Vers une participation citoyenne augmentée
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Rapport réalisé à la demande du Département de l’Intérieur et de la Mobilité du canton de Genève sur les questions liées à l’utilisation des technologies numériques pour favoriser ...

Rapport réalisé à la demande du Département de l’Intérieur et de la Mobilité du canton de Genève sur les questions liées à l’utilisation des technologies numériques pour favoriser l’interaction avec les citoyens.

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  • Vers une participationcitoyenne augmentée
  • “La créativité c’est penser à de nouvelles choses. L’innovation c’est faire de nouvelles choses.” Theodore Levitt Vers une participation citoyenne augmentée Patrick Genoud Janvier 2011“Vers une participation citoyenne augmentée”par Patrick Genoud est mis à dispositionselon les termes de la licence Creative CommonsPaternité – Pas dutilisation commerciale Licence Suisse 2.5Observatoire technologiqueDépartement des constructions et des technologies de linformationRue du Grand-Pré 64-66 ▪ Case postale 2285 ▪ CH – 1211 Genève 2Tél. +41 22 388 13 52 ▪ patrick.genoud@etat.ge.ch ▪ http://ot.ge.ch/
  • Table des matièresRésumé pour les décideurs.............................................................................................................................. 2Préambule....................................................................................................................................................... 31 - Quelle place pour le numérique ?............................................................................................................... 42 - Modes dinteraction..................................................................................................................................... 73 - Opportunités et enjeux.............................................................................................................................. 104 - Conditions de succès................................................................................................................................ 135 - Risques..................................................................................................................................................... 176 - Les outils.................................................................................................................................................. 187 - Louverture des données publiques.......................................................................................................... 208 - Un ancrage territorial................................................................................................................................ 329 - Recommandations.................................................................................................................................... 34Annexe - Exemples illustratifs........................................................................................................................ 36Remerciements.............................................................................................................................................. 54 1
  • Résumé pour les décideurs• L’usage de nouvelles technologies facilitant la collaboration et l’interaction offre des opportunités sans précédent de réaliser une administration genevoise plus ouverte, plus responsable, plus réactive et plus efficiente.• Le défi pour l’administration genevoise n’est pas technologique. C’est plutôt celui de savoir changer la façon dont elle doit s’organiser et opérer si elle désire collaborer plus étroitement avec les citoyens et les entreprises de ce canton.• Une démarche volontariste dans ce domaine doit aider l’administration genevoise à faire évoluer sa culture et ses pratiques internes afin de pouvoir rendre les données et les informations qu’elle détient plus accessibles et plus facilement utilisables; de se rendre plus consultative, plus participative et plus transparente; de construire une culture de l’innovation au sein de ses services et de promouvoir une collaboration accrue entre ceux-ci.• En permettant aux citoyens et aux usager de beaucoup mieux collaborer et interagir avec elle, l’administration va pouvoir capter leur expertise, leurs idées et leur enthousiasme pour l’aider à résoudre les défis à venir.• L’ouverture de ses données publiques offrirait à l’administration genevoise l’opportunité de plus s’ouvrir vers les citoyens, les entreprises, le monde académique et la société civile. Elle contribuerait en outre à valoriser plus largement la ressource stratégique que représente son patrimoine informationnel.• Ces nouvelles manières d’interagir avec le citoyen tout comme l’ouverture des données publiques nécessitent de s’engager dans une logique d’expérimentation ancrée dans le territoire et sappuyant sur un cadre organisationnel léger.• La volonté d’apporter des réponses à ces défis représente une occasion unique de promouvoir l’innovation sur notre territoire en impliquant tous les acteurs concernés. 2
  • PréambuleAu début de l’année 2010, nous présentions à Mme Künzler, conseillère dÉtat en charge duDépartement de l’Intérieur et de la Mobilité (DIM) et à M. Matthey, secrétaire général du DIM, unexercice de style sur le thème de louverture vers le citoyen. Cette présentation mettait en exergue lespotentialités offertes par les technologies de l’information et de la communication (TIC) en général etpar le système dinformation du territoire genevois (SITG) en particulier. Les exemples proposés ontretenu lattention de Mme Künzler qui souhaiterait lancer une ou plusieurs réalisations liées àlutilisation des technologies numériques pour favoriser linteraction avec les citoyens.Mais avant de lancer des projets concrets au sein du DIM, il est important de débroussailler un terrainencore souvent mal connu par notre administration.Le secrétariat général du DIM a donc mandaté cette étude visant à étudier les conditions cadres danslesquelles sinscrit lusage des technologies Internet pour mieux interagir avec le citoyen. Il sagit dansune première étape dillustrer ce qui se fait ailleurs dans ce domaine en apportant des informations surles retours dexpérience qui y sont liés.Ce mandat poursuit trois objectifs: 1. rappeler les différents aspects que peuvent prendre ces nouvelles manières dinteragir avec le citoyen; 2. présenter les enjeux, les opportunités, les risques et les pré-requis qui y sont liés tout en insistant sur la valeur ajoutée (pour les services de ladministration et pour les citoyens) que lon peut y trouver; 3. illustrer les potentialités offertes par les nouvelles technologies dans ce domaine et de susciter ainsi de lintérêt pour ce type dapproche auprès des chefs de service du DIM.Le mandat doit pouvoir déboucher sur des pistes concrètes permettant de lancer des projetsexpérimentaux au DIM, notamment dans le domaine de la mobilité. Avec un centre de compétence duSITG rattaché au DIM, les aspects liés à la géolocalisation sont certes importants, mais ils ne doiventpas être seuls pris en compte. Enfin ce rapport doit également envisager les pistes internes au DIMqui doivent permettre d’avancer dans ce domaine. Lappropriation des ces nouveaux usages par lescollaborateurs constitue en effet un élément de léquation que lon a trop souvent tendance à négliger.Collaboration, participation et interactions avec les citoyens constituent des thèmes qui ont fait lobjetdun nombre conséquent détudes. Quatre dentre elles, dont la perspective correspond à notreapproche, ont ainsi particulièrement retenu notre attention et ont largement contribué à enrichir cerapport1,2,3,4.1 La ville 2.0, plateforme d’innovation ouverte, D. Kaplan et Th. Marcou, FING, Ed. FYP, 20082 Quelle société voulons-nous à lère du numérique?, E. Hooge, C. Januel et J.-L. Molin, Communauté urbaine du Grand Lyon, 2010, http://www.slideshare.net/ifupvn/quelle-socit-voulonsnous-lre-numrique3 Engage, Getting on with Government 2.0, Australian 2.0 taskforce, 2009, http://www.finance.gov.au/4 Public Services 2.0 : The Impact of Social Computing on Public Services, N. Huijboom et al., IPTS, Commission Européenne, 2009, http://ipts.jrc.ec.europa.eu/publications/pub.cfm?id=2820 3
  • 1 - Quelle place pour le numérique ?Ces dernières années les technologies numériques ont bouleversé notre rapport au temps et àl’espace, notamment par leurs aspects ubiquitaires: omniprésentes, intégrées dans les objets qui nousentourent et dans nos pratiques quotidiennes, elles contribuent à faire vivre un territoire et sont aucœur des services que celui-ci propose aux usagers. Notre rapport à l’espace est en pleine mutation,avec un monde réel qui s’hybride avec le monde virtuel pour enrichir notre quotidien tout en le rendantplus complexe. Dans le même temps, ces technologies ont considérablement enrichi les formes dedialogues et dinteractions et amènent de nouvelles formes de sociabilité ainsi que des opportunitésde produire de manière collaborative les services dont nous avons besoin.La rupture amenée par le Web social et par les technologies numériques est avant tout une ruptureliée aux usages: nouvelles manières de faire et dinteragir, nouveaux modèles daffaires ou nouveauxmodes dorganisation pour ne citer que ceux-là. Ce changement de paradigme nous renvoie à unmonde en perpétuelle évolution où les approches traditionnelles ont dû céder la place à un modedexpérimentation et de prototypage permanent, la plupart du temps centré sur les usages destechnologies plutôt que sur les technologies elles-mêmes.Dans ce monde en train de se réinventer, ladministration genevoise doit trouver sa place etapprivoiser ces technologies et les usages qui vont avec afin dapporter des réponses à des questionsdéterminantes pour lévolution de notre région : • la question du vivre ensemble : quelle forme de sociabilité veut-t-on à créer dans notre canton? Voulons-nous favoriser de nouveaux modes dinteraction tels que l’autonomisation et le bien-être individuel, l’entraide et les usages collaboratifs ou l’égalité et la solidarité collective? • la question des rapports entre ladministration et les citoyens : comment bâtir la confiance nécessaire à la gouvernance du canton ? Comment construire des rapports collaboratifs et participatifs? • la question de la gestion du risque : veut-on viser un risque zéro en appliquant le principe de précaution lors de la prise de chaque décision? Désire-t-on répondre aux demandes croissantes de sécurité par l’organisation et le contrôle, par l’expérimentation et l’innovation, par l’assurance et la légalisation ou par la confiance et la coopération?Nous devons porter aujourdhui un regard « numérique » sur ces questions. Même si les tendances àlœuvre sont planétaires, même si les révolutions sont déjà enclenchées, nous avons encore auniveau local des choix à faire et des postures à affirmer dans ce domaine.Car comme le soulignent deux récents rapports de l’Observatoire technologique consacrés àl’évolution de nos administration publiques5 ainsi qu’aux nouvelles démarches d’innovation6, on attendactuellement que les entreprises et les administrations adoptent une posture différente face à leurs5 Administration Demain, X. Comtesse et G. Pauletto, Ed. Affaires Publiques, 2010, http://ot.geneve.ch/ot/IMG/pdf/AdministrationDemain2010-06-02.pdf6 Living Lab e-Inclusion - Rapport de pré-étude, P. Genoud et A. Schweizer, 2009, http://www.ict-21.ch/com- ict/IMG/pdf/OT_SATW_Rapport-Living-Lab-eInclusion-Vfinal.pdf 4
  • clients et à leurs citoyens. A l’image des usages amenés par le Web, les gens aspirent à une relationplus personnalisée, à une écoute et à un dialogue plus marqués, à une accessibilité des services entous temps et en tous lieux, à une diversité des modes de sociabilité, ainsi qu’à une transparenceaccrue des organisations. C’est de la perception diffuse de ces attentes que part la demande du DIM.Celles-ci vont clairement au-delà du simple dialogue citoyen et rejoignent les enjeux politiques etsociétaux évoqués ci-dessus.Autour de technologies facilitatrices, les tendances liées au Web daujourdhui fédèrent ces nouvellesmanières de travailler en favorisant les réseaux sociaux ainsi que le partage et la collaboration. Lacréativité et l’innovation sont devenues les maîtres mots de ce nouveau paradigme. Les technologiesnumériques ont en effet permis à l’utilisateur de passer d’un rôle purement passif à un rôle plus actif,dans lequel il devient un acteur de la création des produits, des contenus et des services qu’on luipropose. L’essor des logiciels libres ou la co-création de contenus ouverts qui s’appuient sur lescommunautés du Web en sont des exemples révélateurs.Ces tendances amènent des changements profonds au sein de la société et des organisations. Et lesecteur public néchappe pas à la règle7. Certains pays tels que les États-Unis lont intégré dans leurstratégie en favorisant lémergence dun nouveau type de gouvernement dont les modes defonctionnement reflètent ceux du monde du Web daujourdhui. La Figure 1 résume ce passage duneorganisation hiérarchique, en silos et tournée vers ses métiers à une organisation plus systémique etplus agile, orientée vers ses citoyens. Figure 1 : Les modes de fonctionnement du Web daujourdhuiEt lorsque lon évoque la conversation, la participation et la collaboration, on doit évoquer de manièresymétrique les données et les informations qui nourrissent ces interactions. Là aussi les technologiesnumériques ont changé le paradigme et permettent une diffusion sans précédent de linformation et deses usages à la source des savoirs, de lexpertise, de la créativité et de linnovation des territoires.C’est la façon dont se construisent et se partagent ces savoirs qui est en plein bouleversement et quenous devons appréhender.7 Administration Demain, X. Comtesse et G. Pauletto, Ed. Affaires Publiques, 2010, http://ot.geneve.ch/ot/IMG/pdf/AdministrationDemain2010-06-02.pdf 5
  • Le collège spécialisé des systèmes d’information de l’État de Genève a perçu ces enjeux en lesintégrant explicitement dans son plan stratégique 2009-20138. Ils a dune part relevé la nécessité degérer l’information comme une ressource stratégique de ladministration genevoise, comme unvéritable patrimoine sociétal représentant un enjeu primordial pour lavenir de notre société. Ils adautre part insisté sur la nécessité pour nos systèmes dinformation de savoir mieux souvrir vers lescitoyens et les entreprises de notre région.Nous espérons que les éléments de ce rapport permettront de concrétiser les attentes du DIM en lesinscrivant très naturellement dans cette stratégie et en les ancrant dans notre territoire.8 Plan stratégique des systèmes d’information de l’État de Genève 2009-2013, Collège Spécialisé des Systèmes d’Information, Etat de Genève, 2009, http://ot.geneve.ch/ot/article.php3?id_article=128 6
  • 2 - Modes dinteractionLes technologies Internet ont considérablement enrichi les modes d’interaction entre les individus.Elles ont amené de nouveaux usages aux potentialités souvent insoupçonnées. Nous sommes ainsipassés du Web originel qui publie des informations à un Web ubiquitaire qui permet la localisation despersonnes et la personnalisation des contenus en passant par un Web social qui permet leréseautage, la discussion, le partage et la co-création.Ces nouvelles formes dinteractions, souvent indirectes, sappuient sur une multitude doutils et deservices en ligne que lon peut souvent combiner pour enrichir encore plus lexpérience utilisateur.Fred Cavazza9 propose à la Figure 2 une représentation simplifiée des médias sociaux en 2011. Figure 2 : Panorama des médias sociaux 2011 (Fred Cavazza)9 Fred Cavazza : http://fredcavazza.net 7
  • Ce panorama est ainsi composé de 7 grandes familles correspondant aux 7 usages primaires du Webaujourdhui. Au sein de chacune de ces familles on retrouve le principaux acteurs concernés. 1. publication, avec les plateformes de blog, de micro blog (publication darticles très courts), de stream (flux de contenus) et les wikis (sites Web dont les pages sont modifiables par les visiteurs afin de permettre lécriture et lillustration collaboratives des contenus); 2. partage, avec les services permettant de partager des vidéos, des photos, des liens, de la musique ou encore des documents; 3. discussion, avec des outils et plateformes de forum, des outils de surveillance et de gestion des commentaires et des plateformes de recherche sociale; 4. commerce, avec les solutions d’avis client, les outils de feedback collaboratifs, les plateformes de recommandation et dinspiration, les sites d’achats localisés, les services dachats et de partage d’achats; 5. localisation, avec des plateformes de localisation sociale, des réseaux sociaux locaux, des réseaux sociaux mobiles et des services de partage d’évènements; 6. réseautage, avec des réseaux sociaux personnels, des réseaux sociaux professionnels, des réseaux sociaux « traditionnels » et des outils de création de réseaux sociaux; 7. jeux, où l’on retrouve les acteurs traditionnels du jeu occasionnel, mais également les nouveaux entrants du jeu en réseau ainsi que les plateformes mobiles et virtuelles.Dans cette vue d’ensemble deux acteurs ressortent du lot par l’audience qu’ils drainent et par lesinvestissements réalisés : Facebook et Google. Ce panorama na pas vocation à être exhaustif (loinsen faut) mais il prétend plutôt donner une vue d’ensemble des services et familles de services quicomposent les médias sociaux aujourdhui. Il existe naturellement de multiples autres façons decatégoriser ces usages et ces modes d’interactions, ce qui complexifie la lecture dun écosystèmebien difficile à décrypter.Participation ?Le secteur public explore plutôt timidement ces différentes manières dinteragir. Il se contente souvent de publierdes informations ou de partager des contenus; la participation à travers la discussion et le réseautage nen estsouvent quà ses balbutiements, contrairement au secteur privé où ce type dusage est plus répandu.La participation désigne ici des tentatives de donner un rôle aux individus dans une prise de décisionaffectant une communauté. LInternational Association for Public Participation 10 distingue cinq niveauxde participation : 1. Informer : à ce niveau les parties prenantes sont simplement informées des décisions prises. Une explication ou les raisons de la décision est donnée. Cest une communication unidirectionnelle. 2. Consulter : à ce niveau on demande aux parties prenantes de donner leur feedback, leur analyse et/ou des alternatives relatives à la décision à prendre (cela ne peut dailleurs concerner quune partie du processus de décision). Cest une communication bidirectionnelle qui peut se concevoir de manière continue (l’usager amène des commentaires généraux relatifs aux activités dun service via des formulaires de feedback ou en utilisant des sondages en ligne) ou exceptionnelle (l’usager est explicitement invité à donner son avis sur un sujet spécifique ou sur l’ébauche d’une politique en cours d’élaboration (blogs, wikis) durant une période limitée).10 International Association for Public Participation : http://www.iap2.org/ 8
  • 3. Impliquer : à ce niveau les parties prenantes sont impliquées dans le processus de décision. On demande aux preneurs de décision un certain degré dengagement afin de prendre en compte les propositions de ces parties prenantes. 4. Collaborer : à ce niveau les parties prenantes participent activement au processus de décision dans son entier. Elles sont reconnues comme des acteurs à part entière du processus de décision. A ce stade on peut envisager une collaboration planifiée lorsquelle concerne des initiatives lancées par un service et dont la portée de la collaboration avec les différentes parties prenantes est limitée ou alors non planifiée lorsquelle concerne des initiatives qui sont lancées par des partie prenantes externes, souvent organisées. Dans ce dernier cas les services concernés doivent être conscients de l’existence de ces initiatives et en tirer profit (forums de discussion et/ou réseaux sociaux sur lesquels les gens discutent de la qualité et de l’amélioration à apporter aux services publics). 5. Autonomiser : à ce niveau le processus de décision est simplement guidé ou facilité par léquipe de direction. Les décisions sont amenées et prises par lensemble des parties prenantes.Ou interactions plus larges ?La participation et la collaboration restent des modes d’interaction classiques, même si leur mise enœuvre n’est pas forcément des plus aisées. Mais les technologies numériques actuelles permettentde nouveaux modes d’interaction, aux formes bien plus variées, qui sont notamment liées auxpotentialités offertes par les familles « réseautage » et « localisation » de la Figure 2.C’est cette perspective large que nous désirons également aborder dans ce rapport. Les interactionsentre les différents acteurs du territoire (et les administrations publiques en constituent unincontournable), peuvent en effet prendre des formes à la fois bien plus riches et bien plus subtilesque nous illustrerons plus loin. Elles sont souvent le fait d’une interaction directe entre l’usager et leterritoire dans lequel il évolue, entre les usagers eux-mêmes et leur administration. Charge aux autresusagers (et aux services potentiellement concernés de l’administration) dêtre à l’écoute des signauxainsi générés et de savoir les déchiffrer pour ensuite les utiliser au mieux.Il nous semble important délargir le champ dinvestigation de cette étude à ces modes dinteractionplus diffus. Dune part parce que la relation entre l’usager et le territoire sur lequel il vit et il évolueconstitue toujours un élément fort. D’autre part parce que lÉtat de Genève et le DIM en particulier ontla chance de pouvoir s’appuyer sur une infrastructure et des données d’une richesse extraordinaire :le système d’information du territoire genevois (SITG) sur lequel pourraient venir se « nourrir » bonnombre de ces nouvelles modalités d’interaction.Même si nous devons initier très humblement la démarche en testant des modes de participationcitoyenne traditionnels, il faut savoir garder en tête cette perspective large ancrée dans un futur quinest déjà plus si lointain. Ceci en sachant qu’il n’y a pas de hiérarchie ni de passage obligé dans lesniveaux d’interaction proposés ci-dessus : nous pouvons très bien expérimenter dans le domaine duparticipatif augmenté sans avoir fait toutes nos classes dans celui de la consultation ou de lacollaboration. 9
  • 3 - Opportunités et enjeuxDans le contexte dune société de la connaissance et du savoir en devenir, les individusexpérimentent dans leur vie quotidienne de nouvelles manières de participer et d’interagir quilssattendent à retrouver dans leur relation avec le secteur public. Pour lheure peu dinstitutionspubliques répondent pleinement à ces attentes. Dans le même temps, les défis que notre société doitrelever se révèlent dune complexité croissante : diversité des points de vue et des contextes, échellesde temps toujours plus réduites, etc. Les méthodes utilisées habituellement pour résoudre ces défismontrent leurs limites. Le numérique offre dans cette optique des opportunités prometteuses mêmesil faut avouer un manque de recul certain dans un domaine où il reste beaucoup à expérimenter.A Genève on note une demande croissante des citoyens pour que le secteur public apporte dessolutions à des défis touchant à des sujets sensibles tels que la mobilité (cohabitation des différentsmodes de transport, chantiers en ville) ou la construction (projet Praille Acacias Vernets 11). Lenumérique propose de nouvelles approches enrichissant considérablement les démarchestraditionnelles et offre ainsi des opportunités encourageantes.Mais comme nous l’avons mentionné dans la partie introductive, les enjeux liés à ces opportunitésdoivent être pris dans une perspective large correspondant à trois enjeux majeurs liés à lusage dunumérique : celui des savoirs, celui des services et celui de lespace public12.Lenjeu des savoirsSous linfluence du Web et des technologies numériques, les savoirs aujourdhui se construisent et separtagent dune manière bien différente dil y a dix ans encore. Or ces savoirs contribuent de manièreessentielle à l’innovation et à la participation citoyenne de notre région. Et le numérique doit pouvoircontribuer positivement à cet enjeu en proposant de nouvelles modalités dimplication des citoyensdans les démarches de coproduction des savoirs.La démarche de la ville de Brest (France) est emblématique dune volonté de faire de la production desavoirs locaux un facteur de cohésion sociale. Soucieuse dune démarche participative et duneimplication des acteurs à même de porter une appropriation sociale dInternet et du multimédia dans lacité, Brest a lancé dès 2003 le site « a-brest.net13 » sous forme dun magazine dactualité où toutcitoyen peut être à la fois lecteur, contributeur et modérateur.Lenjeu des savoirs cest ainsi dêtre capable de lancer une dynamique de partage des savoirs dansun écosystème dinformation réunissant les différents acteurs du canton (citoyens, monde associatif,secteur privé, secteur public, monde académique). Cest aussi de savoir gérer laccès à linformationet à son usage pour le plus grand nombre en réfléchissant à un service déducation citoyenne à11 Projet Praille Acacias Vernets, http://etat.geneve.ch/pav/accueil.html12 Quelle société voulons-nous à l’ère numérique?, E. Hooge, C. Januel et J.-L. Molin, 2010, Communauté urbaine du Grand Lyon, 2010, http://www.slideshare.net/ifupvn/quelle-socit-voulonsnous-lre-numrique13 « a-brest.net » : http://www.a-brest.net/ 10
  • lheure du numérique, à limage des Espaces Publics Numériques 14 (EPN) lancés en France depuisune dizaine dannées.Mais cest surtout dêtre en mesure de développer la confiance des citoyens dans ces savoirs enproduisant ensemble des connaissances sur le territoire. Ce travail de coproduction sappuyant sur lesréseaux sociaux locaux pour lancer des débats et croiser des co-expertises doit permettre de produiredes savoirs partagés et faire émerger des solutions pérennes.L’enjeu des servicesLes technologies numériques ont bouleversé notre rapport au temps et à l’espace en étantomniprésentes dans notre quotidien. Elles contribuent toujours plus à faire vivre notre région et sontau cœur des services que celle-ci nous propose. Les réseaux offrent de nouvelles manières de nousrelier les uns aux autres, que ce soit dans notre vie privée ou professionnelle. En favorisant leséchanges entre individus tout comme les échanges dinformations et de savoirs, ils permettent deproduire de manière collaborative les services dont notre région aura besoin demain.Les technologies numériques offrent de nombreuses opportunités pour transformer la relation de notrecanton avec ses habitants, que ce soit via les réseaux sociaux ou les applications mobiles en tempsréel pour ne citer que celles-là. Mais le véritable défi est celui du bon usage de ces technologies, dudegré dacceptabilité des nouveaux usages envisagés, du niveau de confiance que nous aurons sugénérer ou des dynamiques de participation que nous aurons créées.Alors seulement nous pourrons essayer de mettre en place des démarches en partenariat pour « faireavec » les acteurs de notre région et nous appuyer sur leur expertise, sur leur vécu, sur leursexpériences personnelles pour améliorer les services offerts et en créer de nouveaux. Ce type deposture positionnerait notre administration comme une institution qui dialogue et qui expérimente avecses citoyens et ses entreprises, comme un véritable Living Lab15 à léchelle de la région genevoise.L’enjeu de l’espace publicLespace public est un espace partagé, traversé par des usages multiples, dans lequel cohabitent desindividus différents et où se tissent des liens parfois ténus mais où apparaissent également desfrictions voire des conflits. Cest lespace qui révèle au quotidien un enjeu majeur de notre territoire;cest celui du vivre ensemble et du lien social.Les technologies numériques ajoutent encore à la complexité de cet espace en y introduisant denouveaux usages et de nouvelles règles. Mais dans le même temps, elles constituent desopportunités pour mieux vivre ensemble et pour aider les habitants à se réapproprier lespace public.Les pratiques numériques spontanées dans l’espace public sont aujourd’hui pour leur majoritéindividuelles ou dominées par des services marchands. Nos institutions ont encore peu investi cedomaine en y instaurant une démarche volontariste active pour favoriser le « vivre ensemble » enencourageant par exemple : • les pratiques collectives autour du numérique; • l’animation de l’espace public grâce et avec le numérique.Au-delà de ces trois enjeux de société, ladministration publique peut, en favorisant les technologiesnumériques en général et une participation citoyenne augmentée en particulier, répondre à un certainnombre denjeux plus centrés sur elle-même.14 Espaces Publics Numériques : http://fr.wikipedia.org/wiki/Espace_public_numérique15 Living Lab e-Inclusion - Rapport de pré-étude, P. Genoud et A. Schweizer, 2009, http://www.ict-21.ch/com- ict/IMG/pdf/OT_SATW_Rapport-Living-Lab-eInclusion-Vfinal.pdf 11
  • Il sagit notamment de : • favoriser la transparence de ladministration et donner une meilleure visibilité et une meilleure lisibilité de laction publique; • contribuer à une légitimité accrue de l’action publique via une concertation facilitée, voire améliorée; • développer une administration plus agile qui sait écouter davantage ce qui se dit sur le Web et est ainsi capable danticiper ce que l’on appelle des « signaux faibles » (les problèmes émergents qui feront peut-être un jour les gros titres de la presse); • améliorer lefficacité des services concernés qui peuvent apporter des réponses plus rapides et mieux ciblées aux demandes des citoyens.Nous ne reprenons pas ici les enjeux liés à louverture des données publiques. Ceux-ci serontprésentés plus loin dans un chapitre spécifique à cette problématique. 12
  • 4 - Conditions de succèsSi lon désire lancer des démarches participatives ou interagir mieux (et peut-être différemment) avecles citoyens, les associations ou les entreprises, il faut savoir travailler en amont de toute démarchesur les conditions de succès qui garantiront la réussite et la pérennité des solutions envisagées. Nousreprenons dans ce chapitre les conditions de succès essentielles identifiées ailleurs comme étant lesmeilleures pratiques en la matière.Stratégie et vision globaleQuelles que soient le nombre et lampleur des projets envisagés pour améliorer les interactions entrecitoyens et administration, il est essentiel de partir dans laventure (car cen est une assurément) enayant pris le temps dasseoir une stratégie dans ce domaine. Sur une vision ancrée dans lun ouplusieurs des enjeux évoqués au chapitre précédent, il faut identifier les axes forts qui cadreront lesactions menées à tous les niveaux autour des projets lancés.Ces axes stratégiques peuvent être par exemple : • améliorer la qualité de vie des habitants du territoire; • renforcer le lien social; • renforcer le lien entre l’administration et les citoyens; • améliorer limage de ladministration; • aider l’administration à faire évoluer son rapport aux usagers; • favoriser une démarche dinnovation et dexpérimentation; • favoriser les démarches de co-création; • ou valoriser le patrimoine informationnel de ladministration.Le choix des projets, leurs objectifs, leur mode de mise en œuvre, leurs publics cibles, doiventsinscrire dans la stratégie retenue. Une stratégie que lon aura su partager en interne du départementavec les chefs de services et les collaborateurs impliqués, mais également avec les autresdépartements afin de lancer une dynamique commune dans ce domaine.Cette phase initiale de partage de la stratégie retenue permet aussi dillustrer les réalisationspotentielles en phase avec la stratégie et de les mettre en perspective. Elle aide à repérer les« transformeurs », ces chefs de services motivés avec lesquels ont pourra faire émerger desébauches de solutions possibles et lancer les projets correspondants. Dans le même esprit, il fautsavoir mobiliser les collaborateurs des services concernés dans la dynamique recherchée, à savoirnotamment celle de l’ouverture et du dialogue.Il est impératif de garder une vision globale de la problématique, telle qu’elle est exposée dansl’introduction de ce document, même si l’on commence avec des réalisations très ciblées et demoindre portée. Cette vision large remet les expériences lancées dans leur juste perspective. Ellepermet également de les inscrire dans la durée pour mieux capitaliser sur les succès obtenus ettransformer en profondeur lévolution de l’administration genevoise ainsi que le rapport des gens àleur territoire. Elle garantit enfin la cohérence et la pérennité des actions menées. 13
  • Démarche volontaristeUn autre constat indéniable relatif aux projets ayant pour vocation à accroître louverture des servicespublics vers le citoyen est que ceux-ci ont été portés politiquement de manière très volontariste. Car ilne faut pas se tromper de cible : la difficulté majeure de ce type de projet nest pas technique maisbien liée à lénergie nécessaire pour faire bouger les lignes de la culture dominante de ladministration.On pense ici notamment au manque douverture ou à laversion au risque (et donc à lexpérimentation)qui savèrent pourtant incontournables dans ce domaine. Même remarque en ce qui concerne lanécessité de savoir rassembler autour dun projet commun. Aucun modèle participatif, aucun réseausocial na réalisé de coproduction denvergure sans une adhésion préalable forte au projet.L’implication des différentes parties concernées dépend en outre fortement de la clarté du discours etdes intentions qui guident la démarche. Mais attention : être clair sur les intentions ne signifie pasforcément lêtre sur les résultats à obtenir. Dans le domaine de lexpérimentation et de linnovation, ilfaut savoir doser liberté et contrainte afin de laisser émerger la bonne solution au final.Lorsque lon désire souvrir vers les citoyens plusieurs sources notent limportance de partir dans unedémarche « projet » et non pas « problème ». Les freins culturels liés à ce changement de paradigmesaccommodent en effet mal dune dynamique négative liée à la seule résolution dun problème parlequel les collaborateurs de ladministration ne se sentent pas forcément concernés.Enfin lorsquon évoque une démarche volontariste, on suppose naturellement que celle-ci estclairement identifiée par toutes les parties prenantes et que leffort de communication nécessaire a étéentrepris dans ce sens (que ce soit en interne ou à lextérieur de ladministration).GouvernanceLorsquon envisage une relation avec le citoyen, a fortiori lorsque celle-ci passe par des outils quicomplexifient la relation entre les parties prenantes, il est nécessaire davoir mis en place unegouvernance simple et claire du dispositif. Cela signifie notamment : • éviter la tentation centralisatrice quont trop souvent les institutions publiques; • garantir une transparence des processus; • afficher une une éthique claire et cohérente; • identifier des responsables légitimés par leurs contributions; • prendre en compte toutes les contributions, même les plus modestes; • instaurer un filtrage communautaire.Posture adéquateInteragir, dialoguer, participer grâce aux technologies numériques : ces modes de faire impliquent uneposture la plupart du temps nouvelle pour notre administration et ses collaborateurs. Savoir se mettredans la bonne posture cela signifie notamment de savoir : • renforcer la logique du « faire pour » en améliorant l’efficacité des services de ladministration grâce au numérique; • redonner des responsabilités aux collaborateurs de la fonction publique, récompenser les initiatives et savoir les écouter; • faire en sorte que le lon sache sappliquer à nous-mêmes les recettes que lon voudrait appliquer vers lextérieur et donc favoriser l’appropriation en interne de ces nouveaux usages; 14
  • • mettre en place des démarches en partenariat pour « faire avec » les acteurs de notre territoire grâce au numérique; • responsabiliser les usagers et leur donner les moyens de s’investir eux-mêmes dans la production de leur région grâce au numérique; • activer et transformer les éléments pertinents du dialogue ainsi noué et reconnaître ainsi une place active à l’usager; • aller chercher vers lui et avec lui les solutions escomptées; • faire de même avec nos partenaires potentiels, ce qui signifie donc y aller avec les autres dans une approche pluridisciplinaire; • sinspirer et pas seulement copier; • inviter et non contrôler afin de générer de la confiance; • éviter la tentation centralisatrice, que ce soit au niveau organisationnel, technique ou de la gestion de linformation.Démarche dinnovation (ouverte)Les modes d’interactions envisagés dans ce rapport sont pour la plupart relativement récents dans lesecteur public. C’est pour cette raison que nous avons encore peu de recul sur leur mise en œuvre.Mais de manière générale on se trouve engagé, lorsque l’on évoque de nouvelles manières d’interagiravec les citoyens, dans une réelle démarche d’innovation qu’il faut aborder avec une approcheadaptée.La solution et surtout ses usages ne sont pas toujours clairement définis dans la phase amont duprojet. Il faut se laisser la marge de manœuvre et la flexibilité suffisantes pour faire émerger la solutionsouhaitée et ses usages avec les parties prenantes. On se retrouve alors dans une logiqued’expérimentation, de prototypage et de démarche itérative, souvent en co-création, qui estrelativement éloignées de la gestion de projets informatiques habituels. Il faut ainsi se lancer danscette voie sans penser que l’on va forcément toucher au centre de la cible au premier coup.Ces démarches itératives dinnovations se déroulent habituellement en quatre phases : 1. développer, comprendre le problème, sortir du paradigme existant, évaluer les options possibles; 2. implémenter, préparer une stratégie d’implémentation, considérer des dispositions transitoires, surveiller la période transitoire; 3. vérifier, préparer une stratégie d’évaluation, mesurer l’impact à court terme, évaluer les résultats à long terme; 4. ajuster, reconsidérer les aspirations et les objectifs, construire sur l’expérience et le succès, se préparer au prochain cycle de développement.Cela suppose de pouvoir évoluer avec un cadre organisationnel léger et savoir jouer de la simplicitéen comptant sur une équipe projet ayant le bon profil, le fameux smart team with a T profile : uneéquipe pluridisciplinaire présentant des compétences propres, avec de louverture desprit, le sens dela collaboration et un indispensable optimisme. Dans lenvironnement parfois rigide de ladministration,cela suppose une adéquation organisationnelle qui nest pas toujours évidente à obtenir. Cesdémarches dexpérimentation nécessitent également une approche réflexive sur les résultats obtenusainsi que sur la manière de diffuser les nouveaux modes de fonctionnement mis en œuvre. 15
  • Public cibléAccroître linteraction entre ladministration et le public ne signifie pas accroître linteraction entreladministration et n’importe qui, notamment lorsque lon sengage dans le dialogue ou la participation.Le public concerné est un public particulier, spécifique, et pas le public en général. Il est constituésdes gens les mieux à même d’apporter des réponses pertinentes aux questions posées. Ce sontsouvent les individus (nombreux ou pas) les plus directement touchés et intéressés par le sujet. Il peuts’agir également d’associations représentatives de ces publics cibles.De la même manière, on ne peut pas ouvrir un dialogue sur nimporte quel sujet et avec tout le mondetout en restant efficace. Il faut restreindre ce dialogue à des sujets bien cadrés.Enfin nombreux sont ceux qui notent que dans une phase initiale de dialogue et de participationcitoyenne, il ne faut pas attendre de la population monts et merveilles. Il faut du temps pour mettre enplace ce type de dynamique; patience et énergie sont donc les clés du succès.AppropriationLorsque lon évoque une participation augmentée du citoyen on a très rapidement la tentationdapporter des réponses techniques aux questions posées et de faire l’impasse sur l’appropriation dessolutions envisagées. Or cest un élément crucial qui peut détourner très vite lusager de la solutionquon lui propose.Il faut par exemple comprendre que la complexité technique ou que le jargon administratif constituentde réels obstacles pour le commun des mortels. Il faut donc savoir faire le pari de la simplicité doutilsadaptés plutôt que celui de la richesse des fonctionnalités.Il faut également comprendre que le domaine visé a souvent déjà été investi par des acteursimportants qui ont imposé leur usage des technologies envisagées (pour le meilleur, comme parfoispour le pire). Mais cest une réalité dont il faut tenir compte. Pour sen convaincre il suffit par exemplede comparer les services cartographiques de Google maps 16 et ceux pourtant beaucoup plus richesde notre SITG17. Les premiers sont conçus à la base pour le public 18, alors que les guichetscartographiques du SITG sont destinés à la base aux métiers concernés.16 Google maps : http://maps.google.com17 Guichets cartographiques du SITG : http://etat.geneve.ch/sitg/18 Google Maps and Label Readability : http://www.41latitude.com/post/2072504768/google-maps-label-readability 16
  • 5 - RisquesLes risques essentiels sont en fait liés à lincapacité de prendre correctement en compte les conditionsde succès présentées au chapitre précédent. Un récent rapport19 de la commission européenne enrelève pour sa part trois : 1. Les principes de gouvernance nécessaires à la pérennité de ces nouvelles approches ne sont pas acquis par toutes les parties prenantes. On pense ici à la légitimité, à la responsabilité, à la transparence, à lintégrité et à limpartialité, principes quil faut être capable de faire accepter à tous les niveaux. 2. Les violations de la sphère privée : en ouvrant le débat ou la production de contenus aux citoyens les menaces relatives à la protection de la sphère privée doivent être prises en compte. 3. Ne jamais oublier que lorsqu’on utilise les technologies numériques pour s’ouvrir aux usagers, l’e-exclusion n’est jamais très loin. Il est donc essentiel de garder cette réalité à l’esprit dès la conception dun projet, quel qu’il soit.Mais le risque le plus important cest de se bloquer sur les freins potentiels ou de prétendre obtenirdes réponses à tous nos questionnements avant même de lancer une quelconque initiative. Cestsouvent le meilleur moyen pour être certain de ne rien lancer. Il y a donc surtout un risque à ne rienessayer et à ne rien oser.19 Public Services 2.0 : The Impact of Social Computing on Public Services, N. Huijboom et al., IPTS, Commission Européenne, 2009, http://ipts.jrc.ec.europa.eu/publications/pub.cfm?id=2820 17
  • 6 - Les outilsNous lavons déjà mentionné plus haut, les outils ne constituent pas le point sur lequel se focaliser enpremier lorsque lon envisage une participation augmentée des citoyens. Les technologies numériqueset les médias sociaux sont légions et sont à même de répondre à la plupart des besoins relatifs auxdiverses thématiques schématisées à la Figure 2. Ils existent en outre souvent sous la forme deservices Web que nous n’avons pas forcément besoin d’intégrer dans nos infrastructures, notammentsi l’on envisage leur mise en œuvre au sein de prototypes, dans une démarche dexpérimentation.Si ces outils existent utilisons-les sans réinventer la roue à limage de la démarche « Innovention duweb2territorial20 » initiée par Loïc Haÿ et Frédéric Soussin et qui visait, en combinant innovation (etinvention) technique et innovation sociale, à ancrer les outils du Web 2.0 dans des contextes d’usagesprofessionnels des territoires. L’objectif de cette initiative lancée en 2007 est d’abaisser les barrières àl’innovation pour les acteurs locaux et de les aider à réinventer leurs métiers. La boîte à outils 21proposée dans le cadre des « Innoventeurs » a depuis lors évolué mais elle a le mérite dillustrer ladiversité de ces outils organisés par familles de services.Le problème n’est pas tant de savoir si tel ou tel type doutil existe, mais plutôt d’être au clair surl’intention liée à sa mise en œuvre. Nous ne nous attarderons donc pas sur les outils du Web 2.0 saufpour considérer trois cas qui méritent une attention particulière : les services de réseaux sociaux, lessystèmes dinformation géographiques et les solutions mobiles.Les réseaux sociauxFacebook a largement popularisé l’usage des réseaux sociaux. À limage de ce qua fait récemment laVille de Genève22, plusieurs collectivités utilisent cette plateforme comme vecteur de communication,voire de dialogue avec les citoyens. Facebook présente lavantage de rassembler une partie nonnégligeable de la population genevoise sur sa plateforme et de bénéficier de la dynamique propre àce type de réseaux sociaux. Il est plus difficile de sy « cacher » que sur un forum de discussionclassique. Mais si le DIM ou ladministration voulaient sy aventurer, il faudrait clarifier les objectifsvisés (communication, dialogue, autre), et surtout comprendre que la présence sur un réseau socialimplique de sy investir réellement avec des collaborateurs qui en ont compris la logique et lesmécanismes.Pour mettre le pieds à létrier, d’autres expériences peuvent être menées avec des solutions similairesmais intégrables dans un environnement plus contrôlé. A l’image de la solution de réseau social opensource Elgg23 ou du service Ning24 qui permettent de créer un réseau social dédié, que celui-ci soit20 Démarche Innovention du web2territorial : http://www.artesi-web2territorial.com/21 La boîte à outils des Innoventeurs : http://www.artesi-web2territorial.com/boite-a-outils/22 La Ville de Genève sur Facebook : http://www.facebook.com/villegeneve.ch23 Elgg : http://elgg.org/24 Ning : http://www.ning.com/ 18
  • orienté vers l’extérieur de l’administration ou en interne, à l’image de l’expérience concluante menéeactuellement au Service Écoles et Médias à Genève25.L’autre solution phare du moment est Twitter26, un outil de réseau social et de micro blog qui permet àl’utilisateur d’envoyer des messages brefs, appelés tweets (« gazouillis »), par Internet, parmessagerie instantanée ou par SMS. Twitter est utilisé par de nombreuses municipalités françaises 27dans une optique d’information avant tout. Mais on peut imaginer des usages internes, plus axés surla collaboration, grâce à des solutions qui permettent un usage privé telles que Yammer 28 parexemple.Les systèmes dinformation géographiquesLes systèmes dinformation géographiques (SIG) constituent des plateformes intéressantes lorsquilsagit dinteragir avec les citoyens. On le verra dans les exemples proposés en annexe, les solutionsde participation augmentée font de plus en plus appel aux données géolocalisées et à la carte(géographique) comme médiateurs dinteraction. La carte « parle » en effet aux individus. Elle amènede la facilité dusage et favorise lappropriation des solutions. Elle permet dautre part une lisibilité etune visibilité du territoire qui participent de la même logique.Enfin les SIG, et plus particulièrement le système dinformation du territoire genevois (SITG), recèlentune quantité de données qui se retrouvent potentiellement au cœur des services à destination ducitoyen et de la participation citoyenne en général.Les solutions mobilesSelon le type de solution envisagée il est essentiel de considérer la piste des appareils mobiles (lessmartphones essentiellement). Dans un monde de l’ubiquité et de l’immédiateté, ce canal decommunication devient incontournable, notamment lorsque l’on interagit en échangeant des donnéesgéolocalisées. Les nouvelles applications innovantes sont en effet souvent basées sur desrecoupements entre les données locales et le positionnement géographique de lusager.Le terminal de demain ce ne sera pas le PC, mais le smartphone. Celui-ci constitue une incroyableopportunité pour créer de nouveaux services géolocalisés et de nouveaux canaux dinteraction entreles citoyens et ladministration. Mieux vaut prendre cette réalité en compte aujourd’hui comme la faitla France en lançant linitiative Proxima Mobile 29, portail de services aux citoyens sur téléphonemobile.25 Direction des systèmes dinformation et service écoles-médias : http://www.ge.ch/sem/26 Twitter : http://fr.twitter.com/27 A limage de Toulouse, Aubervillers, Hyères, Angers, Le Val de Marne, etc.28 Yammer : https://www.yammer.com/29 Proxima Mobile : http://www.proximamobile.fr 19
  • 7 - Louverture des données publiquesNous avons vu plus haut que les données et les informations se retrouvent au cœur des processusdinteraction entre les individus et/ou les organisations. Elles constituent en outre la matière premièredun nombre croissant de services dont bénéficient très directement les citoyens et les entreprisesdun territoire.Il se trouve quune quantité importante des données gérées par les administrations pourraientbénéficier beaucoup plus largement aux usagers. Le secteur public créée en effet pour son usageinterne des données de qualité liées aux activités quotidiennes de ses différents métiers. Il na laplupart du temps pas vocation à les valoriser au-delà de ses besoins propres. Et au vu de la diversitédes usages potentiels il nen aurait de toute manière pas les moyens.Ces données publiques constituent une ressource extraordinaire qui pourrait bénéficier beaucoup pluslargement aux citoyens qui ont financé leur production. Mais la plupart du temps elles sont au mieuxproposées à la vente ou mises à disposition de certains acteurs dans des conditions peutransparentes; et le plus souvent elles ne sont pas partagées du tout.L’Observatoire technologique avait fait de louverture des données publiques (« open data » dans lemonde anglo-saxon) le thème de sa Journée de rencontre 2008 30. En deux ans ce mouvement, quiprône un partage élargi des données à caractère publique, a pris a pris de lampleur, à l’instigation laplupart du temps dinitiatives citoyennes ou de fondations privées telles que la Sunlight Foundation31.Plusieurs gouvernements comme les États-Unis32, le Royaume-Uni33, lAustralie34, la Nouvelle-Zélande35, le Danemark36, la Suède37, la Finlande38 ont ainsi mis sur pieds des plateformes nationalesde données publiques ouvertes. La France39 a créé lAgence du patrimoine immatériel de lÉtat pourlancer le mouvement. Les Nations-Unies40 et la Banque mondiale41 ont elles aussi créé leur propreentrepôt de données publiques ouvertes.De nombreuses régions dEurope, grandes villes ou collectivités locales ont également tentélexpérience et ont décidé de libérer leurs données publiques afin de permettre la création, par leshabitants eux-mêmes, de services innovants.30 Vers des données publiques ouvertes, 18è Journée de rencontre de lObservatoire technologique, 2008, http://ot.geneve.ch/ot/article.php3?id_article=8931 Sunlight Foundation : http://sunlightfoundation.com/32 Data.gov : http://www.data.gov/33 Opening up government : http://data.gov.uk/34 Data Australia : http://data.australia.gov.au/35 data.govt.nz : http://data.govt.nz/36 Digitalisér : http://digitaliser.dk/37 opengov.se ; http://www.opengov.se/38 suomi.fi : http://www.suomi.fi/39 Agence du patrimoine immatériel de lÉtat : https://www.apiefrance.fr/40 unData : http://data.un.org/41 The World Bank Catalog : http://data.worldbank.org/data-catalog 20
  • On citera notamment : • aux États-Unis les villes de Boston, Chicago, New Orleans, New York, Portland, San Francisco, Washington; • au Canada les villes de Calgary, Edmonton, Nanimo, Toronto, Vancouver; • au Royaume-Uni les villes de Birmingham, Lichfield, Londres; • en France les villes de Paris, Bordeaux, Brest, Lille, Marseille, Montpelier, Rennes, Toulon; • et en Suisse le canton de Bâle-Ville.Ces données publiques ouvertes sont issues d’organismes d’État, de collectivités territoriales oud’entreprises sous contrat public. Ce sont toutes les données et informations rassemblées, créées,conservées ou éditées par les administrations et les services publics. Elles sont mises à dispositiondes programmeurs, des journalistes, des universitaires, des citoyens et des entreprises dans lamesure où elles ne portent pas atteinte à la sphère privée ni à la sécurité du territoire ou despersonnes.L’adjectif ouvert suppose qu’elles soient accessible dans un format permettant une exploitationdirecte. Pour clarifier le discours on parle aussi de données libres et ouvertes, entendant par là quelaccès à ces données est ouvert et gratuit. Il nexiste pour lheure aucune définition officielle dunedonnée ouverte, même si certains comme la Open Knowledge Foundation 42 en proposent une qui estdéjà largement acceptée43. On peut mentionner également les 10 principes44 édictés par la SunlightFoundation45 qui doivent faciliter l’ouverture des données publiques.En Europe, à limage de la directive Inspire46 qui offre un cadre à la libération de donnéesgéoréférencées et à lexploitation des informations publiques, ces initiatives peuvent sappuyer sur uncadre réglementaire qui impose que les données publiques doivent pouvoir être rendues : • accessibles et réutilisables; • à des fins commerciales ou non; • dune manière non-discriminatoire et non exclusive; • à des coûts qui nexcèdent pas leur coûts de production.Libérer les données revient à leurs conférer, dans les mains de tiers privés, une finalité autre que lamission de service public pour laquelle elles ont été produites initialement. Dans le cas de réutilisationà des fins commerciales, le niveau de restriction de l’exploitation peut varier selon la stratégied’ouverture déployée par les administrations publiques concernées. Mais dans tous les cas lobjectifest de faire bénéficier la société aussi largement que possible de la richesse potentielle des donnéespubliques. Ce type dapproche sinscrit dans la vision de systèmes dinformation sociétaux évoquésdans le plan stratégique 2009-201347 élaboré par le collège spécialisé des systèmes d’information del’État de Genève.42 Open Knowledge Foundation : http://okfn.org/43 Open Knowledge Definition : http://www.opendefinition.org/okd/44 Ten Principles for Opening Up Government Information : http://sunlightfoundation.com/policy/documents/ten-open-data- principles/45 Sunlight Foundation : http://sunlightfoundation.com/46 Directive Inspire, 2007/2/CE du Parlement européen et du Conseil du 14 mars 2007 : http://inspire.jrc.ec.europa.eu/47 Plan stratégique des systèmes d’information de l’État de Genève 2009-2013, Collège Spécialisé des Systèmes d’Information, Etat de Genève, 2009, http://ot.geneve.ch/ot/article.php3?id_article=128 21
  • EnjeuxData.gov48, la première initiative douverture des données publiques avait deux objectifs principaux.Tout d’abord, la volonté d’impulser une communication bottom-up et de faire émerger de nouvellesidées de gouvernance, en renforçant la transparence des services publics, la participation descitoyens, et la collaboration entre l’État et ses administrés. L’ouverture des données publiques a aussiété pensée comme un moyen d’améliorer l’efficience des agences gouvernementales dont la plupartnumérisaient déjà les données dont elles disposaient. Data.gov a ainsi été conçu comme un outil pourles aider dans leurs missions de service public.Mais dautres enjeux majeurs se cachent derrière louverture des données publiques comme lontdétaillé plusieurs rapports sur le sujet49,50,51 : 1. l’accès aux données publiques constitue un outil formidable pour améliorer la transparence de nos institutions; 2. ces données constituent un actif que le secteur public doit savoir mieux valoriser en laissant par exemple le soin au secteur privé et à la société civile de le faire; 3. les données publiques, et les premières réalisations le prouvent, constituent un réel moteur à l’innovation et contribuent à rendre un territoire attractif et compétitif; 4. enfin ces données constituent un bien commun qui peut améliorer la vie de chacun et de la société en général et contribuer au débat public et à la démocratie.Outre le fait que la loi de nombreux pays impose la mise à disposition de ces données publiques, largumentmaintes fois avancé pour le justifier est que les citoyens ont déjà payé pour la production de ces données et quiln’y a aucune raison de devoir débourser une seconde fois pour y accéder. Ceci dautant que la mise àdisposition des données numériques nengendre dans la plupart des cas que des coûts marginaux.Quelles données publiques ?De très nombreux types de données publiques peuvent être libérées par une administration. En voiciune liste non exhaustive52 : 1. mesures de pollution ou du trafic; 2. occupation de la voirie, des bâtiments, des chantiers, des parkings; 3. flux urbains, circulation; 4. description du territoire via des cartes, le cadastre, les réseaux de télécommunications, les infrastructures, les bâtiments, les capteurs, les données issues de systèmes d’information géographique; 5. données de surveillance et capteurs urbains; 6. informations touristiques, culturelles, données d’archives; 7. fonds documentaires tels que études, réglementations, statistiques; 8. réseaux urbains tels que réseau deau, dénergie, des transports collectifs; 9. données « politiques » telles que projets, enquêtes, délibérations ou subventions;48 Data.gov : http://www.data.gov/49 Power of Information Taskforce Report, UK Parliament and UK Cabinet Office, 2009, http://webarchive.nationalarchives.gov.uk/20100413152047/http://poit.cabinetoffice.gov.uk/poit/50 Open Data Study, Transparency and Accountability Initiative, Becky Hogge, 2010, http://www.soros.org/initiatives/information/focus/communication/articles_publications/publications/open-data-study- 20100519/open-data-study-100519.pdf51 Quelle société voulons-nous à lère du numérique?, E. Hooge, C. Januel et J.-L. Molin, Communauté urbaine du Grand Lyon, 2010, http://www.slideshare.net/ifupvn/quelle-socit-voulonsnous-lre-numrique52 Charles Népote, Réseau social de la Fing, Réutilisation des données publiques 2010, http://www.reseaufing.org 22
  • 10. localisation et horaires d’ouverture des services, commerces, espaces publics, culturels sportifs et associations.Outre les aspects liés au respect de la sphère privée et à la sécurité, seuls les potentialités dusage enlimitent la libération. En effet, même si les coûts de mise à disposition de données numérisées sont laplupart du temps très faibles, il faut toutefois en entrevoir une utilité citoyenne ou sociétale pourconsentir cet effort.Pour en faire quoi ?La société civile exige une transparence accrue de nos institutions. L’évolution du Web en général et l’ouverturedes données publiques en particulier participent activement de ce mouvement et sont en train de modifier larelation que les citoyens entretiennent avec leurs représentants à l’image de ce que réalise la SunlightFoundation53 aux États-Unis. Celle-ci conçoit de nouveaux outils pour aider les internautes à utiliser les donnéespubliées par les autorités et co-créer de nouvelles formes de relations entre citoyens et institutions. Cest parexemple le cas avec les projets Poligraft 54, Influence Explorer55, ou Transparency Data 56. OpenlyLocal57 etmySociety.org58 au Royaume-Uni et Montréal Ouvert 59 au Canada travaillent dans le même esprit. En France, lecollectif Regards Citoyens60 a également lancé des initiatives très intéressantes pour alimenter le débatdémocratique : • le site NosDéputés.fr61 qui cherche à mettre en valeur l’activité parlementaire des députés de l’Assemblée Nationale Française; • « Simplifions la loi 2.062 » qui, pour aider à leur compréhension dans une démarche participative et citoyenne, donne accès à chacun des articles de plusieurs projets ou propositions de loi ainsi qu’aux amendements proposés par les parlementaires; • « Redécoupage électoral63 » qui évalue l’impact du redécoupage de la carte législative sur la répartition des sièges de l’hémicycle à l’Assemblée nationale; • « Numérisons les lobbyistes64 » qui vise à donner plus de visibilité sur les représentants d’intérêt auditionnés à l’Assemblée nationale.Ces initiatives peuvent exister parce que les données publiques qui les nourrissent sont (plus oumoins) facilement accessibles.Bien au-delà du débat démocratique, on peut imaginer de nombreux services pouvant êtredéveloppés à moindre coût grâce à lexpertise des personnes concernées et à des données publiquesouvertes : • localisation en temps réel des transports publics;53 Sunlight Foundation : http://sunlightfoundation.com/54 Poligraft : http://poligraft.com/55 Influence Explorer : http://influenceexplorer.com/56 Transparency Data : http://transparencydata.com/57 OpenlyLocal : http://openlylocal.com/58 MySociety.org : http://www.mysociety.org/59 Montréal Ouvert : http://montrealouvert.net/60 Regards Citoyens : http://www.regardscitoyens.org/61 Nos Députés.fr : http://www.nosdeputes.fr/62 Simplifions la loi 2.0: http://www.regardscitoyens.org/simplifions-la-loi/63 Redécoupage électoral : http://www.regardscitoyens.org/redecoupage/64 Numérisons les lobbyistes : http://www.regardscitoyens.org/lobbyistes/ 23
  • • plateforme d’information, de calcul d’itinéraire et de paiement pour les transports en commun; • cartographies interactives des espaces et établissements accessibles aux handicapés ou aux personnes dépendantes; • visualisation des remarques les plus fréquemment formulées par les habitants; • information en temps réel et géolocalisée des chantiers, de l’état de la voirie; • applications mobiles de reconnaissance visuelle et de recensement de la flore, des éléments architecturaux, patrimoniaux et culturels; • outils de représentation de l’invisible : pollution sonore, atmosphérique, prix du foncier; • outils de visualisation interactif permettant de traiter visuellement des données statistiques ou textuelles, à l’instar de Google public data explorer 65 ou Many Eyes 66 d’IBM.La liste est loin dêtre exhaustive car louverture des données publiques ouvre la voie à des initiativesentrepreneuriales ou citoyennes qui représentent un potentiel d’innovation économique, industrielle etsociale considérable encore largement insoupçonné.Une dynamique nouvelleAu-delà des enjeux de transparence et de participation augmentée liés à louverture des donnéespubliques, cest la mécanique dexpérimentation qui laccompagne qui doit nous apporter desbénéfices. Comme le souligne Chris Taggart67 de OpenlyLocal, celle-ci devrait nous aider à passer dumode du « Fail big, fail slow » au mode du « Fail fast, fail forward »; cest-à-dire de se mettre dans unmode qui nous permette de construire sur nos échecs.Cet esprit d’ouverture et de participation continue à animer les sociétés américaine et britannique. Laquestion de savoir si elle va la transformer reste d’actualité, à mesure que les initiatives continuent dese multiplier. Mais même si les résultats ne sont pas tout à fait là, cet esprit ne semble pas faiblir, bienau contraire.Dans tous les cas la libération de données publiques et la création de services innovants par leshabitants, interrogent sur une société dans laquelle le citoyen devient lui-même potentiellementproducteur de services. Cela représente-t-il une perte de pouvoir pour le service public et pour lesinstitutions? Ou cela améliore-t-il au contraire la transparence de ces mêmes institutions? Cela pose-t-il les bases dune meilleure coproduction de la cité, dune dynamique collaborative accrue avec lescitoyens? Est-ce le début dune nouvelle forme de gouvernance? Autant de questions auxquels lespolitiques vont devoir réfléchir pour répondre à une attente de plus en plus forte des individus.Un mouvement à accompagner, voir à stimuler !Ouvrir les données publiques, c’est-à-dire laisser la main aux citoyens et aux entreprises, n’est pastoujours suffisant pour leur permettre de développer eux-mêmes les services dont ils ont besoin. Ilsn’ont pas forcément les compétences, le temps ou l’envie de s’engager. La raison est probablementautant sociale et comportementale que technique. Les habitants qui auraient le plus besoin debénéficier de nouveaux services ne se sentent pas la légitimité pour le faire et n’en ont même pasl’idée. Ladministration publique qui s’engage dans cette voie doit donc veiller à ce que les services65 Google public data explorer : http://www.google.com/publicdata/home66 Many Eyes : http://www-958.ibm.com/software/data/cognos/manyeyes/67 Open data : the reward of failure, Chris Taggart, 2010, http://www.slideshare.net/countculture/open-data-the-rewards-of- failure 24
  • ainsi développés puissent bénéficier au plus grand nombre (quels que soient son niveaud’équipement et son niveau de compétence).L’ouverture des données ne suffit pas pour qu’elles donnent prise à une réelle « participationcitoyenne ». Il faut appuyer cette démarche par des dispositifs sociaux et des plates-formesparticipatives comme lont montré les concours de développement d’applications d’Apps forDemocracy68, de Mashup Australia Contest69, de Show us a Better Way70 (encadré ci-dessus) ou de laville de Rennes71.Dautres initiatives comme celles de la Fing72 en France cherchent à rassembler tous les acteurs de ladémarche dans un même élan afin de créer des synergies et daccélérer le mouvement. La Fingmobilise les entreprises, médias, associations et organismes publics susceptibles de faire un usageinnovant des données, créant une animation dynamique des acteurs du territoire et y faisantconverger dautres acteurs innovants.Lobjectif est de faire émerger un nombre significatif didées, de scénarios, de maquettes ou deprototypes de services et dusages fondés sur les données concernées, et de les pousser aussi loinque possible vers une mise en application. Dans ce but : • des appels à idées, un concours, sont organisés à léchelle territoriale et nationale; • des ateliers créatifs rassemblent des acteurs du territoire, aidés par des designers, pour faire émerger des idées et les transformer en projets individuels ou collectifs; • des promotions détudiants sont mobilisées pour concevoir des projets novateurs, ou assister des porteurs de projets qui manquent de certaines compétences; • des rencontres permettent aux porteurs de projets de partager leurs idées, de nouer des partenariats, de bénéficier de conseils; • une manifestation publique présente les projets les plus aboutis et rend compte de la créativité qui sest exprimée pendant la durée de lexpérimentation.La Fing a publié à cette occasion un guide 73 à lusage des territoires et de leurs partenaires dontlobjectif objectif est de faciliter lengagement des collectivités territoriales dans une démarchedouverture de leurs données publiques.L’Open Data Study74 tire une leçon intéressante des observations faites aux États-Unis comme auRoyaume-Uni dans ce domaine. La conduite de l’ouverture des données a nécessité l’intervention detrois catégories d’acteurs : • la société civile, et en particulier un petit groupe de « civil hackers » très motivés; • des fonctionnaires gouvernementaux de peu d’influence, mais compétents et engagés; • les hautes sphères du pouvoir, guidées soit par une pression extérieure (au Royaume- Uni), soit par le climat réformateur d’une nouvelle administration (aux États-Unis).68 Apps for democracy : http://www.appsfordemocracy.org/69 Mashup Australia Contest : http://mashupaustralia.org/70 Le site http://www.showusabetterway.com nest plus en activité (versé aux archives)71 Concours « Rennes Métropole en accès libre » : http://www.data.rennes-metropole.fr/fr/le-concours/le-dossier- dinscription.html72 Réseau social de la Fing (Fondation Internet Nouvelle Génération), Réutilisation des données publiques 2010, http://www.reseaufing.org73 Guide pratique de louverture des données publiques territoriales, Fing, 2011, version de travail en cours délaboration : http://doc.openfing.org/RDPU/GuidePratiqueDonneesPubliquesv1beta.pdf74 Open Data Study, Transparency and Accountability Initiative, Becky Hogge, 2010, http://www.soros.org/initiatives/information/focus/communication/articles_publications/publications/open-data-study- 20100519/open-data-study-100519.pdf 25
  • Quelques exemples illustratifsLes services réalisés en utilisant des données publiques ouvertes sont nombreux. Nous proposons ci-dessous75 quelques cas décole illustrant la diversité des types de données publiques et des servicesélaborés sur celles-ci dans des domaines volontairement très différents. « Show us a better way » « Et vous, que feriez-vous de mieux avec linformation publique ? » Avec cette question, le gouvernement britannique lançait, mi-2008, un concours didées ouvert au public. Parmi les idées primées : • un calculateur ditinéraires pour cyclistes; • un portail des services et emplois accessibles aux jeunes seniors sur un territoire; • un service pour mesurer les chances dun enfant de sinscrire à telle ou telle école; • un outil qui classe les rues en fonction du taux de déchets recyclés; • un service pour mieux gérer les parcelles dhorticulture dans les villes; • un localisateur de boîtes aux lettres, un autre pour les toilettes publiques… Daprès Fing 2010Santé – « Astmapolis »Asthmapolis76 est un exemple de projet santé innovant basé sur le partage de données. Lesasthmatiques peuvent se procurer des inhalateurs dotés de services de géolocalisation (GPS). Dèsquils lactivent, le GPS envoie un signal de positionnement. Les données sont alors collectées sur laplateforme Internet qui recense les zones à risques et les sources potentiellement allergisantes en lesrecoupant avec les données locales. Les résultats sont accessibles sur smartphone pour des usagespréventifs.75 Source Libertic : http://www.slideshare.net/libertic via http://libertic.wordpress.com/libertic/76 Asthmapolis : http://asthmapolis.com/ 26
  • Culture – « Bookzee »Bookzee77 permet de trouver la bibliothèque la plus proche qui possède le livre que vous recherchez.En recoupant les données de géolocalisation et les données des bibliothèques municipales, ceservice offre des prestations culturelles adaptées aux besoins.Mobilité – « Rennes en Roue Libre »Rennes en Roue Libre78 est une application gratuite permettant de trouver en quelques secondes un vélo ou unemplacement libre, à Rennes. Grâce à la fonction de géolocalisation de l’iPhone, Rennes en Roue Libre indiqueinstantanément les stations les plus proches. Lapplication permet également de connaître à distance le nombrede vélos ou de places disponibles de chaque station et en temps réel.77 Bookzee : http://www.bookzee.net/78 Rennes en Roue Libre : http://www.thibaut-loubere.com/rennes-en-roue-libre/ 27
  • Démocratie – « Where does my Money go ? »Le site Where does my Money go?79 permet de visualiser la répartition des budgets publics demanière à les rendre plus compréhensibles et plus lisibles par le grand public.Éducation – UK School FinderUK School Finder80 est une application qui affiche sur des fonds de carte Google les écoles duRoyaume-Uni en les classant selon des critères officiels (Ofsted et DFES).79 Where does my Money go ? : http://wheredoesmymoneygo.org/80 UK School Finder : http://www.schoolmap.org.uk/ 28
  • Environnement – Community RiversCommunity Rivers81 est une application Web proposée par lassociation sans but lucratif du mêmenom qui permet de collecter et de partager des informations relative à la gestion des rivières et descours deaux australiens.Les exemples sont légions dans de nombreux autres domaines et la liste des services et applicationsbasés sur des données publiques ouvertes ne fait que croître jour après jour.Valeur économique de louverture des données publiquesComme le note Marco Fioretti82, on peut classer la valeur économique des données publiques endeux catégories distinctes: la première provient des économies réalisées à lintérieur desadministrations (valeur interne), que ce soit grâce à la suppression dactivités rendues inutiles ou à lapossibilité daugmenter leur efficience. La deuxième est la création de valeur hors du secteur public(valeur externe) qui correspond notamment aux nouvelles opportunités offertes au secteur privé, auxindividus ou à la création demplois.La valeur interne liée à louverture des données publiques est principalement liées aux économiesréalisées par le fait que les services et produits créés à partir de ces données ne lont pas été sur desfonds publics. Les concours lancés par la ville de New-York83 ou par le district fédéral de Washington84sont révélateurs. Ainsi dans ce dernier cas, la ville a pu bénéficier de développements dune valeur deprès de 2.5 millions de dollars en réponse à un concours doté de 50 mille dollars de prix.Le fait douvrir ses données publiques permet également à certains services déconomiser sur letemps passé à répondre à des requêtes daccès à ces données lorsquelles ne sont pas ouvertes. Oncite également le cas de données dont la qualité sen trouve améliorée par les utilisateurs externeslorsquelles sont ouvertes.La valeur externe provient principalement du fait que louverture des données publiques permet à plusde compagnies de participer à divers points de la chaîne de valeur, en diversifiant les produits et les81 Community Rivers : http://www.communityrivers.org.au/82 Open data, open society, Marco Fioretti, LEM, Sucola Superiore SantAnna, Pisa, 2010, http://stop.zona- m.net/2011/01/the-open-data-open-society-report-2/83 NYC Big Apps 2.0 : http://nycbigapps.com/84 Apps for democracy : http://www.appsfordemocracy.org/ 29
  • services créés sur ce type de données, ce qui conduit à une augmentation des taxes sur le revenu. Ilfaut y ajouter les frais induits par un accès limité aux données publiques pour ce même type dacteurs:perte de temps et dargent liés à une utilisation peu aisée de ces données. A lautre bout de la chaîne,la valeur externe provient des gains liés à lutilisation des produits et des services construits sur cesdonnées, ce qui contribue à une qualité de vie améliorée pour les citoyens et les entreprises qui enbénéficient.Le Danemark a par exemple investi 2 millions dEuros pour libérer ses adresses 85 avec des gainsdirects pour les entreprises estimés à 5 millions dEuros environ. Le concours Apps for Democracy 86lancé par la ville de Washington en 2008 aurait, pour un coût de 50000 dollars, généré desapplications dont la valeur totale avoisinerait les deux millions de dollars87.En 2002 la Catalogne décide de créer une plateforme Internet pour promouvoir la réutilisation de sesdonnées géographiques et faciliter le travail des chercheurs locaux. Elle a rendu ses données plusaccessibles et disponibles au secteur privé comme public. Pour un investissement de 1.5 millionsdEuros, on estime que les gains liés à lefficacité accrue des parties prenantes concernées semontent à 2.6 millions dEuros dès la première année.Une opportunité pour GenèveAvec le système dinformation du territoire genevois (SITG) le canton de Genève dispose duneopportunité extraordinaire dexpérimenter relativement facilement la mise à disposition dune partie deses données publiques. La majorité des données du SITG sont effet publiques et déjà disponibles surle guichet cartographique88 du SITG où lon peut afficher simultanément les données correspondant àde nombreuses thématiques. Mais le guichet ne permet pour linstant quune consultation de cesdonnées. Cest seulement sur demande et à certaines conditions que lon peut accéder directementaux données brutes du SITG.De par leur nature géo-référencée, une grande partie des données du SITG sont potentiellementcandidates à se retrouver au cœur des services de demain, que ceux-ci soient mis en œuvre par desparticuliers, des entreprises ou des associations, à limage de lexercice de style sur la mobilité 89(pistes cyclables) que nous avons proposé aux mandants de ce rapport au début 2010. On peutégalement envisager des partenariats entre ladministration cantonale et ces différentes partiesprenantes.Ladministration cantonale genevoise na pas pour mission de développer ces services à valeurajoutée. Laurait-elle quelle naurait de toute manière pas les ressources pour répondre à la quantitéet à la diversité des besoins des citoyens et des entreprises du canton, dautant que la grandemajorité de ces services restent encore à imaginer.Ceci est particulièrement vrai pour les données du bâti 3D du canton 90. Genève est probablementlune des seules villes de la planètes à disposer de données tridimensionnelles de lensemble de sesbâtiments, et ceci de manière totalement intégrée à son système dinformation géographique. Cesdonnées constituent une mine dor pour les urbanistes, les architectes, les laboratoires universitaires,85 The value of Danish address data, Danish Enterprise and Construction Authority (http://www.ebst.dk), http://www.adresse-info.dk/Portals/2/Benefit/Value_Assessment_Danish_Address_Data_UK_2010-07-07b.pdf86 Apps for democracy : http://www.appsfordemocracy.org/87 Source http://www.istrategylabs.com/2008/11/apps-for-democracy-yeilds-4000-roi-in-30-days-for-dcgov/88 Guichet cartographique du SITG : http://etat.geneve.ch/sitg/guichet-4254.html89 Ouverture vers les citoyens - Exercice de style sur la mobilité, Patrick Genoud, Observatoire technologique, 2010, http://ot.geneve.ch/ot/article.php3?id_article=12190 Guichet cartographique tridimensionnel Geo3D du canton de Genève : http://etat.geneve.ch/geoportail/geo3D/ 30
  • les décideurs et pour la population genevoise dans son ensemble. Il serait regrettable den restreindrelusage à un cercle restreint.Le SITG présente limmense avantage dêtre construit sur une architecture ouverte et parfaitementtransversale qui permet un partage aisé des données structurées et bien documentées quil renferme.Les interfaces de programmation existent et sont documentées. Techniquement, le pas vers lalibération de tout ou partie des données du SITG constituerait presque une formalité. Dautre part lesutilisateurs du SITG travaillent depuis le début dans une logique de collaboration et déchange quicorrespond à celle quil faudrait mettre en place pour ouvrir nos données vers lextérieur.Mais de nombreux obstacles devraient encore être franchis pour ouvrir réellement les donnéespubliques du SITG. La loi relative au SITG91 devrait être modifiée et les aspects juridiques voireéthiques92 liés à louverture des données devraient être étudiés. Toutes les mentalités ne sont pasprêtes à cette révolution et ralentiraient probablement le processus. Enfin toutes les données du SITGne sont pas dune qualité suffisante pour pouvoir être ouvertes sans autre. Mais pour se lancer dansdes expérimentations exploratoires, tout y est : des jeux de données de qualité, structurées,documentées, et en prise directe avec les préoccupations de la population; une infrastructuretechnique éprouvée et ouverte; des volontés daller de lavant à lintérieur de ladministration et descitoyens et des entreprises demandeurs de cette opportunité (voir chapitre suivant).Nous avons concentré notre discours sur les données du SITG qui constituent probablement un casdécole. Mais de nombreuses autres données qui constituent la richesse de ladministration genevoiseont vocation à être ouvertes. Leur ouverture constituerait une formidable occasion dassocier leshabitants et les entreprises à une démarche de co-production et de participation ouverte au vivreensemble que nous recherchons tous. Ce serait mettre le numérique au service dune dynamiquesociale et croire en lintelligence créative des forces vives de notre canton. Dautant que comme lerappelait Charles Nepote : « Si vous ne partagez pas vous-même vos données publiques, dautres leferont à votre place ! ».Tout nest cependant pas si évident. Comme le souligne Daniel Kaplan93, l’ouverture des donnéespubliques est un processus vaste et complexe, qui implique de très nombreux acteurs. Elle redistribuel’information, le pouvoir, les responsabilités, selon des lignes difficiles à anticiper. Ses conséquencesse feront probablement sentir dans de très nombreux domaines, elles influerons de nombreux métierset certains modèles économiques devront être redéfinis. Selon la manière dont nous ouvrirons l’accèsaux données, et selon ce que nous ferons après avoir ouvert cet accès, certaines de cesconséquences pourraient être moins positives que nous ne le souhaiterions. Mais si nous nelexpérimentons pas, nous naurons pas de réponse à ces questions.91 Loi relative au système d’information du territoire à Genève, B 4 36, 17 mars 2000, http://www.ge.ch/legislation/rsg/f/s/rsg_b4_36.html92 A limage de la charte déthique des représentations 3D co-élaborée par le canton de Genève en 2010, http://www.3dok.org/fr/la-charte93 L’ouverture des données publiques, et après ?, Daniel Kaplan, InternetActu, novembre 2010, http://www.internetactu.net/2010/11/09/louverture-des-donnees-publiques-et-apres/ 31
  • 8 - Un ancrage territorialLes exemples illustratifs proposés plus haut doivent constituer des sources dinspiration pour mettre lepied à létrier dans ce domaine. Mais il serait erroné de trop se focaliser sur eux et de vouloir lesdupliquer dans notre environnement genevois. Comme nous lavons déjà souligné, les démarchesdouverture, de participation et de co-création avec les citoyens sinscrivent dans des logiquesdinnovation et dexpérimentation qui doivent savoir senrichir du terreau local. Les contextes et lesdegrés de maturité des différentes parties prenantes peuvent changer de manière importante dunerégion à lautre. Cest avec les personnes concernées (usagers, associations, collaborateurs de lafonction publique, secteur privé, monde académique) et dans une logique pluridisciplinaire quil fauttravailler pour faire émerger des solutions pérennes. Cette pérennité il faut aller la rechercherprincipalement dans une approche globale et ouverte des défis posés et dans une appropriation au filde leau des solutions que lon désire mettre en place.Dans une démarche dinnovation ouverteLa tentation pour ladministration de proposer des solutions « clés en main » aux usagers sera grande,notamment si lon fait référence à des expériences simples et déjà couronnées de succès ailleurs.Mais si nous désirons nous mettre en mouvement dans le bon mode, il faut savoir dentrée travailleravec les parties concernées pour rechercher avec elles les solutions dont elles ont réellement besoin(et envie).Ladministration cantonale peut sappuyer sur de nombreuses compétences pour aller de lavant danscette logique. Au sein du think tank Think Services94 dont lobjectif est daider la société civile àsapproprier durablement la dynamique des services, lObservatoire technologique travaille depuisplusieurs mois sur des méthodes créatives sinscrivant directement dans ces démarches dinnovationouverte.Celles-ci, souvent initiées par des classes créatives actives dans le monde virtuel demandent toujoursplus à se cristalliser autour de lieux physiques ancrés dans le territoire et qui ne sont ni réellementpublics, ni vraiment privés : les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité95. Avec La Muse96,Genève a la chance de bénéficier de lun de ces tiers-lieux dont notre administration peut bénéficiertrès directement si elle désire aller à la rencontre de ses citoyens pour faire émerger avec eux (etavec dautres : secteur privé et/ou monde académique) les solutions de demain.La Muse peut notamment sappuyer sur le réseau dentrepreneurs Rezonance97 qui regroupe 34000membres à travers la Suisse romande et dont plusieurs ont des compétences fortes à apporter dansles domaines qui nous intéressent : Web participatif, réseaux sociaux, mobilité, etc.94 Think Services : http://www.thinkservices.ch95 Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité, P. Genoud et A. Moeckli, Revue Économique et Sociale, juin 2010, http://ot-lab.ch/?p=7996 La Muse : http://www.la-muse.ch97 Rezonance : http://www.rezonance.ch 32
  • Dautres structures proposent des approches qui sinscrivent totalement dans les démarchesdinnovation ouverte. Ainsi lagence Lift Lab98 propose à ses clients des ateliers de co-conception quipeuvent bénéficier des nombreuses compétences pointues présentes à Genève lors de la conférenceinternationale Lift99 quelle organise chaque année. Dans le cadre de lédition 2011 qui aura lieu du 2au 4 février, lObservatoire technologique monte actuellement un atelier avec Lift Lab sur le thème delouverture des données publiques en impliquant des responsables métiers de ladministrationcantonale.Comme nous lavions déjà relevé dans un précédent rapport100, mentionnons également un acteurimportant du territoire genevois quil faut savoir inclure dans la boucle vertueuse de linnovationouverte. Il sagit du milieu associatif genevois qui peut nous aider à : 1. légitimer notre action et gagner plus facilement la confiance nécessaire auprès des usagers; 2. dialoguer directement avec un partenaire souvent déjà identifié et connu de ladministration; 3. entamer un dialogue plus ciblé avec les catégories de citoyens visées; 4. bénéficier dun « filtre » actif entre l’administration et les usagers concernés.Enfin le territoire lémanique bénéficie dun réseau académique de premier ordre avec lequel nousdevons apprendre à mieux travailler dans une logique pluridisciplinaire et ouverte.98 Lift Lab : http://www.liftlab.com/99 Conférence Lift : http://liftconference.com/100 Living Lab e-Inclusion - Rapport de pré-étude, P. Genoud et A. Schweizer, 2009, http://www.ict-21.ch/com- ict/IMG/pdf/OT_SATW_Rapport-Living-Lab-eInclusion-Vfinal.pdf 33
  • 9 - RecommandationsL’usage de nouvelles technologies facilitant la collaboration et l’interaction offre des opportunités sansprécédent de réaliser une administration genevoise plus ouverte, plus responsable, plus réactive etplus efficiente. Une question initiale doit être posée et rapportée aux enjeux évoqués au chapitre 3 :« Quel est le projet de société que lon entrevoit derrière ce mandat? »Le défi pour l’administration genevoise n’est pas technologique. C’est plutôt celui de savoir changer lafaçon dont elle doit s’organiser et opérer si elle désire collaborer plus étroitement avec les citoyens etles entreprises de ce canton.Une démarche volontariste dans ce domaine doit aider l’administration genevoise à faire évoluer saculture et ses pratiques internes afin de pouvoir rendre les données et les informations qu’elle détientplus accessibles et plus facilement utilisables; de se rendre plus consultative, plus participative et plustransparente; de construire une culture de l’innovation au sein de ses services et de promouvoir unecollaboration accrue entre ceux-ci. En permettant aux citoyens et aux usager de beaucoup mieuxcollaborer et interagir avec elle, l’administration va pouvoir capter leur expertise, leurs idées et leurenthousiasme pour l’aider à résoudre les défis à venir.L’ouverture de ses données publiques offrirait à l’administration genevoise l’opportunité de pluss’ouvrir vers les citoyens, les entreprises, le monde académique et la société civile. Elle contribueraiten outre à valoriser plus largement la ressource stratégique que représente son patrimoineinformationnel.Ces nouvelles manières d’interagir avec le citoyen tout comme l’ouverture des données publiquesnécessitent de s’engager dans une logique d’expérimentation ancrée dans le territoire et sappuyantsur un cadre organisationnel léger. La volonté d’apporter des réponses à ces défis représente uneoccasion unique de promouvoir l’innovation sur notre territoire en impliquant tous les acteursconcernés.Mais quelle que soit la stratégie retenue et le projet envisagé, il faut veiller à ne pas sattacher auxoutils et aux infrastructures mais plutôt aux conditions qui vont nous permettre daller de lavant, àsavoir : • gagner ladhésion des acteurs concernés, en interne comme en externe à ladministration cantonale; • utiliser la dynamique ainsi créée pour aider notre administration à se réformer, à modifier certaines pratiques qui ne sont plus en adéquation avec cette société de la connaissance que nous avons évoquée; • adopter une approche réflexive qui questionne les résultats obtenus et qui permette de transposer ailleurs les succès; • et surtout oser : oser sexposer et oser expérimenter. 34
  • « La plupart des micro projets d’innovation s’épuisent et disparaissent. Ce n’est pas le micro projet qui est important, mais le système, la stratégie. Il faut activer des micro projets non pas pour eux-mêmes, mais dans le but de créer un changement systémique. Bien souvent, l’absence de stratégie ou de continuité nuit à la réussite du projet. Pour une prise de conscience durable, l’important n’est pas la façon dont on active un projet isolé, mais de savoir quels sont les points qu’on active et leurs effets sur le corps urbain entier. » François Jégou, directeur de Strategic Design ScenariosNotons enfin quà notre sens un véritable enjeu de société et donc un réel projet politique se cachederrière l’ouverture des données publiques. Le mot « ouverture » est dailleurs le maître mot lorsquonévoque une participation citoyenne augmentée : ouverture vers le citoyen et les entreprises, ouverturedes données publiques et ouverture des démarches dinnovation » 35
  • Annexe - Exemples illustratifsLes exemples concrets illustrant les différentes possibilités offertes par le numérique pour interagirmieux ou différemment avec le citoyen sont légions. Nous en proposons ici quelques uns qui sontsignificatifs et qui démontrent la richesse des opportunités offertes. Nous reprenons ici une séried’exemples classés selon une thématique originale proposée par Loïc Haÿ101 de ARTESI Île-de-France102.Ces exemples némanent pas tous dorganismes publics. Certains nont duré quun temps. Peu sontdirectement transposables à la réalité et au contexte de ladministration genevoise. Mais lacontribution positive aux initiatives qui les ont portés, leurs potentialités, voire leur originalité doiventservir de source dinspiration pour imaginer des solutions aux défis de notre canton et de notre région.Éditorialisation de lespace publicInformer et interagir avec les habitants via des contenus et des services géolocalisésRennes – « Vivre à Rennes »« Vivre à Rennes103 » est lapplication smartphone officielle de la Ville de Rennes sur les services etévénements dans de nombreux domaines : enfance, sports, loisirs, culture, services publics et para-publics. Un guide embarqué permet de rechercher et de localiser plus de 1530 organismes de la viepratique, en repérant ceux qui sont les plus proches par une navigation en mode nomade dans loffrede la ville.101 Kaléidoscope des (re)médiations publiques urbaines à lheure de la ville numérique et hybride : http://www.slideshare.net/loichay/kalidoscope-des-remdiations-publiques-urbaines-lheure-de-la-ville-numrique-et-hybride102 ARTESI Île-de-France : http://www.artesi-idf.com/103 Vivre à Rennes : http://www.proximamobile.fr/article/vivre-rennes 36
  • Bordeaux – « A Bordeaux »« A Bordeaux104 » est une application pour s’informer de tous les événements de la capitale girondine.La Mairie de Bordeaux met à la disposition des Bordelais et des visiteurs de la région lagenda duneville qui bouge, mis à jour quotidiennement.Paris – « Patrimap »Patrimap105 est une application proposée par la ville de Paris pour découvrir le patrimoine. Lesamateurs y retrouvent les balades du patrimoine qui existent en version papier et sur le site Paris.fr.Via le GPS de leur téléphone, les promeneurs parisiens peuvent découvrir l’histoire des sitesremarquables qu’ils visitent.104 Agenda Bordeaux : http://www.proximamobile.fr/article/bordeaux105 Paris - Patrimap : http://patrimap.paris.fr/ 37
  • Extension des sociabilités urbainesS’appuyer sur la dynamique des réseaux sociaux pour renforcer les relations de proximité« Peuplade »Peuplade106 est un espace de rencontre, déchange, dinvention et dinitiative offert aux habitants dunemême rue, dun même quartier ou dune même ville. Il est porté par un projet social exprimé par laCharte Peuplade et mis en œuvre par « Les Ingénieurs Sociaux ». Cette entreprise engagée conçoitet développe des outils destinés à offrir aux personnes, aux associations, aux entreprises et auxinstitutions les moyens de donner aux rapports interpersonnels, à la société et à léconomie unvisage plus humain.Rennes – « La Ruche »La Ruche107 est un réseau social local rennais réalisé, animé, modéré par lassociation BUG. Ce service a pourbut de mettre en relation des habitants de Rennes et des environs, des associations et collectifs. Il permetégalement de créer des groupes de discussion et de communiquer ses événements en les localisant sur unecarte.106 Peuplade : http://www.peuplade.fr/home/107 La Ruche : http://beta.ruche.org/ 38
  • Valorisation publique des contenus citoyensFavoriser l’expression publique des habitants et la socialisation de leurs contenusBrest – « Wikis collaboratifs »Soucieux dune démarche participative et dune implication des acteurs à même de porter uneappropriation sociale dInternet et du multimédia dans la cité, la Ville de Brest a construit dès 2003 sonsite « a-brest.net108 » sous forme dun magazine dactualité ouvert. Cétait pour Michel Briand,initiateur du projet, le moyen de valoriser les initiatives des acteurs, telles la trentaine de projetsannuels ou la centaine de points daccès publics à Internet. En les donnant à voir la Ville de Brest veutfavoriser la diffusion et le travail en réseau.Sept ans après son lancement, le bilan de cette démarche est très positif : 8000 articles ont étépubliés, 1200 abonnés reçoivent la lettre hebdomadaire, 63 auteurs ont publié 5 articles ou plus et lesite reçoit chaque jour un millier de visiteurs. Cest un site local (la moitié des abonnés vivent autourde Brest) qui relaie également les articles dautres magazines francophones dans un souci de travailen réseau.La démarche brestoise est envisagée dans une perspective large en sappuyant également surdiverses initiatives collaboratives citoyennes telles que Participation-Brest109. Bien que le site permetteun débat public initié par la ville de Brest, il est un outil ouvert d’information, d’échanges et de débat.Seuls une dizaine darticles ont été refusés sur plus de 2000 articles publiés.La vraie difficulté pour les divers sites participatifs initiés par la Ville de Brest 110 est damener lespersonnes à écrire. Des dizaines dateliers décriture ont été organisés par la ville pour apprendre lesrudiments de lécriture collaborative sur Internet. Ce nest que deux ans après louverture du site queles compte-rendus des conseils de quartier ont commencé à être mis régulièrement en ligne sur lesite.108 « a-brest.net » : http://www.a-brest.net/109 Participation-Brest : http://www.participation-brest.net/110 Sites participatifs au pays de Brest : http://www.wiki-brest.net/index.php/Wikis_au_pays_de_Brest 39
  • Sur la durée, les réseaux déducation populaire ou les associations dinsertion de solidarité sontdevenues parties prenantes du réseau autour de lappropriation sociale dInternet. Le numériquecollaboratif est devenu un outil de valorisation des personnes et de renforcement du lien social.Depuis ces deux dernières années de nouveaux espaces décriture participatifs ont émergé : • Repères-Brest111 sur lequel 50 associations sont administrateurs de leur espace autour de lisolement, la précarité, lexclusion et font vivre un guide des services en ligne; • Solinter-Brest112 qui réunit 30 associations de solidarité internationale ayant chacune un espace dexpression qui leur permet de mieux faire connaître leurs actions et de croiser les initiatives. • Eco-Sol-Brest.net113 avec plus de 400 abonnés a la lettre hebdomadaire et près de 2’000 articles publies en deux ans.Comme le souligne Michel Briand, chacun de ces projets nest possible que sil y a une volontédouverture partagée par lélu, le service et les acteurs locaux. Lécriture sur le web ne se décide pas.Cest un long processus (un an sur laction sociale, 6 mois pour la solidarité internationale) qui ne peutprendre racine que sur un terreau déjà ouvert à la participation.Sur le modèle des Wiki brestois, on notera également linitiative Wiki Manche 114, une encyclopédiedémocratique en ligne consacrée au département de la Manche ou WikiGuill 115 à Lyon qui se présentecomme l’encyclopédie vivante du quartier de la Guillotière et propose une écriture collaborative auxassociations, habitants et artistes pour parler de leur quartier.111 Repères « dans la cité » : http://www.reperes-brest.net/112 Solinter-Brest, solidarité internationale à Brest : http://www.solinter-brest.net/113 Eco-Sol-Brest, économie solidaire et sociale au pyas de Brest : http://www.eco-sol-brest.net/114 Wiki Manche : http://www.wikimanche.fr/115 WikiGuill, lencyclopédie vivante de la Guillotière : http://www.wikiguill.net/ 40
  • Conception collaborative du territoire et de ses servicesMettre les habitants en capacité d’imaginer et de proposerFrance – « ensemble-simplifions »Dans le cadre de sa démarche découte des usagers, la Direction Général à la Modernisation de l’Etat(DGME) a mis en ligne en été 2009 le site Web participatif « ensemble-simplifions116 ». Lobjectif estdouvrir aux commentaires des internautes (particuliers, entreprises, associations ou collectivités) lesquestions posées par la simplification des démarches administratives. Pour loccasion, la DGME avaitmis en met en avant une nouvelle devise : « Pour des démarches plus simples, votre avis compte ».Au 30 octobre 2010 plus de 500 propositions avaient été lancées, débouchant sur la mise en œuvrede 30 mesures.116 France - « ensemble-simplifions » : http://www.ensemble-simplifions.fr/ 41
  • Bordeaux – « je participe »La ville de Bordeaux (France) a lancé à lautomne 2010 sa plateforme de consultation « jeparticipe117 » qui est destinée à permettre la participation des Bordelais aux questions dintérêtcommun. Conseils et réunions de quartier, forums ou ateliers associent déjà les citoyens auxdécisions de proximité. Pour aller plus loin et profiter des facilités quoffre Internet, la ville de Bordeauxinvite ses habitants à sinscrire sur le site « je participe » pour être informés et participer auxprochaines consultations qui les concernent.117 Bordeaux – « je participe » : http://jeparticipe.bordeaux.fr/ 42
  • Belgique – « Je Participe.be »« jeparticipe.be118 » est une initiative conjointe de la Région wallonne et de la Fondation Roi Baudouin,visant à encourager et soutenir la citoyenneté locale active. Depuis son lancement, de nombreuxprojets citoyens ont été publiés sur le site dont la vitrine comprend désormais plus de cent cinquantedescriptifs dactions locales menées par des citoyens en Belgique francophone. Une belle palettedactivités et didées souvent originales au service de la collectivité.Ce sont principalement des initiatives festives et de solidarité qui tiennent le haut du pavé, suivies parla préservation du patrimoine et de lenvironnement.118 Belgique - « Je Participe.be » : http://www.jeparticipe.be/ 43
  • Nantes – « Ma vi(ll)e demain »La ville de Nantes (France) a lancé officiellement « Ma vi(ll)e demain119 » le 10 décembre 2010. Cesite vise à créer une dynamique autour du projet de territoire que l’agglomération nantaise veut lancerà l’horizon 2030. Il découle de lenvie de coupler la réflexion des élus avec un grand débat public.Dans une phase initiale dinformation et de mise en mouvement, « Ma vi(ll)e demain » doit faciliter laphase d’explication, de rencontres et d’echanges. Le site doit egalement permettre de recueillir lescontributions de chacun. Celles-ci permettront de definir 5 a 10 questionnements a soumettre audebat public qui sera lance dans une phase ulterieure.119 Nantes – Ma vi(ll)e demain : http://www.mavilledemain.fr/ 44
  • Paris – « Berges de Seine »Le site Web « Imaginez les Berges de Seine120 » permet aux internautes de découvrir le projet «Berges de Seine » et de donner leur avis en ligne. Si la concertation préalable sur ce projet étaitobligatoire, les élus ont souhaité l’élargir au-delà des exigences du code de l’urbanisme pour qu’elles’ouvre largement, aux parisiens mais aussi aux franciliens, et au-delà à tous les amoureux de Paris,qu’elle associe les acteurs institutionnels, les collectivités de la métropole concernés.Au lancement du projet une seule décision était prise : la réouverture, à certains endroits, des voiessur berges aux piétons et aux circulations douces. Tous les usages sont à inventer. Ces derniersdétermineront la mise en place d’équipements et d’aménagements dédiés.Afin de garantir l’expression de tous, de nombreux outils sont mis en place pour entendre l’ensembledes usagers, présents et futurs.120 Imaginez les Berges de Seine : http://bergesdeseine.paris.fr/ 45
  • Production collaborative des services urbainsMettre les habitants en capacité de participer et de faire« Jaccède »Jaccède121 est un mouvement citoyen qui milite pour l’accessibilité des lieux aux personnes à mobilitéréduite. Le mouvement propose un site Web et des applications mobiles qui permettent de trouver leslieux accessibles à proximité, dinscrire facilement les lieux accessibles dans lesquels on se trouve etdenrichir les fiches de lieux déjà référencées.« CheckMy!Metro »CheckMy!Metro122 est la version urbaine et souterraine du partage dinformations en ligne. Cetteapplication mobile permet de signaler et commenter la présence de musiciens, de graffitis, depanneaux publicitaires originaux dans le métro parisien. Il est aussi possible de publier ses coups degueule et ses coups de cœur qui apparaissent dans le fil dactu du réseau en temps réel. CheckMy!Metro se veut également ludique : à chaque signalement enregistré, lutilisateur engrange des pointsqui lui permettent de décrocher des trophées.121 J’accède : http://www.jaccede.com/122 Check My Metro : http://www.checkmymetro.com/ 46
  • Ville d’Yverdon-les-Bains – « Signalez-nous! »A limage de FixMyStreet 123 et de SeeClickFix124, le site « Signalez-nous!125 » de la ville d’Yverdon-les-Bains propose aux habitants de signaler les luminaires défectueux ainsi que les places de jeu quiposent problème. Les deux premiers sites permettent de signaler tout type de problème sur la voiepublique. La ville d’Yverdon-les-Bains a préféré se concentrer sur les places de jeu et les luminairesafin dexpérimenter le concept sur des cas simples et parfaitement identifiés. Un luminaire éclaire ounon : la part de subjectivité de la personne qui signale une défectuosité est ainsi minimale. Mêmeremarque en ce qui concerne les places de jeu. De plus il ny a pas d’ambiguïté sur la nature de cesobjets du mobilier urbain.Les initiateurs du projet sont très satisfaits de lutilisation de cette solution qui connaît un succèsappréciable auprès de la population. Selon eux, ceci est dû au fait que les services de la voirie sonttrès réactifs par rapport aux incidents signalés. Il est en effet essentiel dapporter une réponse rapideet motivée (même si parfois elle peut être négative) à un signalement dincident.A terme la ville envisage délargir le type dincidents à prendre en compte. Une version smartphoneest également à létude afin de faciliter le signalement de ces problèmes en mobilité.123 FixMyStreet : http://www.fixmystreet.com/124 SeeClickFix : http://www.seeclickfix.com/citizens125 Signalez-nous! : http://signalez.yverdon-les-bains.ch/interface/ 47
  • Rendre le territoire plus lisibleAgréger des traces ou des mesures pour prendre le pouls de la ville« Rive Droite numérique »Projet de développement territorial, le Grand Projet des Villes (GPV) de la rive droite de la Garonne 126s’appuie à la fois sur des actions de construction et d’aménagement de l’espace et sur une démarchede réappropriation du territoire par ses acteurs et ses habitants. Le numérique doit être l’un des outilsde cette réappropriation.Le projet est entré dans sa deuxième phase consistant à co-construire la plate-forme avec leshabitants de la rive droite. A travers une série d’ateliers créatifs, les ateliers PINS pour Plate-formed’Innovation Numérique et Sociale, le GPV et la Fing127 animent un premier cycle de rencontres autourdes thématiques propres au territoire de la rive droite.Ces ateliers ont pour but de dessiner les briques et modules qui constitueront les fondements de laplate-forme en s’appuyant sur les besoins, les envies et les désirs de tous les habitants de la rivedroite.126 Rive Droite numérique : http://www.surlarivedroite.fr/ et http://www.rivedroitenumerique.org/127 Fing, Fondation Internet Nouvelle Génération : http://www.fing.org 48
  • « Urban Mobs »Urban Mobs128 est une technologie développée par Orange Labs et faberNovel. Elle crée unereprésentation visuelle de lactivité des téléphones mobiles.Lors des grands événements populaires, les outils de communication modernes deviennent unvecteur privilégié pour partager ses émotions. Que ce soit la fête de la musique ou la nuit du réveillonen France, la nuit de la Saint-Jean en Pologne ou leuphorie dun match de football en Espagne et enRoumanie, les villes saniment et vivent selon leur rythme propre.Urban Mobs permet de suivre ce « pouls » urbain composé de lactivité des foules et de leur mobilité.Il sagit de « cartographier les émotions populaires ».128 Urban Mobs : http://www.urbanmobs.fr/fr/ 49
  • Paris – « Étonnant Automne »Lagence régionale pour la nature et la biodiversité en Île-de-France NatureParif 129 a lancé durantlautomne 2010 une campagne dobservation des arbres de la région parisienne grâce à un siteinteractif dédié sur lequel les gens ont pu renseigner leurs observations géolocalisées.« EpiCollect »EpiCollect130 est une application mobile, développée par lImperial College de Londres, qui permet lacollecte de formulaires de données géolocalisées relatives à des thématiques variées. Les formulairesenrichis de photos sont agrégés au niveau du site EpiCollect.net.129 NatureParif : http://www.natureparif.fr/130 EpiCollect : http://www.epicollect.net/ 50
  • « Utilisacteur »Utilisacteur131 est une application mobile pour consulter et partager son information de stationnementéchangée au sein de la communauté Utilisacteur.131 Utilisacteur : http://www.utilisacteur.fr/ 51
  • Genève – « GeTag »GeTag132 est une application mobile développée par la société Arx IT 133 pour la Ville de Genève. Ellepermet de taguer et commenter des lieux, des restaurants, des monuments ou nimporte quels objets.Lutilisateur peut ainsi créer des liens de confiance avec les personnes qui partagent les mêmes goûtsque lui. Grâce à son moteur de confiance, GeTag propose à lutilisateur uniquement des informationspertinentes.Lausanne – « MadeinLocal »Proposer un réseau utile pour la vraie vie. C’est le crédo de la start-up lausannoise MadeinLocal 134.Leur application mobile invite ses membres à recommander les meilleures adresses de bars,restaurants ou hôtels, en les notant et les commentant. La solution permet dobtenir un classementdes adresses établi selon son propre réseau d’amis.132 GeTag : http://www.getag.net/133 Arx IT : http://www.arxit.com/134 MadeInLocal : http://www.madeinlocal.com 52
  • Et en interneComme le souligne avec pertinence Andrea DiMaio (Gartner) dans son blog 135, les nouvellesinteractions que les institutions publiques aimeraient nouer avec les citoyens doivent égalementpouvoir se nourrir en interne des ces institutions. Le secteur public doit donc être capable de fournir àses employés les outils qui permettent ces nouveaux usages, tout en leur laissant le choix des modesdinteractions à privilégier, que ce soit en interne ou vers lextérieur de lorganisation.Devenir « social » signifie aussi pour une institution publique de savoir combiner les initiatives top-down et bottom-up avec le bon dosage et de savoir prendre en compte des résultats souventinattendus.Lexemple le plus significatif dans ce domaine est le réseau social GovLoop136 qui a été lancé en mai2008 à linitiative de Stephen Ressler. Soutenu par le gouvernement, le réseau social regroupeaujourdhui plus de 30000 membres. GovLoop est un réseau social en ligne dédié aux personnesinternes et en lien avec le gouvernement américain. La communauté GovLoop a été dentrée ouverteaux collaborateurs de tous les niveaux du gouvernement (fédéral, étatique et local). Et il a très vite étéétendu bien à lextérieur du giron gouvernemental. A limage de Facebook, GovLoop regroupe desprofils individuels, des groupes de discussion et des forums, des blogs, des photographies et dumultimédia et un Wiki.Le Service Écoles et Médias à Genève137 a tenté ce type dexpérience en lançant en début dannée unréseau social interne au Département de lInstruction Publique afin de développer les moyens dedialogue et d’échange entre les collaborateurs de lenseignement. Les résultats sont encourageantsavec un site vivant et riches de nombreuses contributions relatives à plusieurs thématiquesdifférentes.135 Why Enterprise Social Software May Be Doomed in Government, Andrea DiMaio, 2010, http://blogs.gartner.com/andrea_dimaio/2010/10/28/why-enterprise-social-software-may-be-doomed-in-government/136 GovLoop : http://www.govloop.com/137 Direction des systèmes dinformation et service écoles-médias : http://www.ge.ch/sem/ 53
  • RemerciementsLe mandat sur lequel a débouché « Vers une participation citoyenne augmentée » ma été confié par PhilippeMatthey, secrétaire général du Département de lIntérieur et de la Mobilité du canton de Genève, avec le soutiende François Mumenthaler, Armelle Combre et Pascal Oehrli. Je les remercie vivement pour la confiance quilsmont témoignée à cette occasion.Ce document a bénéficié des contributions de plusieurs personnes qui ont apporté leurs lumières sur le sujet,que ce soit par échanges de courriers, au travers des nombreux tweets et présentations partagés sur le Web oudirectement suite à des discussions fructueuses. Je tiens ainsi à remercier ici plus particulièrement MichelBriand (Ville de Brest), Loïc Haÿ (ARTESI Île-de-France), Emile Hooge (Nova7) et Giorgio Pauletto(Observatoire technologique). 54