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    Descartes Descartes Presentation Transcript

    • RENÉ DESCARTES (1596-1650) - Philosophie des sciences & de l’esprit - Discours de la méthode La Dioptrique Les Météores Méditations métaphysiques Les principes de la philosophie Les passions de l’âme Pierre Baribeau (2011)
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «Le jeune Descartes avait apporté en venant au Collège une passion plus qu’ordinaire pour apprendre les sciences, et cette passion se trouvant appuyée d’un esprit solide, mais vif et déjà tout ouvert, il répondit toujours avantageusement aux intentions de son père et aux soins de ses maîtres. […] Ayant un bon naturel et une humeur facile et accommodante, il ne fut jamais sans gêne dans la soumission parfaite qu’il avait pour la volonté de ses Régents et de ses Préfets: et l’assiduité scrupuleuse qu’il apportait à ses devoirs de classe et de chambre ne lui coûtait rien […] La logique, qu’il avait étudiée pendant tout l’hiver précédent, était de toutes les parties, de la philosophie celle à laquelle il a témoigné depuis avoir donné le plus d’application dans le Collège.»
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «M. Descartes fut encore moins satisfait de la Physique et de la Métaphysique qu’on lui enseigna l’année suivante, qu’il ne l’avait été de la Logique et de la Morale […] On le fit passer ensuite à l’étude des mathématiques, auxquelles il donna la dernière année de son séjour à la Flèche: et il semble que cette étude devait être pour lui la récompense de celles qu’il avait faites jusqu’alors. Le plaisir qu’il y prit le paya avec usure des peines que la Philosophie scolastique lui avait données; et les progrès qu’il y fit ont été si extraordinaires, que le Collège de la Flèche s’est acquis par son moyen la gloire d’avoir produit le plus grand Mathématicien que Dieu eût encore mis au jour […] Étant encore à la Flèche, il s'était formé une méthode singulière de …»
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «…disputer en Philosophie, qui ne déplaisait pas au Père Charlet, Recteur du Collège, son directeur particulier, ni au Père Dinet son Préfet, quoiqu'elle donnât un peu d'exercice à son Régent. Lorsqu'il était question de proposer un argument dans la dispute, il faisait d'abord plusieurs demandes touchant les définitions des noms. Après, il voulait savoir ce que l'on entendait par certains principes reçus dans l'école. Ensuite, il demandait si l'on ne convenait pas de certaines vérités connues, dont il faisait demeurer d'accord : d'où il formait enfin un seul argument, dont il était fort difficile de se débarrasser. […] Il ne se défit jamais de sa méthode dans la suite, mais il se contenta de la perfectionner […] Il passa le reste de l’hiver et le carême sur les …»
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «…frontières de Bavière dans ses irrésolutions, se croyant bien délivré des préjugés de son éducation et des livres, et s'entretenant toujours du dessein de bâtir tout de neuf. Mais quoique cet état d'incertitude dont son esprit était agité, lui rendît les difficultés de son dessein plus sensibles que s'il eût pris d'abord sa résolution, il ne se laissa jamais tomber dans le découragement. Il se soutenait toujours par le succès avec lequel il savait ajuster les secrets de la Nature aux règles de la Mathématique à mesure qu'il faisait quelque nouvelle découverte dans la Physique. […] Il entreprit donc de voyager dans ce qu’il lui restait à voir des pays du Nord […] Ce qu’il entreprenait n’était dans le fond qu’une continuation de voyages qu’il voulait faire, sans s’assujettir …»
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «…dorénavant à suivre les armées, parce qu’il croyait avoir suffisamment envisagé et découvert le genre humain par l’endroit de ses hostilités. Il avait toujours parlé de sa profession militaire, d'une manière si indifférente et si froide, qu'on jugeait aisément qu'il considérait ses campagnes comme de simples voyages, et qu'il ne se servait de la bandoulière que comme d'un passeport qui lui donnait accès jusqu'au fond des tentes et des tranchées, pour mieux satisfaire sa curiosité. […] Peu de temps après que M. Descartes fut arrivé à Paris, il se tint une assemblée de personnes savantes et curieuses chez le Nonce du Pape […] Il fit un grand discours pour réfuter la manière d’enseigner la Philosophie qui est ordinaire dans l’École. Il proposa même un …»
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «…Système assez suivi de la Philosophie qu’il prétendait établir, et qu’il voulait passer pour nouvelle. L’agrément dont il accompagna son discours imposa tellement à la compagnie qu’il en reçut des applaudissements presque universels. […] Il ajouta que lorsqu'on a affaire à des gens assez faciles pour vouloir bien se contenter du vraisemblable, comme venait de faire l'illustre compagnie devant laquelle il avait l'honneur de parler, il n'était pas difficile de débiter le faux pour le vrai, et de faire réciproquement passer le vrai pour le faux à la faveur de l'apparent. Pour en faire l'épreuve sur le champ, il demanda à l'assemblée que quelqu'un de la compagnie voulût prendre la peine de lui proposer telle vérité qu'il lui plairait, et qui fût du nombre de…»
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «…celles qui paraissent les plus incontestables. On le fit, et avec douze arguments tous plus vraisemblables l'un que l'autre, il vint à bout de prouver à la compagnie qu'elle était fausse. Il se fit ensuite proposer une fausseté de celles que l'on a coutume de prendre pour les plus évidentes, et par le moyen d'une douzaine d'autres arguments vraisemblables, il porta ses auditeurs à la reconnaître pour une vérité plausible. L'assemblée fut surprise de la force et de l'étendue de génie que M. Descartes faisait paraître dans ses raisonnements: mais elle fut encore plus étonnée de se voir si clairement convaincue de la facilité avec laquelle notre esprit devient la dupe de la vraisemblance. […] On lui demanda ensuite s'il ne connaissait pas quelque moyen infaillible…»
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «…pour éviter les sophismes. Il répondit qu'il n'en connaissait point de plus infaillible que celui dont il avait coutume de se servir, ajoutant qu'il l'avait tiré du fond des Mathématiques, et qu'il ne croyait pas qu'il y eût de vérité qu'il ne pût démontrer clairement avec ce moyen suivant ses propres principes. Ce moyen n'était autre que sa règle universelle, qu'il appelait autrement sa Méthode naturelle, sur laquelle il mettait à l'épreuve toutes sortes de propositions de quelque nature et de quelque espèce qu'elles pussent être. […] Le Cardinal de Bérulle sur tous les autres goûta merveilleusement tout ce qu'il en avait entendu, et pria M. Descartes qu'il pût l'entendre encore une autrefois sur le même sujet en particulier. M. Descartes sensible à l'honneur qu'il recevait d'une …»
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «…proposition si obligeante lui rendit visite peu de jours après, et l'entretint des premières pensées qui lui étaient venues sur la Philosophie, après qu'il se fut aperçu de l'inutilité des moyens qu'on emploie communément pour la traiter. Il lui fit entrevoir les suites que ces pensées pourraient avoir si elles étaient bien conduites, et l'utilité que le Public en retirerait si l'on appliquait sa manière de philosopher à la Médecine et a la Mécanique, dont l'une produirait le rétablissement et la conservation de la santé, l'autre la diminution et le soulagement des travaux des hommes. Le Cardinal n'eut pas de peine à comprendre l'importance du dessein : et le jugeant très propre pour l'exécuter, il employa l'autorité qu'il avait sur son esprit pour le porter à …»
    • BIOGRAPHIE DE DESCARTES
      • «…entreprendre ce grand ouvrage. Il lui en fit même une obligation de conscience, sur ce qu'ayant reçu de Dieu une force et une pénétration d'esprit avec des lumières sur cela qu'il n'avait point accordées à d'autres, il lui rendrait un compte exact de l'emploi de ses talents, et serait responsable devant ce Juge souverain des hommes du tort qu'il ferait au genre humain en le privant du fruit de ses méditations. Il alla même jusqu'à l'assurer qu'avec des intentions aussi pures et une capacité d'esprit aussi vaste que celle qu'il lui connaissait, Dieu ne manquerait pas de bénir son travail et de le combler de tout le succès qu'il en pourrait attendre. […]»
      • Source: «La vie de Monsieur Descartes», Le Père Adrien Baillet (1693)
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • La doctrine cartésienne:        
      • L'on peut diviser arbitrairement l'œuvre de Descartes en diverses parties : philosophie, métaphysique, physique, biologie et enfin morale. Dans chacune d'elles, la méthode appliquée par Descartes est identique: elle se fonde sur le doute, qui doit permettre d'atteindre la vérité.
      • Objet et méthode de la philosophie:
      • Ouvrant la voie à la philosophie moderne, Descartes a fait des idées le véritable objet de la connaissance philosophique. C'est par elles, affirme-t-il, que l'esprit connaît les choses : certes, les idées ne se trouvent que dans l'esprit, mais elles ont la propriété de représenter les choses qui sont hors de l'esprit.
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • Conquête de la vérité:
      • La philosophie est l'étude de la sagesse. Comme les conquistadores s'élançaient vers des terres inconnues, Descartes prend hardiment la route qui doit le conduire à des vérités nouvelles, à la vérité universelle. Consacrer sa vie à la vérité est pour lui la meilleure des occupations, la plus digne de l'homme. À la fin de ses études, il s'était trouvé embarrassé de doutes et d'erreurs ; certes, les mathématiques l'avaient séduit par l'évidence de leurs raisons, mais la philosophie et les sciences qui en dépendent n'atteignent, estime Descartes, que le vraisemblable et ne sont par conséquent d'aucune utilité. Cette philosophie spéculative doit céder la place à une philosophie …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … pratique, qui nous permettra d'utiliser les forces naturelles et ainsi de «nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature». Alors les hommes pourront jouir, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y rencontrent ; ils pourront conserver la santé et peut-être même «s'exempter de l'affaiblissement de la vieillesse» ; enfin, l'esprit dépend si fort du tempérament qu'ils deviendront, grâce à la médecine, plus sages et plus habiles. Ainsi, la sagesse, dont la philosophie est l'étude, n'est autre que la «parfaite connaissance de toutes les choses que l'homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l'invention de tous les arts». «Toute la philosophie est comme un arbre dont les …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les trois branches principales la médecine, la mécanique et la morale.» Selon Descartes, «le bon sens est la chose du monde la mieux partagée», ainsi que le proclame la sentence qui ouvre le Discours de la méthode. Comment parvenir à la vérité ? Par le «bon sens» ou la raison, qui distingue l'homme de l'animal, et qui est justement «la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d'avec le faux». La raison comporte deux facultés : l'intuition, «lumière naturelle», «instinct intellectuel» qui saisit immédiatement son objet, et la déduction par laquelle «nous comprenons toutes les choses qui sont la conséquence de certaines autres». Le mathématicien, par exemple, connaît par intuition ces …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … «natures simples» que sont la figure, la grandeur, le lieu, le temps, etc. ; ou bien des vérités indubitables comme : un globe n'a qu'une surface ; ou enfin le lien entre deux vérités : entre 1 + 3 = 4, 2 + 2 = 4, d'une part, 1 + 3 = 2 + 2 d'autre part. Les mathématiques nous montrent aussi combien la déduction est différente du syllogisme; à la stérilité du syllogisme, qui sert plutôt à enseigner qu'à apprendre, s'oppose en effet la fécondité de la déduction, qui détermine la nature d'une chose inconnue au moyen de ses relations avec les choses connues : ainsi, l'on calcule un terme d'une progression, ou l'inconnue d'une équation.
      • Les quatre préceptes:
      • Le Discours de la méthode simplifie la logique, ramenée à quatre…
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … préceptes fondamentaux. «Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle.» À l'autorité d'Aristote, Descartes substitue celle de la raison, c'est-à-dire le libre examen ; certes, l'intuition ni la déduction ne s'apprennent ; ce que prescrit Descartes, c'est d'apprendre à n'employer qu'elles. L'évidence qu'elles procurent consiste dans la clarté et la distinction des idées : une idée est claire quand elle est présente et manifeste à un esprit attentif ; elle est distincte quand l'esprit voit si bien ce qu'elle contient qu'il la distingue nécessairement de toute autre. Les notions complexes deviennent claires et distinctes lorsqu'on les réduit à leurs éléments. D'où le deuxième précepte : «… diviser chacune des …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour les mieux résoudre» ; ainsi le mathématicien dégage les «natures simples» et l'«absolu» d'un problème, c'est-à-dire la condition dernière de sa solution : il trouve, par exemple, autant d'équations que de lignes inconnues. Inséparable du second, le troisième précepte est «de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusques à la connaissance des plus composés» ; ainsi, Descartes, dans ses recherches mathématiques, commence par les questions «les plus simples et les plus générales» et triomphe à la fin de plusieurs «qu'il …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … avait jugées autrefois très difficiles» Car il a suivi «le vrai ordre» et, de plus, «dénombré exactement toutes les circonstances» de ce qu'il cherchait, c'est-à-dire découvert tout ce qui était nécessaire et suffisant pour résoudre les questions ; si, par exemple, on veut étudier les sections coniques, il faut et il suffit que l'on tienne compte des trois cas possibles : le plan qui coupe le cône est perpendiculaire, parallèle ou oblique à son axe ; tel est, semble-t-il, le sens du dernier précepte : «… faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales que je fusse assuré de ne rien omettre».
      • Physique et métaphysique:
      • Envisagée dans son ensemble, la «méthode» cartésienne est une …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … méthode de raisonnement pur, dont le modèle est fourni par la déduction mathématique. Précisons qu'elle ne sera pas appliquée tout à fait de la même manière à la métaphysique et à la physique : d'une part, en effet, on ne saurait découvrir en métaphysique de rapports quantitatifs ; d'autre part, l'expérience est indispensable en physique. Descartes physicien fera une place à la méthode expérimentale, comme on le verra plus loin.
      • La métaphysique:
      • Rappelons-nous l'image de l'arbre, dont les racines sont la métaphysique. Descartes suit la tradition, qui veut que les principes des sciences soient tous «empruntés de la philosophie»; il fait de celle-ci, entendue…
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … au sens de «philosophie première», le fondement de la physique. Pour connaître le monde matériel, il faut d'abord connaître ces réalités immatérielles que sont l'âme et Dieu. Une telle connaissance est à notre portée, si nous réussissons à élever notre esprit «au-delà des choses sensibles», si nous ne confondons pas l'intelligible avec l'imaginable ; l'erreur de la scolastique a été précisément d'admettre cette maxime qu'«il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait premièrement été dans le sens», «où toutefois il est certain que les idées de Dieu et de l'âme n'ont jamais été».
      • Le doute méthodique:
      • Des doutes qui l'embarrassaient à sa sortie du collège, Descartes va …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … extraire le moyen même d'arriver à la vérité ; il va rejeter en effet, comme absolument faux, tout ce en quoi il peut imaginer le moindre doute, afin de voir s'il ne restera point, après cela, quelque chose en sa créance qui soit entièrement indubitable. Reprenant les arguments classiques du scepticisme, il invoque les erreurs des sens et les illusions des songes pour rejeter toute connaissance d'origine sensible, y compris la croyance à l'existence du monde. Sa critique impitoyable n'épargne même plus les mathématiques. N'y a-t-il pas, en effet, des hommes qui se méprennent en raisonnant ? À cet argument du Discours s'ajoute, dans les Méditations, l'hypothèse extraordinaire d'un «malin génie» assez puissant pour changer la vérité à l'instant même où je la vois, …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … et faire ainsi que je me trompe quand, par exemple, j'additionne 2 et 3, ou que je nombre les côtés d'un carré. Tel est ce doute poussé à l'extrême, doute «hyperbolique» auquel échappent seulement les maximes d'une morale provisoire et les vérités de la foi : «… car je ne peux demeurer irrésolu en mes actions pendant que la raison m'oblige de l'être en mes jugements» ; quant aux vérités révélées, elles sont hors de discussion, puisqu'elles dépassent notre intelligence. Mais si les mathématiques sont incertaines, que devient la logique que l'on en avait tirée ? A-t-on maintenant le droit d'appliquer la «méthode», de considérer comme vraies les idées claires et distinctes ? À lire Descartes, on a d'abord l'impression que ce droit subsiste, puis on …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … s'aperçoit qu'une garantie lui est nécessaire.
      • L'existence de l'âme:
      • Pendant que je doute, pendant que je pense que tout est faux, il faut nécessairement que moi, qui le pense, sois quelque chose ; «Cogito, ergo sum» («Je pense, donc je suis»), telle est la première vérité, ferme et assurée, que je possède enfin ; l'affirmation du moi pensant — l'existence du monde étant encore un «problème» —, tel est le premier principe de la philosophie. La certitude de ce principe réside, notons-le, en ceci : «Je vois très clairement que, pour penser, il faut être» ; je peux donc généraliser, et prendre pour règle «que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies».
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • L'essence de l'âme:
      • Une autre conséquence résulte du Cogito : puisque je peux douter des choses matérielles et que le fait de mon existence est impliqué dans ce doute même, il est clair que je suis «une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser [le mot penser étant entendu par Descartes au sens large de conscience] et qui, pour être, n'a besoin d'aucun lieu ni ne dépend d'aucune chose matérielle. En sorte que ce moi, c'est-à-dire l'âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps». Il faut bien prendre garde que c'est là, non point une déduction, mais une constatation intuitive, qui équivaut à «Je pense, je suis, je me saisis en pensant». Le «donc» peut faire …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … illusion à un esprit non prévenu. Cette séparation radicale opérée par Descartes entre le corps et l'âme, la substance étendue et la substance pensante, se comprendrait avec peine si l'on ne se référait pas à la physique. La philosophie scolastique expliquait les phénomènes naturels par des «formes» analogues à l'âme ; la physique moderne, au contraire, regarde la matière comme «inerte» et explique les faits matériels par les faits matériels ; d'où l'idée, naturelle chez Descartes, de faire de l'âme et de la pensée, expulsées pour ainsi dire de la matière, un monde à part ; la physique mécaniste naissante exigeait une métaphysique spiritualiste qui fût rigoureusement dualiste. Considérée en elle-même, la démonstration de la spiritualité de l'âme…
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … nous semble aujourd'hui peu convaincante. Que prouve en effet le Cogito ? Que je peux concevoir clairement l'âme sans le corps ; pour passer de cette distinction dans la pensée à une distinction dans la réalité, il faut être bien persuadé que nos idées claires répondent à une réalité objective. Descartes, cependant, quand il traitera de la physique, sentira le besoin d'ajouter au raisonnement des preuves tirées de l'expérience ; le langage ni l'activité humaine ne peuvent être imités par des machines, ou par les animaux ; on est, dès lors, plus disposé à admettre que notre âme est immatérielle, et par là même — selon toute vraisemblance — immortelle.
      • L'existence de Dieu:
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • Le doute est une imperfection ; je vois clairement, en effet, que c'est une plus grande perfection de connaître que de douter. Mais d'où me vient cette idée de parfait ? Elle ne peut venir de moi, qui suis un être imparfait ; car la cause doit avoir au moins autant de réalité que son effet ; la cause de l'idée de parfait ne peut être que l'être parfait lui-même, c'est-à-dire Dieu. C'est un renouvellement de la preuve de saint Anselme. Je ne sais pas, il est vrai, la façon dont j'ai eu idée d'un Dieu. Remontant plus haut, je vais donc chercher quel peut être l'auteur de mon âme ; ce ne peut être moi-même, car je me serais donné toutes les perfections dont j'ai l'idée ; donc l'être qui m'a créé possède en effet toutes ces perfections : il est Dieu. Ces deux preuves …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … complémentaires semblent-elles trop compliquées ? On peut invoquer un autre argument, plus intuitif : l'existence de Dieu est comprise dans son essence, «en même façon qu'il est compris en celle d'un triangle que ses trois angles sont égaux à deux droits» ; l'existence, en effet, étant une perfection, l'Être parfait, qui possède toutes les perfections, possède nécessairement l'existence. Que l'existence ainsi «démontrée» soit une existence dans la pensée, et non une existence réelle, c'est ce qui ne paraît guère douteux (Kant montrera le vice de l'argument baptisé par lui «ontologique»). Le même idéalisme, la même identification du réel et de l'idée — due à l'emploi de la méthode mathématique — est d'ailleurs impliquée dans la première preuve, …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … qui repose sur ce postulat : l'idée de parfait est elle-même quelque chose de parfait.
      • L'essence de Dieu:
      • En prouvant Dieu par l'idée de parfait, «nous connaissons par le même moyen ce qu'il est, autant que le permet la faiblesse de notre nature». Ainsi, nous voyons qu'il est infini, éternel, immuable, tout connaissant, tout-puissant, source de toute bonté et vérité, créateur de toutes choses. Dieu est un être purement spirituel : car s'il était composé de deux natures, l'intelligente et la corporelle, il dépendrait de ses éléments, et toute dépendance est un défaut et contredit à la perfection.
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • La véracité divine nous assure par ailleurs, non seulement de la valeur des idées claires, mais de l'existence objective du monde. Nous croyons instinctivement à cette existence, et Dieu n'a pu vouloir que cet instinct nous égare. Prenons garde toutefois que les sens nous renseignent fort mal, non à vrai dire sur l'utilité des choses matérielles, mais sur leur nature ; les qualités sensibles d'un morceau de cire changent si l'objet devient liquide ou gazeux ; seule la raison, avec ses idées claires et distinctes, peut connaître les choses matérielles. Pour la théorie scolastique, les vérités que nous atteignons ici-bas sont des reflets des vraies essences que nous contemplerons dans l'entendement divin. Pour Descartes, il nous est loisible dès cette vie de connaître …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … parfaitement les vraies essences, les vérités éternelles, qui sont des créatures de Dieu. En celui-ci, l'entendement est subordonné à la volonté: «Si Dieu l'avait voulu, deux et deux ferait cinq, et il serait vertueux de tuer son frère.» En possession des premières vérités —  sans elles, «un athée ne peut être géomètre» —, nous pouvons déduire les principes de la physique et les lois de la nature. Toutefois, en raison de la finitude de notre entendement et de la complexité de la nature, il convient d'observer et d'analyser celle-ci, en remontant des effets aux causes.
      • Les animaux machines:
      • Assimilant la matière vivante à la matière brute, et refusant aux animaux…
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … la pensée, Descartes compare ces derniers aux «automates, ou machines mouvantes, que l'industrie des hommes peut faire». Certes, les animaux sont des pures machines, car ils sont incapables de parler, au plein sens du terme ; ils témoignent plus d'industrie que nous en quelques-unes de leurs actions, mais à la manière d'une horloge, qui mesure exactement le temps ; enfin, si on leur accordait une âme, il faudrait admettre, ou bien qu'elle est immortelle comme l'âme humaine, ou bien que celle-ci est mortelle comme l'âme des bêtes.  
      • Les fonctions du corps humain:
      • La raison est la seule chose qui nous distingue des bêtes. Car le corps …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … humain est, lui aussi, une machine. Le mouvement du cœur et des artères «suit aussi nécessairement de la seule disposition des organes qu'on peut voir à l'œil dans le cœur et de la chaleur qu'on y peut sentir avec les doigts, et de la nature du sang qu'on peut connaître par expérience, que fait celui d'une horloge, de la force, de la situation et de la figure de ses contrepoids et de ses roues». Les autres fonctions corporelles s'expliquent, elles aussi, comme des suites de ce «feu sans lumière» qui brûle continuellement dans le cœur ; par exemple, les parties «les plus agitées et les plus pénétrantes» du sang chauffé par le cœur composent les «esprits animaux», sorte de flamme très pure et très vive qui, circulant à l'intérieur des nerfs, vient produire les …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … mouvements des membres.
      • Double aspect de la biologie:
      • Si Descartes, dans sa biologie, continue en partie la scolastique en subordonnant l'expérience au raisonnement a priori, en conservant, d'autre part, certaines notions fantaisistes comme celles du feu cardiaque ou des esprits animaux, dans l'ensemble, cependant, il fait œuvre de novateur : il propage la grande découverte de Harvey, celle de la circulation du sang. Il l'explique d'ailleurs — contrairement à Harvey et contrairement aux faits — par la chaleur cardiaque : le cœur n'est pas pour lui une pompe, mais un thermosiphon. Il invite les physiologistes à se débarrasser des qualités occultes…
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … (âme végétative ou sensitive, faculté pulsifique, etc.), et à découvrir les phénomènes mécaniques ou physiques qui se passent dans la matière vivante ; est-il besoin d'ajouter que ce programme ne pouvait être rempli par un seul homme, surtout à une époque où les instruments nécessaires à l'observation, le microscope notamment, n'existaient pas encore ?  
      • La morale:
      • La psychophysiologie
      • «La plus haute et la plus parfaite morale» présuppose une entière …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … connaissance des autres sciences ; n'exige-t-elle pas, en effet, une entière connaissance de l'homme et des rapports qu'il entretient avec le monde et avec Dieu ?
      • L'union de l'âme et du corps:
      • Or, la métaphysique nous fait connaître l'âme, et la physique le corps humain ; mais nous ne saurions comprendre les sentiments et les appétits, reconstituer le «vrai homme», si nous ne supposions pas que l'âme est jointe et unie étroitement avec le corps ; ainsi le corps agit sur l'âme dans la sensation et la passion, et l'âme sur le corps dans l'acte…
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … volontaire. Conception obscure, certes, puisqu'il n'y a rien de commun entre leurs deux natures ; seule la toute-puissance de Dieu peut expliquer cette union. L'âme est liée au corps par l'intermédiaire de la glande pinéale. Celle-ci est mue par les «esprits animaux» qui sont projetés vers elle, quand les objets extérieurs frappent nos sens ; ces mouvements de la glande peuvent d'ailleurs se reproduire, en l'absence de tout objet, par suite des traces que les esprits ont laissées dans le cerveau.
      • Passions et volonté:
      • Dans les dernières années de sa vie, Descartes relègue au second plan la métaphysique et les sciences spéculatives pour explorer plus à fond…
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … la sphère de l'union de l'âme et du corps et pour esquisser ainsi une morale qui n'a assurément pas la forme ni même la cohérence qu'il avait conçues pour elle. Les lettres de Descartes à la princesse Élisabeth (écrites à partir de 1643) permettent de voir cette morale s'organiser progressivement, en intégrant de nombreux éléments des morales de l'Antiquité, mais ajustés à la philosophie cartésienne de telle sorte qu'ils en expriment aussi la signification essentielle. À cette occasion, Descartes est amené à composer les Passions de l'âme , traité publié au début de 1649, dans lequel il cherche à expliquer «en physicien» et non en moraliste les différentes façons dont le corps peut, par le mécanisme indépendant de ses fonctions, engendrer dans …
    • LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
      • … l'âme des passions, c'est-à-dire des émotions qui l'agitent et l'ébranlent. Les passions sont produites par quelque agitation des esprits ; toutes sont des variantes ou des combinaisons des six passions primitives : admiration (étonnement), amour et haine, joie et tristesse, désir. La volonté peut contrarier leur libre jeu en dirigeant, par exemple, l'attention vers un objet contraire à celui de la passion ; par là même, elle n'ajoute rien aux mouvements de la glande pinéale, mais elle change leur direction et, par suite, influe sur le cours des esprits. Cette influence est sans limites, car notre volonté est infinie, c'est-à-dire absolument libre : nous en avons le sentiment, et, de plus, l'existence même de l'erreur prouve le libre arbitre ; l'erreur ne consiste-t-elle pas à faire mauvais usage de la liberté en adhérant à des idées obscures et confuses ?
    • RÉSUMÉ DES CHAPITRES
      • [ 1 ] Selon Descartes, il est très difficile de départager le vrai du faux par la spéculation. Semé de nombreux doutes sur la valeur de ses connaissances après ses études, il décide de sonder le monde selon quatre préceptes, méthode personnelle inspirée de l’arithmétique, source sûre de connaissances selon lui qui peut s’étendre à l’ensemble des connaissances possibles. Après une longue réflexion et un doute soutenu sur l’existence véritable du monde, il trouve enfin un principe solide qui peut lui servir de point de départ pour sa recherche de la vérité. Son cogito: «Je suis, j’existe» lui procure la certitude que sa propre pensée, outil pour sonder la réalité, ne peut le tromper. Cette caractéristique proprement humaine et immortelle, l’âme, distingue l’homme de l’animal, qui en est dépourvu.
    • RÉSUMÉ DES CHAPITRES
      • [ 2 ] De tous les sens qui nous permettent de sentir les formes du monde, la vue est sans doute le plus important. L’usage de la lunette astronomique nous permet dorénavant de regarder vers les astres du ciel, de délaisser la spéculation des anciens pour parvenir à une meilleure compréhension de la nature. Essentiellement, dans ce traité mécaniste, Descartes tente de décrire le rapport qu’entretient l’œil avec la lumière.
      • [ 3 ] En essayant de se dissocier de l’interprétation divine des anciens et de leurs illustres philosophes naturalistes, Descartes tente d’expliquer le véritable fonctionnement des phénomènes climatiques dans ce traité qui fait figure d’ancêtre de la météorologie.
    • RÉSUMÉ DES CHAPITRES
      • [ 4 ] Descartes le métaphysicien tente de sonder les principes de la réalité en posant des questions pertinentes: comment puis-je distinguer le rêve de l’état d’éveil? À partir de là, comment puis-je distinguer la réalité de l’illusion? Il suppose que le Dieu de l’univers, substance infinie, indépendante de la matière et infiniment bon ne peut vouloir nous tromper. Il pousse ensuite le doute à son paroxysme avec son exemple du malin génie, divinité insidieuse qui pourrait essayer de le tromper à chaque instant. Même s’il y parvenait, cependant il ne pourrait jamais le faire douter de sa propre existence. Je suis, j’existe est nécessairement vrai. Que suis-je? Une chose qui pense c’est-à-dire qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut et qui ne veut pas et qui sent. En somme, pour Descartes, le doute et l’erreur sont des faiblesses de notre nature.
    • RÉSUMÉ DES CHAPITRES
      • -[ 5 ] Descartes énonce et résume les principes de sa philosophie rationaliste qui inaugure l’époque moderne en rupture avec la tradition médiévale.
      • -[ 6 ] Selon Descartes, les anciens se sont souvent trompés concernant les passions de l’âme. Il prend l’initiative de recommencer à zéro la recherche de leur nature. Il propose d’examiner la différence entre les attributs de l’âme et les attributs du corps. Il y a des passions qui s’apparentent à l’âme et d’autres qui s’apparentent au corps. Descartes énonce l’existence des esprits animaux, corps très petits voyageant dans le sang qui sont responsables des mouvements, des sens et de la chaleur du corps. Enfin, il présume que la connexion de l’âme et du corps s’opère dans la glande pinéale dans le cerveau, seule partie du corps qui ne soit pas double.
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. […] la raison, ou le sens, d'autant qu'elle est la seule chose qui nous rend hommes, et nous distingue des bêtes […]»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «Mais je ne craindrai pas de dire que je pense avoir eu beaucoup d'heur, de m'être rencontré dès ma jeunesse en certains chemins, qui m'ont conduit à des considérations et des maximes, dont j'ai formé une méthode, par laquelle il me semble que j'ai moyen d'augmenter par degrés ma connaissance, et de l'élever peu à peu au plus haut point, auquel la médiocrité de mon esprit et la courte durée de ma vie lui pourront permettre d'atteindre. Car j'en ai déjà recueilli de tels fruits, qu'encore qu'aux jugements que je fais de moi-même, je tâche toujours de pencher vers le côté de la défiance, plutôt que vers celui de la présomption […] Toutefois il se peut faire que je me trompe, et ce n'est peut-être qu'un peu de cuivre et de verre que je prends pour de l'or et des diamants. […] J'ai été nourri aux lettres dès mon enfance, et parce qu'on me persuadait que, par leur moyen, on pouvait acquérir une …»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…connaissance claire et assurée de tout ce qui est utile à la vie, j'avais un extrême désir de les apprendre. Mais, sitôt que j'eus achevé tout ce cours d'études, au bout duquel on a coutume d'être reçu au rang des doctes, je changeai entièrement d'opinion. Car je me trouvais embarrassé de tant de doutes et d'erreurs, qu'il me semblait n'avoir fait autre profit, en tâchant de m'instruire, sinon que j'avais découvert de plus en plus mon ignorance. […] Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons; mais je ne remarquais point encore leur vrai usage, et, pensant qu'elles ne servaient qu'aux arts mécaniques, je m'étonnais de ce que, leurs fondements étant si fermes et si solides, on n'avait rien bâti dessus de plus relevé. Je révérais notre théologie, et prétendais, autant qu'aucun autre, à gagner le ciel; mais ayant appris, comme chose…»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…très assurée, que le chemin n'en est pas moins ouvert aux plus ignorants qu'aux plus doctes, et que les vérités révélées, qui y conduisent, sont au-dessus de notre intelligence, je n'eusse osé les soumettre à la faiblesse de mes raisonnements, et je pensais que, pour entreprendre de les examiner et y réussir, il était besoin d'avoir quelque extraordinaire assistance du ciel, et d'être plus qu'homme. […] Puis, pour les autres sciences, d'autant qu'elles empruntent leurs principes de la philosophie, je jugeais qu'on ne pouvait avoir rien bâti, qui fût solide, sur des fondements si peu fermes. […] Et enfin, pour les mauvaises doctrines, je pensais déjà connaître assez ce qu'elles valaient, pour n'être plus sujet à être trompé, ni par les promesses d'un alchimiste, ni par les prédictions d'un astrologue, ni par les impostures d'un magicien, ni par les artifices ou la vanterie d'aucun de ceux qui…»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…font profession de savoir plus qu'ils ne savent. […] Mais après que j'eus employé quelques années à étudier ainsi dans le livre du monde et à tâcher d'acquérir quelque expérience, je pris un jour résolution d'étudier aussi en moi-même, et d'employer toutes les forces de mon esprit à choisir les chemins que je devais suivre. Ce qui me réussit beaucoup mieux, ce me semble, que si je ne me fusse jamais éloigné, ni de mon pays, ni de mes livres. […] Et comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices, en sorte qu'un État est bien mieux réglé lorsque, n'en ayant que fort peu, elles y sont fort étroitement observées; ainsi, au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j'aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle : c'est-à-dire, d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute. Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusques à la connaissance des plus composés; et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres. Et le dernier, de faire partout des dénombrements…»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. […] Ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir, pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations, m'avaient donné occasion de m'imaginer que toutes les choses, qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, s'entre-suivent en même façon et que, pourvu seulement qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, et qu'on garde toujours l'ordre qu'il faut pour les déduire les unes des autres, il n'y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu'on ne découvre. il n'y a eu que les seuls mathématiciens qui ont pu trouver quelques démonstrations, c'est-à-dire quelques raisons certaines et évidentes, je ne doutais point que ce ne fût par les mêmes qu'ils ont examinées; bien que je n'en …»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…espérasse aucune autre utilité, sinon qu'elles accoutumeraient mon esprit à se repaître de vérités, et ne se contenter point de fausses raisons. Car enfin la méthode qui enseigne à suivre le vrai ordre, et à dénombrer exactement toutes les circonstances de ce qu'on cherche, contient tout ce qui donne de la certitude aux règles d'arithmétique. […] La première était d'obéir aux lois et aux coutumes de mon pays, retenant constamment la religion en laquelle Dieu m'a fait la grâce d'être instruit dès mon enfance, et me gouvernant, en toute autre chose, suivant les opinions les plus modérées, et les plus éloignées de l'excès, qui fussent communément reçues en pratique par les mieux sensés de ceux avec lesquels j'aurais à vivre. Car, commençant dès lors à ne compter pour rien les miennes propres, à cause que je les voulais remettre toutes à l'examen, j'étais assuré de ne pouvoir mieux que…»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…de suivre celles des mieux sensés. […] Ma seconde maxime était d'être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m'y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées. […] Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde; et généralement, de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est, au regard de nous, absolument impossible. Enfin, pour conclusion de cette morale, je m'avisai de faire une revue sur les diverses occupations qu'ont les hommes en cette vie, pour tâcher à faire choix de la meilleure; …»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…et sans que je veuille rien dire de celles des autres, je pensai que je ne pouvais mieux que de continuer en celle-là même où je me trouvais, c'est-à-dire, que d'employer toute ma vie à cultiver ma raison, et m'avancer, autant que je pourrais, en la connaissance de la vérité, suivant la méthode que je m'étais prescrite. […] Après m'être ainsi assuré de ces maximes, et les avoir mises à part, avec les vérités de la foi, qui ont toujours été les premières en ma créance, je jugeai que, pour tout le reste de mes opinions, je pouvais librement entreprendre de m'en défaire. Je ne sais si je dois vous entretenir des premières méditations que j'y ai faites; car elles sont si métaphysiques et si peu communes, qu'elles ne seront peut-être pas au goût de tout le monde. Et toutefois, afin qu'on puisse juger si les fondements que j'ai pris sont assez fermes, je me trouve en quelque façon contraint d'en parler.»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «J'avais dès longtemps remarqué que, pour les moeurs, il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu'on sait fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables, ainsi qu'il a été dit ci-dessus; mais, parce qu'alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu'il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse, comme absolument faux, tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute afin de voir s'il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma créance, qui fût entièrement indubitable . […] considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir, quand nous dormons, sans qu'il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, …»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. Puis, examinant avec attention ce que j'étais, et voyant que je pouvais feindre que je n'avais aucun corps, et qu'il n'y avait aucun monde, ni aucun lieu où je fusse; mais que je ne pouvais pas feindre, pour cela, que je n'étais point; et qu'au contraire, de cela même que je pensais à douter de la vérité des autres choses, il suivait très évidemment et très certainement que j'étais; au lieu que, si j'eusse seulement cessé de penser, encore que tout le reste de ce que…»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…j'avais jamais imaginé eût été vrai, je n'avais aucune raison de croire que j'eusse été : je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser, et qui, pour être, n'a besoin d'aucun lieu, ni ne dépend d'aucune chose matérielle. En sorte que ce moi, c'est-à-dire l'âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu'elle est plus aisée à connaître que lui, et qu'encore qu'il ne fût point, elle ne laisserait pas d'être tout ce qu'elle est. […] Après cela, je considérai en général ce qui est requis à une proposition pour être vraie et certaine; car, puisque je venais d'en trouver une que je savais être telle, je pensai que je devais aussi savoir en quoi consiste cette certitude. Et ayant remarqué qu'il n'y a rien du tout en ceci : je pense, donc je suis, qui m'assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clairement que, pour …»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…penser, il faut être : je jugeai que je pouvais prendre pour règle générale, que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies; mais qu'il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement. […] Je voulus chercher, après cela, d'autres vérités, et m'étant proposé l'objet des géomètres, que je concevais comme un corps continu, ou un espace indéfiniment étendu en longueur, largeur et hauteur ou profondeur, divisible en diverses parties, qui pouvaient avoir diverses figures et grandeurs, et être mues ou transposées en toutes sortes, car les géomètres supposent tout cela du leur objet, je parcourus quelques-unes de leurs plus simples démonstrations. Et ayant pris garde que cette grande certitude, que tout le monde leur attribue, n'est fondée que sur ce qu'on les conçoit évidemment, …»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…suivant la règle que j'ai tantôt dite, je pris garde aussi qu'il n'y avait rien du tout en elles qui m'assurât de l'existence de leur objet. […] Mais ce qui fait qu'il y en a plusieurs qui se persuadent qu'il y a de la difficulté à le connaître, et même aussi à connaître ce que c'est que leur âme, c'est qu'ils n'élèvent jamais leur esprit au delà des choses sensibles, et qu'ils sont tellement accoutumés à ne rien considérer qu'en l'imaginant, qui est une façon de penser particulière pour les choses matérielles, que tout ce qui n'est pas imaginable leur semble n'être pas intelligible. […] la raison est un instrument universel, qui peut servir en toutes sortes de rencontres, ces organes ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière; d'où vient qu'il est moralement impossible qu'il y en ait assez de divers en une machine pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie, de même façon que notre …»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…raison nous fait agir. […] Or, par ces deux mêmes moyens, on peut aussi connaître la différence qui est entre les hommes et les bêtes. Car c'est une chose bien remarquable, qu'il n'y a point d'hommes si hébétés et si stupides, sans en excepter même les insensés, qu'ils ne soient capables d'arranger ensemble diverses paroles, et d'en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées; et qu'au contraire, il n'y a point d'autre animal, tant parlait et tant heureusement né qu'il puisse être, qui fasse le semblable. […] Et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu'elles n'en ont point du tout. […] J'avais décrit, après cela, l'âme raisonnable, et fait voir qu'elle ne peut aucunement être tirée de la puissance de la matière, ainsi que les autres choses dont j'avais parlé, mais qu'elle doit expressément être créée; et comment il ne…»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…suffit pas qu'elle soit logée dans le corps humain, ainsi qu'un pilote en son navire, sinon peut-être pour mouvoir ses membres, mais qu'il est besoin qu'elle soit jointe et unie plus étroitement avec lui pour avoir, outre cela, des sentiments et des appétits semblables aux nôtres, et ainsi composer un vrai homme. […] on comprend beaucoup mieux les raisons, qui prouvent que la nôtre est d'une nature entièrement indépendante du corps et, par conséquent, qu'elle n'est point sujette à mourir avec lui; puis, d'autant qu'on ne voit point d'autres causes qui la détruisent, on est naturellement porté à juger de là qu'elle est immortelle. […] Mais, sitôt que j'ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j'ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s'est servi…»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • «…jusques à présent, j'ai cru que je ne pouvais les tenir cachées, sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer, autant qu'il est en nous, le bien général de tous les hommes. Car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu'au lieu de cette philosophie spéculative, qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feraient qu’on jouirait, sans aucune peine…»
    • DISCOURS DE LA MÉTHODE
      • .«…des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie; car même l'esprit dépend si fort du tempérament, et de la disposition des organes du corps que, s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusques ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher. Il est vrai que celle qui est maintenant en usage contient peu de choses dont l'utilité soit si remarquable; mais, sans que j'aie aucun dessein de la mépriser, je m'assure qu'il n'y a personne, même de ceux qui en font profession, qui n'avoue que tout ce qu'on y sait n'est presque rien, a comparaison de ce qui reste à y savoir, et qu'on se pourrait exempter d'une infinité de maladies, tant du corps que de l'esprit, et même aussi peut être de l'affaiblissement de la vieillesse, si on avait assez de connaissance de leurs causes, et de tous les remèdes dont la Nature nous a pourvus.»
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    • LA DIOPTRIQUE
      • « Toute la conduite de notre vie dépend de nos sens, entre lesquels celui de la vue étant le plus universel et le plus noble, il n’y a point de doute que les inventions qui servent à augmenter sa puissance ne soient des plus utiles qui puissent être. Et il est malaisé d’en trouver aucune qui l’augmente davantage que celle de ces merveilleuses lunettes qui, n’étant en usage que depuis peu, nous ont déjà découvert de nouveaux astres dans le ciel, et d’autres nouveaux objets dessus la terre, en plus grand nombre que ne sont ceux que nous y avions vus auparavant : en sorte que, portant notre vue beaucoup plus loin que n’avait coutume d’aller l’imagination de nos pères, elles semblent nous avoir ouvert le chemin, pour parvenir à une connaissance de la Nature beaucoup plus grande et plus parfaite qu’ils ne l’ont eue. […] Or, n’ayant ici autre occasion de parler de la lumière, que pour expliquer comment ses…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… rayons entrent dans l’œil, et comment ils peuvent être détournés par les divers corps qu’ils rencontrent, il n’est pas besoin que j’entreprenne de dire au vrai quelle est sa nature, et je crois qu’il suffira que je me serve de deux ou trois comparaisons, qui aident à la concevoir en la façon qui me semble la plus commode, pour expliquer toutes celles de ses propriétés que l’expérience nous fait connaître, et pour déduire ensuite toutes les autres qui ne peuvent pas si aisément être remarquées ; imitant en ceci les astronomes, qui, bien que leurs suppositions soient presque toutes fausses ou incertaines, toutefois, à cause qu’elles se rapportent à diverses observations qu’ils ont faites, ne laissent pas d’en tirer plusieurs conséquences très vraies et très assurées. Il vous est bien sans doute arrivé quelquefois, en marchant de nuit sans flambeau, par des lieux un peu difficiles, qu’il fallait…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… vous aider d’un bâton pour vous conduire, et vous avez pour lors pu remarquer que vous sentiez, par l’entremise de ce bâton, les divers objets qui se rencontraient autour de vous, et même que vous pouviez distinguer s’il y avait des arbres, ou des pierres, ou du sable, ou de l’eau, ou de l’herbe, ou de la boue, ou quelque autre chose de semblable. Il est vrai que cette sorte de sentiment est un peu confuse et obscure, en ceux qui n’en ont pas un long usage ; mais considérez-la en ceux qui, étant nés aveugles, s’en sont servis toute leur vie, et vous l’y trouverez si parfaite et si exacte, qu’on pourrait quasi dire qu’ils voient des mains, ou que leur bâton est l’organe de quelque sixième sens, qui leur a été donné au défaut de la vue. Et pour tirer une comparaison de ceci, je désire que vous pensiez que la lumière n’est autre chose, dans les corps qu’on nomme lumineux, qu’un certain…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… mouvement, ou une action fort prompte et tort vive, qui passe vers nos yeux, par l’entremise de l’air et des autres corps transparents, en même façon que le mouvement ou la résistance des corps, que rencontre cet aveugle, passe vers sa main, par l’entremise de son bâton. Ce qui vous empêchera d’abord de trouver étrange, que cette lumière puisse étendre ses rayons en un instant, depuis le soleil jusques à nous : car vous savez que l’action, dont on meut l’un des bouts d’un bâton, doit ainsi passer en un instant jusques à l’autre, et qu’elle y devrait passer en même sorte, encore qu’il y aurait plus de distance qu’il n’y en a, depuis la terre jusques aux cieux. Vous ne trouverez pas étrange non plus, que par son moyen nous puissions voir toutes sortes de couleurs ; et même vous croirez peut-être que ces couleurs ne sont autre chose, dans les corps qu’on nomme colorés, que les diverses façons dont…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… ces corps la reçoivent et la renvoient contre nos yeux : si vous considérez que les différences, qu’un aveugle remarque entre des arbres, des pierres, de l’eau, et choses semblables, par l’entremise de son bâton, ne lui semblent pas moindres que nous font celles qui sont entre le rouge, le jaune, le vert, et toutes les autres couleurs ; et toutefois que ces différences ne sont autre chose, en tous ces corps, que les diverses façons de mouvoir, ou de résister aux mouvements de ce bâton. En suite de quoi vous aurez occasion de juger, qu’il n’est pas besoin de supposer qu’il passe quelque chose de matériel depuis les objets jusques à nos yeux, pour nous faire voir les couleurs et la lumière, ni même qu’il y ait rien en ces objets, qui soit semblable aux idées ou aux sentiments que nous en avons : tout de même qu’il ne sort rien des corps, que sent un aveugle, qui doive passer le long de son…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… bâton jusques à sa main, et que la résistance ou le mouvement de ces corps, qui est la seule cause des sentiments qu’il en a, n’est rien de semblable aux idées qu’il en conçoit. Et par ce moyen votre esprit sera délivré de toutes ces petites images voltigeantes par l’air, nommées des espèces intentionnelles, qui travaillent tant l’imagination des philosophes. Même vous pourrez aisément décider la question, qui est entre eux, touchant le lieu d’où vient l’action qui cause le sentiment de la vue : car, comme notre aveugle peut sentir les corps qui sont autour de lui, non seulement par l’action de ces corps, lorsqu’ils se meuvent contre son bâton, mais aussi par celle de sa main, lorsqu’ils ne font que lui résister ; ainsi faut-il avouer que les objets de la vue peuvent être sentis, non seulement par le moyen de l’action qui, étant en eux, tend vers les yeux, mais aussi par le moyen de celle qui, étant dans les…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… yeux, tend vers eux. Toutefois, parce que cette action n’est autre chose que la lumière, il faut remarquer qu’il n’y a que ceux qui peuvent voir pendant les ténèbres de la nuit, comme les chats, dans les yeux desquels elle se trouve ; et que, pour l’ordinaire des hommes, ils ne voient que par l’action qui vient des objets : car l’expérience nous montre que ces objets doivent être lumineux ou illuminés pour être vus, et non point nos yeux pour les voir. […] Or, encore que cette peinture, en passant ainsi jusques au dedans de notre tête, retienne toujours quelque chose de la ressemblance des objets dont elle procède, il ne se faut point toutefois persuader, ainsi que je vous ai déjà tantôt assez fait entendre, que ce soit par le moyen de cette ressemblance qu’elle fasse que nous les sentons, comme s’il y avait derechef d’autres yeux en notre cerveau, avec lesquels nous la pussions apercevoir ; mais…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… plutôt, que ce sont les mouvements par lesquels elle est composée, qui, agissant immédiatement contre notre âme, d’autant qu’elle est unie à notre corps, sont institués de la Nature pour lui faire avoir de tels sentiments. Ce que je vous veux ici expliquer plus en détail. Toutes les qualités que nous apercevons dans les objets de la vue, peuvent être réduites à six principales, qui sont : la lumière, la couleur, la situation, la distance, la grandeur, et la figure. Et premièrement, touchant la lumière et la couleur, qui seules appartiennent proprement au sens de la vue, il faut penser que notre âme est de telle nature que la force des mouvements, qui se trouvent dans les endroits du cerveau d’où viennent les petits filets des nerfs optiques, lui fait avoir le sentiment de la lumière ; et la façon de ces mouvements, celui de la couleur : ainsi que les mouvements des nerfs qui répondent aux oreilles lui font…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • .«… ouïr les sons ; et ceux des nerfs de la langue lui font goûter les saveurs ; et, généralement, ceux des nerfs de tout le corps lui font sentir quelque chatouillement, quand ils sont modérés, et quand ils sont trop violents, quelque douleur ; sans qu’il doive, en tout cela, y avoir aucune ressemblance entre les idées qu’elle conçoit, et les mouvements qui causent ces idées. Ce que vous croirez facilement, si vous remarquez qu’il semble à ceux qui reçoivent quelque blessure dans l’œil, qu’ils voient une infinité de feux et d’éclairs devant eux, nonobstant qu’ils ferment les yeux, ou bien qu’ils soient en lieu fort obscur ; en sorte que ce sentiment ne peut être attribué qu’à la seule force du coup, laquelle meut les petits filets du nerf optique, ainsi que ferait une violente lumière ; et cette même force, touchant les oreilles, pourrait faire ouïr quelque son ; et touchant le corps en d’autres parties, y faire sentir de la douleur.»
    • LA DIOPTRIQUE
      • « Et ceci se confirme aussi de ce que, si quelquefois on force ses yeux à regarder le soleil, ou quelque autre lumière fort vive, ils en retiennent, après un peu de temps, l’impression en telle sorte que, nonobstant même qu’on les tienne fermés, il semble qu’on voie diverses couleurs, qui se changent et passent de l’une à l’autre, à mesure qu’elles s’affaiblissent : car cela ne peut procéder que de ce que les petits filets du nerf optique, ayant été mus extraordinairement fort, ne se peuvent arrêter sitôt que de coutume. Mais l’agitation, qui est encore en eux après que les yeux sont fermés, n’étant plus assez grande pour représenter cette forte lumière qui l’a causée, représente des couleurs moins vives. Et ces couleurs se changent en s’affaiblissant, ce qui montre que leur nature ne consiste qu’en la diversité du mouvement, et n’est point autre que je l’ai ci-dessus supposée. Et enfin ceci se…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… manifeste de ce que les couleurs paraissent souvent en des corps transparents, où il est certain qu’il n’y a rien qui les puisse causer, que les diverses façons dont les rayons de la lumière y sont reçus, comme lorsque l’arc-en-ciel paraît dans les nues, et encore plus clairement, lorsqu’on en voit la ressemblance dans un verre qui est taillé à plusieurs faces. […] Mais, afin que vous ne puissiez aucunement douter que la vision ne se fasse ainsi que je l’ai expliquée, je vous veux faire encore ici considérer les raisons pourquoi il arrive quelquefois qu’elle nous trompe. Premièrement, à cause que c’est l’âme qui voit, et non pas l’œil, et qu’elle ne voit immédiatement que par l’entremise du cerveau, de là vient que les frénétiques , et ceux qui dorment, voient souvent, ou pensent voir, divers objets qui ne sont point pour cela devant leurs yeux : à savoir quand quelques vapeurs, remuant leur cerveau, …»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… disposent celles de ses parties qui ont coutume de servir à la vision, en même façon que feraient ces objets, s’ils étaient présents. Puis, à cause que les impressions, qui viennent de dehors, passent vers le sens commun par l’entremise des nerfs, si la situation de ces nerfs est contrainte par quelque cause extraordinaire, elle peut faire voir les objets en d’autres lieux qu’ils ne sont. […] Et les astronomes éprouvent assez, en les mesurant avec leurs instruments, que ce qu’ils paraissent ainsi plus grands une fois que l’autre, ne vient point de ce qu’ils se voient sous un plus grand angle, mais de ce qu’ils se jugent plus éloignés ; d’où il suit que l’axiome de l’ancienne optique, qui dit que la grandeur apparente des objets est proportionnée à celle de l’angle de la vision, n’est pas toujours vrai. On se trompe aussi en ce que les corps blancs ou lumineux, et généralement tous ceux qui ont …»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… beaucoup de force pour mouvoir le sens de la vue, paraissent toujours quelque peu plus proches et plus grands qu’ils ne feraient, s’ils en avaient moins. Or la raison qui les fait paraître plus proches, est que le mouvement dont la prunelle s’étrécit pour éviter la force de leur lumière, est tellement joint avec celui qui dispose tout l’œil à voir distinctement les objets proches, et par lequel on juge de leur distance, que l’un ne se peut guère faire, sans qu’il se fasse aussi un peu de l’autre : en même façon qu’on ne peut fermer entièrement les deux premiers doigts de la main, sans que le troisième se courbe aussi quelque peu, comme pour se fermer avec eux. […] Et la raison pourquoi ces corps blancs ou lumineux paraissent plus grands, ne consiste pas seulement en ce que l’estime qu’on fait de leur grandeur dépend de celle de leur distance, mais aussi en ce que leurs images s’impriment plus grandes dans le…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… fond de l’œil. Car il faut remarquer que les bouts des filets du nerf optique qui le couvrent, encore que très petits, ont néanmoins quelque grosseur ; en sorte que chacun d’eux peut être touché en l’une de ses parties par un objet, et en d’autres par d’autres ; et que n’étant toutefois capable d’être mû que d’une seule façon à chaque fois, lorsque la moindre de ses parties est touchée par quelque objet fort éclatant, et les autres par d’autres qui le sont moins, il suit tout entier le mouvement de celui qui est le plus éclatant, et en représente l’image, sans représenter celle des autres. […] Maintenant que nous avons assez examiné comment se fait la vision, recueillons en peu de mots et nous remettons devant les yeux toutes les conditions qui sont requises à sa perfection, afin que, considérant en quelle sorte il a déjà été pourvu à chacune par la Nature, nous puissions faire un dénombrement…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… exact de tout ce qui reste encore à l’art à y ajouter. On peut réduire toutes les choses auxquelles il faut avoir ici égard à trois principales, qui sont : les objets, les organes intérieurs qui reçoivent les actions de ces objets, et les extérieurs qui disposent ces actions à être reçues comme elles doivent. Et, touchant les objets, il suffit de savoir que les uns sont proches ou accessibles, et les autres éloignés et inaccessibles, et avec cela les uns plus, les autres moins illuminés ; afin que nous soyons avertis que, pour ce qui est des accessibles, nous les pouvons approcher ou éloigner, et augmenter ou diminuer la lumière qui les éclaire, selon qu’il nous sera le plus commode ; mais que, pour ce qui concerne les autres, nous n’y pouvons changer aucune chose. Puis, touchant les organes intérieurs, qui sont les nerfs et le cerveau, il est certain aussi que nous ne saurions rien ajouter par art à leur…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… fabrique ; car nous ne saurions nous faire un nouveau corps ; et si les médecins y peuvent aider en quelque chose, cela n’appartient point à notre sujet. Si bien qu’il ne nous reste à considérer que les organes extérieurs, entre lesquels je comprends toutes les parties transparentes de l’œil aussi bien que tous les autres corps qu’on peut mettre entre lui et l’objet. Et je trouve que toutes les choses auxquelles il est besoin de pourvoir avec ces organes extérieurs peuvent être réduites à quatre points. Dont le premier est, que tous les rayons qui se vont rendre vers chacune des extrémités du nerf optique ne viennent, autant qu’il est possible, que d’une même partie de l’objet, et qu’ils ne reçoivent aucun changement en l’espace qui est entre deux ; car, sans cela, les images qu’ils forment ne sauraient être ni bien semblables à leur original ni bien distinctes. Le second, que ces images soient fort grandes, non pas…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… en étendue de lieu, car elles ne sauraient occuper que le peu d’espace qui se trouve au fond de l’œil, mais en l’étendue de leurs linéaments ou de leurs traits, car il est certain qu’ils seront d’autant plus aisés à discerner qu’ils seront plus grands. Le troisième, que les rayons qui les forment soient assez forts pour mouvoir les petits filets du nerf optique, et par ce moyen être sentis, mais qu’ils ne le soient pas tant qu’ils blessent la vue. Et le quatrième, qu’il y ait le plus d’objets qu’il sera possible dont les images se forment dans l’œil en même temps, afin qu’on en puisse voir le plus qu’il sera possible tout d’une vue. Or la Nature a employé plusieurs moyens à pourvoir à la première de ces choses. Car premièrement, remplissant l’œil de liqueurs fort transparentes et qui ne sont teintes d’aucune couleur, elle a fait que les actions qui viennent de dehors peuvent passer jusques au fond…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • «… sans se changer. Et par les réfractions que causent les superficies de ces liqueurs elle a fait qu’entre les rayons, suivant lesquels ces actions se conduisent, ceux qui viennent d’un même point se rassemblent en un même point contre le nerf ; et ensuite que ceux qui viennent des autres points s’y rassemblent aussi en autant d’autres divers points, le plus exactement qu’il est possible. Car nous devons supposer que la Nature a fait en ceci tout ce qui est possible, d’autant que l’expérience ne nous y fait rien apercevoir au contraire. Et même nous voyons que, pour rendre d’autant moindre le défaut qui ne peut en ceci être totalement évité, elle a fait qu’on puisse rétrécir la prunelle quasi autant que la force de la lumière le permet. Puis, par la couleur noire dont elle a teint toutes les parties de l’œil opposées au nerf, qui ne sont point transparentes, elle a empêché qu’il n’allât aucun autre rayon vers ces mêmes points.»
    • LA DIOPTRIQUE
      • « Et enfin, par le changement de la figure du corps de l’œil, elle a fait qu’encore que les objets en puissent être plus ou moins éloignés une fois que l’autre, les rayons qui viennent de chacun de leurs points ne laissent pas de s’assembler, toujours aussi exactement qu’il se peut, en autant d’autres points au fond de l’œil. Toutefois elle n’a pas si entièrement pourvu à cette dernière partie qu’il ne se trouve encore quelque chose à y ajouter : car, outre que, communément à tous, elle ne nous a pas donné le moyen de courber tant les superficies de nos yeux, que nous puissions voir distinctement les objets qui en sont fort proches, comme à un doigt ou un demi-doigt de distance, elle y a encore manqué davantage en quelques-uns, à qui elle a fait les yeux de telle figure qu’ils ne leur peuvent servir qu’à regarder les choses éloignées, ce qui arrive principalement aux vieillards ; et aussi en…»
    • LA DIOPTRIQUE
      • .«… quelques autres à qui, au contraire, elle les a fait tels qu’ils ne leur servent qu’à regarder les choses proches, ce qui est plus ordinaire aux jeunes gens. En sorte qu’il semble que les yeux se forment, au commencement, un peu plus longs et plus étroits qu’ils ne doivent être et que par après, pendant qu’on vieillit, ils deviennent plus plats et plus larges. Or, afin que nous puissions remédier par art à ces défauts, il sera premièrement besoin que nous cherchions les figures que les superficies d’une pièce de verre ou de quelque autre corps transparent doivent avoir, pour courber les rayons qui tombent sur elles en telle sorte que tous ceux qui viennent d’un certain point de l’objet, se disposent, en les traversant, tout de même ne s’ils étaient venus d’un autre point qui fût plus proche ou plus éloigné, à savoir, qui fût plus proche pour servir à ceux qui ont la vue courte, et qui fût plus éloigné tant pour les vieillards que généralement pour tous ceux qui veulent voir des objets plus proches que la figure de leurs yeux ne le permet.»
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    • LES MÉTÉORES
      • «Nous avons naturellement plus d'admiration pour les choses qui sont au-dessus de nous, que pour celles qui sont à pareille hauteur ou au-dessous. Et quoique les nues n'excèdent guère les sommets de quelques montagnes, et qu'on en voie même souvent de plus basses que les pointes de nos clochers, toutefois, à cause qu'il faut tourner les yeux vers le ciel pour les regarder, nous les imaginons si relevées, que même les poètes et les peintres en composent le trône de Dieu, et font que là il emploie ses propres mains à ouvrir et fermer les portes des vents, à verser la rosée sur les fleurs et à lancer la foudre sur les rochers. Ce qui me fait espérer que si j'explique ici leur nature, en telle sorte qu'on n'ait plus occasion d'admirer rien de ce qui s'y voit ou qui en descend, on croira facilement qu'il est possible en même façon de trouver les causes de tout ce qu'il y a de plus admirable dessus la terre.
    • LES MÉTÉORES
      • «Je parlerai, en ce premier discours, de la nature des corps terrestres en général, afin de pouvoir mieux expliquer dans le suivant celle des exhalaisons et des vapeurs. Puis à cause que ces vapeurs, s'élevant de l'eau de la mer, forment quelquefois du sel au-dessus de sa superficie, je prendrai de là occasion de m'arrêter un peu à le décrire et d'essayer en lui, si on peut connaître les formes de ces corps, que les philosophes disent être composés des éléments par un mélange parfait, aussi bien que celles des météores, qu'ils disent n'en être composés que par un mélange imparfait. Après cela, conduisant les vapeurs par l'air, j'examinerai d'où viennent les vents. Et les faisant assembler en quelques endroits, je décrirai la nature des nues. Et faisant dissoudre ces nues, je dirai ce qui cause la pluie, la grêle et la neige, où je n'oublierai pas celle dont les parties ont la figure de…»
    • LES MÉTÉORES
      • «…petites étoiles à six pointes très parfaitement compassées, et qui, bien qu'elle n'ait point été observée par les anciens, ne laisse pas d'être l'une des plus rares merveilles de la nature. Je n'oublierai pas aussi les tempêtes, le tonnerre, la foudre et les divers feux qui s'allument en l'air, ou les lumières qui s'y voient. Mais surtout je tâcherai de bien dépeindre l'arc-en-ciel et de rendre raison de ses couleurs, en telle sorte qu'on puisse aussi entendre la nature de toutes celles qui se trouvent en d'autres sujets. A quoi j'ajouterai la cause de celles qu'on voit communément dans les nues, et des cercles qui environnent les astres, et enfin la cause des soleils ou des lunes qui paraissent quelquefois plusieurs ensemble. Il est vrai que la connaissance de ces choses dépendant des principes généraux de la Nature, qui n'ont point encore été, que je sache, bien expliqués, il faudra que je me serve au …»
    • LES MÉTÉORES
      • «…commencement de quelques suppositions, ainsi que j'ai fait en la Dioptrique; mais je tâcherai de les rendre si simples et si faciles que vous ne ferez peut-être pas difficulté de les croire, encore que je ne les aie point démontrées. Je suppose premièrement que l'eau, la terre, l'air et tous les autres tels corps qui nous environnent sont composés de plusieurs petites parties de diverses figures et grosseurs, qui ne sont jamais si bien arrangées ni si justement jointes ensemble, qu'il ne reste plusieurs intervalles autour d'elles; et que ces intervalles ne sont pas vides, mais remplis de cette matière fort subtile, par l'entremise de laquelle j'ai dit ci-dessus que se communiquait l'action de la lumière. Puis en particulier, je suppose que les petites parties, dont l'eau est composée, sont longues, unies et glissantes, ainsi que de petites anguilles, qui, quoiqu'elles se joignent et s'entrelacent, ne se nouent…»
    • LES MÉTÉORES
      • «…ni ne s'accrochent jamais pour cela en telle façon qu'elles ne puissent aisément être séparées; et, au contraire, que presque toutes celles tant de la terre que même de l'air et de la plupart des autres corps ont des figures fort irrégulières et inégales, en sorte qu'elles ne peuvent être si peu entrelacées qu'elles ne s'accrochent et se lient les unes aux autres, ainsi que font les diverses branches des arbrisseaux, qui croissent ensemble dans une haie. Et lorsqu'elles se lient en cette sorte, elles composent des corps durs, comme de la terre, du bois, ou autres semblables; au lieu que, si elles sont simplement posées l'une sur l'autre, sans être que fort peu ou point du tout entrelacées, et qu'elles soient avec cela si petites, qu'elles puissent être mues et séparées par l'agitation de la matière subtile qui les environne, elles doivent occuper beaucoup d'espace, et composer des corps liquides fort rares et…»
    • LES MÉTÉORES
      • «…fort légers, comme des huiles ou de l'air. De plus il faut penser que la matière subtile qui remplit les intervalles qui sont entre les parties de ces corps est de telle nature qu'elle ne cesse jamais de se mouvoir çà et là grandement vite, non point toutefois exactement de même vitesse en tous lieux et en tous temps, mais qu'elle se meut communément un peu plus vite vers la superficie de la terre, qu'elle ne fait au haut de l'air où sont les nues, et plus vite vers les lieux proches de l'équateur que vers les pôles, et au même lieu plus vite l'été que l'hiver et le jour que la nuit. Dont la raison est évidente, en supposant que la lumière n'est autre chose qu'un certain mouvement ou une action, dont les corps lumineux poussent cette matière subtile de tous côtés autour d'eux en ligne droite, ainsi qu'il a été dit en la Dioptrique. Car il suit de là que les rayons du soleil, tant droits que réfléchis, la doivent agiter…»
    • LES MÉTÉORES
      • «…davantage le jour que la nuit, et l'été que l'hiver, et sous l'équateur que sous les pôles, et contre la terre que vers les nues. Puis il faut aussi penser que cette matière subtile est composée de diverses parties, qui, bien qu'elles soient toutes très petites, le sont toutefois beaucoup moins les unes que les autres, et que les plus grosses, ou pour mieux parler, les moins petites, ont toujours le plus de force, ainsi le généralement tous les grands corps en ont plus que les moindres quand il sont autant ébranlés. Ce qui fait que, moins cette matière est subtile, c'est-à-dire composée de parties moins petites, plus elle peut agiter les parties des autres corps. Et ceci fait aussi qu'elle est ordinairement le moins subtile aux lieux et aux temps où elle est le plus agitée, comme vers la superficie de la terre que vers les nues, et sous l'équateur que sous les pôles, et en été qu'en hiver, et de jour que de nuit. Dont la raison est…»
    • LES MÉTÉORES
      • «…que les plus grosses de ces Parties, ayant le plus de force, peuvent le mieux aller vers les lieux où, l'agitation étant plus grande, il leur est plus aisé de continuer leur mouvement. Toutefois, il y en a toujours quantité de fort petites qui se coulent parmi ces plus grosses. Et il est à remarquer que tous les corps terrestres ont bien des pores, par où ces plus petites peuvent Passer, mais qu'il y en a plusieurs qui les ont si étroits, ou tellement disposés qu'ils ne reçoivent point les plus grosses; et que ce sont ordinairement ceux-ci qui se sentent les plus froids quand on les touche, ou seulement quand on s'en approche. Comme, d'autant que les marbres et les métaux se sentent plus froids que le bois, on doit penser que leurs pores ne reçoivent pas si facilement les parties subtiles de cette matière, et que les pores de la glace les reçoivent encore moins facilement que ceux des marbres ou des métaux, d'autant qu'elle est…»
    • LES MÉTÉORES
      • «…encore plus froide. Car je suppose ici que, pour le froid et le chaud, il n'est pas besoin de concevoir autre chose sinon que les petites parties des corps que nous touchons étant agitées plus ou moins fort que de coutume, soit par les petites parties de cette matière subtile, soit par telle autre cause que ce puisse être, agitent aussi plus ou moins les petits filets de ceux de nos nerfs qui sont les organes de l'attouchement; et que, lorsqu'elles les agitent plus fort que de coutume, cela cause en nous le sentiment de la chaleur, au lieu que lorsqu'elles les agitent moins fort, cela cause le sentiment de la froideur. Et il est bien aisé à comprendre, qu'encore que cette matière subtile ne sépare pas les parties des corps durs, qui sont comme des branches entrelacées, en même façon qu'elle fait celles de l'eau et de tous les autres corps qui sont liquides, elle ne laisse pas de les agiter et faire…»
    • LES MÉTÉORES
      • «…trembler plus ou moins, selon que son mouvement est plus ou moins fort, et que ses parties sont plus ou moins grosses; ainsi que le vent peut agiter toutes les branches des arbrisseaux dont une palissade est composée sans les ôter pour cela de leurs places. Au reste, il faut penser qu'il y a telle proportion entre la force de cette matière subtile et la résistance des parties des autres corps, que lorsqu'elle est autant agitée, et qu'elle n'est pas plus subtile qu'elle a coutume d'être en ces quartiers contre la terre, elle a la force d'agiter et de faire mouvoir séparément l'une de l'autre et même de plier la plupart des petites parties de l'eau entre lesquelles elle se glisse, et ainsi de la rendre liquide; mais que, lorsqu'elle n'est pas plus agitée, ni moins subtile, qu'elle a coutume d'être en ces quartiers au haut de l'air, ou qu'elle y est quelquefois en hiver contre la terre, elle n'a point assez de force…»
    • LES MÉTÉORES
      • «…pour les plier et agiter en cette façon, ce qui est cause qu'elles s'arrêtent confusément jointes et posées l'une sur l'autre, et ainsi qu'elles composent un corps dur, à savoir de la glace. En sorte que vous pouvez imaginer même différence entre de l'eau et de la glace, que vous feriez entre un tas de petites anguilles, soit vives soit mortes, flottantes dans un bateau de pêcheur tout plein de trous par lesquels passe l'eau d'une rivière qui les agite, et un tas des mêmes anguilles, toutes sèches et raides de froid sur le rivage. Et pour ce que l'eau ne se gèle jamais, que la matière qui est entre ses parties ne soit plus subtile qu'à l'ordinaire, de là vient que les pores de la glace qui se forment pour lors, ne s'accommodant qu'à la grosseur des parties de cette matière plus subtile, se disposent en telle sorte qu'ils ne peuvent recevoir celle qui l'est moins, et ainsi que la glace est toujours…»
    • LES MÉTÉORES
      • «…grandement froide, nonobstant qu'on la garde jusques à l'été, et même qu'elle retient alors sa dureté, sans s'amollit peu à peu comme la cire, à cause que la chaleur ne pénètre au-dedans qu'à mesure que le dessus devient liquide. Il y a ici de plus à remarquer qu'entre les parties longues et unies dont j'ai dit que l'eau était composée, il y en a véritablement la plupart qui se plient ou cessent de se plier selon que la matière subtile qui les environne a quelque peu plus ou moins de force qu'à l'ordinaire, ainsi que je viens d'expliquer; mais qu'il y en à aussi de plus grosses, qui ne pouvant ainsi être pliées, composent les sels, et de plus petites, qui le pouvant être toujours, composent les esprits ou eaux-de-vie, qui ne se gèlent jamais; et que, lorsque celles de l'eau commune cessent du tout de se plier, leur figure la plus naturelle n'est pas en toutes d'être droites comme des joncs, mais, en plusieurs, …»
    • LES MÉTÉORES
      • «…d'être courbées en diverses sortes : d'où vient qu'elles ne peuvent pour lors se ranger en si peu d'espace que lorsque la matière subtile, étant assez forte pour les plier, leur fait accommoder leurs figures les unes aux autres. Il est vrai aussi que, lorsqu'elle est plus forte qu'il n'est requis à cet effet, elle est cause derechef qu'elles s'étendent en plus d'espace : ainsi qu'on pourra voir par expérience, si, ayant rempli d'eau chaude un matra ou autre tel vase dont le col soit assez long et étroit, on l'expose à l'air lorsqu'il gèle; car cette eau s'abaissera visiblement peu à peu jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à certain degré de froideur, puis s'enflera et se rehaussera aussi peu à peu, jusqu'à ce qu'elle soit toute gelée, en sorte que le même froid qui l'aura condensée ou resserrée au commencement, la raréfiera par après. Et on peut voir aussi par expérience que l'eau qu'on a tenue longtemps sur le feu…»
    • LES MÉTÉORES
      • .«…se gèle plus tôt que d'autre; dont la raison est que celles de ses parties qui peuvent le moins cesser de se plier s'évaporent pendant qu'on la chauffe. Mais, afin que vous receviez toutes ces suppositions avec moins de difficulté, sachez que je ne conçois pas les petites parties des corps terrestres comme des atomes ou particules indivisibles, mais que, les jugeant toutes d'une même matière, je crois que chacune pourrait être redivisée en une infinité de façons, et qu'elles ne différent entre elles que comme des pierres de plusieurs diverses figures, qui auraient été coupées d'un même rocher. Puis sachez aussi que, pour ne point rompre la paix avec les philosophes, je ne veux rien du tout nier de ce qu'ils imaginent dans les corps de plus que je n'ai dit, comme leurs formes substantielles, leurs qualités réelles, et choses semblables, mais qu'il me semble que mes raisons devront être d'autant plus approuvées, que je les ferai dépendre de moins de choses.»
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    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables, et que ce que j’ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain ; de façon qu’il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences. […] Maintenant donc que mon esprit est libre de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions. Or il ne sera pas nécessaire, pour arriver à ce dessein, de prouver qu’elles sont toutes fausses, de quoi peut-être je ne viendrais jamais à bout ; …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…mais, d’autant que la raison me persuade déjà que je ne dois pas moins soigneusement m’empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables, qu’à celles qui nous paraissent manifestement être fausses, le moindre sujet de douter que j’y trouverai, suffira pour me les faire toutes rejeter. […] Tout ce que j’ai reçu jusqu’à présent pour le plus vrai et assuré, je l’ai appris des sens, ou par les sens : or j’ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs, et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés. […] Toutefois j’ai ici à considérer que je suis homme, et par conséquent que j’ai coutume de dormir et de me représenter en mes songes les mêmes choses, ou quelquefois de moins vraisemblables, que ces insensés, lorsqu’ils veillent. Combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que j’étais…»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? Il me semble bien à présent que ce n’est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier ; que cette tête que le remue n’est point assoupie ; que c’est avec dessein et de propos délibéré que j’étends cette main, et que je la sens : ce qui arrive dans le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci. Mais, en y pensant soigneusement, je me ressouviens d’avoir été souvent trompé, lorsque je dormais, par de semblables illusions. Et m’arrêtant sur cette pensée, je vois si manifestement qu’il n’y a point d’indices concluants, ni de marques assez certaines par où l’on puisse distinguer nettement la veille d’avec le sommeil, que j’en suis tout étonné ; et mon étonnement est tel, qu’il est presque capable de me persuader que je dors. […] Supposons donc maintenant que nous sommes endormis, et que…»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…toutes ces particularités-ci, à savoir, que nous ouvrons les yeux, que nous remuons la tête, que nous étendons les mains, et choses semblables, ne sont que de fausses illusions ; et pensons que peut-être nos mains, ni tout notre corps, ne sont pas tels que nous les voyons. Toutefois il faut au moins avouer que les choses qui nous sont représentées dans le sommeil, sont comme des tableaux et des peintures, qui ne peuvent être formées qu’à la ressemblance de quelque chose de réel et de véritable ; et qu’ainsi, pour le moins, ces choses générales, à savoir, des yeux, une tête, des mains, et tout le reste du corps, ne sont pas choses imaginaires, mais vraies et existantes. […] Toutefois il y a longtemps que j’ai dans mon esprit une certaine opinion, qu’il y a un Dieu qui peut tout, et par qui j’ai été créé et produit tel que je suis. Or qui me peut avoir assuré que ce Dieu n’ait…»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…point fait qu’il n’y ait aucune terre, aucun ciel, aucun corps étendu, aucune figure, aucune grandeur, aucun lieu, et que néanmoins j’aie les sentiments de toutes ces choses, et que tout cela ne me semble point exister autrement que je le vois ? Et même, comme je juge quelquefois que les autres se méprennent, même dans les choses qu’ils pensent savoir avec le plus de certitude, il se peut faire qu’il ait voulu que je me trompe toutes les fois que je fais l’addition de deux et de trois, ou que je nombre les côtés d’un carré, ou que je juge de quelque chose encore plus facile, si l’on se peut imaginer rien de plus facile que cela. Mais peut-être que Dieu n’a pas voulu que je fusse déçu de la sorte, car il est dit souverainement bon. Toutefois, si cela répugnait à sa bonté, de m’avoir fait tel que je me trompasse toujours, cela semblerait aussi lui être aucunement contraire, de permettre que je me trompe …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…quelquefois, et néanmoins je ne puis douter qu’il ne le permette. […] Je supposerai donc qu’il y a, non point un vrai Dieu, qui est la souveraine source de vérité, mais un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant qui a employé toute son industrie à me tromper. Je penserai que le ciel, l’air, la terre, les couleurs, les figures, les sons et toutes les choses extérieures que nous voyons, ne sont que des illusions et tromperies, dont il se sert pour surprendre ma crédulité. Je me considérerai moi-même comme n’ayant point de mains, point d’yeux, point de chair, point de sang, comme n’ayant aucuns sens, mais croyant faussement avoir toutes ces choses. Je demeurerai obstinément attaché à cette pensée ; et si, par ce moyen, il n’est pas en mon pouvoir de parvenir à la connaissance d’aucune vérité, à tout le moins il est en ma puissance de suspendre mon jugement.»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «C’est pourquoi je prendrai garde soigneusement de ne point recevoir en ma croyance aucune fausseté, et préparerai si bien mon esprit à toutes les ruses de ce grand trompeur, que, pour puissant et rusé qu’il soit, il ne pourra jamais rien imposer. Mais ce dessein est pénible et laborieux, et une certaine paresse m’entraîne insensiblement dans le train de ma vie ordinaire. Et tout de même qu’un esclave qui jouissait dans le sommeil d’une liberté imaginaire, lorsqu’il commence à soupçonner que sa liberté n’est qu’un songe, craint d’être réveillé, et conspire avec ces illusions agréables pour en être plus longuement abusé, ainsi je retombe insensiblement de moi-même dans mes anciennes opinions, et j’appréhende de me réveiller de cet assoupissement, de peur que les veilles laborieuses qui succéderaient à la tranquillité de ce repos, au lieu de m’apporter quelque jour et quelque lumière dans la …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…connaissance de la vérité, ne fussent pas suffisantes pour éclaircir les ténèbres des difficultés qui viennent d’être agitées. […] Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé, qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n’y a donc point de doute que je suis, s’il me trompe ; et qu’il me trompe tant qu’il voudra il ne saurait jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : Je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit. […] Mais je ne connais pas encore assez clairement ce que je suis, moi qui suis certain que je suis ; de sorte que désormais il faut que je prenne soigneusement garde de ne prendre pas imprudemment quelque…»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…autre chose pour moi, et ainsi de ne me point méprendre dans cette connaissance, que je soutiens être plus certaine et plus évidente que toutes celles que j’ai eues auparavant. […] Je me considérais, premièrement, comme ayant un visage, des mains, des bras, et toute cette machine composée d’os et de chair, telle qu’elle paraît en un cadavre, laquelle je désignais par le nom de corps. Je considérais, outre cela, que je me nourrissais, que je marchais, que je sentais et que je pensais, et je rapportais toutes ces actions à l’âme ; mais je ne m’arrêtais point à penser ce que c’était que cette âme, ou bien, si je m’y arrêtais, j’imaginais qu’elle était quelque chose extrêmement rare et subtile, comme un vent, une flamme ou un air très délié, qui était insinué et répandu dans mes plus grossières parties. Pour ce qui était du corps, je ne doutais nullement de sa nature ; car je pensais la …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…connaître fort distinctement, et, si je l’eusse voulu expliquer suivant les notions que j’en avais, je l’eusse décrite en cette sorte. Par le corps, j’entends tout ce qui peut être terminé par quelque figure ; qui peut être compris en quelque lieu, et remplir un espace en telle sorte que tout autre corps en soit exclu ; qui peut être senti, ou par l’attouchement, ou par la vue, ou par l’ouïe, ou par le goût, ou par l’odorat ; qui peut être mû en plusieurs façons, non par lui-même, mais par quelque chose d’étranger duquel il soit touché et dont il reçoive l’impression. Car d’avoir en soi la puissance de se mouvoir, de sentir et de penser, je ne croyais aucunement que l’on dût attribuer ces avantages à la nature corporelle ; au contraire, je m’étonnais plutôt de voir que de semblables facultés se rencontraient en certains corps. […] la pensée est un attribut qui m’appartient : elle seule ne peut être détachée de moi. Je suis, …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «… j’existe : cela est certain ; mais combien de temps ? A savoir, autant de temps que je pense ; car peut-être se pourrait-il faire, si je cessais de penser, que le cesserais en même temps d’être ou d’exister. Je n’admets maintenant rien qui ne soit nécessairement vrai : je ne suis donc, précisément parlant, qu’une chose qui pense, c’est-à-dire un esprit, un entendement ou une raison, qui sont des termes dont la signification m’était auparavant inconnue. Or je suis une chose vraie, et vraiment existante ; mais quelle chose ? Je l’ai dit : une chose qui pense. […] Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? C’est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. Certes ce n’est pas peu si toutes ces choses appartiennent à ma nature. […] Quant aux idées claires et distinctes que j’ai des choses corporelles, il y en a quelques-unes qu’il semble…»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…que j’ai pu tirer de l’idée que j’ai de moi-même, comme celle que j’ai de la substance, de la durée, du nombre, et d’autres choses semblables. Car, lorsque je pense que la pierre est une substance, ou bien une chose qui de soi est capable d’exister, puis que je suis une substance, quoique je conçoive bien que je suis une chose qui pense et non étendue, et que la pierre au contraire est une chose étendue et qui ne pense point, et qu’ainsi entre ces deux conceptions il se rencontre une notable différence, toutefois elles semblent convenir en ce qu’elles représentent des substances. De même, quand je pense que je suis maintenant, et que je me ressouviens outre cela d’avoir été autrefois, et que je conçois plusieurs diverses pensées dont je connais le nombre, alors j’acquiers en moi les idées de la durée et du nombre, lesquelles, par après, je puis transférer à toutes les autres choses que je voudrai.»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «Pour ce qui est des autres qualités dont les idées des choses corporelles sont composées, à savoir, l’étendue, la figure, la situation, et le mouvement de lieu, il est vrai qu’elles ne sont point formellement en moi, puisque je ne suis qu’une chose qui pense ; mais parce que ce sont seulement de certains modes de la substance, et comme les vêtements sous lesquels la substance corporelle nous paraît, et que je suis aussi moi-même une substance, il semble qu’elles puissent être contenues en moi éminemment. Partant il ne reste que la seule idée de Dieu, dans laquelle il faut considérer s’il y a quelque chose qui n’ait pu venir de moi-même. Par le nom de Dieu j’entends une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute-puissante, et par laquelle moi-même, et toutes les autres choses qui sont (s’il est vrai qu’il y en ait qui existent) ont été créées et produites.»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «Or ces avantages sont si grands et si éminents, que plus attentivement je les considère, et moins je me persuade que l’idée que j’en ai puisse tirer son origine de moi seul. Et par conséquent il faut nécessairement conclure de tout ce que j’ai dit auparavant, que Dieu existe. Car, encore que l’idée de la substance soit en moi, de cela même que je suis une substance, je n’aurais pas néanmoins l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie. […] L’idée, dis-je, de cet être souverainement parfait et infini est entièrement vraie ; car, encore que peut-être l’on puisse feindre qu’un tel être n’existe point, on ne peut pas feindre néanmoins que son idée ne me représente rien de réel […] Cette même idée est aussi fort claire et fort distincte, puisque tout ce que mon esprit conçoit clairement et distinctement de réel et de vrai…»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…, et qui contient en soi quelque perfection, est contenu et renfermé tout entier dans cette idée. […] Mais peut-être aussi que je suis quelque chose de plus que je ne m’imagine, et que toutes les perfections que j’attribue à la nature d’un Dieu, sont en quelque façon en moi en puissance, quoiqu’elles ne se produisent pas encore, et ne se fassent point paraître par leurs actions. En effet j’expérimente déjà que ma connaissance s’augmente et se perfectionne peu à peu, et je ne vois rien qui la puisse empêcher de s’augmenter de plus en plus jusques à l’infini ; puis, étant ainsi accrue et perfectionnée, je ne vois rien qui empêche que je ne puisse m’acquérir par son moyen toutes les autres perfections de la nature divine […] Et certes l’idée que j’ai de l’esprit humain, en tant qu’il est une chose qui pense, et non étendue en longueur, largeur et profondeur, et qui ne participe à rien de ce qui …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…appartient au corps, est incomparablement plus distincte que l’idée d’aucune chose corporelle. Et lorsque je considère que je doute, c’est-à-dire que je suis une chose incomplète et dépendante, l’idée d’un être complet et indépendant, c’est-à-dire de Dieu, se présente à mon esprit avec tant de distinction et de clarté ; et de cela seul que cette idée se retrouve en moi, ou bien que je suis ou existe, moi qui possède cette idée, je conclus si évidemment l’existence de Dieu, et que la mienne dépend entièrement de lui en tous les moments de ma vie, que je ne pense pas que l’esprit humain puisse rien connaître avec plus d’évidence et de certitude. […] Or si je m’abstiens de donner mon jugement sur une chose, lorsque je ne la conçois pas avec assez de clarté et de distinction, il est évident que j’en use fort bien, et que je ne suis point trompé ; mais si je me détermine à la nier, ou assurer, …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…alors je ne me sers plus comme je dois de mon libre arbitre ; et si j’assure ce qui n’est pas vrai, il est évident que je me trompe, même aussi, encore que je juge selon la vérité, cela n’arrive que par hasard, et je ne laisse pas de faillir, et d’user mal de mon libre arbitre ; car la lumière naturelle nous enseigne que la connaissance de l’entendement doit toujours précéder la détermination de la volonté. Et c’est dans ce mauvais usage du libre arbitre, que se rencontre la privation qui constitue la forme de l’erreur. La privation, dis-je, se rencontre dans l’opération, en tant qu’elle procède de moi ; mais elle ne se trouve pas dans la puissance que j’ai reçue de Dieu, ni même dans l’opération, en tant qu’elle dépend de lui. Car je n’ai certes aucun sujet de me plaindre, de ce que Dieu ne m’a pas donné une intelligence plus capable, ou une lumière naturelle plus grande que celle que je tiens de lui, puisqu’en…»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…effet il est du propre de l’entendement fini, de ne pas comprendre une infinité de choses, et du propre d’un entendement créé d’être fini : mais j’ai tout sujet de lui rendre grâces, de ce que, ne m’ayant jamais rien dû, il m’a néanmoins donné tout le peu de perfections qui est en moi ; bien loin de concevoir des sentiments si injustes que de m’imaginer qu’il m’ait ôté ou retenu injustement les autres perfections qu’il ne m’a point données. Je n’ai pas aussi sujet de me plaindre, de ce qu’il m’a donné une volonté plus étendue que l’entendement, puisque, la volonté ne consistant qu’en une seule chose, et son sujet étant comme indivisible, il semble que sa nature est telle qu’on ne lui saurait rien ôter sans la détruire ; et certes plus elle se trouve être grande, et plus j’ai à remercier la bonté de celui qui me l’a donnée. Et enfin je ne dois pas aussi me plaindre, de ce que Dieu concourt avec moi pour former …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…les actes de cette volonté, c’est-à-dire les jugements dans lesquels je me trompe, parce que ces actes-là sont entièrement vrais, et absolument bons, en tant qu’ils dépendent de Dieu ; et il y a en quelque sorte plus de perfection en ma nature, de ce que je les puis former, que si je ne le pouvais pas. Pour la privation, dans laquelle seule consiste la raison formelle de l’erreur et du péché, elle n’a besoin d’aucun concours de Dieu, puisque ce n’est pas une chose ou un être, et que, si on la rapporte à Dieu comme à sa cause, elle ne doit pas être nommée privation, mais seulement négation […] Mais avant que j’examine s’il y a de telles choses qui existent hors de moi, je dois considérer leurs idées, en tant qu’elles sont en ma pensée, et voir quelles sont celles qui sont distinctes, et quelles sont celles qui sont confuses. […] Mais après que j’ai reconnu qu’il y a un Dieu, parce qu’en même temps j’ai reconnu …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…aussi que toutes choses dépendent de lui, et qu’il n’est point trompeur, et qu’en suite de cela j’ai jugé que tout ce que je conçois clairement et distinctement ne peut manquer d’être vrai : encore que je ne pense plus aux raisons pour lesquelles j’ai jugé cela être véritable, pourvu que je me ressouvienne de l’avoir clairement et distinctement compris, on ne me peut apporter aucune raison contraire, qui me le fasse jamais révoquer en doute ; et ainsi j’en ai une vraie et certaine science. […] Je remarque outre cela que cette vertu d’imaginer qui est en moi, en tant qu’elle diffère de la puissance de concevoir, n’est en aucune sorte nécessaire à ma nature ou à mon essence, c’est-à-dire à l’essence de mon esprit ; car, encore que je ne l’eusse point, il est sans doute que je demeurerais toujours le même que je suis maintenant : d’où il semble que l’on puisse conclure qu’elle dépend de quelque chose qui …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…diffère de mon esprit. Et je conçois facilement que, si quelque corps existe, auquel mon esprit soit conjoint et uni de telle sorte, qu’il se puisse appliquer à le considérer quand il lui plaît, il se peut faire que par ce moyen il imagine les choses corporelles : en sorte que cette façon de penser diffère seulement de la pure intellection, en ce que l’esprit en concevant se tourne en quelque façon vers soi-même et considère quelqu’une des idées qu’il a en soi ; mais en imaginant il se tourne vers le corps, et y considère quelque chose de conforme à l’idée qu’il a formée de soi-même ou qu’il a reçue par les sens. […] La nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire, mais, outre cela, que je lui suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • «…avec lui. Car, si cela n’était lorsque mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu’une chose qui pense, mais j’apercevrais cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau ; et lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, je connaîtrais simplement cela même, sans en être averti par des sentiments confus de faim et de soif. Car en effet tous ces sentiments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses de penser, qui proviennent et dépendent de l’union et comme du mélange de l’esprit avec le corps. […] Outre cela, la nature m’enseigne que plusieurs autres corps existent autour du mien, entre lesquels je dois poursuivre les uns et fuir les autres. Et certes, de ce que je sens différentes sortes de couleurs, d’odeurs, de saveurs, de …»
    • MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES
      • .«…sons, de chaleur, de dureté, etc., je conclus fort bien qu’il y a dans les corps, d’où procèdent toutes ces diverses perceptions des sens, quelques variétés qui leur répondent, quoique peut-être ces variétés ne leur soient point en effet semblables. Et aussi, de ce qu’entre ces diverses perceptions des sens, les unes me sont agréables, et les autres désagréables, je puis tirer une conséquence tout à fait certaine, que mon corps (ou plutôt moi-même tout entier, en tant que je suis composé du corps et de l’âme) peut recevoir diverses commodités ou incommodités des autres corps qui l’environnent. […] De même aussi, quoiqu’il y ait des espaces dans lesquels je ne trouve rien qui excite et meuve mes sens, je ne dois pas conclure pour cela que ces espaces ne contiennent en eux aucun corps […] Mais parce que la nécessité des affaires nous oblige souvent à nous déterminer, avant que nous ayons eu le loisir de les examiner si soigneusement, il faut avouer que la vie de l’homme est sujette à faillir fort souvent dans les choses particulières, et enfin il faut reconnaître l’infirmité et la faiblesse de notre nature.»
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    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • « Comme nous avons été enfants avant que d’être hommes et que nous avons jugé tantôt bien et tantôt mal des choses qui se sont présentées à nos sens lorsque nous n’avions pas encore l’usage entier de notre raison, plusieurs jugements ainsi précipités nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, et nous préviennent de telle sorte qu’il n’y a point d’apparence que nous puissions nous en délivrer, si nous n’entreprenons de douter une fois en notre vie de toutes les choses où nous trouverons le moindre soupçon d’incertitude. […] Il sera même fort utile que nous fausses toutes celles où nous pourrons imaginer le moindre doute, afin que si nous en découvrons quelques-unes qui, nonobstant cette précaution, nous semblent manifestement vraies, nous fassions état qu’elles sont aussi très certaines et les plus aisées qu’il est possible de connaître.»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • « Cependant il est à remarquer que je n’entends point que nous nous servions d’une façon de douter si générale, sinon lorsque nous commençons à nous appliquer à la contemplation de la vérité. Car il est certain qu’en ce qui regarde la conduite de notre vie nous sommes obligés de suivre bien souvent des opinions qui ne sont que vraisemblables, à cause que les occasions d’agir en nos affaires se passeraient presque toujours avant que nous pussions nous délivrer de tous nos doutes ; et lorsqu’il s’en rencontre plusieurs de telles sur un même sujet, encore que nous n’apercevions peut-être pas davantage de vraisemblance aux unes qu’aux autres, si l’action ne souffre aucun délai, la raison veut que nous en choisissions une, et qu’après l’avoir choisie nous la suivions constamment, de même que si nous l’avions jugée très certaine.»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • « Mais quand celui qui nous a créés serait tout-puissant, et quand même il prendrait plaisir à nous tromper , nous ne laissons pas d’éprouver en nous une liberté qui est telle que, toutes les fois qu’il nous plaît, nous pouvons nous abstenir de recevoir en notre croyance les choses que nous ne connaissons pas bien, et ainsi nous empêcher d’être jamais trompés. […] Il me semble aussi que ce biais est tout le meilleur que nous puissions choisir pour connaître la nature de l’âme et qu’elle est une substance entièrement distincte du corps ; car, examinant ce que nous sommes, nous qui pensons maintenant qu’il n’y a rien hors de notre pensée qui soit véritablement ou qui existe, nous connaissons manifestement que, pour être, nous n’avons pas besoin d’extension, de figure, d’être en aucun lieu, ni d’aucune autre telle chose qu’on peut attribuer au corps, et que nous sommes par cela seul que nous …»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… pensons ; et par conséquent que la notion que nous avons de notre âme ou de notre pensée précède celle que nous avons du corps, et qu’elle est plus certaine, vu que nous doutons encore qu’il y ait au monde aucun corps, et que nous savons certainement que nous pensons. […] Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes ; c’est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir, est la même chose ici que penser. […] Or, afin de savoir comment la connaissance que nous avons de notre pensée précède celle que nous avons du corps, et qu’elle est incomparablement plus évidente, et telle qu’encore qu’il ne fût point nous aurions raison de conclure qu’elle ne laisserait pas d’être tout ce qu’elle est, nous remarquerons qu’il est manifeste, par une lumière qui est …»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • .«… naturellement en nos âmes, que le néant n’a aucunes qualités ni propriétés qui lui soient affectées, et qu’où nous en apercevons quelques-unes il se doit trouver nécessairement une chose ou substance dont elles dépendent. […] Notre âme ou notre pensée n’aurait pas de peine à se persuader cette vérité si elle était libre de ses préjugés mais, d’autant que nous sommes accoutumés à distinguer en toutes les autres choses l’essence de l’existence, et que nous pouvons feindre à plaisir plusieurs idées de choses qui, peut-être, n’ont jamais été et qui ne seront peut-être jamais, lorsque nous n’élevons pas comme il faut notre esprit à la contemplation de cet être tout parfait, il se peut faire que nous doutions si l’idée que nous avons de lui n’est pas l’une de celles que nous feignons quand bon nous semble, ou qui sont possibles, encore que l’existence ne soit pas nécessairement comprise en leur nature.»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • « De plus, lorsque nous faisons réflexion sur les diverses idées qui sont en nous, il est aisé d’apercevoir qu’il n’y a pas beaucoup de différence entre elles, en tant que nous les considérons simplement comme les dépendances de notre âme ou de notre pensée, mais qu’il y en a beaucoup en tant que l’une représente une chose, et l’autre une autre ; et même que leur cause doit être d’autant plus parfaite que ce qu’elles représentent de leur objet a plus de perfection. Car tout ainsi que lorsqu’on nous dit que quelqu’un a l’idée d’une machine où il y a beaucoup d’artifice, nous avons raison de nous enquérir comment il a pu avoir cette idée, à savoir, s’il a vu quelque part une telle machine faite par un autre, ou s’il a si bien appris la science des mécaniques, ou s’il est avantagé d’une telle vivacité d’esprit que de lui-même il ait pu l’inventer sans avoir rien vu de semblable ailleurs, à cause de tout …»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… l’artifice qui est représenté dans l’idée qu’a cet homme, ainsi que dans un tableau, doit être en sa première et principale cause, non pas seulement par imitation, mais en effet de la même sorte ou d’une façon encore plus éminente qu’il n’est représenté. […] Je ne crois pas qu’on doute de la vérité de cette démonstration, pourvu qu’on prenne garde à la nature du temps ou de la durée de notre vie ; car, étant telle que ses parties ne dépendent point les unes des autres et n’existent jamais ensemble, de ce que nous sommes maintenant, il ne s’ensuit pas nécessairement que nous soyons un moment après, si quelque cause, à savoir la même qui nous a produits, ne continue à nous produire, c’est-à-dire ne nous conserve. Et nous connaissons aisément qu’il n’y a point de force en nous par laquelle nous puissions subsister ou nous conserver un seul moment, et que celui qui a tant de puissance qu’il …»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… nous fait subsister hors de lui et qui nous conserve, doit se conserver soi-même, ou plutôt n’a besoin d’être conservé par qui que ce soit, et enfin qu’il est Dieu. […] Et nous appellerons ces choses indéfinies plutôt qu’infinies, afin de réserver à Dieu seul le nom d’infini ; tant à cause que nous ne remarquons point de bornes en ses perfections, comme aussi à cause que nous sommes très assurés qu’il n y en peut avoir. Pour ce qui est des autres choses, nous savons qu’elles ne sont pas ainsi absolument parfaites, parce qu’encore que nous y remarquions quelquefois des propriétés qui nous semblent n’avoir point de limites, nous ne laissons pas de connaître que cela procède du défaut de notre entendement, et non point de leur nature. […] Et le premier de ses attributs qui semble devoir être ici considéré, consiste en ce qu’il est très véritable et la source de toute lumière, de sorte qu’il n’est pas …»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… possible qu’il nous trompe, c’est-à-dire qu’il soit directement la cause des erreurs auxquelles nous sommes sujets, et que nous expérimentons en nous-mêmes ; car encore que l’adresse à pouvoir tromper semble être une marque de subtilité d’esprit entre les hommes, néanmoins jamais la volonté de tromper ne procède que de malice ou de crainte et de faiblesse, et par conséquent ne peut être attribuée à Dieu. […] Car toutes les façons de penser que nous remarquons en nous peuvent être rapportées à deux générales, dont l’une consiste à apercevoir par l’entendement, et l’autre à se déterminer par la volonté. Ainsi sentir, imaginer et même concevoir des choses purement intelligibles, ne sont que des façons différentes d’apercevoir ; mais désirer, avoir de l’aversion, assurer, nier, douter, sont des façons différentes de vouloir. […] Lorsque nous apercevons quelque chose, nous ne sommes …»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… point en danger de nous méprendre si nous n’en jugeons en aucune façon ; et quand même nous en jugerions, pourvu que nous ne donnions notre consentement qu’à ce que nous connaissons clairement et distinctement devoir être compris en ce dont nous jugeons, nous ne saurions non plus faillir ; mais ce qui fait que nous nous trompons ordinairement est que nous jugeons bien souvent, encore que nous n’ayons pas une connaissance bien exacte de ce dont nous jugeons. […] J’avoue que nous ne saurions juger de rien, si notre entendement n’y intervient, parce qu’il n’y a pas d’apparence que notre volonté se détermine sur ce que notre entendement n’aperçoit en aucune façon ; mais comme la volonté est absolument nécessaire, afin que nous donnions notre consentement à ce que nous avons aucunement aperçu, et qu’il n’est pas nécessaire pour faire un jugement tel …»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… quel que nous ayons une connaissance entière et parfaite ; de là vient que bien souvent nous donnons notre consentement à des choses dont nous n’avons jamais eu qu’une connaissance fort confuse. […] Il y a même des personnes qui en toute leur vie n’aperçoivent rien comme il faut pour en bien juger ; car la connaissance sur laquelle on peut établir un jugement indubitable doit être non seulement claire, mais aussi distincte. J’appelle claire celle qui est présente et manifeste à un esprit attentif ; de même que nous disons voir clairement les objets lorsque étant présents ils agissent assez fort, et que nos yeux sont disposés à les regarder ; et distincte, celle qui est tellement précise et différente de toutes les autres, qu’elle ne comprend en soi que ce qui paraît manifestement à celui qui la considère comme il faut. […] Par exemple, lorsque quelqu’un sent une douleur cuisante, la connaissance qu’il…»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… a de cette douleur est claire à son égard, et n’est pas pour cela toujours distincte, parce qu’il la confond ordinairement avec le faux jugement qu’il fait sur la nature de ce qu’il pense être en la partie blessée, qu’il croit être semblable à l’idée ou au sentiment de la douleur qui est en sa pensée, encore qu’il n’aperçoive rien clairement que le sentiment ou la pensée confuse qui est en lui. Ainsi la connaissance peut être claire sans être distincte, et ne peut être distincte qu’elle ne soit claire par même moyen. […] Pour ce qui est des vérités qu’on nomme des notions communes, il est certain qu’elles peuvent être connues de plusieurs très clairement et très distinctement ; car autrement elles ne mériteraient pas d’avoir ce nom ; mais il est vrai aussi qu’il y en a qui le méritent au regard de quelques personnes, qui ne le méritent point au regard des autres, à cause qu’elles ne leur …»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… sont pas assez évidentes. Non pas que je croie que la faculté de connaître qui est en quelques hommes s’étende plus loin que celle qui est communément en tous, mais c’est plutôt qu’il y en a lesquels ont imprimé de longue main des opinions en leur créance qui, étant contraires à quelques-unes de ces vérités, empêchent qu’ils ne les puissent apercevoir, bien qu’elles soient fort manifestes à ceux qui ne sont point ainsi préoccupés. […] Nous pouvons donc avoir deux notions ou idées claires et distinctes, l’une d’une substance créée qui pense, et l’autre d’une substance étendue, pourvu que nous séparions soigneusement tous les attributs de la pensée d’avec les attributs de l’étendue. Nous pouvons avoir aussi une idée claire et distincte d’une substance incréée qui pense et qui est indépendante, c’est-à-dire d’un Dieu, pourvu que nous ne pensions pas que cette idée nous …»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… représente tout ce qui est en lui, et que nous n’y mêlions rien par une fiction de notre entendement ; mais que nous prenions garde seulement à ce qui est compris véritablement en la notion distincte que nous avons de lui et que nous savons appartenir à la nature d’un être tout parfait. Car il n’y a personne qui puisse nier qu’une telle idée de Dieu soit en nous, s’il ne veut croire sans raison que l’entendement humain ne saurait avoir aucune connaissance de la Divinité. […] C’est ainsi que nous avons reçu la plupart de nos erreurs. A savoir, pendant les premières années de notre vie, que notre âme était si étroitement liée au corps, qu’elle ne s’appliquait à autre chose qu’à ce qui causait en lui quelques impressions, elle ne considérait pas encore si ces impressions étaient causées par des choses qui existassent hors de soi, mais seulement elle sentait de la douleur lorsque le corps en…»
    • PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
      • «… était offensé ou du plaisir lorsqu’il en recevait de l’utilité, ou bien, si elles étaient si légères que le corps n’en reçût point de commodité, ni aussi d’incommodité qui fût importante à sa conservation, elle avait des sentiments tels que sont ceux qu’on nomme goût, odeur, son, chaleur, froid, lumière, couleur, et autres semblables, qui véritablement ne nous représentent rien qui existe hors de notre pensée, mais qui sont divers selon les diversités qui se rencontrent dans les mouvements qui passent de tous les endroits de notre corps jusques à l’endroit du cerveau auquel elle est étroitement jointe et unie. Elle apercevait aussi des grandeurs, des figures et des mouvements qu’elle ne prenait pas pour des sentiments, mais pour des choses ou des propriétés de certaines choses qui lui semblaient exister ou du moins pouvoir exister hors de soi, bien qu’elle n’y remarquât pas encore cette différence.»
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    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • « Il n’y a rien en quoi paraisse mieux combien les sciences que nous avons des anciens sont défectueuses qu’en ce qu’ils ont écrit des passions. Car, bien que ce soit une matière dont la connaissance a toujours été fort recherchée, et qu’elle ne semble pas être des plus difficiles, à cause que chacun les sentant en soi-même on n’a point besoin d’emprunter d’ailleurs aucune observation pour en découvrir la nature, toutefois ce que les anciens en ont enseigné est si peu de chose, et pour la plupart si peu croyable, que je ne puis avoir aucune espérance d’approcher de la vérité qu’en m’éloignant des chemins qu’ils ont suivis. C’est pourquoi je serai obligé d’écrire ici en même façon que si je traitais d’une matière que jamais personne avant moi n’eût touchée. Et pour commencer, je considère que tout ce qui se fait ou qui arrive de nouveau est généralement appelé par les philosophes une passion…»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • «... au regard du sujet auquel il arrive, et une action au regard de celui qui fait qu’il arrive. En sorte que, bien que l’agent et le patient soient souvent fort différents, l’action et la passion ne laissent pas d’être toujours une même chose qui a ces deux noms, à raison des deux divers sujets auxquels on la peut rapporter. […] Puis aussi je considère que nous ne remarquons point qu’il y ait aucun sujet qui agisse plus immédiatement contre notre âme que le corps auquel elle est jointe, et que par conséquent nous devons penser que ce qui est en elle une passion est communément en lui une action ; en sorte qu’il n’y a point de meilleur chemin pour venir à la connaissance de nos passions que d’examiner la différence qui est entre l’âme et le corps, afin de connaître auquel des deux on doit attribuer chacune des fonctions qui sont en nous.»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • «[...] Ainsi, à cause que nous ne concevons point que le corps pense en aucune façon, nous avons raison de croire que toutes sortes de pensées qui sont en nous appartiennent à l’âme. Et à cause que nous ne doutons point qu’il y ait des corps inanimés qui se peuvent mouvoir en autant ou plus de diverses façons que les nôtres, et qui ont autant ou plus de chaleur (ce que l’expérience fait voir en la flamme, qui seule a beaucoup plus de chaleur et de mouvement qu’aucun de nos membres), nous devons croire que toute la chaleur et tous les mouvements qui sont en nous, en tant qu’ils ne dépendent point de la pensée, n’appartiennent qu’au corps. […] Au moyen de quoi nous éviterons une erreur très considérable en laquelle plusieurs sont tombés, en sorte que j’estime qu’elle est la première cause qui a empêché qu’on n’ait pu bien expliquer jusques ici les passions et…»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • «... les autres choses qui appartiennent à l’âme. Elle consiste en ce que, voyant que tous les corps morts sont privés de chaleur et ensuite de mouvement, on s’est imaginé que c’était l’absence de l’âme qui faisait cesser ces mouvements et cette chaleur. Et ainsi on a cru sans raison que notre chaleur naturelle et tous les mouvements de nos corps dépendent de l’âme, au lieu qu’on devait penser au contraire que l’âme ne s’absente, lorsqu’on meurt, qu’à cause que cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir le corps se corrompent. […] Afin donc que nous évitions cette erreur, considérons que la mort n’arrive jamais par la faute de l’âme, mais seulement parce que quelqu’une des principales parties du corps se corrompt ; et jugeons que le corps d’un homme vivant diffère autant de celui d’un homme mort que fait une montre, ou autre automate (c’est-à-dire autre machine qui se meut…»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • «... de soi-même), lorsqu’elle est montée et qu’elle a en soi le principe corporel des mouvements pour lesquels elle est instituée, avec tout ce qui est requis pour son action, et la même montre ou autre machine, lorsqu’elle est rompue et que le principe de son mouvement cesse d’agir. […] Mais on ne sait pas communément en quelle façon ces esprits animaux et ces nerfs contribuent aux mouvements et aux sens, ni quel est le principe corporel qui les fait agir. C’est pourquoi, encore que j’en aie déjà touché quelque chose en d’autres écrits, je ne laisserai pas de dire ici succinctement que, pendant que nous vivons, il y a une chaleur continuelle en notre cœur, qui est une espèce de feu que le sang des veines y entretient, et que ce feu est le principe corporel de tous les mouvements de nos membres. […] Mais ce qu’il y a ici de plus considérable, c’est que toutes les plus vives et plus subtiles …»
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      • «... parties du sang que la chaleur a raréfiées dans le coeur entrent sans cesse en grande quantité dans les cavités du cerveau. Et la raison qui fait qu’elles y vont plutôt qu’en aucun autre lieu, est que tout le sang qui sort du coeur par la grande artère prend son cours en ligne droite vers ce lieu-là, et que, n’y pouvant pas tout entrer, à cause qu’il n’y a que des passages fort étroits, celles de ses parties qui sont les plus agitées et les plus subtiles y passent seules pendant que le reste se répand en tous les autres endroits du corps. Or, ces parties du sang très subtiles composent les esprits animaux. Et elles n’ont besoin à cet effet de recevoir aucun autre changement dans le cerveau, sinon qu’elles y sont séparées des autres parties du sang moins subtiles. Car ce que je nomme ici des esprits ne sont que des corps, et ils n’ont point d’autre propriété sinon que ce sont des corps très petits et qui se meuvent…»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • «...très vite, ainsi que les parties de la flamme qui sort d’un flambeau. En sorte qu’ils ne s’arrêtent en aucun lieu, et qu’à mesure qu’il en entre quelques-uns dans les cavités du cerveau, il en sort aussi quelques autres par les pores qui sont en sa substance, lesquels pores les conduisent dans les nerfs, et de là dans les muscles, au moyen de quoi ils meuvent le corps en toutes les diverses façons qu’il peut être mû. […] Il reste encore ici à savoir les causes qui font que les esprits ne coulent pas toujours du cerveau dans les muscles en même façon, et qu’il en vient quelquefois plus vers les uns que vers les autres. Car, outre l’action de l’âme, qui véritablement est en nous l’une de ces causes, ainsi que je dirai ci-après, il y en a encore deux autres qui ne dépendent que du corps, lesquelles il est besoin de remarquer. La première consiste en la diversité des mouvements qui sont excités…»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • «... dans les organes des sens par leurs objets, laquelle j’ai déjà expliquée assez amplement en la Dioptrique ; mais afin que ceux qui verront cet écrit n’aient pas besoin d’en avoir lu d’autres, je répéterai ici qu’il y a trois choses à considérer dans les nerfs, à savoir : leur moelle, ou substance intérieure qui s’étend en forme de petits filets depuis le cerveau, d’où elle prend son origine, jusques aux extrémités des autres membres auxquelles ces filets sont attachés ; puis les peaux qui les environnent et qui, étant continues avec celles qui enveloppent le cerveau, composent de petits tuyaux dans lesquels ces petits filets sont enfermés ; puis enfin les esprits animaux qui, étant portés par ces mêmes tuyaux depuis le cerveau jusques aux muscles, sont cause que ces filets y demeurent entièrement libres et étendus, en telle sorte que la moindre chose qui meut la partie du corps où l’extrémité de …»
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      • «... quelqu’un d’eux est attachée, fait mouvoir par même moyen la partie du cerveau d’où il vient, en même façon que lorsqu’on tire un des bouts d’une corde on fait mouvoir l’autre. […] Après avoir ainsi considéré toutes les fonctions qui appartiennent au corps seul, il est aisé de connaître qu’il ne reste rien en nous que nous devions attribuer à notre âme, sinon nos pensées, lesquelles sont principalement de deux genres, à savoir : les unes sont les actions de l’âme, les autres sont ses passions. Celles que je nomme ses actions sont toutes nos volontés, à cause que nous expérimentons qu’elles viennent directement de notre âme, et semblent ne dépendre que d’elle. Comme, au contraire, on peut généralement nommer ses passions toutes les sortes de perceptions ou connaissances qui se trouvent en nous, à cause que souvent ce n’est pas notre âme qui les fait telles qu’elles sont, et que toujours elle les…»
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      • «... reçoit des choses qui sont représentées par elles. […] Derechef nos volontés sont de deux sortes. Car les unes sont des actions de l’âme qui se terminent en l’âme même, comme lorsque nous voulons aimer Dieu ou généralement appliquer notre pensée à quelque objet qui n’est point matériel. Les autres sont des actions qui se terminent en notre corps, comme lorsque de cela seul que nous avons la volonté de nous promener, il suit que nos jambes se remuent et que nous marchons. […] Nos perceptions sont aussi de deux sortes, et les unes ont l’âme pour cause, les autres le corps. Celles qui ont l’âme pour cause sont les perceptions de nos volontés et de toutes les imaginations ou autres pensées qui en dépendent. Car il est certain que nous ne saurions vouloir aucune chose que nous n’apercevions par même moyen que nous la voulons ; et bien qu’au regard de notre âme ce soit une …»
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      • «... action de vouloir quelque chose, on peut dire que c’est aussi en elle une passion d’apercevoir qu’elle veut. Toutefois, à cause que cette perception et cette volonté ne sont en effet qu’une même chose, la dénomination se fait toujours par ce qui est le plus noble, et ainsi on n’a point coutume de la nommer une passion, mais seulement une action. […] Lorsque notre âme s’applique à imaginer quelque chose qui n’est point, comme à se représenter un palais enchanté ou une chimère, et aussi lorsqu’elle s’applique à considérer quelque chose qui est seulement intelligible et non point imaginable, par exemple à considérer sa propre nature, les perceptions qu’elle a de ces choses dépendent principalement de la volonté qui fait qu’elle les aperçoit. C’est pourquoi on a coutume de les considérer comme des actions plutôt que comme des passions.»
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      • « Entre les perceptions qui sont causées par le corps, la plupart dépendent des nerfs ; mais il y en a aussi quelques-unes qui n’en dépendent point, et qu’on nomme des imaginations, ainsi que celles dont je viens de parler, desquelles néanmoins elles diffèrent en ce que notre volonté ne s’emploie point à les former, ce qui fait qu’elles ne peuvent être mises au nombre des actions de l’âme, et elles ne procèdent que de ce que les esprits étant diversement agités, et rencontrant les traces de diverses impressions qui ont précédé dans le cerveau, ils y prennent leur cours fortuitement par certains pores plutôt que par d’autres. Telles sont les illusions de nos songes et aussi les rêveries que nous avons souvent étant éveillés, lorsque notre pensée erre nonchalamment sans s’appliquer à rien de soi-même. Or, encore que quelques-unes de ces imaginations soient des passions de l’âme, en prenant ce mot en sa…»
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      • «... plus propre et plus particulière signification, et qu’elles puissent être toutes ainsi nommées, si on le prend en une signification plus générale, toutefois, parce qu’elles n’ont pas une cause si notable et si déterminée que les perceptions que l’âme reçoit par l’entremise des nerfs, et qu’elles semblent n’en être que l’ombre et la peinture, avant que nous les puissions bien distinguer, il faut considérer la différence qui est entre ces autres. […] Les perceptions que nous rapportons à notre corps ou à quelques-unes de ses parties sont celles que nous avons de la faim, de la soif et de nos autres appétits naturels, à quoi on peut joindre la douleur, la chaleur et les autres affections que nous sentons comme dans nos membres, et non pas comme dans les objets qui sont hors de nous. Ainsi nous pouvons sentir en même temps, et par l’entremise des mêmes nerfs, la froideur de notre main et la chaleur…»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • «... de la flamme dont elle s’approche, ou bien, au contraire, la chaleur de la main et le froid de l’air auquel elle est exposée, sans qu’il y ait aucune différence entre les actions qui nous font sentir le chaud ou le froid qui est en notre main et celles qui nous font sentir celui qui est hors de nous, sinon que l’une de ces actions survenant à l’autre, nous jugeons que la première est déjà en nous, et que celle qui survient n’y est pas encore, mais en l’objet qui la cause. […] Les perceptions qu’on rapporte seulement à l’âme sont celles dont on sent les effets comme en l’âme même, et desquelles on ne connaît communément aucune cause prochaine à laquelle on les puisse rapporter. Tels sont les sentiments de joie, de colère, et autres semblables, qui sont quelquefois excités en nous par les objets qui meuvent nos nerfs, et quelquefois aussi par d’autres causes.»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • « Or, encore que toutes nos perceptions, tant celles qu’on rapporte aux objets qui sont hors de nous que celles qu’on rapporte aux diverses affections de notre corps, soient véritablement des passions au regard de notre âme lorsqu’on prend ce mot en sa plus générale signification, toutefois on a coutume de le restreindre à signifier seulement celles qui se rapportent à l’âme même, et ce ne sont que ces dernières que j’ai entrepris ici d’expliquer sous le nom de passions de l’âme. […] Après avoir considéré en quoi les passions de l’âme diffèrent de toutes ses autres pensées, il me semble qu’on peut généralement les définir des perceptions ou des sentiments, ou des émotions de l’âme, qu’on rapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, entretenues et fortifiées par quelque mouvement des esprits. […] Mais pour entendre plus parfaitement toutes ces choses, il est besoin de savoir que…»
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      • «... l’âme est véritablement jointe à tout le corps, et qu’on ne peut pas proprement dire qu’elle soit en quelqu’une de ses parties à l’exclusion des autres, à cause qu’il est un et en quelque façon indivisible, à raison de la disposition de ses organes qui se rapportent tellement tous l’un à l’autre que, lorsque quelqu’un d’eux est ôté, cela rend tout le corps défectueux. Et à cause qu’elle est d’une nature qui n’a aucun rapport à l’étendue ni aux dimensions ou autres propriétés de la matière dont le corps est composé, mais seulement à tout l’assemblage de ses organes. Comme il paraît de ce qu’on ne saurait aucunement concevoir la moitié ou le tiers d’une âme ni quelle étendue elle occupe, et qu’elle ne devient point corps, mais qu’elle s’en sépare entièrement lorsqu’on dissout l’assemblage de ses organes. […] Il est besoin aussi de savoir que, bien que l’âme soit jointe à tout le corps, il y a néanmoins en lui…»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • «... quelque partie en laquelle elle exerce ses fonctions plus particulièrement qu’en toutes les autres. Et on croit communément que cette partie est le cerveau, ou peut-être le coeur : le cerveau, à cause que c’est à lui que se rapportent les organes des sens ; et le coeur, à cause que c’est comme en lui qu’on sent les passions. Mais, en examinant la chose avec soin, il me semble avoir évidemment reconnu que la partie du corps en laquelle l’âme exerce immédiatement ses fonctions n’est nullement le coeur, ni aussi tout le cerveau, mais seulement la plus intérieure de ses parties, qui est une certaine glande fort petite, située dans le milieu de sa substance, et tellement suspendue au-dessus du conduit par lequel les esprits de ses cavités antérieures ont communication avec ceux de la postérieure, que les moindres mouvements qui sont en elle peuvent beaucoup pour …»
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      • «... changer le cours de ces esprits, et réciproquement que les moindres changements qui arrivent au cours des esprits peuvent beaucoup pour changer les mouvements de cette glande. […] La raison qui me persuade que l’âme ne peut avoir en tout le corps aucun autre lieu que cette glande où elle exerce immédiatement ses fonctions est que je considère que les autres parties de notre cerveau sont toutes doubles, comme aussi nous avons deux yeux, deux mains, deux oreilles, et enfin tous les organes de nos sens extérieurs sont doubles ; et que, d’autant que nous n’avons qu’une seule et simple pensée d’une même chose en même temps, il faut nécessairement qu’il y ait quelque lieu où les deux images qui viennent par les deux yeux, où les deux autres impressions, qui viennent d’un seul objet par les doubles organes des autres sens, se puissent assembler en une avant qu’elles parviennent à l’âme, …»
    • LES PASSIONS DE L’ÂME
      • «... afin qu’elles ne lui représentent pas deux objets au lieu d’un. Et on peut aisément concevoir que ces images ou autres impressions se réunissent en cette glande par l’entremise des esprits qui remplissent les cavités du cerveau, mais il n’y a aucun autre endroit dans le corps où elles puissent ainsi être unies, sinon en suite de ce qu’elles le sont en cette glande. […] Au reste, l’âme peut avoir ses plaisirs à part. Mais pour ceux qui lui sont communs avec le corps, ils dépendent entièrement des passions : en sorte que les hommes qu’elles peuvent le plus émouvoir sont capables de goûter le plus de douceur en cette vie. Il est vrai qu’ils y peuvent aussi trouver le plus d’amertume lorsqu’ils ne les savent pas bien employer et que la fortune leur est contraire. Mais la sagesse est principalement utile en ce point, qu’elle enseigne à s’en rendre tellement maître et à les ménager avec tant d’adresse, que les maux qu’elles causent sont fort supportables, et même qu’on tire de la joie de tous.»
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    • - FIN -