienne, 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 le Maghreb et l’Europe », BIT, Rabat, les 26-27 avril 2006. Cette modification des flux de migrants coïncide aussi avec une crise sécuritaire quiperdure en Algérie. L‟Algérie est entrée en crise à partir de 1992 et celle-ci s‟est étendue àtoute la décennie venant influer sur les formes de mobilité des personnes. En Algérie, dupoint de vue institutionnel, le contrôle des passages relève de la Police des Frontières mais sacapacité est limitée et les frontières très vastes. Durant la crise des années 1990, lasécurisation des frontières portait essentiellement sur la traque des terroristes et descontrebandiers. De fait, la surveillance des frontières du grand sud s‟est réduite. Cela asimultanément accru la porosité des frontières aux afflux de migrants subsahariens15 . Pendant la fin de la décennie 1990 et le début des années 2000 on a observé uneaugmentation des flux de migrants sub-sahariens à travers le Maghreb. Les réseaux se sontmultipliés. Le nombre d‟arrestations a connu une accélération ces dernières années. Oncompte plus de 40 nationalités parmi les personnes arrêtées en 2005 en Algérie. Selon lesautorités algériennes, 6 000 personnes en moyenne ont été arrêtées entre 2002 et 2006, contreseulement 150 arrestations en moyenne annuelle de 1990 à 200216 . Les migrants convergent vers les Wilayas d‟Adrar, d‟El Oued et notammentTamanrasset. Cette dernière wilaya est devenue le premier poste d‟entrée des migrantsirréguliers. Les personnes arrêtées sont refoulées aux frontières – au poste In Geuzzam(Frontière du Niger) et de Tin-Zouatine (Frontière du Mali). Les facteurs d‟instabilité politique, de pauvreté, endogènes en Afrique, ne sont passeuls explicatifs de cette montée de migrants vers le Nord. Face aux durcissements descontrôles et à la limitation des visas pour les Africains (et d‟autres en provenance d‟Asie), lavoie terrestre est devenue un des moyens d‟accéder à l‟Europe, avec l‟aide des réseaux depasseurs qui activent aussi bien en Europe qu‟en Afrique et en Asie14 Hein de Haas. Op. Cite. Pa ge 3.15 Lucille Baros et ali. 2002. L‟immigration irrégulière subsaharienne à travers et vers le Maroc, Cahiersdes Migrations internationales N° 54F. BIT Genève.16 Statistiques de la DGSN, janvier 2007.
  • 10. 1.3. Restrictions de l’Europe et réseaux actifs de passeurs pour les besoins des économiesdu Nord La migration irrégulière est aussi une réponse, sinon une réaction attendue, auxrestrictions imposées aux africains pour entrer légalement en Europe. Ces restrictions vontamener une réorganisation des mouvements de personnes pour alimenter le marché dutravail européen. Ces restrictions vont notamment donner naissance à l‟organisation deréseaux de passeurs tant au niveau de l‟Afrique qu‟au niveau de l‟Europe, pour satisfaire lesbesoins en main d‟œuvre des entreprises des pays du Nord17 . La position défendue par le représentant de l‟Espagne au Conseil de l‟Europe validepartiellement cette hypothèse : « Ne soyons pas cyniques: il faut admettre que si nos sociétés offrentdes postes de travail aux migrants, c’est parce qu’ils sont délaissés par les autres travailleurs. Quedevons-nous faire quand un migrant clandestin trouve un travail et qu’il est sous contrat? C’est unhomme qui travaille, qui jouit de ses droits civiques et certainement de travailleur. Il faut lerégulariser. Mon pays, l’Espagne, est contre les régularisations massives. Lorsque mon gouvernementest arrivé au pouvoir, le chiffre des migrants avec contrat de travail s’élevait à 800 000. Que peut-onfaire face à cette situation? Gonfler la sphère de l’économie souterraine? Nous, en Espagne, noustraversons cette période difficile comme partout en Europe » 18 . En fait, l‟essentiel des migrants africains (hors Afrique) est en Europe. Les raisons decette présence s‟expliquent par l‟histoire de la colonisation mais également par lessollicitations répétées de cette main d‟œuvre par les gouvernements européens lors despériodes de crise de main d‟œuvre ou durant les Guerres Mondiales. Le critère de sélectionantérieur était l‟aptitude physique et la santé du migrant. Si les Etats européens mettent enplace des restrictions sévères, avec la Convention Schengen, pour le contrôle de l‟arrivée descitoyens non communautaires, pour autant les restrictions ne sont pas totales. La nouvelle stratégie européenne est fondée sur des nouveaux critères de sélectiondes candidats à l‟immigration. L‟élite africaine est sollicitée, par le biais de politiqued‟immigration choisie, pour combler le déficit en main d‟œuvre qualifiée de certains payseuropéens. Parallèlement à cela, ces restrictions donnent naissance à la formation de réseauxde migration irrégulière tant en Europe qu‟en Afrique qui viennent alimenter le besoin enmain d‟œuvre bon marché des entreprises des pays du Nord. Ces dernières confrontées à laconcurrence internationale cherchent à maintenir leur compétitivité en s‟appuyant sur cettemain d‟œuvre irrégulière qui permet de réduire les coûts de salaires et les charges. Les flux de migrants subsahariens irréguliers vers l‟Europe seraient assezfaibles par rapport aux migrants qui entrent par d‟autres voies. Le stock de migrantsen situation irrégulière est estimé en 2006 à 5 millions en Europe19 . Selon l‟estimationdu HCR, le nombre annuel de migrants subsahariens qui transite en Algérie serait17 Le rapport de l‟UNDESA (2000) sur les déficits de l‟Europe en main d‟œuvre étrangère pourmaintenir sa croissance face au vieillissement de sa population, a conduit certains pays européens àdévelopper une politique active de migration (migration sélective ou »choisie » des compétencesafricaines.18 Cf. Conseil de l‟Europe 29 e séance du 5 octobre 2006. Compte Rendu.19 Cf. Conseil de l‟Europe 29 e séance du 5 octobre 2006. Selon le Rapport de la Commission : « Onévalue à cinq millions le nombre de migrants clandestins en Europe, ce qui pose de nombreuxproblèmes humanitaires et sur le plan des droits de l‟homme. »
  • 11. d‟environ 25 000 personnes en 200520 , dont le quart est intercepté par les services desécurité au Maghreb. Cette estimation sert de base de sondage, retenue dans cerapport. Le volume moyen annuel de passages serait près de 10.000 sur un nombrede 400.000 à 500.000 personnes qui entrent illégalement en Europe chaque année partoutes les voies. Le taux de passages d‟Algérie par voie terrestre vers les pays voisins (Maroc etTunisie) serait au maximum 2,5%. « La migration en provenance du Maroc représentemoins de 7% de l’ensemble des flux irréguliers qui arrivent en Espagne. Donc, dans l’absolu,c’est un épiphénomène qui est malheureusement amplifié et utilisé par certains lobbies » 21 . Lapopulation subsaharienne en situation irrégulière au Maroc est estimée à près de 10000 personnes, selon les autorités marocaines22 . Selon le Ministère des AffairesEtrangères italien (2006), « il y a environ 2,8 millions de migrants réguliers de 198nationalités en Italie et près de 500.000 en situation irrégulière ». La part des subsahariens dans cette migration n‟est pas spécifiée. Mais lesarrivées de migrants par les côtes italiennes sont estimées à 23 000 en 2005, soit 10 000de moins par rapport à 2004. Cette baisse du côté italien s‟explique par des accordsde surveillance conjointe avec les autorités libyennes23 . En 2005, environ 120.000migrants ont été interpellés en Espagne dont 10% ont été expulsés. Là aussi, la partdes subsahariens dans cette population n‟est pas spécifiée. Selon les données desautorités espagnoles, sur un ensemble de près de 10 000 personnes arrêtées au niveaude la méditerranée en 2004, 34% venaient des pays subsahariens. Le mythe quientoure les discours sur l‟envahissement de l‟Europe par les africains est aussi bienmis en évidence par d‟autres analystes (Pliez, 2006 ; Da Haas, 2007). Le premier auteur affirme qu‟il y a bien une exagération des chiffres devantl‟impossibilité d‟une estimation satisfaisante : « Le nombre de migrants africains quiaccostent en Europe demeure infime en dépit d’une forte médiatisation des naufrages etarrestations au cours des dernières années. Au regard des estimations récoltées, l’île deLampedusa a vu passer 20 500 clandestins entre 2002 et 2004. A ce rythme là, il faudra plusde deux siècles pour que 2 millions de clandestins traversent à cet endroit la Méditerranée ». De la même manière, De Haas met en évidence l‟existence de toute unelittérature et des discours, notamment anglophone, affichant des données nonvérifiées sur la migration subsaharienne : «It is a misconception that all or most migrantscrossing the Sahara are “in transit” to Europe. In particular, Libya is an importantdestination country in its own right. There are probably more sub-Saharan Africans living in 20 « Selon les différentes estimations, en tre 65.000 et 120.000 subsahariens entreraient le Maghreb (la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie, lAlgérie et la Libye) chaque année. » Cf. De Haas. Migrations Transsahariennes vers lAfrique du Nord et lUE: Origines Historiques et Tendances Actuelles, Nov.2006.21 Propos du Ministre marocain de l‟In térieur Al Mostafa Sahel. An gola Press. Août 2005.http://www.bladi.net/6610-le-maroc-a-demantele-60-des -reseaux-d-immigration-clandestine.h tml .22 Op. Cit. Données citées par Mohamed Khachani, 2006.23 Cf. Hamood Sara (2006) African transit migration from Libya to Europe. The human Cost. Ed.American University of Cairo, Egypt. 76 p.
  • 12. North Africa than in Europe. An estimated 65,000 to 120,000 sub-Saharan Africans enter theMaghreb yearly overland, of which only 20 to 38 percent are estimated to enter Europe. Thetotal number of successful irregular crossings by sub-Saharan Africans should be counted inthe order of several tens of thousands, according to our estimates 25,000 to 35,000 per year.The majority of migrants enters Europe legally and subsequently overstays their visas. Thetotal annual increase since 2000 of the registered West African population in the EU has beenaround 100,000. This is still relatively modest compared to a total EU immigration of 2.6million in 2004. There are an estimated 800,000 registered West African migrants in themain receiving countries compared to 2,600,000 North Africans ». La dernière estimation de l‟UE ne fait que complexifier la mesure des migrationsirrégulière : « Le continent africain est le continent le plus exposé aux migrations. On peut estimer,compte tenu de l’imprécision des statistiques, que les migrations légales ou illégales provenant del’Afrique subsaharienne à l’intérieur et à l’extérieur d’Afrique concernent 2 à 4 millions de personnespar an. Leur part augmente au détriment des migrations internes rendues plus difficiles par lesconflits armés qui touchent de près ou de loin aujourd’hui 24 pays africains et la fermeture desfrontières pratiquée par certains d’entre eux. Parallèlement, la fuite des cerveaux, l’image positive del’Occident et l’existence dans certains pays d’une diaspora importante (facteurs pull), ainsi que ladifficulté de trouver sur place un travail correctement rémunéré et le sentiment que l’Afrique estenfoncée dans une crise sans fin (facteurs push) se conjuguent pour amplifier ces migrations malgréles risques qu’elles font courir à ceux qui les entreprennent. » (Résolution EU N° 1611, 2008) Les restrictions des pays européens à la migration régulière, amplifiées par desdiscours alarmistes sur l‟invasion de l‟Europe par des africains, conjuguées avec la formationde réseaux de passeurs versant dans des actions anti-éthiques, sont à l‟antipode du respectdes droits des migrants. Aucun pays européen n‟a encore ratifié à ce jour la Conventiononusienne de 1990 sur les droits des travailleurs migrants. Mais, le drame humain quisurvient régulièrement par les traversées des «pateras» interceptés ou naufragés, que ce soitdans le détroit de Gibraltar, aux îles Canaries ou sur les côtes de l‟île de Lampedusa, estlargement médiatisé par les défenseurs des Droits de l‟Homme. La création, en Afrique duNord, de «camps d‟accueil » des migrants et notamment des demandeurs de statuts deréfugié politique, pour le compte de l‟Europe, devait même permettre à certains payseuropéens d‟externaliser le traitement de la migration irrégulière.1.4. Les pays du Maghreb appellent à des résolutions intercontinentales Face aux drames quotidiens vécus par les migrants, des initiatives ont été prisesd‟abord au niveau des pays du Maghreb. Puis, des consultations informelles du Groupe ditdes 5+524 sur la migration ont connu un rythme assez régulier ces dernières années (Tunis,2002 ; Maroc, 2003 ; Algérie, 2004 ; France, 2005). Ensuite, vient l‟initiative du Maroc et del‟Europe en 2006. Celle-ci a développé une assistance active vis-à-vis de plusieurs pays de la24 Le Groupe ou Dialogue 5+5 est un instrument de dialogue politique informel qui réunit lAlgé rie,lEspagne, la France, lItalie, la Libye, Malte, le Maroc, la Mauritanie, le Portugal, et la Tunisie. Ledialogue s‟est amorcé en 2002 par la Conférence de Tunis. Les membres du groupe 5+5 se réunissentautour d‟une approche globale des questions migratoires (gestion des flux migratoires, politiquesdintégration et co-développement) qui prenne en compte le respect des intérêts des pays dorigine etdes pays daccueil dans une dynamique de solidarité, de coopération et de développement.
  • 13. rive sud 25 , à travers son projet de « Politique de bon voisinage » et le programme d‟aide à larecherche-action, dans le cadre du programme AENEAS, dans lequel le Maghreb est unezone prioritaire. Enfin, l‟Unité Africaine s‟est également impliquée dans la gestion de laquestion migratoire. Au niveau des pays du Maghreb, La Tunisie a été le premier pays du Maghrebà adopter une loi très répressive26 contre la migration irrégulière, puis le Maroc aussia promulgué une loi pour sévir contre les passeurs et les complices des migrants ensituation irrégulières27 . Tandis que le Maroc et la Tunisie ont opté très tôt pour plusde fermeté dans le traitement de cette forme de migration 28 , l‟Algérie a été le dernierpays du Maghreb Central pour adopter plus de rigueur dans le traitement de lasituation des étrangers (2008) mais elle diffère encore son adhésion au programme deBon Voisinage proposé à la négociation par l‟Union Européenne. Quant à la Libye,elle a opté pour une coopération étroite avec l‟Italie dans la surveillance des eauxterritoriales, tout comme le Maroc avec l‟Espagne. La Mauritanie, dernier paystouché par le transit vers les îles Canaries, tente d‟obtenir une assistance particulièrede l‟Espagne et de l‟Europe. La législation algérienne portant sur le l‟entrée, le séjour et la circulation desétrangers en Algérie est restée inchangée de 1966 à 2008 ! La loi algérienne N° 08-11du 25 juin 2008 s‟aligne ainsi à la réglementation de la migration irrégulière de laTunisie et du Maroc. Constitué de 52 articles, cette loi est assez sévère dans lapénalisation de la migration irrégulière, autant pour le migrant que pour letransporteur, l‟employeur, les complices et le logeur. L‟étranger en transit est défini comme un non résident étranger. Est considérécomme non résident, l‟étranger qui transite en Algérie, ou celui qui vient y séjournerpendant une période n‟excédant pas 90 jours, sans avoir l‟intention d‟y fixer sarésidence ou d‟y exercer une activité professionnelle. Ainsi tout étranger en transit oul‟étranger qui bénéficie des dispositions de conventions internationales ou d‟accordsde réciprocité, est dispensé du visa consulaire. Le transit, dans cette acception, neconcerne que certaines catégories de voyageurs – les marins à bord de navires, lespersonnes en voyage de transit à travers le pays. Ce qui est foncièrement différent dela migration de transit, qui elle, n‟a pas encore de définition dans le lexique de lamigration. Les pénalités pour l‟étranger, l‟employeur, les logeurs sont plus oumoins les mêmes selon les dispositions pénales (chapitre 8, article 38 à 50). Lesamendes varient entre 2 000 et 800 000 DA, et/ou des peines d‟emprisonnement de 2mois à 10 ans.25 Cf. Jean Pierre Cassarino.2006. Expérience de développement en Afrique du Nord et modalités departicipation des migrants », pp 209-226. In Musette Saib. Les Maghrébins dans la migrationinternationale, ed. CREAD, Alger26 La Loi de février 2004 ajoute un chapitre à la loi de 75 sur les titres et documents de voyages : cetteloi réprime sévèrement toute aide à l‟attention des migrants clandestins. Monia Benjemia.2005. Etudede la législation tunisienne sur la migration internationale », BIT, Alger.27 Cf. Khadija Elmadmad, 2005. Etude de la législation marocaine sur la migration internationale, BIT,Alger.28 OIT, Les législations maghrébines sur la migration internationale, 2005 – Alger.
  • 14. La nouveauté de cette loi ne repose pas seulement par l‟aggravation despeines mais aussi par, au moins, trois nouveautés : Le wali est enfin autorisé à procéder à l‟expulsion de tout étranger ensituation irrégulière, selon l‟article 36 « Sauf régularisation de sa situation administrative,l’étranger qui entre illégalement en Algérie ou qui se trouve en situation de séjour irrégulièresur le territoire algérien peut être reconduit aux frontières par arrêté du wali territorialementcompétent ». la création possible de « Centres d‟Attente » pour l‟hébergement desmigrants en situation irrégulière en attente des procédures d‟expulsion. Selonl‟article 37 « Il peut être créé, par voie réglementaire, des centres d’attente, destinés àl’hébergement des ressortissants étrangers en situation irrégulière en attendant leurreconduite à la frontière ou leur transfert vers leur pays d’origine ». Le placement dans cesCentres peut être ordonné par le Wali pour une durée de 30 jours, renouvelable enattendant l‟accomplissement des formabilités. La forte pénalisation des mariages mixtes ou entre étrangers, surtout enbande, dans le but d‟obtention d‟une carte de résident pour un étranger comme lestipule l‟alinéa 2 de l‟article 48 de cette Loi : « Lorsque l’infraction est commise en bandeorganisée, la peine est portée à dix (10) ans d’emprisonnement et à une amende de 500.000 à2.000.000 de dinars. Les auteurs encourent également la confiscation de tout ou partie deleurs biens » Outre ces dispositions réglementaires, l‟Algérie, à l‟instar de pays membres dugroupe informel 5+5, partage les mêmes résolutions adoptées lors de la rencontre d‟Alger en2004 sur la nécessité d‟élargir les consultations sur la question de la migration internationaleavec les pays sub-sahariens. Sur le plan global, ainsi est-il relevé dans les conclusions de laprésidence du Groupe 5+5 « compte tenu de l’extrême complexité de la question de la migration, enparticulier en ce qu’elle crée de liens intenses et renouvelés entre plusieurs régions du monde, lesministres ont estimé que le débat sur cette question doit nécessairement et selon des mécanismesconcertés et appropriés, être élargi aux pays voisins d’Afrique sub-saharienne, également concernéspar le phénomène de la migration irrégulière. Dans ce contexte, les ministres recommandent dedégager les termes de références d’une concertation avec l’ensemble des pays de la région, à l’effe t depermettre un traitement global et harmonieux de cette question. » Cette consultation a pris desformes différentes au sein des pays maghrébins. Comme soulignés ci-haut, deux actions parallèles méritent une halte, celle du Marocet celle de l‟Union Africaine. A l‟initiative du Maroc, de l‟Espagne et de la France, uneconsultation des pays africains avec l‟Europe a été organisée à Rabat. La question de lamigration clandestine a été au cœur de cette rencontre. Le Plan de Rabat adopté en juillet2006 propose une série d‟actions. La question de la migration irrégulière occupe une sectionavec deux modes d‟intervention : il est proposé, en premier lieu, d‟organiser un programmede lutte contre la migration irrégulière et en second, d‟assister les pays de départ et de transità mieux contrôler les frontières. Par ailleurs, l‟Union Africaine propose un projet de plate-forme pour uneconsultation Europe-Afrique sur la question de la migration. Lors de la réunion des experts
  • 15. de l‟Union Africaine à Alger (avril, 2006), la question de la migration irrégulière et le rôle despays de départ et des pays de transit ont été examinés. Une première rencontre de hautniveau s‟est par ailleurs tenue entre l‟Unité Africaine et l‟Union Européenne au mois denovembre 2006 à Tripoli. Pour conclure, ces quatre éléments constitutifs de la problématique des mouvementsdes populations subsahariens au Maghreb imposent une extrême prudence quant autraitement des migrations irrégulières. Ces constats nous conduit inévitablement à poser desspécifiques aux problèmes des migrations irrégulières des subsahariens en Algérie,notamment quant à l‟existence d‟une migration frontalière institutionnalisée entre les paysriverains du Sahara et aussi par l‟existence des réfugiés selon les crises vécues au niveau decette zone. Donc quelle est la nature actuelle de la migration subsaharienne en Algérie ?Quelle est sa composition, sa dispersion ? Quels sont ses caractéristiques ? Sont-ils tous entransit vers l‟Europe ? Quelle est la part des migrations frontalières ? Autant de questions quinous serviront de fils conducteurs pour notre analyse de la migration subsaharienne vers et àtravers l‟Algérie.1.5. Cadre conceptuel et définitions de la migration irrégulière La littérature actuelle fait appel à une série de notions pour l‟observation de cephénomène, souvent traduit par «migration clandestine», des «sans papiers» ou des «sansdocument», la «migration illégal » et la confusion s‟installe avec l‟inclusion des notions de la«traite» et de «trafic» des migrants. Toute notion repose sur un registre théorique. Sansprétendre à une revue de la littérature sur ce phénomène, nous proposons un examensuccincte des quelques analystes qui suggèrent l‟adoption du concept de migrationirrégulière qui repose en fait sur les principes des droits de l‟Homme et de la Convention desNations Unies de 1990 sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leursfamilles. En 1975, le BIT a défini l‟irrégularité de l‟acte par «une situation dans laquelle setrouve un migrant au cours de son voyage, à son arrivée ou durant son séjour (et son emploi) dans unpays et qui se trouve dans des conditions contrevenant aux instructions ou accords internationaux,multinationaux ou bilatéraux pertinents ou à la législation nationale ». Trois dimensions de l‟acte sont précisées. Les modalités mises en œuvre aucours de son voyage signifie le défaut (i) d‟utilisation d‟un mode de transportsréguliers (ii) de traverser par des couloirs frontaliers non-autorisés. A son arrivéedans le pays d‟accueil, le défaut de présenter des documents de voyage conformes àla réglementation en vigueur. Lors de son séjour, implique le défaut d‟avoir unesituation (sociale, résidentielle, économique) acceptable sur le plan légal ou légitimesur le plan des droits humains. A ce niveau, survient aussi de deux autres défauts: la durée de séjour etl’emploi régulier pour les travailleurs. Le dépassement de la durée de séjourentraine ipso facto une situation d‟irrégularité. L‟acceptation d‟un emploi sansautorisation préalable (lorsqu‟elle est exigée) conduit à l‟irrégularisation même si leséjour est légal. Sur la base de cette définition que le Tapinos (OCDE, 1999) arrête un modèled‟analyse, intitulé paradoxalement « clandestine migration », permettant d‟identifier
  • 16. les différentes formes des « migrations illégales » sous trois formes d‟illégalité : àl‟entrée, durant le séjour (notamment la résidence) et ensuite, l‟emploi. Il est à releverles confusions qui s‟installent par l‟auteur avec les différentes notions de clandestinet d‟illégal. Il existe toutefois une brèche permettant de légitimer la migration irrégulière:c‟est le cas notamment des demandeurs d‟asile, des déplacements forcés, desréfugiés, des apatrides. Lors d‟un conflit politique ou militaire, lors d‟une catastrophenaturelle, les personnes se déplacent légitimement sans les préalables réglementaires.L‟irrégularité de ces formes de migration est couverte par la Convention de Genèvede 195229 portant sur les réfugiés et apatrides en attendant de statuer sur la situationréelle de la migration irrégulière. Une revue intéressante de la littérature sur la migration irrégulière estentreprise par A. Levinson30 (2005) avec une mise en perspective des possibilités demesure de ce phénomène a postériori, cest-à-dire à la suite des régularisations. Lamême posture est adopté par Papamédetriou, spécialiste américain de la « migrationillégale »31 . Tous ces auteurs admettent les difficultés de la mesure de la migrationirrégulière. Nous avons plutôt des « guestimates », cest-à-dire des estimationsapproximatives de ce phénomène, comme le souligne Piyasiri Wikramasekara, expertsenior de l‟OIT. Dans une étude récente de l‟IPPR32 sur la migration irrégulière, une distinctionnette est établie de ce concept onusien, utilisé notamment par ses agences, l‟OIM etl‟Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), tandis que les notions de o « migration illégale », a une connotation criminelle des situations de la migration internationale qui relèvent notamment de l‟administration. Cette notion est largement utilisée par l‟Union Européenne. o « sans papiers » ou « sans document » est assez ambiguë et introduit une certaine confusion entre migrants et réfugiés. Cette notion est souvent reprise par les ONG et les media o « non-autorisé », notion propre aux personnes susceptible d‟une expulsion. Cette acception est utilisée notamment par les services de sécurité. Dans sa résolution 1509 (2006) l‟Assemblée de l‟Union Européenne adoptedéfinitivement le concept de migration irrégulière, s‟alignant ainsi sur la positiononusienne des droits des migrants. L‟article N° 7 de cette résolution est sans appel : « L’Assemblée préfère l’expression «migrants en situation irrégulière» à d’autrescomme «migrants illégaux» ou «migrants sans papiers». Cette expression est en effet plus29 Cf La protection des réfugiés : guide pratique à l‟usage des parlementaire N0 2, 2001, HCR30 Levinson A, 2005. “The regularization of unauthorized migration: literature survey and casestudies” Centre on Migration, Policy and Society, University of Oxford, 2005.31 D.G. Papamedetriou, 2005. The Global Struggle with Illegal Migration – no end in sight. Migrationpolicy Institute Website.32 Institute for public policy research (IPPR ) :Irregular migration in the UK – a fact file, 2006
  • 17. neutre et, contrairement au terme «illégal», n’a rien de stigmatisant. Elle est aussil’expression que privilégient de plus en plus d’organisations internationales qu i traitent desquestions de migration 33 . » Les migrants en situation irrégulière bénéficient depuis 2004 des droitshumains universels avec l‟entrée en vigueur de la Convention des Nations Unies(1990) sur les droits des migrants et des membres de leurs familles. Cette Conventionest venue combler un vide au niveau international et permet ainsi de cimenterl‟ensemble des Conventions Internationales : à commencer par la déclarationuniverselle des droits de l‟homme (1948), la convention internationale surl‟élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965), le Pacteinternationale relatifs aux droits civils et politiques (1966), le Pacte international auxéconomiques, sociaux et culturels (1966), La convention relative aux droits de l‟enfant(1989) la Convention no 143 de l‟OIT sur les migrations dans des conditions abusiveset sur la promotion de l‟égalité de chances et de traitement des travailleurs migrants(1975). Puis au niveau régional, par exemple, les conventions européennes : laConvention européenne des Droits de l‟Homme (1950) (STE n o 5), la Charte socialeeuropéenne (1961) (STE no 35), la Charte sociale révisée (1996) (STE no 163) et laConvention du Conseil de l‟Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains(2005) (STCE no 197).La résolution 1509 (2006) du COE de l‟UE sur les droits fondamentaux des migrantsen situation irrégulière est, à ce titre, assez éloquente: les migrants sont des droitscivils et politiques, ils ont aussi des droits économiques et sociaux. Une lis te de 18droits civils et politiques est établie partant du droit à la vie, en passant par le respectde la dignité de la personne humaine, et la non-discrimination raciale ou ethnique enmatière d‟admission ou de refus d‟admission. Quant aux droits économiques etsociaux, une liste de 7 séries de droits minimaux est retenue : partant du droit aulogement, à l‟équité dans la rémunération, à la protection sociale, à la santé, àl‟éducation des enfants et à la protection des personnes vulnérables. Cette résolution cadre parfaitement avec les principes retenus par la Conventiondes Nations Unies de 1990, soit plus de 16 ans après l‟UE adopte des résolutions quirestent encore inapplicable par les pays membres (R 1755) et l‟Assemblée estconsciente « qu’un instrument juridique spécialement consacré aux droits des migrants ensituation irrégulière a peu de chances de recueillir l’adhésion des Etats membres du Conseil del’Europe, mais elle constate qu’il existe d’autres moyens de codifier et de préciser les droitsminimaux des migrants en situation irrégulière. » (R1755 : article 2, 2006) Ces quelques précisions conceptuelles, tirées notamment des ConventionsInternationales, des Résolutions tant onusiennes qu‟européenne devait nouspermettre d‟aborder avec plus rigueur la question des migrations subsahariennes,notamment dans le cadre des Droits Humains.33La résolution 1509,http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta06/FRES1509.htm
  • 18. C‟est dans cette logique de prudence qu‟il nous semble indispensable de connaître leprofil des migrants subsahariens présents en Algérie. Ce diagnostic est nécessaire pour éviterdes actions symptomatiques. En fait, à ce jour, aucune étude approfondie n‟a été réalisée sur les migrants subsahariensau Maghreb. Le CISP, accompagné par la SARP, a conduit quelques interventions lors de laréalisation d‟un projet précédent 34 qui visait la sensibilisation des migrants potentiels danscertains pays d‟origine contre les risques des migrations irrégulières et l‟aide au retour demigrants en transit en Algérie. L‟analyse suivante présente la méthodologie d‟une enquête par questionnaire, detype quantitatif, menée au premier trimestre 2006 auprès de plus de 2 000 migrants.Cette investigation est aussi soutenue aussi par une deuxième enquête par entretien,plus qualitative, conduit en 2007 auprès d‟une quinzaine de migrants subsahariensprésents en Algérie.34 Projet Jai/2003/hlwg/07 réalisé par le CISP et ses partenaires africains avec le soutien financier dela Commission Européenne.
  • 19. CHAPITRE IIAPPROCHES METHODOLOGIQUES
  • 20. La méthodologie mise en œuvre pour la réalisation de cette étude est d‟uneimportance capitale pour cerner la valeur heuristique des résultats obtenus, ainsi quede leurs limites. Nous présentons d‟abord les techniques d‟investigation testées etretenues, puis les techniques d‟analyse des résultats obtenus.2.1. L’enquête par questionnaire Cette section présente de manière succincte, la population cible et le champd‟investigation, les outils retenus, le contenu du questionnaire et la formation desenquêteurs. Nous intégrons aussi l‟approche de l‟enquête par entretien.2.1.1. Population cible et champ d’investigation La population détude est celle des immigrés subsahariens, en situationirrégulière, présents en Algérie sur l‟ensemble du territoire national. Constituer unéchantillon représentatif de la population immigrée en situation irrégulière n‟est p asaisé. Cette population tente de se rendre la moins visible possible afin d‟éviter lesservices de sécurité. D‟ailleurs, un segment dentre elle est très mobile et tente decontinuer son périple vers dautres étapes de transit ou vers lEurope. Pour essayer dappréhender le mieux possible la réalité des migrants ensituation irrégulière, nous avons constitué "léchantillon détude" dune manière trèspragmatique. Avec laide dun coordinateur de terrain et dagents de proximité35,issus eux-mêmes de limmigration subsaharienne et sélectionnés pour leur bonneconnaissance de la réalité du terrain, nous avons procédé à l‟identification de 21«poches» de migrants en Algérie. Ces mêmes agents ont été recrutés comme enquêteurs et ont été chargés depasser les questionnaires selon la technique de boule de neige. L‟itinéraire et lenombre de personnes à interroger par site était fixé en fonction de la taille des pochesidentifiées.2.1.2. L’outil d’investigation Pour la conception du questionnaire, nous nous sommes inspirés des outilsdéjà existants appliqués à ce type de population: Le questionnaire utilisé par le HCR, Haut Commissariat aux Réfugiés. Le guide dentretien utilisé par la SARP, Association pour l‟aidepsychologique, la Recherche et la Formation. Le formulaire dinformation utilisé par les agents de proximité employés parCISP.35 Cf. liste des enquêteurs en annexe.
  • 21. Certaines questions contenues dans ces trois outils ont été reprises et dautresquestions ont été ajoutées de manière à en faire un outil aussi exhaustif que possible.La version finale du questionnaire a été arrêtée après plusieurs examens. Dabord, il aété présenté à différents "experts": chercheurs, agents de proximité, personnes ayantacquis des compétences dans le domaine après avoir participé à des projets surlimmigration. Leurs observations nous ont permis de modifier la formulation decertaines questions ou den rajouter dautres jugées pertinentes. Ensuite, il a été testé,sur le terrain, sur une vingtaine dimmigrés subsahariens afin d‟assurer la facilité decompréhension des questions par les migrants et d‟évaluer la taille du questionnaireet le temps nécessaire pour sa passation. Contenu du questionnaire Il comporte plusieurs séries de questions réparties selon les rubriquessuivantes : Identification : regroupe les renseignements personnels de l‟enquêté : sexe,âge, nationalité, niveau scolaire, situation familiale, expérience professionnelle. Conditions de vie dans le pays d‟origine : concerne les informations sur la viedu migrant dans son pays, en précisant la région dorigine, lactivité professionnelleet les revenus. o Causes de l’immigration : replace le processus d‟immigration dans le temps (de l‟émergence de l‟idée d‟immigrer jusqu‟au moment de son exécution par le départ) ainsi que les causes du départ du pays dorigine. o Itinéraire migratoire : regroupe toutes les informations sur le voyage depuis la sortie du pays d‟origine jusqu‟à l‟arrivée en Algérie, en retraçant litinéraire emprunté et en évaluant le coût, les conditions du voyage, les événements particuliers survenus lors du voyage et la destination choisie. o La situation en Algérie : reprend les causes du choix de l‟Algérie, les sources de revenu, les contacts avec le pays d‟origine, les conditions d‟habitation, laccès aux soins, les perspectives davenir (rester en Algérie ou partir ailleurs) ainsi que la perception que limmigré a des algériens et la perception quil pense que les Algériens ont de lui.2.1.3. Recrutement et Formation des enquêteursAfin duniformiser la méthode dapproche sur le terrain, les enquêteurs ont étéregroupés pour une session de formation. La session de travail a permis de leurprésenter, en détail, les objectifs de létude, le contenu du questionnaire et lesprocédures de passation. Cette rencontre a aussi permis de clarifier certains items duquestionnaire et de préciser les informations demandées pour chaque item. Chaqueenquêteur a été soumis à des séances de simulation pour évaluer son niveau deconnaissance et de maîtrise du contenu du questionnaire et des objectifs de létude.Des consignes ont été arrêtées afin d‟encadrer le travail de terrain.Concernant les procédures de passation, nous avons insisté sur les consignessuivantes :
  • 22. Avant de procéder à la passation, lenquêteur doit expliquer aux enquêtés l‟objectif de l‟enquête. Il ne doit pas commencer la passation du questionnaire avant davoir obtenu leur adhésion et collaboration complète. Les questions doivent être posées verbalement à l‟enquêté. Le questionnaire doit être passé individuellement. Il doit être rempli par l‟enquêteur lui même, quelque soit le niveau d‟instruction de l‟enquêté. Lenquêteur doit inscrire fidèlement les réponses données par lenquêté. Le coordinateur de lenquête sur le terrain était chargé de : S‟assurer que chaque enquêteur maîtrise convenablement aussi bien le questionnaire que les consignes et les applique correctement. Noter toutes les remarques et les difficultés rencontrées par les enquêteurs. Leur apporter un soutien pour identifier les solutions adéquates à leurs problèmes afin d‟assurer la continuité du travail. Faire des rapports réguliers sur le déroulement de lenquête et rendre compte des difficultés rencontrées. Entretenir un contact permanent avec léquipe de recherche.2.1.4. Techniques d’exploitation des donnéesLes techniques d‟exploitation des résultats varient en fonction de la nature del‟enquête. L‟enquête par questionnaire, dont la quasi-totalité des questions estfermée, a fait l‟objet d‟une analyse statistique sous SPSS. Par contre les résultats del‟étude qualitative ont fait l‟objet d‟une analyse thématique selon les occurrencesdans les entretiens.. Réalisation de l’enquête, saisie et traitement des données Le nombre total de questionnaires collectés a dépassé le nombre initial prévu,2149 au lieu de 1650 prévus (voir tableau 1). On peut noter les observations suivantes: Certaines poches, non prévues au départ, ont été rajoutées au cours de lenquête. Il sagit de Mostaganem, Sidi Bel Abbés, Laghouat, Timimoun, Biskra et Batna. Certaines autres poches, prévues au départ, nexistaient plus au moment de l‟enquête tels que Maghnia et Beni Saf. Dautres étaient peu accessibles. Le nombre de questionnaires était bien en deçà des prévisions à Ain Témouchent, 15 sur les 80 prévus, ou Ouargla 77/150. A linverse, plusieurs autres poches ont été plus accessibles. Il sagit dOran (402 questionnaires au lieu de 200 prévus, dAlger (373 reçus au lieu de 250 prévus) et Tamanrasset (636 reçus pour 500 prévus).
  • 23. A leur réception, tous les questionnaires ont été examinés par le coordinateur deterrain et l‟équipe de recherche. Avant d‟être codés, certains ont été écartés car nonconformes aux exigences de l‟enquête. Une tabulation de variables a été élaborée etréajustée régulièrement pour saisir les données. Les données collectées lors del‟enquête ont fait, dans un premier temps, l‟objet d‟un tri à plat qui a permisd‟extraire certaines informations présentées au HCR dans un rapport préliminaire. Après l‟élaboration de ce premier rapport, nous avons fait appel à l‟expertise d‟unstatisticien pour nous appuyer dans l‟analyse des données. Le consultant statisticienrecruté par le CISP a été chargé d‟effectuer certains traitements des donnéescollectées (détection et nettoyage des doublons, correction des erreurs de saisie,codage des variables saisies en alphanumérique, catégorisation manuelle desvariables qualitatives, catégorisation automatique des variables continues etc.). Dansun second temps, le statisticien a effectué des corrections pour pondérer l‟échantilloncar nous étions en présence de deux types de sous représentations : l‟une volontaire,le taux de sondage au niveau de Tamanrasset était deux fois plus faible que celui desautres lieux d‟enquête (en raison du nombre important de migrants dans cette zone) ;et l‟autre involontaire, le nombre de femmes mariées était deux fois plus faible quecelui des hommes mariés déclarant avoir leur femme en Algérie. Ces pondérationsont mécaniquement modifié les tris à plats précédemment effectués. Les donnéesprésentées dans le présent document tiennent compte de la pondération del‟échantillon.
  • 24. Tableau 1: Répartition de la population détude Sites Estimation Prévus Reçus Centre 2 500 250 373 Ouest 4 100 410 485 Sud 13 900 890 1 143 Est 1 000 100 94 Ensemble 21 500 1 650 21492.1.5. Difficultés rencontrées pour l’enquête par questionnaire Le facteur temps. Le temps qui a été imparti pour ce travail de terrain (6semaines) était insuffisant pour couvrir un si vaste pays, plus de 20 Wilayas - d‟ElTarf à Maghnia ; de Biskra à Adrar et d‟Alger à Tamanrasset. Cette insuffisance detemps a constitué une pression énorme sur les enquêteurs qui sest répercutée,parfois, sur la qualité du travail lors de ladministration des questionnaires. Le transport des questionnaires. L‟acheminement des questionnaires (parfois descentaines) d‟Alger à d‟autres wilayas n‟a pas toujours été facile. Nous avons durépondre plusieurs fois à des interrogatoires des services de sécurité à l‟entrée ou à lasortie des aéroports. L’accès aux migrants et leur accord. L‟accès aux migrants n‟a pas été aisé enraison du refus des chairmans 36 ou de certains réceptionnistes d‟hôtels, de dortoirsou de hammams37 . De plus, certains migrants, méfiants, refusaient de se fairequestionner tandis que d‟autres exigeaient de les remplir eux-mêmes. Pour lespersonnes analphabètes, la traduction a parfois posé de sérieux problèmes auxenquêteurs. Il faut aussi signaler que les femmes migrantes ont été difficiles d‟accès.En effet, celles-ci sont souvent dépendantes d‟un « tuteur », compagnon ou épouxqui peut faire « barrage » aux personnes souhaitant s‟adresser à elles. Comme avecles chairmans, il fallait donc obtenir l‟autorisation de leurs tuteurs pour aborder avecun questionnaire les femmes migrantes. Ce problème d‟accessibilité explique enpartie la faible présence de femmes dans notre échantillon. Autres difficultés. Il est à souligner que certains migrants se sont montrés peumotivés par lenquête quils estimaient peu utile ayant déjà été sollicités, semble-t-il,par le HCR ou par des agents d‟Ambassade. En outre, la mobilité des migrantsreprésente un énorme problème surtout pour les régions du sud. De même, laprécarité de leurs conditions de vie a parfois perturbé ce travail d‟enquête auprès desmigrants, qui terrassés par la faim et/ou la maladie, prêtaient peu d‟intérêt à cetteenquête.36 Chairman : « Chef » d‟un groupe de migrants, seul habilité à permettre ou faciliter l‟accès au groupe.37Les hôtels, dortoirs ou hammam sont des lieux de vie communs des migrants en Algérie, leur accès suppose une autorisationdes réceptionnistes.
  • 25. 2.1.6. Quelques observations de la réalité du terrain denquêteNous allons exposer, pour certains lieux dimmigration ou de transit, quelquesobservations sur les conditions de vie des migrants. Elles ont été rapportées par lecoordinateur de terrain au cours de cette étude en février 2006. DjanetDjanet est une ville située dans le lit d‟un oued encastrée entre deux grandes chaînesde falaises. Pour rentrer à Djanet, les migrants sont souvent abandonnés par lesconducteurs à plus de 20 Km et parfois même 40 Km de la ville. Ils doivent donccontinuer le reste du chemin à pied.Beaucoup de migrants y vivent surtout les nigériens qui avoisineraient les mill epersonnes. Les nigériens sont les plus nombreux parce que leur objectif nest passpécifiquement d‟aller en Europe. Les maliens, eux, sont moins dune vingtaine mis àpart les touaregs qui, eux, sont nombreux et se confondent avec les autochtones. Misà part les maliens et les nigériens, les autres nationalités sont très peu nombreuses,moins dune vingtaine de personnes toutes nationalités confondues (camerounais,congolais, ghanéens, nigérians et ivoiriens). Daprès les chairmans congolais etcamerounais, ils ne sont jamais en grand nombre et ne cherchent pas à s‟établir àDjanet. Dès leur arrivée, ils continuent aussitôt vers la Libye, la Tunisie ou lesgrandes villes du nord algérien (Oran et Alger) aidés par les chairmans et quelquesuns de leurs adjoints qui soccupent des passages.A Djanet, les migrants maliens sont tailleurs ou manœuvres. Les nigériens viventgrâce à des activités précaires. Ils sont surtout manoeuvres ou petit commerçants(« trabendistes »). Ils gagnent léquivalent de 50 à 100 euros par mois et font dessacrifices pour envoyer une partie de leurs revenus, tous les 2 à 3 mois, à leursparents vivant dans le pays d‟origine. Leur problème majeur demeure, commepartout ailleurs, la traque des forces de police. Pour y échapper, ils louent des petiteschambres délabrées dans des maisons vétustes où ils cotisent à plusieurs (parfois unedizaine dindividus) pour partager le loyer (10-15 € par mois). Ces lieux dhabitationsont très stratégiques pour eux, perchés à plus de 10% d‟inclinaison ils sontdifficilement accessibles par la police sans la complicité des personnes connaissantces lieux. Il y a des migrants âgés de 12 ans et d‟autres âgés de plus de 60 ans. Maisen général, leur âge moyen est de 25 ans environ.Les rafles à Djanet sont très fréquentes et imprévisibles daprès les migrants. Il estpossible de passer plus de 40 jours dans les locaux des forces de sécurité dans desconditions inhumaines.IlliziComme à Djanet les migrants qui arrivent à Illizi doivent faire une trentaine dekilomètres ou plus, à pied, avant de rentrer dans la ville. Illizi est une ville trèscompliquée puisque tout étranger, en règle ou non, doit aller au commissariatprincipal pour demander un " laissez-passer" s‟il souhaite prendre un taxi, un bus, ouune chambre dhôtel. A Illizi, il y a beaucoup moins de migrants quà Djanet. Làaussi, les nigériens dominent en nombre, avec environ 35 individus. Les autres
  • 26. nationalités (maliens, congolais, camerounais, ghanéens, nigérians, ivoiriens… ) nedépassent pas la trentaine. Il y a donc moins de 100 migrants à Illizi.Comme à Djanet, les nigériens ainsi que les autres migrants font ici du « trabendo »(petit commerce illicite) ou se font employer comme manœuvres dans les chantiersde construction. Il est extrêmement difficile de louer un logement à Illizi. Cestpourquoi lécrasante majorité des migrants squattent des chantiers ou construisentdes tentes de fortunes.Lors de notre passage à Illizi, la situation était difficile pour les migrants, car lOuedavait débordé et inondé une bonne partie de la ville. Beaucoup de migrants avaientainsi perdu leurs logis de fortune.TamanrassetDaprès les informations que nous avions obtenues auprès des migrants, denombreux migrants nigériens et maliens vivent dans la ville de Tamanrasset. Unebonne partie de cette population migrante sest fondue dans la populationautochtone. Des quartiers entiers ou des marchés et centres commerciaux sontpresque entièrement occupés par les maliens, nigériens et quelques nigérians.On doit noter une particularité dans cette ville, c‟est la présence notoire de lapopulation migrante féminine. On les rencontre un peu partout surtout dans lesmarchés où elles étalent leurs condiments et autres légumineuses sèches. Il y aégalement des prostituées, des femmes de ménage, des restauratrices et dautresfemmes aux foyers car beaucoup de migrants ont ramené leurs femmes et leursenfants et ont élu domicile à Tamanrasset.Les nationalités présentes à Tamanrasset sont très nombreuses. Il existerait plusdune quinzaine de nationalités et la population migrante est estimée à plusieursmilliers de personnes (si l‟on prend en compte les migrants en transit et ceux inscritsdans une migration plus durable de type pendulaire). Certains parmi eux y viventdepuis 20 ans, dautres se sont même mariés avec des autochtones. Cependant, lesrafles népargnent personne pas même les migrants qui sont en règle et ceux quirésident à Tamanrasset depuis plusieurs années.Beaucoup de migrants travaillent dans des ateliers de couture, de soudure, deréparation de radio et télévision. Il y a aussi ceux qui sont dans les restaurants et lespoints de vente de la viande de mouton grillée à la nigérienne. Il parait quil estpossible de payer lintégralité de la somme nécessaire à la traversée pour lEuropedepuis Tamanrasset. On signale aussi beaucoup de cas descroqueries organiséesavec la complicité des passeurs et des fraudeurs transporteurs algériens. Tamanrassetest un lieu de prédilection pour les passeurs en tous genres, la mafia et les réseaux deprostitutions. Les jeunes femmes qui partent en Europe dans le cadre de ces réseauxà partir de lAlgérie passent par Tamanrasset. Ces réseaux sont puissants et capablesde ravitailler l‟Europe en migrants. Ils sont très organisés à partir des pays d‟origineet tout au long du parcours migratoire et s‟appuient sur les conditions de viedifficiles des familles ou la vulnérabilité des femmes migrantes pour les exploiter. Onobserve qu‟à Tamanrasset, les victimes des réseaux de prostitutions sont en majoritédes nigérianes, guinéennes et ghanéennes.Les migrants ressortissants des pays limitrophes (Mali et Niger) sont mieux acceptéspar les algériens que ceux des autres pays. Ainsi, un migrant malien ou nigérien peut
  • 27. louer une maison ou un atelier, ou encore faire son commerce à côté des algérienssans problèmes. En revanche, les autres nationalités ont plus de difficultés àfraterniser avec la population autochtone. Les congolais, les camerounais, lesnigérians (non houssa), les libériens et autres sont parfois obligés de trouver refugedans des tentes de fortune.Tamanrasset se distingue des autres localités par un mouvement incessant depopulations migrantes. Cest la plus importante plaque tournante de limmigrationsubsaharienne en Algérie. On remarque larrivée quotidienne de nouveaux migrantstandis que d‟autres partent pour continuer leur périple. Il y a ceux qui vont versDjanet pour rejoindre la Libye et ceux qui continuent vers les villes du Nord. Cesderniers passent par Ghardaïa ou Ouargla pour atteindre Alger. LAlgérie nexige pasde visa pour les maliens qui peuvent circuler librement. Les autres doivent verserléquivalent de 300 euros environ aux passeurs pour circuler clandestinement. Ilspeuvent aussi sacheter un passeport malien pour léquivalent de 190 euros. Ainsi, àpart un certain nombre de nigériens qui arrivent avec de vrais visas, les migrantsdautres nationalités, se débrouillent, dans leur grande majorité, pour obtenir unpasseport malien.BécharLa population migrante à Béchar est essentiellement composée de nigériens, detchadiens, de maliens, de camerounais et de nigérians. En nombre, ce sont lesnigériens qui dominent ils sont majoritairement issus d‟une même région du Niger,Tahoua. Ils viennent pratiquement tous du village de Salewa et leur arrivée à Béchardate de plus de 50 ans. Apparemment, ils vivent en symbiose avec les algériens decette localité.Contrairement au reste des régions algériennes, à Béchar, ce sont les personnes âgéesqui sont les plus nombreuses. Elles font du commerce au détail qui leur procure desrevenus modestes. Toutefois, il existe des jeunes un peu plus actifs dont le revenu estsensiblement supérieur à celui des personnes âgées. La population migranteféminine est très rare. Ici les migrants sont presque tous des bricoleurs, à l‟exceptionde quelques tailleurs. Ils louent des habitations délabrées, entre 1000 et 2000 DA parmois et cotisent à 3 ou 4 pour payer le loyer. Adrar Depuis la destruction des ghettos de Maghnia par les autorités algériennes,Adrar a vu sa population migrante se multiplier et se diversifier. C‟est ici qu‟ont étéregroupés les migrants de Maghnia, dans un camp provisoire, avant leurrefoulement. Ils sont plus d‟un millier de toutes nationalités. Les maliens constituentla plus grande communauté migrante, puis viennent par ordre dimportance lesnigériens, les nigérians, les tchadiens, les sénégalais, les camerounais, les guinéens.La majorité de la communauté migrante dAdrar vit essentiellement de petits travauxsur les chantiers, du bricolage en tout genre et du petit commerce. A l‟inverse deBéchar, ici, il y a une forte proportion de femmes dont une majorité vit du commercedu sexe et évitent le contact avec toute personne étrangère à leur milieu. Comme àBéchar, les migrants louent des maisons vétustes et cotisent à plusieurs pour payerles frais.
  • 28. NaamaNaama est un cas particulier, car c‟est à l‟occasion du marché hebdomadaire de laville que les migrants se retrouvent. Ils sont environ une centaine, dont la majoritéviennent des villes environnantes. Ils sont le plus souvent originaires du Mali, duNiger, du Nigeria et du Tchad. TimimoumLes immigrés de cette wilaya viennent essentiellement du Niger, du Mali, duBurkina, de Guinée, de Cote d‟Ivoire et du Sénégal. D‟autres sont justes de passageavant de regagner les villes du Nord. Ils cohabitent sans grands problèmes avec lesautochtones et vivent du petit commerce de subsistance. La population migrante estjeune à Timimoun à l‟opposé de Béchar. Elle compte environ 300 personnes dont lamoyenne dâge est de 17 ans.Ghardaïa et OuarglaCes deux villes représentent les passages obligés de presque tous les migrants quiveulent gagner les villes du Nord dont la plupart sont candidats à la traversée versl‟Europe. Toutefois, il existe une frange de migrants, originaires surtout du Mali etdu Niger, qui vit dans ces villes depuis des décennies. Toutes les nationalités sontpratiquement représentées. Les principales sont celles du Niger, du Mali et duCameroun. Ces deux wilayas totalisent 2500 à 3000 migrants dont une proportionnon négligeable de femmes. Leurs activités sont essentiellement le petit commerce, labroderie et le bricolage en tout genre. Ils logent dans des vieilles habitations comme àBéchar ou Adrar et dans des hôtels et hammams délabrés.Un point commun à toutes ces villes de la porte du désert est qu‟il existe un traficd‟exploitation de mineurs originaires du Niger et du Mali. Ces enfants travaillent durdans des conditions peu humaines pour 500 DA le mois (moins de 6 euros). Ce traficserait l‟œuvre des convoyeurs tchadiens.OranAprès Alger, Oran est la deuxième ville du nord de l„Algérie en nombre de migrantssub-sahariens. Elle compterait plus de 2.000 migrants et ceci depuis que les frontièresespagnoles méditerranéennes sont devenues infranchissables. En effet, avant cela, iln‟y avait à Oran que les trabendistes nigériens et des brodeurs maliens, nigériens,béninois, ghanéens et guinéens qui gagnaient bien leur vie. Actuellement, il existeune dizaine de nationalités dont les plus dominantes en nombre sont celles duCameroun, du Nigeria, du Niger, du Bénin, du Liberia, du Mali et du Ghana.Il y a aussi, comme à Alger, des femmes et des enfants, notamment des nigérianes,des libériennes et des camerounaises. Dans le travail de proximité, approcher lesfemmes migrantes est extrêmement difficile car leurs partenaires ou leurs tuteurs neleur permettent aucun contact avec les étrangers. Leurs enfants sont nés soit dans lespays d‟origine, soit au cours du trajet. A Oran, la majorité des migrants sontconcentrés dans les hôtels du quartier Madina Djadida, à l‟exception des tailleurs -brodeurs qui sont hébergés par leurs employeurs. D‟autres s‟unissent pour louer desappartements délabrés dans de vieux quartiers. La majorité est jeune, mais on peuttrouver des personnes de plus de 60 ans.
  • 29. Il y a deux occupations principales à Oran, le « trabendo » (petit commerce illicite)qui est du ressort des nigériens et la broderie que pratiquent certains nigériens,maliens, guinéens, béninois et ghanéens. Tous ceux qui ne sont donc pas brodeurs ou« trabendistes », ne déclarent pas leurs activités parce que, le plus souvent, ilspratiquent l‟escroquerie en tout genre. Quant aux femmes, elles sont le plus souventdes prostituées.Actuellement Oran est devenue la base arrière des passeurs depuis que les camps defortunes de Maghnia ont été rasés par les services de sécurité algérienne. Il sembleraitque les passeurs repliés sur Oran organisent des traversées vers le Maroc. Lasituation est devenue difficile pour les trabendistes et les brodeurs. Leur travail nestrentable quen été et ils ne gagnent que le tiers de ce qu‟ils gagnaient il y a à peine 4ans.Tlemcen et MaghniaTlemcen comptait environ 400 migrants, ils étaient à peine une soixantaine aumoment de l‟enquête : essentiellement des nigériens, maliens et ghanéens. Ils sontpour la plupart trabendistes (nigériens) ou brodeurs (nigériens et autres). Lestrabendistes vivent dans des hammams délabrés, tandis que les brodeurs sont logéspar leurs employeurs. Ces derniers gagnent beaucoup plus que les trabendistes;environ 20.000 à 30.000 DA par mois contre à peine 5000 DA par mois pour lespremiers. Cependant, les brodeurs chôment pendant presque les ¾ de l‟année. A Maghnia, les ghettos qui abritaient des milliers de migrants de plusieursnationalités sub-sahariennes ont été rasés par les autorités algériennes et il n‟enrestait aucune trace au moment de l‟enquête. Comme sils n‟avaient jamais existés.Les migrants subsahariens avaient choisi Maghnia en raison de sa proximité avec lafrontière marocaine, pays par lequel ils transitent vers l‟Europe. Cette ville étaitconsidérée aussi comme la base arrière pour ceux qui ont échoué dans leur traversée.Mais l‟Algérie accusée par le Maroc de complaisance vis-à-vis des immigrésclandestins a du démanteler les ghettos de Maghnia au mois de septembre 2005 sousla pression de lUnion Européenne. Les quelques refoulés du Maroc qui échappent à la traque policière sontépuisés par une marche de plusieurs jours et réduits à la mendicité.Mostaganem, Mascara, Sidi Bel Abes et Relizane Dans ces quatre localités de l‟Ouest, les migrants ne dépassent pas 300personnes au total. Ils sont composés de trabendistes nigériens, de brodeurs maliens,béninois, ghanéens, burkinabés et de quelques camerounais qui ne déclarent jamaisleurs activités. Dans ces localités, les migrants logent aussi dans des hammams ousont hébergés chez leurs employeurs. Comme à Tlemcen, ici, les migrants, traquéspar les forces de sécurité, se font rares. ConstantineLa population migrante à Constantine, ne dépasse pas actuellement les 300personnes, en raison d‟une récente rafle qui a eu lieu dans presque tous les hôtels etles hammams où vivent les camerounais, congolais et nigériens. C‟est pourquoi onles trouve difficilement maintenant dans cette ville. Les nigériens sont au nombre de
  • 30. 80 individus environ, les maliens au nombre de 50 et les burkinabés moins d‟unedizaine. En revanche, on trouve beaucoup plus de ghanéens 150 environ. Les ghanéens sont exclusivement des tailleurs brodeurs et sont dans leurgrande majorité hébergés chez leurs employeurs. Les nigériens sont des"trabendistes", exerçant un petit commerce illicite et logent dans des hôtels vétustes.Les maliens sont des cordonniers et habitent le plus souvent dans de s dortoirs oucotisent pour louer une petite maison qui coûte léquivalent de 50 à 60 euros le mois.Les burkinabés sont aussi des cordonniers, mais quelques uns sont des brodeurs.Les autres nationalités représentées à Constantine (congolais, camerounais etnigérians) étaient dans des hôtels. Il semble que leurs activités douteuses(escroqueries en général) aient provoqué la colère des forces de l‟ordre qui les ontchassés de la ville. BiskraA Biskra, il n‟y a que des ghanéens, des burkinabés et, plus rarement, des béninois.Ils sont tous brodeurs et presque tous hébergés chez leurs employeurs. A Biskra, lesmigrants subsahariens n‟ont aucune liberté de circulation et beaucoup restentpendant plusieurs semaines sans sortir de leurs ateliers de travail qui sont, en mêmetemps leurs logements. Ceci est dû à la rigueur des services de sécurité de la ville quipratiquent le refoulement systématique. Parfois, ils vont jusque dans les ateliers pourarrêter les migrants. Annaba et El TarfD‟Annaba à El Tarf, on dénombre 11 nationalités de migrants subsahariens environ.Ils sont nigériens, maliens, nigérians, congolais, mauritaniens, ghanéens, béninois,tchadiens, ivoiriens, guinéens et camerounais. Mais, en dépit de cette diversité denationalités, leur nombre total dépasse à peine la centaine d‟individus. Ceci est lerésultat d‟actions d‟envergures menées, depuis 3 années environ par les services desécurité qui pratiquent, comme à Constantine, le refoulement systématique.Ici les migrants sont, selon les nationalités, soit des trabendistes, soit des brodeurs oucordonniers, comme à Constantine. Ils logent dans des hammams, des squats, deshôtels ou sont hébergés chez leurs employeurs.AlgerLes migrants subsahariens dans la région d‟Alger sont estimés à 3000 individusenviron. On dénombre une vingtaine de nationalités dont les plus importantes sontcelles du Cameroun, Nigeria, Niger, Mali, Ghana, Liberia, Bénin, RDC, Cote d‟Ivoire,Guinée….Les migrants qui vivent à Alger sont principalement des migrants de transit quicherchent à rejoindre le Maroc, la Libye ou la Tunisie.A Alger, les migrants travaillent au noir. Il existe des trabendistes nigériens iss us dela migration pendulaire qui gagnent environ 5€/jour, des tailleurs -brodeursnotamment les nigériens, les maliens, les guinéens, les béninois, les ghanéens et lessénégalais qui gagnent en moyenne 250 €/le mois. Les brodeurs sont logés et nourrispar leurs employeurs algériens, ils vivent et travaillent dans leurs ateliers. Lesmanœuvres qui travaillent sur les chantiers sont de toutes nationalités, leur revenuest très aléatoire mais dans l‟ensemble ils gagnent moins que les trabendistes. La
  • 31. cordonnerie est la spécialité des maliens, des burkinabés et des ivoiriens, ils gagnentenviron 5 €/jour. Certains migrants sont impliqués dans certains trafics illicites (fauxbillets, faux papiers etc.). A Alger, les migrants se regroupent dans plusieurs sites :Casbah, (Haute et Basse), de Bordj El Kiffan jusqu‟à Ain Taya et de Del Ibrahimjusqu‟à Ain Bénian. Dans la Casbah ils vivent dans de vieux hôtels, hammams oudortoirs délabrés, entassés parfois à plus de 5 dans des chambres qui ne dépassentpas 2-3 m2. En été, certains migrants sont contraints de dormir à même le sol dansles couloirs, entre les lits ou encore dans les halls des hammams. Dans les autres sitesd‟Alger les migrants vivent soit dans des ghettos (habitats de fortunes), soit ils louentdes garages au niveau des villas avec des autochtones. Les plus « nantis » louent devrais appartements mais toujours est-il qu‟ils payeront plus chers que des clientsalgériens.Il faut noter que depuis 2005 un changement s‟est opéré au niveau de ce phénomène,c‟est la féminisation progressive de la migration subsaharienne. En effet, nousestimons en 2007, la population migrante féminine à au moins 500 personnes pour laville d‟Alger. Un autre fait notable est la présence de plus en plus importante defamilles avec enfants. Il y a cinq ans ce phénomène ne s‟observait réellement qu‟àTamanrasset. Les familles vivent essentiellement dans les quartiers périphériques dela ville. On observe enfin une forte augmentation du nombre de mineurs migrantsdont la majorité est composée de jeunes filles introduites dans le circuit du travail dusexe.2.2. L’étude qualitative: enquête par entretien semi directif Cela consiste à amener la personne concernée, par des questions très ouvertes,à parler spontanément de son histoire personnelle et à nous fournir les informationsqualitatives qui nous permettrons de comprendre de manière approfondie leprocessus qui a poussé les personnes ou les familles à se lancer dans laventuremigratoire en tenant compte de la particularité de chaque cas. Cette technique étanttrès ouverte et difficile, il est nécessaire de mobiliser des psychologues expérimentéspour mener les entretiens. Chaque récit nécessite plusieurs (4 à 5) séances dentretiendune durée moyenne dune heure avec chaque cas. Connaissant létat de méfiancedes migrants en situation de clandestinité, la difficulté principale consistera àconvaincre les personnes ciblées à accepter de participer à toutes ces séancesdentretien pour raconter leur vie avec beaucoup de détails.Présentation du guide dentretien Parmi les composantes de lentretien, les points suivants ont été retenus. Le passé du migrant dans son pays dorigine: famille, milieu de vie, éducation, événements particuliers, place de lémigration dans lhistoire familiale. Le projet migratoire: comment sest-il constitué? Quels sont les éléments de base de ce projet ? Motivations ?
  • 32. La trajectoire migratoire et les événements vécus durant le trajet. Chaque migrant a un vécu particulier du trajet et peut évaluer lécart entre la réalité du voyage et ses représentations de départ. La situation actuelle dans le pays daccueil. Vécu et réalité. Le projet futur, les aspirations, avec quels moyens et quelle stratégie ?Profils identifiés Les profils identifiés sont nombreux et dépendent du critère retenu:économique, familial, ancienneté dans la migration, niveau détude, origine,psychologique (ayant vécu un événement traumatique particulier), catégorie dâge,sexe et destination. L‟identification des migrants tente autant que possible d‟avoiraccès à des migrants de différentes nationalités. - Migrant économique (H-F): Alger (2)Sont identifiés comme « migrants économiques » les individus qui déclarent avoirpris la décision d‟émigrer en raison des causes suivantes : chômage, revenusinsuffisants, manque de perspectives socioéconomiques. - Migrant réfugié: Migrant déclarant avoir émigré pour fuir des problèmes de sécurité, des problèmes d‟ordre public, ou des persécutions politique, ethnique ou religieuse et ayant soit le statut de réfugié du HCR ou le statut de demandeur d‟asile (après dépôt d‟une demande auprès du HCR). - Migrant de transit : Migrants économique en attente de partir vers dautre pays que lAlgérie. - Immigrant en Algérie: migrants qui déclarent vouloir rester en Algérie. - Migrant pendulaire (spécifiquement pour Tamanrasset et la région du sud du pays): ce sont les migrants frontaliers qui font des aller-retour entre lAlgérie et le pays dorigine selon les saisons et leurs besoins économiques. - Migrant célibataire vivant seul en Algérie: Migrant déclarant ne jamais avoir été marié. - Migrant marié vivant en famille en Algérie: Migrant vivant en Algérie avec une ou plusieurs femmes avec ou sans enfants. - Migrant marié vivant seul en Algérie: Migrant dont la famille (conjoint ou conjoint et enfants) sont restés dans le pays d‟origine. - Migrant de retour: Migrant qui déclare clairement vouloir retourner dans son pays d‟origine.
  • 33. - Migrant mineur: migrant qui na pas atteint lâge de la majorité (18 ans) au moment de son entrée en Algérie. - Primo-migrant : Migrant dont cest la première tentative d‟immigration. - Migrant récidiviste: Migrant qui a effectué plusieurs tentatives d‟immigration. - Migrant de niveau universitaire: Migrant ayant un diplôme universitaire ou niveau équivalent, ayant fréquenté l‟université ou une école supérieure dans son pays d‟origine, en Algérie ou ailleurs. - Migrant peu instruit: Migrant analphabète ou ayant fait une école primaire. - Migrant frontalier: migrant originaire du Mali ou du Niger. - Migrant non frontalier: Migrant d‟un autre pays que le Mali et Niger. - Migrant ex-étudiant en Algérie: Migrant en situation irrégulière depuis que ses études se sont terminées ou que son visa a expiré.Chaque migrant peut cumuler plusieurs de ces profils. Pour pouvoir les couvrir tous,il est nécessaire de tracer la trajectoire dune vingtaine de cas (10 hommes et 10femmes) plus deux familles. Pour des raisons de difficultés de terrain, seuls 17 personnes ont étéconcernées par les récits de vie. Tous les critères se retrouvent plus ou moins dans les17 personnes sauf celui de mineur que nous navons pu obtenir. Au total, nous avonsfait des entretiens de récits de vie avec 17 migrants des deux sexes, à Alger (6 cas) etTamanrasset (11 cas), 11 hommes et six femmes se répartissant comme suit selon lanationalité:Femmes: Cameroun (3), Congo (2), Niger (1).Hommes: Niger (4), Cameroun (2), Congo (1), Togo (1), Tchad (1), Libéria (1), Guinée(1). Les discours enregistrés ont fait l‟objet d‟une analyse thématique mettant enexergue les axes suivants : les réalités sociales et économiques dans le pays d‟origine,les motifs d‟émigration évoqués, le financement du voyage, les difficultés rencontréslors du voyage, les conditions de vie en Algérie et les perspectives et projetsd‟avenir.
  • 34. CHAPITRE IIIPROFILS DES MIGRANTS SUBSAHARIENS EN ALGERIE
  • 35. Une première lecture (section 1) des résultats nous permet de préciser ladispersion géographique, selon les pays de départ et leur répartition territoriale enAlgérie. Puis, cette population se distingue selon ses traits démographiques. Demême, l‟activité économique de ces migrants est assez particulière. Enfin, lesdistinctions socioculturelles de cette population et de leurs conditions socialesactuelles en Algérie sont aussi intéressantes quant à la détermination des projetsmigratoires. Une deuxième lecture des résultats de l‟enquête (section 2) met enexergue une typologie des migrants subsahariens. Puis, d‟autres thèmes connexessont exploités, à savoir le projet migratoire, les causes de la migration, le périple versl‟Algérie avec ses difficultés et les perceptions des migrants.3.1. Portrait des migrants subsahariens en Algérie Cette première section est une tentative pour décrypter les principaux traitscaractérisant les migrants subsahariens en Algérie. Différentes facettes de leursprofils sont esquissées, les lieux de concentration et leur provenance, le sexe et legroupe d‟âge, l‟activité économique, le revenu, les remises migratoires, la situationmatrimoniale, le niveau d‟instruction, les conditions d‟habitation et le niveau deconfort.3.1.1. Caractéristiques sociodémographiques Cette section révèle les traits sociodémographiques des populationssubsahariennes en Algérie. Dans un premier temps, nous ferons état de sa répartitionselon l‟espace «résidentiel», en Algérie puis dans les pays d‟origine. Ensuite, lastructure démographique de cette population est esquissée selon la classe d‟âge et lesexe. Dans le pays d’accueil, une large concentration des migrants au Sud L‟enquête a été conduite dans plusieurs Wilayas du pays, qu‟on peut aisémentregrouper en quatre régions. Selon les données finales de l‟enquête, la populationglobale touchée par l‟enquête compte 2048 personnes sur l‟ensemble des sitesrépartis sur tout le territoire national. C‟est la zone sud qui comprend le plus grandnombre (64%) avec les plaques tournantes de l‟immigration subsaharienne que sontles agglomérations de Tamanrasset et de Ghardaïa.
  • 36. Figure 1 Répartition de la population selon les zones d‟enquête en Algérie L‟Ouest vient en deuxième position (19%) puisque c‟est le passage obligé pourles candidats à l‟émigration vers l‟Europe qui tentent de traverser la frontièremarocaine. Le Centre, particulièrement Alger (12 %) attire surtout ceux qui sont à larecherche de travail pour se donner les moyens de tenter l‟aventure vers l‟Europe.Enfin, la zone Est du pays est la moins prisée par les subsahariens notamment car,d‟après nos observations, la traque policière y est plus systématique.Les migrants se déclarent en majorité d’origine urbaine La majorité de la population immigrée de l‟enquête se déclare d‟origineurbaine (66%) et le tiers d‟origine rurale (34%). Mais une bonne partie de ceux qui sedéclarent « urbains » est constituée par des personnes qui ont fuit les campagnespour s‟agglutiner autour des villes à la recherche d‟un emploi avant de prendre ladécision d‟émigrer vers des horizons plus cléments.Une écrasante majorité est constituée des hommes, mais la structure d’âge selon legenre est identique La population d‟étude comprend une écrasante majorité d‟hommes parrapport aux femmes (86% contre seulement 14%). Bien que les subsahariens soientréellement beaucoup plus nombreux que les subsahariennes dans la population desimmigrés clandestins, nous pensons que cette catégorie est sous représentée dansnotre échantillon parce qu‟elle a été difficilement accessible aux enquêteurs. En effet,il semble que les femmes soient souvent dépendantes des hommes et plus difficiles àatteindre.
  • 37. 14% homme femme 86% Figure 2. Répartition de la population par sexe En observant la répartition de la population d‟étude par catégories d‟âge, nousremarquons que la grande majorité des immigrés se situe entre 26 et 40 ans. Ces deuxcatégories d‟âge regroupent plus de 67% de la population d‟étude. Les pourcentagesaugmentent beaucoup à partir de 25 ans et déclinent fortement après 40 ans. Lesmineurs sont très peu nombreux et comme pour les femmes, ils ont été difficilementaccessibles aux enquêteurs. Ils seraient tenus à l‟écart par des adultes méfiants. 40% 35% 30% 25% homme 20% 15% femme 10% 5% 0% moins 21 à 25 26 à 30 31 à 40 40 à plus de de 20 ans ans ans 50ans 51 ans ans Figure 3 Structure de la population migrante selon l‟âge et le sexe.La décision d’émigrer peut être un projet personnel On relève à travers la figure N° 4 que les aînés de la famille représentent la plusgrande proportion parmi les enquêtés. Pour la population féminine, il semble que cesoit les plus jeunes de la famille qui émigrent le plus. Globalement, que l‟on soit l‟aîné, le deuxième ou le troisième de la famille, onest bien représenté dans la population subsaharienne en Algérie. Ceci pourraitsignifier que la décision d‟émigrer ne serait pas seulement un projet familial où l‟aînéest désigné comme candidat à l‟émigration mais un projet plus personnalisé où lesparents ne seraient pas les seuls à décider.
  • 38. 45,0 40,0 35,0 30,0 25,0 20,0 15,0 Homme % 10,0 5,0 Femme % 0,0 1er 2ème 3ème Figure 4 : Répartition des migrants selon le sexe et le rang dans la fratrieLes migrants étaient rarement au chômage dans leurs pays d’origine Les immigrés n‟étaient pas inactifs dans leurs pays d‟origine, ils exerçaient entrès grande majorité, une activité professionnelle (84,6% pour les hommes et 82,5%pour les femmes). Nous avons deux illustrations parfaitement opposées l‟une del‟autre : l‟une démontre l‟activité et l‟autre l‟insuffisance des revenus. 100,0 90,0 80,0 70,0 60,0 non 50,0 oui 40,0 30,0 20,0 10,0 0,0 Homme % Femme % Figure 5 Migrants actifs selon le sexeNous reproduisons, ci-après, quelques propos de migrants qui illustrent la variétédes situations sociales et économiques dans le pays d‟origine.Les différentes entretiens font découvrir que la plupart des migrants travaillaientdans leur pays d‟origine : les secteurs de travail sont les suivants : la mécanique,l‟électricité bâtiment, et les commerces ou couture. Certains d‟entre eux sont mariéset ont des enfants et d‟autres sont célibataires.Il semble que, malgré que ces immigrants aient une activité professionnelle dansleurs pays, elle n‟était pas rentable et ne permettait pas de couvrir leurs besoins :
  • 39. - Une migrante rapporte qu‟elle a quitté le pays parce qu‟elle ne pouvait pasdémarrer un commerce suite au décès de son mari.-Un migrant de la même nationalité a exprimé sa difficulté à subvenir aux besoins desa famille et comme il n‟avait personne à qui confier ses enfants, il s‟est trouvé dansl‟obligation de les faire venir.- Un camerounais à Tamanrasset nous rapporte qu‟il était le porte parole duneassociation estudiantine du temps du gouvernement en place. Il rajoute les propossuivants : « Comme je vous ai dit on était contre le gouvernement de ce pays, les gensont tendance à croire que le Cameroun est un pays qui va bien, mais ils ne savent pasvraiment les problèmes que les camerounais vivent. Au Cameroun, le pauvre devientde plus en plus pauvre, et le riche de plus en plus riche ». Il ajoute: « cest vrai on acommencé à vivre certaines menaces lorsque lassociation a pris un peu delampleur ».- Un nigérien rapporte que sa mère possédait des sources thermiques et son père destroupeaux dovins et semblait ne pas avoir de problèmes de subsistance dans le paysd‟origine, mais quitte son pays en disant qu‟il doit chercher du travail, alors qu‟àl‟heure actuelle sa famille continue a le soutenir financièrement.- Nous avons retenus les informations suivantes concernant un Tchadien qui acommencé à se prostituer à l‟âge de 15 ans et qui a du quitter la maison plusieurs foissuite à des bagarres avec sa famille, il dit « j’ai vécu des moments difficiles avec mafamille ». A vingt ans, il décide de louer une maison avec des filles du mili eu (desprostituées), pour éviter les conflits avec la famille. Il nous informe, également, quesa situation était "bien" avant qu‟il ne décide d‟immigrer, il rajoute qu‟il a quitté leTchad juste pour « voir autre chose et discuter avec d’autres personnes ». Nouspensons que ceci n‟est pas le seul motif, c‟est plutôt la situation familiale qu‟il avaitdu mal à gérer et même s‟il avait déménagé, le regard des autres restait toujoursnégatif à son égard.- Une camerounaise relate les propos suivants : « non je ne suis pas partie duCameroun parce que c‟était la misère c‟et faux. Je suis partie du Cameroun parce quej‟étais trop touché par la sorcellerie. Je vendais les téléphones portables, les cabinestéléphoniques et à un moment donné tout est tombé a l‟eau ».- Une autre femme de la même nationalité rapporte : « mon mari travaillait mais lesmilitaires tchadiens, ils ne payent pas bien, ils leur donnent seulement un petitsalaire de 20 € par mois. C‟est peux, comme il est mort je ne pouvais pas laisser monenfant ».Une migrante congolaise nous a informé qu‟elle était coiffeuse et qu‟elle voulait fairel‟agriculture, car dit –elle : « je voulais faire l‟agriculture, parce que la coiffure, tupeux bien trouver mais ce n‟est pas bien payé ».Ce qui ressort des différents récits, que cinq personnes ont déclarés avoir une activitéprofessionnelle avant de quitter leur pays d‟origine, mais cette dernière s‟est avéréeinsuffisante et ne permettait pas de couvrir leurs besoins.Par contre deux migrants, ont déclarés avoir des difficultés dans l‟acceptation de leurfaçon de concevoir leurs vie (défendre une association, donc une idéologie etaccepter un choix de vivre (prostitution))
  • 40. Il faut noter également que les situations des migrantes congolaises se rapprochentun petit peu, du fait qu‟elles fuient généralement une situation familiale lourde àsupporter.Les revenus des migrants étaient estimés insuffisants pour couvrir les besoins de lafamille Seulement, les revenus de ces activités n‟étaient pas suffisants pour couvrir lesbesoins personnels et encore moins pour couvrir les besoins de leurs familles. Parailleurs, ce que les enquêtés déclarent comme activités professionnelles sont souventdes petits boulots précaires et peu rémunérateurs tels le petit commerce illicite ou letravail saisonnier dans le secteur agricole. 90,0 80,0 70,0 60,0 50,0 non 40,0 oui 30,0 20,0 10,0 0,0 Homme % Femme % Figure 6 Revenus suffisants pour la familleEn Algérie, ils travaillent pour la plupart dans l’informel De par leur situation de migrants clandestins, les subsahariens exercent desactivités informelles (non déclarées) et précaires. Ils sont les plus nombreux à vivredu petit commerce illicite quon appelle ici "trabendo". Dautres, un peu moinsnombreux vivent de lartisanat. Ils sont essentiellement brodeurs ou cordonniers ettravaillent chez des artisans autochtones chez lesquels ils sont souvent logés. Ontrouve également des manœuvres, et ouvriers non qualifiés, qui travaillent sur leschantiers de construction et ceux qui ont des activités changeantes selon loccasion"un peu de tout". En ce qui concerne les femmes, elles sont occupées comme femmesde ménage chez des particuliers mais il y a aussi la prostitution, sujet tabou, quinapparaît pas dans lenquête.
  • 41. 40 35 30 Pourcentage 25 20 15 10 5 0 ce t e ut tre at re en rs ag to an er tu eu au ti m én m ul de tis ct m bâ ric m se ar u co ag pe s ur ti t un pe ie us pl Figure 7 : Secteur d‟activité en AlgérieLes femmes avec lesquelles nous avons réalisé des entretiens, disent qu‟elles onttendances à aller vers des activités tel que la coiffure et la restauration (3 femmes sur5 ont déclarées faire le restaurant ambulant).Pour les hommes, les secteurs d‟activités les plus investis sont la maçonnerie et lespetits commerce (comme avoir une table de cigarettes).Un migrant Libérien, nous dit que quand il était en Libye, il était reconnu commeréfugié et percevait son indemnité, alors qu‟en Algérie, il n‟a pas cette chance et de cefait il travaille comme chauffeur de camion pour fruits et légumes.Une camerounaise rapporte les propos suivants : « On a un art culinaire chez nous.De temps en temps je fais des repas africains que je vend aux autres migrants ».Les remises migratoires des subsahariens sont possibles Ils sont 43% à pouvoir envoyer une aide financière à leurs familles. Parmi ceuxqui déclarent envoyer une aide financière à la famille, la majorité (44%) envoie lamoitié du revenu, 34% le tiers, 11% le quart et 11% le cinquième. 7% non 50% 43% oui non rép Figure 8 Envoi d‟une partie de revenu
  • 42. Figure 9 Fraction de revenu envoyé
  • 43. 3.1.2. Caractéristiques socioculturellesDes situations familiales complexes Le portrait socioculturel des migrants subsahariens en Algérie n‟est pas aisé àdéterminer. Les données récoltées méritent donc d‟être traitées avec une extrêmeprudence. Une première esquisse de la situation matrimoniale indique que leshommes sont plus souvent célibataires, et les femmes plus souvent mariées. Lesfemmes sont plus nombreuses dans la catégorie des veuves/divorcées. Ce portraitcache certaines réalités antérieures et complexes. Par exemple, on a relevé descélibataires qui déclarent par ailleurs avoir des enfants au pays. Mieux encore, il y alieu de relever le nombre et la nationalité des conjoints des personnes mariées, enAlgérie ou restés dans le pays d‟origine pour cerner l‟organisation familiale desmigrants. 60% 50% 40% homme 30% femme 20% 10% 0% célibataire marié(e) divorcé(e) veuf(ve) Figure 10. Situation matrimoniale des migrants selon le sexeLes femmes migrantes sont plus instruites que les hommes L‟autre versant du trait socioculturel est celui de la formation ou du niveaud‟instruction. La structure des niveaux selon le sexe est assez significative. Lesfemmes dominent dans les niveaux supérieurs (secondaire et universitaire) parrapport aux hommes. Et nous pouvons observer exactement l‟opposé aux niveauxinférieurs, notamment aux niveaux coranique et primaire, dominés par les hommes. supérieur secondaire femme homme moyen primaire coranique analphabète 0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35%
  • 44. Figure 11 Structure des niveaux d‟instruction selon le sexe (en %).Par ailleurs, le projet migratoire est fortement corrélé avec le niveau d‟instruction.Plus on est instruit, plus l’attraction de l’Europe est forte. Algérie On peut aisément obs erver l‟étroite 45% 40% corrélation entre le projet de Europe 35% migrer et le choix des pays : plus 30% 25% on est instruit, plus l‟attraction de 20% l‟Europe est forte. Et exactement 15% 10% l‟opposé est observé pour le choix 5% 0% de rester en Algérie. Les personnes ayant des niveaux d‟instruction re e en ur re e plus faibles optent pour migrer en èt qu ai ie ai oy ab im r ni nd pé m ph Algérie. ra pr co su co al se anFigure 12. Projet migratoire selon le niveau d‟instruction (%)3.1.3.Conditions de vie - habitations, confort, accès aux soinsLa location, l’hébergement et les squats sont les formes d’habitation dominantes Les modes dhébergement des migrants en Algérie sont désormais connus.Globalement, il existe trois modes principaux: o Le mode le plus dominant est la location; que se soit la location de chambres vétustes ou de vieilles maisons que les immigrés se partagent à plusieurs (47%) ou de chambres dans des hôtels vétustes et peu chers (12%) ou encore de place pour passer la nuit dans les hammams (8%) ou des dortoirs collectifs (3%). o Le deuxième mode est lhébergement chez lhabitant pour 16% des enquêtés. Il sagit surtout des artisans (cordonniers ou brodeurs) qui sont logés chez lemployeur souvent dans un garage ou dans latelier de travail. o Le troisième mode consiste en des squats dans les chantiers de construction.
  • 45. 50 45 40 pourcentage 35 30 25 20 15 10 5 0 am nt l F n i re ir t te ua ti o SD rto i ta hô ta m sq ca ab do si m er lo ha l h iv ez un ch té ci Figure 13 Mode d‟habitation des migrantsA travers les entretiens, il apparaît que les migrants préfèrent être dans des endroitsou ils sont regroupés en communauté, notamment pour les femmes qui louent,généralement, dans les maisons inachevées avec d‟autres femmes quelles soientcélibataires ou mariées. Elles déclarent que les conditions d‟hébergement sontdéplorables: manque d‟hygiène et d‟eau.Une camerounaise rapporte que dans les ghettos, il y a des bagarres et des disputesentre les femmes. Il semble que les hommes exercent beaucoup de violence envers lesfemmes et que ces dernières n‟ont pas la possibilité de s‟en défendre. Chaque femmedoit être liée à un homme pour se sentir protégée, mais certaines femmes qu‟on ainterrogées ne veulent pas être sous l‟emprise d‟un homme et préfèrent sedébrouiller toutes seules. C‟est le cas d‟une nigérienne qui vit a Tamanrasset avec safille et qui a préféré faire le restaurant ambulant et vivre avec une famille nigé rienneet une camerounaise et qui nous rapporte les propos suivants : « les hommes nousfont vivre des choses qu‟on peut pas supporter » et de ce fait elle refuse d‟être avecun homme.Les migrants disposent d’un confort minimum L‟examen des services de base disponibles au sein des logements occupésdonne un éclairage plus précis sur leurs conditions de vie. La majorité des immigrésdispose dun minimum de commodités (eau, sanitaires et électricité) mais elle nedispose pas de gaz de ville et encore moins de chauffage ou despace suffisant. Une deuxième lecture nous fait découvrir que près de 30% ne dispose mêmepas deau ni de sanitaires et plus de 10% de ces personnes ne disposent daucune deces commodités. Il sagit très probablement des squatters de constructions en chantieret de SDF (sans domicile fixe).
  • 46. NON 120 OUI 100 pourcentage 80 60 40 20 0 Eau Sanitaires Eclairage Gaz de ville Chauf f age Espace Figure 14 Niveau de confort des habitationsUn accès restreint aux soins Le système de soins accuse un déficit énorme quand il sagit des immigrés en situation irrégulière. Seuls 22% déclarent avoir accès aux soins. Comment cette minorité fait-elle pour accéder aux soins ? Comment se débrouille limmense majorité des personnes en cas de maladie ? Voilà des questions fondamentales du point de vue des droits de lhomme qui mériteraient dêtre approfondies dans des études ultérieures. 22% non oui 78% Figure 15 Accès aux soinsLa violence quotidienne dans les relations hommes-femmesIl est à signaler que le fait que les femmes soient en Algérie loin de leurs familles quipourraient les protéger, elles se trouvent dans une situation de vulnérabilité et sontsouvent victimes de violence de la part de leurs compatriotes hommes. A propos de cette question, une camerounaise a relaté qu‟elle a été agressée par unvoisin a elle : « Hier un voisin a porté la main sur moi à l‟absence de mon mari et de
  • 47. mon frère, mais on est pas venu tous pour la même cause, moi c‟est un échec duparcours. Mais en Algérieparce que nous ici les hommes nous maltraitent beaucoup surtout quand on estéloignés de nos familles, donc ils se disent qu‟ils peuvent tout nous faire, et rien nepeux leur arriver. Par exemple, le père de mon enfant me dit souvent: "je peux te tuerici en Algérie, ta famille ne me connais même pas, je peux te faire n‟importe quoi je tetuer et après je fuit et je part. Ni les algériens, ni les camerounais de ta famille nesavent que je suis avec toi. Personne ne va me voir le faire. Je te tue et je m‟en vais" ».Une migrante congolaise a quitté le Congo avec sa fille, atteinte d‟une déficiencementale, nous a raconté : « Tamanrasset, il faisait très chaud, moi je ne supporte pas,chez nous on a deux saisons il fait 25°-26°. J‟ai trop de soucis, je ne mange pas bien,je souffre beaucoup, on boit l‟eau du puit, c‟est sale, je ne supporte pas de prendrel‟eau du puit. Ca me demande beaucoup d‟efforts, je suis malade et ça me rendnerveuse. Chaque jour je sors, je manque de sous, Il faut que j‟aille mendier à lamosquée et ce n‟est pas la vie que j‟avais chez moi ».3.2. Motivations et itinéraires de la migration subsaharienne Cette radioscopie est loin d‟être exhaustive. Les données de l‟enquêtepermettent une multitude d‟analyses approfondies. Nous proposons quelquesrepères essentiels autour des motifs de l‟immigration et des destinations projetéesdes migrants subsahariens.. Puis, nous porterons un regard sur les itinéraires desmigrants à travers les portes d‟entrée (principales et secondaires), à travers l‟Algérie,le Mali et le Niger. Ensuite, nous détaillerons les souffrances endurées pendant levoyage, un voyage pour certain encore inachevé.3.2.1. Motifs d’immigration destinations et profils de migrantsLes facteurs qui poussent les subsahariens à émigrer vers l‟Algérie ou vers l‟Europevia l‟Algérie sont multiples mais les plus récurrents sont d‟ordre économique :chômage, revenus insuffisants pour couvrir les besoins du concerné et de sa familleet manque de perspectives socioéconomiques. Ces trois facteurs regroupent à euxtrois près de 93,5% des réponses. Le facteur « problèmes de sécurité » compte à peineplus de 6,5% des réponses. Il concerne les migrants qui ont fuit leurs pays à cause dela guerre civile ou de troubles politiques tel les Congolais de RDC par exemple, leLibéria ou la Côte d‟Ivoire.
  • 48. 50 45 40 pourcentage 35 30 25 20 15 10 5 0 Chômage Revenu Manque de Pb de sécurité insuffisant perspectives Figure 17 Motifs de la migrationL’Algérie devient un pays de destination et non uniquement de transit vers l’Europe Si on examine les destinations ciblées, nous constatons que la proportion desubsahariens désirant vivre en Algérie est loin d‟être négligeable puisque 57%d‟entre eux s‟inscrivent dans ce projet alors que 43% ambitionnent de partir enEurope ou ailleurs (autres pays du Maghreb, Canada, Australie). Cette premièrelecture suggère que l‟Algérie est désormais un pays d‟immigration et pas seulementun pays de transit vers l‟Europe. Si on compare les hommes et les femmes on relève des tendances contraires.Une plus grande proportion d‟hommes veut s‟installer en Algérie (58,3%) alors queseul 49,6% des femmes cible l‟Algérie comme destination. Ailleurs Figure 18 Europe Destinations ciblées des Algérie migrants subsahariens 0 10 20 30 40 50 60 pourcentage La distribution par catégorie d‟âge montre clairement que la destination« Europe » est dominante par rapport à la destination « Algérie » jusqu‟à l‟âge de 40ans. Elle décline progressivement à partir de 41 ans et plus nettement pour les plusde 50 ans au profit de la destination Algérie. L‟Europe serait donc prisée surtout parles plus jeunes et plus ils avanceraient en âge plus ils renonceraient à affronter lesdifficultés et les risques d‟un départ pour s‟installer finalement en Algérie. C‟est unehypothèse qui mériterait d‟être vérifiée par une étude plus ciblée.
  • 49. 40 35 30 25 Algérie % 20 Europe % 15 10 5 0 < 20 21 à 25 26 à 30 31 à 40 41 à 50 > 50 ans ans ans ans ans ans Figure 19 : Destination selon l‟âge Le niveau scolaire semble également influer sur le choix de la destination.Apparemment plus les gens sont instruits plus ils choisissent l‟Europe commedestination. La situation familiale est un autre facteur qui influence le choix de ladestination. Un plus grand nombre de célibataires font le choix de l‟Europe commedestination alors qu‟un plus grand nombre de personnes mariées préfèrent rester enAlgérie. Ces résultats ont permis didentifier trois types de migrationssubsahariennes. 45% 40% 35% 30% 25% Algérie 20% Europe 15% 10% 5% 0% re e en ur re e èt qu ai ie ai oy ab im r ni nd pé m ph ra pr co su co al se an Figure 20 : Destination selon le niveau scolaireEnfin la nationalité différencie nettement les deux choix de destination. Lesressortissants des pays frontaliers, surtout les nigériens mais aussi les maliensdésirent, dans une bonne proportion rester en Algérie. Les ressortissants des paysnon frontaliers ont plutôt tendance à utiliser l‟Algérie comme pays de transit versl‟Europe.Ces résultats ont permis didentifier trois types de migrations subsahariennes:
  • 50. La migration de transit: elle concerne les personnes qui traversent le territoirealgérien par voie terrestre et se fixent momentanément dans les grandes villescôtières pour y travailler et accumuler suffisamment dargent pour payer les passeurset tenter laventure vers lEurope. Ce type de migration sest accentuéconsidérablement ces dernières années jusquà défrayer la chronique et préoccupersérieusement les pays du nord (notamment lEurope). La migration pendulaire: traditionnelle, elle a toujours existé, notamment au sud du pays où les frontières nont jamais vraiment empêché une circulation des personnes entre lAlgérie et les pays limitrophes (Mali, Niger, Mauritanie) au gré des saisons et des activités. La migration durable: Cest un phénomène qui a toujours existé, dans les grandes villes du sud algérien comme Tamanrasset mais à petite échelle. Les candidats à ce type de migration finissaient par se fondre dans la population autochtone pour sy intégrer totalement. Ce qui est récent, cest que ce type de migration prend des proportions de plus en plus importantes et tend à s‟observer sur l‟ensemble du territoire Algérien. Des vagues successives de personnes, fuyant des phénomènes comme la misère, la sécheresse, la famine et parfois la guerre qui sévissent dans les pays du Sahel, remontent vers le nord, à la recherche de conditions de vie plus clémentes. Les frontières de lEurope devenant de plus en plus difficiles à franchir, beaucoup de personnes, après plusieurs tentatives infructueuses ou après plusieurs refoulements, finissent par se résigner à sinstaller dans le nord du Maghreb. Ce phénomène est susceptible de saccentuer dans les années à venir.Toutes ces informations sont confirmées par les migrants lors des entretiens de récitde vie.A cette difficulté de prendre la famille en charge se rajoute des éléments desouffrance personnelles et qui a notre avis et le premier éléments déclencheurs de ladécision de quitter le pays;Un migrant rapporte qu‟il a perdu sa femme et ses enfants dans la guerre, unemigrante nous parle de maltraitance qu‟elle a subi de la part de son deuxième mari etd‟autres rapportent la fuite suite a la guerre et des conflits les opposants à desidéologies différentes.D‟ailleurs, une migrante camerounaise a quitté sa famille pour venir travailler (elleest coiffeuse) a rapporté les faits suivants : « j‟ai vu la situation je me suis dite quepeut être ailleurs, tu peux te trouver un petit travail, tu peux te faire des économies,et rentrer chez toi. Au Cameroun, pour le moment ça ne marche pas, y a trop decoiffeuses ».Un migrant Guinéen a déclaré que : « je suis né a Conakry, je viens d‟une famille trèspauvre, ce qui m‟a poussé à sortir a l‟aventure c‟est pour aider ma famille».
  • 51. Anièce, une camerounaise rapporte les faits suivants : « Non je ne suis pas partie duCameroun parce que c‟était la misère c‟et faux, je suis même pas partie duCameroun parce que j‟aime m‟installer en Algérie. Je suis partie du Cameroun parceque j‟étais trop touché par la sorcellerie peut être ça vous ne le connaissez pas icimais en Afrique noir ça y a beaucoup, alors c‟était pour moi le moment de quitter lemauvais œil ».Alors qu‟une autre camerounaise : « J‟ai décidé de partir parce qu‟on avait pas demoyens, et la vie était très difficile, même moi je ne partais pas à l‟école, y‟avait pasles moyens on ne pouvais pas payer ».Nous avons recueilli les propos suivants : « Mon mari m‟a poussé de sortir, je suisvenue ici dans l‟aventure. Quand même, à mon âge, je ne sais pas comment fairepour nourrir mes enfants parce que avec lui il m‟aidais à les nourrir, et comme j‟aipersonne ne serait ce que pour les faire manger je suis obligée d‟aller et de chercherlà ou je pourrais avoir un peu de moyens pour subvenir aux petits besoins de mesenfants. Rester au Cameroun sachant qu‟il est là et peut me causer des problèmes. 15ans de vie ce n‟est pas 15 jours ».Un camerounais nous a confié les propos suivants : «Je chante et partout ou ça sepasse les gens apprécient. Un jour le gouvernement a décidé de réprimer cemouvement et les leaders du mouvement ont fuit de leur coté. Oui pour fuir cetterépression, m‟installer dans un pays ou je serais plus libre là ou je serais plus fière demoi-même et pouvoir m‟exprimer et exprimer pour ceux qui sont autours de moi etpour ceux qui vivent dans les mêmes conditions que moi alors là il y a pas desolution, je veux aller dans un pays européen et je n‟ai pas les moyens de le faire ».«J‟ai quitté mon pays à cause de la guerre. J‟étais le chef des rebelles, et si je nepartais pas avec eux pour combattre je serai tué donc je n‟avais pas le choix soit jeregagne les camps de rebelles soit je serai tué ».En conclusion:Les motifs de départ semblent assez variés, mais il nen demeure pas moins que lemotif économique (subvenir à ses besoins et ceux de sa famille) reste le plusfréquent et le plus commun. Mais souvent, notamment pour les femmes, cestlassociation dun échec familial (divorce par ex.) et de difficultés de subsistancequi les poussent à tenter leurs chances ailleurs.
  • 52. 3.2.2. Itinéraires des migrants subsahariensLAlgérie, pays de transit des migrants subsahariens vers lEurope, devient de plusen plus un pays de destination. Ces migrants, nutilisent que très rarement les côte salgériennes (Beni Saf surtout) pour traverser la méditerranée, mais franchissent lesfrontières Nord-Ouest (Maghnia), pour atteindre le Maroc ou les frontières Est etSud-Est (Deb Deb et Djanet) pour arriver en Tunisie ou en Libye. Nous décrironsdans ce travail, les portes par lesquelles les migrants subsahariens accèdent àlAlgérie; les itinéraires quils prennent pour leurs destinations respectives; lesitinéraires dans les territoires malien et nigérien doù transitent presque 98% desmigrants subsahariens avant dentrer en Algérie et enfin nous retracerons leschemins privilégiés quempruntent les migrants originaires dAfrique Centrale etdAfrique occidentale. Principales portes dentrée en Algérie utilisées par les migrants subsahariens Il existe trois principales portes dentrées des migrants subsahariens en Algérie. Les portes de In guezzam à la frontière nigérienne et celle de Tinzaouatine et de Bordj Badji Mokhtar à la frontière malienne. C‟est par ces portes que passe l‟essentiel des migrants subsahariens clandestins ou réguliers; qu‟il s‟agisse de nouveaux migrants, de refoulés ou de personnes pratiquant la migration pendulaire. Les portes d’entrées secondaires empruntées par les migrants subsahariens Ce sont les endroits où passent les migrants refoulés de la Libye, de la Tunisie et du Maroc et ceux qui essayent de changer de cap après leurs échecs dans leurs traversées à partir des autres pays du Maghreb en particulier la Tunisie, le Maroc ou la Libye. Les migrants revenant du Maroc se retrouvent à Maghnia, ceux revenant de la Tunisie ou de la Libye sont refoulés respectivement par Deb Deb ou par Djanet.
  • 53. A/. Itinéraires des migrants subsahariens à l’intérieur du territoire algérienLes migrants clandestins subsahariens empruntent plusieurs itinéraires à l‟intérieurdu territoire algérien. Ces itinéraires dépendent principalement des destinationsprévues par les migrants mais ils peuvent être modifiés en fonction de la conjonctureet des informations obtenues sur les mouvements des services de sécurité et d‟immigrationalgérienne.Toutefois, il existe 4 principaux itinéraires.A1/. Itinéraire In Guezzam-Tamanrasset-GhardaiaEn entrant par In Guezzam, la plupart des migrants passent par Tamanrasset avantde continuer sur In Salah, puis Ghardaïa en passant par El Goléa pour continuer plusau Nord. D‟autres moins nombreux vont de Ain Salah à Ouargla.De Ghardaïa, il y a ceux qui vont à Alger et ses environs, Blida… etc. Ceux qui vont àl‟Ouest (Oran puis Tlemcen et Maghnia) et ceux qui vont à l‟Est (Biskra puisConstantine et Annaba).A2/. Itinéraire Tamanrasset-Djanet C‟est le chemin privilégié des migrants subsahariens se rendant en Libye et parfoisen Tunisie via l‟Algérie. En outre, ceux qui arrivent par Illizi prennent également lechemin. Par ailleurs, les refoulés de la Libye et de la Tunisie, ainsi que ceux qui seredéploient à partir de ces pays, entrent en Algérie à partir de Djanet ou de Deb Debpour regagner les villes du nord de l‟Algérie via Illizi, Ouargla et Ghardaïa. Il fautnoter aussi que c‟est l‟un des plus durs chemins pour les migrants à cause de larestriction des déplacements clandestins dans les régions de Djanet, Illizi et InAmenas.A3/. Itinéraire Bordj Badji Mokhtar-AdrarLes migrants qui entrent dans le territoire algérien par là, prennent en général ladirection de Regane, puis Adrar et ensuite Ghardaïa d‟où ils rencontreront ceuxvenus de Tamanrasset ou de Djanet et Illizi. Ils remontent ensuite vers les villes duNord via Ouargla et Ghardaïa comme pour le cas de l‟Itinéraire Tam-DjanetA4/. Tinzaouatine-TamanrassetDe Tinzaouatine les migrants remontent jusqu‟à Tamanrasset pour soit continuer surDjanet, Illizi, soit pour remonter vers les villes du Nord par les mêmes voies quel‟itinéraire de In Guezzam-Tam –Ghardaïa.B/. Itinéraires des migrants subsahariens dans le territoire nigérienLes migrants à l‟intérieur du Niger, convergent vers Agadez et Arlit, les deuxdernières villes avant la frontière algérienne. Généralement, les migrantssubsahariens non nigériens, pénètrent dans ce pays par Niamey la capitale,notamment ceux provenant du Burkina Faso et du Mali. Ceux qui viennent des
  • 54. régions côtières de l‟Afrique de l‟Ouest entrent principalement par Gaya Maradi etZinder. Tahoua est empruntée par ceux qui viennent du Nigeria et de l‟AfriqueCentrale.C/. Itinéraires des migrants subsahariens dans le territoire malienLa plupart des migrants subsahariens non maliens passent par Bamako avant deremonter jusqu‟à Gao, puis Kidal pour franchir la frontière algérienne àTinzaouatine. Ceux qui passent par Gao puis Kalil traversent la frontière algérienne àBordj Badji MokhtarL‟écrasante majorité des migrants subsahariens provenant de l‟Afrique de l‟Ouest etde l‟Afrique Centrale, transitent soit par le Niger soit par le Mali pour atteindrel‟Algérie.3.2.3. Financement du voyageCi-dessous quelques éléments qui ressortent des entretiens avec les migrants dedifférentes nationalités.La plupart des migrants ont été soutenus dans le financement de leur voyage par lesmembres de leurs familles et notamment par les parents.- Un Nigérien rapporte « C‟est mes parents qui m‟ont soutenu au Niger parce que làbas on a "les sources" et aussi sa mère a des troupeaux "Oui parce qu‟on a lestroupeaux".Il faut signaler que certains migrants sont obligés de payer leur voyage par tranches.Ils font le voyage par étapes en essayant de travailler pour financer létape suivante.Une migrante nigérienne nous a raconté que du Niger à Asamaka c‟est elle qui apayé le voyage, l‟équivalent de 400 DA mais là, elle était obligée de travailler pourpayer Asamaka à Tamanrasset.Un camerounais nous a informé que c‟est son père qui lui a financé le voyage duCameroun au Tchad et pour les autres déplacements c‟est sa mère, sa grande soeurou des amis qui sont à l‟étranger ( envois par le biais de Western Union).Une camerounaise rapporte ce qui suit : « Pour Kotono- Bamako c‟était 225 DA plusles baguages à 100 DA. En route il faillait payer 100 DA à chaque frontière et aussi onnous demande tout le temps de l‟argent (ça c‟est pour les policiers, ça c‟est pour tel,et ça c‟est pour tel), en tout cas beaucoup d‟argent en route. Je bossais…. je pouvaisavoir aussi de papa je collecte et puis on continu. Il nous envoyais par la banque"Western Union" ».Une autre camerounaise a quitté son pays à cause des problèmes qu‟elle a eu avecson mari suite à une stérilité secondaire. Nous avons collecté ses propos « Parce que,vous savez, quand on se prépare à quitter notre pays et que tu dois te débrouillerdans un autre pays tu fais quand même des petites économies, ne serait ce que pourle voyage. J‟avais une somme de 120.000 francs français (150euros) ça m‟a permis detransiter. »Un jeune Togolais qui a quitté son pays à cause des conflits liés aux électionsprésidentielles a rapporté qu‟il fait des économies pour payer son voyage et qu‟ilsouhaite être soutenu par le HCR dans le cadre de l‟aide par le travail pour lesréfugiés.
  • 55. Un nigérien âgé de 33 ans a fait un prêt chez le copain à son père. Deux migrants ontrapporté qu‟ils ont financé leur voyage par leur propre moyen (une camerounaiseavait un commerce et un nigérien avait des champs chez lui). C‟est le cas aussi d‟unnigérien qui déclare avoir vendu une partie du terrain familial. Il a laissé une partiepour sa famille et avec ce que lui a rapporté le reste, il a payé le transport pourTamanrasset.Conclusion: Les moyens de financements sont assez variés mais la famille estsouvent présente pour aider à financer ne serait-ce quune étape du voyage. Pour lereste, le migrant se débrouille souvent pour travailler et économiser largentnécessaire.3.3. Le vécu des migrants3.3 .1. Souffrir pour arriver à destination L‟un des éléments extrêmement novateurs de cette étude est certainement lamise à nu de l‟ensemble des types de souffrances vécues par les migrants lors de leurvoyage. Cette liste est hiérarchisée selon les fréquences des données. En tête de liste, c‟est la grande fatigue, suivie immédiatement de la faim et dela soif. Ce qui n‟est pas surprenant en fait pour la traversée du désert. Sur le chemin,de longues escales s‟imposaient. L‟insécurité, l‟absence d‟hygiène compliquentd‟avantage les conditions du voyage. Non seulement, ils ont eu à faire face auxvoleurs et à des agressions, mais ils ont également été traqués, parfois arrêtés, sinonrefoulés par la police. Il est important de signaler que le nombre d‟agressionssexuelles nous semble sous-estimé en raison de l‟inaccessibilité aux femmes lors del‟enquête mais également à leur réticence légitime d‟aborder de type de souffranceavec des personnes (enquêteurs) qu‟elles ne connaissent pas suffisamment pourpouvoir se confier.
  • 56. Figure 21 Hiérarchisation des types de souffrances vécues pendant le voyage A travers les entretiens, il apparaît que les événements les plus marquants seconstituent essentiellement de la fatigue, de la faim et de la soif. Sur le chemin, delongs périples s‟imposent. L‟insécurité et l‟absence d‟hygiène compliquentd‟avantage les conditions du voyage. Non seulement, ils ont à faire face à des vols età des agressions, mais aussi ils sont souvent traqués, parfois arrêtés, voire refouléspar la police. Nous avons constaté à travers les récits de vie que ces observations sontconfirmées. Selon les cas interrogés, certains déclarent avoir vécus des événementstraumatiques tel que le fait d‟avoir été abandonnés dans le désert par les passeurs, demarcher des kilomètres pendant des jours, de ne pas manger, d‟avoir souffert de lasoif, de vivre un viol, d‟avoir des soucis de santé et de voir certaines personnesmourir devant leurs yeux.Un nigérien nous a informé qu‟une fois il a pris le transport à partir d‟Aghlit avecune vingtaine de personnes et puisqu‟ils n‟avaient pas de papiers c‟était un fraudeurqui devait les ramener mais il les a abandonné à 80 km de la ville. Ils ont passés troisjours dans le désert sans manger et sans boire. A ses dires, ils étaient une vingtaine
  • 57. mais cinq personnes seulement ont pu arriver à leur destination, les autres sontmorts en cours de route.En plus de ces événements se rajoutent d‟autres liés aux refoulements des et sesconditions des plus pénibles. Deux migrants interrogés (une nigéri enne et uncongolais) ont soulevé les conditions très pénibles dont lesquelles les refoulements sefont.Une migrante camerounaise a quitté son pays du fait qu‟elle avait une stérilitésecondaire et était maltraitée par son mari (avait 2 enfants d‟un pre mier mariage)rapporte qu‟elle n‟a pas vécu des situations traumatiques lors du voyage. Par contre,une autre migrante de la même nationalité qu‟elle est venue avec sa fille qui souffrede déficience mentale. Cette dernière a subi un viol et ce dans une pé riode ou samère était hospitalisée.Une camerounaise rapporte les propos suivants : «on a même failli mourir dans ledésert, on a fait quatre jours, quand nous sommes arrivés l‟eau était déjà fini …on autilisé ce qui restait comme eau pour le mettre dans la voiture. Et puis,…il y a eu leguide. Il est mort. Ils l‟ont découvert mort dans le désert ». Un libérien a subi, en plus du refoulement, plusieurs arrestations et a fait la prison àdeux reprises. Un nigérien qui est venu nous voir avec sa femme et ses deux enfants nous ainformé qu‟il a subi des refoulements mais qu‟il n‟a jamais vécu d‟événementstraumatiques. Cependant, il est affecté par un accident de la circulation qu‟il a eu etqui la rendu handicapé pendant plusieurs années. Nous avons retenus les propossuivants : «…la voiture portait vingt personnes…c‟était un petit camion avec unebenne, c‟était la nuit, une nuit très noire, très obscure et la voiture a fait un accident.Certains rapportent que des policiers leur ont fait subir un mauvais traitement,d‟ailleurs un migrant rapporte les propos suivants : "chacun doit trouver un troudans les rochers …j‟ai décidé de garder mes affaire (sac) sur moi, lorsque je serairefoulé à Tinzawatine, je préfère avoir le minimum, avec moi ».Une migrante rapporte que même si elle rentre chez elle au Cameroun, ellecontinuera à souffrir car ce qu‟elle a vécu risque de la marquer toute sa vie : « je nevais pas faire les mêmes choses, je vais changer mais ça reste la souffrance. Si moi jevais remettre mes pieds chez moi je vais ressentir la souffrance comme ça dans la viequ‟on vit: passer des heures tu risques la mort, on te laisse, on te passe aurefoulement, tu pars au ghettos, le ghetto c‟est le carton, en hiver tu tombes malade,tu ne peux pas travailler, tu penses, ça c‟est la souffrance ».Le rapport 2005 d‟Amnesty International indique : " Des centaines de migrants,originaires pour la plupart d‟Afrique subsaharienne, ont été arrêtés et expulsés.Certains ont affirmé que les forces de sécurité avaient fait une utilisation excessive dela force au moment de leur interpellation ; d‟autres se sont plaints d‟avoir été torturésou maltraités en détention. Deux Nigérians morts au mois d‟avril auraient été abattuspar les forces de sécurité".Le même rapport note que " beaucoup d‟entre eux, qui fuient leur pays en conflit,n‟ont pas toujours la garantie de pouvoir matériellement bénéficier de lareconnaissance du statut de réfugié et de voir examiner leurs demandes d‟asile avantd‟être reconduits à la frontière ". Il n‟y aurait pas d‟informations claires sur le statut
  • 58. des réfugiés parmi les autorités chargées du contrôle de l‟ordre public, des frontièresaériennes, maritimes, terrestres et les autorités judiciaires ".Conditions de refoulements :En posant des questions sur le refoulement et ses conditions, nous avons retenu lespropos suivants d‟un camerounais:- « les toilettes dans les cellules du refoulement sont en plein air, si vous voulez vousmettre à l‟aise, il faut le faire devant tout le monde, pas d‟intimité. Peut- être qu‟onaccorde encore quelques faveurs aux femmes, on les emmène dans les bureaux, maisles hommes ça se passe devant tout le monde, je sais pas si vous comprenez. Le painparfois, un peu le matin un peu le soir, un carton de lait pour 05 personnes pendant02 jours ».« C‟est des camions à bétails,... oui, ça c‟est pas pour les hommes, c‟est pour le bétail.On nous prend, on nous jette derrière, on ferme. Si tu veux uriner, tu vas uriner àl‟intérieur, si tu veux faire les selles, tu vas faire ça à l‟intérieur, c‟est lamentable". « On quitte le plus souvent vers 22 heures, on prend une pause en plein milieu dudésert vers 06 heure – 07 heures le matin, 45 minutes maxi et on arrive à12 heure(midi)».Un congolais raconte qu‟il a été refoulé 5 fois depuis 2005 et porte un regard trèscritique à l‟égard du HCR, il trouve que certains agents fonctionnent avec lacorruption et vendent les certificats de réfugiés à 300 euros ou 400 euros et que s‟ilavait de l‟argent il n‟aurait pas subi tous ces refoulements. Quant aux activités qu‟ilavait fait avant ses refoulements, il dit qu‟il a travaillé à Tamanrasset pendant 2 moiset qu‟il percevait une indemnité journalière de 300 DA.
  • 59. 3.3.2. Les perceptions des migrants Les perceptions des migrants découlent directement de leurs expériences vécuesen Algérie. Elles recouvrent deux volets : comment perçoivent-ils les algériens ?Comment pensent-ils être perçus par les algériens ? Les réponses à ces deux questions pourraient constituer des indicateurspsychologiques assez pertinents du degré d‟intégration de la populationsubsaharienne parmi les autochtones ou, au contraire, refléter leurs difficultésrelationnelles avec ces mêmes autochtones.Perception des algériens Plusieurs qualificatifs négatifs sont utilisés par les migrants pour signifier leursperceptions des algériens. Du plus fréquent au moins fréquent on trouve : racistes ouxénophobes, agressifs, désagréables, méprisants et mal intentionnés. Mal intentionnés Méprisants Sans réponse Désagréables Comportements humains Comportements agresssifs Racistes, xénophobes 0 5 10 15 20 25 30 Pourcentage Figure 22 Perceptions des Algériens d‟après les migrants Si on regroupe toutes les personnes qui ont donné au moins une desappréciations négatives représentées dans la figure 22, on peut constater qu‟unegrande majorité de migrants est dans ce cas de figure. A l‟inverse, les appréciations positives des subsahariens représentent moins de21%. Enfin, 10% ne se prononcent pas.Etre perçu par les Algériens Ce volet complète bien le précédent. Il représente la perception sociale de soi.C‟est du moins la manière dont ils croient être perçus par les Algériens. Là aussi, cesont les appréciations négatives qui dominent telles que : misérable avec près de 29%de fréquence, esclave (près de 18%), sous homme (12%), étranger, trafiquant, animal,
  • 60. porteur de maladies et enfin mal éduqué. Les appréciations positives ne dépassentpas 8,2%. mal éduqués porteurs de maladies animaux trafiquants et malfaiteurs étrangers sans avis particulier perceptions positives sous hommes esclaves mésirables , nécéssiteux 0 5 10 15 20 25 30 Pourcentage Figure 23. Perceptions des migrants par les Algériens. Si on considère ces perceptions comme des indicateurs du mal être desimmigrés subsahariens dans le contexte algérien, il semble important d‟approfondircette analyse en essayant de comprendre quel regard porte la population algériennesur ces personnes.3.4. Perspectives et projets d’avenir : le piègeLa recherche quantitative de la SARP fait découvrir que les subsahariens sontpartagés presque à parts égales entre ceux qui veulent vivre en Algérie et ceux quivisent à partir en Europe ou ailleurs (autres pays du Maghreb, Canada, Australie).Déjà, cette première lecture suggère que l‟Algérie est désormais un paysd‟immigration et pas seulement un pays de transit vers l‟Europe.En ce qui concerne les projets d‟avenir, les quatre femmes interrogées déclarent leursouhait de rentrer chez elle mais posent toute la difficulté à avoir de l‟argent pour lefaire. Il semble q‟elles se retrouvent dans une sorte de piège. Pour illustrer ce souhait,nous rapportons les propos suivants :
  • 61. - « on a pas d‟économies, surtout si tu te trouves avec un bébé comme moi, cesconditions on ne peut pas les supporter… .parfois tu veux bien rentrer mais rentrercomment ? »-« Je préfère rentrer et aller faire la plantation chez moi et subvenir aux besoins demes enfants que de rester ici les bras croises ».- "Pour le moment, mon projet est stand baye, mais qui sait si jamais je trouvequelque chose à faire pour faire mes économies…je rentre ».« Pour le moment, j‟ai pas de projet, je ne vois pas le bout du tunnel, je vois tous noir, vous voyez un peu, donc si je voyais clair je peux vous dire j‟ai un projet,maintenant, je peux engager un projet, mais j‟en ai pas pour le moment »(congolais).- Une congolaise déclare : « Je ne peux pas rentrer… j‟ai tout perdu, toutes mesrichesse, la maison. Si ma fille n‟avait pas de problèmes et si elle était capable deprendre en charge, je chercherai du travail, parce que les femmes algé riennesn‟acceptent pas que je travaille et que je ramène le bébé avec moi ».- Depuis qu‟il a perdu son épouse, un nigérien qui a voyagé avec ses neuf enfants setrouve dans une impasse, car il ne peut pas rentrer chez lui parce qu‟il n‟a pas lesfrais du transport, il nous dit « j‟encaisse l‟échec, je veux rentrer mais je ne peuxpas ».- « Il faut les moyens, tout les pays que jai traversé jai cherché de quoi faire pouravoir un peu de sous, Nigeria, Niger »- Une nigérienne rencontrée à Tamanrasset avec sa fille, nous expliquequ‟actuellement elle se trouve confrontée à des difficultés financières et de ce fait, n‟apas de projet dans l‟immédiat.L‟Europe, le retour au pays d‟origine ne sont pas toujours le souhait des migrantsinterrogés car certains d‟entre eux souhaitent aller dans un pays africains, rester enAlgérie ou aller au Sénégal par exemple.- Un Tchadien souhaite aller au Sénégal s‟il ne parvient pas à trouver du travail àAlger.- Un camerounais exprime sa position ambiguë par rapport à lEurope: « L‟Europec‟est vrai ça, ça me tente mais pas tellement quoi, pas tellement, ça tente mais ça veutdire que si l‟occasion se présente je vais pas cracher dessus ».Pour payer son déplacement, un togolais dit quil a fait des économies. Il ne veut pasaller en Europe, il veut juste être aidé par le HCR dans le cadre du MGR, cest-à-direle travail pour les réfugiés, pour pouvoir économiser un peu d‟argent et rentrer chezlui avec "quelque chose dans la main".Plusieurs déclarent être dans une situation de blocage en Algérie et ne peuvent paspayer le voyage pour rentrer chez eux.Par contre, dautres ont déclaré leur souhait de continuer la traversé vers l‟Europe, encomptant bien sur un parent, un ami une fois arriver la bas.Pour les pays ou qui des guerres (Congo, Libéria par ex), la population qui émigrerapporte qu‟elle est en difficulté pour revenir à cause de l‟insécurité mais leurs payssont "vidés de leurs ressources et de ce fait les personnes n‟espèrent plus avoir leurchance si elles rentrent.
  • 62. Il semble que la plupart des migrants sont soutenus, dans les moments de difficultéspar leurs familles, même si, celles-ci sont souvent en difficulté dans le pays d‟origineConclusion :Ce qui ressort des différents récits, c‟est le fait que les personnes qui quittent leurspays quelque soit leur nationalité ne le font pas parce qu‟elles veulent s‟aventurer ouse suicider comme certains le pensent mais ce sont des personnes qui ont vécus, assezsouvent, dans le pays d‟origine, des situations personnelles traumatiques associées àdes difficultés socioéconomiques quils ne peuvent plus supporter. Alors, dans unsursaut de survie, ils essaient de tenter leurs chances ailleurs.
  • 63. CHAPITRE IVLA MIGRATION SUBSAHARIENNE AU FEMININ
  • 64. Bien que nous nayons pas fait détude spécifique sur les femmes et que le nombre defemmes atteint par notre étude soit assez réduit, nous tentons, dans ce chapitre, dentirer les grandes tendances qui pourraient servir à la réflexion et à une recherche plusspécifique. Les expériences faites dans d‟autres continents, la migration des femmes asiatiquesvers le monde arabe, et la migration des femmes latino en Europe, ont constaté deséléments qui peuvent expliquer l‟incidence du genre sur la migration.Dans la revue BRIDJE (3), une revue des recherche sur la migration féminine dans lestrois continents exportateurs de migrants, on trouve plusieurs questionnements etobservations.Le genre détermine, qui migre, pourquoi et comment ? La décision est prise et lamigration influence : les impacts de la migration sur les migrants eux-mêmes, lesrégions d‟origines et de destinations.Les migrations influencent, les relations entre les sexes, qu‟elles renforcent lesinégalités et les rôles traditionnels ou les remettent en question et les transforment.L‟expérience vécu des individus selon qu‟ils appartiennent à l‟un ou a l‟autre sexe estau cœur des formes que prennent les migrations, de leurs causes et de leursconséquences, les rôles sexospécifiques, les relations et les inégalités entre les sexesdéfinissent en partie qui migre, comment pourquoi et pour quelle destination. (3).Comment se présente la migration subsaharienne féminine en Afrique vers ou àtravers l‟Algérie par rapport à celles des hommes du même continent ?4.1. Pourquoi la migration se féminise de plus en plus ?La féminisation des flux migratoires s‟est accentuée depuis les années 90. Sur 191millions de migrants internationaux recensés en 2005, 94.5 millions sont des femmes.Les femmes représentent également la moitié des 12.7 millions de réfugiés dans lemonde.D‟après FATOU SHOW (5page 9) la migration féminine n‟est pas différente dans cesraisons de celle des hommes. Elle a comme principales raisons : - Une crise économique et les aléas du développement. - Les crises politiques et la désintégration des appareils d‟état. - Les crises environnementales, sanitaires et endémiques.Honoré Minche, Henri Yambéné et Yve Zao Zao chercheurs en CNE-MINRESI auCameroun: " La féminisation des migrations clandestines en Afrique noire". Legroupe de chercheurs explique que la migration clandestine féminine est liée à un
  • 65. environnement global qu‟il faut prendre en considération: processus démocratiquedéfaillant dans les pays d‟Afrique, économie formelle au point mort, crisesintrafamiliale, interethniques et militaro-politiques, guerres civiles et persécutionsdiverses, globalisation mais aussi mutation sociale.Les femmes migrantes sont particulièrement vulnérables à l‟exploitation, auxdiscriminations et aux abus. Elles constituent, en effet, une main d‟oeuvre bonmarché, occupant des emplois exigeant et peu gratifiants. Beaucoup sont aussiexposées aux violences et à la prostitution.Leurs parcours renforce aussi la transformation des rôles publics et privéstraditionnels entre hommes et femmes. (1). Dans les récits de vies les femmes parlentaussi de la féminisation de la migration :Psy: pour quoi maintenant de plus en plus y a des femmes ? Est-ce que un changement dansleur pays a permis aux femmes de se décider, ou est ce que y a autre chose ?Psy: pour quoi maintenant de plus en plus y a des femmes ? Est-ce que unMigrante came rounaise:paysje me dis que c’est d’abordde se décider, ou est ce que y achangement dans leur moi a permis aux femmes les conditions de nos pays, d’abordil n’y a pas le travail. Avant, mon papa, quand il s’est marié, la vie était facile. Maintenantautre chose ?pour que l’homme t’épouse y a une demande au prêtre mais il faut toujours les moyens pourfaire ces choses là, alors s’il n’y a pas le travail il n’y a rien, l’homme ne peut pas t’épouser.Surtout chezmoi je dansdis que c‟est d‟abord coûte chère c’est pas comme chez vousilici oùMigrante : nous, me notre pays, la femme les conditions de nos pays, d‟abord n‟y aen Europe. ChezAvant, mon papa, quandlailfemme, on doit la doter, peut être Maintenantpas le travail. nous on donne la dote de s‟est marié, la vie était facile. a 2000 € ladote seulement, et pourt‟épouse y 2000 € dans notre pays prêtre mais il faut toujours lespour que l‟homme trouver ces a une demande au …moyens pour faire ces choses là, alors s‟il n‟y a pas le travail il n‟y a rien, l‟homme nePsy : c’est à dire tu dois les donner à sa famille ? notre pays, la femme coûte chère c‟estpeut pas t‟épouser. Surtout chez nous, danspas comme chez vous ici où en Europe. Chez nous on donne la dote de la femme, onMigrante : Oui, et la famille va te demander une liste: on veut un mouton,ces 2000 € dansdoit la doter, peut être a 2000 € la dote seulement, et pour trouver ou un bœuf, lesnotre le vin rouge, un carton de poisson, ça peut arriver à 2000 €.pattes, pays …Psy ::pour faire la fêtedois les donner à sa famille ?Psy c‟est à dire tu ?Migrante :Alors la femme la plus moins chère c’est a 2000 €, alors pour l’homme qui neMigrante : Oui, et la famille va te demander une liste: on veut un mouton, ou untravaille pas, il n’y a pas assez de travail… pour trouver du travail, c’est pas facile po ur avoir2000 €. Tout ce qu’il peut faire,un carton de poisson, ça peut arriver à 2000 €.bœuf, les pattes, le vin rouge, c’est de rester avec toi pendant 10 ans comme moi j’étaisavec le premier père de mes deux enfants, on a fait 10 ans il n’avait pas d’argent pour medoter. pour faire la fête ?Psy :...............Psy : donc c’est ça qui pousse les femmes a émigrer ?Migrante : la plupart des pays qu’il y a pas la terre, surtout le Cameroun, tu peux travailler,Migrante ::Alors la femme la plus moins chère c‟est a 2000 €, alors pour l‟homme quila femme peut travailler,aon te assezle mois si je peux l’évaluer par rapport ici c’est presquene travaille pas, il n‟y pas paie de travail… pour trouver du travail, c‟est pas facilepour avoir 2000 €. Tout ce qu‟il peut on te paie seulement 2 mois… tu es obligé de3000 DA. Tu peux travailler 5 mois maisfaire, c‟est de rester avec toi pendant 10 ansvenir… même dans avec le premier il n’ y a mes le travail, il n’y a apas le mariagen‟avaitcomme moi j‟étais les autres pays père de pas deux enfants, on fait 10 ans il ça vaseulement te pousser… doter. quand tu as des enfants, alors tu te demande comment fairepas d‟argent pour me surtoutpour vivre comme ça ? Comment faire pour élever les enfants ? Tu es obligée de sortir en......................disant donc c‟est ça peuxpousse trouver.Psy : qu’ailleurs tu qui mieux les femmes a émigrer ?
  • 66. Migrante : : la plupart des pays qu‟il y a pas la terre, surtout le Cameroun, tu peuxtravailler, la femme peut travailler, on te paie le mois si je peux l‟évaluer par rapportici c‟est presque 3000 DA. Tu peux travailler 5 mois mais on te paie seulement 2mois… tu es obligé de venir… même dans les autres pays il n‟ y a pas le travail, il n‟ya pas le mariage ça va seulement te pousser… surtout quand tu as des enfants, alorstu te demande comment faire? 4.2. Caractéristiques sociodémographiques des femmes Les rapport des chefs de commissions dans la conférence sur la migration a Lisbonne 2007, rapportent que« Avec 66 millions de migrants, l‟Afrique représente aujourd‟hui environ un tiers desmigrants ainsi qu‟un tiers des réfugiés et la moitié des déplacés internes du monde,prés d‟un migrant sur deux (47%) est une femme. (Lisbonne) 2007 » (1).Mais notre échantillon ne comporte que 14.3% de femmes pour 86.6% d‟hommes,cela est du en partie à l‟accès aux femmes qui sont pour la plupart sous l‟égide et oul‟emprise d‟un homme, mari ou seulement compagnon qui à été lié presque de forceà cette femme durant son voyage, comme c‟est le cas des camerounaise qui sont àl‟instant de leurs arrivés en Algérie ou même avant, mise avec des hommes de leursnationalité , comme le raconte (migrant du Cameroun, 24 ans ) qui a été élu sur latête de sa communauté et qui gère ses affaires. Migrant : j’ai dis quand les filles arrivent !déjà on m’appelle pour me dire qu’il y a des filles qui arrivent. Psy : uniquement pour les filles ou même pour les hommes. Migrant : Même pour les hommes. Là je suis un peu informé, je suis préparé. Mais alors quand les filles arrivent sur place et qu’elles n’ont pas de l’argent pour continuer ; qu’est ce qu’on fait je peux appeler quelqu’un à Alger ou à Oran. Je lui dis que tout récemment tu m’as dit que quand quelqu’un arrive il faut que je te fasse signe. Comme tu es encore célibataire voilà une fille, elle est comme ça et comme ça ….je lui fais le portrait de la fille, et s’il veut je prends la fille en photo, je vais au net et je lui envoie la photo. Je ne suis pas un proxènète s’il vous plait. Je vous dis seulement ce qui se passe dans la communauté.Ce faible pourcentage de femmes vues dans notre recherche se rapproche desstatistiques, se joint un peu avec les statistiques cités par M. Khachani dans son livre(2), « de plus en plus de femmes tentent l‟aventure dans les mêmes conditionsdifficiles que les hommes, on peut estimer que leur nombre à près de 20 % desmigrants subsahariens en général, se sont des jeunes filles de 18 à 35 ans, parfoisayant un niveau d‟instruction universitaire.......femmes parfois enceinte »
  • 67. ( informations fournies par Khaled Jammah , président de l‟association des famillesdes victimes de la migration clandestine, AFVIC)in (2, page 9).Cette situation est confirmée par le récit dune migrante de 32 ans, camerounaise avecun enfant ici en Algérie et deux autres enfants chez sa maman au Cameroun. Ellesubit une violence régulière dun homme qu‟elle n‟a pas choisi. Elle dit dans son récitde vie: "Oui , oui aux guetto, et la bas a TAM y a les bagarres , les disputes des femmes, ils font ceci, ils font cela, et c’est quand tu choisis quelqu’un. On navait plus d’argent on connais personne ici à Alger, donc quand quelqu’un te dis que je suis un ancien, j’ai ma maison, j’ai ceci , j’ai cela, toi aussi tu es obligé de tomber. Tu connais même pas où tu parts, tu es comme ça, alo rs parfois ce sont des mensonges. Ils nous disaientt que la femme ne travaille pas, ne fait pas ceci, ne fait pas cela, beaucoup de chose. C’est pour ça qu’on est tombé dans le piége , je croyais ce qu’on me disais était vrai, et je suis tombée dans le pié ge...................... chacune et partie se lier avec un homme ?........oui..... Que vous pensez que c’est nécessaire pour être protégé, si non on vous agresse ? ........ Oui, nous sommes arrivées ici avec eux.4.3. Catégories dâgeLa catégorie d‟age la plus représenté chez les migrants subsahariens en situationclandestine semble être la même chez les hommes et les femmes. 64% et 66%, sontentre 26 et 40ans.4.4. Nationalité :Une différence ente le nombre les hommes t les femmes migrants clandestin qui setrouvent en Algérie,On trouve plus de femmes que d‟hommes dans les nationalité, RDC 6.2% contre 3%d‟hommes, cote d‟ivoire avec 2.5% contre 1.9% d‟hommes, Libéria 6.7% contre 2.4%d‟hommes, Cameroun 13.5% pour 5.5% d‟hommes.Les autres nationalité les hommes semble être plus présent en Algérie en tant queclandestin, Niger 37.6% de femmes contre 52.7% d‟hommes, mali 5% contre 13%d‟hommes.4.5. Niveau scolaire :La différence dans le niveau d‟instruction entre les hommes et les femmes estsignificative. Dans le niveau analphabète, on trouve plus de femmes que d‟hommes,15% pour 13%.
  • 68. Pour le niveau scolaire coranique, les femmes sont moins que les hommes, avec 23%contre 36% d‟hommes, la même remarque pour le niveau d‟instruction primaire oules femmes représentent 13% pour 25% d‟hommes.Dans le niveau moyen les femmes et les hommes semblent être égal. 13%.Dans les niveaux d‟instructions secondaire et supérieure, on trouve que les femmessont plus représentées que les hommes. Pour le niveau secondaire elles sont de 21%contre 12% d‟hommes, et pour le niveau supérieure elles sont de 6% contre 6%d‟hommes.4.6. Statut matrimonial :Parmi les hommes migrants presque la moitié est célibataire (48%). Par contre, il y amoins de femmes célibataires, elles ne sont que 27%.Cette différence est significative sur le plan statistique.Les hommes mariés sont un peu moins nombreux dans leurs catégories que lesfemmes migrantes mariées (45.6% contre51.2%).Les femmes divorcées sont de 14.4% pour 4.3% d‟hommes divorcés. Cela peuttémoigner de la chance minime quont les femmes africaines divorcées à se remarier.les hommes. divorcés semblent pouvoir le faire plus facilement.On rencontre encore moins d‟hommes veufs: ils sont 0,3% contre 4.7% de femmesveuves.Qui migrent avec ces enfants, et qui a le plus d‟enfants dans le pays d‟origine ?Sachant qu‟il y‟a beaucoup d‟enfants qui naissent en route et en Algérie aussi.En règle générale, plus on a d‟enfants plus ils sont dans le pays d‟origine, sauf dansle cas des familles installées au sud du pays.Les cas de femmes migrantes avec des enfants en Algérie sont plus fréquents que leshommes du même cas. Presque 10% ont 1 ou deux enfants ici contre 2% seulementchez les hommes. Une migrante témoigne:
  • 69. Migrante: Quand arrivée a Alger, j‟ai senti le retard...........il a 6 mois le bébé et je ne peux pas travailler, j‟ai le bébé..............j‟ai deux au Cameroun avec maman........là bas on peut avoir 5 enfants sans être mariée (rit)........je suis séparée du papa il est allé se marier une autre plus jeune............. Psy : donc vous pensez que la majorité des femmes qui sont là, ce sont des femmes qui ont des enfants la bas ? Migrante : oui Psy : les célibataires ne viennent pas beaucoup ?Les femmes avec 3 à 5 enfants en Algérie sont moins de 4%, mais leur pourcentagereste plus élevé que celui des hommes (2%). Cette femme du Congo a même eu unenfant pendant le voyage comme elle en témoigne. Psy : et vous avez un garçon ? Migrante : oui moi j‟ai un garçon. Psy : vous l‟aviez eu là bas au Congo ? Migrante : non je l‟ai eu en Tchad, à NDjaména.Pour le nombre denfants laissés dans le pays d‟origine, on ne trouve pas une grandedifférence entre les femmes et les hommes.Enfin, les femmes qui viennent des zones rurales sont beaucoup moins nombreusesque les hommes; elles sont de 10% contre 37% d‟hommes.4.7. Situation économique des femmes dans le pays d’origineLa plupart des migrants travaillent dans leurs pays d‟origine, les femmes à travaillersont un peu moins, 82% pour 84% d‟hommes, une différence qui n‟est passignificative.Les femmes qui déclarent pouvoir subvenir à leurs besoins personnels dans le paysd‟origine, sont à 42% contre 26% d‟hommes, et celles qui peuvent subvenir auxbesoins de la famille sont de 27% contre 17% d‟hommes.
  • 70. Cela est il lié aux situations sociales dans les pays d‟origine, conflit politique oupauvreté, ou à une différence dans les rôles des deux sexes. Est ce que le revenu de lafemme s ajoute à celui de l‟homme ou est elle le seul soutien pour la famille ?4.8. Pourquoi migrent-elles?La plupart des migrants avance la situation économique comme première raison àvouloir s‟aventurer dans le projet migratoire. Les hommes sont 45.6% à partir à causedu chômage contre 32.5% de femmes qui sont parti pour la même raison. Les femmesavancent les problèmes de sécurité et d‟ordre public en premier plan. Elles sont 7%contre 3.4% d‟hommes qui ont migrés pour cette même raison.Le manque de perspectives socio- économiques dans le pays dorigine semblemotiver plus les femmes que les hommes, elles sont 35.7% pour 24.9% d‟hommes. Migrante: Moi j‟ai mon métier, je suis coiffeuse ......j‟ai des dons je veux faire lagriculture.....y‟a pas argent......je me suis dit peut être ailleurs. Je vais travailler un peu ça ne de mande que 1000 E ........(camerounaise 32 ans) Migrante du Congo: j‟ai décidé de partir parce qu‟ on navait pas de moyens, et la vie était très difficile. Même moi je ne partais pas à l‟école, y‟avait pas les moyens on ne pouvais pas payer. Psy : donc vous n‟avez pas été à l‟école ? Migrante du Congo: non je n‟ai pas été à l‟école, même le français que je parle ça fait un moment que je me débrouille un peu. Migrante du Congo : oui même au Tchad, ils fuit la guerre, quand la guerre a commencé entre les soudanais et les tchadiens même les tchadiens venaient se réfugier dans la capitale du Cameroun. Nous aussi on était obligé de traverser parce que dans la capitale c‟est coupé. Au Cameroun y‟avait tout les étrangers qui fuient la guerre.Les femmes qui ont émigré pour les raisons liées aux conflits politiques et ethniquessont plus représentées dans cette recherche que les hommes: 4.4% contre 1.7%. Cequi correspond au nombre de femme qui s‟est déclarées réfugiées, 4.8%.Le tri croisé entre problème de sécurité, statut matrimonial et sexe, démontre que lesveuves et les célibataires sont majoritaires à évoquer cette raison comme motivant
  • 71. leur projet migratoire. Ce sont, pour la plupart, des femmes qui ont fuit leurs pays,seules ou avec un enfant.Migrante congolaise, veuve: Psy: - Et votre mari, il est où ? -- Migrante: - Mon mari il est mort dans la guerre, il est mort dans la guerre avec quatre enfants Psy: - Comment? Migrante:- Avec quatre enfants, ils étaient bombardés à lécole. Psy: - Vous êtes de quelle nationalité? Migrante: - Congolaise, Zaire. ...............On est parti dans des camions et les militaires tiraient partout......On nous a mis en prison. On était toutes des femmes avec des enfants.4.9. Qui aide les femmes dans la prise de décision de s’aventurer en tant quemigrant clandestin ?Il semble que la fréquence des femmes qui sont encouragées par leurs parents estplus élevée que celle des hommes: elles sont 26.9% pour 10.7% d‟hommes. Leshommes sont plus fréquemment seuls à prendre la décision démigrer. Ils sont 72.8%pour 54.2% de femmes.Les femmes sont plus fréquemment mariées, veuves ou divorcées avec des enfants,un statut qui ne les rend pas indépendante à prendre leur propre décision demigration. Une question qui reste à vérifier selon le contexte culturel.En tous cas, les femmes qui décident pour elles mêmes sont déjà plus que la moitié,54%.4.10. Avec qui les femmes prennent elles la route migratoire ? Combien ça leurcoûte ? Et avec quel argent payent elles ?38.5% des femmes qui voyagent le font avec un membre de la famille, contre 8.3%seulement des hommes. Le voyage avec un compagnon se fait dans le tiers des cas. Ilny a pas de différence, sur ce point, avec les hommes, alors que la fréquence des
  • 72. femmes qui voyagent seules est presque moitié moins importante que celle de shommes dans ce même cas: 30,9% pour 54,5% d‟hommes.Elles paient le voyage plus fréquemment à un prix plus élevé que celui payé par leshommes (28.8% contre 12.8%). Il semble que cette différence soit liée au paysd‟origine et à la distance parcourue. Dans notre échantillon, elles viennent plusfréquemment que les hommes de pays lointains et, le plus souvent pour fuir lesconflits politiques et ethniques (Cameroun, Nigéria, Congo).Les femmes sont plus souvent aidées financièrement par la famille p our l‟argentutilisé pour le voyage (42.4% pour 32.4% d‟hommes) et aussi plus souventencouragées par les parents. Elles moins souvent lépargne personnelle (50.9% pour68.9% des hommes. Enfin, elles sont aidées dans les mêmes proportions que leshommes (11.1% et 11.8%). 4.11. Femmes et destinationLes femmes sont plus nombreuses à vouloir émigrer vers lEurope: 48.4% pour 39.4%d‟hommes. Il faut noter, cependant, que, parmi les hommes qui vivent en Algérie,57.4% voulaient cette destination au départ.La tri croisé entre sexe, niveau scolaire et destination démontre que pour les deuxsexes, plus on est instruit plus en cherche a aller vers l‟Europe. Pour la catégorieanalphabète des deux sexes les proportions sont équivalentes entre le choix del‟Europe et celui de l‟Algérie.Le choix de la destination est motivé, en majorité par des raisons économiques pourles deux sexes mais cette motivation est plus fréquente chez les hommes (84.6% pour60.2% chez les femmes). Le lien de famille est une raison quon retrouve plus souventchez les femmes que chez les hommes (22,3% contre 4%): suivre un mari ou trouverun mari.4.12- Femmes et risques du voyageLes femmes semblent moins souvent informées des risques du voyage que leshommes: 38.6% pour 43.9% d‟hommes.A partir de lanalyse par pays on trouve que les femmes viennent plus fréquemmentde pays lointains qui ont connus les conflits politiques ou ethniques. Celles làpartent, dans une migration forcée, sans préparation.
  • 73. Psy : donc vous, quand vous êtes venu, vous aviez l‟intention d‟aller en Europe ? Migrante : quand je suis venue, c‟était pas tellement d‟aller en Europe. Mon but c‟était d‟abord arriver ici et voir comment été,… rester et voir si je peux travailler. Comme je venais de vous dire travailler un an et rentrer et réaliser ce que j‟avais en tête. Tu sais, la bas, j‟ai de la famille, j‟ai mes deux enfants.Quels sont les risques de la route ?Parmi les risques qui peuvent être lié au genre, on trouve le harcèlement sexuel quiest de 4.4% chez les femmes, contre 0,2% chez les hommes et le viol qui est de 3.3%chez les femmes et de 0.9% chez les hommes.L‟insécurité est évoquée plus souvent par les femmes: 46% pour 29.5% d‟hommes.Les femmes sont plus fréquemment attaquées par les bandits: 16.1% pour 8.1% chezles hommes.Pour les autres risques les hommes et les femmes semblent à égalités: la faim et lasoif, la fatigue et les mauvaises conditions du voyage sont les plus apparentes avec70%.L‟analyse des données de femmes par pays à démontré que, la route est plus risquéepour les femmes qui viennent du RDC, du Cameroun, du Ghana, de Côte d‟ivoire etdu Nigeria pour le harcèlement sexuel et le viol. Le Burkina Fassau, le Mali aussipour l‟insécurité de la route. Migrante du congo: oui, c‟était un toit simple chambre cuisine et un salon, pendant un an j‟ai fait des économies, et maintenant je me débrouille. Il faut que je paie mais seulement le travail, je me bat, je me bat encore si je trouve quelque chose, ça fait 5 mois que j‟ai pas travailler. C‟est la faute à la guerre au Tchad et les soudanais, c‟est quand la guerre a commencé, j‟ai reçu même un coup. Psy : une balle ? Migrante : oui ici c‟était a Ndjaména, ça me fait toujours.
  • 74. Les risques ne sont pas liés à la route seulement, la femme est aussi souvent agresséedans son pays d‟origine. Psy : vous parlez aussi des viols, vous avez subi vous aussi un viol? Migrante camerounaise : oui la plupart des femmes ont subi des viols, j‟ai subi un viol. Psy : par qui ? Migrante : pas ici en Algérie, c‟était au Cameroun. Psy : ah! au Cameroun c‟était quand vous étiez petite. A quel âge a peu prés ? Migrante : d‟abord quand j‟étais petite, pas trop petite étant que tel c‟était pas un viol, j‟avais 16 ans, c‟était au moment ou j‟étais déjà marié… c‟était dans la nuit où je sortais voir ma mère, … je rentrais à la maison, … y‟avait le train qui passait, … alors moi je voulais traverser les rails,… c‟est là qu‟un homme est sorti il avait un couteau il ma menacé et c‟est comme ça qu‟il ma violée. Le lendemain je suis partie à l‟hôpital on a essayé de faire les examens, on na rien trouvé,… j‟avais peur du sida, mais même ça peut arriver, comme ça, sans viol. Psy: quand vous dites que la plupart des femmes étaient violées, vous parlez de leur pays ou en venant ici ? Migrante : y a celles en venant ici et y a d‟autre dans leur pays, parce que le viol dans notre pays ça ne manque pas.4.14. Femmes et conditions de vie en Algérie.Les femmes, en grande majorité, travaillent en Algérie, surtout dans les villes dunord du pays mais un peu moins souvent que les hommes: 80.2% contre 93.36%,27% ont travaillés dans d‟autres pays, durant le voyage contre 30% des hommes.14.3% de femmes se trouvent sans activités pour seulement 5.2% d‟hommes.Les femmes qui travaillent sont le plus souvent dans les travaux informels: 68.5%pour 74.9% dhommesLes femmes se retrouvent à faire le ménage: 18.1% contre seulement 2.1% d‟hommes.
  • 75. Elles sont 4% dans l‟artisanat, couture, broderie et cordonnerie contre 19.3%dhommes.Le bâtiments semble être un secteur essentiellement masculin: seulement 2.7% defemmes pour 9.1% dhommes.Par contre, dans le commerce, elles sont dans les mêmes proportions (37%). 12% defemmes et d‟hommes font un peu de tout.Les revenus du travail, sont ils suffisants?Elles arrivent à pouvoir subvenir à leurs besoins personnels et envoyer une partie àleurs familles moins souvent que les hommes: 26% pour 31.6% dhommes. 31.1% defemmes arrivent à envoyer une partie de leurs revenus au pays pour 45.1% deshommes.Les femmes qui continuent à recevoir de l‟aide du pays sont de 9.6% pour 3.8% deshommes. Une aide qui vient essentiellement des parents et des frères et sœurs.La situation économique des femmes est très précaire: elles sont plus dans le ménageou au chômage. Dans un ghetto de camerounais, une sur cinq seulement faisaientoccasionnellement des bricoles et travaille comme coiffeuse à l‟occasion.Les difficultés pour la femme subsaharienne en situation de migration clandestineinstallée au nord de l‟Algérie à trouver du travail se trouvent clairement dit dans lesrécits de vies. Psy : est ce que maintenant vous regrettez d‟être venue ou non ? Migrante : normalement je regrette vraiment d‟être venue, oui je regrette je ne savais pas que j‟allé arriver a ce niveau, tu n‟as pas les moyens tu ne peux rien faire tu es coincé donc je ne savais pas que ça pouvais arriver Psy : Et si vous étiez informée au départ? Migrante : oui si j‟étais informé au départ avant que j‟allais prendre la route et puis même si je tenais la route je n‟allais pas tomber dans le piége. Tout le problème parce que j‟étais pas informée, je ne savais pas comme ça se passe, je ne connaissais pas le problème.Même celles installées au sud comme cette nigérienne de 27 ans, migranteéconomique, qui arrive à installer un petit commerce, un restaurant ambulant. Ellesouffre comme elle en témoigne
  • 76. - A Tamanrasset, elle souffre de violence verbale de la part des algériens du fait qu’elle est seule, et qu’elle a peur des policiers, elle dit « quand je les vois, je jette ma bouffe et puis je la ramasse après ».4.13. Femme et lien avec le pays dorigineLes femmes qui ont un contact avec la famille sont un peu plus nombreuses que leshommes, 88.6% contre 83.6% pour les hommesLes femmes sont plus en contact avec la famille: père et mère (37.3% pour 26.9%d‟hommes), frères et sœurs ( 12.2% pour 1.9% d‟hommes). Moins fréquemment encontact avec le conjoint (1.3% pour 6.8% des hommes) et avec les amis (1.4% pour4.4% des hommes).4.14. Rapports entre les femmes et les hommes ?La violence est le fait le plus apparent dans les relations entre homme et femmesubsahariens, une camerounaise qui s‟exprime avec plus de liberté que les autresfemmes dit dans son récit de vie:
  • 77. " Parfois il nous font vivre des choses qu‟on ne peut pas supporter.Parfois tu veux bien rentrer mais rentrer comment? Comment tu vas faire?Y a des choses que moi-même je supporte, par exemple quand il vient teprendre, il te fait n‟importe quoi, il te tapes, il va te ridiculiser il te faitcomme si tu étais une petite fille….Oui, tu n‟as personne à coté. Tout le monde est loin de toi,… il te fait toutce qu‟il veut, un tas de choses….Moi dernièrement, je suis partie à la policeparce que le père de mon enfant me tapais trop… Il ma misdehors… .Toujours il me dit sort, sort, sort chaque fois, … et quand moij‟étais à la police, la police est venue à la maison, la première fois, moij‟étais me rendre à la police, la,police a appelé c‟était dans le temps deDaouda , donc la police a appelé Daouda.Daouda est venu me chercher là bas, je suis partie me rendre à la policepour qu‟on me refoule, j‟étais enceinte de 4 mois, je n‟arrive pas asupporter, y a trop de souffrance non seulement ta tête travaille…parceque nous ici, les hommes nous maltraitent beaucoup, surtout quand on estéloignées de nos famille,… donc ils se disent qu‟ils peuvent tout nous faire,et rien ne peux leur arriver. Par exemple, le père de mon enfant me ditsouvent que je peux te tuer ici en Algérie, ta famille ne me connais mêmepas, je peux te faire n‟importe quoi, je te tus et après je fuis et je pars. Ni lesalgériens, ni les camerounais ta famille ne sais pas que je suis avec toi,personne ne va me voir le faire, je te tue et je m‟en vais .Nous sommes vraiment maltraitées, et puis je me dis nous qui venons deloin, vous savez que les femmes algériennes ne se passe pas comme nousqui sommes des clandestins c‟est a nous que ça arrive.Psy : est ce que les hommes africains, en général, sont violents ?Migrante : la majorité est violente.
  • 78. "Parce qu‟il y a les autres qui se trouvent ici en aventure, … y a les évadés des prisons, les voleurs,… ceux qui ont fuit leur pays dont on connait pas certains leurs histoires,… c‟est comme ça que ça peut arriver. Tu croise quelqu‟un que peut être sa famille a peur, peut être c‟est un évadé et surtout tu ne sais pas pour quoi il fuit,… c‟est comme ça,… on reste ensemble tout ce temps et après il va te montrer une autre face,… tu ne peux rien faire, … tu cèdes parce que si tu vas décider de le quitter,… parce que moi, comme j‟ai mon enfant, c‟est tout le monde qui va te repousser,… non! Impossible! psy : cest-à-dire comme vous êtes sa femme il a le droit de vous faire tout ce qu‟il veut. Migrante : oui il fait tout ce qu‟il veut,… y a pas moyen de fuir ou de faire quoi que se soit. Psy: c‟est surtout les problèmes des femmes si je comprends bien ? Migrante : oui c‟est les problèmes de femmes et beaucoup d‟autres problèmes…. et il n‟est pas le seul,… comme ma sœur la congolaise qui pleurait ici,… ce sont les mêmes problèmes,… même son mari aussi, ce sont les même actes, on ne sais pas comment mais on supporte, les femmes supportent seulement.L‟autonomie des femmes migrantes est menacée chez des unes, notamment lesfemmes avec un compagnon et des enfants, une autonomie économique impossible àcause du marché du travail a Alger. Souvent, la femme subit la violence sansprotester parce qu‟elle se fait entretenir par son compagnon . Migrante: Oui c‟et ça mon rêve, tout le problème qui se pose c‟est que moi j‟ai le bébé, … si j‟avais pas le bébé, je peux me débrouiller quelque part, parfois il n‟accepte pas, comme c‟est un bébé c‟est pour ça,… tu reste là, il te frappe, il te fais tout ce qu‟il veut. Psy : il s‟occupe un petit peux de son bébé ? Migrante : oui il s‟occupe aussi du bébé, il lui achète des couches, pour la nourriture ce n‟est pas un problème, comme les algériens sont développés…
  • 79. Parfois lautonomie est difficile à cause des différences culturelles entre l‟Algérie etles autres pays d‟Afrique. Cette migrante n‟arrête pas de se plaindre de ne paspouvoir sortir parce qu‟elle nest pas habillée comme les algériennes. Elle dit quauCameroun, les femmes peuvent se balader et sortir dans la rue comme elles veulent.Le viol, la prostitution, ou seulement un problème dintégration des femmes à lacommunauté des migrants, une reproduction d‟un modèle relationnel culturel.Dans les récits de vie de ce migrant camerounais, on trouve des traces « de traite desfemmes ».
  • 80. Migrant : j‟ai dis quand les filles arrivent !déjà on m‟appelle pour medire qu‟il y a des filles qui arrivent.Psy : uniquement pour les filles ou même pour les hommes.Migrant : Même pour les hommes. Là je suis un peu informé, je suispréparé. Mais alors quand les filles arrivent sur place et qu‟elles n‟ontpas de l‟argent pour continuer ; qu‟est ce qu‟on fait je peux appelerquelqu‟un à Alger ou à Oran. Je lui dis que tout récemment tu m‟as ditque quand quelqu‟un arrive il faut que je te fasse signe. Comme tu esencore célibataire, voilà une fille, elle est comme ça et comme ça ….je luifais le portrait de la fille, et s‟il veut je prends la fille en photo, je vais aunet et je lui envoie la photo. Je ne suis pas un proxénet s‟il vous plait. Jevous dis seulement ce qui se passe dans la communauté.Psy : qu‟est ce que vous avez utilisé comme terme là ?Migrant : j‟ai oublié (rire)….. Je ne vends pas les filles.Psy : vous ne vendez pas les filles ?Migrant : non.Psy : qui a dit que vous vendez les filles ?Migrant : personne ! Surtout pas vous.Psy : non, on ne porte pas de jugement sur les personnes.Migrant : moi je mets les 2 personnes en contact, et là s‟ils s‟arrangentnous gagnerons l‟argent du passeport. Et dans l„argent du passeportqu‟il envoie pour la fille, il faut qu‟il envoie quelque chose pour lacommunauté aussi. C‟est ce qu‟on appelle un peu les droits dedédouanement. C‟est vrai ce n‟est pas une marchandise, mais puisqu‟ilfaut bien que la communauté survive, cet argent qu‟il envoie, c‟est vraique cet argent n‟entre pas dans les poches du président ni dugouvernement… .Psy : cet argent peut aller jusqu‟à combien ?Migrant : parfois dans les 20 000DA.Psy : ……….. ?Migrant : parfois oui, une partie va dans les poches du président et uneautre va dans les caisses noires du gouvernement.Psy : et c‟est des filles pour travailler pas pour le travail du sexe.Migrant : pas le travail du sexe. Quand la fille va, elle va en tant quepetite amie du gars. Parce qu‟ils ont eu le temps de parler au téléphone.Cette fois-ci ils ne se sont pas encore vus mais parfois le courant passevite. Ils s‟envoient des photos pour savoir quel genre de mec j‟ai et quelgenre de fille j‟attends.
  • 81. Dans un autre entretien avec une camerounaise: Psy: ou bien c‟est par la nationalité que vous regroupez ? Migrante : oui y a d‟autres nationalités y a des congolaises Psy : elles sont entre elles ou bien vous vous mélangez ? Migrante : on est mélangé y à même des tchadiennes, mais elles sont toujours avec nos frères camerounais. Psy : ah d‟accord, alors c‟est la nationalité de l‟homme au fait qui désigne un petit peut les regroupements. Migrante : c‟est ça oui, là ou nous sommes y a beaucoup de camerounais.L‟évolution des rapports de genre reste à étudier, surtout dans les conditions de lamigration clandestine où la femme nest protégée ni par la loi, ni par la famille, nipar la communauté.
  • 82. CHAPITRE VTYPOLOGIE DES MIGRATIONS SUBSAHARIENNES EN ALGERIE
  • 83. Après avoir procédé à la radiographie des migrants subsahariens, nous proposons laconstruction d‟une typologie des migrations pour rendre intelligibles les différencesprofondes entre la migration frontalière, les réfugiés et la migration économique. Demême, nous tenterons des coupes transversales, parce que non exclusives, selon lamigration de transit, la migration de retour éventuel et la migration familiale.5.1. Construction de la typologie Le profil global esquissé dans le chapitre précédent ressemble plus à unarchétype des migrants subsahariens présents en Algérie. La construction d‟unetypologie permet alors de mieux cerner les particularités des migrations i rrégulièresen Algérie. Selon la nature de l‟entrée, 15% de la population enquêtée affirme avoirobtenu un visa pour séjourner en Algérie ! Ils sont actuellement en dépassement de ladurée de séjour autorisée. Autre fait, 5% des enquêtés affirment avoir été déjàrefoulés du territoire algérien, ce sont ainsi des récidivistes. Les primo migrants sontdominants, avec 70% des réponses. Mais les multi-migrants ont entre 2 et 50tentatives d‟entrée en Algérie. De même, pour l‟exercice de l‟activité, moins de 1%des enquêtés affirment travailler dans la légalité. Les indicateurs de légalité (d‟entrée,de résidence ou de travail) sont peu significatifs pour la construction d‟unetypologie. Notre construction est fondée, d‟abord, sur la présence de réfugié potentielparmi les migrants subsahariens. De même, historiquement, le territoire du Saharaest occupé par les Touaregs, les hommes libres qui sont depuis peu sédentarisésdans les différents pays des rives nord et sud du désert. Une économie des frontièresexiste bel et bien. La migration économique frontalière, avec son pendant historique, unemigration économique, est ainsi une réalité économique et sociale à construire. Ces trois types de migration Figure N°23 : Typologie des migrantspeuvent être aisément construits tantils se complètent et ils s‟excluentmutuellement. Sont regroupés dans letype de migrants dits « réfugiéspotentiels» (5%), les personnes ayantdéclaré avoir émigré pour fuir desproblèmes de sécurité, des problèmesd‟ordre public, ou des persécutionspolitique, ethnique ou religieuse. Lesmigrants frontaliers proviennentnotamment des pays limitrophes de lafrontière «sud» de l‟Algérie, à savoir leMali et le Niger, et qui résident dans larégion du sud. Ils représentent 51% dela population enquêtée. Le reste de lapopulation forme la migrationéconomique, par convention.
  • 84. Cette entrée en matière plante le décor de notre univers d‟analyse,une typologie en trois dimensions avec trois coupes transversales qui seronteffectuées mettant en relief la migration de transit et la migration féminine etla migration de retour. Avant d‟entrer dans l‟étude des traits particuliers dechaque type, il y a au moins, deux dimensions comparatives qui méritentqu‟on s‟y attarde: l‟espace et le temps. En premier, il s‟agit de cerner des paysd’origines des migrants subsahariens, un des paramètres importants poursituer la nature du problème et la multiplicité des acteurs et des paysconcernés. Quant aux poches des migrants en Algérie, une ventilation selon latypologie retenue permet de comprendre la dynamique du phénomène.Après l‟espace, le phénomène mérite d‟être étudié dans le temps. La dated‟entrée des migrants en Algérie nous renseigne non seulement sur la duréede séjours mais aussi sur l‟âge des migrants au moment de s‟installer dans undes types de migration.5.2. Dispersion spatiale Toute analyse des migrations internationales s‟arrête en premier lieusur les pays d‟origine des migrants. Cette règle est maintenue tant elle nousrenseigne sur les distinctions fondamentales de notre typologie. Il est aussiadmis, notamment dans le traitement des migrations irrégulières, la grandeméfiance des personnes à déclarer leurs pays d‟origine ou encore mieux leursnationalités du moment. Tableau N°2 : Dispersion selon la typologie et les pays d‟originedéclarés Pays d‟origine Economique Refugié Frontalier Ensemble Gabon 0,1 0,0 0,0 0,0 Afrique du Sud 0,0 0,6 0,0 0,0 Tanzanie 0,1 0,0 0,0 0,0 Mauritanie 0,1 0,0 0,0 0,0 Rwanda 0,0 0,8 0,0 0,0 Ethiopie 0,1 0,0 0,0 0,1 Centre Afrique 0,0 1,6 0,0 0,1 Ouganda 0,1 0,8 0,0 0,1 Sierra Leone 0,1 0,8 0,0 0,1 Angola 0,1 1,2 0,0 0,1 Gambie 0,3 0,0 0,0 0,1 Congo Brazza 0,5 0,0 0,0 0,2 Sénégal 1,6 0,0 0,0 0,7 Guinée 2,2 0,0 0,0 1,0 Togo 2,3 1,9 0,0 1,1 Burkina Faso 2,5 1,4 0,0 1,2 Tchad 3,9 0,0 0,0 1,7
  • 85. Cote dIvoire 3,4 8,3 0,0 1,9 Liberia 2,7 31,6 0,0 2,9 RD Congo 5,1 28,1 0,0 3,7 Benin 10,3 1,6 0,0 4,6 Ghana 12,1 2,7 0,0 5,5 Nigeria 13,3 5,3 0,0 6,2 Cameroun 13,7 7,4 0,0 6,5 Mali 4,7 1,0 19,9 12,2 Niger 20,6 4,9 80,1 49,7 ND 0,2 0,0 0,0 0,1 Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 Il est évident que la migration économique frontalière au sud del‟Algérie ne peut provenir que des pays riverains, notamment le Mali et leNiger. Et comme nous l‟avons déjà signalé, dans cette zone, une économiefrontalière fonctionne depuis des millénaires avec la libre mobilité despeuples touaregs au travers des différentes contrées du désert. Lasédentarisation des nomades n‟a pas pour autant réduit l‟économie du troc auniveau de la zone. Cette économie est même institutionnalisée par l‟Algérieavec des accords bilatéraux régulièrement réajustés avec les payssubsahariens riverains du désert. Par contre, les migrants potentiellementréfugiés proviennent, pour une part infime des pays frontaliers, mais surtoutdu reste de l‟Afrique subsaharienne. Deux pays (Liberia et RépubliqueDémocratique du Congo) occupent le podium avec 58% des migrantspotentiellement réfugiés. Ces deux pays sont suivis d‟une dizaine d‟autresnationalités. De même, les migrants économiques proviennent d‟unevingtaine de pays d‟Afrique subsaharienne. On peut observer que desmigrants des pays frontaliers aussi s‟intègrent dans cette forme de migrationcar ne résidant pas dans les territoires du sud de l‟Algérie. La répartition des migrants sur le territoire nationale offre unedispersion des personnes en fonction du type des migrations. La migrationfrontalière dont la wilaya de résidence est retenue dans sa construction, offreune dispersion intéressante dans les wilayas du Grand Sud, avecTamanrasset, Adrar, Bechar comme destination privilégiée. Par contre lesréfugiés sont concentrés notamment dans les grandes villes du Nord – Oran,Alger pour 85% des migrants potentiellement réfugiés. Les migrantséconomiques occupent pratiquement l‟ensemble des poches de migrationirrégulière identifiée sur le territoire nationale.
  • 86. Tableau N°3: Répartition des migrants selon le type et la wilaya derésidence économique réfugié frontalier ensemble Batna 0,1 0,0 0,0 0,0 Illizi 0,1 0,0 1,5 0,8 Laghouat 0,1 0,0 2,5 1,3 Naama 0,1 0,0 3,9 2,0 Djanet 0,3 1,0 3,1 1,8 Biskra 0,5 0,0 0,0 0,2 Bechar 0,7 1,9 6,8 3,8 Sidi Bel Abbés 1,3 0,0 0,0 0,6 El Tarf 1,4 0,8 0,0 0,6 Ain Temouchent 1,5 0,0 0,0 0,6 Tlemcen 1,5 0,8 0,0 0,7 Mascara 1,6 0,0 0,0 0,7 Mostaganem 1,9 0,0 0,0 0,8 Annaba 1,9 0,8 0,0 0,9 Ouargla 4,0 4,9 4,6 4,3 Ghardaïa 4,4 0,0 12,9 8,5 Adrar 5,2 0,0 8,7 6,7 Constantine 5,0 0,0 0,0 2,2 Tamanrasset 15,7 4,9 55,9 35,4 Alger 19,7 54,6 0,0 11,6 Oran 32,9 30,4 0,0 16,2 Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0Le coût du voyage est fonction de la dispersion spatiale des pays d’origine Le coût du voyage est fonction de la distance à parcourir. Ce qui sembleévident ne l‟est pas systématiquement, les coûts intègrent d‟autres paramètresnon-identifiables, tels la période du passage des frontières, le nombre depersonnes, la qualité du passeur… C‟est ainsi que nous avons construit unehiérarchie des coûts moyens selon les pays d‟origine déclarés
  • 87. Graphique N°24: Hiérarchisation des coûts moyens selon les pays d‟origineUnité : en dollars US Le coût moyen le plus élevé est enregistré par les Ivoiriens avec plus de7000 dollars par personne. Le coût moyen le plus bas est relevé chez lesnigériens avec 120 dollars par personne. Nous pouvons aussi observer deuxtranches nettes, les ressortissants de 17 pays (du Niger à la Tanzanie), le coûtmoyen du voyage est de moins de 1000 dollars par tête. Les quatre paysrestant (Angola, Afrique du Sud, Rwanda et Côte d‟ivoire), les coûts moyensvarient entre 2588 dollars à 7454 dollars, selon les déclarations des migrants.Toutefois, il est important de souligner que ces coûts moyens n‟ont designifications que par rapport à la période de départ. Avec l‟hypothèse qu‟il ya une évolution dans le temps, c‟est selon l‟année de départ du pays ! Si lecoût moyen global est de l‟ordre de 488 dollars déclarés par personne, c‟estsurtout durant les années 2002-2003 que le coût moyen global est le plusélevé, estimé à 849 dollars. Ces dernières années, le coût moyen accuse une
  • 88. baisse sensible. Cette baisse peut être expliquée par une plus forteconcurrence entre passeurs. Cependant, la différence entre les coûts de la migration est intéressanteà mettre en relief sur un autre plan. Le graphique suivant donne l‟amplitudedes distinctions entre les trois types retenus de la migration. Figure N°25 Radar des coûts selon le type de migrations Pour les migrations frontalières, le coût est le plus bas avec un montantmaximum de 60 dollars. Les migrants économiques se partagent entre deuxtranches de manière plus ou moins égales, avec 40% entre 145 et 350 dollars etle même pourcentage avec un coût qui dépasse les 350 Dollars. Par contre, lesréfugiés enregistrent les coûts les élevés avec plus de 350 dollars qu‟ilsdéclarent pour le voyage vers l‟Algérie.5.3. Durée des migrations Tout comme la notion d‟espace, la notion du temps a une importancecapitale dans l‟analyse des migrations irrégulières. Ce paramètre est construitsur la base de différentes questions liées à la date de départ du pays d‟origineet de la date d‟entrée en Algérie. Combiné avec la date de naissance desmigrants, nous avons l‟âge d‟entrée en Algérie. L‟âge médian d‟entrée enAlgérie est de 26 ans tandis que l‟âge médian du départ du pays d‟origine estde 27 ans. L‟écart global étant ainsi d‟une unité entre la date de départ et ladate d‟entrée en Algérie. Cet écart est progressif pour les trois types demigrations : il est d‟une unité pour les migrants frontaliers, de deux unitéspour les migrants économiques et de trois unités d‟écart pour les réfugiéspotentiels. La durée de migrations traduit les différentes étapes du voyageavant d‟atteindre l‟Algérie. La durée de migration ne correspond pas toujoursà la durée de séjour en Algérie pour au moins 25% des migrants. La durée médiane de séjour des migrants en Algérie est estimée à 2ans. Cette durée est aussi valable pour les réfugiés que pour la migration
  • 89. économique. Elle est de 3 ans pour les frontaliers. La fourchette de la durée deséjour varie entre une « année et moins » à 36 ans ! Ce qui pose un problèmede la mesure de l‟âge des migrants. Le plus vieux des migrants actuellementest entrée en Algérie à l‟âge de 12 ans, il a actuellement une ancienneté de 36ans en Algérie et il est toujours en situation irrégulière. Ainsi, l‟âge actuel desmigrants n‟est pas un indicateur sensible quant aux types de migrations. C‟estsurtout l‟âge d‟entrée sur le sol algérien qui indique la nature des trajectoireset les péripéties des migrants pour la recherche d‟un statut de migrant. On peut aisément observer sur le graphique suivant, les variationsd‟entrées en Algérie selon l‟âge et les types de migration. Les migrantsfrontaliers entrent à tous les âges en Algérie, de l‟enfant jusqu‟au troisièmeâge. Les migrants économiques entrent en Algérie assez jeunes : 45 ans auplus. Les réfugiés entrent à partir de 11 ans et jusqu‟à la cinquantaine. Les picsd‟âge sont différents d‟un type à l‟autre : le pic le plus haut est de 22 ans pourles frontaliers, 25 ans pour les migrants économiques et 30 ans pour lesréfugiés.Figure N°26: Variation de l’âge d’entrée en Algérie selon les types demigration
  • 90. 5.4. Caractéristiques particulières des migrations irrégulières On parle bien des migrations irrégulières présentement. La typologieconstruite nous permet de démontrer l‟hétérogénéité des mouvements despopulations subsahariennes vers et à travers l‟Algérie. Une analyseapprofondie peut révéler des traits spécifiques ou des caractéristiquescommunes de chaque type. Cette tentative de spécifier les types estaccompagnée aussi, comme nous l‟avons déjà annoncé, par trois coupestransversales des types, pour mettre en relief, la migration de transit, lamigration familiale et la migration de retour potentiel.Les réfugiés potentiels La présence des réfugiés parmi les migrants subsahariens en situationirrégulière en Algérie n‟est pas un mystère en soi. Pour rappel, parmi les paysdu Maghreb central, l‟Algérie abrite la plus fort contingent de réfugiés,reconnus par le HCR, sur son territoire38 . La quasi-totalité des migrantspotentiellement réfugiés sont entrés en Algérie notamment depuis 1994 avecun pic observé en 2005. Depuis cette date, la tendance des arrivés est à labaisse. La catégorie de population appelée "réfugiés", bien que relativementpeu importante en nombre semble à priori avoir des caractéristiques trèsspécifiques. Il est à noter que 15% des réfugiés ont déjà fait l‟objet d‟unrefoulement. Elle regroupe les personnes qui ont été contraints de fuir leurspays, selon des motifs variés et cumulés, comme on peut le constater sur legraphique suivant Figure N°27 Motivation des réfugiés potentiels.NB : le pourcentage des réponses dépasse le 100% en raison des réponses multiples Pour la quasi-totalité, tel que nous l‟avons construit, le problème desécurité est le motif principal,. Mais il y aussi d‟autres raisons évoquées, telleles persécutions, qu‟elles soient d‟ordre politique, ethnique ou religieuse.38 Cf. Statistiques de l’UNDESA, 2007. L’Algérie abrite plus de 150 000 réfugiés, tandis que la Maroc etla Tunisie, ensemble, n’hébergent que 300 réfugiés.
  • 91. Comme nous l‟avons déjà souligné, cette population se distingue aussidans la dispersion dans l‟espace, tant des pays d‟origine que dans sa mobilitésur le territoire algérien ; puis selon une temporalité assez spécifique, ils sontarrivés en Algérie pour la plupart dans les années 2000. Une segmentation de ce type de migrant par rapport aux migrantséconomiques, pris dans sa globalité, permet de mettre en évidence une sériede caractéristiques assez spécifiques de réfugiés selon les résultats suivants.Tableau N°4 : Modèle de régression sur le migrant potentiellement réfugiéIndicateurs et modalités B E.S. Wald ddl Signif. Exp(B) Région 172,309 3 ,000 Sud (référence) est ,242 ,234 1,073 1 ,300 1,274 Ouest ,301 ,161 3,485 1 ,062 1,352 centre 1,749 ,152 132,625 1 ,000 5,748 Niveau scolaire 149,381 5 ,000 Analphabète (référence) coranique -1,445 ,275 27,564 1 ,000 ,236 Primaire -,541 ,212 6,484 1 ,011 ,582 Moyen -,021 ,206 ,010 1 ,920 ,979 Secondaire ,378 ,198 3,665 1 ,056 1,460 Supérieur 1,417 ,219 42,001 1 ,000 4,126 Retour (oui/non) -,596 ,111 29,125 1 ,000 ,551 2002 – 2004 -,674 ,130 27,028 1 ,000 ,510 2005+ -,253 ,206 1,508 1 ,219 ,776 Etat matrimoniale 6,196 2 ,045 Célibataire (référence) Familiale -,098 ,158 ,385 1 ,535 ,906 Autres ,238 ,128 3,470 1 ,062 1,269 destination(1) transit vs ,398 ,132 9,057 1 ,003 1,489 immigré REVENU 71,134 4 ,000 4000 ou moins 4001,00 - 6000,00 -,014 ,205 ,004 1 ,947 ,987 6001,00 - 8000,00 -,821 ,222 13,672 1 ,000 ,440 8001,00 - 12000,00 ,660 ,177 13,916 1 ,000 1,934 12001,00+ ,091 ,181 ,253 1 ,615 1,095 Groupe d’âge 122,766 2 ,000 27 ou moins (référence) Entre 28 et 35 ans 1,382 ,152 83,222 1 ,000 3,984 36 ans et plus 2,006 ,184 119,291 1 ,000 7,436 Constante -3,638 ,116 986,914 1 ,000 ,026
  • 92. Les traits individuels qui font qu‟un migrant soit probablement unréfugié sont de trois ordres : les migrants âgés des plus de 36 ans, ayant unniveau d‟instruction de niveau supérieur et ayant un statut plutôt célibataire.Sur le plan matériel, deux catégories extrêmes de réfugiés apparaissent, soitils on une aisance matérielle ou alors ils sont dans la précarité totale. Aussi etnous le verrons par la suite, ils sont plus en situation de « transit » en Algérieet sont peu disposés aussi au retour dans leurs pays d‟origine Sur le plan socio-économique, les réfugiés forment une catégorie assezparticulière. Ils sont près de 70% des actifs qui exercent évidemment « sanspermis de travail » et 17% sont « sans travail ». La plupart des actifs occupésexercent «un peu partout » (40%). Ce secteur est suivi par celui des BTP quioccupe 18% des réfugiés. Puis comme, une part importante est constituée pardes femmes actives (17%), le secteur des « ménages», notamment services auxparticuliers, occupe la troisième position. Ce qui est assez étonnant, dans lesecteur de l‟artisanat, c‟est que le revenu moyen mensuel maximum est de10 700 DA, suivi par « travaille un peu partout » avec 10 600 DA. Le reste dessecteurs identifiés ne permet même pas d‟atteindre les 10 000 DA/mois. Selonle niveau d‟instruction, bien que cette population soit constituée par une partimportante de personnes de niveau secondaire et plus (60% des actifs), ce sontles travailleurs de niveau moyen qui engrangent un niveau de revenu moyen,proche du SMIG algérien. Les réfugiés maintiennent des contacts avec le paysd‟origine mais sont moins disposés à envoyer de l‟argent à leurs proches,seulement 18.4% font des transferts dont près du tiers de manière mensuelle.Mais il est à relever, que les réfugiés affirment être les plus indigents carseulement 15% affirment que les revenus tirés d‟une activité économiquesoient suffisants pour la satisfaction de leurs besoins élémentaires.La migration frontalière La migration frontalière est la forme classique de nos voisins du Sudqui entre dans les rapports de « bon voisinage » avec l‟Algérie dans larégulation d‟une économie frontalière. Tels que conçus, les migrantsfrontaliers demeurent et travaillent dans le grand sud. Leur présence enAlgérie date des années 1970. Elle forme aussi la population la plusimportante de migrants. Les motivations à la base de la migration frontalièresont surtout l‟insuffisance de revenus, suivi par le chômage et le manque deperspectives socioéconomiques. Il va de soi que la proximité géographique etl‟histoire commune des peuples des pays voisins sont aussi des facteurs à labase de cette migration. Par ailleurs, il est à souligner qu‟une colonie demaliens et de nigériens sont présents de longue date dans les régions du Sud,dont une part importante ont la nationalité algérienne. L‟existence d‟unréseau de solidarité est un avantage particulier pour les frontaliers et ils sontles moins nombreux à subir le refoulement d‟Algérie.
  • 93. Figure N°28 Motivations de la migration frontalière Les traits individuels des migrants frontaliers sont assez intéressants :c‟est une population assez jeune (moins de 3o ans), de faible niveaud‟instruction et plutôt masculine (85%). Elle a un double profil social separtageant de manière plus ou moins égale entre les mariés et les célibataires.Elle accuse une faible propension à la migration de transit mais sont plusenclins au retour dans leurs pays d‟origine. Sur le plan socio-économique, cette population est largement verséedans l‟économie informelle, telle qu‟elle est organisée dans les oasis du Sud(77%). Ils sont 93% en activité. Les actifs frontaliers sont moins exposés auchômage avec un taux de 7%. Ils sont 48% dans le « petit commerce ». Ledeuxième secteur revient à l‟artisanat qui occupe 19% des frontaliers.Pourtant ces deux secteurs ne rapportent pas le maximum de revenus auxtravailleurs. Le revenu moyen mensuel des frontaliers dans le commerceatteint 7300 DA, tandis que la moyenne dans l‟artisanat est estimée à 7500 DA.C‟est surtout dans le secteur agricole de l‟économie oasienne que lesfrontaliers maximisent leurs gains avec 11 600 DA, proche du SNMG algérien.De même le « bâtiment » a un rapport intéressant avec un revenu moyen de10 800 DA. Les femmes actives arrivent difficilement à dépasser la moitié durevenu moyen des hommes. En fonction des niveaux d‟instruction, lefrontalier de niveau supérieur atteint un revenu qui peut aller jusqu‟à 13 600DA. L‟une des particularités des travailleurs frontaliers est évidemment lanature des rapports qu‟ils entretiennent avec les membres de la famille restésaux pays d‟origine. Les frontaliers sont les plus satisfaits de leurs revenus parrapport aux autres catégories de migrants. Ils sont aussi le plus nombreux àeffectuer des transferts à la famille restée au pays d‟origine : 56% contre unemoyenne globale de 46%. Ils envoient ainsi plus de la moitié de leurs gainsavec une fréquence plutôt mensuelle, sinon trimestrielle. Les frontaliersaccusent aussi le taux le plus faible parmi les migrants qui reçoivent de l‟aidedu pays d‟origine, avec 1% des cas contre une moyenne globale de 5%.
  • 94. La migration économique Cette population est parfaitement distincte des deux premièrescatégories. Bien qu‟elle partage presque les mêmes motivations que lamigration frontalière, avec une expression plus importante pour l‟insuffisancede revenus, suivi du chômage et du manque de perspectives économiques. Figure N°29 Motivation de la migration économique Nous avons déjà vu que sa dispersion des pays d‟origines couvre unlarge spectre de l‟Afrique subsaharienne. Cette dispersion traduit aussi delongues distances parcourues notamment par ceux qui sont venus par voieterrestre ; donc une durée de migration relativement longue avant d‟entrer enAlgérie. De même, elle est assez dispersée dans les poches de migration. Les traits individuels de cette population sont marqués par un fort tauxde célibat, des hommes pour la plupart, repartis dans toutes les classes d‟âgeset les niveaux d‟instruction sans grande différence. Cette migration sedistincte notamment par une touche linguistique anglophone qui rend leurquotidien dans un pays arabophone (et francophone) comme l‟Algérie assezdifficile. Cette population est la plus encline à «transiter » par l‟Algérie endirection de l‟Europe notamment. Le sentiment du retour est assez fort en casd‟échec des projets migratoires. Sur le plan socio-économique, les migrants économiques sont enAlgérie pour travailler surtout, mais ils ne sont que 75% qui déclarentbénéficier d‟un revenu d‟une activité économique. Ils sont 38% dans le « petitcommerce », 23% dans l‟artisanat et 16% travaillent «un peu partout». Lestravailleuses dans cette catégorie sont assez nombreuses, elles représentent14% des actifs. Les femmes bénéficient d‟un revenu moyen mensuel assez faible parrapport aux hommes avec 8 900 DA, soit légèrement inférieur à la moyenne
  • 95. générale, estimée à 11 000DA/mois. Les migrants économiques dansl‟artisanat déclarent recevoir le gain moyen maximum avec 14 200 DA/mois.Le gain moyen minimum est relevé par ceux qui affirment exercer dans«plusieurs secteurs» ou dans «l‟agriculture», avec seulement 6 900 DA/mois. Les migrants économiques sont plus ou moins satisfaits (32%) desrevenus procurés en Algérie et 40% parmi eux opèrent des transferts d‟argentaux membres de la famille restés aux pays d‟origine Sur cet ensemble,45%affirment envoyer plus de la moitié des leurs gains, plutôt d‟un fréquence«aléatoire», sinon «trimestrielle». Pour conclure sur cette typologie des migrations irrégulières, ladimension socio-économique semble discriminer parfaitement les trois typesobservés. On peut aisément déduire que 66% des migrants semblent avoirdes difficultés financières car avec les revenus tirés de leurs activités, ilsn‟arrivent pas à satisfaire leurs besoins élémentaires. Malgré cette conditionde précarité affirmée, ils sont 36% de migrants qui ne manquent pas departager leur maigre revenu avec leurs proches restés aux pays d‟origine.5.5. Une analyse par coupes transversales de la typologieUne lecture transversale de cette typologie apporte d‟autres élémentspertinents pour lever le voile sur certains faits et comportements nouveauxobservés parmi les migrations irrégulières en Algérie. Trois coupes ont étéeffectuées. La première porte sur la « migration de transit », le deuxième surla migration familiale et la dernière sur la migration de retour potentiel.La migration de transit La migration de transit est une donnée nouvelle en Algérie. Les troistypes de migrations présentent chacun une propension de ré-émigration avecune plus forte tendance relevée chez les réfugiés potentiels notamment. Lamigration de transit est mesurée à partir du projet des migrants qui optentpour la plupart, pour une migration vers l‟Europe. La configuration d‟unemigration de transit parmi les populations subsahariennes est assez aisée. Ilssont 43% des migrants qui affirment « transiter » par l‟Algérie vers d‟autresdestinations, dont 40% vers l‟Europe. En fonction de notre typologie, ils sont83% des réfugiés potentiels qui envisagent de poursuivre leur migration versd‟autres contrées, 61% des migrants économiques n‟ont pas l‟intention derester en Algérie et 23% des migrants frontaliers s‟inscrivent dans la mêmeperspective. Les migrants de transit, comme nous l‟avons déjà évoqué, sontassez dispersés sur le territoire Algérie. Une analyse par segmentation de lapopulation en transit versus immigration en Algérie, indique un certainnombre de traits marquants de cette population.
  • 96. Tableau N°5: Analyse régression des migrants de transit en AlgérieIndicateurs & modalités B E.S. Wald ddl Signif. Exp(B) région 602,646 3 ,000 Sud (référence) Est -,096 ,088 1,190 1 ,275 ,909 Ouest ,640 ,060 115,630 1 ,000 1,896 Centre 1,771 ,076 547,951 1 ,000 5,876 Groupe d’âge 192,443 2 ,000 27 ou moins (référence) Entre 28 et 35 ans ,084 ,048 3,110 1 ,078 1,088 36 ans et plus -,612 ,059 108,600 1 ,000 ,543 Résidence dans le pays 1,493 ,046 1035,195 1 ,000 4,449 d’origine (urbain/rural)) Arabe écrit 116,994 4 ,000 Non (référence) Peu -,795 ,082 93,318 1 ,000 ,452 Moyen -,151 ,102 2,198 1 ,138 ,860 Bien -,278 ,119 5,445 1 ,020 ,757 Très bien ,841 ,218 14,967 1 ,000 2,320 Français écrit 110,163 6 ,000 Non (référence) Peu -,079 ,086 ,841 1 ,359 ,924 Moyen ,495 ,108 20,990 1 ,000 1,641 Bien ,125 ,119 1,109 1 ,292 1,133 Très bien 1,277 ,163 61,043 1 ,000 3,584 Pourquoi ce choix de destination 147,161 5 ,000 liens de famille (référence) Liens amicaux ,585 ,175 11,222 1 ,001 1,795 Recherche du travail ,261 ,086 9,185 1 ,002 1,299 Intégration sociale 1,299 ,142 83,792 1 ,000 3,664 Autre -,127 ,222 ,328 1 ,567 ,880 Plusieurs choix ,943 ,124 57,664 1 ,000 2,569 Constante ,884 2902,042 ,000 1 1,000 2,420 Les variables les plus significatives sont dans l‟ordre suivant : - Les migrants résidant dans la zone du Nord de l‟Algérie ont uneplus forte probabilité d‟être des migrants de transit. - La probabilité des célibataires d‟être des migrants de transit est laplus forte. - Ce sont les plus jeunes qui ont le plus tendance à être des migrants detransit.
  • 97. - Plus le niveau d‟instruction augmente plus il s‟agit d‟une migrationde transit ; la probabilité qu‟un universitaire soit un migrant de transit est 1,7plus élevé que celle d‟un analphabète. - Les anglophones ont plus de probabilité d‟être des migrants detransit. - Les bons arabisants sont aussi des migrants de transit mais pourd‟autres destinations que l‟Europe. - Pour la langue française, mais la relation est beaucoup moins nette,les très bons francophones ont trois fois et demi plus de probabilité d‟être desmigrants de transit par rapport à ceux qui ne savent pas écrire en français. - La probabilité d‟être des migrants de transit est trois fois plus faiblechez ceux qui travaillent en Algérie par rapport à ceux qui ne sont pasoccupés. En bref, la probabilité d‟être un migrant de transit peut être résuméepar le profil suivant : jeune et célibataire, provenant du monde urbain etrésidant dans les wilayas du Nord, ayant un niveau d‟instruction assez élevéet une maîtrise des langues étrangères, n‟ayant pas d‟emploi.La migration familiale Fait nouveau qui reste peu étudié, la présence de femmes, voire defamilles qui se déplacent (migration familiale), peut être observée dans les troistypes de migrations observées en Algérie. La part de femmes est assez faible.Elles ne représentent que 14% des populations enquêtées : la part la plusimportante se trouve parmi les réfugiés avec 25% ; puis 18% des économiqueset 10% des frontalières. La migration familiale n‟est pas à confondre avec lamigration féminine même si la plupart des femmes voyagent en famille (75%)contre seulement 16% des hommes qui sont accompagnés par un membre dela famille. L‟hypothèse la plus probable est que les femmes migrent enfamille. Les femmes célibataires qui s‟inscrivent dans un processus migratoiresont peu nombreuses en raison des risques inhérents au voyage et au faitqu‟en Afrique ce rôle est encore dévolu aux hommes La migration familiale en fonction de notre typologie donne lareprésentation suivante : la part des migrants familiaux est la plus importanteparmi les réfugiés, puis un niveau légèrement supérieur des familles sontdans la migration frontalière et enfin, un peu plus de 20% sont des migrantséconomiques.
  • 98. Figure N°30 Migrants familiaux selon la typologie des migrations Si dans le temps, aucune différence significative n‟est observée entre lesmigrants familiaux et les non-familiaux, dans l‟espace, on observe une forteconcentration des migrants familiaux dans la région du Sud, ce qui expliqueaussi leur appartenance à la migration frontalière. Les migrants familiaux sontpeu instruits avec près de 60% de niveau « primaire et moins ». Pour lesmigrants familiaux, l‟Algérie comme destination est choisie à 72% pour letravail mais également pour des liens familiaux. C‟est sur le plan économiqueque la distinction est plus forte. 75,5% des migrants familiaux disent ne pasparvenir à subvenir à leurs besoins contre 63,4% pour les migrantscélibataires. Les migrants familiaux ont davantage tendance à envoyer unepartie de leurs revenus au pays 48,9% contre 30,7% pour les migrantscélibataires. Enfin, les migrants familiaux seraient davantage enclins àretourner chez eux (82%) s‟ils ne parviennent pas à atteindre leur destinationcontre 60% pour les migrants célibataires.
  • 99. La migration de retour Enfin, la dernière configuration porte sur la migration de retour, bienentendu potentielle, par ceux qui souhaitent, dans certaines conditions, d‟unretour au pays d‟origine. Ils sont 67,8% qui positivent le retour en cas d‟échecde leurs projets migratoires: 70% parmi les frontaliers, 66% des économiqueset 57% des réfugiés. Cette éventualité est bien présente dans l‟esprit desmigrants subsahariens en cas d‟échec de leurs projets migratoires. Plus de60% des migrants connaissent des personnes qui ont déjà empruntées lechemin du retour.Figure N°31: Raisons pour le retour dans le pays d’origine selon le type demigrationsNb : la somme des % dépasse 100% pour les réponses multiples L‟éventualité d‟un retour serait motivée pour les migrants frontalierspour des raisons plutôt familiales (plus de 35%) et l‟espoir de réaliser unprojet professionnel au pays d‟origine. Pour les migrants économiques, leretour serait inévitable avec la précarité des conditions de vie en Algérie (plusde 20%), certes ce motif est suivi par les raisons familiales et l‟espoir decréation d‟une activité économique. Pour les réfugiés, en pôle position setrouve la précarité des conditions de vie (plus de 20%), suivie par la nostalgiede la famille et surtout « être mieux chez soi », car cette catégorie a étécontrainte de quitter le pays d‟origine. L‟analyse de régression (cf. tableau de régression suivant) effectuée surla probabilité de retour indique les traits prédominants suivants pour lesmigrants susceptibles d‟opter pour cette éventualité :- les femmes plus disposées (par inférence, les migrants familiaux) que leshommes au retour.- La probabilité de vouloir retourner dans le pays d‟origine augmente avecl‟âge. En d‟autres termes ceux qui quittent leur pays d‟origine à un âge avancéne vont pas jusqu‟au bout de leur projet migratoire.- De même, les nouveaux venus sont plus prompts que les anciens à opter
  • 100. éventuellement pour le retour.- Ceux qui ont un emploi en Algérie ont 1,5 fois plus de probabilité de vouloirrentrer chez eux. La combinaison des deux variables (emploi en Algérie aveccelle du travail dans le pays d‟origine) peut nous fournir des élémentsd‟explication. Lorsque le différentiel n‟est pas élevé le migrant préfèretravailler chez lui.- Enfin, la méconnaissance de la langue arabe est aussi un frein pour lesmigrants subsahariens à poursuivre leurs projets.Tableau N°6: Segmentation des migrants selon la probabilité de retourIndicateurs et modalités B E.S. Wald ddl Signif. Exp(B) Sexe (femme/homme) ,316 ,057 30,633 1 ,000 1,372 Année de sortie du pays d’origine 291,991 2 ,000 2001 ou avant (référence) 2002 - 2004 ,473 ,041 132,711 1 ,000 1,604 2005+ ,791 ,048 274,114 1 ,000 2,206 Type migrant 88,142 2 ,000 Célibataire (référence) Familiale ,589 ,064 83,709 1 ,000 1,802 Autres ,262 ,043 36,710 1 ,000 1,299 Groupe d’âge 160,897 2 ,000 27 ou moins (référence) Entre 28 et- 35 ans ,291 ,042 48,147 1 ,000 1,338 36 ans et plus ,686 ,054 160,563 1 ,000 1,986 Emploi dans le pays ,493 ,050 98,516 1 ,000 1,637 d’origine (oui/non) Emploi en Algérie ,389 ,062 39,777 1 ,000 1,476 (oui/non) Milieu de résidence dans le pays d’origine ,200 ,042 22,966 1 ,000 1,221 (urbain/rural)) Arabe écrit 260,383 4 ,000 Non (référence) Peu ,848 ,075 129,232 1 ,000 2,334 Moyen 1,058 ,097 118,181 1 ,000 2,881 Bien 1,339 ,108 154,432 1 ,000 3,815 Très bien ,579 ,237 5,990 1 ,014 1,785 Peu ,154 ,079 3,841 1 ,050 1,167 Moyen ,083 ,093 ,788 1 ,375 1,086 Bien ,394 ,108 13,287 1 ,000 1,484 Très bien 1,102 ,153 52,013 1 ,000 3,010 Anglais parlé 19,623 4 ,001 Non (référence) Peu ,283 ,113 6,233 1 ,013 1,327
  • 101. Moyen -,297 ,138 4,613 1 ,032 ,743 Bien ,218 ,144 2,291 1 ,130 1,243 Très bien ,193 ,168 1,320 1 ,251 1,212 Pourquoi ce choix de destination 13,690 5 ,018 Liens de famille (référence) Liens amicaux ,054 ,143 ,143 1 ,705 1,056 Recherche du travail -,045 ,072 ,380 1 ,537 ,956 Intégration sociale -,350 ,114 9,438 1 ,002 ,705 Autre ,022 ,196 ,012 1 ,912 1,022 Plusieurs choix ,038 ,100 ,145 1 ,703 1,039 Constante 1,015 2902,023 ,000 1 1,000 2,760ConclusionEn guise de conclusion, cette typologie établie sur la base des résultats denotre enquête met en évidence les différences notables, statistiquementsignificatives, permettant de comprendre l‟hétérogénéité des populationsmigrantes subsahariennes en Algérie. La migration frontalière, qu‟on ne saurait caractériser comme étant une migration irrégulière stricto census, car cette circulation entre dans le cadre de la politique de bon voisinage de l‟Algérie permettant de réguler non seulement la circulation des personnes mais surtout le commerce frontalier fondé historiquement et institutionnalisant le troc, et de pourvoir aux besoins saisonniers de la main d‟œuvre migrante pour l‟économie oasienne du sud d‟Algérie. Les réfugiés potentiels constituent un type parfaitement caractérisé par des causes spécifiques de départ des pays d‟origine. Cette population peut, sous certaines conditions, bénéficier d‟une protection humanitaire dans le cadre des dispositifs du HCR et du Gouvernement algérien. La migration économique est de loin le type idéal dans la migration de main d‟œuvre subsaharienne vers et à travers l‟Algérie. Cette population peut, après examen des cas, faire l‟objet des différentes mesures (régularisation, condamnation, expulsion… ) mises en œuvre par l‟Algérie pour la régulation de la migration internationale.L‟analyse en coupe transversale apporte des éléments d‟appréciation sur lescomportements des migrants en fonction du mode de migration (familial/non
  • 102. familial)), de leurs projets migratoires (transit/immigration) et le cas échéant,de leurs dispositions au retour dans le pays d‟origine. La mise en exergue du mode familial, permet de situer des situations exceptionnelles pour lesquelles des mesures appropriées sont nécessaires. La part la plus importante de la mobilité familiale revient aux réfugiés qui migrent sous la contrainte mettant leur vie en danger. La dimension sensible de ce comportement n‟est pas tant la présence féminine mais surtout la présence des mineurs ou encore des enfants nés sur le sol du pays d‟accueil. La migration de transit est un comportement de voyage propre aux ressortissants des pays enclavés qui sont autorisés, dans le cadre des mobilités par voie terrestre, de traverser d‟autres territoires, pour atteindre leurs destinations. L‟ampleur pris par ce mouvement est un effet des restrictions de voyage par voie aérienne. Dans chaque pays de transit, le migrant s‟adonne, pour une période donnée, à une activité économique pour réunir l‟argent nécessaire pour la suite du projet migratoire. Ce sont encore essentiellement les réfugiés qui adoptent ce comportement. La migration de retour apparaît dans cette construction comme étant paradoxalement une issue probable devant « l‟échec » du projet migratoire contrairement à l‟idée valorisante et positive d‟un retour avec la « réussite » dans le pays d‟accueil. Cette attitude est encore plus prégnante quant elle est engendrée par des situations de détresse, car le retour devient emblématique et mérite une assistance. Le type de migrant plus prompt au retour est inévitablement, dans ces conditions, les migrants frontaliers car la distance est faible et les liens familiaux sont plus intenses. Le retour assure une sécurité totale. A l‟inverse et à l‟évidence, le retour des réfugiés repose sur la résolution des motifs à la base de l‟exil. Cette lecture de la migration subsaharienne repose aussi sur deux facteurs clefs à la base de la construction de cette typologie, à savoir sa contextualisation dans l‟espace et dans le temps. La situation géographique de l‟Algérie rend le territoire national non seulement un passage obligé pour les peuples des pays enclavés pour accéder par la voie terrestre à la rive nord de l‟Afrique, mais aussi comme une terre d‟accueil pour les ressortissants des pays voisins lors d‟une catastrophe ou d‟une situation de conflits armés mettant en danger les populations civiles. La distance entre le pays d‟origine et l‟Algérie engendre aussi un effet sur le coût et la durée du voyage.
  • 103. Outre la durée du voyage, la dimension temporelle apporteaussi un éclairage sur la durée du séjour des différents types demigrants en Algérie. Cette durée, n‟est pas seulement fonction de lanature du projet mais renseigne également sur l‟âge d‟entrée desmigrants en Algérie, facteur clef pour la compréhension des conditionsde vie et d‟intégration des subsahariens dans le pays.
  • 104. CONCLUSION GENERALE Cette recherche sur la migration des subsahariens en Algérie est unesuite logique de notre exploration de ce phénomène dans le cadre du projetportant sur l‟aide au retour des migrants du Niger, du Mali et de la RDCongo.La recherche gagne non seulement en profondeur mais s‟étend aussi auxautres nationalités présentes sur le sol national ces dernières années. Commetout phénomène mouvant, la saisie de la réalité ne peut être qu‟instantanéecar le changement s‟opère très vite. L‟image construite peut aussi disparaîtrerapidement, du jour au lendemain. Mais dans le fond, il reste des traces quimarquent la vie des personnes, des agents sociaux tels des portraits qu‟onaurait souhaités servir aux « autres » ! Notre lecture de cette recherche reposesur deux dimensions: les résultats obtenus et les perspectives. Les résultats obtenus. Le problème de la migration subsaharienne est assez spécifique sur lesol algérien car ce phénomène n‟est pas récent mais il est historique. Laconjoncture actuelle, amplifiée tant dans des facteurs endogènes et exogènes àl‟Afrique et à la région méditerranéenne, a contribué largement àl‟exacerbation d‟une crise de mobilité et au dysfonctionnement d‟uneéconomie de frontière largement positive dans un processus de co -développement intra-africaine. L‟approche adoptée pour l‟exploration profonde de ce phénomènecomporte des risques manifestes tant du point de vue des migrants que desservices de sécurité comme tout acte relevant des droits humains. L‟effortengagé et l‟espace couvert par cette double enquête (quantitative &qualitative) marque une certaine originalité par rapport aux portraits dessinésà grands traits qui se rapprochent plus de caricatures que de profils réels desmigrants. La radiographie de la migration subsaharienne nous a permis demettre en évidence les traits dominants de cette population, prise dans saglobalité. Différents angles classiques sont ainsi éclairés : démographique,social, culturel, économique. L‟angle psychosociologique offre des imagesinédites de la perception des migrants et des dangers auxquels ils sontconfrontés lors du voyage. La construction d‟une typologie des migrants vient ensuitedéglobaliser le phénomène et met en vedette l‟hétérogénéité de cettepopulation. La segmentation opérée obéit à des critères qui ne souffrentd‟aucune ambigüité et procède d‟une rigueur scientifique dans la
  • 105. configuration des types. L‟idée centrale est celle de la mise en évidence del‟existence d‟une migration frontalière organisée et institutionnalisée tant surle plan social qu‟économique dans un espace qui offre en plus une certainehomogénéité culturelle, fondée sur un groupe ethnique partagé entredifférents territoires. Puis, il est aussi opéré une distinction des réfugiéspotentiels parmi les migrants économiques. Cette typologie construite est ensuite décomposée, par une analysestatistique très fine, selon des comportements des migrants dans la réalisationde leurs projets migratoires. Cette analyse en coupe transversale met enlumière des phénomènes nouveaux liés à la migration de transit, à lamigration familiale et au retour potentiel des migrants vers leurs paysd‟origine. Les perspectives La richesse des données collectées sur ce phénomène est certesintéressante et peut faire l‟objet d‟autres explorations. Une déconstruction dela population observée en groupes sociaux est une piste à explorer. Cesrésultats peuvent aussi servir pour des actions de sensibilisation ou deplaidoyer. Loin de nous l‟idée d‟avoir saturé totalement un phénomène,mobile et changeant en permanence, qui ne se laisse jamais saisir dans toutesses profondeurs. D‟autres pistes, entre autres, de la migration irrégulièrepeuvent faire l‟objet d‟une exploration, celle de l‟action institutionnelle, desprocédures de la régularisation et de l‟intégration des migrants sub-sahariensen Algérie. L‟action institutionnelle, après avoir été longtemps passive, est un poste d‟observation importante à suivre, notamment avec la mise en œuvre des nouvelles dispositions de la loi algérienne sur les conditions de séjour des étrangers en Algérie. La création des centres d‟accueil mérite un droit de regard de la société civile sur les conditions de détention des migrants. Les données nouvelles attendues du dernier recensement de la population algérienne (2008) vont permettre d‟avoir une vue globale des étrangers résidant en Algérie. La question de la régularité des séjours reste énigmatique. Le recensement va ainsi nous offrir une base de données très riche, à partir de laquelle des enquêtes ciblées peuvent être conduites en direction des populations originaires au sud du Sahara. De cette donnée, deux axes méritent une exploration. Sur le plan de la régularisation des migrants, les procédures appliquées concrètement sont encore enveloppées d‟une certaine opacité
  • 106. bien que la législation algérienne soit parfaitement claire à ceteffet. La régularisation n‟est pas une fin en soi, l‟intégration desmigrants subsahariens notamment dans la vie économique etsociale est une voie encore semée de beaucoup d‟osbtacles.
  • 107. REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES SELECTIVES.Balwin-Edwards M., 2006. Between a rock and a hard place: North Africa as aregion of emigration, immigration and transit in Review of African politicaleconomy, Vol. 33, N° 108,juin 2006, pp.311-324.Balwin-Edwards M., 2004. The Changing Mosaic of MediterraneanMigrations, Mediterranean Migration Observatory Panteion University,Athenshttp://www.migrationinformation.org/Feature/display.cfm?ID=230Barros L, Lahlou M, Escoffer C, Pumares P & Ruspuni P., 2002. L‟immigrationirrégulière subsaharienne à travers et vers le Maroc, Cahier des MigrationsInternationales N° 54F, OIT, Genève.Belguendouz Abdelkrim, 2006. Enjeux migratoires : Maghreb- Europe –Afrique Subsaharienne : un regard du Sud, Ed Konrad Adenauer, Rabat.Benjemia Monia, 2005. Etude de la législation tunisienne sur la migrationinternationale », BIT, Alger.Bensaad Ali, 2008. Les migrations subsahariennes en Algérie.http://www.eui.eu/RSCAS/e-texts/CARIM-RR_2008-01.pdfBoubakri Hassan, 2006. Le Maghreb et les migrations de transit: le piège inMigrant de passage Vol 18 N° 107Boubakri Hassan, 2004. Transit migration between Tunisia, Libya and Sub-Saharan Africa: study based on Greater Tunis, Communication RegionalConference Transit Migration, Istanbul.Bredeloup S. & Pliez O.2005. Migrations entre les deux rives du Sahara -Introduction, Revue Autrepart N° 36 , édition Armand Collin- IRD, FranceCISP/SARP, 2006. Aide au retour des migrants subsahariens vers le Niger, leMali et RDCongo. Alger.De Haas Hein. 2007. The myth of invasion irregular migration from WestAfrica to the Maghreb and the European Union, IMI Research Report,University of Oxford, UK.De Haas Hein. 2006. Trans-Saharan Migration to North Africa and the EU:Historical Roots and Current Trends, University of Oxford, UK.
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  • 112. ANNEXES 1. Carte représentant la dispersion des différents types de migrantssubsahariens sur le territoire algérien. 2. Carte représentants la dispersion des migrants subsahariens selon lespays de provenance.

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