Decryptage de l'e-réputation de Toni Musulin / Agence Bolero

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Premiere etude du genre de l'agence Bolero. Decryptage de l'e-réputation de Toni Musulin: comment l’opinion peut il faire d’un bandit l’un de ses héros ? Les avis sont dés le début très partagés : 40 % d’appréciations favorables contre 36 % d’avis défavorables...

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Decryptage de l'e-réputation de Toni Musulin / Agence Bolero

  1. 1. 0 AFFAIRE TONI MUSULIN : Histoire de buzz et décryptage d’une e-réputation. Qu’est-ce qui fait qu’un bandit peut être perçu comme un héros par l’opinion ? Dossier de presse 0
  2. 2. Introduction Spécialiste de la veille d’opinion sur le web et des phénomènes d’influence, Bolero est sorti momentanément de l’univers feutré des entreprises pour lesquelles il travaille habituellement pour s’intéresser le temps d’une étude à un fait d’actualité qui récemment a alimenté la rumeur : l’affaire Toni Musulin. Depuis le 2 novembre 2009, les évènements s’enchainent et l’opinion sur la toile s’enflamme. Qui est cet homme à priori sans histoire, au casier judiciaire vierge ? Son casse est-il mûrement préparé ou a-t-il succombé à une tentation irrépressible ? Pourquoi s’est-il rendu ? Où a-t-il caché l’argent ? Autant de questions qui alimentent les fantasmes de l’opinion. Le débat s’établit autour de la question : comment l’opinion peut il faire d’un bandit l’un de ses héros ? Les avis sont dés le début très partagés : 40 % d’appréciations favorables contre 36 % d’avis défavorables. Au travers d’une étude quantitative et qualitative du buzz, Bolero dénoue les fils de cet événement et montre comment, les faits, le contexte économique et social ainsi que la personnalité de Musulin sont les facteurs explicatifs de cette e-réputation pas comme les autres. 1
  3. 3. Sommaire 01. Mesure et analyse de l’ampleur du buzz ............................................... 3 Buzz ou agitation des media ? La réalité chiffrée du phénomène Musulin. ......... 3 L’idole du web ............................................................................... 5 02. Décryptage du mécanisme de starification dans l’opinion ...................... 7 Les trois phases dans l’opinion : l’engouement, la déception, le débat ............ 7 La phase de l’engouement ................................................................. 9 La phase de la déception.................................................................. 12 La phase de débat .......................................................................... 14 03. Conclusion : un héro mais lequel ? ..................................................... 16 Après les déceptions et les questions, que reste-t-il du héros de l’opinion ? ..... 16 Musulin, héros malgré lui ou habile manipulateur de l’opinion ? ................... 17 De Robin des bois à la star du web, que retiendra l’Histoire ? ...................... 18 Les insolites de l’affaire Musulin ......................................................... 19 2
  4. 4. 01. Mesure et analyse de l’ampleur du buzz Buzz ou agitation des media ? La réalité chiffrée du phénomène Musulin. REMARQUE MÉTHODOLOGIQUE : DISTINGUER LES MEDIA DE L’OPINION Pour répondre à la définition de buzz Internet Nous distinguons le nombre d’articles publiés (ang : bourdonnement), il faut : sur les rebondissements du fait divers et le nombre de discussions créées spontanément par d’une part que le thème fasse du bruit, les internautes dans les media sociaux. c'est-à-dire qu’il engendre un grand nombre de réactions des internautes, - Par opinion (dans les media sociaux), nous entendons les fils de discussions d’autre part qu’il ait été spontanément qui émanent des espaces de publication initié par les internautes en utilisant les libre : forums, blogs, commentaires dans les media traditionnels en ligne et modes de propagation d’information que pure players (Le Monde, Rue89…), les sont les media sociaux. media participatifs (Agoravox), les réseaux sociaux (Facebook) et les sites de partage de vidéos(Youtube). - A l’inverse, les articles que nous avons comptabilisés comme « media » ne sont issus que de la presse papier (Le Monde, Le Figraro..) ou Internet (Le Post). 3
  5. 5. Volumétrie et spontanéité : première épreuve pour le buzz réussie ! Les critères répondant à la définition du buzz sont largement remplis quant au retentissement dans l’opinion des différents rebondissements de l’affaire. Le nombre de discussions généré spontanément par les internautes dépasse l’intérêt médiatique, particulièrement à 2 étapes cruciales du fait divers : lorsque Toni Musulin se rend aux autorités puis lorsqu’il est condamné à 3 ans de prison ferme où les pics d’opinion atteignent respectivement près de 1000 et 700 messages d’internautes. Un bruit spontané mais peu diversifié : remise en cause du buzz En constatant que tous les pics de discussion semblent être uniquement conditionnés et stimulés par l’actualité judiciaire, nous avons voulu creuser l’aspect spontané. La presse, principal vecteur de propagation du buzz : la répartition du bruit selon les sources montre que 90 % du bruit vient de sources médiatiques. La richesse du web social n’est pas du tout reflétée dans ce buzz : • pas de blogs marketing qui analysent les retombées en e-réputation pour les banques ou Loomis, • pas de forums financiers qui débattent de la sécurité des procédures des banques, • pas de forums juridiques qui s’interrogent sur la peine encourue ou la valeur de la justice en France… Les internautes se cantonnent dans une grande majorité à la réaction à l’actualité via la publication de commentaires. 4
  6. 6. Au travers d’un premier regard d’ensemble sur cette affaire, une idée reçue sur l’origine du buzz tombe : ce sont les media qui ont fait le buzz et pas l’inverse, ce qui en fait un phénomène médiatique. Le bruit généré par celui que les media ont nommé « la star du buzz » a été orchestré et nourri par les media. Autrement dit, le buzz Musulin retombe quand cesse le coup de projecteur médiatique. La journaliste Alice Géraud, qui écrit un livre sur l’affaire, nous commente les coulisses de ces événements dans les rédactions : « Juste après le casse, le buzz sur internet a dépassé les faits. Et la renommée de Musulin sur internet était devenue une information en soit. Dans les jours suivants le casse, tous les journaux avaient fait un papier "Musulin, star du web". Ce qui a renforcé encore ce buzz. » L’idole du web REMARQUE MÉTHODOLOGIQUE : S’il est impropre de parler de buzz généré par L’INFLUENCE PARTICULIÈRE DE FACEBOOK Internet avec l’affaire Musulin, il est tout de même exact de parler d’un phénomène d’opinion Facebook présente deux caractéristiques en qui s’est déroulé sur le web. matière de jeux d’opinions : Internet permet de mesurer la fascination exercée par Musulin sur le public français. Ce - D’une part c’est un espace de discussion phénomène d’opinion qui s’est déroulé sur le via « le mur » de commentaires des web se traduit : internautes (c’est à ce titre qu’il figure dans nos sources de discussions aux côtés des forums). dans la tonalité des commentaires d’internautes (voir plus loin), - D’autre part, c’est un réseau social de cooptation qui, par son système de dans l’apparition de groupes de fans sur membre et d’adhésion à une page ou un Facebook. groupe, est moins impliquant qu’une contribution écrite et permet de ce fait la propagation rapide de concepts. 5
  7. 7. Une fascination qui dépasse l’engouement classique pour les affaires judiciaires : plus que l’évènement, c’est la personne de Toni Musulin qui suscite la curiosité : 222 groupes pour 34 929 membres, 28 pages dédiées pour 11 298 fans, 60 % sont des groupes de soutien du type « Il a fui, il a tout compris », « pour qu'ils ne retrouvent jamais Toni Musulin », « Si toi aussi tu admires le mec qui c'est cassé ac 11millions d'€uros !!!!!! », « fan club de tony musulin 11 millions d'euro bien jouer le convoyeur », 22 % sont plus ironiques ou cruels du type « Tony Musulin, il a fui, on n'a pas tout compris ! », « Si toi aussi Tony Musulin en qui tu croyais t'a bcp déçu... quel con ! », « tony musulin est une baltringue » . 6
  8. 8. C’est cette popularité qui a fait parler les media de « nouvelle coqueluche du web », d’ « idole des internautes » et, par ricochet, de star du buzz. Elle reste néanmoins toute relative en comparaison avec de véritables buzz initiés par les internautes eux-mêmes par exemple, les groupes voulant marier l’icône de Groupama Cerise et le vendeur de Carglass cumulent quant à eux plus de 266 000 fans sans aucun soutien médiatique ! Le plus étonnant est que cette popularité concerne non pas un personnage fictif mais un bandit ! Nous avons alors voulu comprendre comment peut se construire dans l’opinion une véritable admiration pour un hors-la-loi. 02. Décryptage du mécanisme de starification dans l’opinion Les trois phases dans l’opinion : l’engouement, la déception, le débat REMARQUE METHODOLOGIQUE : DÉTECTER LES NUANCES DE L’OPINION L’ensemble des articles et discussions a été collecté dans un corpus classé par date. La tonalité (favorable, neutre ou défavorable) a été établie par une lecture exhaustive et humaine du corpus pour assurer la fiabilité de l’appréciation (de nombreux internautes maniant l’ironie). Les revirements d’opinion ont ainsi pu être détectés et rattachés aux différentes étapes qui ont jalonné l’affaire. Nous avons rapidement constaté que la perception de Musulin par le public n’a pas été homogène depuis le début de l’affaire, le 5 novembre 2009. 7
  9. 9. Pour chaque phase, nous disséquons les milliers de messages de corpus pour comprendre quelle combinaison de facteurs a pu engendrer une certaine perception du personnage : La première phase d’opinion : de la révélation du vol, le 5 novembre 2009 au soir jusqu’au 15 novembre, La deuxième phase : de la reddition de Musulin le 16 novembre, jusqu’au 9 mai 2010, La dernière phase : veille de l’annonce du verdict de sa peine, le 10 mai 2010. REMARQUE MÉTHODOLOGIQUE : COMBINER LES DONNEES QUANTITATIVES ET QUALITATIVES Nous isolons tous les mots associés à l’affaire par les internautes que nous classons en 3 catégories : - les faits cités par les internautes : l’attitude de la police, la Ferrari retrouvée, la non violence de l’acte… - les éléments de contexte : les scandales politiques, le système judiciaire, le bouclier fiscal… - les éléments de personnalité attribués à Toni Musulin : voyou, stupide, malin, stratège… Par ailleurs, nous étudions le discours utilisé par les internautes pour évaluer la nature de leur perception : la tonalité globale du discours (plutôt neutre, favorable ou défavorable) et le sentiment suscité (j’admire, je rejette, je soutiens…). 8
  10. 10. La phase de l’engouement Le premier stade dans l’opinion est assez clair : 72 % de sentiments bienveillants qui vont des félicitations aux messages de soutien en passant par l’empathie, 41 % d’opinions favorables, Alors que le négatif est factuel (la nécessité de respecter les lois), le positif est dans l’émotionnel, confirmant le phénomène d’identification au personnage. « SANS ARMES SANS HAINE SANS VIOLENCE UN EMULE DE SPAGIARRI CHAPEAU L ARTISTE BONNE CHANCE ET BOIS UN VERRE A LA SANTE DE TES SUPPORTAIRES » 20 Minutes – 10/11/2009 « Je ne suis pas étonné de la popularité de tony, ils n’a volé que les banquiers (sont ils honnêtes ?) sans violence Cache toi bien et te fais pas prendre et un grand BRAVO…le casse du siècle se produit quotidiennement » Métro – 10/11/2009 Chapeau bas l’artiste !!! moi je trouve son coup très bon, plus de dix millions d’euros tout seul…çà va lui faire de belle étrennes pour Noël !!! » 20 Minutes – 6/11/2009 9
  11. 11. Comment expliquer un tel paradoxe dans un contexte où les media soulignent quotidiennement la montée de l’insécurité urbaine ? Le découpage par occurrence de mots clés permet d’éclairer ce mécanisme d’opinion. Le contexte : Le premier point flagrant est que le contexte fait davantage parler que les faits eux- mêmes ou le personnage de Musulin : Les éléments de citation liés au contexte économique et social occupent 38 % du total des opinions recueillies sur cette phase, C’est la nature de la victime (les banques) qui occupe le quart des discussions des internautes sur le contexte économique. Les internautes jubilent du pied de nez fait aux institutions financières et à l’autorité, Musulin a fait ce que personne n’ose faire et que tout le monde rêve d’accomplir. Les faits : Sans surprise cette fois, les internautes retiennent dans 33 % des citations la non violence de l’acte. La personnalité : Il est intéressant de remarquer que le statut de voleur de Musulin ne fait pas débat : C’est l’attribut le plus cité dans 41 % des cas, loin devant les assimilations à Arsène Lupin ou Spaggiari. Mais c’est un voleur malin (3%), stratège (4 %), audacieux (8 %) même s’il a fait la bêtise de rendre l’argent (12 %). 10
  12. 12. « franchement bravo a lui ,du courage ,il la fai es a filer ,l etat nous prend tou ,lui as su leur en prendre il aurai du tou prendre meme ,comme on nous pompe « un grand bravo a lui .bravo tony » pas de victime Métro – 15/11/2009 pas de braquage le top en plus il volle des banques alors il fais de mal a personne j espere qu ils ne le retrouveront pas par au soleil vie en paix « Tout à fait d'accord avec ton analyse. Les encore bravo » truands en col blanc ne seront jamais Métro – 6/11/2010 inquiétés, pour n'en citer qu'une catégorie : les patrons des banques qui nous volent tous les jours. Par contre, Pasqua s'est dégonflé. On n'en saura pas plus. Pas étonnant avec lui. Ce gouvernement conduit notre pays à sa perte . Les socialistes avaient commencés avant en privatisant tout. Sarko fini le boulot. Comment voulez vous que les gens ne fassent pas comme ce gars si l'occasion se présente? » Le Figaro – 13/11/2009 Au final, l’acte de Musulin est légitimé par la nature de la victime et du contexte économique et social puis applaudi pour sa non violence. Laurent Maréchaux, auteur de Hors la loi, anarchistes, illégalistes, as de la gâchette, ils ont choisi la liberté (Arthaud), dans une interview du Journal du Dimanche du 16 novembre 2009, confirme : « La fascination que suscite un bandit comme Toni Musulin existe depuis Robin des bois, personnage de légende apparu au XIIe siècle. Depuis, à chaque période d'injustice est née une génération de rebelles qui fascinent les foules, cristallisant espoirs et frustrations ». 11
  13. 13. La phase de la déception La reddition de Musulin provoque un revirement total dans l’opinion. La déception semble à la hauteur des espoirs de vengeance qu’avait suscité Musulin. La tonalité devient à 45 % défavorable. Les sentiments suscités englobent maintenant 22% de déception, 8 % de mépris et 7 % d’incompréhension. « J'ai un peu honte à l'avouer mais je suis déçu que ce type se rende. Un gros butin acquis sans la moindre effusion de sang et qui ne lèse personne en particulier (les banques ont encore récemment publié des profits record !), cela m'avait fait fantasmer... » Le Figaro -16/11/2009 Dans la deuxième phase, on comprend que la perception des internautes est malmenée par une succession de faits qui vont occuper 57 % des discussions du public. 12
  14. 14. Le contexte : Vu les derniers rebondissements de l’affaire, le contexte économique et social n’occupe plus que 15 % des discussions. Les faits éclairent la réalité de la personnalité : Les faits ont raison des illusions des internautes : Toni Musulin n’est pas le héros qu’on attendait parce qu’il finit par se soumettre aux autorités, se soumettre à la réalité du travail et n’est pas aussi malin qu’on le pensait s’il a réellement perdu l’argent ! Héros déchu, il n’en reste pas moins populaire mais fait cependant l’objet de sarcasmes d’internautes désenchantés. « Relisez l'article... Il prend vraiment les gens pour des cons en disant : "Selon le journal Le Progrès, Musulin a avancé aux enquêteurs deux hypothèses: l'argent a été volé, soit dans le fourgon abandonné après le vol, soit dans le garage où les autres billets ont été retrouvés." Vivement que l'on retrouve les salopards qui ont piqué le blé à Muselin! MDR ! » 20 Minutes – 3/12/2010 « Moi je le laisse en prison jusqu'au remboursement de la totalité,apres avoir biensur payé sa "pension"!!! » Le Post – 28/01/2010 « On n a pas fini de rire avec lui!!!! le pire c est que dans la realite ce sont des gens comme ca avec ce genre de culot qui montent en grade!!!! » 20 Minutes – 28/01/2010 A propos de sa demande de remise en liberté pour travailler 13
  15. 15. La phase de débat La dernière phase, qui débute avec la condamnation de Musulin à 3 ans de prison, est encore très différente des deux premières mais davantage assimilable à toute affaire judiciaire. En effet, les opinions deviennent plus tranchées et plus équilibrées, avec seulement 18 % d’avis neutres. On constate l’apparition d’un nouveau sentiment : l’injustice, toujours par identification à Musulin. Dans le décryptage des propos des internautes, on retrouve ce sentiment d’injustice (28 %) à travers le contexte. Ce dernier reprend de l’importance en représentant 32 % des avis, pour évoquer dans 35 % des cas la pertinence des décisions judiciaires en France. 14
  16. 16. Les faits : Sur le terrain des faits, place au débat sur la lourdeur de la peine, dans 31 % des citations. On se situe donc au niveau du débat de valeurs classique autour d’un événement judiciaire très médiatisé avec un public qui refait le jugement. « S'il risque au maximum 5 ans de prison, çà prouverait encore une fois qu'il y a quelque chose de pourri dans le monde de la justice Française. Il mérite un minimum de 20 ans. Et encore, çà serait pas cher payé. » 20 Minutes – 11/05/2010 La personnalité : La résurgence à 37 % des discussions sur la personnalité de Musulin est plus intéressante. Paradoxalement, le verdict redore son blason : et si finalement Musulin avait tout calculé ? Se rendre à la police, garder 2,5 millions d’euros cachés et faire 2 ou 3 ans de prison pour éviter une vie de cavale ? Le mystère sur les intentions initiales de Musulin mène le débat de qualificatifs à son paroxysme : est-il un « pauvre type » ou une « idole » ? Un « bandit stupide » ou un « fin stratège » ? Un « brave gars » ou un « malhonnête » ? Un « Robin des Bois » ou un « égoïste » ? Le contexte : Le phénomène d’identification à Musulin change de forme. De l’admiration pour ce hors- la-loi qui opérait le casse du siècle en vengeant la société de toutes formes d’oppression, Musulin relève maintenant du fantasme de l’heureux gagnant au Loto. Le public embrasse des préoccupations plus terre-à-terre. « Cinq ans requis. Meme si la condamnation suit le requisitoire il en fera trois... puis il ira tranquillement chercher le reste du magot. Entre trois ans de taule et trente ans de turbin a 1200 euros par mois vous choisiriez quoi? » 20 Minutes – 10/05/2010 Rue 89 « De toutes façons, que risque-t-il?3 à 5 ans de prison? Dans 2 ans max.il est dehors.Bien médiatisée par son avocat, sa sortie fera l'objet d'un livre et dans la foulée, une adaptation au cinéma et/ou à la télévision.Les poches bien garnies(sans compter le magot éventuel des 2.5 M€) il ne sera pas à plaindre comme l'ont fait avant lui tant de truands, même les moins connus.Et nous, pauvres c...? on continuera à rêvasser de fourgons remplis de billets si facilement gagnés par un petit truand de seconde zone. » Le Figaro –11/05/2010 15
  17. 17. 03. Conclusion : un héro mais lequel ? Après les déceptions et les questions, que reste-t-il du héros de l’opinion ? Les 3 phases de l’opinion, bien que très différentes par leurs faits générateurs et leurs conséquences sur l’image de Musulin, présentent des constantes. On retiendra que le débat entre l’indignation au nom de la moralité et les encouragements à cette forme de rébellion a fait rage pendant toute la durée de l’affaire, ce qui devrait rassurer ceux qui s’inquiétaient d’une dérive des valeurs en France. Si le terme « casse du siècle » n’a pas tenu dans les deuxièmes et troisièmes phases, il reste tout de même deux attributs d’héroïsme inscrits à l’actif de Musulin depuis le début de l’affaire : c’est la non-violence d’une part et la vengeance sur les banques d’autre part, perçues comme les responsables du contexte économique et social. « Les plus grands voleurs, ce sont les banques et leurs traders, et qui paye leurs transactions douteuses, si ce n'est pas nous, elle vient d'où la crise. » Le Post – 20/11/2009 16
  18. 18. Il restera donc une forme d’héroïsme dans la perception de Toni Musulin par le public. Étant donné l’interaction entre les faits de l’affaire et les mouvances d’opinion, nous nous sommes alors interrogés sur le rôle qu’avait pu jouer Musulin ou ses avocats. Musulin, héros malgré lui ou habile manipulateur de l’opinion ? Pour le savoir, nous avons interrogé son avocat, Maître Hervé Banbanaste : Est-ce que Musulin avait vraiment comme intention cette revanche vis-à-vis des banques et de l’autorité qui a tant fait l’admiration de l’opinion ? Sa volonté était effectivement de frapper un grand coup mais plutôt vis-à-vis de son employeur contre qui il avait de l’animosité. Il souhaitait montrer que, lui aussi, était capable de faire preuve d’intelligence. C’est un point important parce que, pendant des années dans son entreprise, il s’est senti pris pour quantité négligeable. Le sentiment de revanche était plus fort que l’appât du gain. Il était sensible à sa réputation et à son honneur. Est-ce que Toni Musulin avait imaginé l’idée qu’il pourrait être la coqueluche de l’opinion ? Il avait d’autres choses à penser, d’autres choses à préparer, à envisager… Toni Musulin est un peu comme un joueur d’échec, il a essayé, à la manière de Kasparov, de prévoir une dizaine de coups à l’avance. Mais pour être tout à fait sincère, ce n’était pas l’objet de sa préoccupation jusqu'à ce jour de novembre. Par la suite, l’opinion a eu une importance non négligeable. Il faut admettre que le buzz a été spontané et que Toni Musulin n’avait pas imaginé ou anticipé cette réalité sur internet. Il a été, comme tout le monde, assez stupéfait du bruit que tout cela à fait. Ses avocats ou lui-même ont-ils fait quelque chose pour favoriser le mouvement d’opinion ? Il y a plusieurs phases à son histoire : les faits avec un buzz gigantesque, la cavale, la reddition. A partir du moment où nous, les avocats, nous entrons en scène, il nous faut gérer le phénomène internet. La communication a été l’un de nos soucis les plus importants. Par exemple, le nom de domaine Toni Musulin a été déposé par quelqu’un en violation de la loi et il y a eu des groupes Facebook avec des propos diffusés sur l’affaire et sur le personnage qu’il a également fallu surveiller. Il y a eu des sollicitations en tous genres : création de tee-shirts, demandes de financement pour un disque et également demandes en mariage !! On s’est donc vite rendu compte que le phénomène prenait une ampleur nationale gigantesque et vouloir le maîtriser était une perte de temps : il fallait s’occuper en priorité de la défense de Musulin. Il s’agissait d’une défense compliquée techniquement, médiatiquement et juridiquement. Finalement, comme du côté d’internet le buzz a été globalement positif, nous avons laissé faire tout en surveillant de loin. Dans la stratégie de défense, vous êtes-vous servi du levier de l’opinion sur le web ? Oui parce que la stratégie de communication fait partie de la stratégie plus globale qu’est la stratégie de défense dans laquelle on retrouve la procédure, le fond du dossier et la communication. Dans un dossier de ce calibre, un avocat qui s’occupe de la défense de son client doit impérativement intégrer la dimension internet. Tout cela reste une expérience inouïe qui, à mon avis, n’avait quasiment jamais été menée en la matière avec un buzz aussi spontané. 17
  19. 19. La conclusion est que finalement l’opinion vous a servi plutôt que desservi ? Effectivement cela nous a servi puisque l’opinion a été favorable vu le nombre de personnes qui nous a interpellé dans la rue. Le parquet a certainement été un peu agacé même si ce n’est pas l’opinion publique qui fait le jugement, puisqu’il a requis le maximum de la peine. De notre côté, nous avons redoublé d’efforts et à juste titre parce que Musulin, avec un casier judiciaire vierge, était maintenu en détention provisoire alors qu’il ne méritait pas d’être condamné au maximum : le tribunal nous a entendu. Finalement, je pense que nous avons gagné cette bataille de la communication et qu’internet nous a servi. De Robin des Bois à la star du web, que retiendra l’Histoire ? A l’article « Toni Musulin », Wikipédia relate pour l’instant la médiatisation de l’affaire et l’ampleur du phénomène d’opinion. L’article sur les « casses du siècle » répertorie pour Lyon celui d’un certain convoyeur de fonds en novembre 2009 sans même l’attribuer nominativement à Musulin. Si les media ont nourri le buzz et exagéré le statut de « star du web », ils n’ont pas fabriqué de toute pièce le concept de héros autour de Musulin, celui-ci s’est bien généré spontanément. En revanche, ils lui ont donné des qualificatifs comme celui de « Robin des Bois » qui ne correspondaient pas à la réalité de la perception des internautes. La rumeur selon laquelle ses admirateurs ont utilisé ce terme a circulé, au point que Musulin lui-même a souhaité rectifier l’exactitude de ses intentions en le rejetant. En réalité, ce fut quelques blogueurs politisés engagés pour la lutte des classes qui ont vu en lui un artisan de la révolution contre le monde financier. Aucune des comparaisons établies n’a d’ailleurs fait l’unanimité, et pour cause : Arsène Lupin a une classe que n’a pas le banal convoyeur, Robin des Bois a la générosité que les internautes en détresse viendront lui clamer, Spagiarri a le talent qui fait défaut à Musulin pour terminer son coup en beauté et avec Jean-Pierre Treiber, il n’y a qu’une concordance de timing dans l’affront fait à la police. Musulin n’est aucun des 4 mais peut-être les 4 à la fois ? 18
  20. 20. Les événements à venir nous diront si Musulin ne va pas représenter une nouvelle forme de hors-la-loi, miroir d’une société opportuniste. On a les bandits qu’on mérite ! Les insolites de l’affaire Musulin Comme à chaque phénomène médiatique, certains cherchent à surfer sur l’événement et à tirer profit du contexte tandis que d’autres se trouvent entrainés dans un tourbillon médiatique qu’ils n’avaient pas vu venir. On soulignera par exemple : La discrétion de la principale victime : la société Loomis (convoyeur de fonds) a évité soigneusement de se poser en victime de peur d’attirer l’attention sur les failles de sécurité et les probables négligences de son organisation. Même la motivation évoquée par Toni Musulin (prendre une revanche sur le manque de considération dont il était l’objet au sein de cette société) n’a pas été commentée par Loomis. On peut néanmoins supposer que sur ce marché du convoyage limité à 3 intervenants, les concurrents ont dû rapidement chercher à profiter de la faiblesse momentanée de Loomis pour conquérir des parts de marchés. L’opportuniste de mauvais goût : la société Cargo n’a eu de cesse de se vanter d’être la société qui avait loué le véhicule ayant servi à la cavale : page Facebook, employés fiers d’être interviewés, communiqué de presse… L’attachée de presse de Cargo, pensant sûrement profiter d’une notoriété acquise à bon compte, n’a pas mesuré qu’elle se glorifiait d’être la complice d’un bandit. C’est un exercice risqué pour une société car on ne peut prévoir ni l’enchainement des événements ni la réaction des publics. 19
  21. 21. Ironie de l’histoire : quelques semaines plus tard, Musulin revient dans son agence Cargo pour expliquer que la voiture qu’il a louée a subi des dommages matériels en raison de l’incendie d’un autre véhicule proche du sien. Il en souhaite un autre. Cargo préfère qu’il aille faire un dépôt de plainte. C’est ainsi qu’il se retrouve au commissariat de Villeurbanne la veille de son casse… L’opportuniste absent : aucune autre société que Cargo n’a cherché à exploiter l’événement. Pourtant, Renault aurait certainement bénéficié du courant de sympathie à l’égard de Toni Musulin en vantant les mérites du Kangoo, véhicule utilitaire bien adapté pour transporter 11 millions d’euros ! Les boucs émissaires rescapés : les banques, bien que présentes tout au long du buzz autour de Musulin, ne sont restées qu’un élément de contexte. Certes prises pour cibles comme les vrais voleurs du système, elles n’ont pas été attaquées sur leur compétence et leur capacité à protéger l’argent des ménages. Cela en dit long sur la considération qu’a le public pour le métier de banquier. 20
  22. 22. Présentation de Bolero Agence d’e-marketing et de communication d’influence, Bolero intervient auprès de grandes entreprises en conseil et pilotage des stratégies d’influence en ligne dans de nombreux secteurs, notamment : banque et assurance ; bâtiment et habitat ; industrie chimique ; énergies et transports. Exemples de missions : - Veille d’opinion multilingue dans 11 pays européens et suivi de la réputation d’une marque du secteur automobile. - Veille des insatisfactions consommateurs et community management pour une société de service. - Décryptage de crises pour une société de transport. - Modélisation des parcours décisionnels d’achat dans le secteur du bâtiment et de l’habitat et élaboration de stratégies d’influence. - Diagnostic des ressorts d’achat de produit industriel ou grand public, à partir de l’opinion spontanément exprimé en ligne. - Analyse et suivi de l’e-réputation de grands patrons d’entreprises cotées. - Veille et prévention des crises pour des entreprises présentant des risques industriels ou sanitaires. - Analyse en profondeur des facteurs explicatifs de changement d’agence bancaire dans la perspective d’orienter un plan marketing opérationnel. Pionnier de la veille d’opinion et des phénomènes communautaires dans le web, Bolero mène depuis 7 ans, en parallèle des missions auprès de ses clients, des études thématiques et une R&D permanente. Bolero partage les résultats de ses recherches et sa connaissance de la sociologie du web à l’occasion : - de séminaires de direction organisés pour ses clients, - d’interventions dans des conférences, - de petits déjeuners thématiques, - de programmes de formation (notamment au Celsa-La Sorbonne). Exemple de sujets : - Facteurs clé de la gestion de crise sur Internet. - Les femmes 2.0. - Recherche de modèle mathématique de diffusion de rumeur dans les réseaux sociaux. - Mise en évidence du point B : indicateur permettant d’évaluer les risques de propagation de la rumeur en dehors de ses sphères d’influence habituelles. - Étude de modèles de construction de réputation de personnalités. En savoir plus sur Bolero : www.bolero.fr 21

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