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Aristote
 

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    Aristote Aristote Presentation Transcript

    • ARISTOTE (384-322) - Philosophie empirique - Physique Politique Métaphysique De l’âme Éthique à Nicomaque Poétique Rhétorique Analytiques Histoire des animaux La constitution d’Athènes Lettre à Alexandre Pierre Baribeau (2011) Ἀριστοτέλης
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • Aristote, inventeur de la logique :
      • «Philosophe grec, Aristote naît à Stagire (actuelle Stavros) en Macédoine en 384 av. J-C. Aristote est un penseur. Il n’est pas un scientifique tel qu’on pourrait aujourd’hui l’imaginer, mais philosophe, savant. A cette époque, les hommes de sciences ne se limitent pas à approfondir leurs connaissances dans un domaine précis ; ainsi, Aristote a écrit un grand nombre de traités sur des sujets divers (histoire naturelle, politique, philosophie, physique, métaphysique …). Il est le créateur de la logique formelle. Il fait partie de ces hommes, à l’instar de Ptolémée, qui influenceront les astronomes arabes et les futurs grands astronomes…»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…d’occident comme Copernic, Galilée, etc … de part leur conception du monde et de la réalité des choses, de l’espace, de Dieu et de la création du monde. Enfin, il est de ces hommes qui ont posé les fondations de l’édifice de notre civilisation, qui se construit encore aujourd’hui, jour après jour.
      • La vie d’Aristote :
      • Aristote est né en 384 avant Jésus Christ à Stagire, en Macédoine (province grecque). Fils de Nicomaque, médecin au service de Amyntas II, roi de Macédoine. A l’époque, la Macédoine est une puissance politique montante, et ses monarques s’approprient petit…»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…à petit la culture d’une Grèce qu’ils soumettront bientôt politiquement et militairement. Le père d’Aristote meurt alors qu’il est encore enfant, Proxène d’Atarnée devient son tuteur. A dix-huit ans, Aristote part pour Athènes et devient élève à l’Académie de Platon, dirigée par le mathématicien et astronome Eudoxe (Platon est alors en Sicile). Après s’être retrouvé en position délicate suite au massacre des habitants d’Olynthe (ville amie d’Athènes) par Philippe II de Macédoine en 348, Aristote décide de quitter Athènes pour rejoindre Atarnée. Il retrouve là-bas une communauté platonicienne. Les cinq années que passe Aristote dans l’île de Lesbos sont consacrées en grande partie à…»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…l’étude de la biologie et plus particulièrement des animaux. C’est à cette époque qu’Aristote entame la rédaction du célèbre recueil Histoire des animaux . En 342, Philippe de Macédoine fait venir Aristote à Pella pour en faire le précepteur de son fils Alexandre (futur Alexandre le Grand). En 340, après lui avoir enseigné la poésie et la politique, Aristote termine son préceptorat lorsque Alexandre est nommé régent du royaume. On lui accorde le droit de reconstruire sa ville natale, Stagire, qui fut détruite par les macédoniens en 349. En 334, il retourne à Athènes fonder le Lycée, école rivale de l’Académie, avec qui la rupture est consommée. C’est là qu’il composera la plupart de ses…»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…ouvrages, il y enseigne en marchant dans les jardins, suivi de ses élèves : les péripatéticiens. Aristote se brouille alors avec Alexandre car il est en désaccord avec sa politique d’assimilation des perses. En 323, Alexandre le Grand meurt et Athènes se soulève contre les macédoniens. Aristote s’enfuit avec sa femme et ses enfants vers Chalcis, il y mourra à 62 ans, la même année. Théophraste, son ami de vingt ans, lui succèdera à la direction du Lycée.
      • La philosophie d’Aristote :
      • Les travaux scientifiques d’Aristote, basés sur l’observation et l’expérimentation, interviennent essentiellement dans les domaines…»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…de la biologie, de l’astronomie et de la physique. Il prône l’observation systématique des faits avant toute réflexion. Il partage le savoir en trois champs de l’activité humaine : l’art, la morale et la science. Il lie également politique et éthique : selon lui, la plus haute forme de société ne peut être que la démocratie. Aristote est surtout connu pour ses idées philosophiques, où il reprend certaines idées de son maître Platon, comme l’immortalité de l’âme et la nature divine des corps célestes, mais où il remet également en cause certaines théories du maître. Pour lui l’homme est un être de raison, mais également dominé par ses sens, qui précèdent selon lui l’acte de raison. Il affirme que…»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…la raison est vide avant que les sens n’entrent en action. L’homme est un animal raisonnable. Aristote est le père de la zoologie. Il établira d’ailleurs une classification des êtres vivants, suivant l’importance de leur âme. Car pour Aristote, chaque être vivant possède une âme, mais de nature différente : âme nutritive, sensitive, appétitive, et locomotive. Seul l’homme est doté d’une âme rationnelle. Il édifie donc une échelle de la nature, qui tend vers une complexité croissante de l’âme, suivant cet ordre : la matière inanimée, les plantes, les éponges, les méduses, les mollusques … jusqu’au sommet où figurent les mammifères et l’homme. Cette classification servira d’ailleurs aux scientifiques …»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…jusqu’au XVIIIème siècle !! L’existence de la faune et la flore se justifie alors par leur utilité à l’égard de leur prédateur, dont le dernier maillon est incarné par l’homme. La nature devient alors un phénoménal effort pour s’élever jusqu’à la pensée, et à la conscience de sa propre existence. Il introduit une conception des phénomènes de causalité dans la nature, qu’il divise en quatre : la cause matérielle, la cause efficiente, la cause formelle et enfin la cause finale. C’est cette dernière qui fonde le principe d’Aristote sur la finalité des choses. En effet, son intime conviction est que tout obéit à un dessein qui nous dépasse. De ce fait, chez l’homme : la cause matérielle est constituée du sang, …»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…des os et de la chair, la cause efficiente est un autre homme (son père), la cause formelle est sa forme d’homme, la cause finale est de perpétuer l’espèce et entrer en rapport avec Dieu. Pour Aristote, Dieu est l’organisateur du monde. Il est la pensée suprême, la cause efficiente et finale du monde : il se pense lui-même. Ce n’est pas un Dieu personnel et providentiel mais le principe premier, la première cause. Il n’est pas créateur mais cause logique. Au XIIIème siècle, la pensée médiévale était très influencée par Aristote. Ainsi, Saint Thomas d’Aquin tentera de concilier la philosophie aristotélicienne et la foi révélée des Écritures. La philosophie médiévale va donc rajouter à …»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…la théorie aristotélicienne l’idée de la révélation qui n’existe pas chez Aristote, l’idée que je peux connaître Dieu par la pensée, mais que je peux aussi le découvrir par la révélation. Il y a deux révélations : l’Écriture et la révélation intérieure. Aristote, lui, se limitait à la raison. D’un point de vue physique, Aristote conçoit le monde comme clos, fini et hiérarchisé. Pour lui, la Terre se trouve au centre, fixe et immobile. Il décrit une frontière entre deux mondes que marquerait l’orbite de la Lune. Le monde serait corruptible en deçà de la frontière (monde sublunaire), en proie au devenir, et il serait incorruptible au-delà (monde supralunaire). Au-delà, se trouve la sphère des fixes qui tient les étoiles.
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «Il adopte néanmoins l’idée de rotondité de la Terre, supposition confirmée par l’observation des bateaux disparaissant derrière l’horizon. Aristote tente également de poser les premières briques de la théorie de la gravité, en expliquant pourquoi les objets tombent ou montent. Il conceptualise l’univers comme composé de quatre éléments : air, eau, feu et terre. Il les ordonne ensuite en strates dont la Terre serait le centre. Ainsi, tout objet qui se composerait majoritairement d’un des quatre éléments tendrait invariablement vers la sphère qui lui est associée. Par conséquent, les humains et les roches, constitués de terre, tomberaient, mais l’air et le feu monteraient et l’eau s’écoulerait…»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…entre terre et air. Selon Aristote, il existe deux sortes de corps : les graves (lourds) et les légers. Les graves (gravité) sont les corps qui tendent à tomber vers le bas et les légers ceux qui tombent vers le haut (ex : fumées, nuages). Il explique cela par le fait que tout corps tend à rejoindre son « lieu naturel », le lieu naturel des graves étant le centre de la Terre et celui des légers dans la sphère des fixes. Aristote pense que la nature est en perpétuel manque. Il distingue l’acte et la puissance. La puissance est ce que possède une chose pour passer d’un état à un autre. Par exemple, un enfant est un adulte en puissance. C’est cette puissance qui est un manque. Un être qui ne manquerait…»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…de rien ne serait pas en puissance, il serait acte pur, il serait Dieu. L’acte est ce que possède réellement un être. L’adulte est adulte en acte. L’acte est antérieur à la puissance dans le sens où la puissance désire l’acte et va vers lui. Un peintre se fait une représentation mentale de son œuvre finie avant qu’il n’ait commencé à peindre. L’adulte est antérieur à l’enfant dans le sens où l’enfant veut devenir adulte. L’acte est antérieur en tant qu’il est fin et que la fin est toujours présente avant la réalisation. Aristote remarque que le vers est couché, le quadrupède est plus haut mais à quatre pattes, le chimpanzé est debout mais courbé, l’homme est debout et droit. Il en déduit que la fin du vers…»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «…est de devenir un quadrupède, le quadrupède veut devenir un chimpanzé, le chimpanzé veut devenir un homme. On note une ébauche de pensée de la théorie de l’évolution de Darwin, par sélection et pression naturelle. Quelle est la fin de l’homme ? Devenir Dieu, s’élever pour accéder à l’éternité, à la forme pure et à l’acte pur où il n’y aurait plus de manque. Aristote est également le père de la logique. Il l’invente sous la forme du syllogisme. Le syllogisme est un raisonnement déductif en trois propositions. Par exemple : Tous les animaux sont mortels, or l’homme est un animal, donc tous les hommes sont mortels.»
    • BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE
      • «Il énonce également les trois principes sans lesquels aucune pensée logique n’est possible: - Le principe d’identité : A est A - Le principe de tiers exclu : si deux propositions sont contradictoires, alors l’une est vraie et l’autre est forcément fausse. - Le principe de non contradiction : on ne peut pas à la fois affirmer quelque chose et son contraire.»
      • Source: http://www.astropolis.fr/articles/Biographies-des-grands-savants-et-astronomes/Aristote/astronomie-Aristoteles-Aristote.html
    • PLATON & ARISTOTE
      • Les deux philosophes avaient pour but de décrire l’état des êtres comme ils sont réellement. #1 . Dans leur manière de vivre, Platon écrit sur les mérites de la vertu dans la communauté sociale. Les vertus de l’âme sont les premières choses auxquelles l’homme doit s’élever. Aristote propose une manière de vivre qui est semblable. Il voit dans l’âme une puissance bienfaitrice qu’il faut orienter vers la collaboration sociale pour jouir des agréments de la vie civile. #2 . Dans leur méthode, Platon a recours aux mythes, aux allégorie et aux énigmes. Aristote a choisi la méthode de l’explication et de l’élaboration. Ses écrits sont descriptifs, et ce, sans artifices littéraires. Bien que divergentes, elles mènent vers une intention commune: la stimulation de l’intellect.
    • PLATON & ARISTOTE
      • #3 . Concernant leur définition de la substance, pour Platon, c’est celle qui est la plus primordiale, qui est la plus proche de l’intellect et de l’âme, donc la plus universelle. Pour Aristote, la substance la meilleure est celle qui sont dans les individus, donc la plus particulière. Bien que divergentes, en définissant la substance, ils tentent de définir l’être. #4 . Sur les caractères moraux de l’âme, pour Platon elles sont naturelles et l’emportent sur l’habitude. La manière dont un citoyen acquiert ses caractères moraux dépend de l’organisation politique de la cité. Valorise-t-elle la vertu ou le vice? Pour Aristote, les caractères moraux sont des habitudes qui peuvent changer. Ils ne sont pas naturels mais peuvent s’acquérir par l’exercice. Chez les deux philosophes, la cité…
    • PLATON & ARISTOTE
      • … joue un rôle prépondérant dans l’éducation de ses citoyens. #5 . Sur le commencement de l’apprentissage, pour Platon c’est une réminiscence. L’âme connaît déjà, elle ne fait que se ressouvenir des formes qu’elle a vu autrefois dans le monde intelligible. Pour Aristote, l’apprentissage s’introduit dans l’âme cognitive grâce aux instruments de la perception. Les sens ne perçoivent que les particuliers. Dans les deux opinions, l’âme est le point de départ d’une démarche intentionnelle: fuir l’ignorance pour tendre vers la connaissance des choses. #6 . Sur l’éternité du monde et de la création, pour Platon il a été engendré par un démiurge qui agit en tant qu’agent et que tout effet qui est engendré par lui est différent de lui. Pour Aristote, le monde …
    • PLATON & ARISTOTE
      • … n’a pas de commencement dans le temps. Le temps n’est que le nombre du mouvement de la sphère céleste. C’est dans le mouvement de la sphère que résulte le temps. Le monde n’a pas été engendré morceau par morceau mais en une seule fois. Chez les deux philosophes, le monde n’est pas une création hasardeuse mais l’œuvre d’une divinité responsable de son organisation. #7 . Sur la théorie des idées, pour Platon il existe des formes séparées des êtres de la terre dans le monde divin. Ces formes constituent en quelque sorte des modèles: ils sont immuables et ne périssent jamais. Ils sont les véritables êtres parce qu’ils ne changent pas. Pour Aristote, les formes ne sont pas séparées du monde terrestre. Le créateur est la …
    • PLATON & ARISTOTE
      • … perfection et tout ce qui découle de lui ne peut que lui être inférieur. Puisque son essence est inaltérable, les substances sur terre possèdent une portion de son être. Chez les deux philosophes, il existe des formes inaltérables et parfaites dont les individus et les choses sur terre ne sont que des images. #8 . Sur l’âme, pour Platon la noblesse et l’excellence sont des vertus supérieures vers lesquelles les âmes doivent s’élever. Son but est de se libérer de sa prison corporelle, qui ne lui fait voir que les particuliers, pour revenir dans le monde intelligible, là où sont les formes universelles. Pour Aristote, l’intellect est la partie la plus noble de l’âme. Les âmes sont unis à la portion de la divinité qu’ils possèdent. Chez les deux philosophes, l’âme est …
    • PLATON & ARISTOTE
      • … ...l’intermédiaire entre l’intellect et la nature. Le corps n’est qu’un réceptacle tandis que l’âme tend vers le Bien suprême. ||| En résumé, Platon emprunta la voie des dialogues dans sa plus belle prose grecque, alors qu’Aristote, qui était plutôt un naturaliste qu’un conteur, a choisi la voie du syllogisme et de la logique pour décrire la réalité. Aristote est plus sobre dans son style. Il multiplie les descriptions avant d’approfondir ses idées. Il critique ouvertement les penseurs qui l’ont précédé, en particulier les présocratiques, dont il considère que l’ensemble de leurs réflexions étaient inachevées ou incorrectes. La critique de Platon est également au centre de son œuvre. Il s’intéressa aux mêmes problèmes que son maître mais les développa différemment sans avoir recours au monde intelligible.
    • - PHYSIQUE - Aristote contemplant le buste d’Homère (Rembrandt - 1653)
    • - PHYSIQUE -
      • « § 1 . Comme on ne parvient à comprendre et à savoir quelque chose dans tout sujet de recherches méthodiques où il y a des principes, des causes et des éléments, que du moment où on les connaît; car on ne pense jamais connaître une chose que quand on en connaît les causes premières, les principes premiers, et jusqu'à ses éléments; de même aussi pour la science de la nature, il est évident que l'on doit tout d'abord prendre soin de déterminer ce qui regarde les principes. § 2 . La marche qui semble ici toute naturelle, c’est de procéder des choses qui sont plus connues et plus claires pour nous, aux choses qui sont plus claires et plus connues par leur propre nature. En effet, les choses qui sont notoires absolument, et les choses qui sont notoires pour nous, ne sont pas les mêmes ; et voilà comment c'est une nécessité de commencer par les choses qui, bien que plus obscures par nature, …»
    • - PHYSIQUE -
      • «…sont cependant plus notoires pour nous, afin de passer ensuite aux choses qui sont naturellement plus claires et plus connues en soi. § 3 . Ce qui est d'abord pour nous le plus notoire et le plus clair, c'est ce qui est le plus composé et le plus confus. Mais ensuite en partant de ces composés mêmes, les éléments et les principes nous sont rendus clairs par les divisions que nous en faisons. § 4 . Ainsi donc il faut s'avancer du général au particulier ; car le tout que donne la sensation est plus connu ; et le général est une espèce de tout, puisque le général contient dans son ensemble une foule de choses à l'état de simples parties. § 5 . C'est un rapport assez analogue à celui-là, que les noms des choses soutiennent avec les définitions. Les noms, en effet, expriment aussi une totalité quelconque; mais ils l'expriment d'une manière indéterminée ; par exemple, le mot Cercle, que la définition…»
    • - PHYSIQUE -
      • «…résout ensuite dans ses éléments particuliers. § 6 . C'est encore ainsi que les enfants appellent d'abord Papa et Maman, tous les hommes, toutes les femmes, qu'ils voient; mais plus tard ils les distinguent fort bien les uns et les autres.
      • § 1 . Nécessairement il doit y avoir dans l'être ou un principe unique ou plusieurs principes. En supposant que ce principe soit unique, il doit être, ou immobile, comme le prétendent Parménide et Mélissus, ou mobile, comme l'affirment les Physiciens, soit qu'ils trouvent ce premier principe dans l'air, soit qu'ils le trouvent dans l'eau. En admettant qu'il y a plusieurs principes, ces principes sont en nombre fini et infini ; s'ils sont finis, mais en étant toujours plus d'un, ils sont alors deux, trois, quatre ou tel autre nombre ; s'ils sont infinis, ils peuvent être comme l'entend Démocrite, d'un seul et même genre, ne différant qu'en …»
    • - PHYSIQUE -
      • «…figure et en espèce ; ou bien ils vont même jusqu'à être contraires § 2 . C'est encore une étude toute pareille que font les philosophes qui recherchent quel est le nombre des êtres ; car ils recherchent d'abord si la source d'où sortent les êtres et les choses, est un principe unique, ou bien si ce sont plusieurs principes ; puis en supposant qu'il y ait plusieurs principes, ils se demandent s'ils sont finis ou infinis. Par conséquent, c'est rechercher encore si le principe et l'élément des choses est unique, ou s'il y en a plusieurs. § 3 . Cependant, étudier cette question de savoir si l'être est un et immobile, ce n'est plus étudier la nature ; car de même que le Géomètre n'a plus rien à dire à un adversaire qui lui nie ses principes, et que cette discussion appartient dès lors à une autre science que la géométrie ou à une science commune de tous les principes, de même le philosophe qui …»
    • - PHYSIQUE -
      • «…s'occupe des principes de la nature, ne doit pas accepter la discussion sur ce terrain. Du moment, en effet, que l'être est un, et un au sens d'immobilité où on le prétend, il n'y a plus à, proprement dire de principe, puisqu'un principe est toujours le principe d'une ou de plusieurs autres choses. § 4 . Examiner si l'être est en ce sens, revient tout a fait à discuter telle autre thèse tout aussi vaine, parmi celles qui ne sont avancées que pour le besoin de la dispute, comme la fameuse thèse d'Héraclite. Autant vaudrait soutenir que l'être entier se concentre dans un seul individu de l'espèce humaine. § 5 . Au fond, c'est simplement réfuter un argument captieux, défaut que présentent les deux opinions de Mélissus et de Parménide ; car elles reposent toutes deux sur des prémisses fausses, et elles ne concluent pas régulièrement. Mais le raisonnement de Mélissus est encore le plus …»
    • - PHYSIQUE -
      • «…grossier, et il ne peut pas même causer la moindre hésitation ; car il suffit d'une seule donnée absurde pour que toutes les conséquences le soient également ; et c'est une chose des plus faciles à voir. § 6 . Quant à nous, posons comme un principe fondamental que les choses de la nature, soit toutes, soit quelques-unes au moins sont soumises au mouvement ; et c'est là un fait que l'induction ou l'observation nous apprend avec toute évidence. § 7 . Mais, en même temps, nous ne prétendrons point répondre à toutes les questions, et nous ne réfuterons que les erreurs que l'on commet dans les démonstrations en partant des principes ; nous laisserons de côté toutes celles qui n'en partent pas. C'est ainsi, par exemple, que c'est au géomètre de réfuter la démonstration de la quadrature du cercle par les segments; mais le géomètre n'a plus rien à faire avec celle d'Antiphon.»
    • - PHYSIQUE -
      • « § 8 . Néanmoins, comme sans traiter précisément de la nature, ces philosophes touchent à des questions physiques, il sera peut-être utile d'en dire ici quelques mots : car ces recherches ne laissent pas que d’avoir leur côté de philosophie.
      • […] § 1 . La méthode que nous comptons suivre sera de traiter d'abord de la génération des choses dans toute son étendue ; car il est conforme à l'ordre naturel d'expliquer en premier lieu les conditions communes, pour arriver ensuite à étudier les propriétés particulières. § 2 . Quand nous disons qu'une chose vient d'une autre chose, et que telle, chose devient différente de ce qu'elle était, nous pouvons employer ou des termes simples ou des termes composés. Or, voici ce que j'entends par là : quand je veux exprimer, par exemple, qu'un homme devient musicien, je puis dire ou que le non-musicien devient musicien, ou …»
    • - PHYSIQUE -
      • «…qu'un homme qui n'est pas musicien devient un homme musicien. J'appelle terme simple ce qui devient quelque chose, soit ici l'homme, soit le non-musicien ; et ce qu'il devient est également un terme simple, à savoir musicien. Au contraire, le terme s'appelle composé quand on exprime à la fois et le sujet qui devient quelque chose et ce qu'il devient : par exemple, quand on dit que l'homme non-musicien devient homme musicien. § 3 . De ces deux expressions, l'une signifie non seulement qu'une chose devient telle chose, mais encore qu'elle provient de telle situation antérieure ; et, ainsi, un homme devient musicien de non-musicien qu'il était auparavant. Mais l'autre expression ne se prend pas universellement ; car elle ne veut pas dire que d'homme l'être est devenu musicien ; mais elle dit seulement que l'homme est devenu musicien. § 4 . Dans les choses qui se produisent ainsi, au sens où…»
    • - PHYSIQUE -
      • «…nous entendons que des termes simples peuvent devenir quelque chose, il y a une partie qui subsiste en devenant quelque chose, et une autre qui ne subsiste pas. Ainsi, l'homme en devenant musicien subsiste en tant qu'homme, et il est homme ; mais le non-musicien, ou ce qui n'est pas musicien, ne subsiste point, que ce terme d'ailleurs soit simple ou complexe. § 5 . Ceci une fois établi, on peut, dans tous les cas de génération, observer, pour peu qu'on y regarde, qu'il faut toujours, ainsi que nous venons de le dire, qu'il y ait une certaine partie qui subsiste et demeure pour supporter le reste. § 6 . Ce qui subsiste, bien qu'il soit toujours un sous le rapport du nombre, ne l'est pas toujours dans la forme ; et, par la forme, j'entends aussi la définition qui remplace le sujet. L'un subsiste, tandis que l'autre ne subsiste pas. Ce qui subsiste, c'est ce qui n'est pas susceptible d'opposition, et …»
    • - PHYSIQUE -
      • «…l'homme subsiste de cette manière ; mais le musicien et le non-musicien ne subsistent pas ainsi, pas plus que ne subsiste le composé sorti de la combinaison des deux termes : je veux dire l'homme non-musicien. § 7 . Mais cette expression qu'une chose sortant de tel état, devient ou ne devient pas telle autre, s'applique plus particulièrement aux choses qui, par elles-mêmes, ne subsistent pas : par exemple, on dit que de non-musicien on devient musicien ; mais on ne dit pas que d'homme on devienne musicien. Néanmoins, on emploie parfois une pareille locution même pour les substances ; et l'on dit à ce point de vue que la statue vient de l'airain, et non pas que l'airain devient statue. En parlant de ce qui est opposé et ne subsiste pas, on se sert indifféremment des deux expressions, et l'on dit ou que la chose vient de telle autre chose ou qu'elle devient telle autre chose.»
    • - PHYSIQUE -
      • «Ainsi, de non-musicien on devient musicien, et le non-musicien devient musicien. Voilà comment on s'exprime aussi de même pour le composé, puisque l'on dit également que de l'homme non-musicien vient le musicien, ou bien que l'homme non-musicien devient musicien. § 8 . Comme le mot Devenir peut avoir plusieurs acceptions, et comme on doit dire de certaines choses non pas qu'elles deviennent et naissent d'une manière absolue, mais qu'elles deviennent quelqu'autre chose, Devenir pris absolument ne pouvant s'appliquer qu'aux seules substances, il est clair que pour tout le reste il faut nécessairement qu'il y ait, au préalable, un sujet qui devient telle ou telle chose. Ainsi, la quantité, la qualité, la relation, le temps, le lieu, ne deviennent et ne se produisent qu'à l'occasion d'un certain sujet, attendu que la substance est la seule qui n'est jamais l'attribut de quoi que ce soit, tandis que …»
    • - PHYSIQUE -
      • «…tous les autres termes sont les attributs de la substance. § 9 . Que les substances proprement dites, et en général tous les êtres qui existent absolument, viennent d'un sujet antérieur, c'est ce qu'on voit clairement, si l'on veut y regarder. Toujours il y a un être subsistant préalablement d'où naît celui qui naît et devient : les plantes et les animaux, par exemple, qui viennent d'une semence. Tout, ce qui naît et devient, généralement parlant, naît, soit par une transformation, comme la statue qui vient de l'airain ; soit par une addition, comme tous les êtres qui s'accroissent en se développant ; soit par une réduction, comme un Hermès, qu'on tire d'un bloc de pierre ; soit par un arrangement, comme la maison ; soit enfin par une altération, comme les choses qui souffrent un changement dans leur matière. Or, il est bien clair que, pour tout ce qui naît et se produit ainsi, il faut que tout cela vienne…»
    • - PHYSIQUE -
      • «…de sujets qui existent antérieurement. § 10 . Il résulte donc clairement de tout ce qui précède que tout ce qui devient et se produit est toujours complexe, et qu'il y a tout à la fois et une certaine chose qui se produit et une certaine autre chose qui devient celle-là. J'ajoute qu'on peut même distinguer deux nuances dans cette dernière : ou c'est le sujet même, ou c'est l'opposé ; j'entends par l'opposé le non-musicien, et le sujet c'est l'homme, dans l'exemple cité plus haut. L'opposé, c'est ce qui est privé de la forme, ou de la figure, ou de l'ordre ; et le sujet, c'est l'or, l'airain ou la pierre. § 11 . Une conséquence évidente de ceci, c'est que, puisqu'il y a des principes et des causes de tous les êtres qui sont dans la nature, principes primordiaux qui font de ces êtres ce qu'ils sont et ce qu'ils deviennent, non point par accident, mais tels que chacun d'eux est dénommé dans son essence, tout ce qui devient et se …»
    • - PHYSIQUE -
      • «…produit vient à la fois et du sujet et de la forme. Ainsi, l'homme devenu musicien est d'une certaine façon composé de l'homme et du musicien, puisque vous pourriez résoudre les définitions de l'un dans les définitions des deux autres ; et, par conséquent, on peut dire évidemment que tout ce qui devient et se produit vient toujours de ces principes. § 12 . Le sujet est un numériquement, bien que spécifiquement il soit deux. Aussi, l'homme ou l'or, ou, d'une manière générale, la matière, est numérable ; car elle est davantage telle ou telle chose réelle, et ce qui se produit ne vient pas d'elle seulement par accident, tandis que la privation et l'opposition sont purement accidentelles. § 13 . Quant à l'espèce, elle est une ; et, par exemple, c'est l'ordre, la musique, ou tel autre attribut de ce genre. § 14 . Ainsi, on peut dire en un sens que les principes sont au nombre de…»
    • - PHYSIQUE -
      • «…deux, et l'on peut dire en un autre sens qu'ils sont trois. § 15 . En un sens aussi ce sont des contraires, quand on dit, par exemple, le musicien et le non-musicien, le chaud et le froid, l'organisé et l'inorganisé ; mais, à un autre point de vue, ce ne sont pas des contraires, puisqu'il est impossible que les contraires agissent jamais l'un sur l'autre. Mais on peut répondre à cette difficulté, en disant que le sujet est différent et qu'il n'est pas du tout un contraire. § 16 . Par conséquent, en un certain sens, les principes ne sont pas plus nombreux numériquement. Toutefois, ils ne sont pas absolument et purement deux, attendu que leur essence est différente ; et ils sont plutôt trois, puisque, par exemple, l'essence de l'homme est autre que l'essence du non-musicien, comme celle du non-figuré est autre que celle de l'airain. § 17 . Nous avons donc exposé quel est le nombre…»
    • - PHYSIQUE -
      • «…des principes dans la génération des choses naturelles, et nous avons expliqué ce nombre. De plus, il est également clair qu'il faut un sujet aux contraires et que les contraires sont deux. Mais, à un autre point de vue, ceci même n'est pas nécessaire ; et l'un des deux contraires suffit pour produire le changement par sa présence ou par son absence. §18 . Pour bien savoir ce qu'est cette nature, cette matière première qui sert de support, on peut recourir à une analogie : ainsi, ce que l'airain est à la statue ou ce que le bois est au lit, ou bien encore ce que sont à toutes les choses qui ont reçu une forme, la matière et le non-figuré avant qu'ils aient pris leur forme propre, cette nature qui sert de support l'est à la substance, à l'objet réel, à ce qui est, à l'être. § 19 . Elle est donc à elle seule un principe ; mais elle n'est pas une, et elle ne fait pas un être, comme le fait un objet individuel et particulier ; elle est une …»
    • - PHYSIQUE -
      • .«…seulement en tant que sa notion est une, bien qu'elle ait en outre son contraire, qui est la privation. § 20 . En résumé, on a expliqué dans ce qui précède comment les principes sont deux et comment ils sont aussi davantage ; car, d'abord on avait montré que les principes ne peuvent être que les contraires, et ensuite on a dû ajouter qu'il fallait nécessairement un sujet à ces contraires, et que par conséquent il y a trois principes, Maintenant ce qu'on vient de dire ici montre bien quelle est la différence des contraires, comment les principes sont les uns à l'égard des autres, et ce que c'est que le sujet qui sert de support. Ce qui n'est pas encore éclairci, c'est de savoir si l'essence des choses est ou la forme ou le sujet. Mais ce qu'on sait à cette heure, c'est qu'il y a trois principes ; c'est en quel sens ils sont trois, et de quelle façon ils le sont. Telle est notre théorie sur le nombre et sur la nature des principes.»
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    • - POLITIQUE - L’école d’Athènes (Raphaël - 1511) Au centre de la fresque, Platon pointe vers le ciel du monde intelligible et Aristote abaisse sa main vers le sol du monde empirique.
    • - POLITIQUE -
      • «[…] § 1 . Maintenant que nous connaissons positivement les parties diverses dont l'État s'est formé, il faut nous occuper tout d'abord de l'économie qui régit les familles, puisque l'État est toujours composé de familles. Les éléments de l'économie domestique sont précisément ceux de la famille elle-même, qui, pour être complète, doit comprendre des esclaves et des individus libres. Mais comme, pour se rendre compte des choses, il faut soumettre d'abord à l'examen les parties les plus simples, et que les parties primitives et simples de la famille sont le maître et l'esclave, l'époux et la femme, le père et les enfants, il faudrait étudier séparément ces trois ordres d'individus, et voir ce qu'est chacun d'eux et ce qu'il doit être. § 2 . On a donc à considérer, d'une part, l'autorité du maître, puis, l'autorité conjugale ; car la langue grecque n'a pas de mot particulier pour exprimer ce rapport de l'homme et de la…»
    • - POLITIQUE -
      • «…femme; et enfin, la génération des enfants, notion à laquelle ne répond pas non plus un mot spécial. A ces trois éléments que nous venons d'énumérer, on pourrait bien en ajouter un quatrième, que certains auteurs confondent avec l'administration domestique, et qui, selon d'autres, en est au moins une branche fort importante ; nous l'étudierons aussi : c'est ce qu'on appelle l'acquisition des biens. Occupons-nous d'abord du maître et de l'esclave, afin de connaître à fond les rapports nécessaires qui les unissent, et afin de voir en même temps si nous ne pourrions pas trouver sur ce sujet des idées plus satisfaisantes que celles qui sont reçues aujourd'hui. § 3 . On soutient d'une part qu'il y a une science propre au maître et qu'elle se confond avec celle de père de famille, de magistrat et de roi, ainsi que nous l'avons dit en débutant. D'autres, au contraire, prétendent que le …»
    • - POLITIQUE -
      • «…pouvoir du maître est contre nature; que la loi seule fait des hommes libres et des esclaves, […] la nature ne met aucune différence entre eux et même, par suite, que l'esclavage est inique, puisque la violence l'a produit. § 4 . D'un autre côté, la propriété est une partie intégrante de la famille et la science de la possession fait aussi partie de la science domestique, puisque, sans les choses de première nécessité, les hommes ne sauraient vivre, ni vivre heureux. Il s'ensuit que, comme les autres arts, chacun dans sa sphère, ont besoin, pour accomplir leur oeuvre, d'instruments spéciaux, la science domestique doit avoir également les siens. Or, parmi les instruments, les uns sont inanimés, les autres vivants ; par exemple, pour le patron du navire, le gouvernail est un instrument sans vie, et le matelot qui veille à la proue, un instrument vivant, l'ouvrier, dans les arts, étant considéré comme un…»
    • - POLITIQUE -
      • «…véritable instrument. D'après le même principe, on peut dire que la propriété n'est qu'un instrument de l'existence, la richesse une multiplicité d'instruments, et l'esclave une propriété vivante ; seulement, en tant qu'instrument, l'ouvrier est le premier de tous. § 5 . Si chaque instrument, en effet, pouvait, sur un ordre reçu, ou même deviné, travailler de lui-même, comme les statues de Dédale, ou les trépieds de Vulcain, « qui se rendaient seuls, dit le poète, aux réunions des dieux »; si les navettes tissaient toutes seules ; si l'archet jouait tout seul de la cithare, les entrepreneurs se passeraient d'ouvriers, et les maîtres, d'esclaves. Les instruments, proprement dits, sont donc des instruments de production ; la propriété au contraire est simplement d'usage. Ainsi, la navette produit quelque chose de plus que l'usage qu'on en fait ; mais un vêtement, un lit, ne donnent que cet usage …»
    • - POLITIQUE -
      • «…même. § 6 . En outre, comme la production et l'usage diffèrent spécifiquement, et que ces deux choses ont des instruments qui leur sont propres, il faut bien que les instruments dont elles se servent aient entre eux une différence analogue. La vie est l'usage, et non la production des choses ; et l'esclave ne sert qu'à faciliter tous ces actes d'usage. Propriété est un mot qu'il faut entendre comme on entend le mot partie : la partie fait non seulement partie d'un tout, mais encore elle appartient d'une manière absolue à une chose autre qu'elle-même. Et pareillement pour la propriété : le maître est simplement le maître de l'esclave, mais il ne tient pas essentiellement à lui ; l'esclave, au contraire, est non seulement l'esclave du maître, mais encore il en relève absolument. § 7 . Ceci montre nettement ce que l'esclave est en soi et ce qu'il peut être. Celui qui, par une loi de nature, ne …»
    • - POLITIQUE -
      • «…s'appartient pas à lui-même, mais qui, tout en étant homme, appartient à un autre, celui-là est naturellement esclave. Il est l'homme d'un autre, celui qui en tant qu'homme devient une propriété ; et la propriété est un instrument d'usage et tout individuel. § 8 . Il faut voir maintenant s'il est des hommes ainsi faits par la nature, ou bien s'il n'en existe point ; si, pour qui que ce soit, il est juste et utile d'être esclave, ou bien si tout esclavage est un fait contre nature. La raison et les faits peuvent résoudre aisément ces questions. L'autorité et l'obéissance ne sont pas seulement choses nécessaires ; elles sont encore choses éminemment utiles. Quelques êtres, du moment même qu'ils naissent, sont destinés, les uns à obéir, les autres à commander, bien qu'avec des degrés et des nuances très diverses pour les uns et pour les autres. L'autorité s'élève et s'améliore dans la même mesure que les êtres qui …»
    • - POLITIQUE -
      • «…l'appliquent ou qu'elle régit. Elle vaut mieux dans les hommes que dans les animaux, parce que la perfection de l'oeuvre est toujours en raison de la perfection des ouvriers; et une oeuvre s'accomplit partout où se rencontrent l'autorité et l'obéissance. § 9 . Ces deux éléments d'obéissance et de commandement se retrouvent dans tout ensemble, formé de plusieurs choses arrivant à un résultat commun, qu'elles soient d'ailleurs séparées ou continues. C'est là une condition que la nature impose à tous les êtres animés ; et l'on pourrait même découvrir quelques traces de ce principe jusque dans les objets sans vie : telle est, par exemple, l'harmonie dans les sons. Mais ceci nous entraînerait peut-être trop loin de notre sujet. § 10 . D'abord, l'être vivant est composé d'une âme et d'un corps, faits naturellement l'une pour commander, l'autre pour obéir. C'est là du moins le voeu de la …»
    • - POLITIQUE -
      • «…nature, qu'il importe de toujours étudier dans les êtres développés suivant ses lois régulières, et non point dans les êtres dégradés. Cette prédominance de l'âme est évidente dans l'homme parfaitement sain d'esprit et de corps, le seul que nous devions examiner ici. Dans les hommes corrompus ou disposés à l'être, le corps semble parfois dominer souverainement l'âme, précisément parce que leur développement irrégulier est tout à fait contre nature. § 11 . Il faut donc, je le répète, reconnaître d'abord dans l'être vivant l'existence d'une autorité pareille tout ensemble et à celle d'un maître et à celle d'un magistrat ; l'âme commande au corps comme un maître à son esclave ; et la raison, à l'instinct, comme un magistrat, comme un roi. Or, évidemment on ne saurait nier qu'il ne soit naturel et bon pour le corps d'obéir à l'âme ; et pour la partie sensible de notre être, d'obéir à la …»
    • - POLITIQUE -
      • «…raison et à la partie intelligente. L'égalité ou le renversement du pouvoir entre ces divers éléments leur serait également funeste à tous. § 12 . Il en est de même entre l'homme et le reste des animaux : les animaux privés valent naturellement mieux que les animaux sauvages ; et c'est pour eux un grand avantage, dans l'intérêt même de leur sûreté, d'être soumis à l'homme. D'autre part, le rapport des sexes est analogue ; l'un est supérieur à l'autre : celui-là est fait pour commander, et celui-ci, pour obéir. § 13 . C'est là aussi la loi générale qui doit nécessairement régner entre les hommes. Quand on est inférieur à ses semblables autant que le corps l'est à l'âme, la brute, à l'homme, et c'est la condition de tous ceux chez qui l'emploi des forces corporelles est le seul et le meilleur parti à tirer de leur être, on est esclave par nature. Pour ces hommes-là, ainsi que pour les autres êtres dont nous …»
    • - POLITIQUE -
      • «…venons de parler, le mieux est de se soumettre à l'autorité du maître ; car il est esclave par nature, celui qui peut se donner à un autre ; et ce qui précisément le donne à un autre, c'est qu'il ne peut aller qu'au point de comprendre la raison quand un autre la lui montre ; mais il ne la possède pas par lui-même. Les autres animaux ne peuvent pas même comprendre la raison, et ils obéissent aveuglément à leurs impressions. § 14 . Au reste, l'utilité des animaux privés et celle des esclaves sont à peu près les mêmes : les uns comme les autres nous aident, par le secours de leurs forces corporelles, à satisfaire les besoins de l'existence. La nature même le veut, puisqu'elle fait les corps des hommes libres différents de ceux des esclaves, donnant à ceux-ci la vigueur nécessaire dans les gros ouvrages de la société, […]»
    • - POLITIQUE -
      • « § 18 . Il y a quelques gens qui, frappés de ce qu'ils croient un droit, et une loi a bien toujours quelque apparence de droit, avancent que l'esclavage est juste quand il résulte du fait de la guerre. Mais c'est se contredire ; car le principe de la guerre elle-même peut être injuste, et l'on n'appellera jamais esclave celui qui ne mérite pas de l'être ; autrement, les hommes qui semblent les mieux nés pourraient devenir esclaves, et même par le fait d'autres esclaves, parce qu'ils auraient été vendus comme prisonniers de guerre. Aussi, les partisans de cette opinion ont-ils soin d'appliquer ce nom d'esclave seulement aux Barbares et de le répudier pour leur propre nation. Cela revient donc à chercher ce que c'est que l'esclavage naturel ; et c'est là précisément ce que nous nous sommes d'abord demandé. § 19 . Il faut, de toute nécessité, convenir que certains hommes seraient partout esclaves…»
    • - POLITIQUE -
      • «…, et que d'autres ne sauraient l'être nulle part. Il en est de même pour la noblesse : les gens dont nous venons de parler se croient nobles, non seulement dans leur patrie, mais en tous lieux ; à leur sens, les Barbares, au contraire, ne peuvent être nobles que chez eux. Ils supposent donc que telle race est d'une manière absolue libre et noble, et que telle autre ne l'est que conditionnellement. C'est l'Hélène de Théodecte qui s'écrie : De la race des dieux de tous côtés issue, Qui donc du nom d'esclave oserait me flétrir? Cette opinion revient précisément à fonder sur la supériorité et l'infériorité naturelles toute la différence de l'homme libre et de l'esclave, de la noblesse et de la roture. C'est croire que de parents distingués sortent des fils distingués, de même qu'un homme produit un homme, et qu'un animal produit un animal. Mais il est vrai que bien souvent la nature veut le faire sans …»
    • - POLITIQUE -
      • «…le pouvoir. § 20 . On peut donc évidemment soulever cette discussion avec quelque raison, et soutenir qu'il y a des esclaves et des hommes libres par le fait de la nature ; on peut soutenir que cette distinction subsiste bien réellement toutes les fois qu'il est utile pour l'un de servir en esclave, pour l'autre de régner en maître; on peut soutenir enfin qu'elle est juste, et que chacun doit, suivant le voeu de la nature, exercer ou subir le pouvoir. Par suite, l'autorité du maître sur l'esclave est également juste et utile; ce qui n'empêche pas que l'abus de cette autorité ne puisse être funeste à tous deux. L'intérêt de la partie est celui du tout; l'intérêt du corps est celui de l'âme ; l'esclave est une partie du maître ; c'est comme une partie de son corps, vivante, bien que séparée. Aussi entre le maître et l'esclave, quand c'est la nature qui les a faits tous les deux, il existe un intérêt commun, une …»
    • - POLITIQUE -
      • «…bienveillance réciproque ; il en est tout différemment quand c'est la loi et la force seule qui les ont faits l'un et l'autre. § 21 . Ceci montre encore bien nettement que le pouvoir du maître et celui du magistrat sont très distincts, et que, malgré ce qu'on en a dit, toutes les autorités ne se confondent pas en une seule : l'une concerne des hommes libres, l'autre des esclaves par nature ; l'une, et c'est l'autorité domestique, appartient à un seul, car toute famille est régie par un seul chef ; l'autre, celle du magistrat, ne concerne que des hommes libres et égaux. § 22 . On est maître, non point parce qu'on sait commander, mais parce qu'on a certaine nature ; on est esclave ou homme libre par des distinctions pareilles. Mais il serait possible de former les maîtres à la science qu'ils doivent pratiquer tout aussi bien que les esclaves ; et l'on a déjà professé une science des esclaves à Syracuse, où, pour de …»
    • - POLITIQUE -
      • «…l'argent, on instruisait les enfants en esclavage de tous les détails du service domestique. On pourrait fort bien aussi étendre leurs connaissances et leur apprendre certains arts, comme celui de préparer les mets, ou tout autre du même genre, puisque tels services sont plus estimés ou plus nécessaires que tels autres, et que, selon le proverbe : « Il y a esclave et esclave, il y a maître et maître ». § 23 . Tous ces apprentissages forment la science des esclaves. Savoir employer des esclaves forme la science du maître, qui est maître bien moins en tant qu'il possède des esclaves, qu'en tant qu'il en use. Cette science n'est, il est vrai, ni bien étendue, ni bien haute ; elle consiste seulement à savoir commander ce que les esclaves doivent savoir faire. Aussi, dès qu'on peut s'épargner cet embarras, on en laisse l'honneur à un intendant, pour se livrer à la vie politique ou à la philosophie. La …»
    • - POLITIQUE -
      • «…science de l'acquisition, mais de l'acquisition naturelle et juste, est fort différente des deux autres sciences dont nous venons de parler; elle a tout à la fois quelque chose de la guerre et quelque chose de la chasse.
      • § 1 . Puisque aussi bien l'esclave fait partie de la propriété, nous allons étudier, suivant notre méthode ordinaire, la propriété en général et l'acquisition des biens. La première question est de savoir si la science de l'acquisition ne fait qu'un avec la science domestique, ou si elle en est une branche, ou seulement un auxiliaire. Si elle en est l'auxiliaire, est-ce comme l'art de faire des navettes sert à l'art de tisser ? ou bien comme l'art de fondre les métaux sert au statuaire ? Les services de ces deux arts subsidiaires sont en effet bien distincts : là, c'est l'instrument qui est fourni ; ici, c'est la matière. J'entends par …»
    • - POLITIQUE -
      • «…matière la substance qui sert à confectionner un objet : par exemple, la laine pour le fabricant, l'airain pour le statuaire. Ceci montre que l'acquisition des biens ne se confond pas avec l'administration domestique, puisque l'une emploie ce que l'autre fournit. A qui appartient-il, en effet, de mettre en oeuvre les fonds de la famille, si ce n'est à l'administration domestique ? § 2 . Reste à savoir si l'acquisition des choses n'est qu'une branche de cette administration, ou bien une science à part. D'abord, si celui qui possède cette science doit connaître les sources de la richesse et de la propriété, on doit convenir que la propriété et la richesse embrassent des objets bien divers. En premier lieu, on peut se demander si l'art de l'agriculture, et en général la recherche et l'acquisition des aliments, est compris dans l'acquisition des biens, ou s'il forme un mode spécial d'acquérir. § 3 . Mais les …»
    • - POLITIQUE -
      • «…genres d'alimentation sont extrêmement variés ; et de là, cette multiplicité de genres de vie chez l'homme et chez les animaux, dont aucun ne peut subsister sans aliments. Par suite, ce sont précisément ces diversités-là qui diversifient les existences des animaux. Dans l'état sauvage, les uns vivent en troupes, les autres s'isolent, selon que l'exige l'intérêt de leur subsistance, parce que les uns sont carnivores, les autres frugivores, et les autres omnivores. C'est pour leur faciliter la recherche et le choix des aliments que la nature leur a déterminé un genre spécial de vie. La vie des carnivores et celle des frugivores diffèrent justement en ce qu'ils n'aiment point par instinct la même nourriture, et que chacun d'eux a des goûts particuliers. § 4 . On en peut dire autant des hommes. Leurs modes d'existence ne sont pas moins divers. Les uns, dans un désoeuvrement absolu, sont nomades ; …»
    • - POLITIQUE -
      • «…sans peine et sans travail, ils se nourrissent de la chair des animaux qu'ils élèvent. Seulement, comme leurs troupeaux sont forcés, pour trouver pâture, de changer constamment de place, eux aussi sont contraints de les suivre ; c'est comme un champ vivant qu'ils cultivent. D'autres subsistent de proie ; mais la proie des uns n'est pas celle des autres : pour ceux-ci, c'est le pillage ; pour ceux-là, c'est la pêche, quand ils habitent le bord des étangs ou des marais, les rivages des fleuves ou de la mer ; d'autres chassent les oiseaux et les bêtes fauves. Mais la majeure partie du genre humain vit de la culture de la terre et de ses fruits. § 5 . Voici donc à peu près tous les modes d'existence où l'homme n'a besoin d'apporter que son travail personnel, sans demander sa subsistance aux échanges ou au commerce : nomade, agriculteur, pillard, pêcheur ou chasseur. Des peuples vivent à …»
    • - POLITIQUE -
      • «…l'aise en combinant ces existences diverses, et en empruntant à l'une de quoi remplir les lacunes de l'autre : ils sont à la fois nomades et pillards, cultivateurs et chasseurs, et ainsi des autres, qui embrassent le genre de vie que le besoin leur impose. § 6 . Cette possession des aliments est, comme on peut le voir, accordée par la nature aux animaux aussitôt après leur naissance, et tout aussi bien après leur entier développement. Certains animaux, au moment même de la ponte, produisent en même temps que le petit la nourriture qui doit lui suffire jusqu'à ce qu'il soit en état de se pourvoir lui-même. C'est le cas des vermipares et des ovipares. Les vivipares portent pendant un certain temps en eux-mêmes les aliments des nouveau-nés ; ce qu'on nomme le lait n'est pas autre chose. § 7 . Cette possession des aliments est également acquise aux animaux quand ils sont entièrement …»
    • - POLITIQUE -
      • «…développés ; et il faut croire que les plantes sont faites pour les animaux, et les animaux, pour l'homme. Privés, ils le servent et le nourrissent ; sauvages, ils contribuent, si ce n'est tous, au moins la plupart, à sa subsistance et à ses besoins divers ; ils lui fournissent des vêtements et encore d'autres ressources. Si donc la nature ne fait rien d'incomplet, si elle ne fait rien en vain, il faut nécessairement qu'elle ait créé tout cela pour l'homme. § 8 . Aussi la guerre est-elle encore en quelque sorte un moyen naturel d'acquérir, puisqu'elle comprend cette chasse que l'on doit donner aux bêtes fauves et aux hommes qui, nés pour obéir, refusent de se soumettre ; c'est une guerre que la nature elle-même a faite légitime. Voilà donc un mode d'acquisition naturelle, faisant partie de l'économie domestique, qui doit le trouver tout fait ou se le procurer, sous peine de ne point accumuler ces …»
    • - POLITIQUE -
      • «…indispensables moyens de subsistance sans lesquels ne se formeraient, ni l'association de l'État, ni l'association de la famille. § 9 . Ce sont même là, on peut le dire, les seules véritables richesses et les emprunts que le bien-être peut faire à ce genre d'acquisition sont bien loin d'être illimités, comme Solon l'a poétiquement prétendu : L'homme peut sans limite augmenter ses richesses. C'est qu'au contraire, il y a ici une limite comme dans tous les autres arts. En effet il n'est point d'art dont les instruments ne soient bornés en nombre et en étendue ; et la richesse n'est que l'abondance des instruments domestiques et sociaux. Il existe donc évidemment un mode d'acquisition naturelle commun aux chefs de famille et aux chefs des États. Nous avons vu quelles en étaient les sources. § 10 . Reste maintenant cet autre genre d'acquisition qu'on appelle plus particulièrement, et à juste titre, …»
    • - POLITIQUE -
      • «…l'acquisition des biens ; et pour celui-là, on pourrait vraiment croire que la richesse et la propriété peuvent s'augmenter indéfiniment. La ressemblance de ce second mode d'acquisition avec le premier, est cause qu'ordinairement on ne voit dans tous deux qu'un seul et même objet. Le fait est qu'ils ne sont ni identiques, ni bien éloignés ; le premier est naturel ; l'autre ne vient pas de la nature, et il est bien plutôt le produit de l'art et de l'expérience. Nous en commencerons ici l'étude. §11 . Toute propriété a deux usages, qui tous deux lui appartiennent essentiellement, sans toutefois lui appartenir de la même façon : l'un est spécial à la chose, l'autre ne l'est pas. Une chaussure peut à la fois servir à chausser le pied ou à faire un échange. On peut du moins en tirer ce double usage. Celui qui, contre de l'argent ou contre des aliments, échange une chaussure dont un autre a besoin, emploie …»
    • - POLITIQUE -
      • «…bien cette chaussure en tant que chaussure, mais non pas cependant avec son utilité propre ; car elle n'avait point été faite pour l'échange. J'en dirai autant de toutes les autres propriétés ; l'échange, en effet, peut s'appliquer à toutes, puisqu'il est né primitivement entre les hommes de l'abondance sur tel point et de la rareté sur tel autre, des denrées nécessaires à la vie. § 12 . Il est trop clair que, dans ce sens, la vente ne fait nullement partie de l'acquisition naturelle. Dans l'origine, l'échange ne s'étendait pas au delà des plus stricts besoins, et il est certainement inutile dans la première association, celle de la famille. Pour qu'il se produise, il faut que déjà le cercle de l'association soit plus étendu. Dans le sein de la famille, tout était commun ; parmi les membres qui se séparèrent, une communauté nouvelle s'établit pour des objets non moins nombreux que les premiers, mais différents, …»
    • - POLITIQUE -
      • «…et dont on dut se faire part suivant le besoin. C'est encore là le seul genre d'échange que connaissent bien des nations barbares ; il ne va pas au delà du troc des denrées indispensables ; c'est, par exemple, du vin donné ou reçu pour du blé; et ainsi du reste. § 13 . Ce genre d'échange est parfaitement naturel, et n'est point, à vrai dire, un mode d'acquisition, puisqu'il n'a d'autre but que de pourvoir à la satisfaction de nos besoins naturels. C'est là, cependant, qu'on peut trouver logiquement l'origine de la richesse. A mesure que ces rapports de secours mutuels se transformèrent en se développant, par l'importation des objets dont on était privé et l'exportation de ceux dont on regorgeait, la nécessité introduisit l'usage de la monnaie, les denrées indispensables étant, en nature, de transport difficile. § 14 . On convint de donner et de recevoir dans les échanges une matière qui, utile …»
    • - POLITIQUE -
      • «…par elle-même, fût aisément maniable dans les usages habituels de la vie ; ce fut du fer, par exemple, de l'argent, ou telle autre substance analogue, dont on détermina d'abord la dimension et le poids, et qu'enfin, pour se délivrer des embarras de continuels mesurages, on marqua d'une empreinte particulière, signe de sa valeur.  § 15 . Avec la monnaie, née des premiers échanges indispensables, naquit aussi la vente, autre forme d'acquisition, excessivement simple dans l'origine, mais perfectionnée bientôt par l'expérience, qui révéla, dans la circulation des objets, les sources et les moyens de profits considérables. § 16 . Voilà comment il semble que la science de l'acquisition a surtout l'argent pour objet, et que son but principal est de pouvoir découvrir les moyens de multiplier les biens ; car elle doit créer les biens et l'opulence. C'est qu'on place souvent l'opulence dans …»
    • - POLITIQUE -
      • «…l'abondance de l'argent, parce que c'est sur l'argent que roulent l'acquisition et la vente ; et cependant cet argent n'est en lui-même qu'une chose absolument vaine, n'ayant de valeur que par la loi et non par la nature, puisqu'un changement de convention parmi ceux qui en font usage peut le déprécier complètement, et le rendre tout à fait incapable de satisfaire aucun de nos besoins. En effet, un homme, malgré tout son argent, ne pourra-t-il pas manquer des objets de première nécessité ? Et n'est-ce pas une plaisante richesse que celle dont l'abondance n'empêche pas de mourir de faim ? C'est comme ce Midas de la mythologie, dont le voeu cupide faisait changer en or tous les mets de sa table. § 17 . C'est donc avec grande raison que les gens sensés se demandent si l'opulence et la source de la richesse ne sont point ailleurs ; et certes la richesse et l'acquisition naturelles, objet…»
    • - POLITIQUE -
      • «…de la science domestique, sont tout autre chose. Le commerce produit des biens, non point d'une manière absolue, mais par le déplacement d'objets déjà précieux en eux-mêmes. Or c'est l'argent qui paraît surtout préoccuper le commerce ; car l'argent est l'élément et le but de ses échanges ; et la fortune qui naît de cette nouvelle branche d'acquisition semble bien réellement n'avoir aucune borne. La médecine vise à multiplier ses guérisons à l'infini; comme elle, tous les arts placent dans l'infini l'objet qu'ils poursuivent, et tous y prétendent de toutes leurs forces. Mais du moins les moyens qui les conduisent à leur but spécial sont limités, et ce but lui-même leur sert à tous de borne ; bien loin de là, l'acquisition commerciale n'a pas même pour fin le but qu'elle poursuit, puisque son but est précisément une opulence et un enrichissement indéfinis. § 18 . Mais si l'art de cette richesse n'a …»
    • - POLITIQUE -
      • «…pas de bornes, la science domestique en a, parce que son objet est tout différent. Ainsi, l'on pourrait fort bien croire à première vue que toute richesse sans exception a nécessairement des limites. Mais les faits sont là pour nous prouver le contraire ; tous les négociants voient s'accroître leur argent sans aucun terme. Ces deux espèces si différentes d'acquisition, employant le même fonds qu'elles recherchent toutes deux également, quoique dans des vues bien diverses, l'une ayant un tout autre but que l'accroissement indéfini de l'argent, qui est l'unique objet de l'autre, cette ressemblance a fait croire à bien des gens que la science domestique avait aussi la même portée; et ils se persuadent fermement qu'il faut à tout prix conserver ou augmenter à l'infini la somme d'argent qu'on possède.  § 19 . Pour en venir là, il faut être préoccupé uniquement du soin de vivre, sans songer à vivre …»
    • - POLITIQUE -
      • «…comme on le doit. Le désir de la vie n'ayant pas de bornes, on est directement porté à désirer, pour le satisfaire, des moyens qui n'en ont pas davantage. Ceux-là mêmes qui s'attachent à vivre sagement recherchent aussi des jouissances corporelles ; et comme la propriété semble encore assurer ces jouissances, tous les soins des hommes se portent à amasser du bien ; de là, naît cette seconde branche d'acquisition dont je parle. Le plaisir ayant absolument besoin d'une excessive abondance, on cherche tous les moyens qui peuvent la procurer. Quand on ne peut les trouver dans les acquisitions naturelles, on les demande ailleurs ; et l'on applique ses facultés à des usages que la nature ne leur destinait pas. § 20 . Ainsi, faire de l'argent n'est pas l'objet du courage, qui ne doit nous donner qu'une mâle assurance ; ce n'est pas non plus l'objet de l'art militaire ni de la médecine, qui …»
    • - POLITIQUE -
      • «…doivent nous donner, l'un la victoire, l'autre la santé ; et cependant, on ne fait de toutes ces professions qu'une affaire d'argent, comme si c'était là leur but propre et que tout en elles dût viser à atteindre ce but. Voilà donc ce que j'avais à dire sur les divers moyens d'acquérir le superflu ; j'ai fait voir ce que sont ces moyens, et comment ils peuvent nous devenir un réel besoin. Quant à l'art de la véritable et nécessaire richesse, j'ai montré qu'il était tout différent de celui-là ; qu'il n'était que l'économie naturelle, uniquement occupée du soin de la subsistance ; art non pas infini comme l'autre, mais ayant au contraire des limites positives. § 21 . Ceci rend parfaitement claire la question que nous nous étions d'abord posée, à savoir si l'acquisition des biens est ou non l'affaire du chef de famille et du chef de l'État. Il est vrai qu'il faut toujours supposer la préexistence de ces biens. Ainsi, la politique …»
    • - POLITIQUE -
      • «…même ne fait pas les hommes ; elle les prend tels que la nature les lui donne, et elle en use. De même, c'est à la nature de nous fournir les premiers aliments, qu'ils viennent de la terre, de la mer, ou de toute autre source ; c'est ensuite au chef de famille de disposer de ces dons comme il convient de le faire ; c'est ainsi que le fabricant ne crée pas la laine ; mais il doit savoir l'employer, en distinguer les qualités et les défauts, et connaître celle qui peut servir et celle qui ne le peut pas. §22 . On pourrait demander encore pourquoi, tandis que l'acquisition des biens fait partie du gouvernement domestique, la médecine lui est étrangère, bien que les membres de la famille aient besoin de santé tout autant que de nourriture, ou de tel autre objet indispensable pour vivre. En voici la raison : si d'un côté le chef de famille et le chef de l'État doivent s'occuper de la santé de leurs administrés, d'un autre…»
    • - POLITIQUE -
      • ...«…côté, ce soin regarde, non point eux, mais le médecin. De même, les biens de la famille, jusqu'à certain point, concernent son chef, et, jusqu'à certain point, concernent non pas lui, mais la nature qui doit les fournir. C'est exclusivement à la nature, je le répète, de donner le premier fonds. C'est à la nature d'assurer la nourriture à l'être qu'elle crée ; et, en effet, tout être reçoit les premiers aliments de celui qui lui transmet la vie. Voilà aussi pourquoi les fruits et les animaux forment un fonds naturel que tous les hommes savent exploiter. § 23 . L'acquisition des biens étant double, comme nous l'avons vu, c'est-à-dire à la fois commerciale et domestique, celle-ci nécessaire et estimée à bon droit, celle-là dédaignée non moins justement comme n'étant pas naturelle, et ne résultant que du colportage des objets, on a surtout raison d'exécrer l'usure, parce qu'elle est un mode d'acquisition né de l'argent lui-même, et ne lui donnant pas la destination pour laquelle on l'avait créé. L'argent ne devait servir qu'à l'échange; et l'intérêt qu'on en tire le multiplie lui-même, comme l'indique assez le nom que lui donne la langue grecque. Les pères ici sont absolument semblables aux enfants. L'intérêt est de l'argent issu d'argent, et c'est de toutes les acquisitions celle qui est la plus contraire à la nature.»
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    • - MÉTAPHYSIQUE - Le monde géocentrique imaginé par Aristote
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • « § 1 . Ce mot d'Être peut recevoir plusieurs acceptions, comme l'a montré l'analyse que nous en avons faite antérieurement, en traitant des sens divers de ce mot. Être peut signifier, d'une part, la substance de la chose et son existence individuelle; d'autre part, il signifie qu'elle a telle qualité, telle quantité, ou tel autre des différents attributs de cette sorte. § 2 .  Du moment que l'Être peut s'énoncer sous tant de formes, il est clair que l'Être premier entre tous est celui qui exprime ce qu'est la chose, c'est-à-dire son existence substantielle. Ainsi, quand nous voulons désigner la qualité d'une chose, nous disons qu'elle est bonne ou mauvaise; et alors nous ne disons pas plus que sa longueur est de trois coudées que nous ne disons qu'elle est un homme. Tout au contraire, si nous voulons exprimer ce qu'est la chose elle-même, nous ne disons plus qu'elle est blanche, ou chaude, ou de trois coudées…»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…; nous disons simplement que c'est un homme, ou un Dieu. § 3 . Toutes les autres espèces de choses ne sont appelées des êtres que parce que les unes sont des quantités de l'Être ainsi conçu ; les autres, des qualités; celles-ci, des affections ; celles-là, telle autre modification analogue. § 4 .  Aussi, l'on peut se demander si chacune de ces façons d'être, qu'on désigne par ces mots Marcher, Se bien porter, S'asseoir, sont bien de l'Être ou n'en sont pas; et la même question se représente pour toutes les autres classes qu'on vient d'énumérer. Aucun de ces êtres secondaires n'existe naturellement en soi, et ne peut être séparé de la substance individuelle; et ceci doit paraître d'autant plus rationnel que l'Être réel, c'est ce qui marche, c'est ce qui se porte bien, c'est ce qui est assis. Et ce qui fait surtout que ce sont là des êtres, c'est qu'il y a sous tout cela un être déterminé, qui leur sert de sujet.»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • « § 5 . Ce sujet, c'est précisément la substance et l'individu, qui se montre clairement dans la catégorie qui y est attribuée. Sans cette première condition, on ne pourrait pas dire que l'être est bon, ou qu'il est assis. §6 .  Ainsi donc, il est bien clair que c'est uniquement grâce à cette catégorie de la substance, que chacun des autres attributs peut exister. Et par conséquent, l'Être premier, qui n'est pas de telle ou telle manière particulière, mais qui est simplement l'Être, c'est la substance individuelle. Le mot de Premier peut, il est vrai, être pris lui-même en plusieurs sens; mais la substance n'en est pas moins le premier sens de l'Être, qu'on le considère d'ailleurs sous quelque rapport que ce soit, la définition, la connaissance, le temps, et la nature. Pas un seul des autres attributs de l'Être ne peut exister séparément; il n'y a que la substance toute seule qui le puisse.»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • « § 7 . D'abord, c'est bien cela qu'est le primitif sous le rapport de la définition ; car de toute nécessité, dans la définition d'une chose quelconque, la définition même de la substance est toujours implicitement comprise. Ajoutez que, quel que soit l'être dont il s'agit, nous ne croyons le connaître que quand nous savons, par exemple, que c'est un homme, ou que c'est du feu. Et alors, nous le connaissons bien plus que quand nous savons seulement qu'il a telle qualité, ou telle quantité, ou qu'il est dans tel lieu. Pour ces notions mêmes, nous les comprenons d'autant mieux que nous savons quel est l'être qui a telle quantité, ou telle qualité. § 8 . On le voit donc : cette question agitée depuis si longtemps, agitée encore aujourd'hui, cette question toujours posée, et toujours douteuse de la nature de l'Être, revient à savoir ce qu'est la substance. Les uns prétendent que l'Être, c'est l'unité; …»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…pour les autres, c'est la pluralité; pour ceux-ci, les êtres sont limités; pour ceux-là, ils sont infinis. Mais quant à nous, notre recherche principale, notre recherche première, et nous pourrions presque dire, notre unique recherche, c'est de savoir ce qu'est l'Être considéré sous le point de vue que nous avons indiqué.
      • § 1 . C'est surtout aux corps que la substance individuelle semble appartenir le plus évidemment; et c'est ainsi que l'on qualifie de Substances, les animaux, les plantes, leurs différentes parties, et aussi les corps de la nature, tels que le feu, l'eau, la terre, et tous les autres éléments de ce genre, avec tout ce qui en fait partie, ou tout ce qui en est composé, soit qu'on les considère à l' état de fraction, soit à l'état de totalité : par exemple, le ciel et les parties du ciel, étoiles, lune, soleil. §2 .  Sont-ce bien là les seules substances ? Y en a-t-il d'autres …»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…encore ? Ou bien ne sont-ce même pas du tout des substances? Les vraies substances ne sont-elles pas toutes différentes? C'est ce qu'il faut examiner. § 3 . Des philosophes ont pensé que les limites du solide, surface, ligne, point, unité, sont des substances véritables, et qu'elles en sont plus réellement que le corps lui-même et le solide. D'autres ont cru qu'en dehors des choses sensibles, il n'y a rien qu'on puisse appeler substance; d'autres, au contraire, ont supposé qu'il y a en outre bien des substances, et qui le sont même d'autant plus qu'elles sont éternelles. § 4 .  Ainsi, Platon a fait des Idées et des Êtres mathématiques deux substances, et il n'a placé qu'au troisième rang la substance des corps sensibles. Speusippe a également admis plusieurs substances, en commençant par l'unité; il supposait des principes pour chaque espèce de substance, un principe des …»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • ..«…nombres, un principe des grandeurs, un principe de l'âme; et c'est de cette façon qu'il multiplie les substances. § 5 . D'autres philosophes encore ont soutenu que les Idées et les nombres sont de même nature, et que tout le reste ne fait qu'en dériver, les lignes et les surfaces, et même jusqu'à la substance du ciel et jusqu'aux choses sensibles. § 6 . Pour éclaircir toutes ces questions, il nous faut examiner ce qu'il y a d'exact ou d'erroné dans ces systèmes, quelles sont les vraies substances, s'il y a ou s'il n'y a pas de substances en dehors des substances sensibles; et alors, nous nous demanderons ce qu'elles sont. Puis en supposant qu'il existe quelque substance séparée, pourquoi et comment elle l'est. Enfin, nous rechercherons s'il n'y a aucune substance possible en dehors des substances que nos sens nous révèlent. Mais auparavant, il nous faut esquisser ce que c'est que la substance.»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • « § 1 . Le mot de Substance peut présenter tout au moins quatre sens principaux, si ce n'est davantage. Ainsi, dans chaque chose, la notion de substance semble s'appliquer à l'essence, qui fait que la chose est ce qu'elle est, à l'universel, au genre, et, en quatrième lieu, au sujet. § 2 . Par Sujet, on doit entendre ce à quoi tout le reste est attribué, sans qu'il soit jamais réciproquement l'attribut d'une autre chose. C'est donc du sujet qu'il faut tout d'abord nous occuper. Le sujet, en effet, semble être plus particulièrement substance. Sous ce rapport, on l'appelle d'abord la matière; puis à un autre point de vue, on l'appelle la forme; et en troisième et dernier lieu c'est le composé que constituent, toutes deux réunies, la forme et la matière. § 3 . La matière, c'est par exemple l'airain; la forme, c'est la figure que revêt la conception de l'artiste; et l'ensemble qu'elles produisent en se réunissant, c'est, en fin de …»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…compte, la statue. Par conséquent si la forme, qui donne l'espèce, est antérieure à la matière. et si elle est davantage de l'Être, par la même raison elle doit être antérieure au composé, qui sort de la réunion des deux. § 4 .  Nous avons donc maintenant un aperçu de ce qu'est la substance ; et nous savons qu'elle n'est jamais l'attribut de quoi que ce soit, et qu'au contraire c'est à elle que se rapportent tous les attributs divers. Mais nous ne devons pas nous contenter de cette esquisse, qui n'est pas tout à fait suffisante. § 5 . Elle est d'abord assez obscure en elle-même; et de plus, c'est alors la matière qui devient la substance; car, si la matière n'est pas la substance même, on ne voit plus quelle autre substance il pourrait y avoir. Tout le reste a disparu, et il n'y a plus rien absolument qui subsiste. § 6 .  Tout le reste, en effet, ne représente que les affections des corps, leurs actions, leurs puissances.»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…Longueur, largeur, profondeur, ce ne sont que des quantités; ce ne sont pas des substances ; car la quantité et la substance ne se confondent pas; et, loin de là, la substance est bien plutôt le sujet primordial auquel toutes ces modifications appartiennent. Si l'on retranche successivement longueur, largeur, profondeur, nous ne voyons pas qu'il reste quoi que ce soit, si ce n'est précisément l'objet que limitaient et déterminaient ces trois dimensions. § 7 . Ainsi, en se mettant à ce point de vue, il n'y a plus que la matière toute seule qui puisse être prise pour la substance. Mais quand je dis Matière, c'est la matière en soi, celle qui n'est, ni un objet individuel, ni une quantité, ni aucun des modes qui servent à déterminer l'Être. Il faut bien qu'il y ait quelque chose à quoi s'appliquent tous ces attributs, et dont la façon d'être soit tout à fait différente de chacune des catégories.»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • « § 8 . En effet, tout le reste est attribué à la substance, qui elle-même est l'attribut de la matière; et par conséquent, ce terme dernier n'est en soi, ni un individu, ni une quantité, ni rien de pareil. Ce sont encore moins les négations de tout cela; car les négations n'ont qu'une existence indirecte et accidentelle. § 9 . On voit donc qu'en adoptant ces théories, on arrive à reconnaître la matière pour la substance. Mais cette théorie est insoutenable, puisque le caractère éminent de la substance, c'est d'être séparée, et d'être quelque chose de distinct et d'individuel. Aussi, à ce point de vue, la forme et le composé que constituent la forme et la matière, sembleraient avoir plus de droit que la matière à représenter la substance. Cependant, il faut laisser de côté la substance formée de ces deux éléments, je veux dire, le résultat que composent la matière et la forme combinées.»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «Cette substance est postérieure, et elle n'a rien d'obscur; la matière est à peu près aussi claire; mais c'est à la troisième substance, celle de la forme, qu'il faut nous attacher ; car elle est la plus difficile à comprendre. § 10 . Mais, comme on est d'accord pour reconnaître que, parmi les choses sensibles, il y en a qui sont des substances, c'est à celles-là que nos recherches vont s'adresser tout d'abord.
      • […] § 1 . L'essence d'une chose, l'essence qui fait que la chose est ce qu'elle est, et la chose elle-même, sont-elles toujours identiques, ou sont-elles différentes? C'est une question que nous avons à examiner, et qui nous sera de quelque utilité dans notre étude de la substance. Il ne semble pas qu'une chose puisse jamais différer de sa substance propre, et l'essence qui fait que chaque chose est ce qu'elle est, s'appelle sa substance. § 2 . Mais, pour les attributions qui ne sont …»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…qu'accidentelles, on peut croire que la substance et l'essence sont différentes; car l'Homme-blanc, par exemple, est autre chose que l'essence de l'homme qui est blanc. Mais, si Homme et Homme blanc sont la même chose, l'être de l'Homme et l'être de l'Homme blanc seront la même chose aussi, puisque, dit-on, Homme se confond avec Homme blanc, de telle sorte qu'être Homme blanc et être Homme sont des choses identiques. § 3 . Mais ne peut-on pas soutenir qu'il n'est pas du tout nécessaire que les attributs accidentels soient identiques avec l'essence? En effet, les extrêmes ne s'identifient pas toujours avec l'essence de la même façon ; mais on peut croire que, s'ils peuvent s'identifier, c'est au moins d'une manière accidentelle; comme, par exemple, être blanc serait la même chose qu'être instruit; or cela n'est pas soutenable. § 4 . Mais pour les choses considérées en …»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…elles-mêmes, est-il nécessaire que l'essence et la substance soient toujours identiques, en supposant, par exemple, qu'il existe des substances qui soient antérieures à toutes les autres substances et à toutes les autres natures, dans le genre de ces substances que quelques philosophes ont appelées des Idées? Si l'on veut distinguer l'essence du bien du bien réel, l'essence de l'animal de l'animal réel, l'essence de l'Être de l'Être réel, alors il y a d'autres substances et d'autres Idées que celles dont on nous parle; et ces autres substances seront les premières, si l'essence ne s'applique vraiment qu'à la substance. § 5 . Si les essences sont distinctes et indépendantes des substances, alors il n'y a plus de science possible pour les unes; et les autres ne sont plus des êtres réels. Quand je dis Indépendantes et Distinctes, j'entends que l'essence du bien n'est pas le bien réel, …»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…et que le bien réel n'est pas davantage l'essence du bien. La science d'un objet quelconque consiste à savoir quelle en est l'essence, qui fait que l'objet est ce qu'il est. Le bien et toutes les choses sans exception sont dans le même cas ; et si le bien en soi n'est pas le bien, l'Être en soi non plus n'est plus l'Être, l'unité en soi cesse d'être l'unité. De deux choses l'une : ou toutes les essences sont soumises à la même règle, ou il n'y en a pas une qui le soit ; et, par une conséquence forcée, du moment que l'Être en soi n'est plus l'Être, tout le reste cesse du même coup de pouvoir être identique. Ajoutez encore que, dans cette supposition, ce qui n'a pas l'essence du bien n'est pas bon. § 6 .  Dès lors, il faut nécessairement que le bien et l'essence du bien soient une seule et unique chose, que le beau soit identique à l'essence du beau, comme en un mot toutes les choses qui ne peuvent jamais être les…»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…attributs d'une autre chose, mais qui sont en soi les premières. Cette identité suffit du moment qu'elle existe, quand bien même il n'y aurait pas d'Idées, et, à bien plus forte raison peut-être, s'il y en a. § 7 . Il n'est pas moins clair que, s'il existe des Idées du genre de celles qu'on suppose, le sujet dès lors cesse d'être une substance ; car ce sont les Idées qui sont nécessairement les substances, et elles ne sont jamais les attributs d'un sujet, puisqu'alors elles n'existeraient que par simple participation. § 8 . De toutes ces considérations, on peut conclure que la chose réelle et l'essence de la chose forment une unité et une identité qui n'a rien d'accidentel ; et que savoir une chose quelconque, c'est savoir ce qu'est son essence. L'exposition que nous venons de faire prouve bien que l'une et l'autre ne sont absolument qu'une même chose. § 9 . Quant à l'accidentel, tels, par exemple, que les attributs…»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «…de Blanc et d'Instruit, il est impossible de dire avec vérité que, dans ce cas, la chose et son essence se confondent et ne font qu'un, parce que le mot d'Accidentel peut se prendre en un double sens; car pour le Blanc, par exemple, il y a d'une part le sujet auquel cet accident est attribué; et, d'autre part, il y a cet accident lui-même. Par conséquent, ici la chose et son essence sont identiques en un sens ; et en un autre sens, elles ne le sont pas. Être Homme et être Homme-blanc ne sont pas des choses identiques, et il n'y a identité que par l'affection spéciale du sujet. § 10 . On verrait d'ailleurs aisément combien cette assertion est absurde, si l'on donnait à chacune de ces prétendues essences, sujet et attribut, un nom particulier; car, à côté de cette essence-là, il y en aurait une autre; et, par exemple, s'il s'agissait de l'essence du cheval, il y en aurait aussi une tout autre.»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • « § 11 . Cependant, qui empêche que, dans ce cas aussi, les essences ne soient immédiatement identiques à la substance, puisqu'on admet que l'essence est une substance? Mais non seulement il y a ici unité de la substance et de l'essence; mais la notion de l'une et de l'autre est absolument la même, comme le fait bien voir ce qu'on vient d'en dire; car il n'y a rien d'accidentel à ce que l'essence de l'unité et l'unité soient identiques. § 12 . Si l'on supposait une différence entre la substance et l'essence, ce serait se perdre dans l'infini ; car il faudra toujours avoir, d'une part, l'essence de l'unité, et d'autre part, l'unité; et par conséquent, pour ces autres termes également, le raisonnement serait encore le même. § 13 . Il est donc évident que, quand il s'agit de primitifs et de choses en soi, l'essence de la chose et la chose elle-même sont absolument une seule et unique notion.»
    • - MÉTAPHYSIQUE -
      • «Les objections sophistiques qu'on peut élever contre cette thèse, se réfuteraient de la même manière qu'on démontre que Socrate et l'essence de Socrate sont tout-à-fait des choses identiques; car il n'y a ici aucune différence à mettre entre les interrogations que peuvent poser des Sophistes, et les solutions qu'on peut opposer victorieusement à de vaines objections. § 14 . En résumé, nous avons fait voir dans quel sens on peut dire que l'essence se confond avec la substance, et en quel sens on peut dire qu'elle ne se confond pas avec elle.»
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    • - DE L’ÂME -
    • - DE L’ÂME -
      • « § 1 . Bien que toute science soit, selon nous, une chose belle et de grand prix, on peut pourtant s'occuper de telle science plus que de telle autre, soit parce qu'elle exige des recherches plus précises, soit parce qu'elle traite d'objets plus relevés et plus admirables; et à ces deux titres, nous avons toute raison de placer en première ligne l'histoire de l'âme. On peut dire que cette connaissance contribue beaucoup à compléter l'ensemble de la vérité, et surtout à faire comprendre la nature, parce que l'âme est en quelque sorte le principe des êtres animés. Nous cherchons donc à découvrir et à connaître d'abord sa nature et son essence, et ensuite tous les faits accessoires qui se rapportent à elle. C'est que, parmi les divers faits qui la concernent, les uns semblent être ses affections propres; et quant aux autres, c'est à cause d'elle qu'ils appartiennent aussi aux êtres animés.»
    • - DE L’ÂME -
      • « § 2 . Mais, dans tous les cas, il est de tout point des plus difficiles d'avoir sur l'âme quelques notions positives. En effet, il y a ici une difficulté commune à bien d'autres choses encore, et je veux dire la question de savoir ce qu'est l'essence, ce qu'est la chose. II pourrait sembler au premier coup d'œil qu'il n'y a qu'une seule méthode pour étudier toutes les choses, quand nous voulons en connaître l'essence, de même qu'il n'y a qu'une seule démonstration pour les qualités propres de ces choses; et l'on pourrait croire qu'il faut s'enquérir de cette méthode unique. D'autre part, s'il n'existe point de méthode générale et commune pour savoir ce que sont essentiellement les choses, il devient encore plus difficile de faire cette étude; car dès lors il faudra rechercher en particulier pour chaque chose quelle est la marche à suivre. Quoique l'on voie évidemment qu'il faut procéder par …»
    • - DE L’ÂME -
      • «…démonstration, par division ou par telle autre méthode, il n'en reste pas moins bien des difficultés et bien des chances d'erreur; car on ne sait de quels principes il convient de partir, puisque les principes sont différents pour des choses différentes, et qu'ainsi ceux des nombres ne sont pas ceux des surfaces. § 3 . Peut-être faut-il indiquer d'abord celui des genres de l'être dans lequel est placée l'âme et ce qu'elle est; je veux dire qu'il faut indiquer si elle est un être et substance, ou qualité, ou quantité, ou telle autre des catégories et divisions admises, et voir ensuite si elle fait partie des choses en puissance, ou si elle n'est pas plutôt une sorte de réalité achevée et complète, une entéléchie; et cette différence n'est pas de petit intérêt. § 4 . En outre, on doit examiner si l'âme est divisée en parties ou si elle est sans parties. II faut encore rechercher si toute âme est ou n'est pas de même espèce; et en …»
    • - DE L’ÂME -
      • «…supposant que les âmes ne soient pas de même espèce, si elles diffèrent en espèce ou en genre, tandis qu'à présent ceux qui parlent ou font des recherches sur l'âme paraissent se borner exclusivement à l'âme de l'homme. § 5 . On doit aussi bien prendre garde à savoir précisément si l'on peut donner de l'âme une seule définition, par exemple, pour l'animal en général; ou bien s'il faut une définition différente de chacun des êtres animés, du cheval, du chien, de l'homme, de Dieu. C'est que l'animal, pris en un sens universel, ou n'est rien, ou bien n'est que quelque chose de très ultérieur. Même observation pour tout autre terme commun auquel on attribuerait l'âme. § 6 . D'autre part, s'il n'y a pas plusieurs âmes, mais s'il y a seulement plusieurs parties de l'âme, faut–il étudier l'âme tout entière avant ses parties? Pour les parties mêmes, il est difficile de dire quelles sont …»
    • - DE L’ÂME -
      • «…celles qui diffèrent naturellement entre elles; et il n'est pas plus aisé de savoir s'il faut étudier les parties avant leurs fonctions; et, par exemple, la pensée avant l'intelligence, la sensation avant la sensibilité; et de même pour les autres. § 7 . Si l'on commence par les fonctions, on peut se demander s'il faut d'abord étudier les opposés; et, par exemple, l'objet senti avant ce qui sent, l'objet conçu par l'intelligence avant l'intelligence qui le conçoit. § 8 . Certainement il parait utile de connaître l'essence pour bien comprendre ce qui cause la qualité dans les substances; et ainsi, dans les mathématiques, il faut savoir ce que c'est que droit et courbe, ligne et surface, pour voir à combien d'angles droits sont égaux les angles du triangle. Mais réciproquement, la connaissance des qualités sert aussi, en grande partie, à faire connaitre l'essence de la chose. En effet, c'est quand nous pouvons …»
    • - DE L’ÂME -
      • «…expliquer, suivant ce qui nous semble, les accidents de la chose, sinon tous, du moins la plupart, que nous pouvons aussi le mieux nous rendre compte de son essence. L'essence est le vrai principe de toute démonstration; et il résulte de là que toutes les définitions où l'on ne connaît pas les accidents de la chose, et où il n'est pas même aisé de s'en faire une idée, sont évidemment des définitions de pure dialectique et tout-à-fait vides. § 9 . Quant aux affections de l'âme, on peut se demander si elles sont toutes sans exception communes au corps qui a l'âme, ou bien s'il n'y en a pas quelqu'une qui soit propre à l'âme exclusivement. C'est là une recherche indispensable, mais elle est loin d'être facile. L'âme, dans la plupart des cas, ne semble ni éprouver ni faire quoi que ce soit sans le corps; et, par exemple, se mettre en colère, avoir du courage, désirer, et en général sentir.»
    • - DE L’ÂME -
      • «La fonction qui semble surtout propre à l'âme, c'est de penser; mais la pensée même, qu'elle soit d'ailleurs une sorte d'imagination, ou qu'elle ne puisse avoir lieu sans imagination, ne saurait jamais se produire sans le corps. § 10 . Si donc l'âme a quelqu'une de ses affections ou de ses actes qui lui soit spécialement propre, elle pourrait être isolée du corps; mais si elle n'a rien qui soit exclusivement à elle, elle n'en saurait être séparée. C'est ainsi que le droit, en tant que droit, peut avoir bien des accidents, et, par exemple, il peut toucher en un point à une sphère d'airain ; mais cependant le droit, séparé d'un corps quelconque, ne touchera pas cette sphère; c'est que le droit n'existe pas à part, et qu'il est toujours joint à quelque corps. De même aussi, toutes les modifications de l'âme semblent n'avoir lieu qu'en compagnie du corps: courage, douceur, crainte, pitié, audace, joie, aimer et haïr.»
    • - DE L’ÂME -
      • «Simultanément à toutes ces affections, le corps éprouve aussi une modification. Ce qui le montre bien, c'est que si parfois, même sous le coup d'affections violentes et parfaitement claires, on ne ressent ni excitation ni crainte, parfois aussi on est tout ému d'affections faibles et obscures, lorsque le corps est irrité et qu'il est dans l'état où le met la colère. Ce qui peut rendre ceci plus évident encore, c'est que souvent, sans aucun motif réel de crainte, on tombe tout-à-fait dans les émotions d'un homme que la crainte transporte; et, si cela est vrai, on peut affirmer évidemment que les affections de l'âme sont des raisons matérielles. Par suite, des expressions telles que celles-ci : Se mettre en colère, signifient un mouvement du corps qui est dans tel état, ou un mouvement de telle partie du corps, de telle faculté du corps, causé par telle chose et ayant telle fin.»
    • - DE L’ÂME -
      • « § 11 . Voilà aussi pourquoi c'est au physicien d'étudier l'âme, soit tout entière, soit sous un rapport particulier. D'ailleurs, le naturaliste et le dialecticien exposeraient tout différemment ce qu'est chaque affection de l'âme, et, par exemple, la colère. L'un dirait que c'est le désir de rendre douleur pour douleur, ou donnerait telle explication analogue; l'autre dirait que c'est un bouillonnement du sang ou de la chaleur qui se porte au cœur. Ainsi l'un s'attache à la matière, l'autre à la forme et à la notion. La notion est la forme de la chose; mais il faut nécessairement, si la chose est, qu'elle soit dans une matière spéciale. Ainsi, prenant cette notion de la maison : Abri qui nous empêche de souffrir de l'intempérie des vents, des pluies, des chaleurs, le naturaliste parlera de pierres, de bois, de poutres; l'autre, au contraire, dira que la forme de la maison est telle et qu'elle a telle fin.»
    • - DE L’ÂME -
      • «Où est ici le naturaliste? est-ce celui qui ne parle que de la matière et qui ignore la notion? ou bien est-ce celui qui ne connaît que cette notion? N'est-ce pas plutôt celui qui réunit les deux conditions? Mais quel est celui d'entre eux qui les possède l'une et l'autre? Les modifications de la matière non séparées d'elle, et en tant qu'elles n'en sont pas séparées, ne sont étudiées que par le physicien, qui doit s'occuper de toutes les actions et de toutes les modifications de tel corps spécial et de telle matière spéciale. Toutes les fois que l'on ne considère pas le corps en tant qu'il est de telle façon, c'est à un autre que le physicien de l'étudier; et dans certains cas, cet autre devient un artiste, ou, selon l'occasion, architecte, médecin, etc. Quant aux modifications non séparées, mais qui ne sont plus considérées comme appartenant à tel corps spécialement, et qui sont considérées par abstraction, c'est…»
    • - DE L’ÂME -
      • «…l'affaire du mathématicien. En tant que séparées, elles sont l'objet de la philosophie première. Mais revenons à notre point de départ : nous disions que les modifications de l'âme sont inséparables de la matière physique des êtres animés, en tant qu'elles sont, par exemple, courage, crainte, etc. ; et elles ne sont pas du tout comme la ligne et la surface.
      • […] § 1 . Jusqu'à présent nous avons exposé les opinions que nos prédécesseurs nous ont transmises sur l'âme. Maintenant revenons sur nos pas, comme pour reprendre notre point de départ; et essayons de définir ce que c'est que l'âme, et d'en donner la notion la plus générale possible. § 2 . Nous disons d'abord que la substance est un genre particulier des êtres, et que dans la substance il faut distinguer, en premier lieu : la matière, c'est- à-dire ce qui n'est pas par soi-même telle chose spéciale; puis ensuite, la forme et l'espèce, et c'est d'après…»
    • - DE L’ÂME -
      • «…elles que la chose est dénommée spécialement; et en troisième lieu, le composé qui résulte de ces deux premiers éléments. La matière est une simple puissance; l'espèce est réalité parfaite, entéléchie; et entéléchie doit s'entendre de deux façons: c'est ou comme la science qui peut connaître, ou comme l'observation qui connaît. § 3 . Ce sont les corps surtout qui semblent être des substances, et particulièrement les corps naturels, qui sont, en effet, les principes des autres corps. Parmi les corps naturels, les uns ont la vie, les autres ne l'ont pas; et nous entendons par la vie ces trois faits : se nourrir par soi-même, se développer et périr. Ainsi, tout corps naturel doué de la vie est substance, mais substance composée comme on vient de dire. § 4 . Puisque le corps est de telle façon particulière, et que, par exemple, il a la vie, le corps ne saurait être âme; car le corps n'est pas une des…»
    • - DE L’ÂME -
      • «…choses qui puissent être attribuées à un sujet, il remplit bien plutôt lui-même le rôle de sujet et de matière. Donc, nécessairement, l'âme ne peut être substance que comme forme d'un corps naturel qui a la vie en puissance. Mais la substance est une réalité parfaite, une entéléchie. L'âme est donc l'entéléchie du corps, tel que nous venons de le définir. § 5 . Mais entéléchie a deux sens, selon qu'on la considère, ou comme la science, ou comme l'observation. On peut la considérer comme la science évidemment; car dans la vie de l'âme, il y a aussi sommeil et réveil : or, la veille répond à l'observation, tandis que le sommeil représente une simple faculté qu'on possède, et qui reste sans action. Mais la science est, pour un même objet, antérieure par génération ; donc l'âme est l'entéléchie première d'un corps naturel qui a la vie en puissance. § 6 . Et il faut entendre, d'un corps qui est organique.»
    • - DE L’ÂME -
      • «Ainsi, les parties mêmes des plantes sont des organes, mais des organes excessivement simples, comme le pétale, qui est l'enveloppe du péricarpe, et le péricarpe, qui est l'enveloppe du fruit. Les racines répondent à la bouche, car ces deux parties prennent également la nourriture. Si donc on veut quelque définition commune à toute espèce d'âme, il faut dire que l'âme est l'entéléchie première d'un corps naturel organique. § 7 . On voit par là qu'il ne faut pas chercher si le corps et l'âme sont une seule et même chose, pas plus qu'il ne faut chercher si la cire et la figure qu'elle reçoit sont identiques, pas plus qu'en général on ne doit demander si la matière de chaque objet est la même chose que ce dont elle est la matière : car l'Un et l'Etre ayant plusieurs sens, le sens dans lequel on doit proprement les entendre est la réalité parfaite, l'entéléchie. § 8 . Nous avons donc exposé d'une manière toute …»
    • - DE L’ÂME -
      • «…générale ce qu'est l'âme : elle est l'essence que conçoit la raison. Mais l'essence, pour un corps quelconque, c'est d'être ce qu'il est; et, par exemple, si l'un des instruments dont nous nous servons pouvait être un corps naturel, et ainsi une hache, l'essence de la hache serait d'être hache, et ce serait là son âme ; car cette essence une fois enlevée, il n'y a plus de hache, si ce n'est par simple homonymie. Mais ici nous parlons de hache, et l'âme n'est pas l'essence et la notion d'un corps tel que la hache ; elle est la notion seulement d'un corps naturel, ayant en lui- même le principe du mouvement et du repos. § 9 . On peut encore appliquer ceci aux parties de l'être animé. Si l'œil était l'animal, l'âme de l'animal serait aussi sa vue; car la vue est rationnellement l'essence de l'œil Mais l'œil est la matière de la vue ; et la vue venant à manquer, il n'y a plus d'œil, si ce n'est par homonymie, comme on appelle œil…»
    • - DE L’ÂME -
      • «…un œil de pierre, un œil en peinture. Il faut appliquer aussi ce qui est dit d'une partie du corps seulement, au corps vivant tout entier; car l'analogie d'une partie à une partie se retrouve pour la sensibilité tout entière, relativement au corps entier, qui sent en tant qu'il est sensible. §10 . Or. ce n'est pas ce qui a perdu l'âme qui est en puissance l'être capable de vivre, mais c'est, au contraire, ce qui la possède. La semence et le fruit ne sont tel corps qu'en puissance. § 11 . De même donc que la faculté de couper est l'essence de la hache, et que la vision est l'essence de l'œil, de même la veille est une réalité parfaite, une entéléchie; et l'âme est comme la vue et comme la puissance de l'instrument. Le corps n'est que ce qui est en puissance; et de même que l'œil est à la fois la pupille et la vue, de même aussi l'âme et le corps sont ici l'animal.»
    • - DE L’ÂME -
      • « § 12 . Il est donc clair que l'âme n'est pas séparée du corps, non plus qu'aucune de ses parties, si toutefois l'âme est divisée en parties; car il peut y avoir réalité parfaite, entéléchie, même de certaines parties. Mais certes rien n'empêche que quelques autres ne soient séparées, parce que ces parties ne sont les réalités parfaites, les entéléchies d'aucun corps. § 13 . Mais ce qui reste obscur encore, c'est de savoir si l'âme est la réalité parfaite, l'entéléchie du corps, comme le passager est l'âme du vaisseau. Tout ce qui a été dit jusqu'ici de l'âme ne doit guère être pris que comme une simple esquisse.
      • […] § 1 . Voilà donc les deux principes qui semblent être les moteurs dans l'animal : c'est ou l'appétit, ou l'intelligence, si l'on admet toutefois qu'on puisse regarder l'imagination comme une sorte de pensée intellectuelle; car la science n'est pas la seule conséquence qu'ait l'imagination ; …»
    • - DE L’ÂME -
      • «…et dans les animaux autres que l'homme, s'il n'y a ni l'intelligence, ni le raisonnement, il y a du moins l'imagination. Ainsi donc, les deux causes de la locomotion, ce sont l'intelligence et l'appétit. § 2 . Et j'entends ici l'intelligence qui calcule, en vue de quelque but, l'intelligence pratique; elle diffère de l'intelligence spéculative par la fin qu'elle se propose. Tout appétit tend à quelque objet; et la chose dont il y a appétit devient précisément le principe de l'intelligence pratique : le but final est le principe de l'action C'est donc, ce semble, avec bien de la raison qu'on peut regarder ces deux facultés, l'appétit et la pensée pratique, comme les causes de la locomotion. L'objet désiré produit le mouvement; et par là, la pensée aussi le produit, parce que c'est l'objet désiré qui est son principe. § 3 . L'imagination , même quand elle meut l'animal, ne le meut pas sans l'appétit. Ainsi donc, c'est l'objet de l'appétit qui seul est…»
    • - DE L’ÂME -
      • «…ce qui détermine le mouvement ; car s'il y avait deux causes de mouvement, l'intelligence et l'appétit, elles produiraient toutes deux le mouvement selon une forme commune. Mais, loin de là, l'intelligence, dans l'état actuel des choses, ne semble pas pouvoir déterminer le mouvement sans l'appétit, car la volonté aussi est un appétit; et quand l'être se meut par suite d'un raisonnement, c'est encore avec la volonté qu'il se meut. l'appétit, au contraire, le meut souvent contre le raisonnement; car le désir n'est qu'une sorte d'appétit. § 4 . L'intelligence est donc toujours juste; mais l'appétit et l'imagination peuvent être tantôt justes et tantôt ne l'être pas. Ainsi, c'est toujours l'objet de l'appétit qui provoque le mouvement; et c'est ou un bien réel ou un bien apparent; ce n'est pas le bien dans toute sa généralité, mais c'est le bien qui est à faire : et à faire, signifie ce qui pourrait aussi…»
    • - DE L’ÂME -
      • «…être autrement qu'il n'est. § 5 . Il est donc évident que c'est cette faculté de l'âme qu'on nomme l'appétit, qui est la cause du mouvement. Mais quand l'on divise l'âme en parties , si c'est d'après ses facultés qu'on la divise et la sépare, on en distingue alors un grand nombre : nutritive, sensible, intelligente, volontaire, appétitive; et toutes ces parties diffèrent plus entre elles que la partie affective et la partie passionnée. §6 . Les appétits peuvent être contraires les uns aux autres; et cette opposition se manifeste quand la raison et la passion se combattent; mais elle ne peut se produire que dans des êtres qui ont le sentiment du temps. L'intelligence commande de résister à cause du résultat futur; mais le désir commande par le besoin d'être satisfait sur-le-champ. L'objet qui est actuellement agréable paraît être absolument agréable, absolument bon, parce que l'être ne prévoit pas ce qui …»
    • - DE L’ÂME -
      • «…doit suivre. Spécifiquement, le principe qui meut serait donc unique : c'est la partie appétitive de l'âme, en tant qu'appétitive. Mais le premier de tous les moteurs n'en est pas moins l'objet que poursuit l'appétit; car sans être mû lui-même, il meut, parce qu'il est conçu par l'intelligence ou qu'il est imaginé. Mais numériquement, les moteurs peuvent être multiples. § 7 . Il faut ici distinguer trois termes : le moteur d'abord; le second, ce par quoi il meut; et le troisième enfin, le mobile. Mais le moteur peut être de deux façons : soit immobile, soit moteur et mû tout à la fois. Le moteur immobile, c'est le bien qui est à faire ; le moteur tout à la fois moteur et mû, c'est l'appétit; car ce qui appelé est mû en tant qu'il appète, et l'appétition est une sorte de mouvement en tant qu'elle est acte. D'autre part, le mobile, c'est l'animal ; et l'instrument par lequel l'appétit communique le mouvement étant un instrument tout …»
    • - DE L’ÂME -
      • «…corporel, c'est dans les fonctions communes du corps et de l'âme qu'il convient de l’étudier. § 8 . Mais ici, pour exprimer tout en un mot, on peut dire que le moteur organique, celui où une même chose se trouve à la fois principe et fin, est comme un gond. Dans un gond, la mortaise et le tenon se trouvent être, l'un la fin et l'autre le principe. Voilà pourquoi l'un reste en repos et l'autre est en mouvement. Rationnellement, ce sont deux pièces différentes, mais elles sont indivisibles en réalité ; car tous les mouvements ont lieu par impulsion et traction ; et il faut qu'il y ait toujours quelque point qui demeure en place, comme le centre dans le cercle, et que ce soit de là que parte tout le mouvement. § 9 . En résumé donc, comme on l'a déjà dit, c'est en tant que l'animal est susceptible d'appétit qu'il se meut lui-même. Il ne peut pas être susceptible d'appétit sans imagination ; or toute imagination est ou raisonnable ou sensible ; et c'est ainsi que les autres animaux ont l'imagination tout aussi bien que l'homme.»
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    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «En ce qui concerne l'auditeur, la démonstration à suivre et notre dessein, en voilà assez. Mais reprenons la question ; puisque toute connaissance et toute décision librement prise vise quelque bien, quel est le but que nous assignons à la politique et quel est le souverain bien de notre activité ? 2. Sur son nom du moins il y a assentiment presque général : c'est le bonheur, selon la masse et selon l'élite, qui supposent que bien vivre et réussir sont synonymes de vie heureuse ; mais sur la nature même du bonheur, on ne s'entend plus et les explications des sages et de la foule sont en désaccord. 3. Les uns jugent que c'est un bien évident et visible, tel que le plaisir, la richesse, les honneurs ; pour d'autres la réponse est différente ; et souvent pour le même individu elle varie : p. ex., malade il donne la préférence à la santé, pauvre à la richesse. Ceux qui sont conscients de leur ignorance écoutent avec …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…admiration les beaux parleurs et leurs prétentions ; quelques-uns par contre pensent qu'en plus de tous ces biens, il en est un autre qui existe par lui-même, qui est la cause précisément de tous les autres. 4. L'examen de toutes ces opinions est apparemment assez vain et il suffit d'étudier les plus répandues et celles qui paraissent avoir un fondement raisonnable. 5. N'oublions pas la différence existant entre les raisonnements qui partent des principes et ceux qui tendent à en établir. Platon lui-même se trouvait sur ce point, et à juste titre, embarrassé et il cherchait à préciser si la marche à suivre allait aux principes ou partait des principes; de même qu'on peut se demander si les coureurs, dans le stade, doivent partir des athlothètes vers l'extrémité du stade ou inversement. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il faut partir du connu ; or ce qui nous est connu l'est de deux façons : …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…relativement à nous et absolument. 6. Vraisemblablement, ici il nous faut partir de ce qui nous est connu. Ainsi faut-il déjà avoir une bonne éducation morale, si l'on veut entendre parler avec profit de l'honnête, du juste, et en un mot de la politique. 7. Or le principe en cette matière, c'est le fait ; s'il nous apparaissait avec suffisamment d'évidence, nous n'aurions plus besoin du pourquoi. Un homme qui se trouve dans ce cas possède déjà les principes, ou tout au moins serait capable de les acquérir facilement, mais quiconque n'aurait aucun de ces avantages doit écouter les paroles d'Hésiode: Celui-là a une supériorité absolue, qui sait tout par lui-même. Sage aussi est celui qui écoute les bons conseils ; Mais ne savoir rien par soi-même et ne pas graver dans son cœur. Les paroles d'autrui, c'est n'être absolument bon à rien. […] Après cette digression, reprenons notre raisonnement. Ce n'est pas…»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…sans quelque raison que les hommes, comme on le voit nettement, conçoivent d'après leur propre vie le bien et le bonheur. 2. La foule et les gens les plus grossiers placent le bonheur dans le plaisir ; aussi montrent-ils leur goût pour une vie toute de jouissances. Effectivement trois genres de vie ont une supériorité marquée : celui que nous venons d'indiquer ; celui qui a pour objet la vie politique active ; enfin celui qui a pour objet la contemplation. 3. La foule, qui, de toute évidence, ne se distingue en rien des esclaves, choisit une existence tout animale et elle trouve quelque raison dans l'exemple des gens au pouvoir qui mènent une vie de Sardanapale. 4. L'élite et les hommes d'action placent le bonheur dans les honneurs ; car telle est à peu près la fin de la vie politique ; mais cette fin paraît plus commune que celle que nous cherchons ; car elle a manifestement davantage rapport avec ceux…»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…qui accordent les honneurs qu'avec ceux qui les reçoivent. Mais, selon notre conjecture, le vrai bien est individuel et impossible à enlever à son possesseur. 5. De plus il apparaît nettement que l'on ne recherche les honneurs que pour se convaincre de sa propre valeur ; du moins cherche-t-on à se faire honorer par les gens intelligents, par ceux qui vous connaissent et en se réclamant de son propre mérite. Il est donc évident qu'aux yeux de ces gens-là tout au moins le mérite est le bien supérieur. 6. Peut-être, de préférence, pourrait-on supposer que la vertu est la fin de la vie civile ; mais il est clair qu'elle est insuffisamment parfaite ; car il n'est pas impossible, semble-t-il, que l'homme vertueux demeure dans le sommeil et l'inaction au cours de sa vie ; que, bien plus, il supporte les pires maux et les pires malheurs ; dans ces conditions, nul ne voudrait déclarer un homme heureux à moins de…»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…soutenir une thèse paradoxale. Et sur ce sujet, en voilà assez ; car nos Encycliques en ont dit suffisamment là-dessus. 7. Le troisième genre de vie a pour objet la contemplation ; nous l'examinerons dans les pages qui suivent. Quant à l'homme d'affaires, c'est un être hors nature et il est bien clair que la richesse n'est pas le bien suprême que nous cherchons. Car elle est simplement utile et a une autre fin qu'elle-même. Aussi qui ne préférerait les fins dont nous avons déjà parlé ? Au moins on les désire pour elles-mêmes, mais il est clair qu'elles ne sont pas les vraies fins. Pourtant là-dessus maintes discussions ont été échafaudées. […] Laissons donc ce sujet. Il est sans doute préférable de faire porter notre examen sur le bien considéré en général et la question de savoir en quoi il consiste. Certes la recherche est difficile du fait que ce sont de nos amis qui ont introduit la doctrine des Idées.»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «Peut-être, de l'aveu général, vaut-il mieux et faut-il même, pour sauver la vérité, sacrifier nos opinions personnelles, d'autant plus que nous aussi nous sommes philosophes. On peut avoir de l'affection pour les amis et la vérité ; mais la moralité consiste à donner la préférence à la vérité. 2. Or ceux qui ont introduit cette opinion ne formaient pas d'idées où l'on tînt compte de l'antériorité et de la postériorité — aussi n'imaginaient-ils pas d'idées des nombres. Or le bien est exprimé dans son essence, dans sa qualité et sa relation. Et ce qui existe en soi et la substance même sont par la nature antérieurs à ce qui existe par relation, qui n'est qu'adventice et accident de l'être. Aussi ne pourrait-on attribuer à ces diverses catégories d'idée commune. 3. De plus, le bien comporte autant de catégories que l'être : en effet, en tant que substance, le bien suprême s'appelle Dieu et l'intelligence ; en tant que qualité, …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…les vertus ; en tant que quantité, la juste mesure ; en tant que relation, l'utile ; dans le temps, on l'appelle occasion ; dans l'espace, les différentes moeurs, et ainsi de suite. Aussi est-il bien évident que le bien ne saurait être quelque caractère commun, général et unique. Car alors on ne pourrait pas le situer dans toutes les catégories, mais dans une seule. 4. En outre, puisque de tout ce qui est contenu par une idée unique, il y a aussi une science unique, de tous les biens également il n'y aurait qu'une seule science. Bien au contraire, il y en a plusieurs, même de ce qui est rangé dans une seule catégorie ; j'en donne des exemples : la science de l'occasion, en ce qui concerne la guerre, s'appelle la stratégie ; en ce qui concerne la maladie, la médecine ; la science de la mesure en ce qui concerne l'alimentation, c'est la médecine ; dans les exercices du corps, la gymnastique.»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • « 5. On serait bien embarrassé de préciser ce que les philosophes entendent par chaque chose en soi, du moment que l'homme en soi et un homme admettent une seule et même définition, celle de l'homme. Car dans la mesure où l'homme est homme les définitions ne différeront en rien. S'il en va ainsi, il en est de même pour le bien. 6. Mais certainement le fait que le bien est éternel n'accroîtra pas sa nature, de même que la blancheur d'un objet ne sera pas accrue, si cet objet dure plus longtemps qu'un autre, lequel n'est blanc qu'un seul jour. 7. Les Pythagoriciens, sur ce sujet, s'expriment d'une manière plus persuasive, attendu qu'ils placent l'Un dans la catégorie des biens. Aussi Speusippe, de toute évidence, les a-t-il suivis. 8. Eh bien ! sur ce point, nous reprendrons la question ailleurs. Mais sur ce que nous avons dit, voici que s'amorce une discussion : on pourra soutenir que …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…l'argumentation ne s'applique pas à l'ensemble des biens, mais à une seule catégorie de biens, ceux que nous recherchons et aimons pour eux-mêmes ; en revanche, ceux qui ont la vertu de créer ces objets, de les sauvegarder en quelque manière, de les défendre contre ce qui leur est contraire, ne sont appelés biens que relativement, à cause de leur rôle et d'une autre façon. 9. Il est donc manifeste qu'on peut distinguer deux sortes de biens : ceux qui sont des biens en soi et ceux qui ne sont des biens que relativement aux premiers. Cette distinction faite entre ce qui est bien en soi et ce qui est simplement utile à ceux-là, examinons si on peut les ranger sous une seule idée. 10. Quels biens pourrait-on reconnaître comme biens en soi ? Sont-ce tous ceux que nous poursuivons séparément, comme la pensée, la vision, quelques plaisirs et les honneurs ? Car même si nous les poursuivons pour …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…quelque autre raison, néanmoins on pourrait les compter parmi les biens en soi ou ne les considérer que comme une idée, si bien que cette idée se réduira à une vaine apparence. 11. Si donc ces biens-là doivent être rangés parmi les biens en soi, il faudra admettre que le même concept du bien apparaisse dans tous ces objets, comme la notion de blancheur apparaît dans la neige et le blanc de céruse. Pourtant les concepts d'honneur, de pensée, de plaisir admettent, en tant que biens, des définitions différentes et dissemblables. Ainsi donc le souverain bien n'est pas cette qualité commune que comprendrait une seule idée. 12. Eh bien ! comment l'entend-on ? Ces termes ne sont pas homonymes en vertu du hasard. Faut-il donc admettre que ces biens procèdent d'un seul bien, ou tendent tous vers la même fin ? ou plutôt est-ce par suite d'une analogie ? Ainsi la vue joue pour le …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…corps le même rôle que l'intelligence pour l'âme et ainsi de suite. 13. Mais vraisemblablement il vaut mieux renoncer à cette question pour l'instant ; car un examen minutieux sur ce sujet relèverait davantage d'une autre partie de la philosophie. Il en va de même de l'Idée. Car si l'on affirme du bien qu'il est un et commun à tout, ou qu'il existe séparé et subsistant par lui-même, il est évident qu'il serait irréalisable pour l'homme et impossible à acquérir. En fait, c'est juste le contraire que nous recherchons ici. 14. Très vite, on s'apercevrait qu'il vaut mieux en acquérir la connaissance en se référant à ceux des biens que l'on peut atteindre et réaliser. Ayant pour ainsi dire un modèle sous les yeux, nous saurons plus exactement les biens qui nous conviennent, et les connaissant, nous les atteindrons plus facilement. 15. Ce raisonnement ne laisse pas d'être persuasif ; néanmoins il est clair qu'il est en …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…désaccord avec les diverses connaissances. Car toutes visent un certain bien et recherchent ce qui manque pour l'obtenir. Et pourtant un secours si précieux, il est bien irrationnel que tous les gens de métier l'ignorent et ne cherchent même pas à l'acquérir. 16. Mais aussi on est bien embarrassé de préciser l'utilité que retirerait un tisserand ou un charpentier de la connaissance de ce bien en soi ou dans quelle mesure la contemplation de cette idée faciliterait la pratique de la médecine ou de la stratégie. Ce n'est pas non plus de cette façon que le médecin, de toute évidence, considère la santé ; il n'a d'attention que pour la santé de l'homme ou, mieux même, de tel homme en particulier. Car il ne traite que des individus. […] Mais en voilà assez sur ce sujet. Revenons maintenant à la question du souverain bien et à sa nature. Il est évident qu'il varie selon les activités et selon les arts.»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «Par exemple, il n'est pas le même pour la médecine et la stratégie, et ainsi de suite. Quel est donc le bien pour chacun ? N'est-ce pas celui en vue duquel on fait tout le reste ? Or pour la médecine, c'est la santé, pour la stratégie la victoire, pour l'architecture la maison et ainsi de suite ; bref, pour toute action et tout choix réfléchi, c'est la fin, puisque c'est en vue de cette fin que tout le monde exécute les autres actions. Aussi, s'il y a une fin, quelle qu'elle soit pour toutes les actions possibles, ce serait elle le bien réalisé. S'il y a plusieurs fins, ce sont précisément ces fins. 2. Ainsi donc notre raisonnement, à force de progresser, revient à son point de départ. Mais il faut tenter de donner de plus amples éclaircissements. 3. Il y a donc un certain nombre de fins, et nous cherchons à atteindre certaines d'entre elles non pour elles-mêmes, mais en vue d'autres fins encore, par exemple, l'argent, les flûtes…»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…et en général tous les instruments ; puisqu'il en est ainsi il est évident que toutes les fins ne sont pas des fins parfaites. Mais le bien suprême constitue une fin parfaite, en quelque sorte. Si bien que la fin unique et absolument parfaite serait bien ce que nous cherchons. S'il en existe plusieurs, ce serait alors la plus parfaite de toutes. 4. Or nous affirmons que ce que nous recherchons pour soi est plus parfait que ce qui est recherché pour une autre fin ; et le bien qu'on ne choisit jamais qu'en vue d'un autre n'est pas si souhaitable que les biens considérés à la fois comme des moyens et comme des fins. Et, tout uniment, le bien parfait est ce qui doit toujours être possédé pour soi et non pour une autre raison. 5. Tel paraît être, au premier chef, le bonheur. Car nous le cherchons toujours pour lui-même, et jamais pour une autre raison. Pour les honneurs, le plaisir, la pensée et toute espèce de mérite, nous …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…ne nous contentons pas de chercher à les atteindre en eux-mêmes — car même s'ils devaient demeurer sans conséquences, nous les désirerions tout autant —, nous les cherchons aussi en vue du bonheur, car nous nous figurons que par eux nous pouvons l'obtenir. Mais le bonheur n'est souhaité par personne en vue des avantages que nous venons d'indiquer, ni, en un mot, pour rien d'extérieur à lui-même. Or il est évident que ce caractère provient du fait qu'il se suffit entièrement. 6. Le bien suprême, en effet, selon l'opinion commune, se suffit à lui-même. Et quand nous nous exprimons ainsi, nous entendons qu'il s'applique non pas au seul individu, menant une vie solitaire, mais encore aux parents, aux enfants, et, en un mot, aux amis et aux concitoyens, puisque, de par sa nature, l'homme est un être sociable. 7. Mais il faut fixer à cette notion une limite, car, en l'étendant aux…»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…ascendants et aux descendants, et aux amis de nos amis, on recule à l'infini. Eh bien ! il nous faudra examiner ce point plus tard. Mais nous posons en principe que ce qui se suffit à soi-même, c'est ce qui par soi seul rend la vie souhaitable et complète. 8. Voilà bien le caractère que nous attribuons au bonheur ; disons aussi celui d'être souhaité de préférence à tout et sans que d'autres éléments viennent s'y ajouter ; dans le cas contraire, il est évident que le moindre bien le rendra encore plus désirable. Car le bien ajouté produit une surabondance et plus grand est le bien, plus il est souhaitable. Donc, de l'aveu général, le bonheur est complet, se suffit à lui-même puisqu'il est la fin de notre activité. 9. Mais, peut-être, tout en convenant que le bonheur est le souverain bien, désire-t-on encore avoir quelques précisions supplémentaires. 10. On arriverait rapidement à un résultat en se …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…rendant compte de ce qu'est l'acte propre de l'homme. Pour le joueur de flûte, le statuaire, pour toute espèce d'artisan et en un mot pour tous ceux qui pratiquent un travail et exercent une activité, le bien et la perfection résident, semble-t-il, dans le travail même. De toute évidence, il en est de même pour l'homme, s'il existe quelque acte qui lui soit propre. 11. Faut-il donc admettre que l'artisan et le cordonnier ont quelque travail et quelque activité particuliers, alors qu'il n'y en aurait pas pour l'homme et que la nature aurait fait de celui-ci un oisif ? Ou bien, de même que l'oeil, la main, le pied et en un mot toutes les parties du corps ont, de toute évidence, quelque fonction à remplir, faut-il admettre pour l'homme également quelque activité, en outre de celles que nous venons d'indiquer ? Quelle pourrait-elle être ? 12. Car, évidemment, la vie est commune à l'homme ainsi qu'aux plantes ; …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…et nous cherchons ce qui le caractérise spécialement. Il faut donc mettre à part la nutrition et la croissance. Viendrait ensuite la vie de sensations, mais, bien sûr, celle-ci appartient également au cheval, au boeuf et à tout être animé. 13. Reste une vie active propre à l'être doué de raison. Encore y faut-il distinguer deux parties : l'une obéissant, pour ainsi dire, à la raison, l'autre possédant la raison et s'employant à penser. Comme elle s'exerce de cette double manière, il faut la considérer dans son activité épanouie, car c'est alors qu'elle se présente avec plus supériorité. 14. Si le propre de l'homme est l'activité de l'âme, en accord complet ou partiel avec la raison ; si nous affirmons que cette fonction est propre à la nature de l'homme vertueux, comme lorsqu'on parle du bon citharède et du citharède accompli et qu'il en est de même en un mot en toutes circonstances, en tenant compte de …»
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      • «…la supériorité qui, d'après le mérite, vient couronner l'acte, le citharède jouant de la cithare, le citharède accompli en jouant bien ; s'il en est ainsi, nous supposons que le propre de l'homme est un certain genre de vie, que ce genre de vie est l'activité de l'âme, accompagnée d'actions raisonnables, et que chez l'homme accompli tout se fait selon le Bien et le Beau, chacun de ses actes s'exécutant à la perfection selon la vertu qui lui est propre. 15. A ces conditions, le bien propre à l'homme est l'activité de l'âme en conformité avec la vertu ; et, si les vertus sont nombreuses, selon celle qui est la meilleure et la plus accomplie. Il en va de même dans une vie complète. 16. Car une hirondelle ne fait pas le printemps, non plus qu'une seule journée de soleil ; de même ce n'est ni un seul jour ni un court intervalle de temps qui font la félicité et le bonheur. 17. Contentons-nous de représenter…»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…ainsi le bien dans ses lignes générales ; peut-être faut-il d'abord ne former qu'une ébauche que l'on complétera par la suite. Il appartient, semble-t-il, à tout homme de pousser plus avant et d'ajuster ce qui a déjà reçu une esquisse suffisante ; le temps peut contribuer heureusement à cette découverte, car il est un bon auxiliaire. C'est ainsi que se sont produits les progrès des techniques, tout homme pouvant combler leurs lacunes. 18. Il faut donc se rappeler ce que nous avons dit plus haut et éviter de rechercher en toutes choses la même précision ; loin de là, il importe sur chaque question de tenir compte de la matière que l'on traite et des conditions propres à chaque recherche. 19. Le charpentier, en effet, et le géomètre ne procèdent pas de la même façon pour découvrir l'angle droit : le premier ne se préoccupe que de l'utilité de celui-ci relativement à son travail, tandis que l'autre …»
    • - ÉTHIQUE À NICOMAQUE -
      • «…recherche ses propriétés, le géomètre étant le contemplateur du vrai. C'est de la même manière qu'il faut procéder également dans les autres domaines, afin que l'accessoire n'étouffe pas l'essentiel. 20. Gardons-nous aussi de réclamer en toute chose l'explication par les causes ; parfois, au contraire, il suffit de bien établir le fait. Car le fait même est à la fois début et principe. Or, parmi les principes, les uns sont saisis par induction, tandis que d'autres le sont par la sensation, d'autres sont transmis par la coutume, et ainsi de suite. 21. Il faut donc s'efforcer de les atteindre, chacun selon sa nature, tout en tâchant de les délimiter soigneusement. 22. Cela est d'un grand poids pour les conséquences et l'on est généralement d'accord pour convenir que le principe est plus que la moitié de la question dans son ensemble et que sa connaissance facilite bien des recherches.»
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    • - POÉTIQUE -
    • - POÉTIQUE -
      • « I . Nous allons parler et de la poétique elle-même et de ses espèces ; dire quel est le rôle de chacune d'elles et comment on doit constituer les fables pour que la poésie soit bonne ; puis quel est le nombre, quelle est la nature des parties qui la composent : nous traiterons pareillement des autres questions qui se rattachent au même art, et cela, en commençant d'abord par les premières dans l'ordre naturel. II . L'épopée, la poésie tragique, la comédie, la poésie dithyrambique, l'aulétique, la citharistique, en majeure partie se trouvent être toutes, au résumé, des imitations. Seulement, elles diffèrent entre elles par trois points. Leurs éléments d'imitation sont autres ; autres les objets imités, autres enfin les procédés et la manière dont on imite. En effet, de même que certains imitent beaucoup de choses avec des couleurs et des gestes, les uns au moyen de l'art, d'autres par habitude, d'autres …»
    • - POÉTIQUE -
      • «…encore avec l'aide de la nature (seule), de même, parmi les arts précités, tous produisent l'imitation au moyen du rythme, du langage et de l'harmonie, employés séparément ou mélangés. III . Ainsi l'harmonie et le rythme sont mis seuls en usage dans l'aulétique, la citharistique et dans les autres arts qui ont un rôle analogue, tel que celui de la syrinx. IV . Le rythme est l'unique élément d'imitation dans l'art des danseurs, abstraction faute de l'harmonie. En effet, c'est par des rythmes figurés qu'ils imitent les moeurs, les passions et les actions. V . L'épopée n'emploie que le langage pur et simple, ou les mètres, soit qu'elle mélange ceux-ci entre eux, ou qu'elle ne vienne à mettre en usage qu'un seul genre de métro, comme on l'a fait jusqu'à présent. VI . Nous ne pourrions en effet donner une (autre) dénomination commune aux mimes de Sophron, à ceux de Xénarque, et aux discours …»
    • - POÉTIQUE -
      • «…socratiques, pas plus qu'aux oeuvres d'imitation composés en trimètres, en vers élégiaques, ou en d'autres mètres analogues, à moins que, reliant la composition au mètre employé, l'on n'appelle les auteurs poètes élégiaques ou poètes épiques et qu'on ne leur donne ainsi la qualification de poètes, non pas d'après le genre d'imitation qu'ils traitent, mais, indistinctement, en raison du mètre (qu'ils adoptent). Il est vrai que les auteurs qui exposent en vers quelque point de médecine ou de physique reçoivent d'ordinaire cette qualification ; mais, entre Homère et Empédocle, il n'y a de commun que l'emploi du mètre. Aussi est-il juste d'appeler le premier un poète et le second un physicien, plutôt qu'un poète. Supposé, semblablement, qu'un auteur fasse une oeuvre d'imitation en mélangeant divers mètres, comme Chérémon dans le Centaure, rapsodie où sont confondus des mètres de toute …»
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      • «…sorte, il ne faudrait pas moins lui donner le nom de poète. Telles sont les distinctions à établir en ces matières. VII . II y a des genres de poésie qui emploient tous les éléments nommés plus haut, savoir : le rythme, le chant et le mètre ; ce sont la poésie dithyrambique, celle des nomes, la tragédie et la comédie. Ces genres diffèrent en ce que les uns emploient ces trois choses à la fois, et les autres quelqu'une d'entre elles séparément. VIII . Voilà pour les différences qui existent entre les arts, quant à la pratique de l'imitation. […] I . Il y a deux causes, et deux causes naturelles, qui semblent, absolument parlant, donner naissance à la poésie. II . Le fait d'imiter est inhérent à la nature humaine dès l'enfance; et ce qui fait différer l'homme d'avec les autres animaux, c'est qu'il en est le plus enclin à l'imitation : les premières connaissances qu'il acquiert, il les doit à l'imitation , et tout le monde goûte les imitations.»
    • - POÉTIQUE -
      • « III . La preuve en est dans ce qui arrive à propos des oeuvres artistiques; car les mêmes choses que nous voyons avec peine, nous nous plaisons à en contempler l'exacte représentation, telles, par exemple, que les formes des bêtes les plus viles et celles des cadavres. IV . Cela tient à ce que le fait d'apprendre est tout ce qu'il y a de plus agréable non seulement pour les philosophes, mais encore tout autant pour les autres hommes ; seulement ceux-ci ne prennent qu'une faible part à cette jouissance. V . Et en effet, si l'on se plaît à voir des représentations d'objets, c'est qu'il arrive que cette contemplation nous instruit et nous fait raisonner sur la nature de chaque chose, comme, par exemple, que tel homme est un tel ; d'autant plus que si, par aventure, on n'a pas prévu ce qui va survenir, ce ne sera pas la représentation qui produira le plaisir goûté, mais plutôt l'artifice ou la couleur, ou quelque autre…»
    • - POÉTIQUE -
      • «…considération. VI . Comme le fait d'imiter, ainsi que l'harmonie et le rythme, sont dans notre nature (je ne parle pas des mètres qui sont, évidemment, des parties des rythmes), dès le principe, les hommes qui avaient le plus d'aptitude naturelle pour ces choses ont, par une lente progression, donné naissance à la poésie, en commençant par des improvisations. VII . La poésie s'est partagée en diverses branches, suivant la nature morale propre à chaque poète. Ceux qui étaient plus graves imitaient les belles actions et celles des gens d'un beau caractère; ceux qui étaient plus vulgaires, les actions des hommes inférieurs, lançant sur eux le blâme comme les autres célébraient leurs héros par des hymnes et des éloges. VIII . Des poètes antérieurs à Homère, il n'en est aucun dont nous puissions citer une composition dans le genre des siennes ; mais il dut y en avoir un grand nombre.»
    • - POÉTIQUE -
      • «A partir d'Homère, nous pouvons en citer ; tels, par exemple, son Margitès et d'autres poèmes analogues, parmi lesquels le mètre ïambiques prit aussi une place convenable ; et même on l'appelle aujourd'hui l'iambe parce que c'est dans ce mètre que l'on s'ïambisait mutuellement (que l'on échangeait des injures). IX . Parmi les anciens, il y eut des poètes héroïques et des poètes ïambiques. Et, de même qu'Homère était principalement le poète des choses sérieuses (car il est unique non seulement comme ayant fait bien, mais aussi comme ayant produit des imitations propres au drame), de même il fut le premier à faire voir les formes de la comédie, en dramatisant non seulement le blâme, mais encore le ridicule ; en effet, le Margitès est aux comédies ce que l' Iliade et l' Odyssée sont aux tragédies. X . Dès l'apparition de la tragédie et de la comédie, les poètes s'attachant à l'une ou à l'autre, …
    • - POÉTIQUE -
      • «…suivant leur caractère propre, les uns, comme auteurs comiques remplacèrent les poètes ïambiques, et les autres, comme monteurs de tragédies, remplacèrent les poètes épiques, parce qu' il y a plus de grandeur et de dignité dans cette dernière forme que dans l'autre. XI . Pour ce qui est d'examiner si la tragédie est, ou non, dès maintenant, en pleine possession de ses formes, à la juger en elle-même ou par rapport à la scène, c'est une question traitée ailleurs. XII . Ainsi donc, improvisatrice à sa naissance, la tragédie, comme la comédie, celle-ci tirant son origine des poèmes dithyrambiques, celle-là des poèmes phalliques, qui conservent, encore aujourd'hui, une existence légale dans un grand nombre de cités, progressa peu à peu, par le développement qu'elle reçut autant qu'il était en elle. XIII . Après avoir subi de nombreuses transformations, la tragédie y a mis un terme, …»
    • - POÉTIQUE -
      • «…puisqu'elle avait revêtu sa forme naturelle. XIV . Vint ensuite Eschyle qui, le premier, porta le nombre des acteurs de un à deux, amoindrit la fonction du choeur et donna le premier rôle au discours parlé. Sophocle institua trois acteurs et la mise en scène. XV . Quant à l'importance de la tragédie, partie de fables légères et d'un langage plaisant ; vu le caractère satirique de son origine, elle mit du temps à prendre de la gravité, et son mètre, de tétramètre, devint ïambique ; car, primitivement, on employait le tétramètre, attendu que cette forme poétique est celle de la satire et plus propre à la danse. Puis, lorsque vint le langage parlé, la nature trouva elle-même le mètre qui lui convenait ; car le mètre le plus apte au langage, c'est l'ïambe ; et la preuve, c'est que, dans la conversation, nous frisons très souvent des ïambes, des hexamètres rarement et seulement lorsque l'on quitte …»
    • - POÉTIQUE -
      • «…le ton de la conversation. XVI . Puis on parle encore de quantité d'épisodes et des autres accessoires destinés à orner chaque partie. Ainsi donc voilà tout ce que nous avions à dire là-dessus, car ce serait assurément une grande affaire que de nous arrêter à chaque détail en particulier. […] I . Nous parlerons plus tard de l'art d'imiter en hexamètres et de la comédie, et nous allons parler de la tragédie en dégageant de ce qui précède la définition de son essence. II . La tragédie est l'imitation d'une action grave et complète, ayant une certaine étendue, présentée dans un langage rendu agréable et de telle sorte que chacune des parties qui la composent subsiste séparément, se développant avec des personnages qui agissent, et non au moyen d'une narration, et opérant par la pitié et la terreur la purgation des passions de la même nature. III . J'entends par "langage rendu …»
    • - POÉTIQUE -
      • «…agréable" celui qui réunit le rythme, l'harmonie et le chant, et par les mots "que chaque partie subsiste séparément" j'entends que quelques-unes d'entre elles sont réglées seulement au moyen des mètres, et d'autres, à leur tour, par la mélodie. IV . Mais, comme c'est en agissant que (les poètes tragiques) produisent l'imitation , il en résulterait nécessairement que l'ordonnance du spectacle offert est la première partie de la tragédie ; vient ensuite la mélopée et, enfin, le langage parlé, car tels sont les éléments qui servent à produire l'imitation. V . J'entends par "langage parlé" la composition des mètres, et par "mélopée" une chose qui possède en soi une valeur évidente pour tout le monde. VI . Maintenant, comme l'imitation a pour objet une action et qu'une action a pour auteurs des gens qui agissent, lesquels ont nécessairement telle ou telle qualité, quant au caractère moral et …»
    • - POÉTIQUE -
      • «…quant à la pensée (car c'est ce qui nous fait dire que les actions ont tel ou tel caractère), il s'ensuit naturellement que deux causes déterminent les actions, savoir : le caractère moral et la pensée ; et c'est d'après ces actions que tout le monde atteint le but proposé, ou ne l'atteint pas. VII . Or l'imitation d'une action, c'est une fable; j'entends ici par "fable" la composition des faits, et par "caractères moraux" (ou moeurs) ceux qui nous font dire que ceux qui agissent ont telle ou telle qualité ; par "pensée", tout ce qui, dans les paroles qu'on prononce, sert à faire une démonstration ou à exprimer une opinion. VIII . Il s'ensuit donc, nécessairement, que toute tragédie se compose de six parties qui déterminent son caractère ; ce sont: la fable, les moeurs, le langage, la pensée, l'appareil scénique et la mélopée. IX . Deux de ces parties concernent les moyens que l'on a d'imiter ; une, la manière dont on…»
    • - POÉTIQUE -
      • «…imite ; trois, les objets de l'imitation ; puis c'est tout. X . Un grand nombre d'entre eux ont employé ces formes ; et, en effet, tout (poème tragique) comporte en soi de la même façon un appareil scénique, un caractère moral, une fable, un langage, un chant et une pensée. XI . Le point le plus important, c'est la constitution des faits, car la tragédie est une imitation non des hommes, mais des actions, de la vie, du bonheur et du malheur ; et en effet, le bonheur, le malheur, réside dans une action, et la fin est une action, non une qualité. XII . C'est par rapport aux moeurs que les hommes ont telle ou telle dualité, mais c'est par rapport aux actions qu'ils sont heureux ou malheureux. Aussi ce n'est pas dans le but d'imiter les moeurs que (les poètes tragiques) agissent, mais ils montrent implicitement les moeurs de leurs personnages au moyen des actions; de sorte que ce sont les faits et la fable qui constituent la…»
    • - POÉTIQUE -
      • «…fin de la tragédie ; or la fin est tout ce qu'il y a de plus important. XIII . Je dirai plus : sans action, il n'y aurait pas de tragédie, tandis que, sans les moeurs, elle pourrait exister ; et en effet, chez la plupart des modernes, les tragédies n'ont pas de place pour les moeurs, et, absolument parlant, beaucoup de poètes sont dans ce cas. Ainsi ; chez les peintres, c'est ce qui arrive à Zeuxis comparé à Polygnote. Polygnote est un bon peintre de moeurs, tandis que la peinture de Zeuxis n'a aucun caractère moral. XIV . Ce n'est pas tout : si l'on débitait une suite de tirades morales et des discours ou des sentences bien travaillées, ce ne serait pas là ce que nous disions tout à l'heure constituer une oeuvre tragique ; on le ferait beaucoup mieux en composant une tragédie où ces éléments seraient moins abondants, mais qui posséderait une fable et une constitution de faits.»
    • - POÉTIQUE -
      • « XV . II en est de même dans les arts du dessin ; car, si l'on étalait pêle-mêle les plus riches couleurs, on ne ferait pas autant plaisir qu'en traçant une figure déterminée au crayon. XVI . Ajoutons que les parties de la fable les plus propres à faire que la tragédie entraîne les âmes, ce sont les péripéties et les reconnaissances. XVII . Une autre preuve encore, c'est que ceux qui abordent la composition dramatique peuvent arriver à une grande habileté sous le rapport du style et des moeurs, avant de savoir constituer les faits. Au surplus, c'est ce qui est arrivé à presque tous les premiers poètes. XVIII . Ainsi donc le principe, et comme l'âme de la tragédie, c'est la fable. Les moeurs viennent en second lieu ; car l'imitation est l'imitation d'une action et, à cause de cette action, l'imitation de gens qui agissent. XIX . Puis, en troisième lieu, …»
    • - POÉTIQUE -
      • «…la pensée, c'est-à-dire la faculté de dire avec convenance ce qui est dans le sujet et ce qui s'y rapporte, partie qui, en fait d'éloquence, est l'affaire de la politique et de la rhétorique. En effet, les personnages que les anciens mettaient en scène parlaient un langage politique, et ceux d'aujourd'hui parlent un langage oratoire. XX . Le caractère moral, c'est ce qui est de nature à faire paraître le dessein. Voilà pourquoi il n'y a pas de caractère moral dans ceux des discours où ne se manifeste pas le parti que l'on adopte ou repousse, ni dans ceux qui ne renferment absolument rien comme parti adopté ou repoussé par celui qui parle. La pensée, c'est ce qui sert à démontrer qu'une chose existe ou qu'elle n'existe pas, ou, généralement, à énoncer une affirmation. XXI . En quatrième lieu vient la diction : or j'appelle "diction" comme on l'a dit précédemment, l'élocution obtenue au moyen de la dénomination, …»
    • - POÉTIQUE -
      • «…ce qui est d'une même valeur, soit qu'il s'agisse de paroles versifiées, ou de discours en prose. XXII . En cinquième lieu vient la mélopée, partie la plus importante au point de vue du plaisir à produire. Quant à l'appareil scénique, c'est une partie qui, certes, entraîne les âmes, mais elle est indépendante de l'art et n'appartient en aucune façon à la poétique ; car la tragédie subsiste indépendamment de l'exécution théâtrale et des acteurs, et ce qui est essentiel pour la confection de l'appareil scénique, c'est plutôt l'art du costumier que celui du poète. […] I . Pour ce qui est de la qualité des formes que doivent employer les parties de la tragédie, nous en avons parlé précédemment. Maintenant, en ce qui concerne leur quantité et leurs divisions spéciales, on distingue les suivantes : le prologue, l'épisode, le dénouement, la partie chorique et, dans cette partie. l'entrée et la station.»
    • - POÉTIQUE -
      • « II . Ces éléments sont communs à toutes (les tragédies). Les éléments particuliers sont ceux qui dépendent de la scène et les lamentations. III . Le prologue est une partie complète en elle-même de la tragédie, qui se place avant l'entrée du choeur. IV . L'épisode est une partie complète en elle-même de la tragédie, placée entre les chants complets du choeur. V . Le dénouement est une partie complète en elle-même après laquelle il n'y a plus de chant du choeur. VI . Dans la partie chorique, l'entrée est ce qui est dit en premier par le choeur entier; et la station, le chant du choeur, exécuté sans anapeste et sans trochée. VII . Le commos est une lamentation commune au choeur et aux acteurs en scène. VIII . Nous avons parlé précédemment des parties de la tragédie qu'il faut employer, et nous venons de les considérer sous le rapport de leur quantité et de leurs divisions.»
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    • - RHÉTORIQUE -
    • - RHÉTORIQUE -
      • « I . La rhétorique se rattache à la dialectique. L'une comme l'autre s'occupe de certaines choses qui, communes par quelque point à tout le monde, peuvent être connues sans le secours d'aucune science déterminée. Aussi tout le monde, plus ou moins, les pratique l'une et l'autre; tout le monde, dans une certaine mesure, essaie de combattre et de soutenir une raison, de défendre, d'accuser. II . Les uns font tout cela au hasard, et d'autres par une habitude contractée dans leur condition. Comme ces deux moyens sont admissibles, il est évident qu'il y aurait lieu d'en diriger l'application et de considérer la cause qui fait réussir soit une action habituelle, soit une action spontanée. Or tout le monde conviendra que cette étude est le propre de l'art. III . Aujourd'hui, ceux qui écrivent sur la rhétorique n'en traitent qu'une mince partie. Les preuves ont seules un caractère vraiment …»
    • - RHÉTORIQUE -
      • «…technique, tout le reste n'est qu'un accessoire ; or ils ne disent rien de l'enthymème, ce qui est le corps de la preuve. Le plus souvent, leurs préceptes portent sur des points étrangers au fond de l'affaire. IV . L'attaque personnelle, l'appel à la pitié, l'excitation à la colère et aux autres passions analogues de l'âme ont en vue non l'affaire elle-même, mais le juge. C'est au point que, si l'on faisait pour tous les jugements ce qui se fait encore aujourd'hui dans quelques cités, et des mieux policées, ces rhéteurs n'auraient rien à mettre dans leurs traités. V . Parmi tous les hommes, les uns pensent que les lois doivent prononcer dans tel sens, et les autres, en admettant l'appel aux passions, interdisent tout ce qui est en dehors de l'affaire, comme on le fait dans l'Aréopage; et c'est là une opinion juste. Il ne faut pas faire dévier le juge en le poussant à la colère, à la haine, à la pitié.»
    • - RHÉTORIQUE -
      • «C'est comme si l'on faussait d'avance la règle dont on va se servir. VI . De plus, il est évident que, dans un débat, il faut montrer que le fait est ou n'est pas, ou bien a été ou n'a pas été, et ne pas sortir de là. Est-ce un fait de grande ou de faible importance, juste ou injuste, voilà autant de points que le législateur n'a pas déterminés; il appartient au juge lui-même de les connaître et ce n'est pas des parties en cause qu'il doit les apprendre. VII . Il convient donc, par-dessus tout, que les lois, établies sur une base juste, déterminent elles-mêmes tout ce qui est permis et qu'elles laissent le moins possible à faire aux juges. En voici les raisons. D'abord, il est plus facile de trouver un homme, ou un petit nombre d'hommes, qu'un grand nombre qui soient doués d'un grand sens et en état de légiférer et de juger. De plus, les législations se forment à la suite d'un examen prolongé, tandis que les décisions …»
    • - RHÉTORIQUE -
      • «…juridiques sont produites sur l'heure, et, dans de telles conditions, il est difficile, pour les juges, de satisfaire pleinement au droit et à l'intérêt des parties. Enfin, et ceci est la principale raison, le jugement du législateur ne porte pas sur un point spécial, mais sur des cas futurs et généraux, tandis que les membres d'une assemblée et le juge prononcent sur des faits actuels et déterminés, sans laisser d'être influencés, souvent, par des considérations d'amitié, de haine et d'intérêt privé, ce qui fait qu'ils ne peuvent plus envisager la vérité avec compétence, mais que des sentiments personnels de joie ou de peine viennent à offusquer leurs jugements. VIII . Si, sur tout le reste, nous le répétons, il faut laisser le moins possible d'arbitraire au juge, c'est à lui qu'il faut laisser décider si tel fait a existé, existera, existe, oui ou non, attendu que le législateur n'a pu prévoir cette question. IX . S'il en est ainsi, c'est, on le voit, …»
    • - RHÉTORIQUE -
      • «…traiter un sujet étranger à la cause que de déterminer d'autres points, comme, par exemple, qu'est-ce que doit contenir l'exorde, ou la narration, ou chacune des autres parties d'un discours; car ces moyens ne tendent à autre chose qu'à mettre le juge dans tel ou tel état d'esprit. Mais, sur le chapitre des preuves oratoires, ils n'expliquent rien, et pourtant c'est par les preuves que l'on devient capable de faire des enthymèmes. X . Aussi, bien que la même méthode s'applique indifféremment au genre délibératif et au genre judiciaire, et que l'éloquence de la tribune soit plus belle et plus politique que celle qui s'occupe des contrats, ils ne disent rien du premier genre et s'appliquent tous à traiter de l'art de plaider. Cela tient à ce que, dans les harangues, on a moins d'intérêt, avant d'en venir au fait, à toucher des points étrangers à la cause et qu'il s'y trouve moins de place …»
    • - RHÉTORIQUE -
      • «…pour la malignité que dans une plaidoirie, l'intérêt étant plus général. Lorsqu'on prononce une harangue, l'auditeur est juge dans sa propre cause, et l'orateur n'a pas à faire autre chose que de lui montrer comment les choses sont telles que les présente l'auteur de la proposition. Dans les affaires de procédure, cela n'est pas suffisant, et, avant d'arriver au fait, il faut s'emparer de l'esprit de l'auditeur, car les juges prononcent sur des intérêts qui leur sont étrangers; n'ayant en vue que leurs goûts personnels, et prêtant l'oreille aux plaidoyers pour le plaisir qu'ils y trouvent, ils se livrent aux deux parties en cause, mais ils ne font pas office de juges. Aussi, en beaucoup d'endroits, je l'ai dit plus haut, la loi défend-elle de rien dire en dehors de l'affaire. Mais là (dans le genre délibératif), les juges observent assez bien cette règle. XI . La méthode, en matière de rhétorique, repose évidemment sur …»
    • - RHÉTORIQUE -
      • «…les preuves. La preuve est une démonstration (car si nous admettons une preuve, c'est surtout lorsque nous supposons qu'il y a eu démonstration). D'autre part, la démonstration oratoire c'est l'enthymème, qui est, en résumé, la preuve par excellence; or l'enthymème est une sorte de syllogisme, et il appartient tout aussi bien à la dialectique, prise dans son ensemble ou dans quelqu'une de ses parties, d'examiner tout ce qui se rattache au syllogisme. Il ressort de tout cela que celui qui pourra le mieux approfondir l'origine de la construction du syllogisme sera le plus capable de faire des enthymèmes, surtout s'il sait, de plus, sur quels objets portent les enthymèmes et en quoi ils diffèrent des syllogismes logiques. En effet, la considération du vrai et celle du vraisemblable dépend d'une seule et même faculté et, en même temps, les hommes sont naturellement …»
    • - RHÉTORIQUE -
      • «…aptes à recevoir une notion suffisante de la vérité; la plupart du temps ils réussissent à la saisir. Aussi, à l'homme en état de discerner sûrement le plausible, il appartient également de reconnaître la vérité. Ainsi donc, on vient de voir que les autres rhéteurs traitent de la matière sans avoir égard à la cause et tendent plutôt à dévier vers le genre judiciaire. XII . La rhétorique est utile, d'abord, parce que le vrai et le juste sont naturellement préférables à leurs contraires, de sorte que, si les décisions des juges ne sont pas prises conformément à la convenance, il arrive, nécessairement, que ces contraires auront l'avantage; conséquence qui mérite le blâme. De plus, en face de certains auditeurs, lors même que nous posséderions la science la plus précise, il ne serait pas facile de communiquer la persuasion par nos paroles à l'aide de cette science. Un discours scientifique tient de la…»
    • - RHÉTORIQUE -
      • «…doctrine, ce qui est (ici) d'une application impossible, attendu que, pour produire des preuves et des raisons, il faut s'en tenir aux lieux communs, comme nous l'avons déjà dit dans les Topiques , à propos de la manière de parler à la multitude. Il faut, de plus, être en état de plaider le contraire de sa proposition, comme il arrive en fait de syllogismes, non pas dans le but de pratiquer l'un et l'autre (le non vrai et le non juste), car il ne faut pas conseiller le mal, mais pour ne pas ignorer ce qu'il en est, et afin que, si quelque autre orateur voulait discourir au détriment de la justice, nous soyons nous-mêmes en mesure de détruire ses arguments. A la différence des autres arts, dont aucun n'arrive par le syllogisme à une conclusion opposée, la rhétorique et la dialectique sont seules à procéder ainsi, l'une et l'autre supposant des contraires. Toutefois, les matières qui s'y rapportent…»
    • - RHÉTORIQUE -
      • «…ne sont pas toutes dans les mêmes conditions, mais toujours ce qui est vrai et ce qui est naturellement meilleur se prête mieux au syllogisme et, en résumé, est plus facile à prouver. De plus, il serait absurde que l'homme fût honteux de ne pouvoir s'aider de ses membres et qu'il ne le fût pas de manquer du secours de sa parole, ressource encore plus propre à l'être humain que l'usage des membres. XIII . Si, maintenant, on objecte que l'homme pourrait faire beaucoup de mal en recourant injustement à la puissance de la parole, on peut en dire autant de tout ce qui est bon, la vertu exceptée, et principalement de tout ce qui est utile; comme, par exemple, la force, la santé, la richesse, le commandement militaire, car ce sont des moyens d'action dont l'application juste peut rendre de grands services et l'application injuste faire beaucoup de mal.»
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      • « XIV . Il est donc évident que la rhétorique n'appartient pas à un seul genre déterminé, mais qu'elle opère comme la dialectique, et qu'elle est utile. Maintenant, son fait n'est pas autant de persuader que de voir l'état probable des choses par rapport à chaque question, ce qui a lieu pareillement dans les autres arts. Ainsi, le propre de la médecine n'est pas de donner la santé, mais plutôt d'agir en vue de ce résultat autant qu'il est en elle; car il peut arriver que des gens incapables de jouir d'une bonne santé reçoivent cependant des soins efficaces. Outre cela, le propre de la rhétorique, c'est de reconnaître ce qui est probable et ce qui n'a que l'apparence de la probabilité, de même que le propre de la dialectique est de reconnaître le syllogisme et ce qui n'en est due l'apparence; car, si le syllogisme devient sophistique, ce n'est pas en puissance, mais par l'intention qu'on y met. Toutefois, dans le cas…»
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      • «…actuel (celui de la rhétorique), on sera orateur soit par science, soit d'intention, tandis que, dans l'autre (celui de la dialectique), on sera sophiste d'intention et dialecticien, non pas d'intention, mais en puissance. XV . Essayons d'exposer la méthode (oratoire) elle-même et de dire par quels moyens nous pourrons atteindre le but que nous nous sommes proposé. Reprenons-en donc la définition à son principe ; après quoi, nous nous occuperons de tout le reste.» […] I . La rhétorique est la faculté de considérer, pour chaque question, ce qui peut être propre à persuader. Ceci n'est le fait d'aucun autre art, car chacun des autres arts instruit et impose la croyance en ce qui concerne son objet : par exemple, la médecine, en ce qui concerne la santé et la maladie ; la géométrie, en ce qui concerne les conditions diverses des grandeurs ; l'arithmétique, en ce qui touche aux nombres, et ainsi de tous les …»
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      • «…autres arts et de toutes les autres sciences. La rhétorique semble, sur la question donnée, pouvoir considérer, en quelque sorte, ce qui est propre à persuader. Voilà ce qui nous fait dire qu'elle n'a pas de règles applicables à un genre d'objets déterminé. II . Parmi les preuves, les unes sont indépendantes de l'art, les autres en dépendent. Les premières sont toutes celles qui ne sont pas fournies par notre propre fonds, mais préexistent à notre action. Tels sont les témoins, la torture, les conventions écrites et les autres éléments de même nature. Les preuves dépendantes de l'art, c'est tout ce qu'il nous est possible de réunir au moyen de la méthode et par nous-mêmes. Nous avons donc, en fait de preuves, à tirer parti des premières et à trouver les secondes. III . Les preuves inhérentes au discours sont de trois sortes : les unes résident dans le caractère moral de l'orateur ; d'autres dans la …»
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      • «…disposition de l'auditoire ; d'autres enfin dans le discours lui-même, lorsqu'il est démonstratif, ou qu'il parait l'être. IV . C'est le caractère moral (de l'orateur) qui amène la persuasion, quand le discours est tourné de telle façon que l'orateur inspire la confiance. Nous nous en rapportons plus volontiers et plus promptement aux hommes de bien, sur toutes les questions en général, mais, d'une manière absolue, dans les affaires embrouillées ou prêtant à l'équivoque. Il faut d'ailleurs que ce résultat soit obtenu par la force du discours, et non pas seulement par une prévention favorable à l'orateur. Il n'est pas exact de dire, comme le font quelques-uns de ceux qui ont traité de la rhétorique, - que la probité de l'orateur ne contribue en rien à produire la persuasion ; mais c'est, au contraire, au caractère moral que le discours emprunte je dirai presque sa plus grande force de persuasion.»
    • - RHÉTORIQUE -
      • … « V . C'est la disposition des auditeurs, quand leurs passions sont excitées par le discours. Nous portons autant de jugements différents, selon que nous anime un sentiment de tristesse ou de joie, d'amitié ou de haine. C'est le seul point, nous l'avons dit, que s'efforcent de traiter ceux qui écrivent aujourd'hui sur la rhétorique. Nous entrerons dans le détail à cet égard, lorsque nous parlerons des passions. VI . Enfin, c'est par le discours lui-même que l'on persuade lorsque nous démontrons la vérité […] d'après des faits probants déduits un à un. VII . Comme les preuves sont obtenues par ces trois sortes de moyens, il est manifeste que l'emploi de ces moyens est à la disposition de celui qui est en état de former des syllogismes, de considérer ce qui se rapporte aux moeurs et à la vertu et, en troisième lieu, de connaître les passions de façon à saisir la nature et la qualité de chacune d'elles, ainsi que son caractère et les conditions de son origine. Il s'ensuit que la rhétorique est comme une branche de la dialectique et de l'étude morale qui mérite la dénomination de politique. Voilà pourquoi la rhétorique revêt la forme de la politique et qu'en font autant ceux qui s'en arrogent la pratique, soit par ignorance, soit par vanité, soit pour d'autres motifs humains. La rhétorique, nous l'avons dit en commençant, est une partie de la dialectique et lui ressemble.»
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    • - ANALYTIQUES -
    • - ANALYTIQUES -
      • « 1 D'abord, nous dirons le sujet et le but de cette étude: le sujet, c'est la démonstration; le but, c'est la science de la démonstration. 2 Puis, nous définirons les mots suivants : proposition, terme, syllogisme; et nous montrerons ce que c'est qu'un syllogisme complet et un syllogisme incomplet. 3 Et à la suite, nous expliquerons ce qu'il faut entendre quand nous disons que telle chose est ou n'est pas dans la totalité de telle autre chose, et qu'elle est attribuée à toute une autre ou qu'elle ne lui est aucunement attribuée. 4 Ainsi, en premier lieu, la Proposition est une énonciation qui affirme ou qui nie une chose d'une autre chose. 5 Elle est, ou universelle, ou particulière, ou indéterminée. Je l'appelle universelle quand l'attribut est à toute la chose ou n'est à aucune partie de la chose; particulière, quand l'attribut est affirmé ou nié d'une partie de la chose, ou bien qu'il n'appartient pas à toute la chose; …»
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      • «…indéterminée, quand l'attribut est affirmé ou nié du sujet, sans indication d'universalité ni de particularité; telles sont ces deux propositions : La notion des contraires est une seule et même notion : Le plaisir n'est pas un bien. 6 Entre la proposition démonstrative et la proposition dialectique, il y a cette différence que la proposition démonstrative pose l'une des deux parties de la contradiction; car, pour démontrer, on ne fait pas une question, mais l'on pose un principe; au contraire, la proposition dialectique comprend dans une question la contradiction tout entière. Au reste cette différence ne fait rien à la formation du syllogisme de l'une et de l'autre proposition. En effet, qu'on démontre ou qu'on interroge, on fait toujours le syllogisme en posant qu'une chose est ou n'est pas à une autre. Ainsi donc, d'une manière toute générale, la proposition est syllogistique quand elle affirme …»
    • - ANALYTIQUES -
      • «…ou qu'elle nie une chose d'une autre chose, sous l'une des formes qui viennent d'être indiquées. Elle est démonstrative, quand elle est vraie, et qu'elle dérive des conditions primitivement posées. Elle est dialectique, lorsque, sous forme de question, elle comprend les deux parties de la contradiction, ou que, sous forme de syllogisme, elle admet l'apparent et le probable, ainsi qu'il a été dit dans les Topiques. Les traités suivants feront comprendre exactement la nature de la proposition et ses différences, selon qu'elle est syllogistique, démonstrative ou dialectique; pour le moment, ce que nous venons d'en dire doit être suffisant. 7 J'appelle Terme l'élément de la proposition, c'est-à-dire, l'attribut et le sujet auquel il est attribué, soit qu'on y joigne, soit qu'on en sépare l'idée d'être ou de n'être pas. 8 Le Syllogisme est une énonciation, dans laquelle certaines propositions étant posées, …»
    • - ANALYTIQUES -
      • «…on en conclut nécessairement quelque autre proposition différente de celles-là, par cela seul que celles-là sont posées. Quand je dis par cela seul que celles-là sont posées, j'entends que c'est à cause d'elles que l'autre proposition est conclue; et j'entends par cette dernière expression qu'il n'y a pas besoin de terme étranger pour obtenir la conclusion nécessaire. 9 J'appelle donc syllogisme complet celui où il n'est besoin d'aucune autre donnée que les données préalablement admises pour que la proposition nécessaire apparaisse dans toute son évidence. 10 J'appelle incomplet celui où il faut une ou plusieurs autres données, qui peuvent bien être nécessaires d'après les termes d'abord posés, mais qui n'ont pas été toutefois formulées précisément dans les propositions. 11 Quand on dit qu'une chose est dans la totalité d'une autre, ou qu'une chose est attribuée à une autre tout entière, ces …»
    • - ANALYTIQUES -
      • «…deux expressions ont le même sens. Dire qu'une chose est attribuée à une autre tout entière, c'est dire qu'on ne suppose aucune partie du sujet dont l'autre chose ne puisse être dite : et de même pour n'être attribué à aucun. […] 1 Comme toute proposition exprime que la chose est simplement, ou qu'elle est nécessairement, ou qu'elle peut être; et que, dans toute espèce d'attribution, les propositions sont ou affirmatives ou négatives; comme, de plus, les propositions affirmatives et négatives sont tantôt universelles, tantôt particulières, tantôt indéterminées, 2 il y a nécessité que la proposition simple universelle privative puisse se convertir en ses propres termes; par exemple, si aucun plaisir n'est un bien, il faut nécessairement aussi qu'aucun bien ne soit un plaisir. 3 La proposition affirmative doit aussi se convertir, non pas en universelle, mais en particulière; si, par exemple, tout plaisir …»
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      • «…est un bien, il faut aussi que quelque bien soit un plaisir. 4 Parmi les propositions particulières, l'affirmative se convertit nécessairement en particulière; car si quelque plaisir est un bien, il faut aussi que quelque bien soit un plaisir. 5 Mais il n'y a pas de conversion nécessaire pour la proposition privative; en effet, si homme n'est pas attribuable à quelque animal, il ne s'ensuit pas que animal ne soit pas attribuable à quelque homme. 6 Soit donc d'abord la proposition universelle négative AB; si A n'est à aucun B, B ne sera non plus à aucun A; car, si B est à quelque A, par exemple à C, il ne sera plus vrai que A ne soit à aucun B, puisque C est supposé être l'un des B. 7 Mais, si A est à tout B, B sera aussi à quelque A; car, s'il n'était à aucun, A ne serait non plus à aucun B; or, l'on a supposé qu'il était à tous. 8 Même conversion pour la proposition particulière; en effet, si A est à quelque B, il faut …»
    • - ANALYTIQUES -
      • «…nécessairement aussi que B soit à quelque A; car, s'il n'est à aucun, A ne sera non plus à aucun B. 9 Enfin, si A n'est pas à quelque B, il n'est pas nécessaire non plus que B ne soit pas à quelque A: B, par exemple, est animal, et A homme; car homme n'appartient pas à tout animal, mais animal appartient à tout homme. […] 1 La règle sera la même encore pour les propositions nécessaires, c'est-à-dire que l'universelle privative se convertit en universelle, et que chacune des deux affirmatives se convertit en particulière. 2 En effet, s'il est nécessaire que A ne soit à aucun B, il est nécessaire aussi que B ne soit à aucun A, parce que, s'il était nécessairement à quelque A, A serait aussi à quelque B. 3 Si A est nécessairement à tout B ou à quelque B, B sera aussi nécessairement à quelque A : car s'il n'y avait pas nécessité qu'il y fût, A ne serait pas non plus nécessairement à quelque B.»
    • - ANALYTIQUES -
      • « 4 Quant à la proposition particulière privative, elle ne peut ici non plus se convertir, par la même raison que nous avons dite plus haut. 5 Pour les propositions contingentes, comme contingent se prend dans bien des sens, puisque nous disons que le nécessaire et le non nécessaire et le possible sont contingents, la conversion de toutes les propositions affirmatives se fera ici de la même manière. Si donc A peut être à tout B ou à quelque B, B pourra être aussi à quelque A : car s'il pouvait n'être à aucun, A pourrait aussi n'être à aucun B. C'est ce que nous avons déjà démontré. 6 La règle change pour la conversion des négatives; mais elle est encore la même pour les propositions où les choses sont toutes contingentes, soit parce que nécessairement elles ne sont pas, soit parce qu'elles ne sont pas nécessairement. Par exemple, si l'on dit que l'homme peut ne pas être cheval, et que la blancheur peut …»
    • - ANALYTIQUES -
      • «…n'être à aucun vêtement, de ces deux choses l'une nécessairement n'est pas, l'autre n'est pas nécessairement. Ici donc la conversion a lieu de la même manière. En effet, si être cheval peut n'appartenir à aucun homme, être homme peut n'appartenir aussi à aucun cheval; et si blancheur peut n'être à aucun vêtement, vêtement aussi peut n'être à aucune blancheur. Autrement, s'il y a nécessité que vêtement soit à quelque blancheur, blancheur aussi sera nécessairement à quelque vêtement. C'est ce qu'on a démontré plus haut. Même raisonnement pour la proposition particulière négative. 7 Au contraire, pour les choses que l'on dit contingentes, parce qu'elles sont le plus habituellement et naturellement de telle façon, ce qui est la définition que nous donnons de contingent, il n'en sera plus de même pour les convenions négatives.»
    • - ANALYTIQUES -
      • «Ainsi la proposition universelle privative ne se convertit pas, et la proposition particulière se convertit. Ceci deviendra évident quand nous traiterons du contingent. Bornons-nous ici à constater, après tout ce qui précède, que pouvoir n'être à aucune chose ou pouvoir n'être pas à quelque chose, ont la forme d'affirmations. C'est que le verbe pouvoir est placé dans la proposition comme le verbe être; et que le verbe être, a quelques attributions qu'on l'ajoute, forme toujours et absolument une affirmation : par exemple, ceci est non bon, ceci est non blanc; ou d'une manière toute générale, ceci est non cela. Du reste, cette théorie sera reprise et confirmée plus loin. Mais, quant aux conversions, ces propositions contingentes seront comme les autres propositions.»
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    • - HISTOIRE DES ANIMAUX - L’acteur canadien Christopher Plummer a joué le rôle d’Aristote dans le film «Alexander» du réalisateur Oliver Stone en 2004.
    • - HISTOIRE DES ANIMAUX -
      • « § 1 . Entre les parties dont les animaux sont formés, il y en a qui ne sont pas complexes; ce sont celles qui peuvent se diviser en parties similaires, comme les chairs, qui se divisent toujours en chairs ; il y en a d'autres, au contraire, qui sont complexes, comme toutes celles qui se divisent en parties non similaires; et telles sont, par exemple, la main, qui ne se divise pas en plusieurs mains; ou le visage, qui ne se divise pas non plus en plusieurs visages. § 2 . De ces parties non composées, il en est qu'on n'appelle pas seulement des parties, mais qu'on appelle plus proprement des membres ; ce sont en général les parties qui, formant un tout complet, renferment encore en elles d'autres parties distinctes. C'est ce qu'on peut voir pour la tête, pour la jambe, pour la main, pour le bras pris dans son ensemble, pour la poitrine, puisque chacune de ces parties composent un tout, et qu'en outre, elles …
    • - HISTOIRE DES ANIMAUX -
      • «…contiennent en elles d'autres parties encore. § 3 . Toutes les parties non similaires se composent à leur tour de parties similaires : la main, par exemple, est composée de chair, de nerfs et d'os. § 4 . II y a des animaux chez qui toutes les parties sont mutuellement semblables ; il en est aussi chez lesquels elles sont fort différentes. Les parties sont spécifiquement les mêmes, comme le nez et l'œil d'un homme sont de même espèce que le nez et l'œil d'un autre homme; comme sa chair est semblable à la chair; et ses os, aux os. On en peut dire autant des chevaux, ou de tels autres animaux que nous trouvons d'espèce identique les uns aux autres; car la ressemblance qui se manifeste de l'animal entier à un autre animal entier, se reproduit également entre chacune de leurs parties, les unes relativement aux autres. §5 .  Toutefois ces parties, tout en étant pareilles dans tous les …»
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      • «…animaux d'un même genre, diffèrent néanmoins selon qu'elles sont plus grandes ou moins grandes. Quand je dis genre, j'entends par exemple, l'oiseau et le poisson. Ces deux êtres ont entre eux une différence de genre ; et chacun d'eux, dans leur genre particulier, ont encore d'autres différences, puisqu'il y a plusieurs espèces de poissons et d'oiseaux. §6 . Dans ces genres mêmes, ce qui fait ordinairement les différences les plus sensibles entre presque toutes les parties, outre les contrariétés de modifications dans la couleur et dans la forme, c'est que ces modifications affectent davantage certaines parties et qu'elles affectent moins les autres. C'est ainsi que ces différences se marquent par leur nombre plus grand ou plus petit, par les proportions de leur grandeur ou de leur petitesse, et en général par l'excès ou le défaut, c'est-à-dire le plus ou le moins.»
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      • « § 7 . Il y a des animaux dont la chair est molle, d'autres dont la chair est dure ; ceux-ci ont un long bec (comme les grues); chez ceux-là, le bec est court. Ici, le plumage est abondant; là, il est presque nul. Même dans certains genres, les parties sont différentes selon les espèces : ainsi, les uns ont des ergots, tandis que les autres n'en ont pas; les uns ont des crêtes, qui manquent aux autres. En un mot, ou la plupart des parties qui composent la masse entière de l'animal peuvent être les mêmes ; ou elles peuvent différer par des qualités contraires, et des dimensions plus ou moins fortes. Le plus et le moins dans ces dimensions constitue ce qu'on peut appeler l'excès des unes et le défaut des autres. § 8 . Dans quelques animaux, ce n'est pas l'identité des parties sous le rapport de l'espèce, ni l'identité selon le plus ou moins de grandeur, qu'il faut remarquer; c'est l'identité par simple …»
    • - HISTOIRE DES ANIMAUX -
      • «…analogie. Et, par exemple, l'os est analogue à l'arête, l'ongle à la corne, la main à la pince, la plume à l'écaille, etc. ; car ce qu'est la plume dans l'oiseau, l'écaille l'est dans le poisson. Non seulement les parties dont se composent les animaux diffèrent entre elles, ou se ressemblent, comme on vient de le dire; mais elles se ressemblent encore ou diffèrent par leur position; car beaucoup d'animaux ont bien les mêmes parties, mais ces parties ne sont pas posées de même : par exemple, les mamelles sont placées pour les uns sur la poitrine; pour les autres, elles sont placées entre les cuisses. § 9 . Les parties similaires sont tantôt molles et liquides; tantôt, sèches et solides. Les parties liquides sont liquides d'une manière absolue, ou du moins tant qu'elles restent dans leur disposition naturelle; et tels sont le sang, la lymphe, la graisse, le suif, la moelle, le sperme, la bile, le lait, dans les …»
    • - HISTOIRE DES ANIMAUX -
      • «…animaux qui sécrètent ces matières, la chair et les matières analogues. Dans une autre classe, on peut indiquer aussi les excrétions, telles que le phlegme, et tout ce que rejettent les intestins et la vessie. Les parties sèches et solides, ce sont, par exemple, les nerfs, la peau, les veines, les cheveux, les os, les cartilages, les ongles, les cornes. D'ailleurs, on se sert du même mot qui exprime la partie, quand, par sa forme, le tout doit être appelé aussi de la corne. Les parties molles et liquides, sèches et solides, sont encore tout ce qui correspond aux parties qu'on vient d'énumérer. § 10. Les différences des animaux se montrent dans leur genre de vie, dans leurs actions, dans leur caractère, aussi bien que dans leurs parties. Traçons-en d'abord une esquisse générale; et plus tard, nous insisterons plus spécialement sur chaque genre. Les différences qui regardent la manière de vivre, les actes et le …»
    • - HISTOIRE DES ANIMAUX -
      • ..«…caractère, tiennent à ce que les uns vivent dans l'eau ; et les autres, sur la terre. § 11 . Parmi les animaux aquatiques, il y a deux espèces à distinguer. La première vit dans l'eau et s'y nourrit; elle absorbe le liquide et le rejette ; si elle vient à en manquer, elle ne peut plus vivre. C'est le cas de la plupart des poissons. La seconde espèce se nourrit aussi dans l'eau et y passe sa vie; mais cependant elle ne respire pas l'eau; elle respire l'air et se reproduit hors du liquide. § 12 . Bon nombre de ces derniers animaux sont pourvus de pieds, comme la loutre, le castor et le crocodile; ou aussi, pourvus d'ailes, comme la mouette et le plongeon. Quelques-uns se nourrissent également dans l'eau et ne peuvent vivre dehors ; et pourtant, ils n'absorbent ni l'air, ni l'eau, comme l'ortie de mer et l'huître. Parmi les animaux aquatiques, les uns vivent dans la mer; les autres, dans les rivières; ceux-ci, dans les lacs; ceux-là, dans les mares, comme la …»
    • - HISTOIRE DES ANIMAUX -
      • «…grenouille et le cordyle. Les animaux marins habitent, tantôt la haute mer, tantôt les rivages et les rochers. § 13 . Quant aux animaux terrestres, il y en a qui reçoivent l'air et le rejettent; c'est ce qu'on appelle aspirer et expirer; on observe ce phénomène dans l'homme, et dans tous les animaux terrestres qui ont des poumons. D'autres au contraire n'absorbent pas l'air; mais ils vivent et trouvent leur nourriture sur le sol, comme la guêpe, l'abeille et les autres insectes. Par Insectes, j'entends tous les animaux qui ont des sections dans leur corps, que ces sections soient sous le ventre seulement, ou qu'elles soient à la fois sous le ventre et aussi sur le dos. § 14 . Ainsi qu'on vient de le dire, un grand nombre d'animaux terrestres tirent leur nourriture de l'eau; mais pas un seul animal aquatique, ou absorbant l'eau de mer, ne trouve sur terre ses aliments. Quelques animaux en petit nombre vivent …»
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      • «…d'abord dans l'eau, et changent ensuite de forme pour vivre dehors; telles sont les empis ou mouches de rivière, d'où naissent les taons. §15 . Il est des animaux qui restent toujours en place; il en est d'autres qui en changent. Ceux qui restent immobiles sont dans l'eau; mais pas un seul animal terrestre n'est immobile. Dans l'eau, il y en a beaucoup qui continuent à vivre là où ils naissent, comme bien des espèces de coquillages. Même il semble que l'éponge a une sorte de sensibilité; et ce qui le prouverait, c'est qu'elle est plus difficile à détacher, à ce qu'on prétend, quand on ne sait pas dissimuler le mouvement par lequel on la saisit. Il y a même aussi des animaux aquatiques qui sont attachés et qui se détachent, comme certaines espèces de ce qu'on nomme les orties de mer, qui, dans la nuit, se détachent du rocher pour aller chercher leur pâture. § 16 . Beaucoup qui sont détachés sont …»
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      • «…néanmoins immobiles, comme les huîtres et ce qu'on appelle les holothuries. Certains animaux aquatiques nagent, comme les poissons, les mollusques, et ceux dont l'écaille est molle, ainsi qu'elle l'est dans les langoustes; certains autres ont la faculté de marcher, comme l'espèce des crabes, qui, tout en étant naturellement aquatiques, n'en marchent pas moins sur terre. § 17 . Les animaux terrestres peuvent tantôt voler, comme les oiseaux et les abeilles, qui d'ailleurs diffèrent les uns des autres à bien des égards; et tantôt, ils se meuvent sur terre, soit qu'ils marchent, soit qu'ils rampent, soit qu'ils se roulent. Aucun animal n'est simplement volatile, de même que le poisson n'est doué que de la faculté de nager. En effet, les animaux qui ont des ailes membraneuses peuvent aussi marcher; la chauve-souris a des pieds, de même que le phoque a également des pieds, quoique mal conformés.»
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      • «Il y a encore quelques oiseaux qui ont des pieds très mauvais, et que, pour cette raison, on appelle apodes, ou sans pieds. Par contre, ce genre d'oiseaux vole à merveille; et toutes les espèces qui leur ressemblent ont en général des ailes excellentes et des pieds très faibles, comme l'hirondelle et le martinet. § 18 . Du reste, tous ces oiseaux, ayant les mêmes allures et le même plumage, se rapprochent beaucoup d'aspect entre eux. L'apode se montre en toute saison, tandis que le martinet ne se montre qu'en été, quand il pleut: c'est alors qu'on le voit et qu'on le prend. D'ailleurs, c'est un oiseau qu'on aperçoit rarement. Il y a beaucoup d'animaux qui ont à la fois les deux qualités de pouvoir marcher et de pouvoir nager. § 19 . Des différences se présentent aussi dans le genre de vie des animaux et dans leurs actes. Ceux-ci vivent en troupe; ceux-là sont solitaires, soit qu'ils …»
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      • «…marchent sur terre, soit qu'ils volent ou qu'ils nagent; d'autres ont indifféremment les deux genres de vie. Ceux qui vivent en troupe, tantôt sont organisés en sociétés fixes, tantôt ils sont errants. Les animaux vivant en troupe sont, par exemple, dans les volatiles, le genre des colombes, la grue, le cygne, etc. Ceux qui sont munis d'ongles crochus ne vivent jamais en troupe. § 20 . Parmi les poissons qui vivent en pleine mer, il y en a un bon nombre qui vivent en troupe, comme les dromades, les thons, les pélamydes, les amies ou bonitons. L'homme vit également des deux façons, ou en troupe, ou solitaire. Les animaux qui forment des sociétés sont ceux qui ont à faire un travail identique et commun; mais tous les animaux vivant en troupes ne forment pas des sociétés dans ce but. Au contraire, l'homme, l'abeille, la guêpe, la fourmi, la grue forment des sociétés de ce genre; et de ces …»
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      • «…sociétés, les unes ont un chef, tandis que les autres n'en ont pas. Ainsi, la grue et l'espèce des abeilles ont un chef, tandis que les fourmis et tant d'autres n'en ont pas. § 21 . Les animaux vivant en troupe et les solitaires, tantôt restent dans les mêmes lieux, et tantôt ils en changent. Les uns sont carnivores, les autres frugivores; les uns mangent de tout ; les autres ont une pâture toute spéciale, comme les abeilles et les araignées. Les abeilles font leur nourriture du miel, et de quelques autres matières aussi douces; les araignées vivent des mouches qu'elles chassent. § 22 . II y a des animaux qui se nourrissent de poissons. Il y en a qui sont chasseurs; d'autres font provision d'aliments; d'autres n'ont pas ce soin. Les uns ont des demeures; d'autres n'en ont pas. Ainsi la taupe, le rat, la fourmi, l'abeille en ont; mais la plupart des insectes et des quadrupèdes s'en passent. Ceux-ci, comme le …»
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      • «…lézard et le serpent, vivent dans des trous; ceux-là, comme le cheval et le chien sont toujours à la surface de la terre. Les uns se creusent des tanières; les autres ne s'en font pas. Les uns vivent toujours dans les ténèbres, comme la chouette et la chauve-souris; les autres, à la clarté du jour. § 23 . De plus, tels animaux sont privés; tels autres sont sauvages. Les uns sont toujours privés, comme l'homme et le mulet; d'autres restent toujours sauvages, comme la panthère et le loup; d'autres encore sont susceptibles de s'apprivoiser très vite comme l'éléphant. A un autre point de vue, toutes les espèces qui sont privées peuvent être sauvages aussi, comme les chevaux, les bœufs, les cochons, les moutons, les chèvres et les chiens. § 24 . II y a des animaux qui émettent des sons; d'autres sont muets. Parmi ceux qui ont une voix, les uns l'articulent; les autres produisent des bruits que …»
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      • … .«…les lettres ne peuvent représenter. Ceux-ci sont bavards; ceux-là sont silencieux; ceux-ci ont un chant; ceux-là n'en ont pas; mais une qualité commune à tous, c'est qu'ils chantent ou jasent bien davantage au temps de l'accouplement. Les uns se plaisent dans les champs, comme le ramier; d'autres, sur les montagnes, comme la huppe; d'autres vivent familièrement avec l'homme, comme le pigeon. Les uns sont lascifs, comme les perdrix et les coqs ; les autres sont plus retenus, comme le corbeau et les espèces analogues, qui ne s'accouplent que de loin à loin. Parmi les animaux marins, les uns vivent en haute mer; les autres, sur les bords; d'autres, dans les rochers. Certains animaux se défendent et attaquent; certains autres se bornent à se garder; les animaux qui attaquent sont ceux qui dressent des pièges et qui se défendent quand ils sont attaqués; ceux qui se gardent sont ceux qui ont en eux-mêmes un instinct qui les avertit du mal qui les menace.
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      • « § 25 . Le caractère des animaux n'offre pas moins de différences. Les uns sont doux et ne s'irritent presque jamais ; ils ne résistent pas ; tel est le bœuf. D'autres, au contraire, sont enclins à la fureur, à la résistance ; et l'on ne peut rien leur apprendre; tel est le sanglier. Ceux-ci sont prudents et craintifs, comme le cerf et le lièvre; ceux-là sont vils et traîtres, comme les serpents. D'autres sont nobles, courageux et fiers, comme le lion. D'autres sont franchement féroces et rusés, comme le loup. J'entends par noble, en parlant d'un animal, celui qui sort d'une race bien douée; et j'entends par franc celui qui n'a rien perdu de la nature qui lui est propre. § 26 . Tel animal est plein d'activité et de malice, comme le renard ; tel autre, comme le chien, est plein de cœur, d'attachement et de fidélité. D'autres sont doux et faciles à apprivoiser, comme l'éléphant; d'autres, comme l'oie, sont timides et de bonne …»
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      • «…garde. D'autres sont jaloux et vaniteux, comme le paon. Entre tous les animaux, l'homme seul a le privilège de la réflexion. Beaucoup d'animaux autres que lui ont également la faculté de se souvenir et d'apprendre; mais l'homme seul a le don de se ressouvenir à volonté. §27 . Nous reviendrons plus tard avec plus de précision encore sur ce qui regarde les diverses espèces d'animaux, et aussi sur le caractère et la façon de vivre de chacune de ces espèces. […] § 1 . Tous les animaux ont certaines parties qui leur sont communes : celle par où ils prennent leur nourriture, et celle où ils la reçoivent. Ces parties se ressemblent ou diffèrent entre elles, selon ce qu'on a déjà exposé, par la forme, par la dimension, par l'analogie et par la position. Mais outre ces parties que nous venons d'indiquer, la plupart des animaux ont aussi d'autres parties communes, qui leur servent à rejeter le résidu…» de la nourriture. Je dis La plupart, parce que tous n'ont pas cet organe. La partie qui sert à prendre la nourriture s'appelle la bouche: celle qui sert à la recevoir s'appelle l'intestin. Les autres parties ont des dénominations diverses. § 2 . Le résidu excrété étant de deux natures, les animaux qui ont des organes destinés à recevoir l'excrétion liquide, en ont également pour l'excrétion sèche; mais tous les animaux qui ont cette dernière n'ont pas l'autre excrétion. Ainsi, tous les animaux qui ont une vessie ont tous un intestin; mais ceux qui ont un intestin n'ont pas tous une vessie. Du reste, le nom de vessie s'applique à la partie qui reçoit l'excrétion liquide, et le nom d'Intestin, à la partie qui reçoit l'excrétion sèche. § 3 . Outre ces parties que possèdent beaucoup d'animaux, il y a la partie par laquelle ils émettent leur semence. Parmi ceux qui ont la faculté de se reproduire, on distingue l'animal qui fait l'émission en lui-même, et celui qui la fait dans un autre. Celui qui la fait en lui-même s'appelle femelle; celui qui la fait dans un autre s'appelle mâle. Dans quelques espèces, il n'y a ni mâle ni femelle; et la forme des organes chargés de cette fonction diffère d'une espèce à l'autre. Certaines espèces ont une matrice; d'autres n'en ont pas. § 4 . Les parties qu'on vient d'énumérer sont les plus nécessaires; aussi, elles se trouvent les unes dans tous les animaux, et les autres, au moins dans la plupart.
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      • «…de la nourriture. Je dis La plupart, parce que tous n'ont pas cet organe. La partie qui sert à prendre la nourriture s'appelle la bouche: celle qui sert à la recevoir s'appelle l'intestin. Les autres parties ont des dénominations diverses. § 2 . Le résidu excrété étant de deux natures, les animaux qui ont des organes destinés à recevoir l'excrétion liquide, en ont également pour l'excrétion sèche; mais tous les animaux qui ont cette dernière n'ont pas l'autre excrétion. Ainsi, tous les animaux qui ont une vessie ont tous un intestin; mais ceux qui ont un intestin n'ont pas tous une vessie. Du reste, le nom de vessie s'applique à la partie qui reçoit l'excrétion liquide, et le nom d'Intestin, à la partie qui reçoit l'excrétion sèche. § 3 . Outre ces parties que possèdent beaucoup d'animaux, il y a la partie par laquelle ils émettent leur semence. Parmi ceux qui ont la faculté de se reproduire, on distingue l'animal qui fait…»
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      • «…l'émission en lui-même, et celui qui la fait dans un autre. Celui qui la fait en lui-même s'appelle femelle; celui qui la fait dans un autre s'appelle mâle. Dans quelques espèces, il n'y a ni mâle ni femelle; et la forme des organes chargés de cette fonction diffère d'une espèce à l'autre. Certaines espèces ont une matrice; d'autres n'en ont pas. § 4 . Les parties qu'on vient d'énumérer sont les plus nécessaires; aussi, elles se trouvent les unes dans tous les animaux, et les autres, au moins dans la plupart. […] § 1 . Un seul et unique sens est commun à tous les animaux sans exception : c'est le toucher. L'organe dans lequel ce sens réside naturellement, n'a pas reçu de nom spécial, parce que, dans les uns, l'organe est identique, et que, dans les autres, c'est une partie simplement analogue. § 2 . Pareillement, tout animal sans exception a un fluide dont il ne peut être privé, soit naturellement, soit par violence, …»
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      • … «…sans périr sur-le-champ; et il y a de plus la partie où ce fluide est renfermé. Chez les uns, la partie liquide est le sang, et le vaisseau est la veine; chez d'autres, c'est un fluide et un vaisseau équivalents. Lorsque ces matières sont imparfaites, c'est ce qu'on appelle la fibre et la lymphe. § 3 . Quant au sens du toucher, il est placé dans une partie similaire, par exemple, dans la chair, ou dans quelque chose qui la remplace. En général, chez les animaux qui ont du sang, le toucher est dans les parties sanguines ; et pour ceux qui n'en ont pas, dans la partie correspondante. Si pour tous les animaux, le toucher réside évidemment dans les parties similaires, les facultés actives résident dans les parties non-similaires; et, par exemple, l'élaboration des aliments a lieu dans la bouche; la fonction du mouvement pour changer de lieu se fait par les pieds, par les ailes, et par les organes qui y correspondent. Il faut ajouter que certains animaux ont du sang, tels que les hommes, les chevaux et tous les animaux, qui, bien que d'une organisation complète, ou n'ont pas de pieds, ou en ont deux, ou en ont quatre. Au contraire, d'autres animaux, tels que l'abeille ou la guêpe, n'ont pas de sang; et parmi les animaux marins, tels sont la seiche et le crabe, et tous ceux qui ont plus de quatre pieds.»
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    • - CONSTITUTION D’ATHÈNES -
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      • «[…] Un pareil régime et l'asservissement de la multitude au petit nombre soulevèrent le peuple contre les nobles. La lutte fut acharnée et les deux partis étaient depuis longtemps debout l'un contre l'autre, quand ils s'entendirent pour prendre Solon comme conciliateur et l'élire archonte. Ils s'en remettent à lui du soin de réformer la constitution, se souvenant de cette élégie qu'il avait faite et dont voici le début : Je sais tout le mal et je souffre au fond de mon cœur, quand je vois l'aînée des terres d'Ionie... Dans la suite, il attaque à tour de rôle les uns et les autres, et leur donne tort et raison pour les pousser enfin à mettre, d'un commun accord, un terme aux dissensions qui se sont élevées entre eux. Solon, par sa naissance et par sa réputation, comptait parmi les premiers des citoyens ; par sa fortune et sa situation, il faisait partie de la classe moyenne. On le sait d'ailleurs et lui-même le proclame …»
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      • «…dans ces vers, où il exhorte les riches à la modération : Sachez calmer en vos cœurs la violence de vos sentiments, vous qui en êtes venus au dégoût de vos biens trop abondants. Sachez maintenir votre grande âme dans la modération, car pour nous, nous ne vous céderons pas, et tout n'ira pas droit pour vous. C'est ainsi qu'il rejette toujours sur les riches toute la responsabilité des dissensions. Aussi dit-il au commencement de son élégie, qu'il redoute l'avarice et l'orgueil d'où est née la haine. […] Devenu maître du pouvoir, Solon affranchit le peuple, en défendant que dans le présent et à l'avenir la personne du débiteur servît de gage. Il donna des lois et abolit toutes les dettes, tant privées que publiques. C'est la réforme qu'on appelle la délivrance du fardeau, par allusion à la charge qu'ils avaient comme rejetée de leurs épaules. On a essayé d'attaquer Solon à ce sujet. Au moment en effet où il …»
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      • «…projetait l'abolition des dettes, il lui arriva d'en parler à l'avance à quelques-uns des nobles, et ses amis, selon la version des démocrates, firent, à l'encontre de ses projets, une manœuvre, dont il aurait aussi profité, ajoutent ceux qui le veulent calomnier. Ils s'entendirent pour emprunter de l'argent et acheter beaucoup de terre, et l'abolition des dettes survenant presque aussitôt, ils firent fortune. Ce fut, dit-on, l'origine de ces fortunes que dans la suite on fit remonter à une si haute antiquité. Mais la version des démocrates est plus plausible ; l'autre n'a pas la vraisemblance pour elle : comment un homme, qui fut si modéré et si attaché aux intérêts publics que, pouvant tourner les lois à son profit et établir sa tyrannie dans la ville, il s'attira plutôt la haine de l'un et de l'autre parti, mettant l'honneur et le salut de la cité au-dessus de ses propres intérêts, se serait-il sali à d'aussi petites et aussi indignes …»
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      • «…opérations ? Et ce n'est pas le pouvoir qui lui manqua et c'est bien lui qui porta remède au mauvais état des affaires : lui-même l'a rappelé souvent dans ses vers et tous les auteurs sont d'accord sur ce point. Il faut donc regarder comme mensongère une telle accusation. […] Il établit une constitution, et donna d'autres lois. On abrogea en effet celles de Dracon, à l'exception des lois sur le meurtre. Les lois nouvelles furent inscrites sur des tables triangulaires qu'on exposa dans le Portique Royal, et tous jurèrent de les observer. Les neuf archontes prêtèrent serment sur la pierre et s'engagèrent à offrir une statue d'or dans le cas où ils en violeraient quelqu'une. De cette époque date cet engagement qui se trouve encore dans le serment qu'ils prêtent aujourd'hui. La durée des lois fut fixée par Solon lui-même à cent ans. Voici la constitution qu'il établit. Il maintint la division …»
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      • «…antérieure des citoyens en quatre classes censitaires pentacosiomédimnes, cavaliers, zeugites et thètes. Il réserva les magistratures, à savoir les charges des neuf archontes, des trésoriers, des polètes, des onze et des colacrètes aux trois premières classes : encore étaient-elles attribuées à chacune de ces classes selon les degrés du cens. La classe des thètes ne reçut que le droit de siéger à l'assemblée du peuple et aux tribunaux. Les cens étaient les suivants : le pentacosiomédimne devait faire, sur sa terre, cinq cents médimnes de sec et de liquide, l'un dans l'autre ; le cavalier devait en faire trois cents, ou, selon une autre explication, être en état d'entretenir un cheval. Cette explication se fonde sur le nom même de la classe, qui viendrait du fait d'être monté, et sur les offrandes des anciens. On voit en effet sur l'Acropole une statue de Diphilos, avec l'inscription …»
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      • «…suivante : Anthémion, fils de Diphilos, a consacré cette statue aux dieux, pour avoir de la classe des thètes passé dans celle des cavaliers. Et à côté de lui se tient, en guise de preuve, un cheval, allusion à la classe des cavaliers. Il n'en est pas moins plus probable que les cavaliers, comme les pentacosiomédimnes, se distinguaient des autres classes par le nombre des mesures. Les zeugites devaient faire deux cents médimnes, sec et liquide, l'un dans l'autre. Tous les autres citoyens formaient la classe des thètes : ils n'avaient accès à aucune magistrature. Aussi, aujourd'hui encore, quand on demande à un candidat qui se présente pour tirer au sort, quel est son cens, nul ne s'avise de répondre : « celui des thètes. » […] Solon institua le tirage au sort pour les magistratures, mais en le combinant avec une élection préalable qui avait lieu dans chacune des tribus. Ainsi, pour la …»
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      • «…désignation des neuf archontes, chaque tribu élisait dix candidats, entre lesquels le sort décidait. De là vient l'usage, encore en vigueur, de tirer au sort dans chaque tribu dix candidats, parmi lesquels le sort désigne le magistrat. Ce qui prouve aussi que Solon institua pour les magistratures le tirage au sort en tenant compte du cens, c'est la loi qui régit aujourd'hui encore le choix des trésoriers, et prescrit que les trésoriers soient tirés au sort parmi les pentacosiomédimnes. Telles sont les règles de Solon relatives aux neuf archontes. Anciennement, l'Aréopage les faisait comparaître devant lui pour les examiner, et ne les envoyait en possession de la charge pour l'année qu'après les en avoir jugés dignes. Il y avait, comme auparavant, quatre tribus et quatre rois des tribus. Chaque tribu était divisée en trois trittyes et douze naucraries. A la tête de chaque naucrarie était un naucrare, qui …»
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      • «…veillait à la levée des contributions et soldait les dépenses. Aussi lit-on, en plus d'un endroit, dans des lois de Solon, qui ne sont plus en vigueur aujourd'hui, que les fonds seront levés par les naucrares et les dépenses à la charge de la caisse des naucrares. Solon institua un Conseil de quatre cents membres, cent par tribu. Pour l'Aréopage, il lui maintint la garde des lois, et comme par le passé, ce sénat fut chargé de veiller sur la Constitution. En possession de l'autorité politique la plus haute et la plus étendue, il surveillait les citoyens, et frappait ceux qui commettaient quelque infraction aux lois, car il disposait souverainement du droit d'infliger une amende ou un châtiment. Il remettait à la caisse publique le montant des amendes qu'il avait prononcées, sans ajouter le motif de la punition. A toutes ces prérogatives, Solon ajouta celle de juger les complots ourdis pour la…»
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      • «…ruine de la démocratie. Telles furent ses dispositions législatives en ce qui concerne le Conseil et l'Aréopage. Voyant aussi qu'au milieu des troubles qui divisaient la ville, nombre de citoyens, par indifférence, s'en remettaient au hasard, il porta contre eux cette loi singulière : Quiconque, en temps de trouble, ne prendra pas les armes pour l'un des deux partis, sera frappé d'atimie et exclu de la cité. Voilà ce qui concerne les magistratures. […] Dans toute la constitution de Solon, trois mesures semblent avoir été particulièrement favorables aux progrès de la démocratie : d'abord et surtout, l'abolition de la contrainte par corps pour dettes ; ensuite, la faculté donnée à chaque citoyen de poursuivre les auteurs des injustices commises au détriment de qui que ce fût ; enfin le droit d'en appeler au tribunal. Ce fut, dit-on, ce qui donna dans la suite tant de puissance au peuple ; car, rendre le …»
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      • «…peuple maître du vote, c'est mettre toute la constitution à sa merci. Ajoutons que, ses lois étant d'une rédaction obscure et compliquée, comme par exemple la loi sur les héritages et sur les épicières, il en résultait nécessairement nombre de contestations, si bien que le règlement de tous les différends, privés et publics, appartenait aux tribunaux. Certains pensent que Solon a recherché cette obscurité pour ses lois, afin d'attribuer au peuple le droit de décider en cas de conflit. Mais cette explication est peu vraisemblable. La vérité est qu'il lui était impossible d'atteindre la perfection, étant donné le caractère général des lois. Aussi bien n'est-ce pas d'après ce qui se passe aujourd'hui, mais d'après l'ensemble de ses réformes politiques, qu'il est juste de juger ses desseins. […] Voilà donc ce qui, dans ses lois, favorisa le développement de la démocratie. L'abolition des dettes avait …»
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      • «…précédé la promulgation des lois : l'augmentation des mesures, poids et monnaies la suivit. Les mesures en usage jusqu'alors étaient celles de Pheidon d'Argos : Solon les agrandit. La mine valait jusque-là environ soixante-dix drachmes : sa valeur fut portée à cent. L'unité était alors le didrachme. Pour les poids, Solon les mit en rapport avec sa monnaie : c'est-à-dire que soixante-trois mines formèrent un talent. Les mines étaient subdivisées en statères et autres sous-multiples. […] Une fois l'ordre établi dans la Constitution, comme il a été dit, les Athéniens allaient trouver Solon et l'importunaient de reproches ou de questions au sujet de ses lois. Ne voulant pas y toucher, ni exciter la haine en restant plus longtemps, il entreprit un voyage d'affaires et d'études en Égypte : son absence, disait-il, devait durer dix ans. A son avis, en effet, il n'était pas juste qu'il restât pour interpréter ses lois, mais chacun …»
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      • «…devait se conformer à la lettre de la loi. En même temps, beaucoup de nobles lui étaient devenus hostiles à cause de l'abolition des dettes, et les deux partis avaient changé d'attitude à son égard, parce que sa constitution n'avait pas répondu à leur attente : le peuple croyait que Solon ferait un partage de toutes les terres, et les nobles, qu'il les ramènerait aux institutions du passé ou qu'il s'en écarterait peu. Mais lui s'était opposé aux deux partis, et alors qu'il eût pu, avec l'appui de l'un ou de l'autre, usurper la tyrannie, il avait préféré, au prix de la haine de tous deux, sauver sa patrie et établir les meilleures lois. […] C'est bien ainsi que les choses se passèrent. Tous les autres auteurs s'accordent à le dire, et Solon lui-même, dans ses vers, le rappelle en ces termes : J'ai donné au peuple autant de pouvoir qu'il lui en faut, sans rien retrancher de son droit ni rien y ajouter. Quant à ceux qui avaient la…»
    • - CONSTITUTION D’ATHÈNES -
      • «…puissance et dont les richesses pouvaient exciter l'envie, je leur ai défendu aussi de commettre aucun excès. Je me suis tenu debout, me couvrant de toutes parts de mon solide bouclier, en face des deux partis, et je n'ai permis ni à l'un ni à l'autre de triompher injustement. Il explique encore comment on doit en user avec le peuple : Le peuple n'obéit bien à ses chefs que si on ne le tient ni trop lâche, ni trop serré. Car la satiété engendre la violence, quand une grande richesse échoit à des hommes dont l'esprit est au-dessous de cette fortune. Et ailleurs encore, il dit de ceux qui voulaient qu'on leur partageât la terre : Ceux-ci venaient ardents au pillage et avaient de riches espérances : chacun d'eux croyait trouver une grande fortune, et, malgré la douceur de mon langage, ils pensaient que je laisserais voir bientôt la violence de mes projets. Vaine pensée ! Maintenant, pleins d'irritation contre moi, ils…»
    • - CONSTITUTION D’ATHÈNES -
      • «…me regardent de travers, comme un ennemi. Et pourquoi? Les promesses que j'ai faites, je les ai tenues avec l'aide des Dieux. Quant au reste, je n'ai pas agi sans raison : il ne me plaisait pas de rien faire par la violence de la tyrannie, ni de voir les bons et les méchants posséder une part égale de la riche terre de la patrie. Voici ce qu'il dit aussi sur la misère des pauvres, serfs hier et maintenant libres, grâce à l'abolition des dettes : J'ai mis fin aux maux dont souffrait le peuple... Et pourquoi? Je la prends à témoin devant le tribunal du temps, la mère, très grande et très bonne, des divinités de l'Olympe, la Terre noire dont jadis j'arrachai les bornes qui se dressaient partout à sa surface : auparavant esclave, la voilà libre aujourd'hui. Ils sont nombreux, ceux que j'ai ramenés à Athènes, dans la patrie fondée par les Dieux : beaucoup avaient été vendus, les uns justement, les autres …»
    • - CONSTITUTION D’ATHÈNES -
      • … ..«…injustement ; ceux-là, réduits à l'exil par la dure nécessité, ne parlaient plus la langue attique, errants qu'ils étaient de tous côtés; - d'autres, ici même, subissaient un joug humiliant et tremblaient devant la violence de leurs maîtres; tous je les ai rendus libres. Voilà ce que j'ai fait par la force de la loi, en alliant la violence et la justice, et j'ai tenu jusqu'au haut mes promesses. J'ai donné des lois pour le bon comme pour le méchant, et elles assuraient à chacun une droite justice. Un autre eût-il pris en main, comme moi, l'aiguillon, un homme malveillant et avide, il n'eût pas contenu le peuple. Car si j'avais voulu faire ce qui plaisait alors à l'un des partis, puis ce que voulait l'autre, cette ville fût devenue veuve de bien des citoyens. Voilà pourquoi, résistant de part et d'autre, je me suis trouvé cerné comme un loup par une meute de chiens. Et encore ripostant par un reproche aux blâmes qui vinrent plus tard des deux côtés : Au peuple, puisqu'il lui faut une brutale franchise, je dirai que les biens qu'il possède aujourd'hui, il ne les a même pas vus en rêve, les yeux fermés... Quant aux grands, plus redoutables par leur force, ils devraient me louer et me traiter comme leur ami. Si en effet quelque autre, dit-il, avait eu ce même honneur que moi, il n'aurait pas contenu le peuple, et ne l'eût pas apaisé, avant d'avoir battu le lait pour en enlever la crème. Mais moi, placé au milieu, ainsi qu'entre deux armées en bataille, je me suis tenu comme une borne infranchissable.»
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    • - LETTRE À ALEXANDRE - Le futur Alexandre le Grand, imprégné de culture grecque, a reçu Aristote comme précepteur durant ses années d’éducation.
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • « 1 . Je me suis dit souvent en moi-même, ô Alexandre, que la philosophie est quelque chose d'essentiellement surnaturel et de divin , surtout dans cette partie où, s'élevant à la contemplation absolue des êtres, elle s'efforce de connaître leur essence intime. 2 . Tandis que les autres sciences redoutaient la grandeur et la sublimité de l'entreprise, la philosophie n'en a montré que plus d'ardeur pour se livrer à la contemplation des êtres, comme à l'étude la plus noble et la plus digne d'elle-même. Puisqu'il n'est point permis à notre corps de quitter la terre, et de s'élever dans le séjour céleste, comme le tentèrent autrefois les Aloides insensés; que notre âme du moins, guidée par la philosophie, prenne l'essor, et voyage dans ces régions immenses. Trouvant une route facile, elle embrasse par sa capacité les points les plus distants et comprend aisément les objets d'une origine …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…commune ; c'est un être divin qui va reconnaître les choses divines, pour les révéler aux mortels ; car ce fut toujours sa mission, d'acquérir des lumières et de les communiquer au genre humain. 3 . Qui osera comparer à de si hautes connaissances, ces détails, où l'on s'occupe de la figure d'une ville, du cours d'une rivière? où l'on décrit la beauté de la nature d'une localité, d'une montagne, telle que l'Ossa, le Nyssa, ou l'antre de Corycée, ou tels autres objets qui rabaissent l'âme de ceux qui les admirent et qui s'enorgueillissent de ces petites recherches? S'ils eussent jamais porté leurs regards sur l'univers et sur les grandes choses qu'il renferme, ce spectacle les eût ravis, et le reste leur eût paru trop petit pour daigner s'y arrêter. 4 . Nous allons essayer aussi de toucher ces grandes matières, et de pénétrer, autant qu'il nous sera permis, dans ce sanctuaire de la divinité, pour y reconnaître la …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…nature, les positions, les mouvements des êtres. Il vous appartient, Alexandre, comme au plus grand des souverains, de connaître ce qu'il y a de plus grand dans les sciences, d'élever vos pensées aussi haut que la philosophie, et d'enrichir de ses dons les princes qui vous environnent. […] 1 . Le monde est un composé du ciel et de la terre, et de tous les êtres qu'ils renferment. On le définit encore : l'ordre et l'arrangement de toutes choses, maintenu par l'action et à cause de la divinité. 2 . Il y a dans le monde un centre fixe et immobile. C'est la terre qui l'occupe; mère féconde, foyer commun des animaux de toute espèce. Au-dessus d'elle est l'air, qui l'environne de toutes parts. Dans la région la plus élevée, est la demeure de la divinité, qu'on nomme le ciel. Il est rempli des corps divins, que nous appelons astres, et qui se meuvent avec lui dans un cercle éternel, par la même révolution, …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…sans interruption et sans fin. 3 . Le ciel et le monde étant sphériques, et se mouvant sans fin, comme on vient de le dire, il est nécessaire qu'il y ait deux points fixes à l'opposite l'un de l'autre, comme dans un globe qui se meut sur un tour, et que ces points soient immobiles, pour contenir la sphère lorsque le monde tourne sur eux. On les nomme pôles. Si on conçoit une ligne droite tirée de l'un de ces points à l'autre, on aura l'axe, diamètre du monde, ayant la terre au milieu, et les deux pôles aux extrémités, de ces deux pôles fixes, l'un au nord, est toujours visible sur notre horizon ; c'est le pôle arctique ; l'autre , au midi, reste toujours caché au-dessous de la terre, c'est l'antarctique. 4 . La substance du ciel et des astres se nomme éther : non qu'elle soit ignée comme l'ont prétendu quelques-uns, faute d'avoir considéré sa nature , bien différente de celle du feu ; mais parce qu'elle se meut sans …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…cesse circulairement, étant un élément pur, divin et tout différent des quatre autres. 5 . Des astres qui sont contenus dans le ciel, les uns sont fixes, tournant avec le ciel, et conservant toujours entre eux les mêmes rapports ; au milieu d'eux est le cercle appelé zoophore, qui s'étend obliquement d'un tropique à l'autre, et se divise en douze signes. Les autres sont errants, et ne se meuvent ni avec la même vitesse que les premiers , ni avec la même vitesse entre eux, mais tous tournent dans différents cercles, et selon que ces cercles sont plus proches ou plus éloignés de la terre. 6 . Quoique tous les astres fixes se meuvent à la même surface du ciel, aucun homme n'en saurait déterminer le nombre. Quant aux astres errants, il y en a sept, qui se meuvent chacun dans autant de cercles concentriques; de manière que le cercle d'au- dessus est plus grand que celui d'au-dessous, et que les sept, renfermés …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…les uns dans les autres, sont tous environnés de la sphère des fixes. 7 . Immédiatement au-dessous des fixes, est le cercle du Phénon ou Saturne ; ensuite vient celui du Phaéton , ou Jupiter; celui du Pyroïs, surnommé l'astre d'Hercule, ou de Mars ; le Stilbon, que quelques-uns ont consacré à Mercure et d'autres à Apollon ; puis le Phosphore, que l'on attribue à Junon ; ensuite le soleil, et enfin la lune, après laquelle vient la terre. L'éther enveloppe tous ces corps divins, et comprend en lui l'ordre de leurs mouvements. 8 . En deçà de cette nature éthérée et divine, ainsi ordonnée, et comme nous l'avons dit, immuable, inaltérable, impassible, est placée la nature muable et passible, en un mot, corruptible et mortelle. Elle a plusieurs espèces, dont la première est d'une essence subtile, inflammable, qui s'allume par la masse et le mouvement rapide de la substance éthérée. C'est dans la région…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…ignée et désordonnée, que brillent les phénomènes lumineux, les flèches ardentes, les verges et les gouffres enflammés ; c'est là que sont fixées les comètes, et qu'elles s'éteignent souvent. 9 . Au-dessous de cette région est répandu l'air, ténébreux et froid de sa nature, qui s'échauffe, s'enflamme , devient lumineux par le mouvement. C'est dans la région de l'air, passible et altérable de toutes manières, que se condensent les nuages, que les pluies se forment, les neiges, les frimas, la grêle, pour tomber sur la terre. C'est le séjour des vents orageux, des tourbillons, des tonnerres, des éclairs, de la foudre, et de mille autres phénomènes. […] 1 . La mer et la terre sont placées au-dessous de l'air. La terre est couverte de végétaux et d'animaux, arrosée de sources et de rivières, dont les unes serpentent dans les plaines, les autres se précipitent dans les mers. Elle est ornée d'une…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…infinité de plantes sur les hautes montagnes et dans les vallées profondes, et de villes, que l'animal rationnel, l'homme, a bâties; enfin , elle a des îles maritimes et des continents. Car c'est ainsi que le vulgaire divise la terre, parce qu'il ignore que la terre tout entière n'est elle-même qu'une seule île environnée par la mer qu'on nomme Atlantique. Il est même probable qu'il y a, dans des régions opposées, d'autres terres au loin , les unes plus grandes, les autres plus petites que celle-ci ; mais qui nous sont toutes inconnues. Ce que nos îles sont à l'égard des mers qui les environnent, le continent l'est à l'égard de la mer Atlantique, et les autres terres inconnues, à l'égard de la mer prise dans sa totalité. Ces terres ne sont que de grandes îles, baignées par de grandes mers. 2 . La nature de l'humide qui occupe les lieux bas de la terre, et d'où semblent sortir ceux que nous habitons, a son rang…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…après l'air. Et après l'eau, c'est-à-dire dans les profondeurs et au milieu même de l'univers , est fixée la terre, inébranlable, immobile , également pressée de toutes parts. Voilà tout ce qu'on appelle la partie inférieure de l'univers. 3 . Les cinq éléments , compris en cinq sphères, dont les plus petites sont contenues dans les plus grandes, la terre dans l'eau , l'eau dans l'air, l'air dans le feu , le feu dans l'éther, composent ce qu'on appelle l'univers. La région la plus élevée est le séjour des dieux ; la plus basse est celui des animaux périssables. Celle-ci a deux parties : l'une humide , que nous appelons fleuves, sources, mers; l'autre sèche, la terre, qui comprend les îles et les continents. 4 . Parmi les îles, il y a les grandes, comme la terre habitée ou les autres continents, ainsi que nous l'avons dit ; et les petites, comme celles que nous connaissons dans la mer intérieure, dont …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…les plus célèbres sont : la Sicile, la Sardaigne, la Corse, la Crète, l'Eubée, Cypre, Lesbos; et d'autres plus petites, telles que les Sporades, les Cyclades ; et d'autres encore, qui ont aussi leurs noms. 5 . La mer qui baigne au dehors et environne notre continent, se nomme Atlantique ou Océan. Entrant vers l'occident par une embouchure étroite, où sont les colonnes dites d'Hercule, elle se jette dans la mer intérieure, comme dans un grand bassin. S'élargissant peu à peu, elle s'allonge entre les terres et remplit de vastes sinuosités qui se touchent; de manière toutefois qu'elle est tantôt plus large, et tantôt plus resserrée. 6 . En partant des colonnes d'Hercule, l'Océan forme à droite deux sinuosités, qu'on appelle Syrtes; l'une la grande, l'autre la petite. A gauche, les sinuosités sont différentes ; elles forment trois mers : la mer de Sardaigne, la mer des Gaules et la mer Adriatique, après …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…laquelle vient la mer de Sicile, en inclinant un peu vers la droite ; ensuite celle de Crète ; puis d'un côté la mer d'Égypte, celle de Pamphylie, de Syrie; et de l'autre côté, la mer Egée et celle de Myrtos. Au-dessus de ces mers est la mer du Pont, qu'on divise en plusieurs parties ; la plus enfoncée vers le nord, est la mer Méotide ; celle qui est en deçà, vers l'Hellespont, sert d'entrée à celle qu'on nomme la Propontide. 7 . En partant de l'orient, l'Océan entre aussi dans les terres, et forme d'un côté la mer Indienne, le golfe Persique, et la mer Erythrée. De l'autre côté, en partant du même point d'orient, il baigne la Caspie et l'Hyrcanie, et occupe une vaste étendue au nord des Palus-Méotides. Ensuite resserrant peu à peu la terre habitée, au-dessous de la Scythie et de la Celtique, il revient vers les Gaules, et de là aux colonnes d'Hercule, au delà desquelles est l'Océan. C'est dans cette mer …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…que sont les deux grandes îles Britanniques, Albion et Hierna, plus grandes que celles que nous avons nommées ci- dessus : elles sont situées immédiatement au-dessus des Celtes. Il y en a au delà de l'Inde, qui ne sont pas moins considérables : la Taprobane, qui a sa position oblique au continent; celle de Phébol, qui est vers le golfe Arabique. Il y en a de petites, en assez grand nombre, autour des îles Britanniques et de l'Ibérie, qui semblent couronner le continent, qui n'est lui-même qu'une île, comme nous l'avons dit. 8 . La plus grande largeur du continent habité, est un peu moins de 40 000 stades, selon les plus habiles géographes. Sa longueur est environ de 70 000. On le divise en Europe, Asie et Libye. 9 . L'Europe est bornée par les colonnes d'Hercule et par l'enfoncement du Pont-Euxin, la mer Hyrcanienne , dans l'endroit où l'isthme est le plus étroit : selon d'autres , par une …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…ligne tirée de l'isthme au Tanaïs. 10 . L'Asie s'étend depuis le même isthme, qui sépare le Pont-Euxin et la mer Hyrcanienne, jusqu'à un autre isthme qui sépare le golfe Arabique de la mer intérieure, et qui est baigné en dedans par celle-ci et en dehors par l'Océan. D'autres tirent cette ligne, limite de l'Asie, de l'embouchure du Tanaïs à celles du Nil. 11 . La Libye s'étend depuis l'isthme Arabique jusqu'aux colonnes d'Hercule. Quelques-uns ne font partir cette limite que du Nil, tellement que la partie de l'Egypte qui est comprise par les bouches du Nil, appartient à l'Asie; mais selon les autres, elle appartient à la Libye. Quant aux îles, les uns les considèrent à part, les autres en font des dépendances des parties du monde qu'elles avoisinent. Telle est la distribution de la mer et de la terre qu'on appelle vulgairement le continent.»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «[…] 1 . Il s'agit maintenant de parcourir rapidement les principaux phénomènes que la terre renferme , ou qui paraissent autour d'elle. Il y a deux sortes d'exhalaisons, qui s'élèvent continuellement dans l'air. Elles sont subtiles et invisibles, si ce n'est lorsqu'elles paraissent au lever du soleil, au-dessus des rivières et des terrains humides: l'une sèche, qui s'élève de la terre, comme une sorte de fumée ; l'autre humide, qui s'élève des lieux aqueux, comme une vapeur. 2 . De l'exhalaison humide naissent les brouillards, les rosées, les gelées de différentes espèces, les nuages, les pluies, les neiges, les grêles. De l'exhalaison sèche proviennent les vents et les souffles de différentes espèces, les tonnerres, les éclairs, les foudres , les tourbillons de feu et les autres phénomènes du même genre. 3 . Le brouillard est une vapeur légère, plus dense que l'air, plus rare que le nuage, et qui ne se …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…résout point en eau. Ce n'est proprement qu'un nuage qui commence à se former, ou qui achève de se dissiper. Le serein, qui est le contraire du brouillard, est un air sans nuage et sans brouillard. La rosée est une vapeur humide, condensée, dont les parties sont rapprochées par le serein, et qui retombe imperceptiblement. La glace est une eau condensée, congelée par le froid du serein. La gelée blanche est une rosée glacée. Quand la rosée n'est qu'à demi glacée, on la nomme drosopachné. Le nuage est un amas de vapeurs rapprochées qui se résolvent en eau. La pluie se fait par la compression d'un nuage trop épais. Il y a autant de sortes de pluies qu'il y a de différentes compressions de nuages. Si la compression est légère, la pluie tombe comme une semence menue: si elle est forte, c'est la grosse pluie, qui tombe du ciel comme un torrent, et qui couvre la terre. La neige se…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…forme par le brisement des nuages qui se désunissent au moment où ils commençaient à se résoudre en eau; le brisement du nuage donne à la neige la forme d'écume et sa blancheur, et la congélation de l'humide, qui n'est encore ni liquide ni trop raréfié, lui donne la froideur; quand elle tombe drue et à gros flocons, on l'appelle niphetos . La grêle est une neige grenue dont la dureté et le poids précipitent la chute avec d'autant plus de vitesse, que les grains sont plus gros. Tels sont les phénomènes que produisent les exhalaisons humides. 4 . De l'exhalaison sèche, chassée par le froid au point de devenir un courant, naît le vent; car le vent n'est autre chose qu'un air abondant et comprimé qui s'écoule. On l'appelle aussi souffle , mot qui se prend encore dans les plantes et dans les animaux pour une substance vivifiante qui les pénètre ; mais ce n'est pas ici le lieu d'en parler.»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «Nous appelons vents ceux qui soufflent dans l'air, et air les exhalaisons qui viennent des eaux. Il y a des vents qui soufflent des terres humides ; on les appelle vents de terre . Il y en a qu'on nomme vents de côtes , qui viennent des côtes de la mer, et auxquels ressemblent les vents de rivières et de marais. On appelle ouragans les vents qui rompent les nuages violemment et qui les dispersent entre eux, et orages ceux qui sont accompagnés d'une grosse pluie, 5 . Ceux qui soufflent de l'orient s'appellent euri ; ceux du septentrion borées ; zéphires , ceux d'occident ; noti , ceux du midi. Parmi les euri , on distingue le cœcias qui souffle de l'orient vers le solstice d'été ; l' apeliote , qui souffle de l'orient pendant les équinoxes, et l 'earus , proprement dit, qui souffle de l'orient aux environs du solstice d'hiver. Les zéphires, qui leur sont opposés, sont l' argeste , qui part de l'occident d'été ; on l'appelle aussi olympias et…» japix . Le zéphire , qui part de l'occident équinoxial, et le libyen de l'occident d'hiver. Parmi les borées, celui qui est après cœcias se nomme borée ; celui qui part du pôle et va au midi, se nomme polaire , et trascias celui qui est après l'argeste ; il y a des pays où on le nomme ceecias. Pour les vents du midi, celui qui part directement du pôle invisible, opposé au vent polaire , se nomme notus ; celui qui est entre l'eurus et le notus, euronotus , et celui qui est entre le notus et le libyen, libonotus ou libophénicien . 6. Il y a des vents dont le souffle est en ligne directe: d'autres qui vont en tournant comme le cœcias dont nous venons de parler. Il y en a qui règnent en hiver comme le notus, d'autres en été comme les étésiens.qui tiennent le milieu entre les zéphires et les vents de l'ourse ; d'autres, aviaires ou oiseleurs , soufflent au printemps; ceux-ci appartiennent aux borées. Parmi les vents violents, on compte le saut-de-chèvre qui se précipite des nues tout à coup; la tempête, qui s'élance avec violence et brusquement; le tourbillon, ou strobile, qui tournoie de bas en haut; la bouffée, qui sort par explosion d'un abîme ou d'un terrain entr'ouvert. Si la bouffée se roule quelque temps sur la terre, c'est un tourbillon terrestre. 7. Le vent qui, enfermé dans un nuage épais chargé d'eau, en rompt avec bruit et fracas les parties condensées, s'appelle tonnerre. On en voit l'image lorsqu'on souffle avec violence dans l'eau ; et lorsque ce vent ou esprit s'enflamme et brille dans le brisement de la nuée, c'est l'éclair. Nous voyons l'éclair avant d'entendre le tonnerre, quoique le tonnerre le précède, parce que la vue est plus rapide que l'ouïe ; on voit la lumière dans l'éloignement, et on n'entend le son que quand il touche l'organe ; l'un tenant du feu, qui est le plus vite de tous les éléments, l'autre de l'air, qui n'arrive à l'oreille que par la percussion communiquée. 8. Si l'éclair tombe avec violence jusque sur la terre, c'est la foudre ; s'il n'est enflammé qu'à demi, c'est un tourbillon de feu ; s'il est tout à fait sans feu, c'est une bourrasque; quand il s'enfonce dans la terre, on le nomme en général sceptos . Quand la foudre est accompagnée de fumée, on la nomme psoloïs ; argès , quand elle frappe tout d'un coup ; elicias , quand elle trace un sillon de feu ; sceptos , quand elle touche quelque objet. 9. En résumé, parmi les phénomènes qui se passent dans l'air, les uns ne sont qu'apparents, comme l'iris, les verges de feu, etc.; les autres ont une existence réelle, comme les aurores, les étoiles filantes, les chevelues ou comètes et autres objets semblables. L'iris est un arc du disque solaire ou lunaire qui se peint pour quelque temps dans un nuage humide et concave comme dans un miroir. La verge de feu est un iris en ligne droite. Le halo est la lumière de l'astre réfléchie autour de lui-même. Il y a cette différence entre le halo et l'iris, que celle-ci est à l'opposite de l'astre, et que l'autre forme un anneau autour de lui. Les feux célestes (météores) sont une matière inflammable qui s'allume dans l'air. Il y en a qui fuient comme un trait, et d'autres qui restent dans le même lieu. Le javelot de feu est le produit igné d'un frottement ; il s'emporte dans les airs avec tant de rapidité, qu'il paraît un long sillon. Le stérigmos est une espèce de rayon lumineux qui paraît s'écouler d'un astre. Si ce rayon est double, c'est une comète; il y a de ces feus célestes qui durent quelque temps, il y en a qui s'éteignent aussitôt. Il y a encore plusieurs phénomènes du même genre: les torches, les poutres, les tonneaux, les puits et d'autres, ainsi nommés, à cause de quelque ressemblance avec ces objets. De ces mêmes phénomènes, les uns paraissent à l'occident, les autres à l'orient ou aux environs, rarement au nord ou au midi ; ils sont tous passagers. Jamais on n'a ouï dire qu'il y en eût de permanent. Tels sont les phénomènes de l'air. 10. La terre a aussi les siens ; elle a dans son sein des eaux, des vents, des feux, dont les uns, toujours sous terre, sont invisibles ; les autres ont des issues et des soupiraux, tels que Lipara, l'Etna, les îles Éoliennes. Il y a de ces feux qui coulent comme des ruisseaux ; il y en a qui lancent des masses enflammées. D'autres, dans le sein de la terre, voisins des sources, en échauffent tellement les eaux, que les unes .sont tièdes, les autres bouillantes, d'autres tiennent le milieu. Il en est de même des vents intérieurs qui se sont ouvert des issues en différents endroits. Ici ils causent des fureurs à ceux qui en approchent; là ils causent de l'amaigrissement, ailleurs, comme à Delphes et en Lébadie, ils inspirent des oracles, ailleurs encore ils tuent sur-le-champ, comme en Phrygie. 11. Souvent l'air intérieur, après s'être entassé dans les cavités souterraines, s'agite, s'échappe tout à coup et ébranle des parties du globe. Quelquefois aussi l'air extérieur pénétrant dans ces mêmes cavités et s'y trouvant emprisonné, secoue le globe avec violence pour trouver une issue, ce qui produit le phénomène connu sous le nom de tremblement de terre . Les tremblements de terre sont de plusieurs espèces. Il y en a qui secouent obliquement en angle aigu, d'autres agissent de bas en haut, en angle droit; d'autres affaissent les terres; d'autres ouvrent des abîmes ; d'autres sont accompagnés de vents violents; d'autres lancent des rochers, de la fange, ou font jaillir des sources nouvelles ; d'autres soulèvent les terres d'un seul effort ; d'autres agissent par secousses de droite et de gauche, comme dans le frisson de la fièvre ; d'autres enfin sont accompagnés de mugissements. Quelquefois aussi il y a mugissement sans qu'il y ait tremblement, lorsque l'air, n'étant point assez fort pour ébranler la terre, se roule dans les cavités et s'y brise avec l'impétuosité d'un torrent. Cet air, qui pénètre dans l'intérieur de la terre, y est encore fortifié par les liquides qui s'y trouvent cachés et font corps avec lui. 12. La mer a aussi ses phénomènes, à peu près semblables à ceux de la terre. Elle s'entr'ouvre souvent et se sépare en deux ; ses flots se portent sur le rivage, d'où ils reviennent quelquefois, et quelquefois ne reviennent point, comme dans la submersion d'Hélicé et de Bura. Souvent on y voit des éruptions de flammes, des jets d'eau, des fleuves nouveaux, des arbres, des courants et des tourbillons d'eau semblables à ceux de vent, non-seulement dans la haute mer, mais dans les détroits et dans les golfes. Il y a même des pays où les flots de la mer couvrent les rivages et les découvrent périodiquement dans des temps marqués selon le cours de la lune. En un mot, les éléments étant mêlés les uns avec les autres dans l'air, dans la terre et dans l'eau, il est nécessaire qu'il y ait dans leurs affections particulières une certaine analogie qui les mette en état de concourir d'un côté à la génération et à la corruption des parties, et de l'autre à la conservation et à la stabilité du tout.
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «… japix . Le zéphire , qui part de l'occident équinoxial, et le libyen de l'occident d'hiver. Parmi les borées, celui qui est après cœcias se nomme borée ; celui qui part du pôle et va au midi, se nomme polaire , et trascias celui qui est après l'argeste ; il y a des pays où on le nomme coecias. Pour les vents du midi, celui qui part directement du pôle invisible, opposé au vent polaire , se nomme notus ; celui qui est entre l'eurus et le notus, euronotus , et celui qui est entre le notus et le libyen, libonotus ou libophénicien . 6 . Il y a des vents dont le souffle est en ligne directe: d'autres qui vont en tournant comme le cœcias dont nous venons de parler. Il y en a qui règnent en hiver comme le notus, d'autres en été comme les étésiens qui tiennent le milieu entre les zéphires et les vents de l'ourse ; d'autres, aviaires ou oiseleurs , soufflent au printemps; ceux-ci appartiennent aux borées. Parmi les vents …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…violents, on compte le saut-de-chèvre qui se précipite des nues tout à coup; la tempête, qui s'élance avec violence et brusquement; le tourbillon, ou strobile, qui tournoie de bas en haut; la bouffée, qui sort par explosion d'un abîme ou d'un terrain entr'ouvert. Si la bouffée se roule quelque temps sur la terre, c'est un tourbillon terrestre. 7 . Le vent qui, enfermé dans un nuage épais chargé d'eau, en rompt avec bruit et fracas les parties condensées, s'appelle tonnerre. On en voit l'image lorsqu'on souffle avec violence dans l'eau ; et lorsque ce vent ou esprit s'enflamme et brille dans le brisement de la nuée, c'est l'éclair. Nous voyons l'éclair avant d'entendre le tonnerre, quoique le tonnerre le précède, parce que la vue est plus rapide que l'ouïe ; on voit la lumière dans l'éloignement, et on n'entend le son que quand il touche l'organe ; l'un tenant du feu, qui est le plus vite de tous les éléments, l'autre …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…de l'air, qui n'arrive à l'oreille que par la percussion communiquée. 8 . Si l'éclair tombe avec violence jusque sur la terre, c'est la foudre ; s'il n'est enflammé qu'à demi, c'est un tourbillon de feu ; s'il est tout à fait sans feu, c'est une bourrasque; quand il s'enfonce dans la terre, on le nomme en général sceptos . Quand la foudre est accompagnée de fumée, on la nomme psoloïs ; argès , quand elle frappe tout d'un coup ; elicias , quand elle trace un sillon de feu ; sceptos , quand elle touche quelque objet. 9 . En résumé, parmi les phénomènes qui se passent dans l'air, les uns ne sont qu'apparents, comme l'iris, les verges de feu, etc.; les autres ont une existence réelle, comme les aurores, les étoiles filantes, les chevelues ou comètes et autres objets semblables. L'iris est un arc du disque solaire ou lunaire qui se peint pour quelque temps dans un nuage humide et concave comme dans un miroir.»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «La verge de feu est un iris en ligne droite. Le halo est la lumière de l'astre réfléchie autour de lui-même. Il y a cette différence entre le halo et l'iris, que celle-ci est à l'opposite de l'astre, et que l'autre forme un anneau autour de lui. Les feux célestes (météores) sont une matière inflammable qui s'allume dans l'air. Il y en a qui fuient comme un trait, et d'autres qui restent dans le même lieu. Le javelot de feu est le produit igné d'un frottement ; il s'emporte dans les airs avec tant de rapidité, qu'il paraît un long sillon. Le stérigmos est une espèce de rayon lumineux qui paraît s'écouler d'un astre. Si ce rayon est double, c'est une comète; il y a de ces feus célestes qui durent quelque temps, il y en a qui s'éteignent aussitôt. Il y a encore plusieurs phénomènes du même genre: les torches, les poutres, les tonneaux, les puits et d'autres, ainsi nommés, à cause de quelque ressemblance avec …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…ces objets. De ces mêmes phénomènes, les uns paraissent à l'occident, les autres à l'orient ou aux environs, rarement au nord ou au midi ; ils sont tous passagers. Jamais on n'a ouï dire qu'il y en eût de permanent. Tels sont les phénomènes de l'air. 10 . La terre a aussi les siens ; elle a dans son sein des eaux, des vents, des feux, dont les uns, toujours sous terre, sont invisibles ; les autres ont des issues et des soupiraux, tels que Lipara, l'Etna, les îles Éoliennes. Il y a de ces feux qui coulent comme des ruisseaux ; il y en a qui lancent des masses enflammées. D'autres, dans le sein de la terre, voisins des sources, en échauffent tellement les eaux, que les unes sont tièdes, les autres bouillantes, d'autres tiennent le milieu. Il en est de même des vents intérieurs qui se sont ouvert des issues en différents endroits. Ici ils causent des fureurs à ceux qui en approchent; là ils causent de …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…l'amaigrissement, ailleurs, comme à Delphes et en Lébadie, ils inspirent des oracles, ailleurs encore ils tuent sur-le-champ, comme en Phrygie. 11 . Souvent l'air intérieur, après s'être entassé dans les cavités souterraines, s'agite, s'échappe tout à coup et ébranle des parties du globe. Quelquefois aussi l'air extérieur pénétrant dans ces mêmes cavités et s'y trouvant emprisonné, secoue le globe avec violence pour trouver une issue, ce qui produit le phénomène connu sous le nom de tremblement de terre . Les tremblements de terre sont de plusieurs espèces. Il y en a qui secouent obliquement en angle aigu, d'autres agissent de bas en haut, en angle droit; d'autres affaissent les terres; d'autres ouvrent des abîmes ; d'autres sont accompagnés de vents violents; d'autres lancent des rochers, de la fange, ou font jaillir des sources nouvelles ; d'autres soulèvent les terres d'un seul effort ; …»
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      • «…d'autres agissent par secousses de droite et de gauche, comme dans le frisson de la fièvre ; d'autres enfin sont accompagnés de mugissements. Quelquefois aussi il y a mugissement sans qu'il y ait tremblement, lorsque l'air, n'étant point assez fort pour ébranler la terre, se roule dans les cavités et s'y brise avec l'impétuosité d'un torrent. Cet air, qui pénètre dans l'intérieur de la terre, y est encore fortifié par les liquides qui s'y trouvent cachés et font corps avec lui. 12 . La mer a aussi ses phénomènes, à peu près semblables à ceux de la terre. Elle s'entr'ouvre souvent et se sépare en deux ; ses flots se portent sur le rivage, d'où ils reviennent quelquefois, et quelquefois ne reviennent point, comme dans la submersion d'Hélicé et de Bura. Souvent on y voit des éruptions de flammes, des jets d'eau, des fleuves nouveaux, des arbres, des courants et des tourbillons d'eau semblables à ceux de…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…vent, non-seulement dans la haute mer, mais dans les détroits et dans les golfes. Il y a même des pays où les flots de la mer couvrent les rivages et les découvrent périodiquement dans des temps marqués selon le cours de la lune. En un mot, les éléments étant mêlés les uns avec les autres dans l'air, dans la terre et dans l'eau, il est nécessaire qu'il y ait dans leurs affections particulières une certaine analogie qui les mette en état de concourir d'un côté à la génération et à la corruption des parties, et de l'autre à la conservation et à la stabilité du tout. […] 1 . Si on est étonné de ce que le monde, étant composé de principes contraires, tels que le sec et l'humide, le froid et le chaud, n'est pas détruit depuis longtemps, c'est à peu près comme si on s'étonnait de voir subsister un état composé de toutes sortes de peuples, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux, de faibles …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…et de forts, de bons et de méchants. On ne pense pas que c'est le chef-d'œuvre de la politique, de former de plusieurs parties un seul tout, d'éléments dissemblables un ensemble harmonieux et d'embrasser dans un seul ordre toutes les variétés de la nature et de la fortune. Il semble même que la nature ait une sorte de prédilection pour les contraires. C'est des contraires qu'elle forme les accords, et non des semblables : ce sont les sexes différents qu'elle rapproche, non ceux d'un même sexe. En quoi les arts imitent la nature. La peinture fond les couleurs blanches avec les noires, les jaunes avec les rouges, pour faire des tableaux ressemblants. La musique mêle les sons graves avec les aigus, les longs avec les brefs, pour former un chant harmonieux. La grammaire fait un mélange de voyelles avec les consonnes, pour former le discours. L'obscur Héraclite le disait bien : Unir ensemble le …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…courbe et le droit, le semblable et le divers, le consonnant et le dissonant ; faire un de tout, et tout d'un. 2 . C'est ainsi que l'harmonie a formé un seul système des êtres, je veux dire, du ciel, de la terre, du monde entier, par le mélange tempéré des contraires. Une seule puissance pénétrant tout, conciliant le sec avec l'humide , le chaud avec le froid, le léger avec le grave, le mouvement direct avec le circulaire, a ordonné la terre, la mer, l'éther, le soleil, la lune, tout le ciel; travaillant le monde entier, avec des matériaux de nature immiscible et différente, qui sont l'air, la terre, le feu, l'eau, qu'elle a renfermés dans une sphère commune, où, les forçant de s'accorder ensemble, elle opère la conservation du tout par la contrariété des parties. 3 . Cette conservation est l'effet du concert des éléments. Mais ce concert est lui-même l'effet de l'équilibre de leurs puissances. Car il y a égalité de…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…force et de résistance entre le grave et le léger, entre le chaud et le froid; la nature nous montrant ainsi dans ses plus grandes parties, que l'égalité conserve l'harmonie […] qui est le père de tous les êtres, et qui en est le plus beau. Quel être en effet pourrait le surpasser? S'il en est un, il fait partie de lui. Tout ce qui est beau, tire son nom de lui. Tout ce qui est ordonné, l'est par lui. Est-il rien de comparable à cet ordre du ciel, à cette marche des astres, du soleil, de la lune, qui se meuvent de siècle en siècle avec la mesure la plus juste? Est-il rien de plus invariable que l'ordre de ces saisons, belles et fécondes, qui ramènent avec elles toutes les productions de la terre, que cette alternative des hivers et des étés, des jours et des nuits, qui remplissent les mois et les années ? Si vous faites attention à la grandeur, rien n'est plus grand que le monde ; si c'est au …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…mouvement, rien ne se meut plus vite; à l'éclat, rien n'est plus brillant; à la force, rien ne l'use ni ne l'affaiblit. C'est lui qui a distingué, d'après leur nature, les animaux aquatiques , terrestres et aériens -, qui a mesuré leur vie par ses mouvements; c'est par lui que tout animal vit et respire ; enfin, c'est lui qui produit, selon des lois certaines, les prodiges qui nous étonnent, lorsque les vents divers se livrent des combats, que les foudres tombent du ciel, que les tempêtes violentes se déchaînent. Par ces efforts extraordinaires, l'humide exprimé, le feu dilaté, rétablissent l'équilibre des parties et maintiennent l'univers. La terre, ornée de toutes sortes de plantes, arrosée d'eaux vives, peuplée d'animaux divers, produit selon les temps, nourrit, reprend dans son sein une infinité d'êtres de toute espèce ; conservant elle-même une jeunesse éternelle, malgré les secousses qui l'ébranlent, malgré les…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…déluges qui l'inondent, malgré les feux qui la consument en plusieurs lieux. 4 . Il y a plus : ces phénomènes effrayants sont utiles à sa conservation et assurent son état. Les tremblements la délivrent des vents intérieurs qui s'échappent par les soupiraux entr'ouverts, comme nous l'avons dit. Les pluies emportent les principes de maladie. Le souffle des vents balaye les impuretés de l'air. Les feux qui s'allument résolvent les matières trop condensées par le froid. Le froid défait l'œuvre du feu. Enfin quant aux parties, les unes naissent, les autres fleurissent, les autres meurent. Ce qui naît remplace ce qui a péri ; ce qui périt fait place à ce qui naît ; et la masse toujours entière , toujours la même, malgré les combats de ses éléments tour à tour victorieux et vaincus, se conserve dans tous les siècles.» […] 1 . Il nous reste encore à traiter sommairement de la cause qui contient et conserve toutes…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…choses. Car il serait ridicule, lorsqu'on parle du monde, quoiqu'en peu de mots et seulement pour en ébaucher l'idée, de se taire sur le principe souverain du monde. 2 . C'est une tradition ancienne, transmise partout des pères aux enfants, que tout émane de Dieu, et que c'est par lui que tout est composé pour nous. Il n'est point d'être dans le monde qui puisse se suffire à lui-même, et qui ne périsse, s'il est abandonné de Dieu. C'est ce qui a fait dire à quelques-uns des anciens, que tout est plein de dieux ; qu'ils entrent en nous par les yeux, par les oreilles, par tous nos sens : ce qui convient à la puissance active de Dieu plutôt qu'à sa nature. Oui, Dieu est essentiellement le générateur et le conservateur de tous les êtres, quels qu'ils soient, dans tous les lieux du monde. Mais il ne l'est pas à la manière d'un être, dont l'effort est pénible et douloureux ; il l'est par sa puissance infinie-, qui atteint les objets …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…qui paraissent les plus éloignés de lui. 3 . Assis dans la première et la plus haute région de l'univers, au sommet du monde, comme l'a dit le poète, il se nomme le Très-Haut. Il agit sur le corps le plus voisin de lui, et ensuite sur les corps qui viennent après , descendant ainsi par degrés jusqu'aux lieux que nous habitons. C'est pour cela que la terre, et toutes les choses terrestres, sont si faibles et si inconstantes, si remplies de trouble et de désordres ; parce qu'elles sont à une distance qui leur donne la plus petite part possible à l'influence de la divinité. Toutefois cette influence bienfaisante pénétrant tout l'univers, la région que nous habitons participe à ses bienfaits, aussi bien que les régions supérieures, qui toutes y participent plus ou moins, selon qu'elles se trouvent plus ou moins éloignées du principe primordial. 4 . Il est donc plus sensé, plus décent, plus convenable pour la divinité, de penser…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…que cette puissance suprême, assise dans le ciel, a simplement une influence de conservation sur les êtres, quelque éloignés qu'ils soient, que de la faire aller et venir sans cesse dans des lieux indignes de sa gloire, et de l'abaisser jusqu'aux détails de la terre : détails qui sont au- dessous même des chefs qui commandent aux hommes, tels qu'un général d'armée, un magistrat, un chef de famille. Qu'il s'agisse de lier des nattes, ou de quelque autre travail pareil, il est tel esclave du grand roi qui ne voudrait pas descendre jusque-là. 5 . La cour de Cambyse, de Xerxès, de Darius, présentaient bien à leurs peuples l'image de la grandeur et de la majesté du prince; mais le prince lui- même résidait à Suse ou à Ecbatane, invisible, retiré dans un palais magnifique, brillant d'or, d'ambre et d'ivoire. De longues avenues se succédant les unes aux autres, offraient de stades en stades des enceintes superbes, …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…où l'on n'entrait que par des portes d'airain. Hors de ces enceintes étaient établis par ordre les seigneurs les plus éminents. Des soldats, attachés à la personne du roi, faisaient le service de l'intérieur. D'autres faisant garde à chacune des entrées, recevaient les avis, prêtaient l'oreille à tout; de sorte que le roi lui-même, portant les noms de maître absolu et même de Dieu, voyait tout, entendait tout. Il y avait des officiers pour recevoir les tributs des peuples ; il y en avait pour commander les armées, pour présider aux chasses, pour recevoir les offrandes; enfin il y en avait pour l'administration de chaque partie. Tout l'empire de l'Asie, qui, partagé en différentes provinces, s'étend au couchant jusqu'à l'Hellespont, et au levant jusqu'aux Indes, avait autant de chefs, de satrapes, et de rois, tous serviteurs du grand roi. Il y avait des courriers, des observateurs, des porteurs de messages, des …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…gardes, des inspecteurs de signaux. L'ordre était tel, surtout parmi ces derniers, que, par le moyen de feux allumés de loin […] , le roi savait le même jour, à Suse et à Ecbatane, ce qui était arrivé dans toute l'Asie. Mais il y a autant de différence entre le Dieu qui gouverne le monde et le grand roi, qu'il y en a entre le grand roi et le plus vil et le plus faible des animaux. Donc, s'il est au-dessous de la majesté de Xerxès d'exécuter tout par lui-même et d'entrer dans les détails de ce qui se fait, on doit, à plus forte raison, en dispenser la divinité. 6 . Il est donc plus convenable, plus décent de dire, comme nous l'avons dit, que Dieu est dans la plus haute région de l'univers; et que par sa puissance, répandue partout, il meut le soleil et la lune; qu'il fait circuler tout le ciel ; qu'il conserve tout ce qui est sur la terre. Il n'a pas besoin d'art ni de secours, ni de services étrangers, comme ceux qui règnent sur …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…nous, et qui emploient plusieurs mains à cause de leur faiblesse. Le propre de la divinité est d'exécuter toutes sortes de plans avec facilité, et par un mouvement simple : semblables à ces machinistes qui produisent, par un seul ressort, des effets multiples et variés; qui composent des figures humaines, dont la tête, les mains, les épaules, les yeux, quelquefois tous les membres, jouent par un seul fil, avec une sorte de cadence. 7 . La nature divine peut donc de même, par un mouvement simple de la première région, communiquer son action à la région suivante, et aller de proche en proche jusqu'aux extrémités. L'une mue, meut l'autre à son tour; et chacune d'elles répondant à l'impression, selon sa nature propre, suit une route différente, quelquefois même contraire à celle des autres, quoique la première impression ait été la même pour tous. Ainsi, lorsqu'on jette à la fois…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…d'un même vase, un globe, un cube, un cône, un cylindre, chacun de ces corps suit une direction particulière, selon sa configuration propre ; ou lorsqu'on met en liberté un poisson, un quadrupède, un oiseau; chacune de cet espèces cherche l'élément qui lui convient : le poisson s'élancera dans les eaux, le quadrupède se rangera parmi les animaux terrestres, l'oiseau s'élèvera dans l'air. C'est cependant une même impulsion qui leur a donné à chacun leur propre mouvement. 8 . La même chose arrive pour le monde. Par la simple révolution du ciel, qui s'achève en un jour et une nuit, les mouvements divers des corps se trouvent produits. Quoique tous renfermés sous la même sphère, les uns se meuvent plus lentement, les autres plus vite, selon leurs natures particulières et les espaces qui les séparent. La lune achève sa révolution en un mois, dans lequel elle a son accroissement, son …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…plein et son déclin; le soleil en un an, et avec lui Vénus et Mercure qui l'accompagnent; Mars dans le double de cet espace de temps, Jupiter dans le sextuple ; Saturne en un temps une fois et demie plus grand que celui de l'astre qui est au-dessous de lui. Enfin le concert de tous ces corps, qui se meuvent avec une harmonie parfaite, commence et finit par l'unité : ce qui a mérité à l'univers le nom de Tout ordonné , plutôt que celui de Tout désordonné . Ainsi, lorsque dans un chœur le coryphée a commencé, tous ceux qui le composent, hommes et femmes, lui répondent et forment un concert de voix de toute espèce, graves et aiguës. Il en est de même de Dieu agissant dans l'univers. Par l'impression que donne d'en haut ce coryphée du monde, les astres et tout le ciel sont ébranlés pour se mouvoir à jamais. Le soleil tout lumineux s'avance par un double mouvement, dont l'un marque les…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…jours et les nuits aux points du lever et du coucher ; l'autre du midi au septentrion, et du septentrion au midi, amène les quatre saisons. Les pluies fécondes, les vents, les rosées et tous les autres phénomènes de l'air, naissent de l'action de cette cause primordiale. A ces phénomènes succèdent les débordements des rivières, les gonflements des mers, les accroissements des plantes, la maturité des fruits, la fécondation des animaux , la nourriture de tout, sa perfection , son  dépérissement ; en y joignant le concours de la disposition particulière de chacun des êtres, comme nous l'avons dit. Quand donc le Chef suprême, le Générateur, qu'on ne voit que par l'esprit, a donné le signal aux natures qui se meuvent entre le ciel et la terre, toutes, sans s'arrêter jamais, s'avancent dans leurs cercles, selon les bornes qui leur sont prescrites, disparaissant et reparaissant tour à tour, sous mille formes qui …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…s'élèvent et qui s'abaissent, toujours par l'impression du même principe. 9 . On peut comparer ce qui s'exécute dans le monde aux mouvements d'une armée. Quand le signal de la trompette s'est fait entendre dans le camp, l'un saisit son bouclier, l'autre revêt sa cuirasse, celui- ci prend son casque ou ses bottes d'acier, celui-ci ceint son baudrier. Le cavalier met le mors à son cheval ; celui-ci monte sur son char ; cet autre donne le mot d'ordre : le capitaine se place à la tête de sa compagnie, le taxiarque à la tête de son bataillon ; le cavalier à l'aile de l'armée ; le soldat léger court à son poste : tout marche à un signal donné, qui émane du commandant en chef. Voilà comment il faut se représenter l'univers. Par l'impulsion unique d'un être qui règle tout selon ses propres lois, et qui, pour être invisible et caché, n'en est ni moins actif ni moins démontré à notre raison. Notre âme, par …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…laquelle nous vivons, et par laquelle nous construisons des villes et des maisons, est également invisible ; elle ne se manifeste que par ses œuvres. C'est elle qui a dressé le plan régulier de la vie humaine, qui le suit, qui le remplit : c'est elle qui a montré à cultiver les terres, à les ensemencer : c'est elle qui a inventé les arts, établi les lois, institué l'ordre des gouvernements, distribué les fonctions de la vie civile : enfin c'est elle qui a montré à faire la guerre et la paix. Il en est de même de Dieu, dont la puissance est supérieure à toute autre puissance, la beauté à toute autre beauté; dont la vie est immortelle, la vertu infinie. Sa nature, incompréhensible à toute nature mortelle, ne se montre à nous que par ses œuvres. Aussi, tout ce qui se fait dans l'air, sur la terre, dans les eaux, on peut dire avec vérité que c'est l'ouvrage de Dieu, par qui, dit le poète physicien : Tout fut, est, sera dans le …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…monde, Arbres, hommes, femmes, bêtes sauvages, oiseaux et poissons. 10 . On pourrait encore comparer Dieu, quoique cette comparaison soit bien mesquine, à ces pierres qu'on nomme clefs de voûte, et qui, placées au milieu, soutiennent tout un édifice par la résistance égale qu'elles opposent de toutes parts. On dit que Phidias ayant fait la statue de Minerve, qui est placée dans la citadelle d'Athènes, grava au milieu du bouclier de la déesse son propre portrait, et que, par un mécanisme secret, il l'avait tellement lié avec la statue, que si jamais on entreprenait d'enlever cette image, on serait forcé de briser en même temps toute la statue. Il en est de même de Dieu dans le monde ; c'est lui qui en fait l'accord et la conservation, avec cette différence seulement qu'il n'est pas au milieu, où est la terre, dans une région d'agitation et de trouble , mais en haut, dans la région la plus…»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…pure, parce qu'il est le pins pur des êtres; région que nous appelons à juste titre Uranos, parce que c'est la limite de ce qui est en haut de l'univers; Olympe, c'est-à-dire tout brillant, parce qu'il est totalement séparé de tout ce qui approche des ténèbres et des mouvements désordonnés qu'on voit se produire dans ces régions inférieures par la violence de la tempête et des vents. C'est ce qui a fait dire au poète : L'Olympe est la demeure immortelle des dieux ; Ni les vents déchaînés, ni les bruyants orages N'en troublent le repos : un ciel tout lumineux Y fait naître des jours sans nuits et sans nuages. Ce qui se passe dans la vie humaine suffirait pour prouver que c'est là qu'habitent les dieux. Tous tant que nous sommes, nous levons les mains au ciel quand nous faisons des vœux. C'est pourquoi le prêtre a fort bien dit : La part que fit le sort au puissant Jupiter, Est l'enceinte immortelle où s'enflamme …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…l'éther. Aussi les corps les plus parfaits, les astres, le soleil, la lune, sont placés dans le ciel ; c'est par cette raison que ces corps sont les seuls qui gardent toujours le même ordre. Jamais on ne voit parmi eux de mutations comme sur la terre, où tout change sans cesse de forme et de nature. Ce sont tantôt des tremblements qui déchirent une grande partie de la terre, tantôt des pluies excessives qui l'inondent ; ce sont les Ilots de la mer qui, suivant qu'ils se retirent ou qu'ils font irruption, changent la mer en terre et la terre en mer; ce sont des ouragans et des tourbillons qui renversent des villes entières ; ce sont des feux qui tombent du ciel comme dans le temps de Phaéton lorsque l'orient fut enflammé ; ce sont d'autres feux qui s'élancent des antres souterrains du côté de l'occident comme ceux qui sont vomis par les cratères de l'Etna, et qui, comme des torrents, se roulent au milieu des terres.»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «Ce fut dans un de ces événements terribles qu'un bon génie conserva la race pieuse des parents entraînés dans ces ruisseaux de flammes. Les enfants avaient chargé sur leurs épaules leurs pères décrépits ; le courant du feu, prêt à les envelopper, se détourna de côté et d'autre et respecta les jeunes gens qui emportaient les auteurs de leurs jours. 11 . Enfin, ce qu'est le pilote dans un navire, le conducteur sur un chariot, le coryphée dans un chœur, la loi dans un État, le général dans une armée, Dieu l'est dans le monde ; mais avec cette différence, que ce que tout homme qui gouverne ne peut faire que par des soins et des efforts pénibles, Dieu le fait sans peine, sans travail, sans aucune espèce de fatigue. Siégeant dans un lieu immobile, il meut, emporte tout, où et comme il lui plaît, et selon des plans différents ; de même que la loi d'un État, sans se mouvoir, meut et régit chaque citoyen …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…conformément à l'ordre public. Sous l'empire de la loi, les chefs se rendent à leurs fonctions, les juges à leurs tribunaux, les orateurs aux assemblées; celui-ci, nourri par l'État, se rend au Prytanée ; cet autre arrive devant les juges pour y rendre compte de sa conduite; celui-là descend dans les prisons pour y mourir. C'est par cette même loi que sont célébrés les festins publics, les assemblées annuelles, les sacrifices aux dieux, les offrandes pour les héros, les expiations pour les morts ; tout se fait par tous les citoyens, sous une seule autorité qui conserve tous ceux qui lui obéissent. Toute la ville est pleine d'encens, en même temps qu'elle retentit d'hymnes et de gémissements. Il en est de même de la grande ville qui est le monde. Sa loi suprême est Dieu, loi d'un équilibre parfait qui n'admet ni correction ni réforme; plus stable et infiniment supérieure à celles qui sont gravées dans les tablettes.»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «C'est par l'autorité continue de cette loi que l'ordre est distribué dans toutes les parties du ciel et de la terre, dans toutes les natures, selon l'organisation de leurs semences particulières, dans les plantes et dans les animaux, selon leurs genres et leurs espèces ; car la vigne, comme dit le poète, le palmier, le pocher, le doux figuier, l'olivier et les plantes stériles qui servent à d'autres usages, le platane, le pin, l'if, l'aulne, le peuplier, l'odorant cyprès; les végétaux qui donnent en automne un fruit doux, mais difficile à conserver, le poirier, le grenadier et les brillants orangers ; enfin les animaux tant sauvages que domestiques; ceux qui vivent dans l'air, sur la terre, dans l'eau; ceux qui naissent, qui croissent, qui dépérissent, tout obéit aux lois de Dieu. Tout être qui rampe sur la terre tire d'elle sa nourriture, comme dit Héraclite. […] 1 . Dieu, qui est un, a plusieurs noms par rapport aux différents effets …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…qu'il produit. On l'appelle Zeus et Dis , deux mots qui, réunis, semblent signifier par qui nous vivons ; on l'appelle Chronus ou Cronus , parce que sa durée remplit le temps passé et à venir, on le nomme le Tonnant , l' Éthérien , le Serein , le Foudroyant , le Pluvieux , à cause de la pluie, de la foudre et des autres phénomènes ; le Fructifiant , à cause des fruits qu'il conserve; le Citoyen , à cause des villes dont il est le gardien. Il est le générateur, le défenseur, le garant de l'amitié, le paternel, l'ami, l'hospitalier, le guerrier, le vainqueur, le pacificateur, le combattant, le suppliant, le pacifique, comme disent les poètes ; le sauveur, le libérateur, en un mot, le céleste et le terrestre. Il a tous les noms de la nature et de la fortune, parce qu'il en produit tous les effets. C'est ce qui a été fort bien dit dans les Orphiques : Zeus est le premier, Zeus le foudroyant est le dernier, Zeus est le sommet, Zeus est le milieu; …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • «…tout est né de lui ; Zeus est la base de la terre et du ciel étoilé, Zeus est le principe mâle, Zeus est une nymphe immortelle, Zeus est le souffle de tout ce qui respire, Zeus est le principe du feu éternel, Zeus est la racine de l'Océan , Zeus est le soleil et la lune, Zeus est roi, Zeus est le premier être vivifiant, il cache tous les êtres, les fait reparaître à la lumière réjouissante, et son cœur sacré se pénètre de tous les soins. 2 . Je pense que ce qu'on appelle Nécessité n'est autre chose que Dieu, parce que sa nature est immuable, que c'est lui qu'on appelle Fatalité , parce que son action a toujours son cours ; Destin , parce qu'il conduit chaque chose à sa destination et qu'il n'y a point d'être qui n'aille à une fin ; Méra , parce qu'il distribue ses dons à chacun des êtres; Némésis, parce qu'il fait cette distribution avec justice ; Adrastée ou Toute-Puissance, à cause de son pouvoir irrésistible sur toute la nature ; …»
    • - LETTRE À ALEXANDRE -
      • … .«… Aisa , parce qu'il est toujours le même. L'allégorie des Parques et de leur fuseau a encore le même sens ; elles sont trois pour signifier les trois temps. Le fil qui est sur le fuseau est le passé ; celui qu'on y met est le présent ; celui qu'on va y mettre est l'avenir. Une des Parques est préposée au passé, c'est Atropos, parce que le passé est irrévocable. Lachésis préside à l'avenir, car tout est soumis au sort qui l'attend. L'instant présent appartient à Clotho, qui distribue à chaque être ce qui lui convient dans chaque moment de son actualité; cette image ingénieuse n'est autre chose que la divinité ; car, selon l'ancienne tradition des hommes, comme dit le noble Platon, Dieu comprenant en lui le commencement, la fin et le milieu de tous les êtres, traverse en ligne droite toute la nature avec la Justice qui l'accompagne pour punir ceux qui transgressent sa loi. Heureux celui qui s'est attaché à cette loi dans tous les temps de sa vie !»
    • - FIN - Source internet: http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/table.htm Retrouvez l’œuvre complète d’Aristote en français et de bien d’autres auteurs antiques sur ce fabuleux site internet! **