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En côte d'ivoire, la russie veut la place de la france
 

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    En côte d'ivoire, la russie veut la place de la france En côte d'ivoire, la russie veut la place de la france Document Transcript

    • En Côte dIvoire, la Russie veut laplace de la FranceSur le dossier ivoirien, la Russie joue une partitionsingulière. Cacao et surtout pétrole aiguisent ses appétitsA la différence de l’Union soviétique dont elle a pris la succession au sein du Conseil desécurité des Nations unies en tant que membre permanent, la Russie use de son droitde véto avec parcimonie. De 1993 à 2008, elle l’a invoqué à six reprises.Mais début décembre 2010, la Russie fut la seule à s’opposer aux conclusions du chefde la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire, prônant la reconnaissance de la victoire ausecond tour d’Alassane Ouattara face à Laurent Gbagbo. Elle jugeait que le chef demission de l’ONU outrepassait son mandat qui consistait à observer le bon déroulementdes élections. Moscou voulait se poser en observateur impartial du scrutin ivoirien.Prenant à contre-pied la communauté internationale, le premier secrétaire del’ambassade russe en Côte d’Ivoire, Evgueni Souevalov observait même que «leprésident autoproclamé Alassane Ouattara avait tenté d’organiser des troubles dans lesquartiers musulmans de la ville [d’Abidjan]. Ses partisans ont brûlé des pneus et ontérigé des barricades. Cependant, leurs actes ont été stoppés par la police qui durementmais avec détermination bloqua toutes tentatives de déstabilisation, y compris dansd’autres villes du pays».La Russie ne prit aucune disposition particulière à l’égard de ses ressortissants aunombre d’une centaine dans tout le pays. A la différence de ses pairs du Conseil desécurité, elle considérait que la situation sur le terrain n’était pas si dramatique.Comment expliquer ce veto russe sur le dossier ivoirien?Vu de Moscou, le politologue Alexeï Malachenko du Centre Carnegie analysait cetteattitude par des considérations externes à la situation ivoirienne:«La Russie ne veut pas créer de précédent qui permettrait à l’avenir d’utiliser le Conseilde sécurité de l’ONU comme un instrument de pression sur la situation politiqueintérieure d’un pays.»Finalement, le 20 décembre 2010, la Russie sest abstenue et permit l’adoption de larésolution 1962 qui reconnut Alassane Ouattara comme président élu. Néanmoins, elleopposa une résistance manifeste à ladoption dune résolution du Conseil de sécurité
    • pour lenvoi de 2.000 Casques bleus supplémentaires en Côte dIvoire, avant de céder le19 janvier 2011.Appétits aiguisés autour du cacaoLe conflit se cristallisa autour du cacao, dont la Côte dIvoire assure 40% de laproduction mondiale. Les revenus à l’exportation font l’objet d’âpres conflits entre lesdeux rivaux ivoiriens. D’un côté, Ouattara a décrété une interdiction des exportations, etde l’autre Laurent Gbagbo a proclamé la nationalisation de l’exportation des fèves.Dans cette configuration, il est remarquable que la Russie ait pu acquérir des plantationsde cacao en Côte d’Ivoire. ObiedinennyeKonditery a su tirer son épingle du jeu: ce géantrusse de l’agroalimentaire a acheté des plantations à l’automne 2010. La compagnie aévalué ses besoins à 60.000 tonnes de fèves de cacao par an. De ce point de vue, celanécessite approximativement 48.000 hectares de plantations pour un coût total de 20millions de dollars (14,16 millions deuros).Selon le quotidien économique moscovite RBC Daily, en dépit des tensions surl’exportation de cacao, début mars, «la compagnie russe a réussi à envoyer un premiernavire avec sa cargaison. Mais aujourd’hui, la holding pourra assurer totalement sesbesoins en fèves». Grâce à ses plantations, ObiedinennyeKonditery détient un avantagefondamental, alors que les prix du cacao flambent sur le marché mondial.Paris dans le viseur de MoscouInterrogé par l’hebdomadaire moscovite Expert, Vassili Filippov, chercheur au Centred’études des pays de l’Afrique tropicale auprès de l’Institut d’Afrique de l’Académie dessciences de Russie analyse les aspirations de la Russie en Côte d’Ivoire, dans uncontexte de rivalités internationales:«Il est possible que la position de Moscou s’explique par le souhait de prendre la placede la France en tant que partenaire stratégique de ce pays africain. Il est absolumentclair qu’en cas de victoire de Laurent Gbagbo, la France devra partir de Côte d’Ivoire oudu moins réduire significativement sa présence économique et militaire. Au contraire, laposition de la Russie dans le conflit porte à croire qu’elle donne satisfaction à Gbagbopar son soutien latent.»La Françafrique version ivoirienneL’emprise de l’ancienne puissance coloniale sur la Côte d’Ivoire demeure une grille delecture relativement partagée en Russie, Etat successeur de l’Union soviétique. Lapolitologue Daria Mitina et l’économiste Saïd Gafourov livrent pour la radio indépendanterusse Echo de Moscou une analyse qui s’inscrit dans ce schéma de dénonciation del’impérialisme occidental.Ils font le constat que, à la différence des pays africains ayant basculé dans le campsocialiste après l’indépendance, en Côte d’Ivoire, «les Français continuaient de
    • posséder des plantations et de pomper les profits, mais les patrons locaux collés à euxcomme des sangsues recevaient leur pourcentage, une part qui était très importante».Mais les deux auteurs russes vont plus loin et interprètent la crise politique ivoiriennedes dix dernières années par les rivalités politiques en France. Ainsi lors de l’électionprésidentielle de 2000, les principaux opposants au général Robert Gueï —Henri KonanBédié et Alassane Ouattara— étaient les favoris de la droite française. Mais en raisonde leur disqualification, le seul opposant en lice fut Laurent Gbagbo, qui avait lui lesfaveurs des socialistes français.Or, après l’exil au Bénin de Robert Gueï, défait électoralement, les habitants du nordmusulman du pays réclamèrent un nouveau scrutin. Devant le refus de Gbagbo, desheurts violents et meurtriers s’ensuivirent.«Ces troubles reflétaient en fait un conflit au sein de la classe politique française, où leprésident Jacques Chirac cohabitait avec le gouvernement socialiste de Lionel Jospin.Les financiers qui soutenaient le parti socialiste français l’ont emporté», notent Mitina etGafourov.Le pétrole fait monter les enchèresUne dizaine d’années après, l’élection présidentielle ivoirienne tant attendue renvoie ànouveau le pays sur le chemin de l’affrontement et du sang. Mais cette fois-ci,soulignent Mitina et Gafourov, un autre facteur exacerbe les rivalités et les intérêtséconomiques: le pétrole. Un terrain sur lequel la Russie est également engagée.En effet, LukoïlOverseas (détenue à 100% par la compagnie russe Loukoïl) estimpliquée dans le Golfe de Guinée. La Russie reconnaît officiellement sa présence auGhana et en Côte d’Ivoire. En juillet 2006 et avril 2007, LukoïlOverseas a acquis desparts dans quatre projets offshore du Golfe de Guinée. En Côte d’Ivoire, elle estactionnaire majoritaire en partenariat avec OrantoPetroleum (27%) et Petroci (10%) surle bloc CI-205, et avec Vanco (28%) et Petroci (15%) sur les blocs CI-101 et CI-401.Lukoïl, deuxième plus grosse compagnie russe derrière Gazprom, et numéro deuxmondial du pétrole (derrière Exxon Mobil) en termes de réserves prouvées (en 2008), ade sérieuses ambitions en Afrique de l’Ouest.Selon le président de LukoïlOverseas, Andreï Kouziaev, qui s’est rendu en Côte d’Ivoireen 2008 et a rencontré Laurent Gbagbo, la compagnie russe comptait investir 250millions de dollars (177 millions deuros) pour l’exploitation de ces blocs pétroliers.La variable pétrole a changé la donne, estiment Mitina et Gafourov. Selon eux, la Franceet l’Occident en général voient d’un mauvais œil l’entrée en jeu des Russes et desChinois dans ce secteur:«Tant qu’il s’agissait du cacao, la France prônait un partage du pouvoir entre Gbagbo etOuattara. Désormais, sa position a changé quand il est question de pétrole».Philippe Randrianarimanana
    • Slate Afrique