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Passées les formalités du contrat de stage, me voici soudainement parachuté dans la vie professionnelle, au QG d’une rédac. La manœuvre n’a rien d’un entraînement. Ici, ça tire à balles réelles. …

Passées les formalités du contrat de stage, me voici soudainement parachuté dans la vie professionnelle, au QG d’une rédac. La manœuvre n’a rien d’un entraînement. Ici, ça tire à balles réelles. Autour de moi, des hommes se battent sur le front. Leur chef d’Etat-major, c’est l’actu. Pour elle, ils sont prêts à ramper dans la boue, à traverser des champs minés. Moi, je tremble à l’idée de souiller mes chaussures cirées. J’aimerais me battre à leurs côtés mais il y a un hic. Mon fusil, j’ai appris à m’en servir en lisant des bouquins.

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  • 1. Newton PHAM DANG 60 jours au JT dont 30 sur le banc de touche « Ce petit-là, il a du talent. » – François de Brigode
  • 2. JE SUIS DEVENU JOURNALISTE EN UNE NUIT BLANCHE 2
  • 3. 3
  • 4. Newton Pham Dang JE SUIS DEVENU JOURNALISTE EN UNE NUIT BLANCHE 4
  • 5. © 2012, Warehouse Editions 5
  • 6. A mes professeurs de l’UCL, l’équipe du JT, et mes parents. 6
  • 7. 7
  • 8. Billet d’humeur : « mon métier contre un oreiller » Le voilà ce valeureux journaliste qui franchit les portes de la rédaction. Certes, il a un peu de retard sur ses collègues mais qui lui reprochera. Il en est à son septième jour de travail, le septième consécutif avant des congés sacrément mérités. Il n’a encore que vingt-six ans, alors il lui faut accepter des horaires plus lourds que ceux de ses aînés. « Mon métier contre un oreiller » lâche-t-il en s’affalant sur son siège. En réalité, Benjamin Adnet n’échangerait sa profession contre rien au monde. Bien qu’aujourd’hui, il ne cache pas son épuisement. « Sept jours d’affilée, c’est mortel, soupiret-il. Et comme ils ne peuvent plus demander à un journaliste de travailler une semaine complète du lundi au dimanche, ils nous demandent de bosser du mercredi au mardi. Ainsi, ils étalent notre horaire sur deux semaines. Et ça, c’est permis ». Accoudé à son bureau, Benjamin passe rapidement en revue quelques dépêches d’agence, tandis que ses collègues se regroupent dans la pièce voisine pour la réunion matinale. Lorsqu’il les rejoint, ceux-ci sourient au vu de sa mine déconfite. « La forme, Benja ?, ironise l’un d’eux, tu es de garde la nuit ? » Les plaisanteries s’estompent à peine le chef de rédaction a-t-il pris la parole. Il est dix heures ; la réunion de rédaction vient de commencer. Une vingtaine de journalistes sont à l’écoute. C’est maintenant qu’on va décider des tâches de chacun. Durant près d’une demi-heure les 8
  • 9. propositions de sujets fusent. Toutes sont soumises à l’appréciation de l’éditeur du journal. Benjamin ne sera pas épargné. Pour son dernier jour, on vient de lui attribuer un sujet d’une rare morbidité : une fillette de treize ans s’est enfermée dans sa chambre pour accoucher en cachette de ses parents avant de jeter son bébé par la fenêtre du dixième étage. Plusieurs journalistes font une moue d’aversion en entendant ce fait tragique. Benjamin, lui, ne réagit pas. Il se contentera de couvrir le sujet comme on lui a demandé. La réunion terminée, les téléphones portables reprennent vie. Benjamin se trouve déjà en contact avec le frère aîné de la fillette, lequel accepte de recevoir l’équipe de télévision à leur domicile. La coordinatrice des équipes attribue alors un caméraman à Benjamin, et les voilà tous deux qui quittent la rédaction sur des chapeaux de roues. Sans perdre de temps, les autres journalistes lui emboîtent le pas : tous savent qu’à midi quarante-cinq précises, Anne Delvaux entamera la présentation du journal. Commencent alors deux heures de grand calme dans les bureaux de la cellule « société ». Un calme à peine troublé par quelques sonneries de téléphone et celle, plus insistante, d’un portable oublié dans un sac. Les journalistes partis, on entend ronronner les ordinateurs. Les écrans passés en mode veille sous Windows se sont mis d’accord pour un voyage dans les étoiles. 9
  • 10. Seule l’horloge qui surplombe la pièce est là pour rappeler que le temps ne s’est pas arrêté. Les aiguilles n’indiquent pas encore midi qu’une première journaliste revient de tournage. L’esprit tranquille, la jeune femme sait qu’elle a de l’avance. Elle se permet alors de discuter avec la scripte sans trop prêter attention aux minutes qui passent ni aux journalistes qui reviennent un à un. Parmi eux, Benjamin dont les cernes sont plus visibles à présent que la lumière du soleil a envahi les bureaux. Il ne s’est pas encore remis du sujet lugubre qu’il vient de traiter et, cherchant peut-être à se décharger de ses émotions, il en parle à l’une de ses collègues : « sur le lit de la fillette, il y avait une marre de sang au milieu des poupées. Vraiment, c’était horrible ». Mais le temps n’en est plus à la discussion : dans moins de quarante minutes, le journal commence. La plupart des salles de montage sont déjà occupées. Benjamin presse le pas. Il a de la chance : il reste une cellule inoccupée et un monteur disponible. « Faut qu’on se grouille, on est à la bourre » lance-t-il expressément au monteur en lui remettant la cassette du tournage. Néanmoins, Christian, jeune monteur débutant, paraît garder son sang froid. Lui, comme la plupart de ses collègues, semble immunisé contre le stress que lui ramènent quotidiennement les journalistes. Sans doute ce calme apparent est-il une condition nécessaire pour rendre possible ce travail en équipe. En tout cas, la collaboration 10
  • 11. est payante : après une demi-heure de travail acharné, Benjamin tient son reportage entre les mains. Reste à le sonoriser. Le temps presse : dans moins de quinze minutes, le sujet est sur antenne. Mais pas question de se rendre à la sono en courant. Combien de journalistes ne se sont pas fait piéger en se retrouvant à bout de souffle devant le micro et ainsi contraints de céder leur place en attendant de récupérer. Benjamin s’en va sonoriser son sujet d’un pas modéré. Quiconque le verrait marcher à cette allure jurerait qu’il se rend à la cafétéria. Mais gare à celui qui tenterait d’interrompre sa lente marche forcée. Il se verrait aussitôt répliquer un « désolé, pas le temps » décontenançant. Arrivé en sono, nouveau coup de chance : Benjamin est le premier de la file. En réalité, tous les journalistes ont déjà enregistré leur voix. Benjamin pénètre dans le sas antibruit et enfile son casque sans perdre de vue son texte qu’il relit en diagonale. Un bref essai pour régler le volume de la voix et c’est parti : Benjamin sonorise son sujet d’une seule traite sans la moindre hésitation. Un « sans faute » aussitôt congratulé par le sonorisateur qui est surtout content de pouvoir partir manger. Soulagé, Benjamin sort du sas en effectuant quelques pas de danse. Reste juste à déposer le reportage au centre de diffusion. Après quoi, il lui restera quelques heures à prester avant de mériter pleinement le repos du guerrier. 11
  • 12. 60 jours au JT, dont 30 sur le banc de touche Lundi 05 septembre Mes premiers émois dans le monde du journalisme sont administratifs. « Remplissez ici, signez là ». « Complétez ceci, mais pas ça. Cet exemplaire est pour vous ». « A présent, levez la main droite et dites ‘je le jure’ ». Il suffirait de peu pour se croire au tribunal. Passées les formalités du contrat de stage, me voici soudainement parachuté dans la vie professionnelle, au QG d’une rédac. La manœuvre n’a rien d’un entraînement. Ici, ça tire à balles réelles. Autour de moi, des hommes se battent sur le front. Leur chef d’Etat-major, c’est l’actu. Pour elle, ils sont prêts à ramper dans la boue, à traverser des champs minés. Moi, je tremble à l’idée de souiller mes chaussures cirées. J’aimerais me battre à leurs côtés mais il y a un hic. Mon fusil, j’ai appris à m’en servir en lisant des bouquins. Lorsque je me présente comme le nouveau stagiaire auprès d’Hervé de Ghellinck, responsable de la rédaction politique, sa réaction immédiate est « quoi, encore un ? ». L’ambiance est trop tendue pour que quelqu’un songe à me faire visiter les lieux, c’est une stagiaire de l’ULB qui s’en charge. En quelques minutes, me 12
  • 13. voilà familiarisé avec les locaux. La tâche s’annonce plus ardue avec ses occupants. Les heures s’écoulent et le stress ne diminue pas. J’apprends qu’un jeune journaliste, un certain Bruno Clément, s’en va réaliser un reportage sur la sortie du dernier album des Rolling Stones. Il ne voit aucun inconvénient à ce que je l’accompagne et, en deux temps trois mouvements, nous voici à la Fnac en train d’interviewer un vendeur spécialisé en musique rock. L’album est là depuis quelques heures pourtant, côté clientèle, l’engouement n’est pas bien grand. Le manque de clients intéressés par l’album nous limite fortement dans les plans de coupes. La solution est toute trouvée : en l’espace d’un instant, me voilà métamorphosé en un fan des Stones examinant attentivement l’album tout juste sortis dans les bacs. On enchaîne avec l’interview d’un responsable rayon, d’un badaud qui a le nez dans des albums rock. On n’aura rien de plus. De retour à la rédaction, j’assiste Bruno tandis qu’il repère les séquences qui l’intéressent en retranscrivant soigneusement leur time codes. Il traduit également une interview en anglais récupérée d’images envoyées par la maison de production des Stones. En tant que spécialiste de musique rock, il ne lui faut que peu de temps pour rédiger son commentaire. Vient ensuite le moment du montage où Michaël Gilain alterne habilement les images filmées à 13
  • 14. la Fnac avec celles en provenance de la maison de production des Stones, un travail réalisé de concert avec le journaliste. Dernière étape : l’enregistrement du commentaire. Bruno Clément fait appel à Pascal Bustamante pour un doublage de voix. De mon côté, j’effectue des recherches sur le net afin de trouver des renseignements complémentaires sur les Stones ainsi qu’une chute au reportage. La diffusion se déroule sans problème lors du JT de 13h. Le journaliste m’explique qu’il ne s’agit que d’une version brouillon qu’il visera à améliorer pour le JT du soir. L’après-midi ne constitue qu’une simple répétition du matin, l’intensité en moins. Le monteur agence les images autrement de sorte à ce qu’elles s’accordent mieux avec le propos du journaliste. Cette fois, il prend le temps de créer des sous-titres aux paroles de la chanson « Sweet Neo Con » (littéralement « mon cher néoconservateur »). Le journaliste, quant à lui, se permet de traiter le sujet avec plus de profondeur, ajoutant notamment au reportage une dimension politique lorsqu’il évoque la polémique entraînée par une chanson ‘anti-bush’. En studio, je réalise mon premier doublage sur une phrase de Mick Jagger, une prestation aussitôt gratifiée par Frédéric Gersdorff qui réalise un doublage lui aussi. Le reportage est diffusé au JT de 19h30. Je quitte la rédaction avec la sensation d’une journée bien remplie. 14
  • 15. Mardi 06 septembre Les tensions semblent s’être un peu relâchées par rapport à la veille. Une journaliste prend le temps de m’indiquer le cheminement à suivre pour réaliser mes premiers essais voix. Pour m’exercer, je choisis un reportage d’Isabelle Huysen – j’apprécie tout particulièrement sa voix – dont le sujet traite d’un accident d’avion à Sumatra diffusé dans le JT du soir de la veille. A peine ai-je terminé d’enregistrer mon commentaire qu’on fait appel à mes services pour un nouveau doublage de voix sur un reportage de Pascale Bourgaux, envoyée spéciale en Egypte. Durant le dîner, Benjamin Adnet, jeune journaliste de vingt-six ans, m’apprend qu’il s’en va réaliser un reportage sur un nouveau système de détection de fraude dans les mémoires universitaires. Quelques instants plus tard, on se retrouve en présence de François Heinderickx, président de la licence en information et communication à l’ULB. Sous l’œil de la caméra, ce dernier réalise une brève démonstration des compétences du programme que l’université vient juste d’acquérir. Malheureusement, nous ne parvenons pas à entrer en contact avec un responsable de l’établissement qui ne rentre de vacances que le lendemain. Benjamin me propose alors de commencer le montage sur base de notre unique interview et des images prétextes dont on dispose (ordinateurs alignés, doigt cliquant sur le bouton de la 15
  • 16. souris, etc.). On reviendra sur place le lendemain pour achever le tournage. Ainsi, nous consacrons la majeure partie de l’après-midi à avancer comme on le peut dans le montage du reportage qui, de toute façon, ne pourra pas être achevé avant demain. Arrivés à un stade de stagnation, on décide d’en rester là pour aujourd’hui. Je profite du temps qu’il me reste pour enregistrer ma voix sur un reportage concernant un accident de téléphérique survenu en Autriche, sujet diffusé dans le JT du soir de l’avantveille. Mais ce projet est aussitôt délaissé en raison d’un mal de gorge survenu brutalement. Malgré tout, je parviens à réaliser un doublage dans un reportage sur le cyclone Katrina (il faut dire que le commentaire me convient assez bien puisqu’il s’agit d’un américain déshydraté réclamant d’urgence de l’eau potable). En sortant des bureaux, j’ai la sensation que ma relation avec les journalistes est en bonne voie. Mercredi 07 septembre Dès mon arrivée, Sabine Breulet, sous-chef de rédaction, me donne des explications sur le déroulement de mon stage en m’expliquant les étapes à franchir : « première étape, les tests voix. Ensuite, on voit ». Je la laisse m’expliquer la disposition des locaux bien que je la connaisse déjà. Elle me parle alors des studios du sous-sol, partie qui m’est tout à fait inconnue, et dans lesquels sont 16
  • 17. réalisées de nombreuses émissions. Voilà justement que Chantal Lemaire, journaliste culturelle, se rend au studio 2 pour réaliser un reportage sur le troisième lancement de Cap 48, une opération caritative venant en aide aux handicapés. Je lui propose mon aide et me voilà confiée la mission de réaliser une copie du clip musical de Cap 48, sans quoi l’émission ne peut pas commencer. Après cela, je la rejoins et rencontre pour la première fois des célébrités nationales telles que Barbara Louys ou Jacques Mercier. Le montage s’effectue sans difficulté avec Virginie, jeune monteuse professionnelle. Le reportage est sur antenne au JT de 13h. Etrange sensation que de revivre une après-midi semblable au jour d’avant. En remettant les pieds à l’ULB, Benjamin Adnet et moi croisons les mêmes personnes que celles rencontrées la veille. Dans un long couloir du bâtiment de communication, des élèves se préparent pour la défense orale de leur mémoire. Certains voient d’un mauvais œil la présence de la télévision laquelle est ressentie comme une pression supplémentaire. Plusieurs élèves refusent toute interview. Une étudiante accepte toutefois la venue de l’équipe journalistique lors de sa défense. En compensation, elle réussira son année haut la main. Reste l’interview qui avait été impossible la veille, celle du vice-recteur de l’ULB. Lorsque cela est fait, on regagne les studios de montage et, reprenant notre ébauche de reportage, on y intègre les nouveaux plans. Notre sujet ne sera pourtant pas diffusé au JT du soir, la conduite du journal étant déjà 17
  • 18. suffisamment chargée. Le reportage passe donc « aux marbres », ce qui signifie qu’il est mis en stock pour une durée indéterminée. Il sera diffusé le lendemain. Jeudi 08 septembre Vraisemblablement la journée la plus pénible depuis mon arrivée. Alors que je me suis longuement exercé à la lecture d’un commentaire sur un reportage de Pascale Bollekens concernant l’évacuation de squatters à Paris, je me rends à la sono pour l’enregistrer. La porte est fermée. Errant dans les couloirs, j’ai la chance de croiser le chemin de Kamel, un journaliste travaillant à la RTBF de Namur. Il me prodigue quelques conseils et, grâce à lui, j’ai l’occasion de réaliser deux doublages, plus longs qu’habituellement, dans un reportage sur le cyclone Katrina. L’après-midi, j’ai droit à la première critique de mon test voix concernant l’évacuation des squatteurs à Paris. Sabine Breulet ne m’épargne pas. Elle me recommande d’éviter les « r » trop accentués, défaut typiquement liégeois, selon elle. Assez déçu de moi, je décide de me rattraper en réalisant mon propre sujet moimême. Je me rends au centre EVN, le centre d’images internationales, et me procure les rushes d’un sujet plus léger : le record du plus long moment d’immersion, un exploit réalisé par un couple italien resté dix jours sous l’eau. Mais certaines 18
  • 19. circonstances m’empêchent de me concentrer pleinement sur mon sujet : la stagiaire de l’ULB qui travaille à mes côtés est en dépression depuis le début de son stage. Et la voilà qui éclate en sanglots au beau milieu de la rédaction. Les journalistes comptent sur moi pour la réconforter. Au même moment, une dépêche tombe : un accident de bus scolaire vient de se produire sur le ring de Bruxelles et l’on hésite à envoyer une équipe sur place. « Laissons cela à RTL » lance un journaliste. Par la suite, on apprend que la fille de la princesse Astrid se trouvait à l’intérieur du bus. On vient de manquer un scoop. L’éditeur s’en mord les doigts. L’ambiance de la rédaction est plombée. Pour la première fois, je décide de quitter plus tôt. Vendredi 09 septembre Trois jours après m’être exercé sur un reportage d’Isabelle Huysen, la voilà qui fait appel à mes services. Elle me demande textuellement si j’aurais « le cran d’insulter le vice-président des Etats-Unis pour le JT ». Arrivé en sono, je comprends qu’il s’agit de doubler la voix d’un citoyen américain révolté contre le gouvernement qui s’écrie : « allez vous faire foutre Monsieur Cheney ! » (ce fut ma première insulte télévisée). Après cela, je me consacre pleinement à la rédaction de mon commentaire sur le sujet concernant le record d’immersion. Le montage s’effectue en 19
  • 20. concertation avec Louisa, jeune monteuse, qui réalise un reportage attrayant malgré le peu d’images dont on dispose. Profitant qu’il n’y a personne à la sono, je m’en vais alors enregistrer mon commentaire. Grande surprise : en sortant du sas d’enregistrement, je me retrouve nez à nez avec une foule de vingt personnes venue visiter les locaux de la RTBF. Toutes sont persuadées que je suis journaliste de profession. Je leur laisse croire que mon reportage sera diffusé au JT du soir. La réalité est pourtant toute autre. Confrontant mon reportage au jugement de Sabine Breulet, sous-chef de rédaction, celle-ci me laisse entendre qu’il y a encore pas mal de choses à rectifier. Non seulement mes « r » sont toujours trop marqués, mais il me faut en plus veiller aux « o » terminant des mots tels que « micro » ou « écolo » et qui doivent se prononcer « au ». A côté de cela, elle me recommande d’éviter de trop hacher les mots, de veiller à la synchronisation entre le commentaire et les images, de prendre le temps de raconter l’histoire afin que le téléspectateur puisse assimiler l’information. Enfin, elle me rappelle la nécessité de laisser trois secondes de silence à la fin de mes reportages pour éviter une césure brutale lors du retour à la présentation de la speakerine. Je suis à la limite du découragement. 20
  • 21. Lundi 12 septembre En me levant ce matin-là, je refuse l’idée d’aller travailler avec les pieds de plomb. Pas question de me laisser abattre après une semaine de stage. Au contraire, me dis-je, il faut impérativement saisir cette opportunité qui m’est offerte de travailler aux côtés de professionnels. Arrivé aux portes de la rédaction, j’ai le pressentiment que cette journée me sera favorable. Vers 10h30, la responsable aux EVN m’apprend qu’elle vient de recevoir des images sur l’inauguration du parc Disneyland à Hong Kong. « Voilà bien un sujet qui m’est taillé sur mesure », me dis-je. Je m’empare aussitôt de la cassette des rushes et m’en vais la visionner. Immédiatement, le sujet m’inspire et le commentaire coule sur papier presque naturellement. Le montage et l’enregistrement de la voix terminés, je décide d’exposer le sujet à Jean-Paul, l’éditeur du jour. Tandis qu’il visionne mon reportage en présence de plusieurs journalistes, François de Brigode, le présentateur du JT, traverse la pièce et lance la réflexion : « bonne voix ». A la fin du sujet, JeanPaul reste silencieux. Il hésite à intégrer mon reportage dans la conduite. « Le problème est que cela s’apparente plus à une publicité pour Disneyland qu’à un véritable reportage » regrette-t-il. Je ne peux réfuter son argument : toutes les images qui composent le reportage 21
  • 22. montrent des danses, des tirs de feux d’artifices et autres activités festives du genre. De plus, le reportage ne contient pas vraiment d’interview. « Et puis, je suis sûr que ta voix peut encore gagner en naturel » ajoute-t-il. Nous en resterons là pour la journée. En sortant des bureaux, l’esprit songeur, je me dis : « mince ... à deux doigts ». Mardi 13 septembre La sensation de repartir à zéro est assez amère. Alors que la veille je me sentais atteindre un but, voilà qu’aujourd’hui tout est à refaire. Jamais je n’avais réalisé combien le travail du journaliste était éphémère. Il me fallait vivre cette dure expérience pour en prendre pleinement conscience. Paradoxalement, travailler pour une chaîne requiert de bonnes aptitudes en zapping : chaque jour, on change de thème, sans remords ni regrets. Hier, je me trouvais à Hong Kong pour célébrer l’inauguration d’un parc Disneyland ; aujourd’hui, me voilà en plein centre de Los Angeles témoin d’une panne d’électricité géante. Tel sera le sujet qui donnera sens à ma journée. Après avoir traduit les interviews et rédigé mon commentaire, je me retrouve en salle avec une monteuse qui me raconte qu’elle travaille ici deux fois par an. « Les rencontres aussi sont éphémères » me fais-je la réflexion. Le reportage achevé, reste à m’armer de 22
  • 23. courage avant de soumettre mon travail à l’avis du sous-chef de rédaction. Pourtant, contrairement à toute attente, la critique s’avère relativement positive. Sabine me conseille même de présenter mon sujet à Thierry De Bock, le responsable de la rédaction « société ». Le 13 septembre serait-il le numéro gagnant ? La brève discussion que je tiens avec Thierry me fait comprendre qu’il me faudra encore patienter. Trop occupé par l’actualité débordante, il me suggère de lui soumettre mon reportage demain dans la matinée. Durant tout l’après-midi, je vis dans l’attente, l’appréhension mais aussi l’enthousiasme du lendemain. Mercredi 14 septembre Rien n’est jamais prévisible dans le métier de journaliste. Alors que j’imaginais ma matinée centrée autour de mon reportage de la veille, voilà qu’une journaliste, Pascale Bollekens, requiert mon aide pour un sujet médical sur des anticoagulants. Aussitôt, je prends contact avec Jacques Glineur, président de l’association Girtac pour les malades atteints de diabète ainsi qu’un pédiatre et un cardiologue de la clinique Saint Luc à Bruxelles, et leur fixe rendez-vous dans l’après-midi du lendemain. A peine ai-je raccroché le téléphone qu’un autre journaliste, Gérald Vandenberg, fait appel à moi pour faire de la figuration dans un reportage sur la publicité dans les jeux vidéo. « Tout ce que 23
  • 24. tu as à faire, c’est de jouer à la Playstation » se plaît-il à dire. En deux temps, trois mouvements, me voilà passé du métier de journaliste à celui d’entraîneur de l’équipe de foot du Brésil. Mon équipe s’étant faite huée par le stade dès les premières minutes de jeu, je me retire bien vite de l’univers sportif pour me plonger dans le monde politique : on vient de me demander de doubler Kofi Annan dans un reportage sur l’ouverture de la soixantième session de l’assemblée générale de l’ONU. Avec tout cela, je n’ai pas eu l’occasion de présenter mon reportage à Thierry De Bock. « Pas de problème, m’assure-t-il, on verra ça demain ». Demain. Il sera trop tard demain. La durée de vie d’un reportage atteint rarement trois jours. J’accuse le coup : une fois de plus, mon reportage ne sera pas diffusé. Encore un effort vain qui s’ajoute à une liste noire décidément trop longue à mon goût. Je voudrais que ma journée s’arrête ici. Mais il reste encore quatre heures avant le JT du soir. Deux possibilités s’offrent alors à moi : le renoncement ou l’acharnement. Après une courte méditation, j’opte pour la seconde ; je ne veux surtout pas décevoir. A partir de ce moment, je décide de travailler mon reportage jusqu’à la moelle. Il doit posséder tous les atouts nécessaires pour exceller : accroche audacieuse, profondeur thématique, chute subtile ; je le veux irréprochable. Au bout d’une heure, je m’en vais sonoriser mon sujet, hanté par un souci de 24
  • 25. perfection. En lisant mon commentaire au micro, je ne peux m’empêcher d’articuler chaque mot en lui donnant l’intonation qui me paraît la plus appropriée. Mes propos ne sont plus que le résultat d’une réflexion intellectuelle. En sortant du sas d’enregistrement, je conserve un étrange sentiment d’insatisfaction. Jeudi 15 septembre Il fallait s’y attendre. En réfléchissant chaque son, chaque syllabe, mon commentaire a tout perdu de sa spontanéité. Pour débuter ma journée, voici donc ce qu’il me faut entendre : ma voix n’est pas bonne. La critique est difficile à avaler, et pourtant je donne raison à Thierry De Bock : mon intonation manque effectivement de naturel. De par ses années d’expérience, il a tout de suite reconnu dans la façon de poser ma voix les défauts typiques du novice. « Le seul remède à cela, précise-t-il, c’est le rodage. Il faut pratiquer et pratiquer encore ». Mais où trouver la motivation lorsqu’on sait que le reportage sur lequel on travaille jusqu’à l’acharnement ne sera de toute façon pas diffusé. Si, jusque là, je voyais se dessiner l’espoir d’une diffusion de mes reportages, j’ai désormais la sensation de me retrouver dans une impasse infranchissable. Et je pense que sans ces interviews préalablement fixées à cet après-midi, je renoncerais à toute nouvelle implication dans un projet quelconque. 25
  • 26. Sans encore en mesurer la portée, je viens d’entrer dans une crise de doute. Aussi, lorsque vient le moment d’interviewer un pédiatre de l’hôpital Saint Luc, je me surprends à douter de la pertinence de mes questions. A tel point qu’en l’espace de quelques secondes, je ne parviens même plus à écouter les réponses de mon interlocuteur. « Sophie, pourrais-tu prendre la relève quelques instants ? ». Une chance qu’on nous ait mit à deux sur le sujet. Mon état ne me permet pas de continuer seul. Sophie, l’autre stagiaire, se charge de poursuivre l’interview tandis que je m’adosse à une étagère pharmaceutique, l’esprit confus. Les heures qui suivent me semblent interminables. A la crainte de ne pas avoir posé les bonnes questions s’ajoute celle de la durée des interviews. Aurai-je assez de matière ? N’aurais-je pas dû relancer mon interlocuteur plus souvent ? Il ne me reste qu’un intervenant à rencontrer, le président de l’association pour les diabétiques. Me voilà qui me jette sur lui à corps perdu, le bombardant de questions à n’en plus finir. Ce n’est qu’après avoir abordé le sujet sous toutes ses coutures que je me décide seulement à libérer l’homme encore surpris d’avoir dû subir pareil interrogatoire. En quittant les locaux de la rédaction, je me promets de ne plus laisser mes craintes influer sur la qualité des interviews. Cette résolution m’occupera l’esprit longtemps encore. 26
  • 27. Vendredi 16 septembre Comme pour ce jour où je ressentais un intérêt pour le thème de l’inauguration du parc Disney World à Hong Kong, il y a aujourd’hui un sujet qui m’appelle : une tempête survenue au Vietnam qui a ravagé plusieurs villages, engloutissant bon nombre de ses habitants sous la boue. Tentant de faire l’impasse sur ma sensibilité par rapport au sujet – j’ai de la famille et des amis qui habitent ce pays – je me lance dans la réalisation du reportage avec la conviction qu’il s’agit là de mon dernier test voix. Il y a en effet quelque chose de fondamentalement différent dans ma façon d’envisager cet ouvrage. Pour la première fois, c’est pour moi que je réalise ce reportage, non pour le soumettre à une critique extérieure, instance supérieure. Aussi, au final, plutôt que de présenter mon reportage à une justice qui, non contente de condamner mon œuvre, anéantirait par la même occasion mes espérances, je choisis de garder le sujet pour moi. De tous les travaux que j’ai réalisés jusqu’alors, celui-ci est le seul que personne n’ait jamais vu. Lundi 19 septembre Après un week-end bien occupé durant lequel j’ai emménagé dans mon nouvel appartement à Louvain-la-Neuve, me voilà de 27
  • 28. retour à la rédaction, l’esprit partiellement libéré des inquiétudes qui avaient altéré ma fin de semaine. Lors de la réunion de rédaction du matin, l’éditeur évoque comme principal sujet culturel la sortie d’un nouvel album « live » du groupe Noir Désir. Sachant que Bruno Clément est responsable de tout ce qui relève du registre musical, je lui fais part de mon intention de me mettre sur le sujet. Mais, chose que je n’aurais pu soupçonner, il se trouve que Bruno est en froid avec le groupe depuis que ce dernier a pris la fâcheuse habitude de refuser les interviews, prétextant qu’on s’intéresse moins au groupe qu’on ne cherche à en extorquer des informations à propos de l’affaire Trintignant et de l’incarcération de Bertrand Cantat qui en a résulté. De ce fait, Bruno est sur le point de demander à l’éditeur d’évincer le sujet de la conduite. Pourtant de mon côté, je ne cesse de songer à tout le tapage médiatique qui avait valu au groupe de se retrouver à la Une de tous les journaux et dans lesquels se posait la sempiternelle question à savoir si le groupe survivrait en l’absence de son leader. La sortie d’un nouvel album constitue à mes yeux une réponse suffisante à dissiper les doutes, d’où ma certitude qu’un tel sujet mériterait sa place au JT. Et c’est ce dont je traite avec Bruno qui finit par se convaincre de l’utilité du reportage. Dès lors, on se partage les tâches : de son côté, il se charge de récupérer des extraits de la dernière interview que le groupe avait 28
  • 29. accepté de donner, et du mien, je m’occupe de récolter un maximum d’informations sur le sujet en vue des interviews de fans que je réaliserai demain. Mardi 20 septembre En raison de bouchons faramineux au centre-ville, j’arrive tardivement à la rédaction et prends la réunion de rédaction en cours. Les journalistes ont déjà terminé de passer en revue l’actualité nationale et sont en plein traitement de l’internationale. Pascal Bustamante, journaliste de l’inter, évoque alors un sujet qui m’interpelle : le projet de la Nasa de remarcher sur la lune en 2018, sujet qui se voit confié à Chantal Lemaire. Néanmoins, après une discussion que je tiens avec elle, celle-ci accepte de me le déléguer. Tandis que je me trouve en pleine rédaction du commentaire, coup de théâtre : j’apprends que les sujets qui figuraient en tête de la conduite en ont été évincés. Mon sujet se retrouve donc en Une du JT. Trop de responsabilité pour un simple stagiaire que de réaliser l’ouverture du journal. Je trouve plus raisonnable de déléguer mon travail à quelqu’un de plus expérimenté. Voici donc le sujet qui passe dans les mains de Chantal Lemaire. Pas le temps de me lamenter sur ce reportage qui m’a filé entre les doigts, il faut aller interviewer les fans de Noir Désir. 29
  • 30. Sautant mon repas de midi, je me rends illico à la Fnac accompagné de Michaël Somja, un caméraman. A l’entrée du disquaire, les deux fans à qui j’ai donné rendez-vous sont déjà là. Les interviews se déroulent au mieux, et ce malgré le trac persistant de mes interlocuteurs. Après quoi, je retrouve Bruno Clément dans les studios de Pure FM pour une interview de Sylvestre, jeune présentateur radio. L’on dispose désormais de tous les éléments nécessaires pour réaliser notre reportage. Mais l’une des grandes lois du journalisme étant l’imprévisibilité, un événement inattendu s’en vient perturber le bon déroulement de notre travail : on nous annonce une menace terroriste sur le quartier européen. Aussi, Bruno se voit brusquement confiée la mission de se rendre au rond-point Schuman pour y réaliser un direct. Vu que notre sujet sur Noir Désir figure au beau milieu de la conduite du journal, il nous faut l’achever dès à présent, ce que l’on fait dans l’empressement et presque au détriment de la qualité même du reportage. M’étant porté volontaire pour venir en aide à Bruno si cela s’avérait nécessaire, je me retrouve finalement avec lui en face du Berlaimont. Le direct se déroule sans encombre. On est de retour aux studios vers vingt-deux heures. Lorsque je quitte les bureaux, il est passé vingt-deux heures trente. Belle compensation pour quelqu’un qui, le matin, était arrivé avec quinze minutes de retard. 30
  • 31. Mercredi 21 septembre Dès mon arrivée, je me mets en quête d’un sujet susceptible d’intéresser l’éditeur. Je me penche alors sur un programme intitulé « Erasmus Belgica » qui consiste à envoyer des étudiants wallons en Flandre et vice-versa. Mais à peine suis-je plongé dans mes recherches que François de Brigode vient me trouver : il me demande de réaliser un reportage sur l’ouverture imminente d’un championnat de pétanque, discipline dans laquelle les Belges sont champions du monde. Je délaisse alors mon premier sujet pour m’intéresser de plus près à ce célèbre jeu de boules (que je connais d’ailleurs bien depuis un reportage que j’ai réalisé l’année dernière dans le cadre des cours). Pourtant, pas moyen d’obtenir quelque information sur le sujet, le championnat n’ayant pas encore commencé. C’est alors que je vois surgir Sacha Daout, l’éditeur du jour, qui se dirige droit sur moi : « Newton, s’exclame-t-il énergiquement, j’ai un grand service à te demander : Eric Boever est parti suivre une manifestation au Botanique, mais il a oublié son micro. Peux-tu le lui amener ? » Pour la seconde fois, je renonce à ma tâche du moment pour accomplir une nouvelle mission. Grimpant dans un taxi, je me retrouve en l’espace de quelques instants en plein centre-ville où se tient une manifestation contre l’augmentation du coût du pétrole. Une fois aux côtés d’Eric Boever, je lui apporte mon aide, d’abord en résolvant des 31
  • 32. problèmes d’incompatibilité avec le micro, puis en relevant le nom des personnes qu’il interviewe. Arrivés au 16 rue de la Loi, l’on se met à attendre le discours officiel des politiques, tout particulièrement celui de Didier Reynders. Mais ce dernier tarde à venir. Alors que les aiguilles de ma montre indiquent midi, je me tourne vers Eric qui discute tranquillement avec un collège de travail, assis au bas des marches d’un escalier en marbre. « Eric, j’espère que tu sais qu’il est midi » lui dis-je pour lui faire comprendre qu’il vaudrait mieux ne pas prendre racine. « Ce n’est pas possible » me répond-il, un sourire en coin de lèvres. Puis regardant sa montre : « Midi, mon Dieu ! Il faut absolument qu’on y aille. » Il me remet alors le micro. « Tiens. C’est toi qui réaliseras l’interview de Reynders. Voilà une belle occasion de te mettre en avant. » Mais à cet instant, les portes du bâtiment s’ouvrent et voilà qu’en sortent les hommes politiques qui se faisaient tant attendre. Sans perdre une seconde, Eric se jette alors sur le ministre MR, lui pose deux ou trois questions, pas plus, avant de donner ordre à toute l’équipe de courir jusqu’à la voiture. Nous sommes de retour à la RTBF vers midi vingt. Sur place, nous sommes confrontés à la pénurie de monteurs, ce qui retarde encore notre mise à l’ouvrage. Au final, Eric se voit contraint de lire son commentaire en cabine. De mon côté, je 32
  • 33. trouve encore le temps de venir en aide à d’autres journalistes, notamment en réalisant deux doublages dans un reportage sur le cyclone Katrina. Après quoi, je croise François de Brigode dans le couloir, lequel me demande ce qu’il en est du reportage sur la pétanque. Je lui raconte en quelques mots mon tortueux périple avec Eric Boever. « Pour toute te dire, ça ne m’étonne même pas » s’esclaffe-t-il en reprenant sa marche. Le calme revenu, je me remets scrupuleusement à mes recherches. Lorsque je lève mon nez des journaux, l’horloge indique presque vingt heures. Jeudi 22 septembre Il est de ces journées où l’alignement des astres est tel qu’aucune de vos initiatives ne pourra être couronnée de succès. Ce jeudi compte parmi ces jours aussi vite vécus qu’oubliés. Ma seule occupation consistera à enchaîner les petits boulots pour subsister. Dans le cadre de l’ouragan Rita qui vient d’atteindre la force cinq, puissance maximale, je réalise des recherches sur le fonctionnement des cyclones. Parallèlement, je me penche sur la situation du Texas qui se prépare au redoutable passage de l’ouragan. Puis, enchaînant les boulots temporaires, je passe de l’actualité internationale à l’actualité sportive en me renseignant sur le tournoi de Tennis de la Coupe Davis. J’ai beau avoir matière à occupation, je conserve toutefois une certaine frustration à ne pas réaliser un véritable reportage signé de mon nom. C’est alors que 33
  • 34. me vient à l’esprit cette idée lumineuse. Et si je venais plutôt travailler les week-ends ? Méditer sur la question permet de maintenir mes neurones en activité. Vendredi 23 septembre Ce vendredi est une pâle répétition du jour d’avant, avec en prime une séquence émotion. Sophie, la stagiaire qui a travaillé à mes côtés durant tout le mois, prend congé de la rédaction. Entre deux tâches rébarbatives, j’essaye de passer un peu de temps avec elle. Mon exploit du jour consistera à jongler habilement entre Sophie et Rita. En fin de journée, je me consacrerai à la seule Rita en numérisant un schéma de cyclone dans les studios Imagique pour un reportage de Pascale Bollekens. Et si, jusque là, il est courant que je me trouve assigné à la réalisation de petits travaux du genre, je conserve néanmoins des ambitions véritables, lesquelles sont prêtes à surgir à la première opportunité. Samedi 24 septembre Samedi à la rédac. Quelle n’est pas ma surprise de découvrir les locaux de la rédaction, d’ordinaires si animés, régnant ce matin dans le plus grand calme. Il est déjà neuf heures et demie lorsque les rares journalistes présents se mettent d’accord pour organiser la réunion de rédaction. Parmi eux, Lucie Dendooven, une 34
  • 35. journaliste de la section société, qui vient tout juste de rentrer d’Afrique. En discutant avec elle, je me rends compte que je pourrais lui être utile : elle a besoin d’un figurant pour incarner un malade qui se fait ausculter par son médecin dans le cadre d’un reportage sur une manifestation des médecins à Bruxelles. Et me voilà, dans l’heure qui suit, devenu le patient d’un médecin bruxellois qui tâte mon pouls et relève ma tension. Le reportage est diffusé au JT de 13h. J’ai même l’honneur de figurer dans l’image plasma qui illustre le sujet lors de la présentation par Anne Delvaux. L’après-midi est entièrement consacré à la manifestation qui se tient le long du Boulevard Lemonnier. C’est également Lucie qui est chargée de ce reportage puisqu’il s’inscrit dans la continuité logique de son travail du matin. Tandis que ma journée touche à sa fin, on me propose d’accompagner Hugues Dayer à Namur pour le 20ème festival du film. Le journaliste doit y réaliser une interview de Benoît Poolevorde qui sera transmise en direct. J’accepte sans hésiter. On quittera le festival à vingt et une heures passées. Lundi 26 septembre Congé qui me permet de décaler mon horaire pour travailler les week-ends plutôt que les lundis et mardis. 35
  • 36. Mercredi 28 septembre Premier jour de la semaine, compte tenu du nouvel horaire que je me suis imposé. A mon arrivée, je fais la rencontre d’un nouveau stagiaire en provenance de l’ULB. Me rappelant mes débuts quelque peu déstabilisants dans la rédaction, j’entreprends aussitôt de lui faire visiter les locaux. Je me mets ensuite à plancher sur le sujet médical qu’il me reste à finaliser. Après avoir sonorisé le commentaire, je fais appel à Bruno Clément et à son œil critique. « Du très bon travail » s’exclame-t-il convaincu. Il me conseille juste d’apporter de légères rectifications, notamment en ce qui concerne la chute. A la première occasion, je soumettrai mon reportage à Sacha Daout, l’éditeur du jour, mais à cette heure, il est sollicité de toutes parts. En attendant, je me contente de réaliser des doublages de voix. Pierre Istace, le doyen des journalistes, a ouï dire que ma voix était bonne. Il fait ainsi appel à mes services pour un doublage assez conséquent dans un reportage sur un aquarelliste de Moscou. Par la suite, Pierre me demandera d’autres doublages, toujours sur des reportages liés à l’art pictural moscovite. Compte tenu des recommandations de Bruno, j’opère certaines rectifications au sein de mon reportage sur les anticoagulants et m’en vais le soumettre à Sacha. Son verdict sonne comme une 36
  • 37. libération : le reportage est diffusable. Il me suggère de donner un rien plus d’intonation, comme il dit, d’en faire trop plutôt que trop peu. La conduite du journal étant suffisamment chargée en reportages pour la journée, je patienterai jusqu’à demain. Jeudi 29 septembre Tout laisse croire que mes performances de figurant malade en ont séduit plus d’un. Dès mon arrivée, Pascale Bollekens me demande si je peux à nouveau incarner un patient non plus souffrant de problèmes physiques mais de troubles psychiques. On constate ici une évolution vers quelque chose de plus cérébral. Ca tombe bien, je me sens lentement glisser vers l’abîme de l’aliénation mentale. Me revoilà du moins au centre d’un reportage sur le nouveau statut attribué aux psychothérapeutes. S’il est vrai que le tournage se déroule pour le mieux, il en va tout autrement du retour à la rédaction : notre équipe se retrouve prisonnière dans un embouteillage monstre. En dépit de nos efforts à nous faufiler dans le trafic, nous craignons de ne pas pouvoir terminer le reportage à temps. Nos soupçons sont confirmés par un coup de téléphone de l’éditeur qui nous informe que le reportage a été retiré de la conduite ; il sera diffusé demain. De la situation, j’en déduis que mon reportage connaîtra le même 37
  • 38. sort, n’ayant pas eu, moi non plus, l’occasion de présenter mon reportage médical à l’éditeur. De retour aux studios, je suggère à Pascale de tourner quelques images prétextes pour illustrer son reportage. Je me rends donc avec Sammy, un caméraman, dans une librairie bruxelloise pour filmer des publicités de marabouts tirées de magazines comme Psychologie, Gala ou encore Ici Paris. Une fois mes images intégrées au reportage de Pascale, on tente dans la mesure du possible de prendre de l’avance pour demain. Avec un premier reportage réalisé avec une stagiaire et un second coréalisé avec une journaliste (dans lequel je figure), la fin de semaine s’annonce prometteuse… Vendredi 30 septembre Bien que la probabilité de voir mes reportages diffusés soit grande, je décide de me lancer sur un nouveau sujet concernant le typhon Damrey qui a fait de nombreux dégâts au nord du Vietnam la nuit dernière et menace encore cette partie du pays. Alors que je suis en pleine écriture de mon commentaire, Lucie Dendooven surgit à mes côtés pour solliciter mon aide. Elle réalise un reportage à l’occasion des cinquante ans de la mort de James Dean et voudrait, pour illustrer son sujet, que je lui trouve des séquences de film relativement connues. Je me procure ainsi les 38
  • 39. deux grands classiques que sont « A l’est d’Eden » duquel je retire une séquence célèbre, la dispute entre deux frères, et « La fureur de vivre » d’où je reprends une scène de course de voitures. A peine ai-je rempli ma mission que, tendant l’oreille, je reconnais le générique du journal. Je me précipite alors devant le poste de télévision le plus proche. Après quelques minutes, le reportage sur les psychothérapeutes est diffusé. S’en suit immédiatement la diffusion de mon reportage sur les anticoagulants. Consécration totale. En sortant dans le couloir, je me vois félicité par tous les journalistes qui ont pu suivre le journal de bout en bout. De quoi décupler mes forces pour la journée. Aussi, est-ce avec une rare vigueur que je finalise mon commentaire. Et, une fois celui-ci enregistré, j’ai de nouveau droit aux congratulations de Kamel et Lucie Dendooven, deux journalistes, ainsi que Jacques, le sonorisateur. Sans même hésiter une seconde, je me rends d’un pas assuré au bureau de Thierry De Bock et lui recommande d’examiner mon travail. « Ce n’est vraiment pas mal du tout » reconnaît-il après visionnement. Avec le feu vert du responsable de rédaction, ce sont les dernières barrières qui tombent et l’antenne qui s’ouvre à moi. Il n’en fallait pas plus pour que, d’un coup, je me retrouve presque relégué au rang de professionnel. Pour les jours prochains, la météo annonce temps radieux et ciel bleu azur 39
  • 40. .Samedi 1er octobre Désormais, rien ne sera plus pareil, et ce jusqu’à la fin de mon stage. Certes, il aura fallu le temps de gagner la confiance de la rédaction, mais ma détermination a fini par payer. Au cours de la réunion de rédaction, l’éditeur m’attribue un sujet sans même que j’aie à lever la main. Il s’agit de l’envoi du troisième touriste cosmonaute de l’espace, le richissime Américain Greg Olsen, à partir d’une base spatiale du Kazakhstan. Malheureusement, les choses prennent rapidement une mauvaise tournure. Une fois mon commentaire terminé, je me dirige vers les salles de montage. A ma grande surprise, je me retrouve confronté à un problème auquel je ne m’attendais vraiment pas : une pénurie de monteurs. J’en informe aussitôt l’éditeur qui me propose une solution alternative, la seule d’ailleurs : expédier mon sujet à Liège afin qu’il soit monté et retraité sur place. Ainsi, voilà mon reportage qui me file entre les doigts à ma grande déception. Et c’est sans parler de toutes les complications qui se produisent lors de l’envoi des données (des EVN qui n’arrivent pas à destination, des sautes de code, etc.). En fin de compte, le sujet qui était prévu pour le JT de 13h se retrouve dans la conduite du soir. Il est remis aux mains de Sylvia Falcinelli, ancienne élève de l’UCL et depuis peu journaliste. En 40
  • 41. début de reportage, mon nom figure tout de même aux côtés du sien. Début d’après-midi, un des journalistes de la section internationale vient me trouver. « J’ai appris ce qui s’est passé le matin avec ton reportage mais j’ai une consolation pour toi, me dit-il, un sujet complètement fou : la découverte en France de trois-cent-quarante chiens dans un grenier ». Les choses ne pouvaient être si simples : les EVN en provenance de France contiennent ce qu’on appelle une « voix inter ». Cela signifie que ce reportage est déjà commenté par un autre journaliste, en l’occurrence une journaliste de France 2. De fait, difficile de rédiger un propos sans subir l’influence de ses paroles. Malgré tout, je parviens à pondre du neuf sur de l’ancien, ce qui me permet de passer à la phase de montage. Ce travail est bien vite réalisé, compte tenu du nombre réduit d’images dont on dispose (en réalité, il s’agit juste de les agencer autrement). Le reportage est donc placé dans les marbres en prévision du JT de demain. Il subira toutefois certaines modifications, indépendamment de ma volonté, cela en raison de dépêches survenues plus tard et apportant des compléments d’information sur le sujet. Alors que ma journée touche à sa fin et que je m’apprête à quitter la rédaction, il se produit quelque chose qui va définitivement me propulser à l’avant-plan de la rédaction. Chantal 41
  • 42. Lemaire me propose de réaliser un reportage sur un événement culturel prenant place dans toute la capitale, événement communément appelé « Les Nuits Blanches de Bruxelles ». Il a lieu le soir, et nombreux sont les journalistes qui préfèrent rentrer chez eux après leur journée. Je suis sur un coup, mais c’est aussi une lourde responsabilité qu’on me confie là. En effet, le sujet constitue l’un des principaux thèmes du journal du lendemain. Malgré une grande fatigue mêlée à une certaine appréhension, j’accepte le dilemme. A vingt heures trente, je quitte les studios accompagné de Françoise Meyer, caméraman, et Emeline Jouvencelle, preneuse de son. Durant toute la nuit, nous parcourons les rues de la capitale, allant de la place Saint Géry à la place Sainte-Catherine en passant par la Bourse. Nos images sont exceptionnelles, féeriques. Pourtant, ce soir-là, j’ai peine à m’endormir. Car je sais que demain, il me faudra rendre cette magie à l’écran, le tout avec des mots. Dilemme dément. Dimanche 2 octobre Premier réflexe dès mon arrivée : exposer mes images à Hervé, l’éditeur, afin qu’il puisse lui-même choisir l’image plasma qui lui plaît. Ensuite, je m’en vais sans perdre de temps en salle de montage où un dur labeur nous attend, la monteuse et moi. Me voilà pour la première fois en situation réelle avec un deadline imposé. Aussi, me vois-je forcé, comme le font ordinairement les 42
  • 43. journalistes, de rédiger mon commentaire aux côtés de la monteuse, Cybèle Ceylan, qui, en parallèle, s’occupe d’agencer les images. Dans la mesure du possible, je tente de contenir mon stress afin de ne pas contaminer ma partenaire de travail. Je parviens à finaliser mon reportage à temps malgré un changement de place dans la conduite qui impose de le diffuser plus tôt. A ma grande surprise, le sujet est annoncé par Anne Delvaux dans les titres du journal. Après la diffusion du reportage, j’ai droit à mon heure de gloire. Je me fais ovationner par l’ensemble de la rédaction : journalistes, monteurs, script, présentateur. Mon reportage satisfait tellement que l’éditeur décide de le remettre au JT du soir. C’est pour moi une double consécration. Et comme je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin, je m’en vais lui proposer à nouveau mes services. « Pas question, me dit-il d’un ton plutôt sec. Puis, esquissant un sourire, tu as trop bien travaillé. Tu mérites de récupérer. » Lundi 3 octobre En arrivant à la rédaction ce matin-là, j’ai la sensation d’avoir triomphé de mes démons. Le simple fait de savoir que François de Brigode vous cherche parce qu’il veut vous féliciter en personne et voilà que renaît cette confiance qui semblait perdue. Passée l’épreuve initiatique, plus besoin de devoir faire ses preuves à tout 43
  • 44. instant. Dès lors, je me permets d’aider Sabine Breulet sur un sujet concernant le redémarrage du service d’avances des créances alimentaires. Puis, j’accompagne Baudouin Rémy à une pharmacie pour le tournage d’un reportage médical sur la prescription de molécules. Une fois revenu à la rédaction, je réalise quelques doublages sur un sujet de Chantal Lemaire concernant les préparatifs d’Europalia et l’arrivée imminente de Vladimir Poutine à Bruxelles. L’après-midi, j’aide Aurore, une journaliste, à se procurer des archives au centre Imadoc, puis je passe une série de coups de téléphones, notamment au CRIOC, le Centre de Recherche et d’Information des Organisations de Consommateurs, toujours dans le cadre du reportage de Sabine Breulet. Jeudi 6 octobre Journée chargée en perspective. Au cours de la réunion de rédaction, Sacha Daout, l’éditeur, me confie la réalisation d’un reportage sur la remise de la grappe d’Or à un Belge, la plus haute récompense en matière viticole. Seul problème : la conduite déborde de sujets et le nombre d’équipes de tournage est réduit. Chantal Lemaire qui, de par son sujet et son statut, a priorité sur moi vient de s’attribuer la dernière équipe disponible. La prochaine équipe ne sera pas libre avant treize heures, ce qui ne m’arrange pas vu que la remise du prix a lieu à midi. Pas le temps de me morfondre là-dessus, voilà qu’une prise d’otage vient de se 44
  • 45. produire dans un bureau de poste à Hasselt. Sacha veut faire libérer une équipe afin de m’en envoyer sur le terrain, décision à laquelle s’oppose Thierry qui rappelle à l’éditeur que mon statut de stagiaire ne me permet pas de traiter des sujets aussi délicats. La discussion n’a plus lieu d’être ; on vient d’apprendre que la prise d’otage avait pris fin prématurément. Je me retrouve donc au point de départ, contre mon gré, cloué à la rédaction. Treize heures, enfin. Sans perdre de temps, je me rends à l’hôtel Hesperia Sablon accompagné de Sammy Hermand, mon caméraman. C’est en ce lieu prestigieux que se tient la dégustation de vins et fromages, à laquelle succède immédiatement la remise du fameux prix. Sur place, je rencontre Alfred Alexandre Bonnie, le lauréat de la Grappe d’Or, ainsi que Michèle, son épouse. Tous deux acceptent ma proposition de les interviewer dans une cave à vins à quelques kilomètres de là. On se rend donc au sous-sol des Foudres, restaurant rustique bruxellois, où je réalise un doublé d’interviews. De retour à la rédaction, je ne me fais aucune illusion sur le nombre de salles de montage disponibles. A raison. Le journal du soir est saturé d’une multitude de reportages concernant des grèves de tout genre. Conséquence : il n’y a plus une seule cellule de libre. Je me fais donc à l’idée qu’il me faudra monter mon sujet dans la matinée de demain. 45
  • 46. Vendredi 7 octobre Les grèves constituent bel et bien le sujet d’actualité du moment. En arrivant à la RTBF, il me faut franchir les piquets de grève qui se tiennent à l’entrée principale. Profitant de l’absence de plusieurs journalistes, je me rue vers les salles de montage, encore libres pour la plupart. Travaillant en collaboration avec Etienne Convié, mon monteur, je parviens à terminer mon commentaire dans les temps. Tandis que j’achève la rédaction de mon commentaire et que le reportage est pratiquement monté, Sacha Daout, l’éditeur du jour, me suggère d’opérer des inversions dans la structure globale. Répondre à ses exigences complique pas mal les choses, pour moi comme pour le monteur. Cela dit, nous suivons ses instructions et parvenons à finaliser le reportage dix minutes avant sa diffusion. Il ne me reste qu’une chute à trouver. Elle me vient à l’esprit alors que je suis installé en sono, prêt à enregistrer ma voix. Mon reportage sur la Grappe d’Or est diffusé à 13h45. En raison de la conduite surchargée du journal, il ne sera pas remis au programme du JT du soir. Dimanche 9 octobre Ce jour marque une nouvelle transition dans mon parcours. Cela fait quelques temps déjà que je suis tenté par l’actualité internationale. Dès lors, avec l’autorisation de Sacha Daout, 46
  • 47. l’éditeur, je débarque en renfort à l’inter où l’on me laisse le choix entre deux sujets : soit je traite de la grippe aviaire qui évolue dangereusement vers l’Europe, soit je me penche sur un sujet plus glauque encore et qui concerne une immense coulée de boue qui a envahi deux villages du Guatemala. J’opte pour la seconde proposition. Il m’est demandé de réaliser un récitreportage. Pour cela, je me fournis les EVN en question, imprime les dope sheets sur le sujet et me procure un dictionnaire anglaisfrançais pour traduire les propos des intervenants. Je réalise le montage avec Philippe Wibaut et fait appel à Nathalie Guillemin pour doubler une intervenante. Pour ce qui est du doublage des voix masculines, je les réalise moi-même. Le reportage est diffusé au JT de 13h. Dans ce journal, on retrouve également le reportage de Pierre Istace sur l’aquarelliste russe pour lequel j’avais réalisé un doublage assez long. Au JT du soir, mon sujet devient un simple « à travers ». Lundi 10 octobre Mon reportage d’hier ayant satisfait l’éditeur, celui-ci me désigne comme responsable du dossier Guatemala. Pour le JT de 13h, je suis chargé de décrire l’évolution de la situation depuis que la coulée de boue a submergé les villages. Pour ce faire, je procède comme hier : EVN et images Reuters à l’appui, je me base sur trois dope sheets pour rédiger mon commentaire. Je réalise le 47
  • 48. montage avec Stéphane Hennebert et demande à Régis, un journaliste, de réaliser le doublage d’un intervenant. Le reportage est diffusé au JT de 13h et devient un « à travers » au JT du soir. Mardi 11 octobre La situation au Guatemala n’ayant pas connu de véritable évolution depuis la veille, je me lance sur un sujet de loin moins dramatique : un enfant de neuf ans qui est parvenu à traverser la baie de San Francisco à la nage. Seule difficulté : bien qu’attrayantes, les images sur le sujet sont rares. Le dilemme du jour consistera donc à condenser mon propos un maximum. Je réalise le montage avec Patrick Mirguet et fait appel à Dominique Dussein et Bruno Clément pour deux doublages. Le reportage est diffusé au JT de 13h uniquement. Mercredi 12 octobre N’ayant pas reçu de nouvelles images sur le Guatemala, je décide de me pencher sur un sujet plus planant que d’ordinaire : le lancement du vaisseau spatial chinois Shenzhou VI, événement qui marque l’ambition du pays de Mao dans la conquête spatiale. Je me trouve toutefois confronté à des difficultés d’ordre technique : compte tenu de l’heure à laquelle ont été émis les dope sheets (1h GMT pour la première feuille 48
  • 49. d’information et 8h30 GMT pour la seconde), je suis contraint d’attendre que ces informations figurent sur le serveur pour pouvoir rédiger mon commentaire. Ce n’est qu’après une longue attente que je recueille enfin la matière première qui va me permettre d’œuvrer à ma guise. Mais, tandis que je suis occupé à monter mon reportage avec Bertrand Menut, on vient m’apprendre que l’ordre des sujets a changé dans la conduite ; mon reportage doit obligatoirement être sur antenne dans moins de dix minutes. Il faut donc le sonoriser maintenant. Impossible : je n’ai pas encore terminé de rédiger mon commentaire. Une seule solution, sans doute la plus redoutable : la cabine. Cela signifie que je vais devoir lire mon commentaire en direct sur l’antenne. C’est le saut sans filet. Pour cela, je n’ai pas droit à l’erreur. A cette idée, Hervé de Ghellinck pose aussitôt son veto. Il estime qu’il n’est pas du ressort d’un stagiaire d’avoir à réaliser pareille performance. Selon lui, même des journalistes travaillant depuis déjà plusieurs mois n’y sont pas recommandés. C’est donc Pascal Bustamante, un journaliste de l’inter, qui s’en charge. Je l’assiste en cabine alors qu’il lit mon commentaire à haute voix pour la première fois. Mis à part un rythme de lecture un peu trop rapide à mon goût, je ne peux m’empêcher d’admirer sa prouesse. Après quoi, je m’en vais aussitôt sonoriser le reportage au cas où l’éditeur le remettrait dans la conduite du soir. Cela n’était finalement pas utile. 49
  • 50. Jeudi 13 octobre A nouveau plongé dans le registre « catastrophes », je suis aujourd’hui chargé de me pencher sur une explosion spectaculaire : celle d’un arsenal en Russie. Dans un premier temps, je pense réaliser un reportage sur le sujet. Mais compte tenu du faible nombre d’images dont on dispose, je suggère à l’éditeur d’en faire plutôt un « à travers ». Ma tâche consiste donc, d’une part, à rédiger un bref commentaire destiné au présentateur et, d’autre part, à monter les images sans me soucier de la chronologie des faits. Autrement dit, il s’agit de garder les images les plus parlantes, celles qui illustrent au mieux le sujet. Cet « à travers » est diffusé au JT de 13h. Je ne me verrai pas confiée d’autre mission pour la journée. Et c’est tant mieux. Du fait d’avoir travaillé lundi et mardi en plus du dimanche, je sens la fatigue s’accumuler en moi. Vivre la vie d’un journaliste implique de fonctionner à un rythme effréné. Décidément, il est grand temps que je puisse récupérer. Dimanche 16 octobre Mon premier réflexe en arrivant à la rédaction est d’allumer la télévision. Car, comme le sait tout mordu de F1, ce matin-là, un grand événement sportif est diffusé en direct sur La Deux : le grand prix de Shanghai, le dernier de la saison. Au bout 50
  • 51. d’une demi-heure de course, il me faut déserter l’écran pour participer à une autre course : la course à l’information. Ce jour-là, c’est Jean-Paul qui tient le rôle d’éditeur. Après avoir passé en revue les sujets nationaux et internationaux au cours de la réunion de rédaction, nous voici à la rubrique sportive. Sur un ton peu enthousiaste, Jean-Paul lance alors : « quelqu’un serait-il vraiment tenté par le grand prix ? » Il semble véritablement se désintéresser du sujet. En ce qui me concerne, l’envie me démange de réaliser un résumé de la course qui révélera le champion automobile de l’année. Adjugé. Contre toute attente, me voilà devenu chroniqueur sportif. Je me rends dans les bureaux du journal sportif où je me procure les dernières dépêches sur le sujet. Plus surprenant, l’on me remet avec cela une liste mentionnant les moindres faits et gestes des pilotes, minute par minute, tout au long de la course (des indications du style : Ralph Schumacher frotte la visière de son casque à 8h07). A présent que je réclame un enregistrement de la course, l’on me renseigne un lieu qui m’est inconnu et où l’on me remet trois énormes bandes à digitaliser. La numérisation à elle seule prend un temps fou. En attendant, je tente de rédiger une ébauche de commentaire sur base de ce que j’ai pu voir à la télévision. Très satisfait de mon accroche, je me sens en bonne voie lorsque Jean-Paul surgit dans la salle de montage. « Et le grand prix, ça avance ? » Je lui explique que nous n’en sommes encore qu’à 51
  • 52. la phase de numérisation. Il ne semble pas vraiment résolu à patienter. Après vingt minutes de travail acharné, on parvient à un résultat, certes, mais pas définitif. C’est alors que Jean-Paul revient, plus impatient encore que la première fois. « Alors le grand prix, ça avance ? Parce qu’il va falloir libérer la pièce. » Ce coup-ci, c’est la monteuse qui prend la parole. « On en a au moins pour vingt minutes encore. » répond-elle sincèrement. Ces propos suffisent à faire pencher définitivement la balance. Et la sentence tombe : « OK. On oublie le grand prix. De toute façon, tout le monde s’en f**t. » Ces mots sont difficiles à avaler. Et dire que j’avais téléphoné à l’un de mes amis, véritable amateur de formule un, pour lui annoncer que je résumerais la course au journal de treize heures. Amère déception ! La meilleure manière de digérer l’affaire consiste à se lancer sans perdre de temps sur un tout autre sujet. Cela fait plusieurs jours que je compte réaliser un reportage sur les vingt-cinq ans de Mamemo, le petit garçon héros des enfants de bas âge. Il se trouve justement que, cet après-midi, se tient un spectacle Mamemo dans la petite ville d’Ottignies. Mon équipe et moi nous rendons sur place et rencontrons dans les loges Olivier Battesti, le père de Mamemo, qui s’apprête à donner une représentation devant une salle presque complète. Le spectacle est sur le point de commencer. Le comédien nous suggère donc d’attendre l’entracte pour réaliser l’interview. Une fois les premières chorégraphies filmées, mon équipe et moi décidons de poser le matériel pour 52
  • 53. profiter du spectacle. Pendant la représentation, je constate avec stupéfaction que mon caméraman s’est endormi. Comme prévu, à l’entracte, nous réalisons l’interview des deux comédiens. Nous en profitons également pour interroger quelques enfants sur Mamemo. Mon caméraman souhaitant plus que tout éviter la seconde partie du spectacle, nous sommes de retour à la rédaction vers seize heures. Mercredi 19 octobre Tandis que, le dimanche d’avant, je me suis retrouvé, étudiant néo-louvaniste, en plein centre d’Ottignies pour un reportage, il se peut qu’aujourd’hui j’aie à me rendre à Louvain-la-Neuve. En effet, la ville organise ce mercredi ses plus grandes festivités annuelles, un événement baptisé (et le mot s’y prête bien) vingtquatre heures vélos. Les choses ne se décident hélas pas aussi simplement. Au cours de la réunion de rédaction, Sacha Daout hésite à m’envoyer sur place. Il se pourrait qu’une équipe de Namur y soit déjà. Seulement, pas moyen de prendre contact avec elle. Incertitude et confusion règnent. Sans compter que l’éditeur s’interroge de plus en plus sur la portée journalistique d’un reportage mettant en scène des jeunes incapables d’articuler deux mots parce que complètement saouls. En attendant d’être fixé sur le sujet, je décide de monter mon reportage sur Mamemo et m’en 53
  • 54. vais digitaliser les rushes. Mais la manœuvre doit être interrompue, la salle devant être libérée pour un journaliste du quotidien. Il est temps d’envisager un repli stratégique vers l’actualité internationale. Une dépêche m’informe justement d’un ouragan terrible qui frappe l’Amérique centrale : le cyclone Wilma fait des ravages au Mexique, à Cuba et menace la Floride. Malgré l’arrivée tardive des dope sheets, je parviens à rédiger mon commentaire à temps. Le reportage est diffusé au JT de 19h30. Je reste toutefois dans l’attente d’une réponse en ce qui concerne le reportage sur les vingt-quatre heures vélos. En fin de compte, l’éditeur me fait savoir qu’il préférerait réaliser ce reportage, non pas le soir, mais plutôt au petit matin. Lorsque je quitte les bureaux, il est passé vingt-deux heures. Jeudi 20 octobre Journée pénible en perspective. Dès mon arrivée à la rédaction, j’ai droit à la première bonne nouvelle du jour : il n’y aura pas de reportage sur le lendemain des vingt-quatre heures. Directement après cela, j’apprends par Eric Boever que j’ai commis une erreur de traduction dans mon reportage d’hier. Malgré cet incident, je me vois à nouveau confiée la progression du cyclone Wilma. Pas de chance : le sujet s’est davantage complexifié par rapport à la veille. L’ouragan touche désormais une multitude de pays, d’où la 54
  • 55. complexité de résumer l’info. Sans compter qu’un nombre étonnant de dépêches Wilma s’accumule sur le serveur. A ces difficultés s’ajoute celle des séquences EVN qui arrivent au compte-goutte. Autant de critères qui risquent rapidement de porter préjudice à mon travail. Tandis que Nathalie Julien, la monteuse, s'emploie à agencer les images, l’arrivée constante de nouvelles séquences l’oblige à réviser constamment la structure du reportage. Finalement, le reportage est sonorisé vingt minutes avant sa diffusion au JT de 13h. Eric Boever s’en dit très satisfait. Vendredi 21 octobre Me voilà une fois de plus plongé dans le dossier des catastrophes naturelles. Après le cyclone Wilma, je me vois à présent chargé de réaliser un bilan sur le tremblement de terre au Pakistan, sujet qui n’a plus été abordé depuis trois jours. Curieusement, les dépêches qui traitent du sujet sont sans rapport avec les images reçues à la centrale. Il me faut donc recourir à Internet pour obtenir des compléments d’information. En travaillant de concert avec Ludovic Deslandes, mon monteur, je réalise un reportage assez bouleversant, lequel est diffusé au JT de 13h. Pour me changer des événements tragiques, je me vois alors proposé par Bernard, journaliste de l’inter, un sujet bien plus 55
  • 56. léger : l’arrivée du dessin animé Les Simpsons sur la télévision arabe. De plus, le journaliste propose de s’occuper du sujet sur le Pakistan. J’accepte sans hésiter et, quelques temps plus tard, me voilà aux côté de Quentin Aksajef, mon monteur, en train de retranscrire en français une interview du producteur exécutif de la série américaine. Il est toutefois un problème dont on ne viendra pas à bout : sur certains extraits du dessin animé, l’on entend un son aigu qui s’avère être le défilement du time code. Les multiples tentatives pour éliminer ce bruit se révèlent toutes infructueuses, aussi finit-on par se résigner. Lorsque je quitte les bureaux, il est vingt heures et quart. Samedi 22 octobre J’ai fait fausse route ce matin en décidant seul de me remettre sur le dossier Wilma. Je viens d’apprendre à l’instant qu’Esméralda s’en occupait déjà. Me voilà contraint d’interrompre le travail que j’avais entamé pour repartir à la case zéro. J’en profite pour apporter quelques modifications à mon commentaire sur Les Simpsons. A côté de cela, Chantal Lemaire compte sur moi pour rechercher des images d’archives sur une femme qui a sauvé des pilotes d’avions pendant la seconde guerre mondiale. Une fois ma mission remplie, c’est Hervé qui vient me trouver pour me confier la suite du dossier sur le Pakistan. L’angle du reportage sera : le temps presse au Pakistan pour venir en aide aux victimes. Je 56
  • 57. réalise le montage avec Nathalie Julien et fait appel à Pascal Bustamante pour un doublage. Le sujet est sonorisé tardivement, moins de dix minutes avant sa mise sur antenne. Il est diffusé au JT de 19h30. Dimanche 23 octobre Probablement la pire journée d’octobre. Un incident me fait arriver tardivement à la rédaction : je viens de me faire intercepter par une contrôleuse de train tandis que je voyageais avec un abonnement périmé. Bilan : cinquante euros d’amende. Tel est le prix à payer pour me rendre à un endroit où l’on n’a déjà plus besoin de moi. En effet, à peine arrivé, m’informe-t-on que tous les sujets ont été distribués. Ma matinée se déroule donc dans l’attente interminable de la prochaine réunion de rédaction. En revanche, j’apprends que mon reportage sur Les Simpsons figure dans la conduite. Mais ce que je prends d’abord pour une consolation va s’avérer un coup dur. Mon reportage est bien diffusé au JT de 13h, mais il ne plaît ni à Hervé de Ghellinck qui déplore le rot de Barney l’alcoolique, ni à Anne Delvaux qui situe l’humour dans la rubrique « pétard mouillé ». Pour me changer les idées, j’accompagne Benjamin Adnet à l’aéroport de Zaventem pour son reportage sur l’équipe Be Fast, de retour du Pakistan. Et la série noire continue : alors qu’on 57
  • 58. s’apprête à quitter l’aéroport, je réalise que j’ai oublié le pied de caméra contre un pilier du hall intérieur. Après une course effrénée à travers des couloirs labyrinthiques, je parviens enfin à le retrouver. Traumatisé par cette journée, je décide de ne plus rien entreprendre tant que les aiguilles de ma montre n’indiqueront pas minuit. Mercredi 26 octobre Rarement une journée de mi-semaine ne s’est annoncée aussi calme. La conduite du journal est désespérément vide et semble ouverte à tout sujet potentiellement valable. Cela n’empêche pas la chance de tourner pour moi : Sacha Daout vient de charger Nathalie Maleux, journaliste société, de partir en tournage. Dès lors, celle-ci me délègue le sujet sur lequel elle planchait : le traitement d’enfants handicapés par des séances de nage avec des dauphins. De mon côté, je m’attends également à devoir partir en tournage dans les prochaines minutes. Mais il s’avère que le sujet sur lequel je travaille a été tourné hier par la VRT. Ma première tâche consiste à téléphoner aux bureaux de la VRT, qui sont voisins de la RTBF, pour qu’on m’apporte la cassette des rushes. En attendant, je commence à rédiger une ébauche de commentaire. Tout était trop calme. Voilà que Sacha Daout surgit soudainement dans les bureaux de la rédaction, sollicitant Dominique Dussein pour une urgence : une cuve à pétrole de 58
  • 59. 43.000 mètres cube s’est affaissée à Beveren et tout son contenu s’est répandu dans la nature, au-delà même des bassins de protection. Comme il est probable qu’on ait à réaliser un direct depuis Beveren, Sacha me demande de venir en renfort à Dominique. Guy, le caméraman, souhaiterait que l’on soit aussi accompagné d’un preneur de son mais aucun n’est disponible. Sur place, toutes les télévisions belges sont présentes. L’une des équipes de la VRT a même loué un hélicoptère pour survoler la cuve déformée. Pendant que Dominique se prépare pour le direct, je m’occupe de monter les images filmées dans une camionnette de la RTBF, lesquelles serviront à illustrer le sujet. Il s’agit de la première expérience du genre pour Dominique Dussein qui est journaliste radio de formation mais a intégré récemment l’équipe du JT de la RTBF. Le direct se passe sans problème et nous voilà de retour à la rédaction avec un délicieux parfum de pétrole profondément imprégné dans nos vêtements. Dans les heures qui suivent, on m’apprend que Nathalie Guillemin s’est rendue à Anvers pour réaliser un compte-rendu du concert de Coldplay au Sportpaleis d’Anvers. C’est depuis la Belgique que la bande de Chris Martin a décidé de lancer sa grande tournée européenne, une tournée marquée du sceau X&Y, son nouvel album. Sans hésiter, je m’en vais rejoindre la journaliste sur place. Après de nombreuses péripéties me laissant chaque fois croire que je ne rentrerai pas, je finis par accéder à l’arène centrale 59
  • 60. où une petite place est réservée aux journalistes. Mais les restrictions sont formelles : après avoir entendu trois morceaux, les journalistes ont pour obligation de quitter la salle. Plus chanceux, je parviendrai à suivre l’intégralité du concert. Vendredi 28 octobre Cela fait plusieurs jours déjà que j’attends ce moment. Ce soir se produit dans le cadre du festival La fureur de lire un événement culturel qui devrait plaire à l’éditeur : sur la Grand-Place de Bruxelles, au crépuscule, un célèbre funambule haut perché sur son fil avancera au son de la voix d’un conteur déclamant des poèmes de Rimbaud. L’idée enchante immédiatement l’éditeur. Pourtant, lorsque le moment arrive de se rendre sur les lieux, j’apprends que la dernière équipe jusqu’alors disponible vient d’être mobilisée pour une réunion politique dont nul ne connaît l’heure de clôture. En attendant, l’éditeur me remet un bon taxi afin que je puisse déjà me rendre sur place ; l’équipe me rejoindra une fois la réunion terminée. Je me retrouve donc sur la GrandPlace en train d’attendre une équipe qui, peut-être, ne viendra jamais. Aussi, lorsque les derniers applaudissements finissent d’honorer les prouesses du funambule qui redescend de son mât, j’éprouve une profonde déception à l’idée que ce projet, en lequel j’avais remis tous mes espoirs, tombe platement à l’eau. 60
  • 61. C’est à ce moment qu’une amie journaliste m’appelle sur mon portable et j’en profite pour lui expliquer mes déboires. Celle-ci me lance alors, comme pour me consoler : « cela te dirait de dîner entre journalistes ? J’ai demandé à Thierry De Bock une autorisation spéciale pour que tu puisses te joindre à nous. » Quelques instants plus tard, me voilà qui franchis la porte du restaurant, accueilli par cette phrase : « félicitation, tu es le premier stagiaire à être admis à l’un de ces dîners ! ». Je me retrouve ainsi attablé au côté de Sacha Daout, qui n’hésite pas à me resservir de vin aussitôt que mon verre menace de se vider. Après quelques minutes à écouter attentivement les discussions, je me rends bien vite compte qu’il ne s’agit pas que d’un simple dîner. C’est aussi une occasion de faire le point sur le JT, de prendre des décisions importantes ou d’adopter des réformes pour améliorer la qualité de la programmation. En bref, ce dîner constitue avant tout une réunion intime entre membres de la rédaction à laquelle j’ai eu l’honneur d’être convié. Au bout d’une heure, Thierry De Bock se lève de table et, résumant succinctement la situation, parvient à clore le débat. La réunion terminée, le monde rassasié, c’est à présent l’idée de sortir en boîte de nuit qui éveille les esprits. Mais au final, nous ne sommes qu’une poignée de journalistes à remuer nos pieds sur le dancefloor illuminé d’une grande discothèque de la capitale. Aux petites heures du matin, je suis de retour chez moi, encore ébahi 61
  • 62. par cette soirée surréaliste que je n’aurais pu espérer. Je me promets toutefois de venir travailler le week-end. Samedi 29 octobre Après le beau temps, la pluie. Et quelle pluie. Ce matin, l’Inde est tristement mise à l’honneur avec un dramatique accident de train survenu en raison de pluies diluviennes qui se sont abattues sur une partie du pays. Et s’il est vrai que les déraillements de train sont coutumes là-bas, celui-ci est particulièrement tragique compte tenu du nombre de victimes disparues : plus d’une centaine. L’éditeur m’avertit d’ores et déjà que le sujet figurera non seulement dans la conduite du JT de 13h mais également du JT de 19h30. La procédure est habituelle : procuration des EVN, impression des dépêches d’agences, rédaction du commentaire sur base de celles-ci, et enfin sonorisation du reportage. En raison d’un important attentat commis en Inde dans l’après-midi, mon sujet se retrouvera en deuxième place dans la conduite du JT du soir. Dimanche 30 octobre Terminer en beauté. Tel est mon désir le plus profond en cette fin de stage. En musique, on parle de conclure sur un « accord parfait majeur ». Pour cela, pas de secret : il va falloir traiter au 62
  • 63. mieux le dernier dossier sur lequel j’ai à plancher et qui concerne la problématique de la violence dans les banlieues parisiennes. Pour le journal de treize heures, je suis chargé de réaliser un compte rendu de la troisième nuit d’émeutes à Clichy-sous-bois. Tout se passe pour le mieux jusqu’à la diffusion. Au moment où mon sujet passe à l’antenne, c’est la stupéfaction générale dans la rédaction : non seulement ma voix est déformée mais, pire encore, on entend une discussion entre la régie et Anne Delvaux. Durant les premières minutes qui suivent la diffusion, je redoute être responsable de cette erreur. Mais l’éditeur me certifie qu’il s’agit là d’un problème en régie qui n’est aucunement lié à mon travail. Heureusement, dans le même JT, un autre de mes reportages est diffusé, cette fois sans encombre : les vingt-cinq ans de Mamemo, reportage qui trouve immédiatement des admirateurs parmi les membres de la rédaction. Les félicitations effacent bien vite les problèmes techniques. A maintes reprises, je me vois congratulé pour la qualité du reportage, tant sur le plan visuel que sonore. A juste titre. Ce sujet est certainement le seul que j’aie réalisé qui ait fait l’objet d’une véritable recherche esthétique : des contrastes entre ombre et lumière, un ralenti subtil sur la moue d’un enfant, une mélodie au xylophone glissée en fond sonore. A cela, s’ajoute une intonation originale dans le propos puisque j’y adopte un ton poétique. Ce reportage constitue le résultat d’une fructueuse collaboration entre un journaliste apprenti et un 63
  • 64. monteur professionnel. Et si le proverbe recommande de ne jamais s’arrêter en bon chemin, ma décision, elle, va en sens contraire : ce reportage sera ma dernière réalisation au cours de mon stage à la RTBF. Lundi 31 octobre Journée d’adieu. Jamais facile même si plusieurs journalistes me glissent à l’oreille qu’ils s’attendent à me revoir bientôt. Pour marquer mon départ, je leur propose d’assister, sur leur temps de table, à un petit récital de piano que je donne dans un studio radio réservé à cet effet. Hervé de Ghellinck me dira à plusieurs reprises regretter d’avoir manqué ma prestation. Dans le courant de l’aprèsmidi, certains journalistes demandent à voir mon reportage sur Mamemo. Finalement, c’est toute la rédaction qui se retrouve devant un petit téléviseur pour visionner mon ultime réalisation, laquelle se trouve à nouveau couronnée de succès. Les dernières minutes, je choisis de les passer au côté de François de Brigode, sur le plateau du JT, assis par terre. Certes, il n’y aura pas de reportage à mon nom ce soir, mais ça n’a pas d’importance. Il s’agit là d’une façon personnelle de témoigner ma reconnaissance à ce présentateur qui m’a toujours soutenu. En plein JT, tandis qu’il attend la fin d’un reportage pour reprendre la présentation, François de Brigode se tourne vers moi et me salue d’un clin d’œil. Le sourire aux lèvres, je me lève et quitte le plateau. 64
  • 65. 65
  • 66. Achevé d’imprimer en Europe (Belgique) par Warehouse Editions – 1210 Saint-Josse le 29 février 2012. Dépôt légal février 2012. ISBN 2-290-31205-3 Warehouse Editions 75, rue des Deux Tours, 1210 Saint-Josse Diffusion Belgique 66
  • 67. Passées les formalités du contrat de stage, me voici soudainement parachuté dans la vie professionnelle, au QG d’une rédac. La manœuvre n’a rien d’un entraînement. Ici, ça tire à balles réelles. Autour de moi, des hommes se battent sur le front. Leur chef d’Etat-major, c’est l’actu. Pour elle, ils sont prêts à ramper dans la boue, à traverser des champs minés. Moi, je tremble à l’idée de souiller mes chaussures cirées. J’aimerais me battre à leurs côtés mais il y a un hic. Mon fusil, j’ai appris à m’en servir en lisant Newton Pham Dang a travaillé comme journaliste au journal télévisé de la RTBF en Belgique. Il a notamment été distingué d’un 1er prix de journalisme pour une enquête sur le phénomène lolita publiée dans le quotidien belge Le Soir. 30/9709/4 Code prix LP 8 Dépôt légal Impr. 2972B-5 Édit. 5302 1/2011 67 Photo couverture : educol.net / TIB des bouquins.

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