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Historique des classes prépas : Bruno Belhoste, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Paris X Nanterre, a présenté lors d'une conférence à l'Ecole normale supérieure un historique des classes préparatoires aux grandes écoles.

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    Historique classes prépas Historique classes prépas Document Transcript

    • Historique des classes préparatoires Bruno Belhoste, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Paris X Nanterre, a présenté lors d'une conférence à l'Ecole normale supérieure un historique des classes préparatoires aux grandes écoles. Introduction "Dans cet exposé, je présenterai un panoramique sur l’histoire de ce qui constitue certainement l’une des institutions les plus originales du système éducatif : les classes préparatoires aux grandes écoles. Ces classes, on le sait, se caractérisent par plusieurs traits spécifiques : D’abord, elles sont des classes d’enseignement supérieur, mais situées dans des établissements secondaires. Remarquons qu’autrefois, il existait également des classes élémentaires dans les lycées, mais celles-ci ont disparues depuis 40 ans. Ensuite, ces classes sont étroitement liées, par leur mission et leur enseignement, aux établissements particuliers appelés « grandes écoles », qui recrutent sur concours. C’est même là, bien sûr, leur raison d’être. C’est pourquoi on ne peut faire l’histoire des classes préparatoires sans évoquer les concours auxquels elles préparent. Enfin, elles disposent d’un personnel enseignant à part, ayant ses traditions, ses intérêts et ses méthodes de travail spécifiques, qui les distinguent aussi bien des professeurs de l’enseignement secondaire que des enseignants-chercheurs des universités. L’histoire des CPGE est une histoire de longue durée, puisque le système se met en place dès le XVIIIe siècle, en même temps que celui des concours, et qu’il est toujours bien vivant aujourd’hui. Il faut noter cependant que les classes préparatoires ont été pendant longtemps exclusivement des classes scientifiques et que ce n’est qu’au XXe siècle que l’on voit apparaître des classes préparatoires littéraires, puis commerciales. Curieusement, si le rôle considérable des CPGE est bien connu, leur histoire n’a pour ainsi dire jamais été étudiée. Je me limiterai ici à un cadre : l’objectif est de fournir quelques points de repère historiques susceptible d’alimenter notre réflexion sur la situation présente et aussi sur l’avenir de ces classes. La naissance des classes préparatoires C’est au XVIIIe siècle que sont nées les classes préparatoires. Comme il n’y a pas de prépas sans examen à préparer, c’est la création d’un recrutement sur concours qui constitue le point de départ. Les premiers concours sont des concours de recrutement pour les armes savantes, c’est à dire le Génie, l’Artillerie et la Marine. Dès 1692, Vauban institue un examen pour l’admission au Génie. « Personne, écrit-il, ne doit être reçu dans les fortifications par faveur ou par recommandation. Il faut que le mérite seul et la capacité des gens leur attirent les emplois. » Les aspirants du Génie doivent subir un examen oral portant sur les mathématiques devant un examinateur membre de l’Académie des sciences. A partir de 1756, l’Artillerie, à son tour, se dote d’un examinateur sur le modèle du Génie, puis la Marine à partir de 1764. 1
    • A la veille de la Révolution, les examinateurs des armes savantes sont des savants de premier ordre : Bossut pour le Génie, et surtout Laplace pour l’Artillerie et Monge pour la Marine. Dès la fin du XVIIIe siècle, par conséquent, il existe un système de recrutement sur concours lié à l’institution militaire. Les candidats admis sont reçus dans des écoles dépendant des armes savantes. La plus connue est l’École du Génie de Mézières, fondée en 1749, où le mathématicien Monge a longtemps été professeur. Tout naturellement, l’examen d’admission suscite, en amont, sa préparation. L’examen consiste alors en une interrogation orale qui porte sur le manuel rédigé par l’examinateur. Les plus connus de ces manuels sont ceux de l’ancien examinateur de l’Artillerie et la Marine, sur lesquels Laplace et Monge continuent d’interroger à la veille de la Révolution. Préparer l’examen revient donc à connaître le manuel. En fait, à la fin de l’Ancien régime, il est exceptionnel qu’un candidat reçu se soit préparé seul à l’épreuve. Certains candidats font appel à des maîtres de mathématiques qui donnent, moyennant finance, des leçons privées sur les matières du concours. Mais, dès cette époque, la plupart se préparent dans des établissements spécialisés. On peut distinguer, en fait, deux types d’établissement préparatoire. Les premiers sont des institutions privées, souvent protégées par l’examinateur. C’est le type le plus ancien, et aussi le plus florissant. On en trouve quelques-uns en province, principalement à Metz où a lieu l’examen d’artillerie, mais la plupart sont à Paris. Les plus connues sont la pension Longpré et la pension Berthaud. Lazare Carnot, par exemple, se prépare d’abord seul à l’examen du génie, mais il échoue en 1769. L’année suivante, son père décide de le placer à Paris dans une institution spécialisée. Sur les conseils de l’intendant du protecteur de la famille Carnot, le duc d’Aumont, Lazare entre ainsi chez Longpré et il est admis à l’École de Mézières après quelques mois de préparation, en 1770. Le succès des pensions privées s’explique parce que, dans les établissements publics que constituent les « collèges », que ceux-ci soient dépendants d’une Université ou d’une congrégation enseignante, les mathématiques sur lesquelles on interroge les candidats aux examens, n’occupent qu’une position marginale. C’est pour former les officiers des armées, et en particulier ceux des armes savantes, que l’École militaire est fondée à Paris en 1751, à l’instigation de la marquise de Pompadour. La nouvelle école accueille des boursiers du roi. On y enseigne les sciences et en particuliers les mathématiques. Les résultats s’avèrent malheureusement décevants. C’est pourquoi, en 1776, le ministre de la guerre décide de fermer l’École militaire et de la remplacer par douze écoles militaires, installées en province pour préparer les boursiers du roi au métier militaire. C’est ainsi que le jeune Napoléon Bonaparte prépare au collège de Brienne, érigée en école militaire, l’examen d’artillerie qu’il passe devant Laplace en 1785. C’est la Révolution française qui va étendre le système de recrutement des armes savantes à l’ensemble des administrations techniques, en créant l’École polytechnique. Cette transformation répond au souci de perfectionner la formation des experts civils et militaires mais aussi à celui de démocratiser leur recrutement. Avant 1789, en effet, l’autorisation de passer les examens n’était accordée qu’à ceux qui pouvait prouver la qualité de leur naissance ou une parenté avec un officier. Carnot lui-même reçoit sa lettre d’examen en se réclamant d’un cousin très éloigné, l’ancêtre commun remonterait à cinq générations, qui est capitaine. Après 1786, tout candidat doit prouver quatre degrés de noblesse. La sélection par concours ne fait ainsi que s’ajouter à une sélection préalable beaucoup plus sévère, fondées entièrement sur des critères de naissance. Cet exclusivisme social explique les caractères de la filière de formation. La préparation aux examens des armes savantes relève de l’éducation nobiliaire. Les pensions préparatoires privées sont très chères et les écoles militaires sont créées pour accueillir les rejetons de la noblesse militaire auxquels 2
    • le roi accorde des bourses. C’est le cas, je le rappelle, de Bonaparte lui-même, qui appartient à la petite noblesse corse. La Révolution balaie tout cela. Dorénavant, les emplois publics sont ouverts à tous les citoyens, sur le seul critère du mérite. L’admission à l’École polytechnique, fondée en 1794, se fait sur un concours auquel tout jeune homme entre 16 et 20 ans peut se présenter. Si l’on compare le concours de l’École polytechnique avec les anciens examens des armes savantes, les différences apparaissent donc évidentes : désormais, le concours, organisé dans une vingtaine de villes, est public et ouvert à tous. Le nombre de places offertes est beaucoup plus élevé, car les débouchés ont été considérablement élargies : aux armes savantes, s’ajoutent principalement le génie maritime et les grands corps civils, ponts et chaussées et mines. C’est la technocratie française dans son ensemble qui s’alimente à l’École polytechnique. Quant aux pensions préparatoires privées et aux écoles militaires d’Ancien régime, elles disparaissent dans la tourmente, et les candidats au concours de la nouvelle école ne disposent d’aucun lieu de préparation. Très vite, les professeurs de mathématiques des écoles centrales, ouvertes dans chaque département en 1795, s’efforcent de pallier à ce manque. C’est ainsi qu’Henri Beyle, notre Stendhal, se prépare à l’École polytechnique en suivant les cours du professeur de mathématiques de l’école centrale de Grenoble. Il ne passera d’ailleurs jamais le concours. En 1802, sont créés les lycées, où la loi prévoit que l’on enseigne le latin et les mathématiques. Dans chaque lycée, il existe une classe dite de mathématiques transcendantes, rebaptisée en 1809, classe de mathématiques spéciales. La vocation de ces classes, dites parfois aussi classes de deuxième année de philosophie, par référence à l’organisation de l’enseignement dans les collèges d’Ancien régime, devient aussitôt la préparation au concours de l’École polytechnique. On peut dire alors que les classes préparatoires sont nées. Les classes préparatoires au XIXe siècle L’imposition du monopole universitaire donne aux lycées la main mise sur la préparation à l’École polytechnique. Je rappelle que l’Université (avec U majuscule) a été fondée par Napoléon. Elle correspond grosso modo à ce qu’on appelle aujourd’hui l’Éducation nationale et elle dispose jusqu’à la loi Falloux, votée en 1850, du monopole de l’enseignement. Celui s’exerce en fait principalement sur l’enseignement secondaire. Certes, il existe des pensions et des institutions privées, mais leurs chefs doivent être membre de l’Université, dont ils ont les grades, et ils ont obligation d’envoyer leurs élèves dans les établissements publics, lycées ou collège communaux. Leur rôle se limite, en principe, à l’hébergement des élèves et aux travaux d’études et de révision des cours. Évidemment, ce monopole s’étend aux classes préparatoires. Si certains candidats se préparent au concours en suivant les leçons privées de maître de mathématiques, ce qui reste possible, la très grande majorité suit les cours de mathématiques spéciales des lycées. Comme je l’ai dit, dans la première moitié du XIXe siècle, on trouve des classes de mathématiques spéciales dans tous les lycées, c’est à dire en 1848 dans une cinquantaine d’établissement. Cette omniprésence des mathématiques spéciales permet d’offrir partout une préparation à l’École polytechnique. L’organisation même du concours répond au même souci égalitaire : les examinateurs sillonnent la France, allant de ville d’examen en ville d’examen, interroger les candidats. Jusqu’au milieu des années 1830, ils s’arrêtent ainsi dans tous les lycées. Cette organisation n’a été rendue possible que par la création d’un véritable corps enseignant de professeurs de mathématiques. La création d’une agrégation de sciences en 1808, pour laquelle est organisé un véritable concours dès 1821 et sa spécialisation en mathématiques et en sciences physiques en 1840, ainsi que l’ouverture de l’École normale en 1809 assure la formation et le recrutement de ces professeurs. Dans chaque lycée, existent deux chaires de mathématiques, l’une dite de mathématiques élémentaires et l’autre de mathématiques spéciales. Les professeurs de mathématiques spéciales sont les mieux payés, mais ils n’ont pas le monopole de l’enseignement dans les classes de mathématiques spéciales, les règlements universitaires prévoyant longtemps l’alternat avec les professeurs de mathématiques élémentaires. 3
    • La présence dans tous les lycées d’une classe de mathématiques spéciales ne doit cependant pas faire illusion. En réalité, la préparation à l’École polytechnique se trouve concentrée dans quelques grandes villes, comme Metz, Lyon, Toulouse, Rennes, Dijon et Strasbourg et surtout, bien entendu, Paris, qui domine outrageusement. On remarquera en outre que le nord l’emporte très largement sur le midi. Dans beaucoup de lycées, la classe de mathématiques spéciales existe sur le papier, mais elle n’accueille en fait que quelques élèves, qui ne se destinent pas à Polytechnique. Un autre phénomène, en revanche, doit être pris en compte : celui de la préparation aux autres écoles recrutant sur concours qui apparaissent au XIXe siècle : l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, l’École navale et l’École forestière. Pour ces concours, beaucoup moins relevés que celui de Polytechnique, on voit apparaître dans un certain nombre de villes des enseignements préparatoires accueillis dans des classes de mathématiques élémentaires ou spéciales. Qu’il s’agisse de ces concours ou de celui de l’École polytechnique, l’épreuve, jusqu’au milieu du XIXe siècle, reste comparable à celle des examens d’Ancien régime. Les candidats sont interrogés oralement par l’examinateur en tournée, à peu près exclusivement sur les mathématiques. On ne voit apparaître des épreuves écrites que très timidement à partir des années 1840. Une bonne préparation doit donc être un entraînement à l’oral. Or, il faut bien reconnaître que l’enseignement magistral des classes préparatoires de lycée est peu adapté à cet objectif. A Paris, où près des deux tiers des candidats admis à Polytechnique se sont préparés, un système original de préparation se met en place, associant étroitement classes de mathématiques spéciales publiques et institutions préparatoires privées. C’est au lycée, à cause du monopole universitaire, que tous les préparationnaires étudient le cours, sous la direction d’enseignants chevronnés, qui constituent l’élite des professeurs de sciences de l’enseignement secondaire. Pour ne citer qu’un exemple, Louis Richard enseigne à Louis-le-Grand où il forme, entre autres, Galois et Hermite. Dans la première moitié du XIXe siècle, les trois principaux établissements de Paris, pour les classes de mathématiques spéciales, sont Louis-le-Grand, Saint-Louis et Charlemagne. Mais, si certains élèves sont externes libres ou pensionnaires au lycée – c’est le cas de Galois-, la plupart, venus de province, sont en pension dans des établissements privés. Les principaux de ces établissements privés sont l’institution Mayer, où ont étudiés entre autres Liouville et Le Verrier, et le collège Sainte-Barbe, qui ouvre en 1832 une école préparatoire spécialisée placées sous la direction du mathématicien Duhamel. C’est dans ces établissements privées que les élèves de mathématiques spéciales, les taupins comme on les appelle déjà, s’entraînent véritablement à l’examen, par un système d’études encadrées, de conférences et surtout de colles. Les enseignants qui font ce travail sont des professeurs de lycée, des répétiteurs de l’École polytechnique et des maîtres de mathématiques spécialisés, généralement d’anciens polytechniciens qui n’ont pas intégrés l’institution universitaire. Le plus illustre exemple, sans doute, est le philosophe Auguste Comte, ancien polytechnicien qui donne des cours à l’institution Laville tout en étant répétiteur d’analyse à l’École polytechnique et, pendant un temps, examinateur d’admission. Le milieu du XIXe siècle voit des changements importants dans l’organisation générale de l’enseignement en France : la loi Falloux abolit l’enseignement libre et autorise la création d’écoles libres, en particulier au niveau de l’enseignement secondaire. Le ministre Fortoul réforme peu après l’enseignement secondaire public pour mieux l’adapter à la concurrence. Dorénavant, l’obtention du baccalauréat ès sciences est exigée pour l’admission à l’École polytechnique. Le nombre des classes de mathématiques spéciales est considérablement réduit et leur moyen renforcé : à l’exemple de ce qui se faisait déjà dans les institutions privées, un système de conférences et d’interrogations est organisé pour les élèves pensionnaires des lycées. Ces changements entraînent à Paris l’effondrement de l’ancien système préparatoire qui associait aux cours des mathématiques spéciales les répétitions et les colles des institutions privées. Sainte-Barbe renonce à envoyer ses élèves à Louis-le-Grand comme autrefois et organise un enseignement dans ses propres murs, les autres institutions préparatoires disparaissent, et, en revanche, on voit apparaître un nouvel établissement privée dans le Quartier latin : l’École Sainte-Geneviève, dirigée par les jésuites, qui organise un enseignement préparatoire sur le modèle de Sainte-Barbe et remporte de grands succès aux concours de Polytechnique et Saint-Cyr. Pour contrer la concurrence de ces préparatoires privées, le ministère de l’Instruction publique décide à la fin des années 1860 de créer sur le même modèle dans un certain nombre de lycées de Paris, comme à Saint-Louis, et de province, comme au lycée de Nancy, des écoles préparatoires, dont les élèves sont entièrement séparées de leurs camarades de l’enseignement secondaire. 4
    • Les classes préparatoires au XXe siècle C’est sous la IIIe République, entre 1880 et 1914 que le système des classes préparatoires scientifiques prend le visage qu’il va conserver presque sans changements jusqu’aux années 1970. On peut estimer qu’à la fin du XIXe siècle, ce système accueille et forme environ 10000 élèves. Ce chiffre ne sera pas dépassé avant les années 1960. On trouve des classes préparatoires dans les grands lycées, en province et surtout à Paris. Saint-Louis et Louis-le-Grand dominent, comme dans la période précédente. Viennent ensuite les lycées de l’Ouest parisien, Janson-de-Sailly, Condorcet et Carnot, ce dernier ancienne école Monge nationalisée en 1894. L’école préparatoire de Saint-Louis, qui est la plus importante, comprend ainsi vers 1890 plusieurs filières préparatoires : une préparation à Saint-Cyr en deux ans, au sortir de la classe de 3e ou de 2e, une préparation à l’École navale en un an, au sortir de la classe de 3e, une préparation à Centrale et aux Mines en un an, sous forme d’une classe de mathématiques spéciales, après le baccalauréat ès sciences, et, également après le baccalauréat ès sciences, une préparation à l’École polytechnique en deux ans, sous forme d’une spé de nouveaux et d’une spé de vétérans. Louis-le-Grand obtient régulièrement les meilleurs résultats aux concours de l’ENS et de Polytechnique. Janson de Sailly est renommée, entre autres, pour sa prépa Agro. En province, les meilleures préparatoires sont celles du lycée du Parc, à Lyon, et du lycée de Nancy. Face à ces préparatoires publiques, seule l’École Sainte-Geneviève, qui déménage à Versailles en 1905, est en mesure de faire concurrence, en restant jusqu’à aujourd’hui l’un des meilleurs établissements préparatoires aux grandes écoles. Selon une tendance déjà sensible dans la période précédente, les professeurs de spé forment une sorte d’aristocratie enseignante au sein des lycées, se séparant nettement de leurs collègues des classes inférieures. En même temps, il faut distinguer les professeurs de province des professeurs de Paris. Les professeurs de spé des grands lycées parisiens dominent leur discipline, sont en contact étroit avec les examinateurs, participent aux commissions ministérielles, et alimentent le corps des inspecteurs généraux. Les professeurs de province se sentent en position d’infériorité. C’est pour mieux défendre leurs intérêts qu’ils décident finalement en 1927, contre la volonté de la majorité de leurs collègues de la capitale, de s’organiser en une Union des professeurs de spéciales. Si, à l’origine, la création de cette association est le fruit des tensions internes au milieu des professeurs de spé, son existence ultérieure, jusqu’à aujourd’hui traduit plutôt la spécificité de ce milieu au sein du corps des professeurs de lycée. Cette tendance va d’ailleurs se renforcer au cours du siècle, avec la croissance des effectifs du corps enseignant secondaire, qui réduit de plus en plus la part des anciens normaliens où se recrutent exclusivement les professeurs de spé. Un autre phénomène majeur affecte les classes préparatoires de la Belle époque : c’est l’essor rapide de l’enseignement supérieur, en particulier de l’enseignement supérieur scientifiques, dont l’existence était à peu près nulle avant 1880. Cet enseignement supérieur s’intéresse en particulier à la formation des cadres techniques. Plusieurs universités créent ainsi autour de 1900 des instituts universitaires délivrant des diplômes d’ingénieurs. Tout naturellement, vers 1900 les enseignants du supérieur commencent à revendiquer pour eux la préparation aux grandes écoles. Cette revendication, qui reviendra souvent au cours du XXe siècle, n’aboutit pas, car elle se heurte à l’opposition conjuguée des grandes écoles et des professeurs des classes préparatoires. L’offensive permet seulement d’imposer une réforme de l’organisation des épreuves de concours et de leurs programmes, qui sont revus et mis à jour en 1905. La place des sciences physiques est augmentée par rapport aux mathématiques, qui continuent cependant à avoir la part du lion. La préparation est étendue officiellement à deux ans et les classes préparatoires de première année qui existaient déjà dans certains lycées sous le nom de classe de mathématiques élémentaires supérieures, sont généralisées sous le nom de classes de mathématiques spéciales préparatoires. Ces classes seront rebaptisées sous l’Occupation classes de mathématiques supérieures. Toujours en 1905, l’inspection générale obtient un droit de regard sur la nomination des examinateurs et le choix des sujets. A l’École polytechnique le jury d’admission doit rédiger un rapport auquel les professeurs de spé ont accès après 1920 et qui deviendra public après 1945. Alors que l’histoire des classes préparatoires scientifiques remonte au début du XIXe siècle et même, comme on l’a vu, au-delà, les classes préparatoires littéraires et commerciales sont beaucoup plus récentes. La création des Khâgnes est liée au concours de l’École normale supérieure de la même manière que celle des taupes est liée au concours de l’École polytechnique. Pendant longtemps, cependant, les candidats au concours littéraire de l’École normale se préparent dans les classes de rhétorique des lycées, où ils reviennent après avoir passé leur baccalauréat de philosophie. C’est en 5
    • 1880 que sont créées dans quelques lycées des classes de rhétorique supérieure, spécialement réservées à cette préparation. La plupart, cependant, ne sont que de simples subdivisions des classes de rhétorique. Seuls quelques-unes sont autonomes. Les plus importantes de ces Khâgnes, et de très loin, sont celles de Louis-le-Grand et d’Henri IV, qui sont subdivisées en deux années, hypokhâgnes et khâgnes, dès le début du XXe siècle. Si ces classes ont un rayonnement notable – on songe à l’influence d’Alain, qui enseigne longtemps la philosophie dans la khâgne d’Henri IV- en formant l’élite littéraire, elles pèsent peu au point de vue numérique avant les années 1960. Quand aux classes préparatoires économiques et commerciales, leur origine est beaucoup plus récente. Si les premières grandes écoles de commerce sont créées à la fin du XIXe siècle, le système de recrutement par concours ne se met en place qu’au siècle suivant et la préparation est assurée pour l’essentiel par l’enseignement privé. C’est seulement après 1970 que se multiplient les prépas HEC dans les lycées. La croissance a été fulgurante à partir de 1980. Le système des classes préparatoires est lié à celui des grandes écoles recrutant sur concours, qui prend véritablement naissance à la fin du XIXe siècle avant de se développer au siècle suivant. La réorganisation d’ensemble des écoles d’ingénieurs autour de la question du diplôme, dans les années 1930, favorise son expansion progressive. Au terme d’un long travail d’homogénéisation et de différentiation, qui dure une trentaine d’années, ces écoles s’intègrent dans une pyramide dont les différents niveaux sont déterminés par le concours. L’extension après 1945 du principe méritocratique à l’ensemble des carrières administratives et économiques supérieures, avec la création de l’ENA et le développement des grandes écoles de commerce aboutit à la mise en place dans les années 1960 du système des grandes écoles tel qu’il existe encore aujourd’hui, et à celui des classes préparatoires qui en est l’appendice. On notera cependant qu’en dépit de tout, le nombre des préparationnaires à la fin des années 50 n’est pas supérieur à celui de la fin du XIXe siècle. Cette stagnation met en évidence un profond malthusianisme, qui n’est pas l’apanage d’ailleurs des grandes écoles et de leurs préparations mais qui caractérise, en fait, également l’enseignement secondaire, ou du moins celui des lycées, pendant les deux premiers tiers du XXe siècle. Je laisse à Christian Baudelot et ses complices le soin de nous éclairer sur l’évolution des classes préparatoires au cours du dernier tiers du XXe siècle. Ils sont beaucoup plus compétents que moi pour le faire. Je voudrais cependant pour terminer et avant de leur laisser la parole soulever quelques questions en me plaçant au point de vue de la longue durée. Les classes préparatoires constituent un élément d’un dispositif plus vaste, celui des grandes écoles, dont la pièce essentielle est le recrutement par concours. On a vu que ce mode de recrutement remonte à la fin du XVIIe siècle, quand est créé par Vauban un examen d’admission dans le corps des ingénieurs des fortifications. Depuis l’origine, on n’a cessé d’insister, avec plus ou moins de raisons, sur deux avantages de ce mode de sélection méritocratique : en écartant la recommandation, il est ouvert à tous, selon leurs talents et leur travail ; en obligeant tous les candidats à se préparer intensément, il assure une grande homogénéité de la formation. Au début du XIXe siècle, ce système a suscité l’admiration partout en Europe. Des écoles comme l’École polytechnique ou l’École centrale ont servi de modèles, imités dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis. Mais, il y a eu depuis un développement extraordinaire des universités. Aux États-Unis par exemple, les engineering schools et les business schools ont un statut universitaire. De même en Allemagne ou en Angleterre. Il n’existe pas de système de concours homogène. Les établissements sont beaucoup plus grands et profitent des synergies qu’offre l’intégration dans de vastes structures universitaires. Le MIT compte 20000 étudiants, contre 500 à peine pour l’École polytechnique qui voudrait se comparer à lui. En France, où l’enseignement universitaire s’est développé plus tard et plus faiblement, l’histoire a été différente. On est resté sur le modèle mis en place au début du XIXe siècle, pour la formation des élites scientifiques et techniques. On insiste souvent sur son degré d’excellence, qui est réel. On veut moins souvent voir ses défauts, qui sont évidents : étroitesse, auquel ne peuvent remédier ni l’explosion du nombre des classes prépas, ni l’harmonisation entre les écoles ; malthusianisme, qui reste celui d’une filière fortement hiérarchisée et isolée du système global de formation supérieure, élitisme, d’une formation financièrement avantagée, pour une population scolaire le plus souvent déjà favorisée socialement. Notre système des grandes écoles est typique d’un mal français : on s’illusionne pour ne rien changer. Si on veut remédier un jour aux faiblesses criantes de notre 6
    • enseignement supérieur, que tout le monde reconnaît, il faudra bien aussi réformer en profondeur notre système des grandes écoles et, avec lui, un système des classes préparatoires qui a aujourd’hui plus de deux siècles." Bruno Belhoste, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris X-Nanterre. 7