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David hume
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  • 1. Dialogues sur la religion naturelle – Enquête sur l’entendement humain – Essai sur le sceptique – Essai sur la dignité ou la bassesse de la nature humaine – Discours politiques – Essai sur l’immortalité de l’âme – Essai sur l’origine du gouvernement – Essai sur les premiers principes du gouvernement – Traité de la nature humaine – Essai sur la superstition et l’enthousiasme Pierre Baribeau (2010)
  • 2. RÉSUMÉ DES CHAPITRES
    • [ 1 ] Le scepticisme est une attitude qui doit être exercée lorsque nous quittons la sphère de l’expérience et de la raison pour la sphère théologique, là où tout discours spéculatif à une égale valeur en l’absence de certitude. Qu’il est aussi inapproprié d’accorder des qualités humaines à l’être suprême.
    • [ 2 ] Hume apporte une distinction entre la sensation, la mémoire et l’imagination. Ces deux facultés, mémoire et imagination, ne sont que des impressions, des copies de la perception sensible. C’est la pensée, aidée de la volonté, qui est en mesure d’uniformiser les données de l’expérience.
  • 3. RÉSUMÉ DES CHAPITRES
    • [ 3 ] Hume critique les philosophes qui se bornent souvent à rechercher les principes de la nature et du bonheur à travers leur propre petit système réducteur. Les sentiments, les affections et les valeurs de l’être humain sont relatives à chaque individu.
    • [ 4 ] Hume invite les êtres humains à l’humilité. Nous avons tendance à nous prendre pour des êtres supérieurs, des demi-dieux, et à dénigrer les autres créatures, les animaux, parce que leur intelligence n’est pas aussi complexe que la nôtre. Les jugements de valeurs sont davantage guidés par la comparaison plutôt que sur un fondement réel.
  • 4. RÉSUMÉ DES CHAPITRES
    • [ 5 ] Le luxe peut être un raffinement dans les plaisirs des sens comme il peut devenir un vice dans l’excès. Le bonheur des hommes consiste en trois choses: l’action, le plaisir et le repos, ce dernier étant nécessaire à la régénération. Le travail, la science et les arts en général accroissent les facultés intellectuelles et enrichissent l’État.
    • [ 6 ] Pour Hume, il est difficile, par la voie de la raison, de prouver l’immortalité de l’âme. Les raisonnements abstraits ne peuvent décider d’aucune question de fait ou d’existence. C’est dans la révélation divine de l’Évangile que l’on doit s’en référer.
  • 5. RÉSUMÉ DES CHAPITRES
    • [ 7 ] Le but de tout gouvernement est la distribution de la justice. Malgré la nécessité de la justice, il est impossible, en tenant compte de la nature humaine, de la maintenir infailliblement. Car il y a des hommes qui se soucient davantage de leurs intérêts personnels que de l’intérêt commun. L’obéissance est la clef pour soutenir le devoir de justice et les liens de l’équité.
    • [ 8 ] Tout gouvernement est fondé non sur la force mais sur l’opinion. Il y a deux sortes d’opinions: d’intérêt et de droit. Il y a deux sortes de droits: de puissance et de propriété.
  • 6. RÉSUMÉ DES CHAPITRES
    • [ 9 ] Selon Hume, tous nos raisonnements, nos actions et nos passions ne dérivent que de l’accoutumance et de l’habitude. Une croyance peut éveiller en nous une émotion puis mener vers l’action. Certaines vertus sont naturelles quand elles sont accomplies avec sincérité. D’autre vertus sont artificielles quand elles sont accomplies par obligation ou par devoir envers l’État.
    • [ 10 ] Les sectes encouragent la superstition qui se fonde sur la crainte, la tristesse et le mépris de soi-même. Délaissant la raison pour des choses imaginaires, les sectes entretiennent la servitude des faibles et, pire encore, le désordre civil.
  • 7.
    • «[…] si un homme s’est habitué à considérer de façon sceptique l’incertitude et les bornes étroites de la raison, il n’oubliera pas le fruit de sa réflexion quand il tournera son esprit vers d’autres sujets ; mais, dans tous ses principes et raisonnements philosophiques - je n’ose pas dire dans sa conduite de tous les jours - il sera différent de ceux qui soit n’ont jamais formé d’opinions sur la question, soit nourrissent des sentiments plus favorables sur la raison humaine. A quelque degré qu’un homme puisse pousser ses principes spéculatifs sceptiques, il doit agir, je le reconnais, vivre et avoir des relations avec autrui, comme les autres hommes…»
  • 8.
    • «…; et, pour cette conduite, il n’est pas obligé de donner une autre raison que l’absolue nécessité où il se trouve d’agir ainsi. Si jamais il porte ses spéculations plus loin que cette nécessité ne le contraint et qu’il philosophe sur des sujets naturels ou moraux, il est séduit par un certain plaisir et une certaine satisfaction qu’il trouve à se comporter de cette manière. Il considère d’ailleurs que tout le monde, même dans la vie courante, est contraint d’avoir plus ou moins de cette philosophie, que, depuis notre première enfance nous faisons continuellement des progrès en formant des principes plus généraux de conduite et de…»
  • 9.
    • «…raisonnement et que, en élargissant notre expérience et en perfectionnant la raison dont nous sommes dotés, nous rendons toujours nos principes de plus en plus généraux et globaux ; et ce qu’on appelle philosophie n’est rien d’autre qu’une opération plus régulière et plus méthodique du même genre . La philosophie sur ces sujets n’est pas essentiellement différente des raisonnements de la vie courante. Nous pouvons seulement espérer une plus grande stabilité, si ce n’est une plus grande vérité, en raison de la méthode plus exacte et plus scrupuleuse avec laquelle nous procédons. Mais, quand nous regardons au-delà des affaires…»
  • 10.
    • «…humaines et des propriétés des corps qui nous entourent, quand nous poussons nos spéculations jusqu’aux deux éternités, avant et après l’état actuel des choses, jusqu’à la création et la formation de l’univers, l’existence et les propriétés des esprits, les pouvoirs et les opérations d’un esprit universel existant sans début ni fin, omnipotent, omniscient, immuable, infini et incompréhensible, il faut que nous soyons bien éloignés de la plus petite tendance au scepticisme pour ne pas craindre d’être alors complètement au-delà des bornes de nos facultés. Aussi longtemps que nous limitons notre spéculation au commerce, à la morale, à la politique ou à…»
  • 11.
    • «…l’esthétique, nous faisons appel à tout moment au sens commun et à l’expérience qui donnent de la force à nos conclusions philosophiques et font disparaître (du moins en partie) le soupçon que nous nourrissons si justement à l’égard de tout raisonnement très subtil et raffiné. Mais, dans les raisonnements théologiques, nous n’avons pas cet avantage car nous avons affaire à des objets qui sont très au-dessus de notre portée, objets qui, parmi tous les objets, sont ceux avec lesquels notre entendement doit le plus se familiariser. Nous sommes comme des étrangers dans un pays inconnu, à qui tout doit sembler suspect et qui risquent…»
  • 12.
    • «…à tout moment de transgresser les lois et les coutumes du peuple avec lequel ils vivent et ont des relations. Nous ne savons dans quelle mesure nous devons nous fier à nos méthodes ordinaires de raisonnement sur un tel sujet puisque, même dans la vie courante et dans ce domaine qui leur est particulièrement approprié, nous ne pouvons pas les expliquer et nous sommes entièrement guidés par une sorte d’instinct ou de nécessité quand nous les employons. Tous les sceptiques prétendent que, si la raison est considérée d’un point de vue abstrait, elle fournit d’invincibles arguments contre elle-même et que nous ne pourrions jamais avoir quelque…»
  • 13.
    • «...conviction ou assurance sur un objet si les raisonnements sceptiques n’étaient pas si raffinés et si subtils qu’ils sont incapables de contrebalancer les arguments plus solides et plus naturels que nous tirons des sens et de l’expérience. Mais il est évident que, chaque fois que nos arguments perdent cet avantage et s’écartent de la vie courante, le scepticisme le plus raffiné est à égalité avec eux et est capable de s’y opposer et de les contrebalancer. Les uns n’ont pas plus de poids que l’autre. L’esprit demeure nécessairement en suspens entre eux et c’est cet équilibre même, cette balance, qui fait le triomphe du scepticisme. […]»
  • 14.
    • «[…] Il y a en vérité une sorte de scepticisme grossier et ignorant – comme vous l’avez bien remarqué – qui donne au vulgaire un préjugé contre tout ce qu’il ne comprend pas facilement et qui lui fait rejeter tous les principes qui requièrent des raisonnements compliqués pour être prouvés et établis. Cette espèce de scepticisme est fatale à la connaissance, pas à la religion puisque nous voyons que ceux qui font profession d’un grand scepticisme donnent souvent leur assentiment non seulement aux grandes vérités du théisme et de la théologie naturelle, mais aussi aux plus absurdes croyances que leur a transmises la superstition traditionnelle.»
  • 15.
    • «[…] quand des hommes raisonnables traitent ces sujets, la question ne saurait jamais être celle de l’Existence de Dieu mais elle est celle de sa Nature. La première vérité, comme vous l’avez bien remarqué, est indubitable et évidente par elle-même. Rien n’existe sans une cause et la cause originelle de l’univers (quelle qu’elle soit), nous l’appelons Dieu et, pieusement, nous lui attribuons toutes les espèces de perfection. Quiconque doute de cette vérité fondamentale mérite tous les châtiments qui puissent être infligés chez les philosophes, à savoir le ridicule, le mépris et la désapprobation. Mais, comme toute perfection est entièrement relative,…»
  • 16.
    • «…nous ne devons jamais imaginer que nous comprenons les attributs de cet Être divin ou supposer que ses perfections ont quelque analogie ou quelque ressemblance avec les perfections d’une créature humaine. Nous lui attribuons justement la sagesse, la pensée, le dessein, la connaissance parce que ces mots sont honorables chez les hommes et que nous n’avons pas d’autre langage ou d’autres conceptions pour exprimer notre adoration. Mais gardons-nous de penser que nos idées correspondent en aucune façon à ses perfections ou que ses attributs aient quelque ressemblance avec les qualités humaines. Il est infiniment supérieur à…»
  • 17.
    • «…nos vues et notre compréhension limitées et est davantage un objet de culte dans le temple qu’un objet de dispute dans les écoles. […] La curieuse adaptation des moyens aux fins dans toute la nature ressemble exactement, mais en beaucoup plus grand, aux productions des artifices humains, aux produits du dessein humain, de la sagesse et de l’intelligence humaines. Puisque donc les effets se ressemblent, nous sommes conduits à inférer, par toutes les règles de l’analogie, que les causes se ressemblent aussi et que l’Auteur de la Nature est en quelque façon semblable à l’esprit de l’homme, même s’il possède des facultés beaucoup plus grandes et…»
  • 18.
    • «…proportionnées à la grandeur de l’ouvrage qu’il a exécuté. Par cet argument a posteriori et par cet argument seul, n’avons-nous pas prouvé en même temps l’existence de Dieu et sa similitude avec l’esprit et l’intelligence de l’homme? Si un homme faisait abstraction de tout ce qu’il connaît ou a vu, il serait totalement incapable, simplement par ses propres idées, de déterminer quel spectacle doit être l’univers ou de donner la préférence à un état des choses sur un autre. En effet, comme rien de ce qu’il concevrait clairement ne serait jugé impossible ou comme impliquant contradiction, toutes les chimères de sa fantaisie seraient à égalité et il ne pourrait…»
  • 19.
    • «…fournir aucune bonne raison d’adhérer à une idée ou un système et de rejeter tous les autres qui sont également possibles. De même, après avoir ouvert les yeux et contemplé le monde tel qu’il est réellement, il lui serait impossible, dans un premier temps, d’assigner une cause à un événement, encore moins à l’ensemble des choses de l’univers. Il pourrait laisser divaguer sa fantaisie qui l’amènerait à une infinie variété de rapports et de représentations. Ces représentations seraient toutes possibles mais, étant toutes également possibles, il ne pourrait jamais, par lui-même, donner une explication satisfaisante de sa préférence…»
  • 20.
    • «…pour l’une plutôt que pour d’autres. L’expérience seule peut lui indiquer la vraie cause d’un phénomène […] pour autant que nous puissions connaître a priori, la matière, tout comme l’esprit, peut contenir en elle-même, originellement, la source, le ressort de l’ordre; et il n’est pas plus difficile de concevoir que les différents éléments venant d’une cause interne et inconnue tombent dans le plus délicat arrangement que de concevoir que leurs idées dans le grand esprit universel, idées venant d’une cause interne et inconnue, tombent dans cet arrangement. […] même si nous étions pleinement assurés qu’une pensée et une raison…»
  • 21.
    • «…ressemblant à celles de l’homme se trouvent ailleurs dans l’univers et si leur activité était largement plus grande et plus importante que ce qu’on voit sur le globe, je ne vois pourtant pas pourquoi les opérations d’un monde constitué, arrangé, ajusté pourraient être étendues à un monde qui est à l’état embryonnaire et qui s’avance vers cette constitution et cet arrangement. […] La nature – nous le voyons même dans notre expérience limitée – possède un nombre infini de ressorts et de principes qui se découvrent sans cesse à chaque changement de sa position et de sa situation. Une très petite partie de ce grand système, …»
  • 22.
    • «…durant un temps très court, nous est découverte très imparfaitement. De là, allons-nous nous prononcer de façon décisive sur l’origine du tout? […] L’univers ne pouvait donc pas originellement atteindre un ordre et un arrangement sans quelque chose de semblable à l’art humain. Mais une partie de la nature est-elle une règle pour une autre partie très éloignée de la première? Est-elle une règle pour le tout? Une très petite partie est-elle une règle pour l’univers? La nature dans une situation est-elle une règle certaine pour la nature dans une autre situation largement différente de la première?»
    _
  • 23.
    • «Chacun accordera facilement qu'il y a une différence considérable entre les perceptions de l'esprit, quand on ressent la douleur d'une chaleur excessive ou le plaisir d'une chaleur modérée, et quand, ensuite, on rappelle à sa mémoire cette sensation, ou quand on l'anticipe par son imagination. Ces facultés, mémoire et imagination, peuvent imiter ou copier les perceptions des sens, mais elles ne peuvent jamais entièrement atteindre la force et la vivacité du sentiment primitif. Le plus que nous en puissions dire, même quand elles opèrent avec la plus grande force, c'est qu'elles représentent leur objet d'une manière si vivante que nous pouvons…»
  • 24.
    • «…presque dire que nous le sentons ou le voyons; mais, sauf si l'esprit est dérangé par la maladie ou la folie, ces facultés ne peuvent jamais atteindre un degré de vivacité susceptible de rendre ces perceptions entièrement indiscernables. Toutes les couleurs de la poésie, pourtant splendides, ne peuvent jamais peindre les objets naturels d'une manière telle qu'elles fassent prendre la description pour le paysage réel. La pensée la plus vivante est encore inférieure à la sensation la plus faible. […] Quand nous réfléchissons à nos affections et sentiments passés, notre pensée est un miroir fidèle et elle copie ses objets avec vérité; …»
  • 25.
    • «…mais les couleurs qu'elle emploie sont faibles et ternes, en comparaison de celles dont les perceptions primitives étaient revêtues. On n'a pas besoin d'un discernement subtil ou d'un esprit métaphysique pour repérer la différence entre ces perceptions. Par conséquent, nous pouvons ici diviser toutes les perceptions de l'esprit en deux classes ou espèces, qui seront distinguées par les différents degrés de force et de vivacité. Les perceptions les moins fortes, les moins vives sont communément appelées PENSÉES ou IDÉES. Celles de l'autre classe n'a pas de nom dans notre langue, ni dans la plupart des autres langues, et je suppose que ce défaut…»
  • 26.
    • «…s'explique par l'inutilité, sinon à des fins philosophiques, de placer ces perceptions sous une appellation ou un terme général. Usons donc de quelque liberté et appelons-les IMPRESSIONS, en employant ce mot dans un sens quelque peu différent du sens habituel. Par les termes IMPRESSIONS, donc, j'entends toutes nos plus vives perceptions, quand nous entendons, voyons, sentons, aimons, haïssons, désirons ou voulons. Et les impressions sont distinguées des idées, qui sont les perceptions les moins vives dont nous sommes conscients quand nous réfléchissons à l'une des sensations où à l'un des mouvements dont nous…»
  • 27.
    • «…venons de parler. Rien, à première vue, ne peut sembler plus affranchi de toute limite que la pensée humaine, qui non seulement échappe à toute autorité et à tout pouvoir humains, mais encore n'est pas prisonnière des bornes de la nature et de la réalité. Construire des monstres et unir des formes et des apparences normalement sans rapports ne coûte pas à l'imagination plus de peine que de concevoir les objets les plus naturels et les plus familiers. […] Mais, bien que notre pensée semble posséder une liberté illimitée, nous trouverons, en l'examinant de plus près, qu'elle est en réalité resserrée en de très étroites limites, et que tout le…»
  • 28.
    • «…pouvoir de création de l'esprit se ramène à rien de plus que la faculté de mêler, transposer, accroître ou diminuer les matériaux que nous offrent les sens et l'expérience. […] En un mot, tous les matériaux de la pensée viennent ou du sens interne ou des sens externes. Leur mélange et leur composition seuls tirent leur origine de l'esprit et de la volonté; ou, pour m'exprimer dans un langage philosophique, toutes nos idées ou plus faibles perceptions sont des copies des impressions ou plus vives perceptions. Pour le prouver, les deux arguments suivants seront, je l'espère, suffisants. Premièrement, quand nous analysons nos pensées ou idées, …»
  • 29.
    • «…quelque composées ou sublimes qu'elles soient, nous trouverons toujours qu'elles se décomposent en idées simples du genre de celles qui ont été les copies de sensations ou de sentiments. Même les idées qui, au premier regard, semblent les plus éloignées de cette origine, se révèlent, après un examen minutieux plus serré, venir de la même source. L'idée de Dieu, entendu comme un Être infiniment intelligent, infiniment sage et infiniment bon, provient d'une réflexion sur les opérations de notre propre esprit, en accroissant sans limites ces qualités de bonté et de sagesse. Nous pouvons poursuivre cette enquête aussi loin qu'il…»
  • 30.
    • «…nous plaira, nous trouverons toujours que chaque idée examinée est la copie d'une impression semblable. Ceux qui prétendraient que cette affirmation n'est ni universellement vraie ni sans exception, n'ont qu'une seule méthode, et une méthode aisée, pour la réfuter : produire l'idée qui, selon leur opinion, n'est pas dérivée de cette source. Il nous incombera ensuite, si nous voulons maintenir notre doctrine, de produire l'impression ou perception vive qui lui correspond. Deuxièmement, s'il arrive, par le défaut d'un organe, qu'un homme soit fermé à une espèce de sensations, nous trouverons toujours qu'il est fermé…»
  • 31.
    • «…de même façon aux idées correspondantes. Un aveugle ne peut former aucune idée des couleurs, un sourd aucune idée des sons. Restituez à l'un et à l'autre le sens qui leur manque. En ouvrant cette portée d'entrée à leurs sensations, vous ouvrez aussi la porte aux idées, et ils ne trouveront aucune difficulté à concevoir ces objets. Le cas est le même si l'objet susceptible d'exciter une sensation n'a jamais été présenté à l'organe. Un LAPON ou un NÈGRE n'a aucune idée du goût du vin. Bien qu'il y ait peu ou qu'il n'y ait pas d'exemples d'un semblable déficit, par lequel un homme n'a jamais vécu un sentiment ou une passion appartenant à…»
  • 32.
    • «…son espèce, ou en est totalement incapable, nous pouvons faire la même observation, quoiqu'à un degré moindre. Un homme de manières douces ne peut se former l'idée d'un désir d'une vengeance et d'une cruauté acharnées, pas plus qu'un coeur égoïste ne conçoit facilement les sommets de l'amitié et de la générosité. On admet volontiers que d'autres êtres peuvent posséder de nombreux sens dont nous ne pouvons avoir aucune idée, parce que les idées de ses sens n'ont jamais été introduites en nous par la seule façon dont une idée peut avoir accès à l'esprit, à savoir, dans les faits, par la sensation et le sentiment.»
  • 33.
    • «Il y a cependant un phénomène qui contredit notre thèse et qui peut prouver qu'il n'est pas absolument impossible aux idées de naître indépendamment de leurs impressions correspondantes. On conviendra aisément que les diverses idées distinctes de couleurs, qui entrent par la vue, et celles des sons, qui transitent par l'ouïe, sont réellement différentes les unes des autres, bien qu'en même temps elles se ressemblent. Si c'est vrai des différentes couleurs, ce n'est pas moins vrai des différentes nuances de couleurs, et chaque nuance produit une idée distincte, indépendante des autres. Car, si on le nie, il est possible, par une gradation continue…»
  • 34.
    • «…des nuances, d'amener une couleur jusqu'à celle qui en est la plus éloignée. Et si vous n'admettez pas que les nuances intermédiaires sont différentes, vous ne pouvez pas, sans absurdité, nier l'identité des extrêmes. Supposons donc un homme qui ait joui de la vue pendant trente ans et qui soit devenu parfaitement familier de couleurs de toutes sortes, sauf d'une nuance particulière de bleu, par exemple, qu'il n'a pas eu l'occasion de rencontrer. Plaçons devant lui toutes les diverses nuances de cette couleur, à l'exception de cette nuance inconnue, dans une gradation descendante de la plus foncée à la plus claire. Il est évident qu'il percevra…»
  • 35.
    • «…un vide là où la nuance de couleur doit se trouver, et il sera sensible au fait qu'il se trouve une plus grande distance entre les deux couleurs contiguës qu'entre les autres couleurs. Je pose cette question : cette personne, par sa seule imagination, sera-t-elle capable de suppléer à ce manque, et de produire par elle-même l'idée de cette nuance particulière, bien qu'elle ne lui soit jamais parvenue par ses yeux? Je crois que peu nombreux sont ceux qui penseront qu'il ne le peut pas. Et cela peut servir de preuve que les idées simples ne sont pas toujours, dans tous les cas, dérivées des impressions correspondantes.»
    _
  • 36.
    • «Je nourris depuis longtemps un soupçon à l’égard des décisions des philosophes sur tous les sujets et j’ai trouvé en moi une plus forte inclination à discuter leurs conclusions qu’à les approuver. La plupart, presque sans exception, semblent sujets à une erreur : ils limitent trop leurs principes et ils ne tiennent pas compte de la grande diversité que la nature affectionne dans toutes ses opérations. Une fois qu’un philosophe a mis la main sur un principe favori qui explique sans doute de nombreux effets naturels, il étend le même principe à toute la création et y réduit tout phénomène, même par le raisonnement le plus forcé et le plus absurde.»
  • 37.
    • «Notre propre esprit étant étroit et resserré, nous ne pouvons étendre ce que nous concevons à la diversité et à l’étendue de la nature mais nous imaginons que cette dernière est aussi bornée dans ses opérations que nous le sommes dans notre spéculation. Mais s’il y a bien une occasion de suspecter cette infirmité des philosophes, c’est dans leurs raisonnements sur la vie humaine et sur les méthodes pour atteindre le bonheur. En ce cas, ils s’égarent non seulement à cause de l’étroitesse de leur entendement mais aussi à cause de celle de leurs passions. Presque chacun a une inclination prédominante à laquelle il soumet ses…»
  • 38.
    • «…autres désirs et affections et qui le gouverne, avec certaines interruptions, pendant tout le cours de sa vie. Chacun a [donc] des difficultés à comprendre qu’une chose qui lui paraît totalement indifférente puisse jamais donner du plaisir à une autre personne ou puisse posséder des charmes qui échappent totalement à son observation. Ce qu’il recherche est toujours selon lui le plus attrayant, les objets de sa passion sont les plus estimables et le chemin qu’il suit le seul qui conduise au bonheur. Mais si ces raisonneurs plein de préjugés réfléchissaient un moment, ils verraient qu’il existe de nombreux cas et arguments évidents pour les détromper et…»
  • 39.
    • «…leur faire élargir leurs maximes et principes. Ne voient-ils pas la grande diversité des inclinations et des aspirations qui sont celles de notre espèce, chaque homme semblant pleinement satisfait du propre cours de sa vie et estimant qu’il serait le plus malheureux [des hommes] s’il devait se limiter à celle de son voisin ? Ne sentent-ils pas en eux-mêmes que ce qui plaît à un moment déplaît à un autre à cause du changement d’inclination et qu’il n’est pas en notre pouvoir, même par les plus grands efforts, de faire renaître ce goût ou cet appétit qui, avant, accordait des charmes à ce qui nous paraît aujourd’hui indifférent ou désagréable ?»
  • 40.
    • «Cela a-t-il un sens de préférer généralement une vie à la ville plutôt qu’une vie à la campagne, une vie d’action plutôt qu’une vie de plaisir, une vie de retraite plutôt qu’une vie sociale alors que, outre les diverses inclinations des différents hommes, l’expérience de chacun peut nous convaincre que tous les genres de vie sont tour à tour agréables et que c’est leur diversité ou leur judicieux mélange qui contribue surtout à les rendre tous agréables ? Mais laisserons-nous cette affaire aller au hasard ? Un homme ne doit-il consulter que son humeur et son inclination pour déterminer le cours de sa vie sans employer sa raison pour savoir…»
  • 41.
    • «…quel chemin est préférable et conduit plus sûrement au bonheur ? N’y a-t-il aucune différence entre la conduite d’un homme et celle d’un autre ? Je réponds qu’il y a une grande différence. Un homme qui suit son inclination dans le choix du cours de sa vie peut employer des moyens beaucoup plus sûrs qu’un autre qui est conduit par son inclination au même cours de vie et qui poursuit le même objet. La richesse est-elle l’objet principal de vos désirs ? Acquérez de l’habileté dans votre profession, soyez diligent dans son exercice, élargissez le cercle de vos amis et de vos connaissances, évitez le plaisir et la dépense…»
  • 42.
    • «…et ne soyez jamais généreux que si vous avez en vue de gagner davantage que ce que vous auriez mis de côté en vous montrant économe. Voulez-vous acquérir l’estime publique ? Gardez-vous également des extrêmes de l’arrogance et de la flagornerie. Montrez que vous vous donnez de la valeur sans mépriser les autres. Si vous tombez dans l’un ou l’autre de ces extrêmes, soit vous exciterez l’orgueil des hommes par votre insolence, soit vous leur apprendrez, par votre soumission craintive et par la misérable opinion que vous semblez avoir de vous-même, à vous mépriser. Ce sont là, dites-vous, les maximes communes de la prudence et…»
  • 43.
    • «…de la sagesse, ce que chaque parent inculque à son enfant et ce que tout homme poursuit dans le cours de la vie qu’il a choisie. Que désirez-vous alors de plus ? Venez-vous vers le philosophe comme vers un sorcier pour apprendre, grâce à la magie ou la sorcellerie, quelque chose de plus que ce qui peut être connu par la prudence et la sagesse communes ? Oui, nous venons plus vers le philosophe pour apprendre comment nous devons choisir nos fins que pour apprendre les moyens de les atteindre. Nous voulons savoir quels désirs nous allons satisfaire, à quelle passion nous allons nous soumettre, à quel appétit…»
  • 44.
    • «…nous allons nous laisser aller. Pour ce qui est du reste, nous faisons confiance, pour nous instruire, au sens commun et aux maximes générales du monde. Dans ce cas, je regrette d’avoir prétendu être philosophe. En effet, je trouve vos questions très embarrassantes et je risque, si ma réponse est trop stricte et trop sévère, de passer pour un pédant et un scolastique et, si elle est trop coulante et trop libre, d’être pris pour un prêcheur de vice et d’immoralité. Toutefois, pour vous satisfaire, je vais vous donner mon opinion sur la question et tout ce que je demande, c’est que vous ne lui accordiez pas plus d’importance que je ne lui en accorde.»
  • 45.
    • «De cette façon, vous penserez qu’elle ne mérite ni votre raillerie, ni votre colère. Si nous pouvons nous reposer sur un principe que nous apprenons de la philosophie et qui, je pense, peut être considéré comme certain et indubitable, c’est celui-ci : rien n’est en soi estimable ou méprisable, désirable ou haïssable, beau ou laid. Ces attributs naissent de la constitution et de la structure particulières des sentiments et des affections de l’homme. Ce qui semble à un animal la nourriture la plus délicieuse paraît dégoûtant à l’autre ; ce qui affecte le sentiment de l’un avec délice produit le malaise chez l’autre.»
  • 46.
    • «C’est, de l’aveu général, le cas pour toutes les sensations corporelles. […] La nature a donné à tous les animaux un préjugé favorable envers leur progéniture. Aussitôt que le nouveau-né sans défense voit le jour, même s’il est regardé comme une créature méprisable et misérable par les autres, il est considéré par ses parents attendris avec la plus grande affection et est préféré à tout autre objet, même parfait et accompli. La passion seule, qui vient de la structure et de la constitution originelles de la nature humaine, donne de la valeur à l’objet le plus insignifiant. Nous pouvons pousser plus loin la même observation et conclure que, même…»
  • 47.
    • «…quand l’esprit opère seul et que, éprouvant un sentiment de blâme ou d’approbation, il déclare qu’un objet est laid et odieux, qu’un autre est beau et aimable, même dans ce cas, dis-je, ces qualités ne sont pas réellement dans les objets mais appartiennent entièrement au sentiment de l’esprit qui blâme ou approuve. J’accorde qu’il sera plus difficile de rendre cette proposition évidente et, pour ainsi dire, tangible, à des penseurs négligents parce que la nature est plus uniforme dans les sentiments de l’esprit que dans la plupart des sensations du corps et qu’elle produit une plus grande ressemblance [entre les individus] dans la partie…»
  • 48.
    • «…intérieure que dans la partie extérieure de l’homme. Par cette diversité de sentiments qu’on observe dans le genre humain, la nature a peut-être voulu nous rendre sensibles à son autorité et nous faire voir quels changements surprenants elle peut produire sur les passions et les désirs des hommes simplement en modifiant la structure interne sans aucun changement des objets. Même le vulgaire peut être convaincu par cet argument mais les hommes qui ont l’habitude de penser peuvent tirer un argument plus convaincant, ou du moins plus général, de la nature même du sujet.»
    _
  • 49.
    • «Certaines sectes se forment secrètement dans le monde savant, tout comme certaines factions se forment dans le monde politique et, même si, de temps à autres, elles ne parviennent pas à une rupture ouverte, elles donnent un tour d’esprit différent à ceux qui ont pris parti pour une secte ou pour une autre. Les plus remarquables de cette sorte sont les sectes qui se fondent sur des sentiments différents à l’égard de la dignité de la nature humaine, point qui semble avoir divisé les philosophes et les poètes aussi bien que les théologiens, et cela depuis l’origine du monde jusqu’à ce jour. Certains élèvent notre espèce…»
  • 50.
    • «…jusqu’aux cieux et représentent l’homme comme une sorte de demi-dieu humain qui tire son origine du ciel et conserve des signes évidents de sa lignée et de son origine. D’autres insistent sur les côtés obscurs de la nature humaine et ne peuvent découvrir quelque chose, sinon la vanité, par lequel l’homme surpasse les autres animaux qu’il affecte tant de mépriser. […] Je suis loin de penser que tous ceux qui ont déprécié notre espèce aient été des ennemis de la vertu et qu’ils aient exposé les faiblesses de leurs semblables avec une mauvaise intention. Au contraire, je sais bien qu’un sens moral délicat, surtout s’il s’accompagne d’un…»
  • 51.
    • «…tempérament chagrin, est susceptible de donner à un homme le dégoût du monde et de lui faire considérer le cours habituel des affaires humaines avec beaucoup trop d’indignation. Je dois cependant être d’avis que le sentiment de ceux qui sont enclins à penser favorablement de l’humanité avantage plus la vertu que les principes opposés, qui donnent à l’homme une misérable opinion de notre nature. Quand un homme a déjà de lui-même une haute idée de son rang et de sa personne au sein de la création, il s’efforce d’agir en fonction d’elle et il refusera de commettre une action vile ou vicieuse qui pourrait le faire chuter au-dessous de l’image [de lui-même]…»
  • 52.
    • «…qu’il se fait dans sa propre imagination. C’est pourquoi nous voyons que les moralistes raffinés à la mode insistent sur ce point et s’efforcent de représenter le vice comme indigne de l’homme et odieux en lui-même. Qu’il y ait une différence naturelle entre le mérite et le démérite, entre la vertu et le vice, entre la sagesse et la folie, nul homme raisonnable ne le niera. Il est cependant évident que, en attribuant un terme qui dénote soit notre approbation, soit notre blâme, nous sommes généralement plus influencés par la comparaison que par un critère fixe et inaltérable de la nature des choses.»
  • 53.
    • «De la même manière, tout le monde reconnaît que la quantité, l’étendue et la taille sont des choses réelles mais, quand nous disons d’un animal qu’il est grand ou petit, nous formons toujours une comparaison secrète entre cet animal et d’autres animaux de la même espèce, et c’est cette comparaison qui règle notre jugement sur sa grandeur. Un chien et un cheval peuvent être de la même taille, alors que l’un est admiré pour sa grandeur et l’autre pour sa petitesse. Donc, quand je suis présent lors d’une dispute, je m’interroge toujours pour savoir si c’est une question de comparaison ou non qui est le sujet de la controverse et, si c’est le cas, …»
  • 54.
    • «…je me demande si ceux qui débattent comparent les mêmes objets ou parlent de choses qui sont largement différentes. En formant nos idées de la nature humaine, nous avons tendance à faire une comparaison entre les hommes et les animaux, les seules créatures douées de pensée qui tombent sous nos sens. Il est certain que cette comparaison tourne à l’avantage de l’humanité. D’un côté, nous voyons une créature dont les pensées ne sont limitées par aucune borne étroite, dans le temps ou dans l’espace, qui porte ses recherches jusqu’aux régions les plus éloignées de ce globe et, au-delà de ce globe, jusqu’aux planètes et jusqu’aux…»
  • 55.
    • «…corps célestes, qui regarde derrière elle pour considérer l’origine première, du moins l’histoire de la race humaine, qui lance son regard dans l’avenir pour voir l’influence de ses actions sur la postérité et les jugements qui seront formés sur son caractère d’ici mille ans, une créature qui découvre les causes et les effets, [même quand ils sont] lointains et enchevêtrés, qui extrait des principes généraux de phénomènes particuliers, qui progresse par ses découvertes, qui corrige ses erreurs et tire même du profit de ses erreurs D’un autre côté, se présente une créature totalement opposée, limitée dans ses observations et ses raisonnements…»
  • 56.
    • «…à quelques objets sensibles qui l’entourent, sans curiosité, sans prévoyance, aveuglément conduite par l’instinct, qui atteint en un temps bref son extrême perfection au-delà de laquelle elle n’est jamais incapable d’avancer d’un seul pas. Quelle large différence entre ces créatures ! Et comme doit être haute l’idée que nous devons nourrir de la première, en comparaison de la deuxième ! Il y a communément deux moyens de ruiner cette conclusion. Premièrement, faire une représentation désavantageuse du cas et n’insister que sur les faiblesses de l’homme. Et, deuxièmement, former une nouvelle et secrète comparaison entre…»
  • 57.
    • «…l’homme et des êtres de la plus parfaite sagesse. Parmi les autres qualités excellentes de l’homme, il en est une qui lui permet de former une idée de perfections qui sont largement au-delà de ce dont il a l’expérience en lui-même, et il n’est pas limité dans sa conception de la sagesse et de la vertu. Il peut facilement élever ses idées et concevoir un degré de connaissance qui, comparé à sa connaissance, la rendra très méprisable et qui, d’une certaine manière, fera disparaître et s’évanouir la différence entre elle et la sagacité des animaux. Comme tout le monde s’accorde sur le fait que l’intelligence humaine est infiniment loin d’avoir atteint…»
  • 58.
    • «…une parfaite sagesse, il est bon que nous sachions quand cette comparaison intervient afin de ne pas disputer quand il n’y a pas de réelle différence de sentiments. L’homme est beaucoup plus loin de la parfaite sagesse, et même de ses propres idées de la parfaite sagesse, que l’animal ne l’est de l’homme. Cependant, la dernière différence est si considérable que rien ne peut la rendre insignifiante […] Il est aussi habituel de comparer un homme avec un autre homme et, en nous rendant compte qu’il en est peu que nous puissions appeler sages ou vertueux, nous sommes enclins à nourrir l’idée que notre espèce est méprisable en général.»
    _
  • 59.
    • «Le mot luxe a une signification assez douteuse ; on peut le prendre en bonne & en mauvaise part. Cependant on entend en général par là un certain raffinement dans les plaisirs des sens : & chaque degré peut en être innocent ou blâmable, selon les tems, les lieux, & la condition des personnes. A cet égard, plus qu’en aucun autre sujet de morale, il est difficile de fixer les bornes qu’il y a entre la vertu & le vice. Croire que c’est un vice que de goûter aucune sorte de plaisir sensuel, d’aimer la bonne chère, les ajustements, c’est une idée qui ne peut entrer que dans une tête échauffée par les vapeurs du fanatisme.»
  • 60.
    • «[…]Tel est encore le péché de boire du Champagne ou du Bourgogne, plutôt que de la Bière-forte, ou de la petite-bière. Ces petites douceurs ne sont des vices que quand on les recherche aux dépens de quelque vertu, comme la générosité, ou la charité ; de même qu’elles passent, avec raison, pour folies, quand, pour en jouir, on ruine sa fortune, & qu’on se réduit à la mendicité. Mais elles sont innocentes dès qu’on se les procure sans préjudicier à la vertu, sans se mettre hors d’état d’avoir soin de ses amis, de sa famille. N’être occupé que de bonne chère, par exemple, sans aucun goût pour les plaisirs de l’ambition, de l’étude, de la conversation, …»
  • 61.
    • «…c’est la marque d’une grande stupidité, & un vice qui énerve le corps & l’esprit. Ne dépenser que pour satisfaire cette espèce de sensualité, sans aucun égard pour les besoins de ses amis ou de sa famille, c’est avoir un cœur dénué de tout sentiment d’humanité & de bienveillance. Mais un homme qui remplit ses devoirs, d’ami, de citoyen, de père de famille, n’en est pas moins exemt de tout blâme & de tout reproche, pour donner dans le luxe de la table. Puisque le luxe peut être considéré sous ces deux différens points de vue, comme innocent, & comme blamable, on ne peut songer sans étonnement aux opinions bizarres…»
  • 62.
    • «…qu’on a soutenues à cet égard. Les uns par un esprit de libertinage ont élevé jusqu’aux nues un luxe vicieux, & l’ont représenté comme extrêmement avantageux à la société. Les autres, moralistes outrés, en ont parlé comme d’une source de corruption, de désordres, de factions dans le gouvernement civil. Nous tâcherons de rapprocher ces deux extrémités, en faisant voir, premièrement, que le siècle du luxe est le plus heureux, & le plus vertueux ; secondement, que le luxe cesse d’être utile, dès lors qu’il cesse d’être innocent, & qu’étant porté à l’excès il devient pernicieux, bien qu’il ne le soit peut-être pas…»
  • 63.
    • «…absolument pour la société politique. Afin de prouver le premier point, nous n’avons qu’à considérer les effets du luxe, tant dans la vie privée que dans la vie publique. Le bonheur des hommes, suivant les notions les plus reçues, consiste en trois choses, l’action, le plaisir, & l’indolence ; & quoique ces trois choses doivent être mêlées en différentes proportions, selon l’humeur & le caractère des personnes, on ne peut néanmoins exclure l’une des trois, sans détruire, en quelque sorte, le goût de tout ce composé. L’indolence, ou le repos semble à-la-vérité peu contribuer à notre satisfaction; toutefois le sommeil est nécessaire…»
  • 64.
    • «…pour remédier à la faiblesse humaine, qui ne saurait soutenir une suite continuelle & non interrompue d’affaires, ou de plaisirs. Le mouvement rapide des esprits, qui met un homme hors de lui-même, épuise enfin l’ame, & exige quelques intervalles de repos, qui, quoiqu’agréables pour un moment, dégénèrent à la longue en langueur, en léthargie, & détruit toute sorte de plaisir. L’éducation, la coutume & l’exemple contribuent beaucoup à nous donner du panchant pour ces trois choses ; & il faut convenir que si elles excitent le goût de l’action & du plaisir, elles sont en même temps favorables au bonheur des hommes.»
  • 65.
    • «Lorsque l’industrie & les arts fleurissent, on passe le tems à travailler & à se réjouir. L’industrie & les arts procurent les moyens de s’occuper, & les plaisirs sont les fruits & la récompense du travail. Par-là l’esprit se fortifie, ses facultés s’accroissent, & l’on prévient les inconvéniens que produisent la paresse & l’oisiveté, parce que l’assiduité dans une honnête industrie occupe l’ame, & fournit les moyens de satisfaire ses désirs les plus naturels. Si vous bannissez les arts de la société, vous privez les hommes d’action & de plaisir, & ne leur laissez, au-lieu de cela, que l’indolence, laquelle vous dénuez même de tout agrément ; …»
  • 66.
    • «…parce qu’en effet le repos n’est agréable que quand il succède au travail, & qu’il recrée l’esprit épuisé par trop d’application & de travail. […] Plus ces arts aimables font de progrès, plus l’homme devient sociable ; & il est impossible que des personnes qui ont l’esprit éclairé des lumières de la science, & qui possèdent un fond de conversation, se plaisent dans la solitude, ou qu’ils vivent avec leurs concitoyens dans cet éloignement, qui est particulier aux nations ignorantes et barbares. Ils ont des assemblées dans les villes où ils demeurent ; ils aiment à recevoir & à communiquer la science, à faire paraître leur esprit ou leur politesse, leur bon goût dans la…»
  • 67.
    • «…conversation, ou dans leur manière de se mettre. De sorte que si l’on ajoûte à cela les perfections qu’ils acquièrent dans la culture des sciences & des arts libéraux, il n’est pas possible qu’ils ne deviennent plus humains & plus aimables en conversant les uns avec les autres, & en se procurant mutuellement du plaisir & de l’amusement. C’est ainsi que l’industrie, la science & l’humanité sont liées ensemble par un noeud indissoluble ; & l’expérience d’accord avec la raison, fait voir que ces trois choses sont particulières aux siècles les plus polis, & les plus livrés au luxe. Tous ces avantages ne sont néanmoins pas sans inconvéniens.
  • 68.
    • «La plupart des hommes raffinent sur les plaisirs, d’autres les poussent à l’excès ; or rien n’est plus contraire au véritable plaisir que l’excès du plaisir même. On peut assurer positivement, que les Tartares sont souvent plus coupables d’une brutale gourmandise en se régalant de la chair de leurs chevaux morts, que les courtisans d’Europe qui raffinent le plus sur la cuisine. Et si l’amour déréglé, si l’adultère est plus fréquent dans les siècles polis que dans les tems d’ignorance & de barbarie, s’il n’est souvent regardé que comme un trait de galanterie, l’ivrognerie y est en revanche beaucoup plus rare ; & l’on sait que c’est un vice plus odieux
  • 69.
    • «…& plus pernicieux, tant pour l’ame que pour le corps […] Mais ce n’est pas seulement dans la vie privée que l’industrie, le savoir & l’humanité sont des choses avantageuses. Elles le sont aussi dans la vie publique, & ne contribuent pas moins à rendre un Etat respectable & florissant, qu’à faire prospérer les particuliers. L’augmentation & la consommation d’une infinité de choses qui servent à l’ornement ou au plaisir de la vie, sont un avantage réel pour la société ; parce qu’en même temps qu’elles multiplient les agrémens des particuliers, elles forment une espèce de magasin de travail, qui dans les besoins de l’Etat peut être employé…»
  • 70.
    • «…au service public. Une nation, chez qui il n’est pas question de ces superfluités, languit nécessairement dans l’indolence, perd tous les agrémens de la vie, & ne fait rien pour l’Etat, dont les escadres & les armées ne sauraient être entretenues par le peu d’industrie de tant de membres oisifs & paresseux. […] Les bornes des Etats de l’Europe sont aujourd’hui à peu près les mêmes qu’elles étaient il y a deux cent ans : mais quelle différence par rapport à la puissance & à la grandeur de ces Etats ? Et à quoi peut-on l’attribuer, si ce n’est à l’accroissement des arts & de l’industrie ?»
    _
  • 71.
    • «A la seule lumière de la raison, il semble difficile de prouver l'Immortalité de l'Âme. Les arguments qui plaident en sa faveur sont communément tirés des thèses métaphysiques, morales ou physiques. Mais en réalité, c'est l'Évangile et l'Évangile seul qui a fait la lumière sur la vie et l'immortalité. Les thèses métaphysiques supposent que l'âme est immatérielle, et qu'il est impossible à la pensée d'appartenir à une substance matérielle. Mais la véritable métaphysique nous enseigne que la notion de substance est totalement confuse et imparfaite, et que notre seule idée d'une…»
  • 72.
    • «…quelconque substance est celle d'un agrégat de qualités particulières inhérentes à un quelque chose d'inconnu. La matière donc, et l'esprit, sont au fond également inconnus, et nous ne sommes pas en mesure de déterminer quelles qualités sont inhérentes à l'une et à l'autre. Tous deux nous enseignent que rien ne peut être décidé à priori concernant une cause ou un effet et que, l'expérience étant l'unique source de nos jugements de cette nature, nous ne pouvons apprendre d'aucun autre principe si la matière, par sa structure ou son agencement, ne peut être la source de la pensée».
  • 73.
    • «Les raisonnements abstraits ne peuvent décider d'aucune question de fait ou d'existence. Mais si l'on admet l'existence d'une substance spirituelle dispersée de par l'univers, comme le feu éthéré des Stoïciens, et si l'on voit en cette substance le seul sujet inhérent à la pensée, l'on a des raisons de conclure par analogie que la nature en use là de la même manière qu'avec cette autre substance, la matière. Elle l'utilise comme une sorte de pâte à modeler, d'argile; la modifie en une variété de formes et d'existences; dissout au bout d'un moment chaque modification, et avec sa substance érige une nouvelle forme.»
  • 74.
    • «Tout comme la même substance matérielle peut successivement constituer le corps de tous les animaux, la même substance spirituelle peut constituer leur esprit: Leur conscience, ou ce système de pensée qu'ils se sont forgé pendant leur vie, peut à tout moment être dissoute par la mort. Et rien ne les intéresse à la nouvelle modification. Ceux qui professent le plus vigoureusement que l'âme est mortelle n'ont jamais nié l'immortalité de sa substance. Et qu'une substance immatérielle soit susceptible, autant qu'une substance mortelle, de perdre sa mémoire ou sa conscience, …»
  • 75.
    • «…voilà bien ce que nous montre en partie l'expérience, si l'âme est immatérielle. Si l'on raisonne d'après le cours habituel de la nature, et sans supposer quelque nouvelle intercession de la cause suprême, qui devrait toujours être exclue de la philosophie, ce qui est incorruptible est également ingénérable. L’Âme donc, si elle est immortelle, préexistait à notre naissance; et si l'existence précédente ne nous concernait en aucune façon, la suivante ne nous concernera pas davantage. Très certainement, les animaux sentent, pensent, aiment, détestent, veulent, et raisonnent même, bien que d'une manière…»
  • 76.
    • «…plus imparfaite que les hommes; leur âme aussi est-elle immatérielle et immortelle? Considérons à présent les arguments moraux, essentiellement ceux tirés de la justice divine, qui est censée s'intéresser davantage au châtiment du vice et à la récompense de la vertu. Mais ces arguments s'appuient sur la supposition que Dieu possède des attributs qui dépassent ceux qu'il a mis en oeuvre dans cet univers, qui est le seul que nous connaissions. D'où inférons-nous donc l'existence de tels attributs? Nous ne courons pas grand risque à affirmer que toute action divine…»
  • 77.
    • «…dont nous ayons connaissance est la meilleure; mais il est dangereux d'affirmer que Dieu fait toujours immanquablement ce qui nous semble être le mieux. […] Si la raison de l'homme lui donne une grande supériorité sur les autres animaux, ses besoins sont multipliés en proportion; tout son temps, toutes ses capacités, son activité, son courage, et sa passion trouvent largement de quoi s'employer dans la lutte contre les malheurs de sa présente condition, et sont souvent, non, presque toujours trop minces pour la tâche qui leur est assignée. […] Il est pourtant nécessaire, ou du moins très utile , …»
  • 78.
    • «…qu'il y ait dans l'humanité des politiciens et des moralistes, et même des géomètres, des poètes ou des philosophes. Les pouvoirs des hommes ne sont pas supérieurs à leurs besoins, si l'on considère seulement cette vie, que ceux des renards et des lièvres, compte tenu de leurs besoins et de leur espérance de vie. L'inférence par raisonnement analogique est donc évidente. Comme chaque effet induit une cause, et celle-ci une autre, jusqu'à atteindre cette première cause de toutes, qui est la Divinité, tout ce qui arrive est ordonné par elle, et rien ne peut être l'objet de sa punition ni de sa vengeance.»
  • 79.
    • «…Selon quelle règle les punitions et les récompenses sont-elles distribuées? Quelle est la mesure divine du mérite et du démérite? Devons-nous supposer que les sentiments humains ont une place chez la Divinité? Quelle audacieuse hypothèse ? […] Le châtiment, sans aucune fin ni aucun but particulier, est incompatible avec nos notions de bonté et de justice, et il ne peut servir aucune fin après le tomber du rideau. Le châtiment, selon notre conception, devrait être proportionné à l'offense. Pourquoi alors le châtiment éternel pour les offenses passagères d'une créature aussi…»
  • 80.
    • «…frêle que l'homme? […] Rien en ce monde n'est perpétuel, et tout, même ce qui semble le plus ferme, subit des flux et des changements continuels, le monde lui-même présente des signes de fragilité et de dissolution. Combien il est contraire à l'analogie, donc, d'imaginer qu'une seule forme, apparemment la plus fragile de toutes, sujette aux plus grands désordres, est immortelle et indissoluble? Quelle audacieuse théorie ce serait là. Avec quelle légèreté, pour ne pas dire impétuosité, elle est entretenue! Rien ne pourrait mieux mettre en lumière l'infinie reconnaissance que l'humanité doit à la révélation divine […]»
    _
  • 81.
    • «L’homme, né dans une famille, est contraint de conserver la société par nécessité, par une inclination naturelle ou par habitude. La même créature, dans ses progrès ultérieurs, en vient à établir la société politique afin d’administrer la justice sans laquelle il ne saurait y avoir de paix entre les hommes, de sécurité ou de relations réciproques. Nous devons donc considérer que tout ce vaste appareil de notre gouvernement n’a finalement pas d’autre objet, pas d’autre but que la distribution de la justice ou, en d’autres termes, le maintien des douze juges. Les rois et les parlements, les flottes et les armées, les officiers de la cour…»
  • 82.
    • «…et du trésor, les ambassadeurs, les ministres et les conseillers privés, tous sont subordonnés dans leur fin à cette partie de l’administration. Même le clergé, en tant que son devoir le conduit à inculquer la moralité, peut justement être jugé, du moins pour ce qui concerne ce monde, comme n’ayant pas, dans son institution, d’autre objet utile. Tous les hommes sont conscients de la nécessité de la justice pour maintenant la paix et l’ordre et ils sont conscients de la nécessité de la paix et de l’ordre pour maintenir la société. Pourtant, malgré cette forte et évidente nécessité, telle est la fragilité et la perversité de notre nature qu’il nous est impossible de…»
  • 83.
    • «…demeurer loyalement et infailliblement dans le sentier de la justice. Certaines circonstances extraordinaires peuvent se présenter où un homme préfère trouver son intérêt dans l’avantage de la fraude et du vol plutôt que de se sentir lésé par le coup que son injustice a porté à l’union sociale. Mais, beaucoup plus fréquemment, il est détourné de ses intérêts supérieurs, mais lointains, par la séduction du présent, même, souvent, par des tentations très frivoles. Cette grande faiblesse de la nature humaine est incurable. Les hommes doivent donc s’efforcer de pallier ce qu’ils ne sauraient guérir. Ils doivent instituer certaines personnes,…»
  • 84.
    • «…sous l’appellation de magistrats, dont la fonction particulière est de fixer les décrets d’équité, de punir les transgresseurs, de corriger la fraude et la violence et d’obliger les hommes, même s’ils sont récalcitrants, à consulter leurs propres intérêts véritables et permanents. En un mot, l’OBEISSANCE est un nouveau devoir qui doit être inventé pour soutenir le devoir de justice ; et les liens de l’équité doivent être renforcés par les liens de l’obéissance. Mais encore, en considérant la question de façon abstraite, on peut penser que rien n’est gagné par cette alliance et que le devoir artificiel d’obéissance, par sa nature même, …»
  • 85.
    • «…a sur l’esprit humain une emprise aussi faible que le devoir primitif et naturel de justice. Les intérêts particuliers et les tentations du présent peuvent vaincre l’une aussi bien que l’autre. Elles sont également exposées au même inconvénient. Et l’homme, qui a tendance à être un mauvais voisin, sera conduit par les mêmes motifs, bien ou mal compris, à être un mauvais citoyen et un mauvais sujet. Sans mentionner que le magistrat lui-même peut souvent être négligent, partial ou injuste dans son administration. Mais, quoique ce progrès des affaires humaines puisse sembler certain et inévitable et quoique le support que…»
  • 86.
    • «…l’obéissance apporte à la justice soit fondé sur des principes manifestes de la nature humaine, on ne peut s’attendre à ce que les hommes, au préalable, soient capables de découvrir ces choses et de prévoir leur opération. Le gouvernement fait ses débuts plus fortuitement et plus imparfaitement. Il est probable que le premier ascendant qu’eut un homme sur les foules commença pendant un état de guerre, là où le courage et le génie supérieurs se découvrent plus visiblement, quand l’unanimité et l’entente sont plus requises et quand les pernicieux effets du désordre sont les plus sensiblement ressentis.
    _
  • 87.
    • «Rien ne paraît plus surprenant à ceux qui contemplent les choses humaines d'un oeil philosophique, que de voir la facilité avec laquelle le grand nombre est gouverné par le petit, et l'humble soumission avec laquelle les hommes sacrifient leurs sentiments et leurs penchants à ceux de leurs chefs. Quelle est la cause de cette merveille? Ce n'est pas la FORCE; les sujets sont toujours les plus forts. Ce ne peut donc être que l'OPINION. C'est sur l'opinion que tout gouvernement est fondé, le plus despotique et le plus militaire, aussi bien que le plus populaire et le plus libre. Un sultan d’Égypte, un empereur de Rome peut forcer les actions de ses peuples…»
  • 88.
    • «…innocents, mais ce n'est qu'après s'être affermi dans l'opinion de ses gardes. Ils peuvent mener leurs sujets comme des bêtes brutes, mais il faut qu'ils traitent comme des hommes, l'un ses mamelucs, l'autre sa cohorte prétorienne. Il y a deux sortes d'opinions, opinion d'INTERET, et opinion de DROIT. Par opinion d'intérêt, j'entends le sentiment de l'utilité publique, que le gouvernement en général peut procurer, joint à la persuasion que le gouvernement, sous lequel nous vivons, la prouve autant que tout autre pourrait le faire. Cette opinion, lorsqu'elle prévaut dans un État, ou du moins auprès de ceux qui font la force de l’État, fait la plus…»
  • 89.
    • «…grande sûreté des chefs. Il y a aussi deux sortes de droits : droit de PUISSANCE et droit de PROPRIÉTÉ. Pour voir jusqu'où peut influer l'opinion du droit de puissance, il n'y a qu'à considérer l'attachement que toutes les nations ont pour leur ancien gouvernement, et pour les noms même qui portent le sceau de l'antiquité. L'antiquité fait toujours naître une opinion de droit, et quelque mal qu'on puisse dire des hommes, on les a toujours vu prodigues de leurs biens et de leur sang, lorsqu'il s'est agi de maintenir ce qu'ils ont cru être de droit public. Qu'on donne à cette passion le nom d'enthousiasme, ou tel nom que l'on voudra, …»
  • 90.
    • «…ce qu'il y a de très sûr, c'est qu'un politique qui néglige d'en tenir compte, ne peut être qu'un esprit borné. Il est vrai qu'à la première vue, rien ne paraît plus contradictoire que cette circonstance. Lorsque les hommes sont une fois engagés dans une faction, nous les voyons, sans honte et sans remords, fouler aux pieds tous leurs devoirs et toutes les lois de l'honneur. S'agit-il de rendre service à leur parti? Ils sont capables de tout. Cependant, lorsque les factions se forment, nous voyons les mêmes hommes ne se déterminer qu'en vertu de quelque principe de droit, et maintenir obstinément la justice et l'équité. Ce que l'on aperçoit ici…»
  • 91.
    • «…de contradictoire, vient pourtant de la même source, je veux dire du penchant que nous avons tous pour la société. On voit de reste que l'opinion du droit de propriété est de la dernière importance dans tout ce qui regarde le gouvernement. Un auteur connu a fondé tout le droit de gouverner sur la propriété, et son sentiment paraît avoir été goûté par la plupart de nos auteurs qui ont écrit sur la politique. Il est vrai que c'était aller trop loin : cependant, on ne saurait disconvenir d'un autre côté, que l'opinion du droit de propriété n'ait une très grande influence.
    _
  • 92.
    • «Mais quoique l’éducation soit désavouée par la philosophie comme un fondement trompeur de l’assentiment à une opinion, elle prévaut cependant dans le monde, et elle est la cause de ce que tous les systèmes sont susceptibles d’être rejetés d’abord comme nouveaux et inhabituels. Ce sera peut-être ici le sort de ce que j’ai avancé sur la croyance et, quoique les preuves que j’ai produites m’apparaissent parfaitement concluantes, je ne m’attends pas à faire de nombreux prosélytes à mon opinion. Les hommes auront toujours de la peine à se persuader que des effets d’une telle importance puissent découler de principes en apparence…»
  • 93.
    • «…si peu considérables, et que la partie de loin la plus grande de nos raisonnements, ainsi que toutes nos actions et passions, puissent dériver de rien d’autre que l’accoutumance et l’habitude. Pour parer à cette objection, j’anticiperai ici un peu sur ce qui devrait plus proprement être l’objet de notre étude quand nous en viendrons à traiter des passions et du sens de la beauté. Dans l’esprit humain est implantée une perception de la douleur et du plaisir comme ressort principal et principe moteur de toutes ses actions. Mais la douleur et le plaisir ont deux façons de faire leur apparition dans l’esprit, dont l’une a des effets très différents de l’autre. Ils peuvent apparaître…»
  • 94.
    • «…soit en impression quand on sent au moment présent, soit seulement en idée, comme à présent, quand je les mentionne. Il est évident que l’influence de ces impressions et de ces idées est loin d’être égale. Les impressions mettent toujours l’âme en action, et cela au plus haut degré, mais toutes les idées n’ont pas le même effet. La nature a procédé avec précaution, et elle semble avoir soigneusement évité les inconvénients de[s] deux extrêmes [suivants]. Si les impressions influençaient seules la volonté, nous serions à tout moment de notre vie sujets aux plus grandes calamités parce que, même si nous prévoyions leur approche, la nature…»
  • 95.
    • «…ne nous aurait pas munis d’un principe d’action qui pût nous pousser à les éviter. D’une autre côté, si toute idée influençait nos actions, notre condition ne serait pas améliorée car telles sont l’instabilité et l’activité de la pensée que les images de toute chose, spécialement des biens et des maux, sont toujours en train d’errer dans l’esprit ; et si ce dernier était mu par toute conception futile de ce genre, il ne jouirait jamais d’un moment de paix et de tranquillité. La nature a donc choisi le milieu, elle n’a ni donné à toutes les idées de bien et de mal le pouvoir de mettre en action la volonté, ni ne les a cependant empêchées entièrement d’avoir cette influence.» Quoi-qu’une fiction futile n’ait aucune efficacité, nous voyons pourtant par expérience que les idées des objets dont nous croyons qu’ils existent ou existeront produisent à un moindre degré le même effet que les im-pressions qui sont immédiatement présentes aux sens et à la percep-tion. L’effet de la croyance est donc d’élever une simple idée à égalité avec nos impressions et de lui donner une influence identique sur les passions. Cet effet, elle ne peut l’avoir qu’en faisant approcher une idée d’une impression en force et en vivacité. En effet, comme les dif-férents degrés de force font toute la différence originelle entre une impression et une idée, ils doivent en conséquence être la source de toutes les différences entre les effets de ces perceptions, et leur sup-pression, totalement ou en partie, la cause de toute nouvelle ressem-blance qu’elles acquièrent. Chaque fois que nous pouvons faire appro-
  • 96.
    • «Quoiqu’une fiction futile n’ait aucune efficacité, nous voyons pourtant par expérience que les idées des objets dont nous croyons qu’ils existent ou existeront produisent à un moindre degré le même effet que les impressions qui sont immédiatement présentes aux sens et à la perception. L’effet de la croyance est donc d’élever une simple idée à égalité avec nos impressions et de lui donner une influence identique sur les passions. Cet effet, elle ne peut l’avoir qu’en faisant approcher une idée d’une impression en force et en vivacité. En effet, comme les différents degrés de force font toute la différence originelle entre une impression et une idée, ils…»
  • 97.
    • «…doivent en conséquence être la source de toutes les différences entre les effets de ces perceptions, et leur suppression, totalement ou en partie, la cause de toute nouvelle ressemblance qu’elles acquièrent. Chaque fois que nous pouvons faire approcher une idée des impressions en force et en vivacité, elle les imitera également dans son influence sur l’esprit, et vice versa, quand elle les imite dans son influence, comme dans le cas présent, cela doit procéder de ce qu’elle les approche en force et en vivacité. La croyance, donc, puisqu’elle est cause qu’une idée imite les effets des impressions, doit la faire ressembler à ces impressions pour ce qui est…»
  • 98.
    • «…de ces qualités, et elle n’est qu’une conception plus vive et plus intense d’une idée. Cela, donc, peut à la fois servir d’argument additionnel au présent système et nous donner une notion de la manière dont nos raisonnements à partir de la causalité sont capables d’agir sur la volonté et les passions. De même que la croyance est presque absolument requise pour exciter nos passions, de même les passions, à leur tour, favorisent grandement la croyance ; et ce ne sont pas seulement les faits qui nous communiquent des émotions agréables, mais très souvent ceux qui nous donnent de la douleur et qui, pour cette raison, deviennent plus aisément…»
  • 99.
    • «…des objets de foi et d’opinion. Un lâche, dont les craintes sont facilement éveillées, donne facilement son assentiment à tout récit venu signalant un danger, tout comme une personne aux dispositions chagrines et mélancoliques est très crédule à l’égard de ce qui nourrit sa passion dominante. Quand un objet touchant se présente, cet objet donne l’alarme et excite immédiatement sa passion propre à un certain degré, spécialement chez les personnes naturellement enclines à cette passion. Cette émotion passe par une transition aisée à l’imagination, se répand sur notre idée de l’objet touchant, et nous fait former cette idée avec…»
  • 100.
    • «…plus de force et de vivacité et, en conséquence, nous y fait donner notre assentiment, conformément au système précédent. […] Il n’est pas en philosophie de sujet de spéculation plus délicate que celui des différentes causes et des différents effets des passions calmes et des passions violentes. Il est évident que les passions n’influencent pas la volonté proportionnellement à la violence ou au désordre qu’elles occasionnent dans le tempérament mais que, au contraire, une fois que la passion est devenue un principe d’action établi et qu’elle est l’inclination prédominante dans l’âme, elle ne produit plus, communément, d’agitation sensible.»
  • 101.
    • «Comme l’accoutumance répétée et sa propre force lui ont tout soumis, elle dirige les actions et la conduite sans l’opposition et l’émotion qui accompagnent si naturellement chaque bouffée momentanée de passion. Nous devons donc faire la distinction entre une passion calme et une passion faible, entre une passion violente et une passion forte. Malgré cela, il est certain que, quand nous voulons gouverner un homme et le pousser à une action, la meilleure politique est couramment d’agir sur les passions violentes plutôt que sur les passions calmes et de le prendre par son inclination plutôt que par ce qui est vulgairement appelé sa raison.»
  • 102.
    • «Nous devons placer l’objet dans des situations particulières propres à augmenter la violence de la passion. En effet, nous pouvons observer que tout dépend de la situation de l’objet et qu’une variation sur ce point sera capable de changer les passions calmes en passions violentes et les passions violentes en passions calmes. Ces deux genres de passions poursuivent le bien et évitent le mal et les deux sont augmentées ou diminuées par l’augmentation ou la diminution du bien ou du mal. Mais voici une différence entre ces passions : le même bien qui, quand il est proche, causera une violente passion produira seulement une passion…»
  • 103.
    • «…calme s’il s’éloigne. Comme ce sujet appartient très proprement à la présente question de la volonté, nous l’examinerons ici à fond et nous considérerons certaines de ces circonstances et situations des objets qui rendent une passion ou calme, ou violente. C’est une propriété remarquable de la nature humaine qu’une émotion qui accompagne une passion se convertit aisément en elle, même si leurs natures sont originellement différentes et qu’elles sont contraires l’une à l’autre. Afin de rendre parfaite une union entre des passions, il est vrai qu’une double relation d’impressions et d’idées est toujours requise et qu’une seule relation…»
  • 104.
    • «…ne suffit pas pour y parvenir. Mais, quoique cette vérité soit confirmée par une expérience indubitable, nous devons la comprendre avec ses propres limites et nous devons considérer que la double relation est requise seulement pour qu’une passion en produise une autre. Quand deux passions sont déjà produites par leurs causes séparées et qu’elles sont toutes les deux présentes à l’esprit, elles se mêlent et s’unissent aisément quoiqu’elles n’aient qu’une relation, et parfois aucune relation. La passion prédominante englobe la passion inférieure et la convertit en elle-même. Les esprits, une fois qu’ils sont excités, reçoivent aisément un changement…»
  • 105.
    • «…de direction et il est naturel d’imaginer que ce changement viendra de l’affection qui l’emporte. La connexion est à de nombreux égards plus étroite entre deux passions quelconques qu’entre une passion et l’indifférence. […] J’ai déjà laissé entendre que nous n’avons pas un sens naturel pour tous les genres de vertus mais qu’il y a certaines vertus qui produisent un plaisir et une approbation au moyen d’un artifice ou d’une invention qui provient des circonstances et de la nécessité ou se trouve l’humanité. J’affirme que la justice est de ce genre et je m’efforcerai de défendre cette opinion par un bref et, je l’espère, convaincant argument…»
  • 106.
    • «…avant d’examiner la nature de l’artifice d’où dérive le sens de cette vertu. Il est évident que, quand nous louons des actions, nous regardons seulement les motifs qui les produisent et nous considérons les actions comme des signes ou des indices de certains principes de l’esprit et du tempérament. L’accomplissement extérieur de l’acte n’a aucun mérite. Nous devons regarder à l’intérieur pour trouver la qualité morale. Cela, nous ne pouvons pas le faire directement et nous fixons donc notre attention sur les actions comme sur des signes extérieurs. Mais ces actions sont toujours considérées comme des signes et l’ultime objet…»
  • 107.
    • «…de nos louanges et de notre approbation est le motif qui les produit. De la même manière, quand nous attendons d’une personne une action ou que nous la blâmons de ne pas l’accomplir, nous supposons toujours que quelqu’un, dans cette situation, devrait être influencé par le motif approprié à cette action et nous estimons vicieux son désintérêt pour elle. Si nous nous apercevons, en enquêtant, que le motif vertueux était encore puissant en son coeur mais qu’il a été mis en échec par certaines circonstances qui nous sont inconnues, nous revenons sur notre blâme et conservons la même estime pour la personne que si elle avait…»
  • 108.
    • «…effectivement accompli l’action que nous attendons d’elle. Il apparaît donc que toutes les actions vertueuses ne tirent leur mérite que de motifs vertueux et ne sont considérées que comme des signes de ces motifs. De ce principe, je conclus que le premier motif vertueux qui donne un mérite à une action ne peut jamais être la considération de la vertu de cette action mais qu’il doit être quelque autre motif ou principe naturel. Supposer que la simple considération de la vertu d’une action puisse être le motif premier qui produit l’action et la rend vertueuse, c’est raisonner en cercle. Avant que nous puissions faire une telle considération, …»
  • 109.
    • «…l’action doit être réellement vertueuse et cette vertu doit dériver de quelque motif vertueux et, par conséquent, le motif vertueux doit être différent de la considération de la vertu de l’action. Un motif vertueux est requis pour rendre vertueuse une action. Une action doit être vertueuse avant que nous considérions sa vertu. Quelque autre motif vertueux doit donc être antérieur à cette considération. […] Voici un homme qui fait de nombreuses actions charitables, qui soulage la misère, réconforte les affligés et étend sa bonté même aux personnes les plus étrangères. Aucun caractère ne peut être plus aimable et plus vertueux. Nous considérons…»
  • 110.
    • «…les actions de cet homme comme la preuve de la plus grande humanité. Cette humanité donne un mérite aux actions. La considération de ce mérite est donc une considération secondaire qui dérive du principe antérieur d’humanité qui est méritoire et louable. Bref, on peut établir comme une maxime indubitable: qu’aucune action ne peut être vertueuse à moins qu’il n’y ait dans la nature humaine quelque motif qui la produise, motif distinct du sens de la moralité. Mais le sens de la moralité ou du devoir ne peut-il pas produire une action sans autre motif ? Je réponds : il le peut ; mais ce n’est pas une objection à la présente doctrine. Quand un motif ou…»
  • 111.
    • «…principe vertueux est courant dans la nature humaine, une personne qui sent son coeur dépourvu de ce motif peut se haïr pour cette raison et peut accomplir l’action sans le motif, à partir d’un certain sens du devoir, afin d’acquérir par la pratique ce principe vertueux ou, du moins, afin de se cacher à elle-même, autant que possible, le défaut de ce principe. Un homme qui ne sent vraiment aucune gratitude en son tempérament est encore content d’accomplir des actes reconnaissants et il juge qu’il a de cette façon rempli son devoir. Les actions sont d’abord seulement considérées comme les signes des motifs mais il est habituel, dans ce cas…»
  • 112.
    • «…comme dans les autres, de fixer notre attention sur les signes et de négliger dans une certaine mesure la chose signifiée. Mais, quoique, en certaines occasions, une personne puisse accomplir une action simplement à partir de la considération de son obligation morale, cela suppose pourtant encore dans la nature humaine certains principes distincts qui sont capables de produire l’action et dont la beauté morale rend l’action méritoire. Mais, si l’on affirme que la raison ou le motif de telles actions est la considération de l’intérêt public, auquel rien n’est plus contraire que les exemples d’injustice et de malhonnêteté, si l’on dit cela, je propose les trois…»
  • 113.
    • «…considérations suivantes qui sont dignes de notre attention. Premièrement, l’intérêt public n’est pas naturellement attaché à l’observation des règles de justice mais lui est seulement relié par une convention artificielle qui établit ces règles, comme nous le montrerons par la suite plus largement. Deuxièmement, si nous supposons que le prêt était secret et qu’il est nécessaire à l’intérêt de la personne que l’argent soit remboursé de la même manière (par exemple si le prêteur veut cacher ses richesses), dans ce cas, l’exemple ne vaut plus et le public ne s’intéresse plus aux actions de l’emprunteur, …»
  • 114.
    • «…même si, je le suppose, aucun moraliste n’affirmerait que le devoir et l’obligation cessent. Troisièmement, l’expérience prouve suffisamment que les hommes, dans la conduite ordinaire de la vie, ne regardent pas aussi loin que l’intérêt public quand ils paient leurs créanciers, tiennent leurs promesses ou s’abstiennent de vols, d’escroqueries ou d’injustices de tout genre. C’est un motif trop éloigné et trop sublime pour affecter l’ensemble des humains et opérer avec quelque force sur des actions aussi fréquemment contraires à l’intérêt privé que les actions de justice et d’honnêteté courante.»
    _
  • 115.
    • «La corruption des meilleures choses produit les pires. Cette phrase est devenue une maxime qui est généralement prouvée, entre autres arguments, par les effets pernicieux de la superstition et de l’enthousiasme, les corruptions de la vraie religion. Ces deux sortes de fausse religion, bien que toutes les deux pernicieuses, sont pourtant d’une nature très différente et même d’une nature contraire. L’esprit humain est sujet à certaines terreurs et appréhensions inexplicables qui viennent soit de la situation malheureuse des affaires privées ou de l’état malheureux des affaires publiques, soit d’une mauvaise santé, soit d’une disposition sombre…»
  • 116.
    • «…et mélancolique, soit du concours de toutes ces circonstances. Dans un tel état d’esprit, on redoute une infinité de maux inconnus apportés par des agents [eux-mêmes] inconnus et, quand les véritables objets de terreur font défaut, l’âme, agissant contre elle-même et nourrissant son inclination prédominante, trouve des objets imaginaires ayant un pouvoir et une malveillance auxquels elle ne met pas de limites. Comme ces ennemis sont entièrement invisibles et inconnus, les méthodes prises pour les apaiser sont également inexplicables et consistent en cérémonies, observances, mortifications, sacrifices, …»
  • 117.
    • «…présents ou en toute autre pratique, quelque absurde ou frivole qu’elle soit, que des fous ou des escrocs recommandent à une crédulité aveuglée et terrifiée. La faiblesse, la peur, la mélancolie, liées à l’ignorance, sont donc les véritables sources de la superstition. Mais l’esprit humain est aussi sujet à une élévation et une présomption inexplicables qui viennent d’un heureux succès, d’une santé florissante, d’un caractère fort ou d’une disposition hardie et confiante. Dans cet état d’esprit, l’imagination s’enfle de grandes mais confuses conceptions auxquelles aucune beauté ni aucune jouissance sublunaires ne peuvent correspondre.»
  • 118.
    • «Toute chose mortelle et périssable s’évanouit, comme indigne d’attention, et une pleine latitude est donnée à la fantaisie dans les régions invisibles, dans le monde des Esprits où l’âme est libre de se livrer à toutes les fantaisies qui conviennent le mieux à sa disposition et à son goût présents. De là naissent des extases, des transports et de surprenantes envolées de l’imagination et, la confiance et la présomption augmentant encore, ces extases, étant totalement inexplicables, semblent entièrement au-delà des facultés ordinaires et sont attribuées à l’inspiration directe de l’Être divin qui est l’objet de dévotion. En peu de temps, la personne inspirée en vient à se…».
  • 119.
    • «…regarder comme une favorite de la Divinité qui l’a distinguée et, une fois que cette frénésie – qui est le sommet de l’enthousiasme – a pris place, toute bizarrerie est consacrée, la raison humaine et même la moralité sont rejetées comme des guides fallacieux. Le fanatique dément se livre aveuglément et sans réserve aux prétendues effluves de l’Esprit et à l’inspiration venue d’en haut. L’espoir, l’orgueil, la présomption, une imagination brûlante, liées à l’ignorance sont donc les véritables sources de l’enthousiasme. Ces deux sortes de fausse religion peuvent donner matière à de nombreuses spéculations mais je me contenterai…»
  • 120.
    • «…pour l’instant de quelques réflexions sur leurs différentes influences sur le gouvernement et la société. Ma première réflexion est que la superstition est favorable au pouvoir des prêtres et que l’enthousiasme ne lui est pas moins contraire que la saine raison et la philosophie. En fait, elle lui est plus contraire. Comme la superstition se fonde sur la crainte, la tristesse et l’abattement des esprits, elle représente l’homme à lui-même sous des couleurs si méprisables que, à ses propres yeux, il semble indigne d’approcher la divine présence et, évidemment, il a recours à toute autre personne dont la sainteté de vie ou peut-être l’impudence et la…»
  • 121.
    • «…fourberie lui ont fait supposer qu’elle est plus favorisée par la Divinité. C’est à cette personne qu’il confie ses dévotions, à ses soins qu’il recommande ses prières, ses suppliques, ses sacrifices. De cette façon, il espère faire accepter ses demandes par sa Divinité courroucée. De là l’origine des prêtres qui peuvent à juste titre être regardés comme une invention d’une superstition timorée et abjecte qui, toujours défiante d’elle-même, n’ose pas offrir ses propres dévotions mais juge, dans son ignorance, qu’elles se recommandent à la Divinité par la médiation de ses supposés amis et serviteurs. Comme la superstition est un ingrédient…»
  • 122.
    • «…considérable de presque toutes les religions, même les plus fanatiques, seule la philosophie est capable de vaincre entièrement ces terreurs inexplicables. De là vient que, dans presque toutes les sectes religieuses, on trouve des prêtres et, dans ce mélange, plus il y a de superstition, plus l’autorité des prêtres est importante. Ma seconde réflexion à l’égard de ces sortes de fausse religion est que celles qui participent de l’enthousiasme sont, à leur origine, plus furieuses et violentes que celles qui participent de la superstition mais que, peu de temps après, elles deviennent plus douces et modérées. La violence de ces sortes de religion, quand elle…»
  • 123.
    • «…est excitée par la nouveauté et stimulée par l’opposition, se montre en de nombreux exemples, celle des Anabaptistes en Allemagne, celle des Camisards en France, celle des Niveleurs et d’autres fanatiques en Angleterre, celle des Covenantaires en Écosse. Étant fondée sur un caractère fort, présomptueux et hardi, l’enthousiasme engendre naturellement les résolutions les plus extrêmes, surtout quand il a atteint une hauteur qui inspire au fanatique abusé la croyance en des illuminations divines, un mépris des communes règles de la raison, de la moralité et de la prudence. C’est ainsi que l’enthousiasme produit les désordres…»
  • 124.
    • «…les plus cruels dans la société humaine mais sa fureur est semblable à celle de l’orage et de la tempête qui s’épuise en peu de temps et laisse l’air plus calme et plus serein qu’avant. Quand le premier feu de l’enthousiasme est consumé, les hommes, naturellement, dans toutes les sectes fanatiques, replongent dans l’indifférence et la froideur à l’égard des choses sacrées. Parmi eux, il n’existe pas de corps doté d’une autorité suffisante et dont l’intérêt soit d’entretenir la ferveur religieuse : aucun rite, aucune cérémonie, aucune sainte observance ne peut entrer dans le cours habituel de la vie et protéger les principes sacrés de l’oubli.»
  • 125.
    • «La superstition, au contraire, s’insinue graduellement et insensiblement, rend les hommes serviles et soumis. Elle est acceptée par le magistrat et elle semble inoffensive au peuple jusqu’à ce que, finalement, le prêtre, ayant fermement établi son autorité, devienne un tyran et trouble la société par des controverses sans fin, des persécutions et des guerres civiles. Ma troisième observation sur ce sujet est que la superstition est l’ennemie de la liberté civile alors que l’enthousiasme est son amie. Que la superstition gémisse sous la domination des prêtres et que l’enthousiasme détruise tout pouvoir ecclésiastique, cela explique suffisamment la…»
  • 126.
    • «…remarque précédente ; sans mentionner que l’enthousiasme, étant l’infirmité des tempéraments hardis et ambitieux, s’accompagne naturellement d’un esprit de liberté alors que la superstition, au contraire, rend les hommes serviles et abjects et les dispose à la servitude.»
    - FIN -