Réciprocités                            No 5    Février 2011Exploration des potentialités       Revue du Centre d’Étude et...
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Revue réciprocité n°5 : Exploration des potentialités humaines : intelligence sensorielle et subjectivité corporelle

  1. 1. Réciprocités No 5 Février 2011Exploration des potentialités Revue du Centre d’Étude et dehumaines : intelligence senso- Recherche Appliquée en Psycho- pédagogie perceptive (CERAP) derielle et subjectivité corporelle l’Université Fernando Pessoa de Porto (Portugal) Pour plus d’informations: www.cerap.org Revue publiée par les Éditions Point d’Appui sous l’égide du CERAP ISSN : 1647-029X
  2. 2. Page 2 Réciprocités n° 5 — Février 2011 Réciprocités Réciprocités est une publication du Centre dřEtude et de Recherche Appliquée en Psycho- pédagogie Perceptive (CERAP) de lřUniversité Fernando Pessoa de Porto, créée en 2007. Réciprocités publie deux numéros par an (mars, novembre) des communications scientifi- ques issues de travaux de recherche portant sur des problématiques de santé, dřéducation, de pédagogie ou de formation dřadultes, mettant en jeu la dimension du Sensible dans ses aspects expérientiels et/ou théoriques. Réciprocités manifeste ainsi une volonté dřexplorer et de valoriser le corps sensible en tant que source de création de connaissance. Réciprocités s’adresse aux chercheurs et aux formateurs en sciences humaines, ainsi qu’à toute personne intéressée par une éducation du corps sensible et au corps sensible. Réciprocités est une revue électronique diffusée sur http://www.cerap.org/revue.php. Tous les numéros publiés sont téléchargeables gratuitement sur ce site internet au format pdf. Toutes les personnes désirant être averties par mail de la sortie dřun nouveau numéro peu- vent sřinscrire sur le site. Equipe éditoriale Réciprocités www.cerap.org Directeur de publication et rédacteur en chef info@cerap.org Danis Bois Université Fernando Pessoa, Porto Comité de rédaction Centre d’Etude et de Recherche Appliquée Didier Austry en Psychopédagogie Perceptive (CERAP) Eve Berger ISSN : 1647-029X Chargée de publication Corinne Arni Comité de lecture Hélène Bourhis, Université Fernando Pessoa, Porto & Université Paris VIII ● Elizeu Clementi- no, Université de lřétat de Bahia (Brésil) ● Maria da Conceição Passeggi, Université Fédérale du RioGrande do Norte (Brésil) ● Christian Courraud, Université Fernando Pessoa, Porto ● Emmanuelle Duprat, Université Fernando Pessoa, Porto ● Pierre-André Dupuis, Université Nancy II ● Karine Grenier, Université Fernando Pessoa, Porto ● Jacques Hillion, Université Fernando Pessoa, Porto ● Marc Humpich, Université Fernando Pessoa, Porto et Université du Québec, Rimouski (Canada) ● Marie-Christine Josso, Université de Genève et Université Fer- nando Pessoa, Porto ● Serge Lapointe, Université du Québec, Rimouski (Canada) ● Diane Léger, Université du Québec, Rimouski (Canada) ● Margareta May, UNICID, São Paulo (Brésil) ● Bernard Pachoud, CREA (CNRS - Ecole Polytechnique), Paris VII ● Pierre Paillé, Uni- versité de Sherbrooke (Canada) ● Bernard Payrau, médecine, CERAP ● Jeanne-Marie Rugira, Université du Québec, Rimouski (Canada).
  3. 3. Page 3 Réciprocités n°5 — Février 2011 Sommaire Editorial Didier Austry ........................................................................................... p. 4 Exploration des potentialités humaines : intelligence sensoriel- le et subjectivité corporelle De l‟intelligence du corps à l‟esquisse d‟une théorie de l‟intelligence sen- sorielle, Hélène Bourhis ............................................................... p. 6 L‟innovation pédagogique au service du déploiement des potentialités humaines : Retour sur l‟expérience d‟une première journée de formation de praticiens chercheurs, Marc Humpich, Eve Berger & Danis Bois ........................................................................................................... p. 24 Tribune de chercheurs brésiliens Mémoire autobographique, vieillissement et spiritualité : Projet de for- mation continue et recherche, Vera M. A. Tordino Brandão ... p. 34 Depuis les souvenirs de l‟enfance jusqu‟à l‟enfant intérieur, Luciana Esmeralda Ostetto (UFSC) ............................................................. p. 40 Etre une personne : une possibilité viable, Leda Lisia Franciosi Portal ........................................................................................................... p. 48 Intersections des savoirs en recherche de la totalité de l‟être : homéopa- thie et médecine traditionnelle chinois (acupuncture), Patrícia Vargas Zillig (GEPIEM)................................................................................. p. 59
  4. 4. Page 4 Réciprocités n° 5 — Février 2011 Editorial Didier Austry Dr. ès sciences, chercheur du CERAP, professeur associé invité à lřuniversité Fer- nando Pessoa de Porto, chercheur associé au laboratoire ERIAC, université de Rouen De numéro en numéro, notre revue pour- Lřarticle de H. Bourhis présente son tra-suit sa vie et son développement. Lřambition de D. vail doctoral en cours1 et est basé sur la notionBois est de faire de Réciprocités une revue inter- dřintelligence sensorielle, une théorie de lřintelli-nationale, un lieu de réflexion autour du paradig- gence proposé par D. Bois. Il sřagit bien dřun arti-me du Sensible mais aussi un espace de ren- cle fondateur, par le vaste parcours théoriquecontres et de partage avec dřautres chercheurs, proposé et par la réflexion menée autour de laintéressés par les problématiques liés au corps, à notion dřintelligence sensorielle. Cet article estlřexploration de la subjectivité et au développe- donc important pour notre communauté de re-ment des potentialités de lřhomme. Ainsi, parmi cherche puisque cřest la première fois que celes mesures prises cet automne, et pour répondre thème de lřintelligence sensorielle est abordé, età cette exigence, nous avons mis en place un véri- que ce concept fait partie des concepts novateurstable comité de lecture international dont vous mis au point par D. Bois. Il commence par lřabord,pouvez découvrir la composition au début de la toujours délicat, de la notion dřintelligence pourrevue. se focaliser ensuite sur la notion moins habituel- le, mais capitale pour le paradigme du Sensible, Ensuite, ce numéro se situe bien dans la dřintelligence du corps. Lřun des intérêts de lřarti-continuité et dans le déploiement de ses perspec- cle est que ces concepts sont étudiés aussi bientives. Il est composé de deux parties. La première du point de vue des sciences de lřéducation, de lapartie est consacrée à lřexploration du paradigme psychologie et de la philosophie, fournissant ainsidu Sensible, avec deux articles, lřun de H. Bourhis au lecteur un panorama informé sur ces ques-et lřautre cosigné par E. Berger, M. Humpich et D. tions. Mais lřobjectif principal de lřarticle est bienBois. La deuxième partie inaugure notre souhait de proposer un plaidoyer argumenté pour unedřouverture avec des communautés de recherche intelligence spécifique, lřintelligence sensorielle,différentes. Pour cette première, nous avons offert lřintelligence développée au contact du Sensible.une tribune entière à des chercheurs brésiliens. Le lecteur en voit bien les enjeux, à la fois péda-Vous y trouverez quatre articles offrant un regard gogiques Ŕ comment mieux former à lřapprocheparticulier sur tout un panorama de recherches du Sensible, et scientifiques Ŕ argumenter pourdifférentes des nôtres mais néanmoins proches. une nouvelle forme dřintelligence et développer une dimension essentielle du paradigme du Sen- sible.
  5. 5. Page 5 Réciprocités n° 5 — Février 2011 Lřarticle suivant, cosigné donc par E. Ber- très personnel. À travers son processus de forma-ger, M. Humpich et D. Bois, fait le bilan dřune de tion, comme éducatrice au départ, L. L. F. Portalnos expériences pédagogiques, menée au sein du décrit sa démarche à la recherche de ce qui pour-master de psychopédagogie perceptive. Il a été rait constituer lřessence de lřhumain. À la foisprésenté au dernier congrès AIPU, en juin 2010, à basé sur sa propre expérience, mais aussi trèsMarrakech. Il est intéressant puisquřil se situe à philosophique, lřarticle nous amène à réfléchir surla croisée de nos problématiques de recherche, ces grandes questions, ce qui en fait tout lřintérêt.par lřabord des enjeux spécifiques du passage du Enfin, P. V. Zillig, professionnelle de san-statut de praticien à celui de praticien-chercheur, té, nous rapporte son expérience de double for-et lřapproche dans la formation dřune subjectivi- mation, à lřintersection du savoir homéopathiqueté corporelle remarquable, constitutive de notre et de la médecine chinoise traditionnelle. Ellepratique professionnelle. Il nous montre aussi nous invite à une réflexion globale sur la notioncomment notre enseignement, quřil soit profes- de santé. Cette réflexion sřappuie sur son mémoi-sionnel ou scientifique, mêle toujours situation re de master professionnel. Il est intéressant dedřapprentissage expérientielle et modélisation remarquer que ce mémoire a été réalisé dans unthéorique. département, dřune université médicale, dédié aux études homéopathiques. Ce qui montre que les universités brésiliennes sont, pour certaines La deuxième partie de notre numéro est disciplines, très ouvertes.donc constituée dřune tribune offerte à nos collè-gues chercheurs brésiliens. La sélection présen- Au final, de cette collection dřarticlestée ici a été constitué par eux-mêmes, sous la écrits par des chercheurs dřhorizons différents, sesupervision de Margarete May et Marie-Christine dégage des tendances communes : on sent, dansJosso. cette culture brésilienne, lřimportance des ques- tions de spiritualité ; on est touché aussi par la Le premier article, de V. Brandão, relate dominance dans ces recherches des questionne-une recherche qualitative dřassez grande ampleur ments sur lřhumain ; enfin, on découvre aussi laet durée auprès de personnes âgées et dont lřob- relative richesse des démarches qualitatives dejectif est dřinterroger le vécu particulier à cette tous ordres.phase de la vie, en particulier les liens entre vieil-lissement et spiritualité. Lřintérêt de lřarticle est Voilà donc pour cette nouvelle livraisondouble : la description de la méthodologie suivie, de notre revue. Nous espérons bien quřelle rem-notamment parce quřelle a été construite par des plira vos attentes mais aussi quřelle vous enrichi-praticiens-chercheurs, et les résultats qui mon- ra vos réflexions autour des problématiques liéestrent la forte prégnance du questionnement spiri- au paradigme du Sensible. Bonne lecture !tuel chez les personnes âgées. L. E. Ostetto décrit, dans le deuxièmearticle, la recherche existentielle et formativequřelle a mené avec et auprès dřenseignants.Construite autour de diverses pratiques de danse, Notesla recherche mobilisait les participants autour deleur vécu présent et des rappels mémoriels deleur enfance. Le but était de les pousser à revisi- 1. Bourhis, E., thèse en cours : L‟enrichissementter leurs émotions dřenfance dans un but forma- perceptif et le déploiement de l‟intelligence sen-tif. Lřintérêt de lřarticle repose sur cette idée que sorielle en formation d‟adultes, Université deformer des enseignants, qui vont travailler auprès Paris VIII, sous la direction de Jean-Louis Ledřenfants, réclame quřils aient revisité leur propre Grand.espace imaginatif. Le troisième article est un témoignage
  6. 6. Page 6 Réciprocités n° 5 — Février 2011 De l’intelligence du corps à l’esquisse d’une théorie de l’intelligence sensorielle Hélène Bourhis Doctorante en sciences de lřéducation à Paris 8, assistante chercheur de lřUniversité Fernando Pessoa (UFP), Porto et du laboratoire EXPERICE, Université Paris 8.Résumé L‟enjeu de cet article est de présenter une argumentation théorique en faveur de l‟intelligencesensorielle. Le lecteur est invité à parcourir l‟état des lieux de la question de l‟intelligence, de l‟unité en-tre le corps et l‟esprit du point de vue des neurosciences, de la psychologie et de la philosophie, pouraboutir à une mise en esquisse de l‟intelligence sensorielle. La dynamique de cette recherche vise à élu-cider la forme de l‟intelligence mobilisée par l‟apprentissage du toucher manuel sur le mode du Sensi-ble. Au-delà de la simple résolution d‟une problématique professionnelle, émerge une problématiquescientifique fondamentale dans la mesure où la mise à jour de l‟intelligence sensorielle inaugurerait ledéploiement d‟une nouvelle potentialité humaine.Mots clés Intelligence du corps, intelligence sensorielle, perception, corps Sensible, immédiateté, somato-psychopédagogie, toucher manuel de relation. Cet article sřappuie sur ma recherche questionnement sřapprofondit par nécessité : com-doctorale en cours, dans le domaine des sciences ment est-ce que je mřy prends pour guider lřappre-de lřéducation1, et propose une discussion théori- nant à enrichir ses capacités perceptives ? Quelsque autour de la question de lřintelligence du actes perceptifs et mentaux permettent la saisiecorps et des processus conscients déployés acti- de la subjectivité dans le corps de lřautre puis àvement par un sujet qui la mobilise. Ma recherche réguler son geste de manière adéquate ?se situe à la croisée dřune longue trajectoire per- Je pensais initialement quřil suffisait dřunsonnelle et professionnelle où le corps et lřintelli- entraînement au toucher pour acquérir la compé-gence que je considérais comme deux entités tence manuelle correspondante, comme sřil seséparées se sont progressivement retrouvés, re- produisait un saut qualitatif qui permettait de pas-liés, puis entrelacés tant sur le plan expérientiel ser du toucher à la compétence. Je savais queque compréhensif. dans lřapprentissage du toucher de relation, les Depuis plus de vingt ans, jřenseigne la apprenants développaient des stratégies conscien-somato-psychopédagogie2 dans le cadre d’une tes, mais sans pour autant les relier à la mobilisa-formation continue pour adultes et suis en perma- tion dřune intelligence. Pourtant, dans le touchernence confrontée à la nécessité dřadapter et dřen- manuel, lřapprenant est bien amené à déclencherrichir la pédagogie pour permettre aux appre- des réactions tissulaires et à composer avec ellesnants de surmonter les difficultés quřils ren- pour obtenir un résultat précis. Progressivement jecontrent dans lřacquisition des compétences né- pris conscience que le toucher de relation manuelcessaires à la relation daide manuelle3. Mon sollicitait une performance perceptive et cognitive
  7. 7. Page 7 Réciprocités n° 5 — Février 2011de très haut niveau. Acquérir les compétences à Aborder lřintelligence du corps nécessitecréer les conditions dřune mobilisation interne du de dépasser les enjeux discriminatifs entre lřintel-tissu, à saisir lřinformation interne, à lui donner ligence de lřesprit et lřintelligence du corps com-une intelligibilité à partir de laquelle est réalisée me lřévoque H. Gardner (1997) : « On peut êtreune régulation du geste manuel devait nécessai- choqué au premier abord que l‟utilisation du corpsrement relever de la mobilisation dřune intelligen- soit considérée comme une forme d‟intelligence.ce. Avec le temps, je pris conscience que lřexploit (…) Ce divorce entre le ‘mental’ et le ‘physique’ n’aperceptif et cognitif se trouvait surtout dans la pas manqué d‟être associé à l‟idée que ce quecapacité à percevoir les actions et les réponses en nous accomplissons avec notre corps est d‟unetemps réel de lřaction manuelle. Toutes ces an- certaine manière moins important, moins spécifi-nées de pratique de formation mřont amenée à que que la résolution de problèmes par l‟utilisa-postuler que lřintelligence et la perception ne sont tion du langage, de la logique ou d‟un autre systè-pas deux fonctions séparées, mais quřelles sont me symbolique relativement abstrait. » (p. 219).unies dans la performance manuelle demandée. Cette discrimination concerne aussi lesCe postulat sřest précisé quand D. Bois proposa sciences de lřéducation, cřest en tout cas ce quesa théorie de l‟intelligence sensorielle pour définir pointe P. Dominicé (2005) quand il relève la pré-la capacité dřun sujet à saisir sa subjectivité cor- dominance cognitiviste régnant dans le milieuporelle et à la rendre intelligible en temps réel de scolaire : « La dissociation entre la pensée et lelřexpérience vécue grâce à la mobilisation unifiée corps a été renforcée par la priorité cognitive don-de la perception et de lřintelligence. La perspecti- née aux apprentissages formels du parcours sco-ve quřemporte lřintelligence sensorielle prolonge laire ainsi qu‟aux pratiques dominantes du cou-et amplifie lřidée de lřapprentissage dans lřaction rant de la médecine scientifique. » (p. 65) Cettede C. Argyris et D.A. Schön (1974). ligne dominante entraîne du même coup une pos- Cet article me donne lřoccasion de sociali- ture où le corps est relégué au second plan, voireser lřétat des lieux de ma recherche et de restituer même décrié : « Le corps est raillé et rejeté com-le mouvement de problématisation théorique me la part inférieure et asservie de l‟hom-concernant cinq points clés : le rapport au corps me. » (Horkheimer & Adorno, 1974, p. 251) A.dans lřapprentissage, lřintelligence telle quřelle Borgmann (1992) dénonce cette posture et pré-est entrevue classiquement, les interactions entre vient des conséquences dřun processus dřappren-corps et esprit comme lieu dřémergence de tissage qui occulterait un savoir incarné. De sonconnaissances, lřintelligence du corps et enfin, le point de vue, un savoir désincarné associé à unepoint de vue des philosophes sur lřunité dynami- « hyper information » aboutit à un « mental hyper-que entre le corps et lřesprit. À partir de ce maté- trophié » privilégiant le savoir quantitatif ciblé surriau théorique, je serai à même dřengager une lřaccumulation et la restitution du plus granddiscussion autour de la pertinence ou non de la nombre dřinformations. Selon A. Borgmann, cettemise à jour dřune nouvelle forme dřintelligence. posture dominante au sein des structures éducati-Questionner lřintelligence sensorielle revient à ves crée chez lřapprenant un sentiment de videinterroger la manière dont les expériences du intérieur et un rapport impersonnel et sans subs-corps participent à la vie réflexive. tance à la connaissance, conduisant à une « super intelligence » qui sřexprime au détriment de la présence corporelle. Cette tendance à ignorer les vécus du corps génère une inaptitude à sřimpli- quer dans le processus dřapprentissage, le corps Le rapport au corps dans l’ap- étant frappé par une foultitude dřinformations prentissage sensorielles extérieures sans que lřapprenant soit concerné intérieurement. C. A. Van Peursen (1979) va dans le même sens et invite à considé- Ma recherche sřinscrit dans un courant de rer le corps vivant comme porteur de ressourcespensée qui attribue au corps une capacité dřintel- et de communication participant à la dynamiqueligence que lřon retrouve généralement dans la de lřapprentissage : « Vous ne comprendrez ja-littérature sous le vocable dř« intelligence du mais un corps vivant si vous vous entêtez à le trai-corps ». À lřheure actuelle, cette thématique inté- ter comme une structure mécanique autonome,resse fortement les chercheurs et fait lřobjet de non rattachée à un contexte plus vaste. Grâce ànombreux ouvrages comme L‟intelligence du ses ressources, à ses facultés de communication,corps (Bertrand, 2004), Le corps intelligent le corps transcende continuellement ses aspects(Csepregi, 2008) ou de nouveaux concepts tel que purement physiques ; il constitue une forme dyna-celui de lř« lřintelligence corpo-kinesthésique » de mique, un mouvement, une orientation. » (p. 148).H. Gardner (1993, 1997). Tous ces propos montrent que lřalliance entre le corps et lřintelligence pose problème.
  8. 8. Page 8 Réciprocités n° 5 — Février 2011Pourtant cette problématique semble dépassée 338). Faisant écho à D. Bois, E. Berger (2005)au regard de la phénoménologie qui confère au décrit ainsi le processus de connaissance qui secorps une réelle faculté de production de connais- donne dans lřappréhension du Sensible : « (lesances : « Le corps n‟exerce pas une fonction de corps Sensible devient) une caisse de résonanceconnaissances uniquement dirigée vers l‟exté- capable tout à la fois de recevoir l‟expérience etrieur, mais est capable de se retourner sur lui- de la renvoyer au sujet qui la vit, la lui rendantmême, de devenir à la fois source et finalité de palpable et donc accessible ; capable aussi, parson exploration, de ses démarches gnosi- des voies dépassant les outils quotidiens de l‟at-ques. » (Dauliach, 1998, p. 311). Cette idée impli- tention à soi, de dévoiler des facettes de l‟expé-que une reformulation du statut du corps en dis- rience inapprochables par le retour purement ré-tinguant le « corps objectif » du « corps subjectif » flexif : subtilités, nuances, états, significations,ou « corps propre » vecteur dřune connaissance que l‟on ne peut rejoindre que par un rapport per-immanente. ceptif intime avec cette subjectivité corporelle, et qui pourront ensuite nourrir les représentations de Déjà au XVIIIème siècle, Maine de Biran,philosophe français, décrivait deux formes de significations et de valeurs renouvelées. » (p. 52)connaissance : la « connaissance extérieure » se Grâce à un contact direct avec le Sensibledonnant par la médiation dřune action réfléchie; incarné, le sujet perçoit un ensemble de tonalitéset la « connaissance intérieure », corporelle, immé- internes et de sentiments organiques générés pardiate et interne, se donnant en amont de la mé- une virtuosité qui allie une activité perceptive etdiation réflexive. Il y a donc, comme le rapporte une mobilisation introspective. Sur la base deM. Henry se faisant lřécho de Maine de Biran : cette virtuosité, le sujet entre de plain-pied dans« Une connaissance intérieure… une certaine fa- la subjectivité corporelle qui se décrit ainsi : « Enculté intime à notre être pensant, qui sait… que vivant les choses de l‟intérieur, la réalité change,telles modifications ont lieu, que tels actes s‟exé- au lieu d‟être muette sous la forme d‟un ensemblecutent, et sans cette connaissance réflective, il n‟y d‟objets face à nous, La réalité au contact du Sen-aurait point d‟idéologie ni de métaphysique : il sible entre en résonance avec le cœur de nous-faut donc un nom pour cette connaissance inté- mêmes. » (Bois, littérature grise, 2009).rieure, car celui de sensation ne peut tout di-re. » (Maine de Biran, cité par Henry, 1965, p. 19) Dans le prolongement de la pensée bira-nienne et de la phénoménologie, D. Bois (2007), Quelques repères sur l’intelligenceintroduit la notion de « corps Sensible » commelieu dřexpérience intérieure dans laquelle se décli-ne une dynamique de réciprocité entre le senti et La littérature spécialisée qui traite dele pensé par le médiat de la perception : « Le lřintelligence pose souvent lřinterrogation « quřest-corps Sensible devient alors, en lui-même, un lieu ce que lřintelligence ? ». En effet, le concept dřin-d‟articulation entre perception et pensée, au sens telligence est complexe comme le dit Weinbergoù l‟expérience sensible dévoile une signification (1986) considérant qu’aucun autre concept n’aqui peut être saisie en temps réel et intégrée en- probablement engendré autant de controverses.suite aux schèmes d‟accueil existants, dans une Cet auteur argumente cette complexité en rele-éventuelle transformation de leurs vant trois problèmes majeurs liés : la nature decontours » (p. 61). Ce prolongement par D. Bois lřintelligence elle-même, la controverse autour dudes concepts de « corps propre », « corps phéno- QI (quotient intellectuel), et enfin, la polémiqueménal », « corps vécu », « chair » et « chiasme » ne autour de lřinné et de lřacquis source de débatssřest pas fait sans confrontation avec une phéno- très animés entre spécialistes. Comme la plupartménologie bien campée. La nécessité de ce pro- des chercheurs en sciences de lřéducation, jelongement et lřintroduction du concept du « corps considère que lřopposition entre ces deux termesSensible » sont nés dřune praxis du toucher corpo- nřest pas pertinente dans la mesure où tout com-rel manuel et de lřintrospection. portement humain est gouverné par la génétique et que rien ne peut être accompli sans un environ- Dans cette perspective, lřacte de perce- nement favorable.voir est synonyme de « sřapercevoir » depuis le lieudu Sensible à partir duquel sřouvre lřaccès à une La question du QI, de lřinné et de lřacquisconnaissance interne, immédiate, corporéisée et étant très éloignée de mon projet de recherche, jesignifiante : « (Le Sensible) est un mode de pré- préfère aborder la nature de lřintelligence, notam-hension de soi-même et du monde global et im- ment sa complexité, sous lřangle de la polysémiemédiat, qui obéit à des lois, à des règles et à une quřA. Prochiantz (1998) souligne ainsi : « Person-cohérence spécifiques, permettant l‟accès à l‟in- ne ne peut sérieusement prétendre donner detelligibilité de l‟univers des sensations corporelles l‟intelligence une définition embrassant toute lasous l‟autorité de la perception. » (Bois, 2007, p. polysémie rationnelle et irrationnelle du ter-
  9. 9. Page 9 Réciprocités n° 5 — Février 2011me. » (p. 34). Malgré cette difficulté, G. Gandolfo structure, de motivation, de concentration et depropose de définir ainsi les différentes dimen- métacognition déployés dans le processus de pen-sions de lřintelligence : « Le terme d‟intelligence sée et de la résolution du problème. Et enfin, lřin-renvoie aussi bien à l‟esprit lui-même en tant qu‟il telligence C se définit comme la capacité mentaleconçoit, à la faculté de comprendre facilement et à réaliser des performances.d‟agir avec discernement, à l‟action de pénétrer Claparède (1948) et J. Piaget (1948)par l‟esprit, à la capacité de s‟adapter pour assu- confèrent à lřintelligence le statut de fonction, derer sa survie, à l‟adresse et l‟habileté en parlant moyen permettant à lřhomme de sřadapter et dedes moyens employés et de leur choix pour obte- maintenir un équilibre dans lřéchange entre lenir un certain résultat. » (Gandolfo et alii, 2006, p. monde extérieur et le sujet, mais ils ajoutent lřin-131). On voit apparaître ici deux figures de l’intel- fluence des sentiments, des aspects affectifs etligence, lřune concernant les facultés mentales cognitifs dans la performance de lřintelligence.(capacité à concevoir, aisance à comprendre, fa- Dans cette perspective, J. Piaget (1948) soutient :culté de discernement), et lřautre concernant la « (que) l‟on ne saurait raisonner, même en mathé-mise en action (adresse et habileté, capacité dřa- matiques pures, sans éprouver certains senti-daptation, capacité de cohérence entre action et ments, et, inversement, il n‟existe pas d‟affec-projet). Cela nous renvoie à lřintelligence entrevue tions, sans un minimum de compréhension ou desous lřangle des compétences, le degré de compé- discrimination. » (p. 15) Ou encore : « Selon Clapa-tence devenant du même coup un indice de lřin- rède, les sentiments assignent un but à la condui-telligence de la personne. Cette idée se retrouve te tandis que l‟intelligence se borne à fournir leschez F. Grammont quand il fait le lien entre lřintel- moyens (la « technique). » (ibid., p. 13) Toujoursligence et le comportement : « Ce sont les résul- selon Piaget, le sentiment dirige la conduite entats obtenus par tel ou tel comportement qui en attribuant une valeur à ses fins alors que ladéfinissent l‟intelligence. » (Gandolfo et alii, 2006, connaissance lui imprime une structure (assuréep. 132). par les perceptions, la motricité et lřintelligence). Finalement, pour appréhender lřintelligen- Il y a bien un débat qui situe la place de lřaffectionce, il convient de faire une distinction entre le dans le déroulement de lřintelligence admettantsubstantif « intelligence » (état mental à lřorigine une certaine parenté entre la vie affective et la viede lřaction) et lřadjectif « intelligent » (pertinence cognitive grâce à laquelle sřorganise un équilibrede la mise en action et manières dřêtre) qui souli- entre des valeurs supérieures et le système desgne la présence de facultés, de fonctions et de opérations logiques par rapport aux concepts.capacités. Lřintelligence est donc à la fois une « Nous dirons donc simplement que chaquefonction, une faculté, mais surtout une capacité conduite suppose un aspect énergétique ou affec-de mise en œuvre. Cette vision se rapproche des tif et un aspect structural ou cognitif » (ibid, p.14).représentations populaires qui voient dans lřintel- Nous savons depuis A. Bandura (1997)ligence une caractéristique dřune personne à ré- que le sentiment dřefficacité personnelle renvoiesoudre des problèmes, à trouver des réponses à la croyance quřa une personne en sa capacité àadaptée à des situations imprévues et cela de réussir un certain type de tâche. Lřinteraction en-façon pertinente et habile. tre lřaffectivité, les sentiments et lřintelligence, Dans un registre différent, le modèle de nous conduit ainsi à introduire le sujet actif danslřintelligence proposé par D.O. Hebb (1949) et P.E. le déroulement dřune conduite intelligente. DansVernon (1962) rend compte des différents niveaux ce contexte, le sujet est actif dans la mesure oùdřintelligence que nous venons dřesquisser, mais sa propre biographie, liée à son environnementil emporte, en plus, une vision de lřintelligence qui social, affectif et culturel, influence ses facultésmet en scène le potentiel biologique et génétique personnelles de se connaître, de « savoir vivre en-de lřindividu, les structures motivationnelles et semble », de comprendre et dřutiliser des compor-métacognitives de lřapprenant ainsi que les capa- tements adéquats.cités de performance pour résoudre des problè-mes. La réflexion de D.O. Hebb et P.E. Vernonaboutit à la catégorisation de trois types dřintelli- Après cette vision synthétique de lřintelli-gence. En premier, lřintelligence A correspond au gence humaine, nous constatons que la complexi-potentiel biologique de lřindividu, déterminée sur- té du concept dřintelligence est bien réelle et,tout par des facteurs génétiques. Cette intelligen- quand un chercheur tente de lřaborder, il estce est théorique et décrit dans quelle mesure une confronté à un choix cornélien. Les données surpersonne peut bénéficier des stimulations de son lřintelligence sont si nombreuses et issues dřhori-environnement. Elle rejoint ce que H.J. Eysenck zons si différents (neurosciences, biologie, psycho-(1988) nomme « intelligence biologique ». Ensuite, logie, pédagogie, science du comportement) quelřintelligence B est définie comme lřintelligence le chercheur se doit de les sélectionner en fonc-actuelle de lřindividu, comprenant les éléments de tion de son projet de recherche.
  10. 10. Page 10 Réciprocités n°5 — Février 2011 Le mien vise à mettre en exergue lřunité Quelques repères du point de vue desentre le corps et lřesprit comme élément constitu- neurosciencestif de lřintelligence du corps, et vise également àrelever la place du sujet actif qui se perçoit à lřin-terface entre le corps et lřintelligence. La place du Les neurosciences définissent la sensa-sujet dans la mobilisation de lřintelligence est tion comme les données brutes de sens, reçuessouvent traitée comme un « allant-de-soi », porté dans les aires primaires et la perception commepar lřévidence que cette fonction ne saurait être le résultat de la construction par le cerveau dřunepertinente sans la complicité dřun sujet qui la dé- représentation élaborée dans les aires dřassocia-ploie. En conséquence, la centration sur lřappre- tion. Par contre, ce qui nřest toujours pas clair estnant existe bien, mais elle concerne surtout le la place et la nature de la conscience de ces per-déploiement des modes opératoires sur le mode ceptions.du behaviorisme, des théories cognitives et desthéories interactives. Cette dynamique dřappren- M. Jeannerod (1990) propose le terme detissage met de côté les facteurs dřapprentissage « conscience perceptive » pour définir la prise deinternes au sujet, à savoir la mobilisation des res- conscience dřune information par un sujet enraci-sources attentionnelles, lřenrichissement des po- né dans lřimmédiateté et la singularité. Cet auteurtentialités perceptives, lřinstauration de la présen- confère à lřesprit une fonction centralisatrice desce à soi et à son corps qui sont autant dřinstru- informations extérieures ou intérieures qui transi-ments internes favorisant la production de la tent par le corps : « L‟esprit traite aussi bien lesconnaissance. Malgré la richesse des travaux sur informations qui proviennent de l‟environnementlřintelligence, les études traitant la place de lřintel- avec lequel le corps interagit en permanence queligence du corps dans les système éducatifs sont les informations qui lui parviennent de l‟intérieurrares et lřintelligence entrevue sous lřéclairage de du corps. » (Jeannerod, 2002, p. 36)lřinteraction entre le corps et lřintelligence mérite On trouve chez A. Damasio un regard quidřêtre davantage étudiée. associe perception, conscience et sentiment orga- Ma réflexion autour de la place du sujet à nique. La dimension perceptive renvoie ici au dia-lřinterface du corps et de lřintelligence mřinvite logue entre lřesprit et lřaffect à partir dřune visiondans un premier mouvement à brosser un état neurobiologique centraliste qui sřappuie sur undes lieux des travaux neuroscientifiques, psycho- substratum anatomique et physiologique4 soumislogiques qui plaident en faveur de lřinteraction à la dictée des fonctions cérébrales : « Les senti-entre le corps, le sujet et lřintelligence, et, dans un ments sont des perceptions, et il me semble quesecond mouvement, je dessinerai les contours de leur soubassement se trouve dans les cartes cor-lřintelligence du corps fondée sur la pensée des porelles du cerveau. Celles-ci renvoient à des par-philosophes qui ont abordé cette thématique et, ties du corps et à des états du corps. » (Damasio,enfin, en mřappuyant sur ces données, jřesquisse- 2003, p. 89)rai les premiers contours de lřintelligence senso- Le sentiment décrit par Damasio se dis-rielle. tingue de lřémotion et invite à lřélargissement de lřhorizon de ce terme en le resituant dans sa poly- sémie. Habituellement, le sentiment renvoie à la notion de plaisir ou de douleur, ou à la dimension affective et émotionnelle. Dans lřesprit de ce cher- Arguments neuroscientifi- cheur, le sentiment est un état mental du corps ques et psychologiques en faveur traduisant une information organique générée et de l’interaction entre l’intelligence gérée par lřactivité cérébrale : « Un sentiment est la perception d‟un certain état mental du corps et le corps ainsi que celle d‟un certain mode de pen- sée. » (ibid., p. 90) Sous cet éclairage, le senti- Comment notre cerveau perçoit-il ce qui ment revêt le statut de perception de soi dont lenous entoure et comment nous le restitue-t-il ? soubassement se trouve dans les cartes neurona-Cette question est traitée par les neuroscientifi- les.ques à travers lřétude instrumentalisée des réac- Toujours selon Damasio (1999), lřarticula-tions aux stimuli, de la fonction des organes sen- tion de fond entre le corps et la pensée nřest perti-soriels et de lřintentionnalité. nente quřen la présence dřune conscience suppor- tée par un sentiment de soi : « La machinerie du sentiment contribue elle-même au processus de la conscience, à savoir, à la création du soi, sans lequel on ne peut rien connaître. » (p. 114) Cette vision est complétée par la participation du corps
  11. 11. Page 11 Réciprocités n°5 — Février 2011à la vie réflexive et à la prise de décision par lřin- effet démontré que les sensibilités kinesthési-termédiaire des marqueurs somatiques. Cette ques, celles de l‟appareil locomoteur lui-même,théorie offre un regard sur la manière dont le sont déterminantes à la fois pour l‟élaboration decorps est complice dans les prises de décision sur la connaissance de soi, la maturation fonctionnel-la base de composantes affectives, émotionnelles le des autres sensibilités, leur exercice et leuret des sentiments liés aux souvenirs réactivés à mise à jour. » (p. 50). La sensibilité musculairetravers les marqueurs somatiques représentés joue ici un rôle fondamental en étant à lřoriginedans le cerveau : « Il est inconcevable de com- de messages organisés grâce auxquels sřélaboreprendre comment fonctionnent les émotions et la reconnaissance que nous avons de nos attitu-les sentiments si on oublie le corps. (…) En effet, des et mouvements. La corporalité entrevue parl‟idée principale de ma théorie des marqueurs J.-P. Roll (1994) est un sens issu de nos chairs,somatiques est la suivante : lorsqu‟un individu notamment du muscle, qui permet de se ressen-doit prendre une décision face à un événement tir, offrant un sentiment à la fois dřincarnation,nouveau, et donc de faire un choix entre plusieurs dřappartenance à son corps et dřhabiter dans nosoptions, il ne fait pas seulement une analyse pure- chairs.ment rationnelle. Il est aussi aidé par les souve- Les dernières recherches scientifiques surnirs qu‟il a des choix antérieurs et de leurs consé- le mouvement montrent en effet que les musclesquences. Et ces souvenirs contiennent des compo- ne possèdent pas uniquement une fonction motri-santes affectives, émotionnelles, de l‟événement ce, ils sont également de véritables organes despassé. (…) Le cerveau va „réveiller‟ ce que l‟événe- sens. Lřinformation apportée par le sens muscu-ment émotionnel avait provoqué dans le corps, laire est une sorte de « vision intérieure », à laainsi que le sentiment ressenti, et cela orientera source même de la connaissance des actions dudonc la prise de décision vers une autre op- corps : les capteurs sensoriels du muscle envoienttion. » (Damasio, 2004, p. 35-41) On remarquera des messages issus de nos mouvements indi-que dans lřesprit de Damasio, les marqueurs so- quant la position du corps. Ces informations sen-matiques recouvrent aussi bien la vie objective sorielles captées par les fuseaux neuromusculai-que la vie subjective dřune personne : « Donc, au res sont transmises au cerveau qui élabore entrefur et à mesure des expériences de la vie, chacun autres le schéma corporel (sens du mouvement)dispose d‟une analyse objective des situationsnouvelles, mais aussi d‟une histoire de ce que la et le schéma postural (sens des positions).vie a été pour son organisme, voilà ce que j‟appel- Les expériences menées par J.-P. Roll lele les marqueurs somatiques. » (ibid., p. 38) conduisent à conclure que non seulement la pro- prioception est le sens du mouvement, lřinterface J.-P. Roll, qui adopte une point de vue entre le corps et lřenvironnement et lřancrage fon-périphéraliste, élargit encore cette perspective sur damental de lřidentité, mais quřelle est égale-le rôle du corps dans la conscience de soi, en sou- ment le support de fonctions cognitives et detenant que les informations en provenance ducorps sont premières et sřappuient sur la proprio- fonctions mentales élaborées.ception5 comme vecteur d’informations internes.« Elle (la proprioception) renvoie à un sentimentfamilier : celui dhabiter un corps, de le connaître, La perspective offerte par les neuroscien-de le situer dans lespace ou tout simplement, ces, à mon sens, ne fait pas suffisamment appa-dexister avec et par lui. La certitude de soi, en raître le sujet actif, impliqué dans le processusquelque sorte. » (Roll, 1993). La proprioception, « dřintellection corporelle ». Par conséquent, je meétymologiquement « se capter en propre », se dis- suis davantage orientée vers la philosophie quitingue des cinq sens extéroceptifs qui permettent place la perception et lřattention au premier plande capter les informations provenant du monde de lřintellection. Une première illustration de lřin-extérieur. Le sens proprioceptif, appelé également térêt philosophique nous vient de G.-W. Leibniz« sixième sens », permet à la personne de se si- (1930) pour qui la perception de la pensée clairetuer dans son propre corps et dans lřespace. tient aux ressources attentionnelles du « sujetContrairement aux autres modalités perceptives connaissant » ainsi quřà lřaperception quřil définitqui sont relativement localisées, la proprioception comme une opération active dřun sujet qui saisit son état intérieur (conscience ou connaissanceest étendue à la globalité du corps. réflexive de lřétat intérieur). Une autre illustration Comme lřexprime J.-P. Roll (2003), la pro- nous vient de A. Desttut de Tracy (1992) qui souli-prioception participe à la connaissance de soi et gne la difficulté à distinguer la pensée de la per-au sentiment de corporalité : « L‟indispensable ception : « Le mot pensée est mal fait, ainsi que lacontribution de l‟action, et par-là de la kinesthèse plupart des mots dont nous nous servons ; il vientqui la signe, à la représentation du sujet lui-même du mot penser, comparer : or comparer, c‟est per-comme à la constitution du monde perçu par le cevoir un rapport. Mais un rapport n‟est qu‟unesujet, ne fait aujourdhui plus de doute. Il est en des différentes perceptions dont nous sommes
  12. 12. Page 12 Réciprocités n°5 — Février 2011susceptibles. Percevoir des sensations, des souve- que « les eaux vives de la conscience » et qui, se-nirs, des désirs, sont aussi des effets de notre lon lui, sont lřessentiel de la vie intérieure, don-faculté de penser : j‟aimerai donc mieux qu‟on la nant à tout le reste, sens, mouvement, saveur etnommât du nom plus général perceptivité ou fa- vie : « De tous les faits que nous présente la vieculté de percevoir. » (p. 69) intérieure, le premier et le plus concret est celui- ci : des états de conscience vont s‟avançant, s‟é- En consultant la littérature spécialisée, coulant et se succédant sans trêve en nous. Lanous constatons que les termes « perception » et conscience va et ne cesse d‟avancer » (p. 196)« sensation » firent lřobjet de discussions sévères Lřoeuvre de W. James est concrète, elle vise àentre empiristes (Aristote, Locke, Hume) et ratio- analyser la vie intérieure dans ce quřelle a de plusnalistes (Platon, Socrate, Descartes) autour de intime, de plus mystérieux et de plus inexprimé. Illeur pertinence ou non dans la production de convie sans cesse à une conscience de plus enconnaissance. Les rationalistes considéraient la plus intime, de plus en plus développée et à laperception et la sensation comme des obstacles à pénétration de la pensée en lien avec une expé-la connaissance tandis que les empiristes les pla- rience. Nous accédons à la première donnée im-çaient comme le primat de la connaissance. Ce- médiate de conscience à travers une méthodependant, les deux courants, reconnaissent quřil y introspective. Pour James, les sensations sont desa des illusions perceptives… La différence entre connaissances et la perception une capacité àces deux courants se situe au niveau du type dřap-prentissage ; les empiristes soutiennent que lřon classifier, nommer, localiser et expliquer.apprend de la sensation uniquement par associa- Face à ces phénomènes, James perçoit lation et erreurs et quřil nřest pas nécessaire dřavoir nécessité dřune méthode analytique ciblée sur leune pensée élaborée pour cela alors que les ratio- flux de la conscience et laisse en héritage unenalistes estiment que ces mécanismes dřassocia- description de lřintrospection orientée vers lřexplo-tion ne sont pas suffisant pour organiser les sen- ration de lřintériorité du corps : « Plus je scrutesations en perceptions signifiantes et quřil faut mes états intérieurs, plus je me convaincs que lesdes schèmes organisateurs préalables. Il me sem- modifications organiques, dont on veut faire lesble que lřon pourrait dire que les empiristes dřau- simples conséquences et expressions de nos af-trefois sont les « périphéralistes » dřaujourdřhui fections et passions „fortes‟, en sont au contrairealors que les rationalistes correspondent aux cen- le tissu profond, l‟essence réelle. » (ibid., p. 505). Iltralistes… souligne ainsi lřimportance de la dimension orga- nique dans lřintrospection et va plus loin encore lorsquřil ajoute : « Il m‟apparaît évident que m‟en- Quelques repères du point de vue de lever toute la sensibilité de mon corps serait la psychologie positive et cognitive m‟enlever toute la sensibilité de mon âme, avec tous mes sentiments, les tendres comme les éner- giques, et me condamner à traîner une existence Avec le point de vue de la psychologie d‟esprit pur qui ne ferait que penser et connaî-positive, nous pénétrons profondément dans le tre. » (ibid., p. 505).domaine de la subjectivité dans la mesure où elleaborde les états mentaux et psychiques. W. Ja- H. Gardner (1983, 1997), psychologuemes, père de la psychologie positive, distingue la cognitif, dans lřouvrage qui le rendit célèbre Fra-mobilisation attentionnelle, le flux de conscience, mes of Mind, rédige un manifeste contre ce qu’illřunivers des sensations et la perception, tout en nomme la « tyrannie du QI ». Il sřoppose à une for-soulignant que ces quatre éléments interagissent me unique monolithique dřintelligence et proposedans lřélaboration de lřidée de lřaction. Il exprime dřélargir la gamme des talents à sept formes dřin-par ailleurs lřidée que le corps est le siège dřune telligences ou capacités souvent indépendantes :sensibilité qui participe à lřancrage identitaire de logico-mathématique, linguistique, spatiale, musi-lřhomme : « Une émotion humaine sans rapports cale, corpo-kinesthésique, inter-personnelle etavec un corps humain est un pur non intra-personnelle. Pour lřheure, il semble acquisêtre. » (James, 1924, p. 105). Pour W. James, les que lřintelligence nřest pas monolithique et, selonmodifications organiques influencent la vie psy- H. Gardner (2001), il existe une inter-influencechique : « Il est certain que, grâce à une sorte d‟in- entre les différentes modalités de son expression :fluence physique immédiate, certaines percep- « En général, c‟est une combinaison de plusieurstions produisent dans le corps, des modifications intelligences qui se manifeste chez les indivi-organiques très étendues, avant que surgisse dus. » (p. 91)dans la conscience une émotion ou une représen- La vision novatrice de Gardner sur lřintelli-tation émotionnelle quelconque » (ibid., p. 500). gence le conduit à identifier les critères qui la dé- W. James (1994) fut lřun des premiers à finissent. Il retrouve dans son évaluation les prin-étudier ce quřil a dénommé de façon métaphori- cipes communs à toutes les intelligences mais pousse son analyse plus loin en étudiant des êtres
  13. 13. Page 13 Réciprocités n°5 — Février 2011dřexception ou des prodiges dans différents sec- me) ou bien la forme mûre de l‟intelligence intra-teurs dřactivité (intellectuelle, sportive, artistique, personnelle. » (ibid., p. 307)communicationnelles, etc.). H. Gardner relève La psychologie cognitive sřintéresse aussilřexistence dřaptitudes spécifiques appartenant à à la vie émotionnelle. À la suite des propositionschacune des populations étudiées à partir des- fondatrices de D. Goleman (1999), J. Mayer et P.quelles il définit la présence de plusieurs formes Salovey (1997, 2000) affirment la présence dřunedřintelligence. Chacune dřelles présentant des intelligence émotionnelle (IE) comme faculté despécificités qui se retrouvent au niveau des opéra- lřhomme à percevoir les émotions et à les gérer.tions de base identifiables et au niveau des per- Pour les théoriciens de lřintelligence émotionnel-formances en fonction de la compétence quřelle le, les capacités mentales mises en jeu dans lapermettent. Parmi les sept formes dřintelligence relation avec les émotions répondent aux théoriesdécrites par H. Gardner, seules lřintelligence cor- de lřintelligence. En effet, les émotions sont despo-kinesthésique et les intelligences personnelles signaux qui génèrent des opérations cognitivesnous intéressent ici. signifiantes capables dřêtre discernées et contrô- Lřétude de lřintelligence corpo- lées par le sujet (Mayer, Salovey & Caruso, 2002).kinesthésique confère au corps et au mouvement Un autre phénomène qui va en faveur des théo-une place inhabituelle dans leur lien avec lřintelli- ries de lřintelligence émotionnelle est la diversitégence. H. Gardner (1997) nous offre un premier individuelle à gérer ce type dřinformations et à lesindice de lřimportance du corps quand il souligne : intégrer dans des stratégies dřadaptation. Dans« Le corps est plus qu‟une simple machine qui cette mouvance, J. Mayer, P. Salovey & D. Carusoserait impossible de distinguer des objets artifi- (2002) soutiennent que les êtres varient dansciels du monde. Il est aussi le réceptacle de la leurs capacités à traiter les informations émotion-conscience de soi de l‟individu, de ses sentiments nelles et à établir un lien entre ce traitement émo-et de ses aspirations les plus personnel- tionnel et la cognition générale. Ils font lřhypothè-les. » (p. 248). Cette idée rejoint en partie celle de se que cette capacité se manifeste dans certainsM. Bernard (1995) pour qui le corps est un récep- comportements dřadaptation. On trouve chez Go-tacle du Vivant « c‟est „en lui‟ que nous sentons, leman (1997) quatre capacités de lřintelligencedésirons, agissons, exprimons et créons. » (p. 7). émotionnelle : la capacité de conscience de soi, de maîtrise de soi, dřempathie et de gestion des Nous avons avec Gardner les critères qui relations. R. Bar-On (1997) et D. Goleman ajou-permettent dřaller dans le sens dřun « savoir cor- tent à cette description lřinteraction entre lřintelli-porel » et kinesthésique qui caractérise lřintelli- gence émotionnelle et les traits de personnalitégence au service de lřexpression dřune émotion oudřune habileté gestuelle au sein dřune activité (optimisme, bien-être, etc.).sportive, artistique ou professionnelle. La repro- De nombreux tests dřévaluation de lřIEduction de formes gestuelles sous lřautorité dřun ont été modélisés (Bradberry et Greaves, 2002,état mental préconisé par Gardner explique en 2003 ; Lane et Schwartz, 1987)6 et, parmi lespartie lřintelligence corporelle. Mais il est difficile chercheurs qui se sont penchés sur cette ques-de séparer lřintelligence corporelle des intelligen- tion, R. Bar-On propose un test du « quotient émo-ces intra-personnelle et interpersonnelle qui tionnel », tandis que D. Goleman propose un testconvoquent un feeling interne déclenché dans un de la « compétence émotionnelle ». Les tests dřé-rapport à soi ou au monde. Grâce à elles, lřhom- valuation de lřIE provoquent toujours des contro-me acquiert lřaptitude à percevoir ses propres verses, que ce soit à propos de la légitimité desétats intérieurs et ceux dřautrui. modèles, de la mesure ou encore de la possibilité de développer cette forme dřintelligence. Quoiquřil H. Gardner (1997) fait preuve dřune intui- en soit, des évaluations ont montré que certainstion profonde lorsquřil place la conscience de soi programmes de perfectionnement de lřIE produi-comme élément régulateur des autres intelligen- sent des travailleurs plus émotionnellement intel-ces : « Il est, bien sûr, possible que notre liste don-ne une idée juste des aptitudes intellectuelles ligents.clés, mais que certaines aptitudes plus généralesaient en fait la priorité sur elles ou servent à lesréguler. Cela pourrait être le cas de la „consciencede soi‟, qui dérive d‟un mélange particuliers d‟in- L’intelligence du corps et sestelligences. » (p. 74-75) Il suggère même que l’ap-titude à se percevoir soi-même pourrait être une caractéristiqueshuitième forme dřintelligence : « Le développe-ment de la conscience de soi est un domaine d‟in- G. Csepregi (2008), au début de son livretelligence séparé Ŕ né de l‟aptitude clé à se perce- Le corps intelligent, relate l’atmosphère qui règnevoir soi-même - (…) la conscience de soi devrait ou autour de la question de lřintelligence du corps :bien devenir une nouvelle intelligence (la huitiè-
  14. 14. Page 14 Réciprocités n°5 — Février 2011« Certains philosophes, certains sociologues ont situe la posture cognitiviste, comportementalistetendance à envisager la „résurgence du corps‟ et environnementaliste de H. Gardner (2001) :avec un scepticisme critique et un pessimisme « Chaque intelligence est fondée, du moins aucroissant. (…) L‟amour/haine envers le corps im- départ, sur un potentiel biologique qui s‟exprimeprègne toute la civilisation moderne. » (p.2) ensuite, comme produit de l‟interaction entre des facteurs génétiques et des facteurs environne- Malgré le scepticisme ambiant, de nom-breuses recherches sont menées sur lřintelligence mentaux. » (p. 91)du corps, principalement dans les arts et la philo- Les chercheurs spécialistes des arts of-sophie, recherches qui tentent de réhabiliter le frent un autre regard sur lřintelligence du corps.corps en lui attribuant une intelligence autonome Lřactivité quřils décrivent est également non réflé-et non réflexive. Notons cependant que le plus chie et non pensée, mais elle est le fait dřune «souvent, la science qui sřintéresse à lřintelligence manière dřêtre à soi » particulière. Dans ce contex-du corps met de côté la part active du sujet au te, lřactivité pré-réflexive nřest pas seulement laprofit du « corps pré-réflexif » et de lřautonomie qui conséquence dřune activité neuronale (activationmarque une émancipation du contrôle volontaire dřune fonction naturelle), mais elle est le fruit,déployé par le sujet. comme le souligne G. Csepregi (2008), dřun sujet qui « se laisse agir » : « L‟autonomie du corps peut En consultant la littérature consacrée à aussi désigner, en un sens plus étroit, les gesteslřintelligence du corps jřai été amenée à relever que nous posons sans décision volontaire ni atten-cinq caractéristiques : la dimension pré-réflexive, tion consciente » (p. 10). Toujours selon cet au-lřactivité autonome et spontanée, lřhabileté à lřa- teur, une telle posture de lâcher prise de la volon-daptabilité face aux situations imprévisibles et té sřaccompagne dřun état de bien-être et dřhar-enfin lřexpressivité authentique. monie : « Lorsque disparaît la volonté de contrôler le corps et que le mouvement s‟exécute sans ef- fort et sans faute, nous éprouvons une merveilleu- Pré-réflexivité, autonomie et spontanéité se sensation d‟engagement total d‟un sentiment d‟harmonie et d‟unité avec les différents aspects de la situation motrice. » (ibid., p. 175) La première caractéristique qui apparaîtdans lřintelligence corporelle est sa fonction pré- Lřintelligence du corps développée par J.réflexive sans pour autant que cette notion soit Grotowski est encore dřune autre nature : elleclairement explicitée. La plupart des travaux abor- résulte dřune organicité autonome, spontanée etdent cette dimension comme une émancipation authentique, poussée par un « flux de la vie » quide lřexpression du corps par rapport à la volonté sřécoule dans le corps. Bien que non réfléchie,et à lřintentionnalité. Dans cette perspective, lřin- lřaction, pour devenir un réel acte performatif, doittelligence du corps sřexprime en dehors des être saisie par une conscience active que J. Gro-contraintes de la pensée réflexive et des automa- towski (1968) décrit comme « un niveau lucide detismes pour laisser la parole au corps : « Quelque- la spontanéité ». Dans cette perspective, lřacte préfois, et c‟est alors que nous avons le sentiment -réflexif nřest pas le produit dřune intention volon-d‟être nous-mêmes, il (le corps) se laisse animer, taire, mais dřun phénomène qui émerge dřuneil prend à son compte une vie qui n‟est absolu- activité auto-initiée sous la forme dřune impul-ment pas la sienne. Il est alors heureux et sponta- sion : « „en-pulsion‟ : pousser du dedans, les impul-né, et nous avec lui. » (Merleau-Ponty, 1960, p. sions précèdent les actions physiques toujours.104). Les impulsions : c‟est comme si l‟action physique, encore invisible de l‟extérieur, est déjà née dans En réalité, il existe plusieurs manières le corps. » (Richards, 1995, p. 154) Les pratiquesdřenvisager lřintelligence du corps. Ainsi, pour H. performatives de training visent à créer les condi-Gardner, lřintelligence du corps est en fait celle tions perceptives pour quřémerge cette activitédřun état mental. Cette vision centraliste entrevoit auto-initiée. Pour beaucoup de performeurs, nouslřintelligence du corps sous lřautorité de lřactivité dit M. Leão (2002), la dimension pré-réflexive ouneuronale capable, de façon autonome par rap- lřautonomie de lřexpression « provient d‟un mouve-port à la réflexion du sujet, dřoffrir des stratégies ment intuitionné, cest-à-dire d‟un mouvement quide réponses spontanées et non réfléchies : « Le jaillit „d‟un quelque part‟ en amont du geste » (p.point commun de ces différentes formes d‟intelli- 221). Mais la difficulté, poursuit M. Leão, restegence, y compris l‟intelligence corporelle telle que ensuite « de trouver la cohérence profonde, l‟al-définie par Gardner, est qu‟elle correspondent liance extrêmement exigeante et délicate entre latoutes par définition, à un état mental (…). L‟intel- subjectivité d‟un flux invisible de mouvement etligence du corps n‟est pas celle du corps ni du l‟objectivité d‟un acte visible » (ibid., p. 222). Pourgeste, mais celle de l‟état mental ». (Legrand, répondre à cette exigence, cet auteur nous ren-2006, p. 132). Cette précision est importante et voie aux propos de D. Bois : « Le passage à l‟acte
  15. 15. Page 15 Réciprocités n°5 — Février 2011est une opération délicate, nous ne sommes pas à Ainsi, les courants esthétiques de la dan-l‟abri d‟un extériorisé qui s‟échapperait d‟un inté- se contemporaine sont à la recherche dřun mou-riorisé. Un acte cinétique volontaire, tout en effort vement pur et authentique et explorent lřintelli-musculaire ne manquerait pas de parachever la gence physiologique du corps et du mouvement. I.rupture entre un mouvement invisible et la réalité Launay, citée par M. Leão (2002), précise lesd‟un déplacement. » (cité par Leão, 2002, p. 222- conditions du performer pour accéder à cette in-223) Cette vision est paradoxale car elle implique telligence du geste : « Par le travail de son œil« un agir » tout orienté vers « un non agir ». Il y a intérieur, le danseur est incité à oublier les che-une volonté déployée par le sujet à ne pas être mins habituels de son geste, pour s‟affranchir devolontaire qui le conduit à la notion dřun « se lais- la quotidienneté et danser des mutations d‟étatser agir ». d‟âme. » (p. 31) Adaptabilité aux situations imprévisibles L’intelligence du corps sous Lřintelligence corporelle permet de sřa-dapter spontanément aux situations imprévisi- l’angle de la philosophiebles. Là encore, nous retrouvons une situationparadoxale dans la mesure où lřadaptabilité spon- La philosophie sřest penchée de façontanée sřappuie en partie sur les habitudes. Dřun indirecte ou directe sur lřunité entre le corps etcôté, les habitudes sont des obstacles à la créati- lřâme. Jřai opté pour lřétude de la pensée des au-vité et de lřautre, elles lui servent de socle car el- teurs les plus marquants ayant argumenté cetteles libèrent de la charge attentionnelle liée à tou- question à savoir R. Descartes, B. Spinoza, M. dete fonction motrice. Dans le prolongement de cet- Biran, F. Nietzsche, A. Schopenhauer et M. Mer-te idée, lřhabitude contribue à lřadaptabilité, voire leau-Ponty.à la créativité lorsquřelle est éduquée dans cesens. Cette vision rompt avec lřidée courante delřhabitude qui verse dans lřautomatisme de la Le corps et la pensée chez Descartesrépétition, pour aller vers un automatisme éduquéà saisir les émergences et la créativité. Il importedonc dřentraîner le corps à acquérir lřhabitude de R. Descartes (1596-1650) est souventse laisser agir. présenté, à la suite de Platon, comme lřun des fondateurs de la vision dualiste corps / esprit. Mais, puisquřil avançait que lřâme et le corps Une expressivité authentique étaient constitués de deux substances distinctes, en philosophe conséquent, il devait sřinterroger sur le lien de causalité entre lřâme et le corps. De lřintelligence du corps émerge lřex- Ainsi, dans Les Passions de l‟Âme, R. Descartespressivité authentique. Lřexpression authentique (1994) nuance cette séparation du corps et dedu corps mue par lřintelligence corporelle interpel- lřesprit en accordant une importance aux manifes-le tous les acteurs, les danseurs et les chercheurs tations des émotions et du ressenti considérésde lřart-science. Elle est même un but dans la vie, comme parties constitutives de lřhomme : « Si unune sensation hautement supérieure pour toutes pur esprit se trouvait dans un corps d‟homme, aules personnes qui font lřexpérience dřun corps qui lieu d‟éprouver des sentiments comme nous, ilse meut spontanément dans une pertinence percevrait seulement des mouvements causés parquasi absolue. On relève de très nombreux témoi- les objets extérieurs Ŕ mais en cela, il se distin-gnages dřexpérience de danseurs, dřacteurs ou de guerait d‟un homme véritable. » (p. 17). Ici, la sé-sportifs qui parlent dřun « „sentiment merveilleux‟ paration entre le corps et lřâme ne semble pasqui habite notre corps ingénieux » (Benjamin, totalement imperméable, il nřy a pas dřun côté le1987, p. 121). Le dépassement de la conscience corps et de lřautre lřesprit, mais une interactionvolontaire ainsi quřune qualité de présence au entre les deux : « Les deux éléments constituentcorps sont les conditions de lřémergence de lřau- ainsi un „seul tout‟ doué d‟une très forte uni-thenticité : « Notre organisme a ses performances té. » (ibid., p. 17-18) ; ou encore : « Il est besoin deles plus subtiles et les plus précises sans que la savoir que l‟âme est véritablement jointe à tout leconscience intervienne. » (ibid, p. 121) ; ou enco- corps conjointement et qu‟on ne peut pas propre-re : « Ce genre de défi exige une présence du ment dire qu‟elle soit en quelque de ses parties, àcorps plutôt qu‟une présence de l‟esprit. » (ibid, p. l‟exclusion des autres. » (ibid., p. 88) Malgré cette121) prise de conscience et une réflexion poussée, R. Descartes ne parviendra jamais à comprendre clairement et distinctement comment les pas-
  16. 16. Page 16 Réciprocités n°5 — Février 2011sions résistent à lřâme : « Nos passions ne peu- ses (l‟autre après l‟autre, car nous ne pouvons pasvent pas aussi directement être excitées, ni ôtées pouvoir affirmer une infinité de choses à la fois),par l‟action de notre volonté » (ibid. p. 19). Ce de même aussi, avec la même faculté de sentir,constat le conduira toute sa vie à sřinterroger sur nous pouvons sentir autrement dit percevoir unela manière dont ces deux substances aussi dis- infinité de corps (l‟un après l‟autre bien enten-tinctes peuvent sřinfluencer lřune lřautre. du). » (ibid. p. 137) L’« idée adéquate » est celle qui émerge de lřassociation entre la faculté de Cependant, cette interrogation ne restera vouloir et celle de sentir, la capacité à se laisserpas lettre morte et participera à lřélaboration de affecter participe à la capacité dřacquérir de nou-lřéthique de Descartes. Loin de faire des passions velles connaissances de soi, des autres et duun épiphénomène, il pressent quřà travers elles, monde, même si, au final, cřest toujours la facultélřhomme accède à une expérience intime quechacun ressent en lui-même : « Ce que j‟éprouve de vouloir qui doit avoir le dernier mot.fait de moi quelque chose en moi ». Ou encore : Il convient donc dřassigner au corps une« Les passions de l‟âme offrent le témoignage de place importance ; le négliger ou lřignorer porte-cette vie concrète et de cette expérience intime, rait atteinte à la personne tout autant que négli-chacun les sentant en soi même. » (ibid. p. 37) ger ou ignorer lřesprit. La privation de sensations, dřaffects, de sentiments, retentirait de façon né- gative sur le corps et sur le développement intel- Le corps et l‟esprit chez Spinoza lectuel. Dans cette mouvance de pensée, lřaccès à la connaissance est en lien avec la perception du corps affecté : « Tout ce qui arrive dans le corps B. Spinoza (1632-1677) rompt avec la humain, l‟esprit humain doit le percevoir. » (ibid.,dualité corps / esprit en proposant un modèle où p. 87) Tout est donc affaire de proportion entrelřâme et le corps sont une seule et même subs- lřesprit et le corps, entre les idées et les affects.tance : « L‟esprit et le corps, c‟est un seul et même Une décision sera inadéquate si elle ne se référeindividu » (Spinoza, 1954, p. 21). Pour ce philoso- quřà la raison ou quřaux affects.phe, la pensée et la matière du corps sont en faitune même substance comprise sous deux attri-buts différents. Au rétablissement de lřéquilibre Le corps et la conscience de soi chezentre le corps et lřesprit, Spinoza ajoute la notionde corps affecté pour désigner le corps traversé Maine de Biranpar une affection ou une modification. Il introduitalors la notion du « sentir », dřoù suit que « l‟hom- Dans le paysage philosophique du XIXè-me consiste en un esprit et en un corps et que le me siècle, Maine de Biran (1766-1824) est uncorps humain existe comme nous le sen- philosophe à part. Sa philosophie du Moi est unetons » (ibid., p. 88). Puis Spinoza prolonge sa pen- philosophie du corps et du ressenti au corps : « Lesée en défendant lřidée dřune connivence entre le corps et moi ne faisons qu‟un. » (Gouhier, 1970, p.corps humain et lřesprit : « L‟esprit humain ne 21) Le rapport chez Maine de Biran est un fait enconnaît le corps humain lui-même et ne sait qu‟il lien avec un référentiel dřexpériences. Aucun sa-existe que par les idées des affections dont le voir nřest ici à rechercher, la constatation dřun faitcorps est affecté. » (ibid., p. 108) Il précise : « Rien vécu et corporéisé suffit. Cette nature de relationne pourra arriver dans le corps qui ne soit perçu renvoie à une présence au corps qui, selon ce phi-par l‟esprit. » (ibid., p. 87) Cette vision constitue la losophe, est nécessaire à la pensée elle-même :clé de voûte de sa philosophie : tout ce qui réson- « On ne peut conclure de là que le corps ne prendne dans le corps, lřesprit humain le perçoit sous la aucune part à l‟intellection ou à l‟acte quelconqueforme dřune affection constituant ainsi un pont de la pensée ; et s‟il n‟y prenait aucune part il n‟yentre le corps et lřesprit, grâce auquel se forment aurait point de moi, par suite point de pen-des idées nouvelles. Ainsi, ces deux substances se sée. » (Maine de Biran, cité par Tisserand, 1939, p.potentialisent selon un mode de réciprocité dyna- 128)mique : « Si l‟esprit humain n‟était pas capable depenser, le corps serait inerte. Si à l‟inverse, le Dans le prolongement de Spinoza, M. decorps est inerte, l‟esprit est en même temps inca- Biran place la faculté de sentir comme manifesta-pable de penser. » (ibid., p. 151) tion première de lřêtre vivant. Dans lřintroduction du Second Mémoire sur l‟influence de l‟habitude, Par ailleurs, Spinoza rétablit la place de la il introduit le terme sentir comme synonyme defaculté du sentir et la rehausse au même niveau conscience de soi : le sentir « a été étendu par laque la faculté du vouloir : « Je ne vois nullement suite à tout ce que nous pouvons éprouver, aper-pas pourquoi la faculté de vouloir doit être dite cevoir ou connaître en nous ou hors de nous (…)infinie plutôt que la faculté de sentir (sentiendi) ; en sorte qu‟il est devenu synonyme de cet autreen effet, de même que nous pouvons avec la mê- mot conscience, employé par les premiers méta-me faculté de vouloir affirmer une infinité de cho-
  17. 17. Page 17 Réciprocités n°5 — Février 2011physiciens pour désigner cette sorte de vue inté- à travers lřexpérience quřil fait du corps pour pé-rieure par laquelle l‟individu aperçoit ce qui se nétrer lřénigme du monde. Lřexpérience du corpspasse en lui-même » (Gouhier, 1970, p. 28). Dans vécu devient alors la porte qui permet de déchirercette formulation, sentir emporte lřidée dřun sujet le voile des représentations et dřaccéder au mon-qui sřaperçoit comme distinct de lřimpression quřil de tel quřil est en soi. Pour cela, Schopenhaueréprouve. Tout commence pour lui par un étonne- introduit la contemplation seule capable dřaccé-ment, celui de se sentir exister, « je sens que je der au réel en sřémancipant de la raison. Lasens » (ibid., p. 20), tel un témoin qui surplombe contemplation ici, est une attitude qui sřémancipeson expérience intérieure. de la raison pour se plonger dans lřintuition pure afin dřaccéder à une vision immédiate de lřidée La réflexion, chez Maine de Biran sřoppo- qui se donne au cœur du vécu du corps. Il y a der-se à la réflexion classique. Il sřagit dřun mouve- rière cette dimension lřidée dřune pulsion fonda-ment conscient, spontané, sans médiation dřune mentale, dřune énergie originelle, par laquelleactivité réflexive mue par une connaissance exté-rieure. Ce mouvement conscient, à la condition toute chose est ce quřelle est.dřun sujet qui sřaperçoit dans ses opérations, don-ne lieu à une connaissance intérieure, immédiateet qui émerge dřun centre organique. Cette dona- Le corps vivant chez Nietzschetion est rendue possible grâce à un retour vers soitout en préservant une distance avec la représen- Dans le prolongement des travaux de sontation initiale de lřobjet (effacement des présup- maître Schopenhauer, Nietzsche (1844-1901)posés). introduit le concept de corps-vivant. Nietzsche Dans cette perspective, le Moi ne peut se sřémeut et sřémerveille devant les capacités dřunconnaître que dans un rapport immédiat et corpo- corps doué de mémoire, dřautorégulation et dřa-réisé qui renvoie le sujet à lui-même sur le mode daptation permanente au contact de la nouveau-de lřévidence intérieure. Maine de Biran place té, qualités qui font dire au philosophe que lelaperception au coeur de sa philosophie qu’il défi- corps est vivant. Le Leib est pour Nietzsche unnit comme la « faculté dřapercevoir » ce qui se corps qui vise à lřaltérité et invite à lřinteractionjoue dans lřintériorité. De fait, lřaperception impli- dans le but de préserver lřéquilibre dřune commu-que une « attention à la vie » et invite le sujet à nauté interne dont les éléments sřaffectent mu-sřapercevoir agissant, percevant et pensant à la tuellement au sein des états membres du corps.condition quřil se dote dřune méthode et dřune La notion du « vivant » chez Nietzsche,procédure de pénétration de son intériorité. emporte un principe dřintelligence qui sřexprime jusquřau niveau de la cellule. Dans cette perspec- tive, il y a un « je pense » qui émergerait de la cel- Le corps et la volonté chez Schopenhauer lule elle-même, traduisant une spontanéité intelli- gente et « voulante ». Cette intelligence sřexprime, dans sa manière la plus palpable, dans la capaci- Schopenhauer (1788-1860) réhabilite la té de reconnaître ce qui est inconnu (une puissan-place du corps comme lieu dřaccès au réel et ce étrangère) et de lřintégrer selon une procédurecomme moyen de mettre un terme au monde sécuritaire de reconnaissance spontanée ne fai-représenté qui empêche lřhomme dřaccéder au sant pas appel à lřactivité cognitive mais à lřintelli-monde tel quřil est. Le corps constitue pour lui, le gence de la cellule. La notion du « vivant » chez F.« miracle par excellence » pour contourner lřempri- Nietzsche emporte également lřidée de la présen-se des représentations sur le rapport au monde. Il ce dřun « soi corporéisé » qui émerge de la cellulefait du corps un lieu dřexpérience directe, immé-diate, concrète dřune chose non déformée par les elle-même.lois des représentations. Dans cette dynamique,Schopenhauer préconise deux façons distinctesde reconnaître le corps, soit par le mode de la Le corps propre chez Merleau-Pontyreprésentation, soit par le mode de lřéprouvé Ŕ lesavoir que lřon a de son corps étant une vérité En sřinscrivant dans une perspective phé-philosophique par excellence Ŕ lřéprouvé consti- noménologique initiée par Husserl au début dutuant une voie dřaccès directe à la connaissance. XXème siècle, mais avec un regard qui lui est pro- Schopenhauer découvre dans le corps ce pre, Merleau-Ponty (1908-1961) reprend le termequřil nomme la volonté, désignant par là l’essence de « chair » (le Leib de Husserl) pour marquer lade toute chose dans la nature et le « vouloir-vivre » différence entre corps objectif et corps subjectifnon soumis aux joutes de la raison et de lřintellect (corps vécu, corps propre ou corps phénoménal).qui pousse tout lřorganisme à sřaffirmer, à croître Mais sa définition va plus loin puisque la chairet à se développer. Cet auteur accède à la volonté traduit une étoffe commune entre le corps vécu et

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