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Chrono israelite1

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  1. Chronologie israélite synchronisée (partie 1) La chronologie israélite, qui est lune des plus anciennes connues, est encorerégulièrement étudiée dans des thèses1. La difficulté majeure, comme dans toutes leschronologies, est détablir des dates absolues obtenues grâce à des synchronismes datés parlastronomie. Or les règnes de David et de Salomon se situent dans une période (1100-750)la plus obscure de lhistoire2. La chronologie égyptienne fait exception, mais reste trèslacunaire3. Il y a cependant un obstacle encore plus redoutable à franchir: les préjugésreligieux. En effet, la chronologie israélite repose essentiellement sur les textes bibliques quisont aussi des textes religieux, ce qui entraîne fréquemment des réactions irrationnelles. Lorsque je lui ai soumis mon mémoire de thèse, la première réaction de mon anciendirecteur de thèse a été de me demander de retirer tout ce qui concernait les datationsdirectement liées à la Bible (datation de la mort dHérode, datation de la mort de Jésus etdatation de la domestication du chameau à lépoque dAbraham), ce que jai fait. Puis,lorsque mon directeur a appris mon appartenance religieuse, la soutenance de ma thèse aété suspendue, puis annulée. Jai donc recherché un nouveau directeur de thèse en luiexpliquant la situation. Surprise, Daniel Bodi était particulièrement intéressé par lachronologie israélite, il écrivait dailleurs dans sa lettre du 5 juin 2009: Par la présente, jacceptede diriger la recherche de M. Gérard GERTOUX en vue dune thèse de doctorat de lINALCO. Lecandidat prépare une thèse de doctorat relevant du domaine de lhistoire ancienne. Sa recherche porte sur lachronologie dIsraël ancien selon la Bible hébraïque à la lumière des données comparatives proche-orientales.Nouvelle déconvenue au moment de fixer la soutenance, la directrice de lINALCO arefusé mon transfert, ne voulant pas que son école soit classée comme fondamentaliste. Pourjustifier scientifiquement ce refus, Daniel Bodi mécrivait dans son courriel du 14septembre 2009: Le problème principal avec votre travail cest de trouver un jury qui accepte de siéger àvotre soutenance. Le jury que vous mavez proposé nest pas prêt à siéger pour cette thèse. Il faut trouver desprofesseurs qui acceptent les positions fondamantalistes que vous défendez. Il ne suffit pas de dire quelastronomie fournit la preuve scientifique que Jacob a vécu en 1878 av. J.-C. ; de placer les patriarchesdans un ordre "scientifique" grâce au présupposé de lastronomie ; daffirmer que la rédaction de la Genèsesest faite par Moïse en 1493! En quelle langue Moïse écrivit-il la Genèse? en égyptien hyéroglyphique, en1 M.C. TETLEY – The Reconstructed Chronology of the Divided KingdomWinona 2005 Ed. Eisenbrauns pp. 179-180.F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old TestamentTexas 2005 Ed. Master Books pp. 170-173,326.2 Plusieurs empires "sévanouissent" durant cette période, comme lélamite et le mycénien (grec), le babylonien devenant lacunaire.3 R.K. RITNER – The Libyan Anarchy: Inscriptions from Egypts Third Intermediate PeriodAtlanta 2009 Ed. Society of Biblical Literature pp. 1-8.
  2. 2 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE cunéiforme akkadien comme les lettres dEl-Amarna. Lalphabet démarre seulement avec Ugarit au XIIIe siècle avant J.-C. et le linéaire phénicien deux siècles plus tard. Ces considérations de lécriture utilisée ne semblent pas vous poser de problème. En dépit de ma bonne volonté je ne peux pas vous défendre, car je ne partage pas ce point de vue. Je vous propose donc de vous adresser aux facultés de théologie fondamantalistes baptistes comme Vaux-sur-Seine ou chez les ultra-calvinistes dAix-en-Provence. Je suis vraiment désolé mais je comprends maintenant la réaction de la commission doctorale de lINALCO. Mes collègues ne voulaient pas que lINALCO soit taxé décole fondamentaliste. Il faudrait mettre pratiquement chaque page en perspective et en contexte historique. Lastronomie est votre seule référence extérieure et cela ne suffit pas. Bien cordialement et bonne chance dans votre recherche dun jury approprié. P.S. Donner une appréciation "scientifique" à votre ms est très difficile: - dun côté, vous faites preuve de beaucoup de connaissances et dune érudition certaine dans les problèmes chronologiques, toujours difficiles, du Proche-Orient ancien, à tel point quune telle thèse ne peut être appréciée que par des spécialistes dans différents domaines: en particulier assyriologie et historiographie grecque pour la période achéménide, égyptologie et Bible/ancien Israël... - de lautre, il est clair que votre travail souffre de deux maux: il est apparemment en grande partie autodidacte (doù de graves lacunes dans la littérature secondaire et, dune façon générale, très peu de discussions sérieuses des opinons différentes de la votre, vous avez tendance à répéter pour convaincre) et, surtout, vous avez nettement une approche "fondamentaliste" par rapport au texte biblique en ce qui concerne les problèmes de chronologie: vous savez vous montrer critique par rapport aux chronologies akkadiennes ou égyptiennes, et à leur interprétation actuelle, mais jamais vis-à-vis du texte biblique à quelque époque que cela ait pu être écrit: larchéologie ou les autres textes du Proche-Orient ancien "confirment" toujours finalement le texte biblique ou "concordent" avec lui. Juste deux exemple flagrants de votre manque de sens critique vis-à-vis du texte biblique: p. 489: "Jacob (1878-1731), mort à lâge de 147 ans, a passé 20 ans en Mésopotamie (à Harrân). Joseph étant né dans la 91e année de Jacob (en -1788)"... Cela ne pose aucun problème !... p. 484: "le texte de la Genèse a été rédigé par Moïse, autour de -1493". Conclusion de ce courrier expéditif: lastronomie nest pas suffisante pour dater le texte (sans préciser par quel autre moyen), et le fait daccepter que Jacob ait vécu 147 ans, était scandaleusement fondamentaliste. À cause de ces deux remarques, jai trouvé judicieux dajouter un long préambule à cette chronologie israélite synchronisée, pour examiner en détail quelques points contestés comme: peut-on considérer la Bible comme un document historique et est-il scientifiquement impossible de vivre 147 ans et dêtre père à 91 ans?
  3. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 3 LA BIBLE EST-ELLE UN DOCUMENT HISTORIQUE? La chronologie des peuples de lAntiquité (Égyptiens, Babyloniens, Assyriens,Élamites, etc.) na été reconstituée quà partir de documents, dont la plupart sont des écritsfortement influencés par la religion. La question de savoir sil sagit dune chronologie"religieuse" ne se pose même pas, vraisemblablement parce que tous ces cultes antiquessont tombés en désuétude. Il nen va pas de même avec la chronologie israélite, car le textebiblique, qui sert principalement à lélaboration de cette chronologie, contient unenseignement religieux qui est encore pratiqué. Cette ambiguïté est source dun paradoxeincroyable. En effet, depuis Hérodote les historiens savent que "la chronologie est lœil delhistoire", or la plupart des universitaires actuels refusent dexaminer la chronologie israéliteparce quils craignent (de manière irrationnelle) quen validant scientifiquement cettechronologie, ils cautionneraient en retour lenseignement religieux des textes bibliques, cequi les amène à dénier à la Bible tout caractère historique. Cette attitude est déraisonnablepour deux raisons: 1) il ne peut exister une chronologie "laïque" dun côté et unechronologie "religieuse" de lautre, scientifiquement cela est absurde, et 2) la chronologieisraélite constitue un pilier de la chronologie du monde oriental. Les deux seules thèsesconsacrées à la chronologie lui ont dailleurs accordé un volumineux chapitre4. Quelles sont les raisons qui poussent la plupart des universitaires à refuser dereconstituer une chronologie israélite à partir du texte biblique? Voici les principales: Il est absurde, dune part, de prendre le texte biblique pour un document historique, dautre part dinverser limportance des protagonistes: Israël nest mentionné quune seule fois sur une stèle de Mérenptah, alors que le mot Égypte est utilisé 680 fois dans la Bible (...) Les allusions à lÉgypte dans la Bible servent essentiellement à nourrir lhistoire interne des Hébreux, en donnant un vague décor à certains épisodes, et sont sans rapport avec ce que lhistoire actuelle enseigne5. Christiane Desroches Noblecourt, égyptologue, conservateur en chef honoraire des Antiquités égyptiennes du Louvre et ancien professeur darchéologie à lÉcole du Louvre. Dune façon générale, aucun archéologue sérieux ne croit plus aujourdhui que les événements rapportés dans le livre de Josué ont un fondement historique précis. Des prospections archéologiques, au début des années 1990, en particulier, ont révélé que la culture israélite a émergé dans les collines du centre du4 Mais aucune de ces thèses nutilise une datation des synchronismes par lastronomie:O.A. TOFFTEEN – Ancient ChronologyChicago 1907 The University of Chicago PressP.J. FURLONG - Aspects of ancient Near Eastern Chronology (c. 1600-700 BC)2008 The University of Melbourne.5 C. DESROCHES NOBLECOURT - Symboles de lÉgypteParis 2004 Éd. Desclée de Brouwer pp. 125-126.
  4. 4 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE pays, en continuité avec la culture cananéenne de lépoque précédente6. Pierre de Miroschedji, archéologue, directeur de recherche au CNRS, centre de Jérusalem.  Puisque lhistoire des impurs est dépourvue de toute base historique, il est difficile dadmettre avec Manéthon et Flavius Josèphe que lexpulsion manu militari du pharaon dAvaris et de ses congénères soit le même événement que la libération des Hébreux arrachée par Moïse avec laide de Dieu... La grossière invention des scribes égyptiens, digne de la poubelle, ne saurait demeurer dans le dossier des historiens des temps de la Bible (...) Le travestissement apologétique imaginé par Flavius Josèphe ne vaut pas mieux que le travestissement diffamatoire de lÉgyptien7. Jean Yoyotte, égyptologue, titulaire de la chaire d’égyptologie du Collège de France de 1992 à 2000, directeur détudes à lÉcole pratique des hautes études.  Cette sortie dEgypte, connue depuis sous le nom dExode, constitue une péripétie essentielle du récit [Exode 13:14] (...) On en vient presque à oublier un fait fondamental: rien dans létat actuel de la documentation égyptienne plus ou moins contemporaine de ces événements, ne vient confirmer ce récit, ni même faire allusion, ne serait-ce que fugitivement, à lun des épisodes ou des personnages mentionnés. Rien!8 Alain Zivie, égyptologue, directeur de recherche au CNRS.  La plupart des historiens prennent le texte biblique de la conquête de Canaan pour une pieuse légende, une relecture idéologique et théologique des origines dIsraël (...) Ces cités sont, daprès la Bible, puissamment fortifiées. Or les fouilles archéologiques révèlent le contraire. Donc, aujourdhui, les fouilles des cités cananéennes et la lecture des tablettes de Tell el-Amarna révèlent que les victoires de Josué nont eu lieu que sur le papier9; Pour conclure laissons la parole à ces archéologues: “Il ny a pas eu dexode de masse en provenance de lEgypte. Le pays de Canaan na pas été conquis par la violence. La plupart de ceux qui ont constitué le premier noyau dIsraël étaient des gens du cru. Les premiers Israélites étaient dorigine cananéenne!”10 Richard Lebeau, égyptologue et historien des religions au Proche-Orient ancien.  Larchéologie moderne a donc prouvé que le concept darchives à Jérusalem ayant conservé des écrits du Xe siècle, est une absurdité fondée sur un témoignage biblique et non sur une évidence factuelle11. Les récits bibliques se rangeraient donc parmi les mythologies nationales, et nauraient pas plus de fondement historique que la saga homérique dUlysse, ou celle dÉnée, le fondateur de Rome, chantée 6 P. DE MIROSCHEDJI – Les archéologues réécrivent la Bible in: La Recherche n°391 (novembre 2005) p. 32. 7 J. YOYOTTE – En Égypte, le faux mystère des dynasties hyksos in: Le monde de la Bible n°146 (novembre 2002) pp. 44-45. 8 A. ZIVIE – Les Hébreux en Egypte: réalités et fantasmes in: Historia n°698 (février 2005) p. 59. 9 R. LEBEAU – La Terre promise était acquise in: Historia n°698 (février 2005) pp. 64, 65. 10 R. LEBEAU – LExode une fiction théologique in: Histoire Antique n°41 (février 2009) p. 79. 11 I. FINKELSTEIN – Le grand roi? Rien quun potentat local in: Historia n°698 (février 2005) p. 73.
  5. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 5 par Virgile12. Israel Finkelstein, archéologue israélien, directeur de lInstitut dArchéologie de lUniversité de Tel-Aviv, auteur du célèbre ouvrage La Bible dévoilée. Lhistoire ne corrobore pas le fabuleux et miraculeux récit de lExode tel que nous le conte la Bible. Maintenant que nous sommes en possession de la récente documentation archéologique sur lémergence de lIsraël primitif en Canaan, cette série dévénements survenus dans une terre lointaine et étrangère ne nous est daucune utilité. Lexplication historique des origines dIsraël na plus besoin de lExode. Aussi dramatique soit-elle, et quel que soit le rôle central que cette histoire ait pu jouer dans lauto- identification ultérieure de lIsraël biblique —voire dans la construction de notre identité occidentale—, elle doit être considérée comme un mythe. Elle représente le type même du mythe fondateur, caractéristique de nombre de peuples passés ou présents (...) Plutôt que de tenter vainement de défendre lhistoricité de lExode, je suggère quil vaut mieux interpréter le récit comme un mythe, ou plutôt comme une “métaphore pour une libération”. William G. Dever, archéologue américain (université dArizona), spécialiste et défenseur (sic) de lhistoire de lIsraël biblique13. Les raisons invoquées sont les suivantes: absurde; aucun archéologue sérieux ne croit plusles événements rapportés dans le livre de Josué; digne de la poubelle; fait fondamental: rien; pieuse légende; ilny a pas eu dexode de masse en provenance de lEgypte; absurdité fondée sur un témoignage biblique; typemême du mythe fondateur. Par ces remarques cinglantes, qui apparaissent à partir de 198014, letexte de lAncien Testament est considéré comme étant sans valeur historique. Celaimplique une conséquence importante: le Nouveau Testament est lui même sans valeurpuisquil cautionne intégralement le texte de lAncien Testament, on lit en effet: Car si vouscroyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce que cest de moi quil a écrit. Mais si vous ne croyiez pas à cequil a écrit, comment croirez-vous à mes paroles?15. Mais les pharisiens objectèrent: Pourquoi alors Moïsea-t-il commandé à lhomme de remettre à sa femme un certificat de divorce quand il la répudie? Il [Jésus]leur répondit: Moïse vous a permis de renvoyer vos épouses parce que vous avez des cœurs de pierre16. Vousmettez de côté ce que Dieu a prescrit, pour vous attacher à la tradition des hommes! Puis il ajouta: Ah!vous vous entendez à merveille pour contourner et annuler la Loi de Dieu au profit de votre tradition!Ainsi, par exemple, Moïse a dit: “Honore ton père et ta mère” (...) navez-vous jamais lu dans le livre deMoïse, lorsquil est question du buisson ardent, en quels termes Dieu lui a parlé: Je suis le DieudAbraham, le Dieu dIsaac, le Dieu de Jacob17. Le texte biblique nest-il quune pieuse légende?12 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoiléeParis 2002 Éd. Bayard pp. 51-53.13 W.G. DEVER – Aux origines dIsraël. Quand la Bible dit vraiParis 2005 Éd. Bayard pp. 255-256.14 J.K. H OFFMEIER – Israel in Egypt. The Evidence for the Authenticity of the Exodus TraditionNew York 1996 Ed. Oxford University Press pp. 3-5.15 Jean 5:46-47 Pirot et Clamer.16 Matthieu 19:7-8 Kuen.17 Marc 7:8-10; 12:26.
  6. 6 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE En rangeant le récit de Moïse parmi les fables pieuses, comme lenseignent les égyptologues, on aboutit à un paradoxe étonnant, car les rédacteurs des textes évangéliques, qui condamnent invariablement les mythes, présentent aussi le récit de Moïse comme authentique: Cest à ce moment-là que naquit Moïse. Cétait un enfant dune beauté exceptionnelle. Dieu y prenait plaisir. Pendant trois mois, il fut élevé en cachette dans la maison de son père. Lorsque, finalement, les parents lexposèrent (sur le Nil), il fut recueilli par la fille de Pharaon qui ladopta et le fit élever comme son propre fils. Cest ainsi que Moïse fut initié à toute la science des Egyptiens et quil devint un habile orateur, aussi bien quun homme daction remarquable. Lorsquil eut atteint la quarantaine, lidée lui vint de voir dans quelles conditions vivaient ses frères de race, les Israélites. Il désirait leur venir en aide. Un jour il vit de ses yeux comment on maltraitait lun deux. Il prit sa défense et, pour venger ce frère, tua lEgyptien qui lopprimait. Il pensait que ses frères comprendraient que Dieu voulait se servir de lui pour les libérer. Mais ils ne comprirent pas. Le lendemain, il survint au moment où deux dentre eux se querellaient. Il sinterposa et essaya de réconcilier les adversaires. Mes amis, leur dit-il, nêtes-vous pas frères de même race? Pourquoi, alors, vous faites-vous réciproquement du mal? Celui qui était en train de frapper lautre et qui était dans son tort le repoussa en disant: De quoi te mêles-tu? Qui ta demandé dêtre notre chef ou de jouer au juge? Voudrais-tu par hasard aussi me tuer, comme hier tu as tué lEgyptien? Quand Moïse entendit cela, il prit la fuite et alla vivre en exilé dans le pays de Madian où il eut deux fils. Quarante années passèrent. Alors un ange lui apparut dans le désert du Mont Sinaï, au milieu dune flamme, dans un buisson de feu. Saisi détonnement à ce spectacle, Moïse sapprochait pour le considérer de plus près, lorsque la voix du Seigneur se fit entendre: “Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu dAbraham, dIsaac et de Jacob”. Moïse, tout bouleversé et tremblant, nosait plus lever les yeux. Alors le Seigneur lui dit: Ote tes sandales, car lendroit où tu te tiens est une terre sainte. Jai regardé et jai vu la misère de mon peuple en Egypte. Je sais quil est opprimé et quil souffre. Jai entendu ses gémissements et je suis descendu pour le délivrer. Et maintenant, je viens: Cest toi que je veux envoyer en Egypte”. Ainsi donc, cest bien ce même Moïse —celui que ses frères avaient repoussé en lui disant: De quoi te mêles-tu? Qui ta demandé dêtre notre chef ou de jouer au juge?— cest lui que Dieu a envoyé comme chef et libérateur du peuple avec lassistance de lange qui lui était apparu dans le buisson. Ce fut effectivement lui qui les a fait sortir du pays de lesclavage en accomplissant des prodiges et des miracles en Egypte, au passage de la Mer Rouge et, pendant quarante ans, durant la traversée du désert (Actes 7:20-36). Le Nouveau Testament retransmet donc fidèlement le Moïse de lAncien Testament. Si Moïse nétait quune pieuse légende, il devient difficile dexpliquer pourquoi tous les rédacteurs chrétiens, tout en retranscrivant sa vie, ont tant insisté pour dénoncer la futilité des mythes: Je tai encouragé à demeurer encore quelques temps à Éphèse pour avertir certains de ne pas introduire dans leur enseignement des nouveautés qui devient de la vraie doctrine. Quils ne se
  7. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 7mettent pas à étudier des récits forgés de toutes pièces, à soccuper de mythes (...) Mais ferme ton esprit auxmythes impies et sans valeur, ne toccupe pas de ces contes de bonnes femmes qui nont rien à voir avec lavraie religion (...) Ayant la démangeaison dentendre des paroles qui chatouillent agréablement leurs oreilles,ils se détourneront de plus en plus de la vérité et se rabattront vers des mythes (...) Cest pourquoi nhésitepas à les reprendre ouvertement pour quils aient une foi saine et cessent de sintéresser à des légendes juives,des commandements dorigine purement humaine ou des préceptes formulés par des gens qui tournent le dos àla vérité (...) En effet, lorsque que nous vous avons fait connaître la puissance de notre Seigneur Jésus-Christet que nous vous avons annoncé son Retour, nous ne nous sommes pas laissé berner par des histoiresinventées ou des mythes ingénieusement arrangés18. Condamner les mythes pour mieux propagercelui de Moïse et de lExode serait dune extrême perversité et cette tromperie seraitdautant plus répréhensible que, selon les ultimes chapitres de la Bible19, les menteurs sontcondamnés à la disparition éternelle. Quel serait le but dun rédacteur qui condamnerait lafausseté pour mieux la répandre? Les rédacteurs bibliques seraient-ils tous schizophrènes? Un croyant rationnel, pour éviter lincohérence davoir une vérité sappuyant sur desmythes, pourrait supposer que lépisode de lExode fut en fait un événement mineur dont lerécit fut exagéré par la tradition. Cette dernière explication ne tient pas, car la Cène,instituée par Jésus lors de la Pâque, constitue la célébration fondamentale du christianisme,le Christ étant même "lagneau pascal" de cette Pâque. La foi chrétienne dépend ainsi de cetévénement central: Or il est écrit: “Celui qui est juste à mes yeux et qui me restera fidèle accèdera à laVie par la foi (...) Au moment de la naissance de Moïse, ce fut la foi qui donna à ses parents le courage dele cacher durant trois mois. Frappés par la beauté de lenfant, ils ne se laissèrent pas intimider par le décretdu roi (ordonnant la mise à mort de tous les enfants mâles). Poussé par cette même foi, Moïse lui-même, unefois devenu grand, renonça au titre de “fils de la fille de pharaon”. Il choisit de partager les souffrances dupeuple de Dieu plutôt que de jouir —pour bien peu de temps— des joies et des avantages dune vie dans lepéché. Subir le mépris et les outrages comme le Messie (à venir) lui paraissait un bien plus précieux que tousles trésors de lEgypte. Pourquoi? Parce quil avait les yeux fixés au loin sur la rétribution finale. Fortifiépar la foi, il brava la fureur du roi et quitta lEgypte, aussi intrépide et ferme que sil avait vu de ses yeuxle Dieu invisible. Dans cette même foi, il institua la Pâque et fit répandre (sur les portes) le sang (desagneaux immolés), pour que lange exterminateur épargnât les fils aînés des Hébreux. Cest la foi qui fittraverser les Israélites la Mer rouge comme on marche sur la terre ferme; les Egyptiens ont bien essayé de lesimiter, mais ils périrent engloutis par les flots20. Lépisode de lExode, commémoré par lacélébration de la Pâque, est bien un enseignement fondamental du Nouveau Testament.18 1Timothée 1:3-4; 4:7; 2Timothée 4:3-4; Tite 1:13-14; 2Pierre 1:16 .19 Révélation 21:8; 22:18,19.20 1Corinthiens 5:7; Hébreux 10:38; 11:23-29.
  8. 8 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Lenseignement de la Bible sur lExode et celui des égyptologues sont inconciliables: mythe dun côté, vérité historique de lautre. Si cest un mythe, lenseignement de la Bible nest plus quune gigantesque imposture que lhistorien doit dénoncer, si par contre lExode est un fait historique, au même titre que la destruction du temple de Jérusalem en 70 par les armées romaines, pourquoi le refuser? En effet, même si le récit de lExode des Israélites avait été transmis de façon très déformée à cause dun antisémitisme latent, il était connu des historiens de lAntiquité21. Ce refus nest pas nouveau puisque après avoir cité les récits sur lExode de Manéthon (-280), de Chaerémon (-100) et de Lysimaque (50), Flavius Josèphe, historien juif du 1er siècle, précise les raisons de ce refus: Les calomnies à notre adresse vinrent dabord des Égyptiens, puis, dans lintention de leur être agréables, certains auteurs entreprirent daltérer la vérité; ils navouèrent pas larrivée de nos ancêtres en Égypte telle quelle eut lieu, ni ne racontèrent sincèrement la façon dont ils en sortirent. Les Égyptiens eurent bien des motifs de haine et denvie: à lorigine la domination de nos ancêtres sur leur pays, et leur prospérité quand ils leurent quitté pour retourner chez eux. Puis lopposition de leurs croyances et des nôtres leur inspira une haine profonde, car notre piété diffère de celle qui est en usage chez eux autant que lêtre divin est éloigné des animaux privés de raison. Toute leur nation, en effet, daprès une coutume héréditaire, prend les animaux pour des dieux, quils honorent dailleurs chacun à sa façon, et ces hommes tout à fait légers et insensés, qui dès lorigine sétaient accoutumés à des idées fausses sur les dieux, nont pas été capables de prendre modèle sur la dignité de notre religion, et nous ont jalousés en voyant combien elle trouvait de zélateurs. Quelques-uns dentre eux ont poussé la sottise et la petitesse au point de ne pas hésiter à se mettre en contradiction même avec leurs antiques annales, et, bien mieux, de ne pas sapercevoir, dans laveuglement de leur passion, que leurs propres écrits les contredisaient (Contre Apion I:223-226). Ce qui est paradoxal cest que, bien quil soit linventeur de la chronologie synchronisée (méthode élaborée en réaction des critiques portées à lencontre de ses Antiquités juives), Flavius Josèphe est toujours classé, par certains universitaires, parmi les apologistes dont lédifice chronologique manque de base solide22(!), plutôt quun historien. Bien quHérodote soit, lui, le "père de lhistoire", car il est le premier à avoir compris limportance de la chronologie dans létablissement de la vérité historique, ce sont cependant les copistes Juifs qui furent les premiers à reconstituer une chronologie fondée 21 P. SCHÄFER – Judeophobia. Attitudes toward the Jews in the Ancient World Massachusetts 1997 Ed. Harvard University Press pp. 15-33 J.G. GAGER – Moses in Greco-Roman Paganism New York 1972 Ed. Abingdon Press pp. 113-133. 22 T. REINACH, L. B LUM – Contre Apion Paris 2003 Éd. Les Belles Lettres pp. v, xxix, xxxv. Lauteur reconnaît cependant (ce qui le contredit et en dit long sur les préjugés) que la fidélité des citations de Josèphe est attestée par la comparaison avec des citations indépendantes dues à dautres compilateurs. De plus, il était dans lintérêt de Josèphe dêtre exact dans sa polémique, car les antisémites alexandrins étaient aux aguets et, comme ils disposaient de bibliothèques bien fournies, la moindre altération volontaire aurait vite été décelée, dénoncée, et aurait porté une atteinte grave à la crédibilité de lauteur et au succès de sa thèse.
  9. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 9sur une "ère du monde (débutant avec Adam)" au lieu de chronographies nationales. Eneffet, les chronologies de Démétrius (220-200), Eupolème (-160) et du Livre des Jubilés (160-140) indiquent que, dès la fin du 4e siècle avant notre ère, ce type de calculs chronologiquesexistait23 (mais nétait pas encore standardisé)24: Démétrius Eupolème Josèphe année dAdam ère chrétienne année dAdam ère chrétienne ère chrétienne Adam 1 -5307 1 -5307 -5101 Déluge 2264 -3043 994 -4037 -2545 Naissance dAbraham 3334 -1973 2064 -3243 Entrée de Jacob en Égypte 3624 -1683 2354 -2953 Exode sous Moïse 3839 -1468 2569 -2738 -1650 Destruction du Temple -587 Ces calculs, même sils comportent dimportants écarts dus au choix du textebiblique de référence (Septante au texte massorétique), prouvent que le texte bibliquepermet la reconstitution dune chronologie. Fort de cette évidence, Flavius Josèphe25 avaitlui-même effectué ses propres calculs: Telle fut la fin des rois issus de la famille de David; ilsavaient été au nombre de vingt et un jusqu’au dernier roi et avaient régné en tout 514 ans, 6 mois et 10jours. Pendant 20 de ces années, le pouvoir avait appartenu au premier de leurs rois, Saül, qui était d’unetribu différente. Le Babylonien envoie à Jérusalem son général Nabouzardan pour piller le Temple; il avaitordre aussi de l’incendier ainsi que le palais royal, de raser la ville jusqu’au sol et de transporter le peuple enBabylonie Nabouzardan, arrivé à Jérusalem la 11e année du règne de Sédécias, pille le Temple, emporte lesvases d’or et d’argent consacrés à Dieu, ainsi que le grand bassin dédié par Salomon; il prit même lescolonnes d’airain avec leurs chapiteaux, les tables d’or et les candélabres. Après avoir enlevé ces ornements,il mit le feu au Temple le 1er jour du 5e mois, la 11e année du règne de Sédécias, 18e de Nabuchodonosor. Ilincendia également le palais et rasa la ville. Le Temple fut incendié 470 ans, 6 mois et 10 jours après sonédification: il y avait alors 1062 ans, 6 mois, 10 jours que le peuple était sorti d’Égypte. Depuis le délugejusqu’à la destruction du Temple, il s’était écoulé en tout 1957 ans, 6 mois, 10 jours. Et depuis lanaissance d’Adam jusqu’aux événements relatifs au Temple, 4513 ans, 6 mois, 10 jours. Voilà pour lecompte des années: quant à ce qui s’est accompli dans cet intervalle, nous l’avons indiqué événement parévénement. Flavius Josèphe va se servir de cette chronologie pour prouver lhistoricité de sesAntiquités juives. Il sagissait bien dune démarche scientifique et non religieuse (même silorigine de lère fait référence à un personnage biblique). Il expose la raison et la manièrede ses démarches: Jai déjà suffisamment montré, je pense, très puissant Épaphrodite, par mon histoire23 É. PUECH – Qumrân grotte a XXVIIin: Discoveries in the Judaean Desert XXXVII 2009 Ed. Clarendon Press pp. 263-267.24 J. FINEGAN - Handbook of Biblical ChronologyMassachusetts 1999 Ed. Hendrickson Publishers p. 145.25 Antiquités juives X:127-130.
  10. 10 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE ancienne, à ceux qui la liront, et la très haute antiquité de notre race juive, et loriginalité de son noyau primitif, et la manière dont elle sest établie dans le pays que nous occupons aujourdhui; en effet 5000 ans sont compris dans lhistoire que jai racontée en grec daprès nos Livres sacrés. Mais puisque je vois bon nombre desprits, sattachant aux calomnies haineuses répandues par certaines gens, ne point ajouter foi aux récits de mon Histoire ancienne et alléguer pour preuve de lorigine assez récente de notre race que les historiens grecs célèbres ne lont jugée digne daucune mention, jai cru devoir traiter brièvement tous ces points afin de confondre la malveillance et les mensonges volontaires de nos détracteurs, redresser lignorance des autres, et instruire tous ceux qui veulent savoir la vérité sur lancienneté de notre race. Jappellerai, en témoignage de mes assertions, les écrivains les plus dignes de foi, au jugement des Grecs, sur toute lhistoire ancienne; quant aux auteurs décrits diffamatoires et mensongers à notre sujet, ils comparaîtront pour se confondre eux-mêmes. Jessaierai aussi dexpliquer pour quelles raisons peu dhistoriens grecs ont mentionné notre peuple ; mais, dautre part, je ferai connaître les auteurs qui nont pas négligé notre histoire à ceux qui les ignorent ou feignent de les ignorer (...) Ainsi, cest labsence, à la base de lhistoire, de toutes annales antérieures, propres à éclairer les hommes désireux de sinstruire et à confondre lerreur, qui explique les nombreuses divergences des historiens. En second lieu, il faut ajouter à celle-là une cause importante. Ceux qui ont entrepris décrire ne se sont point attachés à chercher la vérité, malgré la profession qui revient toujours sous leur plume, mais ils ont fait montre de leur talent décrivain; et si par un moyen quelconque ils pensaient pouvoir en cela surpasser la réputation des autres, ils sy pliaient, les uns se livrant aux récits mythiques, les autres, par flatterie, à léloge des cités et des rois. Dautres encore sadonnèrent à la critique des événements et des historiens, dans la pensée détablir ainsi leur réputation. Bref, rien nest plus opposé à lhistoire que la méthode dont ils usent continuellement. Car la preuve de la vérité historique serait la concordance sur les mêmes points des dires et des écrits de tous; et, au contraire, chacun deux, en donnant des mêmes faits une version différente, espérait paraître par là le plus véridique de tous. Ainsi pour léloquence et le talent littéraire nous devons céder le pas aux historiens grecs, mais non point aussi pour la vérité historique en ce qui concerne lantiquité, et principalement quand il sagit de lhistoire nationale de chaque pays26. La méthode est excellente, et cest dailleurs grâce à Flavius Josèphe que nous est parvenue la chronologie des dynasties égyptiennes établies par le prêtre Manéthon. Sans les travaux chronologiques de Flavius Josèphe sur la Bible, et malgré ses défauts, nous ne pourrions établir la chronologie égyptienne actuelle. En effet, par une ironie de lhistoire, les égyptologues qui refusent la chronologie israélite ne sont pas conscients dune double inconséquence: 1) si la chronologie israélite devait être rejetée à cause dun manque de fiabilité il faudrait aussi rejeter, pour les mêmes raisons, la chronologie égyptienne fondée sur les chiffres de Manéthon et 2) il faudrait retirer le seul 26 Contre Apion I:1-5,23-27.
  11. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 11point dancrage de la 3e période intermédiaire puisque celui-ci dépend du règne de Chéchanq Ier(945-924) qui est lui-même calé sur la 5e année de Roboam calculée par Thiele! De façon surprenante une des rares dates pivots en égyptologie (-945) provient dunsynchronisme avec la chronologie biblique calculée par Thiele27! En effet, selon Kitchen28lattaque de Jérusalem par Chéchanq Ier qui coïncide avec sa campagne en Palestine(mentionnée sur une stèle datée de sa 21e et dernière année de règne) doit être datée de la 5eannée de Roboam29. En sappuyant ensuite sur la chronologie de Thiele, datant le règne deRoboam (930-913), il date sa 5e année en 925 (= 930 - 5), en supposant que la campagnedut se dérouler juste avant lan 21 de Chéchanq Ier (accession en 945 = 925 + 20). Si lacoïncidence avec lan 21 est supposée30, celle avec lan 5 est attestée31. La chronologiebiblique de Thiele est erronée (!), car il la ancrée sur un synchronisme supposé et non réelce qui la décalée denviron 45 ans. En effet, il a supposé que le tribut payé au roi assyrienPul par Ménahem était le même que celui mentionné dans les annales du roi babylonienPulu (surnom de Tiglath-phalazar III). Or, cette équivalence est impossible, Ménahemayant régné (771-760), 40 ans avant Pulu (728-727). Selon le texte biblique, le roi assyrienPul a précédé le roi assyrien Tiglath-phalazar III, car on lit32: Le dieu dIsraël excita lesprit dePhul, roi dAssyrie, et lesprit de Thelgathphalnasar, roi dAssyrie, il ny a donc pas déquivalence.Pulu est présenté comme un roi babylonien et non comme un roi assyrien et ce nom ne futjamais employé dans les textes babyloniens et assyriens33. Autre paradoxe, le tribut deMénahem (Me-ni-hi-im-me alSa-me-ri-na-a-a) apparaît dans les annales de Tiglath-phalazar IIIavant sa 9e campagne34, soit en -737, presque 10 ans avant quil ne devienne roi de Babylonesous le nom de Pulu. Ce synchronisme est donc anachronique et ne peut être utilisé pourancrer la chronologie israélite. Les thèses universitaires actuelles sur la chronologie israélitemontrent donc que le règne de Roboam doit débuter vers 980, avec un règne de 981-964 3527 E.R. THIELE – The Mysterious Numbers of the Hebrew KingsGrand Rapids 1983 Ed. The Zondervan Corporation p. 10.28 K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old TestamentCambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans pp. 30-34,108-110.29 1Rois 14:25,26; 2Chroniques 12:2-9. Le nom Chéchanq est écrit Šyšq et vocalisé Shishaq dans le texte massorétique, mais Šš(n)q dansles cartouches égyptiens. Le n devait vraisemblablement être nasalisé car il manque dans certains cartouches, ce qui induirait uneprononciation Chéchanq. Ce nom a été vocalisé Su-si-in-qu dans les annales dAssurbanipal (en -668), laissant supposer uneprononciation Shoshenq, mais les transcriptions akkadiennes des noms égyptiens sont souvent peu fidèles à loriginal.30 Le pylône où apparaît la scène de triomphe a été achevé par Ioupout un fils du roi, le II Shemou [?] de lan 21, soit peu avant la mortde Chéchanq Ier (R.A. CAMINOS – Gebel Es-Silsillah n°100 in: Journal of Egyptian Archaeology 38 (1952) pp. 46-61), ce qui nimplique pasde lien immédiat avec la campagne en Palestine, mais plutôt un délai de plusieurs années avant cet an 21, durée nécessaire à laconstruction à la construction du bâtiment commémorant le triomphe.31 K.A. WILSON – The Campaign of Pharaoh Shoshenq I into Palestine2005 Tübingen Ed. Mohr Siebeck pp. 97-99.32 1Chroniques 5:26 (Bible de Pirot-Clamer).33 G. FRAME – Babylonia 689-627 B.C.Istanbul 1992 Ed. Nederlands Historish-Archaeologish Instituut pp. 303-305.34 D.D. LUCKENBILL – Ancient Records of Assyria and BabyloniaChicago 1926 Ed. The University of Chicago Press pp. 276,277.35 M.C. TETLEY – The Reconstructed Chronology of the Divided KingdomWinona 2005 Ed. Eisenbrauns pp. 179-180.
  12. 12 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE ou de 975-95936 et non de 930-913, soit un décalage de 45/50 ans. Malgré les progrès dans la précision de la chronologie israélite, les égyptologues actuels (dans leur immense majorité), ainsi que les archéologues, refusent toujours den tenir compte. Quelles sont les raisons de ce refus? La réponse de Christiane Desroches Noblecourt dans son courrier, daté du 9 août 2002, est révélatrice, elle écrit: Votre documentation sur ce que lon peut simaginer de lExode est impressionnante et ma beaucoup intéressée. En ce qui me concerne, comme vous devez le savoir, je ne suis absolument pas spécialiste de la question, mais jai dû my intéresser "de loin" lorsque jai organisé lexposition Ramsès II puis, par la suite au moment où jai écrit mon livre sur Ramsès. A cette époque, il me fallait faire au moins allusion à lExode puisque certains auteurs en avaient parlé. Vous avez dû constater que javais été prudente et quil sagissait surtout de situer le contexte correspondant à certains détails du récit biblique. Mais rien ne pouvait me permettre dêtre réellement affirmative. Et, depuis cette époque, je me range de plus en plus aux côtés de mon excellent collègue et ami, le Prof. Claude Vandersleyen qui place le contexte éventuel de la légende, jécris bien la légende de lExode autour du départ dÉgypte des Hyksos (...) Enfin pour répondre à certains intégristes qui veulent absolument que David et Salomon aient existé, faut-il se référer au travail de deux archéologues israéliens Israël Finkelstein et Asher Silberman. Les nouvelles révélations de larchéologie (Bayard Éditions). Les précisions de cette éminente égyptologue sont sidérantes, bien quelle ne soit "absolument pas spécialiste de la question" et quelle prétende ne pas être affirmative, elle se contredit immédiatement en affirmant de façon dogmatique "lExode est une légende" et elle accuse même ceux qui croient à lexistence de David et de Salomon dêtre des intégristes (le monde est donc plein dintégristes, à lexception bien sûr des égyptologues et des archéologues). Quels sont les arguments permettant des conclusions aussi provocantes? Aucun, sinon la référence à deux universitaires. Quels sont les arguments invoqués par les spécialistes pour refuser à la Bible sa prétention à être un document historique ? LA "VERITE" EST-ELLE HISTORIQUE OU ARCHEOLOGIQUE? Dans son livre La Bible dévoilée, larchéologue israélien Finkelstein expose les raisons de douter de lauthenticité de la Bible. Le titre même du livre "dévoile" son caractère subversif, et le sous-titre "Les nouvelles révélations de larchéologie" est une prétention quasi religieuse. Il écrit: Les savants qui prêtaient foi au compte rendu biblique commettaient lerreur de croire que lère des patriarches devait à tout prix être considérée comme la phase première dune histoire séquentielle dIsraël. Les spécialistes de la critique textuelle, qui avaient identifié les sources distinctives sous- 36F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old Testament Texas 2005 Ed. Master Books pp. 170-173,326.
  13. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 13jacentes du texte de la Genèse, répétaient avec insistance que le récit des patriarches avait été couché par écrità une date relativement récente, quils situaient à la période monarchique (Xe-VIIIe siècles av. J.C.) ... Lesrécits bibliques se rangeraient donc parmi les mythologies nationales, et nauraient pas plus de fondementhistorique que la saga homérique dUlysse, ou celle dÉnée, le fondateur de Rome (...) Lhistoire despatriarches est pleine de chameaux (...) Or, larchéologie révèle que le dromadaire ne fut pas domestiquéavant la fin du IIe millénaire37. Finkelstein fait référence à la critique biblique de Wellhausen,pour dater les récits du Pentateuque, or cette "critique" est sérieusement critiquée38 (ce quiest un comble). De plus, bien quil connaisse lexcellent travail de Bulliet sur ladomestication du chameau à la fin du 3e millénaire avant notre ère, il ne le cite jamais (oncomprend pourquoi). Concernant lexistence de David et Salomon39, après avoir préciséPosée de façon aussi abrupte, cette question risque de paraître intentionnellement provocatrice, il écrit:David et Salomon ont été élevés, au cours des siècles, au rang dicônes religieuses auréolées dun tel prestige—tant par le judaïsme que par le christianisme— que les déclarations récentes de certains biblistesradicaux, qui affirment que le roi David na pas davantage « de validité historique que le roi Arthur », ontété accueillies dans les cercles religieux et scientifiques avec un mépris hautain et scandalisé. Des historiensde la Bible comme Thomas Thompson et Niels Peter Lemche, de luniversité de Copenhague, et PhilipDavies, de luniversité de Sheffield, que leurs détracteurs surnomment les « minimalistes bibliques », nonten effet pas hésité à déclarer que David et Salomon, la monarchie unifiée, en réalité lentière descriptionbiblique de lhistoire dIsraël, nétaient rien de plus que des montages idéologiques, habilement élaborés,effectués par les différents cercles sacerdotaux de Jérusalem, durant la période postexilique, voirehellénistique. Dun point de vue purement littéraire et archéologique, certains arguments plaident en faveurdes minimalistes. La lecture attentive de la description biblique du règne de Salomon démontre clairementquil sagit de la peinture dun passé idéalisé, dune sorte dâge dor, nimbé de gloire. Le compte rendu de sesfabuleuses richesses (...) abonde en détails trop excessifs pour être crédibles. En outre, en dépit de leursprétendues richesses et pouvoirs, ni David ni Salomon ne figurent dans aucun texte égyptien oumésopotamien. Enfin, Jérusalem ne contient pas le moindre vestige archéologique des célèbres constructions deSalomon. Les fouilles entreprises à Jérusalem, autour et sur la colline du Temple, au cours du XIXe siècleet au début du XXe siècle, nont pas permis didentifier ne serait-ce quune trace du Temple de Salomon etde son palais (...) Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, les rapporter à dautres roisparaît aujourdhui beaucoup plus raisonnable. Les implications dun tel réexamen sont énormes. En effet,sil ny a pas eu de patriarches, ni dExode, ni de conquête de Canaan —ni de monarchie unifiée et37 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoiléeParis 2002 Éd. Bayard pp. 50, 51.38 P. GUILLEMETTE, M. BRISEBOIS – introduction aux méthodes historico-critiquesQuébec 1987 Éd. Fides pp. 232-238.39 La Bible dévoilée pp. 150, 154-156.
  14. 14 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE prospère sous David et Salomon—, devons-nous en conclure que lIsraël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, et les livres de Josué, des Juges et de Samuel, na jamais existé. Pour résumer cette argumentation nihiliste: en dehors des vérités archéologiques point de salut, car toute histoire ne peut être que mythique. Cette conception du passé est extrêmement subversive. En effet, du point de vue archéologique, lexistence des chambres à gaz, par exemple (que jai choisi à dessein pour illustrer les conséquences dramatiques de cette idéologie), ne peuvent être prouvées, ce qui conduirait à la conclusion choquante dun "mythe des chambres à gaz". Finkelstein40 explique le but de son travail: Tout ceci démontre le pouvoir extraordinaire de larchéologie, témoin en temps réel des événements. Larchéologie doit prendre linitiative dans lécriture de lhistoire de lancien Israël; non pas larchéologie biblique traditionnelle, qui a assujetti larchéologie au texte et la surtout utilisée de manière « décorative » pour illustrer les histoires bibliques, mais larchéologie moderne, débarrassée de toute influence, indépendante (...) larchéologie est le seul témoin de lhistoire du Xe siècle avant notre ère. En réalité, larchéologie va bien plus loin que cela. Elle peut aussi largement nous renseigner sur les textes eux-mêmes (...) Me considérant comme un « historien qui pratique larchéologie », je traiterai avant tout dhistoire politique (...) Il faut reconnaître que nous manquons cruellement de documents historiques pour le fer I, période allant de la fin du XIIe à la fin du Xe siècle av. J.C. Bien que le texte biblique ait pu préserver des parcelles de souvenirs anciens, le matériau utilisé dans les livres de Josué et des Juges na que peu de rapport avec cette histoire formative de lhistoire de lancien Israël (...) Il va sans dire que je vais utiliser le système de la chronologie basse pour la datation des strates de lâge de fer (...) Je pense que la notion de grand État pan-israélite au Xe siècle av. J.C. est une invention des historiens deutéronomistes et a été dictée par lidéologie de Juda pendant la monarchie tardive. Il faudrait, selon Finkelstein, remplacer les historiens par les archéologues pour écrire lhistoire dIsraël. Formidable retour en arrière41. En effet, depuis Hérodote, les historiens se sont efforcés daméliorer la chronologie afin de trier entre les fables et lhistoire, les archéologues, qui ne peuvent dater leurs objets bien souvent quà un siècle près, voire pas du tout dans le cas des édifices en pierres, prétendent refaire lhistoire. Sans chronologie, lhistoire ne serait quune branche de la philosophie, sans les historiens, larchéologie ne peut être quune nouvelle branche de la mythologie. Dever42 résume le processus actuellement en cours: À la relecture de tout ce que Finkelstein a écrit sur le sujet, trois choses en particulier me surprennent. Premièrement, contrairement aux autres savants que jai mentionnés, 40 I. FINKELSTEIN – Un archéologue au pays de la Bible Paris 2008 Éd. Bayard pp. 32, 33, 52, 53. 41 Les historiens savent depuis longtemps que les faits nexistent pas en eux-mêmes, il faut se servir des témoignages historiques, puis les replacer dans le temps grâce à une chronologie précise, afin de dissocier les causes des conséquences. Les archéologues qui prétendent faire parler les pierres ‘oublient’ quils en deviennent les ventriloques, comme le prouvent les querelles entre leurs différentes chapelles. 42 W.G. DEVER – Aux origines dIsraël. Quand la Bible dit vrai Paris 2005 Éd. Bayard pp. 171-173, 245, 263..
  15. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 15il ne donne aucune description claire et digne dêtre citée de lentité quil a jadis appelée l« Israël primitif »(...) Deuxièmement, dans les débats daprès 1995 (ceux de 1996, 1997, 1998, en particulier), il ne cessede se répéter, parfois mot pour mot. Troisièmement, Finkelstein rejette systématiquement toutes mes critiquesdans ses publications, mais il ne trouve à leur opposer que des attaques personnelles au lieu de donnéesconcrètes, quelles soient anciennes ou nouvelles. Non content de déformer mes propos (je nai jamais été un«gottwaldien »), il me prend pour un « archéologue biblique », alors que je critiquais déjà cette approchequand Finkelstein allait encore à lécole. Ces remarques illustrent les motivations derrière le débatdit "scientifique", dans lequel le fait dêtre qualifié "darchéologue biblique" constitue uneinsulte insupportable. En fait, contrairement à leur prétendue neutralité, les archéologuessont les parties prenantes dun débat idéologique. Dever conclut ainsi son analyse: Ce quiprécède se voulait une analyse critique des données archéologiques et bibliques en notre possession sur lesorigines dIsraël. Tout au long de cet exposé, jai tenté de démontrer que les témoignages archéologiques lesplus récents, dont certains représentent une révolution dans ce domaine, doivent être dorénavant considéréscomme notre source primordiale pour lécriture (ou la réécriture) de lhistoire des débuts dIsraël. Cetteaffirmation catégorique de la primauté de larchéologie en matière de recherche historique nen pose pasmoins un problème: elle relègue le texte biblique, avec ses hautes traditions, à un rang subalterne en tant quesource. On pourrait même linterpréter comme un rejet global de la Bible. Il devient en effet tentant dignorerles récits bibliques sur les origines dIsraël et son émergence historique en les prenant pour des textes depropagande théocratique trop tardifs, parfois divertissants, quelquefois édifiants, mais entièrement fictifs.Une porte est ouverte à travers laquelle ne manqueront pas de sengouffrer les révisionnistes, déjà trop enclinsà se servir du scepticisme des archéologues pour justifier leur programme nihiliste. Quest-ce qui motivecette démolition programmée de lhistoire biblique (et aussi par extension de lhistoire engénéral)? Dever en dévoile les raisons: Balter introduit avec soin la façon dont les diverses idéologies,religieuses ou politiques, se servent de larchéologie à des fins douteuses. Comme je lui ai dit: « Nous noussommes tellement battus pour faire de larchéologie une discipline respectable, pour la libérer de ce genre deproblème émotionnels... Nous y voilà de nouveau plongés jusquau cou ! » Balter fait correctement le lienentre le révisionnisme biblique originel et le nouveau révisionnisme archéologique. Il explique commentHamid Sali, un jeune archéologue palestinien de luniversité de Birzeit, se disait ravi de pouvoir enfinfouiller le sol de sa propre patrie (...) Khaled Nashef est un partisan fervent et redoutablement efficace delengagement de larchéologie locale dans la cause palestinienne. Il déclare que lhistoire de la Palestine a ététrop longtemps écrite et définie par les « archéologues bibliques », chrétiens ou israéliens. À présent, dit-il, ilappartient aux Palestiniens de réécrire cette histoire, en commençant par la redécouverte archéologique delancienne Palestine. Effectivement, selon le texte biblique, cest Dieu qui autorise les Israélitesà expulser des Cananéens de leur terre. Sagit-il dune interprétation religieuse?
  16. 16 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE On le voit, linterprétation archéologique nest jamais neutre, ni religieusement, ni politiquement. De plus, sans chronologie précise, les objets archéologiques sont souvent ininterprétables, ce qui laisse donc place à toutes les spéculations43. Dans ces conditions, comment reconstituer lhistoire dIsraël ? Il faut laisser laffaire aux mains des historiens, et la meilleure méthode, instaurée par Hérodote, est celle qui sappuie sur des synchronismes historiques qui peuvent être datés par lastronomie. COMMENT RECONSTITUER LHISTOIRE DISRAËL? Roland de Vaux44 expose en préface la méthode utilisée pour reconstituer lhistoire dIsraël, il écrit: Jai longtemps hésité sur le titre quaurait cet ouvrage. Le nom d« Histoire dIsraël », donné souvent à des travaux analogues, a semblé inadéquat. En effet, « Israël » némerge dans lhistoire que comme le nom collectif donné à un groupe de tribus après leur installation en Canaan. Devenu une entité politique par linstitution de la monarchie sous Saül, réduit au royaume du Nord après la mort de Salomon, cet « Israël » a cessé dexister politiquement lorsque la chute de Samarie a consommé la réduction du royaume du Nord en provinces assyriennes (...) Dun autre côté, le nom d« Israël », avec sa connotation religieuse, est à partir du retour de lExil en compétition avec celui de « Judaïsme », désignant un mouvement qui, malgré toutes ses attaches avec le passé, est assez original pour justifier un nom nouveau (...) Puisque lAncien Testament est la source principale de cette histoire, la recherche doit partir de létude de son texte (...) La critique historique, enfin, travaille sur les éléments ainsi rassemblés. Elle recourt à lAncien Testament lui-même mais elle fait appel à des témoignages externes : la géographie humaine et historiques des territoires externes ; les textes anciens du Proche-Orient qui, par milliers, nous renseignent sur les peuples voisins dIsraël et permettent de reconstruire leur histoire, ou qui, rarement, contiennent une référence directe à un personnage ou à un événement de la Bible, ou qui, trouvés en Palestine ; larchéologie qui illustre ces textes orientaux et ceux de lAncien Testament qui les complète lorsquils sont défaillants. Aucun historien ne conteste la nécessité de tenir compte à la fois du texte biblique et de tout lapport des découvertes récentes. Il paraît effectivement raisonnable de restreindre lhistoire de lancien Israël à une période commençant au plus tôt avec Abraham, puisque avant lui il ny a pas de peuple (et donc pas de trace), et finissant au plus tard avec Bar-Kokhba, puisque après ce personnage il ny a plus de peuple localisé mais seulement une diaspora juive. La méthode consistant à comparer les textes anciens avec les inscriptions et les données archéologiques est excellente, même si les résultats sont généralement limités. 43 A. MAZAR – Archeology of the Land of the Bible New York 1990 Ed. Doubleday pp. 28-34, 232-530. 44 R. DE VAUX – Histoire ancienne dIsraël Paris 1986 Éd. Gabalda pp. 7-10.
  17. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 17 Selon le texte biblique, Abraham était originaire dUr, personnage puissant45, ilaurait vécu autour de -1900. Le livre de la Genèse46 donne les noms de ses ancêtresimmédiats: Térah, Nahôr et Seroug. Selon larchéologie la ville dUr a bel et bien existé.Cétait une ville prestigieuse de Sumer qui eut son apogée vers la fin du 3e millénaire avantnotre ère. Les noms très rares des ancêtres dAbraham ont été retrouvés dans le nord de laMésopotamie, sous la forme Ša-ru-gi (Seroug) dans un document de Tello daté de la IIIedynastie dUr III (2020-1912), et sous la forme Na-ḫa-rum (Nahôr) dans un document de lamême époque à Nippur47. Un document de Mari48 précisant même que la ville de Nahourétait proche de Harrân49. Larchéologie a montré que Harrân fut une ville prospère à la findu 3e millénaire avant notre ère, période durant laquelle la Genèse place la vie dAbraham,puis cette ville végéta entre -1800 et -700. Même sil est le plus souvent difficile de dater avec précision les événementsbibliques par larchéologie, car ils sont nécessairement lacunaires sur ces époques reculées,certains détails donnent des renseignements que lon peut comparer à des empreintesdigitales. Cest dailleurs grâce à ces détails insoupçonnés que lon peut déterminer si unrécit peut être classé comme historique ou mythologique du type "il était une fois". Troiséléments apparemment anodins (à lépoque de la rédaction), permettent ainsi de dater unévénement de manière assez précise, soit: 1) Le taux dinflation du prix dun esclave. 2) La proportion de certains noms dans les documents. 3) La structure des traités connus. 4) La présence de mots rares liés à une époque précise. 1) Le premier élément de vérification de la chronologie israélite est fourni parlévolution du prix dun esclave. Celui-ci a augmenté avec le temps50, phénomène quonappelle inflation. Il est de 10 à 15 shekels à Akkad (-2200), de 10 shekels à Ur III (-2000),de 20 shekels dans le code dHammurabi et à Mari (-1700), de 30 shekels à Nuzi (-1400),entre 20 et 40 shekels à Ugarit (-1300), de 50 à 60 shekels en Assyrie (900-800), et entre 90et 120 shekels au début de lépoque perse (600-500).45 Genèse 11:31; 14:14.46 Genèse 11:22-26.47 R. DE VAUX - Histoire ancienne dIsraël des origines à linstallation en CanaanParis 1986 Éd. Gabalda p. 185.48 G. ROUX - La MésopotamieParis 1995 Éd. Seuil p. 256.The Biblical Archaeologist1948 p. 16.49 Genèse 29:4,5.50 E.M. B LAIKLOCK - The New International Dictionary of Biblical ArchaeologyMichigan 1983 Ed. Zondervan Publishing House p. 417.P. GARELLI, J.M. DURAND, H. GONNET, C. BRENIQUET - Le Proche-Orient AsiatiqueParis 1997 Éd. P.U.F. pp. 278-288.
  18. 18 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE La corrélation entre la datation biblique et la période où les événements sont censés se produire est excellente. Le prix de 20 shekels fixé pour acheter Joseph (à lâge de 17 ans) comme esclave51 est en accord avec la période où il fut vendu (-1770), comme celui de 30 shekels en Exode52 avec la période où Moïse est censé avoir vécu (-1500). De même, le prix de 50 shekels53 correspond à la période où régna Ménahem (-770). Enfin, le prix de 90 shekels (3x30) se déduit à partir du texte de Zacharie54 qui écrivit vers -520. La somme de 30 shekels représentait un mois de salaire soit le tiers du prix dun esclave. En effet, un shekel valait 3 deniers, et un denier correspondait à une journée de travail au 1er siècle55. 2) Le deuxième élément de vérification de la chronologie israélite provient de la proportion des noms amorites comportant une forme conjuguée à limparfait (commençant souvent par un i ou un y) par rapport à lensemble des noms à une période donnée. Il est évident que certains noms (ou prénoms) sont caractéristiques dune époque, ce qui permet de les dater. Une étude56 portant sur 360 noms akkadiens du 3e millénaire avant notre ère, a montré une proportion de 20% de noms à limparfait, dont 80% commençant par y/i. Une autre étude57 portant sur 6000 noms a révélé que vers -1800 il y en avait 16% à limparfait, dont 55% commençant par y/i. Autour de -1300 sur 4050 noms il ny en a plus que 2% à limparfait, dont 30% commençant par y/i. Au début du 1er millénaire avant notre ère, sur 5000 noms, il nen reste que 0,25% à limparfait, dont 1,6% commençant par y/i: 51 Genèse 37:28. 52 Exode 21:32. 53 2Rois 15:20. 54 Zacharie 11:8,12. 55 Matthieu 20:2. 56 R.A. DI VITO - Studies in Third Millenium Sumerian and Akkadian Personal Names Roma 1993 Ed. Pontificio Istituto Biblico pp. 306-317. J. BRIGHT - A History of Israel London 1980 ED. SCM pp. 77, 78. K.A. KITCHEN - Ancient Orient and the Old Testament Chicago 1966 Ed. IVP pp. 48, 49. D.J. WISEMAN F.E. GAEBELEIN - Archaeology & The Old Testament in: Expositor’s Bible Commentary, Vol. 1, Grand Rapids 1983 Ed. Zondervan p. 316. 57 K.A. KITCHEN - Ancient Israel. A Short History from Abraham to the Destruction of the Tem. 1989 in: Themelios 15:1 Ed. H. Shanks pp. 25-28.
  19. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 19 Dans les chapitres 16 à 50 du livre de la Genèse apparaissent vingt-quatredescendants dAbraham, dont quatre ont un nom commençant par y/i (Ismaël, Isaac,Jacob, Joseph), soit une proportion de 16%. La période où ces personnages ont vécusétend de -2000 à -1750 selon la Bible, ce qui est effectivement en très bon accord avec cesdonnées archéologiques. Détail digne dintérêt, toutes les divinités dont le nom commencepar y/i sont très anciennes, en fait avant le 2e millénaire avant notre ère; par exemple:Ishtar, Il, Igigi, Inanna, Ishkur, Ishara, Inshushinak, etc. 3) Le troisième élément de vérification de la chronologie israélite provient de lastructure des traités, également caractéristique de chaque époque. Une étude58 portant surcinquante-sept traités a montré que ceux-ci comportaient des parties spécifiques (témoins,titres, serments, engagements, malédictions, bénédictions, rappels historiques) présentésdans un ordre caractéristique propre à chaque époque. La Bible rapporte trois traités conclus à lépoque patriarcale: celui dAbraham avecAbimélek en Genèse 21, celui dIsaac avec Abimélek en Genèse 26, et celui de Jacob avecLaban en Genèse 31. Ces trois traités ont la même structure:1) des témoins59;2) un serment60;3) des engagements61;4) des malédictions et des bénédictions62.58 K.A. KITCHEN - The Patriarchal Age: Myth or History1995 in: Biblical Archaeology Review 21:2 pp. 48-57, 88-95.K.A. KITCHEN, R.S. HESS - Genesis 12-50 in the Near Eastern WorldCambridge 1993 in: He Swore an Oath Ed. Tyndale House pp. 67-92.59 Genèse 21:22; 26:28; 31:44-52.60 Genèse 21:23; 26:28; 31:44.61 Genèse 21:24,30; 26:29; 31:52.62 Genèse 21:33; 26:29; 31:53.
  20. 20 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Les trois traités bibliques de lépoque patriarcale cadrent exactement avec ceux qui existaient au début du 2e millénaire avant notre ère, daprès les données archéologiques et linguistiques. Cette confrontation est pertinente puisquelle compare des données sensiblement du même lieu et de la même époque. 4) Le quatrième élément de vérification de la chronologie israélite provient de la présence de mots rares liés à une époque déterminée dans le temps. Cette méthode de datation par lanalyse linguistique nest possible que si le corpus est bien documenté, ce qui est rarement le cas. Le mot manne, par exemple, est traduit par "quest-ce [que cest]?63". Or ce mot "manne" est légèrement différent de sa définition hébraïque mâ-hou. Certains linguistes expliquent cet écart en invoquant une étymologie populaire basée sur le syriaque ou laraméen tardif. Cette explication érudite nest pas satisfaisante puisque le mot manne signifie "qui" et non "quest-ce" dans ces deux langues. La forme des pronoms interrogatifs dans les langues sémitiques anciennes64, est la suivante: Qui Quoi Langue attestée de - à: Égyptien ancien/moyen m m -2500 -1500 Akkadien ancien man min -2500 -2000 Assyro-Babylonien mannu(m) mînu(m) -1900 -600 Amorite manna ma -2500 -1500 Ugaritique my mh, mn -1500 -1100 Cananéen ancien miya manna -1800 -1100 Phénicien my m -1000 300 Hébreu mî mâ -1000 500 Araméen ancien/moyen man mâ -900 200 Syriaque ancien man mâ 0 200 63Exode 16:15. 64E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammar in: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 336,337.
  21. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 21 Le mot manne existait en cananéen ancien et avait le sens de "quest-ce", il se trouveécrit sous la forme ma-an-na dans une lettre à El-Amarna (EA 286), datée autour de -1350.Cette vocalisation est conservée par la Septante et par le Nouveau Testament. Le cananéenancien est un hébreu teinté dakkadien65, utilisé par des scribes dans leur correspondanceavec Canaan. Or, cet ancien dialecte a disparu après -1100. Un autre exemple détymologie,attestant de la très haute antiquité du texte biblique, est fourni par le mot hanikayw "seshommes délite" en Genèse 14:14. Cet hapax, dont on ignorait encore le sens exact il y apeu, fut découvert dans des textes égyptiens dexécration datés en 1900-1800 pour qualifier"les hommes délite" des princes cananéens. Ce mot rare66 apparaît ensuite, pour la dernièrefois, dans un texte trouvé à Taanach daté en 1500-1400. Comment un rédacteur tardif dutexte biblique aurait-il pu connaître un mot disparu depuis -1400? Lexplication la plussimple de cette étonnante précision nest-elle pas dadmettre que lauteur du texte ait vécu àlépoque des faits? La datation obtenue grâce à la linguistique est cependant balbutiante àcause du corpus très restreint sur lequel elle opère. Les mots rares de la Bible ont souventété supposés tardifs, et donc anachroniques. Ces conclusions, qui reposaient en fait surnotre ignorance des langues anciennes, ont régulièrement été démenties. Par exemple, selonun dictionnaire de référence67, les mots ketem "or" (Job 28:16,19), pardes "parc" (Cantiquedes cantiques 4:13; Ecclésiaste 2:5; Néhémie 2:8) et karoz "héraut" (Daniel 3:4) sont tardifspuisque pardes et karoz auraient été empruntés au grec (paradeisos "paradis" et kerux"héraut"), soit autour de -400. Selon un dictionnaire plus récent68, ces mots rares existaienten akkadien: kutîmu viendrait du sumérien KU-DIM "orfèvrerie" (avant -2000), pardêsu"enclos" du vieux perse "muret autour" (vers -600) et kirenzi "proclamation" seraitemprunté à la langue hourrite (vers -1500). Selon une étude plus approfondie, le mot vieuxperse pari-dîdâ "muraille autour", viendrait du mède pari-daiza. Or, la langue mède étaitparlée à Ecbatane et remonte au début du 1er millénaire avant notre ère69. Les affirmationsdanachronismes sont donc maintenant devenues anachroniques, elles reposaient en fait surune illusion, les mots disparus étant en fait des mots hibernants70.65 S. IZREEL - Canaano-AkkadianMunich 2005 Ed. Licom Europa pp. 1-4.66 R. DE VAUX - Histoire ancienne dIsraël des origines à linstallation en CanaanParis 1986 Éd. Gabalda pp. 208-209.67 F. BROWN, S.R. DRIVER, C.A. BRIGGS – A Hebrew and English Lexicon of the Old TestamentOxford 1951 Ed. Oxford University pp. 508, 825, 1097.68 J. BLACK, A. GEORGE, N. POSTGATE – A Concise Dictionary of AkkadianWiesbaden 2000 Ed.Harrassowitz Verlag pp. 159, 171, 266.69 F. JOANNES – Dictionnaire de la civilisation mésopotamienneParis 2001 Éd. Robet Laffont p. 517.70 A.R. MILLARD - The Tell Fekheriyeh Inscriptionsin: Biblical Archaeology Today 1990. Jerusalem 1993, Ed. Israel Exploration Society p. 523A.R. MILLARD - A Lexical Illusionin: Journal of Semitic Studies 31 (1986) pp. 1-3.
  22. 22 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Les fouilles de ras Shamra (en 1929), qui ont exhumé lantique ville dUgarit détruite en -1185, ont permis de démentir plusieurs préjugés de larchéologie. En effet, cette ville de Syrie connaissait déjà lalphabet (en cunéiforme) au 14e siècle avant notre ère71, sa langue étant très proche de lhébreu. Cela a dailleurs permis déclairer des expressions bibliques obscures72: šebîsîm "petits soleils" en Isaïe 3:18, šeta‘ "craindre/ terrifier" en Isaïe 41:10, bêt- hahopšît "maison de réclusion" en 2Rois 15:8, rokeb ba‘arabôt "chevaucheurs de nuées" en Psaumes 68:5, etc. Les connaissances archéologiques nen sont donc quà leur début. Les conclusions linguistiques sont encore faussées par dautres difficultés:  Selon le Talmud73, le texte biblique en paléo-hébreu a été réécrit en caractère araméen (appelé "hébreu carré") par Esdras (vers -400). Certains termes techniques archaïques ont été réactualisés, ce qui a généré des anachronismes artificiels. Le mot "darique" (1Chroniques 29:7), par exemple, est anachronique, puisque cette unité monétaire, apparue seulement au 6e siècle avant notre ère, était inconnue à lépoque de David, quatre siècles plus tôt. Esdras, lauteur présumé du livre des Chroniques, a donc effectué la conversion dune ancienne unité, inusitée à son époque, en une autre plus courante et familière: "la darique", comme il le fait en Esdras 8:27. Par contre, la qesitah (Genèse 33:19; Josué 24:32; Job 42:11) na pas été convertie par Esdras (les traducteurs de la Septante, eux, lont traduite par "agneau", créant ainsi un nouvel anachronisme).  Les aires géographiques de lAntiquité, dont le nom a été conservé, ont changé avec le temps. Selon le Nouveau Testament, le Sinaï (au nord de lÉgypte) était une montagne située en Arabie (Galates 4:25; Ac 7:29,30). De même, les traducteurs de la Septante situaient aussi (en -280) le pays de Goshèn en Arabie74. Il semble donc y avoir un anachronisme, cependant cette définition de lArabie recoupe celle des historiens de lépoque. Strabon75 (-64 21), historien grec du Pont, décrivait les frontières de lArabie comme allant du Golf persique à lEst jusquau Nil à lOuest, ce qui signifie que pour lui la péninsule arabique et la péninsule du Sinaï étaient incluses dans lArabie. De même, lhistorien grec Hérodote76 (495-425) appelait Arabie toute cette région allant de lEst du Nil à la Mer Rouge. LArabie de la Septante et du Nouveau Testament est donc différente de celle de lAncien Testament (qui correspond à la définition actuelle), mais était en accord avec celle des géographes grecs de leur époque. 71 Les archives dUgarit avant -1350 ont malheureusement disparu, peut-être parce que le support utilisé pour lécriture était la tablette de bois recouverte de cire (S. LACKENBACHER – Textes akkadiens dUgarit, in: LAPO 22, Éd. Cerf 2002, pp. 22-23). Les archives dÉbla (vers -2300), éclairent aussi lhébreu (M. DAHOOD – Eblaite and Biblical Hebrew in: Catholic Biblical Quaterly 44:1, 1982, pp. 1-24). 72 A. SCHOORS - Ugarit, in: Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Éd. Brepols 1987 pp. 1287-1290. 73 Talmud de Babylone: Baba Batra 14b; Sanhédrin 4:7 21b. 74 Genèse 45:10, 46:34. 75 Géographie 16:4:2; 17:1:21-31. 76 Enquête 2:8, 15, 19, 30, 75, 124, 158.
  23. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 23 Les liens entre lethnicité et laire géographique ont évolué avec le temps. La précision "Ur des Chaldéens77" de lépoque dAbraham (autour de -2000), par exemple, est jugée anachronique puisque les Chaldéens napparaissent que 1000 ans plus tard. La Chaldée désigne une région au sud de la Babylonie. La Septante à traduit lexpression "Ur des Chaldéens" par "territoire des Chaldéens", ce qui est une précision géographique et non ethnique. Le mot grec kaldaiôn "Chaldéens" vient de lassyrien kaldu et provient du babylonien kašdu78 (avant -900). Or, le mot hébreu nest pas kaldu mais kašdim, léquivalent de kašdu. Ce mot pourrait provenir de kiššatu, qui désignait à la fois "la totalité" et "[lempire de] Kiš". Selon Joannès79: Les Chaldéens restent une population relativement mal connue. Il sagit vraisemblablement de sémites occidentaux, originellement nomades, dont on constate lapparition et linstallation dans lextrême sud de la basse Mésopotamie au début du Ier millénaire av. J.-C., au même moment que les Araméens auxquels ils sont peut-être apparentés. Cest dans une inscription dAššurbanipal II quils apparaissent pour la première fois en 872 av. J.- C. Si lon trouve des Chaldéens dans certaines grandes villes babyloniennes (Sippar, Kuta, Kiš, Nippur, Uruk), leur habitat privilégié semble avoir été le sud de la Babylonie et le pays des marais, où ils fondèrent des établissements permanents, que les rois assyriens eurent à conquérir (...) De la même manière que le terme Akkad renvoie à la capitale et au pays quelle dominait, le nom Kiš a désigné plusieurs siècles auparavant et dans la même région, à la fois la ville éponyme et lensemble géographique constitué entre les cours parallèle de lEuphrate et du Tigre à leur entrée en basse Mésopotamie. "Ur des Chaldéens" pourrait donc se référer à "Ur [de lempire] de Kiš". Bien que, selon la Liste royale sumérienne, Kiš fut la première ville à recevoir la royauté après le Déluge, le corpus provenant de cette antique civilisation80 reste encore très faible par rapport à celui de Sumer, le Shinéar de la Bible81. Les archéologues supposent "par principe" que le texte biblique est tardif. Ainsilorsque la tablette XI de Lépopée de Gilgamesh, donnant la version en sumérien du récitbiblique du Déluge (chapitres 7 et 8 de la Genèse), fut découverte en 1872, lexplication quisest vite imposée fut de considérer la version biblique comme un plagiat, Ziusudra, "vie delongs jours" en sumérien, devenant le modèle du Noé biblique. Une analyse critique82 de cecélèbre récit aboutit à une conclusion inverse. En effet, le récit sumérien comporte77 Genèse 11:28,31; 15:7.78 J. BLACK, A. GEORGE, N. POSTGATE – A Concise Dictionary of AkkadianWiesbaden 2000 Ed.Harrassowitz Verlag pp. 152, 162.79 F. JOANNES – Dictionnaire de la civilisation mésopotamienneParis 2001 Éd. Robet Laffont pp. 175-176, 448-449.80 E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammarin: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 51-52.81 Bien que les empires dUruk, dAkkad et de Babylone soient présentés comme anciens (Genèse 10:10), celui de Kiš a pu les précéder.82 R.J. TOURNAY, A. SHAFFER – Lépopée de GilgameshParis 1994 Éd. Cerf pp. 222-247.
  24. 24 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE plusieurs invraisemblances, absentes du texte biblique83. Le récit biblique du Déluge est donc plus conforme à la logique et contient une version plus proche de loriginal. Enfin, la différence majeure concerne le monothéisme strict du texte biblique par opposition au polythéisme grossier du récit sumérien. Or, les seuls monothéistes connus, à cette époque, sont les Hyksos. Selon les informations du prêtre égyptien Manéthon, rapportées par Flavius Josèphe84, les Hyksos vivaient à Avaris, une ville consacrée à Typhon/Seth (Seth est le nom égyptien de Baal, le "Seigneur" de Canaan)85. Apopi, le dernier Hyksos, est dailleurs le premier monothéiste connu86, un adorateur du seul "Seigneur". En fonction de ces quelques critères, la version monothéiste du Déluge na chronologiquement pu naître, ou être rapportée, quen milieu hyksos de lépoque dApopi. Ainsi, les conclusions linguistiques sont souvent utilisées à charge contre le texte biblique. Lorsquelles confirment la chronologie israélite, elles ne sont généralement pas retenues, les archéologues assimilant alors ces synchronismes à des "coïncidences" en se focalisant sur de prétendus anachronismes rédhibitoires. Lanachronisme le plus grave, selon Finkelstein étant celui-ci: Lhistoire des patriarches est pleine de chameaux (...) Or, larchéologie révèle que le dromadaire ne fut pas domestiqué avant la fin du IIe millénaire87. Alors que dit réellement larchéologie et quelles sont les preuves disponibles? Les chameaux dans le récit dAbraham sont-ils anachroniques? Plusieurs études mentionnent des vestiges, des textes et des restes animaux, qui appuient une domestication du chameau commençant en Arabie88 avant -2000. De nombreux pétroglyphes89 apparaissant sur des roches en Arabie appuient ce fait90. Sy ajoute la présence dossements de chameaux91 datés aux mêmes époques (fin du 3e millénaire). 83 1) Ziusudra construit un coffre cubique de 120 coudées de côté. Les grands pétroliers actuels, conçus pour transporter de gros volumes en toute sécurité et de manière stable, ont exactement les proportions que larche biblique (300, 50 et 30 coudées), soit un rapport longueur sur largeur de 6 à 1, ce qui constitue un rapport idéal pour la flottabilité daprès les spécialistes de la construction navale, alors quun cube est très instable; 2) Ziusudra lance une colombe qui revint vers larche, puis une hirondelle qui fit de même, et enfin un corbeau qui ne revint pas. Noé, lui, lâche un corbeau qui va et vient, puis une colombe qui revient, puis de nouveau la colombe qui revient avec une feuille dolivier, et enfin la colombe qui ne revient pas. Selon les naturalistes, lastucieux corbeau est un des oiseaux les plus capable de sadapter et un des plus ingénieux. Il était donc avisé de commencer par le corbeau pour tester létat du pays et de terminer par la colombe, un oiseau peu astucieux; 3) Ziusudra était un homme immortel et vivait dans une contrée appelée Dilmun (lactuelle île de Bahreïn). Même si les jours de Noé furent prolongés à 950 ans, il finit, lui, par mourir. 84 Contre Apion I:237-238. Typhon est le nom grec de Seth, selon Diodore (Bibliothèque historique I:21, I:88). 85 N. A LLON - Seth is Baal — Evidence from the Egyptian Script in: Ägypten und Levante XVII Wien 1997 pp. 15-22. 86 O. GOLDWASSER – King Apophis and the Emergence of Monotheism in: Timelines Studies in Honour of Manfred Bietak Vol. I (2006) pp. 129-133, 331-354. 87 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoilée Paris 2002 Éd. Bayard pp. 50, 51. 88 S. AD SAUD ABDULLAH - The Domestication of Camels and Inland Trading Routes in Arabia in: Atlas. The Journal of Saudi Arabian Archaeology Vol. 14, Riyadh 1996 pp. 129-131. 89 E. ANATI - Rock-Art in Central Arabia Vol. 1 1968 Louvain Ed. Institut Orientaliste pp. 109-111. 90 E. ANATI - Rock-Art in Central Arabia Vol. 4 1974 Louvain Ed. Institut Orientaliste pp. 128, 234. 91 J. ZARINS - Camel in: The Anchor Bible Dictionary. New York 1992 Ed. Doubleday pp. 824-826.
  25. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 25 En dehors de ces gravures sur pierre, les bédouins (transitant principalement sur laroute de lencens) nont apparemment laissé aucun texte. Lopinion courante veut que cetanimal ait été introduit en Syrie par les Araméens vers la fin du 2e millénaire pour prendrede limportance à lépoque néo-assyrienne à la fois comme animal de bât et animal demonte utilisé pour la guerre, en particulier par les Bédouins. Le roi arabe Gindibu auraitenvoyé 10 000 hommes à dos de chameau à la bataille de Karkar remportée en -853 parSalmanazar III. En -652, Šamaš-šum-ukîn, roi de Babylone, reçoit le renfort de troupesarabes montées à dos de chameau pour affronter Aššurbanipal. De telles troupes sont aussireprésentées sur les bas-reliefs du palais dAššurbanipal. En fait, les pétroglyphes de chameaux sont assez fréquents, mais la principaledifficulté est leur datation car la pierre ne peut être datée par le C14. Il ny a en fait quedeux autres moyens qui permettent de les dater: Létude de lenvironnement immédiat (poterie typée ou objet en bois datable par le C14) donne une datation approximative. Des études sur lart rupestre du Hemma (Djezireh syrienne), par exemple, ont révélé au moins une quinzaine de pétroglyphes de chameaux dont certains remonteraient au 12e siècle avant notre ère92. Il arrive de façon exceptionnelle que certains pétroglyphes soient accompagnés dun texte contenant les noms de personnages qui peuvent être situés dans le temps. Cest le cas de cette représentation (ci-dessous) découverte en Nubie93 dont linscription se lit: Le guide des bons chemins, pilote Imai. Le nom Imai (’Im3i) est peu courant et napparaît que sous le règne de Pépi II (2196-2136), ce qui situe linscription vers 2200-2100.92 http://www.espasoc.org/2004/he4_18drom.html93ZBYNEK ZABA - The Rock Inscriptions of Lower NubiaPrague 1974 Ed. Tzechoslovak Institute of Egyptology pp. 237, 238, Fig. 409 CCXXIX.
  26. 26 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE En dehors des bédouins, les autres civilisations du passé ont peu apprécié ce type danimal. Les Sumériens et les Égyptiens, par exemple, ont toujours considéré le chameau (ou le dromadaire) comme un animal exotique. Ils ne sy sont guère intéressés (aujourdhui, de fait, à part les gens de cirque, qui sintéresse aux chameaux?). Il subsiste cependant quelques vestiges94. Les fouilles effectuées en Égypte ont livré dautres confirmations. Ainsi une corde tressée en poil de chameau, datée autour de -2500, a été exhumée à Pi-Ramsès dans le Fayoum. Un récipient en forme de chameau portant quatre amphores a été exhumé à Abusir el-Meleq95 (dans le Fayoum 10 kilomètres au sud du Caire). Au Wadi Nasib dans le Sinaï, une caravane de chameaux dont lun est tiré par un homme, apparaît sur des rochers96. Une statuette en forme de chameau portant des amphores a été trouvée à Rifeh. Abusir el-Meleq (Égypte, vers -2000) Wadi Nasib (Sinaï, vers -1500) Rifeh (Égypte, 13e siècle avant notre ère) Ces découvertes archéologiques fortuites montrent que si lÉgypte pharaonique ne mentionne pas le chameau elle ne lignorait pas. Les chameaux apparaissent à cette époque dans plusieurs cités97 qui se situent toutes autour de la célèbre Via Maris "route de la mer", un tronçon de la "route de lencens" qui reliait le Golf persique à lÉgypte en longeant la mer Méditerranée. 94 K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old Testament Cambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans pp. 338, 339, 640. 95 L. PIROT, A. C LAMERT - La Sainte Bible Tome I Paris 1953 Éd. Letouzey et Ané pp. 242, 243. F. VIGOUROUX - Dictionnaire de la Bible Tome 2 Paris 1899 Éd. Letouzey et Ané p. 525. 96 RANDALL W. YOUNKER - Late Bronze Age Camel Petroglyphs in the Wadi Nasib, Sinai in: Near East Archaeological Society Bulletin 42 (1997) pp. 47-54. 97 R.W. BULLIET - The Camel and the Wheel Cambridge Massachusetts 1975 Ed. Harvard University Press pp. 57-71.
  27. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 27 Byblos (autour de -2000) Suse (autour de -2300)98 Ur (1900-1700)Sceau syrien (1800-1400) [dessin de la partie droite] Sceau dAsie centrale (autour de -2000)99 On a aussi retrouvé à Ur100, ville doù Abraham est parti, un petit chameau en or entrain de sagenouiller. Ce bijou faisait partie dun collier daté dans la IIIe dynastie soit autourde -2000. Toutes ces découvertes prouvent donc que la domestication des chameaux101remonte sans conteste au début du 3e millénaire, du moins en Arabie. Même si les textesmentionnant cette domestication sont rares, ils ne sont pas inexistants. Un texte en vieuxbabylonien trouvé à Nippur, daté entre -2000 et -1700, fait explicitement allusion au lait de98 E. VILLENEUVE - Archéologie: Bitume au natuel2002, in: Le monde de la Bible n°145 pp. 57-59.99 J. ARUZ Art of the First Cities. The Third Millenium B.C. from the Mediterranean to the IndusNew York 2003 Ed. The Metropolitan Museum of Art pp. 374, 375.100 E.M. B LAIKLOCK R.K. H ARRISON - The New International Dictionary of Biblical ArchaeologyMichigan 1983 Ed. Zondervan Publishing House pp. 115,116.101 G. RACHET -Dictionnaire des civilisations de lOrientParis 1999 Éd. Larousse-Bordas p. 109.
  28. 28 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE chamelle102 (comment obtenir du lait dun animal sauvage?) Le chameau est en fait appelé le "pachyderme dHarrân". Toujours à Nippur, une liste sumérienne danimaux exotiques, remontant au babylonien ancien (daté entre 1900 et 1500), classe le chameau103 avec le tigre et léléphant dAsie. Un texte trouvé à Alalakh, daté entre 1800 et 1700, évoque le fourrage des chameaux104 (la lecture du mot [ANŠE]-GAM-MAL "chameau" est discutée). À partir du 11e siècle avant notre ère, les textes assyriens citant des chameaux domestiqués, comme celui du roi Assur-bêl-kala (1073-1056), sont de plus en plus nombreux105. Notre mot "camélidés" dérive de lakkadien gammalu, venant lui-même du sumérien [ANŠE]-GAM-MAL. La signification dun autre mot sumérien pour désigner le chameau, soit [ANŠE]-A-AB-BA "âne de la mer", est éclairante sur le rôle de cet animal à cette époque reculée. Ce classement sommaire du chameau par les Sumériens dans la catégorie de lâne montre que cet animal était peu commun. De plus, la précision surprenante "de la mer" est une confirmation indirecte de son origine arabe. En effet, les chameaux étaient surtout utilisés par les caravaniers arabes pour vendre de lencens106. Or ces marchands empruntaient une "route de lencens" qui reliait le Golfe persique à lÉgypte en passant le long de la mer Méditerranée107, doù son nom ultérieur de Via Maris108 (route de la mer), citée sous cette forme par le texte dIsaïe109. Une lettre du roi assyrien Shamshi-Adad Ier atteste de lutilisation de cette voie par son armée110 vers -1700 et la vente de Joseph à des marchands ismaélites est une bonne illustration du rôle de cette antique route commerciale111. Les découvertes112 archéologiques ont ainsi confirmé une domestication précoce du chameau en Arabie113 même si son développement fut très lent. 102 The Assyrian Dictionary Vol. 7 Chicago 1960 Ed. The Oriental Institute p. 2. 103 M. CIVIL - "Adamdun", the Hippopotamus, and the Crocodile in: Journal of Cuneiform Studies 50 (1998) p. 11. 104 A. GOETZE - Remarks on the Ration Lists from Alalakh VII in: Journal of Cuneiform Studies 13. New Haven 1959 pp. 29, 37. W.G. L AMBERT - The Domesticated Camel in the Second Millenium in: BASOR 160 (dec. 1960) pp. 42, 43. 105 A. KUHRT - The Exploitation of the Camel in the Neo-Assyrian Empire in: Studies on Ancient Egypt London 1999 Ed. The Egypt Exploration Society pp. 179-184. 106 Isaïe 60:6. 107 2Chroniques 20:2. 108 É. STERN - La Via Maris in: Les routes du Proche-Orient. Des séjours dAbraham aux caravanes de lencens Paris 2000 Éd. Desclée de Brouwer pp. 58-65. 109 Isaïe 8:23. 110 J.C. MARGUERON, L. PFIRSCH - Le Proche-Orient et lÉgypte antique Paris 2005 Éd. Hachette Supérieur p. 199. 111 Genèse 37:25. 112 JOHN J. DAVIS -The Camel In Biblical Narratives, in: A Tribute To Gleason Archer. Chicago 1986, Ed. Moody Press A.E. DAY R.K HARRISON G.W. BROMILEY - International Standard Bible Encyclopedia, Vol. 1 1979 Grand Rapids: Eerdmans: pp. 583-584. D.J. WISEMAN F.E. GAEBELEIN - Archaeology & The Old Testament in: Expositor’s Bible Commentary, Vol. 1, 1979 Grand Rapids: Zondervan p. 316. J.P. FREE - Abrahams Camels in: Journal of Near Eastern Studies 3, 1944, pp. 187-93. 113 I. KÖHLER-ROLLEFSON - Camels and Camel Pastoralism in Arabia in: Biblical Archaeologist 56 (1993) pp. 180-188.
  29. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 29 La lecture du récit biblique donne parfois limpression que les chameaux étaientabondamment utilisés en Mésopotamie dès lépoque patriarcale. Ce nest pas le cas.Quelques points permettent de le vérifier. Abraham eut des chameaux seulement après êtreparti dHarrân et être passé par le Négueb114. Les propriétaires de ces animaux étaient desbédouins arabes115 pour la plupart. La possession de chameaux était un signe de richessesurtout pour les peuples arabes116 comme les Madianites et les Edomites. En fait, lesdonnées bibliques concernant les chameaux concordent avec les découvertesarchéologiques. Les propriétaires de chameaux sont essentiellement en Arabie. Job, quimentionne les caravanes de Téma117, est un Oriental. La reine de Saba, arrivant avec seschameaux, séjournait dans le sud de lArabie118. Abraham, bien que propriétaire dechameaux ne le devint en fait quaprès le départ dHarrân119 sa ville daccueil. Ce richepropriétaire, originaire de la prospère ville dUr, opéra un choix judicieux en acquérant unecaravane de chameaux, probablement auprès de marchands arabes, car ces animaux sonttrès bien adaptés pour la vie nomade. Abraham, bien que résidant sous les tentes, nest pasprésenté comme un bédouin, mais comme un chef prestigieux, éleveur de bétailsédentarisé, se déplaçant parfois à cause dévénements extérieurs. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ces éléments provenant de larchéologiesont ignorés par la plupart des égyptologues. Lorsque jai envoyé mon dossier à ClaudeObsomer, il ma renvoyé aux livres de Finkelstein. Jai donc insisté en lui livrant mondossier sur la domestication des chameaux. Il ma répondu dans son courriel daté du 2septembre 2004: Cher Monsieur Gertoux, je vous remercie davoir persévéré. Effectivement, vous avez114 Genèse 12:9,16.115 Genèse 32:3,15; Juges 6:3,5.116 Job 1:3.117 Job 6.19.118 2Chroniques 9:1.119 Genèse 12:5.
  30. 30 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE une série de documents intéressants en ce qui concerne les chameaux pour réfuter une idée largement diffusée. Sil savère que les datations indiquées sont correctes, ce que vous avez eu à cœur de vérifier en consultant les publications originelles et études sur la question, il va de soi que la question des chameaux ne pourra plus être proposée comme objection à une datation haute du récit biblique. Ceci nexclut pas non plus une datation basse, bien entendu, et il revient dès lors de réexaminer les autres objections archéologiques avancées par Finkelstein. En fait, de nombreux spécialistes ne veulent pas changer davis même quand ils connaissent les preuves archéologiques. Cécile Michel, par exemple, dans sa lettre datée du 25 mars 2004 ma répondu: En ce qui concerne le chameau, gammalu en akkadien (Dictionnaire entrée animaux domestiques), son terme sumérien [ANŠE]-GAM-MAL est un emprunt tardif à lakkadien. En effet, les Akkadiens utilisent encore le sumérien dans certains contextes aux IIe et Ier millénaires et il leur arrive de créer des mots sumériens parfois décalqués sur leur propre langue. Rien ne prouve donc que les Sumériens connaissent les chameaux qui napparaissent dailleurs dans les textes quà la fin du IIe millénaire. Je ne crois donc pas en lexistence du lait de chamelle ou du fourrage des chameaux dans les textes du début du IIe millénaire. Ce que vous identifiez comme un chameau sur une plaque rituelle retrouvée à Suse ny ressemble guère. Surpris par tant de mauvaise foi, jai de nouveau consulté le dictionnaire akkadien120. Ce dictionnaire cite bien un texte en vieux babylonien trouvé à Nippur, daté entre -2000 et -1700, faisant explicitement allusion au lait de chamelle. Il sagit bien du début et non de la fin du IIe millénaire. De plus, les chameaux qui sont équipés avec des jarres ne peuvent être classés parmi les animaux sauvages, mais bien parmi les animaux domestiques. Pour bien comprendre la question du chameau et de sa domestication, jai consulté un spécialiste réputé des langues sémitiques. Dans sa lettre datée du 2 août 2004, Edward Lipinski ma répondu: Vous avez certainement raison de rappeler que le chameau semble avoir été domestiqué en Arabie dès le IIIe millénaire av.n.è. En sud-arabique, il porte le nom de gml, certainement le même que ǧamal en arabe classique, gəmoul en copte, et que le pluriel GIMLN, ou GMIL des inscriptions numides du 2e siècle av.n.è. ("dromadaires", peut-être "chameliers"). Le pseudo-idéogrammes sumérien et mot akkadien sont manifestement des emprunts à larabe ancien des régions du Golfe Persique. Le déterminatif ANŠE indique quil sagit dun animal de bât, tout comme lâne. Le redoublement du m dans un mot demprunt ne me paraît pas significatif ; lhébreu redouble ainsi le l au pluriel sans raison apparente. La forme ANŠE-GAM, sans le signe MAL, nest toutefois pas attestée, à ma connaissance. La structure primitive du mot, antérieure à la domestication du dromadaire, dont on a retrouvé des traces en Tunisie dès le IVe millénaire av.n.è., avait cependant une base monosyllabique : gam ou kam. On la 120 The Assyrian Dictionary Vol. 7 Chicago 1960 Ed. The Oriental Institute p. 2.
  31. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 31trouve en égyptien (qm3), paléo nubien, bedja et même sous la forme -l+ġem dans les dialectes berbèresmodernes. Vous trouverez plus dinformations à ce sujet dans mon livre Itineraria Phoenica (Leuven2004), p. 205-212. Il est impossible de préciser la période à laquelle le suffixe –al a été ajouté à la base dumot, mais son emploi avec les noms danimaux domestiqués suggère de dater la forme gml au plus tôt duIIIe millénaire, peut-être seulement du IIe. Affirmer que les chameaux dans le récit dAbraham sont anachroniques, comme lefont la plupart des égyptologues, reflète leur méconnaissance des données archéologiqueset linguistiques. En fait, cette critique récurrente danachronisme est souvent reprise par purconformisme en milieu académique. Les autres anachronismes mentionnés par Finkelsteinsont du même acabit. Il est instructif de vérifier sur quels arguments il sappuie pour réfuterlexistence de personnage comme David ou Salomon. Finkelstein écrit: David et Salomon ontété élevés, au cours des siècles, au rang dicônes religieuses auréolées dun tel prestige —tant par le judaïsmeque par le christianisme— que les déclarations récentes de certains biblistes radicaux, qui affirment que leroi David nas pas davantage « de validité historique que le roi Arthur », ont été accueillies dans les cerclesreligieux et scientifiques avec un mépris hautain et scandalisé (...) Dun point de vue purement littéraire etarchéologique, certains arguments plaident en faveur des minimalistes. La lecture attentive de la descriptionbiblique du règne de Salomon démontre clairement quil sagit de la peinture dun passé idéalisé, dune sortedâge dor, nimbé de gloire. Le compte rendu de ses fabuleuses richesses (...) abonde en détails trop excessifspour être crédibles. En outre, en dépit de leurs prétendues richesses et pouvoirs, ni David ni Salomon nefigurent dans aucun texte égyptien ou mésopotamien. Enfin, Jérusalem ne contient pas le moindre vestigearchéologique des célèbres constructions de Salomon. Les fouilles entreprises à Jérusalem, autour et sur lacolline du Temple, au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle, nont pas permis didentifier neserait-ce quune trace du Temple de Salomon et de son palais (...) Quant aux édifices monumentauxattribués jadis à Salomon, les rapporter à dautres rois paraît aujourdhui beaucoup plus raisonnable. Lesimplications dun tel réexamen sont énormes. En effet, sil ny a pas eu de patriarches, ni dExode, ni deconquête de Canaan —ni de monarchie unifiée et prospère sous David et Salomon—, devons-nous enconclure que lIsraël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, et les livres de Josué, des Jugeset de Samuel, na jamais existé121. Sur quoi reposent ces déclarations fracassantes: sur desspéculations, car la plupart de ses accusations, ou insinuations, peuvent être démenties. Concernant les fabuleuses richesses de Salomon, le texte de 1Rois 10:14 précise quil recevait exactement 666 talents dor chaque année, soit 21,5 tonnes (= 666 x 32,4 kg). Le chiffre paraît époustouflant, mais il faut se rappeler quà la même époque (début du I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoilée121Paris 2002 Éd. Bayard pp. 150, 154-156.
  32. 32 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 1er millénaire), les temples du pharaon Osorkon Ier recevaient, eux, à peu près 51 tonnes dor chaque année122. Si on rapporte les tonnages dor aux tailles de lempire égyptien et du royaume israélite les chiffres sont comparables. Ainsi, à cette époque (le fait est présenté comme unique), un roi israélite a pu rivaliser avec un pharaon.  Concernant le silence des textes123 non israélites sur David et Salomon, lexplication est élémentaire: le règne de ces deux rois sest déroulé pendant une période de déclin des deux grands empires égyptien ou mésopotamien. Malgré létendue de leur empire, on ne connaît que très peu dactions de la plupart des rois babyloniens et égyptiens durant cette période (excepté leur nom et la durée de leur règne): Égypte Dates Israël Assyrie Dates Babylonie Dates du règne du règne du règne Psousennes Ier 1064 - David Aššur-bêl-kala 1074-1056 Adad-apla-iddina 1070-1048 1057 - Erîba-Adad II 1056-1054 Marduk-ahhê-erîba 1048-1047 Šamšî-Adad IV 1054-1050 Marduk-zêr-[…] 1047-1035 -1018 -1017 Aššurna ṣirpal Ier 1050-1031 Nabû-šum-libur 1035-1027 Aménémopé 1018 - Salomon Salmanazar II 1031-1019 Simbar-šipak 1027-1009 -1009 1017 - Aššur-nêrârî IV 1019-1013 Ea-mukîn-zêri 1009-1008 Osorkon lAncien 1009-1003 Aššur-rabi II 1013 - Kaššu-nâdin-ahi 1008-1006 Siamon 1003 - 994 Eulmaš-šakin-šumi 1006 -989 Psousennes II 994 - Ninurta-kudurri-u ṣur Ier 989-986 Širiki-šuqamuna 986-985 -980 -977 -972 Mâr-bîti-apla-uṣur 985-980 Le seul fait marquant durant cette période est la prise de Gézèr, brûlée par le pharaon Siamon, peu après lan 20 de Salomon124 (en -997). Le pharaon nest pas nommé dans la Bible, mais comme le remarque Kitchen, la seule campagne égyptienne en Palestine attestée à cette époque est celle de Siamon. De plus, la XXIe dynastie se distingue par le fait que certains de ses pharaons ont donné leur fille en mariage à des étrangers (ce qui fut le cas de Salomon cf 1Rois 3:1, 9:10). Lexactitude des données chronologiques du texte biblique garantit donc indirectement son authenticité. Si les grands empires, Égypte, Assyrie et Babylonie, neurent pas de conflit avec Israël durant les règnes de David et Salomon (et donc pas de document), ce ne fut pas le cas des nombreux royaumes aux alentours: Phénicie et Syrie au nord, Ammon, Moab et Édom à lest, Philistie au sud, pour ne citer que les plus importants. Ces royaumes ayant tous disparu après le règne de Nabuchodonosor II (605-562), leurs archives nexistent 122 A. MILLARD – King Solomon in his Ancient Context in: The Age of Solomon (Brill 1997) Ed by L.K. Handy pp. 38-41. 123 Sur les 113 rois du Levant répertoriés durant la période 1000-600 (y compris ceux de la Bible), seulement 16 sont mentionnés dans des inscriptions (A. MILLARD – King Solomon in his Ancient Context in: The Age of Solomon (Brill 1997) Ed by L.K. Handy p. 46). 124 1Rois 9:10,16,17.
  33. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 33 plus depuis bien longtemps, cependant, deux rois (ceux de Syrie et de Moab) ont érigé des stèles attestant quà cette époque (9e siècle avant notre ère) la présence dun royaume dIsraël était largement connu sous le nom de Maison-de-David. La première stèle est celle de Mésha, roi de Moab, qui donne sa version des événements relatés en 2Rois 2:4-27. On note la présence des expressions "roi dIsraël" à la ligne 5, "Yehowah" le dieu dIsraël, à la ligne 18 et "Maison de [D]avid" à la fin de la ligne 31125: La lecture "Maison-de-[D]avid126" est contestée mais, comme le remarque Lemaire,la seule lettre qui fasse sens, dans la phrase de la ligne 31, est un D127. Lautre stèle est celle125 E. LIPINSKI – On the Skirts of Canaan in the Iron Agein: Orientalia Lovaniensia Analecta 153 pp. 336-337.126 Orthographié BT[D]WD (BYTDWD dans la stèle de Dan) sans le point de séparation, ce qui suppose une expression connue.127 A. LEMAIRE - House of David" Restored in Moabite Inscription. A new restoration of a famous inscription reveals another mentionof the "House of David" in the ninth century B.C.E. in: Biblical Archaeology Review 20:03 (Mai/Juin 1994) pp. 30-37.K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old TestamentCambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans p. 615.
  34. 34 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE dHazaël, roi de Syrie, qui donne sa version des événements relatés en 2Rois 8:28-9:16. On note la présence des expressions "roi dIsraël et "Maison de David" aux lignes 8 et 9: 1. [.....................].......[...................................] et coupa/coupé [.............] 2. [.........] mon père partit vers [....................c]ombattant à/contre Ab[....] 3. Et mon père succomba; il alla vers ses [pères]. Et le Roi dI[s-] 4. raël pénétra dans la terre de mon père[. Et] Hadad me fit moi-même roi. 5. Et Hadad alla devant moi[, et] je partis de ...................[.................] 6. de mes rois. Et je tuai sept ro[is] [puis]sants, qui avaient sous leurs ordres deux mil[le cha-] 7. riots et deux milles cavaliers. [Je tuai Yeho]ram fils dA[hab] 8. roi dIsrael, et je tuai [Ahaz]yahou fils de [Yehoram r]oi 9. de la Maison de David. Et je plaçai [................................................] 10. leur pays ...[........................................................................................] 11. autre ...[........................................................................... et Jéhu ré-] 12. gnait sur Is[raël..................................................................................] 13. siège sur [Samarie?............................................................................] Ces deux stèles, celle du roi de Moab et celle du roi de Syrie, montrent quil existait déjà, au 9e siècle avant notre ère, un puissant royaume dIsraël dont les rois étaient considérés comme appartenant à une Maison-de-David, selon le nom de son fondateur.  Concernant labsence de vestige archéologique du célèbre temple de Salomon, là encore lexplication est simple: ce temple a été entièrement détruit par les Babyloniens lors de la chute de Jérusalem128. De plus, lorsque le roi Hérode le Grand restaura le deuxième temple construit sur les restes du précédent, il recommença par les fondations, ce qui a dû éliminer les derniers vestiges salomoniens car, selon Flavius Josèphe129, Hérode effectua une reconstruction complète de ce temple. 128 2Chroniques 36:19. 129 Antiquités juives XV:354, 380, 421.
  35. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 35 En fait, larchéologie nest pas complètement muette sur lexistence du temple de Salomon. Lostracon dArad130 18 (ci-contre) contient le texte suivant131: 1. À mon maître Elya- 2. –shib. Que Yehowah veille 3. sur ta prospérité. Et maintenant: 4. donne à Shemaryahu 5. un éphah; et au Qérosite 6. tu donneras un éphah. Et quant à 7. lordre que tu mas 8. prescrit, il a été accompli: 9. le temple de Yehowah, 10. lui, il habite. [verso] Cette inscription étant datée vers -600132 (strate VI), si le temple de Salomon navait pas existé, comme le sous-entend larchéologue Finkelstein, comment expliquer cette mention du temple de Yehowah à cette époque. Il sagit bien du temple de Jérusalem133 et non du temple dArad, car ce dernier, construit au 10e siècle, a été détruit vers -609 (strate VII) vraisemblablement par les Égyptiens. De plus, le nom "Qérosite" désigne un clan des Nétinim, "les donnés" qui travaillaient au temple de Jérusalem134. Le personnage inconnu ("lui") auquel il est fait allusion aux lignes 9 et 10 pourrait être un Lévite dArad qui avait choisi de sinstaller à Jérusalem135, suite à la réforme entreprise par Josias dans la 18e année de son règne136 (en -622). Grâce à lévolution des systèmes de calendriers utilisés en Palestine, il est aussi possible de dater la construction du Temple de Salomon du 10e siècle avant notre ère. En effet, ces calendriers antiques servaient à fixer les échéances des contrats mais surtout à organiser les célébrations religieuses. Ces calendriers étaient donc sous la responsabilité dune classe de prêtres astronomes. Au 2e millénaire avant notre ère, il ny avait que deux grands systèmes de datation: 1) le calendrier mésopotamien dinspiration babylonienne avec des noms de mois et un cycle lunaire débutant au 1er croissant lunaire et 2) le calendrier civil égyptien avec des mois anonymes de 30 jours numérotés130 Y. AHARONI – Arad InscriptionsJerusalem 1981 Ed. The Israel Exploratio Society pp. 1-35.131 A. LEMAIRE – Inscriptions hébraïques Tome I Les ostracain: Littératures Anciennes du Proche-Orient n°9 pp. 179-184.132 G.I. DAVIES – Ancient Hebrew inscriptions, corpus and concordanceCambridge 1991 Ed. Cambridge University Press p. 17.133 A. LEMAIRE – Inscriptions hébraïques Tome I Les ostracain: Littératures Anciennes du Proche-Orient n°9 pp. 149-151, 227-232.134 Esdras 2:43-44, Néhémie 7:46-47.135 Psaumes 23:6.136 2Rois 22:3; 23:9-10.
  36. 36 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE côtoyant un calendrier lunaire débutant à la pleine lune. Labsence de temple avec sa prêtrise obligeait les Israélites à utiliser les calendriers de lendroit où ils séjournaient. Il est ainsi possible de dater leurs pérégrinations grâce aux divers calendriers utilisés. Selon le texte biblique, les Israélites ont séjourné en Égypte de -1750 à -1500, puis en Canaan après cette date. Le 1er temple, achevé en -997, sera détruit en -587. Les Israélites, déportés à Babylone pendant 50 ans (587-537), reviendront construire le temple qui sera fonctionnel vers -517, les mois du calendrier seront alors traduits par leur équivalent babylonien. Le calendrier babylonien sétait progressivement imposé dans tout louest de lorient, la ville dAlalakh137, par exemple, lavait adopté vers -1500. Ce calendrier était donc utilisé en Palestine, mais le nom des mois était cananéen138. Calendrier n° mésopotamien standard n° cananéen équivalent 1 Nisannu 7 1 Abib Mars/avril 2 Ayaru 8 2 Ziv Avril/mai 3 Simanu 9 3 ? Mai/juin 4 Tamuzu 10 4 ? Juin/juillet 5 Abu 11 5 Tsakh? Juillet/août 6 Ululu 12 6 ? Août/septembre 7 Tashritu 1 7 Ethanim Septembre/octobre 8 Arahsamnu 2 8 Bul Octobre/novembre 9 Kissilimu 3 9 ? Novembre/décembre 10 Tebetu 4 10 ? Décembre/janvier 11 Shabatu 5 11 Pe‘ulot? Janvier/février 12 Addaru 6 12 ? Février/mars Le texte biblique utilise les mots yèraḥ et hodèš pour désigner les mois lunaires. Le mot hodèš, utilisé pour désigner la nouvelle lune, provient dune racine hadaš ("nouvelle", comme dans le mot Carthage, Kart-hadèsht "ville nouvelle" en phénicien), et signifie "renouvellement", doù le sens dérivé de "nouvelle [lune]". Le mot yèraḥ "mois", venant du mot yaréaḥ "lune" peut se traduire par "lunaison". Le mot "pleine lune (Proverbes 7:20)" en hébreu est kèsè ou lebanah "la blanche (Isaïe 30:26)". Les deux mots hodèš et yèraḥ, employés dans le sens de "mois", ne sont pas synonymes puisquon trouve des inscriptions cananéennes139 avec les mots hodèš yèraḥ Ethanim, que lon peut traduire par nouvelle lunaison dEthanim (1Rois 8:2). Si les deux mots étaient synonymes, la traduction serait mois du mois dEthanim, ce qui na pas de sens. Cette nuance sémantique est 137 M.E. COHEN – The Cultic Calendars of the Ancient Near East maryland 1993 Ed. CDL Press pp. 1-309. 138 J.A. W AGENAAR - Post-Exilic Calendar Innovations in: Zeitschrift für die alttestamentliche Wissenschaft 115 (2003) pp. 1-24. 139 H. DONNER, W. RÖLLING - Kanaanäische und Aramäische Inschriften Wiesbaden 2002 Ed. Harrassowitzp. 9 N°3.
  37. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 37 importante. En effet, dans un calendrier lunaire débutant à la nouvelle lune, les deux mots "nouvelle [lune]" et "lunaison" pour désigner un mois peuvent convenir, mais dans un calendrier débutant à la pleine lune, seul le mot "lunaison" est approprié. Larchéologie montre que les Juifs de Judée nont employé, pour désigner les mois, que le mot hodèš "nouvelle [lune]" et les Juifs dÉgypte que le mot yèraḥ "lunaison140. On lit par exemple sur lostracon n°7 dArad, daté autour de -600 pour le 10e [mois], le 1 du mois jusquau 6 du mois141. Lorsquils sont entrés en Canaan, les Israélites ont utilisé le calendrier cananéen, le 1er mois devenant Abib (le 2e mois Ziv, le 7e mois Ethanim, le 8e mois Bul, etc). Les Cananéens utilisaient le mot yèraḥ pour désigner le "mois" ce qui pouvait être ambigu pour les Israélites, car ce terme désignait aussi le "mois" débutant à la pleine lune (en Égypte). Le terme hodèš, "mois" débutant au 1er croissant lunaire, fut donc privilégié en Palestine à partir de -1000. En plaçant les mois en fonction de la chronologie déduite du texte biblique, on obtient lévolution suivante: période événement yèraḥ hodèš nom du mois référence X numéro Genèse 7:11; 8:4,13,14 1800-1700 séjour en Égypte X X ? Job 3:6; 7:3; 14:5; 21:21; 29:2; 39:2 1700-1600 1600-1500 1500-1400 séjour en Canaan X X cananéen Deutéronome 21:13, Exode 23:15 1400-1300 X numéro Josué 4:19 1300-1200 1200-1100 X Juges 11:37-39 1100-1000 X X cananéen 1Rois 6:37,38; 2Rois 8:2 1000 - 900 1er Temple X numéro 1Rois 12:32 900-800 royaume israélite 800-700 X numéro 2Chroniques 30:15 700-609 domination égyptienne 609-587 destruction du 1er Temple *X* X numéro 2Rois 25:27 *Éléphantine* 587-537 séjour à Babylone *X* X babylonien Zacharie 7:1 *Éléphantine* 537- 2e Temple *X* X babylonien Esther 2:16 *Éléphantine* X babylonien 70 destruction du 2e Temple X babylonien Larchéologie a confirmé ce schéma chronologique142 puisque le terme yèraḥ apparaîtpour la dernière fois dans le calendrier de Gézèr, daté du 10e siècle avant notre ère, et que lenom des mois cananéens disparaît en Palestine à cette époque. La datation "cananéenne"140 B. PORTEN A. YARDENI - Textbook of Aramaic Documents from Ancient Egypt, 31993 Ed. Israel Academy of Sciences and Humanities pp. XXXVI.141 A. LEMAIRE -Inscriptions hébraïques Tome I, Les OstracaIn: Littératures anciennes du proche orient n°9 Paris 1977 Ed. Cerf pp. 168,231.142 A. LEMAIRE – Les formules de datations en Palestine au premier millénaire avant J.-C.in: Proche-Orient ancien, temps vécu, temps pensé (Paris 1998) Éd. J. Maisonneuve pp. 53-82.
  38. 38 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE en 1Rois 6:1 implique de dater la construction du temple au 10e siècle avant notre ère. Sil ne reste rien du temple construit par Salomon, par contre, le texte biblique143 donne une information qui en confirme la date: Voici ce qui concerne la corvée que le roi Salomon leva pour construire le Temple de Yahvé, son propre palais, le remblai et le mur de Jérusalem, Haçor, Megiddo, Gézèr. Or, les fouilles archéologiques ont révélé que ces trois cités avaient effectivement été fortifiées et, de plus, en même temps. En effet, lexistence sans parallèle connu dune porte en "triple tenaille" à lentrée de chacune des cités suppose une construction simultanée. Yadin avait fort logiquement attribué toutes ces constructions à Salomon, mais Finkelstein144 a montré que la datation de ces bâtiments nétait pas certaine et pouvait aussi être plus tardive, sous le règne dOmri (la datation de ces édifices est difficile à établir, car ces cités ont été réaménagées à plusieurs reprises par les rois successifs. De plus, la datation des pierres par le Carbone 14 étant impossible, toutes les spéculations archéologiques sont possibles). Cependant, les fouilles de Tell Qeiyafa145, situé à 20 kilomètres au sud de Gézèr, ont permis didentifier la ville de Shaarayim "les deux portes". Selon le texte biblique, cette ville fut habitée jusquau règne de David146. Grâce à des noyaux dolive retrouvés sur le site et datés par le carbone 14, on peut dater la fin de cette ville en -1010 +/- 40 ans. Non seulement la construction date de lépoque de David, mais ces fouilles ont aussi exhumé une inscription hébraïque de 5 lignes. Bien que cette inscription à lencre soit en partie effacée, on peut encore y lire certains mots comme: " ‫ " א ל ת ע ש‬ne fait pas, "‫ "שפט‬juge "‫ "עבד‬esclave et "‫ "מלך‬roi. . . . . . . . . . 143 1Rois 9:15. 144 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoilée Paris 2002 Éd. Bayard pp. 164-170. 145 Y. GARFINKEL, S. GANOR -Khirbet Qeiyafa: Sha’arim in: The Journal of Hebrew Scriptures 8 (2008) article 22. 146 1Samuel 17:52; 1Chroniques 4:31.
  39. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 39 Les plus anciennes inscriptions hébraïques sont toutes datées du 10e siècle avantnotre ère (lostracon de Qeiyafa, le calendrier de Gézèr, labécédaire de Zayit147 et quelquesostraca dArad148), soit lépoque où est apparu le royaume de Salomon. Cette coïncidencenest pas fortuite car, selon le texte biblique, le royaume dIsraël na possédé une réelleadministration quà partir de ce roi149 et lactivité littéraire « faire des livres »150 nestmentionnée quà lépoque de Salomon151. Les inscriptions hébraïques datées de cetteépoque sont peu nombreuses, mais il faut se rappeler que les prestigieux et antiquesroyaumes de Tyr et de Byblos nen ont guère laissé plus. Les rois de Tyr de cette période nesont connus que par Flavius Josèphe152, ce qui permet de vérifier certains synchronismes153(Hiram154/Salomon, Ithobaal155/Achab, etc.). Enfin, il semble que les Israélites aientprivilégié le rouleau (en peau ou en papyrus) pour rédiger les instructions officielles ou lescontrats156 (comme en Égypte). Or, la conservation des rouleaux nest possible quen deuxendroits au monde: en Égypte et autour de la Mer morte (qui est désertique). Les assertions de Finkelstein sont donc erronées. Elles reposent sur une méthodequi consiste à remplacer les témoignages historiques par des interprétations archéologiquessans fondement chronologique sérieux, il sagit dune réécriture de lhistoire. En remplaçantabusivement les quelques témoignages historiques par des spéculations archéologiques,fondées sur des datations elles-mêmes hypothétiques, Finkelstein utilise la même méthode“danalyse historique” que celle prônée par le célèbre professeur Faurisson157. Selon le textebiblique, par exemple, le roi Salomon renforça les trois villes dHaṣor, de Megiddo et deGézèr mais, selon Finkelstein, en se fondant sur des datations incertaines, ce fut lœuvre duroi Omri. Cela contredit le texte biblique de 1Rois 16:23-28 qui nattribue à ce roi que laconstruction de Samarie.147 R.E. TAPPY; P. KYLE MCCARTER; M.J. LUNDBERG; B. ZUCKERMAN -An Abecedary of the Mid-tenth Century B.C.E. from theJudaean Shephelah in: Bulletin of the American Schools of Oriental Research no344 (2006) pp. 5-46.148 J. NAVEH – Early Naveh History of the AlphabetJerusalem 1982 Ed. The Hebrew University pp. 63-67.149 1Rois 4:1-7.150 Ecclésiaste 12:12.151 Avant Salomon, seulement trois livres sont mentionnés (Job 19:23, Nombres 21:14, Josué 10:13).152 Contre Apion I:117-127.153 La chronologie des rois de Tyr donnée par Josèphe semble assez fiable En tenant compte des synchronismes, le règne du premierHiram (1025-991), riche roi de Tyr, est en accord avec les règnes de David (1057-1017) et de Salomon (1017-977).154 1Rois 5:1-18.155 1Rois 16:31.156 Deutéronome 17:18; Jérémie 32:11-14; 36:17-32.157 Faurisson résume ainsi sa méthode: En temps de guerre, la prolifération des « bobards » atteint des proportions gigantesques. Ces « bobards » persistentsouvent la paix revenue. [...] La Seconde Guerre mondiale a suscité des mythes encore plus extravagants mais il ne fait pas bon sy attaquer. Une entreprisecomme celle de Norton Cru, si on lappliquait à la dernière guerre, serait encore prématurée, semble-t-il. Certains mythes sont sacrés. Même en littérature, oncourt quelque risque à vouloir démystifier (...) Je les entraîne [les étudiants] à la critique de textes et de documents (littérature, histoire, médias, etc.). Si, dans untexte réputé historique (mais ces réputations ne sont-elles pas de lordre du préjugé?), ils relèvent les mots de « Napoléon » ou de « Pologne », jinterdis que leuranalyse fasse état de ce quils croient savoir de Napoléon ou de la Pologne; ils doivent se contenter de ce qui est écrit dans le texte. Un texte ainsi examiné, à cru età nu, avec les yeux du profane et sans chiqué, prend un relief intéressant. Excellent moyen, dailleurs, de détecter les falsifications et fabrications en tous genres.Mes étudiants appellent cela la méthode « Ajax » parce que ça récure, ça décape et ça lustre (on devrait plutôt lappeler la méthode « Alzheimer »).V. IGOUNET – Histoire du négationnisme en FranceParis 2000 Éd. Seuil pp. 202,203.
  40. 40 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Lexistence dun roi judéen nommé David découle aussi de lexistence de sa lignée royale. Les sceaux au nom de ces rois, ainsi que leur mention dans les annales (assyriennes ou babyloniennes) attestent leur existence (noms surlignés): Roi de Juda Dates du règne # Roi dIsraël Dates du règne # Référence Saül 1097-1057 40 Actes 13:21 David 1057-1017 40 2Samuel 5:4 Salomon 1017 - 977 40 1Rois 11:42 Roboam 977-960 17 Jéroboam 10/977 - 22 1Rois 14:20,21 Abiyam 960-957 3 -05/955 Asa 957 - 41 Nadab 06/955-05/954 2 1Rois 11:25 Baasha 06/954-04/931 24 1Rois 15:28,33 Elah 05/931-04/930 2 1Rois 16:8 Zimri 05/930 1 m. 1Rois 16:10-16 Omri/ 06/930-05/919/ 12 1Rois 16:21-23 -916 [Tibni] [06/930-01/925] 6 Josaphat 916 - 25 Achab 06/919-01/898 22 1Rois 16:29 -891 Achaziah 02/898-01/897 2 1Rois 22:51 Josaphat/Joram [893-891] [2] Joram fils dAchab 02/897-09/886 12 2Rois 3:1 Joram 893 - 8 [Achaziah]/ Joram [07/887-09/886] 1 2Rois 9:29 -885 Achaziah 10/886-09/885 1 2Rois 9:24,27 [Athalie] Yehoyada 885-879 6 Jéhu 10/885-03/856 28 2Rois 10:36 Joas 879 - 40 Joachaz 04/856-09/839 17 2Rois 10:35; 13:1 -839 [Joachaz/ Joas] [01/841-09/839] 2 2Rois 13:10 Amasiah 839 - 29 Joas 01/841-09/825 16 2Rois 13:10 -810 Jéroboam II 01/823-05/782 41 2Rois 14:23 Ozias 810 - 52 [Zacharie] 06/782-02/771 [11] 2Rois 14:29 Zacharie 03/771-08/771 6 m. 2Rois 15:8 Shallum 09/771 1 m. 2Rois 15:13 -758 Ménahem 10/771-03/760 10 2Rois 15:17 [Azariah] [797-745] [52] Peqayah 04/760-03/758 2 2Rois 15:23 Yotham 758-742 16 Péqah 04/758-05/738 20 2Rois 15:27 Achaz 742-726 16 [Osée] 06/738-01/729 9 2Rois 15:27-30 Ézéchias 726-697 29 Osée 02/729-09/720 9 2Rois 17:1,3 Manassé 697-642 55 2Rois 21:1 Amon 642-640 2 2Rois 21:19 Josias 640-609 31 2Rois 22:1 Joachaz 609 3 m. 2Chroniques 36:2 Joiaqim 609-598 11 2Chroniques 36:5 Joiakîn 598 3 m. 2Chroniques 36:9 Sédécias 598-587 11 2Chroniques 36:11 Ainsi parmi un total de 44 rois, 17 ont été "confirmés" par larchéologie, ce qui constitue un bon résultat vu la petitesse de ces deux royaumes par rapport aux empires voisins. Il serait déraisonnable de conclure que les rois non attestés nont jamais existé.
  41. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 41 Bien que larchéologie ne puisse dater correctement le règne de ces rois judéens ouisraélites (la paléographie situe ces sceaux entre le 8e et le 6e siècle avant notre ère)158, leurmention par un souverain étranger159, dont le règne est connu, permet cependant deconclure que ces rois (ont existé et) les ont précédés dans le temps: Nom du roi règne Document attestant lexistence de ce roi David 1057-1017 Stèle de Mésha (900-870), Stèle de Dan, Hazaël (880-840) Omri 930-919 Annales de Salmanazar III (859-824) Jéhu 885-856 Annales de Salmanazar III (859-824) Joas 841-825 Stèle dAdad-nêrârî III (811-783) Jéroboam II 823-782 Sceau n° 1 (8e-6e siècle) Ozias 810-758 Sceaux n° 2 et 3 (8e-6e siècle) Ménahem 771-760 Liste de tributaires de Tiglath-phalazar III (745-727) Yotham 758-742 Sceau n° 4 (8e-6e siècle) Péqah 758-738 Annales de Tiglath-phalazar III (745-727) Achaz 742-726 Liste de tributaires de Tiglath-phalazar III (745-727), sceau n° 4 Osée 738-720 Annales de Tiglath-phalazar III (745-727), sceau n° 6 Ézéchias 726-697 Annales de Sennachérib (705-681), sceau n° 6 Manassé 697-642 Inscription dEsarhaddon (680-669), sceau n° 8 Josias 640-609 Sceau n° 9 (8e-6e siècle) Joachaz 609 Sceau n° 9 (8e-6e siècle) Joiaqim 609-598 Sceau n° 10 (8e-6e siècle) Joiakîn 598 Liste de Nabuchodonosor II (605-562), sceau n° 11 La chronologie des rois de Juda et dIsraël est ainsi confirmée par les chronologiessynchronisées assyrienne et babylonienne.158 K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old TestamentCambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans p. 604.159 J. BRIEND M.J SEUX - Textes du Proche-Orient ancien et histoire dIsraëlParis 1977 Éd. Cerf pp. 88-146.
  42. 42 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE On pourrait se demander pourquoi les arguments de Finkelstein impressionnent autant. Les principales raisons sont les suivantes:  “Chacun sait quun témoignage contient toujours une part doubli ou derreur”. Les historiens en sont parfaitement conscients, mais ils peuvent les déceler en recoupant les sources. De plus, paradoxalement, même un affabulateur doit produire un mensonge proche de la vérité, car il court toujours le risque dêtre démasqué par un de ses interlocuteurs (qui peuvent vérifier ses affirmations).  “La Bible est complètement dépassée”. Les historiens ne sont que des hommes, ils sont donc aussi victimes de préjugés, dautant plus sils sont allergiques à la religion (surtout depuis que la science a remplacé la religion pour expliquer lorigine de lhomme).  “Labsence de preuve est une preuve de labsence”. Certes, il ny a pas de texte issu de la période des Juges (1500-1000), mais il faut noter, à titre de comparaison, que la célèbre dynastie cassite, qui a aussi duré 5 siècles (1650-1150), na laissé aucun texte, elle fut pourtant largement plus puissante que la juridiction israélite. De même, les rois dÉlam "disparaissent" complètement sur la période 1100-770. Si des empires aussi puissants nont laissé aucune trace pendant plusieurs siècles, il est illogique despérer dun petit royaume, comme létait celui dIsraël, den avoir plus.  “La datation au carbone 14 utilisée par les archéologues est plus fiable que celle des historiens”. La datation des pierres est impossible par cette méthode, elles ne peuvent lêtre que par leur position dans les strates, à condition que les remblaiements ne les aient pas déplacées et que la datation de ces strates (par les poteries) soit correcte. Sans datation précise (à lannée près) et sans texte historique les inscriptions découvertes par les archéologues restent généralement aphones (même sous la torture). Deux exemples illustreront ce constat déplaisant. Lostracon de Beth-Shemesh (ci-contre), par exemple, contient seulement 4 noms propres qui sont inexploitables. Naveh situe cette inscription au début du 12e siècle avant notre ère160 en sappuyant sur des critères épigraphiques et conclut quil sagit de proto-cananéen. En fait, même cette conclusion, peu éclairante, est discutable car, étant donné le très faible nombre dinscriptions anciennes, les critères épigraphiques sont incertains ce qui engendre des datations variables (à +/- 1 siècle) dun épigraphiste à lautre. De plus, selon le texte biblique161, cette ville resta en territoire israélite depuis la 160 J. NAVEH – Early Naveh History of the Alphabet Jerusalem 1982 Ed. The Hebrew University p. 35. 161 Josué 21:16; 1Samuel 6:15; 1Rois 4:9.
  43. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 43conquête de Josué jusquà sa reprise par les Philistins durant le règne dAchaz162, ce quiclasserait linscription dans le paléo-hébreu plutôt que dans le proto-cananéen. Le deuxièmedocument présente un roi cananéen passant en revue deux prisonniers163: Cette plaque divoire a été trouvéeà Megiddo dans le niveau VIIA daté entre-1200 et -1125. Même en supposant quecette représentation date effectivement du12e siècle, elle ne fournit que peudéléments historiques. Le roi nest pasidentifié, toutefois comme son trône est identique à celui dAhiram (ci-dessus), roi deByblos vers -1000164, et quil tient lui aussi une fleur de lotus dans la main gauche et unecoupe dans la main droite, on peut lidentifier à un roi de Byblos165. Les deux captifs sontvraisemblablement des Israélites car à cette époque, et dans cette région, ils sont les seuls àêtre circoncis. Les lettres dEl-Amarna appuient cette conclusion. En effet, Rib-Addi, roi deByblos et vassal du roi dÉgypte (durant la période 1350-1300), se plaint régulièrement dansses lettres166 dêtre en difficulté dans la guerre de conquête des Apiru [Hébreux]. Selon ceroi cananéen, tout le pays risquait de basculer aux mains des Apiru. Il semble que Rib-Addidramatisait à lexcès la situation pour recevoir une aide militaire du pharaon, mais sadescription recoupe assez bien celle du texte biblique. En effet, les villes conquises parJosué, au nord de la Palestine, avaient rapidement été perdues par les Israélites. La ville deMegiddo, par exemple, bien que conquise (vers -1490) fut ensuite laissée aux mains desCananéens167. Cette ville, dirigée par un maire vassal de lÉgypte, ne sera reconquise quàlépoque de David, puis rebâtie par Salomon168. De même, la célèbre ville de Jérusalem, qui162 2Chroniques 28:16-18 (Megiddo fut finalement détruite en -732 par Tiglath-Phalazar III).163 J. B. PRITCHARD - The Ancient Near East in PicturesPrinceton 1969 Ed. Princeton University Press p. 111, 157, 288, 302.164 La datation du règne dAhiram est controversée puisque le sarcophage semble être du 13e siècle avant notre ère alors que linscriptionlaccompagnant est datée, elle, autour de -1000.165 Byblos est le nom grec de lancienne Gubla, ou Gebal (Josué 13:5).166 W.L. MORAN - Les lettres dEl Amarnain: LIPO n°13 Paris 1987 Éd. Cerf pp. 248, 257, 264.167 Josué 12:1, 21; Juges 1:27-28.168 1Rois 4:1-12; 9:15-19.
  44. 44 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE était une place forte selon la lettre de Abdi-Ḫeba169, le maire (Jébusite), nappartiendra en fait aux Israélites quà partir de David170 (vers -1050). Selon le texte biblique, les Israélites furent effectivement vaincus par des royaumes voisins durant le 12e siècle avant notre ère, au moins à deux reprises (de 1211 à 1193 puis de 1162 à 1122)171, toutefois, le texte ne mentionne pas la Phénicie. Un roi de Byblos, ou peut-être de Tyr, a pu être associé à ces conflits avec les Israélites en tant que vassal de lÉgypte. Selon le texte biblique, les rois de Tyr et de Byblos étaient des associés: Les ouvriers de Salomon et ceux dHiram et les Giblites [venant de Byblos] taillèrent et mirent en place le bois et la pierre pour la construction du Temple (1Rois 5:32). Cette association particulière est confirmée par la forme des trônes royaux. En effet, les rois de Byblos ont utilisé des trônes dinspiration égyptienne (sphinx à pattes de lion, par exemple, comme celui de Toutankhamon), or ce type dobjet raffiné a visiblement influencé les ouvriers de Salomon puisquon lit: Le roi fit aussi un grand trône divoire et le plaqua dor raffiné. Ce trône avait six degrés, un dossier à sommet arrondi, et des bras de part et dautres du siège; deux lions étaient debout près des bras et douze lions se tenaient de part et dautre des six degrés. On na rien fait de semblable dans aucun royaume (1Rois 10:18-20). On le voit les textes historiques éclairent les découvertes archéologiques, mais vouloir réécrire lhistoire à laide de larchéologie est aussi déraisonnable que chercher à reconstituer le curriculum vitae dune célébrité en se contentant de fouiller sa poubelle. Le résultat est prévisible: il sera très lacunaire. Par exemple, lorsque le souvenir de la reine du Sud [Saba] et de Salomon (Matthieu 12:42) est évoqué au 1er siècle, cette reine avait disparu depuis dix siècles à cette époque (selon la chronologie biblique)172. Les archéologues estimaient quil sagissait dun mythe puisque les premières attestations de reines et du royaume de Saba napparaissent seulement quà partir de -750. Tiglath-Phalazar III, par exemple, mentionne: Samsi, la reine dArabie (...) Arabie au pays de Sa[ba’]173, Sargon: It’amar le Sabéen et Sennachérib: Karibilu roi de Saba. Cependant, des fouilles plus récentes ont montré que lécriture sudarabique (principal témoin de la culture), dont les plus anciens témoins archéologiques connus avant 1970 remontaient seulement au 5e siècle avant notre ère, devait en fait remonter au 12e siècle avant notre ère174 (soit 7 siècles plus tôt!). De plus, certains temples de cette région, comme celui d“Almaqah, 169 Il précise dans sa lettre (EA 287) au pharaon que, malgré les attaques des Apirou [Hébreux] contre les villes voisines, sa maison navait rien à craindre car elle était bien fortifiée. 170 Josué 12:1, 10; 15:63; 1Chroniques 11:4-8. 171 Juges 10:3-13; 12:15-13:1. 172 La reine de Saba est située entre lan 25 et 30 de Salomon (1Rois 9:10-10:1), soit entre -990 et -985. 173 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 283. 174 E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammar in: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 81-83.
  45. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 45Seigneur de Bar’ân (près de Mârib, à louest de lHadramaout)”, ou celui de Raybun175 (àlest de lHadramaout), ont été fondés dès le 10e siècle avant notre ère. Les premièresaffirmations des archéologues nétaient donc que le fruit de leur ignorance. Comme lereconnaît Dever lui-même, larchéologie est souvent dépendante des idéologies religieuseset politiques, elle résulte plus des émotions (secrètes) que de la raison176. Labsence de chronologie précise concernant les documents archéologiques interditdonc aux archéologues une interprétation vérifiable. Finkelstein177 reconnaît lui-mêmequon ne peut rien dater, en Israël, entre le 12e et le 8e siècle avant notre ère. De plus, ladémarche des archéologues est à lopposé de celle des historiens. Les historiens supposent,par principe, quil y avait au commencement "une vérité", plus ou moins altérée par lerreur,voire le mensonge, alors que les archéologues croient plutôt quau commencement il y avaitdéjà lerreur, voire le mensonge, dont on ne peut saffranchir quavec laide de larchéologie.Les archéologues prétendent ainsi “faire parler les pierres”, mais ils ne sont en fait quedhabiles ventriloques. En somme, les historiens croient aux témoignages178— jusquàpreuve du contraire — alors que les archéologues, eux, ny croient pas — jusquà preuve ducontraire. Les philosophes grecs avaient déjà compris, il y a déjà 25 siècles, laspectparadoxal dune telle position, car si lon croit, par principe, que "les hommes mentent",alors on ne peut croire une telle affirmation, puisquelle provient des hommes. Jai proposé mon dossier à Claude Vandersleyen, un égyptologue réputé, et je lui aidemandé de me donner son avis concernant les données bibliques sur lÉgypte, notammentle récit de lExode. Il ma répondu, dans sa lettre datée du 20 mai 2004: Votre exposé révèle unegrande érudition et beaucoup de lectures, mais une absence totale de méthode. Vous pourrez intéresser lelecteur, sil est, comme la grande majorité, prêt à tout croire. Vous traitez la Bible comme un « document »,ce quelle nest pas. Il y a dans le récit biblique des éléments concrets, comme vous en trouveriez dans laChanson de Roland sur Charlemagne. Les auteurs, Manéthon, Josèphe et dautres, mais repose aussisur des traditions que le temps peut avoir déformées. Mais le plus dangereux, cest que vous joignez à laBible des écrits dépoques très diverses et aussi des écrits qui, comme la Bible, ne sont pas des documents.Quil y ait eu des Asiatiques en relation constante avec lÉgypte, cest bien connu et nul ne le contestera,mais les relier historiquement au récit biblique est une autre histoire. A ce point de vue, votre texte mélange175 J.F. BRETON – Le Yemen du royaume de Saba à lislam. Les sanctuaires de la capitale de Saba, Mâribin: Dossiers dArchéologie n°263 mai 2001 pp. 2, 15, 48.A.V. SEDOV – Temples of Ancient HadramawtPisa 2005 Ed. Edizioni Plus pp. 1, 187-191.176 W.G. DEVER – Aux origines dIsraël. Quand la Bible dit vraiParis 2005 Éd. Bayard pp. 261-265.177 I. FINKELSTEIN – Un archéologue au pays de la BibleParis 2008 Éd. Bayard pp. 103-104.178 Les historiens du passé ne devaient pas être plus naïfs que nous, ils ne croyaient vraisemblablement pas aveuglément à tout.
  46. 46 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE tout, quelles que soient la date et la nature des textes, et cela peut faire rêver, mais ne peut rien produire dutile. Quil y ait des erreurs de détail dans votre exposé est tout à fait secondaire ici ; cest votre façon de travailler qui nuira au sérieux de vos recherches. Si on ignore les attaques personnelles, la seule critique sérieuse concerne la transmission des sources. En effet, il est évident que les multiples copistes, qui ont recopié les textes anciens, les ont vraisemblablement modifié (souvent involontairement). Il est cependant possible de réfuter cette objection grâce aux éditions critiques. Fait intéressant, la critique textuelle, telle que nous la connaissons, est née au moment de la Réforme à cause des polémiques entre chrétiens et protestants. En effet, les divergences dogmatiques de lépoque, et source de querelles, ne pouvaient simposer que si le texte, sur lequel on sappuyait pour les prouver, était irréprochable. LA BIBLE EST-ELLE HISTORIQUEMENT FIABLE? Pour ce qui est de la fiabilité, la Bible est-elle à mettre au même rang que la Chanson de Roland ou LIlliade et lOdyssée ? Deux questions se posent: 1) les renseignements recueillis par les écrivains bibliques sont-ils exacts, et 2) ces renseignements ont-ils été transmis correctement? Première difficulté, la Bible étant réservé au culte du Temple, elle nétait donc pas consultable en dehors de Jérusalem. Les auteurs grecs ignoraient donc son existence. Le premier qui ait mentionné une Loi de Moïse dans ses écrits est lauteur grec Hécatée dAbdère (vers 315-305), cité par Diodore179. Par contre, grâce aux fragments de texte biblique exhumés par les archéologues, il est possible de remonter plus haut: Document Date Texte biblique Ostraca (Kuntillet Ajrud et Nahal Yishai)180 750-700 [Psaumes 28:6-7?] Lamelles dargent (Ketef Hinnom)181 650-600 Nombres 6:24-25 Octracon n° 1793 (Éléphantine)182 440-430 [Exode 12:27] Papyrus AP 21 (Éléphantine)183 419/418 Exode 12:18-19 Fragment de vélin 4QSamb (Qumrân)184 250-200 1Samuel 16:1-11; 19:10-17; 21:3-10; 23:9-17 Rouleau en vélin 1Qa (Qumrân)185 150-100 Isaïe 179 Bibliothèque historique I:28,94 XL:3. 180 G. GERTOUX – The Name of Y.eH.oW.aH Which is Pronounced as it Written I_Eh_oU_Ah. Its Story. Lanham 2002 Ed. University Press of America pp. 82-84. 181 G. BARKAY – The Priestly Benediction on Silver Plaques From Ketef Hinnom in Jerusalem in: Tel Aviv Vol. 19 n°2 (1992). R. MARTIN-ACHARD – Remarques sur la bénédiction sacerdotale in: Études Théologiques & Religieuses tome 70 (1995/1) pp. 75-84. 182 A. VINCENT – La religion des Judéo-araméens dÉléphantine Paris 1937 Éd. Librairie orientaliste Paul Geuthner pp. 265-270. 183 P. GRELOT – Documents araméens dÉgypte in: Littératures Anciennes du Proche-Orient 5 (1972) Éd. Cerf pp. 95-96. 184 D.N. FREEDMAN – Studies in Hebrew and Aramaic Orthography in: Biblical and Judaic Studies Vol 2 (1992) Ed. Eisenbrauns pp. 189-210. E. TOV – The Texts From Judaean Desert in: Discoveries in the Judaean Desert XXXIX Ed. Clarendon Press (2002) p. 361. 185 I. FINKELSTEIN – Un archéologue au pays de la Bible Paris 2008 Éd. Bayard pp. 103-104.
  47. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 47 La deuxième difficulté concerne la datation des inscriptions anciennes, celle-ci nerepose en effet que sur la paléographie et sur le Carbone 14, or ces deux méthodes donnentsouvent des résultats différents, le Carbone 14 vieillissant les dates de un à deux siècles (parexemple, le Pentateuque réécrit est daté entre -339 et -324 par la datation calibrée duCarbone 14, mais entre -125 et -100 par la paléographie)186. Malgré ces difficultés, il estpossible de conclure que la composition de certains textes doit remonter autour de -1000. Les égyptologues estiment quil y a un anachronisme entre la tradition biblique quifixe la composition du Pentateuque autour de -1500 et larchéologie qui ne peut remonterau delà de -1000. En fait, cette critique devrait sadresser à tous les auteurs anciens, car onne connaît aucun des leurs originaux. Pour illustrer laspect insensé de cette critique, il estutile de confronter la Bible au plus vieux livre de la culture occidentale: Texte dHomère (en grec) Pentateuque (en hébreu) Plus ancienne trace de la langue écrite 1250-1150 (linéaire B)187 1700-1500 (proto-cananéen)188 Date de rédaction supposée du texte -850 -1500 Plus ancienne trace de la langue orale -850 (syllabaire chypriote)189 -1350 (cananéen ancien)190 Plus ancienne inscription -725191 -1200192 Plus ancien fragment du texte -300 -600 Plus ancien livre complet du texte 900 -100 Selon la tradition, le texte homérique fut rédigé vers -850. Hérodote, par exemple,écrit (entre -455 et -430)193: Jestime en effet quHésiode et Homère ont vécu quatre cents ans avant moi(Histoire II:53), ce qui place Homère autour de -850. La chronique du Marbre de Paros(rédigée en -263)194 place la naissance dHomère vers -905, accréditant de nouveau unerédaction des œuvres de cet auteur vers -850. Or, selon larchéologie, lécriture grecque nestapparue que vers -750, soit un siècle après la rédaction supposée du texte dHomère. Pouréviter cette difficulté, la date traditionnelle de la composition est abaissée à -750. Certainsarchéologues abaissant même cette date jusquen -550, considérant que lœuvre originaledevait être transmise oralement et ne fut mise par écrit définitivement que vers cette date,186 L.H. SCHIFFMAN – Les manuscrits de la mer morte et le judaïsmeQuébec 2003 Éd. Fides pp.35-37.187 M. LEJEUNE – Phonétique historique du mycénien et du grec ancienParis 1987 Éd. Klincksieck pp. 5-16.188 J. NAVEH – Early Naveh History of the AlphabetJerusalem 1982 Ed. The Hebrew University pp. 23-42.189 R. ÉTIENNE, C. MÜLLER, F. PROST – Archéologie historique de la GrèceParis 2006 Éd. ellipses p. 53.190 E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammarin: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 59-60.191 C. ORRIEUX, P. S CHMITT PANTEL – Histoire grecqueParis 1995 Éd. PUF p. 81.192 H. L A MARLE – Laventure de lalphabetParis 2000 Ed. Librairie P. Geuthner pp.53-94.193 P.E. LEGRAND - LÉgypte. Histoires, livre IIParis 1997, ÉD. Les Belles Lettres, Classique en poche, p. XV.194 V. BERARD, P. DEMONT, M.P. NOËL - LOdyssée1996 Librairie Générale Française , Le Livre de Poche p. 12.
  48. 48 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE car les auteurs grecs anciens citant des vers dHomère napparaissent quà partir du 6e siècle avant notre ère195. Cette façon de procéder illustre la différence de conception entre les archéologues et les historiens, les premiers sappuient dabord sur les témoignages archéologiques et les seconds dabord sur les témoignages historiques. Comme les archéologues considèrent quune absence de preuve est une preuve de labsence, les datations sont donc différentes. Cette conception des preuves est erronée, car les origines des œuvres du passé sont toutes dans lobscurité (et le resteront peut-être à tout jamais) à cause de lusure du temps. Entre loriginal et les premières copies attestées, il y a toujours plusieurs siècles. Les œuvres actuelles de la littérature grecque classique (Euripide, Sophocle, Eschyle, Aristophane, Thucydide, Platon, Démosthène), proviennent toutes de copies qui sont séparées de plus de 1000 ans avec les originaux. Lauteur latin le plus avantagé est Virgile, mais lécart dépasse encore largement 3 siècles avec loriginal196. Dans ces conditions la seule façon de dater ces œuvres est de recourir: aux témoignages historiques des auteurs anciens eux-mêmes et aux témoignages internes de lœuvre, grâce à la mention de certains événements historiques qui peuvent être datés précisément. Si on applique la méthode des historiens pour dater le paléo-hébreu, plutôt que celle des archéologues qui donnent une date autour de -1200, on obtient une date beaucoup plus haute. Selon les premiers historiens, le paléo-hébreu, appelé par eux écriture phénicienne ou cadméenne, devait remonter autour de -1500.  Selon Hérodote197 (vers -450): En sinstallant dans le pays, les Phéniciens venus avec Cadmos, — et parmi eux les Géphyréens —, apportèrent aux Grecs bien des connaissances nouvelles, entre autre lalphabet, inconnu jusqualors en Grèce à mon avis: ce fut dabord lalphabet dont usent encore les Phéniciens, puis avec le temps les sons évoluèrent ainsi que les formes des lettres. Leurs voisins étaient pour la plupart des Grecs Ioniens; ils apprirent des Phéniciens les lettres de lalphabet et les employèrent, avec quelques changements; en les adoptant ils leur donnèrent,— et cétait justice puisque la Grèce les tenait des Phéniciens —, le nom de caractères phéniciens.  Selon Artapan198 (vers -200): Ce fut Moïse le maître dOrphée. Une fois adulte, il transmit aux gens beaucoup de connaissances utiles (...) il confia aux prêtres les lettres sacrées, et il y avait aussi des chats, des chiens, des ibis (...) Cest donc pourquoi Moïse fut aimé des foules et, par les prêtres, qui le jugeaient digne des honneurs divins, appelé Hermès, vu quil interprétait les lettres sacrées. 195 E. LASSERRE - Iliade Paris 2000 Éd. GF Flammarion pp. 1,22. 196 L. VAGANAY, C.B. AMPHOUX - Initiation à la critique textuelle du Nouveau Testament Paris 1986 Éd. Cerf pp. 18,19. 197 Enquête V:58. 198 Préparation évangélique IX:27.
  49. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 49 Selon Eupolème199 (vers -160): Moïse a été le premier à acquérir la sagesse et à transmettre lécriture aux Juifs; les Phéniciens la reçurent, puis des Phéniciens les Hellènes, et Moïse a le premier rédigé des lois pour les Juifs. Selon Diodore200 (vers -50): Les Muses ont reçu de leur père le don de linvention des lettres et des compositions poétiques. Quant à ceux qui soutiennent que les Syriens sont les inventeurs des lettres quils ont transmises des Phéniciens aux Grecs, par lintermédiaire de Cadmos, qui arriva en Europe, et que cest pourquoi les Grecs nomment Phéniciens les caractères de lécriture : on leur répond que les Phéniciens nont point primitivement inventé les lettes, et que la dénomination que les Grecs leur ont donnée vient de ce que les Phéniciens ont seulement changé le type de ces caractères dont la plupart des hommes se sont servis. Selon lhistorien Tacite201 (vers 100): après avoir découvert que lalphabet grec non plus navait pas été entrepris et achevé en même temps. Les premiers, les Égyptiens représentaient les conceptions de leur esprit à laide de silhouettes danimaux; ces témoignages les plus anciens de lhistoire des hommes se voient, gravés dans la pierre; et ils se prétendent les inventeurs de lécriture; ensuite les Phéniciens, parce quils avaient la maîtrise de la mer, lintroduisirent en Grèce et en recueillirent la gloire, comme sils avaient eux-mêmes découvert ce quils avaient reçu dautrui. Le fait est que lon raconte que Cadmos, arrivé avec une flotte phénicienne, enseigna cet art aux peuples grecs encore incultes. (...) la forme des lettres latines est la même que celle des plus anciennes chez les Grecs. Malgré leur aspect tardif, les témoignages dHérodote et dEupolème se recoupent:un nommé Cadmos/Moïse a transmis lalphabet [dorigine égyptienne selon Tacite] auxPhéniciens, puis aux Grecs. La mythologie202 grecque présente Cadmos comme undescendant dÉpaphos (fils de Zeus) et de Memphis (fille de Nilos, le Nil). Or, la viedÉpaphos ressemble beaucoup à celle de Moïse (sous le nom Apopi) puisquil naquit prèsdu Nil et fut caché à sa propre mère quelques temps en Syrie, puis fut élevé en Égypte où ildevint roi203. Cadmos et Moïse sont dailleurs souvent mis en parallèle. Lauteur grec,Hécatée dAbdère204 décrit (vers -300), comme le fait aussi Diodore205, lExode bibliqueavec son chef Moïse et le départ dÉgypte des Hyksos sous la conduite de Cadmos et deDanaos. Tacite (Histoire V:2-5) rapporte, lui aussi, cette version déformée de lExode.199 Préparation évangélique IX:26.200 Bibliothèque historique V:74.201 Annales XI:13-14.202 P. GRIMAL - Dictionnaire de la mythologie grecque et romaineParis 1999 Éd. Presses Universitaires de France pp. 71-73,141.203 J. BERARD – Les Hyksos et la légende dIoin: Comptes-rendus des scéances de lAcadémie des inscriptions et belles-lettres n°95:4 (1951) pp. 445-447.J. BERARD – Les Hyksos et la légende dIo. Recherches sur la période mycéniennein: Syria n°29:1 (1952) pp. 1-43.204 M. STERN - Greek and Latin Authors on Jews and JudaismJerusalem 1976 Ed. Israel Academy of Sciences and Humanities pp. 26-34.205 Bibliothèque historique I:28,94 XL:3.
  50. 50 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Selon Hécatée dAbdère, lorsque les Hébreux furent expulsés la plus grande partie fut conduite en Judée par Moïse et une petite partie alla vers la Grèce avec Cadmos et Danaos à leur tête. Homère206 affirmait (vers -850) que les ancêtres des Grecs furent les Danaens, les fils de Danaos. Le Marbre de Paros (daté de -264) fixe larrivée de Cadmos à Thèbes en -1519 et le départ de Danaos en Égypte pour la Grèce en -1511. Lhistorien Paul Orose207 (en 417) datait cet épisode en 775 avant la fondation de Rome, soit en -1528. Diodore de Sicile, tout en reprenant le récit dHécatée, écrivait que Cadmos vécut à Thèbes208, en Égypte, et que son histoire fut adaptée et modifiée par les Grecs209. Le nom Cadmos ne signifie rien en grec, mais ‘Est’ ou ‘Oriental’ en hébreu210. Les anciens historiens donnent donc des précisions concordantes: un Oriental en contact avec les Phéniciens vécut en Égypte peu avant -1500 et légua lalphabet aux Grecs. Moïse et Cadmos sont des Sémites ayant vécu aux mêmes endroits, à la même époque, et ayant accompli des actions identiques. Il semble donc légitime didentifier les deux personnages. La paléographie211 a confirmé indirectement cette trame chronologique. Il est en effet admis que le premier alphabet appelé proto-sinaïtique (qui devint le proto-cananéen), apparut entre 1700 et 1500 dans la région du Sinaï (Serabit el Khadim) où se trouvaient des princes hyksos venus de Syrie-Palestine. Cet alphabet dorigine sémitique, peut-être sous linfluence des hiéroglyphes égyptiens, évolua vers lalphabet phénicien212 que les Grecs ont ensuite adopté en le modifiant avec le temps. Selon Homère, les Grecs davant la guerre de Troie connaissaient lécriture213. Le paléo-hébreu est une écriture que lon rencontre déjà sur des jarres et des pots datés du 13e siècle avant notre ère. En fait, selon le texte dIsaïe 19:18, lhébreu et laraméen, formaient la "langue de Canaan", et étaient assez proches (classée aujourdhui dans le groupe sémitique du nord-ouest). Les tablettes de Tell el-Amarna parlent de "langue de Canaan" (Kinaḫna), un terme déjà utilisé à Mari214 vers -1800 (Ki-na- aḫ-nu). Selon un texte biblique215, au temps de Josias (vers -630), une antique copie du Pentateuque fut retrouvée, suggérant quelle avait été écrite dans le paléo-hébreu de lépoque. Selon ce récit, Moïse serait ainsi celui qui officialisa lutilisation du paléo-hébreu, 206 LOdyssée V:306 (le nom Danaens semble provenir de lakkadien dananu(m) "puissant"). 207 Histoire contre les païens I:11:1-I:12:7. 208 Selon Hésiode (vers -700), Thèbes fut construite par Cadmos (Thèbes devint capitale égyptienne au début de la XVIIIe dynastie). 209 Bibliothèque historique XL:3; I:23. 210 Les habitants du Sinaï sont appelés "fils de lEst/ Orientaux" (Job 1:3; Genèse 29:1) ou "Qadmonites" (Genèse 15:19). Ce terme Qedem (qdmw) est ancien, car il apparaît déjà dans une stèle du pharaon Mentouhotep II (2045-1994). 211 J. F. HEALEY - Les débuts de lalphabet in: La naissance des écritures. Paris 1994 Éd. Seuil pp.257-279. 212 H. L A MARLE – Laventure de lalphabet Paris 2000 Ed. Librairie P. Geuthner pp. 57-76. 213 Iliade VI:169. 214 G. DOSSIN – Une mention des Cananéens dans une lettre de Mari in: Syria n°50 1973, pp. 277-282. 215 2Chroniques 34:14,15.
  51. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 51le premier alphabet connu. Lhistoire du Cadmos phénicien ou dApopi, un prince dePalestine et tout premier monothéiste (le pharaon Séqenenrê lui en fait le reproche, ce quiconfirme laspect original de cette croyance), ressemble à celle du Moïse israélite auteur du‘Livre’, selon le texte dExode 17:14. Il est donc raisonnable de conclure216, selon lestémoignages des anciens historiens, quun "oriental" appelé Cadmos (Moïse ou Apopi) soitlauteur dun récit en paléo-hébreu écrit vers -1500. Cette entreprise ayant sans aucun douteouvert la voie dans la transmission de lalphabet tel que nous le connaissons aujourdhui217. En fait, la polémique lancée par les archéologues sur lorigine de la Bible, -250 aulieu de -1500 (pour le Pentateuque), est trompeuse. En effet, ce qui compte pour unhistorien ce nest pas de connaître la date dune source, mais la fiabilité et lexactitude decette source. Par exemple, le Canon royal de Turin, rédigé sous Ramsès II (1283-1216),donne une liste (très lacunaire) des rois dÉgypte de la Ière à la XVIIe dynastie. Comme la Ièredynastie est datée par les archéologues218 approximativement entre -2950 et -2780, celasignifie que cet ancien document, qui est considéré comme fiable, est séparé denviron 1500ans des premières informations quil a transmises. Malgré cet écart important dans le temps,les données chronologiques de ce document sont acceptées, en dépit aussi de certaineserreurs manifestes (noms copiés deux fois, règnes intervertis, etc.) et du fait que la XVIIedynastie soit constituée denviron 60 rois ayant régné en moyenne 3,5 ans, ce qui estmanifestement invraisemblable. Concernant la transmission des informations, la Bible constitue un cas unique danstoute la littérature. En effet, les éditions critiques révèlent que les textes antiques ont tousété altérés plus ou moins gravement par les multiples copistes qui se sont succédés, or, laBible constitue une exception impressionnante219. On lit en effet: Nous présentons quelques unsde nos derniers travaux en date. Les résultats obtenus viennent un peu bousculer certaines idées a priori quelautorité excessive du manuscrit B19a a contribué à développer. Ainsi, la parfaite isomorphieconsonantique (cest-à-dire du texte littéral dont on exclut les matres lectionis) des manuscrits orientauxvient ébranler le dogme des divergences entre les manuscrits bibliques (...) Il nous semble beaucoup pluspertinent de considérer ce manuscrit comme reflétant une méthode de vocalisation à laide des matreslectionis, plutôt que de considérer lécriture de ces lettres comme révélant des différences sémantiques.Labus de cette méthode a empoisonné la critique biblique pour encore un certain temps (correspondance216 J. COHEN - Lécriture hébraïqueLyon 1997 Éd. du Cosmogone pp. 39-61.217 M. BERNAL - On the Transmission of the Alphabet to the Aegen before 1400 B.C.in: Bulletin of the American Schools of Oriental Research 267 (1987) pp. 1-19.218 J. YOYOTTE – Dictionnaire des pharaonsParis 1998 Éd. Noésis pp. 177-178.219 P. CASSUTO – Isomorphie consonantique et hétéromorphie vocaliquein: Actes du second Colloque international Bible et informatique. Paris 1989 Éd. Champion, Slatkine pp. 179-207.
  52. 52 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE entre les versions, à la mode BHS, absolument injustifiée, sinon par un fervent désir de trouver à tout prix des divergences) (...) Cette catégorisation permet aussi de faire le point sur plusieurs débats de la critique biblique. En effet, contrairement à lidée reçue, les trois codices orientaux sont absolument identiques au niveau consonantique ainsi défini, ce qui relève dune transmission absolument hors du commun et dont on ne connaît par ailleurs aucun exemple en dehors du champ biblique. Le texte du rouleau dIsaïe trouvé à Qumrân (1Qa et 1Qb, daté paléographiquement entre -150 et -50), par exemple, est absolument identique (à la lettre près!) au texte actuel des Bibles hébraïques. La Bible, à la différence de la Chanson de Roland ou de LIlliade et lOdyssée, a transmis des centaines de données qui sont historiquement identifiables et parfaitement datables. Comme on la vu, 10 rois judéens et 7 rois israélites ont été attestés par larchéologie, de plus, la chronologie de tous ces règnes a été confirmée par les chronologies synchronisées. Selon les critères des historiens, cela aurait dû être une garantie dhistoricité du texte biblique, mais la plupart des spécialistes continuent à prétendre, sans en apporter la moindre preuve, que le texte biblique nest pas un document, phrase répétée ad nauseam y compris par les biblistes (ce qui conforte les préjugés des archéologues!). Dans sa lettre datée du 12 juillet 2004, Lucien-Jean Bord me précise: Ce nest point uniquement le sumérologue qui vous écrit cela mais aussi le bibliste. Noubliez pas que la Bible ne prétend aucunement à lhistoricité (sinon dans la pensée de certains fondamentalistes), mais se place sur le plan dune historiographie théologique particulièrement formulée lors de la période exilique et post-exilique : cest la majorité du texte vétérotestamentaire dont nous disposons. Ce bibliste sait-il que la Bible somme en permanence ses lecteurs de refuser les fables et les tromperies (1Timothée 4:1-7) La Bible a la prétention dêtre la "vérité", y compris sur le plan historique. La "vraie" question pour lhistorien nest pas de nature théologique ou religieuse, mais de savoir si le texte biblique peut-être utilisé comme un document historique. Jai posé cette question de lhistoricité de la Bible à légyptologue Jean-Claude Goyon qui ma répondu dans sa lettre datée du 18 avril 2001: Dans votre courrier du 4 de ce mois, vous soulevez à nouveau la question de lExode, de la crédibilité des récits bibliques et des problèmes que ceux-ci créent sur le plan historique dans le monde des égyptologues (...) Mais, comme je le disais, il me faut faire part de mon scepticisme total envers les récits qui nont rien dhistorique de la Bible (en gras dans le texte) yahviste ou massorétique! Ce que je souhaite montrer, pour être clair, cest quaucune source égyptienne ne mentionne les Hébreux (...) En allant au bout de ma pensée, je dirais simplement que pour un Égyptien antique, à la question "Israël ?", la réponse est "Connais pas !" (...) Tout sonne faux dans le conte des relations entretenues par Moïse avec la cour du "Pharaon". Pour résumer ces quelques arguments: "labsence de preuve dans les archives égyptiennes est une preuve de labsence de lExode,
  53. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 53de plus, la Bible nest pas un document historique, car tout sonne faux". Quand on sait queles annales égyptiennes ont presque entièrement disparu (en fait, à la question: "Annaleségyptiennes ?", la réponse de lhistorien est "Connais pas"), largumentation de cetégyptologue repose donc essentiellement sur ses préjugés. Les actes de Moïse se produisentdurant la brève période des 10 plaies, or la Stèle de la tempête dAhmosis et les AdmonitionsdIpuwer décrivent sensiblement de la même façon cette période catastrophique de lÉgypte. Après avoir vérifié que la Bible était un document historique fiable pour la périodedes royaumes judéens et israélites, et avant dexaminer si lhistoricité de la Bible restevalable pour lancienne Égypte, il est utile de vérifier si les données historiques de la Bible àpropos des souverains étrangers sont confirmées et exactes chronologiquement. Le textebiblique cite les rois suivants (les dates de règnes proviennent des chronologiessynchronisées, celles qui sont en désaccord avec les chronologies moyennes "classiques"ont été surlignées. Les rois non encore identifiés portent une étoile et ceux qui sontorthographiés différemment, suivant les sources, ont été placés entre parenthèses): Roi règne référence Éléments didentification Babylonie 1-[non nommé] 2038-1912 Genèse 11:31 Ur III finit en -1912 2-Merodachbaladan II 722-710 Isaïe 39:1 3-Nabuchodonosor II 605-562 Esdras 5:14 4-Amêl-Marduk 562-560 2Rois 25:27 5-Nériglissar 560-556 Jérémie 39:13 6-Bêl-šar-uṣur 551-539 Daniel 5:30 Corégence de 14 ans avec Nabonide 7-Ugbaru (Darius le Mède) 539-538 Daniel 5:31 Corégent de 1 an avec Cyrus II Élam 8-Kutir-Lagamar* 1980-1955 Genèse 14: Fin de la dynastie dAwan II en -1955 9-[non nommé] 605-585 Jérémie 49:37-38 Atta-hamiti-Inšušinak Égypte 10-[non nommé] 1975-1946 Genèse 12:14-15 Amenemhat Ier 11-[non nommé] 1762-1747 Genèse 41:41-46 Amenemhat VI ? 12-[non nommé] 1685-1676 Genèse 46:6-7 Sébekhotep IV 13-[non nommé] 1544-1533 Psaumes 136:15 Mort violente de Taa Séqenenrê 14-[non nommé] 1003 - 984 1Rois 9:16 Siamon prend Gézèr en -993 15-Chéchanq Ier (Shishaq) 980-959 1Rois 11:40; 14:25 Campagne en Palestine en -972 16-Osorkon IV (Sô) 730-712 2Rois 17:4 17-Taharqa 712-663 2Rois 19:9 Corégence de 23 ans avec Chabataka 18-Nékao II 609-594 2Rois 23:29 19-Apriès (Hophra) 588-567 Jérémie 44:30 Assyrie 20-[non nommé] 1833-1820 Genèse 25:18 Ikunum 21-[non nommé] 1515-1490 Nombres 24:22-24 Aššur-nêrârî Ier 22-Pulu 782-746 1Chroniques 5:26 Bar Gaiah roi assyrien du Bît Adini
  54. 54 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 23-Tiglath-Phalazar III 745-727 2Rois 15:29 24-Salmanazar V 727-722 2Rois 17:3 25-Sargon II 722-705 Isaïe 20:1 26-Sennachérib 715-681 2Rois 18:13 Corégence de 10 ans avec Sargon 27-Esarhaddon 681-669 2Rois 19:37 28-Aššurbanipal 669-627 Esdras 4:10 Moab 29-Balaq* 1510-1490 Genèse 23:7 Sutéen (Nombres 24:17) 30-Églon* 1404-1386 Juges 3:12 Sutéen 31-Mésha 900-870 2Rois 3:4 fils du roi Kémoshyat 32-Shalman 740-720 Osée 10:14 Salamanu Mitanni 33-Kushân-Rishataïm* 1452-1444 Juges 3:8 Vraisemblablement Šauštatar Ier Haṣ or 34-Yabîn* 1366-1346 Juges 4:2 [Ibni?] (lettre EA 148) Philistie 35-[non nommé] 1162-1122 Juges 13:1 Arrivé en lan 8 de Ramsès III 36-Akish 1060-1020 1Samuel 21:11 [Anchise?] roi de Gat Tyr 37-[non nommé] 1045-1025 1Rois 5:5 Abibaal 38-Hiram Ier 1025 - 991 1Rois 5:1-18 39-Ithobaal Ier 944-912 1Rois 16:31 Byblos 40-[non nommé] 1020-1000 1Rois 5:32 Ahiram Syrie 41-Hadadézer 1050-1010 1Chronique 18:3-5 (Adad-idri) 42-Rezôn 1010 - 980 1Rois 11:23-25 (Rahianu) 43-[Héziôn]/ Tabrimmôn 980-950 1Rois 15:18 [Hadianu?]/ Ta[brimmôn] 44-Ben-Hadad Ier 950-920 2Chroniques 16:2,3 Bar-Hadad 45-Ben-Hadad II 920-880 2Rois 20:1,2; 6:24 Adad-idri 46-Hazaël 880-840 2Rois 10:31,32; 13:22 Haza’ilu 47-Ben-Hadad III 840-800 2Rois 13:24,25 Bar-Hadad, Mari’ 48-Rezin 760-732 2Rois 16:5-9 Rahianu Urartu 49-[non nommé] 625-606 Jérémie 51:27 Erimena Ammon 50-Baalis 594-582 Jérémie 27:3, 40:14 Baalyasha Médie 51-[non nommé] 585-550 Daniel 8:1-3,20 Astyage 52-[non nommé] 530-539 Isaïe 13:17-19 Harpage (Oibaras) 53-Darius le Mède 539-538 Daniel 5:31 Ugbaru (Oibaras) Perse 54-Cyrus II 539-530 Esdras 6:3 55-Darius Ier 522-486 Esdras 4:24 56-Xerxès Ier (Assuérus) 496-475 Esther 1:3 Corégence de 10 ans avec Darius Ier 57-Artaxerxès Ier 475-424 Esdras 7:1 Corégence de 8 ans avec Darius B 58-Darius II 424-405 Néhémie 12:22 (Darius le Perse)
  55. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 55 Parmi les 43 rois nommés, 38 ont depuis été confirmés par larchéologie. De plus, sion compare la chronologie israélite synchronisée avec les autres chronologies synchroniséestous les synchronismes entre ces chronologies concordent eux aussi, sans exception. Ce quiest encore plus impressionnant cest que, dans onze cas (règnes surlignés), la chronologieisraélite est en accord avec les autres chronologies synchronisées, alors que les chronologiesmoyennes, habituellement utilisées, sont mises en défaut. Ces onze cas constituent unexcellent critère de fiabilité du texte biblique (ils seront examinés en détail lors delétablissement de la chronologie israélite synchronisée). La chronologie historique primesur la chronologie archéologique. Les études archéologiques récentes220 ont débouché surune mise au point des problèmes de datation: Lessentiel de la chronologie absolue pour larchaïsmegrec repose sur un texte de Thucydide (...) pour déterminer une date, ce sont les textes qui éclairent lesdonnées de fouilles, plus que les données de fouilles néclairent les textes. Le matériel archéologique na quetrès rarement une autonomie de datation (...) La chronologie du matériel archéologique relève dun perpétuel« bricolage », dont les fondements sont souvent remis en cause (...) Récemment, E.D. Francis et M.Vickers sen sont pris à la validité même de ce système, et ont voulu abaisser lensemble des dates jusque-làadmises de 30 à 50 ans. Leurs critiques ont pris des voies multiples, dont lune concerne la céramiqueattique, clef de voûte de la chronologie des années 550-490 av. J.-C. (...) leur révision a eu un mérite,obliger les archéologues à revoir au plus le grand château de cartes sur lequel se fonde la chronologie de cettepériode. Larchéologie ne peut donc être utilisée pour dater précisément lExode. COMMENT DATER LEXODE? La datation de récits très anciens pose un problème redoutable à lhistorien. En1863, par exemple, Oppert faisait commencer le règne dHammurabi en -2394, Thureau-Dangin (en 1927) abaissait cette date à -2003 et Gasche proposait (en 1998) de labaisserjusquà -1696. Hammurabi a donc rajeuni denviron 700 ans durant le 20e siècle! Lachronologie grecque nest pas mieux lotie puisque lécart est cette fois de presque 1000 ans:la bataille fait rage entre les tenants de la chronologie haute (2100), moyenne (1900 ou 1600) ou basse(jusquà 1100 pour les extrémistes)221. La chronologie égyptienne nest pas épargnée non plus,comme le reconnaît Grimal222 au début de son Histoire de lÉgypte ancienne: la traditionclassique rejetait la civilisation égyptienne dans un flou dont les grandes querelles chronologiques, passées du220 R. ÉTIENNE, C. MÜLLER, F. PROST – Archéologie historique de la GrèceParis 2006 Éd. ellipses pp. 26-29.221 C. MOSSE, A. SCHNAPP-GOURBEILLON - Précis dhistoire grecqueParis 1999 Éd. Armand Colin p. 33.222 N. GRIMAL - Histoire de lÉgypte ancienneParis 1988 Éd. Fayard p. 7.
  56. 56 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE XIXe siècle au nôtre, portent encore témoignage. Ces querelles opposent les partisans dune chronologie dite « longue », généralement les plus éloignés dun usage scientifique des sources documentaires, aux tenants dune histoire moins poétique et plus tributaire des données de larchéologie. Elles ont fini par sapaiser, et lon sen tient généralement aujourdhui à une chronologie « courte » sur laquelle tout un chacun, ou presque, saccorde, à quelques générations près. Cette remarque montre que lutilisation scientifique des sources documentaires a produit un rajeunissement des chronologies classiques que Grimal qualifie fort justement de "poétiques". En introduction de sa chronologie égyptienne, Clayton223 précise encore: Avec toutes les informations chronologiques disponibles, on sétonnera peut- être quil soit extrêmement difficile détablir des dates absolues dans la chronologie égyptienne (…) Cela montre le flottement de la chronologie égyptienne qui est calculée essentiellement à partir des années de règne de chaque roi, lorsquelles sont connues. Ces périodes sont ancrées, en amont et en aval, aux trois levers héliaques de Sirius mentionnés ci-dessus. On reconnaît en général que la chronologie égyptienne est sur un terrain sûr à partir de 664 av. J.-C., cest-à-dire au début de la XXVIe dynastie. Le constat est clair: les chronologies actuelles (non synchronisées) ne sont pas satisfaisantes, de plus, se contenter de lire les textes anciens uniquement muni dune critique des sources nest pas acceptable. Sans chronologie rigoureuse, lhistoire nest quune branche de la philosophie. Cest pourtant cette chronologie incertaine qui est utilisée par les archéologues pour attaquer lauthenticité de la Bible. Certains égyptologues datent pourtant certaines batailles au jour près , comme celle de Qadesh sous Ramsès II ou celle de Megiddo sous Thoutmosis III, donnant ainsi lillusion dune très grande exactitude, alors que chaque égyptologue possède en fait sa propre chronologie, qui peut sécarter de celle de son collègue jusquà 40 ans. Dates de la Durée selon: Dates de la Durée selon: XVIIIe dynastie XVIIIe dynastie 1579-1321 258 ans O.A. Toffteen 1552-1295 257 ans N. Grimal 1575-1308? 267 ans A. Gardiner 1550-1295 255 ans K.A. Kichen 1570-1292 278 ans E.F. Wente 1540-1295 245 ans J. Màlek 1569-1315 254 ans D.B. Redford 1540-1299 241 ans C. Aldred 1554-1304 250 ans R.A. Parker 1539-1292 247 ans R. Krauss 1552-1306 246 ans E. Hornung 1530-1292 238 ans H.W. Helck La chronologie égyptienne est non seulement imprécise mais, de façon surprenante, de nombreux égyptologues préfèrent évaluer lhistoricité des textes bibliques à la lumière des étymologies populaires, combinées à la psychanalyse freudienne (!), au lieu dutiliser les synchronismes historiques et chronologiques. Ce nest pas une démarche scientifique P.A. CLAYTON - Chronique des Pharaons 223 Paris 2000 Éd. Casterman pp. 12,13.
  57. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 57objective. Assman224 écrit, par exemple: Jai toujours eu conscience du défi que représentait le livre deFreud pour légyptologie (…) Lobjectif dune étude dhistoire de la mémoire ne réside pas danslétablissement dune vérité potentielle des transmissions —en loccurrence les différentes traditions quiappréhendent la figure de Moïse—; il sagit bien plutôt détudier ces formes de transmission elles-mêmes enles considérant comme des manifestations de la mémoire collective, ou plutôt de la mémoire culturelle. Lessouvenirs peuvent être faux, déformés, inventés ou implantés artificiellement comme lont montré de récentsdébats dans le domaine de la psychanalyse (...) Jai baptisé “Moïse lÉgyptien” cette trace verticale de lamémoire que jai suivie depuis Akhenaton jusquau XXe siècle. Je ne cherche pas pour autant à poser laquestion de lorigine égyptienne, hébraïque ou madianite de Moïse, a fortiori pas à y répondre. Cettequestion concerne le Moïse historique, et cest donc à lhistoire de la poser (…) Moïse lÉgyptien est un castypique de contre histoire (…) il existe de bonnes raisons (et je crois en effet que ces raisons existent, maiscest une autre histoire) à ce que Moïse, si jamais il a vraiment existé, ait réellement été égyptien. Assmanest considéré comme une référence, mais un critique a remarqué que: Lauteur soppose enleitmotiv à la prétention du monothéisme à sériger en vérité unique (...) légyptologue estime probablelappartenance de Moïse à lEgypte, sans pouvoir létablir. Tout au plus note-t-il dans le dernier chapitre dulivre —le seul qui mobilise ses compétences dégyptologue au sens usuel du terme— de frappantes similitudesentre quelques hymnes datant du pharaon Akhenaton-Aménophis IV, qui tenta de substituer à la religionde lEgypte un culte solaire et certains psaumes. A len croire, une telle analogie sexplique225. Krauss226,un autre égyptologue faisant autorité, écrit: Deux articles parurent en 1937, lun sous le titre de“Moïse, un Égyptien”, lautre sous celui de “Si Moïse était un Égyptien”. En 1939, quelques mois avantsa mort à lâge de 83 ans, Freud réunit, dans un livre intitulé LHomme Moïse et la religionmonothéiste, les deux essais de 1937, augmentés dun troisième, “Moïse, son peuple et la religionmonothéiste”, dans lequel il exposait une théorie psycho-religieuse touchant à la genèse du monothéisme (…)De mon côté je ne puis, en tant que chercheur, quacquiescer à la conclusion de Freud. Mais du point de vuehistorique, a-t-il touché juste en faisant de Moïse un Égyptien. Krauss répond ensuite à sa proprequestion quand il identifie, grâce à la similitude des noms, Moïse au pharaon Amon-masesaainsi quà Masesaya le vice-roi de Nubie. Le fait que des égyptologues réputés utilisent lapsychanalyse freudienne pour appuyer leurs conclusions est très étonnant quand onconnaît les propos du célèbre psychanalyste Lacan227.224 J. ASSMAN – Moïse lÉgyptienParis 2001 Éd. Flammarion pp.24,29-33.225 N. Weill in: journal Le Monde du 27/09/2001226 R. KRAUSS – Moïse le pharaonMonaco 2005 Éd. Rocher pp.14-19,113-158.227 Lors dune conférence prononcée à Bruxelles, le 26 février 1977, Lacan a précisé: Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens,les éblouir avec des mots, cest quand même ce quon appelle dhabitude du chiqué (…) Il sagit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je croisquil a raté son coup. Cest comme moi, dans très peu de temps, tout le monde sen foutra de la psychanalyse.C. MEYER, M. BORCH-JACOBSEN, J. COTTRAUX, D. PLEUX – Le livre noir de la psychanalyseSaint-Amand-Montrond 2005 Éd. Les arènes p. 89.
  58. 58 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Le critère le plus élémentaire pour dater lExode serait dutiliser les données chronologiques contenues dans le texte biblique, mais les égyptologues préfèrent utiliser lonomastique et les étymologies pour obtenir cette datation, même si cette méthode est très hasardeuse. LExode est ainsi placé durant le règne du prestigieux Ramsès II, uniquement en sappuyant sur lhomonymie de ce pharaon avec la ville du même nom. Cette assertion ne tient pas car lhomonymie nest pas bonne. En effet, la ville sappelle Ra‘amsés228 et non Pi-Ra‘msés et ensuite rien ne prouve quil y ait eu un lien entre cette ville, qualifiée de ville-entrepôt selon le texte biblique et non de capitale, et le pharaon très connu Ramsès II. Redford écrit: La Raamsès de la Bible et la capitale Pr R‘mśśw [Per-Ramsès], excepté le nom propre, semblent ne rien avoir en commun. En labsence complète dindications corroborantes, il est absolument essentiel dêtre circonspect quant à assimiler les deux229. En fait, le nom de Ra‘amsés ne désigne pas un pharaon mais une ville entrepôt: Cest ainsi quil bâtit pour Pharaon les villes entrepôts de Pithom et de Ra‘amsés. Si le pharaon avait été Ramsès la lecture la plus logique aurait été: Cest ainsi quil bâtit pour Ramsès les villes entrepôts de Pithom et celle de son nom. De plus, la mention du nom dun pharaon aurait constitué lunique exception dans tout le Pentateuque, car le premier pharaon nommé dans le texte biblique napparaît quà partir du roi Salomon (Chéchanq Ier). Le seul renseignement historique sur la localisation de la ville de Ramsès230 est donné par Flavius Josèphe231, qui fait commencer lExode par la ville de Létopolis (proche de Memphis) qui est sans lien notable avec Ramsès II. De même, le nom qui apparaît dans lexpression: pays de Ramsès désignait une région particulière à lépoque de Joseph, le fils de Jacob (soit deux siècles avant Moïse), aussi appelée pays de Goshèn232, et non un pharaon précis. En fait, les termes égyptiens Ra "soleil" et mes "engendré de" sont tous les deux très anciens, puisque le nom de naissance des pharaons était toujours précédé de lexpression sa Ra‘ "fils du Soleil" dans leur titulature. Lorsque ce titre était utilisé en nom propre, le nom du dieu était placé en antéposition honorifique: Ra‘-mes "Ramsès" au lieu de mes-Ra‘ "Mesore" désignant le dernier mois de lannée égyptienne. Lexpression "pays de Ramsès" pouvait être comprise comme "pays de fils du Soleil [pharaon]". Vraisemblablement ce pays de Goshèn devait correspondre au 14e nome de Basse Égypte, appelé "nome de lOrient", car la ville de Tanis (et aussi celle dAvaris) en faisait partie selon le texte biblique233. 228 Exode 1:11. 229 D. REDFORD - Vestus Testamentum Leyde 1963 p. 410. 230 E.P. U PHILL - Pithom and Raamses: Their Location and Significance in: Journal of Near Eastern Studies 27 (1968) pp. 292-316. 231 Antiquités juives II:315. 232 Genèse 45:10; 47:11. 233 Psaumes 78:12,43.
  59. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 59 Vandersleyen objecte à juste titre quil ny a aucune trace archéologique de lExodesous Ramsès II234, ce qui entraîne une conclusion logique: lExode biblique serait unehistoire pieuse, écrite après coup, enjolivée pour la postérité235! En fait, cette conclusionétait prévisible en fonction des hypothèses présupposées. Krauss236 écrit, par exemple: Silon veut retrouver le Moïse biblique dans lhistoire de lÉgypte ancienne, il convient dans tous les cas dechercher un Égyptien ayant porté le même nom ou du moins un nom très proche, et précise concernantla chronologie: On sait que les écrits bibliques ne fournissent aucune réponse directe à la question de laposition chronologique de Moïse. Il est certes dit, dans le premier livre des Rois, que Salomon a édifié leTemple de Jérusalem 480 ans après la sortie dÉgypte, soit en lan 4 de son règne (…) Daprès les Rois, lerègne de Salomon a commencé vers ≈ 970; la sortie dÉgypte du peuple dIsraël ayant eu lieu 480 ans, la4e année de son règne, Moïse aurait vécu vers ≈ 1450. Toutefois, daprès les listes généalogiques des prêtres,incluses dans la Bible, cette date approximative devrait être avancée denviron 200 ans, ce qui nous amèneaux alentours de ≈ 1250. Il va de soi que ces généalogies sacerdotales nont aucune authenticité historique,mais ce point est sans conséquence dans le cadre de notre enquête. Il nous importe peu que ces documentssoient des inventions pieuses; lessentiel est que Moïse y ait été situé à une époque déterminée. Le premierlivre des Chroniques, qui a probablement été rédigé vers ≈ 200 et ne donne nulle part limpression detoucher à la vérité historique, contient les généalogies. Pour résumer largumentation de Krauss"daprès les écrits bibliques, Moïse aurait vécu vers ≈ 1450, mais selon des généalogies, sansauthenticité historique, la date quil conviendrait de retenir est située vers ≈ 1250, périodependant laquelle il faut rechercher un nom égyptien proche de Moïse". Ce raisonnement,bien quillogique, est adopté par beaucoup dégyptologues et les avis de la célèbreégyptologue Desroches Noblecourt sont représentatifs de lignorance de cette professionen ce qui concerne la chronologie israélite. Elle écrit: Le nom biblique de la ville Ramsès peutnaturellement être rapproché de celui de Pi-Ramsès, pour la construction de laquelle on sait que furentenrôlés les Apirous, avec les soldats du roi, à tirer les pierres vers le pylône du palais de RamsèsII, et bien dautres monuments. Le nom de Moïse, issu de Mosé (mès = enfant, mésy = mettre aumonde, etc.), constitue également la déviation du nom très égyptien dont la première partie est constituée dunnom divin Thotmès, Ramès, etc. Beaucoup dÉgyptiens, à la XIXe dynastie, portaient le nom de Mès (…)Une impression se dégage maintenant delle même : il apparaît, après cette brève analyse, que le récit enquestion est le résultat dun brassage de faits indépendants les uns des autres, remontant à diverses époques234 C. VANDERSLEYEN - LEgypte et la vallée du Nil Tome 2Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 232-237.235 E. B LOCH-SMITH - Israelite Ethnicity in Iron I: Archaeology preserves what is remembered and what is forgotten in Israels historyin: Journal of Biblical Literature 122/3 (2003) pp. 401-425R. HENDEL - The Exodus in Biblical Memoryin: Journal of Biblical Literature 120/4 (2001) pp. 601-622.236 R. KRAUSS – Moïse le pharaonMonaco 2005 Éd. Rocher p. 113.
  60. 60 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE recueillis très tardivement et recouvrant probablement un événement très mineur, en tout cas aux yeux des Égyptiens (…) Quant à D. Redford, il en est même arrivé à penser que les «historiographes bibliques» ne connaissaient pas très bien lhistoire en général, et particulièrement la façon dont les Égyptiens gouvernaient la Palestine. Il estime que la légende de lExode ne reflète pas la situation de lÉgypte des XVIIIe et XIXe dynasties, mais plutôt la période de la XXVIe dynastie (…) Dans létat actuel de nos connaissances, où lon ne peut mettre en regard la chronologie, pratiquement fiable, établie pour le règne de Ramsès, et celle du récit biblique à ce jour inexistante, il paraît donc bien hasardeux de fixer lExode à une date précise. Les quelques indices relevés permettraient de placer lévénement au début du règne de Ramsès II. Pour résumer largumentation de Desroches Noblecourt: "la chronologie biblique est inexistante (sic), mais le nom de Moïse qui est dorigine égyptienne sous la forme Mès apparaît surtout durant la XIXe dynastie, ce qui permet de situer lExode probablement au début du règne de Ramsès II237". Cependant, comme le remarque Vandersleyen: Tous ces calculs nous amènent bien avant Ramsès II, et précisément au XVIe siècle. Sans doute la fiabilité de ces chronologies nest pas prouvée, mais elles sont écartées –alors quelles existent- parce quelles contredisent la datation basse de lExode qui ne repose sur aucun document (…) Ne faudrait-il pas plutôt remonter lExode au XVIe siècle? (…) On a noté que toutes les solutions proposées aux problèmes de lExode sont spéculatives et font abstraction des rares données chiffrées conservées dans la Bible et dans Manéthon. Or la date donnée par Manéthon –que lExode aurait eu lieu sous Amosis- est la seule qui soit vraiment précise (…) En somme, quelles que soient les objections des exégètes daujourdhui, il ne faut pas refuser a priori détudier le problème de lExode en liaison avec lexpulsion des hyksos238. Lhypothèse classique de lhomonymie est-elle fondée? La réponse est non, car le rapprochement entre le nom de Moïse et la forme mosis signifiant "fils" en égyptien, que lon trouve fréquemment à cette époque dans les noms égyptiens Thoutmosis, Ahmosis, etc., est tentant, mais non fondé. En effet, les adeptes de ces étymologies exotiques "oublient" de signaler que la vocalisation des noms égyptiens est très hypothétique, certains préférant plutôt utiliser les formes Thoutmès, Ahmès, etc. Cet éclairage égyptien contredit létymologie biblique239 qui relie ce nom au verbe hébreu [rare] mashah "tirer [de]". De plus, Moïse ne reçu ce nom que 3 mois après sa naissance, soit un nom de baptême, ce qui sous- entend un nom de naissance différent (généralement donné au 8e jour). Le nom de naissance de Moïse, quil na porté quaprès ses 40 ans, devait être Apopi240. 237 C. DESROCHES NOBLECOURT – Ramsès II La véritable histoire Paris 1996 Éd. Pygmalion pp. 248-256. 238 C. VANDERSLEYEN - LEgypte et la vallée du Nil Tome 2 (1995 PUF) pp. 232-237. 239 Exode 2:2-10. 240 Moïse devait vraisemblablement sappeler "très beau, magnifique" à sa naissance, selon Exode 2:2, soit Apopi en hébreu (ce terme apparaît, par exemple, en Jérémie 46:20). Selon le prêtre égyptien Manéthon, le dirigeant juif changea son nom égyptien, qui était Osarseph (Aaousseré-Apopi) en Égypte, en celui de Moïse lorsquil arriva en Palestine (Contre Apion I:250, 265, 286). Ce point est examiné en détail dans la partie 2.
  61. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 61 Bien quil y ait un lien évident entre la définition biblique et létymologie (au sensgrammatical), il ny a pas déquivalence absolue241, car létymologie biblique est souventfondée sur un jeu de mots. Le nom Moïse, par exemple, peut sexpliquer comme "tirant de[leau]", en supposant un rapprochement avec la forme mashouy "étant tiré [de]". Ce nom estmis en parallèle avec le peuple qui allait être "tiré de [leau]" par celui qui deviendraitlhomme moshèh "tirant [son peuple de leau]242". La première voyelle du nom Moïse est "o"dans le texte hébreu et "ou" dans le texte grec, mais jamais "a" ou "e", ce qui empêche unrapprochement avec le mot égyptien mes signifiant "fils", que lon trouve dans le nom Ra-mes-ès. Le texte biblique a préservé la vocalisation égyptienne du mot mes "fils" dans lenom de Ra-mes-ès243, qui est donc différent du nom Moshèh. Si le nom Moïse provenait delégyptien, le texte biblique laurait préservé sous la forme exacte Mes (ou Mesh, car les sonss et sh sont fréquemment intervertis). Nom Transcription Prononciation LXX MT égyptienne conventionnelle Ramsès r‘-ms-s-sw Ra‘mesesou Raméssè Ra‘mesés [?]Moïse [?]ms-s-sw [?]mesesou [?]môusè [?]moshèh En fait, lhypothèse égyptienne du nom de Moïse est très ancienne puisque FlaviusJosèphe écrivait déjà au 1er siècle: Cest daprès cet incident quil reçut ce nom, rappelant sonimmersion dans le fleuve: les Égyptiens appellent leau môu et ceux qui sont sauvés ysès. Ils lui donnèrentdonc ce nom, composé de deux mots244. Cette explication est cependant inexacte car, en égyptien,ces mots auraient dû être mw-ḥsy "eau – favorisé (?)". Si son explication provenait du copte:môu-ouṣai "eau - sauver", elle contredit toutefois létymologie biblique qui relie ce nom à"tirer hors de" et non à "sauver". Philon245 dAlexandrie rattachait aussi létymologie dunom de Moïse au mot égyptien môu "eau", sans expliquer le sens de la partie finale du nom.De toute façon, ces auteurs anciens sont daccord pour vocaliser le début du nom de Moïseen môu-se et non mes, et ils névoquent jamais un lien avec le mot égyptien mes "fils" alorsque Philon vivait en Égypte. La fille de pharaon a vraisemblablement appelé le bébé Mousa(mw s3) signifiant "fils dEau", nom qui fut ensuite adapté à lhébreu en moshèh "tirant [de]"(dun verbe hébreu très peu usité). Lutilisation de lonomastique et de létymologie nepermettent donc pas détablir une datation fiable. Les égyptologues nutilisent pas lachronologie biblique, parce quils la connaissent mal, voire pas du tout.241 A. STRUS - Nomen Omenin: Analecta Biblica 80. Rome 1978 Éd. Biblical Institute Press pp. 82-89242 Isaïe 63:11,12243 Genèse 47:11.244 Les Antiquités juives II:228.245 De vita Mosis I:17.
  62. 62 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Une autre raison qui peut expliquer lignorance de certains égyptologues concernant le texte biblique est une sorte de dévotion religieuse à lÉgypte. Dans sa lettre du 30 mai 2005, Goyon ma répondu: Je vous dénie le droit décrire que les "récits égyptiens sont bourrés dune mythologie grossière avec ses dieux, mi-humains, mi-animaux", si je vous fais grâce de la "vantardise" et des "perpétuelles victoires". La théologie antique de lÉgypte nest pas une "mythologie" encore moins "grossière" et son système dimage/écrit est le plus élaboré de lhistoire humaine pour traduire lomniprésence et puissance du divin. La vision étriquée du judéo-christianisme conduit à des expressions ineptes et insultantes. Visiblement la défaite dun antique pharaon devant Moïse a laissé des traces. Quelques rares égyptologues connaissent cependant les rudiments de la chronologie biblique. Paul Barguet246, me précisait dans sa lettre datée du 1er avril 2001: Merci pour votre lettre; les renseignements quelle mapporte sur lExode et les discussions que provoque son temps, mont intéressé. Je suis seulement égyptologue, mais les problèmes que pose son histoire mont depuis longtemps intéressé, et javais essayé, il y a de cela quelques années, dy voir plus clair car le sujet est très intéressant et même passionnant, et je métais rédigé, pour y voir plus clair moi-même, une sorte détat des choses; je me permets de vous le communiquer; naturellement je peux me tromper totalement, mais je crois, comme vous, que situer lExode sous Ramsès II est une erreur (...) Le point de départ important quil convient de situer est la date de naissance de Moïse. En suivant de près le texte de la Bible, jarrive aux conclusions suivantes: Moïse aurait été recueilli par la fille de Thoutmosis Ier, Hatchepsout, vers -1500. Les calculs de cet égyptologue sont assez bons, mais dépendaient de la chronologie biblique de lépoque, or les biblistes, qui ont établi cette chronologie, ont procédé comme les égyptologues, non à partir du texte, mais à partir de lonomastique et des étymologies! De Vaux247 écrit: Cest aussi le dernier et le principal des rédacteurs deutéronomistes qui a donné au livre son cadre chronologique. Les indications temporelles sont fréquentes (...) Cette chronologie fait partie dun système plus vaste qui sétend à dautres livres historiques. Daprès la rédaction deutéronomiste de I Rois 6:1, il sest écoulé 480 ans entre la sortie dÉgypte et le début de la construction du temple en la 4e année de Salomon, mais à cause de nombreuses erreurs dans ses propres calculs, il conclut: Certains chiffres peuvent provenir dune bonne tradition, mais le système dans lequel ils sont intégrés est certainement une construction du rédacteur et il nous faudra chercher à établir par dautres moyens la chronologie de la période des Juges. Valeur historique [du livre des Juges]: Nous venons de dire que le cadre historique que le Deutéronomiste a donné au livre ne peut servir lhistorien. Cette conclusion de non historicité de la Bible, repose en fait sur de grossières erreurs dans la durée de plusieurs règnes248. 246 Le seul égyptologue, que jai connu, à ne pas mépriser les données bibliques. Beaucoup dégyptologues mont tenu des propos virulents contre la Bible et ceux qui ont appris par la suite que jétais Témoin de Jéhovah ne mont plus adressé la parole. 247 R. DE VAUX – Histoire ancienne dIsraël 2 Paris 1973 Éd. Gabalda pp. 14-15, 100-104. 248 2 ans de règne à Saül (1Sam 13:1) au lieu de 40 (Actes 13:21), 80 ans à Ehoud (Juges 3:20-30) au lieu de 20 (Juges 4:3; 5:30), etc.
  63. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 63 Les biblistes actuels ne sont pas meilleurs en calcul, Soggin 249 écrit, par exemple:Nous voici arrivés à la question des données chronologiques contenues dans le récit, qui constitue un autreproblème complexe. Dans Genèse 15,16 et suiv. (un passage dtn ou dtr) et dans Ex 12,40 et suiv. (P),sont respectivement mentionnés 400 et 430 ans écoulés entre lépoque dAbraham et celle de lexode.Cependant, dans Genèse, il nest question que de quatre générations, donc dune période de maximum 60-120 ans. La chronologie de 1 R 6,1 essaie de rattacher aux deux premières chiffrées (400 et 430 ans, cf.infra, chap. 8, 1e): la chronologie de la construction du temple est fixée par lhistorien dtr à 480 ans aprèslexode Sur le plan historiographique, ces derniers chiffres sont tous problématiques et ne peuvent en aucunefaçon de base à une reconstruction de la chronologie de la préhistoire dIsraël. On peut les expliquer dansune perspective non pas historiographique, mais théologique et idéologique, tandis que les deux premièresdonnées chiffrées ne semblent avoir, pour lheure, aucun sens précis pour nous. La conclusion est quil seraitsage de renoncer à lélaboration dune chronologie, étant donné linsuffisance des éléments dont nousdisposons. Soggin laisse croire que les chiffres du texte biblique sont contradictoires, alorsquil neffectue aucun calcul. En fait, sil avait effectué une addition des durées pour calculerle séjour en Égypte il aurait trouvé 215 ans, résultat déjà connu de Flavius Josèphe250, au 1ersiècle. De plus, sil avait bien lu la Bible, il aurait vu que les quatre générations sontmentionnées en Exode 6:16-20, par exemple, puisquon lit: Voici les noms des fils de 1) Lévi (àlentrée en Égypte) avec leurs descendances: Gershôn, 2) Qehat (...) fils de Qehat: Amram (...) 3) Amramépousa Yokébed, sa tante, qui lui donna Aaron et 4) Moïse (à la sortie dÉgypte). Amram vécut 137 ans.Il y a bien quatre générations, dune durée moyenne de 54 ans, il ny a donc aucunecontradiction, mais plutôt un excellent accord des données chronologiques entre elles. Ladernière question qui gêne les spécialistes actuels: les âges aberrants de la Bible, comme les137 ans dAmram, les 147 ans de Jacob, etc., sont-ils acceptables? LES AGES DES PATRIARCHES SONT-ILS ERRONES? Lorsque lhistorien rencontre une durée aberrante, avant de la rejeter commeinvraisemblable, il doit vérifier que 1) cette donnée a été correctement transmise, 2) quellenest pas contredite par dautres, et 3) quelle est scientifiquement possible. Cette démarchenest pas aussi évidente quil ny paraît. Pour illustrer cette difficulté, le cas dHabib Miyan251,mort le 19 août 2008, est un bon exemple, car cet indien du Rajasthan prétendait avoir 138ans au moment de sa mort. Cet âge aberrant doit-il être rejeté? On sait, que cet homme249 J.A. SOGGIN – Histoire dIsraël et de JudaParis 2004 Éd. Cerf p. 104.250 Antiquités juives II:318.251 http://en.wikipedia.org/wiki/Habib_Miyan
  64. 64 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE avait pris sa retraite à 68 ans, selon ses dires (ce qui paraît plausible, mais en Inde, à cette époque, il ny avait pas dâge de la retraite imposé), et touchait sa pension depuis 1938. Le document officiel enregistré par la caisse de retraite, date sa naissance du 20 mai 1878, au lieu de 1870. Cet homme aurait donc prit sa retraite à 58 ans, au lieu de 68 ans, ce qui lui donnerait un âge "plus réaliste" de 130 ans. Cette valeur de 130 ans, plus du double de lespérance de vie à la naissance (62,5 ans en 2000 en Inde), est aberrante, cependant elle nest pas invraisemblable. De même, le Canon royal de Turin donne une valeur de [1]53 ans pour la durée totale de la XIIIe dynastie, et cette durée est acceptée252, car les 50 rois supposés de cette dynastie ont effectivement eu un règne dune duré moyenne denviron 3 ans253. Cette valeur est pourtant aberrante. En effet, si on suppose quun homme devient père au bout de x années, puis devient roi au bout de y années, puis meurt au bout de z années, on peut facilement montrer que si son fils monte sur le trône à la mort de son père et que ce processus se reproduit à lidentique, on obtient mathématiquement léquation: x = y = z. Cela signifie quun roi règne en moyenne le tiers de sa vie. En utilisant la valeur de 3 ans, cela impliquerait quil serait devenu père à 6 ans et serait mort à 9 ans, ce qui "paraît" impossible. Malgré cette impossibilité apparente, les chiffres du Canon sont acceptés, car on suppose lexistence dune explication que lon ne connaît pas encore. La durée de vie de quelques personnages bibliques sur la période des deux premiers millénaires avant notre ère est la suivante: durée de vie personnage devient meurt à: écart: règne référence père à: (80 ans) 2038-1863 Abraham 86 ans 175 ans +95 - Genèse 16:16; 25:7 1938-1758 Isaac 60 ans 180 ans +100 - Genèse 25:6; 35:28 1878-1731 Jacob 91 ans 147 ans +67 - Genèse 47:28 1788-1678 Joseph 30 ans 110 ans +30 - Genèse 41:46-50; 50:22 [1643-1506] Amram [30 ans?] 137 ans +57 - Genèse 6:20 1613-1493 Moïse 40 ans 120 ans +40 - Deutéronome 34:7 1573-1463 Josué ? 110 ans +30 - Juges 2:8 [1280-1211] Yaïr [30 ans?] [70 ans?] -10 22 ans Juges 10:3-5 1087-1017 David 30 ans 70 ans -10 40 ans 2Samuel 5:4 1035 - 977 Salomon 17 ans 58 ans -22 40 ans 1Rois 11:42; 14:21 1018 - 960 Roboam [20 ans?] 58 ans -22 17 ans 1Rois 14:21 751-697 Ezéchias 39 ans 54 ans -26 29 ans 2Chroniques 29:1 [617-537] Daniel ? 80 ans 0 - Daniel 1:1; 11:1-12:13 [485-405] Néhémie ? [80 ans?] 0 Néhémie 1:1-2:1; 12:22 [ 84 - 1] Veuve ? 84 ans +4 - Luc 2:36,37 252 N. GRIMAL -Histoire ancienne de lÉgypte Paris 1988 Éd. Fayard p. 596. 253 C. VANDERSLEYEN – LÉgypte et la vallée du Nil Paris 1995 Éd. PUF p. 660.
  65. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 65 Les chiffres des durées de vie ne paraissent aberrants que sur la période 2000-1500.Première question: ces chiffres ont-ils été correctement retransmis? Le fait quil ny aitaucun écart entre le texte massorétique, la Septante et le Pentateuque samaritain est un fortindice dauthenticité. Une deuxième façon den tester lexactitude est de vérifier silsinduisent des contradictions chronologiques (du type de celles que lon trouve dans laSeptante pour la période des Rois)254. Reconstitution de la période (examinée en détail dansla partie 2) allant de 2000 à 1500, selon les chiffres du texte biblique: 2038 1963 1938 1933 1878 1788 1748 1678 1573 1533 1493 1488 a b c d e f g h i j 5 400 75 25 (3x50) 40 215 40 5 100 60 90 110 105 40 430 (2x50) 450 (9x50)a) Arrivée dAbraham en Canaan à lâge de 75 ans255 et début des 430 ans de résidence en terre étrangère256 (la naissance dAbraham remonte en -2038).b) Abraham à 100 ans257, naissance dIsaac lancêtre du peuple dIsraël et début dune période de 450 ans258 (le fils dAgar est âgé de 14 ans)259.c) Isaac sevré à 5 ans260, période de 400 ans dafflictions261 débutant avec les persécutions sur Isaac262 par le fils dAgar et se terminant à la sortie dÉgypte, la fin de la servitude263.d) Naissance de Jacob quand Isaac à 60 ans264.e) Naissance de Joseph dans la 91e année de Jacob puisque ce dernier a 130 ans quand Joseph a 39 ans (= 30 ans + 7 ans dabondance + 2 ans de famine)265.f) Arrivée des Israélites (Jacob et sa famille) en Égypte dans la 40e année de Joseph266, début du séjour de 215 ans (période de la présence des Hyksos, de 1748 à 1533).g) Mort de Joseph à lage de 110 ans. Des chefs israélites sont établis par Joseph, puis par les pharaons, et administrent alors le pays de Goshèn267 pendant 105 ans (règne des princes Hyksos). Les 40 dernières années de cette période sont attribuées à Moïse.254 Il ne sagit pas, en fait, derreurs, mais de valeurs recalculées pour se conformer à un modèle chronologique différent.F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old TestamentTexas 2005 Ed. Master Books p. 12.255 Genèse 12:4,5.256 Exode 12:40,41.257 Genèse 21:5.258 Actes 13:17-20.259 Genèse 16:16.260 Selon 2Maccabées 7:27, lallaitement durait habituellement au moins 3 ans (voir 2Chroniques 31:16).261 Genèse 15:13. La période de 400 ans débute avec loppression dIsaac et non à sa naissance (voir notes suivantes).262 Genèse 21:8,9. Le sens du verbe hébreu est "se moquer " et non "jouer". Le Talmud (Sota 6:6) évoque même des sévices.263 Galates 4:25-29. Selon Maimonide (Epître au Yémen III) et Rashi, les 400 ans vont de la naissance dIsaac à la sortie dÉgypte.264 Genèse 25:26.265 Genèse 41:46,47,53,54; 45:11; 47:9.266 Genèse 45:11; 46:5-7.267 Genèse 47:6; Exode 5:14.
  66. 66 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE h) Moïse fut le dernier Grand personnage en Egypte, car bien que "fils de pharaon" 40 ans durant, il fut ensuite banni pendant 40 ans avant de revenir en Égypte268. i) Sortie dÉgypte juste après la mort du pharaon (Séqenenrê Taa) et début des 40 ans derrance dans le désert du Sinaï avant dentrer en Canaan269. j) Sortie du Sinaï, entrée en Canaan et mort de Moïse à 120 ans, période de pacification de 5 ans270 qui se termine en -1488 et qui fixe le début des jubilés (tous les 50 ans). La période de 430 ans est controversée, car on lit: Et la résidence des fils dIsraël, qui avaient habité en Egypte, fut de quatre cent trente ans271, ce qui pourrait impliquer un séjour de 430 ans en Egypte. Or cette lecture possible serait contradictoire. Les traducteurs juifs de la Septante, conscients de cette ambiguïté, ont préféré ajouter une incise pour prévenir tout quiproquo: Le séjour que les fils dIsraël firent en séjournant dans le pays dEgypte [et dans le pays de Canaan] fut de quatre cent trente ans. Cette incise, que lon trouve aussi dans le Pentateuque samaritain, est conforme au contexte indiquant que cette période de 430 ans représente la durée totale du séjour des fils dIsraël en dehors de lalliance mosaïque272. Cette période comporte deux parties: la première qui commence en Canaan par lalliance abrahamique suivie rapidement par les brimades dEsaü sur Isaac273 et qui sachève par la sortie de Jacob en Egypte, et une deuxième période débutant par cette servitude en Egypte et se terminant par lExode. Le verset incriminé devrait donc se lire: Et la résidence des fils dIsraël, qui avaient habité en Egypte [215 ans], fut de 430 ans. Cette considération chronologique était connue dans lAntiquité, puisque Flavius Josèphe lui-même la mentionne dans ses écrits274. Une confirmation indirecte de cette période de 215 ans provient de la généalogie de Josué275. En effet, la durée de vie moyenne était de 60 ans à cette époque276. Josué ayant 40 ans à la sortie dÉgypte277 (en -1533), sa naissance devait remonter en -1573. En supposant un écart moyen de 20 ans entre chaque génération278 (ce qui correspond bien au 1/3 de la durée moyenne de vie), on obtient la succession suivante des dates de naissance: Josué 1573 Ladân 1653 Beriah 1733 Noun 1593 Tahân 1673 Ephraïm 1753 Elishama 1613 Résheph-Télah 1693 Joseph 1773 Ammihoud 1633 Réphah 1713 Jacob 268 Exode 2:15; 11:3; Hébreux 11:24; Actes 7:21-23, 29-36; Deutéronome 34:7. 269 Exode 16:35. 270 Deutéronome 34:1-7; Josué 14:7,10. 271 Exode 12:40. 272 Galates 3:17. 273 Genèse 21:9. 274 Antiquités juives II:318. 275 1Chroniques 7:23-28. 276 Nombres 32:11-13; Deutéronome 2:14. 277 Josué 14:7. 278 Lévitique 27:3.
  67. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 67 Joseph étant arrivé en Égypte à lâge de 17 ans279, la période qui court de sonarrivée, soit vers 1756 (= 1773 - 17), jusquà lExode (en -1533) couvre 223 ans, en très bonaccord avec les 215 ans calculés. Tous les chiffres des durées, pour la période 2000-1500, sont donc cohérents, ilsninduisent aucune contradiction. Comment la Bible explique-t-elle la présence de ceschiffres aberrants? Ils sont présentés comme anormaux. Les Lévites, par exemple, devaientcommencer à travailler à lâge de 20 ans et devaient prendre leur retraite à 50 ans280. Moïsequi a vécu 120 ans écrit pourtant en Psaumes 90:10: Le temps de nos années est de 70 ans, de 80pour les plus vigoureux, et leur plus grande part nest que peine et malheur, car bien vite elles passent etnous nous envolons (Osty). Les 120 ans de Moïse sont donc anormaux. David qui estseulement âgé de 70 ans, ou Barzillaï de 80 ans, sont tous deux présentés comme étant desvieillards281. Les durées exceptionnelles du texte biblique ne sont donc pas représentativesdu reste de la population, elles sont en fait limitées à la parenté immédiate dAbraham. Cesdurées sont présentées comme étant miraculeuses. Lorsque Sara, la femme dAbraham,apprend quelle va avoir un enfant à lâge de 90 ans, son mari étant lui âgé de 100 ans, ellepart dans un fou rire nerveux282. De même, Job qui aurait vécu 210 ans, selon la Septante, aen fait reçu un supplément miraculeux de 140 ans283. Le fait de dépasser lâge de 100 ans estainsi présenté comme nétant fréquent que dans le monde messianique à venir284. Dernièrequestion, la plus difficile, ces durées aberrantes sont-elles scientifiquement impossibles? LES AGES DES PATRIARCHES SONT-ILS SCIENTIFIQUEMENT IMPOSSIBLES? Contrairement à ce que le bon sens populaire laisse croire, les limites humaines sontdifficiles à fixer par la science. Il semble, par exemple, impossible quun homme puisse êtrepère à 91 ans (cas de Jacob), pourtant ce cas a été observé, puisqu’en 1992, Les Colley unmineur australien âgé de 92 ans (et mort a 100 ans) a eu avec sa seconde épouse un petitOswald285. A lexception des miracles, présentés comme tels, la Bible ne contient aucuneinformation contraire à la science actuelle: lunivers est né dun Big Bang (Genèse 1:1), puissont apparus dans lordre: les végétaux, les poissons, les mammifères, et enfin les hommes,il ny a pas de générations spontanées (Genèse 1:25), il ny a pas de croisement possibleentre espèces (Genèse 1:21), il y a autant détoiles que de grains de sable sur la terre279 Genèse 37:2.280 Nombres 8:25.281 1Rois 1:1; 2Samuel 19:32.282 Genèse 18:12-14.283 Job 42:16.284 Isaïe 65:20.285 http://www.mothers35plus.co.uk/older-fathers.htm
  68. 68 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE (Genèse 22:17), les animaux sont régis par les lois de Mendel (Genèse 31:8-12), la terre ne repose sur rien (Job 26:7), il faut enterrer les excréments [pour éviter le choléra] (Deutéronome 23:13), il faut appliquer la quarantaine aux malades (Lévitique 13:46-59), les maladies psychosomatiques existent (Proverbe 14:30), les mariages co-sanguins sont déconseillés (Lévitique 18:6) ainsi que lastrologie et le spiritisme (Deutéronome 18:10-11), il y a un cycle de leau (Ecclésiaste 1:7). La plupart de ces données étaient encore inconnues au Moyen Age, et pourtant lAncien Testament a été écrit bien avant cette époque. Les études286 sur la longévité humaine sont rares, mais elles fournissent des données étonnantes, contraires au bon sens et en accord avec la Bible. Cette étude, sur lâge maximal au décès, a porté seulement sur deux pays (France et Suède), et à partir de 1860, pour des raisons de fiabilité287 (vérifications des certificats de naissance). Deux conclusions sont apparues, pour des raisons inexpliquées 1) lâge maximal au décès nest pas constant mais augmente régulièrement et 2) depuis 1960, il y a une accélération de cette augmentation. Par exemple en 1960, lâge maximal au décès était de 104 ans en Suède et de 108 ans en 2000, soit une augmentation de 1 an tous les 10 ans. Pour la France en 1960, lâge maximal au décès était de 104 et de 112 ans en 2000, soit une augmentation de 2 ans tous les 10 ans. En extrapolant ces résultats, il devrait y avoir en France un âge maximal au décès de 132 ans en 2100 et de 152 ans en 2200. Lâge de Jacob (147 ans) qui est invraisemblable en 2000 deviendra vraisemblable en 2200. 286 J. VALLIN, F. MESLE – Vivre au-delà de 100 ans in: Population et Sociétés n°365, février 2001 pp. 1-4. 287 Les résultats du recensement de 74, avec un record de 150 ans, selon Pline lAncien (Histoire naturelle VII:49), est déjà questionnable.
  69. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 69 Une autre étude288 sur la longévité a non seulement confirmé létude précédente,mais a montré que cette augmentation de la longévité est un phénomène ancien qui existeau moins depuis 750 de notre ère, soit depuis 1250 ans. Laugmentation continuelle de la durée de vie est un phénomène constaté et mesurémais dont lexplication reste une énigme pour les scientifiques. Contrairement à ce quoncroyait dans le passé, la longévité humaine ne semble ne pas avoir de limite. Une étude289 amême établi une projection pour le siècle à venir. Lespérance de vie à la naissance était enFrance de 23,8 ans290 pour les hommes en 1750 et de 75,2 ans en 2000, soit une valeurextrapolée de 91,3 ans en 2100. Cet accroissement de 0,16 an par an permet dextrapolerune espérance de vie à la naissance de 155 ans en 2500. Selon les scientifiques, la durée devie de Jacob, soit 147 ans, sera devenu une banalité en 2500! Pour affirmer quun âgemaximal de 150 ans était impossible en -1900 il faudrait connaître les facteurs quiinfluencent la longévité, or nous les ignorons. Nous savons seulement quils existent. Certains chercheurs estiment que lenzyme de la télomérase, présente uniquementdans les cellules germinales et cancéreuses, pourrait réparer les télomères, ce qui conféreraitaux cellules une capacité de division infinie. Michael Fossel, professeur de médecine deluniversité de lÉtat du Michigan, en conclut que lhomme pourrait vivre plusieurs siècles sicette télomérase était débloquée291. Le récit biblique, avec ses longévités antédiluviennes dixfois plus grandes que les longévités actuelles, ne sera alors plus considéré commeextraordinaire. En fait, les plus anciennes chroniques royales mésopotamiennes avaient déjàmentionné ces longévités hors du commun292.288 J.M. LEGAY, A. HEIZMANN, N. GAUTIER, J.L. CHASSE – La longévité des hommes célèbres. Évolution séculaire des hommescélèbres. in: Natures Sciences Sociétés vol. 9 (2001) Éditions scientifiques et médicales pp. 19-28.289 F. MESLE, J. V ALLIN – Montée de lespérance de vie et concentration des âges au décèsParis 2002 Institut National dÉtudes Démographiques n°108 pp. 1-6.290 Cette valeur semble être un minimum. À lépoque dHérodote (Enquête I:32), vers -450, une vie de 70 ans était déjà un maximum.291 Le vieillissement est un processus dune grande complexité qui fait intervenir de multiples facteurs génétiques et environnementaux. Ilexiste,par exemple, des liens complexes entre apport calorifique, répartition des sucres et des graisses dans lalimentation et longévité.292 J.J. GLASSNER – Chroniques mésopotamiennesParis 2004, Éd. Les Belles Lettres pp. 137-153.
  70. 70 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE CONCLUSION Contrairement à ce que quaffirment de façon dogmatique les archéologues, la Bible est un document historique, puisquil en remplit tous les critères. La transmission du texte est même dune qualité exceptionnelle et unique, parmi tous les textes de lAntiquité, puisque lon possède des rouleaux complets dès la fin du deuxième siècle avant notre ère, identiques aux éditions critiques (à la lettre près), alors quil faut attendre lan 900 pour les œuvres dHomère, le premier livre de la culture occidentale. Dès le premier siècle de notre ère, le texte biblique a été attaqué ce qui a conduit Flavius Josèphe à le défendre par la mise en parallèle des différentes chronologies, ce qui est la base de la chronologie synchronisée. Bien quelle contienne un enseignement religieux, les données historiques de la Bible peuvent être traitées par lhistorien comme nimporte quel autre document du passé, puisquil contient des noms de personnes et de lieux, des durées et de événements mémorables, autant déléments qui sont aisément vérifiables. Les fouilles archéologiques ont dailleurs permis den confirmer une bonne partie. Contrairement à une idée répandue, la Bible ne contient aucun anachronisme, la domestication des chameaux, par exemple, est bien datée de la fin du IIIe millénaire avant notre ère (époque dAbraham). Contrairement à ce que prétendent certains archéologues, lexistence archéologique du roi David est attestée (stèles de Moab et de Dan). La datation de lorigine de lécriture est impossible par larchéologie à cause du manque de preuve. Par contre, selon les historiens du passé, le paléo-hébreu (appelé par eux: lettres phéniciennes ou cadméennes) est apparu vers -1500, de plus, linventeur de cette écriture est appelé soit Cadmos "oriental", soit Moïse. Le texte biblique contient de nombreuses indications de durée qui permettent la reconstitution dune chronologie complète et précise (qui sera traitée dans la deuxième partie). Le seul critère de vérité à la disposition de lhistorien est la chronologie "lœil de lhistoire". Cette méthode doit rester la règle pour le texte biblique. Sans chronologie, lhistoire serait restée une branche de la philosophie avec ses écoles et ses interprétations. En dénigrant les témoignages historiques, larchéologie redeviendra une branche de la mythologie. Enfin, la présence dans le texte biblique de longévités anormales, uniquement durant les périodes reculées (avant -1500), ne peuvent être rejetées comme impossibles, tant que les scientifiques ne connaîtront pas les facteurs qui entrent en jeu (climat, nourriture, génétique, âge de la paternité, etc.). Dans létat actuel de nos connaissances, ces variations restent une énigme, on ne peut donc sen servir pour disqualifier le texte biblique dautant que toutes ses données chronologiques ont une grande cohérence entre elles.

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