Histoire de l'antisémitisme
Des origines à la Shoah




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Histoire de l'antisémitisme

  1. 1. Histoire de l'antisémitisme Des origines à la Shoah PDF générés en utilisant les outils open source mwlib. Voir http://code.pediapress.com/ pour plus d’informations. PDF generated at: Sat, 03 Jul 2010 23:11:00 UTC
  2. 2. Contenu Articles Antisémitisme 1 Des Juifs et leurs Mensonges 16 L'Enseignement du mépris 29 Pogrom 37 Protocoles des Sages de Sion 41 Nuit des poètes assassinés 46 Shoah 48 Références Sources et contributeurs de l'article 109 Source des images, licences et contributeurs 110 Licence des articles Licence 112
  3. 3. Antisémitisme 1 Antisémitisme L’antisémitisme (originellement écrit anti-sémitisme) est le nom donné à la discrimination, l'hostilité ou les préjugés à l'encontre des Juifs. Les manifestations de l'antisémitisme peuvent aller de la haine personnelle à des persécutions populaires et violentes ou idéologiques et institutionnalisées. Outre les pogroms localisés, il y eut des formes de grande ampleur, à l'échelle d'un pays comme l'édit d'expulsion des Juifs d'Angleterre en 1290, l'Inquisition espagnole et l'éviction des Juifs d'Espagne en 1492. Il y en eut aussi à l'échelle d'un continent, lors de la Seconde Guerre mondiale, où la Shoah, Solution Finale d'Adolf Hitler à la « question juive » en Europe, causa la mort de quelque 6 millions[1] de personnes désignées comme juives. Ceux-ci représentaient les trois quarts des Juifs de l'Europe occupée, les deux tiers de ceux du Vieux Continent et plus du tiers de la population juive mondiale. En dépit de l'étymologie du terme qui suggère que l'antisémitisme est dirigé contre tous les peuples sémites[2] , Juifs et Arabes, en pratique il est utilisé pour faire référence à l'hostilité envers les Juifs comme groupe « religieux », « racial » ou « ethnique »[3] ,[4] . Usage du terme Antisémitisme et antijudaïsme On peut distinguer deux formes d'antisémitisme. D'une part, l'hostilité et les persécutions s'adressent spécifiquement à la religion juive et aux individus qui la pratiquent en raison de leur appartenance à cette religion. On parlera plus volontiers, en ce cas, d'antijudaïsme. L'Église catholique a reconnu, lors des repentances de la fin du IIe millénaire, avoir véhiculé dans l'Histoire une culture antijudaïque, par exemple avec l'expression de « peuple déicide » ou la mention des « Juifs perfides », restée dans la prière du Vendredi saint jusqu'aux réformes de Jean XXIII et de Paul VI. Une mise au point a été faite dans la déclaration Nostra Ætate en 1965. D'autre part, l'hostilité et les persécutions s'adressent à un groupe distingué comme une supposée « race ». Cette idéologie raciste (ou racialiste) pointe les Juifs comme groupe distinct au sein de la Caricature antisémite de Charles Léandre représentant la supposée hégémonie de la famille Rothschild, société, les Juifs ont une culture, une mentalité et une religion couverture du journal Le Rire, 16 avril 1898 différentes de celles des populations voisines ; c'est un antisémitisme selon des critères supposés de race. Il s'agit alors d'une idéologie laïque prenant le relais du vieil antijudaïsme religieux (chrétien et musulman notamment) et s'y substituant. Les nouvelles formes d'hostilité sont détachées de toute connotation religieuse, du moins dans la représentation que se fait d'elle-même cette idéologie. Les nazis, mouvement néo-païen, ne firent d'ailleurs aucune différence entre les Juifs, les exterminant qu'ils pratiquent le judaïsme ou soient baptisés chrétiens[5] .
  4. 4. Antisémitisme 2 L'origine du terme Autant l'antisémitisme apparaît dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, autant le mot lui-même ne s'est constitué qu'à la fin du XIXe. Le mot (antisemitisch en allemand) a été utilisé une première fois en 1860 par l'intellectuel autrichien et juif, Moritz Steinschneider dans l'expression « Préjugés antisémites » ((de) « antisemitische Vorurteile »). Steinschneider a utilisé cette dernière pour caractériser les idées d'Ernest Renan selon qui les « peuples sémites » étaient affectées de tares culturelles et spirituelles[6] . Mais cette première apparition du terme et son utilisation dans un sens très général demeurent uniques et isolées, sans postérité. C'est le journaliste allemand Wilhelm Marr qui invente vraiment le terme « antisémitisme » (de l'allemand « Antisemitismus ») en 1879, dans son sens d'hostilité aux Juifs, à l'occasion de la fondation d'une « ligue antisémite »[7] et non, comme on le lit souvent, dans son pamphlet anti-juif, Victoire du judaïsme sur la germanité considérée d'un point de vue non confessionnel, de la même année, où le terme n'apparaît pas[8] ,[9] . Pour Jules Isaac, « le terme antisémitisme est par lui-même équivoque » alors que « son contenu […] est essentiellement antijuif »[10] . Ce mot n'a jamais visé les autres populations de langue sémitique, telles que les Arabes. Au contraire, il est utilisé pour désigner l'hostilité des Arabes envers les Juifs, soit l'antisémitisme arabe[11] . Cela n'empêche pas l'étymologie de refaire périodiquement surface. Ainsi pour Jean-Claude Barreau, le terme « antisémitisme » est « complètement inapproprié » puisque le judaïsme d'aujourd'hui ne serait plus que très partiellement sémite[12] . De nos jours, l'affaissement de la dimension proprement et ouvertement raciste de l'hostilité envers les Juifs permet de penser que l'antisémitisme recouvre à la fois les deux aspects du phénomène, laïque et religieux, ce qui fait précisément la difficulté à bien cerner ce dont on parle. Une hostilité historique, remontant très loin dans le temps, religieuse, métaphysique, pouvant se dissimuler sous un discours de forme laïque, certains seraient sans doute surpris de voir qualifier d'antisémites certains discours qui peuvent être analysés comme tels. Pierre-André Taguieff a proposé le terme « judéophobie »[13] pour désigner l'ensemble des formes anti-juives dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale, et le distinguer de l'antisémitisme lié aux thèses racialistes. D'autres parlent de Nouvel antisémitisme. Histoire L’oppression des Juifs en tant que peuple a existé de longue date : selon la Torah écrite le peuple hébreu se constitue dans une lutte d'insoumission à l'esclavage d'Égypte puis dans le désert dans un rassemblement au Mont Sinaï où a lieu le don de la Torah. Par la suite la Torah relate les attaques répétées auxquelles le peuple Juif doit faire face pour préserver son indépendance et le caractère singulier de sa foi (unicité de son Dieu). Antiquité La période hellénistique Selon Léon Poliakov, il n'existe aucune trace d'antisémitisme dans l'Antiquité avant le IIIe siècle av. J.-C., et le foyer de cet antisémitisme est l'Égypte. Encore peut-on ajouter, avec Jules Isaac, qu'il s'agit moins d'une hostilité envers les Juifs en tant que tels que d'une « haine envers les Asiatiques », ces derniers étant des Orientaux au sens large, et non pas seulement des Juifs[14] . Que l'on ne puisse guère en faire état, même par la suite, se comprend du fait que la notion de race n'a aucun sens dans l'Antiquité ; aussi, quand les Juifs furent parfois haïs, ce fut d'abord pour leur religion. D'un autre côté, ceux-là même qui les dénigrèrent (comme Tacite), n'en signalent pas moins les qualités (du moins, ce qui pouvait passer pour des qualités aux yeux par exemple d'un Romain). Les persécutions contre les Juifs en tant que tels sont rares et ne peuvent jamais être attribuées à un antisémitisme d'État. C’est ainsi que la première persécution connue de la religion juive a été perpétrée par Antiochos IV Épiphane, descendant de l’un des généraux d’Alexandre le Grand. Les Juifs se sont révoltés contre lui et ont vaincu les Grecs
  5. 5. Antisémitisme 3 sous la direction des Maccabées. Les motivations principales de cette « crise macchabéenne » ne sont pas nécessairement religieuses. Cette crise résulte de la conjonction entre une crise politique au sein des élites judéennes pour le contrôle de la Grande Prêtrise (conflits entre les Oniades, descendants légitimes du Grand Prêtre Yéhoshoua, et les Tobiades, famille puissante mais privée de pouvoir politique) et les conflits entre les grands empires (séleucides, lagides, puis plus tard romains) qui se déchiraient pour le partage du Proche-Orient. Les persécutions d'Antiochos IV n'intervinrent pas soudainement, elles suivirent la dégradation de la situation politique à Jérusalem où les rivalités internes à la société juive et les pressions économiques des souverains séleucides avaient déjà plongé le pays dans la guerre civile. La dynastie hasmonéenne tira parti de ces oppositions et fonda la dernière dynastie des Hébreux. Ces événements ont par la suite symbolisé la résistance des Juifs face aux persécutions des païens et ont été à l'origine de la fête juive de Hanoucca. L'empire romain Plus tard, les Romains sont venus conquérir, occuper la terre d'Israël et soumettre les Juifs comme ils l'avaient fait avec les autres peuples. Si les Romains détruisirent le Second Temple, qui avait été construit par le roi Hérode sur les bases du Temple de Salomon, on ne peut parler d'antisémitisme, puisque les Romains appliquent le même procédé (répression des causes de désordre public) à tous les peuples. Les Romains furent dans l'ensemble très tolérants en matière religieuse (ils n'exigeaient pas des populations conquises qu'elles abandonnent leurs cultes), mais ils étaient heurtés, comme une bonne part de l'Antiquité polythéiste, par le refus des Juifs de toute statue des dieux et du culte de l'« empereur » romain, tenu pour dieu dans tout l'Empire, ce que le judaïsme rejette absolument, selon le principe de l'exclusivisme monothéiste. Cette attitude était incompréhensible pour la plupart des peuples de l'Antiquité (sauf par les zoroastriens). Les autorités romaines ne pouvaient donc appliquer l'Interpretatio romana au judaïsme. Néanmoins les romains, en administrateurs pragmatiques, adaptèrent certaines de leurs coutumes aux Juifs, les dispensant ainsi partiellement du Culte impérial, privilège qui suscita des jalousies. Par ailleurs des juifs pouvaient devenir citoyens romains ainsi Saint Paul , mais ils ne pouvaient accéder aux magistratures, car incapables de sacrifier aux dieux ce que fit Tiberius Julius Alexander. D'après Tacite et Flavius Josèphe 4000 Juifs furent exilés en Sardaigne. Plus tard, Titus Flavius Clemens, un consul de la famille impériale des Flaviens aurait été exécuté pour ses sympathies envers le judaïsme ou les juifs. A la même époque le Contre Apion de Flavius Josèphe montre l'existence d'un antisémitisme structuré en Egypte. L'attitude répressive des romains est également exprimée par Titus écrasant la Judée lors de la première guerre judéo-romaine et surtout par Hadrien changeant le nom de Judée en celui de Palestina (ou terre des Philistins) ce qui pourrait dénoter une orientation vers l'antijudaisme. Lors de la persécution des chrétiens dans l'empire romain, ceux-ci avaient d'abord été considérés comme une faction juive. Suétone rapporte que « les juifs » fomentaient des troubles « à l'instigation d'un certain Crestus » (souvent lu Cristos), mais juifs et chrétiens furent ensuite distingués les uns des autres. L'empire chrétien Au sein de la chrétienté, une opposition va se faire autour de deux passages de Saint Paul qui semblent bien contradictoires : Dans l'Épître aux Thessaloniciens, en effet, il considère les Juifs déicides et « ennemis de tous les hommes » : « Vous, frères, vous êtes devenus les imitateurs des Églises de Dieu qui sont en Jésus-Christ dans la Judée, parce que vous aussi, vous avez souffert de la part de vos propres compatriotes les mêmes maux qu’elles ont soufferts de la part des Juifs. Ce sont ces Juifs qui ont fait mourir le Seigneur Jésus et les prophètes, qui nous ont persécutés, qui ne plaisent point à Dieu, et qui sont ennemis de tous les hommes ». Il écrit pourtant dans l'épître aux Romains (Rm 11) que les Juifs sont « chers à Dieu », en précisant notamment : « Ils sont aimés à cause de leurs pères. Car Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel » (Rm 11:28-29).
  6. 6. Antisémitisme 4 (Paul était juif lui-même, ce qui peut aussi expliquer une plus grande liberté de ton quand il s'adresse directement à eux que lorsqu'il en parle aux Romains convertis). Dans la pratique, le pouvoir temporel saura utiliser les deux textes en fonction de ses intérêts du moment. Dans le premier contexte, l’antijudaïsme devint religieux : la haine des Juifs prit ici un tour nouveau, la religion officielle véhiculant l'idée que le judaïsme puisse être intrinsèquement pervers. Les premiers chrétiens étant Juifs, ils rejettent leur ancienne religion et développent donc naturellement à son égard une haine d'ordre spirituel, d'autant que la loi juive continue de les solliciter à accepter les commandements et l'incorporéité absolue de Dieu. Par ailleurs, la continuité de l'existence d'Israël aux côtés de nouvelle religion peut être perçue comme la négation de fait de l'authenticité du message chrétien. Les Juifs furent harcelés. Le clergé les présenta comme coupables collectivement du supplice de Jésus Christ. Il n'en seront pas moins considérés comme destinés à se convertir et à participer à la Parousie. Moyen Âge Plus encore que l'accusation de déicide, ce qui fut âprement reproché aux Juifs par les chrétiens fut leur refus de se convertir à la foi nouvelle et de reconnaître Jésus comme messie. Seuls les Juifs baptisés étaient laissés en paix, et certains convertis devinrent d'ailleurs d'actifs prosélytes chrétiens, jouant souvent à leur tour un grand rôle dans les campagnes antijuives : ainsi, l'archevêque Julien de Tolède, au VIIe siècle, lui-même d'origine juive, mena activement campagne pour la conversion forcée de ses anciens coreligionnaires en Espagne wisigothique. Au Moyen Âge, nombre de professions furent interdites aux Juifs. Ils furent exclus de toute fonction administrative, et surtout des corporations de métiers, et des confréries religieuses. Il leur était interdit de posséder, pour la cultiver, la terre. Ils Massacre de Juifs, première croisade, bible du XIIIe siècle vivaient donc dans les villes, où ne leur restaient comme possibles activités pour gagner leur vie, que celles qui étaient précisément interdites aux chrétiens. Si bien qu’ils furent repoussés de presque tous les métiers, et contraints principalement de s’orienter vers le commerce et le prêt à intérêt, souvent interdit aux chrétiens d’Occident et aux musulmans. On attribue à l’interdiction par les évêques du prêt à intérêt à Rome, une part de responsabilité dans la crise économique qui se termina par sa chute. Constantinople n’eut pas ce genre de problème, qui accueillit nombre de Juifs chassés d'Espagne qui contribuèrent largement à la réussite de l'Empire ottoman. Par exception, les Juifs s'occupèrent aussi d’artisanat d’art (orfèvrerie, taille des pierres précieuses) et de médecine : c’est ainsi que des professeurs juifs de l’Université de Montpellier, pratiquaient secrètement la dissection afin d'améliorer leur connaissance du fonctionnement du corps humain. Au Moyen Âge, ils donnèrent à l'Europe de nombreux savants, et furent des traducteurs et importateurs des textes anciens, grecs en particulier, qu'ils traduisirent, commentèrent et permirent à l'Europe de découvrir, également à
  7. 7. Antisémitisme 5 partir de la langue arabe, lors de la grande période de l'Espagne andalouse (Al-Andalous) où les échanges entre intellectuels juifs et arabes atteignirent là leur plus haut niveau, dans le registre de la culture savante. Cette époque fut aussi celle de la traduction des textes d'Aristote (1120-1190), qui mobilisa des équipes composées de confessions des religions monothéistes, à Tolède, et dans quatre villes d'Italie (Pise, Rome, Palerme, Venise), et fut à l'origine de la Renaissance du XIIe siècle. Il fallut attendre le concile de Trente au XVIe siècle pour que l'Église catholique commence à revenir sur la question du déicide. « Les Marranes » En 1391, les royaumes espagnols furent théâtre des « baptêmes sanglants » qui virent de nombreuses conversions forcées de Juifs sous la pression de pogroms populaires. En 1492, les Rois Catholiques, par le décret de l'Alhambra, expulsèrent tous les Juifs d'Espagne, mesure sans précédent à l'origine de la Diaspora sépharade. Seuls restèrent les convertis ou ceux qui acceptèrent de le devenir. Plusieurs professions furent interdites aux nouveaux chrétiens. Et cela, bien que beaucoup de ces nouveaux chrétiens, instruits dans la religion catholique depuis plusieurs générations aient été sincères. Si bien que, dans les familles ibériques, l’usage vint de demander des « certificats de pureté de sang » avant de contracter mariage, ou pour exercer telle ou telle profession. Si bien que nombre d'entre eux s’efforcèrent de fuir les territoires hispano-portugais et que, une fois mis relativement en sécurité en France, en Turquie, aux Pays-Bas ou en Angleterre à partir de Cromwell, ils y redécouvrirent la religion de leurs ancêtres. Ce fut le phénomène du marranisme, porteur d'une mémoire secrète, souterraine, cachée, malgré la disparition des synagogues, des textes, et l'impossibilité de suivre les rites. Les marranes, accusés de « judaïser en secret » gardèrent, pour certains d'entre eux, la mémoire de leurs origines, avant d'y revenir parfois, c'est-à-dire lorsque la situation le leur permettait. Nombre de descendants de marranes, ces chrétiens convertis de force, ont essaimé en Europe, avec des destins divers, et jusqu'en Amérique, ou même en Asie, où l'Inquisition continua à les poursuivre longtemps après leur départ du Vieux Continent, pour tenter de faire disparaître le judaïsme. Du XVIIe siècle au XIXe siècle En somme, dans toute l'histoire de la chrétienté, ou de l'Europe, si l'on préfère, et jusqu'au XXe siècle non compris, le sentiment antijuif et les persécutions et discriminations qui s'ensuivirent furent le fait de l’antijudaïsme chrétien, même si l'antisémitisme de Voltaire n'est évidemment pas de source chrétienne. Cet antijudaïsme doit donc être distingué de l’antisémitisme moderne, contemporain du nationalisme qui va s'exacerbant avec la crise des États-nations, et qui pointe avec l'affaire Dreyfus en France, les théories de Chamberlain en Angleterre et qui va exploser en racisme avec le nazisme exterminateur (voir pour cette histoire et la périodisation des différents formes de persécutions antijuives, de Raul Hillberg : L'extermination des Juifs d'Europe).
  8. 8. Antisémitisme 6 Dans le monde moderne, avec le développement des grands États européens, les Juifs se voient donner une place importante du fait de leur capacité de financer les structures administratives étatiques.[réf. nécessaire]) Cette place est assortie de privilèges, comme l'anoblissement, qui fait que, d'une part, les Juifs privilégiés sont en quelque sorte des hors-caste, sans que cela soit vu comme une marque d'exclusion (mais ces privilèges n'en suscitent pas moins les jalousies), d'autres part, ces Juifs privilégiés seront eux-mêmes défavorables à l'extension de leurs privilèges aux restes des Juifs qui pâtissent de ces mesures gouvernementales discriminatoires. Dans l'ensemble, les Juifs riches bénéficient de cette manière d'une protection politique (ce qui est fréquent dans leur histoire, comme on le voit au début de l'Islam qui protégea les Juifs et en fit des administrateurs), qu'il s'agisse des Juifs de Cour, ou de certains financiers du XIXe siècle. Par exemple, Bismarck, qui tenait des propos antisémites dans sa jeunesse, abandonnera cette Affiche antisémite française de 1889 idéologie, et deviendra l'ami d'un juif qui financera la guerre de 1866[réf. nécessaire]), guerre qui fut une étape importante vers l'unité de l'Allemagne. Par la suite, les antisémites l'accuseront d'être à la solde des Juifs. Cette importance financière pour les gouvernements européens fait que lorsque des classes se sont attaquées à un gouvernement (et, en premier lieu, l'aristocratie déchue) ils ont assimilé gouvernements et Juifs, et les ont englobés dans le même ressentiment.[réf. nécessaire]) Il apparaît ainsi que le développement de l'Europe, déjà tributaire de leur culture et de leur religion, fut tributaire de la puissance financière des Juifs les plus riches ; mais, comme le remarque Hannah Arendt, cette puissance s'accompagne d'une grande réticence à s'engager dans les événements du monde, contrairement à ce que diront les antisémites par la suite, avec la théorie du complot juif. Outre le rôle financier des Juifs dans l'Europe moderne, il faut remarquer que du fait de leur présence dans tous les pays d'Europe, les Juifs furent une communauté internationale, par opposition à la montée en puissance de l'isolement nationaliste des autres peuples. Pour Diderot, un des rares philosophes des Lumières à ne pas détester les Juifs (les Juifs étant en effet considérés comme les odieux financiers des aristocrates ; les socialistes du XIXe siècle, adhérant largement à l'antisémitisme[15] , reprendront un argument similaire), ceux-ci sont le ciment indispensable des nations européennes. C'est vers cette époque que le mouvement d'émancipation des Juifs d'Europe se met en marche, et au début du XIXe siècle, dans certains pays, ils obtiennent l'égalité des droits, parce que la notion de citoyenneté est jugée plus importante et plus universelle que la question de savoir si un individu est Juif ou non. Mais ce caractère international fut interprété également dans le sens d'un complot (dont la famille Rothschild, installée en France, en Autriche, en Angleterre, aurait été le symbole), alors qu'il est lié en réalité à la plus grande importance chez les Juifs de la famille par rapport à la nation. Aussi les antisémites ont-ils projeté sur les Juifs des catégories de pensée qui leur sont étrangères (les Juifs n'ayant pas, par exemple, une culture et une expérience politiques très développées du fait de leur histoire[réf. nécessaire]). Par la suite, au cours du XIXe siècle, l'influence financière des Juifs diminue fortement, et c'est à ce moment de leur histoire, où leur influence réelle est devenue très faible, où les Juifs ne comptent presque plus économiquement en ce qui concerne les affaires politiques, que naîtra cette haine virulente les accusant d'intentions qu'ils n'ont jamais
  9. 9. Antisémitisme 7 réalisées quand ils l'auraient pu, et qu'ils n'étaient de fait plus capables de réaliser, même au cas où ils l'auraient voulu. En revanche, c'est à ce moment que les Juifs obtiennent des postes en nombre plus importants, dans l'administration par exemple, ce qui sera encore une fois jugé comme une menace (France enjuivée). Ces accusations ne sont pas seulement des contre-vérités économiques et politiques, mais elles ignorent également cette tendance fréquente chez les Juifs à l'assimilation, à la dissolution même de la communauté juive d'un pays, tendance freinée soit par un regain d'hostilité à leur égard, soit par une politique d'État visant à conserver le statut de Juif, eu égard à son utilité indiquée plus haut. Au moment où l'antisémitisme explose en Europe et s'organise (vers 1870, après plusieurs vagues au cours du XIXe siècle), les Juifs n'ont donc plus la même importance, et l'existence même de l'identité juive est en passe de disparaître, sans que la cause en soit une volonté délibérée de détruire leur culture. L'organisation de l'antisémitisme commence donc dans les années 1870 - 1880. En Grande-Bretagne, l'afflux des réfugiés juifs originaires de Russie, où se multiplient les pogroms durant les années 1880, finit par provoquer des émeutes antisémites à Londres, cependant isolées et réprimées par la police[16] . En Allemagne, les propos antisémites commencent à avoir du succès avec Stöcker, et avec Schönerer en Autriche, où la virulence de l'antisémitisme est plus grande du fait de l'opposition de la communauté allemande alors prépondérante contre l'État : le pangermanisme y est particulièrement exacerbé, et les Juifs sont, on l'a vu, associés à l'État dans ce genre de propagande (le mouvement autrichien apparaît ainsi comme la véritable préfiguration du nazisme). Un trait caractéristique de l'antisémitisme, à ce moment de son histoire, est son caractère supranational, ce qui peut apparaître paradoxal. Le fait est cependant que les partis antisémites allemands et autrichiens se présentant comme des partis au-dessus des partis (donc des partis qui ont vocation à contrôler totalement l'État, à incarner la nation), se réunissent en congrès internationaux, et c'est à ce niveau qu'ils ont l'ambition de lutter contre les Juifs, qui sont alors le seul élément de dimension européenne. En somme, les antisémites imitent les Juifs, tels qu'ils les imaginent, et projettent de prendre le pouvoir occulte qu'ils leur attribuent. L'agitation antisémite n'est toutefois pas durable, et il n'y a pas d'intensification constante de cette idéologie jusqu'à l'avènement du nazisme. Ainsi Stefan Zweig nota-t-il que la période 1900 - 1920 sembla un âge d'or pour les Juifs, au point que les précédentes agitations contre ces derniers ne semblaient plus qu'un mauvais souvenir.
  10. 10. Antisémitisme 8 Des pogroms à la Shoah À l'époque contemporaine, l'antijudaïsme religieux s'est recouvert d'antisémitisme racial et raciste, puis répandu dans toute l’Europe, à l'occasion du Mouvement des nationalités dit aussi le printemps des peuples. Le premier coup d’arrêt à l'antisémitisme en France fut la réaction à l’affaire Dreyfus (1894 à 1906). L’empire russe, lui, connaissait des vagues de pogroms successives, persécutions qui provoquèrent en réaction l'idée du projet sioniste créé par le journaliste, écrivain et homme politique Theodor Herzl afin de faire accéder les Juifs au rang de peuple politique, susceptibles enfin de bénéficier des mêmes droits politiques que tout autre peuple ou nation se donnant son organisation politique, ainsi que des Droits de l'homme que les États européens qui abritaient les Juifs durant la période nazie, n'avaient pas convoqués ni su faire jouer pour les protéger des persécutions du nazisme. On lira à ce propos avec intérêt les analyses de Hannah Arendt, soulignant l'absence de contenu de la notion de « Droits de l'homme » en Affiche antisémite en Allemagne nazie, avec un SA en premier plan. « l'absence d'un État pour les faire valoir et les Allemands ! Défendez-vous ! N'achetez pas chez les Juifs ! », 1933 appliquer à une nation donnée. Avec les persécutions nazies, les Droits de l'Homme sont en effet apparus après-coup, comme étant équivalents aux « droits des peuples » dans le système de l'État-nation. Les peuples sans État (celui de leur nation) se trouvèrent là démunis, privés de tous droits, et leurs droits, en tant qu'« hommes » n'étaient garantis par aucune institution. (in L'impérialisme, Fayard, 1982). Des écrivains ont vivement pratiqué et encouragé l’antisémitisme : Charles Maurras, les Frères Goncourt, Édouard Drumont, Brasillach, Céline à l'époque où l'Europe sombra dans le fascisme. Charles Maurras donna à ses écrits une forme doctrinale, qui s'est développée dans le courant de l'Action française entre 1899 et 1939, et fut condamnée à deux reprises par le Vatican (en 1914 et en 1926)[17] . Cette doctrine rejetait les racines juives du christianisme (voir Antijudaïsme dans la période contemporaine). Historiquement, de nombreux motifs ont été utilisés pour justifier, perpétuer ou susciter l’antisémitisme, incluant des éléments sociaux, économiques, nationaux, politiques, raciaux et religieux. Notamment : • la théologie du Vetus Israël/Verus Israël (ancien Israël contre véritable Israël) développée par Augustin d'Hippone au IVe siècle. Selon elle, le peuple chrétien serait désormais le véritable peuple de l’Alliance, car Dieu se serait détourné des Juifs. De ce fait, le judaïsme serait condamné à disparaître et les Juifs à se convertir. Cette position théologique se nomme le supersessionisme ou théologie de la substitution. Elle a été mise en évidence à la conférence de Seelisberg (1947). La conséquence en fut l’antijudaïsme chrétien[réf. nécessaire]), ce que Jules Isaac appelait l'enseignement du mépris, pouvant conduire à des persécutions et des conversions forcées, se résolvant, dans le meilleur des cas, dans le marranisme. D'après Y. Leibovitz[18] seul cet enseignement du mépris, inhérent selon lui au messianisme chrétien du sauveur dégageant l'homme du « joug de la Torah et des mitsvot »,
  11. 11. Antisémitisme 9 explique que les populations et les élites dirigeantes européennes ait laissé faire et souvent réalisé elles-mêmes[19] l'assassinat des Juifs d'Europe pendant la seconde guerre mondiale. • La limpieza de sangre (pureté du sang) qui se développe en Espagne après le décret de l'Alhambra (1492) et l’expulsion des Juifs. Pour obtenir certaines charges honorifiques, exercer certaines professions, entrer dans certains ordres religieux, il est nécessaire de prouver qu’aucun ancêtre n’était juif ou musulman : la Reconquista terminée, Grenade prise, il s'agit à présent de reconstruire l'identité nationale. Ce statut n'est progressivement adopté par les Certificat de non-appartenance à la race juive. archevêchés que dès la fin des années 1520. En pratique, la limpieza est reconnue à un seuil de trois générations ; au-delà, il est quasi-certain que l'ancêtre ait du sang juif ou musulman, étant donné le métissage de l'Espagne médiévale. La reconnaissance de la limpieza de sangre se fait par enquête de l'Inquisition, sur dénonciation : enquête par définition longue, et coûteuse. Ainsi, qui sort de ce filet se trouve lavé de tout soupçon, mais généralement ruiné. • Au XXe siècle, la théorie du complot juif international diffusée principalement par les Protocoles des Sages de Sion, un faux pamphlet fabriqué par Mathieu Golovinski pour le compte de la police secrète de la Russie Tsariste (l'Okhrana). Les Protocoles décrivent les prétendus plans de conquête du monde par les Juifs. Ils furent utilisés par les nazis comme instrument de propagande et figurent en bonne place parmi les prétextes invoqués pour justifier la persécution des Juifs et leur extermination, la Shoah. Ce faux a été réactualisé ces dernières années en forme de série télévisée, et diffusée dans quelques chaînes diffusant en langue arabe. Il a été de facto censuré par la plupart des pays arabes pour son contenu inapproprié. Il est de nouveau édité en Russie et en Ukraine. Antisémitisme et sionisme L'antisémitisme se retrouve en toile de fond de plusieurs événements de l'histoire du sionisme en Palestine mandataire entre la prise de contrôle du pays par les Britanniques en 1917 et la fondation de l'État d'Israël suite à la guerre de Palestine de 1948. Historiquement, le Mandat britannique fut un facteur majeur qui permit l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. Selon l'historien Tom Segev, assez paradoxalement, le soutien initial des Britanniques au projet sioniste tient principalement de leur 'antisémitisme' et de leur conviction à l'époque que les « Juifs contrôlaient le monde » et qu'ils pourraient en bénéficier en retour de leur soutien au sionisme. Il indique que Chaim Weizmann sut utiliser ce sentiment pour faire avancer sa cause[20] . Dès l'arrivée des premiers immigrants vers 1900, le projet sioniste a vu l'opposition des Arabes de Palestine. D'abord exprimée sous forme de plaintes aux autorités ottomanes, elle s'est mué en nationalisme pan-arabe puis palestinien dans les années 1920 et s'est rapidement accompagné de dérives à caractère antisémite de plus en plus violentes. Des massacres de Juifs eurent lieu lors des Émeutes de Jérusalem de 1920, des émeutes de Jaffa en 1921, des émeutes et du massacre d'Hébron en 1929 et lors de la Grande Révolte arabe en 1936-1939[21] . Le contrôle de la Palestine par les Britanniques et la lutte contre le sionisme poussèrent également les nationalistes arabes dans le camp nazi. Plusieurs d'entre eux collaborèrent activement pendant la Seconde Guerre mondiale[22] . La propagande israélienne sut en faire usage en particulier dans le cas du Mufti de Jérusalem, en en amplifiant l'importance au point de marquer la conscience collective israélienne[23] . La Shoah est souvent présentée comme une des causes de la fondation de l'État d'Israël. Les historiens ne partagent pas ce point de vue. Déjà avant la Seconde Guerre mondiale, les « bases sociales, politiques, économiques et militaires de l'État-à-venir étaient déjà fermement en place ; et un sens profond d'unité nationale prévalait. (…) [même si] le choc, l'horreur et le sentiment de culpabilité ressenti par beaucoup généra un sentiment de sympathie envers les Juifs en général et le mouvement sioniste en particulier »[24] .
  12. 12. Antisémitisme 10 Après la Seconde Guerre mondiale, ce fut au tour des Juifs de passer à l'offensive et de s'attaquer aux Britanniques pour réclamer l'indépendance, notamment aux travers d'actions sanglantes organisées par l'Irgoun et le Lehi. Près de 100000 soldats britanniques furent dépêchés en Palestine avec à leur tête le Général Bernard Montgomery qui avait maté la Révolte arabe de 1936 et le Général Barker, antisioniste et pro-arabe convaincu. Dans ce contexte, et malgré la mise en vigueur de certaines lois jugées « nazies », la crainte d'être accusés d'antisémitisme' poussa les Britanniques à faire preuve de nettement moins de détermination et de brutalité qu'ils ne le firent à l'encontre des Arabes 10 ans plus tôt. Certaines dérives 'antisémites' se produisirent également, notamment dans le chef du Général Evelyn Barker qui émit un ordre d'interdiction aux soldats britanniques de fréquenter les établissements juifs ce qui était un bon moyen de les combattre « en leur frappant au porte-monnaie, ce que la race déteste particulièrement »[25] . Dans les différentes motivations à se retirer de Palestine, dont les principales restent le coût, l'impossibilité de solutionner le conflit entre Juifs et Arabes et la mort inutile de soldats britanniques, un Ministre britannique écrivit : « (…) [la présence britannique] expose nos garçons, pour aucune bonne raison, à des expériences abominables et nourrit l'antisémitisme à la vitesse la plus choquante. »[26] . En 1947, les leaders arabes sous-estimèrent la capacité des Juifs à mener une guerre. Ce point de vue constitue une des causes de la victoire israélienne de la Guerre de Palestine de 1948. Selon Ilan Pappé, cette vision des choses était due notamment à leur 'antisémitisme' qui toutefois n'était pas présent chez le roi Abdallah de Jordanie, par ailleurs conscient de la puissance réelle du Yichouv[27] . Antisémitisme et conflit israélo-palestinien L’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC)[28] a publié en mai 2006 un document de travail sur l’antisémitisme dans l’Union européenne des quinze États membres de 2001 à 2005. L’EUMC s’est donné pour tâche « d’observer le développement historique de l’antisémitisme, d’identifier le contexte social qui donne essor à la haine des agresseurs, mais aussi d’écouter avec sensibilité les peurs des communautés juives ». D’après le rapport, les auteurs d’actes antisémites ne sont pas principalement issus de l’extrême-droite, mais sont désignés par les victimes en Allemagne, en Belgique, au Danemark, en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suède comme étant « des jeunes musulmans », « des individus d’origine nord-africaine », des « immigrés » et des gens anti-mondialisation. L’EUMC est persuadée que « les évènements au Moyen-Orient, les activités et le discours de l’extrême-droite et jusqu’à un certain point de l’extrême-gauche peuvent influer sur le nombre d’actes antisémites ». Si « les études montrent que les stéréotypes antijuifs ont peu changé, les manifestations publiques d’antisémitisme dans la politique, les médias et la vie quotidienne ont changé récemment, surtout depuis le déclenchement de l’Intifada Al-Aqsa en septembre 2000 ». Concernant l’antisionisme, l’EUMC note que : « En Europe, "l’antisémitisme secondaire" et l’utilisation de l’antisionisme comme un moyen de contourner le tabou antisémite dominent parmi les extrêmes gauche et droite. Le révisionnisme et le négationnisme sont devenus un élément central du répertoire propagandiste des organisations d’extrême-droite dont l’antisémitisme forme un élément central dans leur formation. » C'est bien cette convergence entre antisionisme et antisémitisme qui amène une trentaine de familles juives à quitter, en 2009, Malmö en Suède après des incidents antisémites dont l'incendie d'une synagogue[29] ,[30] .
  13. 13. Antisémitisme 11 Manifestation L'antisémitisme se manifeste de différentes façons : • L'hostilité, voire la haine, à l'égard des Juifs, pouvant aller jusqu'à l'assassinat de personnes juives ou considérées comme telles (attentat de la Rue des Rosiers à Paris, attentat contre une Synagogue Libérale à Paris, assassinat à Nice d'une jeune fille qui aurait dû se marier 15 jours plus tard par un criminel antisémite appelé Frediksen, ou encore d'un touriste juif lors du detournement de l'Achille Lauro etc., cette liste n'est pas exhaustive), • Le dédain vis-à-vis des caractéristiques physiques et morales des Juifs (mythologie antisémite des prétendus nez proéminents ou goût pour l'argent), • Le rejet ou l'accusation des Juifs comme tels, ceci indépendamment de leur situation ou de leur action. D'après Léon Poliakov, l'antisémitisme au sens strict du terme, c'est-à-dire l'animosité à l'égard des Juifs est radicalement différent de tous les autres conflits et haines passés en raison de sa pérennité et de son intensité. La haine des Juifs concerne une part seulement de l'humanité au regard de la planète. L'antisémitisme est la version profane de l'antijudaïsme, dont l'apparition historique, antérieure au christianisme, remonte à la révolte des Maccabées contre le pouvoir romain. Wilhelm Marr parle d'antisémitisme en 1879. Au XIXe siècle, l'antisémitisme sera l'application, à un peuple d'Europe, de théories raciales qui occasionnaient déjà de nombreux massacres outremer. La spécificité de l'antisémitisme du XXe siècle réside dans le fait que ce sont des populations européennes au cœur même de l'Europe qui ont été rabaissées au niveau de sous-humanité. L'antisémitisme peut prendre des formes sophistiquées, comme par exemple les campagnes de presse qui sans être ouvertement antijuives, ne présentent pas moins un réseau d'informations frelatées qui tendent toutes à incriminer le judaïsme. Formes • L'antisémitisme religieux ou antijudaïsme. Comme pratiquement toutes les religions, le judaïsme a fait face à la discrimination et à la violence, en raison de sa foi en compétition avec d'autres croyances. • L'antisémitisme économique. Dans le bas Moyen Âge, après la première croisade, la plupart des métiers étaient interdits aux Juifs et ils étaient cantonnés dans les métiers d'argent.[citation nécessaire] Compte tenu de leurs expulsions périodiques, les Juifs n'ont pu s'adonner à l'agriculture de façon durable. D'autre part, dans les villes, ils étaient exclus des corporations, qui étaient des confréries religieuses avec de saints patrons et des processions. Notamment seuls le prêt d'argent, interdit aux chrétiens, et la friperie leur étaient autorisés. Ainsi qu'en certains lieux l'orfèvrerie et la bijouterie, lorsqu'ils en étaient les seuls spécialistes. Or, le prêt d'argent était rémunéré par des intérêts que ceux qui empruntaient, le plus souvent pour consommer et non pour investir, étaient hors d'état de rembourser. Aussi les intérêts étaient-ils nécessairement élevés pour compenser les risques de non remboursement, d'autant plus que refuser de rembourser un juif n'était pas une infraction bien grave. En 1431, lors du Concile de Bâle, l'Église leva l'interdiction faite aux catholiques du prêt à intérêt. Les persécutions antisémites connurent dès lors une croissance exponentielle en Europe. • La xénophobie antisémite. Les Juifs sont bien souvent des personnes immigrées, car les mauvais traitements dans leurs pays d'origine et leurs expulsions ont eu pour effet de les obliger à émigrer. Ces Juifs immigrés ont souvent eu à subir la xénophobie de certains gouvernants ou habitants de leur pays d'accueil. Ainsi, lorsque le gouvernement de Vichy dirigé pendant l'Occupation par le maréchal Philippe Pétain, promulgua un statut des Juifs inspiré étroitement des lois hitlériennes, il décida parallèlement de revenir sur les naturalisations. Un peu plus tard, son gouvernement autorisa et organisa la déportation des Juifs français et étrangers vers les camps de concentration et donc les conduisit vers la mort. Beaucoup d'entre eux s'étaient battus pour la France lors du précédent conflit mondial, et en 1939-1940, en qualité de citoyens français, ou d'engagés volontaires étrangers. • Les antisémitismes racistes considèrent les Juifs comme une race à part entière. Mais cette théorie est dépourvue de fondement scientifique puisque les progrès de la génétique conduisent aujourd'hui à rejeter toute tentative de classification raciale. De surcroît, la confession israélite est issue de nombreuses conversions survenues depuis la
  14. 14. Antisémitisme 12 plus haute antiquité. Par exemple les Khazars, dans le Caucase, convertis en masse au judaïsme au Moyen Âge. L'exemple actuel le plus marquant est celui des Falashas (peuple noir d'Afrique de religion juive) (cf. article « Judaïsme »). Législation Législation française Des lois nombreuses forment le dispositif français de lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme : • 1881 : loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (chapitre IV), première loi sanctionnant les propos publics discriminatoires ; • 1972 : loi no 72.546 du 1er juillet 1972 relative à la lutte contre le racisme par laquelle un certain nombre d’actes de la vie courante sont érigés en infraction (par exemple, le refus de fournir un bien ou le licenciement pour des raisons raciales) ; • 1990 : loi no 90-615 du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe avec en particulier, création du délit de contestation de crime contre l’humanité : négationnisme ; • 1994 : le Nouveau Code Pénal, publié le 1er mars 1994, a créé de nouvelles infractions et renforcé la répression des délits racistes (l'étendant aux personnes morales) ; • 2003 : Décret no 2003-1164 du 8 décembre 2003 portant création du comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. NOR : PRMX0300202D • 2004 : la loi no 2004.204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité précise cette circonstance aggravante quand l’infraction est « précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, images, objets ou actes » racistes ou antisémites. La loi prévoit différentes sanctions pénales allant de l’amende à l’emprisonnement. Ainsi, l’injure raciale est punie - au maximum - de 6 mois d’emprisonnement et/ou d’une amende de 22500 euros. • 2004, sur Internet (cybercriminalité), la loi no 2004-575 du 21 juin 2004 stipule que « les hébergeurs et fournisseurs d’accès Internet ont l’obligation de contribuer à la lutte contre la diffusion de données à caractère pédophile, négationniste et raciste ». Références législatives • Site Légifrance • Site de la Présidence de la République française[31] Publications • Ministère de la Justice : Les lois antiracistes[32] • Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) : rapport annuel[33] • Documentation française : • Lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie : rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l'homme[34] • Divers : • Moyens de la lutte contre l’expression raciste, antisémite, ou xénophobe sur l’internet : dossier de presse, Forum des droits sur l’internet, juin 2004 • Comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, service de presse du Premier Ministre
  15. 15. Antisémitisme 13 Articles • Actes racistes et antisémites, aujourd’hui, en France, G. Fellous, Regards sur l’actualité, no 305, novembre 2004 • Le droit pénal face au racisme, M. Bourrette, Regards sur l’actualité, no 305, novembre 2004 • Lutte contre les discriminations raciales, Regards sur l’actualité, no 299, mars 2004 Législation européenne En janvier 2003, le Conseil de l’Europe a ouvert à la signature le Protocole additionnel à la convention sur la cybercriminalité. Le 28 janvier 2004, le ministre français des Affaires étrangères a ainsi présenté au Conseil des ministres un projet de loi autorisant l’approbation de ce protocole additionnel. Ce protocole négocié à la demande de la France, demande aux États de criminaliser la diffusion de matériel raciste et xénophobe par le biais de système informatiques afin d’« améliorer la lutte contre les actes de nature raciste et xénophobe commis par le biais de systèmes informatiques, en harmonisant le droit pénal » français et européen. Comportements visés : • diffusion de matériel raciste et xénophobe ; • diffusion des insultes et menaces motivées par des considérations racistes et xénophobes ; • approbation ou justification publique des faits de génocide ou de crime contre l’humanité. Voir aussi Articles connexes • Action française • Affaire Dreyfus • Affaire Mortara • Affaire Finaly • Antijudaïsme • Antisionisme • Antisémitisme en France • Antisémitisme de Staline • Origines de l'antisémitisme nazi • Aryanisation • Déicide • Édouard Drumont • Judaïsme • Judéo-Bolchevisme • Juifs • Nazisme • Négationnisme • Néonazisme • Philosémitisme • Publications antisémites en France • Pogrom • Racisme • Révisionnisme • Shoah • Xénophobie
  16. 16. Antisémitisme 14 Bibliographie • Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, La Dialectique de la Raison, Paris, Gallimard, 1974. • Hannah Arendt, Sur l'antisémitisme, (Les origines du totalitarisme t.1), éd.Seuil, coll.Points • Sylvain Attal, La Plaie. Enquête sur le nouvel antisémitisme, Paris, Denoël, 2004, 334 p. • Paul-Éric Blanrue Le Monde contre soi. Anthologie des propos contre les Juifs, le judaïsme et le sionisme. Éditions Blanche 2007 • Yves Chevalier, L'Antisémitisme : Le Juif comme bouc émissaire, Cerf, 1998 (publié avec le concours du CNRS et de la Fondation du Judaïsme français) • Jean-François Faü : L'Image des Juifs dans l'art chrétien médiéval, Maisonneuve et Larose, 2005. • André Glucksmann, Le Discours de la haine, Pluriel, Hachette, 2005. • Martin Goodman, Rome et Jérusalem, traduit de l'anglais par Michel Bessières, Agnès Boltz et Sylvie Kleiman-Lafon, éditions Perrin, 2009 • Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, Plon, coll. Agora, 1985 • Jacob Katz, Exclusion et tolérance. Chrétiens et Juifs du Moyen Âge à l'ère des Lumières, Lieu commun, 1987. • Guy Konopnicki, La faute des Juifs, Paris, Balland, 2002, 190 p. • Bernard Lazare, L'Antisémitisme, son histoire et ses causes [35], 1894 • Jean-Claude Milner, Les penchants criminels de l'Europe démocratique, Paris, Verdier, 2003, 155 p. • Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme, éd. du Seuil, coll. Points, 1991 • Michaël Prazan, L'écriture génocidaire. L'antisémitisme en style et en discours, Paris, Calmann-Lévy, 2005, 350 p. • Elisabeth Roudinesco Retour sur la question juive, Albin Michel, coll. Bibliothèque Idées, 2009. Analyse dans Le Monde des Livres [36], 30 octobre 2009 • Jean-Paul Sartre Réflexions sur la question juive, Folio essai (1re publication en 1946) • Daniel Sibony, L'énigme antisémite, Paris, Seuil, 2004, 170 p. • Pierre-André Taguieff et al., L'Antisémitisme de plume - 1940-1944 - études et documents, Berg International Éditeurs, 1999, 618 pages. La Nouvelle judéophobie, Mille et une Nuits, « Essai », 2002. • Pierre-André Taguieff, La Nouvelle Judéophobie, éd. Mille et une nuits, 2002 • Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, Traversée de la judéophobie planétaire, éd. Mille et une nuits, 2004 • Pierre-André Taguieff, La Nouvelle propagande anti-juive, l'affaire al-Dura en perspective, PUF, 2010. (ISBN 2130575765) • Paul Thibaud, La question juive et la crise française, Le Débat, no 131, septembre-octobre 2004, p. 35-53. • Nicolas Weill, La République et les antisémites, Paris, Grasset, 2004, 141 p. • Michel Wieviorka, La Tentation antisémite. Haine des juifs dans la France d'aujourd'hui, Paris, Robert Laffont, 2005, 405 p. • Stéphane Zagdanski, De l'antisémitisme, Julliard, 1995. Nouvelle édition revue et augmentée, Climats, Flammarion, 2006, 380 p.
  17. 17. Antisémitisme 15 Liens externes • L'histoire de l'antisémitisme dans une approche thématique et chronologique [37] • L'« antisémitisme » : une hostilité contre les Juifs [38] • Contre Apion, par Flavius Josèphe [39] • Psychanalyse et antisémitisme [40] • Quatre hypothèses comparatives France-Pologne sur la violence antisémite au XXe siècle [41] Références [1] Pour plus de détails, voir l'article Shoah#Bilans chiffrés des victimes. [2] Sémite : (de Sem, nom d'un fils de Noé, mot apparu en 1836) Langue qui appartient à un groupe de langues d'Asie occidentale et d'Afrique, présentant des caractères communs (racines trilittères, richesse en consonnes, etc.). Les langues sémitiques comprennent : - le sémitique oriental : Akkadien - le sémitique occidental : + groupe du nord : Cananéen, Phénicien, Hébreu, Araméen, Syriaque + groupe du sud : Arabe, Éthiopien. [3] Bernard Lewis : « Antisemitism has never anywhere been concerned with anyone but Jews » (« l'antisémitisme n'a de tout temps concerné que les juifs » -- Semites and Antisemites (http:/ / middleeastinfo. org/ library/ lewis_antisemitism. html), Islam in History: Ideas, Men and Events in the Middle East, The Library Press, 1973. [4] Voir • Anti-Semitism, Encyclopaedia Britannica, 2006. • Paul Johnson, A History of the Jews, HarperPerennial 1988, p. 133 ff. • Bernard Lewis, The New Anti-Semitism (http:/ / hnn. us/ blogs/ entries/ 21832. html), The American Scholar, Volume 75 No. 1, Winter 2006, p. 25-36, suite à une conférence délivrée à l'université de Brandeis le 24 mars 2004. • Renée Neher-Bernheim, Histoire juive de la Révolution à l'État d'Israël, Seuil, 2002, p. 425-432. (ISBN 2-02-035978-2) [5] Edith Stein, carmélite, a été déportée et assassinée parce qu'elle était née juive. [6] Gilles Karmasyn, L’« antisémitisme » : une hostilité contre les Juifs. Genèse du terme et signification commune, PHDN, 2002-2004 (http:/ / www. phdn. org/ antisem/ antisemitismelemot. html), surtout note 4 (http:/ / www. phdn. org/ antisem/ antisemitismelemot. html#note4) et note 6 (http:/ / www. phdn. org/ antisem/ antisemitismelemot. html#note6) [7] Ibid. (http:/ / www. phdn. org/ antisem/ antisemitismelemot. html), surtout note 4 (http:/ / www. phdn. org/ antisem/ antisemitismelemot. html#note4) [8] Ibid. (http:/ / www. phdn. org/ antisem/ antisemitismelemot. html), surtout note 3 (http:/ / www. phdn. org/ antisem/ antisemitismelemot. html#note3) [9] Le dictionnaire Robert confirme le caractère tardif de l'apparition de ce terme dans la langue française en datant le mot antisémitisme de l'année 1886 et le mot antisémite de 1889. En sens inverse, ces deux termes ne figurent pas encore dans l'édition 1878 du Littré. [10] Genèse de l'antisémitisme, éd. Agora, p. 24 [11] Cf. notamment Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, op. cit., p. 24. [12] Jean-Claude Barreau, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Israël, Toucan, 2010, p.107 [13] Prêcheurs de Haine : entretien avec Pierre-André Taguieff (http:/ / www. communautarisme. net/ index. php?action=article& id_article=150820) [14] Cf. Genèse de l'antisémitisme, op. cit., p. 39-40. [15] Un exemple paradoxal en est Karl Marx avec la Question Juive, un autre exemple en est Pierre-Joseph Proudhon dans ses Carnets notamment. [16] L'exemple le plus célèbre, et sans doute le plus grave, est celui des émeutes de 1888 à Londres, qui prennent pour prétexte les crimes de Jack l'Éventreur à Whitechapel, quartier à forte population juive, et l'inscription anonyme selon laquelle « les Juifs ne seront pas accusés en vain » [de ces meurtres]. [17] Jacques Prévotat. Les catholiques et l'Action française. 2001. [18] Judaïsme, peuple juif et État d'Israël, Lattes, 1985 [19] Voir La Shoah par balle, du prêtre Patrick Desbois [20] Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, p. 33, note p. 35, p. 40-41. [21] Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste., 2003, p. 28-29 - p. 51-180. [22] Hadj Amin al-Husseini, Abd al-Kader al-Husseini, Fawzi al-Qawuqji, Hassan Salameh, … [23] Voir l'article Amin al-Husseini et l'antisémitisme. [24] Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, p. 491. [25] Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, chap. 22 - 'Give Me a Country Without Wars', p. 468-487. [26] Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, p. 495. [27] Ilan Pappé, La Guerre de 1948 en Palestine, La fabrique éditions, 2000, p. 158-169.
  18. 18. Antisémitisme 16 [28] (en) Summary overview of the situation in the European Union 2001-2005 (http:/ / 209. 85. 229. 132/ search?q=cache:http:/ / eumc. europa. eu/ eumc/ material/ pub/ AS/ AntisemitismOverview_May. pdf) sur Archives Google pour le site de l'EUMC, mai 2006. Consulté le 13 avril 2009 [29] Le maire de Malmö, en Suède, assimile sionisme et antisémitisme (http:/ / www. lemonde. fr/ europe/ article/ 2010/ 01/ 29/ le-maire-de-malmo-en-suede-assimile-sionisme-et-antisemitisme_1298437_3214. html) sur Le Monde, 29 janvier 2010. Consulté le 4 mars 2010 [30] (en)Nick Meo, «  Jews leave Swedish city after sharp rise in anti-Semitic hate crimes (http:/ / www. telegraph. co. uk/ news/ worldnews/ europe/ sweden/ 7278532/ Jews-leave-Swedish-city-after-sharp-rise-in-anti-Semitic-hate-crimes. html) » sur Daily Telegraph, 21 février 2010. Consulté le 23 février 2010 [31] Lutte contre l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie (http:/ / www. elysee. fr/ elysee/ elysee. fr/ francais/ les_dossiers/ lutte_contre_l_antisemitisme_le_racisme_et_la_xenophobie/ lutte_contre_l_antisemitisme_le_racisme_et_la_xenophobie. 21477. html) - Jacques Chirac, 22 mai 2003 [32] Les lois antiracistes (http:/ / www. vie-publique. fr/ documents-vp/ lois_antiracistes. pdf) - Ministère de la Justice, 4 novembre 2005 [pdf] [33] Rapport annuel 2007 de la Halde (http:/ / www. halde. fr/ rapport-annuel/ 2007/ ) [34] La lutte contre le racisme et la [[xénophobie (http:/ / www. ladocumentationfrancaise. fr/ rapports-publics/ 064000264/ index. shtml)] : rapport d'activité 2007] - La Documentation française, 2008 [35] http:/ / kropot. free. fr/ Lazare-antisemcauses. htm [36] http:/ / lemonde. fr/ archives/ article/ 2009/ 10/ 29/ retour-sur-la-question-juive-d-elisabeth-roudinesco_1260094_0. html [37] http:/ / www. histoiredesjuifs. com/ categories. asp?category=48 [38] http:/ / www. phdn. org/ antisem/ antisemitismelemot. html [39] http:/ / remacle. org/ bloodwolf/ historiens/ Flajose/ Apion1. htm [40] http:/ / www. sefarad. org/ publication/ lm/ 045/ 6. html [41] http:/ / www. conflits. org/ index413. html Des Juifs et leurs Mensonges Des Juifs et leurs mensonges (en vieil allemand: Von den Jüden und iren Lügen et en allemand moderne: Von den Juden und ihren Lügen) est un traité de 65000 mots écrit en 1543, soit trois ans avant sa mort, par Martin Luther, moine allemand, réformateur de l'Église catholique et initiateur du protestantisme (luthéranisme). Dans son traité, Luther écrit que les Juifs sont un « peuple de débauche, c'est-à-dire pas des gens de Dieu, et que leurs fanfaronnades sur leur lignage, la circoncision et leurs lois doivent être considérées comme une cochonnerie[1] ». « Ils sont remplis d'excréments du diable… dans lesquels ils se vautrent comme des pourceaux[2] . » Quant à la synagogue, c'est une « putain incorrigible et une souillure du diable...[3] » Il soutient que leurs synagogues et leurs écoles doivent être brûlées, leurs livres de prières détruits, leurs rabbins interdits d'officier, les hommes rasés, et leurs biens et argents confisqués. On ne doit montrer à leur égard aucune pitié ni aucune bonté[4] , ne leur procurer aucune protection légale[5] , et ces « vers Page de garde de Des Juifs et leurs venimeux et vénéneux » doivent être punis de travaux forcés ou expulsés mensonges de Martin Luther. Wittenburg, une fois pour toutes[6] . Il semble aussi recommander leur meurtre quand il 1543 écrit: « Nous sommes fautifs de ne pas les tuer[7] . » L'opinion savante dominante[8] ,[9] ,[10] depuis la Seconde Guerre mondiale est que le traité a exercé une influence majeure et persistante sur l'attitude de l'Allemagne envers ses citoyens juifs dans les siècles entre la Réforme et la Shoah. Quatre cents ans après sa parution, les nazis affichent Von den Jüden und iren Lügen lors des manifestations de Nuremberg, et la ville de Nuremberg présente la première édition à Julius Streicher, éditeur du journal nazi Der Stürmer, le journal le décrivant comme le pamphlet antisémite le plus radical jamais publié[11] . Opposé à la majorité des points de vue, le théologien Johannes Wallmann écrit que le traité n'a pas eu une influence permanente en
  19. 19. Des Juifs et leurs Mensonges 17 Allemagne, et qu'il était en fait relativement ignoré durant les XVIIe et XVIIIe siècles[12] . Hans Hillerbrand argumente que la focalisation sur le rôle de Luther dans le développement de l'antisémitisme allemand sert à sous-estimer les « importantes particularités de l'histoire allemande »[10] . Depuis les années 1980, quelques églises luthériennes ont dénoncé formellement les écrits de Luther sur les Juifs. En novembre 1998, lors du soixantième anniversaire de la Nuit de cristal, l'Église luthérienne de Bavière a publié une déclaration disant qu'il est « impératif pour l'Église luthérienne, qui sait être redevable du travail et de la tradition de Martin Luther, de prendre au sérieux aussi ses déclarations antisémites, de reconnaître leurs fonctions théologiques et de réfléchir à leurs conséquences. En revanche, elle doit prendre ses distances vis-à-vis de toute expression d'antijudaïsme dans la théologie luthérienne »[13] . Évolution de l'attitude de Luther envers les Juifs L'attitude de Luther envers les Juifs a varié durant sa vie. Dans la première période de sa vie, jusqu'à environ 1536, il exprime de l'intérêt pour leur situation et est enthousiaste à la perspective de les convertir au christianisme. Ultérieurement, il les dénonce et recommande de sévères persécutions et même leur mort[14] . Michael Berenbaum écrit que la confiance de Luther en la Bible comme seule source d'autorité chrétienne, alimente sa furie contre les Juifs en raison de leur rejet du Christ comme Messie.[15] Pour Luther, le salut dépend de la croyance en Jésus comme fils de Dieu, une croyance que les adhérents au judaïsme ne partagent pas. Au début de sa vie, Luther soutient que les Juifs ont été empêchés de se convertir au christianisme par la proclamation de ce qu'il pense être un évangile impur des chrétiens, et il pense qu'ils répondront favorablement au message évangélique si celui-ci leur est présenté correctement. Il exprime son intérêt pour les pauvres conditions dans lesquelles ils sont forcés de vivre, et insiste que quiconque conteste que Jésus soit né Juif commet une hérésie.[15] Le premier commentaire connu de Luther sur les Juifs se trouve dans une lettre adressée au révérend Spalatin en 1514 : « La conversion des Juifs sera l'œuvre de Dieu seul, travaillant de l'intérieur, et non le travail de l'homme travaillant, ou plutôt jouant de l'extérieur. Si ces offenses étaient supprimées, le pire s'en suivrait. Car ils sont voués par le courroux de Dieu à la réprobation, qu'ils pourraient devenir incorrigibles, car comme dit l'Ecclésiaste, quiconque est incorrigible est rendu pire plutôt que meilleur par une correction.[16]  » Graham Noble écrit que Luther désire sauver les Juifs, selon ses propres termes, et non les exterminer, mais sous son apparent caractère raisonnable à leur égard, il y a une "intolérance mordante" qui conduit à des "demandes toujours plus furieuses pour leur conversion à sa propre branche de la chrétienté" (Noble, 1-2). Quand il échoue à les convertir, il se tourne contre eux.[17] En 1519, Luther récuse la doctrine Servitus Judaeorum ("Servitude des Juifs"), établie dans le Corpus Juris Civilis par Justinien Ier en 529. Il écrit : "Des théologiens absurdes défendent la haine des Juifs… Quel Juif pourrait consentir d'entrer dans nos rangs quand il voit la cruauté et l'hostilité que nous manifestons à leur égard et que dans notre comportement envers eux nous ressemblons moins à des chrétiens qu'à des bêtes.?" [18] Dans son commentaire sur le Le Magnificat, Luther critique l'accent que le judaïsme met sur la Torah et les cinq premiers livres de l'Ancien Testament. Il déclare qu'ils "s'accrochent de toutes leurs forces à leur loi, et refusent de voir en elle la raison de leur état d'indigence et de damnation."[19] Cependant il conclut que la grâce de Dieu continuera pour les Juifs en tant que descendants d'Abraham pendant tout le temps, car ils peuvent toujours devenir chrétiens.[20] "Nous ne devons pas […] traiter les Juifs aussi méchamment, car il y a de futurs chrétiens parmi eux." [21] Dans son essai de 1523 Que Jésus Christ est né Juif, Luther condamne le traitement inhumain des Juifs et presse les Chrétiens de les traiter avec bienveillance. Le désir fervent de Luther est que les Juifs entendront l'évangile exprimé clairement et seront poussés à se convertir au christianisme. Ainsi il soutient:
  20. 20. Des Juifs et leurs Mensonges 18 « Si j'avais été un Juif, et avais vu de tels balourds et de tels crétins gouverner et professer la foi chrétienne, je serais plutôt devenu un cochon qu'un chrétien. Ils se sont conduits avec les Juifs comme s'ils étaient des chiens et non des êtres vivants; ils n'ont fait guère plus que de les bafouer et saisir leurs biens. Quand ils les baptisent, ils ne leur montrent rien de la doctrine et de la vie chrétiennes, mais ne les soumettent qu'à des papisteries et des moineries.... Si les apôtres, qui aussi étaient juifs, s'étaient comportés avec nous, Gentils, comme nous Gentils nous nous comportons avec les Juifs, il n'y aurait eu aucun chrétien parmi les Gentils… Quand nous sommes enclins à nous vanter de notre situation de chrétiens, nous devons nous souvenir que nous ne sommes que des Gentils, alors que les Juifs sont de la lignée du Christ. Nous sommes des étrangers et de la famille par alliance; ils sont de la famille par le sang, des cousins et des frères de notre Seigneur. En conséquence, si on doit se vanter de la chair et du sang, les Juifs sont actuellement plus près du Christ que nous-mêmes… Si nous voulons réellement les aider, nous devons être guidés dans notre approche vers eux non par la loi papale, mais par la loi de l'amour chrétien. Nous devons les recevoir cordialement et leur permettre de commercer et de travailler avec nous, de façon qu'ils aient l'occasion et l'opportunité de s'associer à nous, d'apprendre notre enseignement chrétien et d'être témoins de notre vie chrétienne. Si certains d'entre eux se comportent de façon entêtée, où est le problème? Après tout, nous-mêmes, nous ne sommes pas tous de bons chrétiens.[22]  » Quelques années plus tard, en 1528, Luther raconte une mésaventure concernant la diarrhée qu'il a eue en consommant des aliments cashers. Dans une lettre à Melanchthon, Luther rapporte que la communauté juive a essayé de l'empoisonner. Luther explique aussi que les aliments cashers, qu'il pense être maléfiques pour la constitution des Gentils, sont mangés par les Juifs (qui certainement ne ressentent pas d'effets défavorables lors de leur consommation) comme une démonstration de leur supériorité sur les Gentils et comme moyens de se dissocier de la culture dominante germanique. Il recommande que les aliments cashers soient bannis des nations chrétiennes. En août 1536, le prince électeur Jean Frédéric de Saxe et protecteur de Luther, publie un décret interdisant aux Juifs d'habiter, de faire du commerce ou de passer par ses États. Un shtadlan (intercesseur auprès des autorités pour la communauté juive) alsacien, le rabbin Josel de Rosheim, demande au chancelier réformé de Strasbourg, Wolfgang Capito, d'entrer en contact avec Luther afin d'obtenir une audience auprès du prince, mais Luther refuse toute intercession.[23] En réponse à Josel, Luther mentionne ses tentatives infructueuses pour convertir les Juifs : "... J'aimerais bien faire de mon mieux pour votre peuple, mais je ne veux pas contribuer à votre obstination juive par mes bonnes actions. Vous devez trouver un autre intermédiaire pour mon bon seigneur" [24] Heiko Oberman note que cet événement est significatif dans l'attitude de Luther avec les Juifs : "Encore aujourd'hui, ce refus est souvent considéré comme le point de départ décisif du changement dans la position de Luther, de l'amitié à l'hostilité envers les Juifs."[25] L'écrivain Paul Johnson remarque que "Luther n'était pas satisfait avec les injures verbales. Même avant qu'il n'écrive son pamphlet antisémite, il avait réussi à faire chasser les Juifs de Saxe en 1537, et dans les années 1540 de nombreuses villes allemandes; il avait aussi essayé, mais sans succès, de les faire expulser par l'électeur de Brandebourg en 1543."[26] Des Juifs et leurs mensonges Dans Des Juifs et leurs mensonges, écrit en 1543 trois ans avant sa mort, Luther recommande que les Juifs soient privés d'argent, de droits civils, d'enseignement religieux et d'éducation, et qu'on les force à travailler la terre, ou bien qu'on les expulse d'Allemagne et éventuellement qu'on les tue. « Je m'étais résolu à ne plus écrire sur les Juifs ni contre eux. Mais comme j'ai appris que ces gens misérables et maudits n'arrêtent pas de nous leurrer, nous les Chrétiens, j'ai publié ce petit livre, de façon que je puisse me trouver parmi ceux qui s'opposent à leurs activités empoisonnées et pour mettre les Chrétiens en garde contre eux."[27]  » Luther déclare dans ses remarques préliminaires, qu'il a écrit en réponse à un pamphlet, inconnu des historiens, écrit par un ou des Juifs non identifiés, que lui a fait parvenir le Comte Wolfgang Schlick de Falkenau:
  21. 21. Des Juifs et leurs Mensonges 19 « Cher monsieur et bon ami[28] , j'ai reçu un traité dans lequel un Juif s'engage dans un dialogue avec un Chrétien. Il ose pervertir les passages des Écritures saintes que nous citons en témoignage de notre foi, concernant notre Seigneur Jésus Christ et sa mère Marie, et les interpréter de façon tout à fait différente. Avec ces arguments, il pense qu'il peut détruire la base de notre foi."[29]  » Il mentionne les Juifs comme "une portée de vipères et enfants du diable" (de Matthieu 12:34), "misérables, aveugles et stupides," "des imbéciles vraiment stupides", "des voleurs et des larrons", "des fripons paresseux", "des meurtriers permanents", et "de la vermine," et les apparente à de la "gangrène". Puis il continue en recommandant que les synagogues et les écoles juives soient brûlées, leurs maisons rasées, leurs écrits confisqués, leurs rabbins interdits d'exercer, leurs déplacements restreints, qu'ils aient l'interdiction de prêter de l'argent et qu'ils soient obligés de gagner leur vie en cultivant la terre. Luther conseille: "Si nous voulons laver nos mains du blasphème des Juifs et non participer à leurs affaires coupables, nous devons nous séparer d'eux. Ils doivent être expulsés de notre pays," et "nous devons les chasser comme des chiens enragés." Et pour conclure, il note: « Il n'y a pas d'autre explication pour ceci que celle de Moïse citée précédemment, à savoir, que Dieu a frappé les Juifs de 'folie, de cécité et de confusion d'esprit'. Aussi nous sommes même coupables si nous ne vengeons pas tout ce sang innocent de notre Seigneur et des Chrétiens qu'ils ont répandu pendant les trois cents ans après la destruction de Jérusalem, et le sang des enfants qu'ils ont répandu depuis lors (qui brille encore de leurs yeux et de leur peau). Nous sommes fautifs de ne pas les tuer. Au contraire, nous leur permettons de vivre librement dans notre milieu, en dépit de tous leurs meurtres, leurs imprécations, leurs blasphèmes, leurs mensonges et diffamations; nous protégeons et défendons leurs synagogues, leurs maisons, leurs vies et leurs biens. De cette façon, nous les rendons paresseux et tranquilles et nous les encourageons à nous plumer hardiment de notre argent et de nos biens, ainsi qu'à se moquer et à se railler de nous, avec comme but final de nous vaincre, de nous tuer pour un tel péché et de prendre tous nos biens (comme ils le prient et souhaitent tous les jours). Maintenant, dites-moi s'ils n'ont pas toutes les raisons d'être les ennemis de nous, les maudits Goyim, et de nous maudire et de faire tout leur possible pour obtenir notre ruine finale, complète et éternelle! "[30]  » Luther recommande un plan en huit points pour se débarrasser des Juifs, soit par leur conversion soit par leur expulsion. 1. "Tout d'abord, mettre le feu à leurs synagogues ou écoles et enterrer ou couvrir de saleté tout ce qui ne brûlera pas, de façon que personne ne puisse jamais revoir une de leurs pierres ou leur cendre…." 2. "En second, je conseille que leurs maisons soient rasées et détruites. ..." 3. "En trois, je conseille que tous leurs livres de prières et écrits talmudiques, qui servent à apprendre une telle idolâtrie, leurs mensonges, leurs malédictions et leurs blasphèmes, leur soient retirés…..." 4. "En quatre, je conseille que leurs rabbins aient l'interdiction d'enseigner sous peine de perdre la vie ..." 5. "En cinq, je conseille que les sauf-conduits sur les grands chemins soient abolis complètement pour les Juifs..." 6. "En six, je conseille que l'usure leur soit interdite, et que toutes les liquidités et trésors d'or et d'argent leur soient confisqués…de tel argent ne doit pas être utilisé…de la [manière] suivante… Si un Juif se convertit sincèrement, on doit lui remettre [une certaine somme]..." 7. "En sept, je recommande que l'on mette un fléau, une hache, une houe, une pelle, une quenouille ou un fuseau entre les mains des jeunes et forts Juifs ou Juives et qu'on les laisse gagner leur pain à la sueur de leur front. Car ce n'est pas juste qu'ils doivent nous laisser trimer à la sueur de nos faces, nous les damnés Goyim, tandis qu'eux, le peuple élu, passent leur temps à fainéanter devant leur poêle, faisant bombance et pétant, et en plus de tout cela, faisant des fanfaronnades blasphématoires de leur seigneurie contre les Chrétiens, à l'aide de notre sueur. Non, nous devons expulser ces fripons paresseux par le fond de leur pantalon." 8. "Si nous voulons laver nos mains du blasphème des Juifs et ne pas partager leur culpabilité, nous devons nous séparer d'eux. Ils doivent être conduits hors de notre pays" et "nous devons les conduire comme des chiens
  22. 22. Des Juifs et leurs Mensonges 20 enragés".[31] Argumentations et accusations de Luther: son premier argument est que toutes les races sont égales, donc les Juifs ne doivent pas se vanter de leur lignée. [32] • "Il n'y a aucune différence en ce qui concerne la naissance ou la chair ou le sang, comme la raison nous le dit. En conséquence "ni les Juifs ni les Gentils ne doivent se vanter" devant Dieu de leur naissance physique…car tous ensembles, nous partageons une naissance, une chair et un sang, provenant des tous premiers et très saints ancêtres. Nul ne peut reprocher à l'autre quelque singularité sans s'impliquer lui-même à la même occasion." (148). Dans Des Juifs et leurs Mensonges, Luther écrit un certain nombre d'accusations contre les Juifs: • "En premier lieu, ils diffament notre Seigneur Jésus Christ, le nommant sorcier et outil du diable.[33] Ils le font, car ils ne peuvent nier ses miracles. Ainsi, ils imitent leurs aïeux qui disaient 'Il chasse les démons par Belzébuth, le prince des démons'. [Luc 11:15]."[34] Après Des Juifs et leurs Mensonges Plusieurs mois après la publication de Des Juifs et leurs Mensonges, Luther écrit Vom Schem Hamphoras und das Geschlecht Christi (Du nom de Hamphoras et de la lignée du Christ), dans lequel il assimile les Juifs avec le Diable : « Ici à Wittenburg, dans notre église paroissiale, il y a une truie sculptée dans la pierre, sous laquelle sont étendus des jeunes cochons et des Juifs qui sont en train de téter, et derrière la truie se tient un rabbin qui soulève la patte droite de la truie, se dresse derrière la truie , se penche et regarde avec grand effort le Talmud sous la truie, comme s'il voulait lire et voir quelque chose de très difficile et d'exceptionnel ; il n'y a aucun doute, ils ont reçu leur Chem Hamphoras de cet endroit » « Quand Judas s'est pendu et que ses intestins ont jailli et, comme cela se produit dans de telles circonstances, que sa vessie aussi éclata, les Juifs étaient prêts à recueillir l'eau et les autres choses précieuses, et puis ils s'en sont gavé et en ont bu avidement entre eux, et ils étaient alors dotés d'une telle finesse de vue qu'ils ont pu percevoir des commentaires dans les Saintes Écritures que ni Matthieu ni Isaïe Vom Schem Hamphoras eux-mêmes …n'auraient été capables de détecter, ou peut-être regardaient-ils dans le cul de leur Dieu “Shed,” et ont trouvé ces choses écrites dans ce trou fumant » »Le Diable s'est calmé et a de nouveau rempli sa panse; ceci est une véritable bénédiction pour les Juifs et ceux qui désirent être Juifs, à embrasser, à s'engraisser, à déglutir et à adorer ; et puis le Diable à son tour dévore et boit gouluement ce que ces bons élèves dégorgent et éjectent par le haut et par le bas. » « Le diable avec son groin angélique, dévore ce qui est secrété des ouvertures orales et anales des Juifs ; ceci est en effet son plat favori, dont il se gave comme une truie derrière la haie[35] . »
  23. 23. Des Juifs et leurs Mensonges 21 L'influence des opinions de Luther XVIe et XVIIe siècles En 1543, le prince électeur Jean Frédéric de Saxe révoque certaines concessions données à Josel de Rosheim en 1539. Johann de Küstrin, margrave de Neumark, abroge les sauf-conduits des Juifs sur ses territoires. Philippe de Hesse ajoute des restrictions à son Ordre Concernant les Juifs. Aucun souverain n'essaye de mettre en application toutes les recommandations de Luther. [36] Dans les années 1570, le pasteur Georg Nigrinus publie L'ennemi juif, qui réitère le programme de Luther contenu dans Des Juifs et leurs Mensonges, et Nikolaus Selnecker, un des auteurs de la Konkordienformel (en latin: Formula concordiae; en français: la Formule de la Concorde), réimprime les livres de Luther Brief wider die Sabbather an einen guten Freund, Von den Jüden und iren Lügen, et Vom Schem Hamphoras. Paul Johnson indique que les partisans de Luther ont pillé Berlin en 1572 et que l'année suivante, les Juifs étaient expulsés de toute la région.[26] Les traités de Luther contre les Juifs sont de nouveau imprimés au début du XVIIe siècle à Dortmund, où ils sont saisis par ordre de l'empereur Rodolphe II. En 1613 et 1617, ils sont publiés à Francfort-sur-le-Main en support au banissement des Juifs de Francfort et de Worms. Ces éditions sont les dernières publications populaires de ces œuvres avant celles du XXe siècle. [37] Influence sur l'antisémitisme moderne L'Église Évangélique Luthérienne aux États-Unis, dans un essai sur les relations entre Luther et les Juifs, observe que "Au cours du temps, les écrits anti-Juifs de Luther ont continué à être reproduits sous forme de pamphlets par les groupes néonazis et antisémites tels que le Ku Klux Klan."[38] Le Dr. Johannes Wallmann écrit dans la revue Lutheran Quarterly en 1987: « L'assertion que l'expression des sentiments anti-Juifs de Luther ait eu une influence majeure et persistante au cours des siècles suivant la Réforme, et qu'il existe une continuité entre l'antijudaïsme protestant et l'antisémitisme moderne à caractère racial, est à présent largement répandue dans la littérature: depuis la Seconde Guerre mondiale, c'est devenu de façon compréhensible l'opinion dominante."[8]  » Robert Michael, professeur émérite d'histoire européenne à l'Université du Massachusetts Dartmouth, observe que "Luther a écrit sur les Juifs comme s'ils étaient une race qui ne peut pas se convertir réellement au christianisme. En effet, comme beaucoup d'auteurs chrétiens avant lui, Luther, en faisant des Juifs le peuple du diable, leur interdit la conversion". Michael note que dans un sermon le 25 septembre 1539, "Luther essayait de démontrer, à travers plusieurs exemples, que les Juifs ne pouvaient pas se convertir de façon permanente, et dans plusieurs passages de Des Juifs et leurs Mensonges, Luther apparaît rejeter la possibilité que les Juifs voudraient ou pourraient un jour se convertir."[39] Franklin Sherman, éditeur du volume 47 de l'édition américaine des œuvres de Luther, dans lesquelles se trouve Des Juifs et leurs Mensonges,[40] récuse également l'idée selon laquelle « l'antipathie de Luther à l'encontre des Juifs était de nature religieuse plutôt que raciale ». Les écrits de Luther contre les Juifs, explique-t-il ne sont pas « simplement un ensemble de jugements théologiques sérieux, pondérés et posés. Ses écrits sont pleins de rage et de haine contre "un groupe humain identifiable" et non juste contre un point de vue religieux. C'est contre ce groupe que ses propositions d'actions sont dirigées ». Sherman affirme que Luther « ne peut pas être complètement dissocié de l'antisémitisme moderne ». Au sujet du traité Des Juifs et leurs Mensonges, le philosophe allemand Karl Jaspers écrit : « Là, vous avez déjà l'ensemble du programme nazi[41] ». D'autres historiens affirment par contre que l'antisémitisme exprimé par Luther dans Des Juifs et leurs Mensonges est plutôt basé sur la religion. Bainton annonce que la position de Luther était « entièrement religieuse et en aucun cas raciale. Le péché suprême pour lui, était le rejet persistant de la révélation de Dieu lui-même dans le Christ. Les
  24. 24. Des Juifs et leurs Mensonges 22 souffrances séculaires des Juifs étaient par elles-mêmes une marque du mécontentement divin. Ils devaient être chassés et aller vers une terre à eux. C'était un programme de sionisme forcé. Mais si ce n'était pas possible, alors Luther recommandait que les Juifs vivent de la terre. Il proposait involontairement un retour aux conditions du haut Moyen Âge, quand les Juifs étaient dans l'agriculture. Chassés de leurs terres, ils étaient devenus commerçants. Chassés de leurs commerces, ils étaient devenus prêteurs d'argent. Luther voulait renverser le procédé et ainsi, par inadvertence, aurait accordé aux Juifs une position plus sécurisante que celle qu'ils avaient en son temps[42] ». Paul Halsall mentionne que les déclarations de Luther ont partiellement jeté les bases de l'antisémitisme racial du XIXe siècle en Europe : « quoique les commentaires de Luther semblent être proto-nazis, ils font plutôt partie d'une tradition de l'antisémitisme chrétien médiéval. Bien qu'il y ait peu de doute que l'antisémitisme chrétien ait posé les bases culturelles et sociales de l'antisémitisme moderne, l'antisémitisme moderne est basé sur des notions pseudo-scientifiques de race. Les nazis ont emprisonné et tué même des Juifs ethniques qui s'étaient convertis au christianisme: Luther aurait bien accueilli leur conversion[43] ». Dans son article Lutheran Quarterly, Wallmann mentionne que les traités de Luther Brief wider die Sabbather an einen guten Freund, Von den Jüden und iren Lügen, et Vom Schem Hamphoras étaient plus ou moins ignorés des antisémites de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe. Il soutient que Johann Andreas Eisenmenger et son Le judaïsme démasqué, publié à titre posthume en 1711, a été « une source majeure pour les antisémites des XIXe et XXe siècles [et] renvoie les écrits anti-Juifs de Luther dans l'obscurité ». Dans son livre de 2000 pages, Eisenmenger ne mentionne d'ailleurs pas du tout Luther[8] . Les nazis La ligne de « la filiation de l'antisémitisme » de Luther à Hitler est « facile à tracer[44] » selon l'historienne américaine Lucy Dawidowicz. Dans son livre La Guerre contre les Juifs, 1933-1945, elle écrit que Luther et Hitler étaient tous deux obsédés par l'« univers démoniaque » habité par les Juifs, et que Hitler affirmait que le vrai Luther était le Luther agé auteur de "Des Juifs et leurs Mensonges".[44] Dawidowicz note que les similitudes entre les écrits anti-Juifs de Luther et l'antisémitisme moderne ne sont pas des coïncidences, car elles résultent d'une histoire commune de Judenhass (la haine des Juifs), que l'on peut faire remonter jusqu'aux conseils d'Haman à Assuérus. Bien que l'antisémitisme allemand moderne trouve aussi ses racines dans le nationalisme allemand et dans l'antisémitisme chrétien, elle soutient que l'une de ses causes provient de l'Église catholique romaine sur laquelle s'est appuyé Luther." [44] Le professeur Robert Michael, écrit que les historiens et théologiens qui essayent de nuancer les vues de Luther sur les Juifs, ignorent les implications meurtrières de l'antisémitisme. Pour Michael, il y a un « fort parallélisme » entre les idées de Luther et l'antisémitisme de la plupart des allemands luthériens pendant l'Holocauste[45] . Comme les nazis, Luther mythifie les Juifs en diable. Ils ne peuvent être sauvés qu'en se convertissant au christianisme, mais leur hostilité rend cette idée inconcevable[45] . Les opinions de Luther sont largement répandues en Allemagne dans les années 1930, principalement à l'intérieur du parti nazi. Le Völkischer Beobachter cite le ministre de l'éducation d'Hitler, Bernhard Rust: « Depuis la mort de Martin Luther, aucun fils de notre peuple n'est réapparu comme tel. Il a été décidé que nous serons les premiers à être témoins de sa réapparition… Je pense que le temps est passé et que nous devons dorénavant dire les noms de Hitler et de Luther d'un même souffle. Ils sont faits tous les deux du même moule. [Schrot und Korn]". [46] . » Hans Hinkel, responsable du magazine de la Ligue de Luther Deutsche Kultur-Wacht, et de la section de Berlin de la Kampfbund, rend hommage à Luther dans son discours de réception à la tête de la Section Juive et du département des films de la Chambre de la Culture et du Ministère de la Propagande de Goebbels. « Avec ses actes et son attitude spirituelle, il a commencé le combat que nous allons continuer maintenant; avec Luther, la révolution du sang germanique et le sentiment contre les éléments étrangers au Peuple ont commencé. Nous allons continuer et terminer son protestantisme; le nationalisme doit faire de l'image de Luther, un combattant allemand, un exemple vivant "au-dessus des barrières des confessions" pour tous les camarades de sang germanique [47] . »

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