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Classe prépa: étudiants en surrégime - Les Echos
 

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    Classe prépa: étudiants en surrégime - Les Echos Classe prépa: étudiants en surrégime - Les Echos Document Transcript

    • Tous droits réservés ­ Les Echos 2010 23/2/2010 P.11 LES STRATÉGIES ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR Classes préparatoires : ces étudiants en surrégime Opter pour un cursus Enfin, la pression qu’imposent d’excellence – classe les parents peut paralyser. Car il préparatoire, en particulier existe souvent une forte attente – n’est pas forcément de de la famille. « Lorsque l’enfant tout repos. Efforts intensifs, est chargé par ses parents de la mission de réussir, il a le senti- vie monacale, difficultés ment d’une dette à leur égard. psychologiques… C’est un gros facteur de stress », Tel est parfois le tribut explique Patrice Huerre. Il faut de la réussite scolaire. tenir ainsi deux ans, ou trois. M anque de sommeil, La prépa, et après ? stress, loisirs sacrifiés, Une fois le concours en poche, la estime de soi en com- pression est souvent moins forte. pote… Suivre un cursus presti- Mais c’est un autre type de pro- IMAGE SOURCE gieux n’est pas toujours une si- blèmes qui surgit. « On leur a dit nécure. Alors que la période de que la grande école, c’était génial. l’orientation bat son plein, Une fois intégrés, ils se retrouvent mieux vaut le savoir. La classe parfois déçus, raconte Sophie préparatoire, notamment, où Surmenage, mauvaise alimentation et manque d’exercice physique Monvoisin-Josselin, psycholo- l’effort est particulièrement in- peuvent mener l’étudiant à douter de lui-même et à décrocher. gue et alcoologue à la résidence tense, semble concentrer les dif- des élèves de Centrale Paris. Le ficultés. littéraires. Souvent, seule la soi- doit gérer ses priorités, ce qu’il rythme, les contraintes sont Certes, tous les préparation- rée du samedi est préservée n’a pas appris au lycée. Com- moins fortes qu’en prépa. Il faut naires ne sont pas au bord de la – mais pas toujours. « Et il y a ment faire des choix entre les aussi se spécialiser, choisir des rupture. « La plupart des élèves une différence entre savoir tout leçons, les exercices, les révi- modules. Surgissent alors des vont bien. Mais la prépa révèle les cela et l’éprouver », insiste Pa- sions ? Un casse-tête. Du coup, questions existentielles, identitai- fragilités », indique Dominique trice Huerre, psychiatre des hô- certains ont des emplois du res. » En témoigne Victor Saint- Monchablon, médecin chef de pitaux, spécialiste de l’adoles- temps anarchiques, mangeant Pè re, v i ng t e t u n a n s, e n service au Relais étudiants ly- cence et auteur de « La prépa mal, à toute heure, négligeant deuxième année à AgroParis- céens (Fondation santé des étu- sans stress ! » (Hachette, 2009). toute activité physique, consom- Tech : « Je vais bientôt entrer diants de France). Cette struc- De surcroît, il est quasi impossi- mant des excitants, des tranquil- dans la vie active, mais je ne sais ture parisienne accompagne 300 ble de finir le programme. Résul- lisants ou du cannabis. Et délais- pas qui je suis. Quel sera mon jeunes par an, dont 50 % vien- tat, les plus « bûcheurs » en per- sant toute vie sentimentale ou métier ? Qu’est-ce que je vais ap- nent des prépas. Parmi ces der- dent leur latin. Et souffrent de relationnelle. porter ? Qu’est-ce qui est impor- niers, 20 % s’avèrent vulnérables devoir survoler des points. S’ajoute à cela le choc des no- tant pour moi chez les autres ? » à l’angoisse et à la dépression. tes. En prépa, un ex-bon élève de Quelques-uns connaissent des Les autres ressentent soit un in- La spirale du stress terminale peut récolter un 2/20. troubles régressifs et plongent confort psychologique passager, Par ailleurs, beaucoup d’élèves L’as du « bachot » se retrouve dans l’anorexie ou la boulimie. soit une souffrance plus durable. optent pour la stratégie du « tra- parfois dans les derniers. Sans Parfois, aussi, apparaît un phé- A ce mal-être, plusieurs rai- vailler plus ». « Mais elle ne se compter les remarques humi- nomène de décompensation, sons. Primo, la brutalité du traduit pas toujours dans les ré- liantes des profs. « Ceci conduit à après ces années d’ascèse et de changement de rythme et de re- sultats. S’enclenche alors une spi- une dévaluation de soi, constate surchauffe. Certains élèves ces- pères. Rien n’est pareil à la se- rale négative : ils rognent sur Catherine Giraud, psychologue sent de travailler, ou ne s’impli- conde ou à la terminale. En gros, leurs loisirs et leurs nuits, devien- clinicienne à AgroParisTech. quent que dans les activités as- il faut compter 33 heures de nent donc plus fatigués, vulnéra- C’est une blessure narcissique sociatives. D’autres se lâchent cours par semaine et autant de bles au stress, décrit Dominique pour ceux qui se sont construits carrément, notamment lors de travail personnel – jusqu’à mi- Monchablon. Et en décembre, ils sur l’évaluation scolaire. » De soirées parfois très arrosées. Une nuit en semaine. Avec des colles, sont à bout de ressources. » quoi semer le doute dans les es- crise de post-adolescence, en des devoirs sur table à répétition Autre difficulté, la course effré- prits – au point que certains son- quelque sorte ! et des concours blancs pour les née après le temps. L’étudiant gent à décrocher. MARIE-MADELEINE SÈVE