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Friedlandpapers Copenhague

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  • 1. LETTRE DE PROSPECTIVE OCTOBRE 2009 - NUMERO 19 Sommet de Copenhague sur le climat : la réponse technologique est-elle suffisante ? Le prochain sommet de Copenhague sur le changement climatique a pour ambition de prolonger et d’approfondir les engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto. Mais l’enjeu essentiel pourrait se trouver ailleurs. Avec le retour dans le jeu diplomatique international des Etats-Unis et l’entrée en force de la Chine, voire de l’Inde, la position européenne, jusqu’alors dominante, risque d’être fortement contestée. Les Etats-Unis viennent, en effet, avec un horizon sensiblement plus long que celui des européens et surtout des priorités d’actions radicalement différentes. D’un strict point de vue économique, Copenhague pourrait consacrer l’ouverture d’une nouvelle ère, celle des défis technologiques à relever pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est dans une course au leadership sur les technologies vertes que s’engagent ainsi américains et chinois. Pour autant, la réponse technologique épuise-t-elle le débat ? Symétriquement, les européens qui s’affirment comme leaders dans les négociations sur le climat depuis 10 ans prennent-ils suffisamment en compte la dimension technologique ? Par Hélène PERRIN BOULONNE hperrinboulonne@ccip.fr Copenhague : un sommet pour un nouvel accord international sur les réductions d’émissions de gaz à effet de serre. La prise en compte des préoccupations du côté du monde scientifique. Les relatives au réchauffement climatique travaux du GIEC (Groupement d’ex- au niveau international a réellement perts intergouvernemental sur l’évolu- débuté en 1995 avec la convention tion du climat 2) sont ainsi régulière- cadre des Nations Unies sur les ment contestés par des scientifiques et changements climatiques 1. Dans la des gouvernements (C. Allègre s’étant foulée, le protocole de Kyoto a ensuite fait, en France, le porte voix de ces énoncé, en 1997, des mesures pour critiques). limiter le réchauffement global. Entré en vigueur en février 2005 et ratifié par Le sommet doit, en outre, faire le point 175 pays, à l’exception notable des sur les résultats obtenus par les pays Etats-Unis, il prévoyait une réduction développés ayant ratifié le protocole de des quantités de gaz à effet de serre Kyoto, l’Union Européenne 3 étant 1. http://unfccc.int 2. Organisme créé sous l’égide (GES) émises par les pays industriali- actuellement la seule à avoir adopté des Nations Unies pour sés d’au moins 5,2 % d’ici à 2012, par des mesures par voie législative. Les évaluer les informations rapport aux niveaux de 1990. actions à mettre en œuvre dans les scientifiques techniques et pays en développement et le soutien socioéconomiques permettant de comprendre les change- L’enjeu du Sommet de Copenhague apporté par les pays développés seront ments climatiques, leurs est d’arriver à un nouvel accord également discutés. impacts potentiels et les international, faisant suite à Kyoto, options en matière d’adapta- pour couvrir la période 2013-2017. Si les engagements pris, ou à prendre, tion et d’atténuation. 3. La France, comme l’ensem- Copenhague doit permettre aux diffé- sont essentiels, il n’en reste pas moins ble des pays européens ne rents pays de se mettre d’accord sur que la véritable question reste bien de s’exprime pas en son nom une ambition de réduction à l’échelle savoir comment atteindre ces objec- dans les négociations interna- planétaire. Mais force est de constater tifs ? De ce point de vue, beaucoup tionales sur le climat. Au sommet de Copenhague, elle qu’il n’y a pas aujourd’hui de vision reste à faire sur le plan de la mise en s’exprimera au travers de partagée sur les objectifs à atteindre, œuvre technologique et économique. l’Union européenne. avec parfois une certaine confusion Une lettre de la Direction générale adjointe chargée des Études, de la Prospective et de l’Innovation Directeur de la publication : Pierre TROUILLET Rédacteur en chef : Jean-Luc BIACABE Mise en page : Josiane MULLER Contact : bmartin@ccip.fr Avertissement : Les opinions exprimées dans le présent document sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vues de la CCIP.
  • 2. Le Sommet de Copenhague marque le Celle-ci devrait permettre une trans- retour des Etats-Unis dans le jeu des formation de la structure productive négociations, sous l’impulsion de la de l’économie américaine, lui per- nouvelle administration Obama. Mais, mettant d’atteindre les objectifs ceux-ci arrivent avec une vision très en fixés de réduction de gaz à effet de décalage par rapport à celle défendue serre. Forts de cette vision diffé- par les européens depuis plus de dix rente, les Etats-Unis militent pour ans. Le désaccord porte sur au moins une autre trajectoire que celle privi- trois points : légiée par les européens, trajectoire qui justifierait de ne pas respecter L’horizon pertinent : les américains les objectifs de 2020. En particulier, privilégient une trajectoire de long si la technologie permettait de terme avec une diminution de 1 % mieux maîtriser les effets négatifs des émissions de GES en 2020 par du changement climatique, cela rapport à 1990 et de 68 % en 2050 4 rendrait moins urgente la prise alors que les européens leur de- d’engagements fermes. mande une réduction de 24 % à l’horizon 2020 ; On peut légitimement s’interroger sur ce positionnement qui remettrait en L’ampleur du réchauffement climati- cause la nécessité d’engagements que : les Etats-Unis contestent en précis à l’échelon mondial en termes partie les simulations du réchauffe- de réduction des gaz à effet de serre. ment climatique et l’évaluation de Pourtant, des objectifs stricts et des ses conséquences faites par le engagements formels des pays les GIEC. Se basant sur les désaccords plus pollueurs sont considérés par les au sein de la communauté scientifi- économistes comme un signal indis- que, ils en déduisent que l’effort à pensable à adresser aux décideurs conduire est moindre que celui politiques et aux entreprises pour qu’ils prôné par les européens ; engagent des investissements lourds et de long terme. Les moyens : plutôt que des politiques visant à modifier les com- Il apparaît ainsi souhaitable que portements et les modes de réponse technologique et réponse consommation, les Etats-Unis préfè- diplomatique se mettent en place rent l’approche « technologique ». simultanément. La réponse technologique à la question du changement climatique Si les Etats-Unis et la Chine font le technologies vertes depuis plusieurs choix d’une réponse technologique au années déjà, et ceci particulièrement défi du réchauffement climatique, c’est dans la Silicon Valley. qu’ils pensent être en mesure de gagner la bataille économique des En 2008, 5,9 milliards de dollars ont technologies vertes. ainsi été investis dans ce secteur, 4. Volet « Cap and Trade » des propositions de loi de la encouragé en cela par les prises de Chambre des Représentants En effet, au-delà des accords interna- position d’un certain nombre de grands du Congrès. tionaux sur les pourcentages de Etats américains dans ce domaine. 5. Le WCI a été fondé par le réduction d’émission, l’enjeu de demain L’initiative la plus importante en la gouverneur de la Californie. L'initiative regroupe l'Arizona, est de relever les défis technologiques. matière est le Western climate de la Californie, du Nouveau- Dans une lecture rapide, on pourrait initiative 5 qui vise à développer un Mexique, de l'Oregon, et de croire que les Etats-Unis, en raison de marché du carbone nord-américain. Washington. la position de l’administration Bush, ont Les Etats du Middle West 6 ont égale- 6. Midwestern Greenhouse Gas Accord, pris un retard considérable. Pourtant, ment lancé une initiative, ainsi que les http://www.midwesternaccord.org/ en parallèle des accords internatio- États du nord-est 7, sans oublier 7. Connecticut, Delaware, naux, le monde économique s’est évidemment la Califormie. Aujourd’hui, Maine, Maryland, Massachu- depuis longtemps intéressé à la c’est à Washington que ces politiques setts, New Hampshire, New Jersey, New York, Rhode question. On observe, par exemple, sont soutenues par la nouvelle Island, et Vermont, que le capital risque américain administration. http://www.rggi.org/states s’investit de façon importante dans les 2
  • 3. Investissem ent en capital risque dans les "clean tech" 5 900 Am érique du Nord 4 200 2 900 1 300 800 900 900 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 millions de dollars Source : Cleantech Investment, 2008 Annual Review www.cleantech.com Les Etats-Unis s’engagent ainsi dans la propres et croissance économique 9. voie d’un véritable pari technologique. De façon indirecte, cette politique Lors de son discours au Congrès pour devrait aussi permettre, outre la soutenir l’adoption du « American création d’emplois verts, de mettre fin à Clean Energy and Security Act 7», le la dépendance des Etats-Unis vis-à-vis Président Obama a estimé que le pays des importations de pétrole. L’hypo- qui prendra le leadership dans la thèse selon laquelle les contraintes création d’une économie basée sur les liées à la prévention de la pollution énergies propres sera le pays qui peuvent être génératrices de dominera l’économie globale du croissance économique a été XXIème siècle 8. Il entend ainsi réconci- développée par l’économiste M. Porter. lier énergie propre et croissance Cependant cette théorie ne fait pas économique et dénonce l’idée selon nécessairement l’unanimité auprès des laquelle il y aurait contradiction entre économistes10. investissement dans les énergies 7. Il a pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 17 % en 2020 par rapport au niveau de 2005 et de 83 % en 2050. 8. “The nation that leads in the L’hypothèse de Porter creation of a clean energy economy will be the nation that leads the 21st century global Selon l’hypothèse de Porter, une réglementation environnementale stricte, mais economy." bien pensée, peut engendrer non seulement des bénéfices sociaux (réduction 9. "Don't believe the misinfor- des dommages environnementaux), mais également des bénéfices privés pour mation out there that suggests les firmes qui y sont soumises. De plus, toujours selon cette hypothèse, ces there is somehow a contradic- tion between investing in clean bénéfices privés dépasseraient souvent les coûts supportés par les pollueurs energy and economic growth, pour se conformer à la réglementation, augmentant ainsi leur profit. L’idée de it’s just not true." base est que l’introduction de réglementations sévères mais flexibles forcerait les 10. Ambec et Ricci, Change- entreprises à remettre en question l’ensemble de leur processus de production, ment climatique : quels enjeux économiques pour les entrepri- ce qui aboutirait très souvent non seulement à la réduction de la pollution mais ses ?, Prospectives et également à des gains de productivité. Entreprises n° 8 CCIP (2009), p. 50. 3
  • 4. La Chine affiche, de son côté, des et en 2008, la Chine a ainsi augmenté ambitions très importantes dans le sa capacité de production de 200 % domaine des technologies propres. Sur atteignant 12 210 MW. Si cette capaci- le plan diplomatique, elle entend, par té reste inférieure à celle de l’Europe ailleurs, obliger les pays occidentaux à (65 946 MW) et des Etats-Unis prendre des engagements importants à (25 127MW), qui ont augmenté leur Copenhague (baisse de 40 % des capacité de 50 % en un an, la Chine émissions de GES des pays dévelop- prévoit de poursuivre cette croissance pés en 2020 par rapport au niveau de sur un rythme similaire au cours des 1990 sans prendre d’engagements prochaines années. Elle affiche égale- elle-même. ment des ambitions dans la production de palles d’éolienne pour son marché, Dans certains domaines des mais également pour le marché japo- technologies vertes, la Chine est en nais et anglais et a pour ambition train de rattraper son retard. Dans le d’attaquer le marché américain. domaine de l’énergie éolienne, en 2007 Capacité de production d'énergie éolienne installée (en Mega Watt) 70 000 60 000 50 000 2007 40 000 2008 30 000 20 000 10 000 0 Danemark Etats-Unis Inde Amérique du Nord Chine Europe France Espagne Allemagne Amérique du Sud Afrique et Moyen Orient Asie Source : Global Wind Energy Council w w w .gw ec.net Face aux ambitions aujourd’hui dans les comparaisons internationales. affichées par les Etats-Unis et la Chine, Cependant le nucléaire n’en reste pas l’Europe et, en particulier, moins une technologie soumise à de la France dispose d’un certain nombre nombreuses controverses : gestion des d’atouts pour s’engager dans la bataille risques, gestion des déchets, proliféra- technologique. tion à des fins militaires, épuisement des ressources d’uranium… Pourtant, En France, la priorité publique c’est, de fait, une option énergétique accordée à l’énergie nucléaire depuis qui est de plus en plus considérée trois décennies a fait du pays un leader comme une réponse technologique de 11. Voir l’article de Jacques incontesté dans ce domaine mais a premier plan, y compris par certains Treiner, Physicien président de Sauvons le climat Ile-de- aussi conduit à un moindre développe- écologistes 11. Reste que la bataille France, paru dans Libération le ment d’énergies alternatives comme le économique et technologique ne peut 31 août 2009 solaire ou l’éolien. D’un strict point de se gagner sur une seule technologie et http://www.liberation.fr/ vue de la lutte contre le réchauffement la France, qui dispose de leaders mon- tribune/0102587956-reaction- sur-il-est-temps-de-sortir-de-l- climatique, il est incontestable que ce diaux, dans les domaines de l’eau, des ecologie-d-epinal:sortBy- choix a permis de réduire les émissions déchets et de l’électricité, est dans une lastCommented:page-1:target- de gaz à effet de serre, plaçant position favorable pour en tirer profit. 1017471#1017471 la France en bonne position 4
  • 5. Conclusion Aujourd’hui la nouvelle administration devraient permettre d’augmenter Obama affiche une ambition politique massivement les investissements tant en matière de lutte contre le change- publics que privés dans ce secteur et ment climatique qui interpelle par sa pourrait avoir un impact sur la détermination à vouloir prendre le croissance économique des pays qui leadership économique et technologi- auront développé une capacité que sur la question du changement d’innovation et de production dans les climatique. Les européens, qui ont technologies vertes. acquis le leadership diplomatique sur le sujet ne doivent pas passer à côté de Il ne faut néanmoins pas oublier que la bataille technologique et économi- les technologies ne seront certaine- que qui se joue à l’échelle mondiale. ment pas en mesure de résoudre l’ensemble des problèmes liés au Les engagements pris à Copenhague changement climatique. L’enthou- constitueront un signal fort pour siasme, notamment américain, ne doit l’ensemble des acteurs économiques pas faire oublier qu’une réponse (entreprises, investisseurs et marchés efficace consistera d’abord à financiers) en donnant un cadre stable économiser les énergies et donc à pour la prise de décisions. Des changer les comportements des engagements formels des pays consommateurs et des entreprises. 5

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