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Secret medical n°1

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  • 1. Dakar le Jeudi 28 Octobre 2010Docteur Mame Marie FAYEMédecin OphtalmologisteImble. N° 30 Scat UrbamDakar. Rep. du Sénégal. A Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel. Conseil Constitutionnel Corniche Ouest Dakar. Rep. du SénégalObjet : Dérogations au Secret Médical concernant l’état de santé du Président Abdoulaye WadeMonsieur le Président L’objet de ma lettre vous paraîtra peut-être surprenant de prime abord, mais au fil desexplications que j’entends vous fournir, vous comprendrez alors pourquoi au bout du comptej’ai été contrainte de vous adresser cette lettre. Pour une plus grande clarté de cettecorrespondance, je vais la subdiviser en différents chapitres. 1/ Mes relations avec le Président Abdoulaye Wade Tout d’abord je me dois de vous éclairer sur les liens très anciens qui nous unissent lePrésident Abdoulaye Wade et moi-même. En effet, j’ai fait la connaissance de AbdoulayeWade en 1988 lorsque Ousmane Ngom, qui était alors un frère et ami, m’a présentée à lui lorsde mon adhésion au Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Alors qu’à l’époque la quasi-totalité des cadres du PDS militaient au parti dans la clandestinité de la « Section Bleue », j’aiété la première femme cadre, médecin ophtalmologiste exerçant à titre privé, à accepter demiliter ouvertement au PDS, au su et au vu de tous et avec tous les risquessocioprofessionnels qu’une telle décision pouvaient entraîner. Mon attitude d’alors n’étaitdictée par aucun esprit de bravade, mais simplement par le fait que j’ai toujours su assumermes choix et que je n’ai jamais fui devant mes responsabilités aussi lourdes soient-elles depar leur fait ou leurs conséquences. Mon long combat politique depuis Mai 68 contre le pouvoir socialiste en place etcertaines exactions dont j’ai été victime étaient bien connus des sénégalais. Il n’était doncnullement question pour moi de cacher mes penchants politiques de l’époque. C’est peut-être cet acte de courage qui me rendit sympathique aux yeux de AbdoulayeWade. Toujours est-il que mon adhésion au PDS fit grand bruit à l’époque et que AbdoulayeWade s’attacha sincèrement à ma personne et me voua une profonde affection que je luirendais bien d’ailleurs. Il ne cessait de répéter à mon endroit « Mame Marie, ce n’est passimplement ma militante, c’est avant tout ma fille ». De mon côté Abdoulaye Wade n’étaitpas simplement Maître Abdoulaye Wade, il était avant tout comme un père. Ceci étaittellement vrai qu’une certaine étiquette a fini par nous coller, pour toujours, à la peau à tousles deux. En effet pour la majorité des sénégalais je suis la fille spirituelle de Abdoulaye Wade etce dernier est mon père spirituel. De sorte que les gens ont pris l’habitude de me dire «Ton
  • 2. 2père » en me parlant de Abdoulaye Wade et de lui dire « Ta fille » en lui parlant de moi.Même ma propre mère, de son vivant, disait toujours « Ton père » ou « Le père de MameMarie » pour parler de Abdoulaye Wade et toute ma famille en fait de même jusqu’à présentavec la force de l’habitude. Abdoulaye Wade a eu plusieurs fils spirituels, c’est sûr, mais iln’a jamais eu qu’une seule fille spirituelle et c’est Mame Marie Faye. Nous étions très proches et très attachés l’un à l’autre à l’époque et les joies et les peinesde l’un étaient les joies et les peines de l’autre. Nous avons aussi beaucoup travaillé ensemble,échangeant sans cesse des idées sur comment construire un nouveau Sénégal, le jour où ilaccéderait au pouvoir. Et même si nos relations se sont distendues au fil des ans et ne sontplus les mêmes qu’alors, les étiquettes « Le père de Mame Marie Faye » et « La fille deAbdoulaye Wade » nous resteront collées à jamais, à tous les deux. Monsieur le Président si vous voyez que je tiens à vous expliciter tout ceci, c’est pourque vous puissiez bien saisir le pourquoi de l’importante décision que j’ai été amenée àprendre en fin de compte. Et cette décision est loin d’être une décision prise comme cela à lalégère. D’ailleurs mon état de médecin ne me le permettrait même pas. La décision que j’aiété amenée à prendre l’a été après des années de mûre réflexion, dans la solitude et ladiscrétion des plus totales et le sens des responsabilités le plus profond. 2/ Etat de santé actuel du Président Abdoulaye Wade Ma proximité de l’époque avec Abdoulaye Wade, nos relations au quotidien et mon étatde médecin m’avaient permis progressivement de me rendre compte, bien involontairement,de l’état de santé de ce dernier. Si au début je n’attachais guère d’importance à certains signescliniques d’apparence anodine, plus préoccupée que j’étais alors par mon combat politique, iln’en demeure pas moins que ces signes cliniques finirent par m’intriguer quelque peu, mêmesi je n’en ai jamais fait cas. Puis les années passèrent avec leurs lots de surprises et dedésillusions, mais je ne pouvais m’empêcher de suivre ne serait-ce qu’indirectement et de loinl’évolution de l’état de santé de cet homme qui m’avait été si proche à un moment donné. De 1997 à 2005 j’ai eu à vivre aux Etats-Unis. Et ce n’est que le 09 Juin 2004 àWashington lors du sommet du G8, auquel Abdoulaye Wade était invité, que j’ai eu àdécouvrir de visu, avec stupeur et consternation, l’état de dégradation de la santé du PrésidentAbdoulaye Wade. C’est alors là seulement que je réalisais la gravité de la situation. Depuislors, et bien que complètement coupée de Abdoulaye Wade, du fait de son entourageimmédiat qui me refuse tout accès à lui, et ils savent parfaitement pourquoi d’ailleurs, je necesse de suivre indirectement et de loin l’état de santé du Président Abdoulaye Wade. Etat desanté qui n’a plus beaucoup de secrets pour moi maintenant, ainsi que pour bon nombre demes collègues médecins, surtout ceux de ma génération qui ont eu à suivre le parcours deAbdoulaye Wade. Monsieur le Président, je puis vous affirmer aujourd’hui, sans risque majeur de metromper, que le Président Abdoulaye Wade est atteint à ce jour de deux maladies visibles etévidentes que je qualifierai de maladies A et B, d’une troisième maladie que je qualifierai demaladie C, qui fait l’objet de très fortes présomptions, mais que le comportement au quotidiendu Président de la République ne fait que confirmer aux yeux des personnes averties, maisaussi des profanes. Enfin une maladie D, elle aussi objet de certaines présomptions et dont lesconséquences pourraient très bien être parties intégrantes de l’état de dégradation avancée dela santé du Président de la République. Et c’est ainsi que le temps faisant son œuvre, ces maladies prises séparément ouassociées ont fini par faire du Président Abdoulaye Wade, non seulement un hommegravement malade, mais surtout, un homme qui n’est même plus en mesure d’assumercorrectement la charge de Président de la République du Sénégal.
  • 3. 3 Je sais que mes propos doivent vous sembler lourds de sens, mais sachez qu’en tant quemédecin habituée à la lourdeur du secret professionnel, au respect et à la compassion enversles malades, ayant de longues années de carrière médicale et un sens aigu de la responsabilitémédicale, il ne me viendrait même jamais à l’idée de parler à la légère de certaines questionsrelevant du domaine courant, à plus forte raison maintenant lorsque ces questions relèvent dudomaine de l’Etat et ont trait, de surcroît, au chef de l’Etat lui- même. Vous remarquerez Monsieur le Président que lorsque je fais allusion aux différentesmaladies affectant l’état de santé du Président de la République, j’emploie les termes demaladie A, B, C et D. Ceci est du au fait que même si je ne suis pas son médecin traitant, doncdirectement concernée, le fait d’être médecin me fait d’une certaine manière obligation ausecret professionnel, sauf pour les cas prévus par la loi. Ceci figure dans le Code pénalsénégalais, à l’alinéa 1er de l’article 363 sur lequel je reviendrai plus loin car il existe desdérogations à cet article 363. 3/ Evolution au fil des ans de l’état de santé du Président Abdoulaye Wade Monsieur le Président, pour que vous puissiez vraiment saisir le sens profond de madécision actuelle, il faudrait que je vous fasse un rapide survol chronologique et médical del’évolution de l’état de santé du Président Abdoulaye Wade, du moins telle que j’ai pu m’enrendre compte. J’ai eu à vous dire que ma proximité de l’époque avec Abdoulaye Wade et mon état demédecin m’avaient permis, même involontairement, d’avoir mon attention quelque peu attiréepar certains signes cliniques anodins ayant trait à son état de santé. A ma connaissance, c’estde cette époque que datent les premiers signes visibles de sa maladie que j’ai surnomméemaladie A. Cette maladie A est une maladie qui affecte presque tout l’organisme et même sile patient peut vivre très longtemps avec, lorsqu’il est bien traité, il n’en demeure pas moinsqu’elle fini par entraîner à la longue certaines complications secondaires parmi lesquelles destroubles psychiques dont l’évolution progressive peut atteindre un degré de gravité pouvantaboutir à l’incapacité intellectuelle et mentale de l’individu. Le traitement de cette maladie A est évidemment un traitement à vie, mais c’est avanttout un traitement assez lourd avec apparition progressive de nombreux effets secondaires surl’état du patient. Et parmi ces effets secondaires, l’apparition de troubles psychiques sur lelong terme est reconnue en médecine. C’est d’ailleurs tout cet ensemble d’effets secondairesdu traitement de la maladie A que je surnommerai ici maladie B pour la simplicité du texte,bien qu’il s’agisse de tout un ensemble de syndromes. Donc chez le Président de la République, la maladie A est apparue en premier, suiviebien des années après par la maladie B qui est la conséquence du traitement à plus ou moinslong terme de la maladie A. Ces maladies A et B étant chacune porteuse, à des degrés divers,de son lot de troubles psychiques. La maladie C, elle, est une maladie plutôt liée à l’âge, mais elle peut aussi être une descomplications de la maladie A. Toujours est-il que sa principale caractéristique estl’apparition de troubles psychiques d’évolution variable et aboutissant inexorablement à laperte totale de toutes les capacités intellectuelles et mentales de l’individu. En fait les troublespsychiques liés à la maladie C sont beaucoup plus graves que ceux liés aux maladies A et B. La maladie D quant à elle, elle fait l’objet de très sérieuses présomptions. Mais sonexistence possible de même que son traitement extrêmement lourd ne seraient absolument pasétrangers à l’état de dégradation avancée de la santé du Président de la République. Et comme j’ai eu à vous le dire plus haut, ces différentes maladies ou affections prisesséparément ou associées ont fini par faire du Président Abdoulaye Wade un homme dont la
  • 4. 4santé est sérieusement atteinte au point de le rendre incapable de continuer à assumercorrectement la charge de Président de la République. Si au tout début des années 90 je n’ai guère attaché d’importance à l’état de santé deAbdoulaye Wade, malgré certains signes cliniques anodins, c’est exactement le 27 Juin 2001à New York que je faisais alors vraiment attention à son état de santé qui déjà commençait àdécliner. En effet ce jour là j’étais allée lui rendre visite à son hôtel, le Waldorf Astoria surPark Avenue, lors d’un de ces nombreux passages aux USA et je fus assez surprise par sonétat de santé. Il avait l’air très fatigué, sa démarche était lourde, voire pesante, mais c’estsurtout son visage légèrement œdématié de même que ses mains qui attirèrent le plus monattention. Mais ce n’est que le 09 Juin 2004 à Washington, lors du sommet du G8, que j’ai pualors réaliser de visu l’état de dégradation de la santé du Président Abdoulaye Wade. Ce jourlà, il était tellement épuisé que les deux membres de sa garde rapprochée ont du le soutenirdiscrètement, chacun d’un côté, pour lui permettre de pouvoir atteindre l’ascenseur. C’est làalors que je compris que l’état de santé du Président Abdoulaye Wade était entrain de sedégrader, même s’il faisait tout pour ne pas le laisser paraître. A mon retour définitif au Sénégal en 2005, il me fut encore plus loisible de suivre mêmeindirectement et de loin l’évolution de l’état physique et de l’état mental du PrésidentAbdoulaye Wade qui déclinaient de jour en jour. En 2006 je savais le Président de la République assez malade, mais comme je me disaisqu’il allait perdre les élections de février 2007, pour moi le problème serait résolu puisqu’ilallait quitter la Présidence et pouvoir enfin aller se reposer. Malheureusement pour le peuplesénégalais, mais surtout pour lui, il fut hélas réélu. C’est à partir de ce moment que commençaalors la véritable descente aux enfers du peuple sénégalais, mais aussi du Président de laRépublique lui-même dont les courbes de santé physique et mentale avaient amorcé unedescente lente mais inexorable dont tout le peuple sénégalais est conscient actuellement etparticulièrement son entourage. En effet non seulement l’état de santé physique du Président de la République s’estsérieusement dégradé ces dernières années, mais c’est surtout son état de santé mentale quis’est encore plus dégradé le conduisant à adopter, au fil du temps, des comportements de plusen plus étranges, illogiques et hors normes, parfois même à la limite du fantasque, maismalheureusement de plus en plus asociaux, choquants, répréhensibles et à la limite mêmedangereux. Ceci parce que l’intéressé lui-même perd, chaque jour que Dieu fait, de plus enplus conscience de la réalité du monde et des choses qui l’entourent, s’enfonçantprogressivement mais inexorablement dans l’obscurité de son propre monde à lui. Lorsqu’on y réfléchit bien maintenant, on se rend même compte que le Président de laRépublique a présenté dès le début de son magistère les premiers signes mineurs decomportements étranges, mais que les gens mettaient plutôt sur le compte d’un caractère assezfantaisiste (Prestation de serment au stade LSS, Hymne de l’Afrique à la place de l’hymnenational…). Personne ne pouvait alors imaginer qu’il s’agissait des prémices de réels troubles ducomportement, troubles qui devaient aller crescendo au fil des ans avec leurs lots dedéclarations, de faits et de gestes de plus en plus ahurissants (machines « Yakalma », TGV,centrale nucléaire, innombrables remaniements et réaménagements ministériels à vous donnerle vertige, Palais présidentiel transformé en marché Sandaga, affaire Segura, Monument de laRenaissance…), jusqu’aux récentes bourdes diplomatiques inimaginables qui auraient pu êtrelourdes de conséquences pour le Sénégal, sans oublier maintenant l’injure suprême faite auxmagistrats assimilés à des esclaves. En fait plus l’état de santé mentale du Président Abdoulaye Wade décline et plus nousassistons, chez lui, à ce que nous appelons en médecine une « Levée des inhibitions » c’est-à-
  • 5. 5dire une levée progressive et insidieuse du blocage mental et moral, existant chez un individunormal, face à la notion du mal et de l’interdit. C’est ainsi que plus on va et plus la personnefait de moins en moins de différence entre le bien et le mal. Et nous n’avons encore rien vu,car ceci n’est qu’un début. L’évolution est appelée à aller de mal en pis, d’où la nécessité deprendre dès à présent les mesures qui s’imposent et sur lesquelles je reviendrai plus loin. C’est la raison pour laquelle, en tant que médecin consciente de l’état de santé duPrésident Abdoulaye Wade, j’ai chaque jour de plus en plus mal lorsque j’assiste à sonlynchage sans pitié à travers les médias ou les populations. Parce que je me dis que si les gensétaient au courant de la réalité des choses, ils ne parleraient pas ainsi. Cependant, malgré le bien pénible constat fait sur l’état de santé du Président de laRépublique, son entourage tient absolument à le maintenir au pouvoir en proposant sacandidature pour 2012, rien que pour satisfaire un instinct de survie monstrueusement égoïsteet des intérêts bassement matériels. En tant qu’être humain et médecin de surcroît, je considère cette attitude de l’entourageprésidentiel hautement condamnable, parce que ne tenant absolument pas compte de l’état desanté de l’intéressé, de sa résistance physique et de ses capacités mentales. J’affirme ici que : En 2010, du fait de la maladie, le Président Abdoulaye Wade est déjàdans l’incapacité de continuer à assumer correctement la charge de Président de laRépublique. Et en 2012, le Président Abdoulaye Wade sera alors médicalement dansl’incapacité totale à assumer la charge de Président de la République. 4/ Comment le Président Abdoulaye Wade est pris en otage par son entourage aurisque de sa propre vie Monsieur le Président, voilà que ce qui aurait paru inimaginable il y a de cela quelquesannées, est là entrain de se passer tranquillement sous le regard du peuple sénégalais et dumonde entier. En effet, le Président de la République, malgré sa toute puissance, est purementet simplement pris en otage par son entourage égoïste, en dépit de son état de santé. Ces genslà sont prêts à tout pour conserver leurs avantages, prébendes et sinécures, or pour cela il fautcoûte que coûte que Abdoulaye Wade se représente en 2012, quel que soit le prix à payer pource dernier. Et pour obliger le Président de la République à se plier à leur volonté, ils n’ontcertainement pas hésité à provoquer la panique et l’angoisse permanentes chez lui enévoquant à tout bout de champ sa traduction certaine devant la Haute Cour de Justice s’il envenait à perdre le pouvoir. Je dis ici qu’entretenir sciemment un état de panique et uneangoisse permanentes chez une personne âgée et malade de surcroît, donc très fragile, est déjàen soi un crime odieux. Mais ce que je soupçonne d’encore plus odieux est le fait suivant. Avec les différentesmaladies dont souffre le Président et les traitements très lourds auxquels il est soumis depuisde nombreuses années, mais surtout avec le poids de l’âge, cet homme aurait du être au reposdepuis bien des années. Or voilà que, non seulement, il est encore en activité, mais mieux, ilest très souvent sur de nombreux fronts à la fois, même si son apparence extérieure ne prêteplus au change maintenant, pour des personnes averties. Le problème est donc de savoirquelle thérapeutique peut bien lui être administrée pour lui permettre de pouvoir encoreaccomplir ces performances qui dans son cas relèvent tout simplement du miracle ? Ma conviction de médecin est déjà faite et je suis sûre et certaine que le PrésidentAbdoulaye Wade est victime d’un véritable acharnement thérapeutique qui lui permet depouvoir faire face au public chaque fois que cela est nécessaire. Mais pour qui connaît lesméfaits des acharnements thérapeutiques, il y a de quoi avoir sérieusement froid dans le dos.Le cas Michael Jackson est encore là tout tristement frais dans nos mémoires et il serait
  • 6. 6vraiment malheureux que le Président Abdoulaye Wade nous fasse un beau matin ce que j’aisurnommé « Le syndrome Michael Jackson » pour qualifier la mort de ce dernier par overdosethérapeutique. Monsieur le Président, avec tout ce que je viens de vous expliquer ici, je nourris quelquecrainte légitime que la vie du Président Abdoulaye Wade puisse être en danger avec sonentourage actuel qui, à force de vouloir lui en demander chaque jour davantage, malgré sonétat de santé, pourrait provoquer chez lui et sans le vouloir « Le syndrome Michael Jackson ». En fait une bonne partie du peuple sénégalais assiste sans rien dire au tournage d’un filmdes plus macabres et que l’on pourrait simplement intituler « Silence, on assassine… ». Etcette attitude de « Laisser faire sans rien dire » ne pourrait être qualifiée autrement que de nonassistance à personne en danger, là où le peuple sénégalais devrait plutôt s’évertuer à jouer« Il faut sauver le Général Wade ». 5/ Comment mettre fin à cette prise d’otage et libérer le Président AbdoulayeWade Monsieur le Président, devant la situation de l’état de santé du Président de laRépublique et devant les menaces que le comportement de son propre entourage pourrait fairepeser sur cet état de santé, voire même sur sa propre vie, j’ai décidé, en tant que citoyenne eten tant que médecin, d’assumer pleinement mes responsabilités en procédant à la saisine duConseil Constitutionnel. Comme j’ai déjà eu à vous le dire, cette décision est loin d’être une décision prise à lalégère. Cette décision est le fruit de plusieurs années de mûre réflexion, dans la solitude et ladiscrétion des plus totales et le sens des responsabilités le plus profond. Monsieur le Président, je suis persuadée que ma saisine ne sera que l’expression d’unsentiment aujourd’hui largement partagé par mes collègues médecins, voire tous lesobservateurs avertis et la majorité du peuple sénégalais. A l’heure où l’on s’interroge de plusen plus sur les modalités de votre saisine formelle ou de la possibilité d’une auto saisine, dansl’hypothèse d’une incapacité pouvant conduire à une vacance du pouvoir politique, l’occasionvous est offerte d’exploiter les éléments mis aujourd’hui à votre disposition à travers ladémarche purement citoyenne d’un médecin sénégalais. D’autre part, je suis convaincue que le Président de la République, de son côté, a tout àgagner dans une telle démarche pour plusieurs raisons. D’abord il ne sera plus soumis à lapression de son entourage qui le tient en otage et cherche à l’utiliser. Ensuite il pourratranquillement se retirer pour pouvoir se faire traiter en fonction de ses différentespathologies, sans aucune pression extérieure. Et enfin, fait très important, il n’aura plus àsubir un acharnement thérapeutique avec tous les risques que cela comporte. Monsieur le Président, il apparaît de tout ce qui précède que le Conseil Constitutionnelest la seule voie républicaine pour mettre un terme à la prise d’otage du Président de laRépublique par son entourage et permettre une continuité normale de l’Etat, tout enpréservant ce qui me parait primordial, cest-à-dire l’état de santé du Président de laRépublique. 6/ Motivations du Docteur Mame Marie Faye dans le cas du Président AbdoulayeWade Les différentes affections qui frappent actuellement le Président Abdoulaye Wade sontdes affections auxquelles j’ai été parfois confrontée tout au long de ma carrière médicale etdont je connais quelque peu l’évolution progressive jusqu’au stade final. Les patients atteintsd’une seule de ces affections sont déjà des patients fragilisés, à plus forte raison quand cesdifférentes affections sont associées chez le même patient. Et cette fragilisation des malades
  • 7. 7est surtout liée aux troubles psychiques qui une fois installés évoluent inexorablement audétriment du malade ; ce qui fait que ce dernier a besoin de toujours plus d’attention, de soins,de sollicitude et de compassion et ceci jusqu’à la dépendance totale. Avec ce genre de malade,on est amené à faire appel à toute l’humanité dont on peut être capable. Dans le cas du Président Abdoulaye Wade, mes motivations sont de plusieurs ordres. D’abord des considérations d’ordre politique. En effet, quels que soient les reprochesque l’on puisse faire à Abdoulaye Wade, il faut au moins lui reconnaître le mérite d’avoirbeaucoup fait pour la consolidation de la démocratie au Sénégal et en Afrique et rien que pourcela, il lui a fallu consentir de nombreux sacrifices. Donc faisons en sorte de lui réserver unesortie honorable, ne serait-ce qu’en raison de son âge et de son état de santé. Ensuite des motivations purement humanitaires. Pour le médecin que je suis,habituée à être confrontée à toutes sortes de souffrances humaines, la sollicitude et lacompassion envers les malades ne sauraient être nullement sélectives. Pour moi, le PrésidentAbdoulaye Wade malade devient avant tout un malade avant d’être un Président de laRépublique. Par conséquent sa condition de malade lui donne droit à la protection conféréepar la déontologie médicale et par la loi. Puis notre responsabilité envers le peuple et envers les générations futures. Cetteresponsabilité est hautement interpellée lorsque étant au fait de l’état de santé du Président dela République on voit ce dernier avoir la prétention de solliciter auprès du peuple un autremandat en dépit de cet état de santé. Notre sens patriotique nous commande alors de prendrenos responsabilités envers le peuple sénégalais, mais surtout envers les générations futures. Lacharge de Président de la République est la charge la plus lourde qu’un homme puisseassumer dans son pays. Elle nécessite donc de cet homme qu’il soit en pleine possession deses capacités physiques, mentales et intellectuelles. Il est vrai que cela relève de la compétence du Conseil Constitutionnel de juger de lacapacité ou de l’incapacité du Président de la République quant à la vacance du pouvoirpolitique ; cependant, le Conseil Constitutionnel a besoin de l’avis d’experts et de sachantspour pouvoir décider de cela. Enfin la libération de ma conscience. Comme j’ai déjà eu à le dire, cela fait denombreuses années que je connais assez bien l’état de santé du Président Abdoulaye Wade.De nombreuses années que je suis indirectement et de loin l’évolution progressive de cet étatde santé. Et tout ceci dans la discrétion et le silence le plus total eu égard au secretprofessionnel. Le Président Abdoulaye Wade n’est pas le premier Chef d’état au monde àtomber gravement malade dans l’exercice de ses fonctions et son état de santé ne soulèveraitpas autant d’inquiétude s’il ne se trouvait pas que l’évolution de cet état de santé commence àavoir de sérieuses répercussions sur la marche de l’Etat et même sur le devenir du pays. Il se trouve en effet que ce n’est pas seulement l’état de santé physique du Président quis’est dégradé avec le temps, mais c’est malheureusement son état de santé mentale qui s’estsérieusement dégradé le conduisant aux comportements de plus en plus étranges que nousconstatons chaque jour avec leur lot de conséquences, toutes plus néfastes les unes que lesautres pour le pays. Or en tant que médecin, je suis bien au fait de l’état de santé mentale du Président de laRépublique, de même que bon nombre de mes collègues médecins d’ailleurs, puisque nous necessons de nous en inquiéter et d’en parler en secret entre nous. Je pense qu’il est temps quemes collègues médecins avec qui je ne cesse de discuter se décident maintenant à prendreleurs responsabilités. C’est bien beau le confort de la carrière médicale, mais il faut aussipenser au peuple sénégalais, dont nous sommes une composante à part entière, et auxgénérations futures auxquelles nos enfants, pour qui nous avons consentis de lourdssacrifices, appartiennent de même que nos petits-enfants.
  • 8. 8 L’état de santé du Président de la République est pour moi source d’inquiétude depuisdes années, mais je n’hésiterai pas à avouer ici en toute humilité que depuis sa réélection en2007, je peine à trouver le sommeil la nuit, connaissant l’évolution progressive de son état desanté et les conséquences possibles qui pourraient en découler pour ce pays. Monsieur le Président, j’ai gardé le silence le plus total sur l’état de santé du PrésidentAbdoulaye Wade pendant de nombreuses années, non seulement parce que je suis tenue ausecret professionnel, mais aussi parce que je suis discrète de nature. Mais actuellement lasituation a atteint un point tel que ma conscience ne me permet plus de continuer à fairecomme si de rien n’était et à garder le silence devant le peuple. Après toute une vie desacrifices consacrée à la médecine et au combat politique, je me vois mal avoir honte demaindevant le peuple sénégalais du fait de mon silence, ou avoir à rendre compte devant l’Histoire.Donc devant la situation actuelle, j’ai décidé d’assumer mes responsabilités pleines et entièrescomme m’y autorisent la Constitution, le Code de déontologie médicale et la loi. 7/ Dérogations au secret médical et levée du secret médical La Constitution du Sénégal reconnaît à tout citoyen la liberté de pensée, la liberté deconscience et la liberté d’expression. Le Code de déontologie médicale du Sénégal du 10 Février 1967 stipule en son article7 : « Tout médecin est astreint au secret professionnel, il peut en être délié par la loi ». Cetarticle est l’équivalent de l’article 4 du Code de déontologie médicale français dont s’estinspiré le Code de déontologie médicale sénégalais. L’article 363 du Code pénal sénégalais dispose en son alinéa 1er que : « Les médecins,chirurgiens, ainsi que les pharmaciens, les sages-femmes et toutes autres personnesdépositaires, par état ou par profession ou par fonctions temporaires ou permanentes, dessecrets qu’on leur confie, qui, hors le cas où la loi les oblige ou les autorise à se porterdénonciateurs, auront révélé ces secrets, seront punis d’un emprisonnement d’un à six mois etd’une amende de 50.000 à 300.000 francs ». Cet article 363 du Code pénal sénégalais est le pendant de l’article 378 de l’ancien Codepénal français. Dans le nouveau Code pénal français en vigueur depuis le 1er Mars 1994,l’article 378 est remplacé par les articles 226-13 qui traite du secret médical et des sanctions yafférent et 226-14 qui traite des cas où l’article 226-13 n’est pas applicable. Et même la loi Kouchner de Mars 2002, dans sa partie traitant du secret médical, tientrigoureusement compte des cas de dérogation expressément prévus par la loi. L’article 49 du Code pénal sénégalais traite, quant à lui, de la non assistance à personneen danger. Malgré la lourdeur du secret médical et la vétusté du Code de déontologie médicalesénégalais qui date de Février 1967, en dépit de toutes les avancées faites en Médecine, ilexiste des dérogations au secret médical. Ces dérogations peuvent être obligatoires oufacultatives. Et parmi les dérogations obligatoires au secret médical, celles qui nousintéressent ont trait à la personne en état d’invalidité ou la personne qualifiée d’incapablemajeur, à la personne en danger du fait de son entourage et la personne qui peut représenterun danger pour les autres. Dans ces cas précis, le médecin est autorisé à lever le secretmédical et à saisir les autorités compétentes. Le cas dont nous devons traiter ici est un cas très particulier et d’une extrêmeimportance puisqu’il s’agit du cas du Président de la République en personne, donc dupremier sénégalais de ce pays. Or dans quelle situation médico-sociale se trouve cet hommelà ? Nous voici en face d’un homme de 84 ans (âge officiel) atteint de plusieurs maladiesplus ou moins graves qui ont fini à la longue par affecter très sérieusement non seulement ses
  • 9. 9capacités physiques et intellectuelles mais surtout ses facultés mentales au point de rendre lecomportement de l’homme très souvent incompréhensible pour le commun des mortels. Maisaussi comportement dangereux pour toute une nation, au vu des pouvoirs très étendus dontl’homme dispose. De plus cet homme se trouve être pris en otage, surtout du fait de son âge,de la maladie et de son incapacité à réellement se défendre, par un entourage mu par ses seulsintérêts et dont l’attitude est à même de mettre en danger la vie même de cet homme qui n’estautre que le Président de la République. Monsieur le Président, j’aimerais bien que l’on me dise ce que pèserait le secret médicaldevant tant de périls aussi bien pour l’homme que pour la pérennité de la République. 8/ Conduite à tenir à partir de maintenant concernant le Président AbdoulayeWade Vu l’état de santé du Président Abdoulaye Wade, deux problèmes se posentactuellement sur le plan médical. D’abord le problème de sa candidature pour un troisièmemandat en 2012, ensuite le problème de sa capacité à terminer le mandat en cours. 8-1/ Candidature de Abdoulaye Wade pour un troisième mandat en 2012 A exclure totalement, parce que tout simplement inimaginable sur le plan médical. Avectout ce que le peuple sénégalais a déjà constaté ces derniers temps concernant l’état de santédu Président de la République, surtout son état de santé mentale, et tout ce que je me suisévertuée à expliquer depuis le début de ma correspondance, sans pour autant lever le secretmédical, il est tout à fait hors de question de laisser le Président Abdoulaye Wade solliciter unautre mandat auprès du peuple sénégalais. Je dirais même que s’il s’agissait d’un tout premiermandat, vu son âge et son état de santé, il serait hors de question de le déclarer apte à seprésenter, à plus forte raison maintenant lorsqu’il s’agit du troisième mandat d’un octogénairedevenu complètement inapte. Je réaffirme encore solennellement ici qu’en 2012, le Président Abdoulaye Wade seraalors médicalement dans l’incapacité totale à assumer la charge de Président de laRépublique. Pour le corps médical auquel j’appartiens, nous sommes complètementépoustouflés de voir, je ne dirais même pas des analphabètes, mais des intellectuels dontcertains supposés être d’un « Très haut niveau », oser se pointer tranquillement devant lepeuple sénégalais ou voyager à travers le monde pour parler de la candidature et de laréélection de Wade en 2012. On se croirait vraiment en plein délire schizophrénique. Je croisqu’il est temps que les gens deviennent sérieux et réalistes, mais surtout qu’ils comprennentque dans le cas d’espèce, il ne s’agit pas d’un jeu, mais qu’il est question d’un être humaincapable de sentiments, d’un vieil homme malade avec plus de faiblesses que de force et qui aplus besoin de compassion et de protection que de discours menteurs et d’applaudissementsinutiles. Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel, sachez dès à présent qu’en ce quiconcerne le Corps médical, aucun médecin digne de ce nom n’acceptera de se prononcer enfaveur de la candidature de Abdoulaye Wade pour 2012, parce que comme on dit « Noussavons tout, mais nous ne disons rien ». Cependant au rythme où vont les choses, bientôt nousrisquons de tout dire. 8-2/ Capacité de Abdoulaye Wade à terminer le mandat en cours Pour les membres du Corps médical, la candidature de Wade pour 2012 est un problèmedépassé dont nous ne voulons même plus entendre parler. Pour nous le vrai problème qui nousintéresse, et qui à la limite même soulève de sérieuses inquiétudes, est de savoir si le Présidentde la République est à même de pouvoir terminer le mandat en cours jusqu’en 2012, au vu deson état de santé physique, mais surtout mentale qui se dégradent de jour en jour.
  • 10. 10 Monsieur le Président, ceci est une des raisons principales qui m’ont fait vous adressercette lettre. Habituée à être en contact avec des personnes présentant les mêmes maladies quele Président de la République, l’évolution de ces maladies n’a plus beaucoup de secrets pourmoi aujourd’hui. Et comme j’ai déjà eu à le dire, voilà des années que je suis indirectement etde loin l’évolution de l’état de santé du Président Wade. Or ce que j’ai observé ces dernierstemps concernant l’évolution de son état de santé commence à soulever chez moi de sérieusesinquiétudes quant à la poursuite de cette évolution qui semble présenter les signes d’un débutde décompensation. Et si le Président de la République commence à présenter des signes dedécompensation, surtout sur le plan mental, il est alors certain qu’il lui sera extrêmementdifficile, voire même impossible, de terminer normalement son mandat en cours au vu deslourdes responsabilités inhérentes à sa charge. Dans la situation de crise, à tous les niveaux, qui est sienne, le Sénégal ne peut sepermettre le luxe d’avoir à sa tête un homme qui n’est plus en possession de toutes sescapacités physiques, à plus forte raison mentales. Les plus grands reproches que l’on pourraitfaire au peuple sénégalais sont d’aimer les solutions de facilité, de toujours prendre les chosesà la légère et de ne jamais savoir anticiper sur les événements. Or dans le cas présent, leproblème de l’état de santé du Président de la République est un problème beaucoup tropsérieux pour être mis sous le coude ou évacué à la légère, parce qu’il engage non seulement lavie de 14 millions de sénégalais, mais aussi l’avenir des générations futures auquel nous nousdevons de penser. Il appartient donc maintenant à chacun d’entre nous de savoir prendre sesresponsabilités envers le peuple, mais surtout envers l’Histoire. 9/ Refus de toute forme d’utilisation politique de ce problème médical Monsieur le Président, les médecins sénégalais, comme tous les médecins de par lemonde, sont très souvent confrontés à des situations pareilles à celle du Président AbdoulayeWade, ici même au Sénégal. Mais dans ces cas là, il ne s’agit pas du Chef de l’Etat, mais desimples individus comme on en voit tous les jours. Et pour ces gens là, après diagnostic etavis médical, la résolution du cas ne pose pas souvent de problème, surtout dans nos famillesafricaines où tout se règle à l’amiable le plus souvent en conseil de famille. C’est ce conseilde famille qui décide ainsi de la mise sous tutelle de l’intéressé et de la personne qui est alorschargée d’assurer cette tutelle. Il est assez rare même que des tiraillements familiaux amènentcertains membres de la famille à saisir la justice pour la résolution définitive du problème. S’il s’agissait ici du cas Abdoulaye Wade, simple individu, son cas aurait pu êtretranquillement réglé au Point E par les membres de sa famille, dans la discrétion la plus totale,parce que seuls les membres de sa famille auraient été concernés. Mais malheureusement pourlui, Abdoulaye Wade n’est pas n’importe qui. Il est le Président de la République du Sénégal,Chef de l’Etat, gardien de la Constitution, premier magistrat du pays, Chef suprême des forcesarmées et première Institution de ce pays. Donc tout ce qui a trait à lui et particulièrement sonétat de santé et son avenir politique concernent au plus haut point la nation toute entière. Cependant, malgré toutes les prérogatives qui sont les siennes, le Président de laRépublique n’est ni un dieu, ni un prophète, ni même un saint, il est un simple être humainfait de chair et de sang et soumis aux aléas de la maladie comme tout un chacun. Et c’est là oùle médecin se doit d’intervenir en prenant toutes ses responsabilités et en jouant pleinementson rôle comme le Code de déontologie médicale et la loi l’y autorisent. Le problème du Président Abdoulaye Wade est avant tout un problème médical, c’est laraison pour laquelle nous ne saurions en aucun cas accepter qu’une quelconque utilisationpolitique soit faite de son état de santé. Et nous entendons nous opposer avec la dernièreénergie à toute forme d’utilisation qui pourrait en être faite dans ce sens, et par qui que ce soit
  • 11. 11d’ailleurs. Dans le cas présent, forces resteront à la médecine et à la loi. Il n’y a aucune raisonà ce que des médecins puissent régler des problèmes de ce genre à longueur d’années, etqu’aujourd’hui, pour des raisons de politique politicienne ou d’intérêts personnels malsains,ces mêmes médecins puissent être soumis à des pressions extérieures qui auraient pour but dechercher à peser sur leur conscience ou à entraver la marche de leur travail. S’il advenait quede tels actes se produisent, nous n’hésiterons pas un seul instant à dénoncer ouvertement lesauteurs de pareilles forfaitures et à porter leurs noms à la connaissance du peuple sénégalais. Les seuls problèmes qui nous intéressent ici sont l’état de santé du Président de laRépublique et la pérennité de la République. Conclusion Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel, avec l’état de santé du Président de laRépublique, le Sénégal se trouve aujourd’hui confronté à une situation inédite de toute sonhistoire, mais il n’existe pas de problème sans solution. Le tout réside dans le degréd’intelligence et de bonne volonté dont nous saurons faire preuve. Pour cela, il faudra quechacun d’entre nous accepte d’accomplir avec une totale honnêteté et une absolue abnégationla mission qui lui revient. Ceci suppose savoir taire nos intérêts personnels égoïstes au profitde l’intérêt supérieur de la nation et des générations à venir. Il appartiendra au peuplesénégalais de savoir faire face à l’adversité avec hauteur, dans le calme et la dignité, commenous avons toujours su le faire par ailleurs, en sachant que le monde entier aura les yeux fixéssur nous. En ce qui me concerne, après des années de silence, j’ai décidé aujourd’hui d’assumermes responsabilités pleines et entières comme le Code de déontologie médicale et la loi m’yautorisent. A travers une correspondance que j’ai voulue détaillée, sans pour autant lever lesecret médical, je pense vous avoir fait saisir la gravité de la situation à laquelle nous sommesconfrontés, mais aussi l’urgence qui nous est faite d’y apporter une solution dans un délai desplus courts. J’entends d’ailleurs porter cette correspondance à la connaissance de tout lepeuple sénégalais parce qu’il est le premier concerné. Monsieur le Président, j’aimerais que vous compreniez que cette lettre ne vous est pasadressée par une personne qui pourrait avoir une quelconque motivation politique oupersonnelle. Cette lettre vous est adressée par une citoyenne, un médecin qui a été longtempstrès proche du Président de la République, qui a eu à suivre, même si c’est de loin etindirectement, l’évolution de l’état de santé de ce dernier et qui juge aujourd’hui, en âme etconscience, que cet état de santé a atteint un point tel qu’il urge maintenant que chacun prenneles responsabilités qui lui sont assignées et par Dieu et par ses fonctions. J’aimerais aussi que vous sachiez qu’au-delà d’un certain délai (un mois au maximum),sans aucune réponse de votre part à ma correspondance, je me verrai alors dans l’obligationde lever le secret médical couvrant cette affaire et d’expliciter de la façon la plus exhaustiveles différentes maladies décrites plus haut sous les signes A, B,C et D. Il me serait d’ailleurs impossible d’agir autrement parce qu’il s’agit ici d’une affaired’une extrême gravité ayant trait à une personne âgée, à la santé précaire, qui se trouve priseen otage par un entourage sans aucun scrupule et dont l’attitude même pourrait mettre endanger la vie de l’intéressé. Ne pas agir ne pourrait être qualifié autrement que de nonassistance à personne en danger, surtout lorsqu’il s’agit du Président de la République, donc lapremière institution du pays. Sans oublier maintenant l’avenir de toute une nation. Dans l’espoir d’avoir sous peu des nouvelles favorables, je vous prie de croire,Monsieur le Président, à l’expression de toute ma considération. Docteur Mame Marie Faye.
  • 12. 12