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Isabelle Defossa
 

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    Isabelle Defossa Isabelle Defossa Document Transcript

    • FoolCahier n°1Jour 1 Après vingt minutes d’attente, Dean Duke est enfin parvenu au guichet de location devoitures de l’aéroport. Il a choisi Easycar. L’entretien avec l’hôtesse s’est déroulérelativement vite. Il a sans doute réservé sa voiture à l’avance. C’est un être qui sembleprévoyant. Plus que moi. J’aurais dû y penser plus tôt. J’ai pris un taxi et je l’ai suivi. Le trajet a duré deux minutes montre en main et s’est terminé devant un hôtelsomptueux, l’Hacienda. Dans une rue parallèle, j’ai pu louer une Ford Fusion. Je me suischangée dans ma chambre de palace puis j’ai attendu que le sujet de ma filature daigne semontrer. À 22 h, il a déboulé les escaliers dans un costume orange épouvantable et s’estengouffré dans un taxi. Il s’est ensuite rendu dans un bar où il a commandé en gueulant unetarte aux pommes et une glace. Et maintenant, je suis assise là, à le regarder bouffer. Ce soir, j’ai aperçu par hasard entre deux rangées de palmiers le panneau« Hollywood ».Jour 2 Dean s’est levé à 14 h puis a pris la U.S. 101. Il a roulé comme un dingue pendantdeux heures le long de l’Océan Pacifique jusqu’à Santa Barbara. Là, il est descendu sur laplage et a fait un geste que je n’ai pas bien compris : il a saisi du sable, a regardé vers le cielet, d’un air inspiré, a jeté le contenu de sa main en direction de l’eau. Il est directementreparti. La plage de San Simeon est assez belle. C’est à l’endroit où je suis assise que desdizaines de milliers d’éléphants de mer se donnent rendez-vous plusieurs fois par an. J’ai téléphoné à Jack Thompson pour lui rendre compte de la journée de Dean. Nousavions convenu que je le fasse tous les jours à 19 h précises. Je ne sais pas si j’ai eu raison d’accepter cette mission d’espionnage. C’est étrange queJack ait refusé de me rencontrer. Et pourquoi demander à une écrivaine de filer son futurgendre en Amérique sous prétexte qu’il trompe sa fille ? Enfin, un acompte de 10 0000 eurosne se refuse pas.Jour 3 Il se comporte de manière de plus en plus étrange. Aujourd’hui, il a repris sa bagnole(j’ai l’impression qu’il ne compte pas dormir une seule fois au même endroit) et a continué àlonger l’Océan. Nous, ou plutôt il –m’unir à lui dans un même pronom me fait peur– a faitune halte à Monterey pour visiter son aquarium. Bien que je n’aie pas une grande passionpour les sujets aquatiques, l’excursion m’a franchement captivée. J’étais en train d’observerun spécimen quand je l’ai vu s’agiter au sol. Je pense qu’il tentait d’imiter la méduse qu’ilvenait d’étudier durant dix minutes. Il a atteint un sommet de lourdeur indicible. Je ne parviens plus à joindre Jack. Il était tard quand nous sommes arrivés à San Francisco. Il est allé directement auCondor, un bar de gogo danseuses. J’y ai avalé trop de rhum coca et je l’ai perdu de vue.Cahier n°2Jour 4 Ce matin, je me suis réveillée péniblement. Il m’a fallu quelques minutes avant decomprendre que j’avais perdu Dean et une heure pour me rendre compte qu’au cours de mafolle soirée, j’avais aussi paumé mon cahier que je voulais relire pour voir à quoi
    • ressemblaient mes rapports. Je suis allée me promener avec ma gueule de bois. J’avais pourbut de racheter un nouveau cahier même si cela n’avait plus aucun sens. Cette fois, je me suismoi-même égarée. J’en ai profité pour visiter un peu la ville qui n’est pas mal du tout à direvrai. J’étais tout de même au plus mal. Il fallait que je retrouve cet ahuri dans une ville de plusde 800 000 habitants. Pour faire passer mon mal de tête et ma déprime, j’ai décidéd’emprunter un de ces tramways à traction par câble. Le tram était quasi vide et jem’endormais presque sur mon siège quand un type est monté et s’est assis devant moi. C’étaitlui. J’étais ahurie par l’absurdité de la situation. Et j’ai souri.Jour 5 Il a repris la route aux alentours de 10 h, a rejoint Oakland puis Manteca où il s’estarrêté. Il a troqué son auto dans un garage contre une moto américaine Victory. Avec unegrâce sans nom, il l’a enfourchée comme un canasson. Puis il a démarré telle une bombe et aroulé jusqu’à pénétrer dans l’état du Mariposa en direction du Yosemite National Park. Ce parc est sublime. Il a suivi un chemin balisé, longé les cascades et s’est arrêtédevant El Capitan où des escaladeurs grimpaient courageusement la paroi de la roche. J’ai peur qu’il n’ait remarqué ma présence. Je crains trop de le perdre une secondefois. Je le piste donc d’assez près. Dans un lieu si désert, il faudrait être stupide pour ne pasremarquer que l’on est suivi. Pourtant, il semble ne se douter de rien. Avant de repartir pour la Californie, il est allé au Degnan’s Cafe où il a réclamé unetarte aux pommes avec de la glace. Il parle vraiment anormalement fort. J’ai l’impression quesa voix ne m’est pas étrangère.Jour 6 Nous sommes à Fresno. J’ai dormi dans des draps qui sentaient l’égout. J’ai roulé pendant plus de six heures derrière Dean. J’écoutais Chromatics quand nousavons débarqué à Las Vegas. Ce soir, Dean s’est rendu dans un casino dans le Strip : le Wynn Las Vegas. J’ai alorspris la sage décision de boire du coca sans rhum. Il a emballé deux minettes assez jolies qui nesemblaient pas être dérangées par son léger surpoids ni par sa calvitie naissante. Certainessont vraiment prêtes à tout quand elles croient qu’il y a un truc à gagner, spécialement si c’estlié au fric. Comme je ne parviens plus à joindre Jack, je lui laisse chaque jour un message sur saboîte vocale. Je ne manquerai pas de lui mentionner cet incident ce soir. Dean a terminé sa soirée dans une Wedding Chapel pour se marier avec la moins belledes deux gonzesses qui, contrairement à ce que je pensais, devait donc être majeure. Ce typeest une énorme caricature.Jour 7 Il a quitté le Nouveau-Mexique vers 15 h 30 pour un retour à la case départ : LosAngeles. À 20 h 00, il s’est installé dans un bar à soupe japonais à Little Tokyo. Quand il estparti aux toilettes, j’en ai profité pour téléphoner à Jack dans le but de lui laisser son messagejournalier. Contre toute attente, il a répondu. Il était d’une humeur massacrante. Dean a très vite oublié son aventure de la veille. Aux alentours de 01 h 30, il s’estrendu à Sunset Boulevard, près de la gare Union Station pour se rendre dans un bordel. Je l’aiattendu dehors. De toute évidence, la présence d’une femme dans ce lieu ne serait pas passéeinaperçue. Il a emmené sa dame sur un parking des plus glauques. Je suis restée dans maberline à une dizaine de mètres d’eux. La prostituée a remarqué ma présence. Elle semblait
    • alors vouloir s’en aller. Ils ont discuté. Il lui a donné de l’argent. J’ai attendu vingt minutes etelle est repartie. Il faudrait que je pense à réécrire tout ceci au net.Jour 8 J’ai rêvé cette nuit que Dean me poursuivait sur le Golden Gate Bridge parce qu’ilvoulait me forcer à me faire avaler de la tarte aux myrtilles. Dean a passé sa journée à visiter Los Angeles. Il s’est rendu au Getty Center. Cemusée est aussi impressionnant de l’intérieur que de l’extérieur. C’est un chef d’œuvrearchitectural placé sur la colline de Brentwood. On y accède en funiculaire. L’intérieur estgigantesque et présente un caractère presque sacré. Après avoir admiré des sculptures, desphotographies et des peintures de toutes les époques, Dean s’est arrêté pendant une heure etdemie devant un vase de Chypre datant de la préhistoire. Au musée, je suis sûre d’avoir aperçu dans la poche du trench-coat de Dean monancien cahier. Mais bon-sang, qu’est-ce qu’il foutrait dans son manteau ? Dean a fait un léger détour par Beverly Hills avant d’atteindre la route 66. Face à cetémoin légendaire d’une période révolue, en descendant de sa moto, je crois bien qu’il apleuré.Jour 9 L’après-midi s’est déroulée aux Universal Studios. Dean a choisi comme attraction leStudio Tour. Il y avait du monde et je n’ai pas pu monter dans le même tram que lui. Unefemme d’une trentaine d’années s’est installée à côté de moi. Quand le tram a démarré, elles’est présentée. C’était la prostituée de l’avant-veille. Elle nous avait observés dans la file etm’avait reconnue. Deux jours avant, sur le parking, elle avait directement senti qu’elle étaitépiée. C’est pourquoi elle avait refusé de s’exécuter et qu’il lui avait raconté son délire puisaugmenté son salaire pour qu’elle le satisfasse : Dean ne savait que trop bien que jel’observais. Il m’avait versé 10 0000 euros d’acompte pour cela. Fanatique des ouvrages deKerouac et de Hunter S. Thompson, il avait élaboré une œuvre littéraire dont il était le héroset dont j’étais l’auteure. Nous passions devant les décors de Psychose et je venais de prendreconscience que j’avais été l’instrument du complot d’un malade mental.