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INTRODUCTIONL‟équipe de la SARP travaille sur la problématique des migrations depuis plus dequatre ans, l‟intérêt ayant ét...
Le présent rapport s‟articule autour de cinq chapitres :Le premier chapitre retrace un bref historique de la migration sub...
CHAPITRE I LE MOUVEMENT DES POPULATIONSSUBSAHARIENNES VERS L’ALGERIE
Comprendre la genèse d‟un phénomène aussi complexe est un exercice capital pouraller vers des résolutions objectives à mêm...
La liberté de circulation des Touaregs obéit à des règles admises par l‟ensemble despays de la sous-région. C‟est donc une...
D‟ailleurs la migration frontalière, dite aussi alternante ou saisonnière, étant de courtedurée, est estimée non-pertinent...
En 1994, la Côte d‟Ivoire commence à basculer dans une crise latente. En 1996, laRépublique Démocratique du Congo entre da...
l‟Afrique du Nord14 . Si durant les années 1990, la voie était déjà ouverte à travers le Maghrebavec un volume assez faibl...
1.3. Restrictions de l’Europe et réseaux actifs de passeurs pour les besoins des économiesdu Nord        La migration irré...
d‟environ 25 000 personnes en 200520 , dont le quart est intercepté par les services desécurité au Maghreb. Cette estimati...
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rive sud 25 , à travers son projet de « Politique de bon voisinage » et le programme d‟aide à larecherche-action, dans le ...
La nouveauté de cette loi ne repose pas seulement par l‟aggravation despeines mais aussi par, au moins, trois nouveautés :...
de l‟Union Africaine à Alger (avril, 2006), la question de la migration irrégulière et le rôle despays de départ et des pa...
les différentes formes des « migrations illégales » sous trois formes d‟illégalité : àl‟entrée, durant le séjour (notammen...
neutre et, contrairement au terme «illégal», n’a rien de stigmatisant. Elle est aussil’expression que privilégient de plus...
C‟est dans cette logique de prudence qu‟il nous semble indispensable de connaître leprofil des migrants subsahariens prése...
CHAPITRE IIAPPROCHES METHODOLOGIQUES
La méthodologie mise en œuvre pour la réalisation de cette étude est d‟uneimportance capitale pour cerner la valeur heuris...
Certaines questions contenues dans ces trois outils ont été reprises et dautresquestions ont été ajoutées de manière à en ...
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A leur réception, tous les questionnaires ont été examinés par le coordinateur deterrain et l‟équipe de recherche. Avant d...
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NaamaNaama est un cas particulier, car c‟est à l‟occasion du marché hebdomadaire de laville que les migrants se retrouvent...
Il y a deux occupations principales à Oran, le « trabendo » (petit commerce illicite)qui est du ressort des nigériens et l...
80 individus environ, les maliens au nombre de 50 et les burkinabés moins d‟unedizaine. En revanche, on trouve beaucoup pl...
cordonnerie est la spécialité des maliens, des burkinabés et des ivoiriens, ils gagnentenviron 5 €/jour. Certains migrants...
La trajectoire migratoire et les événements vécus durant le trajet. Chaque       migrant a un vécu particulier du trajet e...
-   Migrant mineur: migrant qui na pas atteint lâge de la majorité (18 ans) au       moment de son entrée en Algérie.   - ...
CHAPITRE IIIPROFILS DES MIGRANTS SUBSAHARIENS EN ALGERIE
Une première lecture (section 1) des résultats nous permet de préciser ladispersion géographique, selon les pays de départ...
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Rapport de la_recherche_sur_les_migrants_subsahariens

  1. 1. SARP Association pour l’ai de psychologi que, l a recherche et l a formati on PROJET AENEAS Rapport final sur le volet recherche LES MIGRANTS SUBSAHARIENS EN SITUATION IRREGULIERE EN ALGERIE : CARACTERISTIQUES, PROFILS ET TYPOLOGIE Novembre 2008Equipe de rechercheKHALED Noureddine, directeur de recherche, SARP.HAFDALLAH Rafika, psychologue, attachée de recherche, SARP.GHARBI Houria, psychologue, attachée de recherche, SARP.Coordinatrice CISP: ADAM CarineAvec la participation de: MUSETTE Saib, sociologue, expert.
  2. 2. INTRODUCTIONL‟équipe de la SARP travaille sur la problématique des migrations depuis plus dequatre ans, l‟intérêt ayant été suscité par le projet sur l‟aide aux retours volontairescomme une réponse parmi d‟autres à la situation sans perspectives dans laquelle setrouvent nombre de migrants en Algérie. Jusqu‟alors le travail de la SARP seconcentrait sur les victimes de terrorisme (travail toujours d‟actualité d‟ailleurs),mais la situation particulière que les migrants vivent en Algérie, telle la détressevécue ou le fait d‟être piégé sans possibilité d‟aller plus avant ni même de rentrer aupays suscita l‟intérêt de cette organisation.La problématique méritait qu‟on s‟y intéresse. Beaucoup d‟études ont déjà étéréalisées sur les migrants, mais elles y portaient un regard sociologique, économiqueou sécuritaire, mais aucune étude n‟avait encore, à notre connaissance, été réaliséepar des psychologues et peu d‟entre elles ont touché un nombre important demigrants. Cette étude est donc unique en son genre, particulièrement en Algérie etau Maghreb. Elle va voir le jour en partenariat avec le CISP et a pour sujet d‟analyseles migrants subsahariens se trouvant sur l‟ensemble du territoire national.L‟élaboration de l‟échantillon a été aussi difficile que laborieux en raison de laprécarité des conditions de vie des migrants, de leur grande mobilité ainsi que deleur intérêt à se rendre invisibles afin d‟échapper à la vigilance des services desécurité.Une fois l‟échantillon délimité, il était enfin possible d‟appliquer un questionnairemûrement élaboré, simple et exhaustif pour tenter d‟établir des profils descriptifsconcernant les migrants subsahariens en Algérie, savoir qui ils sont, leurs origines,leurs trajectoires, leurs motivations, leurs conditions de vie, leurs projets et d‟autresinformations encore. Ainsi 2.149 personnes ont pu être approchées, avec l‟aide desagents de proximité, parfois de même nationalité que les migrants, et ont ainsirépondu à ce questionnaire élaboré pour établir le profil de ces migrants.Quels itinéraires sont utilisés? Quelle est leur situation actuelle? Comment vivent-ilsen Algérie? Quels sont les problèmes rencontrés? Y a-t-il une volonté d‟implantationen Algérie?Dans une seconde étape, partant des lacunes inhérentes aux questionnaire en tantqu‟outil de recherche extensive, et dans un souci d‟approfondissement des donnéesquantitatives, nous sommes rentrés dans des considérations plus individuelles afind‟essayer de comprendre, de manière approfondie, les récits de vie et les trajectoirespersonnelles : celles des hommes et celles des femmes, celles des migrantséconomiques, des migrants frontaliers et celles des réfugiés.
  3. 3. Le présent rapport s‟articule autour de cinq chapitres :Le premier chapitre retrace un bref historique de la migration subsaharienne enAlgérie et rappelle les dimensions sociologiques liées à ce phénomène. Il tenteégalement de définir les concepts utilisés dans cette recherche et de poser laproblématique générale.Le deuxième chapitre décrit avec précision la méthodologie adoptée aussi bien danslétude quantitative que dans létude qualitative. Il décrit le champ dinvestigation,les outils dinvestigation ainsi que les critères de choix de léchantillon détude.Le troisième chapitre reprend en détail les données quantitatives pour tracer lesprofils sociodémographiques et socioéconomiques de la population détude.Lanalyse des profils sappuie essentiellement sur les résultats quantitatifs maisutilise le récit de vie des migrants pour illustrer ces résultats.Le quatrième chapitre "la migration subsaharienne au féminin" se pencheessentiellement sur les caractéristiques propres aux femmes migrantes en lescomparant à celles des hommes.Le cinquième chapitre essaie de construire et de proposer une typologie desmigrations subsahariennes en Algérie selon deux dimensions: - une dimension verticale qui comprend trois types de migrants : les migrants frontaliers, les migrants économiques et les migrants réfugiés; - une dimension horizontale comprenant la migration de transit, la migration féminine et la migration de retour.Enfin, dans la conclusion générale, nous tentons de synthétiser brièvement lesrésultats les plus importants de cette étude et douvrir quelques perspectives pourlavenir.
  4. 4. CHAPITRE I LE MOUVEMENT DES POPULATIONSSUBSAHARIENNES VERS L’ALGERIE
  5. 5. Comprendre la genèse d‟un phénomène aussi complexe est un exercice capital pouraller vers des résolutions objectives à même de réguler les flux des populations au niveau dela sous-région. Dans ce chapitre, nous allons mettre en évidence quatre éléments qui noussemblent importants pour cerner le phénomène de la migration irrégulière en Algérie enprovenance des pays sub-sahariens. D‟abord, il y a lieu de situer la part de la migration régulière dans ces mouvements 1 .La liberté de la circulation des peuples nomades, des Touaregs entre l‟Algérie, le Niger et leMali obéit à des règles, historiques, admises par l‟ensemble des pays de la sous-région. Puis, il y a lieu de relever certains faits politiques majeurs en Afrique qui ont en partiecontribué à la modification des mouvements de populations : la situation sécuritaire instableen Algérie lors des années 1990, le déclin économique en Afrique de l‟Ouest et la crise enCôte d‟Ivoire. Une rupture des mouvements initialement vers l‟Afrique de l‟Ouest2 allaits‟opérer au profit de l‟Afrique du Nord et notamment de l‟Algérie. Ensuite, la migrationirrégulière est aussi une réponse, sinon une réaction, du reste prévisible, aux restrictionsimposées aux africains pour entrer en Europe. Enfin, depuis quelques années, face aux drames quotidiens des migrants, desinitiatives ont été prises d‟abord au niveau des pays du Maghreb. Puis des consultationsinformelles entre pays méditerranéens (Dialogue 5+5). Ensuite, l‟Europe a développé uneassistance active vis-à-vis de plusieurs pays de la rive sud3 , à travers son projet de « Politiquede bon Voisinage » et le programme d‟aide à la recherche-action, dans le cadre duprogramme AENEAS, dans lequel le Maghreb est une zone prioritaire. Enfin, entre l‟Europeet l‟Union Africaine, un début de dialogue sur les questions de la migration internationales‟est amorcé. Ce positionnement du problème est un changement d‟optique dans la saisie desdéterminants de la migration africaine. On a toujours examiné les déterminants du côté de la«demande»4 , mais il faut aussi examiner dans quelle mesure « l‟offre » peut induire aussi sademande. Cette offre, notamment l‟opportunité d‟emplois en Europe, contribue à créer aussisa propre demande et cet effet d‟appel n‟est pas sans incidence sur les flux migratoiresvenant des pays du Sud. Cette approche suggère notamment que les facteurs endogènes liésau processus migratoire (pauvreté, instabilité économique, politique ou sociale ...) nepeuvent à eux seuls expliquer le phénomène migratoire subsaharien en situation irrégulièreau Maghreb et plus particulièrement son accroissement substantiel à la fin de la décennie 90. 1.1. Les hommes libres du Sahara1 Il y a lieu de noter que le nombre de travailleurs migrants provenant du Niger et du Mali ensituation régulière en Algérie, selon le RGPH (R ecensement Gén éral de la Population et de l‟Habitat)de 1998, est de l‟ordre 20 000 personnes.2 Les mouvements des migrants subsahariens en Algérie ont connu une accélération à partir de 2002(éclatement de la crise ivoirienne), date à laquelle les arrestations sont devenues plus importantes Cf.Données statistiques de la DGSN (Direction Générale de la Sûreté Nationale).3 Cf. Jean Pierre Cassarino.2006. Expérience de développement en Afrique du Nord et modalités departicipation des migrants », pp 209-226. in Musette Saib. Les Maghrébins dans la migrationinternationale, ed. CREAD, Alger4 Mohamed Khachani. Les migrations clandestines au Maroc, Communication lors du « Séminairetripartite sur les mouvements migratoires entre l‟Afrique subsaharienne, le Maghreb et l‟Europe »,BIT, Rabat, les 26-27 avril 2006.
  6. 6. La liberté de circulation des Touaregs obéit à des règles admises par l‟ensemble despays de la sous-région. C‟est donc une migration régulière. Certes, il n‟est pas dans notreintention de revenir sur l‟histoire du peuplement de cet espace. Nous proposons troiséléments clefs qui constituent l‟architecture d‟une fusion sociétale stable. Autrement dit,toute tentative d‟interdiction de ces mouvements portera atteinte à l‟équilibre maintenujusqu‟ici entre les peuples de cette région. Conscient de cet enjeu, l‟Algérie indépendante a tout fait pour maintenir cet équilibreau sud et ce, au prix de dérogations aux lois de la république. La liberté de circulation desTouaregs est maintenue dans tout l‟espace du Sahara. Les Touaregs sont dispersés entrel‟Algérie, le Mali et le Niger. Selon le recensement de la population algérienne (RGPH), lesressortissants du Mali et du Niger, établis en Algérie sont estimés à près de 20 000 personnes,dont 75% ont opté pour la nationalité algérienne5 . La taille de la population des touaregs auniveau de la zone reste encore indéterminée. Cette faiblesse des données statistiquesn‟élimine en aucun cas l‟existence de ce peuple, dont on sait qu‟une fraction importanteréside dans les régions de Kidal au Mali et d‟Agadez au Niger. La migration, au sens moderne du terme, obéit à des limites territoriales. Selonl‟acception onusienne, la migration est un acte de changement de résidence, pour une duréed‟au moins une année, dans un pays autre que celui où l‟on réside habituellement. L‟Algérieindépendante devait déposer ses limites territoriales auprès des Nations Unies. Après delongues négociations, ces limites ont été arrêtées de concert avec les Etats du Mali et duNiger. Les accords entre l‟Algérie et le Mali sur la délimitation frontalière datent de lapublication du décret 63-356 du 12 septembre 1963. Ce n‟est que vingt ans après que la loiportant approbation de la Convention relative au bornage des frontières est intervenue (LoiN° 83-09 du 21 mai 1983) et le décret N° 83-09, portant ratification de cette convention, publiéau Journal Officiel le 28 mai 1983. Simultanément, des accords vont être établis avec le Nigeravec la promulgation de la loi N° 83-08 du 21 mai 1983 portant approbation du bornage de lafrontière d‟Etat et le décret N° 83-379, portant ratification de cette Convention, publié le 28mai 1983. Mais, au-delà de ces Conventions sur le tracé des frontières, il y a un autre élémentstructurant les rapports entre les populations, celui de l‟économie. L‟économie des peuplesnomades du désert obéit aux principes du troc. Ce système est maintenu et l‟Algérie acontribué, de différentes manières, à la régulation du fonctionnement de ce système, avecplusieurs instruments, entre autres, l‟arrêté interministériel du 14 février 1988, fixant lesconditions et modalités d‟importation et d‟exportation de marchandises dans le cadre ducommerce de troc frontalier avec le Niger, puis un autre arrêté interministériel en décembre1994 qui fixe les modalités d‟exercice de troc frontalier avec le Niger et le Mali, modifié etcomplété en le 14 décembre 1995, puis encore récemment par un arrêté du 12 avril 1999. La liberté de circulation des personnes est aussi admise avec la suppression de visapour les «migrations frontalières». La suppression de visa offre une certaine liberté decirculation des personnes mais pour des durées limitées. Au-delà, d‟une durée de 90 jours,l‟étranger qui désire s‟établir dans le pays et exercer une activité sédentaire doit régularisersa situation auprès des services compétents.5Cf. Nacer Eddine Ha mmouda, 2005. Statistiques sur les migrations internationales en Algérie, BIT,Alger.
  7. 7. D‟ailleurs la migration frontalière, dite aussi alternante ou saisonnière, étant de courtedurée, est estimée non-pertinente pour les statistiques de la migration internationale6 etn‟entre pas dans la catégorie des travailleurs migrants, telle que définie par la Conventiononusienne de 1990 sur les droits des migrants. L‟étude de Sassia Spiga7 sur le fonctionnementdu marché du travail dans le Sud de l‟Algérie montre par ailleurs la nécessité de la maind‟œuvre migrante sub-saharienne saisonnière pour la pérennisation de l‟économie oasienne. Toutefois, il n‟est pas dit que ces mouvements ne connaissent de perturbations. Desafflux périodiques sont enregistrés de temps en temps mais assez vite régulés. Au lendemainde l‟indépendance, l‟Algérie a été confrontée à des flux en provenance des pays limitrophesen raison essentiellement de la sécheresse et des difficultés économiques qui ont sévi dans larégion sahélienne. Le sud de l‟Algérie servait aussi de refuge pour les populationslimitrophes lors des conflits au Niger et au Mali. Quatre centres d‟accueil ont été créés pourl‟hébergement et la prise en charge de ces réfugiés. Ces centres ont été fermés depuis, suiteau règlement des conflits frontaliers (1998) avec le Niger et le Mali. Plus récemment encore,une révolte armée s‟est produite dans la région de Kidal au Nord du Mali. Des populationsentières de la région, craignant le pire, se dirigent chaque fois vers le territoire algérien.L‟Algérie est sollicitée régulièrement par les rebelles et par le gouvernement malien commemédiateur dans cette crise. Cet équilibre au niveau de la région a été mis à rude épreuve durant les années 1990.Un nouveau mouvement de populations, venant de l‟Afrique de l‟Ouest, s‟est orienté vers ledésert du Sahara. Certains se sont installés en Algérie, d‟autres ont tenté d‟accéder à l‟Europepar toutes les voies terrestres, maritimes ou aériennes à travers l‟Algérie, la Tunisie et leMaroc.1.2. Rupture des mouvements vers l’Afrique de l’Ouest, réorientation vers l’Afrique duNord Initialement dirigés en grande partie vers la Côte d‟Ivoire les migrations africaines sesont peu à peu réorientées vers l‟Afrique du Nord et notamment l‟Algérie. Certains faitspolitiques majeurs semblent avoir contribué à la modification de ces mouvements depopulations en Afrique notamment : la crise en Côte d‟Ivoire, l‟instabilité politique enRépublique Démocratique du Congo, les politiques migratoires libyennes8 et la situationsécuritaire instable en Algérie lors des années 1990.6 Cf. Typologie des migrations internationales, UNDESA, 1998.7 Cf. article de Sassia Spiga « les interrelations entre l‟immigration sub-saharienne et les activitéséconomiques dans la Wilaya d‟Adrar, pp.227-249. in Musette Saïb. Les maghrébins dans la Migrationinternationale, CREAD.2006.8 La Libye, sous embargo international (1992-2000), a mené pendant cette période une politique « panafricaine » encourageant les populations subsahariennes à venir travailler sur son territoire. En 2000, lepays a connu une forte réaction hostile aux immigrants après des confrontations violentes entrelibyens et ouvriers subsahariens. Cet évènemen t a poussé le gouvernement à instituer des mesuresrépressives contre les immigrés (régularisations plus restrictives, détention prolongée et arbitraire desimmigrés, expulsions forcées). Ces politiques restrictives couplées avec la levée partielle de l‟embargo,le dialogue ouvert avec l‟Europe et notamment a vec l‟Italie ont mené à un déplacement partiel desroutes migratoires transsahariennes vers l‟ouest en passant par l‟Algérie, le Maroc et la Tunisie. Enfin,les mesures répressives en Libye semblent avoir « encouragé » les migrants subsahariens à atteindrel‟Europe (notamment l‟Italie) depuis les côtes libyennes» in Hein de Haas. Migra tionstranssahariennes vers l‟Afrique du Nord et l‟UE : Origines historiques et tendances actuelles.Université d‟Oxford. MPI. Nov. 2006, page 3.
  8. 8. En 1994, la Côte d‟Ivoire commence à basculer dans une crise latente. En 1996, laRépublique Démocratique du Congo entre dans une crise politique aiguë. Puis en 2002, lacrise ivoirienne finit par éclater. Si la crise ivoirienne explique en grande partie lamodification des mouvements de population dans la région de l‟Afrique de l‟Ouest, il ne fautpas écarter les migrations provoquées par les guerres civiles en Sierra Leone (1991-2001), auLiberia (1989-96 et 1999-2003) et les violences au Nigeria9 . En Afrique de l‟Ouest, la Côte d‟Ivoire est connue pour être un pays d‟immigration.Selon les spécialistes10 , dès lépoque coloniale de forts courants de migration vers la CôtedIvoire ont été organisés puis favorisés à partir des pays voisins. Ainsi, se sont constituéesdans les villes et dans les zones rurales dimportantes communautés (burkinabée, malienne,guinéenne, nigérienne) complètement impliquées dans léconomie ivoirienne etindispensables à celle-ci11 . Ces communautés se sentant en danger dans le climat de guerredes années 2000, des mouvements de départ ont eu lieu. A partir de septembre 2002, date du déclenchement de la guerre civile en Côted‟Ivoire, les départs allaient devenir massifs12 . La crise en Côte d‟Ivoire et le déclinéconomique qui l‟a précédée a également eu un impact sur l‟afflux de nouveaux immigrés enCôte d‟Ivoire. La Côte d‟Ivoire n‟était, en effet, plus en mesure d‟accueillir ces personnes etde leur offrir les opportunités d‟emplois qu‟ils recherchaient auparavant dans ce pays, aussi,les mouvements migratoires dans la région se sont redirigés vers l‟Afrique du Nord. Uneinversion des flux allait donc se produire en toute légalité dans le cadre des accords de laCEDEAO13 , dont le Mali et le Niger sont parties prenantes. Ces Accords militent pour leprincipe de la libre circulation des biens et des personnes entre les pays de l‟Afrique del‟Ouest. C‟est aussi un des principes de toute intégration régionale, à l‟image de l‟UnionEuropéenne. La crise en Côte d‟Ivoire, jusque là destination principale de la migration de maind‟œuvre en Afrique de l‟Ouest, combinée avec un manque de destinations migratoiresalternatives dans la région, ont incité un nombre croissant de ouest-africains à migrer vers9 Hein de Haas. Op Cite. p. 3.10 Marc Le Pape et Claudine Vidal sont chercheurs au CNRS, sociologues, co-auteurs de « CôtedIvoire, lannée terrible, 1999-2000 », Karthala, Paris, octobre 2002.11 Au recensement de 1998, la Côte dIvoire comptait 26% détrangers. La communauté étrangère laplus importante est celle des Burkinabés (56% des étrangers ) suivie des Maliens et des Guinéens.12 Daprès le Bureau de la coordination des affaires huma nitaires de lONU, un demi-million depersonnes environ ont quitté la Côte dIvoire en tre septembre et avril 2002. On compte égalementquelques 750 000 personnes déplacées à lintérieur du pays. Cest le Burkina qui, comme dans dautresdomaines, a été le plus durement touché. Avant même les derniers combats de lan dernier, desdizaines de milliers de Burkinabés étaient déjà rentrés chez eux, fuyant les agressions de groupesivoiriens déterminés à chasser les étrangers ou à sapproprier les terres cultivées par des immigrés.Depuis septembre, leur nombre à dépassé 200 000. La moitié den tre eux environ a bénéficié de lacampagne officielle de rapatriement menée par le Gouvern ement du Burkina. Fin mars, environ 40 000Maliens qui travaillaient en Côte dIvoire étaient ren trés chez eux. Le Ghana, dont les ressortissants enCôte dIvoire étaien t moins nombreux, ne comptait fin février quenviron 3 000 rapatriés, mais avaitaccueilli plusieurs milliers dIvoiriens et autorisé plus de 55 000 citoyens du Burkina, du Mali et duNiger à traverser le territoire ghanéen pour regagner leur pays dorigine. Cf. Ernest Harsch, 2003. Lesondes de choc régionales de la guerre en Côte dIvoire, in Revue Afrique Relance, Vol.17 /2 juillet2003, page 7.13 CEDEAO : Communauté Economique des Eta ts de l‟Afrique de l‟Ouest.
  9. 9. l‟Afrique du Nord14 . Si durant les années 1990, la voie était déjà ouverte à travers le Maghrebavec un volume assez faible, à partir de 1997, le volume s‟est accru de manière exponentiel,comme nous le montre le graphique suivant. Nous pouvons aussi observer un déclin à partirde 2003. Evolution des arrestations des 25000 migrants en situation irrégulière 20000 selon les autorités espagnoles. 15000 Unité : en millier 10000 Source : Statistiques de l’Espagne citées par Mohamed Khachani, lors du 5000 « Séminaire tripartite sur les mouvements 0 migratoires entre l’Afrique subsaharienne, 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 le Maghreb et l’Europe », BIT, Rabat, les 26-27 avril 2006. Cette modification des flux de migrants coïncide aussi avec une crise sécuritaire quiperdure en Algérie. L‟Algérie est entrée en crise à partir de 1992 et celle-ci s‟est étendue àtoute la décennie venant influer sur les formes de mobilité des personnes. En Algérie, dupoint de vue institutionnel, le contrôle des passages relève de la Police des Frontières mais sacapacité est limitée et les frontières très vastes. Durant la crise des années 1990, lasécurisation des frontières portait essentiellement sur la traque des terroristes et descontrebandiers. De fait, la surveillance des frontières du grand sud s‟est réduite. Cela asimultanément accru la porosité des frontières aux afflux de migrants subsahariens15 . Pendant la fin de la décennie 1990 et le début des années 2000 on a observé uneaugmentation des flux de migrants sub-sahariens à travers le Maghreb. Les réseaux se sontmultipliés. Le nombre d‟arrestations a connu une accélération ces dernières années. Oncompte plus de 40 nationalités parmi les personnes arrêtées en 2005 en Algérie. Selon lesautorités algériennes, 6 000 personnes en moyenne ont été arrêtées entre 2002 et 2006, contreseulement 150 arrestations en moyenne annuelle de 1990 à 200216 . Les migrants convergent vers les Wilayas d‟Adrar, d‟El Oued et notammentTamanrasset. Cette dernière wilaya est devenue le premier poste d‟entrée des migrantsirréguliers. Les personnes arrêtées sont refoulées aux frontières – au poste In Geuzzam(Frontière du Niger) et de Tin-Zouatine (Frontière du Mali). Les facteurs d‟instabilité politique, de pauvreté, endogènes en Afrique, ne sont passeuls explicatifs de cette montée de migrants vers le Nord. Face aux durcissements descontrôles et à la limitation des visas pour les Africains (et d‟autres en provenance d‟Asie), lavoie terrestre est devenue un des moyens d‟accéder à l‟Europe, avec l‟aide des réseaux depasseurs qui activent aussi bien en Europe qu‟en Afrique et en Asie14 Hein de Haas. Op. Cite. Pa ge 3.15 Lucille Baros et ali. 2002. L‟immigration irrégulière subsaharienne à travers et vers le Maroc, Cahiersdes Migrations internationales N° 54F. BIT Genève.16 Statistiques de la DGSN, janvier 2007.
  10. 10. 1.3. Restrictions de l’Europe et réseaux actifs de passeurs pour les besoins des économiesdu Nord La migration irrégulière est aussi une réponse, sinon une réaction attendue, auxrestrictions imposées aux africains pour entrer légalement en Europe. Ces restrictions vontamener une réorganisation des mouvements de personnes pour alimenter le marché dutravail européen. Ces restrictions vont notamment donner naissance à l‟organisation deréseaux de passeurs tant au niveau de l‟Afrique qu‟au niveau de l‟Europe, pour satisfaire lesbesoins en main d‟œuvre des entreprises des pays du Nord17 . La position défendue par le représentant de l‟Espagne au Conseil de l‟Europe validepartiellement cette hypothèse : « Ne soyons pas cyniques: il faut admettre que si nos sociétés offrentdes postes de travail aux migrants, c’est parce qu’ils sont délaissés par les autres travailleurs. Quedevons-nous faire quand un migrant clandestin trouve un travail et qu’il est sous contrat? C’est unhomme qui travaille, qui jouit de ses droits civiques et certainement de travailleur. Il faut lerégulariser. Mon pays, l’Espagne, est contre les régularisations massives. Lorsque mon gouvernementest arrivé au pouvoir, le chiffre des migrants avec contrat de travail s’élevait à 800 000. Que peut-onfaire face à cette situation? Gonfler la sphère de l’économie souterraine? Nous, en Espagne, noustraversons cette période difficile comme partout en Europe » 18 . En fait, l‟essentiel des migrants africains (hors Afrique) est en Europe. Les raisons decette présence s‟expliquent par l‟histoire de la colonisation mais également par lessollicitations répétées de cette main d‟œuvre par les gouvernements européens lors despériodes de crise de main d‟œuvre ou durant les Guerres Mondiales. Le critère de sélectionantérieur était l‟aptitude physique et la santé du migrant. Si les Etats européens mettent enplace des restrictions sévères, avec la Convention Schengen, pour le contrôle de l‟arrivée descitoyens non communautaires, pour autant les restrictions ne sont pas totales. La nouvelle stratégie européenne est fondée sur des nouveaux critères de sélectiondes candidats à l‟immigration. L‟élite africaine est sollicitée, par le biais de politiqued‟immigration choisie, pour combler le déficit en main d‟œuvre qualifiée de certains payseuropéens. Parallèlement à cela, ces restrictions donnent naissance à la formation de réseauxde migration irrégulière tant en Europe qu‟en Afrique qui viennent alimenter le besoin enmain d‟œuvre bon marché des entreprises des pays du Nord. Ces dernières confrontées à laconcurrence internationale cherchent à maintenir leur compétitivité en s‟appuyant sur cettemain d‟œuvre irrégulière qui permet de réduire les coûts de salaires et les charges. Les flux de migrants subsahariens irréguliers vers l‟Europe seraient assezfaibles par rapport aux migrants qui entrent par d‟autres voies. Le stock de migrantsen situation irrégulière est estimé en 2006 à 5 millions en Europe19 . Selon l‟estimationdu HCR, le nombre annuel de migrants subsahariens qui transite en Algérie serait17 Le rapport de l‟UNDESA (2000) sur les déficits de l‟Europe en main d‟œuvre étrangère pourmaintenir sa croissance face au vieillissement de sa population, a conduit certains pays européens àdévelopper une politique active de migration (migration sélective ou »choisie » des compétencesafricaines.18 Cf. Conseil de l‟Europe 29 e séance du 5 octobre 2006. Compte Rendu.19 Cf. Conseil de l‟Europe 29 e séance du 5 octobre 2006. Selon le Rapport de la Commission : « Onévalue à cinq millions le nombre de migrants clandestins en Europe, ce qui pose de nombreuxproblèmes humanitaires et sur le plan des droits de l‟homme. »
  11. 11. d‟environ 25 000 personnes en 200520 , dont le quart est intercepté par les services desécurité au Maghreb. Cette estimation sert de base de sondage, retenue dans cerapport. Le volume moyen annuel de passages serait près de 10.000 sur un nombrede 400.000 à 500.000 personnes qui entrent illégalement en Europe chaque année partoutes les voies. Le taux de passages d‟Algérie par voie terrestre vers les pays voisins (Maroc etTunisie) serait au maximum 2,5%. « La migration en provenance du Maroc représentemoins de 7% de l’ensemble des flux irréguliers qui arrivent en Espagne. Donc, dans l’absolu,c’est un épiphénomène qui est malheureusement amplifié et utilisé par certains lobbies » 21 . Lapopulation subsaharienne en situation irrégulière au Maroc est estimée à près de 10000 personnes, selon les autorités marocaines22 . Selon le Ministère des AffairesEtrangères italien (2006), « il y a environ 2,8 millions de migrants réguliers de 198nationalités en Italie et près de 500.000 en situation irrégulière ». La part des subsahariens dans cette migration n‟est pas spécifiée. Mais lesarrivées de migrants par les côtes italiennes sont estimées à 23 000 en 2005, soit 10 000de moins par rapport à 2004. Cette baisse du côté italien s‟explique par des accordsde surveillance conjointe avec les autorités libyennes23 . En 2005, environ 120.000migrants ont été interpellés en Espagne dont 10% ont été expulsés. Là aussi, la partdes subsahariens dans cette population n‟est pas spécifiée. Selon les données desautorités espagnoles, sur un ensemble de près de 10 000 personnes arrêtées au niveaude la méditerranée en 2004, 34% venaient des pays subsahariens. Le mythe quientoure les discours sur l‟envahissement de l‟Europe par les africains est aussi bienmis en évidence par d‟autres analystes (Pliez, 2006 ; Da Haas, 2007). Le premier auteur affirme qu‟il y a bien une exagération des chiffres devantl‟impossibilité d‟une estimation satisfaisante : « Le nombre de migrants africains quiaccostent en Europe demeure infime en dépit d’une forte médiatisation des naufrages etarrestations au cours des dernières années. Au regard des estimations récoltées, l’île deLampedusa a vu passer 20 500 clandestins entre 2002 et 2004. A ce rythme là, il faudra plusde deux siècles pour que 2 millions de clandestins traversent à cet endroit la Méditerranée ». De la même manière, De Haas met en évidence l‟existence de toute unelittérature et des discours, notamment anglophone, affichant des données nonvérifiées sur la migration subsaharienne : «It is a misconception that all or most migrantscrossing the Sahara are “in transit” to Europe. In particular, Libya is an importantdestination country in its own right. There are probably more sub-Saharan Africans living in 20 « Selon les différentes estimations, en tre 65.000 et 120.000 subsahariens entreraient le Maghreb (la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie, lAlgérie et la Libye) chaque année. » Cf. De Haas. Migrations Transsahariennes vers lAfrique du Nord et lUE: Origines Historiques et Tendances Actuelles, Nov.2006.21 Propos du Ministre marocain de l‟In térieur Al Mostafa Sahel. An gola Press. Août 2005.http://www.bladi.net/6610-le-maroc-a-demantele-60-des -reseaux-d-immigration-clandestine.h tml .22 Op. Cit. Données citées par Mohamed Khachani, 2006.23 Cf. Hamood Sara (2006) African transit migration from Libya to Europe. The human Cost. Ed.American University of Cairo, Egypt. 76 p.
  12. 12. North Africa than in Europe. An estimated 65,000 to 120,000 sub-Saharan Africans enter theMaghreb yearly overland, of which only 20 to 38 percent are estimated to enter Europe. Thetotal number of successful irregular crossings by sub-Saharan Africans should be counted inthe order of several tens of thousands, according to our estimates 25,000 to 35,000 per year.The majority of migrants enters Europe legally and subsequently overstays their visas. Thetotal annual increase since 2000 of the registered West African population in the EU has beenaround 100,000. This is still relatively modest compared to a total EU immigration of 2.6million in 2004. There are an estimated 800,000 registered West African migrants in themain receiving countries compared to 2,600,000 North Africans ». La dernière estimation de l‟UE ne fait que complexifier la mesure des migrationsirrégulière : « Le continent africain est le continent le plus exposé aux migrations. On peut estimer,compte tenu de l’imprécision des statistiques, que les migrations légales ou illégales provenant del’Afrique subsaharienne à l’intérieur et à l’extérieur d’Afrique concernent 2 à 4 millions de personnespar an. Leur part augmente au détriment des migrations internes rendues plus difficiles par lesconflits armés qui touchent de près ou de loin aujourd’hui 24 pays africains et la fermeture desfrontières pratiquée par certains d’entre eux. Parallèlement, la fuite des cerveaux, l’image positive del’Occident et l’existence dans certains pays d’une diaspora importante (facteurs pull), ainsi que ladifficulté de trouver sur place un travail correctement rémunéré et le sentiment que l’Afrique estenfoncée dans une crise sans fin (facteurs push) se conjuguent pour amplifier ces migrations malgréles risques qu’elles font courir à ceux qui les entreprennent. » (Résolution EU N° 1611, 2008) Les restrictions des pays européens à la migration régulière, amplifiées par desdiscours alarmistes sur l‟invasion de l‟Europe par des africains, conjuguées avec la formationde réseaux de passeurs versant dans des actions anti-éthiques, sont à l‟antipode du respectdes droits des migrants. Aucun pays européen n‟a encore ratifié à ce jour la Conventiononusienne de 1990 sur les droits des travailleurs migrants. Mais, le drame humain quisurvient régulièrement par les traversées des «pateras» interceptés ou naufragés, que ce soitdans le détroit de Gibraltar, aux îles Canaries ou sur les côtes de l‟île de Lampedusa, estlargement médiatisé par les défenseurs des Droits de l‟Homme. La création, en Afrique duNord, de «camps d‟accueil » des migrants et notamment des demandeurs de statuts deréfugié politique, pour le compte de l‟Europe, devait même permettre à certains payseuropéens d‟externaliser le traitement de la migration irrégulière.1.4. Les pays du Maghreb appellent à des résolutions intercontinentales Face aux drames quotidiens vécus par les migrants, des initiatives ont été prisesd‟abord au niveau des pays du Maghreb. Puis, des consultations informelles du Groupe ditdes 5+524 sur la migration ont connu un rythme assez régulier ces dernières années (Tunis,2002 ; Maroc, 2003 ; Algérie, 2004 ; France, 2005). Ensuite, vient l‟initiative du Maroc et del‟Europe en 2006. Celle-ci a développé une assistance active vis-à-vis de plusieurs pays de la24 Le Groupe ou Dialogue 5+5 est un instrument de dialogue politique informel qui réunit lAlgé rie,lEspagne, la France, lItalie, la Libye, Malte, le Maroc, la Mauritanie, le Portugal, et la Tunisie. Ledialogue s‟est amorcé en 2002 par la Conférence de Tunis. Les membres du groupe 5+5 se réunissentautour d‟une approche globale des questions migratoires (gestion des flux migratoires, politiquesdintégration et co-développement) qui prenne en compte le respect des intérêts des pays dorigine etdes pays daccueil dans une dynamique de solidarité, de coopération et de développement.
  13. 13. rive sud 25 , à travers son projet de « Politique de bon voisinage » et le programme d‟aide à larecherche-action, dans le cadre du programme AENEAS, dans lequel le Maghreb est unezone prioritaire. Enfin, l‟Unité Africaine s‟est également impliquée dans la gestion de laquestion migratoire. Au niveau des pays du Maghreb, La Tunisie a été le premier pays du Maghrebà adopter une loi très répressive26 contre la migration irrégulière, puis le Maroc aussia promulgué une loi pour sévir contre les passeurs et les complices des migrants ensituation irrégulières27 . Tandis que le Maroc et la Tunisie ont opté très tôt pour plusde fermeté dans le traitement de cette forme de migration 28 , l‟Algérie a été le dernierpays du Maghreb Central pour adopter plus de rigueur dans le traitement de lasituation des étrangers (2008) mais elle diffère encore son adhésion au programme deBon Voisinage proposé à la négociation par l‟Union Européenne. Quant à la Libye,elle a opté pour une coopération étroite avec l‟Italie dans la surveillance des eauxterritoriales, tout comme le Maroc avec l‟Espagne. La Mauritanie, dernier paystouché par le transit vers les îles Canaries, tente d‟obtenir une assistance particulièrede l‟Espagne et de l‟Europe. La législation algérienne portant sur le l‟entrée, le séjour et la circulation desétrangers en Algérie est restée inchangée de 1966 à 2008 ! La loi algérienne N° 08-11du 25 juin 2008 s‟aligne ainsi à la réglementation de la migration irrégulière de laTunisie et du Maroc. Constitué de 52 articles, cette loi est assez sévère dans lapénalisation de la migration irrégulière, autant pour le migrant que pour letransporteur, l‟employeur, les complices et le logeur. L‟étranger en transit est défini comme un non résident étranger. Est considérécomme non résident, l‟étranger qui transite en Algérie, ou celui qui vient y séjournerpendant une période n‟excédant pas 90 jours, sans avoir l‟intention d‟y fixer sarésidence ou d‟y exercer une activité professionnelle. Ainsi tout étranger en transit oul‟étranger qui bénéficie des dispositions de conventions internationales ou d‟accordsde réciprocité, est dispensé du visa consulaire. Le transit, dans cette acception, neconcerne que certaines catégories de voyageurs – les marins à bord de navires, lespersonnes en voyage de transit à travers le pays. Ce qui est foncièrement différent dela migration de transit, qui elle, n‟a pas encore de définition dans le lexique de lamigration. Les pénalités pour l‟étranger, l‟employeur, les logeurs sont plus oumoins les mêmes selon les dispositions pénales (chapitre 8, article 38 à 50). Lesamendes varient entre 2 000 et 800 000 DA, et/ou des peines d‟emprisonnement de 2mois à 10 ans.25 Cf. Jean Pierre Cassarino.2006. Expérience de développement en Afrique du Nord et modalités departicipation des migrants », pp 209-226. In Musette Saib. Les Maghrébins dans la migrationinternationale, ed. CREAD, Alger26 La Loi de février 2004 ajoute un chapitre à la loi de 75 sur les titres et documents de voyages : cetteloi réprime sévèrement toute aide à l‟attention des migrants clandestins. Monia Benjemia.2005. Etudede la législation tunisienne sur la migration internationale », BIT, Alger.27 Cf. Khadija Elmadmad, 2005. Etude de la législation marocaine sur la migration internationale, BIT,Alger.28 OIT, Les législations maghrébines sur la migration internationale, 2005 – Alger.
  14. 14. La nouveauté de cette loi ne repose pas seulement par l‟aggravation despeines mais aussi par, au moins, trois nouveautés : Le wali est enfin autorisé à procéder à l‟expulsion de tout étranger ensituation irrégulière, selon l‟article 36 « Sauf régularisation de sa situation administrative,l’étranger qui entre illégalement en Algérie ou qui se trouve en situation de séjour irrégulièresur le territoire algérien peut être reconduit aux frontières par arrêté du wali territorialementcompétent ». la création possible de « Centres d‟Attente » pour l‟hébergement desmigrants en situation irrégulière en attente des procédures d‟expulsion. Selonl‟article 37 « Il peut être créé, par voie réglementaire, des centres d’attente, destinés àl’hébergement des ressortissants étrangers en situation irrégulière en attendant leurreconduite à la frontière ou leur transfert vers leur pays d’origine ». Le placement dans cesCentres peut être ordonné par le Wali pour une durée de 30 jours, renouvelable enattendant l‟accomplissement des formabilités. La forte pénalisation des mariages mixtes ou entre étrangers, surtout enbande, dans le but d‟obtention d‟une carte de résident pour un étranger comme lestipule l‟alinéa 2 de l‟article 48 de cette Loi : « Lorsque l’infraction est commise en bandeorganisée, la peine est portée à dix (10) ans d’emprisonnement et à une amende de 500.000 à2.000.000 de dinars. Les auteurs encourent également la confiscation de tout ou partie deleurs biens » Outre ces dispositions réglementaires, l‟Algérie, à l‟instar de pays membres dugroupe informel 5+5, partage les mêmes résolutions adoptées lors de la rencontre d‟Alger en2004 sur la nécessité d‟élargir les consultations sur la question de la migration internationaleavec les pays sub-sahariens. Sur le plan global, ainsi est-il relevé dans les conclusions de laprésidence du Groupe 5+5 « compte tenu de l’extrême complexité de la question de la migration, enparticulier en ce qu’elle crée de liens intenses et renouvelés entre plusieurs régions du monde, lesministres ont estimé que le débat sur cette question doit nécessairement et selon des mécanismesconcertés et appropriés, être élargi aux pays voisins d’Afrique sub-saharienne, également concernéspar le phénomène de la migration irrégulière. Dans ce contexte, les ministres recommandent dedégager les termes de références d’une concertation avec l’ensemble des pays de la région, à l’effe t depermettre un traitement global et harmonieux de cette question. » Cette consultation a pris desformes différentes au sein des pays maghrébins. Comme soulignés ci-haut, deux actions parallèles méritent une halte, celle du Marocet celle de l‟Union Africaine. A l‟initiative du Maroc, de l‟Espagne et de la France, uneconsultation des pays africains avec l‟Europe a été organisée à Rabat. La question de lamigration clandestine a été au cœur de cette rencontre. Le Plan de Rabat adopté en juillet2006 propose une série d‟actions. La question de la migration irrégulière occupe une sectionavec deux modes d‟intervention : il est proposé, en premier lieu, d‟organiser un programmede lutte contre la migration irrégulière et en second, d‟assister les pays de départ et de transità mieux contrôler les frontières. Par ailleurs, l‟Union Africaine propose un projet de plate-forme pour uneconsultation Europe-Afrique sur la question de la migration. Lors de la réunion des experts
  15. 15. de l‟Union Africaine à Alger (avril, 2006), la question de la migration irrégulière et le rôle despays de départ et des pays de transit ont été examinés. Une première rencontre de hautniveau s‟est par ailleurs tenue entre l‟Unité Africaine et l‟Union Européenne au mois denovembre 2006 à Tripoli. Pour conclure, ces quatre éléments constitutifs de la problématique des mouvementsdes populations subsahariens au Maghreb imposent une extrême prudence quant autraitement des migrations irrégulières. Ces constats nous conduit inévitablement à poser desspécifiques aux problèmes des migrations irrégulières des subsahariens en Algérie,notamment quant à l‟existence d‟une migration frontalière institutionnalisée entre les paysriverains du Sahara et aussi par l‟existence des réfugiés selon les crises vécues au niveau decette zone. Donc quelle est la nature actuelle de la migration subsaharienne en Algérie ?Quelle est sa composition, sa dispersion ? Quels sont ses caractéristiques ? Sont-ils tous entransit vers l‟Europe ? Quelle est la part des migrations frontalières ? Autant de questions quinous serviront de fils conducteurs pour notre analyse de la migration subsaharienne vers et àtravers l‟Algérie.1.5. Cadre conceptuel et définitions de la migration irrégulière La littérature actuelle fait appel à une série de notions pour l‟observation de cephénomène, souvent traduit par «migration clandestine», des «sans papiers» ou des «sansdocument», la «migration illégal » et la confusion s‟installe avec l‟inclusion des notions de la«traite» et de «trafic» des migrants. Toute notion repose sur un registre théorique. Sansprétendre à une revue de la littérature sur ce phénomène, nous proposons un examensuccincte des quelques analystes qui suggèrent l‟adoption du concept de migrationirrégulière qui repose en fait sur les principes des droits de l‟Homme et de la Convention desNations Unies de 1990 sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leursfamilles. En 1975, le BIT a défini l‟irrégularité de l‟acte par «une situation dans laquelle setrouve un migrant au cours de son voyage, à son arrivée ou durant son séjour (et son emploi) dans unpays et qui se trouve dans des conditions contrevenant aux instructions ou accords internationaux,multinationaux ou bilatéraux pertinents ou à la législation nationale ». Trois dimensions de l‟acte sont précisées. Les modalités mises en œuvre aucours de son voyage signifie le défaut (i) d‟utilisation d‟un mode de transportsréguliers (ii) de traverser par des couloirs frontaliers non-autorisés. A son arrivéedans le pays d‟accueil, le défaut de présenter des documents de voyage conformes àla réglementation en vigueur. Lors de son séjour, implique le défaut d‟avoir unesituation (sociale, résidentielle, économique) acceptable sur le plan légal ou légitimesur le plan des droits humains. A ce niveau, survient aussi de deux autres défauts: la durée de séjour etl’emploi régulier pour les travailleurs. Le dépassement de la durée de séjourentraine ipso facto une situation d‟irrégularité. L‟acceptation d‟un emploi sansautorisation préalable (lorsqu‟elle est exigée) conduit à l‟irrégularisation même si leséjour est légal. Sur la base de cette définition que le Tapinos (OCDE, 1999) arrête un modèled‟analyse, intitulé paradoxalement « clandestine migration », permettant d‟identifier
  16. 16. les différentes formes des « migrations illégales » sous trois formes d‟illégalité : àl‟entrée, durant le séjour (notamment la résidence) et ensuite, l‟emploi. Il est à releverles confusions qui s‟installent par l‟auteur avec les différentes notions de clandestinet d‟illégal. Il existe toutefois une brèche permettant de légitimer la migration irrégulière:c‟est le cas notamment des demandeurs d‟asile, des déplacements forcés, desréfugiés, des apatrides. Lors d‟un conflit politique ou militaire, lors d‟une catastrophenaturelle, les personnes se déplacent légitimement sans les préalables réglementaires.L‟irrégularité de ces formes de migration est couverte par la Convention de Genèvede 195229 portant sur les réfugiés et apatrides en attendant de statuer sur la situationréelle de la migration irrégulière. Une revue intéressante de la littérature sur la migration irrégulière estentreprise par A. Levinson30 (2005) avec une mise en perspective des possibilités demesure de ce phénomène a postériori, cest-à-dire à la suite des régularisations. Lamême posture est adopté par Papamédetriou, spécialiste américain de la « migrationillégale »31 . Tous ces auteurs admettent les difficultés de la mesure de la migrationirrégulière. Nous avons plutôt des « guestimates », cest-à-dire des estimationsapproximatives de ce phénomène, comme le souligne Piyasiri Wikramasekara, expertsenior de l‟OIT. Dans une étude récente de l‟IPPR32 sur la migration irrégulière, une distinctionnette est établie de ce concept onusien, utilisé notamment par ses agences, l‟OIM etl‟Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), tandis que les notions de o « migration illégale », a une connotation criminelle des situations de la migration internationale qui relèvent notamment de l‟administration. Cette notion est largement utilisée par l‟Union Européenne. o « sans papiers » ou « sans document » est assez ambiguë et introduit une certaine confusion entre migrants et réfugiés. Cette notion est souvent reprise par les ONG et les media o « non-autorisé », notion propre aux personnes susceptible d‟une expulsion. Cette acception est utilisée notamment par les services de sécurité. Dans sa résolution 1509 (2006) l‟Assemblée de l‟Union Européenne adoptedéfinitivement le concept de migration irrégulière, s‟alignant ainsi sur la positiononusienne des droits des migrants. L‟article N° 7 de cette résolution est sans appel : « L’Assemblée préfère l’expression «migrants en situation irrégulière» à d’autrescomme «migrants illégaux» ou «migrants sans papiers». Cette expression est en effet plus29 Cf La protection des réfugiés : guide pratique à l‟usage des parlementaire N0 2, 2001, HCR30 Levinson A, 2005. “The regularization of unauthorized migration: literature survey and casestudies” Centre on Migration, Policy and Society, University of Oxford, 2005.31 D.G. Papamedetriou, 2005. The Global Struggle with Illegal Migration – no end in sight. Migrationpolicy Institute Website.32 Institute for public policy research (IPPR ) :Irregular migration in the UK – a fact file, 2006
  17. 17. neutre et, contrairement au terme «illégal», n’a rien de stigmatisant. Elle est aussil’expression que privilégient de plus en plus d’organisations internationales qu i traitent desquestions de migration 33 . » Les migrants en situation irrégulière bénéficient depuis 2004 des droitshumains universels avec l‟entrée en vigueur de la Convention des Nations Unies(1990) sur les droits des migrants et des membres de leurs familles. Cette Conventionest venue combler un vide au niveau international et permet ainsi de cimenterl‟ensemble des Conventions Internationales : à commencer par la déclarationuniverselle des droits de l‟homme (1948), la convention internationale surl‟élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965), le Pacteinternationale relatifs aux droits civils et politiques (1966), le Pacte international auxéconomiques, sociaux et culturels (1966), La convention relative aux droits de l‟enfant(1989) la Convention no 143 de l‟OIT sur les migrations dans des conditions abusiveset sur la promotion de l‟égalité de chances et de traitement des travailleurs migrants(1975). Puis au niveau régional, par exemple, les conventions européennes : laConvention européenne des Droits de l‟Homme (1950) (STE n o 5), la Charte socialeeuropéenne (1961) (STE no 35), la Charte sociale révisée (1996) (STE no 163) et laConvention du Conseil de l‟Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains(2005) (STCE no 197).La résolution 1509 (2006) du COE de l‟UE sur les droits fondamentaux des migrantsen situation irrégulière est, à ce titre, assez éloquente: les migrants sont des droitscivils et politiques, ils ont aussi des droits économiques et sociaux. Une lis te de 18droits civils et politiques est établie partant du droit à la vie, en passant par le respectde la dignité de la personne humaine, et la non-discrimination raciale ou ethnique enmatière d‟admission ou de refus d‟admission. Quant aux droits économiques etsociaux, une liste de 7 séries de droits minimaux est retenue : partant du droit aulogement, à l‟équité dans la rémunération, à la protection sociale, à la santé, àl‟éducation des enfants et à la protection des personnes vulnérables. Cette résolution cadre parfaitement avec les principes retenus par la Conventiondes Nations Unies de 1990, soit plus de 16 ans après l‟UE adopte des résolutions quirestent encore inapplicable par les pays membres (R 1755) et l‟Assemblée estconsciente « qu’un instrument juridique spécialement consacré aux droits des migrants ensituation irrégulière a peu de chances de recueillir l’adhésion des Etats membres du Conseil del’Europe, mais elle constate qu’il existe d’autres moyens de codifier et de préciser les droitsminimaux des migrants en situation irrégulière. » (R1755 : article 2, 2006) Ces quelques précisions conceptuelles, tirées notamment des ConventionsInternationales, des Résolutions tant onusiennes qu‟européenne devait nouspermettre d‟aborder avec plus rigueur la question des migrations subsahariennes,notamment dans le cadre des Droits Humains.33La résolution 1509,http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta06/FRES1509.htm
  18. 18. C‟est dans cette logique de prudence qu‟il nous semble indispensable de connaître leprofil des migrants subsahariens présents en Algérie. Ce diagnostic est nécessaire pour éviterdes actions symptomatiques. En fait, à ce jour, aucune étude approfondie n‟a été réalisée sur les migrants subsahariensau Maghreb. Le CISP, accompagné par la SARP, a conduit quelques interventions lors de laréalisation d‟un projet précédent 34 qui visait la sensibilisation des migrants potentiels danscertains pays d‟origine contre les risques des migrations irrégulières et l‟aide au retour demigrants en transit en Algérie. L‟analyse suivante présente la méthodologie d‟une enquête par questionnaire, detype quantitatif, menée au premier trimestre 2006 auprès de plus de 2 000 migrants.Cette investigation est aussi soutenue aussi par une deuxième enquête par entretien,plus qualitative, conduit en 2007 auprès d‟une quinzaine de migrants subsahariensprésents en Algérie.34 Projet Jai/2003/hlwg/07 réalisé par le CISP et ses partenaires africains avec le soutien financier dela Commission Européenne.
  19. 19. CHAPITRE IIAPPROCHES METHODOLOGIQUES
  20. 20. La méthodologie mise en œuvre pour la réalisation de cette étude est d‟uneimportance capitale pour cerner la valeur heuristique des résultats obtenus, ainsi quede leurs limites. Nous présentons d‟abord les techniques d‟investigation testées etretenues, puis les techniques d‟analyse des résultats obtenus.2.1. L’enquête par questionnaire Cette section présente de manière succincte, la population cible et le champd‟investigation, les outils retenus, le contenu du questionnaire et la formation desenquêteurs. Nous intégrons aussi l‟approche de l‟enquête par entretien.2.1.1. Population cible et champ d’investigation La population détude est celle des immigrés subsahariens, en situationirrégulière, présents en Algérie sur l‟ensemble du territoire national. Constituer unéchantillon représentatif de la population immigrée en situation irrégulière n‟est p asaisé. Cette population tente de se rendre la moins visible possible afin d‟éviter lesservices de sécurité. D‟ailleurs, un segment dentre elle est très mobile et tente decontinuer son périple vers dautres étapes de transit ou vers lEurope. Pour essayer dappréhender le mieux possible la réalité des migrants ensituation irrégulière, nous avons constitué "léchantillon détude" dune manière trèspragmatique. Avec laide dun coordinateur de terrain et dagents de proximité35,issus eux-mêmes de limmigration subsaharienne et sélectionnés pour leur bonneconnaissance de la réalité du terrain, nous avons procédé à l‟identification de 21«poches» de migrants en Algérie. Ces mêmes agents ont été recrutés comme enquêteurs et ont été chargés depasser les questionnaires selon la technique de boule de neige. L‟itinéraire et lenombre de personnes à interroger par site était fixé en fonction de la taille des pochesidentifiées.2.1.2. L’outil d’investigation Pour la conception du questionnaire, nous nous sommes inspirés des outilsdéjà existants appliqués à ce type de population: Le questionnaire utilisé par le HCR, Haut Commissariat aux Réfugiés. Le guide dentretien utilisé par la SARP, Association pour l‟aidepsychologique, la Recherche et la Formation. Le formulaire dinformation utilisé par les agents de proximité employés parCISP.35 Cf. liste des enquêteurs en annexe.
  21. 21. Certaines questions contenues dans ces trois outils ont été reprises et dautresquestions ont été ajoutées de manière à en faire un outil aussi exhaustif que possible.La version finale du questionnaire a été arrêtée après plusieurs examens. Dabord, il aété présenté à différents "experts": chercheurs, agents de proximité, personnes ayantacquis des compétences dans le domaine après avoir participé à des projets surlimmigration. Leurs observations nous ont permis de modifier la formulation decertaines questions ou den rajouter dautres jugées pertinentes. Ensuite, il a été testé,sur le terrain, sur une vingtaine dimmigrés subsahariens afin d‟assurer la facilité decompréhension des questions par les migrants et d‟évaluer la taille du questionnaireet le temps nécessaire pour sa passation. Contenu du questionnaire Il comporte plusieurs séries de questions réparties selon les rubriquessuivantes : Identification : regroupe les renseignements personnels de l‟enquêté : sexe,âge, nationalité, niveau scolaire, situation familiale, expérience professionnelle. Conditions de vie dans le pays d‟origine : concerne les informations sur la viedu migrant dans son pays, en précisant la région dorigine, lactivité professionnelleet les revenus. o Causes de l’immigration : replace le processus d‟immigration dans le temps (de l‟émergence de l‟idée d‟immigrer jusqu‟au moment de son exécution par le départ) ainsi que les causes du départ du pays dorigine. o Itinéraire migratoire : regroupe toutes les informations sur le voyage depuis la sortie du pays d‟origine jusqu‟à l‟arrivée en Algérie, en retraçant litinéraire emprunté et en évaluant le coût, les conditions du voyage, les événements particuliers survenus lors du voyage et la destination choisie. o La situation en Algérie : reprend les causes du choix de l‟Algérie, les sources de revenu, les contacts avec le pays d‟origine, les conditions d‟habitation, laccès aux soins, les perspectives davenir (rester en Algérie ou partir ailleurs) ainsi que la perception que limmigré a des algériens et la perception quil pense que les Algériens ont de lui.2.1.3. Recrutement et Formation des enquêteursAfin duniformiser la méthode dapproche sur le terrain, les enquêteurs ont étéregroupés pour une session de formation. La session de travail a permis de leurprésenter, en détail, les objectifs de létude, le contenu du questionnaire et lesprocédures de passation. Cette rencontre a aussi permis de clarifier certains items duquestionnaire et de préciser les informations demandées pour chaque item. Chaqueenquêteur a été soumis à des séances de simulation pour évaluer son niveau deconnaissance et de maîtrise du contenu du questionnaire et des objectifs de létude.Des consignes ont été arrêtées afin d‟encadrer le travail de terrain.Concernant les procédures de passation, nous avons insisté sur les consignessuivantes :
  22. 22. Avant de procéder à la passation, lenquêteur doit expliquer aux enquêtés l‟objectif de l‟enquête. Il ne doit pas commencer la passation du questionnaire avant davoir obtenu leur adhésion et collaboration complète. Les questions doivent être posées verbalement à l‟enquêté. Le questionnaire doit être passé individuellement. Il doit être rempli par l‟enquêteur lui même, quelque soit le niveau d‟instruction de l‟enquêté. Lenquêteur doit inscrire fidèlement les réponses données par lenquêté. Le coordinateur de lenquête sur le terrain était chargé de : S‟assurer que chaque enquêteur maîtrise convenablement aussi bien le questionnaire que les consignes et les applique correctement. Noter toutes les remarques et les difficultés rencontrées par les enquêteurs. Leur apporter un soutien pour identifier les solutions adéquates à leurs problèmes afin d‟assurer la continuité du travail. Faire des rapports réguliers sur le déroulement de lenquête et rendre compte des difficultés rencontrées. Entretenir un contact permanent avec léquipe de recherche.2.1.4. Techniques d’exploitation des donnéesLes techniques d‟exploitation des résultats varient en fonction de la nature del‟enquête. L‟enquête par questionnaire, dont la quasi-totalité des questions estfermée, a fait l‟objet d‟une analyse statistique sous SPSS. Par contre les résultats del‟étude qualitative ont fait l‟objet d‟une analyse thématique selon les occurrencesdans les entretiens.. Réalisation de l’enquête, saisie et traitement des données Le nombre total de questionnaires collectés a dépassé le nombre initial prévu,2149 au lieu de 1650 prévus (voir tableau 1). On peut noter les observations suivantes: Certaines poches, non prévues au départ, ont été rajoutées au cours de lenquête. Il sagit de Mostaganem, Sidi Bel Abbés, Laghouat, Timimoun, Biskra et Batna. Certaines autres poches, prévues au départ, nexistaient plus au moment de l‟enquête tels que Maghnia et Beni Saf. Dautres étaient peu accessibles. Le nombre de questionnaires était bien en deçà des prévisions à Ain Témouchent, 15 sur les 80 prévus, ou Ouargla 77/150. A linverse, plusieurs autres poches ont été plus accessibles. Il sagit dOran (402 questionnaires au lieu de 200 prévus, dAlger (373 reçus au lieu de 250 prévus) et Tamanrasset (636 reçus pour 500 prévus).
  23. 23. A leur réception, tous les questionnaires ont été examinés par le coordinateur deterrain et l‟équipe de recherche. Avant d‟être codés, certains ont été écartés car nonconformes aux exigences de l‟enquête. Une tabulation de variables a été élaborée etréajustée régulièrement pour saisir les données. Les données collectées lors del‟enquête ont fait, dans un premier temps, l‟objet d‟un tri à plat qui a permisd‟extraire certaines informations présentées au HCR dans un rapport préliminaire. Après l‟élaboration de ce premier rapport, nous avons fait appel à l‟expertise d‟unstatisticien pour nous appuyer dans l‟analyse des données. Le consultant statisticienrecruté par le CISP a été chargé d‟effectuer certains traitements des donnéescollectées (détection et nettoyage des doublons, correction des erreurs de saisie,codage des variables saisies en alphanumérique, catégorisation manuelle desvariables qualitatives, catégorisation automatique des variables continues etc.). Dansun second temps, le statisticien a effectué des corrections pour pondérer l‟échantilloncar nous étions en présence de deux types de sous représentations : l‟une volontaire,le taux de sondage au niveau de Tamanrasset était deux fois plus faible que celui desautres lieux d‟enquête (en raison du nombre important de migrants dans cette zone) ;et l‟autre involontaire, le nombre de femmes mariées était deux fois plus faible quecelui des hommes mariés déclarant avoir leur femme en Algérie. Ces pondérationsont mécaniquement modifié les tris à plats précédemment effectués. Les donnéesprésentées dans le présent document tiennent compte de la pondération del‟échantillon.
  24. 24. Tableau 1: Répartition de la population détude Sites Estimation Prévus Reçus Centre 2 500 250 373 Ouest 4 100 410 485 Sud 13 900 890 1 143 Est 1 000 100 94 Ensemble 21 500 1 650 21492.1.5. Difficultés rencontrées pour l’enquête par questionnaire Le facteur temps. Le temps qui a été imparti pour ce travail de terrain (6semaines) était insuffisant pour couvrir un si vaste pays, plus de 20 Wilayas - d‟ElTarf à Maghnia ; de Biskra à Adrar et d‟Alger à Tamanrasset. Cette insuffisance detemps a constitué une pression énorme sur les enquêteurs qui sest répercutée,parfois, sur la qualité du travail lors de ladministration des questionnaires. Le transport des questionnaires. L‟acheminement des questionnaires (parfois descentaines) d‟Alger à d‟autres wilayas n‟a pas toujours été facile. Nous avons durépondre plusieurs fois à des interrogatoires des services de sécurité à l‟entrée ou à lasortie des aéroports. L’accès aux migrants et leur accord. L‟accès aux migrants n‟a pas été aisé enraison du refus des chairmans 36 ou de certains réceptionnistes d‟hôtels, de dortoirsou de hammams37 . De plus, certains migrants, méfiants, refusaient de se fairequestionner tandis que d‟autres exigeaient de les remplir eux-mêmes. Pour lespersonnes analphabètes, la traduction a parfois posé de sérieux problèmes auxenquêteurs. Il faut aussi signaler que les femmes migrantes ont été difficiles d‟accès.En effet, celles-ci sont souvent dépendantes d‟un « tuteur », compagnon ou épouxqui peut faire « barrage » aux personnes souhaitant s‟adresser à elles. Comme avecles chairmans, il fallait donc obtenir l‟autorisation de leurs tuteurs pour aborder avecun questionnaire les femmes migrantes. Ce problème d‟accessibilité explique enpartie la faible présence de femmes dans notre échantillon. Autres difficultés. Il est à souligner que certains migrants se sont montrés peumotivés par lenquête quils estimaient peu utile ayant déjà été sollicités, semble-t-il,par le HCR ou par des agents d‟Ambassade. En outre, la mobilité des migrantsreprésente un énorme problème surtout pour les régions du sud. De même, laprécarité de leurs conditions de vie a parfois perturbé ce travail d‟enquête auprès desmigrants, qui terrassés par la faim et/ou la maladie, prêtaient peu d‟intérêt à cetteenquête.36 Chairman : « Chef » d‟un groupe de migrants, seul habilité à permettre ou faciliter l‟accès au groupe.37Les hôtels, dortoirs ou hammam sont des lieux de vie communs des migrants en Algérie, leur accès suppose une autorisationdes réceptionnistes.
  25. 25. 2.1.6. Quelques observations de la réalité du terrain denquêteNous allons exposer, pour certains lieux dimmigration ou de transit, quelquesobservations sur les conditions de vie des migrants. Elles ont été rapportées par lecoordinateur de terrain au cours de cette étude en février 2006. DjanetDjanet est une ville située dans le lit d‟un oued encastrée entre deux grandes chaînesde falaises. Pour rentrer à Djanet, les migrants sont souvent abandonnés par lesconducteurs à plus de 20 Km et parfois même 40 Km de la ville. Ils doivent donccontinuer le reste du chemin à pied.Beaucoup de migrants y vivent surtout les nigériens qui avoisineraient les mill epersonnes. Les nigériens sont les plus nombreux parce que leur objectif nest passpécifiquement d‟aller en Europe. Les maliens, eux, sont moins dune vingtaine mis àpart les touaregs qui, eux, sont nombreux et se confondent avec les autochtones. Misà part les maliens et les nigériens, les autres nationalités sont très peu nombreuses,moins dune vingtaine de personnes toutes nationalités confondues (camerounais,congolais, ghanéens, nigérians et ivoiriens). Daprès les chairmans congolais etcamerounais, ils ne sont jamais en grand nombre et ne cherchent pas à s‟établir àDjanet. Dès leur arrivée, ils continuent aussitôt vers la Libye, la Tunisie ou lesgrandes villes du nord algérien (Oran et Alger) aidés par les chairmans et quelquesuns de leurs adjoints qui soccupent des passages.A Djanet, les migrants maliens sont tailleurs ou manœuvres. Les nigériens viventgrâce à des activités précaires. Ils sont surtout manoeuvres ou petit commerçants(« trabendistes »). Ils gagnent léquivalent de 50 à 100 euros par mois et font dessacrifices pour envoyer une partie de leurs revenus, tous les 2 à 3 mois, à leursparents vivant dans le pays d‟origine. Leur problème majeur demeure, commepartout ailleurs, la traque des forces de police. Pour y échapper, ils louent des petiteschambres délabrées dans des maisons vétustes où ils cotisent à plusieurs (parfois unedizaine dindividus) pour partager le loyer (10-15 € par mois). Ces lieux dhabitationsont très stratégiques pour eux, perchés à plus de 10% d‟inclinaison ils sontdifficilement accessibles par la police sans la complicité des personnes connaissantces lieux. Il y a des migrants âgés de 12 ans et d‟autres âgés de plus de 60 ans. Maisen général, leur âge moyen est de 25 ans environ.Les rafles à Djanet sont très fréquentes et imprévisibles daprès les migrants. Il estpossible de passer plus de 40 jours dans les locaux des forces de sécurité dans desconditions inhumaines.IlliziComme à Djanet les migrants qui arrivent à Illizi doivent faire une trentaine dekilomètres ou plus, à pied, avant de rentrer dans la ville. Illizi est une ville trèscompliquée puisque tout étranger, en règle ou non, doit aller au commissariatprincipal pour demander un " laissez-passer" s‟il souhaite prendre un taxi, un bus, ouune chambre dhôtel. A Illizi, il y a beaucoup moins de migrants quà Djanet. Làaussi, les nigériens dominent en nombre, avec environ 35 individus. Les autres
  26. 26. nationalités (maliens, congolais, camerounais, ghanéens, nigérians, ivoiriens… ) nedépassent pas la trentaine. Il y a donc moins de 100 migrants à Illizi.Comme à Djanet, les nigériens ainsi que les autres migrants font ici du « trabendo »(petit commerce illicite) ou se font employer comme manœuvres dans les chantiersde construction. Il est extrêmement difficile de louer un logement à Illizi. Cestpourquoi lécrasante majorité des migrants squattent des chantiers ou construisentdes tentes de fortunes.Lors de notre passage à Illizi, la situation était difficile pour les migrants, car lOuedavait débordé et inondé une bonne partie de la ville. Beaucoup de migrants avaientainsi perdu leurs logis de fortune.TamanrassetDaprès les informations que nous avions obtenues auprès des migrants, denombreux migrants nigériens et maliens vivent dans la ville de Tamanrasset. Unebonne partie de cette population migrante sest fondue dans la populationautochtone. Des quartiers entiers ou des marchés et centres commerciaux sontpresque entièrement occupés par les maliens, nigériens et quelques nigérians.On doit noter une particularité dans cette ville, c‟est la présence notoire de lapopulation migrante féminine. On les rencontre un peu partout surtout dans lesmarchés où elles étalent leurs condiments et autres légumineuses sèches. Il y aégalement des prostituées, des femmes de ménage, des restauratrices et dautresfemmes aux foyers car beaucoup de migrants ont ramené leurs femmes et leursenfants et ont élu domicile à Tamanrasset.Les nationalités présentes à Tamanrasset sont très nombreuses. Il existerait plusdune quinzaine de nationalités et la population migrante est estimée à plusieursmilliers de personnes (si l‟on prend en compte les migrants en transit et ceux inscritsdans une migration plus durable de type pendulaire). Certains parmi eux y viventdepuis 20 ans, dautres se sont même mariés avec des autochtones. Cependant, lesrafles népargnent personne pas même les migrants qui sont en règle et ceux quirésident à Tamanrasset depuis plusieurs années.Beaucoup de migrants travaillent dans des ateliers de couture, de soudure, deréparation de radio et télévision. Il y a aussi ceux qui sont dans les restaurants et lespoints de vente de la viande de mouton grillée à la nigérienne. Il parait quil estpossible de payer lintégralité de la somme nécessaire à la traversée pour lEuropedepuis Tamanrasset. On signale aussi beaucoup de cas descroqueries organiséesavec la complicité des passeurs et des fraudeurs transporteurs algériens. Tamanrassetest un lieu de prédilection pour les passeurs en tous genres, la mafia et les réseaux deprostitutions. Les jeunes femmes qui partent en Europe dans le cadre de ces réseauxà partir de lAlgérie passent par Tamanrasset. Ces réseaux sont puissants et capablesde ravitailler l‟Europe en migrants. Ils sont très organisés à partir des pays d‟origineet tout au long du parcours migratoire et s‟appuient sur les conditions de viedifficiles des familles ou la vulnérabilité des femmes migrantes pour les exploiter. Onobserve qu‟à Tamanrasset, les victimes des réseaux de prostitutions sont en majoritédes nigérianes, guinéennes et ghanéennes.Les migrants ressortissants des pays limitrophes (Mali et Niger) sont mieux acceptéspar les algériens que ceux des autres pays. Ainsi, un migrant malien ou nigérien peut
  27. 27. louer une maison ou un atelier, ou encore faire son commerce à côté des algérienssans problèmes. En revanche, les autres nationalités ont plus de difficultés àfraterniser avec la population autochtone. Les congolais, les camerounais, lesnigérians (non houssa), les libériens et autres sont parfois obligés de trouver refugedans des tentes de fortune.Tamanrasset se distingue des autres localités par un mouvement incessant depopulations migrantes. Cest la plus importante plaque tournante de limmigrationsubsaharienne en Algérie. On remarque larrivée quotidienne de nouveaux migrantstandis que d‟autres partent pour continuer leur périple. Il y a ceux qui vont versDjanet pour rejoindre la Libye et ceux qui continuent vers les villes du Nord. Cesderniers passent par Ghardaïa ou Ouargla pour atteindre Alger. LAlgérie nexige pasde visa pour les maliens qui peuvent circuler librement. Les autres doivent verserléquivalent de 300 euros environ aux passeurs pour circuler clandestinement. Ilspeuvent aussi sacheter un passeport malien pour léquivalent de 190 euros. Ainsi, àpart un certain nombre de nigériens qui arrivent avec de vrais visas, les migrantsdautres nationalités, se débrouillent, dans leur grande majorité, pour obtenir unpasseport malien.BécharLa population migrante à Béchar est essentiellement composée de nigériens, detchadiens, de maliens, de camerounais et de nigérians. En nombre, ce sont lesnigériens qui dominent ils sont majoritairement issus d‟une même région du Niger,Tahoua. Ils viennent pratiquement tous du village de Salewa et leur arrivée à Béchardate de plus de 50 ans. Apparemment, ils vivent en symbiose avec les algériens decette localité.Contrairement au reste des régions algériennes, à Béchar, ce sont les personnes âgéesqui sont les plus nombreuses. Elles font du commerce au détail qui leur procure desrevenus modestes. Toutefois, il existe des jeunes un peu plus actifs dont le revenu estsensiblement supérieur à celui des personnes âgées. La population migranteféminine est très rare. Ici les migrants sont presque tous des bricoleurs, à l‟exceptionde quelques tailleurs. Ils louent des habitations délabrées, entre 1000 et 2000 DA parmois et cotisent à 3 ou 4 pour payer le loyer. Adrar Depuis la destruction des ghettos de Maghnia par les autorités algériennes,Adrar a vu sa population migrante se multiplier et se diversifier. C‟est ici qu‟ont étéregroupés les migrants de Maghnia, dans un camp provisoire, avant leurrefoulement. Ils sont plus d‟un millier de toutes nationalités. Les maliens constituentla plus grande communauté migrante, puis viennent par ordre dimportance lesnigériens, les nigérians, les tchadiens, les sénégalais, les camerounais, les guinéens.La majorité de la communauté migrante dAdrar vit essentiellement de petits travauxsur les chantiers, du bricolage en tout genre et du petit commerce. A l‟inverse deBéchar, ici, il y a une forte proportion de femmes dont une majorité vit du commercedu sexe et évitent le contact avec toute personne étrangère à leur milieu. Comme àBéchar, les migrants louent des maisons vétustes et cotisent à plusieurs pour payerles frais.
  28. 28. NaamaNaama est un cas particulier, car c‟est à l‟occasion du marché hebdomadaire de laville que les migrants se retrouvent. Ils sont environ une centaine, dont la majoritéviennent des villes environnantes. Ils sont le plus souvent originaires du Mali, duNiger, du Nigeria et du Tchad. TimimoumLes immigrés de cette wilaya viennent essentiellement du Niger, du Mali, duBurkina, de Guinée, de Cote d‟Ivoire et du Sénégal. D‟autres sont justes de passageavant de regagner les villes du Nord. Ils cohabitent sans grands problèmes avec lesautochtones et vivent du petit commerce de subsistance. La population migrante estjeune à Timimoun à l‟opposé de Béchar. Elle compte environ 300 personnes dont lamoyenne dâge est de 17 ans.Ghardaïa et OuarglaCes deux villes représentent les passages obligés de presque tous les migrants quiveulent gagner les villes du Nord dont la plupart sont candidats à la traversée versl‟Europe. Toutefois, il existe une frange de migrants, originaires surtout du Mali etdu Niger, qui vit dans ces villes depuis des décennies. Toutes les nationalités sontpratiquement représentées. Les principales sont celles du Niger, du Mali et duCameroun. Ces deux wilayas totalisent 2500 à 3000 migrants dont une proportionnon négligeable de femmes. Leurs activités sont essentiellement le petit commerce, labroderie et le bricolage en tout genre. Ils logent dans des vieilles habitations comme àBéchar ou Adrar et dans des hôtels et hammams délabrés.Un point commun à toutes ces villes de la porte du désert est qu‟il existe un traficd‟exploitation de mineurs originaires du Niger et du Mali. Ces enfants travaillent durdans des conditions peu humaines pour 500 DA le mois (moins de 6 euros). Ce traficserait l‟œuvre des convoyeurs tchadiens.OranAprès Alger, Oran est la deuxième ville du nord de l„Algérie en nombre de migrantssub-sahariens. Elle compterait plus de 2.000 migrants et ceci depuis que les frontièresespagnoles méditerranéennes sont devenues infranchissables. En effet, avant cela, iln‟y avait à Oran que les trabendistes nigériens et des brodeurs maliens, nigériens,béninois, ghanéens et guinéens qui gagnaient bien leur vie. Actuellement, il existeune dizaine de nationalités dont les plus dominantes en nombre sont celles duCameroun, du Nigeria, du Niger, du Bénin, du Liberia, du Mali et du Ghana.Il y a aussi, comme à Alger, des femmes et des enfants, notamment des nigérianes,des libériennes et des camerounaises. Dans le travail de proximité, approcher lesfemmes migrantes est extrêmement difficile car leurs partenaires ou leurs tuteurs neleur permettent aucun contact avec les étrangers. Leurs enfants sont nés soit dans lespays d‟origine, soit au cours du trajet. A Oran, la majorité des migrants sontconcentrés dans les hôtels du quartier Madina Djadida, à l‟exception des tailleurs -brodeurs qui sont hébergés par leurs employeurs. D‟autres s‟unissent pour louer desappartements délabrés dans de vieux quartiers. La majorité est jeune, mais on peuttrouver des personnes de plus de 60 ans.
  29. 29. Il y a deux occupations principales à Oran, le « trabendo » (petit commerce illicite)qui est du ressort des nigériens et la broderie que pratiquent certains nigériens,maliens, guinéens, béninois et ghanéens. Tous ceux qui ne sont donc pas brodeurs ou« trabendistes », ne déclarent pas leurs activités parce que, le plus souvent, ilspratiquent l‟escroquerie en tout genre. Quant aux femmes, elles sont le plus souventdes prostituées.Actuellement Oran est devenue la base arrière des passeurs depuis que les camps defortunes de Maghnia ont été rasés par les services de sécurité algérienne. Il sembleraitque les passeurs repliés sur Oran organisent des traversées vers le Maroc. Lasituation est devenue difficile pour les trabendistes et les brodeurs. Leur travail nestrentable quen été et ils ne gagnent que le tiers de ce qu‟ils gagnaient il y a à peine 4ans.Tlemcen et MaghniaTlemcen comptait environ 400 migrants, ils étaient à peine une soixantaine aumoment de l‟enquête : essentiellement des nigériens, maliens et ghanéens. Ils sontpour la plupart trabendistes (nigériens) ou brodeurs (nigériens et autres). Lestrabendistes vivent dans des hammams délabrés, tandis que les brodeurs sont logéspar leurs employeurs. Ces derniers gagnent beaucoup plus que les trabendistes;environ 20.000 à 30.000 DA par mois contre à peine 5000 DA par mois pour lespremiers. Cependant, les brodeurs chôment pendant presque les ¾ de l‟année. A Maghnia, les ghettos qui abritaient des milliers de migrants de plusieursnationalités sub-sahariennes ont été rasés par les autorités algériennes et il n‟enrestait aucune trace au moment de l‟enquête. Comme sils n‟avaient jamais existés.Les migrants subsahariens avaient choisi Maghnia en raison de sa proximité avec lafrontière marocaine, pays par lequel ils transitent vers l‟Europe. Cette ville étaitconsidérée aussi comme la base arrière pour ceux qui ont échoué dans leur traversée.Mais l‟Algérie accusée par le Maroc de complaisance vis-à-vis des immigrésclandestins a du démanteler les ghettos de Maghnia au mois de septembre 2005 sousla pression de lUnion Européenne. Les quelques refoulés du Maroc qui échappent à la traque policière sontépuisés par une marche de plusieurs jours et réduits à la mendicité.Mostaganem, Mascara, Sidi Bel Abes et Relizane Dans ces quatre localités de l‟Ouest, les migrants ne dépassent pas 300personnes au total. Ils sont composés de trabendistes nigériens, de brodeurs maliens,béninois, ghanéens, burkinabés et de quelques camerounais qui ne déclarent jamaisleurs activités. Dans ces localités, les migrants logent aussi dans des hammams ousont hébergés chez leurs employeurs. Comme à Tlemcen, ici, les migrants, traquéspar les forces de sécurité, se font rares. ConstantineLa population migrante à Constantine, ne dépasse pas actuellement les 300personnes, en raison d‟une récente rafle qui a eu lieu dans presque tous les hôtels etles hammams où vivent les camerounais, congolais et nigériens. C‟est pourquoi onles trouve difficilement maintenant dans cette ville. Les nigériens sont au nombre de
  30. 30. 80 individus environ, les maliens au nombre de 50 et les burkinabés moins d‟unedizaine. En revanche, on trouve beaucoup plus de ghanéens 150 environ. Les ghanéens sont exclusivement des tailleurs brodeurs et sont dans leurgrande majorité hébergés chez leurs employeurs. Les nigériens sont des"trabendistes", exerçant un petit commerce illicite et logent dans des hôtels vétustes.Les maliens sont des cordonniers et habitent le plus souvent dans de s dortoirs oucotisent pour louer une petite maison qui coûte léquivalent de 50 à 60 euros le mois.Les burkinabés sont aussi des cordonniers, mais quelques uns sont des brodeurs.Les autres nationalités représentées à Constantine (congolais, camerounais etnigérians) étaient dans des hôtels. Il semble que leurs activités douteuses(escroqueries en général) aient provoqué la colère des forces de l‟ordre qui les ontchassés de la ville. BiskraA Biskra, il n‟y a que des ghanéens, des burkinabés et, plus rarement, des béninois.Ils sont tous brodeurs et presque tous hébergés chez leurs employeurs. A Biskra, lesmigrants subsahariens n‟ont aucune liberté de circulation et beaucoup restentpendant plusieurs semaines sans sortir de leurs ateliers de travail qui sont, en mêmetemps leurs logements. Ceci est dû à la rigueur des services de sécurité de la ville quipratiquent le refoulement systématique. Parfois, ils vont jusque dans les ateliers pourarrêter les migrants. Annaba et El TarfD‟Annaba à El Tarf, on dénombre 11 nationalités de migrants subsahariens environ.Ils sont nigériens, maliens, nigérians, congolais, mauritaniens, ghanéens, béninois,tchadiens, ivoiriens, guinéens et camerounais. Mais, en dépit de cette diversité denationalités, leur nombre total dépasse à peine la centaine d‟individus. Ceci est lerésultat d‟actions d‟envergures menées, depuis 3 années environ par les services desécurité qui pratiquent, comme à Constantine, le refoulement systématique.Ici les migrants sont, selon les nationalités, soit des trabendistes, soit des brodeurs oucordonniers, comme à Constantine. Ils logent dans des hammams, des squats, deshôtels ou sont hébergés chez leurs employeurs.AlgerLes migrants subsahariens dans la région d‟Alger sont estimés à 3000 individusenviron. On dénombre une vingtaine de nationalités dont les plus importantes sontcelles du Cameroun, Nigeria, Niger, Mali, Ghana, Liberia, Bénin, RDC, Cote d‟Ivoire,Guinée….Les migrants qui vivent à Alger sont principalement des migrants de transit quicherchent à rejoindre le Maroc, la Libye ou la Tunisie.A Alger, les migrants travaillent au noir. Il existe des trabendistes nigériens iss us dela migration pendulaire qui gagnent environ 5€/jour, des tailleurs -brodeursnotamment les nigériens, les maliens, les guinéens, les béninois, les ghanéens et lessénégalais qui gagnent en moyenne 250 €/le mois. Les brodeurs sont logés et nourrispar leurs employeurs algériens, ils vivent et travaillent dans leurs ateliers. Lesmanœuvres qui travaillent sur les chantiers sont de toutes nationalités, leur revenuest très aléatoire mais dans l‟ensemble ils gagnent moins que les trabendistes. La
  31. 31. cordonnerie est la spécialité des maliens, des burkinabés et des ivoiriens, ils gagnentenviron 5 €/jour. Certains migrants sont impliqués dans certains trafics illicites (fauxbillets, faux papiers etc.). A Alger, les migrants se regroupent dans plusieurs sites :Casbah, (Haute et Basse), de Bordj El Kiffan jusqu‟à Ain Taya et de Del Ibrahimjusqu‟à Ain Bénian. Dans la Casbah ils vivent dans de vieux hôtels, hammams oudortoirs délabrés, entassés parfois à plus de 5 dans des chambres qui ne dépassentpas 2-3 m2. En été, certains migrants sont contraints de dormir à même le sol dansles couloirs, entre les lits ou encore dans les halls des hammams. Dans les autres sitesd‟Alger les migrants vivent soit dans des ghettos (habitats de fortunes), soit ils louentdes garages au niveau des villas avec des autochtones. Les plus « nantis » louent devrais appartements mais toujours est-il qu‟ils payeront plus chers que des clientsalgériens.Il faut noter que depuis 2005 un changement s‟est opéré au niveau de ce phénomène,c‟est la féminisation progressive de la migration subsaharienne. En effet, nousestimons en 2007, la population migrante féminine à au moins 500 personnes pour laville d‟Alger. Un autre fait notable est la présence de plus en plus importante defamilles avec enfants. Il y a cinq ans ce phénomène ne s‟observait réellement qu‟àTamanrasset. Les familles vivent essentiellement dans les quartiers périphériques dela ville. On observe enfin une forte augmentation du nombre de mineurs migrantsdont la majorité est composée de jeunes filles introduites dans le circuit du travail dusexe.2.2. L’étude qualitative: enquête par entretien semi directif Cela consiste à amener la personne concernée, par des questions très ouvertes,à parler spontanément de son histoire personnelle et à nous fournir les informationsqualitatives qui nous permettrons de comprendre de manière approfondie leprocessus qui a poussé les personnes ou les familles à se lancer dans laventuremigratoire en tenant compte de la particularité de chaque cas. Cette technique étanttrès ouverte et difficile, il est nécessaire de mobiliser des psychologues expérimentéspour mener les entretiens. Chaque récit nécessite plusieurs (4 à 5) séances dentretiendune durée moyenne dune heure avec chaque cas. Connaissant létat de méfiancedes migrants en situation de clandestinité, la difficulté principale consistera àconvaincre les personnes ciblées à accepter de participer à toutes ces séancesdentretien pour raconter leur vie avec beaucoup de détails.Présentation du guide dentretien Parmi les composantes de lentretien, les points suivants ont été retenus. Le passé du migrant dans son pays dorigine: famille, milieu de vie, éducation, événements particuliers, place de lémigration dans lhistoire familiale. Le projet migratoire: comment sest-il constitué? Quels sont les éléments de base de ce projet ? Motivations ?
  32. 32. La trajectoire migratoire et les événements vécus durant le trajet. Chaque migrant a un vécu particulier du trajet et peut évaluer lécart entre la réalité du voyage et ses représentations de départ. La situation actuelle dans le pays daccueil. Vécu et réalité. Le projet futur, les aspirations, avec quels moyens et quelle stratégie ?Profils identifiés Les profils identifiés sont nombreux et dépendent du critère retenu:économique, familial, ancienneté dans la migration, niveau détude, origine,psychologique (ayant vécu un événement traumatique particulier), catégorie dâge,sexe et destination. L‟identification des migrants tente autant que possible d‟avoiraccès à des migrants de différentes nationalités. - Migrant économique (H-F): Alger (2)Sont identifiés comme « migrants économiques » les individus qui déclarent avoirpris la décision d‟émigrer en raison des causes suivantes : chômage, revenusinsuffisants, manque de perspectives socioéconomiques. - Migrant réfugié: Migrant déclarant avoir émigré pour fuir des problèmes de sécurité, des problèmes d‟ordre public, ou des persécutions politique, ethnique ou religieuse et ayant soit le statut de réfugié du HCR ou le statut de demandeur d‟asile (après dépôt d‟une demande auprès du HCR). - Migrant de transit : Migrants économique en attente de partir vers dautre pays que lAlgérie. - Immigrant en Algérie: migrants qui déclarent vouloir rester en Algérie. - Migrant pendulaire (spécifiquement pour Tamanrasset et la région du sud du pays): ce sont les migrants frontaliers qui font des aller-retour entre lAlgérie et le pays dorigine selon les saisons et leurs besoins économiques. - Migrant célibataire vivant seul en Algérie: Migrant déclarant ne jamais avoir été marié. - Migrant marié vivant en famille en Algérie: Migrant vivant en Algérie avec une ou plusieurs femmes avec ou sans enfants. - Migrant marié vivant seul en Algérie: Migrant dont la famille (conjoint ou conjoint et enfants) sont restés dans le pays d‟origine. - Migrant de retour: Migrant qui déclare clairement vouloir retourner dans son pays d‟origine.
  33. 33. - Migrant mineur: migrant qui na pas atteint lâge de la majorité (18 ans) au moment de son entrée en Algérie. - Primo-migrant : Migrant dont cest la première tentative d‟immigration. - Migrant récidiviste: Migrant qui a effectué plusieurs tentatives d‟immigration. - Migrant de niveau universitaire: Migrant ayant un diplôme universitaire ou niveau équivalent, ayant fréquenté l‟université ou une école supérieure dans son pays d‟origine, en Algérie ou ailleurs. - Migrant peu instruit: Migrant analphabète ou ayant fait une école primaire. - Migrant frontalier: migrant originaire du Mali ou du Niger. - Migrant non frontalier: Migrant d‟un autre pays que le Mali et Niger. - Migrant ex-étudiant en Algérie: Migrant en situation irrégulière depuis que ses études se sont terminées ou que son visa a expiré.Chaque migrant peut cumuler plusieurs de ces profils. Pour pouvoir les couvrir tous,il est nécessaire de tracer la trajectoire dune vingtaine de cas (10 hommes et 10femmes) plus deux familles. Pour des raisons de difficultés de terrain, seuls 17 personnes ont étéconcernées par les récits de vie. Tous les critères se retrouvent plus ou moins dans les17 personnes sauf celui de mineur que nous navons pu obtenir. Au total, nous avonsfait des entretiens de récits de vie avec 17 migrants des deux sexes, à Alger (6 cas) etTamanrasset (11 cas), 11 hommes et six femmes se répartissant comme suit selon lanationalité:Femmes: Cameroun (3), Congo (2), Niger (1).Hommes: Niger (4), Cameroun (2), Congo (1), Togo (1), Tchad (1), Libéria (1), Guinée(1). Les discours enregistrés ont fait l‟objet d‟une analyse thématique mettant enexergue les axes suivants : les réalités sociales et économiques dans le pays d‟origine,les motifs d‟émigration évoqués, le financement du voyage, les difficultés rencontréslors du voyage, les conditions de vie en Algérie et les perspectives et projetsd‟avenir.
  34. 34. CHAPITRE IIIPROFILS DES MIGRANTS SUBSAHARIENS EN ALGERIE
  35. 35. Une première lecture (section 1) des résultats nous permet de préciser ladispersion géographique, selon les pays de départ et leur répartition territoriale enAlgérie. Puis, cette population se distingue selon ses traits démographiques. Demême, l‟activité économique de ces migrants est assez particulière. Enfin, lesdistinctions socioculturelles de cette population et de leurs conditions socialesactuelles en Algérie sont aussi intéressantes quant à la détermination des projetsmigratoires. Une deuxième lecture des résultats de l‟enquête (section 2) met enexergue une typologie des migrants subsahariens. Puis, d‟autres thèmes connexessont exploités, à savoir le projet migratoire, les causes de la migration, le périple versl‟Algérie avec ses difficultés et les perceptions des migrants.3.1. Portrait des migrants subsahariens en Algérie Cette première section est une tentative pour décrypter les principaux traitscaractérisant les migrants subsahariens en Algérie. Différentes facettes de leursprofils sont esquissées, les lieux de concentration et leur provenance, le sexe et legroupe d‟âge, l‟activité économique, le revenu, les remises migratoires, la situationmatrimoniale, le niveau d‟instruction, les conditions d‟habitation et le niveau deconfort.3.1.1. Caractéristiques sociodémographiques Cette section révèle les traits sociodémographiques des populationssubsahariennes en Algérie. Dans un premier temps, nous ferons état de sa répartitionselon l‟espace «résidentiel», en Algérie puis dans les pays d‟origine. Ensuite, lastructure démographique de cette population est esquissée selon la classe d‟âge et lesexe. Dans le pays d’accueil, une large concentration des migrants au Sud L‟enquête a été conduite dans plusieurs Wilayas du pays, qu‟on peut aisémentregrouper en quatre régions. Selon les données finales de l‟enquête, la populationglobale touchée par l‟enquête compte 2048 personnes sur l‟ensemble des sitesrépartis sur tout le territoire national. C‟est la zone sud qui comprend le plus grandnombre (64%) avec les plaques tournantes de l‟immigration subsaharienne que sontles agglomérations de Tamanrasset et de Ghardaïa.

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