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Chrono jesus
 

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Travail de Gertoux Gérard http://chronosynchro.net/base.php?page=auteur

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    • Chronologie de la vie de Jésus Alors que les biographies des célèbres auteurs grecs Homère et Platon se réduisentà presque rien, personne ne pense à mettre en doute leur existence, car leurs livrestémoignent pour eux. Les œuvres de la littérature grecque classique (Euripide, Sophocle,Eschyle, Aristophane, Thucydide, Platon, Démosthène) proviennent de copies qui sontséparées de plus de 1000 ans avec les originaux. Lauteur latin le plus avantagé est Virgile,mais lécart dépasse encore largement 3 siècles avec loriginal1. Malgré ces incertitudes, nulne remet en question lhistoricité de ces auteurs ou lauthenticité de leurs écrits. Cestpourtant ce quon fait avec la biographie de Jésus alors que lon dispose de textes datés dela fin du 2e siècle de notre ère (le papyrus P52 étant même daté de 125). Les revues publient régulièrement les travaux des archéologues sur la vie de Jésuspour faire le point sur "ce que lon sait vraiment". On lit, par exemple2: Quand à la date delévénement, les indications de Matthieu et de Luc ne concordent pas. Selon le premier, la naissance de Jésusest située lors du règne du roi Hérode le Grand, mort en 4 avant J.C. (...); selon Luc, elle a lieu lors durecensement du gouverneur Quirinius, que lon date en 6 (...) mais Luc fournit un autre repèrechronologique, incompatible avec le précédent : Jean le Baptiste aurait commencé son activité « lan quinzedu règne de Tibère » (...), et Jésus, venu se faire baptiser au Jourdain, est dit avoir « environ trente ans » audébut de son ministère (...). Cette seconde mention chronologique ferait donc remonter la naissance entre 7 et4 avant J.C. Avec en prime: Les enquêtes historiques sur la vie de Jésus sont remplies danachronismes.Cette revue explique en fin que leurs auteurs revendiquent une approche laïque. Ces deuxauteurs, Prieur et Mordillat, sont convaincus quil ne reste que très peu de certitudes surlenseignement exact du Nazaréen. En somme, ils sont certains de leur doute (ce qui est uncomble pour un esprit critique). Ils professent même une conception paradoxale: Nous nedemandons pas aux personnes un discours de certitude (...) On pense que les Évangiles disent lhistoire,mais en fait, ils ne parlent pas de la même histoire, ajoute, cette fois cest sûr, Mordillat. Les historiens religieux ont sensiblement la même approche, puisquon lit dans unerevue dhistoire3: Même si les erreurs historiques abondent, quil ny a pas dharmonie dans les deuxrécits évangéliques, et que ni Marc ni lapôtre Paul, les auteurs les plus anciens, ne sen préoccupent, laconception et la naissance de Jésus prennent place dans lHistoire (...) En préalable il faut souligner que1 L. VAGANAY, C.B. AMPHOUX - Initiation à la critique textuelle du Nouveau TestamentParis 1986 Éd. Cerf pp. 18,19.2 G. GOLLIAU – Jésus. Les véritables textes fondateurs. Ce que lon sait vraiment. Les dernières découvertes archéologiquesin: Le Point hors-série N° 1 décembre 2008-janvier 2009 pp. 26-27, 64, 106-107.3 L. CRETE, S.C. MIMOUNI – Jésus cet inconnu. Biographie non autoriséein: Historia thématique N° 110 Novembre-Décembre 2007 pp. 18.
    • 2 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE cette conception mythologique du monde, bien éloignée de notre esprit rationnel et scientifique, correspond à celle de lhomme du monde antique (...) La logique voudrait que la naissance de Jésus ait eu lieu à Nazareth quatre ans au moins avant la date fixée par lÉglise, puisque les évangélistes nous disent quil est né au temps du roi Hérode le Grand qui régna à Jérusalem de 37 à 4 avant notre ère. À cette première erreur chronologique sen ajoute une autre: Luc fait coïncider sa naissance avec un vaste recensement de lEmpire que lempereur Auguste aurait fait faire lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Or Quirinius ne devient gouverneur de Syrie quen lan 6 de notre ère. À croire cette théologienne, qui est aussi historienne, "lhomme du monde antique" devait vraiment être crédule puisquil acceptait de telles contradictions, que même les plus savants de lépoque, parmi les adversaires des chrétiens, ont été incapables de voir. La date de la mort de Jésus est tout aussi embrouillée, malgré les nombreuses précisions du texte biblique. Mimouni4 explique: Controverse sur la date de sa mort. Deux renseignements fournis par les sources chrétiennes servent de point de départ incontesté quand il sagit de fixer la date de la mort de Jésus: son exécution a lieu alors que Pilate est « procurateur » de Judée, or ce dernier a eu cette charge de 26 à 36 de notre ère; sa disparition survient un vendredi –lÉvangile selon Marc et lÉvangile selon Jean saccordent sur ce point (...) La chronologie selon les Évangiles synoptiques sétablit donc ainsi: le jeudi 14 nisan –jour de la préparation de la fête, Jésus célèbre le repas pascal; le vendredi 15 nisan –premier jour de la fête , mort de Jésus (...) La chronologie daprès lÉvangile selon Jean sétablit donc ainsi: le vendredi 14 nisan –jour de préparation de la fête, mort de Jésus; le samedi 15 nisan – premier jour de la fête (...) Le témoignage du Talmud de Babylone (Sanhédrin 43a), conforte la chronologie de lÉvangile selon Jean puisquil y est rapporté que Jésus a été pendu au bois la veille de Pâque. Étonnante analyse, car comment Jésus peut-il mourir la veille de Pâque et aussi le lendemain, le jour de Pâque! Un esprit un peu rationnel ne peut accepter une telle contradiction. Porphyre5, philosophe néoplatonicien du 3e siècle, écrivait dailleurs concernant la mort de Jésus: Chacun [des Évangélistes] a rédigé un récit de la Passion non pas en accord, mais en totale contradiction avec les autres (...) De ce récit usé et discordant on peut tirer la conclusion quil y eut non pas un, mais plusieurs suppliciés (...) ou bien un seul qui met du temps à mourir et ne donne pas à lassistance une [image] claire de sa passion. Est-ce exact, ou ne sagit-il pas plutôt, comme le dit le texte biblique6, de propos volontairement déformés? Malgré les incertitudes de plusieurs siècles, les archéologues ont pourtant confiance dans leurs chronologies; mais quand la chronologie biblique est en décalage de quelques années avec la leur, ils affirment de façon dogmatique quil y a anachronisme. La biographie 4 L. CRETE, S.C. MIMOUNI – Jésus cet inconnu. Biographie non autorisée in: Historia thématique N° 110 Novembre-Décembre 2007 pp. 69. 5 G. GOLLIAU – Jésus. Les véritables textes fondateurs. Ce que lon sait vraiment. Les dernières découvertes archéologiques in: Le Point hors-série N° 1 décembre 2008-janvier 2009 p. 13. 6 2Pierre 3:16.
    • CHRONOLOGIE DE LA VIE DE JESUS 3de Jésus est symptomatique de cette critique, certains extrémistes allant même jusquà nierson existence (alors que les adversaires juifs de Jésus nen doutaient pas!). Jésus, parexemple, serait né autour de -2 (selon le texte biblique) juste avant la mort dHérode leGrand en -4 et pendant le recensement de Quirinius en 6/7. Il est évident quavec de tellesremarques, la date présumée de la naissance de Jésus devient impossible, car on auraitléquation absurde: -2 = -4 = 6! Cette invraisemblance remet en question lhistoricité decette naissance et finalement celle du personnage lui-même. La biographie de Jésus aurait-t-elle été maquillée et pour fabriquer le mythe fondateur du christianisme? Il faut cependant savoir que ces interprétations chronologiques, que beaucoup despécialistes colportent par paresse (parfois par malveillance), sont facilement réfutables. Sion sen donne la peine, on peut vérifier (voir les biographies dHérode et de Qurinius) queJésus est né vers la fin de septembre -2, quelques mois avant la mort dHérode le Grand, le26 janvier -1, et durant la fin de la première légation de Quirinius en Syrie, de -3 à -2, soitplusieurs années avant la seconde en Judée de 6 à 10. En fait, les critiques sur la biographie de Jésus sont apparues très tôt et se sontsurtout focalisées sur sa filiation particulière. Celse prétendra, par exemple, que Jésus nétaitpas né de lEsprit saint, mais plus rationnellement dune relation adultérine de Marie avecun soldat nommé Panthère7. Aujourdhui les critiques se veulent plus subtiles et affirmentque les deux généalogies de Jésus, celle de Matthieu et celle de Luc, se contredisent. Cescritiques sont peu sérieuses8, car Jésus sest présenté à plusieurs reprises comme "fils deDavid9". Or si cette prétention messianique était sans fondement, il naurait jamais été prisau sérieux, ni par le Sanhédrin, ni par les premiers chrétiens dorigine juive qui pouvaientfacilement vérifier la véracité de cette filiation dans les archives du Temple (avant sadestruction en 70). La filiation de Jésus est clairement expliquée dans le texte biblique: il estdécrit comme étant le fils de Dieu, fils naturel de Marie et fils légal de Joseph son pèreadoptif (le texte de Luc 3:23 précise que Jésus nétait pas vraiment le fils de Joseph maisseulement: "à ce quon croyait"). Les femmes napparaissant jamais directement dans lesfiliations bibliques, la généalogie naturelle donnée par Luc "Jésus, fils [de Marie, fille] deHéli, fils de Matthat" a été présentée sous la forme conventionnelle impliquant de rattacherJésus à Héli. De plus, les généalogies de Matthieu et de Luc sont simplifiées10, comme onpeut le constater en les comparant à celle du livre des Chroniques (Bible de Jérusalem):7 Dès la fin du 1er siècle le Talmud de Jérusalem (Shabbat 14d; Aboda Zara 40d) mentionne le Yeshu chrétien comme fils de Pandéra.8 Au 1er siècle certains chrétiens voulaient établir des généalogies complètes, travail qui ne peut être que sans fin (1Timothée 1:4).9 Matthieu 9:27, 15:22, 20:30,31; Luc 20:41.10 Elles ne mentionnent pas tous les fils, ni les frères, ni les épouses provenant dun mariage léviratique, ni les remariages (dans certainsapocryphes le père de Marie est appelé Joiachim [=Eliachim?].
    • 4 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Mathieu 1:11-12 1Chroniques 3:15-19 Josias engendra [Joaiqim Fils de Josias laîné, Joaiqim le deuxième (...) Joaiqim engendra] Jéchonias et ses frères. Fils de Joiaqim: Jékonias son fils, Sédécias son fils. Après la déportation à Babylone Jéchonias engendra Salathiel [et Pedaya] Fils de Jékonias le captif: Shéaltiel, puis Malkiram, Pedaya, Salathiel [par Pedaya] engendra Zorobabel Fils de Pedaya, Zorobabel et Shimeï Zorobabel engendra Abioud Fils de Zorobabel: Meshullam et Hananya Mathieu 1:15,16 Luc 3:23,24 (filiation légale par le père selon Matthieu1:1). (filiation naturelle par la mère selon Luc 1:35). Élioud engendra Éléazar; Jésus était, à ce quon croyait, fils de Joseph Éléazar engendra Matthan; [lépoux de Marie et donc], fils de Héli, Matthan engendra Jacob; fils de Matthat, Jacob engendra Joseph, lépoux de Marie fils de Lévi, de laquelle naquit Jésus fils de Melchi Les critiques de Celse et de ses pairs ont tellement été bien intégrées dans la pensée actuelle quon les retrouve maintenant presque à lidentique dans la préface de la Bible officielle du catholicisme: A ces traditions qui étaient le patrimoine vivant dun peuple, qui lui donnait le sentiment de son unité et qui soutenaient sa foi, il serait absurde de demander la rigueur que mettrait un historien moderne, mais il serait également illégitime de leur dénier toute vérité parce que cette rigueur leur fait défaut. Les onze premiers chapitres de la Genèse sont à considérer à part. Ils décrivent de façon populaire, lorigine du genre humain; ils énoncent en style imagé, qui convenait bien à la mentalité dun peuple peu cultivé (...) Mais ces vérités, qui touchent au dogme sont certaines, elles impliquent des faits qui sont réels, bien que nous ne puissions pas en préciser les contours sous le vêtement mythique qui leur a été donné, conformément à la mentalité du temps et du milieu (...) Pour la date de lExode, nous ne pouvons pas nous fier aux indications chronologiques de 1 R 6:1 et Jg 11:26, qui sont secondaires et proviennent de computs artificiels11. Les auteurs nhésitent pas à conclure: Assurément ni les apôtres ni les autres prédicateurs et narrateurs évangéliques nont cherché à faire de l« histoire », au sens technique de ce mot; leur propos était moins profane et plus théologique. On le voit, la biographie de Jésus est présentée comme contradictoire, alors que ceux qui la critiquent ne sappuient sur aucune date absolue (seule démarche scientifique). Les biographies dHérode le Grand, de Quirinius et de Varus étant imbriquées avec celle de Jésus, elles ont été examinées de la même façon en étant ancrées par des dates absolues (voir les dossiers). Le présent dossier examinera principalement les trois dates importantes de la vie de Jésus: celle de sa naissance, celle de son baptême et celle de sa mort. La chronologie de son ministère et de son procès sera également étudiée, car certains points sont contestés. 11Bible de Jérusalem Paris 1986 Éd. Cerf pp. 27, 1410.
    • Date de la naissance de Jésus En 532, sur une proposition du moine scythe Denis le Petit, lÉglise décida decompter les années à partir du 1er janvier qui suivit la naissance de Jésus, datée par lui du 25décembre de lan 753 de Rome (soit le 25 décembre -1). Le calendrier julien commença ausamedi 1er janvier, ce 1er jour de lan 754 devenant le 1er jour de lère chrétienne. Cettedéfinition na été remise en cause quà partir du milieu du 19e siècle. En se fondant sur lacoïncidence de léclipse de lune du 13 mars -4, juste après le jeûne dEsther du 12 mars,lacadémicien Wallon1 avait conclu que les 37 ans de règne dHérode, ayant débuté en -40,sétaient achevés en -4 , et par conséquent que la naissance de Jésus devait être fixée au 25décembre -7. Cette datation a été établie sans aucune rigueur scientifique (voir la biographiedHérode le Grand). En effet, la date du 25 décembre traditionnellement associée à lanaissance de Jésus est sans fondement historique (ni biblique), et proposer de faire naîtreJésus en -7 cest ignorer le témoignage des historiens des six premiers siècles qui situenttous, sans exception, cette naissance en -2. La date du 25 décembre est mentionnée pour la première fois en 204 par Hippolytede Rome2. Cette date marquait le solstice dhiver (pour les Romains) et le début delallongement des jours. Elle fut choisie pour symboliser "la naissance du soleil invaincu",associée à "Jésus ressuscité" selon Justin3. La preuve la plus évidente que Jésus nest pas néà cette date est que, selon Luc4, les bergers étaient dans les champs avec leurs troupeauxcette nuit-là. La saison des pluies commençant en automne, le soir les troupeaux étaient misà labri. Kislev, 9e mois du calendrier juif, était froid et pluvieux5 en Israël, et Tébeth(décembre/janvier) enregistrait les températures les plus basses de lannée, les hauteurs serecouvrant parfois de neige. La présence de bergers dans les champs saccorde, par contre,avec une naissance datée en Tishri, à la fin de lété (en septembre). Les témoignages des historiens des six premiers siècles sont unanimes pour dater lanaissance de Jésus autour de -2: Vers 148-152, Justin écrit que cette naissance eut lieu 150 ans auparavant sous le procurateur Quirinius (Apologie I:46:1). Vers 170-180, Irénée de Lyon la situe dans la 41e année du règne dOctave (Contre les1 H. WALLON – Mémoire sur les années de Jésus-ChristParis 1858 Ed. Comptes Rendus Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.2 Commentaire sur Daniel IV:23.3 Apologie I:67:8.4 Luc 2:8-12.5 Jérémie 36:22; Esdras 10:9,13.
    • 6 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE hérésies III:21:3), qui débute vers octobre -43 (il est devenu Auguste en janvier -27)6.  Vers 194, Clément dAlexandrie la situe 194 ans avant la mort de Commode [en 192] (Stromates I:21:145).  Vers 204, Hippolyte de Rome date la naissance de Jésus au 25 décembre dans la 42e année du règne dAuguste, et sa mort lorsquil était dans sa 33e année, soit au 25 mars de la 18e année de Tibère César (Commentaire sur Daniel IV:23).  Vers 207, Tertullien la situe dans la 41e année du règne dAuguste et 28 ans après la mort de Cléopâtre [en -30] (Contre les Juifs VIII:11:75).  Vers 231, Origène la situe dans la 41e année du règne dAuguste et 15 ans avant sa mort (Homélies sur Luc 3:1).  Vers 325, Eusèbe la situe dans la 42e année du règne dAuguste et 28 ans après la mort de Cléopâtre [en -30] (Histoire ecclésiastique I:5:2).  Vers 357, Épiphane la situe lannée où Auguste XIII et Silvanus furent consuls (Panarion LI:22:3).  Vers 418, Paul Orose la situe en lan 752 de la fondation de Rome (Histoires contre les païens VI:22,1). Si les rédacteurs chrétiens, qui étaient au centre de violentes polémiques, avaient été daussi piètres historiens, comme certains le prétendent, comment expliquer que leurs adversaires ne les aient pas épinglés pour une "erreur" aussi facile à détecter à cette époque? En effet, les chrétiens affirmaient que Jésus était né lors dun recensement général; or, au début de notre ère, ceux-ci étaient effectués tous les 5 ans dans le monde romain. On lit: Or, en ces jours-là, un décret parut de la part de César Auguste pour que toute la terre se fasse enregistrer (Luc 2:1) ce qui place donc la naissance de Jésus lors dun recensement décrété par Auguste7. Luc fait donc bien référence à un enregistrement ou inventaire pour connaître, entre autres: le nombre des citoyens et des alliés sous les armes (selon lexpression du Breviarium) et non à un édit impérial de recensement pour préparer limpôt. Peut-on fixer la date de cet inventaire général? Léloge publié en 14 de notre ère8, appelé Res Gestae Divi Augusti, contient des indications corroborant la date de -2 pour cet inventaire. Il mentionne trois recensements généraux9 de citoyens romains qui eurent lieu respectivement en -28, -8 et 14 daprès les années consulaires indiquées. Mais ces trois cens, qui se terminent par une lustration, sont différents des nombreux recensements provinciaux. Lapologiste latin 6 Les auteurs anciens comptent le règne dAuguste non à partir de janvier -27, mais à partir doctobre -43 lorsque Octave, le futur Auguste, forma le second triumvirat. La 42e année dAuguste débute (à la fin de sa 41e année) donc en octobre -2. 7 Le recensement étant décrété par lempereur, il ne concernait légalement que les provinces impériales et non les sénatoriales. 8 Selon Suétone (Auguste 28:1) et Dion Cassius (Histoire romaine LIII:30:2), Auguste avait déjà préparé une ébauche du Breviarium en -23. 9 Res Gestae 8. La lustration est un rite de purification exécuté à chaque lustre (= 5 ans) pour saffranchir des influences maléfiques.
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 7Tertullien cite10 (vers 200) le cens général des citoyens romains de -8 (qui ne concernaitdonc pas Joseph qui était juif) effectué par Sentius Saturninus en Judée, le confondant àlévidence avec linventaire de -2. Justin11, 50 ans plus tôt, renvoyait cependant aux archivesromaines pour attester le cens de Quirinius12. Les census généraux étaient quinquennaux(tous les lustres) et tous ceux rapportés par Dion Cassius confirment cette périodicité13: An Cens Commentaires Référence -30 -29 -28 Cens avec lustration mentionné dans le Res Gestae Res Gestae §8 -27 -26 -25 -24 -23 Cens reporté à -22 en raison de la grave maladie dAuguste Dion Cassius LIV:2 -22 -21 (effectué par Paulus Aemilius Lepidus et L. Munatius Plancus) -20 -19 -18 Cens reporté car Auguste a refusé dêtre censeur. Dion Cassius LIV:10 -17 -16 -15 -14 -13 Ce cens dura de -13 jusquà -11. Dion Cassius LIV:25-30 -12 -11 -10 -9 -8 Cens avec lustration mentionné dans le Res Gestae Res Gestae §8 -7 -6 -5 -4 -3 Inventaire du monde -2 -1 Cens (enregistrement) mentionné par Luc (donation de grains) Luc 2:1; (Res Gestae §15) 1 2 3 4 Cens limité à lItalie. Dion Cassius LV:13 5 6 7 Recensement de Quirinius en Judée mentionné par Flavius Josèphe Antiquités juives XVIII:1-4 8 9 Cens suspendu en raison du désastre de Varus Dion Cassius LVI:18 10 11 12 13 14 Cens avec lustration mentionné dans le Res Gestae Res Gestae §8 15 Ces recensements sont attestés par lhistorien romain Dion Cassius14, à lexceptionde celui de -3/-2, car la partie de son histoire couvrant la période de -6 à 4 amalheureusement été perdue. Ce schéma chronologique implique un cens en -3/-2. Cestcette période qui est précisément celle mentionnée par Luc pour un recensement ordonnépar Auguste. Laspect général du cens est confirmé par une remarque de Dion Cassius quinous apprend quAuguste, lors du cens en -11, fit lui-même la déclaration de tout ce qui lui10 Contre Marcion IV:19:10.11 Apologie I:34:2.12 Cette vérification était en fait théorique, car le simple citoyen nétait pas habilité à consulter les archives. De plus, le temple desNymphes, qui était le centre de ces archives, fut incendié à plusieurs reprises. Selon Cicéron, Clodius incendia le temple des Nymphespour effacer la trace officielle du "recensement" inscrite sur les registres publics (Pro Milone, 73).13 C. NICOLET - Linventaire du mondeParis 1988 Éd. Fayard pp. 133-157.14 Histoire romaine LIV:2-LVI:18.
    • 8 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE appartenait comme sil nétait quun simple citoyen15. Le recensement de Luc en -2 est donc en accord avec lhistoire romaine16. Par contre, celui décrit [en 6/7] par Flavius Josèphe ne cadre pas avec ce schéma chronologique. Puisque le cens dApamée par Quirinius concerna les personnes et fut effectué en Syrie, alors que celui décrit par Flavius Josèphe fut un recensement de biens (pour liquider les possessions dArchélaüs) effectué en Judée, ils nont aucun point commun, ni dans leur but, ni par la région couverte. Le cens dApamée doit donc être rapproché avec celui de Luc. Deux éléments du Res Gestae accréditent indirectement un inventaire en -2. Comme lindique Nicolet17, si Auguste peut se vanter lors de son treizième consulat [en -2] davoir donné (des donativa à Rome) 60 deniers à 200 000 personnes18, cest que ces personnes avaient été recensées, sinon comment Auguste aurait-il pu en prévoir le nombre? Suétone19 écrit: Il fit le [recensement partiel de la population urbaine] rue par rue, et pour que la plèbe ne soit pas détournée de son travail trop fréquemment, il projeta de faire délivrer trois fois par an des tessères valables pour quatre mois. Auguste se vante aussi davoir donné six cents millions de sesterces aux soldats dItalie et deux cent soixante millions aux soldats des provinces20. Largent donné aux soldats lors des consulats de Lucius Caninius et Quintus Fabricius coïncide avec linventaire de -2. Lhistorien Paul Orose (en 417) place dailleurs le recensement dAuguste21 en lan 752 de Rome, soit en -2, juste avant le départ Caius César vers lOrient, en -1. Ce recensement a-t-il concerné les provinces, et plus particulièrement la province de Syrie? Lanalyse complète et détaillée dune inscription trouvée à Venise confirme trois points du récit de Luc (voir la biographie de Quirinius): 1) il y eut bien un recensement dans la province de Syrie, 2) le gouverneur de lépoque était bien Quirinius, et 3) ces événements datent bien davant la mort dHérode. La naissance de Jésus tombe donc en -2, or Clément dAlexandrie la place 194 ans avant la mort de Commode (le 31 décembre 192) et Tertullien la situe dans la 41e année du règne dAuguste (qui débutait au second triumvirat de fin octobre -43, officialisé quelques semaines plus tard22 par la loi lex Titia, le 27 novembre -43) et 28 ans après la mort de Cléopâtre (le 29 août -30)23. En recoupant ces informations, la naissance de Jésus doit être 15 Histoire romaine LIV:35. 16 T. CORBISHLEY - Quirinius and the Census : a Re-study of the Evidence in: Klio 29 (1936) pp. 90-92. 17 C. NICOLET - Linventaire du monde Paris 1988 Éd. Fayard pp. 144,278 n.28. 18 Res Gestae 15. 19 Auguste XL:3. 20 Res Gestae 16. 21 Histoires contre les païens VI:22,1; VII:3,4. 22 APPIEN - Guerres civiles IV:5-7. 23 G. GOYAU – Chronologie de lEmpire romain Paris 2007 Éd. Errance p. 7.
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 9fixée en -2 dans une période comprise entre le 1er septembre et le 30 octobre. Cettedatation est en accord avec le texte de Luc24, qui précise que Jean le Baptiseur commença àprêcher et baptisa Jésus (présenté comme Messie) à lâge de 30 ans environ, dans la 15eannée du règne de Tibère César. Bien que les empereurs nétaient pas rois [officiellement], les historiens de lépoqueparlaient cependant de leurs années de règne25, comme le fait lévangéliste Luc. DionCassius26 a daté exactement le règne de Tibère, indiquant quil dirigea lempire 22 ans 7mois et 7 jours, ce qui place le début de son règne à partir de la mort dAuguste, le 19 août14, et non au moment de son investiture par le Sénat romain le 15 (ou 17) septembre 14.Tacite27 confirme aussi que Tibère devint le maître de lempire à la mort dAuguste. Josèphe(selon son comput, Auguste commença à régner après la mort de César en -44)28 connaîtcette datation du règne des empereurs. La 1ère année de Tibère court donc du 19 août 14 au18 août 15. Cette façon de décompter les années est usuelle à lépoque. Tacite29, parexemple, met en parallèle la 9e année de Tibère (du 19 août 22 au 19 août 23) avec lesconsulats de C. Asinius et C. Antistius, qui sont datés du 1er janvier 23 au 31 décembre 23.Suétone30, après avoir daté la mort de Tibère le 16 mars 37, ajoute quil était alors dans sa23e année de règne (du 19 août 36 au 18 août 37). Suétone31 précise encore que Claude estné le 1er août sous les consulats de Julius Antonius et de Fabius Africanus (en -10), quildevint empereur lors de sa 50e année (du 1er août 40 au 31 juillet 41) et quil est mort le 12octobre 54 dans sa 64e année (du 1er août 54 au 31 juillet 55), lan 14 de son règne (du 24janvier 54 au 23 janvier 55). Pour les contemporains de Luc, la 15e année de Tibère couraitdonc du 19 août 28 au 18 août 29. Selon ce comput, le baptême de Jésus, six mois après ledébut de la prédication de Jean le Baptiseur32, est donc à situer entre le 19 février 29 et le 18août 29. Par déduction, si Jésus avait 30 ans lors de cet événement, sa naissance devaitremonter à une période comprise entre le 19 février -2 et le 18 août -2. Comme Luc indiqueque Jésus avait "environ 30 ans", le mot "environ", traduction du mot grec ("commesi"), a fait couler beaucoup dencre. Doit-on en conclure que la valeur du "environ 30 ans"est de lordre de "30 ans +/- 10%" en fonction des normes modernes de précision, soitentre 27 et 33 ans? La réponse ne peut venir que du contexte et des normes de lépoque.24 Luc 3:1-3,21-23.25 J. FINEGAN - Handbook of Biblical ChronologyMassachussetts 1999 Ed. Hendrickson pp. 340,341.26 Histoire romaine LVIII:27.1-28.5.27 Annales I:5.1.28 Guerre des Juifs II:168.29 Annales IV:1:1.30 Tibère 73:2.31 Claude 2:1; 10:1; 45:2.32 Luc 1:36.
    • 10 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Lorsque les auteurs classiques, comme Xénophon33, utilisent cette expression très particulière "il avait comme 30 ans" ( ), les traducteurs la rendent habituellement par "il avait une trentaine". Limprécision était habituellement comprise comme "à lunité près34". Quand il sagit dannées, le terme "environ" est toujours compris dans le sens dun nombre dannée dont le nombre de mois peut être ignoré. Il ny a pas dexception dans le texte biblique, ce qui permet de lire "environ 30 ans" comme "30 ans à plus ou moins 6 mois". Cet intervalle de plus ou moins 6 mois, soit 12 mois au maximum, peut sexpliquer par les deux types de décompte du temps quon trouve dans la Bible: après lExode apparaît un comput religieux qui débute les années à Nisan35 (mars/avril) et un comput profane (agricole), décalé de 6 mois, qui les compte à partir de Tishri (septembre/octobre). De plus, le calendrier séleucide en Syrie était décalé de 6 mois par rapport à celui de Babylonie. Ainsi, lexpression environ 100 ans36 renvoie en fait aux 100 ans du livre de la Genèse37. Un détail du livre de Luc permet de fixer la date de cette naissance. Il précise en effet quelle fut postérieure de 6 mois à celle de Jean le Baptiseur38, dont la conception avait été annoncée au Temple 9 mois plus tôt. Cette annonce peut être datée vers juin, car cest la classe dAbbiya, à laquelle appartenait Zacharie, père de Jean le Baptiseur, qui officiait à cette période de lannée39. Le nom et lordre des classes de prêtres sont très anciens40. Selon Josèphe41, chaque classe officiait une semaine entière de sabbat à sabbat42, et la Mishna (Sukka 4:7) précise que durant les grandes fêtes annuelles les 24 classes servaient ensemble, ce qui synchronisait les deux cycles de 24 semaines, le premier commençant en Nisan et le second en Tishri. Des manuscrits trouvés à Qumrân (4Q321) confirment lordre saisonnier de ce calendrier43 puisquon lit: [Pre]mière [année:] le [premi]er mo[is] commence durant le service de [Gamoul. Le tro]isième jour du service de Maa[ziahou], cest la [Pâque. Le balancement de lOmer tombe pendant le service de Yedaia. Le deuxième mois commence durant le service de Yedaia. La seconde fête de Pâque tombe durant le service de] Seorim. [Le troisième mois commence durant le service de Hakkoç.] La fête des Semaine[s] tombe pendant le service de Yechoua. [Le qua]t[rième mois commence durant le service de El]yachib. Le cinquième mois commence durant le service de [Bilgah. Le sixième mois commence pendant le service de Ezé]chiel. Le sept[ième mois commence durant le service de Maaziahou.] Le jour du 33 Anabase II:6:20. 34 "environ 5 ou 6 kilomètres" Jean 6:19. 35 Exode 12:2. 36 Romains 4:19. 37 Genèse 17:17. 38 Luc 1:26. 39 Luc 1:5-13. 40 1Chroniques 24:7-18. 41 Antiquités juives VII:365, 366. 42 1Chroniques 9:25; 2Chroniques 23:8. 43 M. WISE, M. ABEGG, E. COOK – Les manuscrits de la mer Morte Paris 2001 Éd. Plon pp. 388-398.
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 11Souvenir tombe pendant le service de Maaziahou. Le jour de lExpiation tombe pendant le service deYeoiarib. La fête des Cabanes tombe pendant le service de Yedaia. Le huitième mois commence [pendant leservice de Seorim.] Le neuvième mois commence pendant le service de Yechoua. Le dixième mois commencependant le service de Houppa. Le onzième mois commence durant le service de Hezir. Le douzième moiscommence pendant le service de Gamoul. Le roulement des classes de prêtres était cyclique surlannée, ainsi la ville de Jérusalem fut prise vers le 15 Tishri de lan 7044, mois où aurait dûofficier la classe de Yehoyarib45. Le cycle des 24 classes, qui durait 24 semaines, coïncidaitavec lannée lunaire, car le 1er cycle débutait après la Pâque (du 14 au 21 Nisan) et durait 24semaines, et le 2e cycle débutait après la fête des Cabanes (du 10 au 21 Tishri). Or, unepériode de 6 mois lunaire dure 177 jours (= 6x29,5), soit approximativement46 25 semaines(25x7 = 175 jours). Liste synchronisée des classes de prêtres: Classe de prêtres Mois Classe de prêtres Mois Fête de Pâque [1] Nisan Fête des Huttes [7] Tishri Toutes les classes mars/ avril Toutes les classes septembre/ octobre 1 Yehoyarib 1 Yehoyarib 2 Yedaya 2 Yedaya 3 Harim [2] Iyyar 3 Harim [8] Heshwan 4 Séorim avril/ mai 4 Séorim octobre/ novembre 5 Malkiyya 5 Malkiyya 6 Miyyamîn 6 Miyyamîn 7 Haqqoç [3] Siwan 7 Haqqoç [9] Kislev 8 Abiyya mai/ juin 8 Abiyya novembre/ 9 Yéshua 9 Yéshua décembre 10 Shekanyahu 10 Shekanyahu 11 Elyashib [4] Tammuz 11 Elyashib [10] Tébeth 12 Yaqîm juin/ juillet 12 Yaqîm décembre/ janvier 13 Huppa 13 Huppa 14 Yeshebeab 14 Yeshebeab 15 Bilga [5] Ab 15 Bilga [11] Shebat 16 Immér juillet/ août 16 Immér janvier/ février 17 Hézir 17 Hézir 18 Happiçeç 18 Happiçeç 19 Pethahya [6] Elul 19 Pethahya [12] Adar 20 Yehèzqel août/ septembre 20 Yehèzqel février/ mars 21 Yakîn 21 Yakîn 22 Gamul 22 Gamul 23 Delayahu [7] Tishri 23 Delayahu Nisan 24 Maazyahu 24 Maazyahu ou [13] Adar244 Guerre des Juifs VI:435.45 Tosephta Taanit 2:10b.46 Lannée religieuse débutait au 1er Nisan. Les semaines allant du samedi au samedi, les 8 jours de Pâque (du 14 au 21 Nisan)chevauchaient 1 ou 2 semaines suivant les années. De même, lannée civile débutait au 1er Tishri, or la fête des Cabanes (du 10 au 21Tishri) couvrait 2 ou 3 semaines. Par conséquent, toutes les classes de prêtres officiaient en moyenne 2 semaines à chaque fête, puisquelannée solaire de 365 jours comporte 52 semaines (= 24x2 + 2x2).
    • 12 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Ces indications calendériques combinées aux contraintes suivantes imposent un canevas chronologique: les sabbats coïncident avec les samedis; le 1er Tishri coïncide avec le 1er croissant visible juste après léquinoxe dautomne (le 25 septembre à cette époque); les 24 classes de prêtres officient pendant les deux périodes de fête (Pâque du 14 au 21 Nisan et fête des Huttes commençant avec le Yom kippour du 10 au 21 Tishri); la durée de lannée est 12 mois (sauf les années intercalaires qui en ont 13); la naissance de Jean le Baptiste précède celle de Jésus de 6 mois exactement. La conception de Jean le Baptiste se produit après lannonce faite durant le passage de la classe dAbbiya, soit au tout début de la classe suivante, celle de Yéshua; la durée dune gestation humaine est en moyenne de 273 jours (on peut supposer que les gestations de Jean le Baptiste et de Jésus se déroulèrent normalement); la conception de Jésus est placée 3 mois avant la fin de la gestation de Jean le Baptiste (Luc 1:56); Jésus est présenté au Temple de Jérusalem 40 jours après sa naissance. Ces informations imposent la reconstitution chronologique suivante: avril -3 16 1 Nisan mardi 17 2 mercredi 18 3 jeudi 19 4 vendredi 20 5 samedi 24 21 6 dimanche 22 7 lundi 23 8 mardi 24 9 mercredi 25 10 jeudi 26 11 vendredi 27 12 samedi T Toutes les classes 28 13 dimanche (1Chroniques 24:7-18) 29 14 lundi Pâque 30 15 mardi mai -3 1 16 mercredi 2 17 jeudi 3 18 vendredi 4 19 samedi T 5 20 dimanche 6 21 lundi 7 22 mardi 8 23 mercredi 9 24 jeudi 10 25 vendredi 11 26 samedi 1 Classe de Yehoyarib 12 27 dimanche 13 28 lundi 14 29 mardi 15 30 mercredi 16 1 Iyyar jeudi 17 2 vendredi 18 3 samedi 2 Classe de Yedaya 19 4 dimanche 20 5 lundi 21 6 mardi 22 7 mercredi 23 8 jeudi 24 9 vendredi 25 10 samedi 3 Classe de Harim 26 11 dimanche 27 12 lundi 28 13 mardi 29 14 mercredi
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 13 30 15 jeudi 31 16 vendredi juin -3 1 17 samedi 4 Classe de Séorim 2 18 dimanche 3 19 lundi 4 20 mardi 5 21 mercredi 6 22 jeudi 7 23 vendredi 8 24 samedi 5 Classe de Malkiyya 9 25 dimanche 10 26 lundi 11 27 mardi 12 28 mercredi 13 29 jeudi 14 1 Siwan vendredi 15 2 samedi 6 Classe de Miyyamîn 16 3 dimanche 17 4 lundi 18 5 mardi 19 6 mercredi 20 7 jeudi 21 8 vendredi 22 9 samedi 7 Classe de Haqqoç 23 10 dimanche 24 11 lundi 25 12 mardi 26 13 mercredi 27 14 jeudi 28 15 vendredi 29 16 samedi 8 classe dAbiyya 30 17 dimanche (Luc 1:5-8)juillet -3 1 18 lundi 2 19 mardi 3 20 mercredi 4 21 jeudi 5 22 vendredi 6 23 samedi 9 1 1 classe de Yéshua 7 24 dimanche 2 8 25 lundi 3 9 26 mardi 4 10 27 mercredi 5 11 28 jeudi 6 12 29 vendredi 7 13 30 samedi 10 8 Classe de Shekanyahu 14 1 Tammuz dimanche 9 15 2 lundi 10 16 3 mardi 11 17 4 mercredi 12 18 5 jeudi 13 19 6 vendredi 14 20 7 samedi 11 15 Classe dElyashib 21 8 dimanche 16 22 9 lundi 17 23 10 mardi 18 24 11 mercredi 19 25 12 jeudi 20 26 13 vendredi 21 27 14 samedi 12 22 Classe de Yaqîm 28 15 dimanche 23 29 16 lundi 24 30 17 mardi 25 31 18 mercredi 26août -3 1 19 jeudi 27 2 20 vendredi 28 3 21 samedi 13 29 Classe de Huppa 4 22 dimanche 30 2 5 23 lundi 31 6 24 mardi 32 7 25 mercredi 33 8 26 jeudi 34 9 27 vendredi 35 10 28 samedi 14 36 Classe de Yeshebeab
    • 14 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 11 29 dimanche 37 12 1 Ab lundi 38 13 2 mardi 39 14 3 mercredi 40 15 4 jeudi 41 16 5 vendredi 42 17 6 samedi 15 43 Classe de Bilga 18 7 dimanche 44 19 8 lundi 45 20 9 mardi 46 21 10 mercredi 47 22 11 jeudi 48 23 12 vendredi 49 24 13 samedi 16 50 Classe dImmér 25 14 dimanche 51 26 15 lundi 52 27 16 mardi 53 28 17 mercredi 54 29 18 jeudi 55 30 19 vendredi 56 31 20 samedi 17 57 Classe de Hézir septembre -3 1 21 dimanche 58 2 22 lundi 59 3 23 mardi 60 3 4 24 mercredi 61 5 25 jeudi 62 6 26 vendredi 63 7 27 samedi 18 64 Classe de Happiçeç 8 28 dimanche 65 9 29 lundi 66 10 30 mardi 67 11 1 Elul mercredi 68 12 2 jeudi 69 13 3 vendredi 70 14 4 samedi 19 71 Classe de Pethahya 15 5 dimanche 72 16 6 lundi 73 17 7 mardi 74 18 8 mercredi 75 19 9 jeudi 76 20 10 vendredi 77 21 11 samedi 20 78 Classe de Yehèzqel 22 12 dimanche 79 23 13 lundi 80 24 14 mardi 81 25 15 mercredi 82 equinoxe dautomne 26 16 jeudi 83 27 17 vendredi 84 28 18 samedi 21 85 Classe de Yakîn 29 19 dimanche 86 30 20 lundi 87 octobre -3 1 21 mardi 88 2 22 mercredi 89 4 3 23 jeudi 90 4 24 vendredi 91 5 25 samedi 22 92 Classe de Gamul 6 26 dimanche 93 7 27 lundi 94 8 28 mardi 95 9 29 mercredi 96 nouvelle lune 10 1 Tishri jeudi 97 11 2 vendredi 98 12 3 samedi 23 99 Classe de Delayahu 13 4 dimanche 100 14 5 lundi 101 15 6 mardi 102 16 7 mercredi 103 17 8 jeudi 104 18 9 vendredi 105 19 10 samedi 24 106 Classe de Maazyahu 20 11 dimanche 107 Yom kippour 21 12 lundi 108 22 13 mardi 109
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 15 23 14 mercredi 110 24 15 jeudi 111 25 16 vendredi 112 26 17 samedi 113 27 18 dimanche 114 28 19 lundi 115 29 20 mardi 116 30 21 mercredi 117 31 22 jeudi 118novembre -3 1 23 vendredi 119 5 2 24 samedi 1 120 Classe de Yehoyarib 3 25 dimanche 121 4 26 lundi 122 5 27 mardi 123 6 28 mercredi 124 7 29 jeudi 125 8 30 vendredi 126 9 1 Heshvan samedi 2 127 Classe de Yedaya 10 2 dimanche 128 11 3 lundi 129 12 4 mardi 130 13 5 mercredi 131 14 6 jeudi 132 15 7 vendredi 133 16 8 samedi 3 134 Classe de Harim 17 9 dimanche 135 18 10 lundi 136 19 11 mardi 137 20 12 mercredi 138 21 13 jeudi 139 22 14 vendredi 140 23 15 samedi 4 141 Classe de Séorim 24 16 dimanche 142 25 17 lundi 143 26 18 mardi 144 27 19 mercredi 145 28 20 jeudi 146 29 21 vendredi 147 30 22 samedi 5 148 6 Classe de Malkiyyadécembre -3 1 23 dimanche 149 2 24 lundi 150 3 25 mardi 151 4 26 mercredi 152 5 27 jeudi 153 6 28 vendredi 154 7 29 samedi 6 155 Classe de Miyyamîn 8 1 Kislev dimanche 156 9 2 lundi 157 10 3 mardi 158 11 4 mercredi 159 12 5 jeudi 160 13 6 vendredi 161 14 7 samedi 7 162 Classe de Haqqoç 15 8 dimanche 163 16 9 lundi 164 17 10 mardi 165 18 11 mercredi 166 19 12 jeudi 167 20 13 vendredi 168 21 14 samedi 8 169 classe dAbiyya 22 15 dimanche 170 23 16 lundi 171 24 17 mardi 172 25 18 mercredi 173 26 19 jeudi 174 27 20 vendredi 175 28 21 samedi 9 176 classe de Yéshua 29 22 dimanche 177 30 23 lundi 178 1 Lange Gabriel annonce la 31 24 mardi 179 2 naissance de Jésus 6 mois après janvier -2 1 25 mercredi 180 3 celle de Jean le Baptiste (Luc 1:36) 2 26 jeudi 181 4 3 27 vendredi 182 5
    • 16 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 4 28 samedi 10 183 6 Classe de Shekanyahu 5 29 dimanche 184 7 6 30 lundi 185 8 7 1 Tebeth mardi 186 9 8 2 mercredi 187 10 9 3 jeudi 188 11 10 4 vendredi 189 12 11 5 samedi 11 190 13 Classe dElyashib 12 6 dimanche 191 14 13 7 lundi 192 15 14 8 mardi 193 16 15 9 mercredi 194 17 16 10 jeudi 195 18 17 11 vendredi 196 19 18 12 samedi 12 197 20 Classe de Yaqîm 19 13 dimanche 198 21 20 14 lundi 199 22 21 15 mardi 200 23 22 16 mercredi 201 24 23 17 jeudi 202 25 24 18 vendredi 203 26 25 19 samedi 13 204 27 Classe de Huppa 26 20 dimanche 205 28 27 21 lundi 206 29 28 22 mardi 207 30 29 23 mercredi 208 31 30 24 jeudi 209 32 31 25 vendredi 210 33 février -2 1 26 samedi 14 211 34 Classe de Yeshebeab 2 27 dimanche 212 35 3 28 lundi 213 36 4 29 mardi 214 37 5 1 Shebat mercredi 215 38 6 2 jeudi 216 39 7 3 vendredi 217 40 8 4 samedi 15 218 41 Classe de Bilga 9 5 dimanche 219 42 10 6 lundi 220 43 11 7 mardi 221 44 12 8 mercredi 222 45 13 9 jeudi 223 46 14 10 vendredi 224 47 15 11 samedi 16 225 48 Classe dImmér 16 12 dimanche 226 49 17 13 lundi 227 50 18 14 mardi 228 51 19 15 mercredi 229 52 20 16 jeudi 230 53 21 17 vendredi 231 54 22 18 samedi 17 232 55 Classe de Hézir 23 19 dimanche 233 56 24 20 lundi 234 57 25 21 mardi 235 58 26 22 mercredi 236 59 27 23 jeudi 237 60 28 24 vendredi 238 61 mars -2 1 25 samedi 18 239 62 Classe de Happiçeç 2 26 dimanche 240 63 3 27 lundi 241 64 4 28 mardi 242 65 5 29 mercredi 243 66 6 30 jeudi 244 67 7 1 Adar vendredi 245 68 8 2 samedi 19 246 69 Classe de Pethahya 9 3 dimanche 247 70 10 4 lundi 248 71 11 5 mardi 249 72 12 6 mercredi 250 73 13 7 jeudi 251 74 14 8 vendredi 252 75 15 9 samedi 20 253 76 Classe de Yehèzqel 16 10 dimanche 254 77 17 11 lundi 255 78
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 17 18 12 mardi 256 79 19 13 mercredi 257 80 20 14 jeudi 258 81 21 15 vendredi 259 82 22 16 samedi 21 260 83 Classe de Yakîn 23 17 dimanche 261 84 24 18 lundi 262 85 25 19 mardi 263 86 26 20 mercredi 264 87 27 21 jeudi 265 88 28 22 vendredi 266 89 29 23 samedi 22 267 90 Classe de Gamul 30 24 dimanche 268 91 31 25 lundi 269 92avril -2 1 26 mardi 270 93 2 27 mercredi 271 94 3 28 jeudi 272 95 4 29 vendredi 273 96 Naissance de Jean le Baptiste 5 1 Nisan samedi 23 1 97 Classe de Delayahu 6 2 dimanche 98 7 3 lundi 99 8 4 mardi 100 9 5 mercredi 101 10 6 jeudi 102 11 7 vendredi 103 12 8 samedi 24 104 Classe de Maazyahu 13 9 dimanche 105 14 10 lundi 106 15 11 mardi 107 16 12 mercredi 108 17 13 jeudi 109 18 14 vendredi 110 Pâque 19 15 samedi T 111 20 16 dimanche 112 21 17 lundi 113 22 18 mardi 114 23 19 mercredi 115 24 20 jeudi 116 25 21 vendredi 117 26 22 samedi 1 118 Classe de Yehoyarib 27 23 dimanche 119 28 24 lundi 120 29 25 mardi 121 30 26 mercredi 122mai -2 1 27 jeudi 123 2 28 vendredi 124 3 29 samedi 2 125 Classe de Yedaya 4 30 dimanche 126 5 1 Iyyar lundi 2 127 6 2 mardi 128 7 3 mercredi 129 8 4 jeudi 130 9 5 vendredi 131 10 6 samedi 3 132 Classe de Harim 11 7 dimanche 133 12 8 lundi 134 Annonce du Brevarium à Rome 13 9 mardi 135 14 10 mercredi 136 15 11 jeudi 137 16 12 vendredi 138 17 13 samedi 4 139 Classe de Séorim 18 14 dimanche 140 19 15 lundi 141 20 16 mardi 142 21 17 mercredi 143 22 18 jeudi 144 23 19 vendredi 145 24 20 samedi 5 146 Classe de Malkiyya 25 21 dimanche 147 26 22 lundi 148 27 23 mardi 149 28 24 mercredi 150 29 25 jeudi 151
    • 18 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 30 26 vendredi 152 31 27 samedi 6 153 Classe de Miyyamîn juin -2 1 28 dimanche 154 2 29 lundi 155 3 1 Siwan mardi 3 156 4 2 mercredi 157 5 3 jeudi 158 6 4 vendredi 159 7 5 samedi 7 160 Classe de Haqqoç 8 6 dimanche 161 9 7 lundi 162 10 8 mardi 163 11 9 mercredi 164 12 10 jeudi 165 13 11 vendredi 166 14 12 samedi 8 167 Classe dAbiyya 15 13 dimanche 168 16 14 lundi 169 17 15 mardi 170 18 16 mercredi 171 19 17 jeudi 172 20 18 vendredi 173 21 19 samedi 9 174 Classe de Yéshua 22 20 dimanche 175 23 21 lundi 176 24 22 mardi 177 25 23 mercredi 178 26 24 jeudi 179 27 25 vendredi 180 28 26 samedi 10 181 Classe de Shekanyahu 29 27 dimanche 182 30 28 lundi 183 juillet -2 1 29 mardi 184 2 30 mercredi 185 3 1 Tammuz jeudi 4 186 4 2 vendredi 187 5 3 samedi 11 188 Classe dElyashib 6 4 dimanche 189 7 5 lundi 190 8 6 mardi 191 9 7 mercredi 192 10 8 jeudi 193 11 9 vendredi 194 12 10 samedi 12 195 Classe de Yaqîm 13 11 dimanche 196 14 12 lundi 197 15 13 mardi 198 16 14 mercredi 199 17 15 jeudi 200 18 16 vendredi 201 19 17 samedi 13 202 Classe de Huppa 20 18 dimanche 203 21 19 lundi 204 22 20 mardi 205 23 21 mercredi 206 24 22 jeudi 207 25 23 vendredi 208 26 24 samedi 14 209 Classe de Yeshebeab 27 25 dimanche 210 28 26 lundi 211 29 27 mardi 212 30 28 mercredi 213 31 29 jeudi 214 août -2 1 1 Ab vendredi 5 215 2 2 samedi 15 216 Classe de Bilga 3 3 dimanche 217 4 4 lundi 218 5 5 mardi 219 6 6 mercredi 220 7 7 jeudi 221 8 8 vendredi 222 9 9 samedi 16 223 Classe dImmér 10 10 dimanche 224
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 19 11 11 lundi 225 12 12 mardi 226 13 13 mercredi 227 14 14 jeudi 228 15 15 vendredi 229 16 16 samedi 17 230 Classe de Hézir 17 17 dimanche 231 18 18 lundi 232 19 19 mardi 233 20 20 mercredi 234 21 21 jeudi 235 22 22 vendredi 236 23 23 samedi 18 237 Classe de Happiçeç 24 24 dimanche 238 25 25 lundi 239 26 26 mardi 240 27 27 mercredi 241 28 28 jeudi 242 29 29 vendredi 243 30 30 samedi 19 244 Classe de Pethahya 31 1 Elul dimanche 6 245septembre -2 1 2 lundi 246 2 3 mardi 247 3 4 mercredi 248 4 5 jeudi 249 5 6 vendredi 250 6 7 samedi 20 251 Classe de Yehèzqel 7 8 dimanche 252 8 9 lundi 253 9 10 mardi 254 10 11 mercredi 255 11 12 jeudi 256 12 13 vendredi 257 13 14 samedi 21 258 Classe de Yakîn 14 15 dimanche 259 15 16 lundi 260 16 17 mardi 261 17 18 mercredi 262 18 19 jeudi 263 19 20 vendredi 264 20 21 samedi 22 265 Classe de Gamul 21 22 dimanche 266 22 23 lundi 267 23 24 mardi 268 24 25 mercredi 269 25 26 jeudi 270 equinoxe dautomne 26 27 vendredi 271 27 28 samedi 23 272 Classe de Delayahu 28 29 dimanche 273 nouvelle lune 29 1 Tishri lundi 1 1 naissance de Jésus 30 2 mardi 2 octobre -2 1 3 mercredi 3 2 4 jeudi 4 3 5 vendredi 5 4 6 samedi 24 6 Classe de Maazyahu 5 7 dimanche 7 6 8 lundi 8 7 9 mardi 9 8 10 mercredi 10 Yom kippour 9 11 jeudi 11 10 12 vendredi 12 11 13 samedi T 13 12 14 dimanche 14 13 15 lundi 15 14 16 mardi 16 15 17 mercredi 17 16 18 jeudi 18 17 19 vendredi 19 18 20 samedi T 20 19 21 dimanche 21 20 22 lundi 22 21 23 mardi 23 22 24 mercredi 24 23 25 jeudi 25
    • 20 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 24 26 vendredi 26 25 27 samedi 1 27 Classe de Yehoyarib 26 28 dimanche 28 27 29 lundi 29 28 30 mardi 30 29 1 Heshvan mercredi 2 31 30 2 jeudi 32 31 3 vendredi 33 novembre -2 1 4 samedi 2 34 Classe de Yedaya 2 5 dimanche 35 3 6 lundi 36 4 7 mardi 37 5 8 mercredi 38 6 9 jeudi 39 7 10 vendredi 40 présentation au Temple 8 11 samedi 3 Classe de Harim 9 12 dimanche 10 13 lundi 11 14 mardi 12 15 mercredi 13 16 jeudi 14 17 vendredi 15 18 samedi 4 Classe de Séorim 16 19 dimanche 17 20 lundi 18 21 mardi 19 22 mercredi 20 23 jeudi 21 24 vendredi 22 25 samedi 5 Classe de Malkiyya 23 26 dimanche (visites des mages) 24 27 lundi 25 28 mardi 26 29 mercredi 27 1 Kislev jeudi 3 28 2 vendredi 29 3 samedi 6 Classe de Miyyamîn 30 4 dimanche décembre -2 1 5 lundi 2 6 mardi 3 7 mercredi 4 8 jeudi 5 9 vendredi 6 10 samedi 7 Classe de Haqqoç 7 11 dimanche 8 12 lundi 9 13 mardi 10 14 mercredi 11 15 jeudi 12 16 vendredi 13 17 samedi 8 classe dAbiyya 14 18 dimanche 15 19 lundi 16 20 mardi 17 21 mercredi 18 22 jeudi 19 23 vendredi 20 24 samedi 9 classe de Yéshua 21 25 dimanche 22 26 lundi 23 27 mardi 24 28 mercredi 25 29 jeudi meurtre des nouveaux nés 26 30 vendredi Jésus a 3 mois 27 1 Tebeth samedi 10 Classe de Shekanyahu 28 2 dimanche 29 3 lundi 30 4 mardi 31 5 mercredi janvier -1 1 6 jeudi 2 7 vendredi 3 8 samedi 11 Classe dElyashib 4 9 dimanche
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 21 5 10 lundi jeûne du 10 Tebeth 6 11 mardi 7 12 mercredi 8 13 jeudi 9 14 vendredi éclipse de lune 10 15 samedi 12 Classe de Yaqîm 11 16 dimanche 12 17 lundi 13 18 mardi 14 19 mercredi 15 20 jeudi 16 21 vendredi 17 22 samedi 13 Classe de Huppa 18 23 dimanche 19 24 lundi 20 25 mardi 21 26 mercredi 22 27 jeudi 23 28 vendredi 24 29 samedi 14 Classe de Yeshebeab 25 1 Shebat dimanche 26 2 lundi mort dHérode 27 3 mardi 28 4 mercredi 29 5 jeudi 30 6 vendredi 31 7 samedi 15 Classe de Bilga Pâque le 14 Nisan (lundi 29 avril -3). Début du premier cycle des 24 classes le samedi 26 Nisan (11 mai -3). Classe dAbbiya (8e semaine), début le samedi 16 Siwan (29 juin -3). Classe de Yéshua (9e semaine), début le samedi 23 Siwan (5 juillet -3). Début de la gestation de Jean le Baptiseur (naissance 273 jours plus tard). Yom kippour le samedi 10 Tishri (19 octobre -3). Début du second cycle des 24 classes le samedi 24 Tishri (2 novembre -3). Lange Gabriel annonce la naissance de Jésus 6 mois après celle de Jean le Baptiseur, soit le lundi 23 Kislev (30 décembre -3). Début de la gestation de Jésus. Naissance de Jean le Baptiseur le 1er Nisan (samedi 5 avril -2). Naissance de Jésus le 1er Tishri (lundi 29 septembre -2), après 273 jours de gestation. Selon le texte biblique, Jésus est né dans une famille de Galilée vivant à Nazarethqui, à cause de lenregistrement ordonné par Auguste, dut se déplacer à Bethléhem, villenatale de Joseph47. En arrivant à Bethléhem, vers fin septembre -2, Marie accouche de Jésusle 29 septembre puis, conformément à la coutume juive48, monte au Temple de Jérusalem40 jours plus tard49 soit le vendredi 7 novembre -2. Vers la fin novembre, des astrologues,sans doute venus de Babylone, patrie dorigine de lastrologie50, atteignent Jérusalem.Quelques jours plus tard, ils arrivent vers lenfant Jésus, puis repartent vers Babylone mais47 Luc 1:26,27; 2:1-4.48 Lévitique 12:1-8.49 Luc 2:22.50 Daniel 1:20; 2:27.
    • 22 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE sans repasser par Jérusalem. Fin décembre, voyant quil avait été berné, Hérode décide de faire tuer tous les nouveau-nés de Bethléem. Les parents de Jésus, avertis du projet, partent en Égypte51. Si Hérode ignorait lâge de lenfant, il connaissait par contre le moment où létoile était apparue, soit au début du voyage des astrologues. Si ceux-ci sont venus de Babylone à dos de chameaux, cela a dû leur demander environ 3 à 4 mois de trajet52. Se fondant sur cette durée estimée du trajet et en ajoutant le retard, Hérode a dû évaluer lâge de lenfant avec une marge de sécurité confortable de deux ans avant dordonner le massacre des enfants, vers le 25 décembre -2, car lenfant Jésus devait avoir 3 mois à ce moment53. Jésus étant né le 1er Tishri, 3 mois après conduisent au 26 décembre -2 . Seuls les Évangiles rapportent cet événement, mais le fait est plausible, car les dirigeants consultaient souvent des Chaldéens (appelés mages) pour connaître lavenir54. Hérode serait mort peu de temps après. La famille de Jésus en fut immédiatement informée et revint habiter à Nazareth ce qui leur permit de célébrer la Pâque55 (7 avril -1) puisque les parents de Jésus sont présentés dans les Évangiles comme des Juifs pieux. La date de naissance de Jésus, fixée au 29 septembre -2, est en accord avec les deux informations chronologiques provenant du comput julien bien attesté:  Jésus est né lors dun enregistrement général de lempire romain. Or, selon Dion Cassius, ceux-ci étaient quinquennaux et, comme les dates de ces recensements du début de notre ère sont bien connus puisquils sont datés respectivement de 4, 9 et 14, il est facile de déduire que le précédent dû avoir lieu en -2. Cette coïncidence nest pas fortuite car cest le 5 février -2 que lempereur Auguste est devenu "Père de la patrie" et quil décréta de faire "linventaire du monde".  Jésus ayant environ 30 ans en lan 15 de Tibère, soit en 29, il est encore facile de calculer lannée de sa naissance en -2. La date de la naissance de Jésus est bien attestée, et elle na été remise en question quau milieu du 19e siècle quand certains chercheurs proposèrent de dater la mort dHérode en mars -4. Si cette datation était exacte, Jésus serait né 2 ans après la mort dHérode, alors que le texte de Matthieu indique clairement que sa naissance eut lieu peu de temps avant, et non après, la mort dHérode. 51 Matthieu 2:1-16. 52 Esdras 7:9. Il y a environ 1500 kilomètres entre Babylone et Jérusalem par la route, soit une vitesse moyenne de 13 km/jour. À titre de comparaison, même les armées romaines, très organisées, ne dépassaient pas la vitesse moyenne de 25 km/jour (E. LUTTWAK – La grande stratégie de lEmpire romain. Paris 2009 Éd. Economica pp. 137). 53 Les Évangiles mettent en parallèle sa vie avec celle de Moïse, ce dernier ayant cet âge dans la même situation (Actes 7:19-20). 54 TACITE Annales II:27:2; XII:22:1. Lors de la naissance d’Octave, Nigidius Figulus prédit grâce aux astres que celui-ci allait recevoir une souveraine puissance et empêcha son père qui prit peur de le tuer (DION CASSIUS Histoire romaine XLV:1:1-3). Hérode fit tuer son fils Antipater parce que celui-ci avait voulu régner avant terme (FLAVIUS JOSEPHE Antiquités juives XVII:185-191). 55 Matthieu 2:19-23; Luc 2:39-41.
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 23 Le philosophe Celse, qui rédigea (vers 178) une attaque en règle contre les chrétienset qui fut un farouche contestataire de leur doctrine, quil connaissait bien, na rien trouvé àredire sur le fait que Jésus soit né sous le règne dHérode; il écrit: Tu as commencé par tefabriquer une filiation fabuleuse, en prétendant que tu devais ta naissance à une vierge. En réalité, tu esoriginaire dun petit hameau de la Judée, fils dune pauvre campagnarde qui vivait de son travail. Celle-ci,convaincue dadultère avec un soldat Panthère, fut chassée par son mari, charpentier de son état. Expulséede la sorte et errant çà et là ignominieusement, elle te mit au monde en secret. Plus tard, contraint par ledénuement à texpatrier, tu te rendis en Égypte, y louas tes bras pour un salaire, et là, ayant apprisquelques-uns de ces pouvoirs magiques dont se targuent les Égyptiens, tu revins dans ton pays, et, enflé desmerveilleux effets que tu savais produire, tu te proclamas Dieu (...) Tu racontes que des Chaldéens, nepouvant se tenir à lannonce de ta naissance, se mirent en route pour venir tadorer comme Dieu, alors quetu étais encore au berceau; quils annoncèrent la nouvelle à Hérode le Tétrarque, et que celui-ci, dans lacrainte que, devenu grand, tu nusurpasses son trône, fit égorger tous les enfants du même âge pour te fairepérir à coup sûr. Mais, si Hérode a fait cela mû par la crainte que plus tard tu ne prisses sa place,pourquoi, arrivé à lâge dhomme, nas-tu pas régné? Pourquoi te vit-on alors, toi, le Fils de Dieu,vagabond de malheur, ployé sous la frayeur, désemparé, courant le pays avec tes dix ou onze acolytesramassés dans la lie du peuple, parmi des publicains et des mariniers sans aveu, et gagnant honteusementune précaire subsistance ? Pourquoi fallut-il quon temportât en Égypte ? Pour te sauver de lexterminationpar lépée? Mais un Dieu ne peut craindre la mort. Un ange vint tout exprès du ciel tordonner à toi et àtes parents de fuir. Le grand Dieu, qui avait déjà pris la peine denvoyer deux anges pour toi, ne pouvait-ildonc préserver son propre fils dans son propre pays ? Aux vieilles légendes qui racontent la naissance divinede Persée, dAmphion, dÉaque, de Minos, nous najoutons plus foi aujourdhui. Encore sauvent-elles aumoins la vraisemblance, en ce quelles attribuent à ces personnages des actions vraiment grandes, admirableset utiles aux hommes56. Celse mentionne "Hérode le Tétrarque qui fit égorger tous lesenfants"; il sagit bien dHérode le Grand, nommé tétrarque de Judée57 par Antoine à partirde -42 (puis nommé roi en -40 par le Sénat romain), et non de son fils Hérode Antipas, quireçut lui aussi le titre de tétrarque "chef de district" (Matthieu 14:1). Si les chrétiens avaientconfondu les deux rois, Celse, qui était prompt à la critique, naurait pas manqué de segausser dune aussi grossière erreur. Les critiques de Celse reposent avant tout sur la calomnie quand il affirme sanspreuve que la filiation de Jésus est fabuleuse et que la "vraie" filiation serait le fruit dunadultère. Si cette affabulation était avérée, les prétentions de Jésus dêtre le Messie auraient56 Celse (L. ROUGIER) -Discours vrai contre les chrétiens1999 Paris Éd. Phébus pp. 47-49.57 Guerre des Juifs I:244.
    • 24 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE été dénuées de tout fondement devant le Sanhédrin et il aurait été jugé pour folie et non pour crime de lèse majesté. De plus, les premiers chrétiens étant juifs ils pouvaient aussi vérifier la filiation de Jésus dans les archives du Temple (jusquen 70). La combinaison de la chronologie de la vie Jésus, au début de notre ère, avec celles dHérode le Grand, de Quirinius et de Varus, donne un agencement des événements parfaitement cohérent qui illustre la situation particulièrement complexe au moment de la mort dHérode. Tibère, qui avait en théorie une position de corégent, nexerçait plus sa fonction depuis son retrait à Rhodes en -5, de plus, comme il arrivait en fin de mandat, son successeur Caius César avait déjà été désigné (en décembre -1). Vu le jeune âge du nouveau corégent, Auguste lui avait adjoint deux consuls expérimentés: Marcus Lollius comme recteur (pour le conseiller) et Quinctilius Varus comme légat (pour commander les légions). Après la mort dHérode, un procurateur financier, Sabinus, a été ajouté pour estimer les biens de ce roi client. Lensemble des carrières, de tous les personnages impliqués sur période de -6 à 4, est le suivant (le règne effectif dHérode est compté après la prise de Jérusalem et la mort dAntigone, son rival au trône de Judée): An Hérode gouverneurs en Syrie -6 1 âge dHérode 2 règne effectif dHérode en Judée 3 règne légal dHérode 4 66 30 33 5 6 7 Tibère Varus Tibère légat impérial dOrient 8 Varus gouverneur de Syrie 9 10 11 12 Quirinius désigné gouverneur -5 1 de Cilicie 2 3 S. Quirinius Quirinius gouverneur de Cilicie 4 67 31 34 5 6 Bataille contre les Homonades 7 8 (Tibère) Tibère se retire à Rhodes 9 10 11 12 -4 1 2 3 4 68 32 35 5 6
    • DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS 25 7 [0] (Tibère) Testament dHérode dans lequel 8 ses fils sont nommés rois (à Rome) 9 10 11 12 Quirinius désigné gouverneur-3 1 de Syrie 2 3 4 69 33 36 [1] 5 6 7 Quirinius Quirinius gouverneur de Syrie 8 9 10 11 12-2 1 2 Auguste déclaré Père de la Patrie 3 4 70 34 37 [2] 5 Début du recensement dAuguste 6 inventaire du monde 7 8 9 Naissance de Jésus 10 11 12 Varus désigné gouverneur de Syrie-1 1 Mort dHérode 2 Iturée intégrée au royaume dHérode 3 Funérailles dHérode 4 3 An 3 du règne des fils dHérode 5 Sabinus Varus Varus est commandant de légions 6 en Judée et Sabinus procurateur 7 (C. César) S. Quirinius Quirinius proconsul dAsie 8 M. Lollius recteur de Caius César 9 10 Archélaüs émet sa 1ère pièce, datée 11 de lan 3 121 1 Caius César arrive en Orient 2 C. César guerre [de Varus] en Syrie 3 4 4 5 6 7 8 9 10 11 122 1 2 3
    • 26 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 4 5 5 6 M. Lollius disgracié 7 S. Quirinius Quirinius recteur de Caius César 8 (en Arménie) 9 10 11 12 3 1 2 3 4 6 5 6 7 8 9 10 11 12 4 1 2 Mort de Caius César 3 4 7 Les carrières dHérode le Grand, de Quirinius et de Varus ont été examinées à part (voir les Chronologies de la vie dHérode, de Quirinius et de Varus).
    • Date de la mort de Jésus La datation de la mort de Jésus est controversée. Elle est actuellement souventsupposée en 30, voire en 29, de notre ère. Létude réalisée par Depuydt1 sur cette questionest représentative de largumentation utilisée. Il débute son étude en affirmant que depuis ledébut du 20e siècle la date de 29 est presque universellement acceptée. Cette premièreremarque doit être fortement nuancée, puisque les historiens2 qui calculent cette date en seservant des données provenant des Évangiles aboutissent au vendredi 3 avril 33, qui est ladate traditionnelle (le pape a consacré 1933 comme année sainte pour commémorer le1900e anniversaire de la mort de Jésus). Il affirme ensuite que les sources évangéliquesseraient contradictoires: certains situent la mort de Jésus au début du jour et dautres à la findu jour, au début du 15 Nisan. En fait cette théorie résulte dune mauvaise compréhensiondu comput biblique. Selon le texte dExode 12:1-8, la Pâque juive devait être célébrée lanuit du 14 Nisan. Or, chez les Juifs le soir (marqué par le coucher du soleil) précède lematin3 contrairement au calendrier julien. Ainsi cette fête se déroulait au début du 14Nisan, soit à fin du 13 Nisan vers 18 heures et non à la fin du 14 (et début du 15 Nisan). Meier, dans son livre Un certain juif Jésus. Les données de lhistoire, consacre une grandepartie de ses recherches à fixer précisément la date de la mort de Jésus et propose decontredire la chronologie synoptique: En guise de corollaire, jajouterais deux avantages à la solutionque je propose et qui contredit la chronologie synoptique4. En effet, si Jésus et ses disciples avaientcélébré la Pâque le 13 ou le 15 Nisan ils auraient été en infraction avec le calendrier officieldu Temple, ce qui est inconcevable compte tenu du légalisme de lépoque5. Le texte de Luc6 date précisément le ministère de Jésus (contrairement à ce queDepuydt affirme) puisquil en fixe le début durant lan 15 de Tibère (qui va du 19 août 28au 18 août 29). Le baptême de Jésus est situé six mois après celui de Jean le Baptiseur, soitentre le 19 février 29 et le 18 août 29. Selon Luc, Jésus a comparé son ministère peuproductif à celui du prophète Élie qui apporta uniquement son aide à quelques veuvesdIsraël et cela pendant 3 ans et 6 mois selon les textes de Luc. De même, vers la fin de son1 L. DEPUYDT – The Date of Death of Jesus of Nazarethin: Journal of the American Oriental Society 122:3 (2002) pp. 466-480.2 G. GOYAU – Chronologie de lempire romainParis 2007 Éd. Errance p. 46.3 Genèse 1:5, 8, 13, 19, 23, 31.4 J.P. MEIER - Un certain juif Jésus Les données de lhistoire IParis 2004 Éd. Cerf pp. 235-262.5 Il nest même pas sûr que les Esséniens, vivant à lécart du Temple, qui proposaient un calendrier dissident, laient réellement pratiqué.Leur année solaire nayant que 364 jours, au lieu de 365, elle était désynchronisée de lobservation (5 jours de retard au bout de 4 ans).6 Luc 3:1-4,21-23.
    • 28 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE ministère, Jésus a comparé son action à celle dun vigneron cultivant un figuier depuis 3 ans avec très peu de résultats (Luc 4:24-28; 13:5-9). Selon les indications fournies par ces textes, la durée de 3 ans et 6 mois couvrirait une période allant de lautomne 29 au printemps 33. Les quatre évangiles décrivent plusieurs événements qui peuvent être situés dans le temps (fêtes, saisons, durées précises). La mise en parallèle de ces données est cohérente et permet la reconstitution chronologique suivante (les repères datables sont en grisé): an Événement servant de repère chronologique Matthieu Marc Luc Jean 29 15 1 X 2 XI 3 XII 4 I Ministère de Jean le Baptiseur en lan 15 de Tibère. 3:1-12 1:1-18 3:1-18 1:6-28 5 II 6 III 7 IV 8 V Baptême de Jésus en lan 15 de Tibère. 3:13-17 1:9-11 3:21-38 1:32-34 [16] 9 VI Jésus (né en -2) est âgé denviron 30 ans. 10 VII Ministère de Jésus (6 mois après celui de Jean) 11 VIII 12 IX 30 1 X 2 XI 3 XII 4 I Temple construit depuis 46 ans. Fête de Pâque. 2:13-25 5 II Jean le Baptiseur emprisonné. 4:12 1:14 3:19,20 4:1-3 6 III Jésus en route vers la Galilée 4 mois avant la moisson. 4:35 7 IV (au mois VII) "Le royaume des cieux sest approché". 4:17 1:15 4:14,15 4:44,45 8 V [17] 9 VI 10 VII 11 VIII 12 IX 31 1 X 2 XI 3 XII Festin avec les collecteurs dimpôts. 9:9-17 2:13-22 5:27-39 4 I Célébration dune fête des Juifs (Nikanor ou Purim?). 5:1 5 II Les disciples arrachent des épis (moisson du blé). 12:1-8 2:23-28 6:1-5 6 III 7 IV 8 V [18] 9 VI 10 VII Mort de Séjan. La politique impériale devient pro-juive. 11 VIII Jésus calme une tempête (entre août et décembre). 8:18-27 4:35-41 8:22-25 12 IX 32 1 X 2 XI Hérode Antipas fait décapiter Jean le Baptiseur. 14:1-12 6:14-29 9:7-9 3 XII 5000 hommes nourris juste avant la Pâque. 14:13-21 6:30-44 9:10-17 6:1-13 4 I 5 II 6 III 7 IV Olympiade 202:4 8 V [19] 9 VI 10 VII Enseignement lors de la fête des Huttes (10 Tishri). 7:11-52 11 VIII La moisson est grande et en culture depuis 3 ans. 10:2 13:7 12 IX Fête de la Dédicace (25 Kislev). 10:1-39 33 1 X 2 XI 3 XII Entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. 21:1-17 11:1-11 19:29-44 12:12-19 4 I Repas de la Pâque (le vendredi 14 Nisan). 26:20,21 14:17,18 22:14-18 5 II Judas est congédié puis instauration de la Cène. 26:21-25 14:18-21 22:21-23 13:21-30 6 III 7 IV 8 V
    • DATE DE LA MORT DE JESUS 29 La fête des Juifs mentionnée en Jean 5:1 (ayant lieu vers le printemps selon sa placedans la reconstitution) peut désigner la fête de Nikanor7 qui avait lieu autour de mars, carles autres fêtes plus connues, comme la Pâque (mars/avril) ou la fête de la Dédicace(novembre/décembre) sont toujours mentionnées par leur nom dans le texte de Jean. Le texte de Jean 2:13-20 vient confirmer le début du ministère de Jésus en 29. Ilrapporte une discussion placée lors de la première Pâque: La Pâque des Juifs étant proche etJésus monta à Jérusalem (...) Les Juifs lui dirent alors: "Il a fallu 46 ans pour bâtir ce sanctuaire". Leterme naos désigne le sanctuaire du Temple et non le Temple [iéron] lui-même. Josèphe8précise que le Temple nétait pas encore achevé à lépoque du procurateur Albinus (62-64).Concernant le sanctuaire, il écrit: Quand Hérode acheva la 17e année de son règne, César vint enSyrie (...) Ce fut à cette époque, dans la 18e année de son règne, après les événements mentionnésprécédemment, quHérode entreprit un travail extraordinaire: la reconstruction du temple de Dieu à sespropres frais (...), mais le sanctuaire [naos] lui-même fut construit par les prêtres en un an et six mois9.Dion Cassius10 situe le voyage dAuguste en Syrie dans le printemps de lannée, quandMarcus Apuleius et Publius Silius étaient consuls, soit autour de février/mars -20 quicorrespond effectivement à la fin de la 18e année dHérode. Les travaux du sanctuaire ontdonc commencé en 20/19 et se sont achevés vers 18/17 puisquils ont duré 1 an et demi.La durée de 46 ans amène donc effectivement dans une période datée vers 29/30. La mort de Jean le Baptiste tombant au début de lan 32 est confirmée par FlaviusJosèphe. Selon lui11, le meurtre de Jean le Baptiste par Hérode Antipas avait entraîné une"vengeance divine": destruction de son armée par Arétas, roi de Pétra, et mort de son frèreHérode Philippe quil date dans la 20e année de Tibère (33/34) après 37 ans de règne. Depuydt affirme que les sources les plus anciennes fixent la mort de Jésus en 29 encitant Tertullien (155-222) qui date la mort de Jésus durant les consulats de RubelliusGeminus et de Rufius (sic) Geminus. En fait, la source la plus ancienne qui date la mort deJésus provient de lhistorien grec Phlégon de Tralles qui a achevé en 140 sa chronologie desévénements les plus importants datés par les olympiades. Matthieu12 évoque, par exemple,un tremblement de terre et des ténèbres surprenantes (et non une éclipse de soleil) durantla mort de Jésus de midi à 15 heures13 (ces 3 heures dépassent la durée dune éclipse desoleil). Plusieurs auteurs rapportent cet événement exceptionnel. Thallus, historien7 La fête de Nikanor avait lieu le 13 Adar à cette époque (Antiquités juives XII:412; 2Maccabées XV:36).8 Antiquités juives XX:219.9 Antiquités juives XV:354, 380, 421.10 Histoire romaine LIV:7:4-6.11 Antiquités juives XVIII:106-119.12 Matthieu 27:45-54.13 Lheure de la prière selon Actes 3:1.
    • 30 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE samaritain du 1er siècle, déclare dans le 3e livre de ses Histoires (rapporté par Jules lAfricain 14 vers 220 de notre ère): Dans le monde entier, une obscurité effrayante, par lobscurcissement dune éclipse de soleil, se répandit et, par leffet dun tremblement de terre, des rochers se fendirent et de nombreux bouleversements se produisirent en Judée et dans le reste de la terre. Phlégon de Tralles donne une date précise, rapportée par Eusèbe15: En la quatrième année de la CCIIe olympiade, il y eut une éclipse de soleil, la plus grande que lon eut jamais vue, et la nuit se fit à la sixième heure du jour [midi], au point que les étoiles furent visibles dans le ciel. Et un grand tremblement de terre, ressenti en Bithynie, causa de nombreux bouleversements à Nicée. La 4e année de la 202e olympiade va de juillet 32 à juillet 33, ce qui confirme la date du 3 avril 33. Cette information était considérée comme fiable à lépoque car Origène16 (en 248) la citée pour réfuter Celse, philosophe grec très critique à légard du christianisme mais bien au fait de lhistoire. Eusèbe17 précise aussi dans sa citation de Phlégon que Jésus avait commencé son ministère en lan 15 de Tibère et quil était mort 3 ans plus tard en lan 18 (soit au début de la 4e année de lolympiade). Il donne une durée plus exacte de pas tout à fait 4 ans18 dans un autre de ses livres. Jérôme, qui a édité la chronique dEusèbe, la considérait comme fiable. Selon Irénée de Lyon19 ce sont les hérétiques qui propageaient [en 177] une durée de seulement 1 an pour le ministère de Jésus. Deux éléments indirects fournis par les Évangiles permettent de confirmer cette datation par lastronomie. Le jour de la Pâque pouvait coïncider avec nimporte quel jour de la semaine, mais le lendemain, correspondant au 1er jour de la fête des Azymes, devait être un sabbat20. Si ce sabbat du 15 Nisan coïncidait avec le sabbat habituel du samedi, on parlait alors dun "grand sabbat". Comme Jésus fut ressuscité le premier jour de la semaine du système juif21, notre dimanche, il est donc mort le vendredi 14 Nisan. Il est possible de calculer quel était le jour de la semaine correspondant au 14 Nisan de notre calendrier. Or, la seule année pour laquelle le 14 Nisan tombe un vendredi22 sur la période allant de lan 29 à lan 35 est lan 33. Depuydt propose le vendredi 15 avril 29 en postulant une erreur de 1 jour sur lobservation du 1er croissant, mais cette solution est improbable car il faudrait admettre que ce 1er croissant ait été vu un jour trop tôt, pendant la nouvelle lune! 14 JULIUS AFRICANUS - Chronographiæ Turnhout 1966 Ed. Brepols (Migne) Patrologiæ Graecae t. X p. 91. 15 EUSEBE - Chronicorum Paris 1857 Patrologiae Graecae t. XIX Ed. Migne p. 535. 16 Contre Celse II:14,33,59. 17 R. HELM – Eusebius Werke Berlin 1956 Ed. Akademie-Verlag Berlin pp. 174,175. 18 Histoire ecclésiastique I:10:2. 19 Contre les hérésies II:22:5. 20 Lévitique 23:5-7. 21 Jean 19:31; 20:1. 22 http://www.imcce.fr/fr/ephemerides/astronomie/Promenade/pages4/429.html
    • DATE DE LA MORT DE JESUS 31 An 14 Nisan dans le calendrier julien éclipse de lune 26 Vendredi 22 mars Non 27 Mercredi 9 avril Non 28 Lundi 29 mars Non 29 Samedi 16 avril Non 30 Mercredi 5 avril Non 31 Lundi 26 mars Non 32 Lundi 14 avril (non visible à Jérusalem)* (Oui)* 33 Vendredi 3 avril Oui 34 Lundi 22 mars Non 35 Lundi 11 avril Non 36 Vendredi 30 mars Non Une deuxième confirmation de lannée 33 provient de la précision du livre desActes23 sur les phénomènes célestes qui se produisirent lors de la mort de Jésus: Le soleil sechangera en ténèbres et la lune en sang. Généralement, lors dune éclipse de lune celle-ci apparaîtrouge-sang24, ce qui est lexplication la plus naturelle du texte des Actes. Lhistorien romainQuinte-Curce25 commente, par exemple, une éclipse de lune, ce qui éclaire comment onpercevait ce phénomène à cette époque (vers 50 de notre ère): Alexandre fit, en ce lieu, unehalte de deux jours, et, pour le suivant, donna lordre du départ. Mais, vers la première veille, la lune,séclipsant, commença par dérober léclat de son disque; puis, une sorte de voile de sang vint souiller salumière: inquiets déjà aux approches dun si terrible hasard, les Macédoniens furent pénétrés dune profondeimpression religieuse, et en même temps de frayeur. Cétait contre la volonté des dieux, disaient-ils, quon lesentraînait aux extrémités de la terre: déjà les fleuves étaient inabordables et les astres ne prêtaient plus leurancienne clarté; partout ils rencontraient des terres dévastées, partout des déserts: et pourquoi tant de sang?pour satisfaire la vanité dun seul homme! Il dédaignait sa patrie, il désavouait son père Philippe, et, danslorgueil de ses pensées, aspirait au ciel! Une sédition allait éclater, lorsquAlexandre, toujours inaccessible àla crainte, commande aux chefs et aux principaux officiers de son armée de se rassembler en corps dans satente, et en même temps aux prêtres égyptiens, quil regardait comme très habiles dans la connaissance duciel et des astres, de faire connaître leur opinion. Ceux-ci savaient bien que, dans le cours des temps,saccomplit une suite marquée de révolutions, et que la lune séclipse lorsquelle passe sous la terre, ou quelleest cachée par le soleil; mais ce que le calcul leur a révélé, ils se gardent bien den faire part au vulgaire. Àles entendre, le soleil est lastre des Grecs, la lune celui des Perses: aussi, toutes les fois quelle séclipse, cestpour les Perses un présage de ruine et de désolation; et ils citent danciens exemples de rois de cet empire, à23 Actes 2:20.24 Cette éclipse de lune semble coïncider avec la fin légale des sacrifices sanglants au Temple, selon Daniel 9:27. Il y eut également uneautre éclipse de lune en 587, le 4 juillet (13 Tammuz), mentionnée en Joël 3:3-5, juste avant la destruction du 1er Temple. Le Talmud(Mishna Taanit 4:6 28b) rapporte que les sacrifices au Temple cessèrent le 17 Tammuz à cause dune pénurie totale de brebis, et le texte de2Rois 25:1-4 date le début de la chute de la ville au 9 Tammuz.25 Histoires IV:10.
    • 32 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE qui la lune, en séclipsant, témoigna quils combattaient avec les dieux contraires. Rien ne gouverne si puissamment les esprits de la multitude que la superstition: emportée, cruelle, inconstante en toute autre occasion, dès que de vaines idées de religion la dominent, elle obéit à ses prêtres bien mieux quà ses chefs. Aussi, la réponse des Égyptiens, à peine publiée dans larmée, fit renaître les esprits abattus à lespoir et à la confiance. Quinte-Curce donne une description exacte de léclipse, datée du 13/VI de lan 5 de Darius III (20 septembre -331) par une tablette astronomique babylonienne (BM 36761), mais la prétendue source égyptienne de ses explications est en fait une citation tronquée dHérodote26 puisque ce dernier précise que les Perses sacrifiaient aussi au Soleil en plus de la lune27. Quinte-Curce reconnaît dailleurs lui-même ce point quand il écrit: Cétait un usage traditionnel chez les Perses, de ne se mettre en marche quaprès le lever du soleil, lorsque le jour brillait de tout son éclat. Le signal du départ, donné par la trompette, partait de la tente du roi: au- dessus de cette tente, assez haut pour que tout le monde pût lapercevoir, brillait limage du soleil enchâssée dans du cristal (...) Venait ensuite un char consacré à Jupiter, traîné par des chevaux blancs, et que suivait un coursier dune grandeur extraordinaire, que lon appelait le coursier du soleil: des houssines dor et des vêtements blancs distinguaient les conducteurs de ces chevaux28. En fait, lorsque Quinte-Curce explique quune éclipse lunaire avec son voile de sang ne peut être un présage de mort il exprime les conceptions de son temps dans les milieux cultivés. Il reconnaît cependant que ces éclipses étaient perçues comme prémonitoires dans les milieux populaires. Au premier siècle Flavius Josèphe29 partageait ce point de vue puisquil écrit: Ne vous laissez pas troubler par les convulsions déléments inanimés et ne voyez pas non plus dans le tremblement de terre le signe prémonitoire dun nouveau malheur. Les phénomènes qui affectent les éléments [cosmologiques] sont purement naturels et ils napportent aux humains rien de plus que le tort quils leur causent. Il est probable que lévangéliste Luc, qui était médecin, partageait lui aussi ce point de vue scientifique sur les éclipses de lune (des ténèbres anormales sont parfois provoquées par dépais nuages ou une importante nuée soit de poussières soit de cendres). Or il y eut effectivement une éclipse partielle de lune le vendredi 3 avril 33. Cette éclipse commença vers 15h40 et fut visible à Jérusalem de 17h50 à 18h30. Elle est, de plus, selon les calculs astronomiques30, la seule qui tombe un vendredi31 entre lan 26 et lan 36 (période de la légation de Pilate en Judée). 26 Enquête VII:37. 27 Enquête I:131. 28 Histoires III:3. 29 Guerre des Juifs I:377. 30 http://sunearth.gsfc.nasa.gov/eclipse/LEcat5/LE0001-0100.html Le maximum de léclipse est à 14h47 UT et son début est fixé 86 minutes avant, soit à Jérusalem à 15h41 = 14h47 – 86 + 2h20. 31 J.P. PARISOT, F. S UAGHER - Calendriers et chronologie Paris 1996 Éd. Masson pp. 164-166.
    • DATE DE LA MORT DE JESUS 33 Les dates provenant des calendriers lunaires sont faciles à vérifier, car la nouvellelune précède de 1 jour (ou 2) le 1er jour de chaque mois coïncidant avec le 1er croissantvisible. Le calendrier lunaire hébraïque fixe la fête de Pâque au 14 Nisan, date traditionnellede la mort de Jésus. Cette date peut être rétrocalculée par lastronomie sur la période 29-35,de lan 15 de Tibère (début du ministère de Jésus en 29) à 35 (fin de la légation de PoncePilate). De même léclipse de lune impose lannée 33 pour la mort de Jésus. Ces deuxcoïncidences sur la date du vendredi 14 Nisan imposent le vendredi 3 avril 33. An de Tibère An 14 Nisan (calendrier julien) Éclipse de lune Événement 15/16 29 Samedi 16 avril - baptême de Jésus (Luc 3:1-23) 16/17 30 Mercredi 5 avril - 17/18 31 Lundi 26 mars - 18/19 32 Lundi 14 avril (non visible à Jérusalem) mort de Jean le Baptiste 19/20 33 Vendredi 3 avril Oui mort de Jésus 20/21 34 Lundi 22 mars - mort dHérode Philippe 21/22 35 Lundi 11 avril - Il est ensuite possible, grâce notamment au récit de Marc, de reconstituer presqueheure par heure les derniers jours de la vie de Jésus: Calendrier hébraïque heures Événement Calendrier julien Référence Jeudi 13 Nisan 18 - 24 24 - 6 Jeudi 2 avril 6 - 12 12 - 15 Préparation de la Pâque. Marc 14:12-16 15 - 18 Le soir est venu. Judas est congédié après le Marc 14:17-21 Vendredi 14 Nisan 18 - 21 Repas pascal, puis institution de la Cène. Marc 14:22-25 21 - 24 Jésus arrêté. Procès du Sanhédrin. Marc 14:26-71 24 - 6 Reniement de Pierre. Chant du coq. Vendredi 3 avril Marc 14:72 6- 9 Enquête de Pilate puis devant Hérode. Marc 15:1-5 9 - 12 Procès de Pilate (offrande de paix vers 15h) Marc 15:6-19 12 - 15 nuit 1 Ténèbres anormales (mort de Jésus à 15h). 3 heures de ténèbres Marc 15:20-41 15 - 18 jour 1 Mise au tombeau de Jésus. (éclipse de lune) Marc 15:42-47 Samedi 15 Nisan 18 - 24 Grand sabbat. Jean 19:31 24 - 6 nuit 2 Samedi 4 avril 6 - 12 jour 2 Pilate fait garder la tombe jusquau 3e jour. Matthieu 27:62-66 12 - 15 15 - 18 Dimanche 16 Nisan 18 - 24 24 - 6 nuit 3 Dimanche 5 avril Jean 20:1 6- 9 jour 3 Résurrection au début du jour. Marc 16:1-2 Cette reconstitution repose sur lhypothèse dun 1er jour lunaire coïncidant avec le1er croissant visible. Depuydt a raison de rappeler que cette observation était délicate etpouvait être entachée dune erreur de 1 jour. Cependant, dans ce cas, il sagissait dun retard
    • 34 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE (dû à linobservation) et non dune avance de 1 jour. Ainsi, contrairement à ce quon lit trop fréquemment, il ny a pas de contradiction ni danachronisme entre les quatre récits évangéliques. La seule difficulté provient dune situation exceptionnelle signalée par le texte de Jean 19:31, celle dun grand sabbat. En effet, la veille du sabbat était appelée la "Préparation" comme le rappelle le texte de Marc 15:42, et la veille de la fête des Azymes (du 15 au 21 Nisan), coïncidant avec la Pâque, était également appelé la "Préparation". Le contexte permet de comprendre de quelle préparation on parle: Or, cétait la Préparation de la Pâque (...) Comme cétait la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour — demandèrent à Pilate quon leur brisât les jambes (...) A cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche32. Dans ces passages, la Préparation coïncide avec la Pâque et désigne donc la préparation du sabbat à venir, et non la préparation de la Pâque elle-même qui avait déjà eu lieu le jour précédent (le 13 Nisan). Un autre texte a souvent été mal compris, il sagit de Jean 18:28 — Cétait le matin. Eux-mêmes nentrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller et pouvoir manger la Pâque — qui laisse croire que Jésus et ses disciples avaient célébré cette fête avec un jour davance. En fait, le Talmud (Pesahim 6:3) précise que la Pâque juive comprenait lagneau pascal, consommé au début du 14 Nisan (après le coucher du soleil), et un "sacrifice de paix" consommé durant la journée du 14 Nisan (vers 15 heures, après la célébration de la prière). Cest ce sacrifice (non exigé par la loi mosaïque) que vise le texte. Comme la Pâque était célébrée dans les foyers et que le sacrifice de paix était apporté au Temple, cest ce dernier qui en vint principalement à désigner la fête elle-même. Ce point explique aussi lanachronisme apparent observé dans le procès de Jésus rapporté par le Talmud (Sanhédrin 43a): Quarante jours auparavant, le héraut avait crié: il sen va à la lapidation parce quil a pratiqué la sorcellerie et quil a égaré Israël: si quelquun a à parler en sa faveur, quil vienne et le dise. Mais comme on ne présenta rien en sa faveur, il fut pendu à la veille de Pâque. Ulla objecta: penses-tu quon pouvait parler en sa faveur Nétait-il pas un de ces séducteurs que lÉcriture (Dt 13:9) ordonne de ne pas épargner ? Pour Jésus, cétait tout autre parce quil avait des relations avec lempire. Nos maîtres enseignent: Jésus avait 5 disciples: Matthay, Nakay, Neser, Bouni et Toda. Cette condamnation (lapidation!) de Jésus a effectivement été envisagée la veille du sacrifice de paix (marquant la Pâque du Temple). La plupart des "anachronismes" sur le déroulement de la Pâque dans les récits évangéliques proviennent dinterprétations fondées sur des lectures de textes tardifs qui ne reflètent pas la situation du 1er siècle, certaines controverses étant même artificielles. Par exemple, la détermination du jour pour le sacrifice de lagneau pascal est présentée comme 32 Jean 19:14, 31, 42.
    • DATE DE LA MORT DE JESUS 35problématique car il devait avoir lieu "entre les deux soirs", expression comprise (?) "ducoucher de soleil au crépuscule", alors quil ny a pas de controverse sur ce sujet dans leTalmud. Là encore labsence de controverse, avant la destruction du Temple en 70, vient dece que linterprétation du passage "litigieux" était évidente. On lit en effet: Ce sera pour vousun animal sans défaut, mâle, âgé dun an; vous le choisirez dentre les moutons ou dentre les chèvres. Vousle conserverez dentre les moutons ou dentre les chèvres. Vous le conserverez jusquau 14e jour de ce mois, etlassemblée tout entière dIsraël limmolera entre les deux soirs. On prendra du sang et on en mettra sur lesdeux montants et sur le linteau de la porte dans les maisons où lon aura mangé lagneau. On en mangerala chair cette nuit même; on la mangera rôtie au feu, avec des azymes et des herbes amères33 (PirotClamer). Puisque les Juifs devaient manger lagneau rôti la nuit du 14 Nisan, sonimmolation et sa préparation avaient forcément eut lieu avant cette nuit, donc entre le soirprécédent (celui du 13 Nisan) et le soir du 14 Nisan. La précision "entre les deux soirs"était utile pour deux raisons: la conservation de la viande et du sang était restreinte à unepériode maximum de 24 heures pour des raisons dhygiène, et la préparation ne devait pasempiéter sur la fête elle-même. Les seules discussions que lon trouve dans le Talmud sontsur les points suivants: Si la Pâque tombe un jour de sabbat que peut-on préparer? À quelleheure commence-t-on la préparation de la Pâque? À quelle heure offre-t-on les sacrifices auTemple? On lit34 ainsi: Si le 14 Nisan survient un jour de sabbat on doit faire disparaître tout ce quidoit lêtre avant le sabbat, selon Rabbi Meïr; les sages disent: en son temps. Rabbi Eléazar ben Sadoq: leprélèvement sacré avant le sabbat, les aliments profanes en leur temps (...) Les sages disent: en Judée ontravaillait la veille de Pâque jusquà midi; mais en Galilée on ne faisait absolument rien; quant à la nuit,les Shammaïtes interdisaient le travail, les Hillélites le permettaient jusquau lever du soleil (...) Le sacrificeperpétuel du soir était égorgé à huit et demie [14h30] et offert à neuf et demie [15h30]. Les veilles dePâque on avançait tout dune heure, que ce fût un jour ordinaire ou un sabbat. Si la veille de Pâque tombeune veille de sabbat, on égorge à six et demie [12h30] et on offre à sept et demie [13h30] et ensuite (onégorge) la Pâque. Rabbi Ismaël assure quon suit le même ordre en semaine et au sabbat; Rabbi Aqibaveut que lordre suivi au sabbat soit le même que celui de la veille de Pâque tombant une veille de sabbat; laraison de ce dernier, cest quil faut laisser la place pour le sacrifice perpétuel (...) On offre une victime de fêteen même temps que lagneau quand celui-ci est immolé un jour de semaine (...) La veille de Pâque, prochedu sacrifice de laprès-midi [15h], quon ne mange rien jusquà la nuit [18h] (...) On doit la manger lanuit avant minuit [24h]. Ces remarques ne portent que sur lheure (et non sur le jour) etmontrent aussi que la législation de cette époque nétait pas figée. Exode 12:5-8.33 J. BONSIRVEN - Textes rabbiniques des deux premiers siècles34Roma 1985 Ed. Pontifico Istituto Biblico pp. 200-218.
    • 36 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Les auteurs juifs du premier siècle, comme Philon dAlexandrie35 et Flavius Josèphe36, confirment loffrande du sacrifice de paix le jour de Pâque: Et eux, quand arriva la fête appelé Pâque, au cours de laquelle les Juifs offrent des sacrifices de la 9e à la 11e heure [de 15h à 17h]. La préparation de la Pâque, le jeudi après-midi, était perçue comme faisant partie de la fête, puisquon lit dans le Livre des Jubilés37 (rédigé au 2e siècle avant notre ère): Que les enfants dIsraël observent la Pâque en son temps fixé, le 14e jour du 1er mois, entre les soirs, de la 3e partie du jour [14h-18h] à la 3e partie de la nuit [18h-22h], ainsi deux parties du jour [celles de 14h-18h et de 6h-18h] sont données à la lumière et la 3e partie [celle de 18h-22h] à la nuit. Cette conception de la préparation explique lanomalie apparente du texte de Marc 14:1-12: La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans 2 jours (...) Le premier jour des Azymes, où lon immolait la Pâque, ses disciples lui disent: "Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque?". Le rédacteur évangélique considérait donc que la Pâque marquait le début des Azymes, comme le faisait fréquemment Flavius Josèphe38 à cette époque — La fête des Pains sans levain que nous appelons “la Pâque” (...) Lorsque arriva le jour des Azymes, le 14e du mois de Xanthique [Nisan] — et que cette fête commençait en pratique avec la préparation de la veille. Certains textes, comme celui de Marc 15:25, sont montés en épingle pour prouver des "incohérences chronologiques39". Selon ce texte: cétait la 3e heure quand il le crucifièrent» alors quil est précisé un peu plus loin, aux versets 33 et 34: Il fut la 6e heure, lobscurité se fit sur la terre entière jusquà la 9e heure. Et à la 9e heure Jésus clama un grand cri. Jésus est cloué à la 6e heure [12h] (et non à la 3e heure), puis meurt à la 9e heure [15h]. Le texte de Marc se réfère donc à la 3e heure du procès devant Pilate (ayant commencé vers 9h, après son retour devant Hérode) et non à la 3e heure de la journée [9h] pour souligner la durée des traitements pénibles infligés à Jésus. Il précise en effet au verset 15 que Jésus avait été torturé (flagellation romaine)40. De plus, au verset 21, on apprend que Simon de Cyrène revenait des champs (soit en fin de matinée) lorsquil fut réquisitionné pour aider Jésus à porter son gibet vers son lieu de supplice. Les ténèbres qui débutent à midi coïncident avec la mise à mort de Jésus et se retrouvent dans le texte dAmos 8:9: En ce jour-là, dit le Seigneur Jéhovah, je ferai coucher le soleil en plein midi et jenvelopperai la terre de ténèbres (Crampon). Cette précision permet de comprendre le comput étonnant de Matthieu 12:40 donnant la durée du séjour mortuaire de Jésus: De 35 Questions et réponses sur lExode I:11. 36 Guerre des Juifs VI:423. 37 Jubilées XLIX:10. 38 Antiquités juives XVIII:29; Guerre des Juifs V:99. 39 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ. Paris 1994 Éd. Bayard pp. 938, 939. 40 Linstrument habituel était un fouet court (flagrum ou flagellum) comprenant plusieurs lanières de cuir de longueurs inégales, tressées ou non, sur lesquelles étaient fixées par intervalles de petites boules de métal ou des esquilles dos de mouton particulièrement tranchantes.
    • DATE DE LA MORT DE JESUS 37même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant 3 jours et 3 nuits, de même le Fils delhomme sera dans le sein de la mort durant 3 jours et 3 nuits. Jésus étant mort le vendredi vers 15het ressuscité le dimanche vers 6h, il nest resté que 39 heures dans la mort et non 72 heures(= 3x24h). En fait il y a bien un total de 3 jours et 3 nuits41. Brown42, qui a consacré un long excursus à la datation de la mort de Jésus, expliqueen final pourquoi la date du vendredi 3 avril 33, qui semble simposer, a pourtant étérejetée: Si nous excluons 27, non seulement astronomiquement faible, mais prématuré pour la mort deJésus à la lumière de presque toutes les indications évangéliques sur la vie et son ministère énumérées ci-dessus, cela laisse deux possibilités pour que le 14 nisan soit un Jn/Vj, cest-à-dire (traduit en calendrierjulien) le 7 avril 30 et le 3 avril 33. On relève une tendance générale à rejeter 33, car cela impliquerait unJésus trop âgé et un ministère trop long, puisquil aurait eu presque 40 ans à sa mort, après un ministèredenviron 4 ans. Sil mourut en 30, il aurait eu alors 36 ans et aurait eu un ministère dun peu moins de 2ans. Aucune date ne répond à tous les détails des indices évangéliques sur la naissance et le ministère deJésus; mais comme nombre de ces détails sont à visée théologique et approximatifs, je ne vois aucun problèmeà ces deux dates. Dune certaine façon la situation politique en 33 (après la chute de Séjan à Rome enoctobre 31) expliquerait mieux la vulnérabilité de Pilate aux pressions du peuple, mais cest un argumenttrop incertain pour justifier une préférence. La date de 33 est donc principalement rejetée à causede la date présumée de sa naissance en -7, qui est fausse! Lerreur engendre lerreur. La deuxième raison qui pousse actuellement à rejeter les données chronologiquesdu texte biblique est, selon lexpression de Brown, que "nombre de ces détails sont à viséethéologique et approximatifs", notamment concernant le procès scandaleux de Jésus. Enfait, le chapitre de ce livre consacré à la datation de la naissance de Jésus (soit le lundi 29septembre -2) et celui examinant le déroulement complet de son procès, montrent quilssont extrêmement précis, contrairement à laffirmation désabusée de Brown. De même, saremarque sur Séjan est trop rapidement désavouée.4341 Selon la reconstitution chronologique, on compte comme nuit 1 le vendredi 14 nisan de 12h à 15h (nuit miraculeuse); jour 1 levendredi 14 nisan de 15h à 18h; nuit 2 le samedi 15 nisan de 18h à 6h; jour 2 le samedi 15 nisan de 6h à 18h, nuit 3 le dimanche 16 nisande 18h à 6h; jour 3 le dimanche 16 nisan de 6h à 18h.42 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ.Paris 1994 Éd. Bayard pp. 1485-1516.43 La menace voilée des autorités juives den appeler à César contre Pilate (Jean 19:12) appuie bien cette date. En effet, cette menacesuppose quils étaient susceptibles dêtre écoutés; or, selon Philon dAlexandrie, après la mort de Séjan en octobre 31, Tibère demandaaux gouverneurs des provinces davoir des égards pour les Juifs, car les accusations portées contre eux dans le passé [avant 32] avaient étémensongères (Légation à Caius 159-161). Cette remarque implique de situer le procès de Jésus après 32 de notre ère.
    • 38 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE
    • Date du baptême de Jésus Le texte de Luc précise: Cétait la 15e année du règne de lempereur Tibère. Ponce Pilate étaitalors gouverneur de la Judée, Hérode régnait sur la Galilée avec le titre de tétrarque (...) Le peuple étaitdans lexpectative et observait Jean. Chacun se demandait en secret sil ne serait pas le Christ (...) Tout lepeuple accourait vers Jean pour se faire baptiser. Jésus fut aussi baptisé (...) Jésus avait environ 30 ansquand il commença à exercer son ministère1 (Kuen). Selon ce texte, Jésus apparaît comme messieau moment de son baptême (le mot messie signifie "oint" en hébreu et a été traduit en grecpar christ), dans la 15e année de Tibère (du 19 août 28 au 18 août 29) lorsquil a environ 30ans. Comme il est né le 29 septembre -2, il a exactement 30 ans le 29 septembre 29 ce quiimplique de fixer son baptême vers la fin de la 15e année de Tibère. Le texte de Luc permet donc de situer approximativement le baptême de Jésusautour daoût 29. Il indique aussi quà cette époque, le peuple attendait le messie.Lhistorien Flavius Josèphe2 explique pourquoi: Il vaut la peine de raconter de cet homme les traitsles plus dignes dexciter ladmiration. Tout, en effet, lui réussit dune façon extraordinaire comme à un desplus grands prophètes; tout le temps de sa vie il fut en honneur et en estime auprès des rois et du peuple;mort, il jouit dun renom éternel, car tous les livres quil a composés et laissés sont lus chez nous encoremaintenant, et nous y puisons la conviction que Daniel conversait avec Dieu. Il ne se borna pas à annoncerdes événements futurs, ainsi que les autres prophètes, mais il détermina encore lépoque où ils seproduiraient. Et tandis que les prophètes annonçaient des calamités et sattiraient pour cette raison la colèredes rois et du peuple, Daniel fut pour eux un prophète de bonheur de sorte que ses prédictions de bon augurelui conquirent la bienveillance de tous et que leur réalisation lui valut la confiance de la foule et laréputation dun homme de Dieu (...). Il naîtrait parmi eux un roi qui ferait la guerre au peuple juif et à seslois, détruirait leur forme de gouvernement, pillerait le Temple et interromprait les sacrifices pendant troisans. Et cest, en effet, ce que notre nation eut à subir de la part dAntiochus Epiphane, comme Daniellavait prévu et en avait, bien des années auparavant, décrit laccomplissement. De la même façon, Daniel aécrit aussi au sujet de la suprématie des Romains et comment ils sempareraient de Jérusalem et feraient duTemple un désert. Tout cela Daniel, sur les indications de Dieu, la laissé consigné par écrit, afin que ceuxqui le liraient et seraient témoins des événements admirent de quelle faveur Daniel jouissait auprès de Dieuet y trouvent la preuve de lerreur des Epicuriens. Ceux-ci, en effet, rejettent de la vie la Providence et necroient pas que Dieu soccupe des choses [humaines]3. De même, un commentaire juif sur le messie1 Luc 3:1, 15, 23.2 Antiquités juives X:266-276.3 A. PAUL - Le concept de prophétie biblique Flavius Josèphe et Danielin: Recherches de Sciences Religieuses Tome 63 Paris 1975 pp. 367-384.
    • 40 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE de Daniel 9:26, trouvé à Qumrân et daté du début de notre ère, précise que ce messie, supprimé après les soixante-deux semaines, est aussi le messager annonçant la bonne nouvelle contenue en Isaïe4. Dautres commentaires5 indiquent que ce messie de David devait accomplir la prophétie du livre de la Genèse6 indiquant quil serait un roi issu de la tribu de Juda, en accord avec les targums dOnkelos et de Jérusalem pour qui le Shilo ("Cest pour lui") de cette prophétie serait un roi libérateur et sidentifie au messie. Influencés par leur nationalisme, certains Juifs (à partir de -167) assimilèrent le messie au grand prêtre Onias III comme le suggère le texte des Maccabées7, à tel point que les traducteurs de la Septante ont modifié la traduction grecque du livre de Daniel pour la faire coller à ces événements8. Jésus nadhérait pas à cette identification, puisque, contrairement à certains Juifs hellénisés de son époque qui voyaient cet événement dans le passé, il lannonçait pour lavenir: Quand vous apercevrez la chose immonde qui cause la désolation, dont a parlé Daniel le prophète, se tenant dans un lieu saint (que le lecteur exerce son discernement)9. Au 1er siècle les attentes messianiques étaient fortes et provenaient principalement du texte de Daniel10. Aujourdhui, de très nombreux Juifs nattendent plus le messie pour une époque déterminée, et beaucoup croient quil pourrait sagir dun messie collectif (lÉtat dIsraël) et non dun messie individuel. Dans la préface de la Bible du rabbinat français rédigée par le Grand Rabbin de France Jacob Kaplan, on lit: Mais de toutes les prophéties figurant dans le Livre, il en est une qui est souvent évoquée. Elle se rapporte à la résurrection de lEtat dIsraël. Quand, en novembre 1947, lOrganisation des Nations Unies décida la création dun Etat Juif, lévénement, pour bien des croyants, apparut dans une perspective supra-terrestre. Tant de prédictions avaient annoncé —et depuis des millénaires— ce retour dIsraël sur la terre ancestrale quils ne purent sempêcher dapercevoir dans le vote historique une manifestation éclatante de laction divine dans le monde. De plus, le lendemain de la proclamation de lindépendance dIsraël (14 mai 1948), qui était un Sabbat, le cycle liturgique, par une coïncidence qui mérite dêtre rappelée, indiqua comme Haphtara un texte dAmos où on pouvait lire: "Voici, des jours vont venir, dit lEternel, où... je ramènerai les captifs de mon peuple Israël; ils restaureront leurs villes détruites et sy établiront, planteront les vignes et en boiront le vin, cultiveront des jardins et en mangeront les fruits". Que penser de cette "récupération politique" des 4 Isaïe 61:2. 5 M. WISE, M. ABEGG JR., E. COOK - Les manuscrits de la mer morte Paris 2001 Éd. Plon p. 171, 340, 600. 6 Genèse 49:10. 7 1Maccabées 1:54. 8 H. C OUSIN - La Bible grecque in: supplément aux Cahiers Évangile 74 St. Étienne 1990 Éd. Cerf pp.105-111 S. PACE JEANSONNE - The Old Greek Translation of Daniel 7-12 Washington 1988 Ed The Catholic Biblical Association of America pp. 29,125 9 Matthieu 24:15. 10 P. GRELOT – Lespérance juive à lheure de Jésus in: collection «Jésus et Jésus-Christ» n°62, 1994 Éd. Desclée.
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 41prophéties messianiques de lAncien Testament? Cette interprétation est en faitrelativement récente. Elle est due à la grande figure du judaïsme Rabbi Shlomo Yitshaqi ditRashi de Troyes (1040-1105) qui modifia sa compréhension du chapitre 53 du livre dIsaïevers la fin de sa vie. Avant cette époque, il pensait, comme tous les Juifs avant lui, que cetexte sappliquait à un messie individuel. Cependant, heurté par les terribles massacres de lacommunauté juive de Rhénanie, conséquence de la première croisade en 1096, il crut voirdans ces terribles souffrances la réalisation de la prophétie dIsaïe chapitre 53 quil appliquadonc au peuple dIsraël considéré comme un messie collectif. Cette conclusion originaleprésente de graves difficultés. Premièrement, elle renie les enseignements de tous lesrabbins précédents (sans exception) qui enseignaient la venue dun messie individuel, et ellerefuse la chronologie biblique sur la venue du messie que les Juifs, dans leur ensemble,attendaient au 1er siècle de notre ère, avant la destruction du Temple qui eut lieu en 70. Selon le texte de Mika 5:1-2, le Messie sortirait de la ville nommée BethléhemÉphratha, ce qui implique un messie individuel. Cette compréhension est confirmée par lesÉvangiles en Matthieu 2:2-6 et par le Targum de Mika qui dit: De toi [Bethléhem] Messie sortiradevant moi. Dailleurs, dans les deux grandes prières juives le messie est invoqué. Dans laquatorzième bénédiction de la Tephilla on dit: Fais miséricorde, Y., notre Dieu (...) à Israël tonpeuple (...) et au règne de la maison de David, Messie de ta justice ». Et dans le Qaddish on dit: Quilintroduise son Messie et quil rachète son peuple11. Cette compréhension dun messie individuel apoussé de nombreux juifs à calculer lépoque de sa venue, notamment au début de notreère. Par exemple, le célèbre rabbin Aqiba avait cru voir en Bar Kohkba (tué en 135) lemessie12 attendu. Pour éclaircir cette question importante, il faut bien examiner la chronologiebiblique prophétique, car elle prétend indiquer lépoque de lapparition du messie. Cestdailleurs de cette manière que les Juifs et les chrétiens décidèrent de régler la polémiqueentre eux lors de la célèbre dispute de Barcelone qui les opposa en 1263 au travers du débatorganisé par le roi dEspagne entre Paul Christiani, Juif converti au catholicisme, et RabbiMoïse ben Nahman (Nahmanide), lune des plus hautes autorités du judaïsme espagnol.Comme on le sait13, il ny a pas eu dentente sur linterprétation de la prophétie de Daniel,puisque Christiani concluait que le messie avait dû apparaître vers 70 lors de la destructiondu Temple (!), et que Nahmanide, lui, prévoyait son apparition pour 1358 (!).11 J. BONSIRVEN - Textes rabbiniques des deux premiers sièclesRoma 1985 Ed. Pontifico Istituto Biblico pp.2,3.12 Talmud Ta‘anit 68d.13 NAHMANIDE - La dispute de Barcelonein: collection «Les Dix Paroles» 1984 Éd. Verdier pp.45-47.
    • 42 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Aujourdhui, il est facile de constater que ces deux célèbres protagonistes se sont totalement trompés. Pour les chrétiens, le messie est Jésus, mort en 33 de notre ère tandis quen 1358 il ne sest rien passé, pas plus quen 70, si ce nest la destruction de Jérusalem par Titus, fils de Vespasien, futur empereur romain. Vu leur importance, les arguments de cette dispute méritent dêtre réexaminés, car le livre de Daniel prétend contenir la clé du calcul des temps messianiques. Le Talmud (Megilla 3a) précise que lorsque le Targum des prophètes (contenant Daniel) fut composé par Yonathan ben Uzziel, une bat qol (voix céleste) se fit entendre disant: Qui est celui qui a révélé mes secrets aux hommes?. Lauteur répond quil na pas fait cela pour son honneur mais à lhonneur de Dieu afin que les divisions ne se multiplient pas en Israël. Il voulait publier le targum des hagiographes, mais la bat qol lui dit: Assez, parce que là est révélé le terme (date de la venue) du Messie. À lépoque les protagonistes acceptaient la prophétie des semaines dannées du chapitre 9 de Daniel comme se rapportant à lépoque de lapparition du messie, ce qui nest plus le cas aujourdhui (ce qui complique encore les choses). En consultant les commentaires des traducteurs actuels dans les Bibles catholiques (Jérusalem) ou juives (Chouraqui), par exemple, on constate que pour beaucoup de biblistes:  Le livre de Daniel aurait été écrit par un auteur anonyme peu après -167.  Le messie de Daniel 9:26 désignerait le grand prêtre Onias III assassiné vers -172 par Antiochus IV Épiphane14. DANIEL A-T-IL REDIGE LE LIVRE DE DANIEL? Depuis lapparition de la critique des sources, puis de la critique littéraire qui lui est très liée, de nombreux spécialistes pensent (bien quil y ait une multitude de "chapelles") 15 que les livres de la Bible obéissent à une sorte de darwinisme littéraire, cest-à-dire que "différentes sources plus ou moins anciennes" ont progressivement été amalgamées par un auteur (ou des auteurs) plus ou moins habilement. Quels sont les arguments qui permettent une conclusion aussi catégorique? Le texte de Daniel 7:1 affirme que Daniel a écrit son livre! De même le texte dExode 17:14 (et Exode 34:27) affirme que Moïse est le rédacteur de louvrage qui lui est attribué. Ces affirmations sont-elles authentiques? Les principaux arguments de la critique sont de trois ordres: 1) Si un document possède un mot apparu à une époque donnée, tout le document a dû apparaître, au plus tôt, à cette époque. Le livre de Daniel contenant des mots grecs apparus au 2e siècle avant notre ère, il serait donc de 14 M. SARTRE - DAlexandrie à Zénobie. Histoire du Levant antique Paris 2001 Éd. Fayard p. 344 15 P. GUILLEMETTE M. BRISEBOIS - Introduction aux méthodes historico-critique in: Héritage et projet 35 Québec 1987 Éd.Fides pp. 223-350
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 43cette époque. 2) Un document récent est la copie, plus ou moins bien faite, dun (ouplusieurs) document ancien. Le livre de Daniel évoquant Babylone, il aurait donc puisé sessources dans les différents récits babyloniens. 3) Les miracles sont, dun point de vuerationnel et par principe, impossibles. "Labomination qui cause la désolation", mentionnéeen Daniel 11:31, est identifiée à la profanation du Temple en -167 par Antochius IV dans lelivre des Maccabées16 (écrit autour de -100). Des biblistes en concluent que cette prophétiea dû être écrite après lévénement quelle annonce (la prophétie étant supposée impossible)et supposent en conséquence une date de rédaction du livre de Daniel entre -167 et -164. Ces trois objections sont réfutables. La première repose sur lignorance. Le motpardés "parc" en hébreu, par exemple, qui apparaît trois fois dans la Bible17, dériverait dumot grec paradéisos. Comme ce mot napparaît pour la première fois dans les textes connusque dans le récit de Xénophon18, soit vers -400, certains concluent que ces livres de la Biblene peuvent avoir été écrits avant cette époque. Des études ultérieures ont montré que lemot grec paradéisos viendrait du vieux perse (vers -600). Une datation fondée uniquementsur la connaissance très limitée que nous avons nécessairement de lhistoire des languesanciennes est souvent spéculative19. Par exemple, selon un dictionnaire de référence20, lesmots ketem "or" (Job 28:16,19), pardes "parc" et karoz "héraut" (Daniel 3:4) sont tardifspuisque pardes et karoz auraient été empruntés au grec (paradeisos "paradis" et kerux"héraut"). Selon un dictionnaire plus récent21, ces mots rares existaient en akkadien: kutîmuviendrait du sumérien KU-DIM "orfèvrerie" (avant -2000), pardêsu "enclos" du vieux persepari-dîdâ "muret autour" et kirenzi "proclamation" serait emprunté à la langue hourrite (vers-1500). Selon une étude plus approfondie22, le mot vieux perse pari-dîdâ viendrait du mèdepari-daiza. Or, la langue mède était parlée à Ecbatane et remonte au début du 1er millénaireavant notre ère23. Les affirmations danachronismes sont donc maintenant devenuesanachroniques, elles reposaient en fait sur une illusion, les mots disparus étant en fait desmots hibernants24. Dans létat de nos connaissances, il ny a que trois mots —cithare, luth et16 1Maccabées 1:54.17 Cantique des cantiques 4:13; Ecclésiaste 2:5; Néhémie 2:8.18 Anabase 6,29,4-8.19 P. GUILLEMETTE M. BRISEBOIS - Introduction aux méthodes historico-critiquein: Héritage et projet 35 Québec 1987 Éd.Fides pp. 287-30020 F. BROWN, S.R. DRIVER, C.A. BRIGGS – A Hebrew and English Lexicon of the Old TestamentOxford 1951 Ed. Oxford University pp. 508, 825, 1097.21 J. BLACK, A. GEORGE, N. POSTGATE – A Concise Dictionary of AkkadianWiesbaden 2000 Ed.Harrassowitz Verlag pp. 159, 171, 266.22 P. LECOQ – Les inscriptions de la Perse achéménideParis 1997 Éd. Gallimard p. 116.23 F. JOANNES – Dictionnaire de la civilisation mésopotamienneParis 2001 Éd. Robet Laffont p. 517.24 A.R. MILLARD - The Tell Fekheriyeh Inscriptionsin: Biblical Archaeology Today 1990. Jerusalem 1993, Ed. Israel Exploration Society p. 523A.R. MILLARD - A Lexical Illusionin: Journal of Semitic Studies 31 (1986) pp. 1-3.
    • 44 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE cornemuse— napparaissant quen Daniel 3:5, qui auraient une origine grecque et seraient apparus après lépoque de Platon. Même cette supposition est douteuse car le mot "cornemuse", sûmponyâ en hébreu, sumphônia en grec, apparaît déjà sous la forme sumphônos dans lOde Pythique 1:70, datée de -460, soit à lépoque dEsdras. Cependant, la réécriture par le copiste Esdras de tous les livres bibliques (écrits au départ en paléo-hébreu) en caractères araméens, selon la tradition juive (Sanhédrin 21b), complique la critique du texte. Esdras a probablement vécu entre 500 et 400 et fut un contemporain de Néhémie qui, lui, rédigea son livre aux environs de -400. En effet, Darius le Perse, mentionné en Néhémie25, est identifié à Darius II (appelé Ochos ou Nothos), qui régna de -423 à -405; or, si Néhémie relate ce fait, il la forcément écrit après le début du règne de Darius II, soit après -423. De plus, dans une lettre trouvée dans les papyrus dÉléphantine (datée vers la fin de -408)26, il est mentionné que Yohanân était grand prêtre à Jérusalem à cette époque. Or, de nouveau, si Néhémie relate ce fait, il a dû lécrire après - 408. Donc, si on admet que Néhémie décrit la succession des grands prêtres jusquà la fin du règne de Darius II, il a dû achever son livre après -405. De plus, il est probable, selon la coutume juive, quEsdras ait commencé son travail de copiste vers lâge de 30 ans, soit vers -470, acquérant avec les années une grande réputation. Il paraît aussi logique de supposer quil rédigea son propre livre vers la fin de sa vie, soit à la même époque que Néhémie. Esdras a donc probablement recopié lensemble de la Bible sur une période allant de -470 à -400, ce qui peut expliquer la présence anachronique de certains mots. Esdras a réactualisé certains termes techniques. Le mot "darique27", par exemple, est anachronique puisque cette unité monétaire, apparue seulement après -520, était inconnue à lépoque de David quatre siècles plus tôt. Esdras a visiblement effectué une conversion dune ancienne unité en une autre plus courante et familière à son époque28. Lhistorien Xénophon29 (428-355) commet le même "anachronisme" dans son ouvrage sur Cyrus! Ainsi, conclure que le livre de Daniel a été rédigé au 2e siècle avant notre ère, uniquement sur trois mots jugés tardifs, engendre des paradoxes quasi inexplicables. Il est généralement admis que le livre dÉzéchiel fut rédigé au début du 6e siècle avant notre ère. Or, ce livre30 cite le prophète Daniel, prouvant quil avait déjà une grande réputation à cette époque. Comment expliquer alors cet anachronisme? De plus, laraméen utilisé par Daniel 25 Néhémie 12:22. 26 A. COWLEY -Aramaic Papyri of the Fifth Century B.C. Oxford 1923 N°30-31, pp.108-122 27 1Chroniques 29:7. 28 Esdras 8:27. Certaines unités monétaires nont pas été converties, comme la qésitah en Genèse 33:19, Josué 24:32 et Job 42:11, ce qui est une source dincertitude dans les traductions modernes (la Septante suppose que la qésitah valait "1 agneau"). 29 Cyropédie V:2. 30 Ezéchiel 14:14,20; 28:3.
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 45est très proche de celui utilisé par Ézéchiel ou par Esdras (araméen dempire surtout utiliséde -600 à -330)31, et bien antérieur à laraméen de certains rouleaux de Qumrân écrits danscette langue et datés du 2e siècle avant notre ère. En fait, on pourrait renverser largument:comment expliquer que le livre de Daniel ne contienne que seulement trois mots grecs silavait été rédigé au 2e siècle avant notre ère, époque où la langue grecque submergeaitlargement le monde dalors? Plus surprenant, comme le remarque lhébraïsant Carl Keil, laSeptante a omis en Daniel 5:3 et 5:23 de mentionner les femmes, conformément à lacoutume des Macédoniens, des Grecs et des Romains. Or loriginal hébreu précise dans cestextes quil y avait les concubines et les épouses de second rang (conformément à ce quamontré larchéologie). Ce détail insolite prouve indirectement que la traduction grecque dutexte de Daniel est tardive et a probablement été réalisée durant le 2e siècle avant notre ère.Le fait que la version hébraïque parle, par contre, des concubines suppose une date derédaction bien antérieure à la période grecque. Certains détails historiques peu connus confirment lancienneté du livre de Daniel.En effet, le rédacteur de ce livre se présente avant tout comme un témoin oculaire; il ne citeaucun récit babylonien et nadhère aucunement à la mythologie polythéiste. Par contre, laseule source quil cite expressément en Daniel 9:2 est le livre de Jérémie. Supposer queDaniel ait rédigé son récit daprès des sources babyloniennes est une pure spéculation. Unélément prouvant quil a réellement été un contemporain des éléments mentionnés est ladécouverte faite en 1854 dans les ruines dUr dune inscription confirmant lexistence dunpersonnage nommé Belshatsar. Aucun historien navait jamais entendu parler dun telindividu: ni Hérodote (495-425), ni Thucydide (460-398), ni Xénophon (428-355), niCtésias (450-390), ni Bérose (330?-250?), à tel point que les historiens du début du 19esiècle affirmaient que ce roi Belshatsar apparaissant en Daniel 5:1 devait être un mythe car,selon les sources connues, il était unanimement admis que Nabonide avait été le dernier roi à lachute de Babylone en -539. Une découverte décrits cunéiformes en 1854 a montré queNabonide (Nabû-na’id) avait confié la royauté à son fils aîné Belshatsar (Bêlsharutsur "Bêl,protège le roi"), ce qui expliquait son absence de Babylone lors de sa chute. Dernier détailmontrant encore la précision du récit biblique: Belshatsar nétant quun corégent (puisqueson père Nabonide restait le roi en titre, non mentionné dans le récit de Daniel), il nepouvait offrir à Daniel comme position la plus élevée dans son royaume que la troisièmeplace, selon ce que rapporte précisément Daniel 5:16, et non la deuxième puisque les deuxpremières étaient déjà occupées (par lui et par son père). Finalement, les historiens31 A.K. KITCHEN “The Aramaic of Daniel” in: Notes on Some Problems in the Book of Daniel London 1965 Ed.The Tyndale Press pp. 31-79.
    • 46 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE "redécouvrirent" ce que les lecteurs de Daniel connaissaient depuis bien longtemps. De même, une chronique babylonienne a révélé que lors de sa 1ère année de règne, Cyrus avait nommé un roi de Babylone (appelé Ugbaru), comme lindique le texte de Daniel32. En fait, ce qui irrite le plus les philosophes athées, cest la présence de prophéties chronologiques précises dans le livre de Daniel, ce qui est impossible par principe pour un rationaliste. Mais refuser a priori la possibilité des prophéties, cest refuser lélément distinctif de la Bible par rapport à tous les autres livres: Notez, avant tout, quaucune prophétie de lÉcriture ne reflète une pensée personnelle. Un message prophétique némane jamais dun caprice humain. Ces saints hommes de Dieu ont parlé parce que le Saint-Esprit les y poussait, et ils ont prononcé les paroles que Dieu leur inspirait33 (Kuen). Cette particularité biblique permet dexpliquer quelques événements surprenants. Par exemple, lorsque Alexandre le Grand a mené campagne au 4e siècle avant notre ère pour éliminer tous les amis de la Perse, il a étrangement épargné la Judée qui était pourtant un de leurs alliés et, paradoxalement, a entretenu de bons rapports avec les Juifs. Lhistorien Flavius Josèphe34 en donne la raison: lorsque Alexandre voulut envahir Jérusalem, la ville lui ouvrit ses portes et on lui montra le livre prophétique de Daniel annonçant quun puissant roi grec vaincrait et dominerait lempire perse (voir Daniel 8:20,21), ce qui impressionna favorablement Alexandre. Les sceptiques objecteront de nouveau que tout cela a dû être écrit après pour transformer cet heureux événement (qui devient alors inexplicable) en prophétie. Pour trancher sans appel cette objection chronique du fait prophétique lui-même, il est avantageux dexaminer la prophétie des soixante-dix semaines dannées. Les découvertes de Qumrân ont permis détablir de façon indiscutable que le livre de Daniel existait bel et bien avant -100. Le manuscrit hébreu 4Q114 est daté de -115 et le manuscrit grec35 4QDanc entre -100 et -50. Or, si la chronologie du messie annoncé en Daniel 9:25 correspond exactement à lapparition de Jésus en tant que Christ, lobjection dune rédaction après coup (explication rationaliste) devient impossible. QUI EST LE MESSIE DE DANIEL 9:25? Le messie de Daniel 9:25 est particulier puisquil est qualifié de "Guide". Ensuite il est associé à la suppression du péché (verset 24). Enfin, il doit apparaître avant la destruction du second Temple (qui eut lieu en 70) puisque la prophétie indique que cette 32 Ce roi est appelé Darius le Mède en Daniel 5:31, et Harpage par Hérodote (Enquête I:108,127-130,162,177-178). 33 2Pierre 1:20,21. 34 Antiquités juives XI:337. 35 S. PACE JEANSONNE - The Old Greek Translation of Daniel 7-12 in : The Catholic Biblical Quarterly Monograph Series 19 Washington 1988 p. 7
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 47période précédant le messie débuterait par la reconstruction de Jérusalem et du Temple, etquune fois le messie venu le Sanctuaire serait détruit (verset 26). Conscient de la difficulté àidentifier le grand prêtre Onias III à un Prince, la Bible du rabbinat français suppose que lemessie guide (ou prince) désigne ici un autre messie et propose Cyrus qui fut effectivementun roi (ou prince) qualifié de messie (ou oint) en Isaïe 45:1. Nahmanide croyait que lemessie prince désignait plutôt Zeroubabèl puisquil avait été le premier gouverneur de Juda,et il citait le passage des Psaumes 105:15 où Dieu dit: Ne touchez pas à mes messies [ou oints]pour indiquer que Zeroubabèl pouvait être considéré comme un messie puisque ce termequalifie ceux qui sont oints ou désignés pour une mission. Les commentateurs juifs modernes36, incapables didentifier clairement le prince deDaniel 9:25, proposent au choix: Cyrus, Zeroubabèl ou Yéshoua fils de Yôtsadaq, même siaucun ne correspond à la chronologie du livre de Daniel. De plus, ces commentateurspréfèrent lire (en dépit de la grammaire): jusquà lonction du prince » au lieu de la phrasebiblique habituelle: jusquà Messie remarquable. Enfin, par rapport à la chronologie qui necolle pas, ils concluent que cest Daniel qui sest trompé! Ces différentes identificationscomportent deux graves inconvénients. Premièrement, elles nexpliquent pas comment lepéché est supprimé depuis la mort dun prince (dont la vie est en général mal connue) nicomment la justice est rétablie. Ensuite, lidentification chronologique paraît manifestementdéficiente. Or, selon Daniel 9:2 et 9:22, cette prophétie a en effet été donnée pour effectuerdes calculs chronologiques précis et non de vagues supputations. La Bible du rabbinatfrançais traduit paradoxalement le texte de Daniel 9:25 par: Sache donc et comprends bien quàpartir du moment où fut donné lordre de recommencer à reconstruire Jérusalem jusquà un prince oint(Cyrus) il y a sept semaines; et durant soixante-deux semaines [Jérusalem] sera de nouveau rebâtie. Unenote précise que les semaines désignent des semaines dannées, ce que tous les traducteursacceptent37. Cette traduction défie cependant le bon sens pour deux raisons: Premièrement elle laisse sous-entendre que Jérusalem serait reconstruite pendant une période de 434 ans (62 semaines, soit 62x7 ans). Cette interprétation du traducteur contredit le texte dEsdras 6:14,15 fixant la date de fin de reconstruction du Temple dans la 6e année de Darius Ier, soit en -515, suivie de la fin de la reconstruction des murailles de Jérusalem dans la 20e année dArtaxerxès Ier, selon Néhémie38.36 H. GOLDWURM, N. SCHERMAN - Daniel, traduction et commentairesParis 2001 Éd. du Sceptre pp. 240-242, 260-263.37 Cette conclusion découle des textes suivants: Tu compteras 7 semaines dannées, 7 fois 7 ans, cest-à-dire le temps de 7 semaines dannées, 49 ans»(Lévitique 25:8); «Vous avez reconnu le pays 40 jours. Chaque jour vaut une année: 40 ans vous porterez le poids de vos fautes»(Nombres 14:34); Je tenai fixé la durée à un jour pour une année (Ezéchiel 4:6).38 Néhémie 2:1; 6:15.
    • 48 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE  Ensuite, la Bible du rabbinat français laisse sous-entendre que lévénement important nest plus un messie à venir (Daniel connaissait le "messie" Cyrus) mais lannonce de la reconstruction de Jérusalem. Là encore, cette interprétation du traducteur est démentie par la chronologie. Cyrus a libéré les Juifs de Babylone en -538, ce qui permet de calculer la date de lordre de reconstruction en ajoutant sept semaines, soit 49 (7x7) ans, ce qui nous amènerait en -489 (= -538 + 49) selon cette traduction. Cependant, la Bible précise aussi que lordre de reconstruction de Jérusalem fut donné par Artaxerxès Longue-Main dans la 20e année de son règne39 (en -455, voir lAnnexe chronologique). Il resterait donc un écart de 34 ans (= 489 - 455) impossible à combler. En remplaçant Cyrus par Zeroubabèl, qui commença à gouverner vers -536, selon le texte dEsdras 3:1-8, le gain nest que de 2 ans; il reste encore environ 32 ans à combler. Pire, le livre de Daniel précise que le messie serait retranché après les 62 semaines, soit 434 ans (= 62x7). Or, si ce messie était le grand prêtre Onias III (assassiné vers -172), lordre de reconstruction de Jérusalem (début des 62 semaines, daprès la Bible du rabbinat) aurait été donné vers 606 (= 434 + 172), ce qui constitue une impossibilité, puisquil y aurait cette fois environ 161 ans (= 606 - 445) à combler. La chronologie élimine donc ces candidats, mais quen est-il de Jésus? JESUS EST-IL LE MESSIE DE DANIEL 9:25? Les Juifs nacceptent évidemment pas cette identification, généralement pour les trois raisons suivantes: 1) Ayant été persécutés, depuis bientôt deux mille ans, par des gens qui se disaient chrétiens, les Juifs ont pris depuis longtemps le nom de Jésus en horreur. 2) Reconnaître Jésus implique une totale remise en question des fondements du judaïsme. 3) Si Jésus était le messie promis, pourquoi y a-t-il toujours des guerres, des maladies et des malheurs, alors que le messie devait apporter un règne de paix et de bonheur? Il est cependant possible de répondre à ces trois objections légitimes: 1) Jésus lui- même a annoncé que Dieu rejetterait quiconque assassine en son nom, quil soit juif40 ou chrétien41. Les chrétiens fidèles ne peuvent se battre et faire du mal à leur prochain42. 2) Si on élimine le texte de Daniel, comment savoir à quelle époque devait apparaître le Messie? 3) La troisième objection repose sur un amalgame de différents événements prophétiques sétalant en fait dans le temps. Les Juifs avaient remarqué, par exemple, que le chapitre 53 39 Néhémie 2:1-8. 40 Jean 8:40,44. 41 Matthieu 7:21-23; 1Jean 3:10,11. 42 2Corinthiens 10:3,4; Jean 13:35; Matthieu 5:44,45.
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 49du livre dIsaïe décrit un "messie souffrant". Par contre, les chapitres suivants (60 et 61) dece même livre décrivent aussi un "messie glorieux". Comment concilier ces deuxdescriptions en apparence contradictoires? Pour résoudre cette énigme, certains Juifsdaujourdhui supposent, comme on la vu, un "messie souffrant" représentant le peuple juifet attendent un "messie glorieux". Ils en viennent à imaginer deux messies43. Les Juifs deQumrân étaient déjà arrivés à cette conclusion mais pour des raisons complètementdifférentes. Ayant constaté que le "messie glorieux" serait aussi un "messie royal", ils enconcluaient logiquement quil devait venir de la tribu de Juda. Ce "messie royal" étantappelé à prendre la tête dun royaume de prêtres44, ils en ont conclu quil serait aussi prêtre.Or, cela posait un problème insoluble puisquun Juif ne pouvait appartenir simultanément àla tribu de Lévi (détentrice du privilège sacerdotal) et à la tribu de Juda. Pour résoudre cettedifficulté, les Esséniens ont supposé lexistence simultanée de deux messies: lun issu deLévi et un autre issu de Juda45. Dans le Talmud (Sukka 52a), on disserte dailleurs sur unmessie qui serait fils de Joseph, tué avant lapparition dun messie fils de David, issu deJuda. Juda et Joseph représentant, selon Ezéchiel 37:16, les deux parties dIsraël réunies. Lasolution de recourir à deux messies plutôt quà un seul avec deux accomplissements estbien compliquée, mais, surtout, contraire au bon sens car elle oblige (comme lereconnaissent dailleurs certains commentateurs juifs modernes) à la conclusion suivante: LeMessie arrivera quand tous seront justes; il arrivera quand tous seront pécheurs. Il viendra en grande pompeet dans la gloire; il viendra dans la plus grande discrétion et dans le dénuement. Il viendra à une date fixe;il peut venir à tout moment (...). Contradictoires et embarrassants sont les textes qui traitent cet apogée tantattendu dans lHistoire46. Lincohérence est évidente. En fait, la solution proposée par les Évangiles permet de résoudre ce paradoxeapparent de façon bien plus simple. En effet, le droit à la prêtrise aaronique étaithéréditaire47, comme le droit à la royauté. Cependant le droit à la prêtrise pouvait aussi êtreobtenu directement de Dieu (cas exceptionnel), comme ce fut le cas pour Aaron ou pourMelchisédech48. Dailleurs, aucune prophétie ne mentionne que le messie devait apparaîtredans la tribu de Lévi. Par contre la Bible annonçait quil apparaîtrait dans la tribu de Juda(selon Genèse 49:10). Étant dans lincapacité dexpliquer le calcul proposé par le livre de43 C. CHALIER, M. FAESSLER - Deux messies : fils de Juda, fils de Josephin: Judaïsme et christianisme lécoute en partage, Paris 2001 Éd. Cerf pp. 307-345.44 Exode 19:6.45 M. WISE, M. ABEGG JR., E. COOK - Les manuscrits de la mer MorteParis 2001, Éd. Plon pp.171,340.46 H. GOLDWURM, N. SCHERMAN - Daniel, traduction et commentairesParis 2001 Éd. du Sceptre p. XLVIII.47 Nombres 3:6-9.48 Hébreux 5:6; Psaumes 110:4.
    • 50 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Daniel, les rabbins (Sanhedrin 97b) découragèrent leurs disciples de calculer la venue du messie. Malgré la confusion des opinions sur cette question, Maïmonide, lune des plus grandes figures du judaïsme, croyait à un messie individuel apportant une ère de félicité. Ce point de vue original atteste lattachement de nombreux Juifs à une antique espérance messianique. Dailleurs, aujourdhui encore, plusieurs personnalités du judaïsme croient à la venue dun messie individuel, Roi de gloire, fils de lhomme, fils de David, préexistant à la création, identique à lesprit de Dieu qui planait à lorigine sur la face des eaux et racheteur dIsraël49. Les rabbins Loubavitch espèrent même la venue imminente de ce messie. Dans cette perspective, le calcul rigoureux de Daniel 9:24-27 prend donc toute son importance. LES CALCULS CHRONOLOGIQUES DE DANIEL 9:24-27 Avant de débuter le calcul, il est nécessaire de disposer dune traduction littérale, exempte dinfluences (pro-messianiques ou anti-messianiques), car, comme on la constaté, vu lenjeu les traducteurs ont très souvent été tentés dinfléchir la traduction en supposant, par exemple, que puisque le messie et la période sont mentionnés deux fois dans les versets 24 à 27, cela impliquait lexistence de deux messies ou de deux périodes distinctes! Si cela était le cas, on pourrait trouver quelque perversité chez Daniel puisquil aurait donné un texte: quil devait comprendre et faire comprendre, selon Daniel 9:23, alors que finalement il ne sappliquerait à personne dune manière claire! Ce ne serait pas raisonnable dautant quil est facile de constater que la première période de 70 semaines est bien identique à la seconde (62 + 7 + 1, soit un total de 70 semaines). Par conséquent cette période concerne naturellement le même messie ou oint. Traduction littérale de Daniel 9:23-27: hébreu MT traduction littérale observations et comprends en la parole et fais comprendre Lexpression "fais comprendre" se retrouve en Daniel 8:16, où lange Gabriel fait comprendre à Daniel, qui doit à son tour, après avoir compris, faire comprendre au peuple. en la chose vue septaines (semaines) Le mot "semaines" est habituellement au féminin en hébreu alors quil est au masculin dans le texte de Daniel. Pour garder cette variante, les traducteurs utilisent soit lexpression "semaines [dannées]" soit le mot "septaines". septante a été déterminé 49A. CHOURAQUI -Histoire du Judaïsme in: Que sais-je n°750, Paris 1995 Éd. PUF pp.96,97
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 51sur peuple de toiet sur villesanctuaire de toi Le mot "sanctuaire" pourrait aussi être traduit par le mot "saint". Il désigne cependant au verset 26 clairement le [lieu] saint, cest-à-dire le sanctuaire.pour faire cesserla transgressionet pour terminerle péchéet pour absoudrefauteet pour faire venirjusticedes duréeset pour sceller Le sens de "sceller" est à la fois daccomplir et de mettre fin.vision Le mot "vision" a le sens de prophétie.et prophèteet pour oindresanctuaire Le mot qodèsh a le sens de "ce qui est saint". Le Saint des Saints désigne généralement le "Très-Saint".des sanctuaireset tu connaîtraset tu seras perspicacedepuis sortiede parolepour faire retourneret pour bâtirJérusalemjusquà messie Le mot "messie" pourrait être traduit par "oint", mais toute la révélation de Gabriel concerne ce messie particulier, qualifié ensuite de guide ou de remarquable. Il vise donc le Messie et non un messie quelconque.remarquable Le mot "remarquable" a un sens littéral de "sur le devant" en hébreu; il signifie "en chef" en Jérémie 20:1 ou "important" en Proverbes 8:6 quand il qualifie un autre mot (ce qui est le cas ici). Cette qualification attire donc lattention sur un oint remarquable: le Messie. Employé seul il signifie "conducteur" ou "guide". Théodotion a traduit cette expression en grec par "jusquau Christ chef".septainesseptet septaines Le mot "et" a ici le sens de "puis".soixante et deuxelle retourneraet elle fut bâtieplace publique
    • 52 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE et fossé et dans détresse des temps et après les septaines soixante et deux il sera tranché messie et rien pour lui et la ville et le sanctuaire il détruira peuple remarquable Voir lobservation sur le "messie remarquable". Les peuples remarquables sont décrits par Daniel (au chapitre 2): il sagit des Babyloniens puis des Médo- Perses puis des Grecs puis des autres peuples ayant un lien avec les serviteurs de Dieu. Le peuple remarquable après les Grecs a été le peuple romain. venant et fin de lui Le mot "lui" semble renvoyer au sanctuaire. dans le déferlement Le mot "déferlement" est aussi utilisé dans un sens métaphorique (déferlement de colère en Proverbe 27:4) ce qui nest pas le cas du mot "inondation" en français. et jusquà fin guerre il a été décrété des désolations il fera prévaloir Le mot "il" semble renvoyer au messie. alliance pour la multitude Multitude ou multitudes. Certains traducteurs juifs traduisent ici ce mot par "grands" (mais ce choix obscurcit le texte) alors quils gardent le sens commun partout ailleurs (comme en Daniel 11:44). septaine une seule et la moitié de la septaine il fera cesser sacrifice et offrande et sur aile de choses immondes Les "choses immondes" désignent généralement les idoles païennes (peut-être ici les enseignes des armées romaines représentées par des ailes daigle). désolation et jusquà extinction il a été décrété
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 53 elle se répandra sur [ce qui est] désolé Si on "lisse" cette traduction littérale, en tenant compte des remarques précédentes,on obtient le texte suivant: Comprends la parole et fais comprendre la chose vue. Soixante-dixsemaines [dannées] ont été décrétées sur ton peuple et sur ta ville sanctuaire [Jérusalem] pour faire cesser latransgression, pour supprimer le péché et pour absoudre la faute, pour faire venir une justice de duréeindéfinie, pour sceller vision et prophète et pour oindre le sanctuaire des sanctuaires. Il faut que tu saches etsois perspicace: depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem jusquà messieremarquable il y aura sept semaines [dannées] puis soixante-deux semaines [dannées]. Elle reviendra etsera rebâtie, avec place publique et fossé, mais dans la détresse des temps. Après les soixante-deux semaines[dannées] messie sera retranché, avec rien pour lui. Et la ville et le sanctuaire seront détruits par un peupleremarquable qui va venir. Et sa fin [celle du sanctuaire] sera dans le déferlement, et jusquà la fin, laguerre, ce qui a été décrété ce sont des désolations mais il fera prévaloir lalliance pour la multitude unesemaine [dannées] et, à la moitié de la semaine [dannées], il fera cesser le sacrifice et loffrande. Et surlaile de choses immondes ce qui cause la désolation et, jusquà lextinction, ce qui a été décrété se répandrasur ce qui est désolé50. Il est possible que ce texte hautement polémique ait subit quelquesmodifications de la part des copistes juifs, comme le prouve la traduction pro-maccabéennede la Septante. Cependant, la traduction juive de Théodotion rédigée (vers 175) dans uncontexte anti-chrétien reste très proche du texte massorétique51 puisquon lit: Sois doncattentif à ma parole et comprends la vision. Un nombre de soixante-dix semaines a été fixé pour ton peupleet la Cité sainte, pour que la prévarication soit abolie, que le péché prenne fin, que la Justice éternelle vienne,que les visions et les prophéties soient accomplies et que le Saint des Saints soit oint. Sache le donc etcomprends: à partir de lédit qui sera émis pour que Jérusalem soit mise à part et réédifiée, jusquau Christchef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines. Et Jérusalem reviendra elle-même, et ses murs avecses fossés seront rétablis, malgré la difficulté du temps. Et après les soixante-deux semaines, lOint sera misà mort sans quil y ait en lui de cas de condamnation. Mais détruira la ville et Saint Temple, avec un chefqui viendra, et [la ville et Saint Temple] succomberont à la catastrophe et sabîmeront dans les ruinesjusquà la fin de la guerre décrétée. Et la semaine une confirmera pour toujours lalliance avec la multitude.Et à la moitié de la semaine, les oblations et les sacrifices seront abolis. Puis sur le Temple, seralabomination de la désolation, et la désolation ne finira quavec la fin des temps. Paradoxalement, cettetraduction juive est encore plus favorable à linterprétation chrétienne que le textemassorétique. Ces remarques préliminaires permettent délaguer quelques propositions50Daniel 9:23-27.51D. BARTHELEMY –Critique textuelle de lAncien Testamentin: Orbis Biblicus et Orientalis 50/3 Friboug 1992 pp.434-496.
    • 54 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE erronées et de se focaliser sur ce qui fait réellement problème dans lidentification du messie. Cette traduction met donc en évidence plusieurs points:  Une période totale de 490 ans (= 70x7) est nécessaire avant que tout ce qui est annoncé soit accompli. Cette période se décompose en 3 parties (62 + 7 + 1)x7 = 70x7.  Le point de départ, dune période de 49 ans (= 7x7), puis de 434 ans (= 62x7), soit 483 ans en tout, est précisé par lexpression: la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem. Cette période se termine avec lapparition du Messie. Le texte précise aussi que la période de reconstruction est dans "la détresse des temps" et quaprès la période de 434 ans le Messie est retranché dans le dénuement.  Finalement, une nouvelle puissance mondiale doit arriver pour détruire la ville et le sanctuaire. Le texte précise que dans les derniers 7 ans (1x7) qui restent, lalliance se poursuit mais seulement jusquà la moitié (7/2 = 3,5 ans) de la période, et quensuite loffrande et le sacrifice ne sont plus nécessaires. Quelques commentateurs modernes ont essayé de rattacher le livre de Daniel au Poème de Danel exhumé à Ugarit et daté du 14e siècle avant notre ère, mais excepté le nom du personnage (et encore sans le "i"), il ny a manifestement aucun point de contact entre les deux récits. Même si lauthenticité du livre fut parfois contestée, le grand Maïmonide52 lui reconnaissait une inspiration dorigine divine et plaçait lauteur à égalité avec Salomon et David. Le texte de Daniel 9:24-27 est clairement messianique; il évoque un messie individuel dont la trame chronologique est parfaitement définie. La période couverte est de 490 ans. Le point de départ pour calculer lapparition de ce messie particulier est précisé par lexpression: depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem. Ce messie en chef est finalement retranché dans un dénuement complet, puis la ville et le sanctuaire sont détruits. La prophétie précise aussi quaprès lapparition de ce messie, le péché est supprimé et la justice est rétablie, entraînant de facto la suppression de loffrande et du sacrifice. La chronologie élimine les prétendants messianiques autres que Jésus. En effectuant une rapide confrontation avec lhistoire généralement admise par les historiens, on obtient la chronologie suivante: Artaxerxès Ier commença à régner à partir de -465; 20 ans plus tard (soit en -445) Néhémie53 est autorisé à commencer les travaux, qui seront achevés 49 ans plus tard (en -396). En ajoutant les 434 ans restants, on obtient 39 de notre ère, date où devait apparaître le Messie, retranché 3 ans et demi plus tard, soit en 43. La correspondance est donc mauvaise, car Jésus est mort en 33, soit 10 ans plus tôt. En 52 Guide des égarés 2:45. 53 Néhémie 2:1-8.
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 55fait, la chronologie achéménide actuellement reçue est erronée puisque Artaxerxès Ier acommencé à régner à partir de -475 et non de -465 (voir la chronologie perse). Cette erreurest à lorigine des innombrables polémiques concernant cette célèbre prophétie54. Le point de départ des 490 ans est fixé: Depuis la sortie de la parole pour rétablir et pourrebâtir Jérusalem jusquà Messie principal il y aura sept semaines [dannées] puis soixante-deux semaines[dannées]. Or, cet ordre55 de rétablir et de rebâtir Jérusalem fut donné par Artaxerxès Ierdans la 20e année de son règne (en -455) au mois de Nisan (mars/avril). Comme Néhémieprécise que la muraille de la ville fut terminée le 25 Élul (août/septembre) en 52 jours, onpeut en déduire quil fit entendre cette: parole de rétablir et rebâtir Jérusalem aux Juifs revenusdans cette ville au début du mois dAb (juillet/août). Esdras et Néhémie ont donné unechronologie très précise de cette période. Ainsi, fin -538/ début -537, un an après la chutede Babylone, Cyrus émettait un édit de libération des Juifs. En octobre -537 ils étaient tousarrivés à Jérusalem. Début -536 ils commencèrent la reconstruction du Temple qui futterminée à la fin de la 6e année du roi perse Darius Ier, soit en -515. Dans la 7e année de sonrègne, Artaxerxès Ier (en -468) demanda à Esdras daller à Jérusalem pour aménagerrichement le Temple puis, dans sa 20e année, il donna cette fois lordre à Néhémie dereconstruire la ville et non plus seulement le Temple. La ville est finalement inaugurée versla fin du règne de Darius II (Néhémie 12:22), soit en -406 (= -455 + 49). Date Événement Référence Septembre/octobre -537 Ordre de rebâtir le Temple par Cyrus. Esdras 1:1-2 Mars/avril -537 Tout le peuple est réuni à Jérusalem. Esdras 3:1 Avril/mai -536 Début de la reconstruction du Temple 2 ans après le départ. Esdras 3:8-10 Février/mars -515 Temple achevé (extérieur) à la fin de lan 6 de Darius Ier. Esdras 6:15 Mars/avril -468 Ordre dembellir le Temple (intérieur) en lan 7 dArtaxerxès. Esdras 7:8,20 Mars/avril -455 Ordre de rebâtir Jérusalem lu à Néhémie en lan 20. Néhémie 2:1-8 Juin/juillet -455 Ordre de rebâtir Jérusalem lu aux chefs juifs (le 3 Ab). Néhémie 2:16-18 Juillet/août -455 Murailles de Jérusalem achevées en 52 jours. Néhémie 6:15 Septembre/octobre -455 Ordre de rebâtir Jérusalem lu au peuple (le 1er Tishri). Néhémie 8:1-2 Septembre/octobre -406 Ville de Jérusalem achevée (inauguration). Fin de Darius II. Néhémie 12:22-43 Selon cette reconstitution chronologique, le peuple entendit lordre de rebâtir Jérusalemle 1er Tishri -455, point de départ de la prophétie des 70 semaines. En ajoutant les 69semaines dannées, soit 483 ans, la dernière semaine dannées (la 70e), marquant uneconfirmation de lalliance, couvre une période allant du 1er Tishri 29 (= -455 + 483 + 1) au1e Tishri 36 (= -455 + 490 +1), et la moitié de cette dernière semaine tombe donc en 33. Il54 L. BIGOT - Les 70 semaines de Daniel Paris 1911 Éd. Letouzey & Anéin: Dictionnaire de théologie catholique tome VI.1 pp. 75-10355 Néhémie 2:1,5,8.
    • 56 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE est possible de déterminer exactement les dates correspondantes grâce à lastronomie en sachant que le 1er Tishri correspond au 1er croissant visible (après la nouvelle lune) après léquinoxe dautomne (le jour de la semaine est calculé par un logiciel)56: An Date calendrier Événement Date calendrier Numéro du jour hébraïque astronomique julien 29 Équinoxe dautomne Dimanche 25 septembre 29 Nouvelle lune Lundi 26 septembre 0000 29 1er Tishri 1er croissant Mardi 27 septembre 0001 33 [14 Nisan] [Pleine lune] Vendredi 3 avril 1284 36 Équinoxe dautomne Lundi 24 septembre 2554 36 Nouvelle lune Lundi 8 octobre 2568 36 1er Tishri 1er croissant Mardi 9 octobre 2569 Puisque, selon la prophétie de Daniel, le Messie est retranchée au milieu de la dernière semaine (qui dure donc 7 ans, soit exactement 2569 jours), la date indiquant le moment où il est retranché est dune précision remarquable puisque le 1284e jour, marquant la moitié de cette semaine (= 2569/2), tombe précisément sur le vendredi 3 avril 33. Selon ce comput, Jésus aurait-il été baptisé le 1er Tishri 29? La réponse est non pour les trois raisons suivantes:  Si Jésus avait été baptisé le 1er Tishri, il naurait pu assister à la fête du Yom Kippour le 10 Tishri, ni à la fête des Huttes du 15 au 21 Tishri57 puisque le texte biblique précise quil passa 40 jours dans le désert juste après son baptême58. Étant donné que Jésus est présenté comme un Juif pieux (respectant la loi juive), il serait illogique daccepter quil ait pu violer une obligation aussi primordiale de la loi juive.  Le 1er Tishri 29, Jésus avait exactement 30 ans. Or Luc a choisi décrire "environ 30 ans", ce qui sous-entendait que Jésus navait pas exactement cet âge. Luc est généralement plus précis dans son langage que les autres évangélistes. Il préfère utiliser 14 fois ce terme "environ" dans ses écrits, contre seulement 6 fois pour tous les autres rédacteurs du Nouveau Testament. Ainsi, on lit chez Luc « environ la 6e heure »59, alors quil y a seulement « la 6e heure » chez Marc. Cet écart nest pas systématique, puisque Marc précise « environ 4000 hommes »60 alors que Matthieu se contente dun 56 http://www.imcce.fr/page.php?nav=fr/ephemerides/astronomie/saisons/index.php http://portail.imcce.fr/fr/ephemerides/astronomie/Promenade/pages4/441.html http://www.nr.com/julian.html 57 Nombres 29:12. 58 Matthieu 3:16-4:2. 59 Luc 23:44. 60 Marc 15:33; 8:9.
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 57 simple « 4000 hommes »61. Luc écrit encore « environ la 9e heure » en Actes alors quil sous-entend le mot "environ" en un autre endroit62. Le Messie devait apparaître lorsque la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem fut prononcée; or cette parole na pas été émise le 1er Tishri, mais presque deux mois avant. Selon Néhémie cet ordre de rebâtir Jérusalem lui fut donné par Artaxerxès Ier aumois de Nisan. Comme il précise également que la muraille de la ville fut terminée le 25Élul en 52 jours63, on peut en déduire que Néhémie fit entendre cette parole de rétablir etrebâtir Jérusalem aux chefs juifs revenus dans cette ville64 le 3 Ab. Cette durée de 52 jourssemble être prophétique, car le sanctuaire (fondation du Temple) devait être reconstruit en3 jours selon Jean 2:19-22 et le temple complet, représenté par léglise ointe de lEsprit Saintselon Éphésiens 2:20-22, devait être réalisé à la Pentecôte selon Actes 2:1-4, soit 52 joursaprès le 14 Nisan (selon Lévitique 23:15,16), jour marquant la "démolition" du sanctuairereprésenté par le corps de Jésus. Cette date du 3 Ab -455 servant de point de départ, lepoint darrivée (483 ans après) correspond au 3 Ab 29 (lundi 1er août 29). En combinant lesdonnées historiques, calendériques et astronomiques, on obtient le bilan suivant: Naissance de Jean le Baptiste le samedi 5 avril -2. Naissance de Jésus le lundi 29 septembre -2 à Bethléem. Début de la prédication de Jean le Baptiste le samedi 5 février 29. Baptême de Jésus le 3 Ab 29 soit le lundi 1er août 29, à lâge de 29 ans et 10 mois, dans la 15e année de Tibère (allant du 19 août 28 au 18 août 29). Au 1er Tishri de lan 29, soit le mardi 27 septembre, Jésus a exactement 30 ans. Mort de Jésus le 14 Nisan 33 soit le vendredi 3 avril à lâge de 33 ans et 6 mois. Pentecôte de lan 33 le 6 Siwan, 50 jours à partir du 16 Nisan65 (dimanche 24 mai 33). Fin de lalliance spéciale avec les Juifs le 1er Tishri 36 soit le mardi 9 octobre, marquée par la conversion du centurion Corneille66. Le texte de Daniel annonçait donc lapparition du Messie le lundi 1er août 29 et samort le vendredi 3 avril 33, ce qui est dune précision impressionnante; mais ce textecontient dautres indices qui confirment ce comput. La reconstitution chronologique dubaptême de Jésus est la suivante:61 Matthieu 15:38.62 Actes 10:3; 3:1.63 Néhémie 2:1,5,8; 6:15.64 Néhémie 2:11,16-18.65 Lévitique 23:15,16.66 Actes 10:30.
    • 58 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE juil-29 30 1 Ab samedi 31 2 dimanche aoû-29 1 3 lundi Baptême de Jésus qui devient le Messie au 3 Ab 2 4 mardi 1 (à la date où les murailles du Temple ont débuté). 3 5 mercredi 2 4 6 jeudi 3 5 7 vendredi 4 6 8 samedi 5 7 9 dimanche 6 8 10 lundi 7 9 11 mardi 8 10 12 mercredi 9 11 13 jeudi 10 12 14 vendredi 11 13 15 samedi 12 14 16 dimanche 13 15 17 lundi 14 16 18 mardi 15 17 19 mercredi 16 18 20 jeudi 17 19 21 vendredi 18 20 22 samedi 19 21 23 dimanche 20 22 24 lundi 21 23 25 mardi 22 24 26 mercredi 23 25 27 jeudi 24 26 28 vendredi 25 27 29 samedi 26 28 30 dimanche 27 29 1 Elul lundi 28 30 2 mardi 29 31 3 mercredi 30 sep-29 1 4 jeudi 31 2 5 vendredi 32 3 6 samedi 33 4 7 dimanche 34 5 8 lundi 35 6 9 mardi 36 7 10 mercredi 37 8 11 jeudi 38 9 12 vendredi 39 10 13 samedi 40 Fin des 40 jours dans le désert (attaques de Satan). 11 14 dimanche 41 12 15 lundi 42 13 16 mardi 43 Noces de Cana 14 17 mercredi 44 15 18 jeudi 45 16 19 vendredi 46 17 20 samedi 47 18 21 dimanche 48 19 22 lundi 49 20 23 mardi 50 21 24 mercredi 51 22 25 jeudi 52 Date marquant lachèvement des murailles du Temple. 23 26 vendredi 24 27 samedi 25 28 dimanche Équinoxe dautomne. 26 29 lundi Nouvelle lune. 27 1 Tishri mardi Jésus a 30 ans. Début de la 70e semaine de Daniel. 28 2 mercredi 29 3 jeudi 30 4 vendredi oct-29 1 5 samedi 2 6 dimanche 3 7 lundi 4 8 mardi 5 9 mercredi 6 10 jeudi Yom kippour. 7 11 vendredi 8 12 samedi 9 13 dimanche 10 14 lundi 11 15 mardi Fête des Huttes.
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 59 12 16 mercredi 13 17 jeudi 14 18 vendredi 15 19 samedi 16 20 dimanche 17 21 lundi 18 22 mardi Selon cette reconstitution, la 70e semaine dannées débute le mardi 27 septembre 29au moment où Jésus a exactement 30 ans. Cette coïncidence nest pas fortuite puisque lestextes évangéliques donnent à Jésus un rôle de grand prêtre67. Or les prêtres commençaientà officier seulement à partir de 30 ans68. La reconstitution fait apparaître que: Jésus est baptisé dans le Jourdain le 3 Ab 29 (lundi 1er août) et devient le Messie dans la 15e année de Tibère César à lâge de 29 ans et 10 mois. Il débute son ministère le 1er Tishri 29 (mardi 27 septembre) à lâge de 30 ans. Il meurt à Jérusalem le 14 Nisan 33 (vendredi 3 avril) vers 15 heures à lâge de 33 ans et 6 mois, soit quelques heures avant une éclipse de lune. (Il est curieux de constater que deux durées mentionnées dans le texte de Daniel12:11,12 apparaissent dans le comput du ministère de Jésus. En effet, entre le 25 Elul 29(vendredi 23 septembre) et le 14 Nisan 33 (vendredi 3 avril), il y a 1290 jours et entre le 1erTishri 29 (mardi 27 septembre), lorsque Jésus (grand prêtre) a 30 ans et la Pentecôte de lan33, soit le 50e jour après le 16 Nisan69 33 (dimanche 24 mai), il y a 1335 jours).67 Hébreux 3:1; 7:26; 8:1.68 Nombres 4:3; 1Chroniques 23:3.69 Lévitique 23:15,16.
    • 60 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE LA PROPHETIE: UN DEFI A LA RAISON Paul Valéry a écrit: Le génie de Newton a consisté à dire que la lune tombe alors que tout le monde voit bien quelle ne tombe pas, exprimant par cette boutade que cet homme perspicace voyait bien au-delà de la simple observation du commun des mortels. Cest ce qui lui permit de prédire le comportement des éléments de lunivers quil pouvait observer. Finalement, la force dune démarche scientifique se mesure à sa capacité "prédictive", et ce pouvoir peut être potentiellement redoutable. Un proverbe chinois affirme que: celui qui pourrait prédire les événements trois jours à lavance serait riche pour des millions dannées. Les prévisions scientifiques ne concernent toutefois que des faits techniques somme toute assez limités. Dès que des événements un tant soit peu complexes sont concernés, comme les prévisions météorologiques à trois jours par exemple, elles sont rapidement mises en échec. Certains hommes conscients de cette faiblesse ont imaginé une intervention suprahumaine en postulant un "sixième sens" pour résoudre le problème. Voilà qui explique pourquoi lastrologie, pseudoscience divinatoire, fut tant mise à lhonneur depuis la plus haute antiquité. Elle savérera finalement tout autant faillible que la science moderne. Cicéron a pu écrire dès son époque sur le ton de lhumour dans son De Divinatione 2:24: Deux augures ne peuvent se regarder sans rire. Cette remarque ironique montre à quel point la divination paraissait peu fiable. Le texte biblique, lui, reconnaît pourtant un pouvoir limité à la divination tout en mettant en garde le lecteur contre la tentation dy recourir. Elle encourage aussi ses lecteurs à écouter les prophètes. Paradoxe qui demande explication: pourquoi encourager ses lecteurs à sintéresser à lavenir du genre humain tout en mettant en garde contre le danger de vouloir connaître le sien personnel? Cette position semble en apparence contradictoire. La différence est subtile, mais capitale. La divination peut certes annoncer lavenir mais comporte souvent des erreurs. Ainsi, la femme médium dEn-Dor évoquée dans le livre biblique de Samuel est présentée comme réussissant à prédire plusieurs événements de la vie de Saül lorsquelle dit: [Dieu] a arraché la royauté de ta main [ce qui se réalisa] et la donnée à un autre, à David [idem]. Jéhovah livrera Israël avec toi aux mains des Philistins [idem]. Demain, toi et tes fils, vous serez avec moi parmi les morts [idem, à une erreur près!]. En fait, trois des fils de Saül furent tués70, le quatrième, Ish-Bosheth, resta en vie71. Le taux derreurs fut donc de 25%. Si lexactitude est nécessaire, elle nest pas jugée suffisante: Sil se lève au milieu de toi un prophète ou un [faiseur de] rêve, si vraiment il te donne un signe ou un présage, et que se réalise effectivement le signe 70 1Samuel 28:17-19; 31:2. 71 2Samuel 2:10.
    • DATE DU BAPTEME DE JESUS 61ou le présage dont il ta parlé, en disant: ‘Marchons à la suite dautres dieux que tu nas pas connus, etservons-les’, il ne faudra pas que tu écoutes les paroles de ce prophète ou le rêveur de ce rêve72. Cestvraisemblablement pour cette raison que la Bible interdisait aux Israélites de consulter lespersonnes exerçant la divination, ou cherchant les présages ou faisant métier de prédire lesévénements73. Cette attitude était assimilée à une rébellion contre Dieu74. Cette interdictiondailleurs a été reprise par ceux qui devinrent chrétiens75. Ce qui séparait une prédictiondivine dune divination spirite était la nature de la source: Dieu ou les dieux. Les rédacteursde la Bible ont régulièrement martelé cette "vérité": révéler lavenir de façon infaillible est lamarque distinctive de la vraie divinité. Le livre dIsaïe déclare par exemple: Produisez etrévélez-nous les choses qui vont survenir. Les premières choses - ce quelles furent - révélez-le, pour que nousy appliquions notre cœur et que nous en connaissions lavenir. Ou bien faites-nous entendre les choses quiviennent. Révélez les choses qui doivent venir par la suite, pour que nous sachions que vous êtes des dieux76.Dieu relève ce défi quil a lui-même lancé: Les premières choses - les voilà venues, mais jannonce deschoses nouvelles. Avant quelles ne se mettent à germer, je vous les fais entendre (...) Je te révélerai donc leschoses dès cette époque-là. Avant que cela narrive, je te les fais entendre, pour que tu ne dises pas: ‘Monidole les a faites, mon image sculptée et mon image en métal fondu les ont ordonnées77. Invitant au choix, le prophète déclare: Sils vous disent: “adressez-vous aux médiums ou àceux qui ont un esprit de prédiction, qui pépient et sexpriment à voix basse”, nest-ce pas à son Dieu quetout peuple doit sadresser?78. [Dieu] ne fera rien quil nait révélé son affaire confidentielle à ses serviteursles prophètes »79. Ma main est venue contre les prophètes qui voient en vision la fausseté et qui font dumensonge une divination. Ils ne resteront pas dans le groupe des intimes de mon peuple80. La conclusiontombe sans appel dans le texte biblique: Car vous savez dabord ceci: quaucune prophétie delÉcriture ne provient dune interprétation personnelle. Car la prophétie na jamais été apportée par lavolonté de lhomme, mais des hommes ont parlé de la part de Dieu, comme ils étaient portés par lespritsaint81. La Bible prétend que seul le vrai Dieu peut prophétiser lavenir sans se tromper.Sous ce rapport, des livres comme les Rig-Véda, le Coran, le livre de Joseph Smith et lesprévisions dites scientifiques elles-mêmes ne seraient que des livres ordinaires. De fait cesouvrages ne contiennent aucune prophétie du genre de celles quon trouve dans les textesde la Bible, dont la précision est telle quelle accule le sceptique chronique à postuler une72 Deutéronome 13:1-3.73 Deutéronome 18:10-14.74 1Samuel 15:23.75 Actes 19:19.76 Isaïe 41:22,23.77 Isaïe 42:9; 48:5.78 Isaïe 8:19.79 Amos 3:7.80 Ezéchiel 13:9.81 2Pierre 1:21.
    • 62 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE rédaction a posteriori. La prophétie ne peut être vérifiée que par une chronologie précise. Or celle des historiens actuels nest que le produit dun copier/coller, sans aucune étude scientifique des dates recopiées (aucune thèse na été consacrée à la chronologie depuis un siècle). Selon Fénelon: Le bon historien nest daucun temps ni daucun pays. Autant dire que sans chronologie lhistoire nexiste pas, il ny a que des fabulistes qui se croient historiens. Si la géographie et la chronologie sont bien les yeux de lhistoire, alors le bon historien aspire à être de tous les temps et de tous les pays.
    • Le procès de Jésus: scandaleux, mais légal! Dans la biographie de Jésus, le procès devant le Sanhédrin puis devant Pilate estlélément majeur et attire aussi lessentiel des critiques. Procès illégal pour les uns,incohérent ou impossible pour les autres. Ces critiques visent principalement à nierlauthenticité de ce procès et par contrecoup lauthenticité de laccusé. La littérature sur ceprocès célèbre abonde, et le livre de Brown consacré à la mort de Jésus, par exemple, necomporte pas moins de 1700 pages (en incluant la préface). Il nest pas question dexaminer toutes les controverses soulevées par ce procès, nide comprendre les intentions des différents protagonistes, mais seulement de vérifier si sareconstitution chronologique conduit vraiment à des incohérences, des contradictions oudes invraisemblances. Après tout, lors dune enquête judiciaire, une telle reconstitutionnest-elle pas le seul moyen dont disposent les juges pour accuser ou pour innocenter? Certains éléments du procès semblent contradictoires quant à la motivation de lacondamnation et à la procédure suivie par les autorités parce quil y a imbrication de deuxsystèmes judiciaires et juridiques, celui des autorités juives (grand prêtre) et celui desautorités romaines (préfet de Judée). Le fait que ces différents systèmes ont évolué avec letemps sans quon en ait toujours les traces complique encore la tâche de lenquêteur. Il faut commencer par une remarque capitale sur la légalité de ce procès: si lespremiers chrétiens, qui étaient tous (danciens) juifs, ont vigoureusement dénoncé lafourberie du Sanhédrin, jamais ils ne lui ont reproché davoir agi illégalement, ce qui auraitété un argument déterminant dans les controverses avec leurs anciens coreligionnaires. Lesviolations de la loi juive étaient épinglées, comme le montre le texte dActes 23:1-5: Fixantdu regard le Sanhédrin, Paul dit: Frères, cest tout à fait en bonne conscience que je me suis conduit devantDieu jusquà ce jour. Mais le grand prêtre Ananie ordonna à ses assistants de le frapper sur la bouche.Alors Paul lui dit: Cest Dieu qui te frappera, toi, muraille blanchie! Eh quoi! Tu sièges pour me jugerdaprès la Loi, et, au mépris de la Loi, tu ordonnes de me frapper! Les assistants lui dirent: Cest le grandprêtre de Dieu que tu insultes? Paul répondit: Je ne savais pas, frères, que ce fût le grand prêtre. Car il estécrit: Tu ne maudiras pas le chef du peuple. Brown1 remarque fort justement: Si les écrivainsévangéliques écrivent que les autorités juives étaient malhonnêtes et sans pitié, ils ne disent jamais quenjugeant et condamnant Jésus les autorités agissaient illégalement au regard de la loi romaine ou de la Loi deMoïse. Les évangélistes nattirent jamais lattention sur lun quelconque des conflits avec les procédures1R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ.Paris 1994 Éd. Bayard p. 413 note 69.
    • 64 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE mishnaïques indiquées ci-dessus. Cette accusation, si elle avait été émise, serait devenue un élément important dans la polémique antijuive. Ainsi, même si ce procès fut scandaleux, il ne fut pas considéré comme illégal! La connaissance du contexte de lépoque explique ce paradoxe. La reconstitution chronologique2 permet de situer les grandes phases du procès. CONTEXTE HISTORIQUE DU PROCES DE JESUS Calendrier Heures Événements majeurs du procès. Matthieu Marc Luc Jean Mercredi 15 - 18 Anne et Caïphe cherchent un moyen de faire condamner Jésus 26:1-5 14:1-2 22:1-2 12 Nisan à mort, mais pas pendant la fête de Pâque. Jeudi 18 - 24 Judas propose à Anne et Caïphe de leur livrer Jésus. 26:14-16 14:10-11 22:3-6 13 Nisan 24 - 6 6 - 12 12 - 15 Préparation de la Pâque. 26:17-19 14:12-16 22:7-13 15 - 18 Le soir est venu, la Pâque peut commencer. 26:20-21 14:17-21 22:14 Vendredi 18 - 22 Repas pascal, puis Judas est congédié. Institution de la Cène. 26:21-33 14:22-25 22:15-30 13:1-18:1 14 Nisan Reniement de Pierre prévu, déplacement au mont des Oliviers. 26:34-46 14:26-41 22:30-46 22 - 2 Jésus est arrêté par la police du Temple, puis est emmené chez 26:47-56 14:42-52 22:47-53 18:2-11 Anne, lancien grand prêtre, pour une enquête sur son 18:12-23 enseignement, puis chez Caïphe, le grand prêtre en titre. Le 26:57-65 14:53-60 22:54 18:24 Sanhédrin cherche des faux témoignages, mais il y a discordance. Caïphe propose au Sanhédrin laccusation de 26:65-68 14:61-65 blasphème qui nemporte pas ladhésion de tous. 2- 6 Pierre renie Jésus 3 fois. Deuxième chant du coq. 26:69-75 14:66-72 22:55-65 18:15-27 6- 9 Le Sanhédrin tient conseil pour mettre à mort Jésus, puis le 27:1-10 15:1-5 22:66-71 18:28-32 livre à Pilate (Judas se pend puis se fracasse en tombant). Enquête de Pilate qui renvoie Jésus à Hérode Antipas. 23:1-11 Après des moqueries, Hérode renvoie Jésus devant Pilate. 9 - 12 Procès de Pilate. Enquête sur la royauté de Jésus. Pilate 27:11-23 15:6-19 23:13-23 18:33-40 propose lacquittement, qui est refusé. Pour épargner Jésus, Pilate propose la libération de Barabbas, un meurtrier, mais celle-ci est acceptée. Pour faire relâcher Jésus, il le fait fouetter, mais les Juifs laccusent dêtre complice et ainsi dêtre contre 19:1-22 César. Pilate se lave les mains et accepte de condamner Jésus 27:24-31 23:24-43 sous le motif de crime de lèse-majesté "Roi des Juifs". 12 - 15 Simon de Cyrène aide Jésus jusquau lieu de supplice. Pour 27:32-45 15:20-41 23:44-49 19:23-30 lanesthésier, du vin drogué est proposé à Jésus qui refuse. Ténèbres anormales de 12 à 15h. Pour le rafraîchir, quelquun offre du vin aigre à Jésus qui accepte. Mort de Jésus à 15h. 15 - 18 ("Pâque" offrande de paix). Josèphe dArimathie, membre du 27:46-56 15:42-47 23:50-56 19:31-41 Sanhédrin et disciple secret de Jésus, demande à Pilate, qui 27:57-61 accepte, le corps de Jésus pour le mettre dans son tombeau. Samedi 18 - 6 Grand sabbat (sabbat coïncidant avec le 1er jour des Azymes). (19:31) 15 Nisan 6 - 12 A la demande dAnne et de Caïphe, Pilate fait garder la tombe 27:62-66 par des soldats jusquau 3e jour (dimanche). 12 - 18 Dimanche 18 - 6 16 Nisan 6- 9 Résurrection au début du jour, un ange apparaît à des femmes. 28:1-15 16:1-2 24:1-14 20:1-18 Anne et Caïphe en sont informés et payent les gardes pour quils disent que le corps a été dérobé pendant leur sommeil. 2 La division du temps en 4 veilles de 3 heures (Marc 6:48) est dorigine romaine et diffère des 3 veilles de 4 heures (Juges 7:19).
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 65 Cette reconstitution chronologique fondée sur le récit des quatre évangélistes esttout à fait cohérente. Comme on la vu dans le chapitre consacré à la datation de la mort deJésus, la préparation de la Pâque du 14 Nisan était souvent assimilée, au 1er siècle, avec celledu 1er jour des Azymes (le 15 Nisan). Le rédacteur de lévangile de Marc3 considérait parexemple que la Pâque marquait le début des Azymes, comme Flavius Josèphe qui écrit: Lafête des Pains sans levain que nous appelons “la Pâque” (...) Lorsque arriva le jour des Azymes, le 14e dumois de Xanthique [Nisan]4. De même, les Juifs du 1er siècle appelaient Pâque aussi bien lerepas pascal célébré au début du 14 Nisan que loffrande de paix offerte au Temple dans lajournée (à partir de 15 heures), ce qui est confirmé par Philon dAlexandrie5 et FlaviusJosèphe6: Et eux, quand arriva la fête appelé Pâque, au cours de laquelle les Juifs offrent des sacrifices dela 9e à la 11e heure [de 15h à 17h]. Le procès de Jésus sest déroulé à Jérusalem sous la direction officielle de Caïphe,nommé grand prêtre (de 18 à 37 de notre ère) par Valérius Gratus, et de Ponce Pilate,nommé préfet de Judée (de 26 à 36) par Tibère César. Les différentes juridictions à cetteépoque et dans cette région étaient les suivantes7: Légat dOrient Gouverneur de Syrie Préfet de Judée de à Grand prêtre (Judée) Marcus Titius [Hérode le Grand] -10 -8 Simon, fils de Boéthos Caius Sentius Saturninus [Hérode le Grand] -8 -6 Simon, fils de Boéthos (Tibère) Publius Quinctilius Varus [Hérode le Grand] -6 -5 Matthias, fils de Théo. (Tibère) Publius Quinctilius Varus [Hérode le Grand] -5 -3 Joazar, fils de Boéthos? (Tibère) Publius Sulpicius Quirinius [Hérode le Grand] -3 -1 Joazar, fils de Boéthos? Caius César Publius Quinctilius Varus [Archélaüs] -1 2 Éléazar, fils de Boéthos Caius César [Caius César] [Archélaüs] 2 4 Éléazar, fils de Boéthos Lucius Volusius Saturninus [Archélaüs] 4 6 Jésus, fils de Sée Publius Sulpicius Quirinius Coponius 6 9 Anne, fils de Seth Publius Sulpicius Quirinius? Marcus Ambibulus 9 12 Anne, fils de Seth Q. Caecilius Metellus Silanus Annus Rufus 12 15 Anne, fils de Seth Q. Caecilius Metellus Silanus Valerius Gratus 15 16 Ismaël, fils de Phiabi Q. Caecilius Metellus Silanus Valerius Gratus 16 17 Éléazar, fils dAnne Germanicus Caesar Cnaeus Calpurnius Piso Valerius Gratus 17 18 Simon, fils de Kamithos Germanicus Caesar Cnaeus Calpurnius Piso Valerius Gratus 18 19 Joseph Caïphe Cnaeus Sentius Saturninus Valerius Gratus 19 21 Joseph Caïphe [Lucius Aelius Lamia?] Valerius Gratus 21 26 Joseph Caïphe [Séjan] [Lucius Aelius Lamia?] Ponce Pilate 26 30 Joseph Caïphe [Séjan] [Lucius Aelius Lamia?] / Ponce Pilate 30 32 Joseph Caïphe Lucius Vitellius? Lucius Pomponius Flaccus Ponce Pilate 32 35 Joseph Caïphe Lucius Vitellius Lucius Vitellius Ponce Pilate 35 36 Joseph Caïphe Lucius Vitellius Marcellus 36 37 Joseph Caïphe Lucius Vitellius Marullus 37 39 Théophile, fils dAnne3 Marc 14:1-12.4 Antiquités juives XVIII:29; Guerre des Juifs V:99.5 Questions et réponses sur lExode I:11.6 Guerre des Juifs VI:423.7 J.P. LEMONON - Ponce PilateParis 2007 Éd. De lAtelier pp. 263-265.E. SCHÜRER - Judaea under Roman GovernorsIn: The history of the Jewish people in the age of Jesus Christ Vol. I 1987 Edinburgh Ed. Matthew Black F.B.A. pp. 357-398.
    • 66 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE En théorie, la législation romaine est assez simple puisquelle sappuie sur ces deux grands principes: 1) le gouverneur dune province impériale reçoit pleine autorité sous la forme dun imperium que lempereur lui délègue (en en fixant les limites), ce qui lui permet de le représenter dans sa province; et 2) le Sénat romain accepte la législation des peuples conquis (pour des raisons pragmatiques de manque de personnels), mais se réserve la juridiction criminelle. En pratique, évidemment, les rapports administratifs et juridiques entre les différentes autorités se compliquent pour les raisons suivantes:  Les gouverneurs des petites provinces (comme la Judée) sont principalement désignés, jusquà Claude, par le titre de préfet plutôt que par le titre de procurateur. En fait, ils cumulaient les deux charges, celle de préfet représentant un pouvoir administratif par lexercice dune juridiction civile et criminelle, et celle de procurateur représentant les intérêts financiers et fiscaux de lempereur. Pilate était donc un procurateur-préfet.  Les gouverneurs navaient officiellement de comptes à rendre quà lempereur, mais deux situations faisaient exception. Pour des raisons stratégiques, dans une grande région comme celle dOrient, lempereur pouvait nommer un légat spécial en le munissant dun imperium particulier associé à des instructions écrites (mandata). Dans cette situation, les gouverneurs de Syrie et de Judée devaient coopérer avec ce légat impérial en Orient8 (linterprétation des instructions de lempereur pouvait cependant engendrer des conflits)9. Lucius Vitellius, en tant que légat dOrient10, a pu révoquer Pilate11. Une deuxième situation pouvait faire exception, celle de la vacance du pouvoir. Tibère, par exemple, se retira (en 27) dans lîle de Capri et laissa la gestion des affaires à Séjan, préfet du prétoire12 qui était ainsi pratiquement corégent13. En 33 de notre ère, Pilate pouvait donc être interpellé soit par Vitellius, légat dOrient, soit par Macron, nouveau préfet du prétoire (Séjan ayant été exécuté pour trahison le 18 octobre 31).  Une province était normalement dirigée par un gouverneur, mais lempereur pouvait nommer un gouverneur tout en lui demandant de rester à Rome ou bien en lenvoyant tout en conservant lancien (avec vraisemblablement une mission différente)14.  Les proconsuls étaient théoriquement des collègues de lempereur et pouvaient, à ce titre, intervenir auprès des gouverneurs, notamment en cas de problèmes juridiques15. 8 TACITE -Annales XV:25. 9 Comme celui entre Germanicus Caesar, Cnaeus Calpurnius Piso et Valerius Gratus, voir TACITE -Annales II:43. 10 TACITE -Annales VI:32. 11 Antiquités juives XVIII:88-89. 12 Y. PERRIN, T. BAUZOU – De la Cité à lEmpire : histoire de Rome Paris 2004 Éd. Ellipses p. 295. 13 VELLEIUS PATERCULUS –Histoire romaine II:127. 14 TACITE -Annales I:80; VI:27. 15 F. HURLET – Le proconsul et le prince dAuguste à Dioclétien Paris 2006 Éd. Ausonius pp. 309-314.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 67 Le cas le plus complexe étaitcelui de la Judée puisque deuxjuridictions très différentes sechevauchaient: celle du préfet etcelle du grand prêtre. La situation dela région était la suivante (en 33): Pomponius Flaccus, gouverneur de Syrie, résidait à Antioche et disposait de 4 légions (de 5000 à 6000 soldats chacune)16. Les villes dAzot, Jamnia et Phasaëlis , attribuées par Hérode à Salomé sa sœur17, avaient été rattachées ensuite à la province de Syrie. Hérode Philippe, tétrarque de Batanée, de Trachonitide, dAuranitide, de Gaulanitide et dIturée résidait à Césarée de Philippe et disposait dune troupe de soldats utilisés comme policiers ou douaniers. Ces soldats pouvaient être réquisitionnés par les gouverneurs en cas de guerre et intégrés comme troupe auxiliaire à côté des légions (au moins jusquen 47 de notre ère, puisquaprès cette date les Juifs en sont exemptés)18. Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée, résidait à Tibériade. Comme Hérode Philippe, il disposait lui aussi dune troupe de soldats (juifs) quil a utilisée, par exemple, comme escorte lors de son voyage à Jérusalem19. Pilate, préfet de Judée, résidait habituellement à Césarée et disposait de 5 cohortes (de 500 à 600 soldats chacune) et dun escadron de cavalerie20 pour faire régner lordre dans sa province. Ces soldats étaient soit des Romains, soit des Samaritains recrutés à Sébasté21. Le texte des Actes22 mentionne vraisemblablement la Secunda Italica Civium Romanorum ainsi que la Prima Augusta qui stationnait à Jérusalem.16 Légions: VI Ferrata, X Fretensis, III Gallica, XII Fulminata (après 18).17 Antiquités juives XVII:189.18 Antiquités juives XIV:202-204.19 Luc 23:7-11.20 Antiquités juives XIX:365. Escadron de cavalerie nommé Ala I Gemina Sebastenorum.21 Guerre des Juifs II:52.22 Actes 10:1; 21:31-32; 27:1.
    • 68 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE  Caïphe, grand prêtre, résidait à Jérusalem et disposait dune police du Temple dirigée par des capitaines23 et dune troupe de soldats24 (juifs) utilisés comme policiers pour les affaires criminelles ou comme douaniers pour les affaires fiscales. Les gardiens du Temple étaient sous la direction dun capitaine25. Le terme grec stratègos "capitaine" est la traduction du terme hébreu sagan apparaissant dans lAncien Testament26.  Anne, ancien grand prêtre, résidait à Jérusalem et faisait partie du Sanhédrin en tant que grand prêtre honoraire. Il a probablement rencontré Jésus lorsque celui-ci, âgé de 12 ans, était monté au Temple pour célébrer la Pâque27. La coexistence de plusieurs grands prêtres28 était anormalement fréquente au 1er siècle29 (de 6 à 66). Lorsque ces personnages se retrouvent à Jérusalem pour la célébration de la Pâque, ils sont tous sous lautorité de Pilate, Hérode Antipas, par exemple, nétant plus quune personne privée. Les Juifs restent toutefois sous lautorité morale du grand prêtre, y compris ceux de la diaspora. La situation la plus complexe (qui a fait couler beaucoup dencre) était celle dune infraction religieuse, car le droit criminel romain était peu explicite30 dans ce domaine. Ce cas particulier dun crime religieux engendre deux questions: Le Sanhédrin était-il habilité par Rome à condamner à la peine capitale, et avait- t-il le droit de lexécuter? Brown, après avoir examiné dans le détail cette question complexe, aboutit à cette conclusion: Les Romains autorisèrent les Juifs à condamner à mort dans certains cas évidents dinfractions religieuses, par exemple la violation des interdits concernant la circulation dans certaines zones du Temple et peut-être ladultère. Au-delà de cette sphère religieuse déterminée, les autorités juives étaient supposées transmettre les affaires aux Romains, qui décidaient de prononcer et dexécuter ou non une sentence de mort31. Sur quels éléments repose cette conclusion? LE DROIT CRIMINEL EN JUDEE DANS LES ANNEES 30 Lorsque Archélaüs, ethnarque de Judée, fut destitué par Quirinius (en 6), sa province passa sous lautorité de Coponius, premier préfet de Judée, qui reçut les pleins pouvoirs (imperium) y compris la juridiction capitale32. Sous le royaume hérodien, le Sanhédrin possédait aussi ce droit à la peine de mort33, et cette juridiction religieuse était 23 Luc 22:4; Actes 5:21-26. 24 Luc 3:14. 25 Guerre des Juifs VI:294; Antiquités juives XX:131, 208. 26 Esdras 9:2; Néhémie 2:16. 27 Luc 2:41-46. 28 Nombres 35:25. 29 Guerre des Juifs II:243. 30 A lexception de la loi sur les cultes illicites (superstitio illicita), mais la religion juive était reconnue par Rome comme licite. 31 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ. Paris 1994 Éd. Bayard p. 426. 32 Guerre des Juifs II:117, 167; Antiquités juives XVIII:1-2. 33 Antiquités juives XIV:177; XV:173.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 69une particularité des royaumes juifs34. Cette exception fut entérinée par Rome35, comme lerappellent Flavius Josèphe et Philon, auteurs juifs du 1er siècle. Ils précisent aussi que cettejuridiction religieuse spéciale était perçue comme un privilège36. Selon le Talmud de Jérusalem: On enseigne: 40 ans avant la ruine du Temple, on enleva[aux Juifs] les jugements de peine capitale. Du temps de Shiméon ben Shetah on leur enleva les jugementsen matière pécuniaire (Sanhédrin 18a)37. Ces deux événements importants se sont déroulés sousla juridiction romaine38: le premier en 30 puisque le Temple a été détruit en 70, et le seconden -65, au tout début de ladministration romaine de Syrie39, car Shiméon ben Shetah,maître à lépoque du second Temple, enseigna sous les règnes dAlexandre Jannée (103-76)et de Salomé Alexandra (76-67), ce qui situe donc la fin de lindépendance pécuniaire desJuifs vers -65. Le Talmud ne donne pas la raison de la disparition de la peine capitale quiavait été accordée jusqualors au Sanhédrin et nindique pas non plus si cela concernait tousles crimes civils (meurtres, adultères, infanticide, etc.) et religieux (sacrilège, blasphème,etc.), ou seulement les crimes civils. La perte du droit à la peine capitale par le Sanhédrin en 30 est donc située sous lalégation de Pilate (26-36). Plusieurs indices suggèrent que cet incident est lié à lattaque deJésus contre les changeurs du Temple40, au début de son ministère41 en 30, car la famillepossédante dAnne était corrompue, et lintervention de Jésus a révélé un scandale qui a dûpousser Pilate à restreindre les pouvoirs judiciaires du Sanhédrin. Le Talmud de Babylone42critique les prêtres de la maison dAnne [Hanin] à cause de leurs conspirations et rapporteque les éventaires de produits des fils dAnne [Hanan] (qui étaient sur le mont des Oliviers)furent détruits vers 67 parce que leurs propriétaires ne payaient pas la dîme — ils étaientpeut-être impliqués dans la hausse excessive du prix de tout ce qui était nécessaire ausacrifice du Temple. Flavius Josèphe relate: Quand Albinus fut arrivé à Jérusalem, il mit tout sonzèle et toute sa diligence à pacifier le pays en faisant périr la plupart des sicaires. Mais de jour en jour legrand pontife Ananias [fils dAnne] croissait en réputation et obtenait de façon éclatante laffection etlestime de ses concitoyens: en effet, il savait donner de largent et il essayait quotidiennement de faire sa courpar des présents à Albinus et au grand pontife. Il avait des serviteurs très pervers qui sadjoignaient les34 Contre Apion II:184-188.35 Le pouvoir judiciaire du grand-prêtre est entériné par Rome dès -142 (1Maccabées 15:16-21).36 Antiquités juives XVI:174; Legatio ad Caium 307-308.37 J. BONSIRVEN - Textes rabbiniques des deux premiers sièclesRoma 1985 Ed. Pontifico Istituto Biblico p. 503.38 J.P. LEMONON - Ponce PilateParis 2007 Éd. De lAtelier pp. 76-81.39 Qui débuta avec le proquesteur propréteur Marcus Aemilius Scaurus (65-62).40 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ.Paris 1994 Éd. Bayard pp. 403, 467.41 Jean 2:13-17.42 Pesahim 57a; Baba Mesia 88a; Tosephta Menahot 13:21-22.
    • 70 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE hommes les plus audacieux pour fondre sur les aires et prendre de force la dîme des prêtres, non sans frapper ceux qui ne la leur cédaient pas43. De plus, le Talmud de Babylone44 établit un lien entre lexpulsion du Sanhédrin, 40 ans avant la destruction du Temple (en 70), et les malversations de la famille dAnne. Ces faits, même dépeints à travers les préjugés pharisiens, expliquent lenchaînement logique: 1) Jésus dévoile au grand jour une extorsion financière orchestrée par Anne, ancien grand prêtre; 2) la révélation de ce scandale pousse Pilate à intervenir pour calmer les Juifs spoliés en plaçant les pouvoirs judiciaires du Sanhédrin sous son contrôle; 3) suite à cet incident, Anne a vraisemblablement dû garder rancune contre Jésus; 4) Pilate, dans un souci dapaisement, instaure peut-être à cette époque la coutume de libérer un prisonnier pour la Pâque. Si Pilate, à partir de 30 de notre ère, contrôle la juridiction criminelle civile (notamment les exécutions), il laisse toutefois la juridiction religieuse sous la responsabilité du Sanhédrin pour deux raisons: les Romains navaient aucune compétence juridique pour apprécier les crimes religieux juifs, comme le sacrilège ou le blasphème, et il nétait pas nécessaire de supprimer de telles prérogatives, car cela aurait inutilement irrité les Juifs et peut-être déclenché une révolte. La compétence du Sanhédrin45 correspondait à celle dune Cour suprême religieuse et sétendait par conséquent sur lensemble des Juifs46, soit bien au-delà de la Judée (après la destruction de Jérusalem en 70, le Sanhédrin a cessé dexister sous sa forme antérieure). Les crimes religieux faisant encourir la peine capitale étaient peu nombreux, essentiellement le blasphème et le sacrilège. Le blasphème consistait à maudire Dieu en le nommant, crime codifié dans la loi de Moïse; le coupable devait être lapidé à mort à lextérieur du camp47. Cette procédure fut, par exemple, injustement appliquée pour exécuter Naboth48. Le sacrilège consistait dans la profanation des ustensiles du Temple49. Par exemple, dans la citation dune lettre dAgrippa Ier (41-44) à Caius, Philon explique que lentrée dans le Saint des Saints par un Juif, fut-il prêtre ou même grand prêtre lorsquil ny est pas expressément autorisé, constitue un crime passible dune mort sans appel50. Flavius Josèphe51 rapporte quun soldat romain (vers 50) qui avait déchiré et jeté au feu la Sainte Loi avait été 43 Antiquités juives XX:204-207. 44 Sanhédrin 41a; Sabbat 15a; Aboda Zara 8b, Tosephta Menahot 13:21-22. 45 E. SCHÜRER - The Great Sanhedrin in Jerusalem in: The history of the Jewish people in the age of Jesus Christ Vol. II 1986 Edinburgh Ed. Matthew Black F.B.A. pp. 199-226. J. MASSONNET - Sanhédrin In: Dictionnaire de la Bible, Supplément Paris 1991 Ed. Letouzey & Ané pp. 1357-1413. 46 Actes 9:2: 22:5: 26:12. 47 Lévitique 24:14-16. 48 1Rois 21:13,14. 49 Nombres 4:15. 50 Legatio ad Caium 306-307. 51 Guerre des Juifs II:229-231.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 71condamné à mort sur la demande des Juifs par le procurateur Cumanus à cause de cetteprofanation. Flavius Josèphe52 met ces paroles dans la bouche de Titus: Nest-ce pas vous[Juifs] qui avez intercalé des stèles gravées en caractères grecs et latins, proclamant que personne ne doitfranchir ce parapet [du Temple]? Ne vous avons-nous pas permis de mettre à mort ceux qui le franchissent,fussent-ils Romains?. Le texte de Josèphe mentionne là un droit exceptionnel à la peinecapitale et non un droit au lynchage comme certains le prétendent, car les Juifs étaientextrêmement légalistes. Les textes évangéliques confirment ce point. Durant loccupation romaine, le Sanhédrin avait légalement le droit de mettre àmort pour un crime religieux: Jai persécuté à mort cette Voie, chargeant de chaînes et jetant en prisonhommes et femmes, comme le grand prêtre men est témoin, ainsi que tout le collège des anciens. Javaismême reçu deux des lettres pour les frères de Damas (...) Pour moi donc, javais estimé devoir employer tousles moyens pour combattre le nom de Jésus le Nazaréen. Et cest ce que jai fait à Jérusalem; jai moi-mêmejeté en prison un grand nombre de saints, ayant reçu ce pouvoir des grands prêtres, et quand on les mettait àmort, japportais mon suffrage53. Le Sanhédrin pouvait donc non seulement condamner à mortpour un crime religieux, mais aussi exécuter la sentence comme cela ressort du dialogueentre Pilate et le Sanhédrin au moment du procès de Jésus: Pilate sortit donc au-dehors, vers eux,et il dit: Quelle accusation portez-vous contre cet homme? Ils lui répondirent: Si ce nétait pas un malfaiteur,nous ne te laurions pas livré. Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre Loi [Pilateconsidère donc quil sagit dun crime religieux et rappelle aux Juifs quils peuvent le condamner sans lui]Les Juifs lui dirent: Il ne nous est pas permis de mettre quelquun à mort [Pilate navait nul besoin que desJuifs lui expliquent la loi, mais par cette remarque il comprend quil sagit dun crime civil qui est parconséquent sous sa juridiction] Lorsquils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant:Crucifie-le! Crucifie-le! Pilate leur dit: Prenez-le, vous, et crucifiez-le; car moi, je ne trouve pas en lui demotif de condamnation [Pilate refuse de nouveau le classement du crime dans le registre civil comme les Juifsle souhaitent, mais, sagissant dun crime religieux, il considère que cest à eux de le juger et de lexécuter.Cela prouve que Pilate leur reconnaît le droit de mettre à mort pour ce type de crime]. Les Juifs luirépliquèrent: Nous avons une Loi et daprès cette Loi il doit mourir, parce quil sest fait fils de Dieu [LesJuifs reconnaissent enfin quil sagit effectivement dun crime religieux, mais en lui dévoilant la natureextraordinaire du "délit", ils jouent sur le côté superstitieux du Romain et font aussi référence à la loiromaine sur les cultes illicites qui avait permis, par exemple, de mettre à mort Socrate]. Lorsque Pilateentendit cette parole, il fut encore plus effrayé54. Les Juifs ont dailleurs essayé à diverses reprisesdutiliser la loi romaine sur les cultes illicites (supertitio illicita) pour faire condamner à mort52 Guerre des Juifs VI:125-126; Antiquités juives XV:41753 Actes 22:4-5; 26:9-10.54 Jean 18:29-31; 19:6-8.
    • 72 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE les Judéo-chrétiens55: Alors que Gallion était proconsul dAchaïe, les Juifs se soulevèrent dun commun accord contre Paul et lamenèrent devant le tribunal en disant: Cet individu cherche à persuader les gens dune manière contraire à la loi [culte illicite]. Paul allait ouvrir la bouche, quand Gallion dit aux Juifs: Sil était question de quelque délit ou méfait [crime civil], jaccueillerais, Juifs, votre plainte, comme de raison. Mais puisquil sagit de contestations sur des mots et des noms de votre propre loi [crime religieux] à vous de voir! Être juge, moi, en ces matières je my refuse. Les motifs pour mettre légalement à mort Jésus, ou les premiers Judéo-chrétiens, étaient en nombre limité et se trouvent résumés par: Paul se défendait: Je nai, disait-il, commis aucune faute contre la Loi des Juifs [crime de blasphème], ni contre le Temple [crime de profanation], ni contre César [crime de lèse-majesté]56. Cette charge de crimen laesae majestis a été invoquée contre Jésus mais Pilate avait dabord considéré quelle était inappropriée57. La loi intitulée Lex Julia majestis, promulguée en -48, considérait comme crime toute activité contre la souveraineté de Rome. Le crime de blasphème est encore plus subtil. En toute rigueur le blasphème consistait à "injurier Dieu en le nommant", selon Lévitique 24:16, ce qui était très rare. En effet, le nom de Dieu [YHWH]58 était encore connu à cette époque, puisque Flavius Josèphe écrit: Le grand prêtre avait la tête couverte dune tiare de lin fin bordée dun liseré violet, et entourée dune autre couronne, en or, qui portait en relief les lettres sacrées [YHWH]: ce sont quatre voyelles [IOUA]59. Ce nom était toutefois peu prononcé. Philon, philosophe juif du 1er siècle (-15, 50), précise dans son livre sur la vie de Moïse: Il y avait aussi une plaque dor travaillée en forme de couronne et portant les quatre caractères gravés [YHWH] dun nom que seuls avaient le droit dentendre et de prononcer dans les lieux saints ceux dont loreille et la langue avaient été purifiées par la sagesse, et personne dautre et absolument nulle part ailleurs (...) Sur le turban se trouve la plaque dor, sur laquelle sont imprimées les gravures des quatre lettres qui forment, est-il dit, le nom de Celui qui est, vu que sans linvocation de Dieu rien de ce qui existe ne peut tenir debout60. La prononciation du nom de Dieu fut licite jusquau milieu du 2e siècle de notre ère; après cette date, le rabbin Abba Shaül61 spécifiera (vers 130-160) que celui qui "prononce le Nom selon ses lettres" naurait pas part au monde à venir. Lexpression "prononcer le Nom selon ses lettres" signifie prononcer le Nom comme il sécrit ou selon le son de ses lettres, ce qui est différent dépeler le nom selon ses lettres. En effet, il était autorisé dépeler le nom YHWH selon ses lettres (puisque le Talmud lui-même le fait), cest-à-dire 55 Actes 18:14-16; 23:27-30; 25:15-20. 56 Actes 25:8. 57 Luc 23:13,14. 58 Ce nom de 4 lettres YHWH est appelé le Tétragramme. 59 Guerre des Juifs V:235. 60 De vita Mosis, II, 114-132. 61 Sanhédrin 101a; 10:1.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 73en hébreu Yod, He, Waw, He; par contre, il était interdit de le prononcer selon ces mêmeslettres. Le nom hébreu YHWDH, par exemple, se prononce IOUDA (Juda) selon seslettres et sépelle: Y, H, W, D, H; de même, le nom YHWH se prononce IOUA62 et sépelleY, H, W, H. En fait, les Juifs décomposaient le blasphème biblique "injurier Dieu en lenommant" en deux parties: 1) "injurier Dieu" par des paroles blasphématoires (apostasie),puis 2) "nommer Dieu". Pour éviter que les témoins dun blasphème dans ce type deprocès ne deviennent eux-mêmes des blasphémateurs en rapportant les paroles injurieusesou blasphématoires et en utilisant le nom de Dieu, ils devaient le remplacer par uneexpression convenue davance comme "Yosé frappe Yosé" (Yosé étant un nom de 4 lettresremplaçant le nom de Dieu)63. Le procès dÉtienne en est une bonne illustration. La procédure suivie pour le procès dÉtienne, décrite dans le chapitre 6 du livre desActes, est similaire à celle du procès de Jésus. Tout dabord, Étienne est accusé de "parolesblasphématoires". Il est donc conduit devant le Sanhédrin pour être jugé (Actes 6:11-12).Les "paroles blasphématoires" sont en fait de lapostasie (Actes 6:14), ce qui est le prétextehabituellement retenu contre un blasphémateur potentiel (Actes 21:21). Il sagit bien dunprocès officiel et non dun lynchage organisé, car Paul était présent à ce procès (Actes 7:58-8:1) en tant que "commissaire" du Sanhédrin (Actes 26:9-10). Étienne, sil était condamnécomme apostat, risquait soit la prison (Actes 8:3), soit la flagellation (Actes 22:19-20 ) soitlexcommunication (Jean 12:42), mais pas la peine capitale. Pour réfuter laccusationdapostasie qui pesait sur lui, Étienne va rappeler quil adhérait toujours aux enseignementsde la foi juive en citant, entre autres, le célèbre épisode du buisson ardent qui contient larévélation du Nom (Actes 7:30-33), ce qui la amené à utiliser plusieurs fois le nom de Dieu(Actes 7:31, 33, 49). Le fait dutiliser le nom divin nétait pas répréhensible en soi, maislutiliser dans un procès pour blasphème avant le verdict final transformait laccusation de"paroles blasphématoires" en "blasphème", selon le Talmud (Sanhédrin 7:5), ce qui entraînaitautomatiquement une exécution par lapidation, et cest ce qui se produisit effectivement(Actes 7:58). Certains ont cru quÉtienne avait blasphémé lorsquil a mentionné le "Fils delhomme debout à la droite de Dieu" (Actes 7:56), mais cela ne correspond pas à ladéfinition juive du blasphème. De plus, linterdiction de citer Jésus existait déjà (Actes 4:18;5:28), mais la peine encourue dans ce cas était uniquement la flagellation (Actes 5:40) et pas62 Ce nom a été utilisé par plusieurs hébraïsants dans leur traduction latine de la Bible: Agostino Giustiniani en 1516, Sébastien Casteillonen 1551, Augustin Crampon en 1856, etc. Cette forme Ioua avait linconvénient dêtre proche du nom latin Ioue (Jupiter), ce qui pouvaitentraîner des confusions. Ainsi lhistorien latin Valerius Maximus écrivait que le préteur Cornelius Hispalus avait expulsé (en -139) desJuifs qui avaient essayé de corrompre des Romains par un culte à Sabazi [Sabaoth] Iouei. Le célèbre Augustin dHippone (354-430)croyait lui aussi que les Juifs avaient adoré le dieu Ioue dans le passé (De consensu evangelistarum). Philon de Byblos, lorsquil a traduit engrec son Histoire phénicienne (au début de notre ère), a transcrit Iéüô le nom de Dieu. Joachim de Flore (en 1195) utilisait la forme Ieue(Expositio in Apocalypsim), mais lérudit polyglotte Nicolas de Cues (en 1445) argumentait pour Ieoua (sermo XLVIII dies sanctificatus).63 Sanhédrin 7:5.
    • 74 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE la mort. Cette sanction a été souvent appliquée (Actes 22:19) sur les chrétiens dorigine juive (mais pas sur les autres chrétiens considérés comme païens par le Sanhédrin). On a cru aussi que la lapidation dÉtienne avait été un lynchage (voir Luc 4:29) parce que les témoins hurlent et se mettent les mains sur les oreilles avant de le lapider (Actes 7:58). Cest oublier que les membres du Sanhédrin, et plus particulièrement Paul qui se voulait irréprochable (Philippiens 3:6), étaient tous des légalistes et nauraient pas permis une telle infraction. Le procès sest dailleurs terminé par la déposition des vêtements déchirés des témoins aux pieds de Paul (Actes 7:58), ce qui indique que les témoins avaient validé la condamnation du blasphème en déchirant leurs vêtements comme lexigeait la tradition (Isaïe 36:22). Le fait que les témoins étaient en colère lors du procès prouve seulement quils étaient violents (Actes 8:3) et quils avaient été fortement contrariés par les paroles piquantes dÉtienne (Actes 7:51-54). Au 1er siècle, la colère nest pas illégale (Éphésiens 4:26), mais seulement déconseillée (Jacques 1:19,20). La définition des crimes religieux nécessitait une interprétation de la Torah qui empêchait les Romains dy prendre part. Ils considéraient tout cela comme une simple querelle sur des mots et des noms (Actes 18:15). Pour contourner cette difficulté, les Juifs ont donc transformé les accusations de blasphème ou dapostasie, non recevables par la loi romaine, en accusation dintroduction dun culte illicite (Actes 16:21; 17:18; 18:13), la seule loi romaine à traiter du crime religieux. Pour résumer quelques cas de figure: Cas Crime: Peine encourue: Autorité concernée: 1 Meurtre dun romain. Peine capitale. Gouverneur 2 Crime commis par un Juif: homosexualité, Peine capitale. Sanhédrin pour le jugement bestialité, idolâtrie, sorcellerie, etc. mais, après 30, gouverneur pour (Sanhédrin 7:4). lexécution. 3 Meurtre dun Juif par un Romain. Peine capitale. Gouverneur 4 Religion illicite dun Romain. Bannissement ou peine capitale. Gouverneur 5 Sédition contre les autorités romaines. Peine capitale. Gouverneur 6 Sédition contre les autorités juives. Flagellation et excommunication Sanhédrin 7 Profanation du Temple. Peine capitale. Sanhédrin 8 Paroles blasphématoires (apostasie). Flagellation et excommunication Sanhédrin 9 Blasphème. Peine capitale. Sanhédrin Il est évident que le crime de sédition, comme le blasphème ou lapostasie, ouvrait une large place à linterprétation64. Tout désordre pouvait en effet être perçu comme une révolte (Actes 19:40). Lorsquun Juif était en plus citoyen romain, lapplication de la loi devenait un véritable casse-tête car il fallait définir sous quelle juridiction (juive ou romaine) laffaire devait être jugée, et cela en fonction du délit qui était lui-même soumis à 64A.Y. COLLINS - The Charge of Blasphemy in Mark 14.64 in: Journal for the Study of the New Testament 26:4 (2004) pp. 381-401.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 75linterprétation du magistrat. Sous ce rapport, le cas de Paul est édifiant. Dabord accusédapostasie par les Juifs (Actes 21:21, cas 8), puis de profanation du Temple (Actes 21:28, cas7) interprétée comme une sédition contre les autorités romaines (Actes 21:38, cas 5), et denouveau dapostasie (Actes 22:22-25, cas 8). Comprenant quil était condamné davance dansun procès devant le Sanhédrin, Paul invoque sa citoyenneté romaine pour être jugé par legouverneur (Actes 22:26-29) ,ce qui posait problème car le motif religieux retenu navaitplus aucune valeur sous la juridiction romaine (Actes 23:28-30). Pour sortir de cet imbrogliojuridique, Paul en appelle à César comme il en avait le droit (Actes 25:11,12), sachant que sacondamnation devenait impossible (Actes 25:27; 26:32). ANALYSE JURIDIQUE DU PROCES DE JESUS Le procès de Jésus, bien que très documenté par les quatre évangélistes, est souventprésenté comme contradictoire, voire illicite ou impossible, par les commentateursmodernes. La reconstitution chronologique des événements permet cependant denconstater la cohérence et la vraisemblance. Lélément déclencheur est situé le lundi 10 Nisan 33 quand Jésus renverse les tablesdes marchands du Temple en dénonçant leur corruption, ce qui déclenche une soifinsatiable de vengeance de la part des grands prêtres65. Le lendemain, Jésus dénonce aussilavidité mercantile des scribes qui sassocient alors aux grands prêtres pour trouver unmoyen de le tuer66 (toutefois, ils souhaitent le faire en dehors de la fête de Pâque, qui étaitproche, à cause de la popularité de Jésus). Il est possible que Judas Iscariote se soit sentivisé par ces attaques, car il était lui-même corrompu67, ce qui expliquerait sa traîtriseultérieure (Judas nenvisageait sans doute quun procès pour rébellion contre le Temple). Le Sanhédrin voulait éviter une arrestation pendant la Pâque à cause dun éventueltumulte, mais la collaboration inattendue de Judas a dû accélérer leur projet: Or Judas, qui letrahissait, connaissait aussi lendroit, car Jésus sy était souvent trouvé en compagnie de ses disciples. Judasdonc ayant pris la troupe et des gardes des grands prêtres et des pharisiens, vint là avec lanternes, torches etarmes (...) Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre (...) la troupe et letribun et les gardes des Juifs se saisirent de Jésus et le lièrent. Et ils le conduisirent dabord chez Anne; caril était beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là68 (Pirot Clamer). Judas na dirigé latroupe de soldats quen tant que guide ou éclaireur, car il y avait un tribun militaire(chiliarque littéralement "chef de 1000") à leur tête. Ce tribun était vraisemblablement juif65 Marc 11:15-18.66 Marc 12:38-40; 14:1-2.67 Jean 12:6.68 Jean 18:2-13.
    • 76 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE plutôt que romain. En effet, sil avait été romain, les grands prêtres auraient dû demander lautorisation au préfet pour diriger cette opération de police. Or, Pilate ignorait lexistence de Jésus à ce moment, comme le prouvent ses questions du lendemain matin et son refus initial de soccuper de cette affaire69. Le tribun et la troupe ont donc vraisemblablement été mis à la disposition du Sanhédrin par le roi Hérode Antipas (les termes militaires utilisés pour désigner les soldats sont les mêmes, quils soient juifs ou romains)70. Le nombre de soldats pour arrêter Jésus semble élevé (entre 500 et 600), mais les autorités juives craignaient sans doute de rencontrer une vive opposition des partisans de Jésus estimés à 120 personnes à cette époque71. Pierre, juif pieux, disposait paradoxalement dune épée, ce qui était considéré comme légitime à cause du brigandage72 (principe dautodéfense). La présence de lépée était en fait destinée à illustrer le principe de neutralité chrétienne dans les luttes armées et non le principe dautodéfense73. Ce refus dutiliser les armes permettra à Jésus de réfuter laccusation ultérieure de sédition. Jésus est dabord conduit chez Anne pour un interrogatoire sur son enseignement. Cette première audition étant infructueuse, Jésus est ensuite conduit chez Caïphe pour un interrogatoire officiel. Laccusation initiale concerne une éventuelle profanation du Temple (qui est passible de la peine capitale), mais les témoins cités se contredisent. Caïphe propose ensuite une nouvelle accusation sur les propos blasphématoires74 de "Christ, Fils de Dieu". Jésus avait déjà réfuté cette accusation de "Fils de Dieu" que les Juifs considéraient comme blasphématoire75. Si elle était validée, il risquait cette fois lexcommunication76. En fait, Caïphe voulait à tout prix prononcer la peine de mort et sattendait à ce que Jésus utilise le nom de Dieu dans sa défense, ce qui aurait transformé les "paroles injurieuses ou blasphématoires" en "blasphème" (crime passible de mort par lapidation). Conformément à la procédure juive77, Caïphe a employé des substituts peu usités du nom divin comme: "le Béni" ou "le Dieu vivant", pour éviter dêtre lui-même un complice du blasphème. La suite du procès pourrait laisser croire que le piège du grand prêtre a fonctionné: Jésus lui dit: Tu las dit. Seulement je vous le dis, à partir de maintenant, vous78 reverrez le Fils de lhomme assis à la droite de la Toute-Puissance et venant sur les nuées du ciel! Alors le grand prêtre déchira 69 Luc 23:3-7; Jean 18:29. 70 Antiquités juives XVII:215. 71 Actes 1:15. 72 Antiquités juives XVIII:319-323. 73 Luc 22:35-38; Matthieu 26:52. 74 Matthieu 26:59-63. 75 Jean 10:31-36. 76 Jean 9:22. 77 Sanhédrin 7:5. 78 Le "vous" désigne les membres du Sanhédrin qui reverront Jésus au ciel. Un être céleste nétant pas visible, le texte vise une perception et non une vision littérale. En fait, les membres du Sanhédrin ont perçu Jésus au ciel à la Pentecôte puisquà partir de ce moment les disciples vont leur expliquer quils voyaient effectivement Jésus à la droite de Dieu (Actes 7:56).
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 77ses vêtements et dit: Il a blasphémé! Que vous en semble? Ils répondirent: Il mérite la mort!79. En fait, lepiège a échoué car si Jésus a reconnu indirectement être le Fils de Dieu, il na utilisé quunsubstitut du nom de Dieu (la Toute-Puissance). Légalement, il pouvait avoir "blasphémé"contre les hommes en affirmant sa filiation divine, mais il navait pas "blasphémé contreDieu". Cette interprétation du blasphème était délicate, comme cela ressort de lexplicationde Philon80: La loi suivante fut promulguée: celui qui maudira Dieu, quil porte le poids de son péché.Celui qui prononcera le nom du Seigneur, quil meure (...) pour quaucun des disciples de Moïse neshabitue à traiter à la légère, dune façon générale, le nom de Dieu. Car cette appellation est digne du plusgrand respect et du plus grand amour. Et si quelquun, je ne dis pas blasphème le Seigneur des hommes etdes dieux, mais ose prononcer son nom hors de propos, quil subisse comme peine la mort (...) Et après cela,nous jugerions dignes de pardon ceux qui par le fait dune langue négligente, prononcent hors de raison ettraitent comme mot superflu le nom le plus saint, le nom divin?. Par contre, le piège tendu à Jésusfonctionnera avec Étienne et dautres Judéo-chrétiens que Paul forcera à blasphémer, selonActes 26:10,11. Le dernier cas connu est celui de Jacques, le frère de Jésus, lapidé en 62(Antiquités juives XX:200). En déchirant ses vêtements, le grand prêtre81 voulait forcer lejugement de blasphème, mais sa question "Que vous en semble?" trahit son manque deconviction. Dans le procès dÉtienne, le texte des Actes précise que les témoins avaientdéchiré leurs vêtements, validant ainsi laccusation de blasphème, alors que les membres duSanhédrin se sont contentés de répondre "Il mérite la mort" et non "Il doit être lapidé" (cequi était la condamnation habituelle pour ce genre de crime). Jésus ne sera donc pas lapidé.Le compte-rendu du procès dans le Talmud, bien que partial, éclaire cette accusationmanquée. Selon le Talmud82: Quarante jours auparavant [la condamnation était donc préméditée], lehéraut avait crié: il sen va à la lapidation parce quil a pratiqué la sorcellerie et quil a égaré Israël [Jésus aété condamné comme apostat et aurait dû être lapidé sil avait été blasphémateur]: si quelquun a à parleren sa faveur, quil vienne et le dise. Mais comme on ne présenta rien en sa faveur, il fut pendu à la veille dePâque [Jésus fut effectivement condamné le 14 Nisan vers 3 heures et exécuté à 12 heures, peu avant lesacrifice de Pâque, appelé offrande de paix, débutant à 15 heures]. Ulla objecta: Penses-tu quon pouvaitparler en sa faveur? Nétait-il pas un de ces séducteurs que lÉcriture (Dt 13:9) ordonne de ne pas épargner? Pour Jésus, cétait tout autre parce quil avait des relations avec lempire [cest Pilate qui officiellementcondamna Jésus, ce qui pouvait laisser croire à une sédition contre lempire romain]. Nos maîtres enseignent:Jésus avait 5 disciples: Matthay, Nakay, Neser, Bouni et Toda [Jésus avait en fait 12 disciples].79 Matthieu 26:64-66.80 De vita Mosis II:203-208.81 La Loi de Moïse interdisait au grand prêtre de déchirer ses vêtements (Lévitique 21:10), mais il sagissait de ses habits sacerdotaux(Lévitique 10:6) et non de ses vêtements ordinaires.82 Sanhédrin 43a.
    • 78 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Le plus controversé dans le procès de Jésus a été sa tenue durant un jour de fête, ce qui est considéré comme illégal dans le Talmud. Cette critique doit être nuancée, car la mise par écrit du Talmud na commencé quà partir de 200 de notre ère, et son contenu reflète principalement le point de vue pharisien (les sadducéens ayant disparu après la destruction du Temple, leur point de vue nest quassez rarement cité). De plus, les interdictions concernant les peines capitales tombant les jours de sabbat ou de fête étaient débattues, et les interprétations nétaient pas unanimes83. En supposant que le Talmud (Sanhédrin 4:1) ait transmis la loi telle quelle était appliquée au 1er siècle, le procès de Jésus ne la pas violée: Dans les jugements civils, celui qui a prononcé la condamnation peut ensuite gracier et inversement; dans les procès criminels celui qui a prononcé coupable, peut ensuite prononcer innocent, mais pas inversement. Les premiers se jugent le jour et peuvent se terminer la nuit; les seconds doivent se juger et se terminer de jour. Les jugements civils peuvent se terminer le même jour, soit pour gracier, soit pour condamner; les jugements criminels peuvent se terminer le même jour pour gracier, mais le lendemain, pour condamner: aussi bien on ne les juge pas la veille soit du sabbat, soit dun jour de fête. Le procès de Jésus a commencé la nuit et sest terminé le même jour pour "gracier", car il ne sera pas lapidé, et na donc pas enfreint la loi du Talmud. Le matin étant arrivé, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, en sorte de le faire mourir. Et après lavoir ligoté, ils lamenèrent et le livrèrent à Pilate le gouverneur84 (Bible de Jérusalem). Nayant pu condamner Jésus pour blasphème, les autorités juives décident de ne pas le lapider, donc de le gracier, mais, pour atteindre leur objectif initial de le mettre à mort, les grands prêtres le livrent à Pilate en le présentant comme un "roi des Juifs" pour quil tombe sous laccusation de crime de lèse majesté (se déclarer roi sans laccord de Rome entraînait la peine de mort). Un tel crime ne pouvait cependant être jugé que par le gouverneur85. De plus, ce procès ne pouvait avoir lieu que le vendredi avant 15 heures, car un décret de César Auguste86 précisait que les Juifs ne devaient pas se présenter au tribunal le jour du sabbat (samedi), ni après la 9e heure (15 heures) le jour de la Préparation (vendredi). La procédure judiciaire en Palestine au 1er siècle était sensiblement la même que celle suivie en Égypte. Philon explique dans son De specialibus legibus que les Juifs égyptiens avaient leurs propres tribunaux, avec un ethnarque juif comme principal magistrat. Ils pouvaient juger leurs coreligionnaires en matière civile et criminelle selon leur propre loi. Mais, dans les crimes contre la société au sens large, laccusé devait être traité selon les lois 83 E. MUNK, I. SALZER – La guemara: Sanhédrin. Paris 1974 Éd. C.L.K.H. pp. 162-170. 84 Matthieu 27:1-2. 85 Actes 24:1-5, 22-27. 86 Antiquités juives XVI:163.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 79romaines. Quant à lexécution, les tribunaux juifs pouvaient condamner à mort maisdevaient demander lapprobation du pouvoir romain. Sur les questions religieuses[blasphème ou sacrilège] que les Romains ne considéraient pas comme capitales, il ny avaitapparemment pas toujours de réaction romaine quand des Juifs exécutaient un autre Juif87. Jésus fut condamné par le Sanhédrin pour paroles blasphématoires (se dire "Fils deDieu" était considéré comme une apostasie) mais non pour blasphème. Il nencourait doncque lexcommunication. Mais comme les grands prêtres voulaient léliminer, il fut livré augouverneur avec un autre chef daccusation, celui dêtre "roi des Juifs" (se déclarer roi sanslaval de Rome était un crime de lèse-majesté passible de mort), ce qui constituait untournant. Alors Judas qui lavait trahi vit quil [Jésus] était condamné. Pris de remords, il rapporta les30 sicles dargent aux princes des prêtres et aux anciens, disant: Jai péché en livrant le sang innocent. Ilslui répondirent: Quest-ce que cela nous fait! Cest ton affaire. Alors, il jeta les sicles dans le sanctuaire,séloigna et alla se pendre88. Les princes ramassèrent largent et dirent: Il nest pas permis de le mettre autrésor, puisque cest le prix du sang. Après délibération, ils achetèrent le champ du potier pour sépulture desétrangers. Aussi ce champ fut-il appelé "le champ du sang" encore de nos jours. Alors saccomplit la paroledu prophète Jérémie89 qui disait: Ils ont reçu les 30 sicles, prix de celui qui a été mis à prix par les filsdIsraël, et ils les ont donnés pour le champ du potier, comme lavait prescrit le Seigneur90. Lacondamnation de Jésus était devenu inéluctable à partir du moment où il était livré augouverneur. Judas comprend alors quil a contribué à faire tuer Jésus (en hébreu "livrer lesang" signifie tuer91, et champ du sang" se comprend comme "champ du tué"). La sommede 30 sicles constituait une compensation pour de sérieuses blessures faites à un esclave92. Le 14 Nisan, au lever du jour, le Sanhédrin transfère Jésus devant Pilate. Ils menèrentdonc Jésus de chez Caïphe au prétoire; cétait le matin. Mais eux nentrèrent pas dans le prétoire, afin de nepas se souiller, mais de manger la pâque. Pilate vint donc dehors vers eux et dit: Quelle accusation portez-vous contre cet homme? Ils lui répondirent: Si ce nétait un malfaiteur nous ne laurions pas livré. Sur quoiPilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre Loi. Les Juifs lui dirent: Il ne nous est paspermis de mettre à mort. Tout ceci afin que saccomplît la parole par laquelle Jésus avait signifié de quellemort il devait mourir93. Pilate donc rentra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit: Tu es le roi des Juifs?Jésus répondit: Est-ce de toi-même que tu dis cela ou dautres te lont dit de moi? Pilate répliqua: Est-ce87 Actes 12:1-4.88 Le texte dActes 1:18 précise quaprès sêtre pendu Judas est tombé la tête en avant et creva par le milieu, et que toutes ses entrailles serépandirent. La pendaison est sous-entendue au verset 16, car il renvoie au texte de Psaumes 41:9; or lami intime de David qui la trahiest Ahitophel, qui sest effectivement pendu selon 2Samuel 17:23.89 La citation prophétique provient en fait de Zacharie 11:12-13 et de Jérémie 32:6-15. Quand il sagit dune citation mixte, ce qui est lecas ici, seul le prophète le plus connu est cité. Par exemple, la citation mixte en Marc 1:2-3 provient de Malachie 3:1 et dIsaïe 40:3.90 Matthieu 27:3-10.91 Genèse 4:10.92 Exode 21:32.93 Le texte de Matthieu 20:19 annonçait quil serait attaché à un poteau, traitement réservé aux "maudits" (Deutéronome 21:22,23).
    • 80 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE que je suis Juif moi? Ta nation et les grands prêtres tont livré à moi; quas tu fait? Jésus répondit: Mon royaume ne vient pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, mes gardes auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais maintenant ma royauté nest pas dici. Pilate lui dit: Ainsi donc tu es roi? Jésus répondit: Tu le dis; je suis né et je suis venu en ce monde pour ceci: rendre témoignage à la vérité; quiconque est ami de la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit: Quest-ce que la vérité? Ayant dit cela, il sortit de nouveau et leur dit: Quant à moi, je ne trouve contre lui aucun grief94. Les grands prêtres très légalistes, craignent que le palais du gouverneur contienne du levain95, ce qui les rendrait rituellement impurs et les empêcherait de manger la Pâque, non le repas pascal déjà consommé dans la nuit mais loffrande de paix offerte au Temple à 15 heures. Pilate, estimant que cest un crime religieux, demande au Sanhédrin de juger Jésus (il ignore donc que cela avait déjà été fait). En précisant quils ne pouvaient le mettre à mort, les grands prêtres laissent entendre quil sagit dun crime civil et, donc, uniquement du ressort du gouverneur. Pilate se concentre alors sur laccusation de "roi illégal" (Lex Iulia de maiestate), qui ne sappliquait en toute rigueur quà un citoyen romain96; mais, comme Jésus ne la confirme pas directement, il considère quune absence daveu innocente le coupable, ce qui est conforme à la loi romaine97. Alors Pilate dit aux grands prêtres et aux foules: Je ne trouve aucune culpabilité en cet homme. Mais eux insistaient avec force en disant: Il soulève le peuple par sa prédication par toute la Judée, depuis la Galilée, où il a débuté, jusquici. A ces mots, Pilate demanda si lhomme était Galiléen et, apprenant quil était de la juridiction dHérode, il le renvoya à Hérode, qui était lui-même à Jérusalem, en ces jours-là. Or Hérode, à la vue de Jésus, se réjouit fort, car depuis longtemps il désirait le voir pour ce quil avait entendu dire de lui, et il espérait le voir accomplir quelque miracle. Il lui posa de nombreuses questions, mais il ne répondit rien. Les grands prêtres étaient là, qui laccusaient avec violence. Hérode, de concert avec les soldats, le traita avec mépris et, se jouant de lui, il le revêtit dun vêtement de couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Or, Hérode et Pilate devinrent en ce jour-là amis lun de lautre, car auparavant, ils étaient ennemis98. Pilate aurait pu libérer Jésus mais se livre à un calcul diplomatique. Hérode Antipas, étant en visite privée, navait aucun pouvoir en Judée, même sur un concitoyen en dehors de sa province. Lincident relaté en Luc99 indique que Pilate avait massacré des Galiléens, ce qui avait dû fortement irriter Hérode. Pour retrouver de bonnes relations avec ce roi vassal, Pilate lui offre donc gracieusement100 deffectuer le jugement dun compatriote, ce qui plait effectivement à Hérode. Nayant obtenu aucun 94 Jean 18:28-38. 95 Actes 10:28; Exode 13:6-7. 96 En cas dinsurrection, elle pouvait aussi sappliquer à un Juif, comme le mentionne Tacite dans le cas de Simon (Histoire V:9). 97 SALLUSTE –Bellum Catalinae 52:36. 98 Luc 23:4-12. 99 Luc 13:1-2. 100 JUSTIN –Dialogue 103:4.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 81aveu, il renvoie Jésus à Pilate avec un manteau de couleur éclatant [symbole de la royauté],montrant quil considérait Jésus comme un roi fantoche. Jésus retourne donc devant Pilate. Le procès romain de Jésus reprend (autour de 9 heures du matin): Or Pilate, ayantconvoqué les grands prêtres, les chefs et le peuple, leur dit: Vous mavez amené cet homme commeperturbateur du peuple; jai instruit laffaire devant vous et je nai rien trouvé de répréhensible dans cethomme, au sujet de ce dont vous laccusez. Mais Hérode non plus; car il nous la renvoyé; cest donc que rienqui mérite la mort na été accompli par lui. Je le renverrai donc après lavoir châtié. Mais tous ensemble ilscrièrent: Fais mourir celui-ci et délivre-nous Barabbas; celui-ci, pour une sédition qui avait eu lieu dans laville et pour meurtre, avait été mis en prison. De nouveau, Pilate leur adressa la parole, dans le dessein derelâcher Jésus. Mais ils lui crièrent: Crucifie-le! Crucifie-le!101. Le cas de Barabbas prouve que Pilateétait le seul responsable de la peine capitale pour les crimes civils commis par des Juifs. Lescondamnés à mort restaient en prison jusquà leur exécution102. Un magistrat romainpouvait accorder, dans certains cas, une "remise de peine" à un condamné en tenantcompte de circonstances atténuantes103 (Pilate avait donc le droit, en tant que gouverneur,daccorder cette grâce). La coutume de relâcher un prisonnier était propre à la Judée et avaitété instituée par Pilate pour plaire au peuple, selon Marc 15:6. En effet, durant lespremières années de sa légation, il avait commis plusieurs bévues à cause de son ignorancedes coutumes locales, comme dans laffaire des étendards104, ce qui avait engendré un climathouleux dincompréhension avec les Juifs. Pour sattirer les faveurs des foules, il avait alorsinstauré cette coutume populaire. La libération de Jésus aurait pu réussir, Pilate répugnant àse sentir manipulé par les grands prêtres. Mais ceux-ci réussirent à retourner la foule105 quiavait acclamé Jésus 3 jours auparavant. En outre, la femme de Pilate, ayant eu un rêveprémonitoire, était même venu trouver son mari au tribunal, pendant le procès, pour leprévenir dépargner Jésus106, ce qui a dû renforcer la crainte superstitieuse de Pilate. Pilate tente dattendrir la foule afin de pouvoir libérer Jésus: Alors donc Pilate prit Jésuset le fit flageller. Et les soldats, ayant tressé une couronne dépines, la lui mirent sur la tête, et le revêtirentdun manteau de pourpre, et ils sapprochaient de lui en disant: Salut, roi des Juifs! et ils lui donnaient dessoufflets. Pilate revint dehors et leur dit: Je vous le fais amener dehors, afin que vous sachiez que je ne trouvecontre lui aucun grief. Jésus vint donc dehors, portant la couronne dépines et le manteau de pourpre. Et il101 Luc 23:13-21.102 Antiquités juives XX:215.103 SENEQUE –Sur la clémence II:7.104 Guerre des Juifs II:169-174; Antiquités juives XVIII:55-59.105 Marc 15:10-11.106 Matthieu 27:19. Est-il possible que la femme de Pilate ait été à Jérusalem avec lui? Suétone (Auguste §24) rapporte quAuguste navaitpas autorisé les gouverneurs à prendre leur femme avec eux dans leurs postes et nautorisait quune visite durant les mois dhiver. Cetterigueur semble sêtre relâchée sous Tibère, car le fils adoptif de lempereur, Germanicus, emmena sa femme Agrippine en Germanie et enOrient selon Tacite (Annales I:40; II:54). En 21, Caecina, ex-légat, tenta de faire adopter une politique refusant aux magistrats demmenerleurs épouses avec eux dans leur juridiction, mais il ne parvint pas à convaincre le sénat (Annales III:33-34).
    • 82 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE leur dit: Voilà lhomme! Dès quils leurent vu, les grands prêtres et les scribes sécrièrent: Crucifie! Crucifie! Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le, car moi je ne trouve aucun grief contre lui. Les Juifs répondirent: Nous avons une Loi, et selon la Loi il doit mourir, parce quil sest fait Fils de Dieu. Lors donc que Pilate entendit cette parole, il salarma davantage. Il rentra dans le prétoire et dit à Jésus: Doù es-tu? Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. Pilate lui dit donc: Tu ne parles pas ? Ne sais-tu pas que jai le pouvoir de te délivrer et que jai pouvoir de te crucifier? Jésus lui répondit: Tu naurais aucun pouvoir sur moi sil ne tavait été donné den haut; voilà pourquoi celui qui ma livré à toi à un plus grand péché107. Puisque la scène se passe dans le prétoire, les soldats sont romains. La couronne dépine et le manteau de pourpre symbolisent ironiquement la royauté. En disant "Prenez-le vous- mêmes et crucifiez-le", Pilate reconnaît au Sanhédrin le droit de mettre à mort pour des crimes religieux, mais, quand il apprend la nature exacte du crime, il est saisi dune crainte superstitieuse. La réponse de Jésus est vraisemblablement à double sens, car "celui den haut qui donne le pouvoir" ne peut être que lempereur pour Pilate (Dieu pour Jésus) et "celui qui lui a livré Jésus" est Caïphe (Judas pour Jésus). Le procès semblant déboucher sur un acquittement force les Juifs à trouver un nouvel argument. Pilate entreprend de libérer Jésus: A partir de ce moment, Pilate cherchait à le délivrer; mais les Juifs se mirent à crier: Si tu relâches, tu nes pas ami de César; quiconque se fait roi se déclare contre César. Pilate donc, ayant entendu ces paroles, fit amener Jésus dehors, puis il sassit au tribunal, au lieu dit du Dallage, en hébreu Lieu-élevé. Cétait la préparation de la Pâque, vers la 6e heure [12 heures]. Et il dit aux Juifs: Voilà votre roi! Là-dessus ils se mirent à crier: Enlève-le! Enlève-le! Crucifie-le! Pilate leur dit: Crucifierai-je votre roi? Les grands prêtres répondirent: Nous navons pas dautre roi que César108. Les grands prêtres reviennent donc à laccusation initiale de crime de lèse-majesté. Cette accusation ne concernait en principe que les citoyens romains ayant attaqué la dignité de lempereur, mais, à partir de 30 de notre ère, Tibère devint particulièrement sensible à la trahison et avait considérablement durci cette loi pour pouvoir lappliquer au moindre ennemi109. Le fait de désigner lempereur par le nom de César nest devenu fréquent quà partir de Vespasien, mais la province de Judée avait devancé cette coutume, car les pièces de monnaie frappées sous le règne de Tibère110 lavaient dabord été au nom de César puis au nom de Tibère César. La menace dêtre dénoncé à Tibère comme ennemi de lempereur ne pouvait être prise à la légère par Pilate, surtout après 31. En effet, avant cette date, les Juifs navaient aucun crédit auprès de lempereur qui avait délégué la gestion de lempire à 107 Jean 19:1-11. 108 Jean 19:12-16. 109 TACITE –Annales II:50; III:38; SUETONE –Tibère §§55, 58. 110 J. MALTIEL-GERSTENFELD –260 Years of Ancient Jewish Coins Tel Aviv 1982 Ed. Kol Printing Service Ltd pp. 180-184.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 83Séjan, son co-régent. Ce haut dirigeant avait été un ennemi des Juifs et était trèsvraisemblablement un des principaux responsables des ennuis quils connurent sous Tibèreaux environs de 28-31. Selon Philon111, Tibère demanda aux gouverneurs des provincesdavoir des égards pour les Juifs car les accusations portées contre eux dans le passésétaient révélées mensongères. Lempereur avait eu la faiblesse de se laisser impressionnerpar un personnage peu recommandable. Trois indices confirment son rôle: les Juifs ontcommencé à revenir à Rome aussitôt après la mise à mort de Séjan (le 18 octobre 31) car,au début du règne de Caius, ils sont assez nombreux en cette ville; les deux faux pas de lacarrière de Pilate en Judée (laffaire des boucliers dorés et le massacre des Samaritains) sesituent après la chute de Séjan et donc à un moment où il ny a plus à Rome dhostilité vis-à-vis des provinciaux de Judée; enfin, Tibère apparaît respectueux des coutumes nationales. Lincident des boucliers dor, qui eut lieu vers 32 de notre ère, est rapporté parPhilon. Il éclaire le comportement de Pilate envers les Juifs: Pilate, qui était procurateur deJudée, consacra à l’intérieur de Jérusalem, dans le palais d’Hérode, des boucliers d’or, moins pour honorerTibère que pour déplaire au peuple (...) on leur adjoignit les autres membres de la famille royale et tout cequ’il y avait de hauts personnages pour le prier de renoncer à cette innovation et d’enlever les boucliers, de nepas violer les usages de nos ancêtres, jusqu’alors respectés par les rois et les empereurs. Pilate opposa à cesprières un refus plein de raideur, car il était d’un caractère dur et opiniâtre. Alors on s’écria: Ne nousprovoque pas à la révolte et à la guerre; ne cherche pas à troubler la paix; ce n’est pas honorer l’empereurque de violer des lois depuis longtemps établies; que ce ne soit pas un prétexte pour toi de persécuter lanation. Tibère ne veut rien changer à nos usages. Si tu le prétends, montre-nous de lui un édit, une lettre ouquelque chose de pareil. Dans ce cas nous ne nous adresserons pas à toi, nous enverrons des députés porterune supplique au seigneur. Cette dernière parole accrut son irritation plus que tout le reste. Il craignit que, sion envoyait des députés, on ne vint à découvrir les autres méfaits de son gouvernement, ses vexations, sesrapines, ses injustices, ses outrages, les citoyens qu’il avait fait périr sans jugement, enfin son insupportablecruauté. Blessé au vif, Pilate ne savait que résoudre; il connaissait la fermeté de Tibère en de tellescirconstances; il n’osait enlever les objets consacrés, et ne voulait pas d’ailleurs se rendre agréable à ses sujets.Les grands le devinèrent, et s’aperçurent qu’il se repentait de sa conduite, sans vouloir le témoigner. Ilsécrivirent à Tibère une lettre remplie d’humbles prières. L’empereur, ayant appris la réponse de Pilate et sesmenaces, bien qu’il fût peu enclin à la colère, s’irrita si violemment qu’il est à peine utile de le dire, tantl’événement le prouva. Sur le champ, sans vouloir remettre l’affaire au lendemain, il lui écrivit pour blâmerénergiquement son audace et lui ordonner de faire aussitôt enlever les boucliers. De la métropole on lestransporta à Césarée, à laquelle ton bisaïeul Auguste avait donné son nom, et on les lui consacra dans son111 Contre Flaccus §§ 1-3; Légation à Caius §§ 159-161.
    • 84 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE temple. De la sorte on accorda le respect dû au prince avec l’observance des mœurs antiques du pays112. Vu ce contexte, on peut comprendre pourquoi Pilate na pas pris les paroles du Sanhédrin à la légère lorsque celui-ci la menacé den référer à Tibère. Pilate a donc finalement condamné Jésus pour éviter un trouble de lordre public. Il a fait afficher un écriteau mentionnant le crime de lèse-majesté [Roi des Juifs] pour préserver une apparence de légalité. Cette légalité de façade transparaît bien dans le récit de Tacite113: Pour étouffer ce bruit, Néron supposa des accusés et frappa des peines les plus raffinées, les gens détestés à cause de leurs mœurs criminelles, que la foule appelait "chrétiens". Celui qui est à lorigine de ce nom est Christ, qui, sous le règne de Tibère, avait été condamné à mort par le procurateur Ponce Pilate; réprimée sur le moment, cette exécrable superstition faisait sa réapparition non seulement en Judée, où se trouvait lorigine de ce fléau, mais aussi à Rome où tout ce qui est partout abominable et infâme vient aboutir et se répand. Donc, on arrêta dabord ceux qui avouaient, puis, sur leur dénonciation, une foule immense, qui fut condamnée, moins pour crime dincendie que pour sa haine du genre humain. Leur exécution fut transformée en jeu: on les revêtit de peaux de bêtes et ils périrent sous la morsure des chiens ou bien ils furent cloués à des croix, ou bien on y mit le feu, pour que, lorsque le jour baissait, ils brûlent et servent déclairage nocturne. Néron avait prêté ses jardins pour ce spectacle (...) Aussi à légard de ces hommes coupables et qui méritaient les derniers supplices, montait une sorte de pitié, à la pensée que ce nétait pas pour lintérêt de tous, mais pour satisfaire la cruauté dun seul, quils périssaient. Redevable à son protecteur, Tacite ne pouvait pas être vraiment objectif sur des affaires impliquant les autorités politiques, pas plus, ni moins, que les médias de toutes les époques. Labsence de preuve provoquait cependant une gêne pour les magistrats scrupuleux. Pline le Jeune114, lorsquil était gouverneur de Bithynie, écrit à lempereur Trajan pour exprimer ses scrupules: Je me suis fait un devoir, seigneur, de vous consulter sur tous mes doutes. Car qui peut mieux que vous me guider dans mes incertitudes ou éclairer mon ignorance? Je nai jamais assisté aux informations contre les chrétiens; aussi jignore à quoi et selon quelle mesure sapplique ou la peine ou linformation. Je nai pas su décider sil faut tenir compte de lâge, ou confondre dans le même châtiment lenfant et lhomme fait; sil faut pardonner au repentir, ou si celui qui a été une fois chrétien ne doit pas trouver de sauvegarde à cesser de lêtre ; si cest le nom seul, fût-il pur de crime, ou les crimes attachés au nom, que lon punit. Voici toutefois la règle que jai suivie à légard de ceux que lon a déférés à mon tribunal comme chrétiens. Je leur ai demandé sils étaient chrétiens. Quand ils lont avoué, jai réitéré ma question une seconde et une troisième fois, et les ai menacés du supplice. Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés: car, de quelque nature que fût laveu quils faisaient, jai pensé quon devait punir au moins leur 112 Légation à Caius §299-305. 113 Annales XV:44. 114 Lettres X:97-98.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 85opiniâtreté et leur inflexible obstination. Jen ai réservé dautres, entêtés de la même folie, pour les envoyer àRome, car ils sont citoyens romains. Bientôt après, les accusations se multipliant, selon lusage, par lapublicité même, le délit se présenta sous un plus grand nombre de formes. On publia un écrit anonyme, oùlon dénonçait beaucoup de personnes qui niaient être chrétiennes ou avoir été attachées au christianisme.Elles ont, en ma présence, invoqué les dieux, et offert de lencens et du vin à votre image que javais faitapporter exprès avec les statues de nos divinités; elles ont, en outre, maudit le Christ (cest à quoi, dit-on,lon ne peut jamais forcer ceux qui sont véritablement chrétiens). Jai donc cru quil les fallait absoudre.Dautres, déférés par un dénonciateur, ont dabord reconnu quils étaient chrétiens, et se sont rétractésaussitôt, déclarant que véritablement ils lavaient été, mais quils ont cessé de lêtre, les uns depuis plus detrois ans, les autres depuis un plus grand nombre dannées, quelques-uns depuis plus de vingt ans. Tous ontadoré votre image et les statues des dieux; tous ont maudit le Christ. Au reste ils assuraient que leur fauteou leur erreur navait jamais consisté quen ceci: ils sassemblaient, à jour marqué, avant le lever du soleil ;ils chantaient tour à tour des hymnes à la louange du Christ, comme en lhonneur dun dieu; ilssengageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, de brigandage, dadultère,à ne point manquer à leur promesse, à ne point nier un dépôt; après cela, ils avaient coutume de se séparer,et se rassemblaient de nouveau pour manger des mets communs et innocents. Depuis mon édit, ajoutaient-ils,par lequel, suivant vos ordres, javais défendu les associations, ils avaient renoncé à toutes ces pratiques. Jaijugé nécessaire, pour découvrir la vérité, de soumettre à la torture deux femmes esclaves quon disait initiéesà leur culte. Mais je nai rien trouvé quune superstition extraordinaire et bizarre. Jai donc suspendulinformation pour recourir à vos lumières. Laffaire ma paru digne de réflexion, surtout à cause du nombreque menace le même danger. Une multitude de gens de tout âge, de tout ordre, de tout sexe, sont et serontchaque jour impliqués dans cette accusation. Ce mal contagieux na pas seulement infecté les villes; il agagné les villages et les campagnes. Je crois pourtant que lon y peut remédier, et quil peut être arrêté. Cequil y a de certain, cest que les temples, qui étaient presque déserts, sont fréquentés, et que les sacrifices,longtemps négligés, recommencent. On vend partout des victimes qui trouvaient auparavant peu dacheteurs.De là on peut aisément juger combien de gens peuvent être ramenés de leur égarement, si lon fait grâce aurepentir. La réponse de Trajan115 est instructive; il confirme le principe de condamnationsans preuve sur simple dénonciation: Vous avez fait ce que vous deviez faire, mon cher Pline, danslexamen des poursuites dirigées contre les chrétiens. Il nest pas possible détablir une forme certaine etgénérale dans cette sorte daffaires. Il ne faut pas faire de recherches contre eux. Sils sont accusés etconvaincus, il faut les punir; si pourtant laccusé nie quil soit chrétien, et quil le prouve par sa conduite, jeveux dire en invoquant les dieux, il faut pardonner à son repentir, de quelque soupçon quil ait étéauparavant chargé. Au reste, dans nul genre daccusation, il ne faut recevoir de dénonciation sans signature.115 Lettres X:97-98.
    • 86 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Cela serait dun pernicieux exemple et contraire aux maximes de notre règne. Le comportement de Pilate est donc conforme à celui des magistrats romains de son époque. Les grands prêtres et les anciens suggérèrent aux foules de demander Barabbas et de réclamer la mort de Jésus. Le procurateur prit donc la parole: Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche? Ils répondirent: Barabbas. Pilate leur dit: Alors que faut-il faire de Jésus dit le Christ? Ils dirent tous: Quil soit crucifié! Il leur dit: Quel mal a-t-il donc fait? Ils se mirent à crier plus fort: Quil soit crucifié! Alors Pilate voyant ses efforts inutiles, et que le tumulte ne faisait quaugmenter, prit de leau, se lava les mains en présence de la multitude, disant: Moi, je suis innocent du sang de cet homme. Cest votre affaire! Tout le peuple répondit: Que son sang retombe sur nous et nos enfants! Alors il fit relâcher Barabbas, et, après avoir flagellé Jésus, il le livra pour être crucifié. Alors les soldats du procurateur emmenèrent Jésus dans le prétoire et assemblèrent auprès de le lui la cohorte entière. Ils le déshabillèrent et lui passèrent une chlamyde rouge. Ils tressèrent une couronne dépines et le lui mirent sur la tête avec un roseau à la main droite. Alors ils fléchissaient le genou devant lui et ils se moquaient de lui en disant: Salut, roi des Juifs. Ils lui crachaient dessus et, lui prenant le roseau, ils le frappaient à la tête. Layant ainsi accablé de moqueries, ils lui retirèrent la chlamyde et lui remirent ses vêtements, après quoi ils lemmenèrent pour être crucifié. En sortant, ils trouvèrent un Cyrénéen, du nom de Simon; ils le réquisitionnèrent pour porter sa croix116. Aux yeux des soldats (500 à 600 pour une cohorte), Jésus était condamné pour crime de lèse- majesté, mais Pilate, qui savait le motif religieux de laccusation, voulait démontrer son innocence à la foule des Juifs en utilisant ses codes rituels quil connaissait visiblement bien (bain de purification et symbolisme du sang). Le supplice romain de la croix est mal connu117. Il est différent de lexécution pour blasphème qui consistait à lapider le coupable puis à pendre (et non à clouer) son cadavre à un bois (poteau ou arbre) pendant une journée en guise de déshonneur118. Le supplice romain consistait généralement à faire porter au condamné une traverse de bois (le patibulum) jusquau lieu du supplice où se trouvait enterré verticalement un poteau dexécution (le stipes crucis)119. Le condamné était ensuite attaché et cloué à la traverse puis il était hissé sur le poteau, ce qui formait un T (poteau vertical et traverse horizontale)120. Le titre (titulus) était placé au-dessus de la tête du condamné. Jésus est-il mort sur une croix? Plusieurs éléments permettent den douter. Lexécution de Jésus nétait pas prévue par Pilate et ne fut prononcée quen fin de matinée, 116 Matthieu 27:20-32. 117 Les condammnés à la crucifixion pouvaient être cloués dans des positions variées (Guerre des Juifs V:449-451). 118 Antiquités juives IV:202; Deutéronome 21:22-23; Mishna Sanhédrin VI:3. 119 Le patibulum était une pièce de bois de 2 m 30 à 2 m 60 et denviron 40 kg. Le stipes crucis était une pièce de bois de 4 m à 4 m 50 denviron 100 kg, et le titulus était un écriteau en bois cloué au dessus, au sommet du patibulum. 120 J. IMBERT –Le procès de Jésus in: Que sais-je ? 1896 Paris 1999 Éd. PUF pp. 93-108. L. PIROT –La Sainte Bible tome IX Paris 1935 Éd. Letouzey et Ané pp. 370-373. 120 Guerre des Juifs VI:125-126
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 87ce qui laissait peu de temps pour linstallation du poteau dexécution. Dans ces conditions,il est possible quon ait fait porter à Jésus le poteau entier et non la traverse, ce quiexpliquerait aussi sa difficulté à le porter (il avait certes été flagellé, ce qui avait dûfortement laffaiblir, mais le poteau entier pesait environ 100 kg, soit environ 70 kg en letraînant par terre). Selon Plutarque: tout malfaiteur qui va lexécution porte sa propre croix121 etselon Artemidorus Daldianus la personne qui est clouée sur la croix commence par la porter jusquaulieu dexécution122. Mais le terme grec stauros utilisé pour "croix" désigne fondamentalementun pieu ou un poteau vertical123; ainsi la traduction de "Crucifie-le" pourrait aussi bien être"Empale-le". La forme des croix romaines était très variée124. Le sens du mot grec néclairedonc pas la forme de la "croix" (mot qui vient du latin crux)125. Les auteurs évangéliques 126utilisent fréquemment un autre vocable pour désigner la croix, le mot xylon "bois" (qui napas la forme dune croix!) favorise le sens de "poteau". De même, Justin127 (100-160) acomparé la croix du Christ à larbre de vie du jardin dEden, au bâton de Moïse, au bâtonde Jacob, au sceptre de Juda, au manche de la hache dÉlisée, etc., aucune de cescomparaisons névoquant la forme dune croix. Les Romains, en réquisitionnant Simon deCyrène, paraissent avoir violé la loi romaine, mais il est probable quils aient voulu que cecondamné très affaibli arrive vivant pour que la sentence du gouverneur soit exécutée. Ils prirent Jésus et portant sa croix, il sortit vers lendroit dit "le Crâne", qui sappelle en hébreuGolgotha, où ils le crucifièrent et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate écrivitaussi linscription quil fit placer sur la croix. Il y était écrit: Jésus de Nazareth, le roi des Juifs. Cetteinscription, beaucoup de Juifs la lurent, car lendroit où Jésus avait été crucifié était proche de la ville. Elleétait rédigée en hébreu, en latin et en grec. Les grands prêtres des Juifs dirent donc à Pilate: Ne laisse pasécrit: Le roi des Juifs, mais quil a dit: Je suis roi des Juifs. Pilate répondit: Ce que jai écrit, je lai écrit128.Conformément aux coutumes romaines et juives, le lieu du supplice était situé à une petitedistance de la ville (létude archéologique a permis destimer ce parcours à 600 mètresenviron)129. Apparemment il ny a pas eu de minute du procès mais, Jésus nétant pascitoyen romain, le titre (titulus) rédigé par Pilate et résumant la nature de linfraction suffisaità respecter un minimum de légalité. La rédaction de linscription a été faite dans les trois121 De sera numinis vindicta 9; § 554AB.122 Oneirokritika 2:56.123 W.E. VINE –An Expository Dictionary of the New Testament WordsNew York 1985 Ed. Thomas Nelson Publishers p. 138.124 FLAVIUS JOSEPHE -Guerre des Juifs V:451; SENEQUE – De consolatione ad Marciam 20:3.125 Même en latin le sens du mot crux est assez large au début de notre ère. Le poète latin P. Papinus Statius (45-96), par exemple, utilisaitle mot cruce pour désigner le timon dun char (Silvæ IV,III:28), donc dans le sens de barre.126 Actes 5:30; 10:39; 13:29; Galates 3:13; 1Pierre 2:24.127 Dialogue avec Tryphon §86.128 Jean 19:16-22.129 L. PIROT –La Sainte Bible tome XParis 1935 Éd. Letouzey et Ané pp. 466-469.
    • 88 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE langues officielles de la Judée. Les Jérusalémites pouvaient lire en latin et en grec lédit condamnant lentrée du Temple sous peine de mort130. La langue hébraïque était la langue officielle du Temple, et, dans cette langue, linscription pouvait se lire: Yeshu Hanozri Wumelek Hayehudim131 (un acrostiche du nom divin YHWH)132, ce qui dut particulièrement contrarier les grands prêtres. Le compte-rendu oral du procès a vraisemblablement été conservé par Joseph dArimathie et Nicodème, deux membres respectés du Sanhédrin et sympathisants chrétiens, ainsi que par lapôtre Jean, proche du grand prêtre133. Lorsquils eurent crucifié Jésus, les soldats prirent ses vêtements, dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat, et en plus la tunique. Cette tunique était sans couture, dun seul tissu depuis le haut. Ils se dirent donc les uns aux autres: Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui laura134. Les soldats chargés de lexécution forment une escouade135, la plus petite unité de larmée romaine. Ces soldats devaient garder le condamné jusquà son dernier soupir et avaient le droit de se répartir le butin des condamnés. Pétrone136 explique quun soldat était désigné pour garder des voleurs crucifiés afin déviter que leurs corps ne soient descendus et que ces voleurs ne séchappent, car il était possible de survivre à une crucifixion (parmi les trois amis de Flavius Josèphe, qui avait été crucifiés et que Titus a autorisé à dépendre, un a survécu)137. A la 9e heure [15 heures] environ, Jésus cria dune voix forte: Eli, Eli, lema sabacthanai? ce qui veut dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi mas-tu abandonné? Quelques-uns des assistants, en entendant ces paroles, dirent: Il appelle Élie. Aussitôt lun deux courut prendre une éponge, limbiba de vinaigre, et layant mise au bout dun roseau, il lui tendit à boire. Les autres disaient: Laisse, nous allons voir si Élie vient le sauver. Pour la seconde fois Jésus poussa un grand cri et il rendit lesprit138. Les assistants sont des Galiléens (principalement des femmes) qui parlent araméen. Lexpression hébraïque en Psaumes 22:1: Eli, Eli, lama azabtani est traduite en araméen par: Elahi, Elahi, lema sabaqtani, que lon retrouve transcrite en grec dans Marc 15:34 sous la forme Eloi, Eloi, lama sabacthani. La confusion entre Elahi "mon Dieu" et Eliya "Élie" est possible en araméen. La boisson des soldats romains servant à se désaltérer était la posca, de leau avec du vinaigre. Plutarque139 écrit que Caton lAncien buvait de leau lors de ses campagnes, mais occasionnellement, quand il avait grand soif, il demandait du vin vinaigré. 130 Guerre des Juifs VI:125-126. 131 S. BEN-CHORIN –Bruder Jesu Munich 1977 Ed. Deutescher Taschenbuch p. 180. 132 On retrouve un tel acrostiche en Esther 7:7 relatant la pendaison dHaman, initialement prévue pour Mardochée. 133 Jean 18:16. 134 Jean 19:23-24. 135 Actes 12:4. 136 Satyricon 111. 137 Autobiographie 420-421. 138 Matthieu 27:46-50. 139 Vie de Caton I:7.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 89 Comme cétait la préparation, afin que les corps ne demeurassent point sur la croix pendant lesabbat — car cétait un grand jour que le jour de ce sabbat — les Juifs demandèrent à Pilate quon leurbrisât les jambes, et quon les enlevât. Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis delautre crucifié avec lui. Venant à Jésus, lorsquils virent quil était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas lesjambes (...) Après cela, Joseph dArimathie, qui était le disciple de Jésus, mais en cachette, par crainte desJuifs, demanda à Pilate denlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc et enleva son corps.Nicodème, qui était venu auprès de lui tout dabord la nuit, vint aussi apportant environ 100 livres dunmélange de myrrhe et daloès. Ils prirent donc le corps de Jésus et ils lentourèrent de bandelettes avec lesaromates, suivant la manière densevelir en usage chez les Juifs. Or, à lendroit où il avait été crucifié, il yavait un jardin, et dans ce jardin un tombeau neuf, où personne navait été déposé. Cest là que, à cause dela préparation des Juifs, ce tombeau étant proche, ils déposèrent Jésus140. La préparation du sabbattombe le vendredi. Les Juifs, vraisemblablement une délégation du Sanhédrin, a demandédachever les condamnés. Cette opération (le crurifragium) consistait à fracturer les jambes,ce qui provoquait une mort immédiate par asphyxie, le condamné ne pouvant plus prendreappui sur ses pieds pour respirer. La loi romaine reconnaissait que les corps de ceux quiavaient subi la peine capitale ne devaient pas être refusés à leurs proches (selon Ulpien) ni àquiconque les demandait pour leur donner une sépulture (selon Julius Paulus), à lexceptiondes cas de trahison. Le crime de lèse-majesté empêchait en effet de fournir une sépultureaux condamnés, comme le relate Tacite141 à lépoque de Tibère. Mais cette loi nesappliquait quaux citoyens romains (Jésus était un Juif de la province de Judée), et Tibère,après la mort de Séjan, avait demandé aux gouverneurs de respecter les coutumes locales(or les Juifs devaient inhumer leurs morts). Philon142 décrit une répression (en 37/38) sousFlaccus, le préfet dÉgypte: Cest un usage de ne punir les criminels qu’après la célébration des fêtes quiont lieu à l’anniversaire de la naissance des empereurs. Or c’était durant ces fêtes que Flaccus affligeait depeines imméritées des gens innocents. Ne pouvait-il, s’il tenait à les punir, les réserver pour plus tard? Aucontraire, il pressait, il précipitait l’affaire dans le but de se rendre agréable à nos ennemis, espérant qu’engagnant leurs bonnes grâces il viendrait à bout de ses desseins. J’ai vu autrefois des crucifiés qu’à l’approchede ces fêtes on rendait à leurs parents, selon l’usage, pour être ensevelis. On trouvait convenable de faireparticiper les morts au bienfait de ces réjouissances, et d’observer à leur égard la solennité. Loin de fairedescendre les crucifiés de leur gibet, Flaccus faisait crucifier les vivants, à qui du reste les circonstancesdevaient procurer non point leur grâce, mais seulement un sursis. Avant de les crucifier, on ne laissait pas deles fouetter au milieu du théâtre, et de leur faire subir le supplice du fer et du feu. L’ordre des spectacles était140 Jean 19:31-42.141 Annales VI:29.142 Contre Flaccus 81-86.
    • 90 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE ainsi fixé: depuis le matin jusqu’à la 3e ou la 4e heure [9 ou 10 heures] on fouettait, on pendait, on rouait, on jugeait les Juifs, puis on les menait au supplice à travers l’orchestre. Selon Philon, il était anormal de laisser le corps des suppliciés sur le gibet et de ne pas les ensevelir, ce qui suppose une situation différente avant 37/38 (époque des persécutions antijuives en Egypte). La tradition juive est constante: un mort devait obtenir une sépulture même si les circonstances étaient défavorables, comme le précise le Talmud143: Le grand prêtre ni le naziréen ne peuvent se souiller par la mort de leurs proches, mais ils le peuvent pour faire un acte méritoire. Sils trouvent en voyage et rencontrent un mort quil serait méritoire denterrer, suivant Rabbi Eliézer, le grand prêtre peut se souiller, mais pas le naziréen, tandis que les docteurs soutiennent le contraire ». Même les condamnés à mort méritaient une sépulture: Quiconque fait passer la nuit à un mort (sans lensevelir) viole une interdiction (Dt 21:23); mais il ne la viole pas sil attend par honneur pour le mort, pour lui faire apporter cercueil et linceul. On nenterre pas le condamné dans le tombeau de ses pères; mais deux cimetières étaient disposés pour le tribunal: lun pour les tués et étranglés, lautre pour les lapidés et brûlés144. La délégation du Sanhédrin (dont Joseph dArimathie faisait vraisemblablement partie) qui réclame à Pilate dabréger les souffrances des condamnés et de leur procurer une sépulture est donc conforme à la loi juive. Le texte des Actes145 confirme que cest cette délégation qui a déposé le corps de Jésus dans un tombeau. Le texte de Marc146 ajoute que Joseph dArimathie eut du courage, car en offrant son propre tombeau147 pour ensevelir Jésus, il désavouait moralement ses collègues (qui pouvaient alors lexcommunier pour désaccord avec le jugement)148. Ignorant que ce membre éminent du Sanhédrin était aussi un disciple de Jésus en secret (Nicodème était aussi un sympathisant), les femmes qui avaient suivi Jésus ne coopérèrent pas avec les membres de la délégation (qui étaient collectivement responsables de la mort de Jésus) pour lensevelissement: Et voici quun homme Joseph, qui était membre du conseil — il navait pas donné son assentiment à leur décision et à leur acte — dArimathie, ville des Juifs, et qui attendait le règne de Dieu, vint trouver Pilate pour lui demander le corps de Jésus. Et, après lavoir descendu, il lenveloppa dun linceul et le déposa dans un tombeau creusé dans le roc, où personne navait encore été mis. Cétait le jour de la préparation, et le sabbat commençait à luire [18 heures]. Les femmes qui lavaient accompagné depuis la Galilée, ayant suivi de près, regardèrent le tombeau et la façon dont le corps avait été mis, et, sen étant retournées, elle préparèrent des aromates et des parfums. Mais le jour du sabbat, elles se tinrent au repos, selon le précepte [de la Loi]149. 143 Nazir 7:1. 144 Sanhédrin 6:5. 145 Actes 13:27,28. 146 Marc 15:43. 147 Matthieu 27:57-61. 148 Sanhédrin 3:7; Jean 12:42. 149 Luc 23:50-56.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 91 Il est surprenant que Pilate ait accepté la demande de Joseph dArimathie, car, Jésusayant été condamné officiellement pour crime de lèse-majesté, cette caution morale risquaitde faire de lui un complice. Mais il savait que ce motif nétait quune façade et quilnencourait donc aucun risque à satisfaire la demande du Sanhédrin, dautant plus quilpouvait légitimement supposer que ce choix étrange serait une source de tensions pour sesmembres. Pour éviter détaler leurs dissensions au grand jour et dencourager indirectementles partisans de Jésus, le Sanhédrin va demander à Pilate de garder la tombe en invoquantcomme raison officielle: dissuader déventuels partisans de Jésus de récupérer le corps pourréaliser frauduleusement la prophétie sur sa résurrection, ce qui encouragerait la "sédition".En fait, par cette présence de soldats romains, le Sanhédrin voulait laisser croire que Jésusétait bien un criminel selon la loi romaine. Le lendemain, qui était le jour après la préparation [soitle sabbat], les princes des prêtres et les pharisiens se présentèrent en nombre chez Pilate et lui dirent:Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit de son vivant: Dans 3 jours je ressusciterai.Ordonnez donc que le tombeau soit bien gardé jusquau 3e jour, de peur que les disciples ne viennent ledérober, et quils ne disent au peuple: Il est ressuscité dentre les morts. Cette dernière imposture serait pireque la première. Pilate leur répondit: Vous avez une garde; allez, gardez-le comme vous savez le faire. Ilssen allèrent donc et, pour sassurer du tombeau, apposèrent les scellés sur la pierre, et y mirent des gardes150.La première imposture se référait au titre usurpé selon la loi romaine de "roi des Juifs"(mais aussi de sêtre déclaré "Messie et Fils de Dieu" pour le Sanhédrin). La réponse dePilate montre quil ne désirait pas diriger une opération de police au profit des Juifs, mais leSanhédrin a dû lui rappeler quil ne pouvait faire travailler ses policiers durant le sabbat, cequi a forcé Pilate à déléguer quelques-uns de ses soldats pour assurer cette garde, commeon peut le vérifier dans la suite du récit. Après le sabbat, à laube du 1er jour de la semaine [dimanche], Marie-madeleine et lautre Marieallèrent visiter le sépulcre. Et voici quil y eut un grand tremblement de terre. Car lange du Seigneurdescendit du ciel, sapprocha, roula la pierre et sassit dessus. Il avait le visage brillant comme léclair, et lesvêtements blancs comme neige. A sa vue, les gardes tremblèrent de peur ils devinrent comme morts (...) Lesfemmes quittèrent en hâte le sépulcre, partagées entre la crainte et une vive joie, et elles coururent porter lanouvelle à ses disciples (...) Tandis quelles étaient en route, quelques gardes revinrent en ville raconter cesévénements aux grands prêtres. Ceux-ci, dans une réunion, tinrent conseil avec les anciens, et ils donnèrentune forte somme dargent aux soldats, leur disant: Dites que ses disciples sont venus la nuit, pendant votresommeil, et quils lont dérobé. Que si cela arrive aux oreilles du gouverneur, nous saurons lui persuader dene pas vous inquiéter. Les soldats prirent largent et se conformèrent à ces instructions. Et le bruit en est150 Matthieu 27:62-66.
    • 92 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE répandu parmi les Juifs jusquà ce jour151. Les femmes sont venues au sépulcre apporter les aromates nécessaires à lensevelissement, car elles ignoraient que Jésus avait été enseveli selon les normes (et même de façon royale au regard des quantités utilisées). Les gardes sont bien des soldats romains (verset 12) puisquils doivent rendre compte au gouverneur et non aux grands prêtres. Pour avoir laissé échapper leur prisonnier, ils risquaient la peine de mort152. La proposition du Sanhédrin a dû les rassurer, dautant plus quelle était appuyée par une forte somme dargent. La clémence de Pilate était assurée, car le commanditaire de la mission était le Sanhédrin lui-même, et les gouverneurs romains pouvaient négocier ce genre de négligence, comme le rapporte Tacite153: Les sentinelles cherchèrent dans la honte du général une excuse à leur faute; "Il leur avait, disaient-ils, commandé le silence, pour que rien ne troublât son repos. Ainsi les signaux et les appels étant suspendus, eux aussi étaient tombés dans le sommeil". QUAND LA VERITE OFFICIELLE DEVIENT UN MENSONGE LEGAL Le procès de Jésus est un parfait cas décole sur la manière dont les autorités dun pays utilisent en toute légalité les techniques de désinformation pour éliminer un élément jugé subversif (car troublant lordre public). Selon le compte rendu du Talmud154, Jésus fut condamné à mort parce quil avait pratiqué la sorcellerie [Exode 22:18] et parce quil avait égaré Israël par ses enseignements apostats [Deutéronome 13:6-9]. Légalement les faits paraissent caractérisés: Jésus était un dangereux hérétique, il fallait léliminer pour protéger le bon peuple [en fait, le pouvoir en place]. Les Évangiles mettent toutefois à nu les coulisses de cette version officielle. En effet, laccusation de sorcellerie est matière à interprétations: comment savoir si les miracles accomplis par un prophète viennent de Satan ou de Dieu155, et sil sagit dun vrai ou dun faux prophète? Laccusation dapostasie est sujette aux mêmes difficultés: vrai ou faux enseignement?. En somme, comme le constate Pilate dun air désabusé: quest-ce la vérité? La question essentielle se résume donc à: Jésus a-t-il dit la vérité ou était-il un imposteur hérétique? Jacques Bernard résume lalternative au tout début de son livre: La condamnation à mort [de Jésus] est la conséquence du blasphème. Son exécution sera confiée aux Romains. Depuis, les motifs de scission entre juifs et chrétiens tournent autour de cette accusation156. La question est bien posée, mais la réponse, 400 pages plus loin, nest guère satisfaisante: La foi est le 151 Matthieu 28:1-15. 152 Actes 16:27; Guerre des Juifs V:482. 153 Histoire 5:22. 154 Sanhédrin 43a. 155 Matthieu 12:24-27. 156 J. BERNARD –Le blasphème de Jésus Paris 2007 Éd. Parole et Silence pp. 5, 401.
    • LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 93paramètre heuristique essentiel pour comprendre lapocalyptique et ce qua pu être le "blasphème de Jésus".La clé dune enquête scientifique, quelle soit historique ou judiciaire, est une reconstitutionchronologique précise, seul critère de vérité. En fait, au premier siècle, il y a blasphème(dire des paroles qui attentent à la gloire de Dieu, ce qui entraîne lexcommunication) etBlasphème (maudire Dieu en le nommant par son nom propre, ce qui entraîne lalapidation). Jésus na pas été accusé de Blasphème puisquil a judicieusement évité denommer Dieu durant son procès, mais de blasphème en se prétendant le Fils de Dieu assisà sa droite. Nous connaissons mal les conceptions juives du premier siècle sur le Fils delhomme assis à la droite de Dieu157, mais, selon le Talmud158, cétait un blasphème quedaffirmer être assis dans un trône à la droite de Dieu, puisquil est écrit au sujet des trônesmentionnés en Daniel 7:9: Car cest une tradition: lun pour lui [le Fils de lhomme], lautre pourDavid, daprès rabbi Aqiba. Mais rabbi José lui: Aqiba, jusquà quand profaneras-tu la Gloire?. Lesprétentions de Jésus dêtre assis à la droite de Dieu étaient donc considérées commeblasphématoires, mais linterrogation du grand prêtre "Que vous en semble?159" prouveaussi que son interprétation pouvait se discuter. Cette accusation finale de Blasphème futrejetée par le Sanhédrin puisque Jésus na pas été lapidé, mais laffirmation dêtre assis à ladroite de Dieu a été jugée blasphématoire et assimilée à de lapostasie. Or, selon la Loi deMoïse, certains cas dapostasie pouvaient entraîner une condamnation à mort160, et cestcette exégèse qui a permis au Sanhédrin de "gracier" légalement Jésus (selon la loi juive)puis de le livrer aux autorités romaines pour le faire exécuter. Le motif religieux dapostasieétant transformé en motif politique de crime de lèse-majesté (selon la loi romaine). Pour leSanhédrin, Jésus nétait que le gourou dune secte161 hérétique quil fallait éliminer. De tout temps les chasseurs de sorcières, dhérétiques ou de sectes se sont toujoursservis du pouvoir établi. Que ce pouvoir sexerce sur des modalités totalitaires ne semblepas les gêner. Et quand il sexerce dans le cadre dune démocratie, ces défenseurs de lordreétabli cherchent à linfléchir en le poussant sur une pente autoritaire162. Le processus esttoujours le même: manipulation des foules par la diffusion dinformations terrifiantes (maiserronées): "Jésus guérit par Belzébuth"; propagation de rumeurs (non fondées): "Jésus veutdétruire le Temple et pousse les gens à ne pas payer ses impôts, les disciples ont dérobé son157 P. GRELOT –Lespérance juive à lheure de JésusParis 1994 Éd. Desclée pp. 200-205.158 Sanhédrin 38b.159 Matthieu 26:66.160 Deutéronome 13:6-11.161 Actes 24:5.162 B. LEMPERT –Le retour de lintolérance. Sectarisme et chasse aux sorcièresParis 2002 Éd. Bayard p. 135.
    • 94 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE corps pour faire croire à sa résurrection"; pratique de lamalgame: "Jésus était entouré de deux authentiques malfaiteurs lors de son exécution, Jésus a fréquenté des prostituées". Linquisition papale fut un modèle dans la poursuite légale des hérétiques, la célèbre chasse aux sorcières. Elle sassura du soutien du pouvoir et de la diffusion de la vérité officielle grâce à sa Congrégation de la propagande. Nicolas Eymerich est sans doute celui qui a porté le légalisme de linquisition à son apothéose. De façon très méthodique163, il commence par définir ce quest un hérétique: On entend par hérétiques manifestes ceux qui prêchent publiquement contre la foi catholique, ceux qui suivent ou défendent leur enseignement »; puis il décrit la procédure à suivre: Cest une façon très commune de procéder. Et si le bruit parvient aux oreilles de linquisiteur de la bouche de personnes honnêtes et bien pensantes, le procès commence, toujours devant notaire et deux témoins, par létablissement dun acte dans lequel on transcrit la teneur de cette rumeur (...) En cas de procès par enquête [et non par délation], linquisiteur fait citer quelques témoins parmi les gens braves et honnêtes. Il leur appartiendra dattester lexistence de rumeurs publiques (...) Il est très difficile dexaminer ceux qui, face à linquisiteur, ne proclament pas leurs erreurs, mais les dissimulent plutôt. Linquisiteur redoublera de ruse et de sagacité pour les poursuivre dans leurs retranchements et les amener aux aveux (...) La ruse dont le seul but est de tromper est toujours défendue et na rien à faire dans la pratique du droit; mais le mensonge que lon fait judiciairement et au bénéfice du droit, du bien commun et de la raison, celui-là est parfaitement louable. À plus forte raison, celui que lon fait pour détecter les hérésies, déraciner les vices et convertir les pécheurs. Que lon songe au jugement de Salomon! (...) Que linquisiteur tienne compte du danger représenté par la puissance de la famille, par celle de largent, ou de la malveillance, et il verra alors que bien rares sont les cas où il pourra rendre publics les noms des délateurs (...) Dans tous les cas, la publication des noms met le délateur et ses proches en danger de mort ou dactes graves de malveillance. Linquisiteur a donc le droit de faire de pieux mensonges pour débusquer lhérétique, qui est forcément dangereux puisquil est hérétique, et il est hérétique puisque la rumeur le désigne comme tel; enfin, au cas où il essaierait de se défendre, il faut empêcher tout débat contradictoire pour protéger les accusateurs des probables actes malveillants de lhérétique. Donc un hérétique est hérétique parce quil est hérétique! N. EYMERICH, F. PEÑA –Le manuel des inquisiteurs 163 Paris 2001 Éd. Albin Michel pp. 80, 156, 16-165, 174, 274, 275.
    • Une biographie peut-elle être hérétique ? La biographie de Jésus peut être établie avec une grande précision lorsquon utilisedes synchronismes historiques datés par lastronomie. Malgré la présence de ces preuvestangibles et vérifiables, les données évangéliques sont contestées. Les mobiles de cettecontestation apparaissent en fait dès lorigine. Lorsque lapôtre Paul fait connaître Jésus auxphilosophes dAthènes, la réaction est immédiate: Il tomba, entre autres, sur des philosophesépicuriens et stoïciens qui lentreprirent et engagèrent une discussion assez serrée avec lui. Les unssexclamaient: —Quest ce que ce radoteur peut bien vouloir dire avec ses sornettes? Dautres affirmaient:— Il a lair de faire de la propagande pour de nouvelles divinités importées de létranger — car ils lavaiententendu parler de Jésus et de la résurrection (...) Lorsquils entendirent parler de résurrection des morts lesuns commencèrent à ricaner, dautres lui dirent: — Nous técouterons là-dessus une autre fois. Cest ainsique Paul se retira de leur assemblée1 (Kuen). Paul, perçu comme un hérétique par lesphilosophes, na pas vraiment été écouté. Celse écrira même (vers 178) un pamphlet Contreles chrétiens pour dénigrer la vie de Jésus. En effet, la possibilité dune résurrection gênait cesphilosophes habitués à la notion dimmortalité de lâme développée par Platon. De plus, lanotion même dun Dieu unique était perçue par eux comme une intolérance envers lesautres divinités. Ce refus provenait dun préjugé que Paul a essayé de surmonter en citantdes auteurs grecs2: En effet, cest en lui [Dieu] que nous vivons, que nous agissons, que nous existons.Cest bien ce que certains de vos poètes ont reconnu: “Nous aussi, nous sommes de descendance divine” . Le texte biblique présente lexistence de Dieu comme une évidence, ce qui posetoujours problème aux philosophes. Dans son livre Ce que je crois, Einstein3 expliquepourtant que lidée même de recherche scientifique, qui aspire à trouver des vérités ultimes,a un fondement religieux; il affirmait: La science sans la religion est boiteuse, la religion sans lascience est aveugle. Pour le mathématicien Gödel, lordre initial du monde reflète uneintelligence, et refuser un sens au monde aboutit à refuser Dieu4. Ce redoutable logicienremarquait en effet que laffirmation désabusée "le monde na pas de sens" a encore unsens, sous-entendant un référent absolu. Ainsi, la phrase "Dieu est mort" est aussiparadoxale que "le sens na pas de sens". Gödel concluait que le sens est transcendant, cequi est le propre de Dieu. Ces grands scientifiques sont-ils hérétiques? Déjà dans le passé,1 Actes 17:18, 28-32.2 Phénomènes dAratus (vers -270) et lHymne à Zeus de Cléanthe (331-233).3 J. HEDLEY BROOKE - La divine sciencein: Sciences et Avenir hors-série 137 Le Dieu des savants (2004) p. 11.4 G. GUERRERIO - Gödel: Dieu existe-t-il?in: Pour la Science 20 (août-novembre 2004) pp. 90-95.
    • 96 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE les sages de lÉgypte et de Babylone croyaient à la nécessité de scruter le ciel (le mot sumérien AN signifie à la fois ciel et dieu) pour interpréter correctement les événements. Puisque la chronologie se fonde sur une datation précise, qui dépend elle-même de lastronomie, ils avaient quelque part raison. En ce sens la biographie de Jésus constitue une pierre de touche pour ceux qui aspirent à la vérité historique. En effet, le texte biblique répond à la question des origines et du sens de lhistoire, ce qui soppose en général aux histoires nationales fondées, elles, sur un passé qui se perd dans la nuit des temps. Les philosophes qui dénigrent lhistoire biblique le font souvent parce quils "croient" à la véracité de lhistoire officielle. Or, bien que la chronologie soit considérée comme lœil de lhistoire, aucune thèse dhistoire nexamine pourtant comment établir scientifiquement une chronologie absolue. Quintilien, rhéteur latin, exprimait dailleurs son scepticisme: Lhistoire est écrite pour raconter, non pour prouver; et Voltaire rappelait que la fable est la sœur aînée de lhistoire. Une question redoutable se pose: Les hommes désirent-ils trouver la vérité historique ou préfèrent-ils entendre des fables? Le texte biblique répond: Ils nont pas ouvert leur cœur à lamour de la vérité qui les eut sauvés. Cest pourquoi Dieu leur envoie des illusions puissantes qui les feront croire au mensonge, en sorte quils tombent sous son jugement tous ceux qui ont refusé leur foi à la vérité (...) Les prophètes prophétisent en mentant; les prêtres gouvernent au gré des prophètes, et mon peuple laime ainsi. Et que ferez-vous au terme de tout cela5 (Crampon). Ce constat pessimiste semble toujours dactualité. On pourrait se demander pourquoi aucun historien nessaie de proposer une thèse sur la chronologie alors que le besoin est criant. Un livre de Plutarque (45-126), écrit spécialement contre le "père de lhistoire", donne les raisons de ce paradoxe. Hérodote par son enquête avaient discrédité les historiens qui lavaient précédé, rangeant ceux-ci au rang peu enviable de mythologues. Lutilisation de la chronologie devenait le nouveau critère de vérité; or la plupart des historiens préfèrent "philosopher" et sappuyer sur les autorités reconnues, méthode plus prestigieuse que celle consistant à effectuer de fastidieuses recherches chronologiques. Les reproches apparaissant dans le livre de Plutarque, intitulé La malignité dHérodote, en disent long sur les véritables raisons de ces attaques; on lit: Le style simple et facile dHérodote, mon cher Alexandre, sa diction naturelle et coulante, trompent la plupart des lecteurs qui jugent de son caractère par son style. Cest le comble de linjustice, disait Platon, de paraître juste quand on ne lest pas; cest aussi lexcès de la méchanceté de cacher sous un dehors de candeur et de simplicité une malignité profonde. Comme il a dirigé surtout les traits de sa malice contre les Béotiens et les Corinthiens, sans épargner pour cela les autres peuples, je me crois obligé de défendre, contre cette partie de 5 2Thessaloniciens 2:10-12; Jérémie 5:31.
    • UNE BIOGRAPHIE PEUT-ELLE ETRE HERETIQUE ? 97son histoire, lhonneur de mes ancêtres et celui de la vérité ; car si je voulais relever toutes les autres erreursdans lesquelles il est tombé, il me faudrait écrire plusieurs volumes (...) Premièrement, un écrivain qui, dansle récit dun fait, se sert dexpressions dures et offensantes, tandis quil peut en employer de plus douces; qui,par exemple, au lieu de dire que Nicias était superstitieux, le traite de fanatique; qui taxe demportement etde fureur linconsidération et la légèreté de Cléon dans ses discours: un tel écrivain est un hommemalintentionné, et qui se plaît à présenter ce quil raconte sous un jour défavorable. Secondement, lorsquunhistorien use de circuits et de détours pour faire entrer dans son histoire le récit dun malheur ou dunemauvaise action qui nont pas avec son sujet une liaison nécessaire, il est évident quil prend plaisir à médire(...) Troisièmement, un trait de méchanceté opposé à celui-ci et qui nest pas au fond moins répréhensible,cest de passer sous silence des discours et des actions honnêtes (...) Mais lhistorien doit toujours dire lavérité quand il la connaît; et lorsquil est partagé entre plusieurs traditions incertaines, il faut quil préfèrecelle qui est plus avantageuse aux personnes dont il parle (...) Au reste, cet historien aime tellement lesBarbares, que, disculpant Busiris du reproche quon lui fait davoir immolé des victimes humaines et sacrifiéses hôtes, et quattribuant à tous les Égyptiens un grand amour pour les dieux et pour la justice, il faitretomber sur les Grecs la honte de ces sacrifices abominables (...) Il dit cependant que lHercule égyptiennest quun dieu du second ordre, et Bacchus du troisième ; quils ont eu une origine connue et ne sont paséternels. Il dit bien que ce sont des dieux, mais quétant dune nature mortelle, il faut leur faire des libationscomme à des héros, et non leur offrir des sacrifices. Il en dit autant de Pan, confondant ainsi les objets lesplus augustes et les plus respectables de la religion des Grecs avec les fables vaines et ridicules des Égyptiens(...) Cependant tous les poètes et les savants de lantiquité, Homère, Hésiode, Archiloque, Pisandre,Stésychore, Alcman et Pindare, ne font nulle part mention dun Hercule égyptien ou phénicien, et nenconnaissent quun seul, né en Béotie ou originaire dArgos (...) si les monuments que chaque ville a dressésne sont que de vains cénotaphes; si les trépieds et les autels consacrés aux dieux sont chargés dinscriptionsfausses et trompeuses; si enfin Hérodote est le seul qui ait connu la vérité, et que tous les autres écrivains quiont entendu parler des Grecs aient été trompés par lopinion publique, qui aura exagéré ces exploits ? (...)Hérodote, il faut être en garde contre ces calomnies et ces critiques amères quil cache sous des phrases sidouces et si polies; autrement on prendrait, sans sen apercevoir, des peuples et des personnages les plusillustres de la Grèce, lopinion la plus fausse et la plus absurde. En résumé Plutarque reproche àHérodote de bafouer lhonneur des ancêtres de la Grèce en donnant crédit aux fablesvaines et ridicules des Égyptiens, de trop aimer les Barbares, de trop critiquer les dieuxgrecs et de ne pas assez parler de façon avantageuse de sa nation, et ainsi de désavouer tousles autres écrivains qui avaient, eux, la faveur de lopinion publique. Ce qui est piquant dansces critiques, cest quelles sont encore perpétuées à lencontre des biographies scientifiques(calées sur des dates absolues) par la plupart des historiens modernes.
    • 98 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Le manque de culture scientifique des historiens, généralement de formation littéraire, est un handicap majeur pour apprécier laspect rigoureux de la chronologie. Là encore les critiques de Plutarque illustrent assez bien cette lacune: Il en a encore évidemment imposé sur le compte des Lacédémoniens, en assurant quils vinrent trop tard à Marathon au secours des Athéniens, pour navoir voulu se mettre en marche que le jour de la pleine lune. Non seulement ils sont entrés cent fois en campagne, où ils ont livré des combats les premiers jours du mois, sans attendre la pleine lune, mais à cette bataille même, qui se donna le 6 du mois de boédromion, leur retard fut si peu considérable, quils virent encore les morts étendus sur le champ de bataille. Voici néanmoins ce que dit Hérodote au sujet de la pleine lune: « Il leur était impossible de partir sur-le-champ, parce quils ne voulaient pas violer la loi qui leur défendait de se mettre en marche avant la pleine lune, et lon nétait alors quau neuvième jour du mois; ils attendirent donc que la lune fût dans son plein » Eh quoi! Hérodote, tu transportes la pleine lune au commencement du mois, où cet astre est dans son premier quartier, et tu intervertis lordre du ciel et des jours, et le cours entier de lunivers! Plutarque étale son ignorance6! En effet, selon Hérodote, les Lacédémoniens de Sparte, qui campaient au 9e jour du mois, ne partirent vers Marathon [en -490] quaprès la pleine lune [le 15 du mois]. Or, il7 explique que les Spartiates étaient retenus par les fêtes de Carnéia [du 7 au 15 du mois de Carnéios]. Si on admet que les calendriers grecs débutaient bien à la nouvelle lune (ce qui est très incertain) les données dHérodote sont cohérentes. Les calendriers8 de Sparte et dAthènes débutaient vraisemblablement (à cette époque) à la nouvelle lune après le solstice dété soit au 28 juin (en -490). Carnéios étant le 2e mois à Sparte, il débutait donc au 27 juillet, et le mois de Boédromion étant le 3e mois à Athènes il débutait au 26 août. Si les Lacédomiens sont partis de Sparte à la pleine lune du 15 Carnéios [le 10 août] ils ont dû arriver à Marathon environ 14 jours plus tard9 [le 25 août]. La date du 6 Boédromion [le 31 août] marquant la célébration de la bataille tombe 6 jours après la date précédente, ce qui est acceptable vu les incertitudes sur les dates et les calendriers grecs de cette époque10. Établir une biographie exacte nest pas une mince affaire. Euripide disait: Le sage a deux langues, lune pour dire la vérité, lautre pour dire ce qui est opportun. Lhistoire véritable ne se fait pas sans histoire et elle ne se laisse trouver que par ceux qui la cherchent réellement. Comme par le passé, la vérité vient toujours du ciel (des astronomes). 6 D.W. O LSON – The Moon and the Marathon in: Sky & Telescope Septembre 2004 pp. 34-41. 7 Enquête VI:106-107; VII:206. 8 E.J. BICKERMAN - Chronology of the Ancient World London 1980 Ed. Thames and Hudson pp. 27-40. 9 Sparte et Marathon sont séparées par une distance de 240 kilomètres. Selon lhistorien grec Arrien, larmée dAlexandre a pu parcourir la distance entre Persépolis et Suse (environ 500 km) en 29 jours, soit une vitesse moyenne de 17 km/jour. Si on utilise cette valeur, il aurait fallu environ 14 jours à larmée lacédémonienne pour rejoindre Marathon. 10 La preuve est donnée par Plutarque lui même: Cette bataille [de Marathon] fut donnée le 4 du mois Boédromion [29 août en -490], selon la manière de compter des Athéniens; et suivant celle des Béotiens, le 27 du mois Panémos [22 août en -490] (Vie dAristide XIX:8,9).
    • UNE BIOGRAPHIE PEUT-ELLE ETRE HERETIQUE ? 99 Curriculum vitae de Jésus Né à Bethléem le 29 septembre -2, séjour de quelques mois en Égypte avant de revenir à Nazareth après la mort dHérode le 26 janvier -1, vers mars -1, endroit où il a vécu. En 11, à lâge de 12 ans (et 6 mois), il rencontre le grand-prêtre Anne au Temple. Baptisé dans le Jourdain le 1er août 29, est devenu le Messie dans la 15e année de Tibère César à lâge de 29 ans et 10 mois. Début de son ministère le 27 septembre 29 à lâge de 30 ans. Les marchands du Temple sont chassés lors de la 1ère Pâque de son ministère, en avril 30, et annonce que celui-ci, bien que bâti depuis 46 ans, allait être détruit. Les marchands du Temple sont chassés une nouvelle fois lors de la 4ère Pâque de son ministère, le lundi 30 mars 33. La Cène est instituée au début du vendredi 14 Nisan (le jeudi 2 avril 33 vers 18 heures). Mort à Jérusalem le vendredi 3 avril 33 vers 15 heures à lâge de 33 ans et 6 mois, soit quelques heures avant une éclipse de lune.