Marc-Adélard Tremblay (1922 - )                 Anthropologue, retraité, Université Laval                                (...
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M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989)   30       3.2. Létablissement de lOption       « anthropolog...
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M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989)   41possible, un haut degré de qualité dans la formation des ...
M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989)   42gnement universitaire, à la compétence des professeurs/re...
M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989)   43dans lenseignement, limportance de la recherche anthropol...
M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989)   44       tion qui prépare au travail interdisciplinaire, à ...
M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989)   45contient pas moins de 55 recommandations différentes se r...
M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989)   46       tements et les facultés) et la structure des progr...
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  1. 1. Marc-Adélard Tremblay (1922 - ) Anthropologue, retraité, Université Laval (1989) L’anthropologie à l’Université Laval Fondements historiques, pratiques académiques, dynamismes dévolutionUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca Site web pédagogique : http://www.uqac.ca/jmt-sociologue/ Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales" Une bibliothèque numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi Site web: http://classiques.uqac.ca/ Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de lUniversité du Québec à Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/
  2. 2. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 2 Politique dutilisation de la bibliothèque des Classiques Toute reproduction et rediffusion de nos fichiers est interdite,même avec la mention de leur provenance, sans l’autorisation for-melle, écrite, du fondateur des Classiques des sciences sociales,Jean-Marie Tremblay, sociologue. Les fichiers des Classiques des sciences sociales ne peuventsans autorisation formelle: - être hébergés (en fichier ou page web, en totalité ou en partie)sur un serveur autre que celui des Classiques. - servir de base de travail à un autre fichier modifié ensuite partout autre moyen (couleur, police, mise en page, extraits, support,etc...), Les fichiers (.html, .doc, .pdf, .rtf, .jpg, .gif) disponibles sur le siteLes Classiques des sciences sociales sont la propriété des Classi-ques des sciences sociales, un organisme à but non lucratif com-posé exclusivement de bénévoles. Ils sont disponibles pour une utilisation intellectuelle et personnel-le et, en aucun cas, commerciale. Toute utilisation à des fins com-merciales des fichiers sur ce site est strictement interdite et touterediffusion est également strictement interdite. Laccès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisa-teurs. Cest notre mission. Jean-Marie Tremblay, sociologue Fondateur et Président-directeur général, LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.
  3. 3. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 3 Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay,bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de : Marc-Adélard Tremblay (1922 - ) L’anthropologie à l’Université Laval. Fondementshistoriques, pratiques académiques, dynamismesdévolution. Québec: Laboratoire de recherches anthropologiques, départementdanthropologie, Université Laval, septembre 1989, 206 pp. Collection:Documents de recherche, no 6. M Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, professeur émérite re-traité de l’enseignement de l’Université Laval, nous a accordé le 4 jan-vier 2004 son autorisation de diffuser électroniquement toutes sesoeuvres. Courriel : matrem@microtec.net ou matremgt@globetrotter.netPolices de caractères utilisée : Comic Sans, 12 points.Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Micro-soft Word 2008 pour Macintosh.Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5’’ x 11’’.Édition numérique réalisée le 6 octobre 2011 à Chicou-timi, Ville de Saguenay, Québec.
  4. 4. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 4 Marc-Adélard Tremblay (1989) L’anthropologie à l’Université Laval. Fondements historiques, pratiques académiques, dynamismes dévolution. Québec: Laboratoire de recherches anthropologiques, départementdanthropologie, Université Laval, septembre 1989, 206 pp. Collection:Documents de recherche, no 6.
  5. 5. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 5 Table des matièresAvant-propos INTRODUCTION1. Problématique et contextualisation Chapitre 1. LANTHROPOLOGIE EN TANT QUE DISCIPLINE ACADÉMIQUE À LAVAL1. Les précurseurs à Laval et ailleurs2. Les premiers anthropologues-enseignants dans les universités québécoises3. Lanthropologie à lUniversité Laval jusquaux années 1970 3.1. Les premiers enseignements anthropologiques à Laval 3.2. Létablissement de lOption « anthropologie » en 1961 3.3. Le statut de lanthropologie dans les universités 3.4. La coexistence pacifique de la sociologie et de lanthropolo- gie4. Les contestations étudiantes de 1968-19705. Les réformes et la création du département en 1971 5.1. La Commission de la Réforme 5.2. Le comité Gérard Dion et la création du département
  6. 6. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 6 Chapitre 2. LA RECHERCHE ANTHROPOLOGIQUE1. Limportance du terrain en anthropologie2. Lethnographie de la Côte-Nord du Saint-Laurent (Tremblay, Charest, Breton)3. Les études inuit (Saladin dAnglure, Dorais, Trudel)4. Les études sur lAfrique Noire francophone (Chalifoux, Charest, Collard, Doutreloux, Genest et Santerre)5. Les études sur la Méso-Amérique et la Caraïbe (Beaucage, Breton, Arcand, Dagenais, Chalifoux, Labrecque)6. Les études autochtones (Arcand, Charest, McNulty, Simonis, Tremblay, Trudel)7. Les études sur les communautés rurales (Bariteau, Breton, Pilon- Lê)8. Le structuralisme et la représentation symbolique du Québec (Maranda, Saladin dAnglure, Simonis)9. Les études symboliques (Arcand, Saladin dAnglure, Simonis, Schwimmer, Maranda)10. Les études sur les femmes (Dagenais, Labrecque)11. Lethnicité urbaine (Dorais, Elbaz, Pilon-Lê, Schwimmer, Trem- blay)12. Lanthropologie de la santé, de la maladie et du vieillissement (Genest, Santerre, Tremblay)13. Conclusions sur la recherche anthropologique à Laval
  7. 7. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 7 Chapitre 3. ORGANISATION ADMINISTRATIVE, PROGRAMMES DE FORMATION ET CLIENTÈLES ÉTUDIANTES1. Le profil démographique du département2. La conception du programme 2.1. Le corps professoral et la répartition des tâches 2.1.1. Le corps professoral : ses débuts et son évolution3. Les clientèles étudiantes 3.1. Lévolution dans les effectifs étudiants en anthropologie de 1970-1985 3.2. LAssociation des étudiants/tes en anthropologie 3.3. Les champs de recherche des étudiants/es Chapitre 4. LA DIFFUSION DES CONNAISSANCES ET LE RAYONNEMENT SCIENTIFIQUE1. La diffusion des connaissances 1.1. Anthropologie et Sociétés 1.2. Études Inuit/Studies2. Le rayonnement scientifique 2.1. La diversité du rayonnement 2.2. Lintervention anthropologique au département 2.3. La participation aux groupes interfacultaires et interuniver- sitaires
  8. 8. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 8Conclusion. Les singularités de lanthropologie (au Québec et ailleurs) : Les travaux, la critique, la pulsion de mort (par Eric Schwimmer)Annexe 1. Liste des thèses de maîtrise produites au Département 2. Liste des thèses de doctorat produites au DépartementRéférences bibliographiques
  9. 9. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 9 À Jacques Le Querrec, assistantdenseignement et de recherche à notreDépartement, parti dans la fleur delâge, dont le souvenir reste profondé-ment gravé dans notre mémoire de mêmeque dans celle des personnes qui se sontenrichies à son contact et qui ont béné-ficié de son amitié.
  10. 10. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 10 [v] L’anthropologie à l’Université Laval. Fondements historiques, pratiques académiques, dynamismes dévolution. AVANT-PROPOSRetour à la table des matières Cest à lautomne 1986 que le rédacteur dun ouvrage à paraîtresur la Faculté des Sciences sociales à loccasion du cinquantième anni-versaire de sa fondation me demanda de rédiger le chapitre sur lan-thropologie. Jacceptai avec dautant plus dempressement que javaisdans les années antérieures, en collaboration avec le professeur Ge-rald L. Gold de York University, publié des études sur lanthropologiedu Québec. La tâche mapparaissait suffisamment bien amorcée pourque je sois en mesure de respecter léchéance de production du 31décembre 1987. Grâce à une aide financière du département, JoséeThivierge fut engagée comme assistante de recherche à lété 1986. Latâche à accomplir était de taille, car elle nécessitait des recherchesdans les archives du département, dans celles de la Faculté et del’Université, ce qui posait des problèmes daccessibilité aux donnéesde base. Elle requérait aussi des contacts personnels avec chacun desmembres du corps professoral pour dénicher des données sur le dé-partement dont ils étaient parfois les uniques dépositaires, pour obte-nir des informations sur leurs travaux de recherche et leurs engage-ments professionnels depuis leur arrivée au département et pour
  11. 11. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 11consigner leurs vues sur lévolution de la discipline à la fin de ce millé-naire. Il sagissait, en quelque sorte, de relater les événements mar-quants que javais vécus depuis mon arrivée au Département de socio-logie à lautomne 1956, cest-à-dire, la co-existence de la sociologie etde lanthropologie dans un département conjoint, la conquête de lau-tonomie départementale, les recherches anthropologiques amorcéespar léquipe professorale sur plusieurs continents de la planète, lévo-lution des programmes détude et des clientèles étudiantes, les revuespubliées au département, lengagement des membres de léquipe dansla communauté et leur rayonnement académique, lavenir de la discipli-ne. Ces grands thèmes constitueraient les principaux éléments de latoile de fond sur laquelle serait esquissé le profil historique de notreunité dappartenance. Au fur et à mesure que la collecte des donnéeset que leur analyse provisoire progressait, je me suis rendu compteque le travail amorcé débordait largement la tâche assignée et que laproduction finale ne pourrait prendre la forme dun chapitre dans lecadre de louvrage collectif projeté. Après discussion avec le rédac-teur, jen suis venu à la conclusion que je produirais une monographiesur notre département et que lun des chapitres de celle-ci pourrait[vi] représenter ma contribution. Le thème de la recherche et de lin-tervention anthropologiques simposa alors demblée dans mon esprit,car ce serait celui qui représenterait le mieux la nature de notre dé-partement, la marque de notre discipline. Le chapitre proposé parut à lautomne 1988 dans un collectif publiéaux Presses de lUniversité Laval sous la direction dAlbert Faucher 1et une version préliminaire de la monographie fut terminée à la dateprévue. À lété 1988, à la suite de tractations avec la responsable duLaboratoire danthropologie, Madame Marie France Labrecque, il futdécidé que le Laboratoire en assurerait la publication grâce à une sub-vention de la Faculté des Sciences sociales, Budget spécial de la Re-cherche. Cela mapparaissait dautant plus intéressant puisquainsi unecertaine diffusion de la monographie permettrait une meilleure1 Cinquante ans de sciences sociales à lUniversité Laval : Histoire de la Faculté des Sciences sociales (1938-1988). Voir « La recherche et lintervention anthro- pologiques à lUniversité Laval », pp. 279-328.
  12. 12. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 12connaissance de notre discipline et des travaux de ceux et celles quiont incarné ses ambitions dans la région de Québec. Elle pourrait aussipermettre, à ceux et celles qui sinscrivent à notre programme détu-de, de connaître le contexte institutionnel dans lequel ils et elles sen-gagent pour quelques années de leur vie. Notre histoire étant relati-vement courte, il était plus facile den reconstituer les principalesétapes et didentifier les principaux dynamismes qui les ont suscitées. Quelques mises en garde simposent. La plus importante de toutesse rapporte à la facture de cette entreprise. Ce nest pas une analysedu contexte socio-politique de la production des connaissances anthro-pologiques. Ce nest pas, non plus, une histoire qui comporte un carac-tère définitif, la proximité des événements narrés de même que lasubjectivité de lanalyste, pour ne pas mentionner tous les aspects decette histoire qui ont été délibérément mis de côté ou tout simple-ment oubliés, ne nous y autorisent pas. Cest plutôt la reconstructiondune fresque densemble où sont identifiés des acteurs, des situa-tions et des événements qui la rendent compréhensible. Des historienschevronnés de même que des historiens de la science pourront euxaussi éventuellement reconstituer cette histoire et lui conférer unetoute autre coloration, une ampleur bien différente. La version préliminaire de cette monographie ne comportait pas deconclusion et jai longuement hésité sur sa nature. Jai finalementchoisi pour ce faire le texte provisoire du Rapport du Comité desorientations rédigé par son président, M. Eric Schwimmer. Présenté aumoment où le département traversait une crise dimportance, ce do-cument esquisse lhistoire départementale sous un angle critique etpropose une vision davenir de lanthropologie à Laval [vii] fondée surune spécificité quelque peu différente de celle de nos origines, maisqui sappuie sur les effectifs existants et représente une réponse auxcritiques dont notre discipline est lobjet. Je suis dautant plus recon-naissant à Eric Schwimmer davoir accepté quelle paraisse ici car elleajoute de la profondeur aux réflexions contenues dans la monographieet fait la démonstration, il me semble, en quoi une crise de natureépistémologique et socio-politique peut être génératrice de prises deconscience et de renouvellements si essentiels à une discipline en plei-ne transformation.
  13. 13. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 13 Cette expérience anthropologique que jai vécue ici à Laval et quejai cherché à reconstituer le mieux possible dans le temps qui me futimparti a représenté pour moi un indéfinissable enrichissement. Revi-vre symboliquement toute une tranche de sa vie, avec ses intensités etses adversités, prendre conscience des apports considérables, tantsur les plans personnel que professionnel, de ceux et celles quon acôtoyés/ées, mener à terme un projet qui témoigne à la fois de notreidentité professionnelle de groupe et de nos enracinements dans lemilieu plus large, voilà qui représente un extraordinaire élément deressourcement. Sengager en anthropologie devient facilement, au fildes années, un mode de vie, une passion. Puisse la lecture de cette his-toire inachevée susciter de nombreux projets davenir. Je tiens à remercier en tout premier lieu madame Josée Thiviergequi ma assisté dans ce travail de reconstruction historique et qui maété dune aide précieuse. Jexprime également mes remerciements àmes collègues qui mont fourni soit des documents ou qui mont rédigédes sommaires me permettant de mieux caractériser les activités dé-partementales de recherche. Jai fort apprécié laide que mont ap-porté madame Michèle Bouchard et monsieur Jean-Pierre Garneau, entant quadjoints au Directeur du Département, dans le repérage decertains documents. Jexprime ma gratitude aux collègues qui ont prisle temps de lire ces chapitres et qui mont offert de nombreuses sug-gestions visant à améliorer la version préliminaire de cette monogra-phie. Cette étude est basée sur certains documents officiels du Dé-partement danthropologie (Collectif 1970, 1976, 1978a, 1978b et1982) ou de lUniversité, sur les écrits de mes collègues ainsi que surmes expériences en tant que professeur à Laval depuis 1956. Jexpri-me, enfin, mes remerciements à madame Christine Bédard qui a assu-mé avec compétence professionnelle la transcription du manuscrit. Marc-Adélard Tremblay 1er juin 1989
  14. 14. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 14 [1] L’anthropologie à l’Université Laval. Fondements historiques, pratiques académiques, dynamismes dévolution. INTRODUCTION 1. Problématique et contextualisationRetour à la table des matières Lanthropologie, en tant que discipline académique, est née vers lemilieu du XIXe siècle en Europe et aux États-Unis. Dans une très largemesure, sa naissance a coïncidé avec lapogée de lère coloniale. Suiteaux pressions internes en provenance des peuples gouvernés, les gran-des puissances coloniales se sont vues dans lobligation de sintéresserde plus près aux traditions et coutumes de leurs colonies qui, pour latrès grande majorité, étaient multiethniques et multilingues. Le motifpremier de la puissance conquérante européenne avait été jusque-làlexploitation des ressources naturelles disponibles sur les territoiresassujettis pour des fins denrichissement matériel, et à ce sujet onavait mis en place des structures politiques et des modes de contrôlequi en assuraient lefficacité. Les revendications internes des peuplessoumis sadressaient surtout à la participation, tant dans les structu-res de gouvernement que dans celles se rapportant à la vie économiqueet sociale. Cette participation des peuples conquis à ladministrationlocale et régionale a nécessité que les puissances impériales [2] for-ment des administrateurs ayant une excellente connaissance de la lan-gue et des coutumes des ethnies sous leur tutelle. Cest ce que lon a
  15. 15. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 15nommé lindirect rule. Aux États-Unis, la situation fut quelque peu dif-férente dans la mesure où, à la même époque, lambition coloniale desAméricains se limitait à la conquête de lOuest où vivaient de nom-breux peuples autochtones ayant lutté, sans succès, pour contrer len-vahissement et lusurpation de leurs territoires. En Europe, comme en Amérique dailleurs, bien avant que lanthro-pologie ne conquière son statut de discipline scientifique et quellesinsère dans les structures universitaires, il y eut des missionnaires,des explorateurs, des commerçants ainsi que des philanthropes et desautodidactes qui sintéressèrent aux langues indigènes, aux rituelsreligieux et cérémonies médicinales et aux visions du monde de cespopulations et qui se préoccupèrent de leur sort. Il existait, donc,avant la naissance formelle de lanthropologie scientifique, toute unedocumentation écrite sur un très grand nombre de tribus qui a servide matériau de base aux premiers anthropologues, ceux que lon a ap-pelés les armchair anthropologists. Cette discipline fit son apparition peu de temps après la parutionde louvrage sur lévolution des espèces de Charles Darwin (1859). Il yeffectuait la démonstration de lévolution des espèces animales sur detrès longues périodes de temps à la suite de processus adaptatifs (àlenvironnement naturel), compétitifs (des espèces entre elles), sélec-tifs (reproduction des éléments les plus vigoureux) et de lentes muta-tions génétiques. Cet ouvrage, plus que tout autre, allait inspirer danssa foulée, des interrogations sur lévolution de lHomme dans sa lenteprogression vers la station verticale, dans la spécialisation de sesmembres antérieurs, dans la fabrication doutils et dans le développe-ment du cerveau. Lapparition de lespèce Homo sapiens allait, en ef-fet, susciter des interrogations très nombreuses se rapportant àlévolution de la vie [3] en société et de lorganisation sociale. Ce sontles réponses apportées à ces questions qui seront à lorigine des pre-mières théories anthropologiques, cest-à-dire, des explications géné-rales à caractère universel (dans lesprit de ceux qui les énonçaient)sur le processus dhominisation et sur ceux de la complexification so-ciale et de la diversité culturelle. Cest par son intérêt dans lexplica-tion générale basée, à la manière des sciences naturelles, sur lobser-vation rigoureuse et la documentation minutieuse des faits de civilisa-
  16. 16. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 16tion que lanthropologie aspirait à un statut scientifique. Il fallait, se-lon cette conception, développer des lois universelles de comporte-ment tout comme il savérait nécessaire de reconstituer, par lanalysecomparative et des perspectives transculturelles, les grandes étapesde lexpérience humaine et de lévolution des sociétés. Voilà certesune ambition qui sest concrétisée dans plusieurs directions différen-tes et qui fut à lorigine de la spécialisation disciplinaire en anthropo-logie et de la définition de champs particuliers de pratique, à savoir,lanthropologie biologique, larchéologie, lethnolinguistique (étude deslangues indigènes) et lanthropologie sociale ou culturelle. Ce bref aperçu sur ce champ disciplinaire vise avant tout à contex-tualiser la très grande complexité (variété) des conditions historiqueset socio-politiques qui furent à larrière-plan de son émergence entant que lune des sciences de lHomme et qui ont inspiré ses principa-les orientations, lesquelles donnèrent lieu au développement de sec-teurs particuliers de spécialisation. Il faut ajouter que les grands cen-tres de lanthropologie, en tant que science moderne, sont lAngleter-re (anthropologie sociale), la France (ethnologie) et les États-Unis (an-thropologie culturelle), qui ont tous trois des traditions anthropologi-ques spécifiques, que lappellation de la discipline dans ces pays reflè-te et auxquelles se rattachent les anthropologues des autres pays,répartis aujourdhui sur tous les continents. Le cas de lanthropologieindigéniste [4] (celle pratiquée par les nationaux nés et vivant dansdes pays économiquement peu développés) est spécial et mériterait àlui seul un traitement que nous ne pouvons pas lui accorder ici. Lan-thropologie pratiquée au Canada et au Québec (Tremblay et Preston1987 ; Gold et Tremblay 1982) néchappe pas à cette règle générale,étant à la périphérie des grands centres. Le Canada français, cepen-dant, plus encore que le Canada anglais où coexistent les traditionsaméricaines et britanniques, est un espace intellectuel et un lieu derencontre entre les traditions européennes et nord-américaines. Lesanthropologues universitaires, à tout le moins, sont influencés par lestravaux dadhérents à lune ou lautre de ces trois traditions et ladynamique de leurs interinfluences crée au Québec un type particulierdanthropologie. Toutefois, je nirai pas jusquà affirmer quil existeune anthropologie québécoise, ou encore une anthropologie canadienne.
  17. 17. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 17 Lanthropologie qui se pratique au Québec, par les Francophones enparticulier, se distinguait nettement, jusquà tout récemment en toutcas, du type danthropologie pratiquée au Canada anglais (Balikci1980). Les traditions intellectuelles qui lont développée au Québecainsi que les conditions socio-politiques qui ont été associées à sa nais-sance sont différentes de celles du Canada anglais. Il existe aussi desdifférenciations marquées entre les universités francophones elles-mêmes : je my référerai lorsque celles-ci seront nécessaires ou utilespour mieux saisir la trajectoire académique à Laval. Lenseignementdes sciences sociales y débuta en 1938 (Collectif 1948 ; Lévesque etal. 1984) et lÉcole des sciences sociales, économiques et politiquesobtint le statut de Faculté en 1943. Cependant ce nest que le 13 oc-tobre 1970 que le Conseil de lUniversité Laval adoptait une résolutioncréant le Département danthropologie. Mais nanticipons pas trop!Avant de reconstituer les premières étapes de développement de lan-thropologie [5] à Laval, il mapparaît important desquisser les grandeslignes du contenu de cette monographie historique. Un premier chapitre traite de lanthropologie en tant que disciplineacadémique à lUniversité Laval. Jy reconstitue les différentes éta-pes de sa naissance, de sa croissance et de la conquête de son autono-mie par la création dun Département danthropologie en 1970. Le deuxième chapitre porte sur la recherche anthropologique ef-fectuée par les professeurs/res et les étudiants/tes du départementselon le mode chronologique et celui des aires culturelles pour ce quise rapporte aux premières études de terrain et, par après, selon soitle champ détude particulier ou la perspective théorique générale pri-vilégiée. Le troisième chapitre se rapporte à lorganisation administrativedu département, à ses programmes denseignement et à ses clientèlesétudiantes. Le quatrième chapitre traite de la diffusion des connaissances etdéfinit la production scientifique et le rayonnement des profes-seurs/res du département en mettant laccent sur lintervention desanthropologues dans le milieu social plus large et sur la participationdes professeurs/res aux groupes interfacultaires et interuniversitai-res.
  18. 18. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 18 Une conclusion esquisse quelques-uns des défis qui confrontentlanthropologie (Tremblay 1983b) dici à la fin de ce millénaire. Celle-ci fut rédigée par Eric Schwimmer qui présida le comité des orienta-tions au moment où notre département dut affronter une importantemise en question interne aux débuts des années 1980. [6] Suivent, dans lordre, une annexe qui dresse la liste des thèses demaîtrise et de doctorat présentées avant le 1er avril 1989 et les réfé-rences bibliographiques de la monographie.
  19. 19. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 19 [7] L’anthropologie à l’Université Laval. Fondements historiques, pratiques académiques, dynamismes dévolution. Chapitre 1 Lanthropologie en tant que discipline académique à Laval 1. Les précurseurs à Laval et ailleurs 2Retour à la table des matières Durant lère duplessiste (1944-1959), on peut affirmer que lacti-vité anthropologique fut directement ou indirectement reliée auxnombreux changements sociaux qui sont survenus au Québec après laSeconde Guerre mondiale. Les premiers praticiens se sont affairés [8]à ce que nous appellerions aujourdhui « une anthropologie de sauveta-ge ». En effet, il sest agi pour eux de constituer des dossiers ethno-graphiques sur les communautés traditionnelles en voie de disparition.Travaillant à la fois au Musée National du Canada et aux Archives deFolklore de lUniversité Laval, Marius Barbeau fut incontestablementle premier observateur systématique de villages canadiens-français et2 Les sections 1 et 2 sinspirent largement dun article publié conjointement avec Gerald L. Gold (Tremblay et Gold 1976) tandis que la section 3 reprend certains éléments qui apparaissent dans le même article.
  20. 20. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 20de réserves amérindiennes dans les perspectives de lanthropologie.Ses premières enquêtes ethnographiques et folkloriques dans la valléedu Saint-Laurent remontent à 1914. Plusieurs anthropologues améri-cains de lépoque connaissaient Barbeau par le biais de ses liens avecEdward Sapir qui fut le premier directeur du Musée National du Cana-da en 1910, au moment de sa fondation. Les folkloristes, par après,tour à tour dénommés spécialistes en arts et traditions populaires etethnologues, lidentifient comme étant le maître de Luc Lacourcière(Barbeau 1916, Barbeau et Sapir 1925, Savard 1946, Rioux 1969, La-courcière 1947). Ce dernier, avec lassistance de Mgr Félix-AntoineSavard, créa en 1944 à la Faculté des Lettres de Laval les Archives deFolklore 3 . Marius Barbeau est certes une des figures les plus mar-quantes de lanthropologie du Québec et je regrette que, tout enayant un certain nombre darticles et de films sur lui et sur son oeu-vre, nous ne disposions pas encore dune évaluation critique de len-semble de ses travaux. Quant aux retombées des travaux de Lacour-cière, elles sont visibles à travers la richesse extraordinaire de la do-cumentation que lon retrouve dans les anciennes Archives de Folklore,dans ses écrits sur les contes et les légendes du Canada français etdans les travaux de nombreuses générations détudiants/tes quil aformés/ées (direction de près dune centaine de thèses) et qui ontpoursuivi son oeuvre, sensiblement a partir des mêmes préoccupations. [9] Jacques Rousseau, botaniste de formation, mais aux connaissancesencyclopédiques, fut un contemporain de Barbeau, bien que ce dernierait été son aîné de plusieurs années. A loccasion de ses études botani-ques dans la péninsule du Québec-Labrador, il sut observer minutieu-sement les coutumes et les traditions amérindiennes, en particulier, laculture matérielle, lorganisation sociale et le dualisme religieux desMontagnais-Naskapis. La synthèse de ses travaux ethnobiologiques sur3 « En 1976, sous la direction de Jean Hamelin, le Fonds documentaire des Archi- ves de Folklore, ceux de lAtlas linguistique de lEst du Canada et du Trésor de la langue française au Québec ont été regroupés pour former le CELAT(centre dÉtudes sur la Langue, les Arts et les Traditions populaires des Francophones en Amérique du Nord », in, CELAT, Un centre multidisciplinaire à fréquenter, Fa- culté des Lettres, 1986, pamphlet dinformation.
  21. 21. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 21cette péninsule (Rousseau 1964) fut présentée dans un ouvrage quilco-édita avec Jean Malaurie (Malaurie et Rousseau 1964). Jai effec-tué récemment, en collaboration avec Josée Thivierge, une évaluationcritique de son oeuvre amérindienne (Tremblay et Thivierge 1986)avec lintention de rendre ainsi hommage à lun des fondateurs duchamp scientifique québécois, à un farouche défenseur des droits abo-rigènes et à un définiteur des besoins des peuples autochtones. À par-tir de son entrée au Centre détudes nordiques de Laval en 1962 jus-quà sa mort en 1970, Rousseau continua ses travaux amérindiens sanspouvoir, toutefois, produire un exposé de synthèse sur lensemble deson oeuvre. Un autre précurseur de travaux anthropologiques au Québec futMarcel Rioux qui, par son mariage, devint le gendre de Barbeau. En dé-but de carrière, Rioux entreprit, durant son séjour au Musée Nationaldu Canada, des études systématiques en anthropologie sociale sur desvillages francophones du Québec (Rioux 1954, 1957) qui demeurentencore aujourdhui des monographies fort intéressantes. Peu de tempsaprès son arrivée à lUniversité de Montréal, Rioux passa du Départe-ment danthropologie au Département de sociologie, estimant que sestravaux se situaient de plus en plus dans les traditions sociologiquesdes études sur la globalité. Cette conversion nous amène comme natu-rellement, à faire ressortir la contribution de sociologues éminents audéveloppement de la recherche anthropologique au Québec. [10] Le Canadien-français Léon Gérin, disciple de Fréderic LePlay, parses monographies de village et ses études sur la paysannerie québécoi-se (Gérin 1898, 1931, 1932) a établi une solide tradition dobservation-participante et dentrevue à laide dinformateurs-clefs (Tremblay1957), méthodes de cueillette de données encore largement utiliséesen anthropologie (Genest 1985). LAméricain Everett C. Hughes (Hug-hes 1938, 1943, 1963), dans ses études à Cantonville sur lindustriali-sation et les contacts interculturels, suivit essentiellement une dé-marche similaire. Ces deux chercheurs, le premier de lÉcole françai-se, le second, de lÉcole de Chicago, allaient exercer une forte in-fluence sur Jean-Charles Falardeau (Falardeau 1953,1964, 1968,1974a, 1974b) lequel, en tant que directeur-fondateur du Départe-
  22. 22. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 22ment de sociologie (1943-1960), influença plusieurs générations détu-diants dans leurs orientations professionnelles et leurs carrières etprésida à lintroduction de lanthropologie à la Faculté des Sciencessociales de lUniversité Laval. Lutilisation par Gérin de la technique dela monographie de famille dans létude des villages québécois ainsi queles études de terrain de Hughes sur la mobilité professionnelle et ladifférenciation ethnique à Cantonville et à Montréal constituaient desentreprises scientifiques qui se complétaient bien. Noublions pas aus-si que, durant son séjour au Québec, Hughes dispensa un enseignementdans les trois principales universités du Québec de lépoque (McGill,Montréal et Laval), ce qui eut pour résultat, me semble-t-il, de réduireles écarts dans les orientations premières de ces universités et desusciter à loccasion des collaborations. Cest en 1939, quHorace Miner, un anthropologue culturel, formé àlUniversité de Chicago, publia son analyse fonctionnelle de Saint-Denis de Kamouraska (Miner 1939), laquelle devint par la suite un mo-dèle de monographie de village à la fois pour les anthropologues et lessociologues. Saint-Denis fut publiée dans une version française en1985 : il aura fallu attendre plus de quarante [11] cinq ans (Miner1985) avant que ce classique de lanalyse fonctionnaliste et de lan-thropologie du Québec devienne disponible aux spécialistes et augrand public dexpression française (Tremblay 1985). Cest dailleurscette même étude qui servit de point dhorizon aux travaux récentsde Gerald L. Gold sur lindustrialisation de Saint-Pascal de Kamouraska(Gold 1973,1975). Elle avait servi auparavant a déclencher une polémi-que entre Philippe Garigue, formé à lanthropologie sociale en Angle-terre, qui rejetait le modèle de lÉcole de Chicago comme étant capa-ble dexpliquer lévolution sociale du Québec et Marcel Rioux ainsiquHubert Guindon (Garigue 1957, 1961, 1964 ; Rioux 1959 ; Guindon1960). Les orientations européennes de Rioux ainsi que ses expérien-ces québécoises de recherche lamenèrent plus tard a accepter et àmodifier le modèle de la société paysanne afin de linsérer dans saconception culturaliste de lévolution globale du Canada dexpressionfrançaise (Rioux 1964). Travaillant à laide de données recueillies sur la Basse-Côte-Norddu Saint-Laurent (Breton 1973b) et dans le comté de Bellechasse
  23. 23. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 23(Breton 1979), Yvan Breton et son équipe ont poussé plus loin le modè-le développé par Rioux dans les perspectives du matérialisme histori-que afin de mieux rendre compte du caractère apparemment idiosyn-cratique de la production maritime et agricole au Québec. Les travauxde Lise Pilon-Lê (1977, 1979, 1980, 1984a, 1984b) sur les milieux agri-coles sinspirent des mêmes perspectives. Les études ethnographiquessur la Côte-Nord du Saint-Laurent, à leurs tous débuts, sappuyèrentsur celle dun autre anthropologue des premières heures formé parRobert Redfield à Chicago. Il sagit dOscar Junek (Junek 1937) dontla monographie sur les isolats a constitué le schéma de départ (étudedes petites unités sociales fonctionnelles en périphérie dépendantespour leur développement de la diffusion des modèles culturels du cen-tre) pour établir des comparaisons historiques dans cette région. Enbref, cette période fut caractérisée par des études empiriques sur leterritoire et par [12] lutilisation adaptée de schémas théoriques éla-borées ailleurs en vue de létude de la culture québécoise. Comme jelillustrerai plus loin, lethnographie de la Côte-Nord fut conçue, pourdevenir un laboratoire qui servirait à la formation de générations dan-thropologues à la pratique du terrain dès leur entrée à lUniversité.Elle permettrait aussi de constituer un dossier ethnographique com-plet sur une région isolée du Québec qui nous permettrait de mieuxcomprendre le processus dindustrialisation du Québec et, partant, deconnaître les dynamismes influant sur lévolution de la mentalité qué-bécoise vers la nord-américanisation et la modernité. Noublions pasaussi, quà lépoque des précurseurs, il nexistait aucun programmedanthropologie dans les universités du Québec. De fait, lanthropolo-gie au Québec était une discipline inconnue qui semblait osciller entrelethnographie-folklore et un type de sociologie globaliste émergeantdes traditions sociologiques durkheimiennes professées à Laval parFernand Dumont (Dumont 1965, 1974a, 1974b). Ce type de sociologie ainfluencé la perspective centrée sur les problèmes sociaux de lÉcolede Chicago, si bien représentée à Québec par Jean-Charles Falardeauau début de sa carrière professorale (Falardeau 1974a et 1974b).
  24. 24. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 24 2. Les premiers anthropologues-enseignants dans les universités québécoisesRetour à la table des matières Au Québec, les premiers enseignements anthropologiques furentdabord dispensés à McGill par William Kelly en 1948 et, par après, parFred Voget qui étudia les changements religieux à Caughnawaga (Voget1950). À son départ, Voget fut remplacé par Jacob Fried (Fried 1954),dont les intérêts en psychiatrie sociale transculturelle allaient carac-tériser ce département durant toute une décennie. Cest en 1953 quePhilippe Garigue devint professeur au Département de sociologie deMcGill. Son appartenance à ce département allait donner à McGill uneavance remarquée dans létude des communautés canadiennes-françaises (devenues dans la terminologie [13] actuelle, québécoises,dexpression ou dascendance française), et du système de parenté(Garigue 1956, 1958, 1962, 1967, 1973). Cette avance ne fut toutefoispas conservée après le départ de ce dernier, en 1960, pour devenir ledoyen de la Faculté des Sciences sociales de lUniversité de Montréalet ainsi succéder à Esdras Minville, dont les études sur le milieuavaient influencé toute une génération détudiants formes dans lescollèges classiques du Québec. Cest durant cette période que McGillproduisit son premier détenteur dune maîtrise en anthropologie etforma des chercheurs tels que Peter Pineo (aujourdhui à McMaster)et Nelson Graburn (aujourdhui à lUniversity of California à Los Ange-les). McGill offrit plus tôt que les autres universités québécoises descours danthropologie. Par ailleurs, il me semble quil existe une faiblecontinuité entre ce département du début des années cinquante et leprogramme danthropologie mis au point, peu après larrivée de Ri-chard Salisbury en 1962 (formé à la fois en Angleterre et aux États-Unis) et de Norman Chance en 1963 (un diplômé de Cornell). Il existe peut-être une plus grande continuité entre les premiersenseignements quoffrit Guy Dubreuil à lUniversité de Montréal en1953, au Département de psychologie, et ceux qui sont offerts au-jourdhui au Département danthropologie. Il est important de noter
  25. 25. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 25que les intérêts de Dubreuil en anthropologie psychologique à Montréalse comparaient à ceux de Fried en psychiatrie sociale transculturelle àMcGill et à ceux de Tremblay dans le champ de la culture et de la per-sonnalité à Laval (appelé aujourdhui anthropologie psychologique) (Du-breuil 1962, Hughes Charles C. et al. 1960) dans les années cinquante.Cest à lautomne 1958 que Laval offrit un premier cours danthropo-logie à la Faculté des Sciences sociales. Le titulaire de ce cours futMarc-Adélard Tremblay, un diplômé de Cornell ayant travaillé sous ladirection dAlexander H. Leighton (psychiatre-anthropologue), pion-nier des études en psychiatrie sociale aux États-Unis (Leighton 1959)ainsi que de lanthropologie [14] appliquée (Leighton 1945). Ce premiercours danthropologie, intitulé « Éléments danthropologie » compor-tait 60 heures, était réparti sur deux trimestres et était obligatoirepour tous les étudiants/tes du Département de sociologie. Tremblayétait venu à Québec à lautomne de 1956 avec le mandat de développerdes enseignements dans les domaines de la méthodologie et des scien-ces sociales appliquées (Tremblay 1977). Lensemble des cours quiloffrit sur linitiation à la recherche empirique dans les sciences socia-les et sur la méthode scientifique (Tremblay 1968a) représentent desétapes importantes dans lémergence de lanthropologie culturelle entant que discipline académique à Laval dans la mesure où, dans le cadrede ces cours, il initiait les étudiants/tes aux techniques ethnographi-ques, à celles de lentrevue libre avec informateur-clef (Tremblay1957), de lobservation-participante et des techniques biographiques,(le récit de vie, en particulier), autant de techniques dobservationparticulièrement valorisées en anthropologie. De plus, afin dillustrerces techniques par des instruments concrets, il utilisait, à titredexemples, les travaux déquipes anthropologiques de recherche ainsique les siens propres sur le Québec. À lhiver 1961, au moment où leDépartement de sociologie fut transformé en un Département de so-ciologie et danthropologie, Tremblay dispensa aux premiers étudiantsinscrits à la Section danthropologie, un cours danthropologie appli-quée, dont les principales orientations sinspiraient des enseignementsdAlexander H. Leighton sur le même sujet à la fin des années quaran-te et aux débuts des années cinquante à Cornell University.
  26. 26. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 26 3. Lanthropologie à luniversité Laval jusqu’aux années 1970Retour à la table des matières Afin de mieux comprendre ce qui a fondé lenseignement de lan-thropologie culturelle à Laval durant les années cinquante, il faut re-placer cette discipline dans son contexte institutionnel, soit celui de laFaculté des Sciences sociales. Rappelons que cette [15] dernière, aumoment de sa fondation en 1938, se dissociait de la vision traditionnel-le du social et proposait une conception positiviste du réel. Cette posi-tion innovatrice suscita la critique interne des clercs (il faut se rappe-ler que Laval était encore à ce moment-là confessionnelle et que la re-cherche, surtout celle amorcée dans les sciences sociales, devaitsinspirer de la position officielle de lÉglise catholique) et des politi-ciens affiliés à un régime politique ultra-conservateur (Falardeau1964, 1974a). Rappelons aussi que la Faculté reçut en 1949 une impor-tante subvention de la Fondation Carnegie pour entreprendre, dans lecadre du Centre de recherches sociales (Murbach et Gagnon 1986) uneétude systématique de la société canadienne-française. Le petit Dé-partement de sociologie dalors (1956), composé de six professeurs etlocalisé au Quartier latin, constitua le foyer dune recherche interdis-ciplinaire orientée vers lapplication 4 . Quand Tremblay offrit pour lapremière fois ses « Éléments danthropologie », Laval nétait pas en-4 En plus de Jean-Charles Falardeau, (Falardeau 1974b), les autres membres du département étaient : Guy Rocher (Rocher 1974), aujourdhui professeur- chercheur à la Faculté de Droit de lUniversité de Montréal mais anciennement sous-ministre au Québec ; Fernand Dumont (Dumont 1974c), toujours professeur au Département de sociologie de Laval, mais aussi Président de lInstitut québé- cois de la Recherche sur la Culture (IQRC) ; Yves Martin, ancien sous-ministre du ministère de lÉducation, ancien recteur de lUniversité de Sherbrooke et ancien directeur général de lInstitut de recherche en santé et sécurité du travail du Québec (IRSST) ; Gérald A. Fortin (Fortin 1974), ancien directeur et maintenant chercheur à lInstitut National de la Recherche scientifique-urbanisation (INRS) et lauteur du présent ouvrage, professeur au Département danthropo- logie de Laval et depuis mai 1987, Président du Conseil québécois de la Recher- che sociale (CQRS).
  27. 27. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 27core le genre dinstitution où sétablissaient des cloisons étanchesentre les disciplines, ce qui facilitait dautant les collaborations entreprofesseurs venant dhorizons disciplinaires différents. À cette épo-que, dailleurs, le programme détude en folklore, par exemple, étaitperçu comme ayant une étroite liaison aux sciences sociales. Ce faitfacilitera la venue de Nancy Schmitz en anthropologie. Voilà le type de climat intellectuel qui prévalait au moment où lesprofesseurs/res de la Faculté entreprirent dimportantes [16] re-cherches empiriques sur le Québec. Létude sur linstabilité des tra-vailleurs forestiers (Tremblay 1960) regroupait des professeurs desdépartements des relations industrielles, déconomique et de sociolo-gie. Les études sur limpact des changements technologiques sur lescommunautés agricoles et forestières de la région du Bas Saint-Laurent dans les années cinquante et qui furent à lorigine de la vasteentreprise de recherche que fut le BAEQ (Bureau dAménagement delEst du Québec) ainsi que celle portant sur le logement à Québec(Hodgson 1961-1963) furent conduites par des professeurs venant deces mêmes départements. Létude sur les comportements économiques(besoins, conditions de vie et aspirations) de la famille salariée cana-dienne-française qui dura sept ans (1957-1964) fut elle aussi une en-treprise conjointe de la sociologie et de lanthropologie (Tremblay etFortin 1964). Combien dautres études pourraient être citées qui pos-sédaient ces deux caractéristiques essentielles que furent linterdis-ciplinarité et une orientation en vue de laction, deux traits distinc-tifs, souvent oubliés, lorsquon se réfère à lémergence de lanthropo-logie en tant que discipline académique à Laval. Létablissement dun programme danthropologie en 1961 obligea ladirection du Département de sociologie à engager des anthropologuessur une base permanente (Albert Doutreloux, un africaniste originairede Belgique, en 1963 et Nancy Schmitz, une diplômée en folklore, en1966), mais aussi à inviter des savants européens pour y dispenser desenseignements spécialisés. Ceux-ci influencèrent profondément lévo-lution du programme, comme je lillustrerai plus loin. Renaud Santerre,diplômé de la première promotion danthropologues formés a Laval, futembauché en 1968 et Pierre Beaucage, de la seconde promotion, arrivalui aussi en 1968, tandis que Paul Charest, membre du troisième
  28. 28. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 28contingent, joignit nos rangs en 1969. Geza de Rohan Csermak, un au-tre membre du corps professoral des premières heures, fit un brefséjour à Laval (1970-1972) et dut repartir [17] faute dobtenir sapermanence. Doutreloux retourna en Belgique pour occuper un poste àlUniversité Libre de Bruxelles en novembre 1969 tandis que Beaucageaccepta un poste au Département danthropologie de lUniversité deMontréal en 1971. Durant les années soixante, Laval invita plusieurscollègues européens pour de brèves périodes : Raoul Hartveg (anthro-pologie somatique) et Paul Mercier [ethnologie africaine et histoire delanthropologie (Mercier 1966)] furent certes les invités les plus re-marqués par leurs visites régulières à lautomne de chaque année pourune période de deux mois et aussi firent partie de ceux qui furent lesplus appréciés par les étudiants/tes. Dautres invités, toutefois,sadaptèrent plutôt mal à la vie québécoise : non seulement eurent-ilsmoins de succès dans leurs enseignements que les deux premiers, maisen certaines occasions ils entrèrent en conflit avec les étudiants/teset leurs jeunes collègues québécois. 3.1. Les premiers enseignements anthropologiques à LavalRetour à la table des matières Comme je lai noté plus tôt, les premiers enseignements en anthro-pologie à Laval furent offerts à la Faculté des Lettres durant les an-nées quarante. À la Faculté des Sciences sociales, ces premiers ensei-gnements furent dispensés au Département de sociologie. Dès louver-ture de lannée académique 1958-1959, Tremblay fut autorisé à dis-penser son cours danthropologie quil donnera sans interruption du-rant douze ans. Au moment de létablissement de lOption danthropo-logie en 1961, le même cours sera donné exclusivement aux étu-diants/tes sinscrivant à ce programme détude, dès leur premièreannée dinscription. Ce cours définissait les objectifs de lanthropolo-gie en tant que discipline scientifique ; retraçait dans leurs grandeslignes, les principaux courants théoriques qui ont marqué son dévelop-pement ; exposait les principaux outils conceptuels dont elle se ser-vait ; examinait les principaux paliers de lanalyse anthropologique (de-
  29. 29. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 29venus depuis autant de champs sous-disciplinaires) [18] et, finalement,passait en revue les principales techniques denquête et dobservationquelle utilisait. Si le temps le permettait, les étudiants/tes, qui de-vaient préparer des travaux longs sur une société sans écriture, pré-sentaient en classe les résultats de leurs travaux (sur un auteur ou surune étude particulière). À lautomne 1959 (année académique 1959-1960), Tremblay offraitun deuxième cours dinspiration anthropologique. Celui-ci se situaitdans la foulée des travaux de lÉcole de Chicago sur la croissance desvilles et lécologie des phénomènes de désorganisation sociale et sins-pirait de ceux de Leighton sur lépidémiologie sociale des maladiesmentales dans le comté de Stirling en Nouvelle-Écosse. La premièrefois que ce cours fut dispensé, il le fut sous le titre de « Désorganisa-tion et réorganisation sociales » (Collectif 1970:5). Ce cours fut aussiobligatoire pour tous les étudiants/tes de sociologie 3e année ainsi quepour ceux/celles de lÉcole de service social. Les psychiatres de lépo-que en résidence à Saint-Michel-Archange (aujourdhui, Robert Gif-fard) lont également suivi durant une couple dannées. Essentielle-ment, ce cours traitait des conditions de la production ainsi que desconséquences de la désorganisation sociale (ou de lanomie, pour utili-ser un concept durkheimien) (Tremblay et Gosselin 1960 ; Gosselin etTremblay 1960) en tant quensembles de facteurs particulièrementfavorables, tant au niveau individuel quau niveau collectif, à lappari-tion de maladies mentales ou dexpériences psychologiques suffisam-ment traumatisantes pour quapparaissent des symptômes dintérêtpsychiatrique. Cest à cette époque que Tremblay amorça ses travauxsur limpact des changements technologiques sur la vie communautaireet la survivance des Acadiens (Tremblay 1962b) et sur leur accultura-tion linguistique (Tremblay 1961, 1962a). Il entreprit, par après, ceuxse rapportant à lhôpital psychiatrique en tant que culture de la folie(Fortier 1966, Côté 1966) et ceux [19] traitant de réhabilitation so-ciale des ex-patients psychiatriques dans le Québec métropolitain(Tremblay 1982a et 1987).
  30. 30. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 30 3.2. Létablissement de lOption « anthropologie » en 1961Retour à la table des matières Si on se rapporte au Mémoire de lanthropologie (Collectif 1970: 9-10) rédigé dans le but de justifier la création dun Département dan-thropologie autonome, on y remarque que loption anthropologique àLaval en 1961 possédait cinq caractéristiques différentes décrites ci-après : a) cest une option danthropologie culturelle et sociale structurée en fonction des liens étroits quelle doit entretenir avec la so- ciologie : à titre dexemple, les sociologues et les anthropolo- gues suivent plusieurs cours en commun et à peu près le 1/5 des crédits en anthropologie sont obtenus par des enseignements sociologiques ; b) la linguistique dispensée à ce moment-là à la Faculté des Lettres est conçue comme une discipline fondamentale dans un pro- gramme denseignement en anthropologie culturelle : elle y oc- cupe effectivement une place privilégiée, soit 8 crédits sur un total de 60 crédits (4 semestres de 15 crédits) ; c) lenseignement théorique ainsi que les applications ethnographi- ques porteront sur trois aires culturelles : lAfrique noire fran- cophone, lAmérique latine et laire nord-américaine à linté- rieur de laquelle on accordera une importance particulière au Canada dexpression française, aux Amérindiens et aux Inuit ; d) dès lorigine, on consacre la nécessité dune expérience dau moins trois mois sur un terrain particulier dans le but de re- cueillir des données empiriques nécessaires à la rédaction dune thèse de maîtrise : toutefois, on nexclut pas la possibilité de présenter une thèse théorique ; et [20]
  31. 31. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 31 e) la carrière anthropologique, à ce moment-là, est vue comme pou- vant en être une denseignement (à lUniversité), de recherche (dans un Centre de recherche), ou encore daction dans un contexte gouvernemental. Le même Mémoire discute de la aise en place et de lévolution sub-séquente du programme détude en anthropologie. Les deux extraitsqui suivent en établissent le profil densemble. Afin de mettre à exécution un tel programme de soixante crédits devant conduire à la maîtrise en anthropologie, en plus dutiliser les ressources sociologiques et celles de la Faculté, on puise à mime les ressources de la Faculté des Lettres (Dépar- tement de Linguistique, Département de Folklore, Institut de Géographie) et occasionnellement à celles du Centre détudes nordiques. On invite aussi régulièrement dEurope des profes- seurs qui assument les enseignements de (lEthnographie de lAfrique française » (Paul Mercier), (LEthnographie de lAmé- rique latine (Maria de Queiros et Henri Favre), et « LAnthro- pologie physique » (Raoul Hartweg). Il ny avait à ce moment-là quun seul anthropologue à plein temps (1970: 9) Depuis ses tout débuts, la Faculté des Sciences sociales de Lavalcomportait une Propédeutique de deux années à la suite de laquelle lesétudiants/tes sinscrivaient dans un département pour y poursuivreleurs études durant deux autres années au terme desquelles ils de-vaient présenter une thèse pour lobtention dune maîtrise. Au débutdes années soixante, cette Propédeutique fut réduite à une seule an-née et les études disciplinaires (départementales) séchelonnèrentalors sur trois ans. En 1966-1967, lannée de Propédeutique disparaîtcomplètement et les étudiants sinscrivent directement dans un dé-partement à leur arrivée à la Faculté. Ce changement dans les orienta-tions pédagogiques de la Faculté allait accélérer le développement delanthropologie par la nécessité quil imposait daccroître les ressour-ces humaines pour être en mesure de mieux répondre aux besoins aca-
  32. 32. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 32démiques de clientèles étudiantes qui [21] sorientaient davantage enfonction dune spécialisation disciplinaire offerte seulement dans undépartement. Le Mémoire de 1970 ne manque pas dy faire allusion : En 1966-1967, lannée propédeutique disparaît et les étu- diants sinscrivent directement au Département de sociologie et danthropologie, font une année commune à la suite de laquelle ils choisissent soit lOption (Sociologie », soit lOption « An- thropologie ». Dès lors lOption « danthropologie » comporte 90 crédits qui séchelonnent sur trois années académiques (soit la 2e, la 3e, et la 4e). À lautomne 1968, lancien programme de maîtrise de quatre années est concentré en trois ans et mène à lobtention dun baccalauréat en sociologie ou en anthropologie, On élabore, à la même occasion, un nouveau programme de maî- trise. À lautomne 1969, le programme est conçu de telle sorte que les étudiants optent pour lanthropologie ou pour la sociolo- gie à la fin du premier semestre de la première année, Il nexis- te plus que quelques cours communs au niveau des études de premier cycle. (Collectif 1970:10) 3.3. Le statut de lanthropologie dans les universitésRetour à la table des matières Dans un document analysant le processus dintensification de len-seignement de lanthropologie au sein du Département de sociologie deLaval, la direction souligne avec emphase que le statut académique decette discipline nest défini avec rigidité dans aucune institution uni-versitaire. Cest donc dire que parfois on la retrouve avec une autrediscipline pour former un Département conjoint et que, dans dautrescirconstances et dans dautres lieux, elle est complètement autonome.Elle peut être logée dans une variété de structures facultaires diffé-rentes, telles quune Faculté des Arts et des Sciences, une Facultédes Sciences sociales, une Faculté des Lettres et, exceptionnellement,dans dautres facultés. Enfin, certaines universités offrent seulement
  33. 33. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 33un programme de 2e et 3e cycle en anthropologie ; dautres, seulementun programme de 1er cycle et dautres, un programme complet à tousles cycles de lenseignement universitaire. En tant que tradition, lan-thropologie sintéressait [22] aux peuples sans écriture et à lAutrelointain. Mais avec lévolution disciplinaire, léventail des intérêts an-thropologiques sest élargi pour incorporer les civilisations complexeset pour intégrer tout autant la culture même de lobservateur que cel-le des autres (Genest 1984 et 1985). De ce point de vue, les étudesanthropologiques daujourdhui portent tout autant sur la vie dusineque sur les communautés rurales. Ce même document souligne encoreque lanthropologie, en tant que science fondamentale, se divise endeux traditions qui sont complètement différentes lune de lautre, àsavoir, lanthropologie physique ou biologique et lanthropologie socialeou culturelle. Ce clivage, prétend-on, correspond et reflète bien luneou lautre des grandes orientations des anthropologues daujourdhui.Soulignant quil serait difficile dinitier correctement en même tempsles étudiants/tes à ces deux traditions scientifiques, le document pro-pose dorienter lenseignement et la recherche à Laval du côté delanthropologie dite sociale ou culturelle. Le rédacteur, a nen pas dou-ter, se réfère surtout dans les propos qui précèdent à la tradition eu-ropéenne plutôt quà la tradition boasienne (américaine), laquelleconçoit lanthropologie comme devant plutôt se diviser en quatrechamps sous-disciplinaires : anthropologie physique, ethnolinguistique,archéologie et anthropologie culturelle. Ce modèle fut adopté par laplupart des universités américaines qui imposent à leurs clientèlesétudiantes un apprentissage rigoureux dans chacune de ces sous-disciplines puisquelles disposent habituellement des ressources né-cessaires pour ce faire. Ces ressources, on peut le comprendre à lalumière du contexte universitaire québécois, nexistaient pas à Laval. Linfluence européenne apparaît encore plus nettement dans la sui-te du document où on met en relief les nécessaires rapprochements dela sociologie et de lanthropologie en plus de rappeler que cette der-nière ne possède pas encore la maturité nécessaire pour voler de sespropres ailes à la lumière surtout des exigences du [23] marché dutravail. Ce document fut écrit, ne loublions pas, en 1960 au moment oùlUniversité de Montréal songeait à créer un Département danthropo-logie complètement indépendant de toute autre discipline. Ce qui fut
  34. 34. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 34fait en 1961. Laval se devait, par conséquent, de fournir une réponse àune telle innovation dans le monde francophone québécois. La réactionne tarda pas à se manifester : Laval élargirait les structures de sonDépartement de sociologie pour inclure lanthropologie, mais une an-thropologie à la manière européenne (française), sous léclairage socio-logique. Voici comment cette nouvelle orientation départementale estjustifiée dans le document de la direction. Par suite de cette orientation que nous proposons pour notre programme détudes anthropologiques, celles-ci se rapproche- raient de très près, à Laval, de la formation sociologique. Dail- leurs, si on se reporte à lhistoire de la sociologie, on retrouve une tradition importante orientée en ce sens : lÉcole sociologi- que française en est sans doute la plus glorieuse et la plus écla- tante incarnation, Plus que jamais, il semble fructueux, pour le sociologue, de situer constamment ses travaux par comparaison avec les sociétés archaïques, Et la perspective inverse, pour lanthropologue, ne paraît pas moins importante. Des arguments tout à fait « pratiques » se joignent à ces considérations plus purement scientifiques. Les possibilités demploi pour les an- thropologues sont encore, dans notre milieu, assez mal définies, Il semblerait judicieux de proposer, en conséquence, une forma- tion assez polyvalente à nos étudiants. Ce serait faciliter beau- coup la tâche des professeurs du Département de sociologie que leur permettre dorienter, selon la conjoncture, les élèves ayant terminé le cycle des études vers tel ou tel secteur de travail où une formation à tendance « sociologique » ou « anthropologi- que » paraîtrait plus opportune [...] Pour toutes ces raisons, il ne nous semble pas souhaitable de créer un Département distinct danthropologie. Nous proposons, plutôt, la transformation ac- tuelle de notre Département de sociologie en un Département de sociologie et danthropologie. (Direction du Département de sociologie. 1960: 2-3)
  35. 35. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 35 [24] 3.4. La coexistence pacifique de la sociologie et de lanthropologieRetour à la table des matières Entre 1961 et 1969, les Annuaires de lUniversité Laval présentent,dans la foulée du document de la direction du Département de sociolo-gie de 1960 et du discours dominant qui sy trouve, la sociologie etlanthropologie comme deux disciplines scientifiques ayant de fortesressemblances et entretenant entre elles des liens étroits. On y re-marque aussi que les étudiants du 1er cycle des deux disciplines sui-vent des cours de base en commun. Par contre le Mémoire de lanthropologie (Collectif 1970) visant àla création dun département autonome danthropologie, tient un dis-cours quelque peu différent de celui des Annuaires. Il affirme, en ef-fet, que depuis lintroduction de lanthropologie au Département desociologie, ces deux disciplines se sont développées plus ou moins pa-rallèlement, lanthropologie cherchant surtout à se différencier de lasociologie et aspirant avant tout à établir sa spécificité. Si, pourconnaître leurs vues à ce sujet, on interrogeait les personnes qui ontété formées durant cette décennie dans un département conjoint, lagrande majorité dentre elles nous confirmeraient, je pense, quellesont été fortement marquées soit par les professeurs de sociologie,soit par les professeurs danthropologie et, plus rarement, par desprofesseurs des deux options. A la limite, on pourrait presquaffirmerque linterdépendance des deux disciplines paraissait mieux dans lesprincipes que dans les faits, surtout dans les années qui ont précédélétablissement dun département autonome danthropologie. La création de la revue Recherches Sociographiques, en 1960, seraun événement de très grande importance pour le Département de so-ciologie et danthropologie dans la mesure où tous les professeurs duDépartement (jétais le seul anthropologue en poste à ce moment-là)publieront au moins un article dans lun ou lautre des quatre [25] nu-
  36. 36. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 36méros de la première année (1960) et que 62% des articles de cettemême année proviendront des professeurs du Département. Mais larevue se définit aussi comme étant un carrefour de rapports interdis-ciplinaires. Durant sa première année dexistence, par exemple, elleaccueillera des articles en provenance de lhistoire, du folklore, de lascience politique, de léconomique et des relations industrielles. Cestdonc sous légide des sociologues que ces rapports interdisciplinairessintensifieront, lanthropologie étant une des disciplines parmi len-semble des disciplines représentées. Comme la revue se consacredabord et avant tout au milieu « canadien-français », les anthropolo-gues y occuperont une place de plus en plus effacée au fur et à mesureque lanthropologie acquerra de la maturité et que plusieurs des tra-vaux de terrain en anthropologie seffectueront ailleurs quau Qué-bec. Tremblay, par exemple, qui occupait la deuxième position en 1969pour lensemble de ses contributions à la revue durant la première dé-cennie de son existence (Santerre 1969:42), napparaît même plusdans la liste des 37 principaux collaborateurs de la revue pour la pé-riode allant de 1970 à 1983 (Santerre 1983a: 6). Se sentant obligé defaire progresser lanthropologie en tant que discipline académiquepleinement reconnue, Tremblay réduisit sensiblement ses travaux àcaractère appliqué avec les collègues des autres départements vers lemilieu des années soixante, quelques années à peine après les premiè-res effervescences de la Révolution tranquille. De concert avec Dou-treloux, il commença à mettre laccent sur les aspects traditionnels delenquête ethnographique dans le but de susciter les études sur le ter-rain et de favoriser les expériences transculturelles, quand cela savé-rait possible, et ainsi permettre des comparaisons interculturelles soi-gneusement documentées. Les études entreprises sur les Amérindiens du Canada dans le ca-dre de la Commission détude Hawthorn-Tremblay (1966-1967, 2 vols)[26] qui débutèrent en 1964 ainsi que les études de Tremblay sur lesAcadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse (1960-1965) de mêmeque le programme de recherche sur lEthnographie de la Côte-Nord duSaint-Laurent (1965-1975), les travaux de Doutreloux au Zaïre, ceuxde Beaucage au Honduras, ceux de Santerre au Cameroun contribuè-rent à élargir graduellement le fosse entre lanthropologie et la socio-logie, tant sur le plan théorique que méthodologique. Comme je le re-
  37. 37. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 37marquais plus tôt, dès 1969 les étudiants/tes de sociologie et dan-thropologie ne suivaient plus que quelques cours en commun. Ainsi lenombre restreint détudiants/tes à lOption anthropologique, tant aupremier quau deuxième cycles, favorisa leur insertion dans les projetset programmes de recherche existants. La plupart des inscrits/tesdes années soixante firent des séjours de recherche sur le terrain,soit sur la Basse-Côte-Nord avec Tremblay (Tremblay 1967, Tremblayet Lepage 1970 ; Charest et Tremblay 1967 ; Breton 1968 ; Beaucage1968 ; Pleau 1967 ; Dominique 1975 ; Joubert 1974, Blondin 1974,Tremblay 1976), soit en Afrique noire avec Doutreloux (Doutreloux1967, Bourque 1969, Charest 1965, Genest 1969 et 1970, Bergeron-Coulombe 1969, Roberge 1969 et Lepage 1969), ou Santerre (Santerre1973 et 1974), ou soit encore chez les Inuit avec Saladin dAnglure(Saladin dAnglure 1964 et 1970 ; Trudel 1971, Larochelle 1972, Audet1974, Pharand 1975 et Vézinet 1975). Tous les étudiants/tes, sansexception, étaient tenus/ues deffectuer des séjours sur le terrainpour les fins de lapprentissage méthodologique et de la rédactiondune thèse à caractère empirique. Grâce à une politique dapprentissage hâtif aux techniques anthro-pologiques dobservation, les diplômés/ées de lOption « anthropolo-gie », détenteurs/trices dune maîtrise, purent sinscrire à des pro-grammes détudes de troisième cycle à létranger ou réussirent a setrouver des postes dans les services gouvernementaux. La rechercheen équipe, encadrée au Laboratoire danthropologie, était centrée surla notion daire culturelle qui sous-tendait [27] le programme détude(Gold 1987). Létablissement déquipes de recherche fut certes unautre élément qui a raffermi la distanciation de la sociologie. Cettephilosophie de la recherche, contrairement à celle centrée sur lélabo-ration de modèles conceptuels en sociologie, est reflétée dans le Rap-port annuel de la Faculté des Sciences sociales au tout début de léta-blissement de lOption « anthropologie ». Voici ce quon y lit : La recherche étoffe et illustre lenseignement théorique. Un des buts primordiaux est lanalyse de la société canadienne- française, passée et présente... Deux autres aires culturelles font aussi lobjet dune étude poussée : lAfrique française et
  38. 38. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 38 lAmérique latine... La responsabilité particulière du Canada français envers ces contrées, une certaine communauté cultu- relle, la présence de missionnaires canadiens-français dans ces pays : ce sont des arguments déterminants. (Rapport Annuel 1962-1963). Si les anthropologues se sont donnés une vocation ethnographique,les sociologues, de leur côté, sous la direction de Dumont, sétant dé-fini une vocation théorique, sadonnèrent en grand nombre aux analy-ses idéologiques et historiques (Dumont 1974a et 1974b). Ces deuxorientations parallèles, car les uns et les autres travaillaient sur desobjets distincts, sont apparues au moment où Dumont fut directeur duDépartement de sociologie et danthropologie (1960-1967) et lunitéde ces deux disciplines, dont ce dernier était le principal promoteur,sest maintenue en tant que pensée officielle du département au moinsjusquà laccession de Fortin au poste de directeur en 1967. Les socio-logues sattendaient à ce que les anthropologues, ici comme ailleurs,étudient les sociétés traditionnelles et le processus de modernisationdes communautés rurales. Dune certaine manière, cétait aussi la dé-finition que les anthropologues se donnaient deux-mêmes. Sinspiranten cela des traditions anthropologiques dans leurs études sur les peti-tes unités sociales fonctionnelles (Redfield 1955), les anthropologuesdu Québec de cette époque, amorcèrent des études sur les communau-tés [28] paysannes en voie de décomposition et sur les isolats du Qué-bec et du Canada. Au principe de lunité des disciplines correspondaitune stratégie de division des tâches entre sociologues et anthropolo-gues : les contestations étudiantes de 1968-1970, auxquelles je réfé-rerai bientôt, mettront en cause à la fois le principe et lopérationnali-sation de cette division du travail en vue de la création dun départe-ment autonome. Les réactions des populations à létude, tant sur la Basse-Côte-Nord que chez les Inuit et les Amérindiens, forcèrent les différenteséquipes de recherche qui y oeuvraient à lintervention anthropologique.Imprévue au point de départ, cette orientation vers laction, suscitéepar les attentes des populations étudiées, ne se confirmera pleinementquaprès la création du Département danthropologie en 1970. Entre-
  39. 39. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 39temps, les terrains ethnographiques des années soixante avaient réus-si à former des anthropologues québécois et à établir une traditionempirique de recherche dans cette discipline. Toutefois, il est néces-saire de remarquer que le nombre des publications qui furent produi-tes par ces équipes de recherche ne fut pas aussi grand quon auraitpu lespérer. Leur succès, en tant que formation de chercheurs etdaction concertée, cependant, est incontestable. Il ne faudra quequelques années pour quun noyau de jeunes chercheurs, ayant une lon-gue expérience de travaux dobservation à la manière de lanthropolo-gie nord-américaine et britannique, terminent leurs études doctorales,soit aux États-Unis ou en Europe, viennent se joindre au corps profes-soral et tentent délaborer une anthropologie plus théorique en sap-puyant sur des traditions empiriques déjà bien établies (Beaucage1965 et 1966 ; Charest et Tremblay 1967, Charest 1971 ; Breton1973a ; Genest 1974 ; Genest et Santerre 1974). [29] 4. Les contestations étudiantes de 1968-1970Retour à la table des matières En plus davoir vécu cette expérience des contestations étudiantesde 1968-1970 dune manière un peu spéciale, dû au fait principalementquelles furent perçues par plusieurs comme étant le résultat dunequerelle entre les « Anciens » et les « Modernes » (ma séniorité meclassant chez les premiers) et que ma position personnelle na jamaisparfaitement correspondu à celle de la majorité (surtout en ce qui atrait à leurs manifestations sur le campus de Laval à la Faculté desSciences sociales), je nappuierai sur trois documents inédits (Lan-thropologie à Laval, La création du Département danthropologie etLes rapports étudiants-assistants professeurs dans la prise de déci-sion : le cas du comité pédagogique -Section anthropologie) pour pré-senter un point de vue densemble sur ces événements qui se produisi-rent durant la période 1968-1970, au moment où lanthropologie fai-sait encore partie du Département de sociologie et danthropologie.
  40. 40. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 40 Je nai pas lintention de passer en revue les diverses contesta-tions étudiantes qui se sont produites sur le campus lavallois, particu-lièrement à la Faculté des Sciences sociales, ni den reconstituer lesprincipaux enjeux. Je mattarderai davantage aux objectifs poursuiviset aux résultats obtenus : lanalyse des stratégies, à elle seule néces-siterait des études approfondies. Il mapparaît pertinent, aussi, de lescontextualiser par rapport aux conditions socio-politiques existantes àce moment-là au Québec. On se souviendra que les contestations étu-diantes de 1968 commencèrent en Californie pour sétendre, commeune traînée de poudre, à la plupart des grandes universités américai-nes dans les semaines qui suivirent les premières manifestations. EnEurope, cest Nanterre (Université de Paris Xe) qui fut le foyer dori-gine des confrontations et manifestations étudiantes de mai 1968 àParis : ces dernières se reproduisirent par après dans dautres payseuropéens. Ces révoltes étudiantes [30] (le concept nest pas exagéré)donnèrent lieu à de vives manifestations, à des grèves générales illimi-tées et à des confrontations étudiantes-policières lesquelles dégéné-rèrent en batailles rangées entre les forces de lordre et les manifes-tants, des groupes dagitateurs profitant de ces affrontements pourdéstabiliser les gouvernements en place. Au Québec, ces contestationset ces manifestations étudiantes neurent jamais lampleur ni linten-sité de celles qui se produisirent ailleurs, principalement en Europeoccidentale et aux États-Unis. Quels ont été les objectifs poursuiviset quels ont été les résultats obtenus? Ce sont les deux questionsauxquelles je vais tenter de répondre sommairement. On peut affirmer que ces révoltes étudiantes visaient tout un en-semble dobjectifs définis comme inséparables les uns des autres. Es-sayons den reconstituer les principaux patrons constitutifs : (a) laréforme des structures universitaires académiques (régime des étu-des, organisation des cours et des programmes détude) et adminis-tratives (démocratisation des structures) afin quelles correspondentdavantage aux aspirations des générations montantes et quelles re-flètent mieux les habitudes de vie des autres secteurs de la vie socia-le ; (b) une plus grande sensibilisation des gouvernements et desstructures étatiques aux besoins financiers grandissants des universi-tés afin que celles-ci puissent offrir un éventail plus large et mieuxadapté de programmes détude tout en maintenant, et atteignant si
  41. 41. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 41possible, un haut degré de qualité dans la formation des diplômés/ées ;(c) une plus grande ouverture de luniversité sur le monde extérieurpar labandon de son statut traditionnel de « tour divoire » et lins-tauration de programmes de formation préparant plus directement àune fonction sur le marché du travail ; et (d) une participation étudian-te active dans les structures du pouvoir (décisionnelles et consultati-ves) de lUniversité Laval afin de devenir les principaux/les agents/tesde leur formation et quils/quelles puissent choisir les programmes etles cours qui [31] correspondent le mieux à leurs aptitudes, préféren-ces et ambitions. Les revendications précises des groupes contestatai-res pouvaient varier quelque peu dun milieu universitaire à lautre, carelles étaient le produit de conditions historiques particulières. Toute-fois, lidéologie fondamentale qui les sous-tendait sinspirait de deuxprincipes directeurs, a savoir, la modernisation des structures univer-sitaires et la participation étudiante dans les structures du pouvoir. Au Québec, à la suite des recommandations de la Commission royaledEnquête sur lEnseignement (Parent 1963-1966, 5 vols.), on avaitpréalablement mais en vigueur une réforme en profondeur de notresystème déducation, dont la création dun ministère de lÉducation en1964. Les recommandations de ce Rapport navaient pas encore toutesété mises en oeuvre en 1968, cest-à-dire, la démocratisation de lins-truction, la gratuité de lenseignement, une plus grande participationdes Francophones du Québec aux disciplines scientifiques et adminis-tratives, la réforme complète des cycles de lenseignement, la partici-pation des étudiants/tes à lélaboration des programmes, le renouvel-lement des méthodes et outils pédagogiques, le respect des capacitésdapprentissage de létudiant/te, une meilleure liaison entre les pro-grammes détude à luniversité et les exigences du marche du travail,limportance des études des 2e et 3e cycles à luniversité, et ainsi dureste. Ces recommandations donnèrent lieu à des politiques et prati-ques nouvelles dans le monde de léducation. Mais les réformes en pro-fondeur ne simplantaient pas assez rapidement. Au fur et à mesureque les années passaient (cétait la période euphorique des débuts dela Révolution tranquille) et que les contingents étudiants grossissaienten nombre dans les universités, on commença a percevoir certainesfrustrations chez les étudiants/tes dont les attentes et les ambitionsdevenaient de plus en plus précises par rapport à la qualité de lensei-
  42. 42. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 42gnement universitaire, à la compétence des professeurs/res en ensei-gnement [32] et recherche et, surtout, par rapport à leur participa-tion active dans le processus pédagogique. Laval eut, comme toutes lesautres universités québécoises, ses contestations étudiantes, lesquel-les furent sporadiques, localisées et particulières, sous langle des re-vendications spécifiques qui les avaient amorcées. Les Facultés desSciences de léducation et des Sciences sociales furent sur le campusde Québec les initiatrices de ces mouvements de revendication, aumoment même où le Québec connaissait une période de croissanceéconomique et de développement social. Les diplômés/ées des universi-tés québécoises, à cette époque, contrairement à ce qui se passait enEurope, se trouvaient assez facilement des emplois sur le marche dutravail. Je me souviens nettement, quà certains moments, les adminis-trateurs duniversité et le public en général se demandaient « ce quevoulaient réellement les étudiants duniversité » quils considéraientcomme « des enfants gâtés » ! Les observations générales qui précèdent me permettent de mieuxcontextualiser les doléances étudiantes des anthropologues au Dépar-tement de sociologie et danthropologie à la fin des années soixante.Celles-ci nont pas été prises à la légère, car elles étaient pleinementfondées, le recul du temps nous permettant, dans leur cas, de dégageravec plus de netteté les enjeux en présence. Une première revendica-tion se rapporte à la dissolution du Département conjoint (même sicela allait à lencontre des recommandations de la Commission de laréforme de lUniversité Laval) afin que les anthropologues puissentgérer eux-mêmes leurs programmes détude et définir les conditionsde développement de lanthropologie au Québec. La Commission de laréforme, présidée par lAbbé Lorenzo Roy, visait à abolir les départe-ments, non à en créer de nouveaux. Ce principe dune dissolution fut,cependant, apprécié à son mérite spécialement en vertu du fait quelanthropologie, une discipline autonome dans la plupart des grandesuniversités du monde, méritait une plus grande indépendance à lUni-versité Laval. Dans le contexte [33] lavallois, ce statut de dépendancede lanthropologie était surprenant non seulement à la lumière despratiques ailleurs mais aussi de celles en existence sur le campus lui-même où certaines disciplines avaient conquis le statut départementalsans en avoir tous les desiderata. Le nombre danthropologues engagés
  43. 43. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 43dans lenseignement, limportance de la recherche anthropologiquemesurée par le montant global des subventions annuelles de rechercheobtenues sur concours ainsi que les effectifs étudiants justifiaientque lanthropologie obtienne le statut départemental. Sappuyant sur les critères mentionnés plus haut, on rejette car-rément lexistence de deux sections relativement autonomes à linté-rieur dun Département conjoint, car cela était perçu comme le statuquo, ou encore létablissement dun programme détude qui aurait unfort degré dautonomie. On veut la dissolution de lancien départe-ment et la création dun Département danthropologie, entièrementindépendant de la sociologie. On exige encore que les professeurs/resembauchés/ées au Département danthropologie soient dune grandecompétence en recherche, mais aient aussi de bonnes qualités pédago-giques. On insiste, enfin, pour que les étudiants/tes soient partiesprenantes aux principales décisions qui les concernent, doù limpor-tance de la création dinstances décisionnelles constituées, sur unebase paritaire, de professeurs/res et détudiants/tes. Ces revendica-tions nont pas toutes été acceptées demblée au moment où elles ontété énoncées, mais elles lont été sur une période relativement courte.Un certain nombre de ces revendications, par exemple, seront reflé-tées dans les rapports des travaux de la Commission Roy et, en parti-culier, dans un document se rapportant au 1er cycle (Roy 1970: 3). Voi-ci quelques-uns des principes énoncés dans ce document qui ont unrapport direct aux propos qui précèdent : [34] Pour lensemble des programmes, le premier cycle des étu- des universitaires a comme objectifs généraux de permettre à létudiant : 1. dêtre le principal agent de sa formation ; 2. de progresser suivant son dynamisme personnel ; 3. de sorienter graduellement à partir dune formation de base vers une spécia- lisation admettant des degrés divers ; 4, dacquérir la méthode, les concepts et les principes fondamentaux propres à une disci- pline ou à un champ détude ; 5. de développer des habitudes de travail qui favorisent le jugement critique, lesprit novateur et rendent capable léducation continue ; 6. dassurer une forma-
  44. 44. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 44 tion qui prépare au travail interdisciplinaire, à la mobilité oc- cupationnelle et à la perception des problèmes que posent les développements de létat actuel de la société, (p.3) Que faut-il retenir des contestations étudiantes de 1968-1970?Elles ont exercé un poids considérable sur les réformes universitairesqui sensuivirent aux débuts des années soixante-dix et elles ont été,dans une très large mesure, à lorigine de la création dun Départe-ment danthropologie. Elles ont aussi influencé grandement les orien-tations pédagogiques de lanthropologie au début de cette même dé-cennie (lévaluation des professeurs/res et des cours date de cettepériode) en plus de favoriser la participation directe des étu-diants/tes aux décisions départementales. 5. Les réformes et la création du département en 1971Retour à la table des matières Comme nous lavons vu, à partir de 1968, de multiples activités deconsultation, la production de travaux de comités détude et degrands rapports, se concrétiseront dans des réformes importantes àlUniversité Laval (Laberge 1978). À partir de 1960, avec larrivée aupouvoir dun Gouvernement qui avait promis la réforme de léducationdans le sens dune démocratisation des structures et dune meilleureaccessibilité des étudiants aux institutions denseignement, avec lac-croissement des populations étudiantes et des contestations qui sen-suivirent, avec aussi la dissociation de lUniversité Laval du Séminairede Québec qui avait été à ses origines et laugmentation substantielledes subventions gouvernementales [35] de fonctionnement, lUniversi-té Laval se voit dans lobligation de modifier en profondeur ses struc-tures. En avril 1967, le Conseil de lUniversité met sur pied un Comité dudéveloppement et de planification de la recherche que préside lAbbéLorenzo Roy. Ce Comité remet son rapport en septembre 1968 : il
  45. 45. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 45contient pas moins de 55 recommandations différentes se rapportantà presque tous les aspects de lenseignement et de la recherche. Àlépoque, ces recommandations produisirent bien des bouleversements,car elles transformaient les rapports de ladministration centrale auxfacultés en ce qui avait trait à la conception des programmes et à lagestion des études. La tendance générale est à la centralisation et à lacréation de secteurs regroupant plusieurs facultés. En effet, le Rap-port Roy [...] proposait de les intégrer dans un vaste ensemble cohérent et communicant, et concluait que, finalement, les Facultés pour- raient être appelées à disparaître au profit de secteurs plus vastes. (Desmartis 1981: D) 5.1. La Commission de la RéformeRetour à la table des matières Dans le document cité plus haut, André Desmartis présente un bonaperçu de la nature et des impacts de la Commission de la réforme àLaval. Je me contenterai de citer intégralement une partie de son ex-posé car il rapporte lessentiel de la chronologie des événements ainsique des étapes qui ont abouti aux principales réformes structurelles àLaval : En novembre 1968, était formée la Commission de la réforme chargée dappliquer les principales recommandations du Rapport Roy. Après avoir élaboré la nouvelle Charte et les Statuts qui [...] furent mis en vigueur en 1971, la Commission de la réforme faisait adopter après plusieurs versions successives, le règle- ment des études du 1er cycle qui fut mis en application en sep- tembre 1972, non sans avoir déclenché au passage une importan- te contestation étudiante. Finalement, la Commission [36] de la réforme disparaissait en 1973, sans avoir réussi à établir les liens organiques entre la structure des ressources (les dépar-
  46. 46. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 46 tements et les facultés) et la structure des programmes (les di- rections de programme et les directions densemble) quelle avait conçues. Il faudra attendre en 1980 pour quun comité « chargé dharmoniser les statuts et les règlements » fasse fi- nalement accepter une solution de compromis sur ce point. De même, la Commission de la réforme échouait dans sa tentative de regrouper les facultés en unités plus larges, les secteurs. Leffort de rationalisation et de lutte contre larbitraire, commencé par la Commission de la réforme, devait être poursui- vi par divers comités relevant généralement du Conseil de lUni- versité. Citons, entre autres, létablissement de normes commu- nes dallocation des ressources humaines aux diverses unités (la fameuse Annexe A), sans oublier luniformisation des conditions salariales entraînées par la signature de la convention collective conclue avec le Syndicat des professeurs de lUniversité Laval en janvier 1977, après quatre mois de grève. En confiant aux UPA, cest-à-dire au niveau départemental, de nombreuses res- ponsabilités qui relevaient jusque-là des doyens, cette conven- tion entraînait également dimportants changements de struc- ture (Desmartis 1981: D) 5.2. Le comité Gérard Dion et la création du départementRetour à la table des matières LUniversité Laval traverse donc une période de mutations profon-des au moment où lanthropologie tente de se dissocier de la sociolo-gie. En 1970, lanthropologie réussira à obtenir un statut départemen-tal malgré les tendances centralisatrices de lépoque, lesquelles sontassociées à un processus de rationalisation des ressources. À la suitede nombreuses perturbations internes au Département de sociologieet danthropologie, résultant tout autant de conflits entre profes-seurs que des contestations étudiantes, la Faculté des Sciences socia-les, par laction de son doyen, léconomiste Yves Dubé, met sur pied en1969 un comité présidé par labbé Gérard Dion dans le but détudier la
  47. 47. M.-A. Tremblay, L’anthropologie à l’Université Laval… (1989) 47situation du Département de sociologie et danthropologie. Plusieursdocuments seront produits dans le but de réclamer la création dunDépartement danthropologie distinct de la sociologie, y compris unepétition signée par les professeurs des [37] deux options du Départe-ment conjoint. Les positions des anthropologues sont exposées dans unvolumineux mémoire qui sera à la fois présenté au Comité Dion et auConseil de la Faculté des Sciences sociales. Dans ce Mémoire, on y faitétat de la spécificité de lanthropologie en tant que discipline acadé-mique, de sa croissance constante depuis létablissement de loptionanthropologique à lintérieur du Département conjoint, de la qualité deses équipes de recherche qui oeuvrent sur la Côte-Nord du FleuveSaint-Laurent, dans le Grand-Nord chez les Inuit, à la Sierra de Pue-bla au Mexique et au Nord Cameroun. Ces divers projets de rechercheont obtenu auprès des organismes de financement en 1969-1970 dessubventions de lordre de 70 711,00 $ et en 1970-1971, 117 049,00 $.(Collectif 1970:20) et ils encadrent pour cette dernière année acadé-mique 28 chercheurs/res totalisant 139 mois/plein temps de recher-che (Idem: 22). On fait encore référence à ses acquisitions muséogra-phiques, au développement de ses programmes détude et de recher-che ainsi que des structures à institutionnaliser. On met en relief lefait que les étudiants/tes, dans leur mémoire du mois de novembre1968 avaient réclamé la création immédiate dun département : cetteproposition navait pas rallié lensemble des professeurs/res, quel-ques-uns (dont jétais) préférant que lOption assoie plus solidement(sur une couple dannées) ses ressources humaines avant de réclamerofficiellement un tel statut. Mais les initiatives étudiantes de 1969, lacréation dun Comité pédagogique et létablissement dun programmecomplet détudes ainsi que le malaise grandissant que ressentaient lesanthropologues à lintérieur du Département conjoint, particulière-ment à la suite de mésententes se rapportant a la répartition du bud-get et à lengagement du personnel départemental en 1969, ont accé-léré le processus de la dissociation. Le Comité Dion fut sensible aux arguments avancés par les anthro-pologues (à leur très grande satisfaction et soulagement) et son Rap-port ainsi que celui que la Faculté des Sciences sociales [38] présente-ra au Conseil de lUniversité reprendront essentiellement largumen-tation développée dans le Mémoire de lanthropologie. À sa séance du

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