Histoire architecture 1899 tome2

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  • 1. HISTOIRE DEL AR(~HITE CTURE.
  • 2. ~.,--~-~ ". FIGURES GH,-ÉES EX lAILLE-DOUCE PAR J. 5UL118ET lRACSFORMÉES EX CLICHÉ S lYPOGRAPHIQUES PAR FERXIQ1:E ET F1LS. J:fPRBIERIE GADlHIER-VILL."-RS.
  • 3. AUGUSTE CHOISY. EIISTOIRE DELARCI-IITECTURE TOME 11. PARIS) GA UTHIER-V ILLAHS, IMPRIME U R-LIBRAIREDU BUREAU DES LO:íGITUDES, DELÉCOLE POLYTECHNIQUE, 5;), Quai des Grancls-Augllstins, 55. 1899
  • 4. HISTOIRE DE LARCHITECTURE. XIII. RÉNOVATION CHRÉTIENNE ; DES ARTS ANTIQUES: ARCHITECTURE LATINE; ARCHITECTURES DES PEUPLES CHRÉTIENS DE LORIENT. Linstant où no~s sommes parvenus est celui où le christia-nisme va marquer de son empreinte les architectures du vieuxmonde. Nous diviserons les architectures chrétiennes en deuxgroupes: 10 Celles qui se lient au passé par filiation immédiate, lesarchitectures latine, byzantine, -arménienne, rejetons directsdes arts du paganisnle; 2l Celles qui se constituent en Occident après la rupture detraditions causée par les invasions barbares, les architecturesromanes et celles quon a coutume de désigner sous le nomde gothiques. Entre les deux groupes sinterposeront, par raison de chro-nologie et par raison dorigine, les architectures musulmanes,
  • 5. ) AHCHITECTURES DU BAS-EMPIRE-véritables sœurs de celles de lOrient chrétien, comme ellesissues de cette source commune des arts asiatiques qui est laPerse. PREMIERS ESSAIS DE LARCHITECTURE CHRÉTIENNE. Lhistoire de larchitecture chez les premières nations chré-tiennes se résume dans les essais tentés pour approprier auxexigences du nouveau culte des types dédifices empruntés àla vie civile des anciens Romains. Le christianisme traversasans posséder de temples les trois siècles qui précédèr~ntConstantin: les assemblées religieuses se tenaient dans lesmaisons; les seuls monuments étaient des galeries de carrièresabandonnées où les chrétiens ensevelissaient leurs martyrs.Larchitecture ne joue quun rôle très effacé dans ces sépul-tures dont le mérite principal était déchapper aux regards. De cette condition de culte opprimé, le christianisme passebrusquement à celle de religion dÉtat (lan 313). Trois sièclesde persécution lavaient peu préparé à sa situation nouvelle:heureusement ses besoins étaient assez nets pour permettredarrêter sans hésitation un programme. Le christianismenétait point une religion dinitiés, des temples étroits et ferméslui convenaient mal;. conviant sans distinction tous les hOll1mesà ses fêtes, il lui fallait de grands espaces largement ouvertsà tous: le plan de la basilique civile satisfaisait à.ce programme,les architectes chrétiens ladoptèrent. Quant aux moyens de le réaliser, ils devaient répondre à lafois à lempressernent de consacrer le triomphe, et à la modi-cité des ressources de lEmpire sur son déclin. Le mode an-tique de construction massive à voûtes concrètes avait cessédêtre possible: né avec la toute-puissance romaine, il sétaitperpétué pendant le Haut-Empire à la faveur dune organisationdes forces ouvrières et dun régime de centralisation dont lesliens con1mençaient h se détendre. Ce ne furent pas les basi-liques voûtées telles que celle de Maxence que les chrétiens
  • 6. LES DÉBUTS DE LART CHRÉT[E~. 3imitèrent, ils at;ceptèrent le modèle de la basilique à combleen charpente: une toiture portée sur des files darcades, tel futle type général de leurs églises. Lépoque de la formation de larchitecture chrétienne estcelle des pren1ières menaces des barbares dont la pression vadéterminer le démembrement de ROllle. Vingt ans à peine aprèsle triomphe du christianisme, lunité romaine se brise et lonvoit se constituer à sa place deux empires: lempire dOcci-dent, qui végétera pendant un siècle et demi pour seffondrerau jour des grandes invasions; lempire dOrient, qui vivra sixsiècles encore. Lempire dOccident, dont lexistence est chaque jour miseen question, ninnove point: telles ont été les basiliques con-stantiniennes, telles seront les basiliques dHonorius, tellesles basiliques qui sélèveront jusquen plein moyen âge sur lesruines de lancienne Rome. Lempire dOrient, moins directement attaqué et relative-ment prospère, possède seulles ressources nécessaires pOUltenter une architecture nouvelle: le progrès vient des provincesasiatiques ou grecques; elles inaugurent tout un système deconstruction voûtée qui nexige ni la masse de matériaux ni ladépense de main-d œuvre des concrétions de lâge antérieur;elles adoptent une forme de voûte presque étrangère à lart duHaut-Empire, la coupole sur pendentifs; enfin et surtout ellesrégularisent et érigent en n1éthode le lllode dexécution sanscintrage . Mais il nest point de nouveauté qui nait ses attaches dansle passé: cette architecture chrétienne de lOrient puise sesprincipes aux plus vieilles traditions de lAsie; et cest lécoleorientale de lart romain qui établit un lien entre elle et lesarchitectures mères dont elle découle: Nous lavons observé en étudiant les 1110numentsdu Haut-Empire, lart na janlais e,u,dans limmense étendue du monde
  • 7. 4 ARCHrTECTURES DU BAS-EMPIRE.romain, cette uniformité quon est trop enclin à lui prêter:lunité romaine était purement gouvernementale. Sous cette unité factice les procédés de lart, comme lesinstitutions, comme la langue même, différaient dune provinceà lautre; et les variétés dinstitutions, de langage et darchi-tecture se groupaient en deux grandes familles qui répondentau partage du territoire en provinces latines et provincesgrecques: division profonde qui exista de tout temps et à la-quelle la scission des deux empires ne donne en somme quunesanction légale. A linstant des invasions lempire dOccident disparaît" etlart occidental séteint. LEmpire grec seul survit et sauve les traditions darchitecture qui lui sont propres. Non seulement ces traditions se conservent, mais, cessant dêtre influencéespar lOccident, elles se dégagent et saccentuent. En même temps il se fait, au contact de la civilisation sassa-nide qui fleurit en Perse, un apport de procédés asiatiques; unefusion déléments romains, grecs et perses saccomplit sur lesol de lAsie Mineure, où le commerce des caravanes apporteles produits et les idées de la haute Asie; dans la province deSyrie, autre entrepôt de lAsie; dans lArménie, où sexercentdirectement les influences de lart sassanide; enfin et surtoutà Constantinople, qui est devenue le centre du monde. Partout les principes perses de la construction sans cintragepénètrent, sacclimatent; et les procédés, se modifiant suivantles ressources, suivant les traditions locales, donnent naissanceil des architectures où la coupole est le trait dominant et dontle chef-dœuvre c.st Sainte-Sophie de Constantinople. On a dit que lart byzantin trou-va sa première manifestationh Sainte-Sophie de Constantinople: auparavant larchitecturechrétienne de lEmpire grec se serait confondue avec cettearchitecture latine dont la basilique h charpente est le type:En fait, une lente transition sest opérée entre la basiliflue ilcharpente et léglise à coupole; nous avons à suivre ce lentacheminement, analyser les essais (lui en ont signalé les prin-cipales étapes, et décrire les solutions n1ultiples auxf1uel1es
  • 8. PROCÉDÉS. 5r effortcommun aboutit dans les diverses contrées do lOrientchrétien. MÉTHODES DE CONSTRUCTION. 1. - LES PROCÉDÉS DE LOCCIDENT LATIX. Les constructions de lOccident étant presque exclusivementdes basiliques, leurs éléments se réduisent à dos murs, desarcades et des combles. Le nua. - Des murs de faible épaisseur nauraient pu sexé-cuter sans risque par le procédé simple des lits alternatifsde cailloux et de mortier: de telles concrétions ne doiventleur solidité quà leur masse. Aussi les Romains, même auxmeilieures époques, se gardaient détendre cette n1anière debàtir aux habitations privées où les murs sont minces: aPompei nous avons indiqué un procédé consistant dans lem-ploi de moellons grossièrement équarris, posés à bain de mor-tier; de temps à autre une assise de grandes briques faisantarase. Cest ce genre de construction qui devient, à lépoquedes basiliques, le mode usuel de lOccident. Larcade sur colonnes. - Larchitecture officielle du Haut-Empire nadmettait point larcade portant directement sur descolonnes: larcade romaine reposait par lintermédiaire duneimposte sur des pieds-droits carrés, la colonne nintervenait(torn. l, pag. 558) quà titre dapplique purement décorative.A peine existe-t-il à Pompei un~exemple isolé de larcade ayantsa retombée sur des colonnes; dans les Gaules, quelques co-lonnettes qui paraissent disposées pour recevoir des retombéeselarcades (voir tom. l, pag. 514 et 609); la première appli-cation de larcade sur colonnes à la construction monun1cntale,se trouve à Spalatro et date du temps de Dioclétien. A partir de lépoque des basiliques,- ce mode exceptionnelse généralise sans réserve:
  • 9. 6 ARCHITECTÙRES DU BAS-EMPIRE. Dans les basiliques (ng. 1), toujours larcade prend sa nais-sance en T, sur le tailloir du chapiteau. 1 Quand la colonnade présente laspect dune construction hplates-bandes B, larc existe à titre de décharge; et lentable-n10nt, interposé entre larc et la colonne, joue fort utilementle rÔle dun chaînage qui annule les effets de poussée. Lorsque lentablernent nexiste point, lusage est de luisubstituer un cours de poutres; et ce chaînage de bois restefranchement apparent. Quelquefois on interrompt lordonnance par des piles-culéestelles que P (ng. 2). 2t . 0 . . p . Dans tous les cas, pour combattre leffort de la poussée, ona soin de terminer la file darcades par un éperon de butée Cet, suivant lusage antique, toujours on place cet éperon. à .lintérieur. Les voûtes des absides et les charpentes des nefs. - La seule.partie voÙtée de la basilique est labside, et la voûte qui labriteconsiste invariablement en une demi-coupole, dont lexécution , . .n eXIge aucun cIntre. Nous avons décrit (ton1. l, pag. 531) les fermes de Saint-Paul-hors-les.:Murs comme résumant les traditions de la char-penterie romaine; la fig. 3 montre leur adaptation à la basilique :.
  • 10. PROCÉ DÉS. 7 Sur les nefs latérales, le comble se réduit à un appentis; surles grandes nefs cest un comble à deux versants dont les 3 ~ ,m " 25fermes présentent cette particularité capitale, de posséder UD.entrait fonctionnant comme tirant. Nous avons indiqué à Saint-Paul-hors-les-Murs labsence devoligeage et la présence le long du faîtage dune murette demaçonnerie légère servant de diaphragme dincendie. Dansdautres basiliques la précaution a été poussée plus loin en-core: à Sainte-Praxède, les fermes sont de trois en trois rem-placées par des arcs clont les tympans portent les pannes; etces arcs, qui se retrouveront plus tard à la basilique de Saint-Miniat, à la cathédrale de Modène, etc., avaient originairement(voir tom. l, pag. 532, fig. 17) leurs tympans surélevés au-dessus de la toiture. l , II. - LES PROCEDES BYZANTINE. Les murs byzantins se distinguent de ceux de larchitectureoccidentale par une particularité dont lorigine nous reporteaux plus anciens âges de larchitecture: la plupart présentent,comme les murs mycéniens (tom. l, pag. 228), des longrineset des traverses de bois incorporées dans leur masse. Les maçonneries sont à mortier de chaux et sable, ordinai-rement additionné de tuileaux pilés; et, tandis que dans lOcci-
  • 11. s ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.dent la voûte est pour ainsi dire abandonnée, la voûte continuede régner dans lEmpire grec. Ainsi que les Ron1ains, les Byzantins proscrivent en principelassociation des charpentes et des voûtes: une voûte est lacouverture de lédifice, elle porte directement les tuiles dela toiture. A peine peut-on citer quelques exemples de voûtes légères(Saint-Vital et le baptistère de Ravenne) qui soient protégéespar des combles: la voûte byzantine est une coque de maçon-nerie surmontée dun garni sur lequel les tuiles sont scellées. LES VOUTES BYZANTINES. Comme les voûtes perses, les voûtes byzantines sont autant~Iuepossible exécutées sans supports auxiliaires: les écolesde Syrie et dArménie, qui emploient presque exclusivementla pierre, devront limiter au cas des dômes les avantages dela construction sans cintres. ~1ais lécole byzantine proprement dite, qui fait un usagesystématique de la brique, bâtit ses voûtes directement danslespace; et les types nouveaux quelle ajoute au fonds antiquede la Perse sont: 10 La voûte à pénétration, la voûte darête, que les Persesnont jamais pratiquée; 20 La coupole à pendentifs en triangle sphérique, au lieu dela coupole sur trompes, la seule (tom. l, page 125) que lesPerses aient connue. a. - Berceaux sans cintrage. - La structure usuelle desberceaux by~antins est celle des berceaux perses (tom. l,page 123) : les diagrammes fige 4 rappelleront le procédé. La première tranche est obtenue en assurant à laide demortier ladhérence des briques contre le mur de tête;
  • 12. PROCÉDÉS. 9 Puis les tranches sont construites de proche en proche,pour ainsi dire par placages successifs. 4 A -_J B L 1 La coupe A,répond au cas où les tranches sont planes etverticales; B, au cas où lon augmente la stabilité des briques endonnant de linclinaison aux tranches; C, au cas où lon donne à ces tranches de la conicité. b. - Voûte darête par tranches. ~ Cest le procédé partranches tronconiques (détail C) que les Byzantins étendentà la voûte à pénétration: la fig. 5 montre comment il syapplique. 5 ~~ /1111 , s On exécute les tranches dans lordre A, B; A, B; et ainside suite en chevauchant. La perspective M représente la voûte interrompue après lapose de quelques tranches de rive, le détail S indique larran-gement des briques au sommet. Rien dans la méthode ne suppose que la voûte soit obtenuepar la pénétration de deux berceaux cylindriques: aussi, pour
  • 13. 1.0 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.la plus grande facilité des tracés dans lespace, et en mêmetemps pour obtenir le plus de flèche possible, les .Byzantinsont fréquemment adopté (fig. 6) le mode de génération repré-senté en N : T 6 N Les données sont: le plan (carré ou barlong), et la flèche.La condition quon simpose, afin de pouvoir décrire toutes lescourbes dans lespace à laide de simples fils directeurs (sim-bleaux), est que toutes les lignes de joints soient circulaires:Larc .diagonal est un arc de cercle dont le rayon R est réglédaprès la hauteur disponible; et les quatre panneaux P sontdes surfaces de révolution. De ce mode de génération résulte une voûte surhaussée dontle profil est une courbe FF à flexion dont lallure sembleétrange à première vue: toutes les voûtes darête de Sainte-Sophie présentent et ce surhaussement du sommet et ce pointdinflexion F du profil. c. - Voûtes sur pendentifs constluites par tranches. ~Imaginons que la flèche de la voûte N aille progressivementcroissant: au moment où cette flèche devient égale à la demi-diagonale du rectangle de base, linflexion F du profil sefface;et les quatre panneaux, tout à lheure séparés par des arêtessaillantes, se raccordent en une surface continue qui est rigqu-reusement sphérique: la calotte sur pendentifs en trianglesphérique (T) se présente comme un cas particulier de lavoûte darête byzantine. On voit ainsi sintroduire, comme une variété de la voûtedarête que les Perses nont jamais pratiquée, cet autre type
  • 14. PROCÉDÉS. ifétranger à lart perse, la calotte sur pendentifs sphériques: lavoûte sur pendentifs en triangle sphérique est essentiellementcaractéristique de lart byzantin; les Perses, depuis lantiquitéjusquà. nos jours, nont jamais admis que le berceau et la cou-pole sur pendentifs en trompe. Un des plus anciens exen1ples datés de la calotte sur pen-dentifs sphériques se trouve à larc de Salonique, monumentque les études de M. Kinch reportent . sans hésitation à lépoquede Constantin. Lexemple qui définit le mieux les cas dapplication de cetype de voûte et ceux de la voûte à pénétration dont il dérive,est celui des collatéraux de Sainte-Sophie; là on saisit nette-ment lesprit qui guida les Byzantins dans leur choix. Les col-latéraux (fig. 7) sont à double étage. A létage inférieur A il 7 A Bfallait, sous peine dexagérer la hauteur totale de lédifice,tenir les voûtes aussi déprimées que possible: les voûtes delétage inférieur sont darête; à létage supérieur B, où rien nelimite la flèche, les voûtes sont des calottes sur pendentifs. d. - VoÛtes sphériques construites par assises. - Concur-remn1ent avec cette structure par tranches,. les Byzantins 8appliquent à la calotte sphérique sur pendentifs le procédépar assises annulaires (fig. 8) : dans ce cas, chaque assise alaspect dun tronc de cône renyersé dont laxe est vertical.
  • 15. 12 ARCHITECTURES DU BAS-E IrIPIRE. Il est clair que lexécution sans cintres de ces assises tron-coniques sera dautant plus facile, 10 Que linclinaison des génératrices sur lhorizon seramoindre; 2° Que la surface sphérique à laquelle elles sadaptent pré-sentera une concavité plus accentuée, cest-à-dire sera de pluscourt rayon. Pour réduire dans les lits tronconiques linclinaison desgénératrices, les Byzantins saffranchissent résolument de lasujétion de diriger les génératrices vers le centre de courbure: Au lieu de donner à ces lits des directions rayonnantes R, ilsleur donneront par exemple une inclinaison telle que L (fig. 9).D ~ ~, A B Pour augmenter la courbure de la calotte terminale, ils re-noncent à la raccorder avec les pendentifs, et lui donnent(fig. 9 A) une forme hémisphérique. Au pourtour de cette calotte en demi-sphère A, on peut sansdifficulté ouvrir des baies déclairage qui seraient incompa-tibles et avec la forme et avec la structure représentée fig. 5. On peut même séparer la calotte des pendentifs par un tam-bour cylindrique ajouré; et cest là en effet une disposition quipr6yaut à partir du 90 siècle.
  • 16. PROCÉDÉS. 13 Les monuments byzantins que nous aurons à décrire offri- ront des exemples de toutes ces variétés de la coupole. e. - Coupole sur pendentifs en tlOJnpe.- Enfin, vers le 11 siècle, les Byzantins ont quelquefois emprunté aux Persans C le Rystème des pendentifs en forme de trompe, qui occupent moins de hauteur. Les trompes dis}?osées aux quatre angles du dôme nont dailleurs de commun avec les trompes persanes que le principe. Quon se figure une petite voûte en calotte sur pendentifs (une voûte du type T, fig. 6) coupée diagonalement : telle est la trompe byzantine. Le croquis B (fig. g) en précise laspect. f. - Cas particuliers. - A côté des procédés courants quiyiennent dêtre décrits, la fig. 10 montre quelques artificeslocaux appliqués à la construction des voûtes sphériques: A est une voûte composée dune succession de trompillonsétagés; ainsi fut bâti dès le 46siècle le dôme de la salle supé-rieure du tombeau de Dioclétien à Spalatro. fO ~ -; ~ Dans lexemple B (Athos), les lits de briques f;ont rem1>lacés par des assises de tuiles creuses qui saccrochent pour ainsi dire les unes aux autres; chaque groupe de deux assises forme une chaîne inextensible, et la coupole est sans poussée. Dans lexemple C (baptistère de Ravenne, Saint-Vital), la coupole est exécutée à laide de drains en poterie emboîtésles uns à la suite des autres et décrivant de la naissance ausommet des spirales continues: une telle voûte joint à lavan-tage de la légèreté celui de constituer comme la précédente
  • 17. 14 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.une construction qui se chaîne et nexerce point de poussées.Des tubes de même forme, mais employés comme -voussoirs,étaient en usage (tom. l, pag. 527) dans larchitecture romainedAfrique. Ces diverses voûtes sont essentiellement combinées pOUlnavoir pas besoin de cintres. Les rares exemples de voûtesfaites sur cintre appartiennent à des régions de lEmpire grecoù le bois était abondant. La crypte du tombeau de Dioclétienà Spalatro a gardé les empreintes du cintre sur lequel elle futmoulée. Al Athos on rencontre quelques cas de berceaux bâtissur des cintres, et de voûtes darête en briques à lits rayon-nants : lagencement des briques le long de la ligne de péné-tration est gauche et compliqué, autant quil eîlt été naturel et simple avec le système par tranches. Quant aux voûtes concrètes quavaient adoptées les Romains,.elles tombent définitivement en désuétude. Entre les voûtes du Haut-Empire et celles de lEmpire byzan-tin il y a différence de principe: les unes sont essentiellementmoulées, les autres essentiellement construites. Les unes sontdes monolithes artificiels en blocage; les autres, des coques demaçonnerie régulière, avec ou sans garni; les unes exigent unnoyau de cintrage, les autres nont de cintres que dans descirconstances tout à fait exceptionnelles, et répondent ~lcetteincessante préoccupation des Orientaux, de bàtir dans les-pace sans appuis auxiliaires. Par là les méthodes byzantinestranchent sur les méthodes romaines pour se rapprocher destraditions asiatiques de la Perse. LA BUTÉE DES YOUTES ET LES PLANS j~QUIL1BRÉS. Les organes de butée plésentent dans larchitecture hyzan- tine un caractère (lue nous avons déjh remarqué dans les ar- chitectures perse et romaine (tom. l, pag. 12û et 528) : celui dorganes intériems. Lusage des contreforts extérieurs ne se généralisera quà lépoque gothique.
  • 18. PROCÉDÉS. i:1 Ainsi que les constructeurs romains, les Byzantins font au-tant que possible servir à lépaulement des voûtes les cloisonsmêmes que la distribution de lédifice rend nécessaires: Éviterles masses ayant exclusivement un rôle de butée, reporter cesmasses à lintérieur, telles sont les deux idées dominantes. Dune manière générale, la voûte byzantine affecte une formeen calotte qui entraîne des efforts de poussée sur tout le péri-mètre: il faut donc que la voûte soit enserrée, bridée sur sesquatre faces; et lépaulement quelle exige, les Byzantins lob-tiennent par lune ou lautre des combinaisons indiquées fig.11 : A 11 ~ Ils emploient soit des niches de butée (plan N ),soit desarceaux de tète (plan M), ou bien (plan R) ils associent lesdeux systèmes. Dans le cas des arceaux de tête, ils ont grandsojn de reporter le mur de clôture en A de façon à engloberles culées C dans lenceinte et mettre à profit pour lagrandis-sement de la salle tout lespace S que les culées laissent entre H ~ .~~ T -~ T tt1delles. Souvent ils élégissent le massif dangle C ainsi quil estindiqué fig. 12. La solution :M e t réalisée à Sainte-Sophie de Salonique;
  • 19. 16 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.Sainte-Sophie de Constantinople sera une gigantesque appli- 2ation de la combinaison R. - Il est dailleurs peu dédifices où des tirants de cha,inage telsgueT (fig. 12) ne viennent ajouter leur tension à la butée desculées pour maintenir leffort des voûtes. Ce chaînage est enmême temps une garantie contre les. commotions du sol sifréquentes dans les contrées de lOrient. A Sainte-Sophie deConstantinople, ces tirants furent maintenus seulement pen-dant la période où les maçonneries prenaient charge, on lesrecépa ensuite: lexpérience paraît avoir prouvé le danger decette suppression, et presque tous les édifices de date récenteont conservé les tirants de leur chaînage. III. - LES PROCÉDÉS PROPRES AUX ÉCOLES SYRIENNE, ARMÉNIENNE ET SLAVE. Ce. qui caractérise les écoles de Syrie et dArménie, cestlemploi presque exclusif de la pierre: la différence des maté-riaux devait entraîner dans les nléthodes de notables diffé-rences. Sur leur sol rocheux, les Syriens ont bâti dès une hauteantiquité à laide de moellons dappareil posés sur lits demortier (tom. l, pag. 607) : ce mode de construction, quilsavaient peut-être eu le mérite dinaugurer, fut le seul usitédans leur architecture chrétienne. En Arménie, où la pierre àchaux est rare, la construction à joints vifs se perpétua enplein moyen âge. En ce qui concerne les voûtes, les procédés byzantins sup-posent expressément des matériaux de brique: seuIl emploi.de la brique permettait délever des berceaux ou des voûtesdarête dans le vide en maçonnant par tranches. La brique,dont il fallait se contenter à Constantinople où la pierre fait dé-faut, était tellement devenue la matière de la construction by-
  • 20. PROCÉDÉS. 17zantine que,. pour appliquer leurs méthodes, il est arrivé auxByzantins. de recourir à la brique dans les contrées mêmeles plus riches en pierre, telles que Myra en Lycie. Mais cetemploi de la brique en dépit des ressources locales ne pou-vait faire règle: en Syrie, en Annénie la pierre simposait.Et comme des voussoirs en grosses pierres ne peuvent êtremaintenus en place, même temporairement, par des artificesdadhérence, le cintrage des voûtes était presque inévitable;du moins sattachait-on à en atténuer les frais: a. - LES -rOUTESSYRIENNES. Dallages sur arcades. - Nous avons vu, à, propos des con-structions romaines de lOrient, avec quelle habileté les archi-tectes de Syrie sont parvenus à réduire le cintrage dun édificeentier à une seule ferme, un seul arc de charpente sur lequelon bàtit successivement une série darceaux parallèles; cesarceaux (fig. 13 B) portent des tympans, et les tympans undallage: Ce système sest continué pendant tout le Bas-Empire,avec cette seule modification, quune terrasse sur solivagc aremplacé les dalles antiques; ainsi construit-on de nos joursInème à Damas, à Jérusalem, à Beyrout. Voûtains sur arcades. - A la terrasse ou bien au dal1agr.suhstituez une série de voÙtains, vous obtenez (fig.1~3 H) U11 13 J " -- i 1 1 1 ltype de voùte par travées dont 11.Dieulafoy a signal61cxisteneedans la Perse sassanide (tom. l J pag. 127), et dont les nppli- Il
  • 21. 18 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.cations syriennes sont fréquentes dès les premiers temp~ denotre ère. Lexemple fig.13 H provient de Jérusalem (substruc-tions du Haram). Ce mode permettait de voûter de longues galeries et de prendredes jours sans aborder les difficultés de la voûte darête. La voûte en arc de cloitre et la coupolesur plan carJé.-Les combinaisons de voÙtains, excellentes pour de longuesgaleries, sappliquaient mal aux plans carrés: ici la solutionfranche eût été la voûte sur pendentifs; et les constructeurs deSyrie hésitèrent longtemps à ladopter. Nous trouvons dansun monument syrien du 4° siècle, le prétoire de Mousmyeh(fig. ,14 B) lessai dune voûte en arc de cloître à voussoirsde 111oellon;le pendentif disparaissait, mais il fallait un eintre :grave eomplieation dans un pays où le bois fait défaut. 14 V /::~ B Aussi la solution de Mousmyeh ne se généralisa point: onreeourut à la eoupole qui avait le mérite de nexiger aueUllsupport auxiliaire; et, pour en faciliter lexécution dans les-paee, on exagéra même le profil surhaussé des PeI~saIls(Ezra, etc. . Restait à raeeorder la eoupole avee le eontour reetangulaire(les n1urs : Dordinaire les eonstructeurs syriens du 4° et du 5° sièelcsc eontentent détablir il ehaque angle une dalle plafonnante,un gousset en pan eoupé sur lc(luel ils élèvent la coupole: léJaccord nest pas il proprement parlcr un pendentif ruais Ullsimple encorbellement (Hg. J.} A; Latakieh).
  • 22. PROCÉ DÉS. t9 Limitation en pierre du pendentif avait été tentée en Syriedès lépoque romaine ( exemple à Djerach, tom. l, p. 519); lesarchitectes de lépoque justinienne reprennent lidée: à Jéru-salem les porches de la plate-forme du Haram sont voûtésexactement daprès le type des coupoles de Djerach. Voûtes darête en rnoellons. - Obligés par la nature desmatériaux de renoncer aux avantages de la voÙte sans cintre,les Syriens de lépoque byzantine paraissent avoir donné auxprocédés de la voûte darête en moellons un développementque les ruines permettent difficilement de suivre, mais dontles traditions témoignent. Nous avons décrit (tom. l, pag. 518) la voûte darête depierre appareillée « en besace»; cest cette voûte darête quirègne au moyen àge dans toute larchitecture de Syrie: on labâtit en moellons sur mortier au lieu de lexécuter en pierresde taille et à joints vifs. Lépoque où ce type de voûte est définitivement adopté pa-raît comprise entre le 7° et le 11° siècle. Les constructions deJustinien à. Jérusalem ne conservent pas ,de traces de voûtesdarête; au moment où les Croisés sétablissent en Palestineils trouvent la voûte darête absolument entrée dans lusagecourant: apparemment elle sétait constituée pendant la périodede prospérité matérielle et de tolérance religieuse marquée parla domination des khalifes de Damas et de Bagdad. Quoi quil en soit, au 12° siècle la voûte darête était si bienenracinée dans les habitudes syriennes, que les Croisés narri-vèrent jamais à lui substituer la voûte à nervures. En Occident,dès 112O, les Français commençaient à bâtir sur nervures; enPalestine, tant que se ma,intint leur domination, cest-à-direjusquà lan 1180, le progrès accompli fut comme non avenu.la voûte darête régna presque sans partage. Évidemment un tel désaccord ne peut sexpliquer que pmune concession faite à des pratiques locales. Et sil fallait une preuve matérielle de lexistence du systèmeltVant les Croisades, nous citerions la chapelle du Calvaire,
  • 23. ~o ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. que les CrOIsés englobèrent dans la grande église du Saint- Sépulcre, et qui remonte au moins aux restaurations exécutées vers lan 1010 après les ravages du khalife Hakem. Logive en Syrie. - Logive, que lÉcole byzantine propre- ment dite na jamais admise, remonte en Syrie à lantiquité romaine (tom. l, pag. 514); elle entre dans la pratique cou- rante vers le 110siècle: A Jérusalem les parties de la rotonde de la Sakhra qui datent du 110siècle présentent exclusivement des arcades plein cintre; Au 120 siècle, lorsque les Croisés acceptent la voûte darête syrienne, logive simpose à eux avec une telle autorité, quils ladoptent sans réserve tandis que leurs contemporains de lOccident en sont encore au plein cintre. Logive syrienne est à deux centres: deux coups de compas dégale ouverture suffisent pour la décrire. Au point de vue statique, elle offre lavantage de pousser moins que la voÙte en demi-cercle; accessoirement, elle charge 1110ins cintres et peut sexécuter avec une moindre dépense les douvrages provisoires. Les régions où logive se développe tout dabord sont des régions soumises aux influences de la Perse, mais où la brique rst remplac(~e par la pierre. Les Perses de lantiquité donnaient à leurs voûtes un grand surhaussement, et une courbure ovale, facile à réaliser il.laide de la brique. Construisant en pierre, les Syriens essaient de mettre à pro- fit les avantages de stabilité de la voÙte surhaussée. Mais, pour reproduire en pierre la courbe des voÙtes perses, il eût fallu changer le tracé des voussoirs chaque fois que le rayon varie. Que rOl~ remplace lovale par une ogive de mème mon-. t6e, la complication cesse: le rayon de courbure étant unifolIl1e, tous les voussoirs peuvent se taillcr SUlun panneau unique. Ainsi logive syrienlle se prèsente comme uu l~lluiYalent de la voÙte surhaussée des Perses: larc perse accollHllOdé aux convenances de la construction Cll111atériaux de pierre. Par là
  • 24. PROCÉDÉS. 21sexpliquent et son origine asiatique, et son usage dans lescontrées où la pierre est la matière mise en œuvre. b. - LES VOUTESARMÉ.NIENNES. L~ogive en Arménie. - Si logive à deux centres est la formenaturelle de larc surhaussé qui sexécute en pierre, nulle partelle ne convenait mieux quen Arménie: elle y fut admise, ettrès probablement à la date même où elle se généralisait enSyrie. On la voit apparaitre vers lépoque de la cathédrale dAni(1010 environ) ; jusque-là, rare arménien était le plein cintreou le fer à cheval (Dighour, Usunlar, Kouthais, etc.). Le dôme conique. - La coupole arménienne présente(fig. 15) laspect dun cone reposant sur des pendentifs parlintermédiaire dun tambour cylindrique. 15 Le type usuel des pendentifs est le type byzantin, en trianglesphérique: cela dénote des attaches avec Constantinople, quifont de larchitecture arménienne un art mixte, demi-persanet demi-byzantin. Quant à la forme si caractéristique du dôme, elle se justifie,comme logive, par les convenances de la construction en
  • 25. 22 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.pierre. La coupole sphérique, si facile à bâtir en brique, _ne~appareille en pierre quau prix dune taine compliquée et elleexige dans sa partie supérieure une plate-forme faisant cintre.Lavantage du tracé conique est dabord de simplifier lappa-reil; ensuite et surtout, de permettre la pose sans cintrage:pourvu que linclinaison du cône soit suffisamment raide, lefrottement suffit pour maintenir les pierres en surplomb, et ledôme se monte sans plus de difficulté quun mur droit. Cet ingénieux profil sera celui de tous les dômes bâtis duge au iie siècle en Arménie. De lArménie ce type, franchissantle Caucase, passera aux Turcs Seldjoucides; par une de ceserreurs qui sont le signe des arts de seconde main, les Seld-joucides le traduiront en brique. Ils le porteront dIconiumà Nicée, partout où sétendra leur domination. La voûte à nervures. - Mentionnons aussi la voûte parpanneaux bâtis sur un réseau de nervures. Lexemple fig. 16, tGemprunté à la chapelle arménienne dAkhpat, est attribué au1üJ sièc1e : 1~voûte est conçue exactement c1apr82)l? mÊme
  • 26. ~) PROCÉDÉS. " -~)esprit que celle du mirhab de Cordoue. Éviden1ment lune etlautre se rattachent à quelque n10clèlecomn1un. C. - LES VOUTESDE LÉCOLE SLAVE. Cette sorte de voÙte par panneaux sur nervures se rctrouyc,Inais à une date récente, dans quelques édifices des régionsdanubiennes, en particulier à Dragomira. Larc en accolade est fréquent dans larchitecture slave. Enfin une forme usuelle de dôme sur pendentifs est eellcquindique la fig. 17 : ~ :;: , E H Ir" , ,1 ~- (" A"- t )~f /c Dans le carré de base ABC., on inserit un earré DE.., et rOllcouvre les quatre écoinçons M à laide de voùtains à 45° quisont de véritables pendentifs. A léeole slave appartient sp(~-cialement le pendentif en berceau: type le plus simple de tous,quon sétonne de voir confiné dans une sorte cle-colonie delart byzantin, et dont lapplication courante ne remonte guèreau delà du 148 siècle. Quelquefois enfin le tambour du dôme est construit àjour aumoyen darceaux qui sétagent les uns au-dessus des autres;188clefs dune rangée darceaux reçoivent les naissances des
  • 27. 21 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.arceaux de la rangée suivante: plusieurs églises de Moscouprésentent lexemple de cette élégante structure. FORMES. Si nous envisageons les monuments du Bas-Empire aupoint de vue des formes, nous retrouverons une distinctionnette entre les écoles de lOrient et celles des provinces occi-dentales; et parmi les écoles de lOrient, nous saisirons desdifférences profondes entre celles qui, bâtissant en brique, ontbesoin de recourir à des ornements de rapport et celles qui,construisant en pierre de taille, peuvent sculpter les parements: La décoration byzantine proprement dite sera un revêtement,celle de Syrie et dArménie une décoration purement architec-turale. Quant à lOccident, il naura de procédés décoratifs que ceuxquil tient du Haut-Empire ou ceux quil emprunte à lOrientbyzantin. LARCADE. L~arcadc sur colonnes est lélément dominant de la décorationaux temps du Bas-Empire; elle varie notablement de tracé sui-vant les régions: Larcade latine est le plein cintre, rarement surhaussé; lar-Gade byzantine, le plein cintre, presque toujours surhaussé;larc outrepassé en fer à cheval existe da~s de rares édificessyriens tels que léglise de Dana ou dans les arcatures orne-mentales de lArménie; logive, avons-nous dit, apparaît versle 111) siècle en Arménie et est de règle en Syrie à lépoque des .Croisades. La section de larcade est rectangulaire dans toutes les ar-chitectures qui bâtissent en brique. Les figures qui vont suivre (pag. 26 à 2D) offrent des exem-ples darcades empruntés aux diverses écoles:
  • 28. FORMES. ~~) Lécole byzantine redessine habituellement lextrados aumoyen dun ruban de brique. Dans le placage de marbre des arcades de Sainte-Sophie, ceruban est remplacé par une archivolte profilée, qui se briseet devient horizontale à la hauteur des reins. Larchitecture syrienne, qui emploie la pierre, adopte parsystème cette archivolte moulurée, mais elle conserve auxvoussoirs la section rectangulaire: seule, lécole arménienneprofile ses arcades et admet pour les voussoirs une sectionen boudin. LA COLONliE. École latine. - La colonne antique était le support dunelégère plate-bande; à dater du Bas-Empire, la colonne devient(tom. l, pag. 514) le support dune arcade. Les constructeurs de lécole occidentale se contentent presquetoujours de remployer des colonnes arrachées aux monumentspaïens et, sans prendre le soin de ménager aucune transitionentre le chapiteau et larcade, ils font directement retomberlarcade sur le chapiteau même (Saint-Paul-hors-les-Murs,Sainte- Agnès, etc.). École byzantine. - :Maisces colonnes, à chapiteaux peuévasés, convenaient mal à leur nouveau rôle: Pour servir de support à une arcade, le chapiteau classiqueprésente dordinaire une assiette insuffisante. De plus, il a saface supérieure exactement carrée et, lorsque larcade doitêtre surmontée (lun gros mur, il est nécessaire de donner hsa retombée une section barlongue. . On sauve cette double difficulté en interposant entre la cor-beille du chapiteau et la naissance de lare un « tailloir» T, dontles croquis ci-contre expliquent à la fois les formes usuelleset le rôle. Le tailloir est une conséquence de la retombée delare, il napparaît quavec larc sur colonnes, et cest seule-ment dans larchitecture de lEmpire grec quil trouve un ern-ploi systématique~
  • 29. 2, ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. Lécole byzantine fait un pas de plus: Sans abandonner lesformes dérivées des ordres (fig.l C), elle inaugure (fig. 1 A, Bet fige 2) un chapiteau mieux disposé pour porter charge:i ;j A :1 F Le chapiteau, avant tout robuste, a dans la plupart des caslaspect (fig. 2 B) dune demi-sphère coupée par quatre plansverticaux. Sa face supérieure est exactement carrée et ce sontles chanfreins du tailloir qui rachètent la saillie des tympans.,." 1 1 1 A B ;1 Afin de répartir les charges sur une large surface, ordinaire-n1ent on ménage sous la colonne un piédestal en forme de dé. Autant que possible, le fût est monolithe. Pour assurer la
  • 30. FORMES. 27transmission régulière des pressions, quelquefois on le ter-mine à chaque extrémité par un lit de plomb; et, comme leplomb pourrait sétaler sous le poids, des frettes F le cernentet le retiennent. Les exemples de chapiteaux fige2 proviennent,le premier de Saint-Vital, le second de Sainte-Sophie. La colonne engagée qui, dans nos architectures romanes,sera le support des retombées darcs-doubleaux, paraît étran-gère à lécole de Constantinople. Écoles de Syrie et dArménie. - Tandis que les architectesde Constantinople sefforcent deffacer les naissances de larc-doubleau, par une tendance inverse et qui se retrouvera dansnotre art roman, les architectes de Syrie et dArménie dégagentles arcs dès les naissances et, lorsquun pilier doit recevoirune gerbe darceaux, ils le fractionnent en autant de membresportants quil y a de retombées à soutenir. La colonne engagée existe en Arménie; et nous donnons(fig. 3 R), daprès un monument syrien, lexemple dun pilierqui se décompose pour ainsi dire en un faisceau de pilastres. 3 A R Dans larchitecture syrienne, le décor usuel du chapiteauest une imitation du corinthien antique (porte Dorée à Jéru-salem, etc.). L.Armé:Qieadmet (fig. 3 A) un chapite8.u bulbeux,
  • 31. 28 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.dont le type sest perpétué en sexagérant dans les architec-tures slaves. BAIES, CORNICHES ET PANS DE MURS. Les fenêtres se présentent ordinairement (fig. 4 D) sous las-pect darcatures jumelles que sépare une colonnette à tailloir.La plupart du temps elles restent vides; quelquefois, à Sainte-Sophie par exemple, elles sont occupées par des dalles demarbre découpées à jour qui font treillis et rompent les cou-rants. Quelquefois des carreaux de pierre translucide sont .incrustés dans les découpures. 4 ::,: Les ornements des façades byzantines se réduisent (fig. 4 A)- à ce quon peut obtenir par des comùinaisons de briques: cor- niches à dentelures de briques posées en biais; bandeaux lisses ou dentelés serpentant au-dessus des archivoltes des baies. Souvent, à partir du 110 siècle, on fait alterner des lits de pierre blanche avec des frises de brique rouge; au besoin (dé- tail A) on recourt à des incrustations de tuiles dans une gangue de mortier il nuance rosée. A Constantinople, la façade de lédifice dit Tekfur-Seraï présente, avec des incrustations de terre cuite, un appoint démail vert. En général, le luxe est réservé pour les intérieurs: seules les écoles de Syrie dérogent à cet usage asiatique. Nous donnons (fig. 5) un exemple de décoration syrienne: un ruban de mou- lures qni raccorde lun avec lautre les chambranles des baie3~
  • 32. FORMES. 29 En Arménie ces rubans profilés sassocient à des parementstapissés de sculptures et coupés par des zones darcatures. f) JAL rrrl ~ ..J rr LA MODÉNATURE ET LA SCULPTURE DÉCORATIVE. ModénatuJe. - Les profils réunis fig. 6 expriment les ca-ractères généraux de la modénature et les nuances locales: s C 6 ~J Hl ~~ f..-;.-;"- , . ;lif;hâ~. .{/,~.." <.~ .:,.; , .{ , ~, ::-: )" //. "/ , ";// ~ ~/,L,/;,~ ~ t . 1 A ~ La modénature latine est nlo11e et ronde (R); la 11lodénaturebyzantine (5, C), anguleuse, orclinairelnent en simple chan-frein; la modénature syriaque (J, H), refouillée avec des alter-natives sava1l1111entménagées de mouvement et de repos; la1110dénature arnléniennc (A), tlune élégante séchercsse. Lexen1ple S, pré-byzantin, provient de Spab.tro; C, de Sainte-
  • 33. 30 An CHI TEe TU RES - DU BA S E AIP J RE.Sophie; H, de la Syrie transj ordanienne; J, de Jérusalem(porte Dorée). Sculpture décorative. - La sculpture latine du Bas-Empirenest autre que celle de la décadence romaine: lourde, redes-sinée au trépan, exagérant tous les défauts des modèles an-tiques. . La sculpture byzantine (fig. 7 M) nest en réalité quundessin champ-levé. Elle a son originalité, mais jamais elle ne 7 M .sinspire directement de la nature: ses dessins de feuillage,dun contour tout à fait conventionnel, sétalent en rinceauxsans modelé, sans reliefs, et se détachent sur leur fond commedes broderies à jour. La scuJpture arm(~nienne (fig. 8) emprunte presque tous ses 8 """~ ~~ (~y1110tifs ux lacis de passementerie: des galons nattés encadrent a]e3 pannermx ou font bordure le long des frises, au pourtourdes haies.
  • 34. DÉCORATIONS COLORÉES. 3l Presque toujours cette décoration est hors déchelle, ce quilui donne un caractère étrange, mais en même temps une puis-sance deffet singulière. Le style des ornements arméniens se reconnaît dans toutelarchitecture de la Russie du Sud et du Bas-Danube; il estsurtout accusé en Serbie. Enfin on observera comn1e un caractère commun à toutesles écoles du Bas-Empire labsence absolue dornements em-pruntés à la représentation dêtres vivants. Les derniers monu-ments de la sculpture figurée ,sont les sarcophages chrétiensde lOccident; en Orient la statuaire expire à lapparition duchristian~sme, limitation de la figure humaine nest bientôtplus admise quen peinture: cest dans lart une manifestationdes tendances iconoclastes de lAsie chrétienne. LA DÉCORATION COLORÉE. École byzantine. - Le luxe intérieur des habitations asia-tiques est celui des tentures: les Orientaux tendent leurs de-n1eures de tapis, les Byzantins revêtent leurs églises de mar-queteries de marbre, denduits peints ou de mosaïques. Partoutoù le n1arbre peut se fixer, sur les aires, sur les panneaux desn1urs, cest le marbre quils adoptent; dans toutes les partiesqui plafonnent, la mosaïque; à défaut de marbres ou de mo-saïques, des peintures exécutées à fresque. !} Nous donnons (fig. 7) en N un exemple des marqueteries de111a1breui tapissent les parois de Sainte-Sophie; en R, le dé- qtail des enr-ad1ements qui fixent les panneaux. Souvent, dansles dallages, la marqueterie sassocie à la mosaïque de marbre,ainsi quil est indiqué fig. g.
  • 35. 32 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. Les placages en dalles de marbre ainsi que les aires de mo-saïque étaient en usage dès le Haut-Empire; le dessin seuldiffère: plus libre et plus contourné à lépoque byzantine. La mosaïque de verre, également connue des Romains, nedevient dun emploi courant quau 4° siècle: le fond, toujoursà plat, est dazur ou dor. Aucune autre matière que le marbrenaurait une coloration assez intense, assez profonde poursharmoniser avec ces tons démaux et de verre doré: aussila mosaïque sassocie autant que possible au lambrissage demarbre; cest le cas de Sainte-Sophie, de Saint.:. Vital, de Saint-Marc; ce sera, dans une architecture soumise. aux influencesbyzantines, le cas de léglise de Monreale et de la~chapelleroyale de Palerme. En fait de décorations diaphanes, nous ne connaissons queles carreaux de pierre transparente de quelques rares fenêtres. Que la décoration peinte soit obtenue à laide de mosaïquesou denduits colorés, jamais elle ne recourt aux artifices dutrompe-lœil: même pour les scènes figurées, le rendu se réduittoujours à de simples silhouettes vigoureusement teintées, ac-ceutuées duu trait ferme, un peu raide, qui se lit à distance. La mosaïque nadmet point la lumière frisante qui la faitrniroiter: de Hl sa convenance dans la concavité des dômes. Indépendanul1ent de la facilité avec laquelle elle en épousela courbure, cest là seulement quelle peut prendre toute savaleur. Lécrasante vigueur de cette coloration elémaux explique lescaractères que nous avons reconnus à la sculpture byzantine;le contraste tuerait les nuances dune 1110clénature la modé- :nature sefface. Des chapiteaux à reliefs modelés donneraient en présencedes I110saÏ<lues des I11arbres un effet effacé, indécis: aussi eth~sfeuillages de la corbeille nont Ilue des arêtes vives qui ac- crochent la hUilièrc, scnlevant sur leur fond refouillé eOlllffiO
  • 36. PROPORTIO;-.(S. 33sur champ hoir. Seule une telle sculpture pouvait résister à cevoisinage de lémail. Ecoles syriaque et arménienne. - Les écoles qui bâtissenten pierre ont un mode de décoration qui leur est propre: Chez elles la sculpture reprend son importance et la cou-leur nest plus quun accessoire; la marqueterie de marbre, lamosaïque de verre, si elles ne sont pas absolument proscrites,sont réduites à un rôle tout à fait secondaire: A Jérusalem, les dômes des porches du Haram ne sont pointrevêtus de mosaïque, la pierre est laissée apparente et unetapisserie de sculpture remplace seule la tapisserie démail. En Arménie, cest aussi le parement de la pierre qui rest(~visible, et la couleur se réduit à un jeu de tons oùtenu par lal- ternance dassises blanches et grisâtres (Ani, etc.). , , , , LES PROPORTIONS ET L ASPECT GENERAL DES EDIFICES. Les architectes du Bas-Empire paraissent avoir puisé leursInéthodes de proportions aux sources asiatiques doù découlentleurs lnéthodes de construction, leurs formes décoratives; letl~acé de leurs édifices accuse la préoccupation et des rapportssin1ples et des combinaisons graphiques: Lemploi de la brique dans lécole de Constantinople entraîneune loi de rapports plus ou moins simples où la dimension dela brique simpose comme module. Quant aux combinaisons qui subordonnent la compositionà une loi géométrique, nous en donnons, page suivante, unexemple provenant de léglise des Saints-Apôtres dAthènes: Lédifice présentait originairen1ent quatre principales ab-sides, dont une a été détruite, et quatre autres de moindreirnportancè qui se sont conservées intactes. Il comporte quatre axes de symétrie: deux principaux fer-mant croix; deux secondaires orientés ~l 4,5°. II
  • 37. 34 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. Toutes les absides ont leurs centres (fig. 10) sur une circcn-férence de rayon OA. Larc-doubleau qui porte la coupole se projette au milieu Mdu rayon OA. . Partagez en quatre parties égales le demi-cercle générateUI,vous obtenez les ouvertures des grandes absides. Tracez la ligne AB: cette ligne prolongée donnera la direc-tion des pieds-droits BD; etc. 10 A H a Des combinaisons de ce genre se retrouveraient dans la plu-part des édifices. Ainsi reliés par un tracé méthodique, les accessoires nen-gendrent ni complication deffet ni confusion: on sent quuneloi règne dans ces groupements darcades, dabsidioles, decoupo]es. La décoration, dont les dessins et les couleurs serésolvent en une tonalité moyenne bien uniformément répartie,achève de marquer les grandes masses: si bien que ces édificesà détails si multiples laissent comme impression celle duneunité puissante qui rachète la petitesse quelquefois surpre-nante des dimensions. Ce nest pas seulement le sentiment de lunité quon éprouveen face dun intérieur byzantin, mais aussi une sorte de tran-quillité et de calme qui nest autre que la pleine satisfaction delesprit devant une œuvre où toutes les combinaisons déqui-libre sont nettement apparentes. Les édifices de notre archi-tecture gothIque éveillent une sorte dinquiétude et de malaise
  • 38. ÉGLISES. ~~)qui tient surtout à ce que les organes de butée sont rejetés ~udehors: à première vue on ne se rend pas compte de léquilibr<~:tout autre est leffet des constructions byzantines. Ici (p~g. 1:-))tous les organes de butée sont intérieurs. Lœil embrasse Üumême coup la voûte qui couvre lédifice et les contreforts quila maintiennent, il ne voit rien quil ne sexplique: cest laclarté même de lart grec. MONUMENT Edifices païens appropriés au culte chrétien. - Linfluent (du christianisme sur larchitecture romaine ne se manifestepoint par une réaction systématique et violente contre lostypes de larchitecture païenne: presque tous les temples (luinous sont parvenus ont été sauvés par leur affectation au nou-veau culte. Non seulement les chrétiens se les approprièren t,mais ils sefforcèrent de sanctifier par une sorte de consécra-tion chrétienne les légendes du paganisme dont ces templesrappelaient le souvenir. Cest ainsi que les temples de la viergepaïenne, les temples de Minerve, devinrent des églises de laVierge: les temples du Soleil (Hélios) furent mis sous linvo-cation de saint Hélie; en plein 7e siècle, le temple de tous lesDieux, le Panthéon païen devint le temple de tous les Saints. En général ces sanctuaires, faits pour abriter lidole et nonla foule, étaient trop resserrés pour les fêtes chrétiennes: ilfallait des salles dassemblée, des « églises». Les édifices civibdu paganisme étaient mieux disposés comme lieux de réunion:sans doute un grand nombre furent convertis en églises; pOUlne citer quun exemple authentique, en Syrie la basilique deChegga conserve la trace de son ancienne destination, desemblèmes martelés témoignent dune origine païenne. ProgramJne général de -léglise chrétienne. - Toutes lesconvenances du culte chrétien se lisent au premier coup dœildans le plan dune basilique: de longues nefs où peut se dé-ployer la pompe des proce;:sions~. 8.lextrémité, une tribune où
  • 39. 36 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.se dressera lautel; entre cette tribune et les nefs, un chalci-dique qui deviendra le chœur. Le chalcidique coupe transver-salement les nefs, et donne à lédifice une forme en croix àlaquelle sattachera bien vite une idée symbolique; la basiliquesemble conçue en vue du nouveau culte, les architectes chré- tiens nimagineront rien de mieux. Lorsquils nemprunteront pas au paganisme ses basiliques,ils les prendront pour modèles: lexemple le plus frappant deces imitations est Saint-Paul-hors-les-Murs, qui reproduit labasilique IDpienne non seulement par ses dimensions générales,mais par le nombre même de ses colonnes. f ... ... ... " . ~ + ru: . ~. . . . . . . . . . , ., . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . A B . . . . . . . . . . . . . . ., . . . , ,. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . r"""-- . . . . 1 31/ r-ta.:l-- 1. 1 :""" ": l .; 1 . . Toutefois, avant de sarrêter au plan de la basilique commeit un typc consacré, lart chrétien travcrse une période dhés>tation où le plan à sanctuaire central se rencontre concurrenl-ment avec le plan à nefs allongées: Nous passerons en revue les applications de ces cleux typrsdans les principales écoles. 1. - LES ÉGLISES DE r/oCCIDENT LATIN. En Occident, nous lavons dit, lintroduction du christianismerépond h l 6poque oÜ les Barbares envahisscnt le territoirc
  • 40. ÉGLISES LATINES. 37romain: lOccident, menacé et appauvri, nélève que des églisesil combles de charpente. . a. - LÉGLISE EN FORME DE BASILIQUE. Les tracés A et B ftg. 1 résument les dispositions caracté-ristiques du plan latin à nefs parallèles: Le plan A répond au cas dune basilique à trois nefs dé-pourvue de chalcidique (Sainte-Marie-Majeure). Le plan B montre la basilique à cinq nefs avec chalcidiqueDUtransept (ancien Saint-Pierre). Ordinairement une cour à p)rtiques, un atrium, précèdelédifice. > "" La fig. 2 (Saint-Paul-hors-les-Murs) montre laspect dunede ces basiliques, avec ses rangées darcades et la dispositionde ses combles. On remarquera lindépendance absolue descombles des deux nefs qui se croisent; point de pénétration,une simple noue. Cest pour soutenir le comble transversal.quest jetée en travers de la grande nef cette arcade monumen- t~Je qui annonce si dignement lentrée du 2anctuaire.
  • 41. 38 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. Pour caractériser les variétés de la distribution intérieure,nous donnons (fig. 3) en A une travée de basilique avec colla-téral à un seul étage; en B, une travée de basilique avec col-latéral entresolé. Dans tous les cas, la nef centrale est éclairéepar des baies ouvertes au-dessus de la toiture des nefs laté-rales qui laccompagnent. 3 -~-~ A ce type général appartiennent presque toutes les églisesélcyées en Italie clu 4" au 11° siècle: à Rome, les basiliques(le Saint-Pierre et de Saint-Jean de Latran, fondées par Con-stantin; Sainte-Agnès (fig. 3 B), refaité au 7° siècle, mais dontles dispositions remontent à lépoque constantinienne; Sainte-Pudentienne (fig. 3 A) qui, clans son ensemble, appartient aussiau 4° siècle; Sainte-~farie-~fajeure et Saint-Paul-hors-les-Murs,fondés par Honorius vers lan 400; Saint-Laurent, construitp~lllimpératrice Placidie au début du 5" siècle. Puis, du 8e au10C siècle, Saint-Clément, Sainte-Marie-in-Cosmedin, où 10.1-donnance de colonnes est interrompue (pag. 6) par des piles-cuIées; Sainte-Praxède, où les fermes (pag. 7) sont de deux entleux remplacées par des arCéaux; au 12° siècle, Sainte.,.Marie-in-Transtevere; A Ravenne, les deux églises de Saint-Apollinaire, dont unertlte de làge arien de Théodoric;
  • 42. ÉGLISES LATINES. 3n Près de Florence, léglise Saint-Miniat (fig. 4, 11° siècle),dont les cornules reposent sur des arceaux alternant avec desfermes; 4 SMiNXi ./ 5 A Modène, la cathédrale, qui offre la même particularité. Dans la Gaule mérovingienne le plan de la basilique seretrouve, suivant les descriptions de Grégoire de Tours, àSaint-Martin de Tours; Il existe dans la région rhénane à Trèves, à Reichenau. Saint-Remi de Reims, bâti au 10° siècle, est conçu COlnnleune basilique romaine. b. - LÉGLISE A SANCTUAIRECENTRAL. Comme exemple latin déglise à sanctuaire central, nous re-présentons (fig. 5, pag. suivante) lensemble de Saint-Étienne-lt;-Rond, éJevé vers le 5Gsiècle.
  • 43. 40 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. Au lieu dune nef oblongue bordée de collatéraux, on dis-tingue un vaisseau circulaire enveloppe dune galerie tour-nante; lautel, au lieu dêtre le point daboutissement dune 5 / .. . ". . . . . . ~ 10principale nef, occupe le centre de lédifice. AlI lieu de latrium,des courettes sans toiture C donnent. accès aux galeries dupourtour: tous les éléments que nous venons de reconnàîtredans la basilique se retrouvent ici, mais adaptés au plan cir-culaire. II. - LES ÉGLISES DE LEMPIRE BYZANTIN. 10 ÉGLISES NON VOUTÉES. a. - Églises à sanctuaire central. - Dans lEmpire grec, leplan à sanctuaire central paraît offrir une certaine généralitépendant les IJT-€miersâges de lart chrétien:
  • 44. ÉGLISES BYZANTINES. 41 Eusèbe nous a laissé la description de léglise cons tan ti-nienne dAntioche, cétait une salle octogone. Cest aussi sur plan octogone que le père de saint Grégoirede Nazianze avait bâti léglise fondée par lui dans sa villenatale. Les récits et les croquis des pèlerins permettent de rap-porter à ce type général léglise du mont des Oliviers, ainsique le sanctuaire construit, après les dévastations du 10csiècle,sur lemplacement de la basilique constantinienne du Saint-Sépulcre. On a gardé le souvenir dune charpente fort anciennequi sélevait en forme de tronc de cône au-dessus du tambourcirculaire et laIssait à découvert la partie centrale de la ro-tonde. 6 /~-- / . 1 /;:~). ~ / ,- ~1 l i . , " "- /.~ L_-Ir::-"" ( ~ ~ . (( )) ) ~ .. - ~~t ,W/) , 1 ""<:-=> // - / 1 l 1 "-- ./ i ---:. - l -, 1 Dans lexemple fig. 6, la rotonde est remplacée par unesalle carrée, entourée dune galerie à double étage: ce planest celui dune église dAndrinople qui, selon toute apparence,remonte aux premiers temps de larchitecture chrétienne, et~lui a été transformée vers le 12° siècle en église à coupole. b. - Basiliques à cornbles de charpente. - Passons auxéglises orienta]es qui se rapportent au type de la basiliqne :
  • 45. 42 ARC HITE C TURE S DU BAS-E M.PIRE. Le plan à nefs allongées est celui de la plupart des églisesque Constantin éleva dans sa nouvelle capitale; la ruine pré-coce de ces édifices atteste la fragilité de leur structure: à laplace quoccupe aujourdhui Sainte-Sophie, il nexista long-temps quune simple basilique. Cest sur la donnée de la basi-lique que sélèvent léglise constantiiÜenne du Saint-Sépulcre,léglise de Bethléem, la basilique de Pergame; puis, à unedate plus récente, Saint-Jean de Constantinople; léglise justi-nienne de la Vierge, aujourdhui mosquée EI-Aksa à Jérusa-lem, Saint-Dimitri, lEski-Djouma de Salonique. La fig. C (pag. 36) rnet en regard de deux basiliques occi-de~tales le plan de la basilique probablement constantiniennede Bethléem: la particularité qui la distingue est davoir troisabsides. 7 -i A Kn:ryès (Athos), 10plan en basilique e~)tréalÎ;)) non .poirt
  • 46. ÉGLISES BYZANTINES. 43à laide dune série darcades séparant les nefs, mais au moyendune arcade unique (fig. 7).PREMIERS ESSAIS DÉGLISES VOUTÉES; MONUMENTS INTERMÉDIAIRES ENTR~ , , L ARCHITECTURE DU HAUT-EMPIRE ET L ARCIIITECTURE BYZANTINE. Nous passons aux combinaisons où la voûte intervient.LOrient pouvait seul, à la faveur dun reste de prospérité quildevait à son éloignement des incursions barbares, sengagerdans la voie des constructions durables: nous essaierons desuivre les progrès de son architecture voûtée depuis la pé-riode des débuts jusquà cet âge déclat qui est marqué par lerègne de Justinien et le chef-dœuvre de Sainte-Sophie. Pour les églises voûtéés, les hésitations sur le parti généralse compliquèrent de toutes celles quentraîna le choix défi-nitif dun système de voûtes. Quelques essais furent tentés enyue daccommoder la voûte romaine au plan byzantin: EnAsie Mineure, Hiérapolis présente lexemple dune basiliquechrétienne des premiers temps où les voûtes sont des ber-ceaux en pierre de taille; Sardes (fig. 8 A), une basilique oùlés voûtes sont darête et peuvent être comptées parmi les der-nières applications de la structure concrète à lits horizontaux. 8 A B , C i 20 Léglise de la Trinité dÉphèse, B, bâtie avec toute lam-
  • 47. 44 ARCHITECTURES DU BA.S-EMPIRE. . .1 Apleur des monuments antIques, parait aVOIreu comme vouteun berceau interrompu en son milieu par un dôme. A Saint-Georges de Sardes, C, la voûte sphérique est résolu-ment adoptée: la nef est couverte par trois calottes sur pen-dentifs, massives comme les voûtes romaines, à parement debrique empâté dun garni de maçonnerie brute. Une demi-coupole abrite le sanctuaire. 9 10, - La même donnée générale se retrouve (fig. 9) à la basi-lique dAla Shehr, lancienne Philadelphie: larchitecture duHaut-Empire semble se. survivre dans ces constructions vrai-ment romaines. Il nest pas sans intérêt dobserver que les monuments decette architecture intermédiaire entre lart romain et larchi-tecture byzantine appartiennent à lAsie Mineure: la contréeoù ils sélèvent a gardé lesprit grec et, par sa situation géo-graphique, elle se place entre les influences romaines de lOc-cident et le rayonnen1ent asiatique de la Perse; Pergame,Sardes, Éphèse sont des points où les deux influences de Romeet de la Perse se rencontrent: rien détonnant à y trouver latrace des deux courants didées qui sy croisent.
  • 48. ÉGLISES BYZANTINES. 4r) Nous avons atteint lépoque où larchitecture byzantineachève de se dégager d~ lart du Haut-Empire. Lf~POQUE JUSTINIENNE ET LE SYSTÈME DÉFINITU DES ÉGLISES BYZANTINES VOUTÉES. Les édifices voûtés de lécole byzantine proprement ditepeuvent être classés en trois groupes, selon que leur coupolerepose sur un plan circulaire, octogone ou carré. 10 Églises à coupole sur plan circulaire. - Ce groupe,comme celui des basiliques à coupole, se place chronologi-quement à la limite de lart byzantin et de lart romain: tousles édifices quil embrasse sont visiblement apparentés auPanthéon de Rome (tom. l, pag. 529), tous ont comme lui nntambour annulaire élégi par d~ grandes niches. Doit-on lesrattacher à lart oriental? convient-il au contraire de rapportcrle Panthéon de Rome aux influences asiatiques? Cette der-nière hypothèse, qui donnerait au Panthéon des ancêtres dansles régions où il a ses principaux dérivés, paraît la plus plau- 10 Bsihle. Cest sur un tambour circulaire quo sélève la coupoledu tombeau de DioClétien à Spalatro ainsi que celle de Sainl-Georges de Salonique (Hg. 10 A)., à Pergame, les deux rotondc~
  • 49. 46 AiCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.qui accompagnent la basilique sont voûtées en coupole;. aumême type appartiennent les deux rotondes autrefois annexéesà Saint-Pierre, ainsi que les tombeaux de sainte Hélène et desainte Constance. 2° Coupole sur plan octogone. - Après la rotonde qui sup-prime les pendentifs, la salle polygonale est celle dont la réali-sation est le plus facile, à raison de la faible importance despendentifs quelle exige. La coupole sur plan octogone paraîtindiquée par les substructions de léglise justinienne du montGarizim (fig. 10 TI); elle nous est parvenue dans deux édificesauthentiquement élevés par Justinien: Saint-Serge de Constan-tinople et Saint-Vital de Ravenne. fi S VITAL !> SEf<.Ct:: if . ..... L ~J!-. . ~-. - , lU - ., A Saint-Serge (fig.11 A), le tambour octogone de la coupoleest épaulé SUI f{lmtrû de ses faces par des niches de butée,
  • 50. ÉGLISES BYZANTINES. 47sur les quatre autres par des arceaux. La coupole est à côtes:ce qui a perrnis, ainsi que le montre la figure, de la faire re-poser sans intermédiaire de pendentifs, sur la dernière assisedu tambour. Un collatéral à double étage entoure la coupole et sinscritdans une enceinte carrée. A Saint-Vital (fig. 11 B), la coupole est construite en tubesemboîtés (pag. 13). Elle est lisse et se relie par des raccordsen forme de pendentifs avec le tambour octogone qui la porte. Huit niches accompagnent ce tambour et concourent à labutée. Les nefs latérales sont à double étage comme celles deSaint-Serge, mais sinscrivent dans une enceinte octogone. Saint-Vital est un des rares édifices byzantins dont les voûtessoient abritées sous des combles (pag. 8) : la légèreté de lastructure explique cette dérogation à la règle. 3° Coupole sur plan carré. - Nous arrivons à la solutionqui prévaut à dater du 68siècle pour se perpétuer jusquà nosjours, léglise à coupole sur plan carré. La coupole, vers laquelle tout converge, met dans la com-position une unité que les Byzantins se gardent de rompre enallongeant la principale nef: à peine lui donnent-ils un surcroîtdimportance; ils adoptent le plan en croix grecque, tel quilrésulte du mode de butée indiqué pag. 15. Et ce plan, ils lappliquent avec un égal succès soit à desconstructions colossales, soit à ces diminutifs déglises commela cathédrale dAthènes, dont la coupole mesure à peine3 mètres. Nous avons (page suivante, fig. 12) un bel et grand exemplede ce parti à léglise Sainte-Sophie de Salonique, dont la date .probable est le 6° siècle. La coupole sélève sur quatre grands pendentifs en trianglesphérique: cest autour de la coùpole que toute la composit~onse groupe.
  • 51. 48 ARCHITECTURES DU BAS-BA/PIRE. Aux quatre angles de la coupole, quatre massifs formentéperons et maintiennent leffort diagonal de poussée quetransmettent les pendentifs. t2 Des voûtes en berceau relient ces massifs deux à deux etcouvrent les quatre branches du plan en croix. Tout le système déquilibre est intérieur; cest en vue deInailltenir et daccompagncr la coupole. que toutes les dispo-sitions sont 1116nagées: lensemble, où tout~s les parties s(subordonncnt il cc 11lotifprincipal, produit une impressioudune saisissante netteté. Sainte-Sophie de Constantinople, le nlonument byzantin pm. excellence, répond ~tcette donnée densemble ou, plus pr{~ei- sélnent, à la variété N du type général défIni png. 15. La ng.13 explique les dispositions, (lui peuvent sc résumer conuue il suit: Une coupole snr prn(lrntifs de dimension colossale (plus de-
  • 52. ÉGLISES BYZANTINES. 49trente mètres douverture); deux faces contrebutées par desvoûtes en forme dabsides; les deux autres, maintenues pardes arcs formerets épais, et épaulées par des contreforts. t3 . [ Les deux grandes absides de butée répondent lune à len-trée, lautre au sanctuaire; les deux arcs formerets corres-pondent aux deux fâces latérales. A droite et à gauche sedéveloppent des collatéraux à double étage; et, soit quil sa-gisse des voûtes des collatéraux ou des voûtes mêmes de lapartie centrale, les massifs de butée prennent leur point dappuidans lenceinte même de lédificr. II
  • 53. 50 ARCHITECTURES D] BAS-EMPIRE. Sainte-Sophie fut élevée sous Justinien vers lan 530 par lesarchitectes Isidore de Milet et Anthémius de Tralles. La conception, merveilleuse daudace, nétait pas sans quelquetémérité; les avaries qui suivirent de près lachèvement destlavau;xrévélèrent bien vite les points défectueux: Les contreforts étaient trop faibles; la butée de la coupolesur les faces latérales, insuffisante. Il fallut donner de lamasse aux contreforts, et pour cela combler en partie lesniches décoratives qui les élégissaient, rétrécir ou même sup-primer les escaliers qui y étaient ménagés; il fallut doubleren sous-œuvre les arceaux des nefs latérales qui traversentles contreforts, lester les reins de la coupole. Puis les tremblements de terre obligèrent à plusieurs re-prises de reconstruire la coupole elle-même. Originairementelle était trop aplatie: on lui donna plus de hauteur, et cettecoupole rebâtie porte encore la trace de plusieurs réfectionspartielles; lédifice ne nous est parvenu que renforcé, repris,consolidé. En somme, il a traversé douze siècles et, n1algréles restaurations quil a dû subir, une pareille durée témoignedune œuvre viable et fortement conçue. Comme entente de la mise en -scène architecturale, Sainte-Sophie est un chef-dœuvre: la science des effets, lart desoppositions, la puissance décorative ne sauraient être poussésplus loin. En avant, un double portique sombre fait valoir par con-traste les splendeurs lumineuses de limmense vaisseau. Dès lentrée, grÙce à la disposition de la conque qui précèdeb gland dÔIne, lœil découvre le daIne dans son ensemble, lasurface entière clesvoiltes de la nef ccntrale sc développe sansatTêt, sans obstacle. Le long de cette 11cf, partout les détails sencadrent dnns
  • 54. EGLISES BYZANTINES. 51de très larges divisions =les lignes maitresses produisent uneimpression simple; les détails, multipliés avec mesure, fonLressortir la grandeur. Supprimez les colonnades latérales, rien.naccusera lextraordinaire ouverture des formerets de la cou-pole, il les faut pour donner léchelle et épargner à Sainte-Sophie ce singulier éloge quon a fait de Saint-Pierre, que rienny. indique quil est grand. La décoration donne la mesure du luxe byzantin: les pa-rois lambrissées de panneaux en marqueterie des marbresles plus rares, les voûtes entièrement revêtues de mosaïques;pas un, pan de mur qui ne soit tapissé de marbre; Toutes les voûtes brillent des lueurs mobiles et transpa-rentes de lor efde lémail. La grande coupole, illuminée sur tout son pourtour par unecouronne de fenêtres ouvertes dans ses reins, semble isolée etcomme suspendue dans lespace. Les piliers soutenant les quatre pendentifs du dome se dé-robent derrière les galeries latérales: on nen aperçoit quelangle, mais cela suffit pour faire sentir la présence de lamasse de butée et rassurer lœil; lœuvre étonne, mais à pre-mière vue elle sexplique. Jamais la stabilité et la hardiesse,léclat de la couleur et la pureté des lignes, jamais le géniede Rome et celui de lOrient ne sassocièrent dans un plussurprenant et plus harmonieux ensemble. 4° LJéglise en croix à cinq coupoles. - Tandis que Sainte-Sophie réalisait lidéal de lédifice à coupole unique, les archi-tectes de Justinien élevaient sur un plan en croix à. cinq cou-poles féglise des Saints-Apôtres de Constantinople. Léglise des Saints-Apôtres a disparu et ne nous est connueque par une description de Procope. Mais nous en possédonsdeux copies exécutées vers le 12°siècle: Saint-Marc de Yenise,qui nous est parvenu avec toute la splendeur de son décorasiatique; Saint-Front de Périgueux, plus imposant dans sasévère nudité que Saint-Marc sous léclatante enveloppe de ses1110saïques et de ses marbres.
  • 55. ~,! AR CHI.TE CT URE S DU BAS.EJIPIRE., La fig, 14 montre laspect de Saint-Marc; en regard (flg. .15)~ous avons tracé une vue de Saint-Front.H l 10 VE:N:SE Dans lun et dans lautre édifice, les coupoles reposent SUldes piles élégies, et amortissent leur poussée contre de puis-sants formerets. Saint-Marc, élevé dans une ville en relation incessante aveclOrient, procède directement du modèle byzantin; Saint-Frontne sy rattache que par lintermédiaire de Saint-Marc. Peut-être à Veuise limitation fut-elle entravée par la néces-sité de garder dune ancienne basilique des pans de murs quenotre plan indique par une teinte de hachures: nlais sans nuldoute le parti général fut respecté. On observera la présence darcades sans utilité réelle, quibordent la nef et paraissent inspirées dun modèle où les colla-téraux auraient été, comme à Sainte-Sophie, h double étage;~tSaint-Front, le souvenir de cet entresolenent des nofs laté-
  • 56. ÉGLISES BYZANTINES. 5Blales ne subsiste plus que dans les arcatures qui se développentle long même des parois. i~t 0 10 Les types récents de léglise byzantine. - Le plan à cinqcoupoles ne convenait que pour de très grands édifices, et leséglises qui sélèvent aux derniers temps de lart byzantin sontdune exiguïté de dimensions extrême: il fallait un type plussimple, et cest dans les monastères de lAthos que ce typeparaît sêtre définitivement constitué. Envisagé dans son ensemble, le plan est celui de Sainte-Sophie de Salonique (pag. 48), moins les collatéraux: un plan .en croix à branches très courtes, avec coupole centrale. Un narthex ou vestibule sélève en avant de lentrée. Les quatre branches de la croix ont pour voûtes des tronçonsde berceaux, et laJ>oussée principale sexerce aux quatreangles des pendentifs que ces berceaux enserrent: cest là quedoit être .appliquée la butée.
  • 57. ~ ARCHITECTURES DU BAS-EMPIl1E. Un massif à chaque angle de la coupole semblerait indiqué:]ès Byzantins comprennent quen réalité une culée creuse petItsuffire, pourvu quelle soit convenablement lestée: le massifdangle sélégit (pag. 1:-». tG VATOPEDJ 5 Lexemple fig. 16 provient de Vatopedi (Athos); lexemplefig. 17, de cette église athénienne dont les tracés ont été ana- ]ysés page 36. On retrouve le même parti au Catholicon et à~la KapnikarœadAthènes; à lAthos, dans léglise de Lavra; à Constantinople, dans les églises de la Théotocos, du Pantocrator, de Kora.Autant quon en peut juger par la description de Photius, cestdaprès cet ordre didées quétait conçue la grande église duPalais élevée au go siècle par lempereur Basile: cest, peut-on.dire, le type normal. Vers le 98 siècle commence lusage de surhausser les dômessur des tambours cylindriques (fig. 16 et 17): lintention estlisiblement de permettre douyrir sous 1: c8]oH8 de hautes
  • 58. ÉGLISES BYZANTINES. ~5baies décla.irage, mais peu à peu on en vient à étendre cetteforme surhaussée à des tambours aveugles (Théotocos deConstantinople, etc..). 17 --! A partir du 106 siècle, non seulement la forme surhausséesaccentue, mais le nombre des dômes tend à semultiplicl" :les quatre petites voûtes sphériques situées aux angles de lacoupole centrale se surélèvent en dômes et accusent au dehorsles dispositions intérieures. Un des plus anciens exemples de ces groupes. de dômes scprésente à Saint-Bardias de Salonique; léglise des Saints-Apôtres de la même vine nous en offre une 4es plus élégantesapplications.
  • 59. ~6 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. Jusquîci toutes les coupoles étaient sur pendentifs entriangle sphérique. Vers le 11e siècle sintroduit le pendentif entrompe; et cette innovation entraîne dans le plan le change-ment indiqué fig. 18 : 18 /s Une pile prend place sous chaque retombéè de trompe. Enréalité cest sur une base octogone que sappuie la coupole. Cette variante, moins hardie à coup sûr que le type normal,est réalisée à Daphni (fig. 18), à Saint-Nicodème dAthènes,~ Saint-Luc du Parnasse, à Saint-Nicolas de Mistra. PARTICULARITÉS DES ÉGLISES DE LA SYRIE CENTRALE. a. - É,f}lises à toitures en dalles; églises à conlbles SUI" arceaux. - Sur le fond général de larchitecture byzantine tranchent deux écoles syriennes que les travaux de MM. Rey et de Vogüé nous ont fait connaître: lune répond à la vallée de lOronte, lautre à la région au sud de Damas, le Haurân. Partout le bois est rare; au sud de Damas il manque totale- ment, et de plus il y a pénurie de pierres propres à la fabri- cation de la chaux, rien que des basaltes:
  • 60. ÉGLISES SYRIENNES. 57 Il faut partout épargner, et sur certains points proscrire nonseulement la charpente mais même la maçonnerie, construiretout ou presque tout à laide de dalles de basalte posées iljoints vifs. i9 ~ 1- Nous avons analysé (tom. 1, pag. 517) les méthodes issuesde cette nécessité étrange; nous donnons fig.19 deux exemplesde constructions, correspondant lune aux plaines du sud deDamas, lautre à la vallée de lOronte: la basilique dont nousreproduisons en A une travée (Tafka) est couverte par desdalles; lautre B (Roueiha) présente une toiture en cparpenteportée par des fermes alternant avec des arceaux de pierre. b. - Eglises à dômes. - Larchitecture de Syrie, sans aban-donner jamais la basilique h. toitures de dalles sur arcades,admet vers le 5° siècle des coupoles., mais rarement elle abordele plan carré. Nous avons cité (pag. 19) les voûtes sur pendentifs appa-reillés du Haram: ce sont des exceptions; dans les édificesà coupoles de la Syrie transjordanienne, presque partout onremplace les pendentifs par ces combinaisons dencorbellementque nous avons décrites pag. 18; et lon sattache à réduire leporte à faux en adoptant le plan polygonal. Saint-Georges dEzra est le type de léglise syrienne à cou-~ole: dôr.n:jsur plan octogone porté par des écoinçons de :pierrû,
  • 61. 58 LART AUX CON:FINS DE LEMPIRE GREC.et profil plus surhaussé encore que celui du dôme perse; unprofil en ogive très aiguë à peine arrondie au sommet. Il arrive même que, pour éviter les sujétions dun dôme, lesSyriens laissent sans toiture la croisée des deux nefs. Destextes formels ont permis à M. de Vogüé détablir que lagrande église de Saint-Siméon Stylite à Kalat-Semân avait unecroisée de nefs absolument hypèthre. . Lorsque le bois ne faisait pas totalement défaut, on éludaitla difficulté en recourant à un dôme en charpente. Léglise de Bosra présente un tambour incapable de soutenir une voûte;ce tambour est percé de fenêtres, ce qui prouve que, dans lapensée de larchitecte, il n~tait pas destiné à circonscrire unhypèthre du genre de celui de Kalat-Semân : lexistence dundôme de charpente est écrite dans la ruine. Dans quelques édifices on avait admis une solution mixte:UI) tronc de cône en charpente, ouvert à son sommet; nousavons indiqué cet expédient à propos de la rotonde du Saint-Sépulcre. Les édifices de la Palestine musulmane peuvent dailleursnous aider à reconstituer les dômes en charpente de la Pales-tine .chrétienne. Nous décrirons en leur lieu les dÔmes ovoïdesà double enveloppe de charpente de la mosquée EI-Aksa et dela Sakhraà Jérusalem; assurément ces coupoles, aussi bienque celle du Saint-Sépulcre, appartiennènt à la famille dontfaisaient partie la cathédJ~alede Bosra, peut-être même légliseoctogone du GarizÎ1n: en Syrie le dôme de maçonnerie paraîtavoir été fréquemment remplacé par une charpente légère. III. - LES ÉGLISES DARMÉNIE. LArn1énie, que sa situation entre la Perse et lEmpire grecdésignait comme un champ de bataille perpétuel, neut quetardivement la tranquillité nécessaire pour créer un art: à lafaveur de la protection que les khalifes de Bagdad accordèrentaux Pagratides, lqrchitecture arménienne commença ver3 le
  • 62. ÉGLISES ARMÉNIENNES. 5911e siècle; dès le milieu du 120,elle expirait. ,Durant ce courtintervalle, le royaume sest couvert dédifices dune petitessematérielle étrange, mais dune élégance parfaite. A lépoque où se produisit cette floraison, larchitecture by-zantine était pleinement constituée, lArménie lui emprunta lesdonnées générales de ses plans; le plan arménien (fig. 20)est une variante du plan grec du 108siècle. 20 Les Byzantins n1ettent en évidence à lextérieur les distri-butions intérieures, les Arméniens les voilent sous une ordon-nance artificiellement symétrique: un contour en rectangle,avec la coupole située juste au point central; des niches trian-gulaires telles que"V dissimulant le plan absidal; en somme,une f?gularité toute conyentionnelle.
  • 63. ,60 LART AUX CONFINS DE L EMPIRE GREC. Au point de vue de léquilibre, la voûte de la nef centrale estparfaitement maintenue par les voÙtes des nefs latérales quilenserrent: les jours directs sont aveuglés, mais en Arméniela lumière surabonde. Au point de vue des proportIons, léglise arménienne se dis- etingue par une allure svelte, quaccentue à partir du 11 sièclele profil ogival des arcades. Dans la décoration intérieure, on ren1arque (pag. 25) lm-cade à voussoirs profilés; les piliers à faisceaux de pilastres,quelquefois flanqués de longues colonnes engagées. Un mode dornement usuel en Arménie et tout à fait étrangerh lart byzantin, consiste à tapisser le nu des murs par desrangées darcatures soit en plein cintre, soit en fer à cheval.Le long des arêtes et au pourtour des baies on reconnaît cesdessins de passementerie dont lampleur contraste avec la pe-titesse de lédifice et donne au style un accent distinctif. Surles rubans de ces bordures se développent souvent des rin-ceaux de feuillage: et ces rinceaux sont dune facture toutesassanidc. Intérieurement, toutes ces églises ont leurs nefs à berceaux en ogive avec arcs-doubleaux saillants et piliers fractionnés (pag. 27) en autant de membres quils reçoivent de retombées; toutes présentent avec les monuments de notre architecture romaine une ressemblance quon ne peut guère expliquer que par une communauté dorigine. Comme exemples, nous nommerons la cathédrale dAni, dont la date, établie par une inscription, est très voisine de lan 1010; Samthavis (fig. 20); Usunlar, où le plan est absolument rectan- gulaire; Dighour, Pitzounda, Mokwi, Echmiazin, Trébizonde, où les absides saccusent plus ou moins à lextérieur. A titre de variétés dérogeant au plan canonique, il convient de mentionner les chapelles sépulcrales, entre autres celle dAni, qui se présente sous la forme dune salle octogone flanquée dabsidioles et précédée dun narthex. Rappelons surtout la chapelle à structure si originale figurée pag. 22, qui a las-
  • 64. :iGLISES SLAVES, 6i pect du mirhab de Cordoue et semble un essai anticipé des vof1tes sur nervures de notre architecture gothique. IV. - LES ÉGLISES DE LA RUSSIE ET DU BAS DANUBE. Cest entre les écoles de Constantinople et de lArménie, mais plus près de récole arménienne, que paraissent se classer les monUlnents religieux de la Russie du Sud. Comme lécole. byzantine, lécole slave exclut logive, mais, comme lécole ar- ménienne, elle affecte les proportions élancées (église de Pro- kOW3,etc.); COIlln1e elle"une décoration de feuillage purement sassanide (Rostov, Vladimir...). Le profil conique des dômes a trouvé des irnitations en Russie. Dans les murs des églises russes on rencontre ces évidements si caractéristiques en forme de niches triangulaires (fig. 20 V). Le chapiteau renflé de l.art russe parait reproduire en lamplifiant la forme en bague du chapiteau arménien; et, par une imitation qui tén10igne de la persistance dinfluences ayant leur origine de lautre coté du Caucase, lorsque vers le 166siècle la Perse musulmane inau- gure le dôme bulbeux, la Russie se lapproprie et en fait un des éléments principaux de son architecture. Dans la vallée du Danube, en Serbie, en Roumanie, en :Mol- davie, le caractère arménien de la décoration est plus marqué encore: aux églises de Ravanica, Krusevac, Studenica on trouve, appliqués à des masses byzantines tous les détails de la passementerie arménienne. Les églises de Kurtea dAgryich, Tergoviste, Dragomira, ne présentent aucun ornement qui nappartienne ~tlArménie: au point de vue de larchitecture décorative, la vallée du bas Danube semble une colonie arm(~- nienne, le seul élément quelle nadopte point est logive. V. - LES ÉGLISES DE LÉGYPTE ET DE LA CÔTE , D AFRIQUE. Les Coptes de la Haute-É;ypte ont conservé la tradition
  • 65. 6~ LART AUX CONFINS DE LEMPIRE GREC.déglises tantôt circulaires, tantôt carrées, où lautel est en-fermé derrière trois enceintes concentriques: ces églises, pourla plupart à toits de chaume, sont de modestes exemples, maispeut-être les exemples les mieux caractérisés du type à sanc-tuaire central. A propos de la basilique de Bethléem (pag. 42), nous avonsremarqué en Palestine le plan à triple abside. En Afrique, léglise dOrléansville, authentiquement datéede lan 325, est une basilique à double abside: le nombre desnefs est de cinq et, à chaque extrémité, la nef principale s~termine en hémicycle. Tel est également, en Égypte, le plan de léglise copte dEr-ment. Quelques basiliques coptes à trois nefs sont voûtées enberceau, et répondent à une combinaison statique qui se re-trouvera chez nous à lépoque romane. Au village de Deïr-abou-Faneh, lexpédition dÉgypte a relevé une de ces églisesoù la nef centrale est couverte dun berceau plein cintre; et lesnefs latérales, de demi-berceaux qui épaulent la voûte cen-trale. Le tout constitue un ensemble parfaitement équilibré,mais où la principale nef est dépourvue de jours directs. Lin-convénient est nul sous le ciel de lÉgypte et le système deconstruction sy trouve parfaitement à sa place : quelque typeasiatique aujourdhui disparu ne serait-il pas le commun an-cêtre de ces églises coptes, des églises sans jours directs delArménie, et des églises voûtées du Poitou et de lAuvergne? YI. - LES ÉGLISES DE SICILE. Lécole de Sicile tient dans le gl>onpe byzantin une place hpart. Trois influences sy croisent, celles des Grecs de Constan-tinople, des Arabes et des Nonnanqs; elle les accepte toutesles trois et les fond en une architecture qui lui est propre:elle a des églises voûtées où intervient logive arabe, elle a des
  • 66. ÉGLISES DE SICILE. 63églises à sanctuaire voûté avec nef de charpente, elle a desbasiliques latines quant au plan, n1ais où logive se substitueau plein cintre et se combine à des détails empruntés à lartnorn1and. La Martorana de Palerme, élevée au 12° siècle, est un despremiers monuments byzantins où le plein cintre soit remplacépar logive arabe; San-Cataldo, Saint-Antoine, les Eremitanlsont des églises byzantines appartenant à lépoque où le dômetend à se surhausser, mais présentent cette particularité, elleaussi dorigine sarrasine, du dôme sur pendentifs en trompe. 21 La chapelle royale de Palerme (fig. 21) offre un chœur tldome sur pendentifs en trompe, associé h une nef de basilique.Les arcades de la nef sont en ogive du caractère arabe le plusaccentué, et le plafond est une combinaison de caissons et deces alvéoJ.es sur lesquelles nous reviendrons à propos de lart
  • 67. ()~ LART AUX CONFINS DE LE~PIRE GREC.musulman. Le plan latin de la nef, le caractère byzantin du sanc-tuaire, les détails et jusquaux inscriptions arabes, témoignentdun mélange dinfluences qui nôte rien à lunité de lœuvre.Les voûtes sont revêtues de mosaïques à fond dor, les mursde panneaux de marbre, les soffites dorés sur un fond de to-nalité sombre; et le tout, éclairé dune vague lueur qui se dif-fuse en reflets chatoyants dune inexprimable harmonie. Cedécor, que la lumière effleure à peine, est le triomphe de lacouleur. Le monument capital de cette architecture de Sicile est léglise<le Monreale (fig. 22): une basilique sans autres voûtes quecelles des absides et présentant à la r~ncontre des deux nefsune travée centrale à comble surhaussé. 22 "", "IV Le surhaussen1cnt de cc comble, peut-être dorigine nor-mande, cOlnmandait sur les quatre faces de la travée quatregrands arcs, qui sont du plus imposant aspect. Logive, partout dc proportion arabe, imprime à lordonnanceun cttfactère original de hardiesse et de lég2rcté.
  • 68. 1;; LIS G E S DES 1 CIL E. G5 Les combles, à fermes très simples et partout apparentes.séchelonnent à des niveaux divers; cet éc.helonnement, lorien-tation transversale des combles des hras de croix, donnent lavariété, le mouvement, une sorte de vic. Les parties inférieures des murs sont lambrissées de marbres,les parties hautes et arcs, revêtus de mosaïques dun dessinlarge senlevant sur champs dazur. La charpBnte, refaite à la suite dun incend~e, est entière-ment peinte et dorée sur des fonds où le bleu domine. La décoration extérieure est une marqueterie de marbresdessinant un entrelacement darcatures qui se retrouve à lab-side de la cathédrale de Palerme et que les Normands imite-ront à leur tour dans leur ardÜtecturr. , A Cefalù, lapport normand est manifeste: Il se révèle, dans le gros œuvre, par des tentatives dappli-cation de la voûte nervée; dans la décoration, par des détailsde corniches et darchivoltes qui semblent copiés sur les églisesde Caen. Sous cette réserve, la conception est la même quhoMonreale:envisagé dans son ensenlble lédifice doit être compté parmiles chefs-d œuvre de cette architecture dont le foyer est à Pa-lerme, et dont le rayonnement sétend en Italie jusquà Salerne. Aujourdhui Cefalù, Monreale ont leurs mosaïques, leurspeintures et leurs marbres inondés de lumière: autrefois lin-térieur était sombre comme lest aujourdhui celui de la cha-pelle royale. Les baies de Monreale, actuellement vitrées,étaient fermées par des feuilles de plomb découpé où filtrait hpeine un demi-jour, et les colorations prenaient cette sombreprofondeur dont la chapelle royale nous aide à deviner leffet. , , , L AMENAGEMENT INTERIEUR DES EGLISES. LEURS ANNEXES. Nous venons de décrire léglise, il nous reste à la meubler:essayons de marquer la place et le caractère des autels, desc~laires au:,~queIl8s elle sert de cadre, des ornements symbo- II
  • 69. 66 AR C HITE CTURE S DU BAS-E MPIRE.liques qUI la décorent. Et dabord précisons laffectation spé-ciale des principales parties de lédifice. LES INSTALLATIONS DU CULTE. Lautel, dans les églises primitives, est unique et situé aucentre de labside terminale. Au fond de labside est le trône de lévêque; les sièges desassesseurs occupent le pourtour. Dans le chaldicique et dans la grande nef se tiennent leschantres. . Les fidèles occupent les nefs latérales: les hommes dun eôté, les femmes de lautre. Dans les églises telles que Sainte-Sophie où le collatéral est à double étage, létage supérieur est ordinairement réservé aux femmes. Les pénitents ou ceux qui nont pas encore reçu le baptême,sont relégués clans le vestibule ou narthex, ou même danslavant-cour; et le centre de cette cour est occupé par une fon-taine dablutions. Au début, lusage était de ne célébrer la messe quune foispar jour dans la même église, et cet usage sest perpétué dansles rites de lOrient: il explique à la fois la multiplicité deséglises orientales et leur petitesse. Autel. - Lidée de lautel diffère de lOrient à lOccidentchrétien. Pour les Grecs et les Arméniens, lautel nest autrechose quune table de sacrifice; les Latins le conçoivent commeun tombeau sur lequel ils célèbrent la messe: si lautel nestpas la cuve sépulcrale dun saint, le plus souvent il sélève au-dessus dune crypte où reposent ses restes. Ciborium et iconostase. - Lautel latin est isolé à lentrée dusanctuaire et abrité par un simple dais, le ciborium, muni derideaux qui sabaissent au moment de la consécration. Le sanc-tuaire byzantin ou arménien est séparé de la nef par une cloi-
  • 70. AMÉNAGEMENT DES ÉGLISE8. fJ1 son, liconostase, et lautel à peine visible à travers des portes dont les laïques ne franchissent pas le seuil. Tables pour les livres et les ornements sacrés. - Toujours lautel est accompagné de deux tables, situées soit dans les transepts, soit dans les absidioles qui terminent les nefs laté- rales. Lune delles était destinée à recevoir les livres saints, lautre les. vases et les ornements sacrés. Ces tables, chez les Latins, ont été depuis transformées en autels: jamais elles ne jouaient ce rôle dans léglise primitive, jamais elles ne le jouent dans la liturgie grecque. Cest dans le transept ou dans les absidioles que les prêtres revêtaient les ornements du culte; les sacristies ne répondent à un besoin et napparaissent quau moment où les bras de croix de léglise latine ont été convertis en chapelles. Ambons. - En avant du sanctuaire, dans la nef principale, se dressent deux chaires ou ambons, servant lune à la lecture des évangiles, lautre à la lecture des épîtres età la prédi- cation. L7ensemble. - La fig. 23 montre, daprès les dispositions. actuellement existantes de Saint-Clément de Rome, laspect 23 dun chœur latin; lédifice a été remanié au go siècle, mais tous les détails paraissent conformes aux plus vieilles traditions chrétiennes: on y reconnaît lautel abrité par le ciborium; au fond, le trône de lévêque et le banc des prêtres; en avant, la clôture du chœur et les deu:l ambons.
  • 71. 68 ARCHITECTURES DU BAS-EMPI:aE. Liconostase, lécran isolant le sanctuaire est étranger auxbasiliques latines. Tout au plus trouve-t-on à propos de Saint-Paul-hors-Ies-Murs la mention dun voile tendu sous larc quitermine la nef. Comme exemple de distribution byzantine, nous donnons(fig. 24) un plan de Sainte-Sophie reconstitué daprès les indI-cations de Paul le Silentiaire : 24 A 1-1 ~ N~ s --~,,- ~~~-- i 1 " ,/ , 0 a, -( r.=-i ...L.-- . 1 On distingue liconostase N qui coupe lédifice en deux par,-ties, nef et sanctuaire; En arrière de liconostase, lautel A accompagné de ses deuxtables T; En deçà de liconostase est une aire S close dune balus-trade, où se tiennent les chantres; Et enfin, sous le dôme, lambon a, où se font les lectures, oÙavait lieu le couronnement des empereurs. Saint-Marc conserve dans son sanctuaire demi-grec, demi-latin, beaucoup de traits de cette disposition. , . L ORIENTATION ET LES ORNEMENTS S-YMBOLIQUES. Les basiliques primitives, et notamment celles de Rome, nesont point orientées, Sainte-Sophie ne lest !}uedun"~façon ap-
  • 72. ANNEXES DES ÉGLISES. (19proximative: lidée de tourner le sanctuaire vers les Lieuxsaints ne paraît guère antérieure au 10°siècle et semble sin-troduire à lépoque où les grands pèlerinages dirigeaient tousles regards vers Jérusalem. Pour nos contrées, cette directionest celle de lEst. Dans les temples païens, cétait lidole et nonlassistance qui regardait lOrient: de sorte que lorientationdes églises chrétiennes est juste inverse de celle des templespaïens; lorsquun temple est converti en église, cest invaria-blement à la place du pronaos que se dresse lautel. Quant à la décoration syn1bolique ou figurée, nous avons <litque lesprit iconoclaste en proscrit la statuaire: même dansléglise. latine, les symboles sacrés sont retracés presque exclu-sivement par la peinture. Liconostase, comme son nonl lin-dique, a pour décoration une série de figures de. saints. Lestympans des arcades et les berceaux des nefs, surtout danslécole de lAthos, sont occupés par des scènes bibliques dont les bordures rectangulaires forn1ent. un quadrillage réguliersur les parements; de grands saints debout se dressent entreles baies des dômes; les fonds des absides sont occupés pardes représentations du Christ, de la Vierge ou de saints le-vant la main pour bénir, et traitées à une échelle sans rapportavec celle de lédifice. Ces figures à taille "urhumaine rappellentles colosses des ten1ples antiques, et très probablement noussommes ici en face dune inspiration grecque: tel apparaissaitle Jupiter dOlympie au fond de sa cella. Nous aurons à passer en revue, àproPQs de notre architec-ture gothique, les sujets que le peintre distribuait sur les diflé::-rentes parties de léglise, contentons-nous ici de renvoyer auprécieux « Guide de la peinture», qui servait et sert encore delnanuel aux décorateurs de lAthos. LES CONSTRUCTIONS ANNEXES DES ÉGLISES. Narthex. - Le narthex ou vestibule est ordinairement uneg;1lerlGà double étage longeant la face principale; d~ns les
  • 73. 70 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.églises monastiques de lAthos, létage supérieur sert de biblio-thèque. Le narthex, peu développé dans les anciens édifices, prendune importance sans cesse croissante. Vers le 148 siècle,lusage sintroduit de le décorer de dômes surhaussés qui sedressent comme des tours aux angles de la façade: cette dis-position sobserve à léglise des Saints-Apôtres de Salonique,à la Théotocos de Constantinople, etc. Dans lécole arménienne, et dans lécole slave qui en dérive,Je narthex nexiste point, ou existe à létat de galerie extérieure(Usunlar ). Atrium. ~ Lavant-cour à portiques fait également défauten Arménie. En avant de Sainte-Sophie de Constantinople, on distingueencore lamorce du portique qui entourait lavant-cour. .25 ,.. A Jérusalem, la plate-forme sur laquelle sélevait léglisejustinienne de la Mère de Dieu avait pour accès de véritablespro~ylées : ]a flg. 25 (porte Dorée) donne~{a lidée de leur im..pOT~811Cf s~ Ge leur stJlcc
  • 74. ANNEXES DES ÉGLISES. 71 La fontaine dablutions qui occupait le centre de lavant-courdes églises a laissé sa tradition à lAthos: presque toujoursdevant léglise est un puits recouvert dun édicule en forme dedôme cest le souvenir de cette fontaine qui sest conservé ~dans le bénitier de nos églises. Tours. - Beaucoup déglises syriennes ont leur portail flan-qué de tours qui paraissent de purs accessoires décoratifs(Kalb-Luseh, Tourmanin). Sainte-Sophie de Constantinople,Sainte-Sophie de Salonique conservent des vestiges de toursdestinées, si lon en croit la tradition, à renfermer ces instru-ments de bois résonnant par percussion, qui sont pour lesGrecs léquivalent de nos cloches. Les cloches appartiennent en propre à léglise latine, lusageparait sen répandre vers le 7° siècle: les tours élevées pourles contenir sont toutes postérieures à cette date (Saint-Apol-linaire-in-Classe à Ravenne; à Rome, Sainte-Pudentienne,Sainte-Marie-in-Cosmedin ). Baptistère. - Jamais la cuve baptismale nétait placée dansléglise même: laccès de léglise supposait le baptême; etcomme, jusquau 8° siècle, lévêque seul avait qualité pour leconférer, le baptistère nexistait quau voisinage des églisesépiscopales. Cétait une simple chapelle , primitivement sansautel, dont le plan est polygonal ou circulaire, et dont le centreest occupé par un -large bassin où le baptême se donnait parimmersion. Les principaux exemples sont le baptistère de La-tran; les deux baptistères, arien et orthodoxe, de Ravenne; larotonde de Nocera; en Syrie, Deïr-Seta, Mucheleha, Kalat-Semân; en France, Saint-Jean de Poitiers. TOMBEAUX. La tombe chrétienne a deux époques: lépoque des cata-combes, et celle des chapelles sépulcrales et des cimetières. Les catacombes ne sont autre chose que des galeries dan-CiennBS c8.rri>.. )S où les tombeaux sétagent SUIplusieurs rangs
  • 75. n ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. le long des parois: telles les catacombes de Rome, de Syra- cuse, dAlexandrie. A peine trouve-t-on de loin en loin, parmi les sépultures, un oratoire quéclaire vaguement un soupirail percé à travers le ciel de la carrière. La décoration, lorsquelle existe, se réduit presque toujours à des applications de stucs, et des peintures symboliques rap- pelant non les drames de la Passion,. mais les dogmes conso- lateurs du christianisme. Comme style, ces représe:qtations ont un charme :nconnu au paganisme, mais comme facture ils ne sont que des imitations naïves de la peinture antique; les cadres n10ulurés (lui les entourent présentent dans leur profil, avec une certaine gaucherie de modénature, une légèreté qui11est pas sans élégance. Les sarcophages, lorsquils portent des sculptures, rappellent les œuvres des basses époques de Rome: rien en somme, sinon lexpression des figures, qui ne soit elnprunté à lart païen. Arles possède les monuments dun cin1etière chrétien des premiers siècles: presque tous sont des sarcophages de même genre que ceux des catacOlubes, cest-à-dire copiés, aux sym- boles près, sur les tombes des nécropoles antiques. Viennent ensuite les tombeaux en forme de colonnes et lestombeaux en tours carrées, fréquents en Syrie; et enfin leschapelles funéraires. Ces chapelles funéraires se présentent comme des églisesde petites dimensions, mais se distinguent des églises par lesoin apporté à en assurer la durée. La préoccupation de la duréesemble étrangère à larchitecturè primitive des églises: les ba-siliques sont des lieux dassernblée quon renouvelle selon lesbesoins et auxquels on ne clcrnande que dêtre spacieux et bienappropriés au culte. Tout autre est la pensée qui domine dansla chapelle funéraire: celle-ci est avant tout un souvenir, unmonument pour lavenir. Aussi la tombe chrétienne nous four-nit les dernières applications du mode impérissable de con-struction quavait inauguré le Haut-Empire: la tombe de sainteHélène est une rotonde voÙtée vrailnent antique; celle desainte Constance contraste par lan1plÛlllûncore toute romaine
  • 76. 1l0NUMENTS FUNÉRAIRES. 13de sa structure avec les frêles basiliques dont elle est contem-poraIne. ~ti 50 Cest un teInple rond (fig. 26), entouré dune galerie circu-laire et précédé dune cour ovale. On a vu dans la rotonde le baptistère de la sainte en mêmetemps que son tombeau, et dans la cour ovale un ancien cirqueà peine modifié. En fait, lancien cirque nest autre chosequun cimetière, un de ces « campi santi » dont la traditionsest perpétuée jusquà nos jours. A Havenne, le tombeau de Placidie est une chapelle grecquesur plan en croix. La plupart des empereurs byzantins ont euleur sépulture à léglise des Saints-Apôtres. Parmi les chapelles sépulcrales, le tombeau de Théodoric tlRavenne (page suivante, fig. 27) mérite un examen particulier: Par son plan, il est de la famine du tombeau de sainteHélène ou des tombes peut-être païennes qui bordent les voiesLatine et Prénestine; par sa décoration, ainsi que la montréM. de Vogüé, il est syrien: Le caractère syrien de la décoration ressort de laspect desprofils; il ressortirait. non moins clairement des détails de lasculpture. Que lon rapproche les profils de corniches fig.27des profils syriens reproduits pag. 29, J, H, la communautéde style est frappante. Si lon envisage la structure, lanalogie se confirme: Lesvoûtes de létage inférieur sont darête et, suivant J.usag8sy..
  • 77. 74 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.rien, elles sont appareillées; mais, par une recherche dontlarchitecture syrienne noffre peut-être point dexemples, lap-pareil est à crossettes.)""...4 4 10 Quant à la coupole, elle bouleverse nos idées sur cetteépoque de misère où larchitecte semble devoir chercher lessolutions économiques et simples: Elle consiste en un bloc unique, une des pierres les plusgigantesques qui aient jamais été ren1uées. Cet âge, où les barbares sin1plantent sur les ruines de lEm-pire, nous ramènerait-il aux procédés mêmes des architecturesn1égalithiques, les premiers quo lhomrne ait pratiqués? La pierre, qui provient dIstrie, présente une forme élégiepermettant presque sans effort de lamener, par flottage entredeux navires, jusquau bas..fond où Je monument S8 dresse.
  • 78. ÉDIFICES CIVILS. 7:> Une fois à pied dœuvre la pierre, comn1e los blocs des dol-mens ou comme les obélisques égyptiens, aura été soulevéeprogressivement à laide de leviers équilibrés (tom. I, pag. II:et 36); et les murs qui la portent auront été exécutés en sous-œuvre: la machinerie rudimentaire des temps préhistoriquessuffisait. Il nest pas moins étrange de saisir, à cette époqueoù les goûts et les instincts des conquérants barbares sim-posaient à lart, un retour si manifeste aux effets et aux moyensdes architectures naissantes. CONSTRUCTIONS CIVILES ET MONASTIQUES. Nous avons décrit (tom. l, pag. 5üÎ) la maison syrienne delEmpire rOlllain : la plupart des maisons qui répondent à cettedescription sont des maisons chrétiennes; les inscriptions, lessymboles quon y distingue, la croix, le chandelier à septbranches, ne laissent aucun doute sur les croyances de ceuxqui les habitèrent. Les maisons des provinces h proprement parler by~antinesne nous ont laissé aucun vestige authentique. Des palais nousnavons guère que des descriptions. La ruine dite Tekfur-Seraïà Constantinople nest pas antérieure 3. loccupation par lesCroisés; mais les chroniques byzantines, interprétées par La-barte, ont permis de reconstituer le palais des Empereurs, aumoins dans ses traits généraux! dimmenses galeries, des pa-villons polygonaux flanqués dabsides, surmontés de coupoles,revêtus de marbres et de mosaïques. Cest dans ces pavillonsque lempereur apparaît aux ambassadeurs, assis sur un trônedor orné de lions automates. Près du trône sélève un arbreà rameaux dor. Les accents dun orgue aecompagnent cettemise en scène et, des rameaux de larbre, partent des sonsimitant le chant des oiseaux. Cette pompe asiatique se retrouveà Bagdad et sans doute est empruntée à la Perse. Au point de vue de la distribution générale, ce qui ressortdes descriptions est labsence de tout groupement symétrique:le palais est conçu comme une villa romaine, mais une villa
  • 79. ",n10 AfiCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.dont les salles seraient bâties et décorées ~l la manière deSainte-Sophie. Le cérémonial était un culte, les appartementsressemblaien t à des sanctuaires. Le monastère nous est connu par les ruines de Syrie et pardes traditions qui se sont perpétuées jusquà nous. En Syrie,~l lépoque de laffranchissemenl du christianisme, le couventest un groupe de pavillons où de spacieuses cellules se rangentle long des portiques. Dailleurs les détails sont ceux des mai-sons romaines de la contrée: supprimez la chapelle, rien nin-dique une demeure de moines. Linstant où la vie monastique se développe et achève tl,esorganiser paraît voisine du 10c siècle: cest tl partir de cettedate que les n10nastères prennent une physionomie distincte.Les couvents du Sinaï, :Iar-Saba près de la Mer Morte, les cou-vents coptes dÉgypte, surtout les Météores de Thessalie et lesmonastères de lAthos peuvent être cités comme les types prin-cipaux de larchitecture monastique du Bas-Empire. LAthosest une véritable province de moines gardant encore aujourdhuilaspect quelle présentait au 100 siècle: ses monastères sontà la fois des couvents et des forteresses. Saint-Paula sondonjon; presque tous les couvents possèdent des ports fortifiés.Une cour sétend au milieu des bâtiments monastiques: leslogis des moines et des hôtes en bordent les côtés; le milieuest occupé par léglise; le réfectoire lui fait face et, entre ]eréfectoire et léglise, est la fontaine dablutions. Comme détail daménagement, les cellules, rangées parétages, sont desservies pal des cloîtres; ou bien elles sonthordées de galeries en encolbellmnent, sorte de balcons ser- vant à la fois de cloitre et de vélanda. , ", , lR..VAUX D UTILITE GENERALE ET DE DEFENSE. A lexemple des Romains, lcs Dyzantins attachaient le plushaut prix à labondance des eaux; et Constantinople était dt.-pourvue dcau courante: ses citcrllcs et sos aquedlles comptent dontparmi les InOllUTI1el1t,s elle COD~81Ve les ruines.
  • 80. 0 U V R AGE S D U TIL 1 T BG É N B RA LE. 71 Les aqueducs étaient établis suivant le mode romaIn destlacés à plongmnent (tOln. l, pag. 582) avec regards en formede colonnes montantes. A Constantinople les citernes, assez spacieuses pour assureIpendant un siège rapprovisionnement dcau, consistaient eHhassins quelquefois à ciel ouvert, le plus souvent abrités pardes voûtes sur colonnes: nous en donnons fig. 28 un des pluslnagnifiques exemples. 28 ~ 51 Les grandes routes étaient pour la plupart des routes 10-Inaines; et les ponts byzantins nindiquent aucun procédé quinappartienne à .lart du Haut-Empire: lintérêt de ces pontsréside surtout dans les dispositifs de défense dont ils sontaccompagnés. Celui de Sabandja, œuvre de Justinien, a été visi-blement combiné en vue de la défense: une chapelle le ter- .mine, et cette chapelle nest autre chose quun châtelet. Desponts dAsie Mine.Jlre sont tracés suivant un plan coudé enzigzag, de façon à rendre impossible une charge de cavalerie. La préoccupation dominante des empereurs byzantins, futde couvrir leur territoire menacé au Nord par les Germains, àlEst par les Perses: Procope nous a lai~sé la description desEgnes de forts échelonnés le long des fr6ntières.
  • 81. 18 ARCHITECTURES DU BAS-EflFi"HE. Nous avons tracé fig. 29 le plan dun front (aujourdhui dé-truit) des fortifications de Salonique, et la vue dune des por-tions les mieux conservées de lenceinte de Constantinople. . Le front de Salonique, S, est une ligne bastionnée. 2~ " C) "" / / " If: / / ~" ..:"" -- ~ La coupe des fortifications de Constantinople offre en A unfossé où lon peut tendre les eaux et dont lescarpe est bordéedun parapet crénelé C; en arrière, un mur M casematé etflanqué de tours; plus en arrière encore, une autre enceinte Ndont les tours alternent avec les précédentes :en tout, troislignes de défense. De lune à lautre le relief augmente, de tellesorte que la ligne intérieure peut lancer ses projectiles par- Ù8,;;~)l1S le~) deux autres.
  • 82. OUVRAGES DE DÉFENSE. 79 Presque partout, suivant une remarque faite à propos desfortifications romaines, les courtines fUlent élevées dabord,les tours rapportées après coup. Nicée, I{outahia, Philadelphie présentent, avec moins dam-pleur dans lapplication, le n1ême système que Constantinople.Nous en retrouvons le principe dans les fortifications des portsde Tunisie, qui furent enlevés aux Vandales par les arméesde Bélisaire et qui durent être des centres dopération pour lescampagnes dEspagne et de Sardaigne: Utique, Tunis. Ce sys-tème est, aux détails près, celui de toutes les villes antiquesde lAsie: cest celui qui ressort des descriptions de Babylone,cest celui quont révélé les fouilles de Suse. Dans la fortifica-tion byzantine les épaisseurs sont moindres: mais la construc-tion, au lieu dêtre en terre sèche, est en maçonnerie. LA VILLE BYZANTINE. Nous avons passé en revue les principaux monuments dunegrande ville: ses églises, ses palais, ses monastères, ses ren1-parts. Pour compléter lidée de la ville byzantine il nous reste ilciter les bains publics, qui occupaient comme chez les Romainsune place importante et clont les villes turques ont recueilli latradition; puis les édifices destinés aux fêtes populaires. Cons-tantinople possédait un théâtre et un cirque.-Lamphithéàtre nefut jamais admis par la civilisation grecque et chrétienne delempire byzantin: Constantinople se contenta dun cirque; etlon sait le rôle quil joua dans son histoire. Elle possédait unforum entouré de portiques. Sur les places sélevaient les mo-numents honorifiques des empereurs: Justinien avait sa statueéquestre, Arcadius une colonne à. limitation de la colonneTrajane; sur lépine de lhippodrome sélevait un obélisque. Avec ses constructions civiles calquées sur celles du vieilem})1è2, Constantinople devait raIpeler la physionomie de
  • 83. 80 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE.Rome: mais lart byzantin nadmettait guère que les décora-tions intérieures; Constantinople était une Rome dépouillée dela splendeur de ses façades, et qui navàit supprimé de lar-chitecture païenne que deux types dédifices, les amphithéâtreset les temples. RÉSUMÉ. GÉNÉRATION, RELATIONS -ET INFLUENCES DES ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. Jetons un coup dœil sur lensemble des architectures quenous venons danalyser.1 - Leur domaine nest autre que le territoire de lancienneRome et le nlÎlieu où elles se développèrent est la société chré-tienne du Bas-Empire; quelles sont les attaches qui les relientsoit entre elles, soit avec les architectures antérieures? Nous avons distingué larchitecture latine, dont le type estla basilique à charpente; et ]es architectures du groupe byzantinoù rèsne la construction VOlltée. Larchitecture latine est visi-
  • 84. APERÇUS HISTORIQUES. Siblement la continuation de lart romain dOccident: mettons-ladès à présept à part et limitons la question dorigine au groupebyzantin. Létude qlie nous entreprenons tient de bien près à celle dela transmission générale des idées; et comme les idées sepropagent par la grande voie de la circulation et de~ échanges,cest la carte des courants commerciaux qui nous donnera laclef de ces relations, nous expliquera la formation et les in-ftuences mutuelles de toutes ces architectures. LE POINT DE DÉPART. Sur cette carte, il ne faut chercher le point de départ ùumouvement ni dans les contrées latines, ni dans les régionspurement grecques. Le 48 siècle est pour lEmpire romain tout entier un tempsde pleine décadence: Les provinces grecques noffrent plus quune civilisationvieillie; les provinces latines, plus usées encore, sont mena-cées dans leur existence même. Une seule nation garde, au milieu de cet affaissement géné-ral, de la vigueur unie aux souvenirs dun grand passé, cest laPerse sassanide. Là se continue un art puissant encore, dontle palais de Ctésiphon montre la vitalité. La Perse est, parmi les contrées qui confinent à lEmpire,la seule héritière des traditions asiatiques. Ce sOlli les idéesperses que nous avons reconnues au fond des premières ar-chitectures chrétiennes: -La ~erse est le foyer; et de ce foyerpartent (fig. 1), suivant OS, OA, OK, trois rayonnements dont .les directions sont celles: De lAsie Mineure et de Constantinople; De lArménie et des régions. transcauca~iennes ; Des provinces syriennes et de la côte sud de la lIéditcr- ranée.
  • 85. 82 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. Nous avons à suivre chacune de ces influences, et avant tout celle qui comprend Constantinople sur son parcours. , , LES COURANTS EMA~ES DE LA PERSE. 10 LE COURANT VERS CONSTANTINOPLE ET LE LITTORAL NORD DE LA MÉDI- , ., TERRANEE : CENTRES DE FORMATION ET DOMAINE DE L ARCHITECTURE BYZANTINE PROPREMENT DITE. Au sortir de la Perse, la principale voie (voie OS) longe uninstant lEuphrate, franchit les défilés du Taurus, suit la valléedu Méandre, et atteint la Méditerranée sur les côtes dIonie,vers Smyrne et Éphèse: le champ M où elle se développe estlAsie Mineure. Là, les influences de la Perse sassanide viennentse rencontrer avec les traditions romaines sur un sol où vitencore lesprit de lhellénisme. Ce point semble indiqué comme un centre de rénovation; Là, en effet, sélèvent dès le 4e siècle les basiliques demi-romaines, demi-asiatiques de Philadelphie, de Sardes, dÉphèse;là sopère entre les éléments grecs, romains et persans, cepremier travail de fusion doù lart byzantin doit sortir. Larchi-tecture pré-byzantine appartient en propre à lAsie Mineure;de lAsie Mineure, les procédés passent à Byzance; et Byzance,devenue Constantinople et centre politique du monde, consacreles méthodes nouvelles par la grande application de Sainte-Sophie, et les transmet non seulement à lEmpire dOrient, maisaux contrées occidentales. Précisons cette transmission. La navigation à courts trajets imposait entre Constantinopleet lEurope occidentale litinéraire suivant: Le golfe de Corinthe était un passage obligé, on transbor-dait à Corinthe; puis le commerce atteignait les régions duRhin par lAdriatique et Venise. Venise, entrepôt nécessaire du commerce du Rhin, étaitésalement le point de passage pour atteindre les Gaules,
  • 86. APznç us HISTORIQUES. 83 De même quon avait une première fois transbordé h. Co-rinthe, pour éviter les longues traversées on transbordait uneseconde fois à Venise; les transports se faisaient par terreentre Venise et Pise ou Gênes, et de la on atteignait la Gaulecentrale par la vallée du Rhone; lAngleterre, en traversant laGaule en écharpe par le Périgord, pour reprendre à la Rochellela navigation sur lOcéan. A cette ligne de comn1erce répond une traînée dédificesbyzantins: Ce sont en premier lieu les monuments byzantins des côtesde Macédoine: lAthos, Salonique; puis ceux de la Grèce propre.Sur la cùte de lAdriatique, Zara. Au fond de lAdriatique, lesmonuments de lExarchat: Ravenne, 11ilan; Venise et le groupedes Lagunes. Sur le Rhin, Reichenau et le groupe dAix-la-Chapelle. Dans le sud de la France, les monuments byzantinsdArles; enfin, entre Narbonne et la Rochelle, toute une colo-nie architecturale dont le centre est le Périgord et dont ledétail trouvera sa place dans l"étude de notre art du n10yen,..age. A càté de cette diffusion par le commerce, nous devons n1en-tionner les migrations de lart de Constantinople par lexil.Lhistoi}"e nous fournit deux exemples de ces bannissementsqui portèrent au loin des germes dart: celui des hérétiquesnestoriens, sous Théodose II, et celui des sculpteurs byzantinslors des persécutions iconoclastes. Les principes dart quapportèrent en Égypte les réfugiésnestoriens se sont perpétués dans larchitecture des Coptes etont influé sur celle des conquérants arabes: mais ces principesse réduisent à ceux qui étaient en vigueur à Constantinoplemême au moment de leur exil: la migration nestorienne re-monte au 5° siècle, cest-à-dire à une époque où larchitecturebyzantine existait à peine; lart qui simplanta sur le soldelÉgypte ne pouvait être que larchitecture des basiliques dupremier âge de Constan tinople.
  • 87. 84 ARC HITECTURES DU BAS-E KPIRE. Quant à la proscription iconoclaste, elle date dune époquede pleine floraison de lart; et, en faisant passer à la cour deCharlemagne toute une génération dartistes, elle dut puis~arn-ment contribuer au développement de cette colonie byzantinedu Rhin créée par le commerce et dont Aix-la-Chapelle est lecen tre. Reprenons la série des migrations par le commerce: 2° LE COURANT ARMÉNIEN. En même temps que sopère vers Constantinople ce rayon-nement fécond de la Perse qui a provoqué le grand essorbyzantin, de cette même Perse part selon la direction OA unsecond courant qui remonte lEuphrate, gagne la région deTrébizonde et atteint lEurope centrale par la mer Noire et lesfleuves qui sy jettent: En Arménie, les principes de lart perse, dont le foyer. sétaittransporté à Bagdad, donnent naissance à cet art original quenous avons analysé (pag. 21, 30 et 58); cet art arménien fran-chit la mer Noire et se répand dans le sud de la Russie et lesprovinces danubiennes: le style des églises russes de pokro.wa,Kief, Vladimir, celui des églises de la Roumanie, et surtout dela Serbie (pag. 61), est arménien bien plus encore que hy-zantin. Ainsi tout le littoral de la mer Noire, de Trébizonde au bassindu Danube, se trouve rattaché au domaine de lart arménienet, par lart arménien, aux traditions de la Perse sassanide. Arriv6es là, les idées de lAsie ont devant enes des voies depénétration tout ouvertes, ce sont les fleuves tributaires de lamer Noire et de la Caspienne, le Danube, le Don, le Dniestr, leVolga. Aujourdhui même, le Volga est une des grandes lignesdu commerce asiatic{uedont lentrepÔt est Novgorod; le Dniestr,se raccordant il la Vistule, conduit aux confins de la Scandina-vie: Et en effet, clans la NofYège, dans la Suède aussi bien quen
  • 88. APERÇUS HiSTORIQUES. 85Russie, la présence de lart asiatique est palpable. Le croquisdune église norvégienne (fig. 2 A) montre combien est pro-fonde lempreinte de lAsir. "" 4/ / fit ~~ ) ~ ~/. B ~. ~/ L,. . /~ -~ . ; I Linfluence ne sarrête pas à la Scandinavie. Ce style orne-mental, transporté par le flot des Northmans, redescend lelong des côtes de lOcéan, pour se reproduire dans les décora-tions romanes de lAngleterre, de lIrlande et de la Normandie.Voici (fig. 3) quelques exemples de décors visiblement asia- 3 ~ =01110 DIIIÇ?-tiques empruntés à la sculpture des tympans de Bayeux: lelion grimaçant de la Perse sassanide, les entrelacs de lArmé-nie. Pour accentuer lanalogie par un rapprochement, nousmettons en regard de léglise norvégienne A un détail dat-ch1teCtU!2B emprunté à la tapisserie dite de la re1ne :MathildB.
  • 89. 86 ARCHITECTURES DU BAS-EMPIRE. En Irlande enfin, les détails de.la décoration usuelle pré-sentent avec ceux de lArménie des ressemblances qui ont étédepuis longtemps remarquées, et que paraît expliquer ce loin-tain rayonnement de lAsie. Tel est le circuit immense que parcourt lart de la Perse.Tandis que, par lintermédiaire de Constantinople, il envahittout le littoral européen de la Méditerranée, par lintermédiairede lArménie il gagne le pays des Northmans et de là les càtesde lOcéan. 3° LE COURANT SYRIEN. Un dernier courant OK, émané de la Perse, se dirige versles côtes de Syrie. Il apporte en Syrie ce mode de bâtisse(pag. 17) qui nest que la traduction en dallages sur arcadesdes voûtains sur arcades de la Perse. Puis ce courant se pro-longe suivant le littoral sud de la Méditerranée et, parvenuen T à la hauteur de la Sicile, au point doù partirent jadis lesflottes carthaginoises, il se bifurque, lançant une branche versGibrrdtar et lEspagne, une autre vers la Sicile, lItalie méri-dionale et la vallée du Rhône. Sur tout ce parcours, linfluencepersane prend la forme arabe et laisse sa trace. En B le cou-rant ar~be se rencontre avec une dérivation du flux byzantin:les deux influences arabe et byzantine se mêlent et donnent lesarchitectures à ogives de la Sicile et des Calabres. Cest au rayonnement de larchitectUre syrienne quest dû(pag. 7/i) le monument de Théodoric à Ravenne. RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE. Nous avons parcouru les influences, essayons de preciser lesdates. Larchitecture latine du Bas-Empire, qui ne vit que dimi-tatjon, na point, à :propre"11s.,tpfTler, de chronologie, cest
  • 90. APERÇUS HISTOHIQUES. 8iseulement pour les architectures de lOrient quil y a lieu dedistinguer des époques: Le peu que nous savons des l110numcnts bâtis à Constanti-nople au moment où la ville fut élevée au rang de capitale,paraît indiquer comme système général de construction lemode des basiliques. Parn1i les ruines, les seuls ouvrages voû-tés qui fassent pressentir les n1éthodes byzantines, sont lesciternes monun1entales que nous avons décrites pag. 77; ony reconnaît lidée de la voÙte sur pendentifs et une imitationencore timide des procédés que lécole dAsie Mineure appliqueen grand dans les basiliques de Philadelphie et de Sardes. Du 4e au 6° siècle, de Constantin à Justinien saccomplit untravail dont il serait difficile de reconstituer lhistoire, maisdont le résultat se révèle par un éclat subit: Tout à coup, parun essor sans précédent, on voit sélever à Constantinopleléglise de Saint-Serge; à Ravenne, Saint-Vital; et enfin, lechef-dœuvre de larchitecture byzantine, Sainte-Sophie. Cet essor est aussi court quil avait été brusque: à partir du 6e siècle, larchitecture (comme la société tout entière tombe dans une sorte de torpeur. Les doctrines iconoclastes ôtent définitivement à lart de ses moyens dexpression; larchitec-ture byzantine, qui pousse au loin des rejets, languit sur son sol natal, et ny reprend quau 108 siècle sous les princesde la dynastie macédonienne: Alors on inaugure les hardiescombinaisons des dômes il tambours élancés; on arrive auxbelles dispositions déglises de lAthos et de la Grèce. Puis lartretombe dans le formalisme et se traîne dans la reproductionde types désonnais consacrés, jusquau jour où nous le verronsse plier aux exigences du culte musulman et se continuer dansles grandes mosquées de Constantinople. La chronologie de larchitecture byzantine peut donc se ré-sumer ainsi: Une période de préparation, oÙ eli.(~représente l école or~eTl~
  • 91. 88 ARCHITECTURES DU BAS.EHPIRE.tale de lart romain: période à laquelle appartiennent les basi-liques à dômes de lAsie Mineure; Une période obscure de formation qui remplit lintervalle du48 au 68 siècle et aboutit sous Justinien, vers lan 530, à lamerveille de Sainte-Sophie; Du 78 siècle au iDe, un temps darrêt; Au 108, une dernière reprise, marquée par la constitutiondéfinitive du type déglises dont lAthos a conservé la tradition; Et enfin une immobilité hiératique où se personnifie la sociétédes derniers temps du Bas-Empire, société vieillie sous undespotisme asiatique et sous une théocratie inflexible: désor-mais lart byzantiin cesse davoir une histoire; ce quilétaitsous les Comnènes il l est aujourdhui: durant huit siècles en-tiers il garde une égalité de caractère dont on trouverait àpeine lexemple dans larchitecture de lÉgypte au temps desPharaons.
  • 92. XIV. ARCHITECTURES MUSULMANES. Nous reprenons ~tson point de départ en Perse le courantdidées que nous venons de suivre dans les architectures chré-tiennes. Lart musuh11an, qui comn1ence au 7C siècle, apparaît aumoment où les architectures byzantines sont pleinement con-stituées : il en subit linfluence. Mais les contrées où il prend naissance sont celles où lartbyzantin navait pas encore jeté de racines profondes; au lieudaccepter les procédés byzantins, lart musulman remonte à lasource doù ces procédés sont issus, et en sinspirant des prin-cipes qui avaient dominé larchitecture de Constantinople, ilarrive a des combinaisons, à des formes entièrement étran-gères à lEmpire grec. Le foyer, pendant les 7° et gc siècles, est à Damas et auCaire; vers le go siècle, il se transporte à Bagdad, puis à Cor-doue. Cest en Syrie que lon saisit les débuts de lart musulman. Au moment de la conquête, le mode de construction qui ré-gnait en Syrie était celui des terrasses sur arcade;;, celui qui estencore actuellement en vigue~r à Damas et ne diffère du sys-tènle antique du Haurân (pag:17) que par la substitution duneplate-forme de charpente à la place de la toiture en dallage: Ce système, persan dorigine, est celui des monuments des . A. ,. 1 . A.prerrners ageC de l lS_an1lSme; 1 a mosqu é e vout ée n apparaLra "t
  • 93. ~o ARCHITECTURE S MUSULMANES.que tardivement, et marquera dans lhistoire des architecturesmusulmanes un second âge des influences persanes. LES PROCÉDÉS. J. - CONSTRUCTION A TOITURES SUR ARCADES. Quon imagine des arcades rangées par files parallèles, etsur ces arcades une terrasse ou de petits combles: telles étaientles premières mosquées de Syrie, dÉgypte et dEspagne. LesPersans, qui bâtissaient presque exclusivement en brique, nepratiquèrent jamais larcade sur colonnes; chez eux larcaderepose sur des piliers carrés en maçonnerie: larcade arabe aucontraire est presque toujours sur colonnes. LES PROFILS DARCADES. Indépendamment du plein cintre les Musulmans emploientcour~mment (fig. 1 B) rare en fer à cheval qui est rare danslarchitecture byzantine, et logive A qui lui est étrangère. J A B ( a. - Logive. - Logive, que nous avons entrevue (tom. I,pag. 123) dans la Perse sassanide, est la forme ordinaire delarcade arabe. Au point de vue des poussées, ladoption de cette forme mar-querait un réel progrès, si les Arabes nen avaient atténué lesavantages par une disposition maladroite des plans de litsqu )ils font converger vers un centre unique A. Reconnaissons
  • 94. p n 0 C É D}: S. 91dailleurs que cette faute ne se produit jan1ais dans les voûtesdappareil où elle entraînerait des con1plications de taille;pour les voùtes de brique au contra.ire, elle facilite lexécutionen permettant de régler les inclinaisons des lits à laide dunsimple fil directeur fixé en A. , b. - Larc outrepass é . - L arc outrepasse, l arc en f el a 1cheval offre une particularité de construction analogue: seslits convergent vers un centre B qui ne correspond point aucentre de courbure. Nous avons rencontré larc outrepassé dans les constructionssassanides de Ctésiphon. Là on en lit lorigine. : j q - M F J ê ~ =-1 rJ [ r=~ Les pieds-droits (fig. 2 M) présentent au niveau des nais-sances une retraite R destinée à porter le cintre. La maçonnerie terminée, lintrados a été revêtu dun enduit;et il était tout naturel de profiter de cet enduit pour établir au-dessus de la retraite R un glacis se raccordant avec le pare-ment de larc. Ce mode de raccord ~ngendrait la courbure en fer ~lcheval:chez les Arabes la forn1e a survécu au procédé. c. - Larc lobé. - Larc lobé (fig. 2 N) sexplique par desraisons de même ordre. Dans une contrée où le bois est rare,on ne donne de cintre quà la partie haute de larcade, et lonfait porter le cintre par des corbeaux S en saillie sur lintrados.La construction achevée, au lieu de détruire ces corbeaux onles conserve en les noyant dans le massif de lenduit: lenduitqui les habille prête de lui-même à lintrados la forme lobée, si .earactéristique de lart arabe.
  • 95. 9Z ARCHITECTURES MUSUL1~ANES. d. - Larc en accolade.- Leprofil « en accolade» est une va-riété récente, sans doute empruntée à lInde (tom. l, pag.162). Absolument injustifiable dans les constructions en brique desArabes, il était à sa place dans une architecture telle que cellede lInde qui procède par assises de pierre savançant en sur-plomb: son emploi aux derniers temps de lart arabe impliqueune de ces imitations non raisonnées et une de ces erreurs deconstruction qui signalent les époques de décadence. LES ORDONtlANCES DARCADES. Arcs étagés, enchev~trés. Nous arrivons à la disposition --en apparence étrange de ces arcades tantôt étagées, tantôt ,enchevêtrées dont la fig. 3 indique laspect. 3 . --- ... , ,-- , ,< .... ,, .... .... l , l , 1 1 A D Elle résulte.du besoin dobtenir des ordonnances de grandehauteur au moyen de colonnes de petite dimension: A Cordoue on a franchement élevé, au-dessus dun premie,étage de colonnes, un second étage soit de piles (solution A),soit de colonnes (solution 13). Mais on ne pouvait opérer cette superposition quau détri-ment de la stabilité: pour éviter dans ce quillage les effets deflambement, on eut recours à des arcs dentretoisement; ladouble rangée darcs indiquées en A na prlSdautc8 origine.
  • 96. PRO CÉ DÉ S. ~3 Puis, le principe posé, lidée venait naturellement de réuni..les quilles de deux en deux par des arcs dentretoisement, etcela donnaitla variante B (les arcs dentretoisement sont indi-qués sur la figure par un trait pointillé), Ce mode nouveau avait lavantage dassurer un surcroît derigidité; à tous égards il était rationnel. Découpez en festons les arceaux enchevêtrés qui se pré-sentent ainsi, et vous obtenez avec tous leurs détails les arca-tures dun effet si saisissant de la mosquée de Cordoue. Les découpures peuvent dailleurs sobtenir (fig. 4 C) àlaidede briques saillantes et dun garni de mortier. Arcs à tympans en claire-voie. - Ces arceaux sans tympanspeuvent à la rigueur se déformer: 1 Pour en raidir lextrados et en même temps pour le faire58TYirà porter 18.toiture, à lAlhambra (fig, 4:M) on les a sur-
  • 97. Vi }.ne H1TECTURES MUSULMANE 3.montés de tympans en brique formant un réseau de garnituredont les mailles sont remplies par des panneaux décoratifs. , . RÉPARTITION DES TYPES D ARCADES ENTRE LES ECOLES - DE LART MUSULMAN. Ces àivers types darcades se classent nettement par écoles: Larcade persane présente presque toujours un profil enogIve. Larcade de Syrie, dÉgypte et dEspagne garde jusquauDesiècle la forme en plein cintre ou bien en fer à cheval: àpeine logive sannonce-t-elle dans la mosquée dite dAmrou pardes arcs dont le sommet présente une imperceptible brisure:logive ne prévaut en Égypte quà dater de la mosquée de Tou-loun (fin du 9° siècle). . Lécole dEspagne exclut logive dune façon presque ab-solue. En revanche elle possède en propre les arcades enchevê-trées fig. 3 dont le type est Cordoue, et les tympans ajourés(pag. 93) dont le type est lAlhambra. Les arcs lobés ne sontadmis dune façon courante quen Espagne ~t dans les régionsde la côte africaine qui confinent à lEspagne: le Maroc et lAl-gérie. LES CIIARPENTES. Ter1asses et c01nbles. - La charpente des terrasses est unsimple solivage soutenant, par lintermédiaire dun plancher,la couche dargile qui sert de garantie contre les chaleurs etles pluies. Les combles h. versants, qui sont de véritables exceptions,se partagent entre le type archaïque de la ferme à entrait por-tant, et le type romain de la ferme ~ttirant: PJ) s."stèrIle de III ferme à entrait partan!, al Lrtiennent les
  • 98. PRO C É DÉS. 95toitures de tradition fort ancienne qui abritent les rues deDamas (fig. 5 A). Ce quon a pu retrouver des combles primitifs de la mosquéede Cordoue indique des fermes à tirants; et très probablement.les termes des grands édifices arabes différaient peu de cellesque nous aurons à décrire à propos ,des églises de la Sicile, oùlart est un mélange des architectures arabe, latine et byzantine. II A NE35 D Pour les poutres de plafonds et pour les solives de terrassesi,on navait guère que des troncs de palmier; le palmier est leplus médiocre des bois: au lieu de compter sur sa résistancepropre, on en faisait seulement lâme, que lon moisait entredeux madriers de champ (fig. 5 B) : et cet artifice a laissé sonsouvenir dans le profil arrondi de la plupart des poutres exé-cutéesen bon bois, et dans la pratique arabe dhabiller cespoutres dun coffrage de menuiserie. 6 A Î. Constructions de terre sur ossature de charpente. - Au lieude terT8,sses reposant sur un solivage, les Arabes des régions
  • 99. 98 ARCHITEC.TURES MUSULMANES.sahariennes se contentent (ma.is cette solution nest admissibleque pour les très petites portées) dune ossature en stipes depalmier sur laquelle ils bâtissent, par une sorte de pigeonnagequi nexige aucun cintre, des caissons de terre ayant laspectde voûtes en arc de cloitre. Lexemple A fig. 6 est empruntéà une mosquée de Tougourt; les détails réunis sur la mêmefigure proviennent des constructions mixtes, de terre et debois de palmier, qui se pratiquent au désert dAfrique. Ddmes en charpente. - Enfin les Arabes étendent à larchi-tecture les procédés de construction des coques de navires: le 7dôme en bois de la Sakhra à Jérusalem est exécuté par desprocédés visiblement empruntés h la chrlrpenterie navale. La mosquée (tlg. 7) est Ulle rotonde, et le dôme qui la SUl..monte est constitué, ainsi que lindique le détail A, par deux
  • 100. PROCÉDÉ~. 97coques emboîtées luno dans lautre et nlutuellement indépen-dantes., Chacune delles est nervée par des membrures répon-dant à des « couples » do navires; des entretoises horizontalesmettent de la solidarité entre ces « couples », et un bordageen planches fornle parmnent. Une inscription fixe la daté de cette coupole h lan 1022 denotre ère. La mosquée EI-Aksa, qui fait partie dp.lnème groupedédifices, reproduit vers la nlème époque les mèmes disposi-tions de coupole en charpente. A son tour, la coupole de la Sakhla en remplace une plusancienne renversée par un trenlblement de terre, ce qui paraîtfaire remonter le type au delà du 11c siècle: très probablementle principe est emprunté à ces constructions de la Syrie cen-trale, telles que la cathédrale de Bosra, où les tambours desdômes accusent par leur minceur même la structure en char-pente des voûtes quils portaient. , II. - CONSTRUCTIONS VOUTEES. VOUTES EN BERCEAr. La Perse, contrée totalement dépourvue de végétation fo-restière, est le pays classique des voûtes sans cintrage. Nousavons décrit (tom. l, pag. 123) les berceaux de briques ou deplaquettes de pierre maçonnées par tranches, qui répondent ~lcette condition de sexécuter sans charpentes auxiliaires. Telssont les berceaux de la Perse du moyen ~ge et, peut-on dire,ceux de tout lOrient musulman; la construction par lits rayon-nants., qui exige des cintres, nest adnlise que pour les arcsisolés, et pour lest~tes des berceaux. Lorsquon a besoin dune grande solidité, cest-à-dire duneforte épaisseur, on exécute la voûte par « rouleaux» emboîtéslun dans lautre; et il est clair que la sujétion de la construc-tion par tranches ne simpose que pour le rouleau intérieur;cest le seul qui soit bàti par tranches, ceux qui lenveloppentsont ordinairement maçonnés à lits rayonnants: association
  • 101. 98 ARCH!TECTURES MUSULMANES.très rationnelle des deux systènles, qui dailleurs remonte àlantiquité la plus haute (tom. l, pag. 71). , Dans la région des naissances, les voûtes persanes pré-sentent, dès r époque sassanide, une structure « en tas decharge» (fig. 8), qui décèle une très pénétrante analyse desconditions de la stabilité: R x A B Les reins sont montés par lits horizontaux qUI surplombentprogressivement sur le vide, et la partie clavée ne commencequà une hauteur notable au-dessus des naissances. La partie clavée pousse, la partie par assises horizontalesfaisant sommier résiste: développer les sommiers aux dépensde la par6e clavée, cest à la fois restreindre la poussée etaugmenter la masse résistante. Cest en même temps simpli-.fler le travail. Deux moyens sont employés pour raccorder la voflte clavéeavec ses sommiers en tas de charge: Tantôt ( croquis n) une transition est nlénagée h laide das-sises progressivement infléchies; Tantôt (A) les assises en tas de charge sarrêtentsuivant unplan incliné X SUllequel le clavage prend son appui. VOUTES SUR NERVURES. Quelques mosquées ~l charpentes des prenlÏers temps delislamisme présentent de petits sanctuaires, des « mirhabs »abrités par des VOlltes dont la fig. Û indique la structure:, Ce qui fait lintérèt de ces petites voÙles, cest quelles sonta nervures.
  • 102. P:HOCÉDÉS DU Les Arabes serment-ils les initiateurs du systèmel cela estplus que douteux si lon songe à leur peu desprit inventif. Ilest tout aussi invraisemblable que la solution proviehne delArménie où elle na été admise quà titre exceptionnel: iori-gine ne pourrait être rétablie que par conjecture. !I w " Cest vers le 10° siècle que ce genre de voûte apparaît danslarchitecture arabe: Le mirhab de Cordoue remonte authentiquement à lan 965 ~les autres monuments où ce système nervé se reproduit, enparticulier la mosquée de la Luz à Tolède, sont de peu posté-rieurs: la nervure existait dans lart arabe un siècle et de.miavant de sintrGduire dans notre architecture. VOUTES DARÊTE. Ce système à nervures qui convenait si bien aux voûtesdarête, les Arabes ne le leur ont jamais appliqué. 1Is ont em-ployé de bonne heure la voûte darête; aux époques récentes,en vue dajouter à leffet décoratif, ils ont multiplié de partipris les pénétrations: toujours ils les ont appareiHées eIl be-
  • 103. 100 ARC H J TEe TU RES :rdU SUL MAN E S.sace (tom. 1, pag.. 518), mais toujours ils leur ont donnéra~pect darêtes vives., Il était réservé aux constructeur~ go~thiques dadapter la nervure à la voûte darête: extensiondidée qui contenait en germe toute une révolution. COUPOLE~. - 1° DISPOSITIONS DIVERSES DE LA CALOTTE. Cest au 14° siècle, a lépoque où le sultan du Caire Hassanenvoie en Perse ses architectes pour senquérir des procédés,(lue se généralise le système de la coupole sur pendentifs. La fig. 10 met en regard les types principaux de dômes usitésdans les architectures musulmanes: M 10 , . , 1 c 1 l, l . I.J i 1 1 J/ 1 i 1 1 1 1 (I-f 1 ----T a. -- Le type normal. - Le dôme persan A est tracé suivantun profil très surhauss(~. Souvent la coupole, sphéroïde dansla partie inférieure, dégénère vers le somInet en un cône, cequi supprime une difficulté de construction que nous avonssignalée à propos de larchitecture byzantine: la difficulié doconserver aux lits, dans la région du sommet, uno direction .pelpendiculairo à celle de lintrados. Les autres formos no sont que dos variétés du dôme persan:en D le profil devient absolument conique; en B il prend unaspect alvéolé: on E il devient bulbeux. b. -- Le dôrne en maçonneJie creuse. - La ûg. 11 montrele dômu porsan réaliSé à lnid0 non point dU1l8 maç.onnerie
  • 104. PROCÉDÉ:J. 101pleine, mais de deux coques de brique reliées (détail M) pardes éperons et des arceaux dentretoisement : on obtient ainsi il 1 1 1 M ~ W"~1" . ~une voftte tout aussi rigide quune voûte pleine, mais plus lé-gère et de moindre poussée. Lexemple fige ff provient de lamosquée de Sultanieh. l;. - Le dôme conique.- Nous reproduisons en A (fig. f2ci-çontre) la voûte conique dun tombeau de Nicée: cest lavoi1.tearménienne exécutée en brique. La voûte conique apparaît en Arménie vers le f 0° siècle; auff e, les Seldjoucides se lapproprient et lappliquent dans lesrégions où ils simpl~tent, de la Cappadoce au Bosphore. Profitant des facilités que procure lemploi de la brique, ilsdonnent au dôme des reliefs côtelés, un parement plissé qwajoute à la rigl,ditê et contribue à leffet.
  • 105. iOz AnCHITbCTURBS M,8ULMA:NES. d. - La d~me alvéolé. - La fig. 12 montre en B laspectdune voûte en cône alvéolé. 12 A Les lits sont exactement horizontaux, ct le dôme se com-pose de petites niches sélevant par encorbellement les unesau-dessus des autres. Un des plus anciens exemples de cettesorte de voûte se voit au tombeau dit de Zobéide à. Bagdag ;nous la retrouvons près de Suse au tombeau de Daniel, etc. e. - Le dôme bulheu:l:.-- Vient enfin la coupole bulbeuse(fig.10 M). Ce profil, à peine indiqué dansla voûte en charpentede la Sakhra (pag. 96, fig. 7), ne prend .son importance quenPerse vers le 160siècle, h une époque où lislamisme envahis-sait lInde: très probablement il se rattache à ,des influencesde lInde où nous en avons reconnu lexistence à une date bienantérieure (tom. l, pag. 164). La partie renflée sexécute parlits horizontaux, un chaînage la maintient; ct la coupole pro-prement dite ne commence quà linstant où le renflement cesse. 2° DÉTAILS DES PENDENTn~s. a. -, Coupole,~SUlpendentifs en trompe. -Le pendentif, danslG;J arvlJi,tectUTe)3 ElUsnlmr:Jes, dé~(iYe du type e~J. troIDT"~ de}
  • 106. PROCÉDÉS. 103Perse antique (fig. 10 A). Quelquefois il en reproduit et laforme et la structure; le plus ordinairen1ent il se construit parassises horizontales savançant sur le vide. i3 ~. ;":. DER-ABAt La fig. 13 (tombeau persan à Deh-Abad) offre un exempledes dIspositions dintrados, en nombre dailleurs illimité, aux-quelles donne lieu ce mode de construction. Lorsque le pendentif est de grande portée, les assises ainsiéchelonné,es en tas de charge risquent de saffaisser. Pour parer à ce danger, on a recours à des arceaux enbriques de champ, tels que A, qui sexécutent sans cintres,donnent du raide et soutiennent les masses en surplomb. Cesarceaux dessinent sur le parement de grandes courbes cor-rectes; quant aux lits horizontaux, leur tranche se décou:pp en
  • 107. i04 ARCHITECTURES MUSULMANES.festons qui produisent par leur étagement des dentelures plusou moins capricieuses, éveillant bien le sentiment dune struc-ture par encorbellement. b. - Voûtes àpendentifs alvéolés.- Parmi linfinie variété desformes dintrados auxquelles se prête la maçonnerie par litshorizontaux, choisissez une découpure à redans telle que cellede la fig. 14 B : immédiatement vous obtenez un parement al- i4 A "véolé; puis arrondissez les angles rentrants au moyen dun peude plàtre,vous arrivez h.des effets qui font pressentir ceux desvoûtes « à stalactites» dont les Arabes dEspagne nous ontlaissé de si surprenantes applications. c. - Voûtes à stalactites. - Lépoque des voûtes en stalac-tites succède à celle des voûtes alvéolées de lart seldjoucide :cest celle de lAlhamhra (13° siècle). Ces combinaisons à aiguilles pendantes, dont nous analy- serons le mécanisme en traitant de la décoration arabe, sont moins des vOlltes que des agrégations de prismes de plâtre, Qrdinairement creux, formant un assemblage dont les coupes sont verticales, et qui par conséquent na rien de commun avec la voûte quant au mode déquilibre. Lensemble ne tient que par ladhérence du pl~tre qui relie les prismes des st4:11ac-
  • 108. PROCÉDÉS. i Or,tites et par une chape de plàtre qui les enveloppe et achève deles souder: au point de vue de la construction, ces voûtes sontdes monolithes creux. d. - Cas exceptionnels de voûtes SUlpendentifs en trianglesphérique. - Le pendentif en triangle sphérique appartient enpropre à larchitectu~e byiantine; sil intervient dans les ar-chitectures musulmanes, cest seulenlent après la prise deConstantinople par les Turcs. La fige 14 reproduit en A une des rares applications du sys-tème chez les Persans; dans ces pendentifs, empruntés auxgaleries du pont dIspahan, les assises sont capricieusementdisposées suivant un réseau de lignes décoratives. CHRONOLOGIE DES DOMES. Telles sont les principales variétés du dôme. Leur chronolo-gie peut se résumer comme il suit (diagramme page 100): 1°. - Période des origines (type A) : Coupole àprofil ovoïdetrès surhaussé reposant sur des pendentifs en trompe (monu-lnents de la Perse antique); 2°. - 12" et 13" siècles (types B et D) : Coupoles coniques,lisses ou alvéolées, de larchitecture seldjoucide; 3°. - 14° siècle (type C) : Coupoles sur pendentifs par litshorizontaux ( mosquée dHassan). Vers cette époque se placent les coupoles à double coqueavec éperon de liaison, dont nous avons trouvé lexemple à ..Sultanieh (pag. 101). 4°. - 16. siècle (type E) : Coupole bulbeuse, importée delInde. LES COMBINAISONSDÉQUILIBRE. Artifices de tas de charge. - Rappelons dabord, parmi lesartifices déquilibre, cet ingénieux moyen de restreindre et demaintenir les poussées en construisant (pag. 98) toute la par-tie basse june voûte par assises en tas de charge.
  • 109. 106 ARCHITECTURES MUSULMANES. Chaînages. - Presque toutes les voûtes élevées sous lesinfluences persanes aussi bien que sous les influences byzan-tines, sont maintenues, au moins pendant leur construction,par des chaînages en charpente. Les arcades de la grande mosquée dAmrou au Caire ont<.:onservéles tirants de bois qui en annulent la poussée. La plu-part des coupoles, et surtout les coupoles bulbeuses du16° siècle, contiennent noyés dans leur maçonnerie un ou plu-sieurs anneaux de chaînage en charpente. Souvent même onrenforçait ces anneaux de chaînage par des tirants transver-saux quon recépait quand la construction avait pris charge. Lacoupole inachevée de Deh-Abad (fig. 13) conserve encore ses tirants auxiliaires. Système de butée. - Cest aussi une pratique des construc-teurs musulmans de placer, comme ayaient fait les anciensPerses, les Romains et les Byzantins, les organes de butée àlintérieur des édifices. Les plans des deux principales mos-quées dAndrinople (tlg. 15) sont entièrement combinés daprès i5 B >---cet esprit: le plan A est celui de la vieille Mosquée, bâtie au14° siècle par Mohammed pr; le plan B, celui de la mosquéeélevée au 16° siècle par le sultan Sélim. Il est des édifices où les combinaisons de butée se n10ntrentaussi savamment conçues (lue celles de notre moyen âge. La mosquée de Sultanieh, dont nous avons donné (fig. 11) lesdispositions générales, est un modèle déquilibre: Les berceauxdes, galeries hautes constituent de véritables arcs-boutants quiassocient les parois extérieure) à la butée de la grande voûte. La charge, de Cjtte grande voÙte, pesant sur les arcs de tê"c
  • 110. FORMES. t07(lui la portent, se résout en poussées qui sexercent aux anglesdu tambour: pour assurer la stabilité des massifs dangle, onles a lestés par le poids des minarets. Ces minarets jouent unrôle de surcharge absolument équivalent à celui .des pinacles(lue nous verrons appliqués au sommet des contreforts de noséglises. Et ces poussées si habi1elnent contrebutées sont atté-nuées elles-mêmes dans la mesure du possible, grâce au modede construction légère de la calotte dont toute la masse estévidée. Si lon excepte lart gothique, aucune architecture neportera plus loin lanalyse des efforts qui se développent dansune construction voûtée et nemploiera pour les combattre desartifices dune plus ingénieuse élégance: ce nest plus, commedans les concrétions romaines, la masse inerte qui résiste.cest un organisme vivant qui agit. LES FORMES. LES PRINCIPAUX MEMBRES DE LÉDIFICE AU POINT DE VUE , DECORA TIF. Les éléments décoratifs admis par les architectures mu-suimanes dérivent des mêmes sources que les procédés deconstruction, ils sont persans ou byzantins. lA colonne et larcade. - Nous avons énuméré les variétésde larcade et établi une distinction entre lécole perse quinadmet que le pilier carré, et les écoles [arabes où le piliers)associe à la colonne: on empruntait des colonnes à des édi-fice~ antiques et, comme dans larchitecture byzantine, on secontentait de surmonter le chapiteau dun tailloir recevant laretombée de larc. Il faut descendre jusquau 13° siècle pour rencontrer descolonnes dun caractère vraiment original: celles de lAlham-hra (fig. 4, pag. 93), celles de lAlcazar de Séville présententlaspect effilé des colonnettes gothiques dont elles sont contem-poraines, €~,sont couronnées de chapiteaux rappelant, sauf desnuances dE 8ty.[: le 8bapiteau cubique des Byzantins.
  • 111. f08 ARCHITE CTURES MUSULKANES. Nous avons classé par écoles (pag.94) les types principauxdarcades musulmanes. Comme décoration, ces arcades pré-sentent fréquemment une alternance de voussoirs blancs et devoussoirs colorés; quelquefois le parement est couvert decannelures rayonnantes ~ et lépaisseur est marquée, commedans larchitecture byzantine (pag. 28), par une archivolte,sorte de ruban qui redessine lextrados. Baies. - Ce ruban décoratif sadapte aux baies aussi bienquaux arcades; et, non plus que dans les architectures chré-tiennes de Syrie, jamais la bordure des fenêtres ne forme uncadre complet: au lieu de se fermer à niveau dappui, le rubande bordure dune fenêtre se coude et va rejoindre la fenêtrevoisine, décrivant au pourtour de lédifice une ligne ondulée et 1 / ,z:.. Il .~continue. Lexemple fig. 1 A provient d~un monument de Sicilebàti sur des données purement arabes, la Cuba de Palerme.Les portes des mosquées de la Perse (B) ont leur ogive bor-dée de ce même galon et inscrite dans un tympan rectangu-laire. Ce parti simple et franc, lorsquil est appliqué à échellecolossale, comme à lentrée des grandes mosquées dIspahan,est du plus imposant effet. Charpentes et menuiseries. - La poutre arabe (pag. 95) estou rappelle un noyau de paln1ier moisé entre deux planches. Étendant cette idée, les Arabes arrivent à des combinaisonsde coffrages telles que celles de la fig. 2, où des planchesdécoupées, avec quelques raccords de plÙtre, donnent les
  • 112. FORMES. l09silhouettes les plus hardies et, sans grande dépense, un décordune puissance deffet singulière. Le plafond fig. 2 est celui dun palais de Palerme, ornédaprès la tradition arabe. C) "" 1 Quant aux menus ouvrages en bois, tels que les portes, leslambris, les clôtures à jour qui tiennent lieu de vitrage, la dis-position en est fort heureusement appropriée à des climatschauds où le bois joue; on les construit à laide de petitespièces entre-croisées qui sassemblent à mi-bois et font unesorte àe lacis. , LES RELIEFS DECORATIFS ET LA COULEU:R. Modénature. - Dans t~utes les architectures dérivées delart p~rse, la modénature joue un rôle absolument effacé.Lart perse, nemployant que la brique, ne pouvait avoir quunemodénàture rudin1entaire; les écoles arabes, aussi bien quolarchitecture byzantine, présentent à cet égard la même pau-vreté : ces architectures ne vivent que dornement courant etde couleur. Les arabesques. - La représentation des êtres anin1és étantproscrite par le Coran, toute la décoration légendaire setrouve ( au moins en principe) bannie de lart; à peine quelquesdétails sont..ils empruntés au règne végétal, limagination des
  • 113. 110 ARCHITECTURES MUSULMANES.ornèmanistes se reporte tout entière sur les formes géomé-:-triques: la décoration arabe, l « arabesque » sembl~ une cris-tallisation qui sépanouit sur les surfaces <enramenant suivàntune loi de périodicité, suivant une sorte de rythme, un motirtoujours le même. Cest une tapisserie conçue sur un thèmeinvariable qui se répète et produit leffet non dun tableau,Inais dun tissu. Il semble que, par une habitude de race, lesArabes sédentaires aient transporté dans leur décoration archi-tecturale les décors de tenture qui avaient été pendant leulpériode de vie nomade les seuls ornements possibles de leursdemeures. Des entrelacs admirables entre tous enveloppent ~tlextérieur les dômes des tombeaux de la plaine du Caire. rl~~~I~j<jB: r ,-1- 1 c 1 ~J . 1 fC- ~ - , 1 ~ l La fig. 3 donne en A un exen1ple de ces dessins dentrelacsque lécole arabe de lÉgypte varie avec une fécondité intarÜ;-sable. Décoration colorée. - Les jeux de couleur qui animant leslinéaments abstraits sont obtenus, dune école à lautre, pm(les moyens fort divers. La coloration par les procédés de la Inosaïque est peu usitÔpchez les musulmans. Comme applications on ne peut guèr(~cite! que les coupoles des deux mosquées de Jérusalem, laSal{hra et EI-AISa; deux tympans Ü la grande mosquée d(~Damas, et la voÙle du 111irhnb de Cordoue: la rno~,ZLïque es 1.
  • 114. FOR!J:E S. tHparticulièrelnent byzantine et, dans le peu dexemples quonous venons dénumérer, linfluence byzantine se sent à lal-lure même du dessin. En Égypte, les contrastes de couleur résultent surtout decombinaisons de marqueterie de marbre:. A lextérieur, on fait alterner des assises diversement co-lorées; on emploie pour les arcades, pour les linteaux, desvoussoirs à tons bien tranchés qui se découpent suivant deslignes sinueuses, telles que B (fig. 3); A lintérieur, on habille les panneaux des murs dIncrusta-tions en entrelacs dont les mailles sont remplies par desmarbres à nuances variées. En Espagne, la décoration consiste à revêtir les panneauxde gaufrures de plâtre dont le dessin est relevé par des tons dobleu et de cinabre avec rehauts dor. Ce procédé, appliqué çlèsle 10° siècle à Cordoue, se généralise aux 12°et 13° siècles, illépoque de lAlhambra de Grenade et de fA1cazar de Séville.Jusque-là lE~pagne sétait tenue à un style sévère encore: 10style fleuri de lAlhambra répond par sa date au plein épanouis-sement de notre architecture gothique. Lécole de Perse, jusquau 12° siècle, se contente (fig. 3 C)daccentuer par des gaufrures blanches les lignes de lits etjoints qui séparent les parements rouges des briques. Au 12° siècle on ajoute à ce décor comme un appoint quel-ques étoiles de faïence émaillée. Le~ lambrissages de faïence ne commencent quau 13° siècle. Les premiers panneaux de faïence sont de véritables mar-queteries faites de plaques colorées à plat, découpées après lacuisson et assemblées sur un fond de mastic; au début, lesPersans emploient la faïence comme les Arabes du Caire em-ploient le marbre: de part et dautre le dessin est obtenu pal .groupement de pièces diversement teintées. Ce procédé avait sur celui de la peinture vitrifiée un évidentavantage:
  • 115. 112 ARCHITECTURES MUSULMANES. Dès que deux émaux différents sont juxtaposés sur unemême plaque, la cuisson présente une double difficulté: lepoint de fusion de deux couleurs est rarement le même, pourfondre lune il faut surchauffer lautre; de plus, les émaux, aumoment où ils vitrifient, coulent et se n1èlént, perdant à ]afois leur netteté et leur transparence. Cest pour éviter ces dé-fauts que les Persans se sont soumis aux sujétions de la mar-queterie de faïence. Cette méthode cOllteuse est presque seule en usage jusquauH:>o siëcle : alors seulement sintroduisent les carreaux peintsdont lusage devient général au 10". La transition entre lémailh plat et les plaques peintes est marquée par ces faïences gau- ,frées à reflets irisés dont les mosquées de Brousse présententde si beaux exemples. Citons enfin parmi les éléments de la décoration coloréeles vitrages des mosquées orientales, notamment ceux de laSakhra a Jérusalem et de la mosquée de Soliman à Constanti-nople. Ces vitrages, dont nous ne possédons guère dexemplesantérieurs au 15° siècle, sont, comme les lambris émaillés desbonnes époques de lart persan, des marqueteries composéesde pièces colorées h plat: des verres de couleur juxtaposés.. Ledessin ne résulte que de leur association, et le mode de liaisonconsiste presque toujours à les enehâsser dans une sertissurede plàtredécoupé formant entre les tons de lémail de largeslignes séparatives quun effet dirradiation réduit à de légerscontours. LES TRACI~S ET LES PROPORTIONS. JUSfIUici nous nous sommes bornés à reconnaître laspectgéométrique cles formes: il convient de préciser cet aperçu. Le tracé des arabesques. - Les diagramlncs flg. /.~nous fontassister b.la génération des dessins qui sc développent sur lesIJannea11x darchitocture arabe.
  • 116. FORMES. H3 Presque tous sont engendrés par des polygones réguliers .:triangles, hexagones, pentagones... semés sur la surface sui-vant une loi uniforme. 4 Selon la figure génératrice dont on a fait choix et selon la loiqui préside au semis, ces polygones élémentaires se pénètrentet senchevêtrent dune façon plus ou moins complexe quidonne le canevas général: en supprimant ou répétant une par-tie des lignes, on obtient les combinaisons les plus variées etles plus inattendues. En A nous donnons un canevas composé de triangles, enB un canevas dhexagones; en A, le canevas triangulairetransformé par répétition des lignes en un dessin dentrelacs.M. Bourgojn, à qui nous empruntons nos exemples, a constituéune véritable grammaire de çes tracés. Le contour des panneaux décoratifs. - Lorsque les ornc-ments, au lieu dêtre exécutés en marqueterie ou en peinturc,sont obtenus à laide de panneaux juxtaposés, .une conditionmatérielle intervient dans le tracé des contours: il faut que lespanneaux soient juxtaposables. A lAlhambra ces panneaux ont la forme de losanges chan-tournés et remplissent les mailles dune claire-voie flgurtcpage 93. Exécutés en plâtre; ils sont tous pareils entre eux, tous cou-lé.s dans un moule unique:
  • 117. -114 ARCHITECTURES MUSULMANES. Pour que ces losanges semboîtent, il faut (fig. 5) que lecôté A présente en creux la répétition des pleins du côté A; endautres termes deux faces opposées A et A, B et B doivent 5 Bêtre tracées suivant des courbes parallèles. Et cela impnme audessin une physionomie tout à fait caractéristique. Le tracé des stalactites. - A son tour, lobligation dassem-bler les uns avec les autres les prismes dune voûte à stalac-tites conduit à un échantillonnage remarquable de leurs sec-tions. Lanalyse de cet échantillonnage est due à O. Jones: la .tig. 6 donnera lidée de la méthode. 6 1 1 1 , 1 l , 1(1 L~ Il . Û La première opération consiste à diviser le pendentif partranches en écllarl)c.
  • 118. PROPORTIONS. ti!) Puis, par une subdivision du genre de celle quindique ledessin, on décompose chacune des tranches en prismes élé-mentaires; Et, dans les combinaisons arabes, les sections de ces prismesélémentaires (fig. 7) se réduisent à trois: Rectangles, B ; Triangles rectangles, A ; Losanges ou demi-losanges, C. ~5. TT 7 9° Am ~T , .. TT. ., Quant aux formes en élévation, nous les groupons sousles accolades qui accompagnent les plans A, B, C. Elles sontréglées par la condition dune juxtaposition facile. O. Jonesen compte sept seulement: cest à laide de ces sept élémentsque se réalise linfinie diversité des stalactites de lAlhambra. Le tracé et la p1oportion des arcades. - Les fig. 8 et 9 indi-quent les procédés usuels de tracé des arcades. Le tracé fig. 8 répond à une pratique syrienne recueillie parM.Mauss : 8 N 0 1 2 3 Logive est à deux centres, et la distance de ces centres alaxe répond exactement au huitième de louverture.
  • 119. 1~6 ARCHITECTURES MUSULMANES. Cette ogIve, à courbure uniforme, convenait (pag. 20) dansun pays où les ~atériaux sont des pierres. Les Persans, quibâtissent en brique, admettent (fig. 9) un tracé plus comple:re,dont M. Dieulafoy a noté la tradition. 9 B Chaque branche se con1pose de deux arcs AL et LS, derayons différents: Pour obtenir le premier arc AL, on divise la demi-ouvertureGA en quatre parties égales (points l, II, III, IV) : le centresera au point l, et la verticale III L donnera le point darrêt Ldu premier arc. Pour le second arc LS, on détermine le centre de la manièresuivante: On établit le carré OABS; on divise la demi-ouverture OAen six parties égales (points 1, 2, 3 . . . ); Puis on tire la ligne B-1: Cette ligne Bi, prolongée dune quantité égale à sa longueur,donne le centre P. Et, comme résultat très approximatif, logive ainsi engen-drée est sensiblement inscriptible dans une demi-circonfé-rence : elle noccupe pas plus de hauteur que le plein cintre, etelle a lavantage dune lnoindre poussée. Quant au pied-droit, il est de règle den placer l.imposte auniveau défini par le triangle équilatéral du croqnis T.
  • 120. MONUMENTS. tu Tracé général des édifices. - Le mode de tracé par canevasgraphique, que nous avons vu appliqué au détail des ara-besques, sétend aux plans mêmes des édifices. M. Mauss areconnu dans le plan de la Sakhra (pag. 96, fig. 7) une étoiJefort usitée dans les décorations persanes, et dont les sommetsmarquent les angles du pourtour et la position des piliers inté-rIeurs. A Sultanieh (pag. 101, fig. 11), M. Dieulafoya constaté queles dimensions dérivent toutes du diamètre du cercle inscritdans le polygone de base: Portez verticalement ce diamètre une première fois, vousobtenez la pos~tion de la corniche intérieure; une seconde fois,vous obtenez la position du sommet de la coupole; etc. Tel est lesprit qui préside aux tracés: ces arcbitecturesdapparence si capricieuse ne sont au fond quune géométrieconstruite; seule une loi simple pouvait établir lordre dans lacomplexité de leurs dessins. LES ÉDIFICES. 1 LA MOSQUEE. Les principaux édifices musulmans, les mosquées sont deslieux de prière où les croyants se rangent par longues files,le regard tourné vers les lieux saints de lislamisme: la mos-quée est, comme léglise, une salle dassemblée, mais dont legrand axe est dirigé transversalement; au lieu de se déve-lopper en profondeur, elle sétale dans le sens de la largeur;et cette circonstance, indépendamment de la différence desstyles, lui imprime un caractère qui la distingue des monu-ments chrétiens. La mosquée, nous la~ons dit, est construite, suivant lesépoque~, daprès le système des toitures sur arcades, oudaprès IBs7stè:rnJ des coupoles: comrl1eléglise, eUepràsBntn
  • 121. 118 ARCHITECTURES MUSULMANES.deux types successifs, lun en forme de basilique, lautre enforme dédifice voûté. 1. - LAGE DES BASILIQUES MUSULMANES. Plan. - Nous donnons fig. 1 deux plans de mosquées ré-pondant aux plus vieilles traditions musulmanes: t ~- ~. ... Ini [1 . ... ! 1 @ 1 0" 1 A 1 T , 1 I/..L..L l 1 1 T .... T~ L 50 IIM ~L Le plan A est celui de la mosquée dAmrou au Caire, dont"la fondation remonte aux premières années de lère musul-mane, mais dont létat actuel paraît dater dune reconstructionsurvenue au go siècle à la suite dun incendie; le plan B estcelui de la mosquée de Toulounau ~aire, qui date du 10°siècle.La mosquée de la Mecque appartenait. à ce type: une grandesalle à plafond sur arcades, précédée dune cour à portiques. La fig. 2 indique les dispositions de la mosquée de Damas,élevée vers lan 700 par le khalife ommiade Walid conformé-111entà une donnée générale quAbd el Melek avait quelquesannées auparavant réalisée à Jérusalem à la mosquée El-Aksa. Dans les mosquées du Caire, la grande salle, à travées mul-tiples, présentait laspect dune salle hypostyle; à Damas, leTombre des travées se réduit à hais.
  • 122. MONUMENTS. 119 Ceplan densemble, qui a été reproduit à la mosquée dÉphèse,rappelle celui des basiliques chrétiennes: à lorientation près,la ressemblance est telle, que la mosquée de Damas (flg. 2) aété confondue avec léglise dont elle occupe lemplacement. Onsait même que, par une tolérance qui lui attira les reprochesdes croyants, Walid admit dans cette mosquée lexercice duculte chrétien. a. 4 a Q " " .......... / .......... ". . ". . ". . . 0 "- / . ......... .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ~+ .. + + + + + + + + + . . + .. " . .. : 1 : l 10 " r Dans toutes les mosquées, la grande salle sur arcades estaccompagnée dune cour à portiques dont les deux ailes sontdordinaire inégalement profondes, la plus profonde du côtéoù frdppe le soleil de midi. La face antérieure de la cour estoccupée par des établissements hospitaliers, des écoles, deslieux dablution. En avant se dressent les tours ou minaretsdoù se fait lappel à la prière. Comme les temples de lantique Égypte, les mosquées àportiques se sont agrandies par agrégation progressive: àCordoue la mosquée primitive, conforme au typeflg.1, nest quele noyau dune mosquée plus vaste où les additions ont une im-portance plus grande que celle des constructions originelles. Coupe. - La fig. 3 (page suivante) montre en A laspect dela salle hypostyle du ge siècle qui remplaça la vieille mosquéedAmrou; en B, celui de la mosquée élevée vers 880 par IbnTouloun. Dans les deux cas la toiture est une simple terrasse. A lamosquée dArnrou, la courbure des arcs est presque circu-JI 2: à }JAl.ne r~sée au sommet, lég8T8ment o11trBp:1ssée b aux
  • 123. i20 ARCHITECTURES MUSULMANES.naissances. Les poussées sont détruites par des chaînages;et, à lextrémité de chaque file, la colonne est doublée.3- 5 A B A la mosquée de Touloun (B), les arcades sont en ogivenettement accusée, et les piles cantonnées de colonnettes. 4 .r" b. mosquée de Damas (ft[<. 4 ~ j le.3 r.~j:f§ [;ont S81Y1"lÔeS
  • 124. MONUMENTS. nipar deux files de grandes arcades que surmontent de petitesarcatures formant décharges. Les arcades ont un profil enplein cintre un peu outrepassé. Toute la construction est à jour;et sa simple ordonnance, se développant sur le long alignementdes nefs, donne un effet de la plus imposante grandeur. 5 . c~ . Sur la fig. 5 on distingue lextrémité dune des nefs de lamosquée de Cordoue; ainsi que les arceaux enchevètré3 (pag. 9)qui supportent le dôme du sanctuaire ou mirhab.
  • 125. 122 ARCHITECTURES MUSULMANES. Ici, chaque nef était couverte dun comble à deux versants,et des chéneaux situés à laplomb des files darcades assuraientlécoulement des eaux. Les arcades, dun dessin si mouvementé, répondent à uneidée de construction qui, nous lavons vu, na rien que de ra-tionnel. Malgré la petitesse de léchelle, leffet est un des plussurprenants que larchitecture ait jamais produits. Lentre-croi-sement des arcs déroute lœil. Ces rangées darcades, à peineéclairées dun demi-jour atténué par la profondeur des por-tiques, sernblent se perdre dans une immensité vague; et aufond, la ravissante coupole du mirhab, inondée de lumière, resplendit de léclat de ses mosaïques à fond dor. Les nefs de la mosquée primitive datent dAbdérame (790);le sanctuaire, dHakem (960). La mosquée de Cordoue marque le plus grand effort de lartarabe appliqué au type de la basilique: pour trouver des dis-positions nouvelles, il faut descendre au 14° siècle, époque oùsintroduit le type de la mosquée voûtée. II. - LA MOSQUÉE VOUTÉE. Si lon en eroit les traditions, qui du reste paraissent bienconcorder avec les faits, une des plus aneiennes mosquéesvoûtées aurait été cene dHassan au Caire (1360). La fig. 6 enindique lensemble: La salle de prière, qui est en même temps le tombeau dufondateur, est un espace carré surmonté dune coupole et, surles quatre faees de la cour, souvrent quatre grands bereeauxqui remplaeent les portiques des primitives mosquées. Celarge et monumental parti est emprunté à la Perse; il se retrou-vera, sauf quelques variantes de détail, dans les mosquéespersanes des 15°et 16° sièeles; et là, toutes les splendeurs dela couleur viendront rehausser les grands effets des masses: le:; baies seront encadrées démaux, les coupolc~jreyêtues de
  • 126. MONUMENTS. :123fatences bleues. Des mosquées de Chah-Abbas à Ispahan nousoffrent au 16 siècle ce plan réalisé sur des dimensions colos-sales; et, bien que la décoration de faïence ne soit plus quunepeinture en émail, leffet est dune incomparable- puissance. 6 ~ i Quelquefois la mosquée se réduit à la salle de prière; etcette salle, tracée suivant un plan qui atténue la complicationdes pendentifs, prend une forme polygonale: cest le cas dela mosquée Bleue de Tauris; cest aussi le cas de la plupartdes mosquées funéraires ou « turbés ». A ce type se rattache la mosquée à dôme de charpente quisélève sur lemplacement du temple de Jérusalem (pag. 9ô,fig. 7). Turbés. - Les turbés les plus anciens qui nous soient par-venus appartiennent à lépoque seldjoucide. Les voûtes qui lescouvrent sont des dômes coniques, tels quon en voit à Konieh,à Nicée; ou bien des dômes alvéolés, tels que celui du tom-beau dit di:;Zobéidc:,
  • 127. 124 ARCHITECTURES MUSULMANES. Cest au groupe des mosquées-turbés et à la brillante époquedu 14° au 15° siècle quil faut rapporter la mosquée de Sulta-nieh (pag. 101), ainsi que les mosquées de Kaït-bey dans laplaine du Caire, ces édifices à dôme ogival dun profil siexquis, si élégamment sculptés en arabesques: chefs-dœuvredune architecture où toutes les fantaisies de lornement sas-socient à la plus irréprochable correction de la ligne. LES INSTALLATIONS DU CULTE ET LES DÉPENDANCES DES MOSQUÉES. Nous avons représenté fig. 5 lédicule qui termine la princi-pale nef de la mosquée de Cordoue. Cet édicule, dans la plupartdes mosquées, se réduit à une simple niche, le « mirhab » : cestle seul ornement symbolique que les musulmans admettent.Son unique fonction est dindiquer la direction de la villesainte vers laquelle ils doivent tourner leurs regards en priant.La chaire qui sert à la lecture du Coran se dresse à côté duinirhab: dordinaire elle est en bois, accessible par un esca-lier droit, et surmontée dun dais conique. Dautres chaires,simples estrades, servent à la prédication. Le surplus du mo-bilier se réduit à des nattes, des tapis, des pupitres portantdes exemplaires du Coran. A un niveau uniforme et peu élevéau-dessus du sol, des couronnes de lumière, des lampes sus-pendues aux voûtes et aux tirants des arcades, produisentlillusion dune nappe de feu étendue au-dessus des têtes. Il est des mosquées, telles que celle dAndrinople, dont lin-térieur est bordé de tribunes où les pèlerins de la Mecquelaissent en leur absence leurs objets précieux sous la sauve-garde de la sainteté du lieu. Dordinaire, ces objets samoncellentsous les portiques. Dans les n10squées-tombeaux, les sépultures sont indiquéespar des sarcophages tendus de châles précieux; et souvent,autour des chapelles sépulcrales des saints, se groupent enplein air des t0111besen forme de dalles ou de stèles quom-, -Dragent des cyprès.
  • 128. MONUMENTS. t2iJ Les annexes principales de la n10squée sont les écoles, lesétablissements hospitaliers, les logements des pèlerins et desvoyageurs pauvres. Certaines mosquées sont dépourvues deces dépendances; il en est peu qui ne possèdent des fontainesdablutions, et de monumentales latrines amplement pourvuesdeau. Vient enfin le minaret, la tour où la voix du n1uezzin rem-place les cloches chrétiennes aux heures de prière. Nous réu-nissons fig. 7 et 8 les types principaux du minaret. 7 A Les formes A et B paraissent les plus anciennes: le minaretA de Damas est probablen1ent un des premiers que les n1usul-.Elff(1S aient construits; les détails ont pu être modillÔs par de~J
  • 129. i2ô ARCHITECTURES MUSULMANES.restaurations, du moins la forme générale en tour carrée estcelle du monument primitif. Le minaret à.rampe extérieure enspirale de la mosquée de Touloun, B, date du go siècle et paraît 8 ~.~ . y 1 ~ c 0 rDune imitation des tours sacrées de la Perse (tom. l, pag. 138).Le minaret en tour ronde élancée (fig. 8 D) se montre en Persevers le 14° siècle et se retrouve au 16° siècle dans toutes lesgrandes mosquées bâties par Chah-Abbas. Les minarets ont leur géographie, comme les clochers au-ront la leur: Nous venons de mentionner le type cylindrique qui estpropre à la Perse. En Égypte le minaret prend laspect pitto-resque et accidenté quindique lexemple G: un fût doù se dé-tachent de nombreux balcons; un fût dont la forme est non:pluscyEndrique mais polygonale, et dont le plan varie détage
  • 130. MONUMENTS. i2jen étage. Très probablement cette succession ,de plans poly- ,gonaux avait été suggérée aux musulmans d Egypte par lephare dAlexandrie, où loctogone se superposait au carré. Les minarets persans D sont ceux qui encadrent lentréeprincipale de la grande mosquée dIspahan; le minaret égyp-tien C est celui de Kaït-bey au Caire. Le type en tour carrée se reproduit partout où simplante ladynastie ommiade qui éleva le minaret de Damas: cest celuide la Tunisie, de lAlgérie, du Maroc. Le minaret de Tanger estle plus bel exemple quon puisse citer en Afrique; dans lEs-pagne arabe, la Giralda de Séville: cest le type que lEspagnechrétienne a reproduit dans ses clochers. LHABITA TION. Lhabitation arabe présente de frappantes ressemblancesavec la maison romaine. Plus encore que la maison romaineelle accentue la séparation entre les appartements de réceptionet les appartements privés: le harem y forme touj ours un quar-tier distinct. Comme dans la maison romaine, les distributions se groupentautour dune cour, sorte datrium dont le fond est occupé parla grande salle daudience et les faces latérales par les piècesde service et les logements des hôtes. Par une. défiance tout orientale, jamais une n1aison ne pré-sente sur les façades extérieures dautre ouverture à rez-de-chaussée, quune porte: seuls les étages supérieurs ont vuesur la rue par des balcons grillés; autant que possible lesjours sont pris sur la cour intérieure. Est-ce aux Ron1ains que les .Arabes ont emprunté directe-ment le plan de leurs maisons? Ce plan, au fond, est aussi bienperse que romain. Probablernent les Romains, par lintermé-cliaire des Grecs, lont pris eux-mêmes aux Asiatiques, chez quiles habitudes de bien-être se sont développées dès la plushaute antiquité; la maison arabe se rattacherait à la maison
  • 131. 128 ARCHITECTURES MUSULMANES.perse et par filiation dIrecte et par les influences indIrectes quela Perse avait exercées sur les contrées où sétablit lempirearabe. Nous donnons fig. 91es dispositions dune des plus ancienneshabitations musulmanes, le palais dAmman dans la Syrie.transj ordanienne. 9 101 Il ne reste de ce palais que les pièces dapparat: on dis-tingue au fond de la cour carrée qui fait le centre de la com-position, la salle daudience voûtée en demi-coupole et, surchacune des faces latérales, un enfoncement rectangulaire hvoûte en berceau ogival, forn1ant une salle ouverte quaucuneclôture ne sépare de la cour. La mosquée dHassan (pag.123)fut, dit-on, inspirée des palais asiatiques: on ne saurait ima-giner une imitation plus fidèle. LAlhambra de Séville, commencé au 13° siècle par le kha-life Mohammed ben Alhamar, se compose de deux principalestours, sans doute deux palais successivement accolés lun illautre: la fig. 10 indique le plan dune de ces cours. Les proportions diffèrent de celles dAmman, le style estcelui q118nous avons caractérisé pag. 93 par un détail dar~.
  • 132. MONUMENTS.. t28cade. An palais dAnlInan lart est sévère et lallure antique, àGrenade larchitecture fleurie, à stalactites, à découpures, h 10 10profusion de couleurs: de part et dautre le programme est lemême, et nest autre que celui des salles romaines groupéesautour de latrium. A côté de ces plans empruntés aux vieilles civilisations sé-dentaires, il en est qui semblent inspirés par les souvenirs dela vie nomade. Ces populations Inusulmanes, dont la premièredemeure avait été la tente, en cherchaient comme limage dansdes pavillons isolés, des kiosques au milieu de jardins. Lepalais dAndrinople a conservé plusieurs de ces kiosques; cesont des abris ouverts de toutes parts sur la verdure, tentesfixes où se passait la vie des sultans. Dautres fois au contraire, le besoin de la sécurité conduisaità donner à ces kiosques laspect de petites forteresses. Les rois normands de Sicile, vrais émirs arabes, nous ontlaissé à Palerme lexemple des deux types: la Zisa et la Cubarépondent au type du kiosque muré; la Cubbola, à celui dukiosque entlèrerrent ouvert.
  • 133. DO ARCHITECTURES MUSULMANES. Leau, si précieuse dans les pays chauds, est un des luxesde lhabitation arabe. La salle principale de la Zisa est disposéecomme un nymphée antique; à lAlhambra, leau jaillit dansdes fontaines à vasques et sépand à travers les cours par desrigoles ouvertes. Le centre dune de ces cours est entièrementoccupé par une nappe deau où se mirent les portiques. ADamas, toutes les pièces des habitations sont animées et ra-fraîchies par leau jaillissante. Les cours ont leurs façades revêtues au moins partiellementde faïences; dans les maisons dAlgérie ces faïences se dis-posent par bandes verticales et frises horizontales partageantles parois en grands panneaux a cadres colorés. Pour orner lintérieur des salles, on recourt aux plafondsalvéolés, aux incrustations de faïences, quelquefois aux lam-brissages à dorures sur fond détain: tels sont les ornementshabituels des maisons de Damas. Les kiosques dAndrinopleont gardé leurs parois de faïence à dessins où le bleu domine;et la faïence, à fonds jaunes, bleus ou verdâtres, est encoreaujourdhui la décoration courante des intérieurs algériens. Les fenêtres sont rarement vitrées: le treillis qui remplacele vitrage laisse libre accès à lair. Pour activer encore la ven-tilation on ménage, sous les plafonds, des baies grillées quiprovoquent un échange entre lair échauffé des salles et lailfrais des portiques. Et, comme dernier souvenir de la tente,presque partout une banne abrite lespace des cours. Ainsi se présente lhabitation des riches musulmans. Rare-ment elle a plus dun étage au-dessus du rez-de-chaussée. Pourles gens de condition n10deste, lhabitation se re~serre en sur-face et se développe en hauteur: les étages se multiplient etsurplombent progressivement sur la voie publique. Les étagessupérieurs sont réservés aux femmes et garnis de balcons iltreillis. Les Asiatiques consentent volontiers à se 100er dans bun espace étroit, mais ils nadmettent guère le partage dunemaison entre plusieurs ftunilles : leJ habitudF3 du harem ne
  • 134. MONUMENT S. 131saccommodent pas de la maison à loyer; chacun a Sa maison,au besoin sa hutte, mais chacun vit chez soi. ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS, BAINS, BAZARS. Lhospitalité, qui est le premier devoir des musulmans, adonné lieu à quelques-unes de leurs plus belles conceptionsarchitecturales: le khan ou caravans6rail est un palais. La distribution est des plus simples: une cour carrée entou-rée de bâtiments à deux étages. Létage inférieur est réservéaux écuries; létage supérieur est occupé par une série decellules et une large véranda. Le tnljet de la caravane de la Mecque est jalonné dune lignede khans; la Perse en possède de somptueux; celui de Laodi-cée du Lycus, bâti à laide des marbres de la ville antique, estdécoré avec un luxe inouï. Il en est où la cour est entièrementcouverte dune large voûte: le khan dHaïrath, près dAfiun-kara-HissaI, avec sa grande nef en berceau coupé par desarcs-doubleaux, a laspect de nos églises romanes. Le khanOrthma de Bagdad, construit à lépoque seldjoucide, est cou-vert, comme le palais sassanide du Tag-Eïvan (tom. l, pag. 127)au rnoyen de voûtains sur arcades. Au khan de Kachan, lesvoûtes sont des coupoles offrant à leur sommet de larges baiesannulaires à ciel ouvert. Le bazar, lagora des musulmans, est tantôt une rue cou-verte, tantôt un khan à cour voûtée. Nous avons donné (pag. 95,Hg.5 A) la charpente qui abrite les rues du bazar de Damas.Un des plus magnifiques exemples de bazars voûtés est celuide Vali-Chah à Chiraz, dont la structure rappelle celle du khande Kachan : souvent le bazar est tout à la fois un caravansérailet un marché. Séville possède un hôpital arabe, (lui consiste en une rangéede salles alignées sur deux éLlgCS autour dune cour carn~e
  • 135. 132 ARCHITECTURES MUSULMANES.et desservies par des portiques qui lui donnent laspect duncloître. Les fontaines publiques, autres fondations pieuses, sont gé-néralement disposées en manière de kiosques ou dabris derepos. Mentionnons enfin les bains (bains de vapeur), dont la distrI-bution générale paraît empruntée aux thermes des Romains.La salle principale est chauffée par un hypocauste, et couvertedun dôme quéclairent des hublots de verre bombé-; en avant,une antichambre sert de transition entre la température dudehors et celle de la salle. PONTS. La fig. 11 reproduit daprès M. Dieulafoy un pont persanprès de Tauris. H ; M Les arches, à grande flèche, exercent peu de poussée. Lestète:, T 581.11:3 sont construites 2ur cintres: le COTIYde la VOllte
  • 136. MONUMENTS. J3:3est exécuté par tranches directement dans lespace. Par uneattention que nous avons mentionnée à propos du mode généraldexécution des berceaux (pag. 98), les reins sont montés entas de charge. Enfin, pour restreindre le poids qui pèse sur lavoûte, on a remplacé le garni par des voûtains reposant sur desmurettes clavées dans leur partie basse de manière à fairedécharges. Le détail A provient dun pont élevé à Andrinople sous ladomination ottomane et qui paraît se rattacher à lart persan:un léger encorbellement chanfreiné tenant lieu de corniche apermis dasseoir le garde-corps en surplomb; et ce garde-corps,taillé en biseau, sefface pour encombrer le moins possible. CONSTRUCTIONSMILITAIRES. Lart de la fortification paraît avoir été fort développé chezles Persans: les forts de Véramine et de Tauris sont des ou-vrages réguliers, construits sur plan carré, avec tours demi-circulaires servant au flanquement. Les Arabes, peuples autrefois nomades, napprirent à se for-tifier quà lécole des Byzantins et des Perses. Les forteressesdEspagne, entre autres lAlcazar de Ségovie, reproduisent ladouble enceinte dont nous avons trouvé le type à Constanti-nople. Les créneaux sont ordinairement dentelés et les toursétablies sur des culs-de-lampe; et, sur les parements des mu-railles, on retrouve les ornements en jeux dolgue de larchi-tecture antique de la Perse. A Jérusalem, lenceinte fortifiéese réduit à une courtine crénelée flanquée de tours carrées.Le parapet de pierre en encorbellement avec mâchicoulis paraîtadmis dans larchitecture militaire des Arabes longtemps avantle 148 siècle, époque de son introduction définitive dans nosforteresses. Presque toutes les villes arabes dAfrique ont une citadelle,une ({ kasbah », qTIiest une défense autant contre les révoltes
  • 137. f34 ARCHITECTURES MUSULMANES.intérieures que contre les attaques du dehors; et, pour assurerla défense intérieure, plusieurs villes de Syrie, Damas entreautres (tom. l, pag. 110), sont divisées en quartiers murés entrelesquels toute communication peut être instantanément rompue. Cest derrière ces enceintes que sentassent les maisons sansalignement, avec étages à balcons grillés surplombant surdes ruelles étroites et tortueuses, les bazars couverts où sepresse une foule bigarrée, silencieuse. Des mosquées à mina-rets élancés se dressent au rnilieu des masures, les cyprès descimetières croissent à côté des palmiers des jardins. Presquetous les monuments sont des ruines: les Asiatiques semblentnavoir pas lidée dentrete~ir. Un amas sans ordre dédificesabandonnés aussitôt que construits, tel fut dIspahan à Cor-doue laspect des grandes villes tant que dura la dominationmusulmane. RÉSUMÉ DES ARCHITECTURES MUSULMANES: LES ÉCOLES, LES INFLUENCES. Les origines et les écoles. - La carte que nous avons tracéepag. 82 pour exprimer les attaches et les influences des archi-tectures byzantines, comprend les architectures musulmanes.Le foyer commun est la Perse; le rayonnement vers lAsieMineure et le littoral nord de la Méditerranée. donne naissanceaux architectures du groupe byzantin; cest du rayonnementvers le littoral sud de la Méditerranée que naissent les archi-tectures arabes. Les germes persans recueillis par les architectes des plusanciennes mosquées, sont ceux qui sétaient déposés en Syriependant la période sassanide : du 8° au 13° siècle les mosquéessont bâties daprès le principe des constructions syriennes; cesont des édifices à terrasses sur arcades, dont le type remonteil lépoque romaine (tom. l, pag. 517) et dont la tradition sestperpétuée jusquà nos jours dans les maisons de Beyrout, deMf ~jna, des environs de JérusaIJm. La province de Syrie, qui
  • 138. AP E R ç U SHI S TOR 1 QUE S. 135fut un des premiers centres politiques de lislamisme, est lepremier centre de formation des architectures musulmanes; deSyrie le type de la mosquée sur arcades passe à lÉgypte, delÉgypte à lEspagne. On la vu, ce nest quau 14e siècle quela mosquée voûtée tend à remplacer la mosquée à terrasses; etcette transformation, inaugurée en Égypte par le khalife Has-san, résulte elle aussi dun apport de la Perse: la mosquéedHassan, les tombeaux de Kaït-bey sont des traductions enpierre du type persan doù dérive la mosquée de Sultanieh. Le mouvernent issu de la Perse nest pas une simple trans-mission de larchitecture mère: chaque province imprime àlart un caractère qui lui est propre. Une mosquée dEspagnene saurait être confondue avec une mosquée dÉgypte ou deSyrie: les monuments de Cordoue, ceux du Caire ou de Damasne sont pas des pastiches de telle ou telle architecture, ce sontsinon des créations,. du moins des variations qui ont leur ori-ginalité; et il est à remarquer que les écoles dart à caractèresgéographiques si tranchés ne se constituent que plusieursgénérations après la conquête. La domination musuhnane enSyrie et en Égypte commence entre 630 et 640: la mosquéede Damas ne date que du déhut du 86 siècle et la mosquéedite dAmrou de la fin du ge. LEspagne devient arabe aux pre-mières années du 8e siècle, la mosquée de Cordoue est presquedu ge. Ceotteéclosion tardive de lart, la physionomie locale de sesgrands monuments nindiquent-elles pas que ces monumentssont dûs à des artistes locaux qui tous reçurent un programmecommun et le réalisèrent en ladaptant aux ressources et augoût du pays? On est trop porté, croyons-nous, à regarder lesédifices arabes comme exécutés exclusivement par des archi-tectes appelés du dehors. A coup sûr - les textes en témoignent- des Persans, Byzantins et Coptes ont prêté leur concoursà la construction des mosquées du premier âge arabe; maisleur rôle nest-il pas comparable à celui des Italiens appelésen France pour élever nos monuments de la Renaissance?G,8 Penjans, ces Byzantins ont donné limpulsion, les ouvrie",s
  • 139. i36 ARCHITECTURES MUSULMANES.locaux lont suivie; et le seul moyen dexpliquer les différencesde style, est dadmettre que durant lintervalle dau moins unsiècle qui sépare larrivée des Arabes de lépanouissement deleur architecture, il sest fornlé dans chaque contrée une écoledart régulièrement constituée, vivant dune vie individuelle. Les productions originales répondent à linstant où la raceconquérante commence à se nlêler aux races indigènes: cesont les œuvres dune population de métis, joignant aux aspi-rations de la race arabe le sens des choses de lart et, dansune certaine mesure, lesprit dinvention que lArabe pur nepossède à aucun degré. La floraison fut courte: les races mé-tissées présentent cles qualités supérieures mais pen transmis-sibles; lart de Syrie neut que deux instants déclat, celui dela mosquée de Damas et celui clesconstructions de la Sakhra;lart de lFspagne ne dura guère au-delà du 13° siècle. De toutes les écoles de lart musulman, la moins connue estcelle qui correspond au khalifat de Bagdad: à peine peut-onlentrevoir dans les monuments élevés par les Seldjoucides surles ruines de la ville des khalifes. Apparemment cest aux vieilles traditions locales que lesarchitectes seIdjoue ides empruntent la donnée générale de cesbasiliques couvertes de voûtains sur nervures, dont le khanOrthma est le type. Parmi les nations chrétiennes, lArménie dut à la protectiondu khalifat sa prospérité momentanée : peut-être lart de }Ar-ménie est-il un reflet de celui de Bagdad; mais, dans la régionmême de Bagdad, les invasions seIdjoue ides, et surtout lesdévastations mongoles du 130siècle nont rien laissé subsisterqui permette dapprécier le caractère de larchitecture. Bagdadfut, du milieu du 8Csiècle au commencement du 11e, le centreintellectuel du monde: sans nul doute on y saisirait le nœudentre les diverses écoles de lislamisme, leur attache avec lartde la Perse, et peut-être aussi les influences qui ont ouvertla voie à lOccident: il y a là pour lhistoire une irréparableIfLcllne.
  • 140. APERÇUS HISTORIQUES. i31 Laction de lart musulman sur les architectures chrétiennes.- Sortons maintenant des provinces qui constituent lempirearabe, et suivons au loin (carte pag. 82) les courants darchi-tecture qui en émanent: Vers lEst, dans lInde se forme toute une colonie dart per-san, dont les principaux centres sont Delhi et Agra : la mosquéedAgra, principal monument de cette importation, est à la hau-teur des plus belles œuvres de la Perse. Vers lOccident, le courant se partage entre la direction deConstantinople et celle des côtes dAfrique: Sur la direction de Constantinople, nous trouvons au 12esiècleles Turcs seldjoucides qui traversent lAsie Mineure, recueillentau passage et répandent le long du trajet les types arn1éniensde la construction par coupoles coniques. Puis viennent les Turcs ottomans, qui suivent en moyennelitinéraire seldjoucicle et dont le passage nest marqué, commecelui des Seldjoucides, que par des copies: copies .persanesà Brousse, à Andrinople; copies byzantines à Constantinople. Le courant qui nous intéresse surtout, est celui qui longe lacôte dAfrique et atteint la France même: Les premières contrées quil traverse, nous lavons dit, sontles provinces de Syrie et d"Égypte, la dernière quil inonde estlEspagne. Sur le trajet, il rencontre au Sud les régions berbères qUIconfinent au Sahara, et là il apporte le type de la mosquée dontnous avons indiqué (pag. 96) les naïves imitations. De Tunis, qui est le site de Carthage, linfluenee arabe,comme autrefois linfiuenee phénicienne, rayonne vers la Sicileet lItalie du Sud: lart du moyen âge en Sieile et dans lesCalabres est arabe plus encore que byzantin. Le tombeau deBohémond à Canosa est de tout point un turbé. En France lart musulman, cest-à-dire lart persan, pénètrepaf deux y!:ies ecHede lEspagne et celle du Rhône: le B.ÛDS- i
  • 141. 138 ARC.HITE CTURE S MUSULMANE S.sillon est en fait une annexe de lEspagne arabe, la faculté de~fontpellier une école arabe. Nous aurons à décrire des édificestels que léglise de Tournus et la cathédrale du Puy qui sontde vrais édifices persans. La région du Rhône et toute la con-trée comprise entre la Loire et la Garonne sont en possessiondun type de coupoles essentiellement persan, essentiellementdistinct elu type byzantin, la coupole sur pendentifs en trompe:une influence de lart asiatique est palpable, les procédés per-sans sétaient implantés chez nous au moment où se constituanotre architecture romane. Avec les architectures musulmanes nous avons terminé larevue des arts qui dérivent de lantiquité orientale par filiationdirecte: les architectures qui nous restent à décrire appar-tiennent ~ la civilisation chrétienne reconstituée après les inva-sions barbares: nous y retrouverons le fonds des traditionsantiques, mais revivifié au sein dune société rajeunie et ani-mée dun esprit tout nouveau, lesprit danalyse de lâgemoderne.
  • 142. xv. ARCHITECTURE ROMANE. APERÇU DU MOUVEMENT GÉNÉRAL DE LART OCCIDENTAL AU MOYEN AGE. Lart de notre moyen âge fut longtemps méconnu: lesécrivains du groupe romantique le tirèrent de loubli; les mé-thodes furent mises dans leur jour, en France par les travauxde de Caumont, Lassus, Viollet-le-Duc; en Angleterre par ceuxde Willis. Pour trouver dans nos contrées les premières annonces decet art, il faut descendre au 11e siècle: Tandis que larchitecture prend dans lOrient byzantin etdans le monde musulman ses magnifiques développements,les contrées de lOccident, harcelées par les invasions bar-bares, nont ni le loisir ni les ressources nécessaires pour secréer une architecture; on construit peu, on nélève guère enfait de monuments que des églises; et, comme la vie intellec-tuelle sest retirée dans les cloîtres, presque toutes sont deséglises monastiques. Œuvres de pure imitation, quelques-unesreproduisaient des plans byzantins; la plupart répondaientsimplement au type de la basilique latine: telles les églisesde Clermont et de Saint-Martin de Tours dont les chroniquescontemporaines nous ont conservé la description. Larchitecture végète ainsi pendant cinq siècles sur le fondsGUBas-Ernpire. Les terreurs de lan mil achèvent de lassoupir;
  • 143. HO MOYEN AGE OCCIDENTAL.puis un réveil soudain vient tout à coup lui rendre une activiténouvelle et une féconde originalité. La période des 116 ett2e siècles est le temps des grandes entreprises. Le 116siècle estlépoque des pèlerinages qui nous révèlent lOrient, le 126seracelle des croisades et des communes. Lesprit aventureux quipousse les chrétiens de lOccident vers les lieux saints se tra-duit au dedans par un effort de réorganisation et daffranchis-sement : lOccident naît à la vie municipale. Dès le 116siècle, les langues romanes se constituent et té-moignent par leurs savants procédés danalyse de ce besoindordre qui se fait partout sentir. Lart, cette autre langue non moins expressive, se trans-forme à son tour. Il a deux âges bien distincts: un âge de formation par voie demprunt auquel on a très justement donné le nom même qui désigne les langues nouvelles dont il est contemporain, lâge roman; puis lâge doriginalité absolue, lâge analytique au plus haut point, auquel on attribue le nom impropre mais con- sacré de gothique. De fun à lautre il nexiste point dinter- ruption : lun marque laspiration méthodique, lautre le ré- sultat acquis. Pr~cisons les caractères techniques des deux époques: Pour lune et pour lautre, le programme est le même:voûter la basilique latine; cest dans la façon de bâtir et dernaintenir les voûtes que les procédés diffèrent, que le progrèsse manifeste. a. - A lépoque romaine, la concrétion par couches hori-zontales qui constituait les voûtes antiques est remplacée parun blocage à lits rayonnants. Le pilier qui reçoit la retombéecommence à se fractionner suivant les membres quil sup-porte, mais ce pilier joue encore le double rôle de pied-droitsoutenant les charges verticales et de culée amortissant lespoussées. On nimagine pas encore dautre moyen de contre-balancer leffort des voûtes, que de leur adosser directementdes massifs de butée. La solution est incomplète, mais déjà sefait sentir un esprit danalyse étranger à lantiquité rOITîlne.
  • 144. M AR CHE CrÉ N É R A LE DE L AR T. Ut b. - Arrive la période gothique: larchitecture prend desallures libres inconnues à lépoque romaine. La structure nou-velle est le triomphe de la logique dans lart; lédifice devient unêtre organisé où chaque partie constitue un membre, ayant saforme réglée non plus sur des modèles traditionnels mais sursa fonction. et seulement sur sa fonction. A lépoque romane, la voûte darête était une coque liaisonnéeoù les panneaux se tenaient et ne faisaient quun; à lépoquegothique, elle se décompose en panneaux indépendants por-tés sur un squelette de nervures. Les poussées étaient autrefois des efforts plus ou moinsdiffus, les nervures en localisent leffet, le concentrent en despoints bien déterminés: en ces points seulement une résistanceest nécessaire; le mur plein de larchitecture romane devientinutile, il disparaît et fait place à une claire-voie. Lorsque léglise a plusieurs nefs, la poussée de la nef cen-traIe, au lieu dêtre détruite directement par des piles debutée massives et encombrantes, est saisie pour ainsi dire aupoint où les nervures lamènent et transportée à travers les-pace par des arcs-boutants qui permettent de rejeter hors delédifice toutes les culées. Le pilier nintervient plus dans la résistance aux poussées,ce nest plus que le support des charges verticales: lescharges verticales et les poussées sont rendues nettement dis-tinctes et combattues séparément. Le pilier à son tour achève de se décomposer: il se scindeen autant de membres quil aura de nervures à porter et se pré-sente comme un faisceau de colonnettes qui sélancent pourse continuer sous forme de nervures le long des arêtes de lavoûte. Comme sujets dornement, lart roman ne connaissait quedes types conventionnels empruntés soit à lantiquité, soit à ,..lOnent, 11ne vüyan. la D8xu;e qn ,a travers des copIes: . f ~ ., l art
  • 145. H2 ARCHITECTURE ROMANE.gothique se place sans intermédiaire en face de la nature et lUIdemande directement ses modèles. Tels sont les aspects généraux que présentera larchitec-ture aux deux époques principales: à lépoque romane nousverrons lart, encore dominé par lascendant des traditionslocales et par les exemples de lAsie, sessayer prudemmentsous la discipline des cloîtres; à la seconde époque, nous leverrons passer entre des mains laïques et aborder les plushardis problèmes avec la fougue de cet esprit de progrès et deréforme qui anime la société tout entière. LA CONSTRUCTION ROMANE. Les Romains qui disposaient sans limite de la force organi-sée, ont fait bon marché de la matière et du travail: ils avaientdes populations entières pour extraire les matériaux, les trans-porter et les mettre en place; pourvu que le programme fûtsimple, si large fût-il, il était toujours réalisable. Tout autre était la situation à lépoque féodale. Le morcellement social limitait le nombre des ouvriers cor-véables; labsence de routes rendait les transports difficiles;il fallait compter avec la dépense de matière, compter avecles distances, épargner la main-dœuvre. La constructionartificiellement monolithe, qui exige des matériaux à profu-sion, devait être aoandonnée. Lappareillage à joints vifs, quiimpose un travail de précision, n était plus de mise; lart nepouvait renaitre quau prix dune rupture avec les procédésantiques. MATÉRIAUX ET MODE DEMPLOI. PRINCIPE DE LA TAILLE SANS RA VALEMENT . Les matériaux des édifices romans sont des moellons plusou moins correcteITlent dressés, et assis sur lit de Inortier. Les massifs Tmü::Üns) f~jt3 de cailloux [tEgloméiésj dB"
  • 146. PROCÉDÉS. U3vaient être coupés par des arases, et rèvêtus de parèmentsen matériaux réguliers. Avec le système des moellons taillésle parement nest autre que celui de la pierre, et les arasesdeviennent superflues si lon a soin de donner aux moellonsune bonne « découpe». Dans larchitecture antique la briqueétait généralement employée pour les arases et les parements:arases et parements étant su.pprimés, la brique se trouve horsdusage. A part quelques rares contrées telles que la régionde Toulouse et les Flandres, on nen retrouve plus trace dansles constructions postérieures au 11e siècle. Le mortier qui, pour les Romains, était exclusivement unematière dagrégation, prend à partir de lépoque romane unrôle nouveau, il sert à transmettre les pressions: ce nestplus seulement une matière agglutinante, avant tout..cest unematière plastique interposée entre les pierres et servant à ré-gulariser dune assise à lautre la répartition des charges. Quelquefois, par un usage qui remonte à lépoque romaineet sest conservé dans les architectures byzantines, des lon-grines sont noyées dans le corps des maçonneries et formentcomme des chainages longitudinaux, dont la durée nestmalheureusement autre que celle des bois eux-mêmes. A lépoque romane on voit commencer la méthode qui serapour lépoque gothique une règle absolue, de poser la pierretoute taillée: nulle part la pierre nest ravalée après la pose. Ce procédé sans ravalements se justifie par une double rai-son déconomie et de bonne construction: Au point de vue de léconomie ceût été une faute, à uneépoque où les transports étaient ruineux, damener de loin desblocs pour y pratiquer après coup des abatages : les pierressont épannelées en carrière et taillées à pied d œuvre. Au point de yue de la bonne construction, le ravalement surtas est une opé~. tion désastreuse: admissible lorsque los blocs a
  • 147. 144 ARCHITECTURE ROMANE.sont posés à joints vifs, il a dans un système de constructionmaçonnée linconvénient débranler les mortiers. Dès que lemortier intervient, on doit éviter les ravalements. Au point de vue des formes, il semble indifférent que lapièce soit taillée après coup ou davance: en fait limportancedu procédé est énorme. Lorsquon ravale sur tas, rien necontraint à respecter laccord entre les formes et lappareil;ici chaque pierre, façonnée par avance, doit avoir une formeappropriée à.son rôle: la vérité des expressions s;impose. Ajoutons que, sur un chantier ainsi organisé, chaque ouvriera sa pierre: sa personnalité se trouve intéressée au succès;cest linverse du régime romain de travail organisé et irres-ponsable. LE MUR. Lappareil des murs est loin doffrir la régularité coûteusedes appareils antiques: on accepte la pierre sous lépaisseurque la carrière fournit, sans jamais sastreindre à légalité dehauteur dun lit à lautre, sans jamais simposer ces coupessymétriques de joints qui entraînent des déchets. Les constructions romanes présentent quelquefois sur unnoyau de blocage un revêtement de minces pierres de taillesimulant un grand appareil, et les angles sont souvent nlar-qués par des chaines de gros blocs: disposition vicieusequabandonnera lépoque gothique. Des tassements sopèrentdune façon très inégale dans le corps du massif et dans lerevêtement; de là des déliaisonnements que les architectesgothiques sefforceront de prévenir en donnant autant que pos-sible la même hauteur dassise aux moellons du massif et auxpierres du parement, y compris celles des angles. Nous avons reconnu dans larchitecture antique de rares dé-rO[ .tions à 18-PIJareil en besace (tom. I, pag. 270) : j] serait,
  • 148. PROCÉDÉS. 145croyons-nous, difficile den citer une seule dans toute larchi-tecture du moyen âge; les pierres coudées sont coûteuses etcassantes, on les proscrit de la façon la plus formelle. LARCADB. Les édifices romans primitifs, qui sont des basiliques, neprésentent en fait de voûtes quune niche dabside et, le lon~des nefs, des arceaux sur pieds-droits imités des basiliqueslatines: avec cette différence, quau lieu de reposer sur descolonnes arrachées aux monuments antiques, ces arcades ontordinairement pour pieds-droits des piles maç,onnées. PROFIL. Le profil des arcs fut longtemps le profil latin, le pleincintre plus ou moins surhaussé. Logive napparaît authenti-quement dans nos contrées que vers la fin du 116 siècle, etsans doute sous linfluence des modèles asiatiques que nousdevons soit au commerce de lOrient, soit aux pèlerinages dePalestine. APPAREILS. Les anciens avaient quelquefois extradossé leurs arcs en es-calier. Cet appareil est abandonné à. lépoque romane: toujourslextrados est courbe comme lintrados; lextradossement « pa-rallèle », quadoptent les architectes romans, est celui qui com-porte le plus déconomie de pierre et qui prévient le mieux lesdésordres en cas de tassement. Jusquau 110 siècle on rencontre des arcs dont les arêtessont exécutées en plaquettes de moellon taillé et le surplus enmoellon brut: ce genre de n1açonnerie assez mal liaisonnéecesse au 126 siècle; à partir de cette époque les arcs sont eIl-tièrement a~par8illés par petits voussoirs réguliers.
  • 149. 146 AnCHITECTURE ROMANE. Chez les Arabes il nest pas lare de trouver des ogives tellesque M (fig. 1) dont les lits rayonnent dun centre unique: nousavons dit (pag. 51 ) les raisons qui excusent jusquà un certainpoint cet arrangement pour des arcades de brique; létendreil des arcs dappareil eût été une faute que les Arabes eux-mêmes ne commirent point et dont les constructeurs romansse gardèrent: les voussoirs dun arc roman ont leurs lits 1 !)normaux à lintrados (croquis N), ce qui permet de les coupertous sur un modèle uniforme. Cet appareil, essentiellement pratique, présente en mêmetemps lavantage de développer moins de poussées: Dans une ogive, la partie haute AOE se comporte comme uncoin pesant, dont leffort décartement sera dautant moindreque langle 0 sera plus ouvert: lappareil ouvre cet angle O. Comme détail dexécution, on observe que rarement larcbrisé se termine par une « clef» P, parce que cette clef seraitune pierre à angle rentrant: la terminaison de logive se faitpar un plan de lit vertical X. , , L ASSIETTE DE L ARC SUR LE PIED-DROIT. a. - Larcade sur tailloir carré. - Les plus anciennes ar- cades romanes reposent, comme celles des basiliques latines, sur des tailloirs carrés. Asseoir sur un tailloir les retombées de deux arcades. ju- melles, nest pas sans quelque difficulté. Faute des.-vace(fig. 2 M) les arcs se tOllchent dos à dos, et
  • 150. rHOCÉDÉS. Hïle tympan T tend à sécraser par la pointe en exerçant sur lesreins une poussée au vide, Une solution eût été (N) de monter les premières assises entas de charge, et de faire commencer le clavageau moment oùle tas de charge déborde assez pour fournir une assiette: Lesconstructeurs romàns nusèrent point de cet artifice, le tas decharge leur est absolument étranger; et les gothil!ues mêmes,qui en feront de si fréquents usages, ne ladopteront pas avantle 130siècle. Les croquis A, B, C montrent les expédients admis aux pre-miers temps de lart roman: 2 , .. .f x M A B c Tantôt (A) on démaigrit en queue les deux arcs en les re-coupant verticalement suivant un plan X, ce qui réduit lacuitédu tympan T ; Tantôt (B), par un démaigrissement progressif, on arrive àménager entre les deux extrados un intervalle S; Tantôt enfin (C) on place les intrados en léger encorbelle-ment, ce qui permet de réduire dautant léchancrure néces-saire pour loger la queue des voussoirs dans la masse de lapile. b. - L~ arcade nervée sur pilier flanqué de colonnettes. -Ce nest quà la fin du 110 siècle quon arrive à la ~- "Üon ~franc.o.e HL lQUée el-contre fig. ù : d . Q
  • 151. H8 ARCHITECTURE nOKANE. Décomposer larc en un rouleau principal n enveloppé dunearchivolte mince m; faire porter larchivolte m sur le corps dëla pile, et faire retomber en léger encorbellement le rouleauprincipal sur une colonnette engagée C. On peut ainsi réduire notablement la queue des voussoirsmet, par suite, entamer peu la pile; et la colonnette qui reçoit lanervure n, à raison de sa position et de sa faible saillie, ajoutepeu à lencombrement. 3 c Telle est la solution définitive. On y aperçoit en germe uneidée qui recevra dans larchitecture gothique des applicationssans nombre: dégager les arceaux du corps de la construc-tion, les extraire pour ainsi dire des rnassifs, et leur donnerindividuellement des colonnettes comme supports. LA VOUTE EN BERCEAU. Dans les architectures de lantiquité, les berceaux qui cou-vrent les édifices portent directement sur leur extrados, araséen pente à laide dun garni, les tuiles de la toiture: à peinetrouve-t-on dans larchitectUle byzantine de Ravenne quelquesexemples de voûtes légères associées à des charpentes qui lesabritent. Ce fut une innovation romane - et probablement clu-nisienne - de généraliser cette a;)§o,~iation dont le8 consé~
  • 152. PROCÉDÉS. HOquences sont une économie de matière et une moindre pous-sée: le berceau clunisien est essentiellement une voûte légèresurmontée dun comble. PROFILS. Jusquaux dernières années du 110 siècle, le profil des ber-ceaux est le plein cintre: lorsquon a besoin dexagérer laflèche, on se contente de surhausser les naissances; les seulsexemples que nous connaissions darc surhaussé en anse depanier existent à Tournus et sont probablement inspirés dequelque modèle asiatique. Il r1~ Le berceau en ogive, quune erreur sur la date de Saint-Frontreportait au 10° siècle, ne se rencontre dans aucun édificequon puisse avec certitude faire remonter au delà du 120: àIssoire (fig. 4 B), où le garni de la voûte porte directement latoiture, logive intervient comme moyen de réduire le cube desmaçonneries; ce nest quen Bourgogne (coupe C) quon lavoit utilisée à titre de courbe de faible poussée. Le moment où les Clunisiens ladoptent ( début du 13° siècle)est celui où ils inaugurent ces berceaux hardiment jetés surdes pieds-droits très élancés, tels que ceux des grandes nefsde la Charité-sur-Loire ou de Paray-le-Monial: léquilibre deces berceaux était instable, toute atténuation des poussées étaitprécieuse; les Clunisiens ont senti les avantages de logive aupoint de vue statique, on leur doit cet emploi qui marque uneépoque dans lhistoire de larchitecture parce quil répond à unprogrès dans les combinaisons de léquilibre. MODE DEXÉCUTION ET APPAREIL. Les arc0.Îtectes romans. j en adOD~8.nt OTIlme atériaux de _ C m
  • 153. {50 ARCHITECTURE ROMANE.leurs voûtes des moellons, se privent de lavantage de pouvoirbâtir sans cintres: les berceaux romans diffèrent des berceauxbyzantins par cette circonstance capitale, quils sont exécutéssur un cintrage. Les matériaux dune voûte ne sont jamais disposés partranches verticales: la construction par tranches nest justi-fiable (pag. 9) que pour des voiltes en brique exécutées sanscintres. Jamais non plus les assises ne seprésentent par stratesde niveau comme les lits de cailloux des voûtes romaines: laconstruction stratifiée implique lidée dun monolithe artificiel;toujours la voilte romane est clavée. BERCEAUX NERVÉS. La plupart des berceaux romans ont leur intrados interrompude distance en distance par des arcs-doubleaux (fig. 5) : dor-dinaire ces doubleaux sont indépendants du corps de la voûte 5 c(croquis C); quelquefois (B) ils sont engagés à leur naissanceet se dégagent progressivement jusquà ce quenfin, au sommet,leur ext]ados effleure lintrados du berceau; il est même (A)des cas où les arcs-doubleaux traversent. Évidemment ces arceaux étaient des renforts ayant pour effetde raidir des voÙtes minces. Mais cest surtout pcndant la construction de ces voûtesquils étaient utiles: Dans le cintrage dun berceau, cc quon doit craindre nestpas lécrasement des ferme3, mais Jeu! déformation; la pré-.
  • 154. PROCÉDÉS. i~lsence des doubleaux permettait de rcndrc ces fermes pourainsi dire indéformables. On exécutait les arcs-doubleaux dabord; ils donnaient à lacharpente du cintre une rigidité extrême; et cest sur la char-pente ainsi raidie quon élevait le corps du berceau. 6 M A A A c c La fig. 6 précisera cet aperçu en montrant comment le cin-trage pouvait sagencer dans les principaux cas de la pratique. LA VOUTE DARÊTE. En principe, on évite la voûte darête et, avant de sy ré-soudre, on tente les combinaisons indiquées fige 7 : Au lieu de 7 . 1 5 B I 1 ( (~ 1 1faire pénétrer deux berceaux, on les étage de façon à placerla naissance de lun au-dessus du sommet de lautre. Lexemple A provi~nt de Saint-Remi de Reims; lexemple B,de Sa~,nt-Benoît-sur-.Loire.
  • 155. f52 ARCHITECTURE ROMANE. Peu à peu on senhardit: on risque la voûte darête, maisseulement sur les collatéraux des églises, où la portée est insi-gnifian te. APPAREn. En décrivant les architectures de lOrient, nous avons indiquécomme une pratique très ancienne des constructeurs syriensun système de voùtes darête en moellons où les voussoirsarêtiers sappareillent « en besace». Ce type de voûte darête, qui paraît étranger aux architec-tures occidentales de lantiquité, est précisément celui qua-doptent les architectes romans. La fig. 8 M rappelle le principe en indiqu,ant les particula-rités dapplication. Dans les voÙtes darête de lAsie romaine les panneaux étaient cylindriques; par une modification favorable à la soli- dité, les panneaux des voûtes romanes sont bombés en -tous sens; et cela conduit à des assises en forme de fuseaux. Dail- leurs, le long de larète, le chevauchernent des voussoirs est le même que dans les voûtes antiques. TRACÉS DIVERS. Ci. - École clunisienne. - Les croquis M et N représentent los tracés les plus usuels, ceux que 1" i3cole clunisiernc) la prin- eip:IJe de) toutüs 1dopte de préférence:
  • 156. FR 0 CÉ DÉS. i53 Larc diagonal, au lieu de présenter COlnmedans les voûtesromaines une courbure elliptique, est sensiblement en pleincintre ; Les arcs de tête sont des courbes presque de même montéeque larc diagonal; Et, pour réaliser cette condition de presque égale montée,on emploie, suivant les époques, des arcs surhaussés ou desogIves: Lexen1ple M correspond à lemploi darcs de tête en pleincintre surhaussé; Lexemple N, emprunté à léglise de Vassy, présente unevoûte darête sur plan barlong où lon a employé simultanément ilogive et le plein cintre pour les arcs de tête: le plus ouvertest en plein cintre; le plus resserré, en ogive. Nous devons à lécole clunisienne la voûte darête à têtesogivales, mais il faut reconnaître quelle ne ladopta pour ainsidire que par nécessité: longtemps elle se montra rebelle à sonen1ploi. En France, jusquau milieu du 12° siècle, elle sattache auplein cintre; cest seulement dans les églises de Palestinequelle accepte - et à coup sûr sous la pression dusages en-racinés dans la pratique locale - la voûte darête où les arcssont systématiquement tracés en courbe brisée. Tandis quen Palestine elle construit les églises de Lydda,dAbou-Gosh, etc. où toutes les voûtes darête sont à têtesogivales, en France, à Vézelay, lécole clunisienne sen tientencore aux têtes en plein cintre. Dans tous les cas, la voûte darête clunisienne séloigne dutype classique par le surhaussement du sommet et le bombe-ment des panneaux que nous avons indiqués en décrivantlappareil. b. - Ecole rhénane. - La voûte darête rhénane (T) offreun surhaussemJn~t et un bombement encore plus accentués; . . .logrY8 en E-t e}:~up. Née dt-IllSune contrée où perslstment le8 l
  • 157. 154 ARCHITECTURE ROMANE.influences byzantines qui remontent à Charlemagne (pag. 84),la voiIte rhénane est une calotte sur pendentifs à peine modi-fiée par la présence darêtes presque insensibles qui seffacentvers le sommet en se fondant dans la calotte terminale. c. - Auvergne) Normandie. - Les vOlItes de lAuvergne,du Poitou et de la Normandie ont un caractère précisémentinverse: elles se rapprochent du type romain par pénétrationde berceaux. Plus exactement (fig. 9)la voÙte darête normande est un ber-ceau cylindrique B pénétré par des lunettes telles que L à têtesen plein cintre. n B Il est clair que le berceau principal B a été établi sur un cin-trage continu; puis; sur les couchis de ce cintrage et sur lesfermes de tête L, on a posé les couchis des lunettes. . Lorsque les têtes sont toutes dégale ouverture, ce procédé donne la voûte darête classique; mais dès que le plan devient barlong, les lunettes prennent un aspect bizarre: si louverture du berceau B est moindre que celle de la lunette L, la lunette sélève en trompe conformément aux indications du dessin. Entre autres exemples normands, cc relèvement sobserve aux ruines de Jumièges. APPLICATIO:Il DES VOUTES DARÊTE AUX NEFS ROMANES. Uj:t. nef h trny6es darête s construit sninrrt c= de~n1er
  • 158. PROCÉDÉS. i56système sans quil soit besoin dinterposer entre deux travéesun arc-doubleau séparatif: le berceau principal file (fig. 10 C)sur toute la longueur de la nef, et les lunettes le pénètrent.Larc-doubleau entre deux trav6es nest une nécessité que pOUlles voûtes darête à forme domicale, telles que les voûtes clu-nisiennes et surtout les vûùtes rhénanes. Dans larchitecture byzantine où les voûtes domicales sontbâties par tranches, les tranches saccolent aux arcs-doubleaux(croquis A): le doubleau séparatif sefface; dans larchitec- 10 A ~"n~?ture romane, où les voûtes portent sur leurs arcs-doubleaux(croquis B), le doubleau se détache; et, par extension duneidée qui sest présentée à propos des arcades (pag. 148), unecolonne se place à titre de support sous chaque retombée. LE DÔME. Les architectes romans ont accepté pour les voûtes darête,comm1eune conséquence des matériaux quils employaient, lasujétion du cintrage; sy soumettre pour les voûtes sphériqueseût été compliquer le travail à plaisir; ei comme les voûtessphériques en moellon ne sexécutent commodément sanscintre quà la. condition davoir une courbure fort accentuée, lacalotte aplatie sur pendentifs se trouve exclue: Les coupoles romanes sont à calotte hémisphérique oumieux encore (comme à Saint-Front) à calotte de profil ogival;oHe:; reposent srF des pendentifs dont la forme est subordon-
  • 159. 156 AI1CHITECTURE ROMANE.née aux influences, soit byzantines, soit sarrazines, qui prédo-minent suivant les écoles. LA CALOTTE. Quelques coupoles sont établies sur plan polygonal (fig. 11A : Le Puy). En général le plan se rapproche du tracé B : lacalotte est une sorte de voûte en arc de cloître avec arêtesarrondies. A Saint-Front, la coupole est montée sur une notable partiede sa hauteur par lits horizontaux de pierre formant tas decharge, ce qui réduit dautant louverture de la partie clavée etpar suite atténue les poussées: les Byzantins avaient donné(pag. 12) lexemple dartifices de ce genre. Entre nos dômes et ceux de lOrient, la différence essentielletient aux précautions prises contre laction destructive deshivers. 12 r~t " 1 c Comme les coupoles asiatiques, les premiers dômes de lOc- cident portent directement leur toiture: mais chez nous on a soin de raidir les pentes pour assurer lécoulement des eaux. La coupole de Saint-Front (fig. 12 A) porte à son sommet un garni cODl,que qui fmpêche leau et la neigo de séjournrœ.
  • 160. PROCÉDÉS. i51 Bientôt on saperçoit que cela même ne suffit pas: on rai-dit le profil au point de transformer le dôme tout entier enun tronc de cône B: cest ce qui sobserve à Loches. Enfin, à linstant où les Clunisiens abritent sous des char-pentes .1es berceaux de leurs nefs, nous voyons élever sur lesnefs dAngoulême, de Fontevrault et aux transepts des édificesclunisiens, des coupoles C surmontées de combles. PENDENTIFS. Au point de vue du raccordement avec la base carrée qui lesporte, les coupoles occidentales se classent nettement en deuxgroupes, celles qui admettent des pendentifs en triangle sphé-rique, et celles qui admettent des pendentifs en trompe: Le pendentif en triangle sphérique règne sans partage dansles régions soumises aux influences vénitiennes (pag. 83),dont le centre est.le Périgord: sur la ligne des comptoirs véni-tiens échelonnés entre Narbonne et la Rochelle, toutes les cou-poles sont à pendentifs sphériques; le rayonnement de lécolevénitienne du Périgord sétend vers le Nord jusqùa Fontevrault.Hors de cette zone dinfluence, partout le pendentif est construità la manière persane, cest-a-dire en forme de trompe; le pen-dentifen triangle sphérique ne se rencontre ni dans lAuvergne,ni dans le Poitou, ni dans la Bourgogne: à peine dans les raresmonuments byzantins de la Provence et dans quelques édificesde Jécole byzantine du Rhin. a. - Pendentifs en triangle sphérique. - Dans les monu-ments byzantins de lOrient, et même a Saint-Marc, le pen-dentif en triangle sphérique repose sur des archivoltes dont leparement est exactement plan et vertical; dans les COUP010Sromanes., le parement pe larchivolte épouse dordinaire lacourbure sphérique du pendentif lui-même. Les indicationsdappareil fig. 12 C rendront sensible cette particularité: onlobserve à CahaL.>,Angoulême, ~lontmoreau,. etc.
  • 161. i~8 ATi.GHITECTURE ROMANE. b. - Pendentifs en trornpe. - La fig. 13 résume les prin-cipaux types des pendentifs en trornpe : Les dispositions A et C correspondent à un appareil par litsen éventail; un trompillon permet déviter, au point de diver-gence, les coupes à angles vifs. Lexemple C provient de lacathédrale du Puy, lexemple A de léglise clunisienne deParay-le-Monial. i3 A 8 c Le pendentif B, emprunté à Notre-Dame du Port de Cler-H1ont, est conçu comme une simple décharge en pan coupé. LES ORGANES DÉQUILIBRE DES VOUTES. Les architectes romans ignorent absolument la transmissiondes poussées à laide darcs-boutants : les seuls moyens quilsemploient pour cornbattre leffort de leurs voûtes consistent àleur adosser directement des massifs de butée, ou bien à lessous-tendre par des tirants. ((. - CONTREFORTS.ET PILES-CULÉES. La fig. 14 montre la manière dont se disposent, dans un édi-fice à trois nefs, les organes de butér. Pour les nefs latérales, la résistance aux poussées ejt four-niB par leJ murs M) n1unis de contreforts C;
  • 162. PH.OCÉDÉS. i59 Pour la nef centrale, les culées ne sont autres que les piles Pelles-mêmes: (-.... 14 p Une pile-culée telle que P, si elle était isolée sur toute sahauteur, exigerait une section énorme; grâce à la voûte ducollatéral qui lempatte à mi-hauteur, elle se présente dans delllêilleures conditions de résistance: la partie réellelnent solli-citée au renversement ne commence quau niveau N. Et, pourlui assurer un moment de stabilité suffisant, on recourt à unartifice dencorbellement que les constructeurs gothiques érige-ront en méthode: on renforce extérieurement la pile P par unéperon E qui sappuie en porte à faux sur les reins des voûtesdu icollatéral. Dans la plupart des églises clunisiennes on obtient ainsi à mi-hauteur de la pile une section N notablement plus grande que lasection à la base: la partie qui surplombe pèse sur larc-doubleau A, et la surcharge se résout en un surcroît de pousséequannule la réaction du mur M et du contrefort C. La fig. 14 précise suffisamment le rôle et la position deseontreforts. Ces contreforts ne sont autre chose que des épe-rons Yerti~aux de faible saillie. LécolE auvercnate (détail A)
  • 163. 160 ARCHITECTURE ROMANE.relie les contreforts deux à deux par une arcature extérieur€qui raidit le mur et lintéresse tout entier à la butée. b. - TIRANTS. Enfin les constructeurs romans recourent aux tirants pourannuler la poussée des voûtes: Lorsquils emploient la voûte en berceau (fig. 15), des lon-grines noyées à la hauteur des reins reçoivent la poussée quele berceau exerce sur toute sa longueur et permettent de com-battre cette poussée diffuse soit par des éperons isolés (cro-quis B), soit par des tirants (variante A). 15 Aux voûtes darête de Vézelay on distingue (V) les attachesdes tirants qui, originairement, concouraient avec les contre-forts à détruire la poussée. Léglise de Tournus a conservépresque intacts les tirants qui formaient au niveau des nais-sances le chaînage de ses vOlItes. LES COMBLES ROMANS. a. - Combles apparents. - Pour les édifices non voûtés, lesarchitectes romans ont souvent adopté une combinaison dar-ceaux et de charpentes, que nous avons décrite (tom. l pag. 532)à propos des monuments syriens: les fermes, ou tout aumoins quelques-unes dentre eUes, sont remplacées par desarcs de maçonnerie dont les tympans servent dappui auxpannes. Cette alternance darcs et de fermes était fréquente enNormandie.
  • 164. PROCÈDÉ8. 161 Les combles entièrement on charpente se rattachent auxtypes romains des vieilles basiliques: sauf quelques exceptionsanglo-normandos, la fenne romane est il tirant. En France, où le climat détruit vite les bois, on ne peut citerquun trQs petit nombre de cornbles romans: h peine reste-t-ilà Vignory assez de fragments pour permettre de reconstituerune ferme. Les charpentes les mieux conservées - encore 16 ~appartiennent-elles plutôt à la tradition qua lépoque romane- sont celles de Sicile; nous en donnons (tig. 16) diversexemples: A, D, Cefalù; C, Monreale; B, Girgenti. On observe en A des fermes proprement dites alternant avecdes fermettes sans tirants ~ En B, une charpente à caissons où, par une raison décono-lnie qui se traduit en un fort élégant effet, 1(1membrure est enpièces déquarrissage refendues suivant la diagonale. C est un panneau de comble formant gril, véritable pan debois incliné dune extrênle rigidité.
  • 165. t ; ~. -- -) ARCHITECTURE ROMANE. b. - Combles de protection des voÛtes.- Ce fut, avons-nous dit, une nécessité de nos climats pluvieux, de protéger les édifices à voûtes légères par des combles. La première idée fut de faire porter le comble par la voûte même: La fig. 17 montre en A la disposition probable dun comble dont les chevrons sappuyaient directement sur lextrados du berceau.17 Cette disposition simple avait le grave inconvénient dexa- gérer la poussée de la voûte: il fallut y ren1édier et, dans de très nombreux édifices, les murs goutterots ont été surhaussés après coup. Ce rehaussement est sensible à Saulieu, à Saint- Loup de Naud, etc. : cest un témoin du remplacement du vieux comble sur voûte par un comble indépendant. Tantôt on sest contenté (croquis B) de substituer aux che-vrons qui sappuyaient sur lextrados, des fermes à entraitretroussé emboîtant le berceau; Tantôt (C) on a fait passer lentrait franchement au-dessusde la clef du berceau. Cette seconde solution est la plus récente;en pleine période gothique on emboîta longtemps encore lesvoûtes dans des combles à entrait retroussé. Le comble à croupes, (lui entraîne à des complications decharpente, paraît inusit(~ : partout le comble se terlnine en pi-gnon. Toiture. - Quelques édifices de lÙge mérovingien furent couverts à laide de feuilles de métal; les toitures de Saint- :Iartin de Tours et de Saint-Denis sont demcmées célèbres, celle de Saint-Martin de Tours é t~it el étain.
  • 166. FORME S. 163 Ce coûteux emplOI du métal ne fut dailleurs quexceptionnel:les combles romans étaient pour la plupart couverts en tuiles.Leur pente généralement peu accentuée paraît indiquer lusagede la tuile à larges courants dont les Romains avaient laissé latradition. Mais on rencontre aussi, dans la Normandie et la Francecentrale, des pentes beaucoup trop raides pour cc genre de cou-verture; les fermes de Vignory, les pignons de Saint-Étiennede Beauvais accusent des toitures dont la pente atteint ou dé-passe 450: une telle inclinaison suppose des tuiles à crochetsou des ardoises. Les tuiles plates en forme décailles de poisson étaient con-nues des Rornains (tom. l, pag. 534): probablement lépoqueromane reprit et appliqua ce mode antique de couverture. Ilconvenait aux contrées pluvieuses; cest 1à quon en saisit latrace. LES ÉLÉMENTS DE LA DÉCORATION. Nous ayons envisagé les membres essentiels de lédificeroman au point de vue de leur rôle dans léconomie généraleùe la construction, nous les reprenons au point de vue des effetsdécoratifs. Ici on ne saurait envisager le décor en lui-Inème : Sauf hlépoque des débuts, lart du moyen âge proscrit toute parurerapportée, sa constante visée est damener lornement à nêtrequune manifestation accentuée de la structure; on sent uneffort incessant pour atteindre dans les expressions à fabsoluevérité; et cest en exagérant ces expressions que lart gothiquesengagera un jour dans la voie qui la conduit à sa décadence. LES MURS. Avant de se décider à laisser le parement des murs à nu.)sans 8.Ltre ornement que son appareil, les architectp3 romans
  • 167. 164 ARCHITECTURE ROMANE.ont longtemps imité ces dessins de marqueterIe qui tapIssentles panneaux des murs antiques. Nous donnons (fig. 1) deuxexemples empruntés, lun a la vieille église de Distré, lautre àcelle de Saint-Généraux. 1 A ! / L( C . ;;: %;;/ 1 1 Les pièces de la marqueterie sont ordinairement bordées(coupe C) dun bourrelet rouge en mortier de tuileaux; quel-quefois, pour ajouter à leffet, on recourt il des joints simulés;on juxtapose des pierres à tons variés et jusquÜ des briques.On pousse la recherche au point de ciseler sur le parement unesorte de guillochis. Au 12° siècle, cette tradition des incrustatIOns se localisedans les régions où lon a sous la main des matériaux colorés.La Bourgogne, qui ne possède que des calcaires, est la pre-mière province qui labandonne: lécole clunisienne laisse en{~viclencelappareil réel; au contraire les contrées volcaniquesdu 111assifde lAuvergne continuent la pratique de ces revête-ments où sc mêlent les laves noires, les calcaires blancs et lesbril!ues (Notre-Dame du Port, le Puy, etc.). Dans les écoles dela Normandie ct du Rhin, au lieu dUlcruster les panneaux desmurs, on les tapisse darcatures; et, pal un usage peut-êtreclnprunté à la Sicile, les arcatures normandes présentent desenchevêtrements tels (lue E (pag. suivante, flg. 2). , , L ,1C ET LA YOUTE Alf rOViT DE T E ])ECORATIF. Profits. - Nous ayons iWlÎtlU6 (pag.lflD) les profils suc- çcessifs de la yaÙte rornanc: nu l1 siècle, cmploi cxclusif du
  • 168. FonMES. {QGplein cintre; au 12°, usage simultané du plein cintre et delogive. Logive ne fut jamais adoptée il lépoque rOlnane palpure préférence: nous lavons YU(pag. 152 et ,149) simpose]dans les voÙtes darête et les herceaux surélevés; pour lesbaies, pour les arcatures où le goflt pouvait être libremcnt suivi,les architectes romans nont accepté larc brisé quà une dateoù lart gothique lavait n1is en faveur. nn ! m 1 1 1 G~ ( (l 1 A titre de profils exceptionnels nous mentionnerons (fig. 2)le profil en chevron, D, employé dans le Poitou; larc outre-passé C, qui se présente à Germigny; larc lobé F, qui existeà Clermont, à.Issoire: ces deux derniers sont particulièrementintéressants cornme témoins dinfluences asiatiques. Ornements. - La fig. 3 donnera lidée des accessoires déeo-ratifs des arcs. 3 / / ,,% En général les ornements (moulures ou sujets sculptés)sont pris non dans la masse des voussoirs, mais dans une ar~chivolte qui redess~me la ligne è/extradoso
  • 169. 166 ARCHITECTURE ROMANE. Lécole des Charcntes et celle de la Normandie sont à peuprès les seules qui sculptent les claveaux: la première lesdécore de rinceaux de feuillage; la seconde, dornements géo-métriques, bâtons rompus, billettes, besans. LARCADE. De tout temps les architectes du moyen âge ont admis lar-cade retonlbant sur de simples pieds-droits: on trouve à laBasse-Œuvre de Beauvais le pilier cylindrique et le pilier carréavec arêtes abattues en chanfrein (fig. 4, plan S); à Saint-Remi de Reims, le pilier simulant un faisceau de colonnes(plan R); clans le chœur de presque toutes les églises, à len-dloit où la disposition tournante force ~l.resserrer les pointsdappui, larcade sur colonnes isolées.!1 / ~ A Bep Pour les nefs, où lon peut donner plus de masse aux pieds-droits, le type courant de larcade à partir du milieu du110 siècle, est A ou B: Un arc avec ou sans archivolte; unl)ied-droit tl.noyau rectangulaire ou cylindrique où la colonnesengage. Larc retombe sur la colonne, et larchivolte, lorsquelleexiste, repose en imposte sur le corps du pied-droit; quelquefoislarchivolte elle-même est supportée par des colonnettes enga-gées, et lordonnance prend laspect C. Ce groupement, déjà.presque gothique, est fréquent dès le 11.0siècle dans larchi-tecture romane dG Normandie.
  • 170. FORMES. t57 Quant à larcade classique de lantiquité, larcade à colonneou pilastre purement décoratif, on peut dire quelle est étran-gère à lart roman: à peine lobserve-t-on au triforium de lacathédrale dAutun, où elle est copiée sur la Porte Romaine; enProvence, dans les arcatures décoratives de Saint-Paul-Trois-Châteaux, où elle est visiblement la reproduction de quelqueInodèle antique. LA COLONNE. La colonne, à HlOinsquelle ne soit une colonne antique rem-ployée, ne présente ni lamincissen1ent au S0111111et le profil nigalbé des fûts antiques: elle est, et la colonne gothique seraà toutes les époques, exactement cylindrique. Larchitecture antique avait établi pour les colonnes unclassement en ordres de caractères bien définis, ayant leurslois de proportion individuelle; notre architecture du moyenâge cesse de régler la proportion des colonnes daprès leurdiamètre, et par conséquent abandonne ce classement. Le seulordre dont les détails aient été imités, est celui qui fut enfaveur aux derniers temps de larchitecture romaine, le corin-thien; mais il suffit de rapprocher des types antiques les détailsqui vont suivre pour reconnaître combien limitation fut libre:une donnée générale" tout au plus un thème de sculpture. Le chapiteau. - Nous avons annoncé (pag. 144) linfluenceque devait exercer sur la décoration du moyen âge la pratiquede la pose sans ravalement: le chapiteau et la base romansmettent cette influence clans tout son jour. Le système admis, chaque membre décoratif doit corres-pondre a un nombre exact dassises. Ainsi un chapiteau serapris dans une assise, ou bien dans deux; point de dimensionsintermédiaires: le chapiteau ne se proportionne plus à la hau-teur de la colonne quil tèrmine. De là une première différence avec le chapiteau antique. Une autre ré;)ide dans la forme du tailloir (fig. 5 à 7).
  • 171. 168 ARCHITECTURE ROMANL Ce tailloir joue un double rôle: il reçoit la retombée des arcset, pendant la construction, il sert dappui aux cintres. Les architectes du Bas-Empire paraissent ne sêtre préoccu-pés que du rôle permanent, du rôle de somn1ier : leurs tailloirsaffleurent le parement de larcade (voir pag. 26, fig. 1 et 2);ce sont les constructeurs romans qui les premiers font inter-venir lidée de supporter les cintres: de là cette saillie que letailloir roman présente sur le nu de larcade. Souvent même(fig. 5 E) la saillie nexiste que sur la face où elle doit recevoirla fenne de cintrage. Habituellement une assise spéciale est consacrée au tailloir;et, toujours par application du même principe, la hauteur serègle non daprès un système conventionnel de proportion,mais daprès lépaisseur même de lassise. Les exemples fig. 5 à 7 expriment les caractères successifsdu chapiteau roman.5 1 .1 1 E " .1 Le cl18piteau C correspond h la période archaïque; cest letype de la période mérovingienne et des temps qui précèdentlessor du 1-10siècle; les autres sont empruntés il larchitecturede la fin du -1-10iècle et du début du -1;!o. s Le cl18piteau n (Dg. G) est inspiré du corinthien romain; les clhtpiteaux D (Hg. G) et TI (lig. 7), dont ID sUlfnce résulte dela iénétn:ttion dun cube et dune sphère, sont 1J?rti(~ulièrernent
  • 172. FORMES. f69usités dans les provinces rhénanes et paraissent se rattacheraux traditions de lécole byzantine dAix-la-Chapelle; larchitec-ture de Cluny et celle de lAuvergne réduisent la corbeille à uneforme qui sc rapproche dun tronc de cône renycrsé. 6 B Les chapiteaux C (fig. 5) et B (fig. 6) proviennent lun de lacrypte, lautre du chœur de Saint-Benoît-sur-Loire; D (fig. 5),de Marmo~tier; E, de Tournus; A (fig. 6), de Déols; lesexemples fig. 7 sont empruntés à des églises champenoises. 7 0,5 Pour la décoration de la corbeille, les sculpteurs romans neprennent que fort rarement leurs modèles dans la nature mêmequi les entoure: ce nest pas du feuillage des plantes quilssinspirent, ils copient lacanthe des chapiteaux antiques; oubien ils reproduisent les rinceaux, les animaux fantastiques der oT.?èYTeries as-anide, enfin les entrelacs des passemellteries
  • 173. no ARCHITECTURE ROMANE.byzantines ou sarrasines quapportait le commerce de Veniseet de Gênes: ces feuillages conventionnels, ces passemente-ries, ces monstres dont les croquis fig. 6 et 7 donnent lidéesont fréquents surtout dans lécole clunisienne. . La base. - Dans larchitecture antique, où la colonne nerecevait pas la lourde charge dune voflte, la base avait un rôlepresque exclusivement ornemental. Telle nest pas la conditionde la base romane. Placée entre la substruction et le fÙt de lacolonne, la base romane a pour fonction de répartir sur unelarge surface, détaler la pression quelle transmet: elle reposesur un socle cubique et fait transition entre le fût ~ylindrique etle contour rectangulaire de ce dé, tout comme le chapiteau faittransition entre le fût et larchivolte. On pourrait lui assignercomme une forme rationnelle celle dun chapiteau renversé; etcest là en effet la forme quelle présente au début: retournezle chapiteau C fig. 5, vous obtenez la base mérovingienne. 8 1 Peu à peu, vers le 11C siècle, on revient à la base antique,et volontiers on lui 8joute ce très utile renfort en forme degriffe dont nous avons reconnu lexistence dès lépoque deSp81atro (tom, l, pag, 5.{t6).
  • 174. FORME s. ~ il La fig. 8 montre en B et C deux bases répondant à la traditionromaine; en A, un profil emprunté à Saint-Benoit-sur-Loire, quiest lexpression pure et simple du rôle de laccord entre le soclecarré et le fût arrondi. LE CONTREFORT. Les Romains, et les Byzantins après eux, sefforçaient deplacer les masses de butée à lintérieur cles édifices (pag. 14) :le contrefort faisant éperon nétait guère employé chez lesRomains que pour les murs de soutènement: lidée de reporterà lextérieur des édifices les cnIées qui contrcbutent les vofltes,sest développée à lépoque romane, et elle fut visiblementsuggérée par le désir de débarrasser lintérieur des édificesdun massif encombrant. Les architectes romans, en adoptant le contrefort extérieur,nosèrent que peu à peu lui attribuer des formes en rapportavec sa fonction: la seule combinaison de butée quils aientaccusée nettemen t, est celle que nous avons reconnue (pag .159)dans lécole dAuvergne et qui consiste en des éperons reliéspar cles arcatures. La fig. 9 montre en A le parti décoratif quecette ingénieuse combinaison fournit à Notre-Dame du Port. 9 A 3Dune manière générale, les contreforts ont un aspect aplati (A),ou même (C) dissimulent leur rôle sous lapparence de colonnese~1gagé8s.Ce ne.Jt qrau 1~:~1 siècle et dans lécole gothiqne que
  • 175. 172 ARC"iITECTURE ROMANE.les architectes prennent résolument le parti daccuser la fonc-tion de butée en substituant au parement vertical des contre-forts un profil raisonné, un profil à fort empattement dont lerelief décroît par retraites successives. Ici se termine la série des organes qui constituent le grosœuvre: examinons les membres accessoires, tels que les cor-niches et les baies. CORNICHES, CRÊTES, Erc. Les murs rOlnans, lorsquils forment pignons aux extrémitésdes nefs, présentent pour couronnement un gâble ou frontonarasé suivant linclinaison de la toiture; et la toiture elle-même,lorsquelle repose sm le garni dune voÙte, est ornée suivantla ligne arêtière, dune crête de pierre découpée à jour qui sedétache sur le ciel. Le couronnement des murs de longs pansest en forme de corniche. Dans larchitecture antique, la corniche des murs était em~pruntée aux ordres: elle faisait larmier et était dordinaire sur-montée dun chéneau. Larchitecture romane rompt absolu-ment avec cette tradition; les détails fig. 10 indiquent commentles constructeurs romans comprennent la corniche, la fonctionquils lui attrihuent : La corniche, pour eux, nest plus un ahri, cost un bandeauqui savance en surplcmh pour reporter la gouttière aussi loin(lue possible du nu des 111UrS ais no fait plus office do reyers mdeau; la toiture) si elle est établie sur un che-vj nn8.C~)déborde o
  • 176. FORMES. n3sous forme davant-toit (13); si clle repose sur un garnI demaçonnerie (variante A), le dernier cours de tuiles déborde etfait coupe-lanne. La corniche se réduit ainsi à un encorbellement: pour per-111ettrede lui donner une forte saillie, on lélégit en chanfrein,quelquefois modillonné (A); ou bien on la construit à laidedune rangée de corbeaux soutenant une tablette de couronne-ment; on sculpte les modillons et lon profile la tablette. La décoration A (Saint-Trophime dArles) est empruntée illécole provençale: on y remarque une rnodénature fine inspiréede la belle architecture antique de la Provence; la tête des rno-dillons, légèrement déversée, reçoit en plein la lumière et sedétache avec éclat. La décoration 13 (Vézelay) pl-iovient delécole bourguignonne: elle se distingue par des effets plusaccentués et la vigueur de sa sculpture. Cest seulement dans larchitecture poitevine quon rencontredes exemples de couronnements de lnurs avec chéneaux etgargouilles (Notre-Danle de Poitiers, chœurs de Chauvignyet de Saint-Savin) : la corniche alors est supprimée ou réduiteà une imperceptible saillie. Cette disposition exceptionnelleparaît motivée par des raisons de défense: ainsi quon pourrasen rendre compte par la coupe de Notre-Dame de Poitiersqui sera donnée plus loin (pag. 204), le rebord du chéneausélève à une hauteur que nexpliquent ni son rôle de cuvette niune intention décorative; ce rebord est un parapet servant, encas dattaque, dabri aux défenseurs. La corniche surmontéedun chéneau ne reparaîtra quà lépoque gothique. LES PORTES. Aspect général. - En Occident, même dans les édifices clu-nisiens où logive est admise conlme profil des voûtes, lesbaies, portes ou fenêtres, ne sont jmnais en ogive. Pour trou-ver des baies qui ne soient pas en plein cintre, il faut descendrejusquà lépoqn8 où larchitecture gothique est déjh. constituée,ou bien chercher des exemples dans lécole romane do la Pa-
  • 177. 114 ARCHITECTURE ROMANE.lestlne : en France, un des plus anciens édIfices à baIes enogive est léglise de Vieux-Parthenay, et elle est contempo-raine de nos édifices gothiques; en Palestine, la forme ogivaleest admise sans réserve. tt .J QS La porte proprement dite est moins épaisse que le rnUIfluelle pénètre: on létablit à laffleurelnent du parement in-terne, et lon soutientlapartie antérieure du mur sur des arceauxen décharge qui font voussure. Linteaux et VOllssures. - Une porte ne se prète à une fer- meture simple quà la condition davoir un linteau droit: tou-jours la porte romane présente, au-dessous de la voussure, unlinteau droit. Ce linteau est autant que possible une poutre monolithe;et, par un sentin1ent très juste des formes elégale résistance,les constnlCteurs romans le prennent ordinairement dans unepierre plus épaisse en SOIlmilieu qua ses extrémités. Parmi les nombreux édifices où cette particularité sobserve.on peut citer Notre-Dame du Port, la chapelle Sainte-Claire auPuy, etc. Lexemple champenois fig. 11présente même une plate-bandeoÙlon a pr6félé une dissymétlie dappareil ~lla régularisation(le la pierre, qui laurait affaiblie. Des corbeaux soulagent cettepoutre de pierre et CIlréduisent la portée. GrÙce à.la voussureqi,i, fait décharge, ln tympan selJl pèse 81.1,1, on a soin de elle:
  • 178. FOR)i}~S. f75construIre le tympan à laide de dalles légères; et, lorsque lemur-,est de grande épaisseur, la voussure présente laspect dunesurf~ce évasée appareillée par arcs emboîtés qui retombentsur des colonnettes (Saint-Trophimc, Saint-Gilles, Vézelay,Autun, etc.). i2 ) v M Lorsque la porte est double, les deux linteaux sont englobéssous une voussure unique. La fig. 12 V montre en élévationet en coupe les dispositions constructives du beau porche deVézelay, et font saisir lès artifices dencorbellement qui ré-duisent la portée, ainsi que lappareil clavéqui réduit le poidsdu tympan; M indique lingénieux système de coupe de pierredes portes de Moissac. Quelquefois on construit les linteaux comme des voûtesplates: mais alors, pour éviter le glissement des claveaux, ondonne aux lits une coupe à redans qui rappelle les appareilsarabes du Caire (pag.110). Au point de vue décoratif, le tympan est un champ tout dési-gné pour une scène en bas-relief clont la voussure forme lecadre; les claveaux de la voussure sont couverts elornementscourants, et quelquefois des statues se dressent contre lescolonnes dans lébrasement de la baie (portes de Saint-Gilles,Saint-Trophime, Parthenay, Autun, Sainte-Croix de Bor-deaux... ,. 1 Vantaux. - La menuiserie cles portes se réduit à des tra-verses et des bracons avec panneaux en madriers assemblésb.graiü elorge. J,()!sque le ressources le permettent, suivant
  • 179. fi6 ARCHITECTURE: ROMANE.un usage antique qui sest perpétué dans lart byzantin, ondécore les vantaux dun revêtement de bronze (Aix-la-Chapelle,Monreale, etc.). Au porche du Puy, où ces ornements coûteuxnont pas été rapportés, toute la menuiserie est couverte dunesculpture à faible relief dont le dessin rappelle celui destapisseries orientales. Il est même des portes où les pentures,en fer forgé, sappliquent sur le parement et servent dorne-ments en même temps que de supports (le Puy, Ébreuil). LES J:o~EN.ÊTRESROMANE~, LES BAIES DU TRIFORIUM. Primitivement, les fenêtres romanes navaient point de vi-trage : tout au plus étaiqnt-elles garnies de claires-voies. Leur disposition se subordonnait à cette absence de vitrage:pour empêche l le froid de pénétrer, il fallait réduire les ouver-tures; il fallait placer les appuis aussi haut que possible, afinde rendre inoffensifs les courants dair. 13 1 1 0.1 Cette petitesse, cette élévation des fenêtres étaient en mêmetemps des garanties de sécurité. Toutefois, il est à remarquerque les édifIces les plus anciens sont précisément ceux qui pré-sentent les baies les plus larges et les appuis les moills rekv~s(Saint-Généroux, Basse-U~uvlede Beauvais) : le danger aurait-ilété moins viycment scnti au début, ou le rcspect cles églisesaurait-il été alors une défensc sufiisilnte ! La fig. 13 donne la coupe <lune fenêtre. La baic nétant pasdestinée à recevoir un chÙssis Inobilo, na llul besoin dêtre
  • 180. FORMES. 177surmontée dun linteau: elle se termine cn plein cintre, et quel-quefois les jambages sont ornés de colonnettes. La fenêtre en ogive, avons-nous dit, est une exception ré-cente; lécole rhénane admet larchivolte lobée, et lécolepoitevine la terminaison en chevron (pag. 165, fig. 2). La fenêtre est ébrasée a lintérieur pour aider à lintroduc-tion de la lumière; et lappui, quelquefois horizontal, présentehabituellement (fig. 13) un profil tel que A, combiné à la foisen vue de faciliter laccès du jour et décarter les eaux pluviales. Le détàil B est un exemple des dalles de pierre ajouréesquon employait pour i~emplir le vide. Sans doute aussi onrecourait à des claires-voies de menuiserie, dont la traditionse conserve dans les treillis de balcons des maisons orientales. Le vitrage paraît sintroduire dans larchitecture clunisienne;son application générale, et surtout sa décoration colorée,nappartiendra quà lépoque gothique. Indépendamment des fenêtres qui font pénétrer dans les nefsla lumière du dehors, les églises romanes présentent des baiesfaisant arriver sous les combles des collatéraux la lumièredes grandes nefs; ces baies de « triforium» sont traitées exac-tement comme des fenêtres. ESCALIERS. Les escaliers sont presque toujours en vis: la vis de Saint-Gilles est célèbre. La cage de lescalier, en forme de tourelle à toit conique,est un élément de décoration: la façade de Notre-Dame dePoitiers offre un remarquable exemple de ce parti ornemental. LES COMBLES APPARENTS. Les premières basiliques chrétiennes, qui étaient des rnonu-
  • 181. i73 ARCHITECTURE RO~fANE.ments rommns, ont eu des plafonds à caissons; ce luxe futrare à lépoque romane, les charpentes demeuraient appa-rentes: à Vignory les bois étaient chanfreinés, sauf à re-prendre leur section carrée à lendroit des assemblages. Nous avons donné pag. 161, comme exemples de laconstitu-tion des fermes, une série de détails de charpentes siciliennes:ces charpentes nous aident à reconstituer laspect des comblesromans. Les abouts des bois sont chantournés; et la décora-tion étoilée D est obtenue, aussi bien que les profils des piècesde la membrure, à laide de quelques traits de scie: on ima-ginerait difficilement un dessin ornemental réalisé par desmoyens plus élémentaires; et r éclat de la couleur prête à cettedécoration si simple une puissance deffet qui le cède à peineil celle des plus belles constructions vofltées. LES CARACTÈRES DE LA MODÉNATURE. - LA SCULPTURE FIGURÉE ET LA CODLErR. La nzodénatuJe. - Les Romains ont fait de fréquentsusages dornements de stuc: à peine en peut-Oll citer derares exen1ples aux (~poquesprimitives de lart roman (églisede Germigny). En g(~néralles moulures sont taillées dans lapierre même, Létude de la corniche ron1ane nous a fourni (pag. 172)loccasion danalyser quelques-unes de ces moulures; leurealactère diffère profondément dune école h.lautre: Les écoles byzantines, celles du Rhin et du Périgord nontflue la 1110dénaturesèche et pauvre de lart byzantin; en Au-vergne la modénature est toute rudimentaire; dans le Poitou etles Charentes, eUe a généralen1ent des formes lourdes et em-pâtées où dominent les gros tores et les chanfreins. En revanche, dans la Bourgogne et la Provence, lart de pro--fiIsr pT: 1,(1un admirable développement. En Bourgogne on
  • 182. FORMES. U9retrouve les profUs vigoureux des portes romaines dAutun etde Langres; en Provence, les moulures fines, presque grecquesde la Provence romaine. Mais dans ces deux régions, et aussien Normandie, une influence étrangère entre en ligne, lin-fluence syrienne. Comme lont observé Viollet-le-Duc et M. deVogüé, il est des profils qui rappellent à sy méprendre ceuxdes -contrées de Syrie avec lesquelles les pèlerinages créaientdincessantes relations. p rU c p "-~ N 0,5 Nous avons donné, pag. 29, en J et H des exen1ples de profilssyriens; nous réunissons fig. 14 divers profils empruntés auxécoles clunisienne (C), provençale (P, Pl) et norn1ande (N ) : desuns aux autres la communauté de sentiment décoratif est ab-solue. Le profil C provient de Vézelay; P, de Montmajour;P, de Saint-Ruf près dAvignon; N, de Saint-Nicolas de Caen. La sculpture aJchitecturale. - Si lon considère la sculpturearchitecturale, les différences décoles saccentuent plus nette-ment encore. Nous avons comparé les dessins ordinaires delornement sculpté à ceux des broderies des étoffes dOrient;les écoles où cette décoration sépanouit avec le plus déclatsont en effet celles qui possèdent le plus de modèles: Le commerce de Venise portait les tapis et les ivoires deConstantinople en Provence et, par le Périgord, dans le Poitouet les Charentes : la décoration provençale se partage entre cesfûoc1èles lmporté,s et les exemples antiques dont lascendant
  • 183. 130 AnCHITECTURE ROMANE.simpose; le Poitou et la Saintonge, moins dominés par lantI-quité, ne connaissent guère que les types asiatiques. Les mo-dèles arrivent plus rares en Normandie; la en effet la décorationleur emprunte moins: l orneInent normand est un mélange deces formes orientales et dornements géométriques. La Normandie ne reçut pour ainsi dire que les dernièresalluvions du flot byzantin, mais elle fut la première a recueillirdes Northmans ces influences persanes que nous avons aper-çues en pleine Scandinavie (pag. 85). Les pirates northmansnétaient pas les ap6tres dun art, mais ils portaient avec euxdBS objets venus par la voie du Dniester et de la Vistule desrégions sassanides ou arn1éniennes : ils avaient des bijoux deprovenance asiatique, des étoffes, des armes: il suffisait desépa ves dun équipage northman pour fournir tous les élémentsdune décoration sassanide; ct cest ainsi que sexplique lecaractère si profondément persan de certaines sculptures descôtes de lOcéan. Nous avons reproduit pag. 85 des monstres sassanides em-pruntés aux tyn1pans de Bayeux: tout dans ces tympans estasiatique, jusquaux accompagnements de passementerie qUIservent de fond aux motifs de la sculpture. Dune manière générale, les ornemanistes romans se con-tentent de copier: ils copient en1 Provence lornement romain,ils copient lornement byzantin dans le Poitou et les Charentes ;le grand titre de lécole clunisienne fut de ne sabandonner ab-solument a aucune des influences quelle subissait, et de tenterles premiers efforts pour sortir du convenu en puisant quelquesinspirations dans la nature elle-même. La réside sa supériorité,et cest par la quelle prépare le renouvellement de lart déco-ratif qui doit sachever à lépoque gothique: tel chapiteau deSaulieu ou de la nef de Vézelay fait pressentir le 13° siècle. Tandis que lOrient chrétien, dominé par les préjugés ico-noclastes, proscrivait de la sculpture les scènes figurées, lartroman fait une large part à la statuaire: les tympans de V éze-la)~, dAutun, de Moissac, les chapiteaux des cloîtres de ~/loissac
  • 184. pnOPORTIO~S. 181et de Saint-Trophime, ceux des nefs de Saulieu et de Saint-Sernin de Toulouse sont des œuvres oÙ la statuaire en bas-relief joue le principal rôle. La composition générale rappellecelle des panneaux des sarcophages antiques ~ 10 n10uvementet la draperie sont empruntés visiblement aux peintures byzan-tines. Une certaine brusquerie caractlrise lécole toulousaine ~(lUelque mollesse, lécole proven~~ale une justesse dexpression ~singulière distinguo ici encore lécole clunisienne. La rouleul. - Larchitecture romane, comme toutes lesarchitectures orientales, avait pour complément la couleur:des marqueteries de laves (pag. 1G-i) anin1aient les faç,ac1esdelAuvergne; et probablement les combles étaient décorés depeintures sem1)la111esà celles de Sicile. Les deux monuments les plus curieux de la polychromierOIna11esont le baptistère de Poitiers et llglise de Saint-Savin:tous deux témoignent des influences IJyzantines les plus di-rectes. La peinture, appliquée sur enduit, est une fresque oùles figures se détachent par tons plats sur un fond uniforme,et sont redessinées dun trait ferme. Toute lharmonie repose,indépendamment des hlancs et cles noirs, sur le jeu de quatrecouleurs seulement: le ]Jleu, le vert, et des ocres jaunes etrouges. Le fond est jaunâtre, tandis que dans les peintures delAthos il est bleu: sous cette réservé, le style est le même. Dune manière générale, les intérieurs romans paraissentconçus en vue dune décoration peinte ~ cela seul explique lecontraste parfois étrange entre la simplicité des ornClnentsintérieurs et la profusion de sculpture (lui sétale au dehors:les champs nus des intérieurs étaient réservés pour la couleur. ,, LES PROPORTIO~S ET L ECHELLE. LES EFFETS PERSPECTIPS. Les architectes de lépoque romane avaient-ils, pour réglerles proportions de leurs édifices, des méthodes bien définies,et quelles étaient ces méthodes?
  • 185. J82 ARCHITECTURE ROMANE. Ici la question est bien autrement délicate que pour lart an-tique: Chez les Grecs, lexécution était pour ainsi dire parfaite, etlon peut daprès les ruines rétablir presque toujours sanschances derreur les cotes du projet: ici lexécution est sou-yent assez grossière pour rendie cette traduction incertaine, Les pierres des édifices grecs étaient à joints vifs; au moyenÙge, les épaisseurs de mortier ne sont pas négligeables et elleséchappent à toute détermination absolue. Une autre cause de complication tient au principe même dela bâtisse sans ravalement: quil sagisse dune base, dun cha-piteau ou dune corniche, chaque Inembre de la décoration estpris dans une assise; et, pour employer la pierre sans déchet,il faut dune assise à lautre modifier le profil type. Admettez le tracé théoriquement le plus simple: après cettedouble altération qui résulte des épaisseurs de mortier et deshauteurs variables des assises, vous trouverez des cotes dehauteur complexes doù la conception primitive ne pourra sedégager rluinclécise et voilée. Chez les Grecs, la loi modulairene se compliquait que des corrections métriques (tom. l,pag. 386); ici, deux causes nouvelles de perturbation inter-viennent: les épaisseurs de mortier, et les corrections dappa-reillage. Mais heureusement cest sur les seules cotes de hauteur queportent ces influences perturbatrices: si lon sattache aux di-lnensions en plan, telles que les largeurs de nefs, les espace-luents de piliers, les sections horizontales des principaux lnembres, les causes dindécision ou derreur cessent dexister. Or toutes ces dimensions se cotent en nombres exacts depieds et pouces; et lidée dune commune mesure nest autrechose au fond lue celle de proportions réglées sur un module. Pour confirmer cet aper<.:u par un exemple authentique,nous citerons les dimensions du plan de léglise de Saint-Gall :Longueur, 200 pieds; largeur totale, 00 pieds; largeur des nefslatérales, 20 pieds, On IIO saun1Ït souhaiter des cotes plusfranches ni des relations de grandeurs plus simples.
  • 186. PROPORTIONS. 183 En observant des dimensions réglées sur lunité InétriquC,larchitecture du llloyen âge ne faisait que continuer une mé-thode remontant il lantiquité la plus haute. Mais lesprit qui préside aux applications est entièrement nou-veau: Lart classique na connu quune harmonie abstraite fondéetout entière sur des rapports; suivant une observation deLassus, cest au moyen àge quappartient lart daccuser lesdimensions, le principe de l « échelle». Jetez les yeux sur le dessin dun temple grec, rien nindiquela dimension de lédifice: rien dans la structure nimplique uneéchelle plutôt quune autre; si le temple est de dimensionn10itié moindré, les assises de la corniche, de la frise, de lar-chitrave diminuent de moitié; ainsi des chapiteaux et deshases, ainsi mêlne des baies et des marches du soubassement:ni lappareil ni la destination affectée aux divers n1elnbresnaceusent les cotes réelles; la grandeur de lédifice reste indé-terminé pour lœil, qui ne perçoit que des proportions. Dans larchitecture du moyen âge, linverse se produit. La hauteur dassise à laquelle toute la décoration se subordonne, se présente partout aux yeux comme un étalon métrique. Lépais- seur dun bandeau est celle même de rassise; un chapiteau marque toujours une hauteur dassise, ou deux assises nette- ment distinctes: partout lappareil ou la décoration offre unrepère qui rappelle la dimension absolue de lœuvre, partoutl « échelle» de lédifice est écrite. Lart antique sattachaitexclusivement à des rapports de grandeurs: sans abandonnerles rapports simples qui produisent lharmonie, le moyen âgechiffre la grandeur elle-même; Ul réside, autant peut-être quedans les procédés matériels, la distinction profonde qui sépareles deux architectures. Les architectes romans ne se contentent pas de marquer lagrandeur réelle par dingénieux artifices, ils sattachent à enexagérer limpreJ~;ion :.
  • 187. 18~ ARCHITECTURE ROMANE. A Saint-Trophime, les travées diminuent douverture àmesurequelles séloignent. , , E) ,,,1 ., //.//"/. W/"//.:, ,,//../,///- :/. / /" /,/ . y,-/.../~";~ -,.:., //. ///~ :-::0~:I: ~ 1. . " A Civray (fig. 15) les travées, ~ mesure quelles reculent,diminuent non seulement douverture mais de hauteur. Et lon ne saurait ici invoquer une malfaçon: la réductionprogressive de la hauteur est accusée par les ressauts successifsde la corniche. Même réduction à Payerne, etc. Il y a là desillusions voulues: quil nous suffise quant à présent denindiquer lesprit, nous en retrouverons dans lart gothique latradition et le développement. LES f:GLISES nOMANES. lLAN. Pendant la période cles invasions qui mirent fin à lEmpireromain, les 1110nastères furent les seuls asiles de la civilisa-tion : les grandes églises romanes furent construites à labri etpour les besoins des monastères. Elles sélevèrent au milieu deguerres dont les récits rappellent il chaque page lincendie desvieilles basiliques: on tâche en les reconstruisant de les mettreh la fois ::dabri de ces désastres et en rapport avec les conve-nances du monastère. De Hl les caractères qui les distinguentdes premières basiliques: comme structure, ce sont autant quepossible des édifices incombustibles; comme plan, ce sont deséd..J.ces appropriés à la vie lnonastiquc.
  • 188. ÉGLISES. tS5 Nous réunissons flg. 1 trois plans e1l1prunt6s à lart romanil linstant de son plus complet d6yeloppcment : C, léglise deCluny, le plus somptueux des 6diflces romans; D, Saint-Denoît-sur-Loire; P, Paray-le-Monial. f ~~ )~ lJ.fI p + + + .; + + +- t t + t + + 1: + + 20 + + C B + Ces divers plans reproduisent la forme générale de la basi-lique latine; voici les traits qui leur sont propres: Extension du chœur. - Le chœur, espace réservé auxclercs, noccupait dans léglise épiscopale quun espace fortrestreint: dans léglise monastique il prend une étendue jusque- .là inusitée. Ordinairement (P) on se contente dallonger les nefs trans-versales; dans les très grandes abbayes (plans B et C) on lesdouble, distribution qui sans doute répond illidée dune divisionhiérarchique entre les diverses classes de religieux formant lapopulation du monastère. Introduction du déambulatoire. - Dans les basiliques pri-m.Hi/cs) 1,8S.. efs latérales n8 se continuaient jamais autourdu
  • 189. 186 ARCHITECTURE ROMANE.sanctuaire: les plans latins et byzantins sont tous dépourvusde déambulatoire. Le plan sans déan1bulatoire se perpétue enItalie où dominent les traditions latines; sur le Rhin, où règnentles influences byzantines; en Normanclie, où larchitecture estétroitement apparentée à celles du Rhin et de lItalie. Dans laBourgogne et le sud de la France, le plan se complique dunegalerie circulaire contournant le sanctuaire. Cette innovation sintroduisit pour ainsi dire delle-même: Les premières églises navaient quun autel élevé sur unecrypte contenant les restes dun martyr. Al époque romane, leculte des saints se développe et, indépenclannnent de lautelprincipal qui se dresse sur la crypte, léglise comprend touteune s6rie de chapelles secondaires auxquelles il faut donneraccès; ces chapelles trouvent naturellement leur place autourtlu sanctuaire: le déambulatoire nest autre chose que la voiede circulation qui les dessert et que parcourent les proces-sions de pèlerins. Une des deux nefs latérales est affectée à lacirculation montante, lautre à la circulation descendante: letléambulatoire raccorde entre eux les courants. Pour que latlistinction des deux courants soit absolue, chaque nef latéralea sa porte; ou, si la porte est unique, elle se subdivise en deuxbaies jumelles: baie dentrée, baie de sortie. A la crypte, n1êmes dispositions, motivées par les mêmesraisons dordre. Le déambulatoire est une nécessité des sanc-tuaires où affluent les nombreuses processions de pèlerins:Saint-:Iartin de Tours, un des lieux de pèlerinage les plusfameux, est une des premières églises où lon en ait signalér exis tell cc. Variétés du plan. - Ce plan général présente suivant les(~coles des variétés tle détail: Nons avons dit que dans lesl~coles de lItalie et de la Normandie les nefs se terminent sim-plement par des absides. Lécole rhénane ~Hlmet une abside àchaque extrémité tIc la gl~~ude nef (Mayenee, ,,-ronus, Bam-berg); à Sainte-1farie du Capitole de Cologne, non seulenlentla. nef principale mais la nef transversale elle--rnême présentecette douùle tc:minni.~on on ~1bsicle,
  • 190. ÉGLISES. 137 Viennent enfin les plans qui sécartent de la forme en basi- lique pour se rapprocher du type à sanctuaire central, pag. 40 : lancienne église Saint-Bénigne de Dijon, celle de Neuvy (Indre). sont tracées sur plan circulaire et l)araissent des imitations de la rotoride du Saint-Sépulcre. Les indications (ourrues par le plan de Sainl-Gall. - Nousavons pour préciser ces aperçus un plan du üe siècle provenantdes archives de labbaye de Saint-Gall. Nous reproduisons fig. 2 les indications essentielles du ma-nuscrit, en y joignant un diagran1me de la coupe que le planparaît impliquer. > " >< ") .. Léglise, conforme au type rhénan, est terminée à chaqueextrémité par une grande abside accompagnée dun chœur; etaux centres de ces deux absides correspondent deux aute]ssous linvocation de saint Pierre et de saint Paul. A1J cleJ3US de la crypte co:r.tenant les reliques du l>d. ,)TI(
  • 191. 188 ARCHITECTURE ROMANE.monastère, sélève le principal autel qui porte les noms de cepatron et de la Vierge. Deux autres, situés sur les I1larches mêmes du sanctuaire,sont consacrés aux fondateurs de lordre monastique. Dautres enfin séchelonnent le long des collatéraux. Dans le chœur central, un ambon ou trilJune A sert à la pré-dication et est accompagné de deux chaires E pour la lecture delépître et de lévangile. Les fonts F, (lui autrefois étaient relégués dans des baptis-tères isolés, trouvent ici leur place à leutrée de la nef. Deux salles D et V flanquent le sanctuaire et servent, selonun antique usage, au dépôt des livres et des vases sacrés. Tout le transept et une partie notable de la principale nefsont réservés aux n10ines; et lon éprouve une certaine sur-prise il voir combien est restreint lespace laissé à la fouledes fidèles. Il semble que léglise lÙ1Ît été pour eux quun but de pèleri-nage et (IUils naient [~Ütque la traverser. Une cour en fer àcheval II, hord(;e de portiques, leur offrait un lieu dattente; laprocession entrait par une tles portes la1(;rales, suivait létroitsentier (lue les chapelles laissaient libre le long du collatéral,faisait souterrainemcnt le tour de la crypte, et sortait par lautrenef. Deux cours de guet T se dressaient devant léglise, et portaient~lleur sommet des autels dédiés aux archanges. Remar(lllOnS l:.tbsence de déambulatoire: le déambulatoirene deviendra de règle que vers le 110 siècle; il permettra dereporter au pourtour du sanctuaire les chapelles qui à Saint-Gall encombrent encore les nefs. PRINCIPAL~S DISPOSITIONS DE LA TRAVÉE ROMANE. Les asr:;ct suceossifs de la travée romane nou~;reiL,cent une
  • 192. ~: GLIS E S. 189série, un enchaînement méthoc1iclueelessais (lui tous furent di-rigés en vuo dun clouble résultat: 10 Voûter la basilique; 20 Concilier lemploi cles voÙtes avec les exigences de léclm-rage. Dans le cas dune église h. une seule nef, les poussées do lavoûte sexercent directement contre les n1urs latéraux, et 10problème déquilibre est relativernent simple. La difficulténexiste que pour les églises composées dune nef centrale etde deux collatéraux. Voûter seulelnent les collatéraux, était une demi-solutionfacile: il suffisait de jeter sur chaque travée une voûte darètede portée insignifiante, butant dune rive sur le mur de pour-tour ql)il étàit aisé darmer de contreforts, de lautre rivecontre des piliers dont la surcharge assurait la stabilité. llais dès quon abordait la nef centrale, lembarras étaitsérieux: il sagissait cette fois dune voûte de large ouverture,et quil fallait maintenir à une hauteur considérablè au-dessusdu sol. Le parti de la voûte darête paraissait imprudent. Les Romanisavaient procédé par moulage: pour les constructeurs delépoque romane la question était dappareiller; et les incorrec-tions dappareil, sans conséquence pour les nefs étroites descollatéraux, prenaient dans les grandes nefs une importanceinquiétante. Les premières voûtes que les constructeurs romans aient oséjeter sur leurs grandes nefs furent des berceaux; et pour mieuxassurer la stabilité de ces berceaux, ils en placèrent les nais-sances le plus bas possible: si bas quil leur fallut renoncer àprendre des jours au-dessous de leurs naissances. De là ces églises comme Saint-Martin dAi~ay â Lyon dontlobscurité nous surprend. Et ces églises mêmes étaient pourle 1.1 t::rrps de~; œuy:es 8JJ.dacieuses. Ce fut un trÈs grand effort
  • 193. 190 ARCHITECTURE ROMANE.de hardiesse, à une époque où toutes les traditions étaient per-dues, de risquer un berceau sur la nef centrale dune église; uneffort plus grand encore, de surélever ce berceau au point deprendre des jours au-dessous des naissances; un progrès cap:-tal, de remplacer le berceau par des voûtes à pénétrations. Telle école sarrête à un point, telle école à un autre point .de cette gradation: La Normandie ne va guère au delà des collatéraux voûtés; LAuyergne et le Poitou voûtent la nef. Les écoles clunisienne et rhénane, les dernières en date,arrivent seules à une solution complète où léglise est voÎltéesans se trouver privée de lumière. Nous suivrons une à une ces étapes de lidée, en essayant defaire à chaque école la part qui lui revient dans ladaptationfinale de la voÙte à la basilique. , 1. - NEFS DEPOURVUES DE VOBTES. Entre les basiliques du Bas-Empire et les premières éghsesromanes, la transition est insensible. En plein gc siècle léglisede Reichenau est de tout point une basilirlue latine. La Basse-Œuvre de Beauvais (fig. 3 B) représente la basiliquelatine réduite il son dernier état de simplicité. Lorsque les ressources le permettent, le collatéral est hdouble étage (fig. 3M): létage supérieur souvre sur la grandenef par de larges baies géminées; et, pour empêcher le dé-versement de cette sorte de cloison longitudinale à jour C quiborde la nef, quelquefois on la relie avec la muraille extérieurepar des arcatures transversales R. :Montier-en-Der nous offre un exemple de cet entretoisement. Le type avec collatéraux à double étage paraît avoir été enfaveur aux toc et 11c siècles; et laspect que donne la super-position de deux étages était tell.ement consacré, quà Vignory,
  • 194. ÉGLISES. f9loù le plancher dentresolement na jamais eXlst(~, les deuxordonnances darcades subsistent. /. , . / . / ,/ / / . 3 / . . " c j() II. - NEFS INCO:IPLÈTEMENT VOUT~3ES. a. - COLLATI~nAUX SEULS VOUTÉS. Nous apercevons à Saint-Remi de Reims (fOC siècle) un desplus anciens essais de voÙter les collatéraux; et Hton sest con-tenté de voûter létage inférieur, dont léquilibre est le n1ieuxassuré. Les voûtes des parties primitives de lédifice ne sont pasencore darête: elles consistent (page suivante, fig. 4 A) enune série de voûtains orientés transversalen1ent et soutenus p81des arcs. A la nef de Saint-Germer, nous voyons les voÙtainsde Saint-Remi relllplacés par des voûtes darête, perfectionnc-rnent qui se retrouve à la nef de Saint Germain des Prés.
  • 195. 19~ ARCHITECTURE ROMANE. Les grandes abbayes de Caen fondées par Guillaume leConquérant vers 1160 ont, comme SaInt-Remi, comme Saint-Germer, des collatéraux à double étage et, là aussi, létage in-férieur fut seul voûté dès lorigine: En ce temps dinexpérience,des voûtes h létage supérieur semblaient une témérité, Ju-mièges (tlg. 4 B) est un des rares édifices où lon se soit aven-turé à voûter les deux étages des collatéraux. 4 B 10 REIMS Ce parti qui consiste à limiter lapplication des voûtes auxnefs latérales, a été adopté sans réserve pour les églises doNormandie (Saint-Gabriel, Bernay, etc.). A leur tour, lesgrandes églises élevées en Angleterre après linvasion nor-mande rentrent dans le type des abbatiales de Caen (Peter-borough, Vinchester) Fly Î Saint-Alban).
  • 196. ÉGLISES. i93 Presque toutes ces églises normandes présentent une galerie de circulation au niveau de lappui des fenêtres de la grande nef. b. -- COLLATf~HAUX YOUTf~S ET NEF CENTRALE THAEHS(m DARCEA UX. DIAPIlHAGMES. Le dernier progrès quaccomplit lécole nonnande fut din- terrompre le comble par de véritables fennes de maçonnerie, qui supportent les pannes et jouent, en cas dincendie, le rôle de diaphragmes. 5 1, 1 1 ~j 1 W BC(=:-:S[tJ:~~E ~ Léglise de DochervÎl1e (Hg. f)) est une de celles oÙ les tracesde cette chsposiLioll se lnanifestent 8VCCle plus eléridence
  • 197. 1)1 ARCHITECTURE ROMANE.malgré les voûtes qui proviennent dune restauration exécutéeau 13° siècle. Les colonnes engagées qui recevaient les retom-bées des arceaux-diaphragmes ont gardé leurs chapiteauxromans; les longues colonnes intermédiaires qui sélevaientjusquau comble et portaient les entraits se continuent au- dessus des vot1tes actuelles, et les chapiteaux qui furent greffésdans leur fût pour recevoir les naissances témoignent par leurstyle de lépoque oÜils furent rapportés. Les tympans ont été supprimés lors de létablissement desvoûtes: probablement ils étaient élégis pour exercer moins depoussée. On a signalé le même système à Cerisy-lao-Forêt et à léglisedu Pré au Mans: nous noserions nous porter garant de cesapplications. Dune manière générale, dans les églises nornlandes, onobserve le long de la nef une alternance régulière de piliersdinégale force: cette alternance paraît trouver son explica-tion, ou tout au moins son origine, dans lusage darceaux-diaphragmes auxquels les gros piliers servaient de culées. Le système des diaphragmes fut admis au go siècle à Romedans léglise Sainte-Praxède; vers le 11° h Saint-Miniat prèsFlorence ainsI qu~t la cathédrale de Modène; et si lon screporte au dessin de léglise syrienne de Roueiha (pag. 57),on ne saurait guère mettre en doute une origine orientale. , , III. - NEFS IiJNTIEREMENT VOUTEES, "PERÇU GJ~NI~HAL DES PRINCIPALES SOLUTIO:iS. Dès (lU Srlgit de voûter non seulenlent les collatéraux mais ilaussi la nef centrale, les hÔsitations commencent; et si lonrange les solutions par ordre chronologique, on assiste à desalternatives de partis audacieux et de timides expédients, àdes fluctuations qui seraient iIlexplicables si 1011ne tenaitcompte de lascendant des architectures étrangères qui furentsuccessivement imitées et dont linf1uence prédomina tour ittour alL. divers points de notre Occident.
  • 198. ÉGLISES. Î or) La difficulté, nous lavons dit, 6tait de voiller b nef centralesans la priver de j ours directs. Le problème trouve dès les premières années du 110 siècledes solutions hardies et savantes à Tournus, au Puy et dansles contrées où le commerce du Levant avait ses entrepÔts.Une école se foncle dans la région de Périgueux et de Lin10ges,qui sattache aux types byzantins: larchitecture ~t coupolessimplante dans le P(~rigord. Larchitecture du Périgord admet les formes byzantine~,mais elle les réalise à laide de matériaux de pierre; l~uchi-tecture byzantine nétait point faite pour ces nw.tériaux : leUlemploi devait entraver les applications et limiter le champdes influences. Au cours du 11 siècle, le Poitou et lAuvergne C tentent ~lleur tour de voûter leurs églises, mais ils recherchent des typesqui nentraînent pas ces sujétions: dans cette contrée naHune architecture appelée à plus davenir parce quelle estmieux en harmonie avec les matériaux quelle met en œuvre.Saint-Savin, qui paraît être un des plus anciens monuments oitsaccuse cette réaction, est fondé vers 1023. Ici larchitectcsarrête à des combinaisons de berceaux; mais la facilitl~ dela construction nest acquise quau prix dun grave sacri1icc, celui de léclairage direct de la principale nef. LAuvergne etle Poitou acceptent la travée à nef centrale aveugle; et désor-mais, à càté d1,ltype à coupoles du Périgord, regne et seperpétue un second type, celui cles églises à nef centraleprivée de jours directs. Enfin, à lissue du Il Csiècle, le centre du mouvement archi-tectural change une troisième fois. Alors il sc dédouble pOUlainsi dire. Le foyer principal nest autre que le foyer intellee-tuel de lOccident chrétien, Cluny: une école clunisienne ~efonde; et une école rivale se constitue dans la région du BIlill.Lécole rhénane développe les gerrnes apportés dès l(~poquede Ch2-rlf;TH8L1C la colonie dartistes par g18 -~s clA.ix-la-Cha-
  • 199. 196 ARCHITECTURE ROMA};E.pelle; lécole clunIsienne reste fidèle à la donnée des arc]lltec-tures auvergnate et poitevine, elle se tient h la voûte enberceau, mais elle en concilie lemploi avec les exigences dunéclairage direct; elle tente nlême dappliquer la voûte darêteaux grandes nefs. De son côté lécole du Rhin résout le pro-blème par la voûte domicale : et ces deux architectures nou-velles du Rhin et de la Bourgogne réalisent les derniers progrèslue la construction voûtée ait accomplis avant lavènement delart gothique. () , ; ~ .3 On peut donc se représenter le nl0UYClllent comme émanésuccessiven1cnt de centrcs qui se déplacent: Le Périgord; puislAuvergne et le Poitou; en dernier lieu la I?ourgogne et larégion du Rhin. A chaque étape larchitecture revêt une phy-sionomie distincte; et les méthodes, une fois constituécs, seconservent et se localisent sur le sol oÙ elles sont écloses. Entrons dans le détail. ESSAIS DE r.o:lfBINAISONS DORIGINE PEHSA:E Al PREMIER AUE DE LART ROMAi. Nous avons décrit pag. 17 les combinaisons syriennes deproYCnanC3 persane, où la nef sc fractionne en trlvees de yoÙ-
  • 200. ÉGLISES. untains portés par des arceaux: cc sont ces combinaisons mêmesque reproduit un des plus anciens édifices romans de date cer-taine, léglise de Tournus, consacrée en lan HH9 : TOURNUS .) " La nef principale (fig. 7) est couverte par une série deberceaux dirigés transversalement et portés sur des arcs-doubleaux. Les voûtes des collatéraux, darête et rampantes,localisent leur poussée comn1e une contre-butée à lendroitoù sexerce leffort des arcs-doubleaux de la grande nef; et lalumière pénètre par des fenêtres ouvertes en tête de chaqueberceau. La seule différence entre Tournus et un édifice persan est queles voûtes, étant bâties en moellons, ne sont point exécutéessans cintres: elles sont à lits rayonnants et non à tranches dechamp (tom. 1, pag. 123); et cette circonstance décèle la mainde constructeurs indigènes interprétant à laide de leurs mé-thodes un !llodèle impol~t6.Sous cette réserve, tout rap:pBllece
  • 201. 108 AICHITECTUHE ROMA~E.curieux édifice que nous avons décrit sous le nom de Tag-Eïvan(tom. l, pag.127): les arcades bordantla grande nef imitent, parleur profil grossièrement tracé en anse de panier, les voûtessassanides; elles en ont même la proportion: la flèche est sen-siblement égale aux trois quarts de louverture. Le cloître quiaccompagne léglise porte lui-même lempreinte persane: lesdétails fig. ü (pag. 19ü), que nous avons placés en regard deléglise, feront sentir laspect asiatique de ce cloître. Tournus,pour tout dire en un mot, nest autre chose quune adaptationdu plan latin à lidée persane du Tag-Eïvan, ou plutôt aux copiessyriennes de ce type sassanide. Substituez aux berceaux de Tournus des coupoles polygo-najas qui poussent très peu; portez ces coupoles par des pen- 8 l.E PUY < "clûntifs persan.s en trompe, YOUSaurez los dispositions D?, 8 :CE sont ceIle;: de Notf8-Dame du PUT. . .
  • 202. ÉGLISES. i99 Les dispositions du Puy se trouvent reproduites à Poitiers(fig. g) dans léglise Saint-Hilaire. Cest du reste par un rcmanien1ellt quil faut expliquer leparti de Saint-Hilaire. Lédifice primitif avait une nef centralecouverte dun simple comble: on remplaça le comble par desvoûtes. La portée excédait les dimensions usuelles des vOl1tes:on conserva les murs et, à lintérieur de la vieille nef, on dressaun quillage relié aux murs par des arceaux dentretoisement;puis sur ce quillage on jeta une série de coupoles. ~I rOillERS 18 ~, . . G r::1C8aux " arcs Q en t retolsement, l es murs S8 trouvaient. ,) J 11,., . .ln- t f l"BEn ;, " l =TllHJJf3; et cet art! fice d éperons é a Inteneurs 61;- "
  • 203. 200 ARCHITECTURE ROMANE.gamment élégis a donné lieu à un des effets décoratifs les plusoriginaux que lart roman ait rencontrés. IMPORTATION ET D~~VELOPPEMENT DE TYPES BYZANTINS. Si linfluence de la Perse paraît se manifester à Tournus etau Puy, cest le type byzantin qui domine dans tout le Péri-gord : le type à coupoles sur pendentifs sphériques. Dès le début du 11e siècle, ~lla faveur des relations de Venisedont Limoges et Périgueux étaient des comptoirs avancés, onessaie dans toute la zone comprise entre Narbonne et laRochelle, lemploi de la coupole sur pendentifs. . La coupole se bâtit aisément sur de larges ouvertures etpousse peu: on profite de ce double avantage pour supprimerles collatéraux, ramener les trois nefs à une seule et léclairerpar des fenêtres ouvertes directement dans les murs. Les yoÙtes byzantines de France diffèrent de celles de lEmpiregrec par la nature des matériaux: les coupoles de lOrient sonten brique; celles de France, en pierre. Pour les exécuter sanscintres la facilité est moindre: on y remédie en donnant auprofil un surhaussement plus ou moins accentué. Dailleurs les pendentifs sur lesquels on les fait reposer sontexactement ceux de lOrient byzantin: dans lécole du Périgord.et là seulement, le pendentif présente la forme byzantine entriangle sphérique; dès quon sÔloigne du Périgord on ne ren-contre le pendentif en triangle sphérique que sur des pointsisolés et qui correspondent eux-mêrnes à des colonies byzan-tines : hors des colonies byzantines tous les pendentifs romanssont en trompe, cest-à-dire de type persan. Un des plus aneiens débris de cette architecture byzantinedu Périgord existe à Saint-Astier (1010). Puis, pour rencon-trer des applications moins fragmentaires, il faut descendre àune époque relativement récente, mais le point de départ chro-nologique est établi: la tradition qui se perpétue jusquau133 siècle remonte an moins an début du 1l".
  • 204. ÉGLISES. 201 Après Saint-Astier, un des exemples les plus formellementdatés sc trouve à Saint-Jean de Cole (-1080). Les exemples lesplus complets sont Cahors, Souillac, Solignac, la cathédralede Périgueux, et surtout Saint-Front, dont nous avons donnL~pag. 53 une vue densemble: Saint-Front nest autre chose que Saint-Marc traduit en pierre.Larchitecte périgourdin sest visiblement servi, pour le trac(~,Jun plan coté daprès lequel avait été construit Saint-Marc, etles légers écarts sexpliquent par lemploi du pied de Périgueux.La date ressortirait de celle de Saint-Marc sil était s11rque leplan coté ne fût pas celui du monument même dont Saint-Marc.est une copie: lépoque reste douteuse; et malheureusement lesr,estaurations ont fait disparaître les éléments de critique quelédifice lui-même pouvait offrir. Fontevrault appartient à cette école, ainsi que la cathédraledAngoulême, et léglise de Loches en continue la tradition. 10 .ANGOULEME s LOCHES Les coupes de ces deux derniers édifices (fig. 10) accusentbien les transformations que nous avons indiquées cornme desconcessions aux exigences de notre climat pluvieux:
  • 205. :202 ARCHITECTURE ROMANE. Les premières églises du Périgord, jusquà lépoque de Saint-Front, présentent au sommet de leurs dômes un garni de maçon-nerie qui en raidit la pente (pag. 157). Angoulême (fig. 10 A) nous offre 1exemple dune coupolesurmontée dun comble; Loches (B), celui dune coupole dontla forme pyramidale rappelle les dômes seldjoucides (pag. 102). En même temps que les influences byzantines traversent enécharpe la France orientale et donnent naissance h cette colo-Ilie dart du Périgord, les mêmes influences se réveillent versles embouchures du Rhône: le type de léglise grecque (pag. 54 )simplante dans la région dArles. La chapelle des Aliscamps,celle du cimetière de Montmajour sont des imitations absolu-111ent idèles - mais toujours des imitations en pierre - de fcette architecture en brique de lEmpire grec; et la silhouettedune église byzantine retrouvée à Nevers sur un chapiteau du12° siècle prouve que le courant byzantin avait remonté la valléedu Rhône et pénétré par cette voie jusque dans la France cen- trale. ESSAIS TENTÉS POUR ,"OUTER EN BERCEAU LA NEF PRINCIPALE. , ACCOMMODATION DU SYSTEME AUX EXIGENCES DE L "ECLAIRAGE. Les modèles orientaux que nous venons de décrire donnaient lieu chez nous à des difficultés dapplication dont il est aisé de se rendre compte. Nous avons dit h propos de Tournus combien la conception persane des voÙtains sur arceaux perdait de ses avantages dès quelle était interprétée en pierre: aux voûtains de pierre il fallait des cintres. Là nétait pas le seul inconvénient: létage- rnent des voÙtains sur les arceaux qui les portent entraînait a donner à lédifice une hauteur démesurée. A ce double point de vue, la solution était défectueuse. Quant à la solution byzantine par coupoles sur pendentifs, ;;, simple lorsque les 111atérialLson t des briques, elle devie.nt
  • 206. É G LIS ES. ~O3fort complexe dès que les matériaux son t cles moellons: on nepouvait ladmettre sans se voir entnÜné h.un appareillage palvoussoirs tournants dont la taille Ôtait coÙteuse; de plus, si lonvoulait échapper a lemploi de cintres, on devait surhausser kprofil et dépenser en maçonnerie ce quon économisait sur lesouvn~ges provisoires: ces solutions enlpruntÔes aux architec-tures de brique ne pouvaient convenir h. la hÙtisse en moellon.Dès que lon construisait en moellon, b. voÙte en berceau P:I-raissait indiquée. a. - Les églises du Poitou et des Charentes : nef centrale enberceau privée de jours directs. -- Les Hg. 11 a 1/! résumentles combinaisons admises par les écoles du groupe poitevin(Poitou et Chareutes ). 11 SSAV[i1 ~ Dans les exemples fig. 11 et 12, le berceau central est enserréentre deux rangées de votItes darête; dans les exemplesfig. 1i3 et 14, entre deux demi-berceaux de butée: les voÙtesdes trois nefs sépaulent mutuellement, mais le vaisseau prin-cipal est aveugle, les convenances de la lumière sont sacrifiéesaux garanties de la stabilité. La solution serait excellente sousle ciel de lOrient, chez nous elle donne aux intérieUl~s une
  • 207. 204 ARCHITECTURE ROMANE.obscurité triste dont les architectes chercheront vite à saf-franchir. Saint-Savin (page précédente, fig. 11) représente, réduiteaux extrêmes limites de la simplicité, la variété poitevine,fondée sur lemploi de collatéraux en voûte darête. Le berceaucentral repose sur une série darcades portées par des pieds-droits en forme de colonnes isolées. Les voûtes darête desnefs latérales résultent de la pénétration de berceaux exacte-ment cylindriques et nexigent point darcs-doubleaux sépara-tifs: aucun ressaut ninterrompt la continuité de lintrados.Des contreforts à parement vertical assurent léquilibre. Untoit à deux versants enveloppe tout lensemble des voûtes. 12 POiTIERS Chauvigny, Notre- Dame de Poitiers répondent à la mêmedonnée générale, mais avec une recherche de détail très mar-quée. La fig. 12 est empruntée à Notre-Dame de Poitiers:
  • 208. J~GLISES. 205 Au lieu du berceau à intrados continu, nous trouvons le]Jerceau interrompu par des arcs-doubleaux (pag. 150); desarcs-doubleaux séparent égalernent les unes des autres les tra-vées de voûtes darête des collatéraux. Les piliers, au lieu dêtrernonocylindriques, sont a noyau carré avec colonnes engagéesrecevant les retornL6es des arcs-doubleaux et des archivoltes.Un système de butée plus savant consiste clans lemploi dépe-rons extérieurs reliés par des arcatures. Ici comme à Saint-Savin, les nefs latérales présentent une proportion très élancée,évidemment motivée par le besoin de faire pénétrer jusquaucentre de lédifice la lumière plongeante qui descend des baiesdes collatéraux. On observera la présence de parapets défensifsqui couronnent les murs (pag. 173) et qui paraissent spéciaux~l larchitecture du Poitou. Ces parapets contribuent dailleursà lester les murs et conccurent utilement à la stabilité. 13 V.PARTHENAY -! s LéglIse de Vieux-Parthenay (fig. 13) n1arqne un dernwlprogrès tenant à la substitution de logive au Derceau plein
  • 209. 208 ARCHITECTURE ROMANE.cintre. Cette fois ce ne sont plus des voûtes darête qui couvrentles collatéraux, mais des demi-berceaux dont la butée est plusassurée. Indépendamment de ces demi-berceaux de butée, desarceaux dentretoisement sont jetés entre les contreforts et lespiles. Les mêmes dispositions générales se reproduisent (fig. f.1) hléglise Saint-Eutrope de Saintes. La seule différence est quici de simples nervures remplacentles arceaux dentretoisement. 14 SAJ~Jlt:; 5 Ainsi quil Notre-Darne de Poitiers, les contreforts sont reliésdeux h deux par des arcatures extérieures.
  • 210. ÉGLISES. 207 LédifIce sélève sur une crypte; et pour cette crypte, oÙ lespoussées étaient aisées à nlaintenir, larchitecte adopta la voÙtcdarête. Lemploi sirnu1tané des deux sortes de voÙtes et lescirconstances oÙ chacune delles sapplique montrent bienpourquoi la voûte darête fut si longtemps proscrite des grandsédifices: on redoutait leffet de ses poussées; on ladmettaitpour une crypte où les naissances sont en sous-sol, on nosaitlinstaller au sommet des piles dune haute nef. Comparé à léglise de Vieux-Parthenay, Saint-Eutrope a tousles caractères dune date plus ancienne. A Saint-Eutrope logivene figure encore que comme profil du herceau principal, ellenexiste que par raison de stabilité: à Vieux-Parthenay, unepure raison de goÙt la fait admettre pour les baies. ];) S.LOUP ~) Les églises à grande nef aveugle ne se confinent pas clallsla région des Charentes et du Poitou: la simplicité de la solu-tion lui valut une vogue extrême. Lexemple fig. 15 est uneéglise des environs de Provins, Saint-Loup de ~au(l.
  • 211. 208 ARCHITECTUHE ROMANE. Doit-on attribuer les dispositions de cette curieuse église àlimitation de quelque monument poitevin? Les analogies sontpressantes: comme dans la plupart des édifices du Poitou, leberceau est coupé par des arcs-doubleaux et les voûtes latéralessont darête. Ainsi que lindique la moitié gauche de la figure, le comblede la principale nef emboîtait originairement le berceau et sansdoute sappuyait sur lui: pour ôter à la voûte cette surchargerle comble a été relevé après coup. Saint-Loup de Naud, de même que Saint-Savin, était décoréde peintures murales, et la communauté de style des peinturesétablit tout au Inoins quune transmission didées na rien din-admissible. Léglise de Saint-Loup serait dans le Norelun témoindes inftuences qui ont déterminé la formation de larchitecturepoiteyine; nous les saisirons dans la Provence, oÙ presquetoutes les églises romanes sont coriçues, quant au mode déqui-libre, conformément au système poitevin; on peut les suivrejusquen Suisse, à léglise de Granson. Cest enfin au groupe du Poitou quil faut rattacher, soitcamIne dérivés, soit peut-être comme modèles, les édificesromans de lAuvergne. b. - Les églises de lAuvergne: ne( généralement aveugle,(oltalélal à double étage, - Dans le groupe de lAuvergne,:,auf le Puy qui est un monument à part, toutes les églisessont voûtées en berceau, 111aisil est rare que ce berceau pré-sente la structure légère des voûtes du Poitou, qui exige uncomble: lavoÙte ::Iuvergnate porte sur son extrados un garnide blocage recevant directernent les tuiles de la toiture. Ce nest pas seulement par leur facture robuste que les écli-lices de lAuvergne se distinguent. Le programme est moin~simple: on simpose des collatéraux à deux étages; et celaconduit ~1.la disposition i1g. tG. Notre. exemple est léglise(lIssoire: ce que nous CIl dirons sapplique au~si bien à Saint-: ectaire ou Notre-Darne du Port de Clermollt, édifices calqués<1etout point lun sur lautre.
  • 212. ÉGLISES .?O~I Le collatéral supéneur est voûté en demI-berceau rampant,le collatéral inférieur est voûté darête; et, par une attentionque nous avons notée à propos de léglise de Vieux-Parthenay,des arceaux dentretoisement rompent a chaque travée la con-tinuité du rampant et achèvent de brider le berceau principal. 16 B " ISSOIRE II 1 l :) Supprimez la voûte darête qui fait lentresolement, vousaurez la solution de Vieux-Parthenay (pag. 205); Supprimez le demi-berceau de butée et remontez en consé-quence la voûte darête, vous obtenez la coupe de Notre-Damede Poitiers (pag. 204) : Il semble donc que la combinaison auvergnate soit uneassociation des deux solutions poitevines; Ou, comme les idées simples se présentent rarement les pre-
  • 213. ~IO ARCHITECTURE ROMAKE.mières, peu t-6tre les solutions poitevines proviendraient-ellesdune sorte de dédoublement de la combinaison auvergnate. Quelle était la destination ,de létage supérieur des collaté-laux? Cet étage ne souvre sur la grande nef que par des arcaturesétroites, et il est à peine éclairé. Laccès nen est"possilJle que par des escaliers incon1modesdont la porte se dissimule dans un recoin sombre: Les galeries hautes semblent des casemates plutôt quunétage ouvert à la foule. Introduites il lépoque où les pèlerinages lllultiplient lesrapports avec lAsie, ne répondraient-elles pas au besoin demettre en sÎ1reté les objets précieux que les pèlerins doiventlaisser au départ? Les musulmans, lorsquils entreprennent le voyage de laMecque, déposent, encore de nos jours, leurs richesses dansla mosquée: Une coutume semblable permettrait dexpliquer la galeriecomme le lieu de drpôt. Et ce qui paraît confirmer cette hypothèse, cest que lagalerie haute ne sc perpétue quautant que durent les Croi-sades : nous la vorrons abandonnée au 13° siècle. On remarquera la rareté de logive dans lécole auvergnate:à peine trouve-t-on h la grande voûte dIssoire (page précédente)un profil brisé, presque insensible, et qui rappelle dailleurscelui de logive mauresque. Le rayonnement de lécole dAuvergne sest propagé auloin: A Nevers, Saint- Étienne; clans le Languedoc, Saint-Sernin de Toulouse et labbatiale de Conques; en Espagne,Saint-Jacques de Compostelle, sont de tout point des églisesauvergnates. Et même, à voir les dispositions de la chapelle romane dela Tour de Londres, avec collatéraux entreso16s épaulant unberceau central, on serait porté à reconnaître jusquen Angle- ;1 .te Te l? trace .~ une mJluenec.
  • 214. I~GLISES. 211 Nous ayons nommé Saint-Étienne de Nevers. Cette église(fig. 17), ainsi que celle de Châtel-Montagne en Bourl)onnais,se distingue par une particularité importante: 17 1 ~ NEVE ns Au lieu dun berceau central enserré entre les deux demi-berceaux des nefs latérales, Saint-Étienne présente un berceaumonté sur des pieds-droits assez hauts pour permettre lou-verture de baies éclairant directement le vaisseau principal. La voûte, par le fait de cet exhaussement des pieds-droits,se trouve dans un état déquilibre limite qui est presque lin-stabilité: des lézardes montrent que la hardiesse était déjàlimprudence. Et dailleurs la butée par demi-berceaux cesse de convenirdès quelle ne sexerce plus contre les reins n}~mes de la
  • 215. 212 ARCHITECTURE ItOMANE.grande voûte: on dirait un édifice conçu à nefs obscures etmodifié en cours dexécution en vue de léclairage direct. La date dachèvement de Saint-Étienne de Nevers est 1099. Enfin Saint-Sernin de Toulouse, dont le chœur fut consacrépar Urbain II en 1096, nous montre (fig. 18) la donnée auver-gnate adaptée à un plan à cinq nefs: 18 TOULOUSE ~u / Les nefs secondaires sont toutes couvertes en demi-ber-ceaux, toutes entresolées à laide de voûtes darête. Les galeries hautes qui bordent la nef principale souvrentsur elle par de larges arcatures; celles des nefs latérales sontde véritables casemates. Dans larchitecture romano le plan à cinq nofs est tout à faitexceptionnel.
  • 216. ÉGLISES. 213 Nous ne connaissons que deux applications de ce plan; laseconde se trouve à Souvigny en Poitou: et ici elle résulte(tig. 19) de laddition en SOUS-Œuvre deux galeries annexes deà droite et à gauche dun édifice [l trois nefs. .1 g 10 Nous marquons en noir le plan primitif, et nous distinguonspar une teinte plus claire les parties ajoutées. c. - Les églises de la France méridionale. - Larchitecturede la Provence et du Languedoc procède de deux influencesprincipales: Celle des traditions romaines, encore vivantes dans lesrUInes; Et celle des écoles limitrophes, de lAuvergne et du Poitou. Presque toutes les voûtes provençales portent directementla toiture, et cela nest autre chose que la continuation dunusage antique. Cest aussi par une imitation de lantiquité quil faut expli-quer les églises où le berceau central est buté par des berceauxtran.sver~:;aux : cette combinaison déquilibre, inspirée par les
  • 217. 214 ARCHITECTURE ROMANE.salles voûtées des Romains, existe à la cathédrale dOrange(fig. 20 A), et sc retrouve en Savoie à labbaye dHauterive. 20 / / / / / / / / 1 5 f 1 1 . ORANGE CARCASSONNE l Plus ordinairement, ce sont les dispositions auvergnates oupoitevines qui se reproduisent dans le sud de la France: Dans le. Languedoc, on les aperçoit (TI) à la nef de Saint-Nazaire de Carcassonne; En Provence, non seulement onreconnaît le type général des églises à berceaux du Poitou etde lAuvergne, mais on distingue les deux variétés: variétéarchaïque à nef centrale aveugle; variété récente à joursdirects. La date où cette seconde variété sintroduit nest pas an-térieure au 12° siècle. Deux des principaux édifices où onlobserve sont Notre-Dame de Vaison et Saint-TrophimedArles: Notre-Dame de Vaison est très probablement uneéglise refaite après la destruction de la ville en 1160; et Saint-Trophime na pris son. aspect actuel qUtl la suite dun rha-billage exécuté au cours du 12° siècle: de ses constructions
  • 218. ÉGLISES. 215primitives il ne reste que de vieux piliers qui forment, ainsiflue lindique le plan fig. 21, le noyau des piles actuelles. 21 T 1 ! J s Saint-Trophime est une église poitevine n10difiée seulementdans les proportions et le détail: cest léglise de Vieux-Par-thenay (pag. 205) où lon aurait exhaussé la nef et remplacépar des pilastres les colonnes engagées. La ressemblance des deux édifices est frappante : mêm(~aspect de la grande voilte, un berceau ogival renforcé par desarcs - doubleaux; même arrangement des collatéraux, avecclemi-berceaux coupés par des arcatures. Le relèvement desnaissances de la voÙte centrale fait de ces demi-berceauxdes organes de butée assez gauches: ici comme à Nevers(pag. 211) on se sent en face dune association de deux idées(lui nétaient pas nées pour aller ensemble. Ce qui atténuedans lécole provençale les inconvénients du système, cest lastructure presque monohthe du rampant de butée.
  • 219. 216 ARCHITECTURE ROMANE. Sil fallait définir les églises provençales, on pourrait dire quecc sont des églises poitevines à voûtes massives et berceau~urélevé. Tels sont les caractères généraux quelles nousoffrent h Vaison, à Saint-Paul-Trois-Châteaux, à la Garde-Adhémar, ~t Saint-Guilhem du Désert: tous ces édifices sontdune époque où lécole clunisienne avait donné lexempledabandonner la trop prudente disposition à nef aveugle. d. - Les églises de la Bourgogne et lorigine clunisienne der éclairage par jours ouverts sous les naissances. - Nous arri-vons (fig. 22 et 23) à lécole où lon trouve appliquée de la 22 1 1 1fa(;on la plus franche et la plus logique cette hardie transfor-mation du type poitevin, la surélévation du berceau central etlouyerture de baies sous les naissances.
  • 220. ÉGLISES. 21"7 Pour rendre possible la grande élévation des points dappuj~les architectes clunisiens adoptent comme voûte centrale unmince et léger berceau, sans autre remplissage quun garnisarrêtant à la hauteur des loins, et atténuent encore les pous-sées en substituant larc brisé à larc plein cintre; ils sattachenth.localiser les poussées par un chaînage noyé dans les culéesau niveau des reins, chaînage qui reporte aux éperons debutée 1a poussée du berceau. Nous avons expliqué (pag. 160)ce mode de localisation des efforts. 23 ii Il I Il 1 // P AR.~Y 5 Jan1ais les collatéraux ne sont voûtés en demi-berceaux:dos demi-berceaux exerceraient vers le milieu de la hauteur
  • 221. 218 ARCHITECTURE ROMANE.des piles cette poussée dangereuse qui donne un air de gau-cherie aux combinaisons déquilibre de Nevers et de la Pro-vence: chez les Clunisiens, les voÙtes des collatéraux sonttoujours darête. Cest clans lécole clunisienne flue logive fait son apparition.Non seulement elle est adoptée pour les berceaux des grandesnefs, mais aussi pour les têtes d€s voûtes darête des collaté-raux (pag. 152) : dans un cas cest une convenance déquilibre(lui la motive; dans lautre, une convenance de tracé. Lh.sarrêtent les usages de logive: pour les baies, fenêtres ouportes, non plus que pour les arcatures purement décoratives,les Clunisiens ne ladmettent jamais: ils semblent ne lappli-quer que par force, mais les premiers ils lappliquent en grand. Dans les édifices clunisiens, une frise à jour, non1méctriforium, se développe entre les arcades et les fenêtres de laprincipale nef: elle résulte de la nécessité déclairer lappentis(lui abrite les voûtes des collatéraux; les Clunisiens éclairentces appentis comme les.Auvergnats éclairaient la galerie haute(le leurs églises, par des jours pris sur la nef centrale. Danslécole provençale, qui nadmet pas de combles au-dessus desvoÙtes des collatéraux, le triforium na nulle raison dexister. Les exemples 1ig. 22 et 23 par lesquels nous avons carac-térisé les dispositions clunisiennes, sont léglise de Saulieuet celle de Paray-le-Monial: A Saulieu (flg. 22) le type clunisien se présente avec la plussévère correction de formes et une perfection de détailst]:uelart roman na jamais dépassée. A Paray-le-Moniàl (tlg. 23),larchitecture déploie toutes ses richesses. Dans les deux cas on reconnaît le protlillettcment accentué dugrand berceau, les courbes ogivales des arcades formant lestêtes des voÙtes darête du collatéral, la courbure systémati-quement plein cintre de toutes les baies, de toutes les arca-tures accessoires. On obseryer8 avec (}ucllc 16sclYOles haies sont percéos
  • 222. }: G LIS ES. lIadans le n1ur qui fait pied-droit sous le Derceau de la principalenef: une seule fenêtre par travée, une seule baie de triforium.Le mur pied-droit était lorgane essentiel de léquilibre, lar-chitecte évita de laffaiblir. A Paray il simula dans chaquetravée trois fenêtres et trois baics de triforium, 111:ÜS ilnosa . ,en ouvnr qu une. Nous avons reprlsenté les deux églises de Paray et deSaulieu avec les combles quelles ont cus primitivemeut : Semblables à ceux des églises poitevines, ces combles em-boîtaient le grand berceau et sans cloute ils sappuyaient surlextrados: Leur poids exagérait les poussées, et il fallut après conp leursubstituer des charpentes indépendantes; mais a Saulieu, ondistingue encore la trace du surhaussement des murs goutte-rots et lindice évident des dispositions originelles. Le mode déclairage des nefs à berceaux que les Clunisiensont appliqué, nous lavons aperçu dans larchitecture auver-gnate, à. Châtel-Montagne, à Nevers; dans larchitecture pro-vençale, à Saint-Trophime, Vaison, Saint-Guilhem: à quelleécole appartient lidée? La question paraît deyoir être tranchée en faveur de Cluny: Hors de lécole clunisienne on ne trouve que des églises oùla malencontreuse association dun grand berceau sur pieds-droits et de demi-berceaux de butée implique presque unecontradiction, un de ces désaccords qui trahissent les solu-tions de seconde Inain : cest le cas de Saint-Étienne de Nevers,celui des églises de la Provence. Dans lécole clunisienne aucontraire, tout sharmonise, on se sent en face dune penséeréalisée dun jet: là est assurément lorigine. Et les dates confirment cette induction. Cluny, commencé en 1089, avait son chœur achevé en 1093 :la d~lte de la consécration répond au passage dUrbain II en
  • 223. 220 ARCHITECTURE ROMANE.France lors du concile de Clermont; la dédicace du chœurde Cluny est antérieure de quelques années à celle de Saint-Étienne de Nevers. Léglise de Paray fut dédiée en 1104, cellede la Charité en 1107 : cest clans lécole clunisienne que ger-ma lidée, cest de là quelle se transmit à Nevers et à la Pro-vence. , A COMBINAISONS A VOUTES D ARETE. Pour éclairer directement les nefs, il semblait naturel de re-courir it la voûte darête: les anciens avaient donné lexemple,et sans doute la pensée de les imiter dut venir de bonne heureh lesprit: 2~ ,jERUSALEM .) En Occident on ne sengagea dans cette voie quavec dé-fiance. Les constructeurs occidentaux appliquaient journelle-n1ent la voûte elarête aux étroites travées des collatéraux .oÙla petitesse de la portée est une garantie et où la butée estfacile: dès quil sagissait des grandes nefs, ils se mcntrèrenttouj ours hésitants.
  • 224. ÉGLISES. 221 Les églises à.nef centrale voûtée darôte nexistent chez nousquà létat de faits isolés, de véritables exceptions: la Palestineest la seule contrée où lon en trouve le principe résolUlnentadmis. Les églises à voÛtes d~alête de la Palestine. - ~ainte-Annede Jérusalem (flg. 24) nous offre dans toute sa pureté le typedes églises de la Terre Sainte: Les dispositions répondent de tout point aux convenancesdun pays où les pluies sont rares et où le bois de charpentefait défaut: Aucun ouvrage en charpente; toutes les voûtes,aussi bien celles de la principale nef que celles des collatéraux,sont couvertes par de simples terrasses. Les voûtes des colla-téraux sont surmontées dun garni qui sarase pre~que hori-zontalement et constitue une plate-forme invariable sur laquelleles voûtes darête de la nef centrale prennent directement leurappui: on ne saurait imaginer une construction plus simple etplus solide à.la fois. Au fond, cest celle des basiliques vOlltéesdes Romains. Une particularité de cette architecture syrienne, est la forn10ogivale de tous les arcs: larc brisé règne ici sans partage. Ces caractères se manifestent aux églises de Lydda et dAbou-Gosh, à.Sainte-Marie la Grande, à.Sainte-Madeleine de Jérusa-lem, au Saint-Sépulcre. A peine peut-on citer parmi les édifices élevés par les Croisésaux premiers temps de loccupation quelques combinaisons hvoûtes en berceau (Djebeïl, et peut-être Beyrout) : sauf cesexceptions très rares, les églises de la Terre Sainte sont à voÙtesdarête et toits plats, sans aucun arc plein cintre. Les moines clunisiens furent les archItectes de la plupart deces édifices: mais en les élevant ils cédèrent à lascendant destraditions locales. Nous avons entrevu en Syrie dès lépoqueromaine la voÙte elarête appareillée, logive même (tom. l,pag. 518 et 514); logive et la voûte darête en lnoellon se sontp8r:pétuées en Syrie jusqu~t nos jours: les Croisés en trou-
  • 225. 222 AnCHITECTURE ROMANE.vèrent lusage enraciné, ils sy plièrent et leur rôle se réduiSIt~l les adapter au programme de leurs églises. Peut-être même ce travail de fusion sétait-il accompli dèslépoque des grands pèlerinages qui devancèrent les Croisades: Les travaux de M. Mauss permettent de penser que Sainte-Anne est antérieure à la Croisade de 1099; et la façade dentréedu Saint-Sépulcre est si peu lœuvre des Croisés, quelle portela trace des mutilations que ceux-ci lui durent infliger pourlincorporer à leur nouvelle église. Des éléments romans préexistaient h.la Croisade; et la Pa-lestine ne fut pas seulement une colonie de larchitectureromane, cHe semble avoir été pour cette architecture un centre de formation. Les églises occidentales voûtées darête. - Léglise occiden-tale où nous apercevons pour la première fois le type syrienil grande nef voÙtée darête, Vézelay (fig. 25), est exactementde même date que léglise à berceaux de Paray-le-Monial: lesdeux églises furent dédiées en 11O,}; lune et lautre sontlœuvre des Clunisiens. En transportant chez nous la solution syrienne, les archi-tectes occidentaux voulurent tenir compte des exigences denotre climat, ils établirent des combles par-dessus les voûtes. Non seulement la yoÙte centrale fut abritée dun comble,mais des appentis furent établis au-dessus des voûtes des col-latéraux et voici les conséquences de cette addition qui ~semble à première yue un pur fait de détail : 10 Le comble qui surmonte la grande nef sappuie sur des111urs goutterots. Donner h lavoùte un profil en ogive, eût conduit à re-hausser outre mesure ces murs goutte rots : on se décida pourle plein cintre, profil défectueux au point de vue des poussées. 2° Avec le système syrien, où les collatéraux ont leurs yoÙtes abritées par de simples terrasses, on eÙt pu placer les
  • 226. }:;GLISES. 223naissances de la grande yoÙte au niyeau même de leur ex-trados : la présence de lappentis force hIes releyer de tonte lahauteur quil occupe. Et cela au cl6triment de la stahilité. 25 VÉZELAY 10 Ainsi, dun côté les poussées sexagèrent, de lautre les pieds-droits sallongent: les conditions déquilibre, excellentes enSyrie, deviennent ici doublement défavorables. En vain essaya-t-on de prévenir le danger en fixant au niveau des naissancesdes tirants dont les attaches existent encore: ce chaînage,dailleurs placé trop bas, fut insuffisant, les voûtes menacèrentvite de renverser leurs pieds-droits, et il fallut pour les sauverles étançonner au n10yen détais en pierre, darcs-boutants
  • 227. n4 ARCHITECTURE nOMANE.sur lesquels nous aurons à revenir à -propos des onglnes desprocédés gothiques. Aussi lexemple de Vézelay ne fit pas école: loin davoIraccéléré le progrès en Occident, peut-être contribua-t-il à ]eretarder en éveillant les défiances. Anzy-le-Duc est un des rares édifices où la voûte darêteait été imitée; ici du moins les dimensions étaient si restreintes,que nul risque nétait h craindre. A Til-Châtel on sen tint il un moyen terme: le berceautraditionnel et, dans œ berceau, de simples l11,nettes. A Châteauneuf en Brionnais, on aperçoit de timides péné-trations. A Vassy nous lisons dans lédifice les hésitations de lar-chitecte : la disposition à voûtes darête de Vézelay fut essayée,puis abandonnée par prudence pour nêtre reprise quà lépoquegothique avec les ressources nouvelles de la construction parpanneaux sur nervures. COMBINAISONS A VOUTES DOMICALES. En même tmnps que larchitecture clunisienne prenaIt sonessor, larchitecture romane du Rhin se constituait à la faveurdes traditions laissées par cette colonie byzantine que Charle-lnagne avait créée dans sa capitale. Lempereur Henri IV fut le promoteur de la renaIssancerhénane, il provoqua sur le Rhin le mouvement que les abbésde Cluny accomplissaient en Bourgogne: Sous son règne, cest-à-dire antérieurement à 1106, les basi-liques de Spire et de ]fayence furent remplacées par desédifices entièrement voÙtés. Les voûtes quil fit jeter sur les grandes nefs étaient pro-bablement fort imparfaites, car toutes durent être reconstruitesavant la fin du 12c siècle: sauf de très rares exceptions, lesvoûtes de larchitecture rhénane qui nous sont parvenuesremontent au plus à cette date.
  • 228. ÉGLISES. 225 La structure et les combinaisons déquilibre quadmet lécolerhénane sont indicluécs fig. 26 (nef de Spire) : 2G SPIRE 10 Pour atténuer les poussées, elle adopte une voûte darêtetrès surhaussée, presque une calotte sur pendentifs; et pourassurerléquilibre elle ne recule jamais devant un système depiliers massifs, dussent-ils être encombrants. La travée de la principale nef est à plan carré et correspondà deux travées des collatéraux: entre deux piles portant lagrande voûte se dresse une pile intern1édiaire qui soutient lesretombées des nefs latérales et dont le prolongement forme unrenfort qui soppose au renversement des murs de la grandenef et les associe dune manière bien assurée à la butée. Les piliers, inégalement chargés, présentent de deux en deux
  • 229. 226 ARCHITECTURE ROMANE.des sectIons dIfférentes: on pense quoriginairement, à Spîretous étaient égaux; on considère les plus minces comme destestes de la construction de lempereur Henri IV, les autrescomme renforcés lors de rétablissement des voûtes actuelles.Quoi quil en soit, cette alternance de piliers inégaux imprimeaux édifices rhénans un caractère qui leur est propre. On remarquera la galerie extérieure qui règne sous la toitureet fait un des traits de physionomie des édifices du Rhin: cestdailleurs une pure tapisserie, destinée à meubler lespace com-pris entre les fenêtres et la corniche, espace que la flèche desvoûtes rend considérable. Ces édifices, dune structure robuste jusquà lexcès, pro-duisent limpression de la plus sévère grandeur (parties ro-manes de la cathédrale de Strasbourg, etc.). Larchitecture rhénane nous conduit au 13° siècle. A ce moment, les méthodes gothiques ont déjà prévaludans la France centrale: fIle-de-France et les provinces quilavoisinent sont en pleine possession de toutes les ressourcesde la construction par voÙtes nervées et arcs-boutants. Noussuivrons dans larchitecture gothique les transformations dela travée: il nous reste pour compléter cet aperçu de la struc-ture romane, à parcourir les dispositions de labside et duchœur. , LE TRANSEPT ET L ABSIDE. Les basiliques antiques navaient de voûtes que sur leursabsides terminales. Aux premiers temps de lart roman, lesanctuaire est la seule partie de léglise qui soit voûtée. Dansles exemples fig. 27 et 28, le chœur, de même que la nef, estcouvert par un comble en charpente. La fig, 27 (Saint-Généraux) montre le chœur et le sanctuaire .l8duits à leur plus grande simplicitl.
  • 230. B€iLISES. 227 Ici la nef est unique, et il nexiste entre elle et le chœurquune cloison à claire-voie. Le sanctuaire consiste en une abside principale flanquée dedeux absides secondaires, qui peut-être nétaient pas des cha-pelles mais des dépôts pour les livres et les ornements sacrés. >~ "/ ! S.GENEROUX Lexemple page suivante (Vignory) présente déjà une dispo-sition plus complexe: Indépendamment de labside principale et de ses deuxsacraires, nous trouvons à larrière une chapelle et, commemoyen daccès, un déambulatoire. Le chœur est encore à comble apparent; les seules partiesvoûtées sont les absides et le déambulatoire. De même que dans r exemple précédent, une cloison indirlueseule où la nef finit, où le chœur commence; la clôture matÔ-
  • 231. 228 ARCHITECTURE ROMANE.rielle du sanctuaire, liconostase byzantin paraît étranger àlarchitecture de lOccident. 28 ViGNORY 10 En Normandie, où le déambulatoire nexiste pas, la partieterminale de léglise ne se distingue de celle des basiliques pri-mitives que par deux particularités notables: le développernentdes bras de croix formant le chœur, et le surhaussement dela travée qui correspond h la rencontre des bras de croix avecla nef principale. Quatre grands arcs, butant contre de gros piliers, encadrentcette travée centrale qui s aecuse extérieurement par un corpscarré surmonté dune flèche.
  • 232. ÉGLISES. 229 Germigny-les-Prés (i1g. 29) nous fait assister aux essaistentés en vue de voûter les chœurs et les sanctuaires. 29 v Léglise est en croix grecque, à quatre absides. Les voûtes des bras de croix sont des berceaux, et lesfenêtres qui les éclairent souvrent dans les murs-pignons. A la rencontre des nefs, on était dans lalternative de re-noncer soit aux jours directs, soit à la voÙte; on préféra ledernier parti: une tour centrale terminée en lanterne. Bien que dépourvue de voûte, cette tour centrale pèse lour-dement sur les quatre arceaux qui la portent, et en exagèrela poussée. La poussée serait dautant plus inoffensive quelle sexerce-rait plus bas: de là ce singulier arrangement qui fait partir lasouche de la tour de lintérieur même de lédifice.
  • 233. 230 ARC H! T EoCTU RER 0 MAN E. Grâce à cet artifice, la stabilité est assurée; et les quatrefaces dB la souche, élégies par délégants ajoursr .coupent levide des nefs comme des écrans dune originalité extrême. A Notre-Dame du Port de Clermont (fig. 30), la travée cen-trale est, comme à Germigny, une tour carrée dont la soucherepose sur quatre grands arcs situés à lintérîeur du vaisseau. 30 10 --J Le parti général, les ajours de la souche sont les mêmes:mais ici la tour est voûtée, et aucune baie ne souvre sur latravée centrale. Notre dessin montre comment est maintenu le dôme deNotre-.Dame. du Port:
  • 234. ÉGLISES. :231 A lavant et à larrière, ce dôme est brIdé par les berceauxde la nef et du sanctuaire. Sur les faces latérales, il semblait possible de le brider égale-ment à laide des berceaux des bras de croix. Mais ces berceaux sont moins élevés que ceux de la princi-pale nef; on a craint que leur butée sexerçât trop bas: Au lieu de prolonger les voûtes des bras de croix jusquàla cage du dôme, on les a interrompus à lalignement du colla-téral; là un arceau de tête les termine et, du tympan de cetarceau on a fait partir une voûte rampante qui sert à la butéelatérale de la coupole. Tout dans cet ensemble se coordonne avec un art achevé:larchitecture gothique elle-mêrne ne montrera ni plus depénétration dans lanalyse des poussées, ni plus dà-proposdans les moyens de les combattre. Reconnaissons-le, ces précautions avaient quelque chosedexcessif: les écoles des groupes poitevin et auvergnat lesnégligent et, tout en admettant comme règle de marquer lacroisée des nefs par un dôme surhaussé, elles ne recourent nià.cette souche sur arcades, ni à ces demi-berceaux de butée:elles se contentent de renforcer les piliers. On remarquera que, dans toutes les écoles où règne la voûteen berceau (Auvergne, Provence, Poitou, Charentes), le dômemarquant la croisée des nefs est toujours sur pendentifs entrompe: le dôme sur pendentifs en triangle sphérique estspécial à lécole byzantine du Périgord et à lécole de la Pa-lestine. Nous ne connaissons quune église où le dôme de croiséedes nefs soit remplacé par une voûte darête, Saint-Savin. Quant aux absides, dans larchitecture occidentale elles sedessinent extérieurement sous la forme de demi-tours rondes:labside à contour extérieur polygonal est exclusivement propreà lécole romane de Palestine.
  • 235. 232 ARCHITECTURE ROMANE. Revenons aux dispositions densemble et essayons de saisirlesprit qui a guidé les constructeurs romans dans les arrange-ments que nous venons de passer en revue: Pour le sanctuaire comme pour la nef, la difficulté se résumeà voûter sans éteindre la lumière: la difficulté ne commence-quau moment où le déambulatoire sintroduit. Il existe des églises à déambulatoire où labside, ainsi quela nef, est privée de jours directs: par exemple Notre-Dame dePoitiers. Mais quelquefois aussi on aperçoit des essais tentés pouréclairer labside: la vue densemble fig. 30 montre à Notre-Dame du Port des baies ouvertes sous la voûte de labside,tandis que la nef reste aveugle. Demême à Saint-Savin, à Saint-Sernin, à Conques, à Saint-Eutrope: On redoutait moins lespoussées dune calotte sphérique que celles dun berceau. , , AMENAGEMENTS INTERIEURS. Nous avons envisagé léglise comme un problème de construc-tion et déquilibre: jetons un coup dœil sur les aménagementsde lintérieur et les ornements symboliques. LA CRYPTE. La crypte se présente comme un dinlÎnutif déglise situésous le sanctuaire: le tombeau du saint en occupe le centre,et un déambulatoire souterrain en borde le pourtour. Rarement on se contente de lui donner accès par une porteunique: deux portes correspondent aux deux extrémités dudéambulatoire et permettent une circulation sans encombre. Quelquefois, faute de hauteur, on renonce à voûter dun jetla partie centrale: alors b. crypte, au lieu doffrir laspect dunenef; se présente comme une saHe à p8tites voûtes dar,ête ou
  • 236. ÉG LIS E S. 233bien à plafond de dallage sur un quinconce de colonnettes. La crypte de Notre-Dame du Port appartient à ce type, cellede Saint-Eutrope (pag. 206) est en forme de nef. AUTELS, FONTS, MOBILIER DES ÉGLISES ROMANES. Nous avons vu les moines de lOccident associer à lautelunique des églises primitives une multitude dautels dédiésaux saints, et le plan de Saint-Gall nous a montré (pag. 187)la répartition primitive de ces autels le long des nefs; puisnous avons vu cette distribution incommode remplacée par unrangement en couronne au pourtour du sanctuaire. De ces autels romans il ne reste que de rares vestiges:cest surtout par les nlÎniatures des manuscrits quon peut serendre compte de leur aspect: un tombeau massif terminé enforme de table, avec une croix mobile et des flambeaux. Les autels des absidioles étaient surmontés de panneaux his-toriés faisant retable; lautel principal était abrité par un daisou ciborium, jamais il navait de retable: labbé ou lévêque,dont le siège occupait le fond de labside, voyait lassistancepar-dessus la table de lautel. Les chaires de lépoque romane ne !lOUS sont guère"connuesque par les ambons latins dont ils étaient sans doute imités(pag. 67). Les fonts cessent de présenter les dimensions quexigeait lebaptême par immersion: ils se réduisent à des cuves de pierreou de métal, quelquefois portées par des colonnettes. Les fontaines dablutions des églises primitives sont suppri-mées, de simples bénitiers les remplacent. DÉCORA TIONS FIGURÉES. Les décorations symboliques ou figurées trouvent leur prin,-
  • 237. ~31 ARC HITE CTU RE. ROMANE.cipal champ de développement sur les chapiteaux des colonneset, à lextérieur, sur les tympans des portes. Larchitecture clunisienne offre de nombreux exemples dechapiteaux où le pourtour de la corbeille est traité comme unefrise tournante oÙ se détache en bas-relief une scène bibliqueou quelque épisode emprunté aux légendes des saints. Pourles tympans, le sujet central est un grand Christ bénissantentouré dun nimbe. Tantôt il est accompagné des emblèmesdes Évangélistes, tantôt il préside au dernier Jugement dontles tableaux se développent par registres étagés (tympansdAutun, de Vézelay, de Saint-Trophime, etc.), et de grandssaints dressés dans lébrasement complètent la pécorationfigurée de la porte. La croix forme le couronnement du gâble de la facade prin-cipale; souvent elle est sculptée dans une dalle à contour carréqui se dresse au sommet du pignon; mais par respect jamaison n~ la mêle à la décoration courante: on la considère commeun symbole, non comme un ornenlent. 31 Nous avons indi(IUé le caractère des décorations peintes quirehaussaient larchitecture intérieure: une tapisserie à dessincourant sur les colonnes et les arceaux; sur les panneaux desmurs et des voûtes, des cornpartiments for:nant autant de
  • 238. ÉGLISES. 235tableaux; au fond de labside, des figures colossales du Christ,de la Vierge ou des saints. Dune manière générale, et notamment d~ns les écoles duPoitou et de la Saintonge, on remarque un étrange contrasteentre le luxe des extérieurs et la simplicité des intérieurs: desfaçades surchargées de sculpture, des intérieurs à muraillesnues. Nous avons donné pag. 181 lexplication de ce contraste;peu déglises ont conservé leurs peintures, mais presque toutesfurent disposées pour avoir leur intérieur peint: au dedans,léclat des couleurs répondait aux richesses de la sculptureextérieure. LASPECT EXTÉRIEUR, LES CONSTRUCTIONS ANNEXES. Extérieurement, les églises romanes accusent de la façon laplus nette par leurs effets de masse leur structure et leur plan; 1 1 1 1 32 1 1 1 1 / 1 1 ~ 10 1tout se lit du dehors: la croisée des deux principales nefs,létagement des collatéraux, la distribution des chapelles. La fig. 31 indique les masses dune église clunisienne, lafig. 32 celles dune église dAuvergne.
  • 239. 236 ARCHITECTURE ROMANE. Passons en revue les membres principaux de cette ordon-nance extérieure, ainsi que les constructions annexes qui for-ment les dépendances de léglise. Clocher. - Le trait saillant de lordonnance extérieure estla silhouette du clocher, qui annonce au loin lédifice. Le peu de renseignements qui nous restent sur les basiliquesmérovingiennes de Tours et de Narbonne dGnnent à penser quedès le 5° siècle les églises des Gaules avaient leur travée cen-trale surmontée dun corps carré avec flèche en charpente: cecorps carré ne devient une cage contenant des cloches quevers le 8° siècle. Vers le go, et en particulier dans les contrées menacées parles Northmans, le clocher fait lofiice dune tour de défense;à partir du 11°, il prend le caractère de symbole féodal: cestle donjon de léglise ou du monastère. Souvent, surtout en Italie, le clocher est séparé du reste delédifice. Lécole normande admet, indépendamment de la tourcentrale, des clochers dressés aux deux angles de la façadeprincipale et au-dessus des premières travées du sanctuaire(Saint-Étienne de Caen, etc.). Ainsi placés, les clochers jouent utilement le rôle de culéespour les voÙtes des collatéraux. Les cloches paraissent avoir été de faible dimension; on nevoit point dans les voÙtes clouverturesménagées pour leurpassage: sans doute elles étaient assez légères pour être"mon-tées après coup par les baies de la tour. Une simple retraite, oubien des corbeaux encastrés dans la maçonnerie, servaient àles soutenir (croquis B, fig. 33). Dans les dispositions de la travée déglise, les exigences deléquilibre sont dominantes; dans celles du clocher, cest aucontraire le côté décoratif qui don1ine : aussi les aspects duclocher sont essentiellement variables.
  • 240. ÉGLISES. 237 Jusquau 9 siècle on paraît avoir admis des clochers en tourronde: Saint-Apollinaire-in-Classe à Ravenne en est un exemple,et les clochers indiqués au plan de Saint-Gall sont circulaires. A lépoque romane la tour est carrée, et la fig. 33 résume lestypes du couronnement qui la surmonte: 33 ~ ~ E G n H Il nest guère que les écoles du Périgord, de la Saintonge etde lAuvergne qui adoptent pou,r ces clochers un couronne-ment en maçonnerie: et la forme de cet amortissement estcelle dun dôme à profil ogival très surhaussé (type G). Lécole toulousaine remplace volontiers la tour par un simplepignon percé de baies, H, où se logent les cloches. Partout ailleurs, la tour a pour terminaison une charpente,et les formes de cette charpente se répartissent comme il suitentre les diverses provinces: La Provence, lItalie et lEspagne se contentent dun combleen pavillon A, porté sur des pillettes dont les intervalles sontautant douïes par où le son se transmet. La Champagne remplace ce comble en pavillon par un toità deux eaux, une bâtière, B; la Normandie, par une pyramidecarrée, D. Les écoles rhénanes ont un goût prononcé pour la combi-naison E : une pyramide quadrangulaire ajustée à 45° sur unetour carrée. La forme des gâbles résulte de la pénétration entreles faces de la pyramide et celles de la tour. Enfin nous avons indiqué laspect général des clochersqui, clans les écoles de lAuvergne et de la Bourgogne cluni-
  • 241. 238 ARCHITECTURE ROMANE.sienne, surmontent- la croisée des nefs: les diagrammes Cet F (fig. 34) en rappellent la disposition. 34 Narthex. - ComIne les églises latines et byzantines, lesabbatiales romanes sont presque toutes précédées dun vesti-bule ou narthex. Le narthex des églises primitives était labrides pénitents et des néophytes: le narthex roman paraît êtreplutôt une salle cles pas perdus, où les pèlerins attendaient leurtour dadmission, et peut-être un prétoire où les abbés ren-daient la justice. Le narthex de Cluny était à lui seul une grande église; celuide Vézelay, refait vers la fin du 12° siècle, na gardé que peude traces de ses dispositions originelles. A Tournus, à Paray-le-Monial, le narthex est à double étage. A Saint-Benoît-sur-Loire, létage supérieur formait une ter-rasse couverte souvrant de toutes parts sur le dehors: peut-ètre était-il destiné à quelques cérémonies extérieures dont onignore le détail, telles par exemple que la bénédiction pontifi-cale à la loge de Saint-Pierre. A lépoque gothique, le narthex nexistera quà létat de sou-venir ou dexception. Dans quelques églises romanes le narthex se réduit à unporche ouvert: cest le cas de la cathédrale du Puy. Situé sur un coteau à pente raide, lédifice est précédé dunlarge escalier: une large voÎlte jetée sur cet escalier formeun porche et porte les premières travées de la nef. Ce beau parti sest imposé, il nentrait nullement dans lesprévisions du projet: Léglise primitive sarrêtait à lescar-
  • 242. ÉGLISES. 239pement du talus; on voulut plus tard prolonger la nef au-dessus de cet escarpement, et lon fut conduit à couvrir lesca-lier dune voûte: ainsi se produisit cette disposition de porche,la plus originale et la plus imposante que lart roman aitconçue. Baptistère. -Le baptistère, toujours séparé de léglise dansles architectures latine et byzantine, ne garde guère ailleursquen Italie son existence indépendante. Poitiers a conservéun baptistère qui est un des plus anciens édifices chrétiens desGaules. Dès le go siècle, le plan de labbaye de Saint-Gall nousa montré le baptistère transféré dans léglise même. Absence de sacristie. - Nous ne connaissons aucune égliseromane ayant cornilledépendance une « sacristie» : Selon touteapparence lépoque romane conservait cette tradition qui sestperpétuée dans le rite grec (pag. 67), de faire servir auxpréparatifs du culte les deux absidioles situées à droite et àgauche de la principale abside. Cloître. - Le cloître des églises romanes rappelle lavant-cour des premières basiliques, mais il est réservé aux clercset accompagné dune salle monumentale servant aux assem-blées du Chapitre. Nétant plus destiné aux laïques, il se place hors de leurpassage, sur un des flancs de lédifice (le Puy, etc.). Jusquau 12esiècle, le cloître a presque toujours pour toitureune simple charpent