Mémoire 2003 Valérie Gros-Dubois

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    Mémoire 2003 Valérie Gros-Dubois - Presentation Transcript

    1. Université Paris I Panthéon Sorbonne - UFR 04 Arts Plastiques et Sciences de l'Art Maîtrise de Conception et de Mise en Oeuvre De Projets Culturels Présentée par Valérie GROS-DUBOIS née RETIF Un premier pas à Paris pour une fête de la danse à vocation nationale : La manifestation "Entrez dans la danse...", XIIe arrondissement Sous la direction de Françoise JULIEN-CASANOVA Maître de Conférences En Sorbonne Juin 2003 1
    2. Mes chaleureux remerciements à tous ceux et celles qui m'ont soutenu dans l'accomplissement de ce travail d'étude et de recherche. Plus particulièrement : à Françoise Julien-Casanova pour son implication généreuse, pour son suivi stimulant, ainsi que ses encouragements constants, à l'équipe de Mouvance d'Arts, aux responsables des Institutions publiques et privées, aux artistes, chorégraphes et danseurs, qui partagent mon enthousiasme et m'apportent leur concours. 2
    3. Table des matières Introduction 7 I- Approche définitionnelle et organisationnelle 15 I-1 Domaines de recherche 16 I-1-A Le contexte politique général 18 I-1-B Le contexte général de fréquentation 19 I-1-C Le contexte social général et de la pratique de la danse 20 I-1-D L'espace public de la ville 22 I-1-E Le champ expérimental du projet : un quartier du XIIe arrondissement 24 I-1-F La danse : une histoire, une mémoire, un médium 28 I-1-G Fête / Festival 36 I-1-H La rue : une scène et des décors naturels et urbains en 3D 38 I-1-I Du dedans au dehors 39 I-1-J La Journée Internationale de la Danse 40 I-1-K Le projet "ENTREZ DANS LA DANSE..." 42 I-1-L L'Association Mouvance d'Arts 42 I-2 Cahier des charges 44 I-2-A Modélisation de la stratégie 45 I-2-B La programmation 46 I-2-C La médiatisation 46 I-2-C-a Le site internet 46 I-2-C-b Une communication de proximité 47 I-2-C-c La presse et les outils de communication 47 I-2-D Budget prévisionnel 49 I-2-E Planning de réalisation du projet 49 II- Construction de l'outil de recherche 51 II-1 Double posture ou le terrain comme angle d'approche 52 II-2 Présentation des méthodes du TER 52 II-2-A L'observation/Recherche-action : "Entrez dans la danse" 53 II-2-B Questionnaires/entretiens 55 III- Ce qu'en disent les principaux intéressés 59 III-1 Le public donne son avis 59 III-1-A Une vraie demande 60 III-1-A-a La danse à la rencontre des publics : se donne à voir, se donne à danser, à rassembler 60 III-1-A-b Une autre conception de la pratique culturelle et de l'art chorégraphique scénique 61 3
    4. III-1-A-c Des spectateurs/danseurs ouverts à l'expérience 62 III-1-B Ce que pense le public des artistes-contacts 63 III-1-B-a Plus de risques pour les artistes : plus de proximité avec les publics 64 III-1-B-b Rapports modifiés 65 III-1-C Un cadre favorable 67 III-1-C-a Un contexte non-commercial : la gratuité 67 III-1-C-b Brassage des publics, brassage des danses : la perméabilité 68 III-1-C-c La découverte facilitée 68 III-1-C-d Le lien convoqué 70 III-1-D Les réticences 71 III-2 L'avis des artistes et chorégraphes 72 III-2-A Les professionnels 73 III-2-A-a Les raisons de leur rémunération : Un engagement idéologique 73 III-2-A-b Une démarche pédagogique 75 III-2-A-c Un retour aux sources 77 III-2-A-d Des résistances pour certains 79 III-2-A-e Une volonté festive 80 III-2-B Les amateurs et les bénévoles 81 III-2-B-a Les raisons de leur bénévolat 82 III-2-B-b Un souci de partage et de reconnaissance 83 III-3 L'avis des partenaires 84 III-3-A Les partenaires publics 84 III-3-A-a Un réel intérêt 84 III-3-A-b Les limites 86 III-3-B Les partenaires privés 87 III-3-B-a Un enthousiasme suivi de faits 87 III-3-B-b Autres partenaires pressentis 89 III-3-C Les intérêts ou motivations avoués et inavoués 90 IV-Analyse d'une situation spécifique et les limites d'un dispositif 92 IV-1 Réserves et solutions 93 IV-1-A Les éléments masqués 93 IV-1-B Des artistes en "concurrence" : bénévoles/rémunérés 96 4
    5. IV-1-C Une manifestation coûteuse 96 IV-1-D Résolution du problème 97 IV-2 Médiation pour un nouvel accès à la culture chorégraphique : "Entrez dans la danse..." 98 IV-2-A Le dispositif de médiation : "Entrez dans la danse...", version 2004 98 IV-2-B Evolution du projet 98 Conclusion 102 Bibliographie 108 ANNEXES 116 Budget prévisionnel I L'équipe du projet II Compagnies et personnalités pressenties pour la première édition III Photos des cinq lieux pressentis IV Pré-programmation par lieux V Lettre d'engagement de Bercy- Village VI Questionnaire VII Résultats des questionnaires VIII Tableau des Festivals de danse en France 2002-2003 IX Note d'intention de Pierre Doussaint pour La Brigade Sécuritaire X et son parcours 5
    6. INTRODUCTION Copyright Valérie Gros-Dubois, Paris, 2003. " Entrez dans la danse, voyez comme on danse, Sautez ! Dansez ! Embrassez qui vous voudrez ! " 6
    7. INTRODUCTION Au printemps 2004, dans le quartier de Bercy Saint-Emilion dans le XIIème arrondissement de Paris, se déroulera la première édition d'une journée culturelle gratuite multi-danses en plein air "Entrez dans la danse...". Organisée par l'équipe de Mouvance d'Arts, grâce au soutien varié de partenaires publics et privés, cette manifestation s'adresse aux publics qui désirent accéder à la culture des danses. Il s'agit d'un dispositif de médiation entre les danseurs professionnels et les danseurs amateurs, entre les danseurs tous statuts sociaux confondus et les publics, entre la profession chorégraphique, les divers partenaires, et Mouvance d'Arts. L'ambition de cet événement est de redonner à la danse sa fonction de lien social : - en déplaçant les danseurs professionnels et amateurs de leurs lieux habituels de représentation ou de pratique vers les lieux habituels de fréquentation des publics : l'espace public ; - en permettant aux publics d'observer, d'expérimenter la danse sous de multiples formes pendant une journée, afin qu'ils se la réapproprient ; - en ravivant le patrimoine ethnologique national et international que constitue la danse : patrimoine immatériel au sein d'un patrimoine matériel ; - en créant, non pas un festival supplémentaire, mais une fête à vocation nationale qui inscrira la danse dans les moeurs et la vie intime française, comme cela a été le cas pour la Fête de la Musique. La danse est un rituel, une pratique, un art, ou un divertissement. Pour certains, elle est les quatre à la fois. En effet, les motivations de ceux qui dansent sont diverses : elles peuvent être politiques, économiques, sociales, religieuses ; on danse aussi pour l'esthétique et pour le plaisir. 7
    8. Le mode gestuel de la danse, ou sa non-verbalité, permet de communiquer, de ressentir avec le corps ce que le pouvoir des mots n'arrive pas à transmettre. Il peut également permettre d'exprimer ce qu'on a décidé de transmettre par le corps volontairement. C'est vrai pour ceux qui dansent et pour ceux qui regardent la danse. Il peut y avoir, chez le danseur et chez le spectateur, identification, sympathie et ouverture à l'autre. Comme l'affirme France Scott-Billmann, en s'appuyant sur un type de danse particulier, "le dispositif des danses populaires, quelles qu'elles soient, permet au danseur, à travers la musique et le geste partagé en groupe, de faire l'expérience de 1 l'altérité, en mettant en relation l'Autre au-dehors de soi avec ce qui est en soi" . Dans ce monde où l'individualisme est roi, et où la communication déjà entre deux êtres peut être périlleuse, une fête de la danse, à l'échelle d'un quartier pour la première année, si elle ne prétend pas apporter toutes les solutions, peut s'avérer être une parenthèse qui réintroduit une harmonieuse réflexion intellectuelle et corporelle sur notre perception de l'Autre, le voisin, l'étranger, sur notre manière d'appréhender notre environnement. Tester la faisabilité de ce projet est l'objet de ce travail de recherche. Afin de le concrétiser nous avons besoin à la fois d'un terrain d'observation, d'analyse et d'un tremplin pour le projet national et international ; une apparente utopie qui, une fois mise en oeuvre, pourrait convaincre les différents intéressés d'aller plus loin dans leurs investissements, leurs investigations. Pourquoi ne danse-t-on presque plus dans l'espace urbain ? Quelle pertinence pour une fête de la danse de quartier dans la cartographie des manifestations et festivals déjà existants ? Quels sont les apports d'une fête de la danse d'un point de vue relationnel ? Quel est le bien fondé d'une fête de la danse pour les publics novices ou avertis, pour les professionnels, pour les amateurs, pour la Mairie du XIIe arrondissement, pour la Mairie de Paris, pour le Ministère de la Culture et leur politique culturelle 1 France Schott-Billmann. Le besoin de danser, Editions Odile Jacob, Paris, janvier 2001. 8
    9. respective ? Qu'apporte une fête de la danse hors les murs à l'appropriation de l'espace urbain ? Quels sont les facteurs de réussite ou d'échecs pour une fête de la danse à l'échelle d'un quartier ? Quels sont les outils de mesure nécessaires à cette évaluation pour que le même projet soit ensuite transposable à l'échelle nationale, puis internationale ? Telles ont été les interrogations initiales qui ont motivé ce travail de recherche, ainsi que la conception et la mise en oeuvre de notre projet. Y répondre est complexe et ne relève en rien de l'évidence. Nous allons tenter d'y parvenir à la lumière de notre problématique qui peut se formuler ainsi : une fête annuelle de la danse, gratuite et hors les murs, associant pratiques professionnelles et amateurs, modifie-t-elle le rapport du public à la danse, aux danseurs (au sens de danser et/ou de regarder la danse), et à son environnement ? Cette même fête change-t-elle le rapport des chorégraphes et des danseurs professionnels et amateurs à la scène et aux publics ? Tels sont les deux versants d'une même problématique. A partir de ces derniers, nous chercherons à définir les interactions entre les divers interlocuteurs impliqués et interrogés. Nous pourrons ainsi identifier ce qui favorisera ou entravera la mise en oeuvre du projet. Cette recherche engage une approche expérimentale qui s'est appuyée sur un dépouillement documentaire non exhaustif pour situer le projet dans ce qui a existé antérieurement en matière de danse, en extérieur notamment, mais aussi, pour le replacer dans son contexte social, économique et politique actuel. Nous avons également eu recours aux méthodes éthno-sociologiques de la recherche-action, du questionnaire et de l'entretien qui nous ont fourni des éléments de 9
    10. réponses en adéquation avec nos hypothèses. Concernant les publics, nous formulons l'hypothèse suivante : proposer à la population d'un quartier une fête de la danse, où elle peut voir, expérimenter, et faire des rencontres, lui permet d'adhérer à celle-ci. Ces publics peuvent alors embrasser cette fête au point de susciter de nouveaux désirs, de nouveaux besoins, et peut-être même de nouvelles habitudes. Il s'agit de prouver qu'on peut renouveler l'intérêt des habitants d'un quartier pour la danse, pour les spectacles de danse, ceci en les faisant entrer en contact. Pour toutes les formes de danses, nous postulons que la rue peut être une scène avec des aménagements plus ou moins conséquents. Une autre de nos hypothèses est que l'interactivité des danseurs et des publics en présence directe favorise une incitation aux pratiques interpersonnelles et à la rencontre collective. En effet, une des propositions majeures de notre réflexion, est qu'une fête de la danse peut redonner à la danse sa place originelle dans le fait social, par le biais de la 2 déambulation , des démonstrations interactives, et des bals. D'après France Schott- 3 Billmann , "la danse est un acte fondamental, un rite social qui offre à l'homme, à travers une expérience psycho-corporelle, une démonstration et une commémoration du lien social, qui ritualise par la musique et le mouvement les conditions nécessaires à l'humanisation : le rapport de l'individu à la culture, la façon dont elle l'appelle, se 4 transmet en lui et l'inscrit dans le groupe humain" . 1 Déambulation : technique, stratégie propres au théâtre de la rue reprises par des compagnies ; il s'agit du rituel pour se réapproprier les rues parfois avec folie et délire. Se jouer des circulations à l'endroit, à l'envers, réveillant les quartiers ou allant chercher ceux qui hésitent ; donner envie aux passants de suivre et s'embarquer dans l'aventure du spectacle. 3 Psychanalyste et danse-thérapeute. France Schott-Billmann enseigne l'art-thérapie à l'université de Paris V 4 Schott-Billmann (F). Le besoin de danser, Editions Odile Jacob, Paris, 2001. 10
    11. La sociologie l'a démontré : la ritualisation est un moyen de souder les membres d'une société entre eux. C'est ce qu'une fête de la danse nous propose. Nous émettons l'idée que la mise en correspondance des publics et des danseurs, et leur réciproque conquête rendront effective la perméabilité entre les différents types de danse. Pour les chorégraphes, "Entrez dans la danse..." implique de désirer une prise de risques, de la gérer, de vouloir changer de cadre, de tenter d'autres expériences, un renouvellement des genres, de s'exposer à ce qui sort de leur contrôle. Si certains sont 5 ouverts à l'aventure de lieux insolites, comme Meg Stuart ou encore Valentine 6 Verhaeghe , pour ne citer qu'elles, d'autres auront besoin de motivations nouvelles impliquant une réflexion de fond afin d'être convaincus. En concevant une manifestation gratuite, nous avons pensé pouvoir compter sur la participation bénévole des professionnels. Nous avons donc formulé l'hypothèse que les artistes professionnels pourraient accepter de participer gracieusement à cette manifestation. Ils participeraient à cette expérience afin de rendre la culture chorégraphique visible par tous, et d'être des précurseurs au sein d'un événement culturel qui vise une extension nationale. Pour les danseurs amateurs ou ceux qui prennent le chemin de la professionnalisation, nous avons émis celle que cette fête puisse être un tremplin pour 5 "Highway 101 [de Meg Stuart/Damaged Goods] est un projet itinérant , créé tout au long d'une année, dans une succession d'endroits. Il s'inspire de l'architecture de chaque lieu.", in Mouvement n°10, Paris, novembre- décembre 2000. 6 "Les performances chorégraphiques et rurales de Valentine Verhaeghe...". Dans un article du Monde du 13 avril 2001, cette strasbourgeoise est décrite comme "une spécialiste des interventions chorégraphiques en milieu rural - elle gît dans la neige en toute petite tenue dans son spectacle Les Immedia, rit parmi les fleurs dans Hi Hi Ha Ha Ho Ho -" On y parle aussi de sa pièce Silva Forestis donnée en forêt franc-comtoise, où en robe fleurie, elle s'avance " divinité des bois, avec un seau pour se livrer à une joyeuse toilette matinale. Toute enduite de savon, elle se dirige vers les promeneurs interloqués, devenus soudain spectateurs à leur insu, les prend par la main, danse arc-boutée contre un arbre, ploie vers le sol tel un animal blessé. Corne et cymbales scandent ce simulacre d'hallali." Ou encore, son expérience en Pologne où elle distribue "des fleurs et danse à tous les arrêts dans un bus campagnard." 11
    12. être vus et obtenir un début de reconnaissance professionnelle, car "l'insertion" dans le milieu de la danse est difficile. Par ailleurs, le projet "Entrez dans la danse..." nous a amenée à étudier plus spécifiquement certaines pratiques chorégraphiques professionnelles et amateurs qui déjà ont emprunté le chemin de la rue. Cette pratique tournée vers l'espace public est liée à diverses motivations : un choix artistique pour certains, une réaction face aux règles des institutions étouffant la créativité, ou encore, pour d'autres, une rébellion face à l'injustice. Nous posons donc l'hypothèse que le renouvellement de la conception, de la construction chorégraphique et des conditions de représentation qu'impose le cadre extérieur, peut participer au renouvellement de la création et de la créativité, aux "temps de rafraîchissement" espérés par beaucoup, tant par les danseurs professionnels et amateurs que par les publics. Nous formulons aussi l'hypothèse qu'une fête de la danse peut participer grandement au processus permettant aux espaces urbains de redevenir des espaces de convivialité, des espaces de communication : ceci grâce au choix des lieux, à la démarche des chorégraphes et des danseurs allant à la rencontre des publics, et à l'adhésion de ces derniers. Enfin, nous postulons que cette manifestation par son dispositif de médiation rend effective la démocratisation de la culture chorégraphique et de la culture des danses. Les méthodes utilisées au cours de notre travail d'étude et de recherche ont éclairé avec succès la démonstration que nous cherchions à développer. Ainsi, nous verrons que les publics interrogés par sondage ont répondu par l'affirmative aux hypothèses qui les concernaient. Les chorégraphes et les danseurs amateurs et professionnels soumis aux entretiens ont validé la plupart de nos 12
    13. affirmations. Les professionnels en ont infirmé une à l'unanimité : leur rémunération s'est avérée incontournable. Les partenaires publics et privés ont confirmé, par leur adhésion de principe et leur investissement dans le suivi, la pertinence d'un tel projet. Les publics, nous le constaterons, viennent pour danser et regarder danser, pour partager, pour fêter en fonction de l'importance qu'ils donnent à l'art ou au relationnel. Les chorégraphes et les danseurs participent pour montrer, être reconnus, partager, informer, sortir du cadre conventionnel et institutionnel, fêter, ressourcer leur créativité, et leur mode de représentation. Les partenaires publics, quant à eux, décident de nous soutenir pour maintenir la cohésion sociale, pour favoriser l'investissement d'une population sur son quartier, pour établir des ponts entre professionnels et amateurs. Ils désirent voir naître une manifestation chorégraphique de prestige à Paris, accessible à tous, et mêlant pratiques professionnelles et pratiques amateurs. Les partenaires privés s'y associent principalement pour des raisons de retombées économiques et de prestige, d'image de marque associée à la culture, pour les ponts établis avec les institutions publiques, et pour l'esprit de fête. Nous dégagerons un point du vue sur le pilotage du projet local "Entrez dans la danse...", et tenterons de rendre compte des enjeux mis au jour grâce aux premières démarches de la phase de mise en oeuvre. Nous soulignerons les enjeux de la création artistique chorégraphique dans l'espace public : notamment, nous noterons comment, dans les consciences et en amont de la manifestation, l'idée de la danse hors les murs, embrassée par tous, changent notre perception du monde chorégraphique, et modifie notre perception de l'environnement pour construire un patrimoine commun. Nous remarquerons également les enjeux de l'opération pour la dynamique citoyenne recherchée par la politique de la Ville à travers l'émergence de telles manifestations dans l'espace public. 13
    14. Enfin, avec la construction de notre projet artistique de quartier, les enjeux politiques et culturels qu'il suscite seront dégagés, ainsi que l'apport probable pour la population considérée, ceci afin d'envisager dans les prochaines éditions une extension nationale. 14
    15. I- APPROCHE DEFINITIONNELLE & ORGANISATIONNELLE Copyright David Chanrion, Paris, 2003. 15
    16. I - APPROCHE DEFINITIONNELLE & ORGANISATIONNELLE I-1 Domaines de recherche Notre projet a été inspiré, à l'origine, par le modèle de la Fête de la Musique. Nous devons garder à l'esprit que celui-ci se démarque cependant de ce modèle par un contexte radicalement différent. Il ne s'agit pas en effet d'une commande émanant du Ministère de la Culture confiée à un organisme de coordination comme ce fût le cas 7 avec l'ADCEP pour la Fête de la Musique, mais d'une proposition spontanée faite aux institutions par une association Mouvance d'Arts. De plus, il existe des différences fondamentales entre la pratique de la danse et celle de la musique : on notera par 8 exemple que, selon les statistiques , la musique touche un public beaucoup plus large, et qu'elle est bien plus facile d'accès. Sa pratique est plus spontanée et plus autonome, et sa consommation est davantage présente dans le quotidien. Concevoir et mettre en oeuvre une fête de la danse inédite à la conquête de l'espace urbain et de nouveaux publics, comme nous nous proposons de le faire, a nécessité un travail de recherche et un référencement des divers écrits et témoignages (ouvrages, mémoires, thèses, articles, interviews...) en interaction avec notre domaine. Nous avons également réalisé un dépouillement documentaire qui est venu enrichir notre travail, le légitimer, lui donner une existence critique au sein de ce qui s'est déjà fait ou se fera dans l'avenir. Aujourd'hui, le foisonnement chorégraphique est évident, et, on participe de plus en plus à des cours de danse de toutes natures. Parallèlement, les gens fréquentent encore trop peu les spectacles chorégraphiques qu'ils jugent souvent hermétiques. Ils 7 Association pour le Développement de la Création - Etudes et Projets. Cette association et Jean-François Millier ont été missionnés par le Ministère de la Culture et de la Communication en 1981 pour coordonner la Fête de la Musique. 8 CARDONA Janine, LACROIX Chantal. Chiffres clés, édition 1997. Statistiques de la Culture. La Documentation Française. Paris, 1997. 16
    17. ne dansent presque plus dans les espaces publics, ce qui ne favorise pas la rencontre entre les publics et la danse, ni la convivialité qui s'en dégageait. Ce constat nous a donc amené à étudier les différents paramètres nécessaires qui permettent la mise en oeuvre d'une fête de la danse qui soit un succès. En effet, l'intérêt d'un tel projet est qu'il rétablisse la danse dans les pratiques culturelles courantes et les espaces publics, en accueillant de nouveaux publics. Dans les lignes suivantes, nous situerons le contexte d'élaboration du projet, et nous offrirons un panel non exhaustif des recherches préexistantes sur lesquelles vient s'appuyer ou rebondir le projet. 17
    18. I-1-A Le contexte politique général Dans les années 80, la situation de la danse en France était critique, mais dès 1981, Jack Lang dynamise ce secteur sinistré en relançant la création et la diffusion ... Lorsque Catherine Trautmann en 1997 intègre le Ministère de la Culture et de la Communication, en qualité de Ministre, les principaux objectifs sont de faire connaître, de conserver et de restaurer le patrimoine culturel et de contribuer à l'émergence des moyens d'expressions artistiques renouvelés. Dans les domaines qui la concerne, la Direction de la Musique et de la Danse est un acteur essentiel de la recherche, privilégiant notamment les travaux en lien direct avec une activité de création artistique. Depuis le 1er janvier 1998, dans le cadre de la déconcentration des moyens de l'Etat au sein des Directions Régionales des Affaires Culturelles, de nouvelles procédures ont été proposées et mises en place pour accompagner la création et la diffusion des spectacles de danse. L'élaboration de ces nouvelles règles a pour objectif de faciliter les relations entre le service public et ses usagers en présentant des modes d'intervention mieux définis, plus lisibles et mieux adaptés aux besoins du milieu chorégraphique. La mise en oeuvre de ces nouvelles procédures a pour cadre la déconcentration des crédits au niveau des Directions Régionales des Affaires Culturelles. L'Etat est en mesure d'aider la création et la diffusion de la danse par trois voies différentes : * l'aide à la création, qui s'adresse aux compagnies de création, * l'aide à la résidence, prioritairement pour les structures d'accueil du spectacle vivant engagées sur un projet chorégraphique, * l'aide à la diffusion, pour les structures engagées dans un processus de diffusion spécifiquement consacrée à la danse. 18
    19. Le budget de la culture en 2001 (+2,6% par rapport au budget 2000), premier budget préparé par Catherine Tasca et Michel Dufour, place l'action du Ministère de la Culture sous le triple signe de la diversité culturelle, de l'égalité d'accès, qui reste une préoccupation essentielle de l'action publique, et de la décentralisation culturelle. En matière de spectacle vivant, le soutien à la création et aux réseaux de diffusion se poursuit dans la diversité des disciplines, des expressions et des lieux où la danse se développe. Les priorités du Ministère vont aussi à la reconnaissance et au soutien de l'émergence de nouvelles générations et de nouvelles esthétiques, aux initiatives innovantes, à l'élargissement des publics et des pratiques, notamment par l'amélioration de l'offre en matière de sensibilisation et d'enseignement artistique. On note que se poursuit également une politique d'ouverture des scènes nationales à la musique et à la danse avec notamment, le Théâtre national de Chaillot 9 qui a ouvert largement sa programmation à la danse. L'article paru sous le titre "Une nouvelle impulsion pour la danse" dans La Lettre d'Information du Ministère de la Culture et de la Communication n° 93, en février 2002, confirme ces orientations qui sont appuyées par un budget de 76,23 millions d'euros (500 MF). I-1-B Le contexte général de fréquentation Nous prenons en compte la situation économique globale et la fréquentation des salles de spectacles en France, notamment pour ce qui concerne la danse, qui varient selon les régions et le soutien financier, les scènes nationales étant nettement avantagées. Globalement en 1991, concernant la fréquentation des spectacles de 9 Budget 2001, Rapport Culture et Communication du mercredi 20 septembre 2000 présenté par Catherine Tasca, Ministre de la Culture et de la Communication, et Michel Dufour, Secrétaire d'Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle. 19
    20. danse dans la population française âgée de 15 ans et plus, on constate que 17% sont allés voir un spectacle de danse, il y a plus de 4 ans, 8% il y a plus d'un an et moins de 4 ans. 9% sont allés voir au moins un spectacle de danse au cours des 12 derniers mois 10 et 66% ne sont jamais allés voir un spectacle de danse. L'analyse de la fréquentation de la danse dans les établissements d'action culturelle (maisons de la culture, centres d'action culturelle, centres de développement culturel) fait apparaître une légère progression globale de 13% depuis 1984. Ce chiffre concerne surtout la fréquentation des spectacles de danse contemporaine et ne peut être extrapolé à l'ensemble des spectacles de danse ; il est probable que la considérable augmentation de l'offre chorégraphique française depuis 1981 et le regain d'intérêt qu'elle entraîne, au moins de la part des médias et des programmateurs artistiques, ont eu un effet bénéfique sur la fréquentation globale des spectacles de danse. I-1-C Le contexte social général et de la pratique de la danse Perte des valeurs, ouverture des frontières, apport galopant de la technologie, recherche d'une identité, telles sont quelques-unes des raisons pour lesquelles resurgit un intérêt pour le patrimoine, sa mise en valeur, sa protection... La danse en fait partie. On sait que 6,6% de la population adulte française aimerait avoir l'occasion de voir un spectacle de danse, 10 % se déclarent au contraire "pas tentés du tout", et 80% n'ont pas d'opinion à ce sujet ; la plupart de nos concitoyens se montrent donc plutôt indifférents à la danse. L'évocation du mot "danse" n'éveille donc ni désir, ni sentiment de culpabilité : on peut socialement se passer de ballet de danse sans aucun problème. Une telle indifférence est d'autant plus remarquable que les spectateurs de danse manifestent, eux, une grande curiosité et une vive demande de danse. Le manque de 10 GUY Jean Michel. Les Publics de la Danse / La Documentation Française, Département des Etudes et de la Prospective. Paris, 1991. 20
    21. curiosité et le manque d'envie ne sauraient toutefois justifier à eux seuls la non- fréquentation de la danse : elle résulte de "l'inculture générale" des Français en matière de danse, et masque probablement les "peurs" qu'inspire la danse. La pratique de la danse s'avère être une activité plutôt jeune et féminine, dont l'expansion sociale semble récente : la proportion de Français qui déclare faire ou avoir fait de la danse est en effet notablement plus élevée dans les tranches d'âge correspondant aux jeunes générations. On remarque que la danse est pratiquée plus volontiers dans les classes moyennes (employés, professions de la santé et de l'éducation). En outre, la pratique de la danse est plus répandue chez les enfants que chez les adultes, puisque 12 % des français de 5 à 15 ans feraient actuellement de la danse contre 2 % d'adultes. La danse est "réservée", sinon imposée aux enfants ; elle est perçue par les parents comme une discipline proprement enfantine, réputée utile au développement physique de l'enfant, à l'éveil de sa sensibilité, voire à l'acquisition de 11 codes sociaux et sexuels de comportement. Dans une société où tout contribue à un individualisme forcené, la danse qui, à l'origine, tissait des liens, est devenue une activité individuelle recherchée parce qu'elle développe l'ego et des qualités artistiques. C'est aussi un métier, et un art de représentation. Elle est devenue un produit de consommation. Dans beaucoup de cas et pour de multiples raisons, la danse, qui, au début du siècle dernier, était proche du quotidien des populations, est devenue une activité de loisir. Elle n'est plus ce moyen convivial de rassemblement nécessaire à l'échange et à la cohésion de la collectivité. 11 CARDONA Janine, LACROIX Chantal., Chiffres clés, édition 1997. Statistiques de la Culture. La Documentation Française, Paris, 1997. 21
    22. I-1-D L'espace public de la ville Un des axes majeurs de la politique de la ville à Paris est la gestion par les habitants de leur environnement. Pour y parvenir, elle tend à donner valeur et fonction à un espace public pour qu'il devienne le lieu où la cohésion sociale est rendue possible. "Les projets culturels de quartiers veulent démontrer (...) qu'ils constituent un puissant levier, tant pour l'épanouissement personnel que pour la communication 12 sociale des habitants au sein de leur ville" . "Entrez dans la danse..." s'inscrit dans cette perspective. Selon les auteurs Riout, Gurdjian, et Leroux, "le phénomène de massification à l'oeuvre dans la ville enferme les individus dans une solitude douloureuse autant que 13 dangereuse." En effet, une forte densité de population amenuiserait les "rapports 14 proxémiques" entre les individus, engendrerait l'isolement et une moindre qualité de vie. Les recherches d'Edward T. Hall soutiennent l'idée que l'espace est organisé de façon à favoriser la communication entre les sujets, ou au contraire, leur isolement. D'où l'importance d'un projet qui va tisser du lien à plusieurs niveaux. D'après le Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, "la ville est un espace, avec des formes, dont la croissance laisse des traces encore visibles. C'est un lieu où l'histoire de tous rencontre les petites histoires de chacun et où la mémoire n'a pas disparu, pour peu qu'on s'y intéresse. C'est un climat, une ambiance, faits de petits riens du quotidien, des couleurs, des rythmes, des formes, des 15 bruits, des atmosphères, de la solitude et de la convivialité." Nous démontrerons d'ailleurs, grâce aux résultats de notre enquête, que l'histoire de la danse peut 12 AESCHBACHER Marianne, Mémoire de CMPC, Le projet culturel de St Denis, Sous la direction de Bernard DARRAS, Université Paris 1, 1997. 13 RIOUT (D), GURDJIAN (D), LEROUX (J.P.). Le livre du graffiti, Syros Alternatives, Paris, 1990. 14 WINKIN (Y). La nouvelle communication, Points Essais, Editions du Seuil, Paris, 1981. 15 Livret de l'environnement urbain, Ministère de l'Aménagement du territoire et de l'environnement. 22
    23. s'entremêler de nouveau avec l'histoire d'un quartier, et celle de ses habitants. Selon Nathalie Marshal, "l'art peut investir la ville dans des lieux éclatés, qualifiés de non culturels. Mis au second plan dans l'usage, ces lieux peuvent être choisis pour leur force. Ils créent alors une dynamique d'échanges qui s'établit entre 16 l'espace et les groupes sociaux qui le fréquentent." Ainsi, l'art, la danse peuvent être des vecteurs d'interactions entre l'espace et les habitants. Dans le XIIe arrondissement, nous ne sommes pas en présence de lieux éclatés, mais de lieux qui vont devenir, durant une journée et une soirée, des espaces d'interactions fortuites entre la population et la danse, entre les habitants et leur environnement dont l'usage habituel aura été détourné, entre la danse et l'espace public. En effet, Armel Huet affirme que "les personnes qui participent aux différentes animations ont la possibilité de s'investir dans des projets plus ou moins collectifs, de changer le registre du travail quotidien ou de l'école, de s'évader en quelque sorte, de rêver et de vivre ses passions, de se confronter à la technique, aux arts, et plus simplement aux autres. C'est l'occasion pour les personnes de s'investir, même 17 modestement ou discrètement, dans la vie sociale et culturelle de la cité." C'est en partie sur la base de ces réflexions que notre projet désire aussi établir des "passerelles" entre les habitants et la danse, entre les habitants et leur quartier, entre les habitants entre eux, en réclamant leur investissement et leur participation. C'est ainsi qu'ils vont s'approprier ou se réapproprier la danse sous ses multiples formes tout autant que leur cadre vie. Nous savons qu'il faudra provoquer une prise de conscience de la population concernée. Pour y parvenir, nous comptons nous appuyer sur le sondage effectué, sur une présentation-consultation du projet lors des conseils de 18 quartier , et, sur une communication développée en amont de la manifestation. 16 MARSHAL (N). La ville et l'art, Mémoire de CMPC, sous la direction de Bernard DARRAS, Université de Paris I, 1994. 17 HUET (A). L'action socioculturelle dans la ville, L'Harmattan, Paris, 1994. 18 "Les Conseils de Quartier, prévus dans la future loi "démocratie et proximité", sont des éléments de [la] 23
    24. La présence sur le terrain d'associations, porteuses de nombreux projets culturels de quartier, permet d'établir des relations privilégiées entre les habitants. Le réseau associatif fonctionne sur la notion d'initiative qui, selon José Aroncena, "se nourrit de la mémoire collective et se fonde sur l'énergie qu'elle est capable de mobiliser pour créer des activités nouvelles, un nouveau type d'échanges et de modes 19 de vie." C'est pourquoi notre projet fait largement appel aux initiatives des associations de danse du quartier, et de tout établissement qui a choisi de devenir partenaire de cette fête de la danse. I-1-E Le champ expérimental du projet : un quartier du XIIe Arrondissement Le XIIe arrondissement, où se situe le test de faisabilité de notre projet, a une superficie totale de 637,7 hectares. Il est constitué de quatre quartiers, respectivement nommés Bel Air (139,2), Picpus 20 (184,4), Bercy (190,4), et Quinze-Vingts (123,7). Au recensement de 1990, le XIIe arrondissement comptait une population de 21 130 274 habitants, ce qui représente 6,05% de la population parisienne. Le XIIe arrondissement est le plus vert de tous les arrondissements de Paris avec 24 jardins ouverts au public, ce qui représente 47,16% des espaces verts parisiens : le Parc de Bercy avec 133 600 m2 de superficie, la Promenade Plantée avec 22 000 m2, le Square Charles Péguy avec 13 000 m2, le Bassin de l'Arsenal avec 10 000 m2, et enfin, le Square St Eloi avec 10 000 m2. démocratie participative, le reflet et la prise en compte de l'exigence, sans cesse renouvelée par les changements sociaux, d'une participation toujours plus large de la population au service de l'intérêt public." Extrait du préambule de la Charte des Conseils de Quartiers adoptée par le Conseil du XII e arrondissement de Paris le 1er octobre 2001. 19 ARONCENA (José). Le développement par l'initiative locale, L'Harmattan, Paris, 1986. 20 Mairie de Paris. Paris en chiffres-Générique, édité par la Direction Générale de l'Information et de la Communication de la Mairie de Paris, Paris, 1996. 21 INSEE. Recensement de 1990. 24
    25. Le projet va se concrétiser dans le quartier de Bercy. Du fait de son parc et du secteur de Bercy-Village disposant de places et d'espaces piétonniers, il semble le plus adéquat. Les sites pressentis pour la première édition sont les suivants : La place des Vins de France, le Cours Saint-Emilion, la Maison de l'Etang/rue François Truffaut, la place Gabriel Lamé, la place Lachambeaudie/rue de la Nativité. Avant mars 2001, la politique de l'arrondissement, et ce, depuis une dizaine d'années, était tournée vers le développement de l'urbanisme, la rénovation des quartiers, et la valorisation de l'environnement, délaissant la culture. La population, bien que se renouvelant, est constituée d'une majorité "vieille école", qui préfère le calme aux activités un peu tardives qui viendraient troubler leur tranquillité, y compris le bruit occasionné par des discussions de trottoirs à la sortie d'un vernissage. Le premier constat que nous avons pu dégager de cette période, montre que les activités culturelles développées dans le XIIe arrondissement étaient à l'initiative des associations, des entreprises privées et commerciales, et des centres d'Animation (rattachés au Ministère de la Jeunesse et des Sports). Le second constat, lui, révèle que les associations culturelles, et les théâtres privés faisaient, dans la plupart des cas, peu ou pas remonter les informations liées à leurs activités ou à leur programmation aux services de la Mairie ; ceci était regrettable, puisqu'environ 1200 personnes fréquentent cet espace central de semaine en semaine. Mais, des raisons de divergences politiques pouvaient expliquer cette quasi-absence de partenariat formel ou informationnel. 25
    26. 22 Mademoiselle Pautras , chargée de la culture, tentait d'établir un lien de confiance entre la Mairie et les différents acteurs de la vie culturelle du XIIe, tout en admettant que son rôle était très limité. Elle conseillait les personnes, qui venaient solliciter son aide pour un projet, sur les démarches à suivre pour demander des subventions. Elle les dirigeait vers les directions administratives de la Ville de Paris, du Ministère de la Culture ou vers d'autres organismes compétents capables de répondre à leurs interrogations. "Je soutenais leur action par une lettre de recommandation, ou en visant leur dossier d'un avis favorable. Je me déplaçais sur les lieux des manifestations pour soutenir aussi par ma présence, en mettant moi-même la main à la pâte si le besoin s'en faisait sentir." Selon ses propres paroles, il n'y avait pas de politique culturelle de l'arrondissement en dehors de celle menée par la Ville de Paris, et donc, pas de budget, ni de lieux spécifiques appartenant à la Mairie du XII e. Elle était amenée cependant, depuis peu, à bénéficier d'une part du budget du Comité des Fêtes (ce dernier étant environ de 19 700 euros/an), à force de persévérance et de plaidoiries lors de réunions hebdomadaires. A son arrivée, cela semblait pratiquement impossible puisque tout était déjà cloisonné, réparti et attribué par avance, presque traditionnellement. Grâce à ses démarches, des prêts de salles municipales au sein du bâtiment de la Mairie ont été accordés pour l'organisation d'expositions. Des aides logistiques et publicitaires ont été attribuées pour la mise en place de manifestations. La culture ne semblait pas être une priorité du Maire, ni de son adjoint, pas plus que le domaine socio-culturel. Aucune association culturelle n'était subventionnée par la Mairie du XIIe. Il semble que les différents arrondissements de Paris aient été fortement tributaires de la politique culturelle de la Ville de Paris, qui, par ailleurs, était brillante et foisonnante. Ceci ne permettait pas une gestion décentralisée des projets de quartier. La Mairie du XIIe arrondissement s'appuyait donc sur les activités culturelles 22 Compte-rendu de l'interview de Melle Pautras, Chargée de la culture dans le XII e arrondissement réalisée par Valérie Gros-Dubois en février 1998. 26
    27. des associations qui leur servaient de relais pour une vie culturelle au sein même de l'arrondissement. Elle tentait de faire le lien entre les différentes associations qui avaient les mêmes activités pour organiser des rencontres. Mais là encore, avec peu de succès, car ayant été absente de leur parcours tant financièrement qu'humainement, une méfiance demeurait omniprésente. Depuis les élections de mars 2001, il apparaît que la volonté de la nouvelle municipalité soit de permettre aux habitants du XIIe de se réapproprier leur arrondissement. Nous le constatons par la place faite à l'information sur la vie et les activités de ce dernier, sur sa vie associative depuis ces deux dernières années, mais aussi, par un désir affirmé et des projets concrets pour une culture de proximité. Notamment, avec le projet "Le Dansoir" porté par Karine Saporta, chorégraphe renommée, et Nadine Rémy, chargée de la culture auprès du nouveau Maire Michèle Blumenthal, nous notons l'intérêt sans précédent de la nouvelle municipalité pour la création chorégraphique actuelle. La préoccupation de la Mairie du XIIe arrondissement pour la qualité de l'environnement et de la vie quotidienne de ses concitoyens rejoint celle de l'Hôtel de Ville. Elle l'amène à embrasser des événements qui relient ses priorités en faveur de l'urbanisme et de la convivialité dans les quartiers. La montée de l'urbanisme rend nécessaire le renforcement du lien social, afin de lutter contre l'individualisme et la solitude : une fête de la danse peut en être le médiateur privilégié, et créer une rencontre inopinée entre toutes les couches de la population, des plus jeunes aux plus âgés. En matière de danse, nous avons répertorié le Conservatoire Municipal Paul- Dukas, une dizaine d'écoles de danse, sept centres d'animation (Ville de Paris), et une quinzaine d'associations pluri-artistiques où l'on pratique la danse (divers styles). On 27
    28. compte aussi treize théâtres privés (qui ne programment pas tous de la danse), un établissement public l'Opéra Bastille, et le Palais Omnisport de Paris Bercy. Le Conseil de Quartier de Berçy, qui est un cadre régulier de concertation entre les habitants et la municipalité, va jouer un rôle prépondérant dans la mise en oeuvre du projet. Il participe à l'animation du quartier. Il est une source d'informations sur les préoccupations des habitants, mais également une source d'informations pour les habitants. Lors du Conseil de Quartier du 2 octobre 2002, l'insuffisance de l'animation était constatée dans le quartier de Bercy. On notait le manque de manifestations culturelles. " Plusieurs intervenants ont souligné la nécessité de mettre en place des 23 lieux d'animation culturelle et sportive, d'organiser des fêtes..." . Déjà, la commission d'animation et de projets culturels du conseil de quartier s'avère être un outil favorisant le dialogue entre Mouvance d'Arts, les habitants, les associations, et les commerçants du quartier de Bercy. I-1-F La danse : une histoire, une mémoire, un médium Le Robert définit le terme de danse, dans son sens premier et principal, comme ayant "des connotations très différentes selon les contextes : d'une part, chorégraphie (danse classique, entraînant le vocabulaire propre de la chorégraphie), danses propres à chaque civilisation (antiques, modernes, européennes et exotiques, "orientales", etc.), danse professionnelle moderne liée au spectacle (music-hall, etc.) ; d'autre part, activité sociale réunissant hommes et femmes pour danser, avec une évolution historique considérable, des danseries du XVIe et du XVIIe siècles aux bals, sauteries, 24 surprises-parties et aux lieux publics consacrés à la danse (dancings)" , de la danse classique jusqu'à la danse contemporaine. Et c'est bien dans ce contexte que le projet s'inscrit. Cette fête de la danse invite 23 Compte-rendu du Conseil de Quartier de Bercy du mercredi 2 octobre 2002, Sébastien Roy, Chargé de mission à la Démocratie locale. 24 Dictionnaire Historique de la Langue Française, Le Robert, Sous la direction de Alain Rey. 28
    29. toutes les danses à entrer dans la Danse, et ceci, dans l'espace public, au dehors, rompant avec toutes les barrières pour aboutir, dans cette réunion d'hommes et de femmes, à une mémoire en marche... La danse est un des seuls arts à ne pas avoir de système d'écriture universel. La musique, le silence portent la danse, c'est-à-dire qu'ils portent le mouvement, l'espace, le temps... La musique est légitimée par son écriture, ce qui n'est pas le cas de la danse. Pourtant certains systèmes d'écriture existent (Laban, Conté, Benesh ....), mais ils sont très peu utilisés. Ils sont souvent des codes inventés directement par le chorégraphe pour mémoire. La danse se travaille donc " à l'oreille " avec des comptes, des images visuelles et verbales, des sensations corporelles, des représentations mimétiques du quotidien, la dynamique, l'énergie, l'utilisation de l'espace... Comment donner son importance, sa légitimité à un art, la danse, qui n'existe pas "matériellement", surtout dans une société de culture occidentale où la culture de l'écrit prédomine ? En effet, dans les sociétés primitives, la tradition orale est forte, la danse tient encore une place importante. Elle se transmet de génération en génération, ainsi son rôle de cohésion sociale demeure. Quoi qu'il en soit, la danse pose, par son essence éphémère, le problème de la mémoire. L'avancée technologique, telle qu'on la perçoit au travers du cinéma, de la vidéo et du multimédia offre désormais de nouveaux supports pour la transmission de la danse de génération en génération. La danse, autant que la musique, nécessiterait un éventail de définitions distinguant, au sein des activités de recherche qu'elle suscite, les axes majeurs autour desquels celles-ci s'ordonnent. Le terme globalisant de " recherche en danse " regroupe à l'heure actuelle les premières pistes d'exploration et les récents travaux sur les notions de patrimoine, d'écriture et de mémoire de la danse. Ils sont destinés à connaître d'importants développements dans l'avenir. 29
    30. "La première danse fût un acte sacré. L'ancêtre des danseurs a 14 000 ans. C'est sur le site de Séfar, dans le massif du Tassili des Ajjers, qu'une peinture pariétale montre la coexistence des techniques de danse au néolithique : bond, renversement du corps cambré, extension des bras, tournoiement... La danse de groupe apparaît 8 000 ans avant Jésus-Christ dans une grotte près de Palerme. C'est la première représentation de la Ronde à l'intérieur de laquelle le meneur de jeu est au centre (la ronde étant le mouvement primitif de la danse chorale). 25 Notons que la danse est considérée ici, notamment, comme un jeu." On recense, entre autres, - les danses primitives : - celles liées à des rites de la vie quotidienne (combat, chasse, cultures, saisons), - celles liées à des rites de passages (naissance, initiation, mariage, mort), - celles liées à des rites thérapeutiques ; - les danses magiques et religieuses (notamment, la danse-prière, la danse de culte...) ; - les danses de divertissements ou spectaculaires dont font partie le ballet populaire, politique, burlesque, classique, moderne, moderne-jazz, jazz, contemporain ; - les danses de sociétés, de salon (apparues de 1820 à 1900) : la contre-danse (en ligne), et le quadrille (en carré), le galop, la valse (présente en France dès 1780), valse viennoise et valse latine, valse moderne (on y tourne en permanence. Début : 1820), le chahut-cancan, la polka (1844), la polka piquée, la mazurka, la java, la scottish (introduite en France en 1849), la redowa (elle apparaît vers 1860, elle eut une durée de vie de 10 ans), le pas de quatre, le pas des patineurs, la berline, l'ostendaise, le cotillon, la matchiche (vers 1900 : succès court), la musette ; - la vague latino "des danses chaudes" depuis le début du XX ème siècle : le tango classique (naissance en 1880 à Buenos Aires et Montevidéo), le tango argentin (il est arrivé d'Argentine en France en 1905), la rumba, le paso-doble, le chacha, le danzon, 25 PRUDHOMMEAU Germaine, Histoire de la Danse. Université de Paris I Panthéon -Sorbonne. Paris, année universitaire 1982-1983. 30
    31. le boléro, le bayon, la samba, le mambo, la biguine, la lambada, la salsa portoricaine, la salsa cubaine ; - l'influence des ballets russes durant la période 1900-1940 qui bouleversa la chorégraphie, mais plus encore les costumes et les décors ; - l'influence de l'Amérique : le boston (1880), le cake-walk (il est né en 1903 dans les plantations du sud ; c'est une caricature des maîtres blancs par les esclaves noirs et il est le précurseur du jazz qui apparut vers 1920 dans les salles de bal françaises), le grizzly bear dance ou la danse de l'ours, le bunny hug ou l'étreinte du petit lapin, le turkey trot ou la danse du dindon (ces danses viennent de l'Amérique rurale et du mimétisme des animaux), le one step, le two step (présent de 1900 jusqu'après la Première Guerre), l'avionnette ou l'aéronette (liée au début de l'aviation), le charleston, le foxtrot, le twist, le swing, le triple swing, le jive, la tap dance ou claquettes, le rock (1954-1960 : période d'apothéose), le rock acrobatique, le be-bop, le disco ; - la danse folklorique dont les danses paysannes : la moresque (XIVe siècle, connue en Angleterre), la gaillarde (XVe siècle, connue en France, Allemagne, Angleterre, Espagne), la volte (XVe siècle), la bourrée (XVIe siècle), la gavote (XVIe siècle, danse de montagnards d'Auvergne et des Alpes de Provence), le passe-pied (XVIe siècle, originaire de Bretagne), la gigue ; dont les danses de cour : le branle (XVIe siècle), la courante (1515), la pavane (XVIe siècle, fréquemment exécutée par les rois et les reines), l'allemande (fin du XVIe siècle) ; dont les chorégraphies de lignes : la ronde, la farandole ; - les danses de groupe plus récentes dites "à pulsation électronique" : le rock (déjà cité), le rap, le disco (déjà cité), la danse hip-hop (née dans le Bronx à New York vers la fin des années 70) avec la break dance, le smurf ou électric boogie, la hype et enfin la techno ; - les pratiques artistiques pour amateurs avec notamment l'exploration de toutes sortes de formes étrangères à notre culture, danses métissées pratiquées pour elles-mêmes : le hip-hop, la danse africaine, la danse amérindienne, la danse indienne, la capoeira brésilienne, la danse orientale, le flamenco, la danse jazz, la danse moderne-jazz, la danse afro-jazz, la danse urban-jazz (danses faites sur de la musique jazz) la danse 31
    32. moderne, la danse contemporaine, l'expression primitive (danses tribales) ; - la danse escalade ; 26 - la danse classique. La danse souvent liée à des expressions de joies, de tristesses, de grandes sensations, a été la plupart du temps associée à des fêtes de toutes natures, familiales, commémoratives... La danse, mémoire inscrite dans le corps, va exprimer au-delà des mots. C'est une transmission de génération en génération à la manière de la tradition orale. Ainsi, comme le souligne Elie Faure : La danse "est une forme liturgique élémentaire de communion organisée qui élève l'instinct individuel à la conscience la plus fervente, sinon la plus lucide des intérêts supérieurs de la collectivité (...). Elle rappelle sans cesse à cette collectivité par ses rythmes puissants, par ses répétitions rituelles, par ses retours périodiques qui célèbrent les événements les plus solennels de la vie sociale, qu'il convient de sauvegarder dans les moeurs l'ordre qu'enseignent aux hommes les manifestations constantes de l'univers astronomiques et biologiques... La 27 danse est la première messe célébrée par les humains." Elle porte en elle une part de l'histoire du mouvement, une part de l'histoire de chacun, une part de l'Histoire. C'est ce que nous chercherons à confirmer au cours de notre étude. Ce qui nous amène à penser la danse comme facteur d'intégration à une communauté, à un environnement, un facteur de convivialité nécessaire. Le Groupe de Recherche pour l'Education et la Prospective remarque d'ailleurs que "de tout temps la danse a été l'une des manifestations les plus expressives de la vie et de l'imaginaire des collectivités humaines [...] Dans les formes laïcisées que nous lui connaissons aujourd'hui, elle est à la fois jeu et rituel, donnant à voir dans ses gestuelles, ses rythmes et ses mouvements, l'infinie variété des rapports qui se jouent dans la fête 26 Classement des danses non exhaustif proposé par Valérie Gros-Dubois à partir des sources de l'Histoire de la danse de Germaine Prudhommeau, du Besoin de danser de France Schott-Billmann et de Danser en société, Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui, de Henri Joannis-Deberne. 27 FAURE Elie. L'Homme et la Danse. Historien de l'art et essayiste français (1873-1937), auteur d'une Histoire de l'Art 1909-1927 et de l'Esprit des Formes 1927. 32
    33. 28 comme dans la vie, entre chacun et l'autre, entre chacun et les autres" . "Danser est [...] une pratique largement interculturelle. Le bal, la fête, mais aussi la danse rituelle sont l'occasion pour des jeunes de se confronter à des anciens, des hommes à des femmes, des gens de différentes ethnies à d'autres groupes. La danse est un moyen privilégié d'intégration sociale. Elle aide l'étranger à trouver sa place dans le groupe local qu'il découvre, tout en donnant à ce dernier l'occasion d'affirmer son 29 identité collective." Le bal tiendra ainsi une place de choix au sein du projet. Le terme de bal, dans Le Robert, est "le déverbal (1150-1200) de l'ancien et moyen français Baller (v.1165) "danser, remuer, se balancer" (av. 1249) [...] et a été synonyme de "danse" jusqu'au XVIe siècle. Par métonymie, il a pris sa valeur actuelle de "réunion dansante" (1228), s'appliquant aussi à des lieux où l'on se réunit pour danser (1794). Selon les coutumes et les styles de danse mondaine ou sociale, le mot donne lieu à des syntagmes (bal public, bal masqué, bal musette ; carnet de bal...) et à des locutions parfois figurées, comme conduire le bal "mener, diriger (une action)". Selon Henri Joannis-Deberne, à la fin du XVIIIe siècle l'on recense environ 400 bals publics (danses populaires et de salon). Et même après la deuxième guerre mondiale, si l'on note une forte diminution de ces réunions dansantes, elles demeurent, puis évoluent vers de nouvelles formes. 30 Le bal était "la fête de tous les sens" , qui avait ses "mécanismes de régulation 31 32 sociale" . "La société s'y mettait en scène" et il y avait "des bals à tous les niveaux de 28 Danse, Education, Société, in Pour n°145. Groupe de recherche pour l'éducation et la prospective GREP, Paris, 1995. 29 Ibid. Danse, Education, Société, in Pour n°145. Groupe de recherche pour l'éducation et la prospective GREP, Paris, 1995. 30 JOANNIS-DEBERNE (H). Danser en société, Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui, Christine Bonneton Editeur, Paris, 1999. 31 Ibid. JOANNIS-DEBERNE (H). Danser en société, Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui, Christine Bonneton Editeur, Paris, 1999. 32 Ibid. JOANNIS-DEBERNE (H). Danser en société, Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui, Christine Bonneton Editeur, Paris, 1999. 33
    34. 33 la société" .... On peut classer "les bals du XIXème siècle en quatre niveaux, correspondant aux diverses classes sociales qui les fréquentaient, des aristocrates aux 34 classes sociales les plus modestes" . Chaque bal avait son mode de fonctionnement et ses codes. Il regroupe sous l'appellation de bals aristocratiques, les bals d'apparat, les bals costumés (festival du narcissisme), les bals masqués (où l'anonymat est de rigueur), les bals blancs (où seuls dansaient les jeunes filles et jeunes garçons à marier), les bals de bienfaisance, les bals officiels (on y vient pour être vu) ; sous l'appellation de bals de société ou bals d'associations (associations de métiers, d'anciens élèves, de sportifs, de pratiquants d'une activité, d'originaires d'une région qui se réunissaient pour un bal 33 Ibid. JOANNIS-DEBERNE (H). Danser en société, Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui, Christine Bonneton Editeur, Paris, 1999. 34 Ibid. JOANNIS-DEBERNE (H). Danser en société, Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui, Christine Bonneton Editeur, Paris, 1999. 34
    35. environ une fois par an), les bals des métiers, les bals des mutuelles, les bals régionaux, les bals étudiants ; sous l'appellation de bals publics (souvent mal famés. Entreprise commerciale ouverte à tous), les bals de carnaval (le bal de l'Opéra 1715- 1903), les grands bals publics (le bal Mabille 1840-1875 ; le bal Bullier ou Closerie des Lilas 1847-1920) , les bals célèbres (le bal du Moulin Rouge ; le bal du Moulin de la Galette) ; et enfin sous l'appellation de bals populaires, les bals de célébration (pour célébrer une occasion telle que le jour de l'An, les Rois, les oeufs de Pâcques, la fête 35 36 du muguet, la Sainte-Catherine, le 14 juillet ), les bals de quartier, les bals musettes , les bals voyou (ou bals de barrière, parce qu'ils se déroulaient aux portes de Paris car mal fréquentés). Selon Ginot I. et Michel M., concernant la danse moderne, " la danse, et tout particulièrement la danse moderne, reste cet art énigmatique dont l'histoire est enfouie dans le corps et la mémoire vivante, et mobile, de ses interprètes. Au-delà du seul problème de la reconstitution ou du maintien d'un répertoire moderne, toute interrogation sur cette mémoire atteint dans le même mouvement le corps des danseurs et les sources de la création. C'est pourquoi aussi, plus peut-être qu'à d'autres arts, la conscience de sa propre histoire lui est nécessaire : l'héritage passif ou inconscient des acquis historiques s'inscrit dans le corps et la pensée des danseurs, et, tant qu'il n'a pas été identifié en tant que tel, il modèle leur langage, leur mouvement et 37 leur pensée." Nous chercherons à montrer qu'une mémoire préservée passe aussi par le partage entre les danseurs et les publics. 35 " Les bals du 14 juillet furent, en quelque sorte, une conquête du peuple. On avait planté le 14 juillet 1790 une pancarte sur les ruines de la Bastille " ici l'on danse", et on y tint un bal. Pendant les deux tiers du XIX e siècle, cette fête républicaine eut du mal à être reconnue car la France d'alors n'était pas une république. Le 14 juillet ne fut choisi comme fête nationale que le 8 juin 1880. La grande époque du bal du 14 juillet fut l'entre-deux guerre où triomphait l'esprit laïque et républicain. La fête comprenait représentations de théâtre gratuites, défilé militaire, retraite aux flambeaux, discours du maire, bal et feu d'artifice.[...] La tradition reprit dans l'euphorie dansante de 1947. [...] Ces bals de rue du 14 juillet décrurent lentement dans les années 60", in Danser en société, Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui, de JOANNIS-DEBERNE Henri, Editions Bonneton, Paris, mars 1999. 36 On dansait au son d'une cornemuse fonctionnant avec un petit soufflet sous le bras qui s'appelait musette et qui venait d'Auvergne. 37 GINOT (I), MICHEL (M). La Danse au XXe siècle, Bordas, Librairie de la Danse, Paris, 1995. 35
    36. Par ailleurs, d'après la compagnie toulousaine "Revêtement Mural", qui est née de la rencontre entre un grimpeur Vincent Rebours et une danseuse professionnelle, Valérie Nègre, et qui propose donc un type de danse spécial, "la Danse Verticale, qui explore un milieu inhabituel, à l'image de l'eau pour l'apnéiste, révèle à l'intérieur du corps, doucement, nécessairement, des espaces inconnus où le mouvement peut 38 naître." Dans l'espace public, qui n'est pas le cadre habituel de la danse, il s'agit aussi d'une exploration qui ne se fera pas uniquement en douceur. Elle donnera naissance à n'en pas douter à une gestuelle, une écoute et des rencontres spécifiques à l'intérieur et à l'extérieur du corps, chez les danseurs comme chez les spectateurs/acteurs. Pour cette compagnie qui offre des spectacles dansés de rue, "il est des mises en scène qui élargissent tout de suite le lieu du spectacle. C'est une ouverture sur plusieurs plans qui met le spectateur en prise directe avec la folie de l'imaginaire. Du sol au plafond, de la chute à l'envol, sur ou entre les murs, l'événement scénique surgit, les corps se 39 déplacent et réinventent le moindre recoin en tissant l'espace au fil de l'étrange." Notre projet veut stimuler des créations originales qui s'adaptent aux sites naturels ou architecturaux. Nous avons commencé à constater cette stimulation théorique auprès des chorégraphes rencontrés au cours du processus de mise en oeuvre, mais nous ne pourrons la vérifier réellement qu'en observant les propositions chorégraphiques auxquelles la manifestation va donner naissance. I-1-G Fête / Festival Le mot fête a d'abord " le sens de "célébration faite à un jour marqué" dans un contexte religieux. Par extension, il désigne une réjouissance qui rompt avec la vie quotidienne, un ensemble de réjouissances organisées, une cause de plaisir, une 40 commémoration" . Quand au terme de festival, il désigne une période de fête avec de 38 Propos de Valérie Nègre et de Vincent Rebours recueilli sur le site internet de la Compagnie Revêtement Mural, 2000. 39 Propos de Valérie Nègre et de Vincent Rebours recueilli sur le site internet de la Compagnie Revêtement Mural, 2000. 40 Dictionnaire Historique de la Langue Française, Le Robert, Sous la direction de Alain Rey. 36
    37. la musique. Le Robert nous indique que "par extension, festival s'emploie en français dans d'autres arts que la musique, et, par figure, désigne une manifestation complète 41 des aptitudes, du talent de quelqu'un [...]". Dans le cadre du projet, il s'agit d'une célébration des diverses formes de danses hors du cercle qui leur a été circonscrit, qui va provoquer rencontres, partages, échanges, implications, médiations diverses. Nous avons recensé à ce jour plus d'une centaine de festivals ou manifestations culturelles de danses, tous genres confondus sur 42 la France entière pour la période 2002-2003. L'un des premiers festivals à inviter la danse dans la rue est Danse à Aix. Ceci dans un contexte particulier : " au début du festival, Odile Duboc, Daniel Larrieu ou Georges Appaix ne disposaient pas de salles ; quoi faire d'autre que danser dans la 43 rue ? " rappelle Ginette Escoffier, ex-directrice de ce festival né en 1977. Par la suite, selon Jean-Claude Diénis, "c'est devenu ainsi mieux qu'une habitude, une tradition, une spécialité à l'égal du calisson. Mais rien d'improvisé dans cette affaire : on a rendez- vous sur une place avec un spectacle généralement conçu pour l'endroit, on arrive à 44 l'heure, on s'installe, à l'ombre de préférence, et on suit...comme au théâtre...". "De la danse, donc, au coin des rues, sur les placettes, dans les parcs et jusque dans les fontaines, de la danse suspendue même, au milieu des arbres... Les plus grands chorégraphes répondent présents à cette demande incongrue qui va devenir le label de Danse à Aix. Carolyn Carlson, Susan Buirge, Alvin Nicolaïs, Dominique Bagouet, Maguy Marin...mais aussi le ballet de l'Opéra de Paris arpentent le pavé ou se hissent sur des podiums de fortune. Pour Ginette Escoffier, la Flamande Anne 41 Dictionnaire Historique de la Langue Française, Le Robert, Sous la direction de Alain Rey. 42 Conf. le Tableau des Festivals de danse recensés en ANNEXE IX. 43 Propos recueillis par Jean-Claude Diénis dans la revue n° 190 de Danser, Spécial Festivals. Article "Viens dans ma rue ! " Juillet/Août 2000. 44 Extrait de l'article "Viens dans ma rue ! " de Jean-Claude Diénis dans la revue n° 190 de Danser, Spécial Festivals. Juillet/Août 2000. 37
    38. Teresa de Keersmaeker se plie à la contrainte des rencontres préalables avec le public, tandis que Bernard Menaut conçoit des performances sur le marché d'Aix entre cageots de légumes et jets d'arrosage des balayeurs. "Rien ne me faisait plus plaisir que voir, le matin, les ménagères poser leur cabas pour suivre un atelier avec Rosella Hightower et puis repartir comme si de rien n'était. Aujourd'hui, ce sont les répétitions publiques chaque soir qui affichent complet. Je crois au dialogue et à la nécessité de donner des clefs aux spectateurs... Il fallait tout de même une bonne dose de folie pour oser faire danser des gens dans une ville aussi traditionnelle, amoureuse de ses vieilles pierres et uniquement préoccupée de son festival de musique lyrique," ajoute 45 néanmoins Ginette Escoffier-Carrère en guise de parenthèse." L'idée de notre projet n'est pas d'ajouter un festival ou une manifestation de plus dans la cartographie déjà existante, mais de créer, une fête de la danse annuelle unique en son genre qui rallierait les multiples partenaires à un moment T. I-1-H La rue : une scène et des décors naturels et urbains en 3D Une fois par an, la danse multiforme va rejoindre et investir la rue en qualité de fête à part entière, et en ce sens, elle va s'inscrire dans le long parcours des Arts de la rue. Le théâtre, la danse, la musique, les arts forains et de prouesses, les arts plastiques, l'audiovisuel et les effets spéciaux sont des disciplines constitutives de ces arts de la rue. "C'est en paraphrasant le napolitain Pino Simonelli : la ville est un théâtre à 360° que peut s'argumenter en grande partie l'évolution des Arts de la rue et plus particulièrement du Théâtre de Rue contemporain. Durant la période intuitive et festive des années 70, de nouveaux saltimbanques se forgent une pratique de rue entre le plaisir de jouer pour un public nombreux, acquis 45 Extrait de l'article "Quand la ville danse" de Rosita Boisseau dans l'hebdomadaire Télérama Spécial Festivals, n°2682 - 6 juin 2001. 38
    39. et avide de convivialité, et la dure réalité d'animer artistiquement les Z.U.P. et les Z.A.C. dans les périphéries des grandes villes. De ces chocs contradictoires se dégage un genre spécifique. Les artistes dans la rue deviennent des artistes de rue ; ce déplacement du dedans au dehors reposant sur le simple fait d'altérités multiples. Altérités des lieux, de leurs dimensions, de leurs matériaux et matières, de la lumière. Altérité des espaces sociaux et des pratiques sociales où se joue l'enjeu artistique. Ces 46 altérités constituent une part importante du fondement des Arts de la Rue modernes." Le projet va rebondir sur ces altérités pour que l'on danse de nouveau dans les espaces publics en d'autres occasions que celle de notre fête, avec d'autres projets, d'autres expériences qui pourraient se multiplier. Comme c'est le cas déjà, notamment, avec les Rencontres d'Ici et d'Ailleurs organisées par la Compagnie Oposito depuis presque quinze ans. Cette compagnie propose à sa ville, Noisy-le-Sec, et à ses concitoyens, un rendez-vous annuel, un lieu d'échanges et de confrontations. Une dizaine de compagnies de danse sont invitées à présenter leur création devant un public de plus en plus nombreux. Depuis 1999, leur démarche s'ouvrant à d'autres horizons a permis de découvrir les univers musicaux de plusieurs fanfares : Oxyde de Cuivre, le Snob, Uranus Bruyant et Acousteel Gang. Cette manifestation se déroule essentiellement en extérieur, et les intervenants sont aussi invités à prendre part à un spectacle commun où se conjuguent les divers savoir-faire. I-1-I Du dedans au dehors Généralement, le principe des lieux où se pratiquent la danse, les spectacles de danse, repose sur une rupture avec la réalité : les sons, les lumières les odeurs de la vie du dehors sont en partie exclus. On met les spectateurs dans des conditions de représentation coupées de la réalité ; ils sont eux-mêmes de plus en plus coincés dans un minimum d'espace. Le prix des places aussi sélectionne les publics. 46 "L'espace public de la ville : la scène d'un théâtre à 360° ", le lieu, la scène, la salle, la ville. Dramaturgie, scénographie, et architecture à la fin du XX ème siècle en Europe. Note d'intention de l'intervention de Michel Crespin au Centre d'Etudes Théâtrales de l'Université de Louvain La Neuve - Décembre 1997. 39
    40. La scène de notre projet est l'espace public, inscrit dans un environnement urbain chargé de signes préexistants dont il faudra tenir compte comme de la particularité des différents lieux, des couleurs, des sonorités du quartier. "Une autre différence est le rapport au public. Dans sa nature d'abord : le public de la Rue est un public-population dans une très grande diversité culturelle et sociale. Dans son comportement ensuite : dans l'espace public, on a, en tant que spectateur, une palette de choix qui n'existe plus dans les lieux de la convention devenus trop codés dans leur organisation spatiale, leurs rituels. Dans la rue, on peut partir, rester, 47 changer son angle de vision, et dans ce sens devenir "acteur"[...]" ou danseur. Ainsi, le processus de la Rue est actif, il demande de la part du spectateur une démarche personnelle, un questionnement, un positionnement. Il n'est pas seulement sollicité au niveau de son cortex pour juger ; tout son corps et sa présence sont engagés et à sa façon, il danse déjà. I-1-J La Journée Internationale de la Danse La Journée Internationale de la Danse a été instaurée en 1982 à l'initiative du Comité Internationale de la Danse de l'Institut International du Théâtre de l'UNESCO. La date choisie pour fêter la journée est le 29 avril, date de commémoration de 48 l'anniversaire de la naissance de Jean-Georges Noverre (1727-1810) , qui est généralement reconnu comme le créateur du ballet moderne. Chaque année un message international rédigé par une personnalité de la danse 49 mondialement reconnu, est diffusé. En 2003, cette charge a été confiée à Mat Ek . "Les objectifs de la Journée Internationale de la Danse et du Message sont de réunir le 47 Crespin Michel. Réflexion d'un pionnier, in Hors les Murs, Hors série. Parc de la Villette, Paris, octobre 1997. 48 Noverre (1727-1810) : Danseur et chorégraphe français. Ses "Lettres sur la danse et sur les ballets" (1760) tendent à réformer la danse pour en faire un art autonome (musique et costumes spécifiques) et une peinture de la vie. 49 Chorégraphe contemporain suédois, ex-directeur artistique du Ballet Cullberg. Depuis 1993, il est chorégraphe indépendant. 40
    41. monde de la danse, rendre hommage à la danse, célébrer son universalité et, franchissant toutes les barrières politiques, culturelles et ethniques, rassembler 50 l'humanité toute entière en amitié et paix autour de la Danse, langage universel." De nombreux pays ont répondu présent à cette initiative, notamment des institutions aux Etats-Unis, en Afrique, en Bulgarie, en Finlande, en Suisse, au Canada... Cependant, on constate que cette Journée Internationale de la Danse en France n'a pas, à ce jour, rencontré l'adhésion et la résonance, sûrement escomptée, dans le milieu chorégraphique et au niveau des publics. Un lien ne s'est pas effectué. La raison majeure nous semble être contenue dans l'un des objectifs : en effet, "réunir le monde de la danse" , monde à part pour beaucoup, ne tient pas compte des différents publics qui pourraient en devenant participants-acteurs-danseurs porter cette Journée en se l'appropriant. Cette Journée semble être tournée essentiellement vers la pratique professionnelle ; elle gagnerait à embrasser les pratiques amateurs et populaires. La Fête de la Musique s'est appuyée premièrement sur les pratiques des amateurs, sur l'initiative des musiciens prêts à s'emparer du 21 juin comme d'un moment festif pour partager leur musique avec les autres. C'est ce qui a fait son succès des premières années. Cette appropriation par la population d'une Journée de la Danse nous paraît essentielle. Une Journée Internationale de la Danse ne touche pas les gens dans leur quotidien au prime abord. Elle doit devenir aussi la leur, par des dispositifs de proximité qui s'inscrivent dans leur "monde". Afin que cette journée prenne son essor en France, elle doit aussi s'enraciner dans les esprits par une inscription dans leur quartier, leur arrondissement, leur ville, leur village, leur hameau. Cependant, l'existence de cette Journée ne peut être ignorée de l'équipe de Mouvance d'Arts, et l'idée de faire coïncider la première édition d' "Entrez dans la danse..." et les suivantes, avec cette date du 29 avril est à l'étude. Nous sommes entrés 50 Texte emprunté au site internet de l'Unesco. 41
    42. en contact avec le Comité de la danse de l'Institut International du Théâtre de l'Unesco dans cette perspective, mais aussi pour envisager un travail commun pour que cette journée trouve un plus grand rayonnement à Paris et en France auprès des différents acteurs et publics. I-1-K Le projet "ENTREZ DANS LA DANSE..." Le projet pose la question de la création chorégraphique en milieu urbain , du dedans au dehors. On pourra observer comment la ville et l'espace public vont susciter chez les artistes professionnels, les amateurs, les différents participants, une autre manière d'aborder la création, d'envisager les publics et de provoquer des rencontres. Dans notre programmation figurent des compagnies de danse de rue qui ont une expérience des conventions innovantes de représentations en extérieur. Certaines compagnies ont entamé un travail de recherche et une démarche pour amener leurs chorégraphies au-dehors, d'autres manifestent le désir de se confronter à cette aventure avec tout ce qu'elle implique. Notre projet va aussi localement développer une responsabilité artistique de proximité et agir en qualité de partenaire culturel. Sa mission d'intérêt public auprès des institutions, des collectivités territoriales, et des associations sera de mener à bien un travail de création collectif ponctuel ou d'accompagnement des formes chorégraphiques festives et traditionnelles proposées. I-1-L L'Association Mouvance d'Arts L'association Mouvance d'Arts a été créée officiellement le 4 mai 2002 pour soutenir et mettre en oeuvre le projet "Entrez dans la danse..." sous l'impulsion de la conceptrice de ce dernier. Elle réunit un collectif de six membres fondateurs pour la plupart artiste ou créateur. 42
    43. Cependant, son objet ne se borne pas à la concrétisation de ce seul projet. Elle a pour but de promouvoir des événements culturels et artistiques, d'assurer un rôle de conseils, de gestion et de coordination de projets en France comme à l'étranger, de développer des activités, notamment chorégraphiques, et des débats artistiques visant à enrichir les actes de création et la réflexion qu'ils engendrent. Mouvance d'Arts développe ainsi des ateliers artistiques d'expression corporelle et picturale pour enfants, depuis le mois de janvier 2003 en partenariat avec le Centre social de la rue de Charenton dans le XIIème arrondissement, et la CAF de Paris. L'association depuis l'ouverture de ces activités compte une trentaine d'adhérents, comprenant les enfants mineurs (10) et leurs parents (20). Les ateliers présenteront une petite prestation des enfants de 3 à 9 ans dans le cadre de la première édition de la manifestation "Entrez dans la danse ...". L'association a, par ailleurs, commencé bénévolement à assurer son rôle de conseils auprès d'autres associations, et de maisons de production, telles que Ligne de Mir, Carthago, Réalités Créoles, Madiana Productions. Le développement des activités de l'association permet de tisser un réseau de relations. Ces ressources humaines ne demandent qu'à être exploitées, au sens noble du terme, pour la réussite du projet. La mise en oeuvre d' "Entrez dans la danse..." est possible grâce à une équipe de travail constituée des membres de l'association Mouvance d'Arts, ainsi que d'intervenants extérieurs, qui ont su embrasser la vision prometteuse de cette manifestation, et y contribuer par leurs talents. Le parrainage et la co-direction artistique sont assurés par Monsieur Pierre Doussaint, chorégraphe contemporain de 51 renom. 51 Conf. le parcours de Pierre Doussaint en Annexe X. 43
    44. Ainsi, l'étude de la situation politique, économique, sociale et culturelle permet de dégager des points essentiels et déterminants dans l'élaboration de notre projet et de ses objectifs. - Celle-ci démontre que ce projet ne pourra voir le jour que soutenu par la Ville de Paris et plus particulièrement, la Mairie du XIIe arrondissement. Le Ministère de la Culture sera aussi sollicité. - Elle met en exergue le besoin de tisser du lien social entre les différentes couches de la population. - La situation sociale doit être prise en compte et devenir un atout. - Le tissu des structures associatives et privées, les actions culturelles et festives en matière de danse seront, dans le XIIème arrondissement, une locomotive pour la concrétisation de notre première édition, et un exemple pour les éditions futures. - La politique culturelle en faveur de la danse se poursuit, et la volonté étatique d'aider le développement des jeunes vers la découverte artistique, et de sauvegarder le patrimoine matériel et immatériel seront aussi des atouts pour la réussite du projet, et pour le légitimer. I-2 Cahier des charges Dans les mois à venir, il nous reste un certain nombre de tâches à accomplir pour mener à terme le processus de mise en oeuvre d' "Entrez dans la danse...". Nous avons eu, et nous aurons recours aux compétences de l'ingénierie culturelle, du management, de la gestion juridique et financière qui vont nous permettre une mise en oeuvre cohérente et efficace du projet. Cela inclut une stratégie de développement qui tient compte des objectifs, un montage juridique, un plan de communication, un montage financier, des ressources humaines, et une organisation technique. 44
    45. I-2-A Modélisation de la stratégie Notre stratégie c’est : ADAPTER EN PERMANENCE NE PAS PERDRE DE VUE SON COMPORTEMENT LES OBJECTIFS A L'ENVIRONNEMENT UNE EQUIPE DE PILOTAGE UN ENVIRONNEMENT O Déterminer et programmer des actions : B J - calées sur l'environnement E C - finalisées sur l'objectif - L'environnement politique et institutionnel général T I - cohérentes entre elles - Les partenaires du projet directements concernés F S - ordonnées dans le temps - Les réglementations - Les entreprises (logiques, usages…) D Conduire et organiser des actions : - Les publics (logique, mode…) U - analyser l'effet, les répercussions sur l'environnement - Les autres (concurrence, antécédents…) P - adapter, corriger, modifier le programme R O J E un cercle où l'on parle peuvent être des alliés ou des freins T des méthodes évoluent dans le temps un comportement inter-réagissent 45
    46. I-2-B La programmation Nous avons tenu à rencontrer chaque chorégraphe, chaque compagnie professionnelle ou amateur, d'une part, pour recueillir leur avis et leur témoignage lorsqu'ils s'y prêtaient, d'autre part, pour apprécier la qualité de leur travail, mais aussi, leur état d'esprit. Ainsi, nous avons présélectionné une vingtaine de prestations offrant un panel de spectacles, de démonstrations, de déambulations en danse, de genres différents. Nous continuons de les rencontrer régulièrement pour leur communiquer l'esprit d' "Entrez dans la danse...", et pour établir un lien de confiance qui facilitera le dialogue, la collaboration, et le travail d'équipe le jour de la manifestation. Nous poursuivons notre prospection, car une programmation élaborée un an avant la date effective de l'événement peut être modifiée, mais aussi enrichie. I-2-C La médiatisation Plusieurs axes sont d'ors et déjà envisagés : d'une part, la création d'un site internet qui va permettre une communication rapide de l'événement auprès du plus grand nombre, d'autre part, la mise en place d'une communication de proximité et d'une communication médiatique. I-2-C-a Le site internet Aujourd'hui, avoir son site pour une association lui assure une ouverture sur le monde, une amorce de crédibilité dont nous avons estimé ne pas pouvoir faire l'économie en qualité de "jeune" association. Permettre au plus grand nombre d'avoir accès à l'historique de l'association, à l'équipe du projet, à ses objectifs, à la programmation, à des informations sur l'esprit de la fête, nous est apparu incontournable pour le lien d'interactivité que nous voulons établir durant la manifestation "Entrez dans la danse...", et par la suite. Mettre à disposition un espace "votre avis nous intéresse" est indispensable pour analyser la réception de la fête 46
    47. auprès des publics. Nous souhaitons qu'il soit un des outils de mesure pour réaliser l'impact de cette fête par les retours escomptés sur le forum de discussion. I-2-C-b Une communication de proximité Compte tenu des faibles réserves financières de Mouvance d'Arts, une partie de cette communication est en négociation avec Monsieur Jean-Jacques Fasquel, directeur de Bercy-Village, et, Madame Sabine Masquelier, Responsable des animations. La prise en charge d'un accueil pour la presse et des frais de réception, une campagne d'affichage dans les commerces du Cours St Emilion et des rues avoisinantes ont été considérées. Les termes exacts de cette communication restent cependant à définir. Parallèlement, la Mairie du XIIème arrondissement semble envisager une communication dans le Journal du XIIème, et leur site internet, quant à la Mairie de Paris, une possibilité de passer par leur réseau interne de communication et un éventuel accès aux panneaux Decaux pour la campagne d'affichage ont été évoqués. Ces partenariats vont être définis plus précisément au début de janvier 2004. I-2-C-c La presse et les outils de communication Le matériel de communication sera en partie réalisé par des professionnels gravitant autour du projet et souhaitant être partenaires du projet par leur apport bénévole. Leur nom et logo seront sur les supports de communication s'ils le souhaitent. Il comportera des invitations, des dossiers de presse, des communiqués de presse et des tirés à part (partenariat), des affiches, des programmes. Le choix du visuel de la manifestation doit être fait avant la fin du mois de 47
    48. février 2004 pour être décliné sur tous les supports cités précédemment. Les invitations seront envoyées à la presse, à chaque partenaire et toute personne ayant contribué de près ou de loin à la concrétisation d'"Entrez dans la danse...". Afin de s'assurer la plus grande couverture médiatique possible, à l'occasion d'un printemps riche en événements dans la région parisienne, il conviendra de conclure des accords de partenariat avec plusieurs titres de la presse (par exemple : Le Monde, Télérama, Les Saisons de la Danse...) et une radio (France Culture, France Info...). Avec la presse écrite, la réalisation d'un tiré à part (quantité à définir), distribué sur les divers sites de la manifestation et servant de guide serait souhaitable. Il sera composé d'une partie rédactionnelle et d'une partie d'informations pratiques (remerciements, plan des points cruciaux de la manifestation, lexique, signalétique des genres et du niveau des prestations, publicités pour d'autres activités culturelles de la Mairie...). La partie rédactionnelle sera entièrement reprise dans l'édition nationale du magazine sous la forme d'un article et non d'un supplément encarté. La Mairie ne prendra à sa charge que les frais techniques et les frais d'impression. En échange nous mettrons le logo du magazine sur l'ensemble de nos moyens de communication (invitations, dossiers de presse, affiches, bâche extérieure). Pour les espaces publicitaires dans la presse écrite, nous envisageons un article dans Télérama, ZURBAN, Les saisons de la Danse, Mouvement. Le quotidien reste à déterminer. Avec une ou plusieurs radios, nous souhaitons acheter un nombre déterminé d'espaces publicitaires auxquels la radio ajoutera gratuitement des espaces publicitaires. En échange, nous mettrons le logo de la radio sur l'ensemble de nos supports de communication. 48
    49. Le montant du budget alloué à la communication de la manifestation et le détail exact de l'assistance de certains services de la Mairie de Paris doivent être définis au plus tôt. Nous pourrons alors présenter un prochain plan de médiatisation chiffré qui ne tiendra compte que des frais à imputer au budget de la communication et, qui nous permettra de procéder aux négociations et aux réservations publicitaires. Le budget global de communication pour la manifestation est estimé à 21 343 euros (soit 140 000 francs), dans l'idéal. L'organisation d'une inauguration est nécessaire au lancement de cet événement. I-2-D Le budget prévisionnel 52 Les postes du budget prévisionnel se répartissent ainsi : prestations artistiques, défraiements, technique, communication, administration, personnels, imprévus. La partie la plus importante du budget est destinée aux prestations artistiques et charges de personnel, vient ensuite le poste technique, puis le poste communication. Ce budget important pourra se voir restreint en fonction des engagements effectifs des partenaires, en effet, le défi majeur est d'équilibrer nos charges et nos produits. Certains postes pourraient être diminués, notamment certains salaires peuvent être renégociés, ainsi que le poste technique suivant les accords avec des entreprises de matériels. I-2-E Planning de réalisation du projet De mai à décembre 2003, la phase de montage et de mise en oeuvre se caractérisera par la recherche de nouveaux partenaires, par la poursuite des négociations engagées, par la finalisation du site internet, par l'ajustement du budget prévisionnel, par la mise en place des moyens techniques, humains, administratifs, juridiques et de communication et par la continuité des relations nouées avec les 52 Conf. le budget prévisionnel en ANNEXE I. 49
    50. artistes. Les deux dates envisagées pour la manifestation sont le 29 avril 2004, si nous décidons de faire coïncider "Entrez dans la danse..." avec la Journée Internationale de la Danse de l'Unesco, ou le dimanche 16 avril 2004, si nous choisissons de nous démarquer. Le tableau suivant préfigure, dans les grandes lignes, les actions à mener, ou les objectifs à atteindre de janvier 2004 au jour "J" : PHASE de MONTAGE & de MISE en OEUVRE PHASE de REALISAT° PHASE des BILANS Jan-04 Fév-04 Mar-04 Avril/Mai 04 La veille Le jour "J " Juin 04 à déc-04 Mise en ligne Mise à jour du site Installation Inauguration du site internet internet technique Réalisation Programmat° du visuel Répétitions Bilan médiatique Réalisation du plan Campagne de médiatisat° & de communicat° d'affichage* Signatures Analyses Retombées Signature des convent° avec les partenaires Contrats Arrivée subvent° Arrivée Subventions Pot Presse Clôture Rémunérat° Bilan Budgétaire des artistes Dans le chapitre suivant, nous exposerons les méthodes que nous avons choisies pour mener à bien notre approche expérimentale, et qui nous ont permis de recueillir les données. Ces dernières une fois analysées nous donneront des résultats qui valideront ou infirmeront nos hypothèses. 50
    51. II- CONSTRUCTION DE L'OUTIL DE RECHERCHE 51
    52. II - CONSTRUCTION DE L'OUTIL DE RECHERCHE II-1 Double posture ou le terrain comme angle d'approche Etre à la fois fondatrice de l'association Mouvance d'Arts, conceptrice, chef de projet d' "Entrez dans la danse..." et engagée dans un processus de recherche, nous place de fait dans une double posture et dynamique dans le registre des méthodes. Les deux approches menées de front, d'une part, la conception et la mise en oeuvre, de l'autre, le Travail d'Etudes et de Recherche universitaire, nous amènent à utiliser des compétences de champs disciplinaires très différents, qui pourtant à certains niveaux se complètent. Pour la conception par exemple, le travail de contextualisation politique, social, historique, et l'étude de "marché" appliqués à notre manifestation culturelle, rejoignent en partie le travail de documentation nécessaire à l'élaboration de notre premier chapitre sur l'étude des domaines intervenant dans la faisabilité théorique du projet. 53 La mise en oeuvre du projet , elle, requière les méthodes spécifiques de l'ingénierie et du management culturels, les outils de la logistique, et de la communication qui regroupe elle-même des procédés divers de mise en forme des informations et de la médiatisation de l'événement. La mise en oeuvre et sa coordination nécessite aussi notamment de faire appel à des savoirs appartenant aux domaines de la gestion et de la comptabilité, à des compétences tant sur le plan juridique que sur le plan du droit du travail, du droit des artistes... II-2 Présentation des méthodes du TER Dans le cadre de notre Travail d'Etudes et de Recherche universitaire, nous nous sommes attachés au travail de fondement de la faisabilité du projet. Il nous a paru 53 Conf. Chapitre I-2 Cahier des charges, page 47. 52
    53. efficace de construire notre outil de recherche sur la base de méthodes orientées vers l'analyse et l'évaluation du projet en lui-même. Compte tenu de notre sujet, il nous est apparu judicieux et logique de porter notre choix sur des méthodes issues du champ des sciences humaines, et plus particulièrement, celles de l'ethno-sociologie qui permettent d'entreprendre une approche plus compréhensive qu'explicative. Elles ont eu pour but de répondre aux objectifs de connaissance suivants : - évaluer les motivations de la population et des publics potentiels, - évaluer les motivations des différents acteurs et partenaires du projet, - évaluer le rôle d'une fête, où sont mêlées danses de spectacle et pratique des danses, dans la cohésion sociale, et dans la cartographie des festivals de danse, - estimer ce qui favorisera une prise de conscience des danses comme mémoire collective. Ces objectifs dans l'analyse ont orienté des choix méthodologiques qui tendent finalement à évaluer la pertinence et la faisabilité du projet dans sa fondation même. II-2-A L'observation/Recherche-action : "Entrez dans la danse..." 54 L'étude de ce projet se situe d'emblée dans la recherche-action . Et en effet, l'inscrire dans une totalité dynamique, c'est ce que propose la recherche-action, lorsque, selon René Barbier, elle "devient existentielle, et accepte de s'enquérir de la 55 place de l'homme et de l'action organisée pour donner du sens" . 56 Comme l'affirmait Kurt Lewin : "Quand nous parlons de recherche, nous sous- entendons Action-Research, c'est-à-dire une action à un niveau réaliste toujours suivie par une réflexion auto-critique et une évaluation des résultats puisque notre but est 54 RESWEBER Jean-Paul. La Recherche-Action, Que sais je ? N°3009, PUF, Paris, 1995 55 BARBIER René. La Recherche-Action, Anthropos, Editions Economica, Paris, 1996. 56 "On s'accorde en général pour soutenir que l'origine de la recherche-action revient à Kurt Lewin, psychologue d'origine allemande, naturalisé américain durant l'épreuve de la Seconde Guerre Mondiale". BARBIER René. La Recherche-Action, Anthropos, Editions Economica, Paris, 1996. 53
    54. d'apprendre vite, nous n'aurons jamais peur de faire face à nos insuffisances. Nous ne 57 voulons pas d'action sans recherche, ni de recherche sans action" . "L'approche multiréférencielle des événements et des pratiques individuelles et 58 sociales en constitue la référence majeure" d'après René Barbier. Cette approche distingue ainsi radicalement la recherche-action de la sociologie traditionnelle. Il s'agit d'élaborer un outil réflexif et critique, sur le sens, la viabilité et la portée d'un tel projet dans sa phase de conception comme tout au long de sa mise en oeuvre, puis dans la phase de l'après-manifestation. Ainsi, plusieurs étapes nous ont été nécessaires. Premièrement, celle de l'observation générale (avec une prise de notes et la tenue d'un journal de bord, notamment lors des réunions de quartier, des divers rendez-vous...), correspondant à l'étude de l'environnement. L'étape suivante a été celle du recueil de données qui est venu constituer notre corpus et qui nous conduit naturellement à l'analyse de ces données. Enfin, nous sommes parvenus à celle de la mise à jour des résultats, cette dernière aboutissant à la rédaction du TER. Cette méthode nous a permis de relier notre travail de terrain à une observation "objective" nécessaire et stratégique, puisque nous avions besoin d'un outil d'évaluation et de régulation qui nous permette des ajustements entre les directions théoriques et la réalité pratique. Elle s'est avérée précisément adaptée à l'étude d'un projet en cours de validation et associant la recherche théorique et la réalisation pratique. De plus, les objectifs cités précédemment déterminent une procédure d'actions principalement tournée vers leur atteinte, et vers l'accomplissement des démarches pour décider et/ou agir. Cette méthode permet des allers-retours entre les types de connaissance dégagés, qui sont nécessaires à la conduite du projet et de la recherche. 57 Cité par MARROW (A.J.). Kurt Lewin, Edition S.F., Paris, 1972. 58 BARBIER (R). L'écoute sensible en approche transversale, Pratiques de Formation / Analyses, n° 25-26 La multiréférentialité en formation et en sciences de l'éducation, sous la direction de J. Ardoino et R. Barbier, Université- Paris VIII, Paris, mai 1993. 54
    55. II-2-B Questionnaires/entretiens La méthode du questionnaire est adaptée à la détermination de pratiques sociales, connaissances dont nous avons besoin. Avec François De Singly, nous pensons que "le questionnaire est une excellente méthode pour l'explication de la conduite. Elle [la méthode] doit être retenue si les effets de certains facteurs sociaux sur le comportement et les pratiques doivent être 59 repérés." 60 Le travail préalable à l'élaboration du questionnaire a été la définition et la délimitation du sujet de l'enquête. Les étapes suivantes ont consisté à la structuration du questionnaire, au choix de l'échantillon, à savoir, l'ensemble de personnes à qui l'on adresse l'enquête, et au choix des indicateurs qui permettraient de repérer ce qui fonde la participation et l'adhésion des publics sondés. Nous avons aussi eu recours à la méthode des entretiens. Ce qui nous a intéressé dans celle-ci, comme le souligne à juste titre François De Singly, c'est que "dans l'entretien, c'est surtout la personne interrogée qui est maîtresse de ce choix (conservation/élimination) alors que, dans le questionnaire, l'individu qui répond le fait dans un cadre fixé à l'avance par le spécialiste. L'entretien a d'abord pour fonction de reconstruire le sens "subjectif", le sens vécu des comportements des acteurs sociaux ; le questionnaire a pour ambition première de saisir le sens "objectif" des conduites en 61 les croisant avec des indicateurs, des déterminants sociaux" . Selon lui toujours, "l'entretien est un instrument privilégié pour la compréhension des comportements, le questionnaire est une excellente méthode pour 59 DE SINGLY (F). L'enquête et ses méthodes : le questionnaire, N°18, 128 Sociologie, Editions Nathan Université, Paris, 1992. 60 Conf. Le questionnaire en ANNEXE VII. 61 DE SINGLY (F). L'enquête et ses méthodes : le questionnaire, N°18, 128 Sociologie, Editions Nathan Université, Paris, 1992. 55
    56. 62 l'explication de la conduite" . Deux aspects dont notre projet ne peut faire l'économie. Dans notre cas, nous avons déjà connaissance d'un certain nombre de pratiques culturelles en danse grâce à l'enquête réalisée par La Documentation Française en 1998 sur Les pratiques culturelles des Français. Cependant, le cadre extérieur de la manifestation et le caractère innovant du projet, par sa vocation nationale, nécessitent la recherche de nouvelles données qui nous permettent de vérifier nos hypothèses. Pour ce faire, nous nous sommes placée en amont de la première édition d' "Entrez dans la danse...", qui propose un dispositif d'accès gratuit à une fête des danses en extérieur avec en arrière plan l'évocation d'une évolution sur le plan national, pour recueillir les données. Nous avons interrogé par questionnaire soixante dix personnes dans le quartier de Bercy ; par ailleurs, nous avons soumis une vingtaine de chorégraphes et danseurs amateurs et professionnels à un entretien. Conformément à nos objectifs de recherche, nous tenterons de discerner ce qui motive les uns et les autres - publics, chorégraphes et danseurs, partenaires publics et privés - pour qu'émergent, de leurs points de vue, les conditions favorables à la réception de cette fête et à sa faisabilité. Nous chercherons à définir dans quelle mesure ces diverses motivations influent concrètement sur la faisabilité de cette fête. Nous interrogerons les raisons de l'incontournable rémunération, condition de la présence d'artistes professionnels. Dans une acception proche de celle d'Olivier Donnat : "l'objectif principal des enquêtes [...] reste à mes yeux d'identifier les déterminants qui favorisent ou entravent 63 l'accès à l'art et à la culture" , nous verrons que l'analyse des questionnaires et des entretiens met en lumière l'interaction des enjeux qui relie artistes - spectateurs - institutions publics et privés pouvant faire de cette manifestation un succès. 62 Ibid. DE SINGLY (F). L'enquête et ses méthodes : le questionnaire, N°18, 128 Sociologie, Editions Nathan Université, Paris, 1992. 63 DONNAT (O). Les enquêtes de public et la question de démocratisation, in "Les publics du secteur culturel. Nouvelles approches." Sous la direction de Jean-Paul Baillargeon, 1996. 56
    57. L'utilisation de ces deux types de méthodes, recherche-action et questionnaire/entretien, nous ont permis d'observer et de mieux appréhender la réalité sociale, la réalité chorégraphique et la réalité partenariale. Elles vont également nous rendre capables d'infirmer ou de confirmer nos hypothèses sur la base d'une lecture plurielle, multiréférentielle des situations humaines ; ce que la scientificité habituelle dans les universités, compartimentant les champs des compétences méthodologiques, ne propose pas et, n'aurait donc pas permis. Nous saurons si cette fête de la danse modifie effectivement les comportements et les attentes des acteurs potentiels d' "Entrez dans la danse...", s'il surgit des dispositions spécifiquement propices à sa réalisation, et si, finalement, les interactions entre les différents acteurs de la fête participe à sa faisabilité. Enfin, il nous restera à défendre les possibilités d'application et de généralisation de cette fête au niveau national, puisque le problème du coût d'une telle manifestation envisagée sur cinq lieux et un quartier laisse "songeur". 57
    58. III- CE QU'EN DISENT LES PRINCIPAUX INTERESSES Copyright Christine Fricker, Marseille, 2003. 58
    59. III - CE QU'EN DISENT LES PRINCIPAUX INTERESSES Ce projet est à plusieurs égards une continuité de ce qui existe déjà dans certains festivals où la danse sort des murs conventionnels pour aller vers le public. L’originalité est de proposer non pas un autre festival dans une cartographie déjà 64 riche , mais, une fête ayant une portée nationale programmant en extérieur la danse sous de multiples formes et cultures. Afin d’éprouver l’engouement des principaux intéressés, nous sommes allés à leur rencontre. Pour connaître notre public, nous proposons de découvrir et d’analyser 65 le sondage que nous avons effectué en février 2001. Concernant les professionnels de la danse, un questionnaire/entretien sera exploité plus loin. Nous avons également analysé les entrevues et les entretiens menés auprès des responsables de la politique de la ville et des partenaires privés. III-1 Le public donne son avis Le public a été sondé dans le quartier de Bercy, lieu de la première édition-test de cette « Fête de la danse ». Pour avoir une idée très précise de la portée d’un tel projet, de sa possible réception et des attentes, il nous fallait interroger suffisamment de personnes, de tous âges, sexes et professions. Et en particulier, il s'agissait d'être en mesure de différencier le public fréquentant le quartier de Bercy, de ses habitants, afin de répondre à la question des enjeux pour une population et pour son environnement. Sur un échantillon de 70 personnes, nous avons sondé en même proportion les hommes et les femmes (respectivement 23 pour 24 chez les - de 35 ans, et, 13 pour 15 chez les + de 35 ans), avec légèrement plus de personnes de - de 35 ans, et un rapport sensiblement égal entre les étudiants, les cadres et les employés. Nous avons sondé 36% de personnes habitant ou travaillant à Bercy, le reste des personnes interrogées sont des passants, puisqu'il s'agit d'un quartier très commerçant. Des questions très 64 Voir la liste des festivals répertoriés en ANNEXE IX. 65 Conf. le questionnaire en ANNEXE VII et les résultats en ANNEXE VIII. 59
    60. ouvertes ont été posées afin de recueillir des témoignages personnels sur leurs expériences vis-à-vis de la danse. D’autres questions fermées nous ont permis d’identifier les facteurs de succès ou d’échecs liés à notre projet afin de l’éprouver et de s’assurer de sa faisabilité. III-1-A Une vraie demande Une très écrasante majorité du public sondé aime la danse. Pourtant, lorsque l’on examine le taux de fréquentation des lieux de danse, et des spectacles de danse, pour ce même public, les chiffres décroissent très vite. Pour 93% des - de 35 ans qui déclarent aimer la danse, 69% fréquentent un lieu de danse, et 43% assistent à des spectacles. On note une très forte demande : celle de découvrir différents types de danses (59,5% des - de 35 ans et 68% des + de 35 ans). La danse est décrite très majoritairement comme étant à la portée de tous "puisque tout le monde a un corps et 66 sait bouger" . 88% des - de 35 ans, et 82% des + de 35 ans le pensent. Il est intéressant de souligner que pour la plupart des gens questionnés, "danser" est synonyme de "bouger". De plus, à la question « Pouvez-vous imaginer que les rues et les jardins de votre quartier soient un lieu où l’on danse durant 24 heures ? », les - de 35 ans répondent à 74% oui, et les + de 35 ans répondent positivement à 93%. Un passant d'une trentaine d'années nous raconte : "Il m'arrive fréquemment d'esquisser quelques pas de danse dans la rue avec ma femme, juste comme cela, pour le plaisir. Alors oui, évidemment, je considère que l'on peut danser partout, pourvu qu'on ose le faire". Ainsi, on constate que le projet "Entrez dans la danse..." est bien accueilli parce qu'il répond à une demande et à des attentes qui ne sont pas toujours formulées au milieu d'un quotidien souvent trépidant. III-1-A-a La danse à la rencontre des publics : se donne à voir, à danser, à rassembler 66 Remarque faite par plusieurs personnes sondées surprises par la question. 60
    61. Le sondage démontre que le public aime avant tout danser, et regarder danser. Aussi, proposer des danses qui sortent à sa rencontre le séduit. Qu'elles se donnent à voir ou à danser. Les plus jeunes ont une préférence pour danser, à l’inverse des + de 35 ans. Ensuite, vient l’apprentissage de la danse ou la volonté de donner des cours de danse. Etre acteur-danseur et/ou spectateur semblent être la motivation essentielle pour participer à cette fête. Pourtant, chacun perçoit, au-delà de cet art, des phénomènes intrinsèques à la danse qui font qu’elle véhicule une image de tradition et de cohésion sociale. Cette image se trouve renforcée dès que la danse investit des lieux ouverts, en l'occurrence ici, l'espace public. Pour certains, cela évoque les bals du 14 juillet "où l'on dansait sans considération de personne et où l'on pouvait discuter avec des inconnus, ou des voisins, ou en famille assis sous un platane, parce que l'ambiance s'y 67 prêtait " ; pour d'autres, c'est l'idée que "la ville se transforme en une sorte de comédie 68 musicale " qui leur plaît : "s'imaginer un instant danser notre vie, cela la rendrait plus belle ! ". Pour 76% des - de 35 ans et 82% des + de 35 ans, l’incitation à la danse 69 tient à l’ambiance qui sera propagée lors de la manifestation. Et 53% des + de 35 ans perçoivent la possibilité de se rencontrer, d’échanger : "être dehors, avec de la musique, et de la danse, quoi de plus idéal pour se rencontrer, communiquer ? Ah si, je n'ai pas cité le beau temps..." remarque un homme. Le public attend de la danse un spectacle, une pratique, mais aussi et surtout une rencontre qui lui permet de se découvrir. On constate le désir d'être ensemble et de partager une passion commune "si peu mise en avant au sein d’un quartier, dans une ville" selon les assertions de nombreux passants interrogés. III-1-A-b Une autre conception de la pratique culturelle et de l'art chorégraphique scénique Ce sondage a fait tomber une de nos idées reçues selon laquelle la pratique de la 67 Commentaire de plusieurs personnes interrogées. 68 Commentaire de plusieurs personnes interrogées. 69 Commentaire de plusieurs personnes interrogées. 61
    62. danse était associée à la participation à des cours. D'après cette enquête, la pratique de la danse est souvent assimilée aux danses de salon que l’on danse dans des occasions assez rares (40% des - de 35 ans et 75% des + de 35 ans connaissent les danses de salon, loin devant tous les autres types de danses). Pour un certain nombre de personnes, on remarque que les questionner sur la pratique de la danse moderne ou de la danse dite contemporaine les renvoie, dans leur conception, aux pratiques modernes disco-funk-rap, etc... Quant aux spectacles de danse, ils ont une réputation hermétique, et en particulier, ceux qui se situent dans le registre de la danse contemporaine. C'est pourquoi, sensibilisés par cet état de la réception et de la compréhension des publics, la plupart des acteurs et des responsables de ce secteur culturel ressentent fortement l’enjeu d’amener cette danse de représentation vers les publics, et de la faire découvrir à ceux qui sont encore frileux vis-à-vis de cette discipline artistique. A la question "Combien de fois par an allez-vous voir un spectacle ? ", 36% des + de 35 ans et 14 % des - de 35 ans répondent « jamais ». Ces derniers, pour 77 %, ne répondent pas à cette question. Sur les lieux de pratique les + de 35 ans et les - de 35 ans sont unanimes : ils préfèrent danser chez des amis (réponses respectives : 68% et 81%). Suivent les boîtes de nuit avec respectivement 36% et 50 % des "suffrages" exprimés. Nul doute que la danse peut être redécouverte et amenée dans les lieux publics. Et cela est confirmé par les 40% des - de 35 ans qui se déclarent motivés par la découverte, et par les 53% des + de 35 ans qui le sont par l’aspect convivial de la danse. III-1-A-c Des spectateurs/danseurs ouverts à l'expérience L'enthousiasme avec lequel le public a accueilli la proposition du projet "Entrez dans la danse..." se voit dans le sondage, puisque 74% des - de 35 ans et 93% des + de 35 ans pensent que l'on peut investir les rues et les jardins pour y danser, mais aussi, respectivement 60% et 68% des sondés déclarent que tous les genres peuvent y être représentés. Ce qui traduit l'attente des populations et leur ouverture à tous les styles. Cependant, nous remarquons un intérêt particulier pour les danses de rue, les 62
    63. carnavals et les parades chez les - de 35 ans. Vient ensuite la danse contemporaine. Concernant les + de 35 ans, leur prédilection va pour 22% aux danses régionales et traditionnelles, et pour 14% aux bals populaires. 62% des - de 35 ans et 68% des + de 35 ans déclarent vouloir participer à la fête "Entrez dans la danse..." comme acteurs-danseurs, se montrant ouverts à toutes expérimentations. D'autre part, hors sondage, les réactions furent très positives. Nombreux furent ceux qui nous proposèrent les coordonnées d'écoles de danse de leur connaissance, ou un soutien quelconque pour contribuer au succès de cette manifestation. III-1-B Ce que pense le public des artistes-contacts La population sollicitée pendant la période de sondage apprécie qu'on lui demande son avis avant qu'une fête s'implante dans son quartier. Le public potentiel a aussi été interpellé par la démarche des artistes qui sont prêts à sortir de leurs murs. Plusieurs réactions ont été recueillies. Tout d'abord, l'idée que les danseurs puissent rechercher la proximité avec le public, séduit. Ensuite, les expériences tentées dans ce domaine ont donné envie aux danseurs, qui s'étaient déjà exposés à danser dans un autre cadre que la scène, d'aller plus loin dans leur recherche artistique et pédagogique. Pour les personnes soumises au questionnaire, le désir de participer à une telle aventure est évident. Cette fois, le sondage du public sur un événement à venir est venu s'appuyer sur l'expérience en la matière de quelques danseurs et chorégraphes, et a été confirmé par le retour/appréciations du public. Plusieurs réactions ont été retenues, très positives. Nous parlerons essentiellement du sentiment du public de voir des artistes être plus en phase avec la réalité, avec les gens, et du sentiment de prise de risque que le cadre extérieur implique. Ainsi le public apprécie l'interaction que leur procure un déambulatoire chorégraphique, le "dérangement" provoqué dans leur parcours habituel, dans leur cadre de vie et les nuances apportées à leur conception de la danse. Cette danse qui vient à eux leur donne aussi le sentiment d'une reconnaissance. 63
    64. III-1-B-a Plus de risques pour les artistes : plus de proximité avec les publics Confronté à un public qui ne se trouve pas dans les lieux habituels de danse, revient à dire, en partie, changer de public. Que les artistes retrouvent les mêmes assidus ou que le public soit complètement renouvelé, le cadre est différent. Les chorégraphies doivent s'adapter, le spectacle doit être revisité, et l'appréciation du public aussi. Tous le perçoivent. Le public rend compte de l'effort fourni. Il vient alors vers les artistes pour exprimer sa reconnaissance tant pour ce qu'il aura vu que pour le sentiment agréable d'avoir été intégré dans la démarche de création ou de représentation, ou encore, de démonstration. Le spectacle s'inscrivant dans un décor "naturel", une grande adaptation de la part des chorégraphes et des danseurs est requise permettant aux prestations d'être en adéquation avec l'environnement. Le 70 public s'identifie aux danses, car celles-ci utilisent, comme lieu d'implantation , un terrain qui lui est familier : la rue. Ainsi on peut voir des spectacles où l'on déambule, activité reconnaissable du public. Des danseurs prennent l'apparence de personnages connus que la population côtoie dans son quotidien, tels des policiers... Ou encore, des 71 spectacles insolites, comme par exemple un final aérien , viennent apporter du rêve ou un autre regard sur le lieu habituel de vie. Il y a alors promesses de symbioses, de magie de l'instant, et cela plaît aux publics. 70 "Implantation : préparer, former, embaucher, fabriquer sur place. On prépare le terrain et on fabrique l'histoire". Définition proposée par Hafida Boulekbache-Mazouz/Patrizia Laudati/Sylvie Mervieu-Leleu. L'art dans l'oeuvre d'art : l'expression dans les lieux de la communication, in Publication électronique des Actes des 1ères rencontres internationales : "Arts, sciences et technologies", 22-23-24 novembre 2000. Maison des Sciences de l'Homme et de la Société de l'Université de la Rochelle. En collaboration avec le Ballet Atlantique Régine Chopinot. 71 "Final aérien : c'est l'instant de magie par excellence, où tout le monde a le nez en l'air, comme des mômes. Moment privilégié où la foule vibre à l'unisson. C'est l'occasion d'imprimer dans le paysage urbain des images fugitives, des instants du spectacle, des mirages qui resteront gravés dans la mémoire collective". Hafida Boulekbache- Mazouz/Patrizia Laudati/Sylvie Mervieu-Leleu. L'art dans l'oeuvre d'art : l'expression dans les lieux de la communication, in Publication électronique des Actes des 1ères rencontres internationales : "Arts, sciences et technologies", 22-23-24 novembre 2000. Maison des Sciences de l'Homme et de la Société de l'Université de la Rochelle. En collaboration avec le Ballet Atlantique Régine Chopinot. 64
    65. III-1-B-b Rapports modifiés La séparation entre les deux microcosmes, l'univers des danseurs et celui du public est ébréché. Entre les deux, une ressemblance s'est créée, et par la même occasion une possibilité de dialogue, de compréhension, d'échange. L'intimidation due au respect de l'art, et à la vocation de l'artiste, s'estompe, et le danseur qui devient un des pairs du public, est plus accessible. Celui qui s'est déguisé en policier, est devenu mime, acteur, amuseur. Le public l'identifie à quelqu'un qui l'amuse, qui veut créer une complicité. L'humour, la joie et le partage qui sont véhiculés par la danse, sont à nouveau présents. Le facteur social est enfin réhabilité. Le public qui ne se trouve plus sur un siège dans une atmosphère guidée par les lumières du spectacle, peut voir les visages des voisins et communiquer ses sentiments, rires, interrogations. La fête est alors à l'honneur. Parfois, quand le spectacle le permet, le public se met à danser. Les danseurs ne sont plus intouchables et inimitables, ils se mettent au service de la danse et des publics pour transmettre et partager une passion. Aux questions "Pensez-vous qu'une fête de la danse qui rende les spectacles de danse et les pratiques accessibles gratuitement puisse augmenter votre compréhension de cet univers ? Votre désir de fréquenter des cours ? Votre désir de fréquenter des spectacles ? Votre désir de danser ? ", voici ce qu'ils répondent : 65
    66. Nous constatons qu'il y a un fort pourcentage de personnes qui ne se prononce pas sur les répercussions possibles d'une telle fête sur leur conception de la danse et sur leurs pratiques futures, ce qui se conçoit aisément. Cependant, nombreux sont ceux qui pensent que leur perception de la danse, des spectacles et du monde chorégraphique se trouvera modifiée positivement avec "Entrez dans la danse...". Le désir de fréquentation des cours de danses et des lieux de spectacles de danse des personnes interrogées est sensiblement augmenté par rapport aux habitudes constatées chez ces mêmes personnes. 66
    67. III-1-C Un cadre favorable Offrir au public une prestation qui l'enrichit, qui lui ouvre les portes, ne peut que retenir son attention. Le cadre hors mur est également un élément appréciable, puisque le public se sent désiré : les danseurs viennent sur son terrain. La surprise est aussi un élément important. Cette initiative n'est pas née d'une volonté artificielle pour flatter le public, mais de personnes amoureuses de la danse qui désirent transmettre cet émerveillement qu'elle peut susciter. Les motivations de danser sont bien perçues dans le public selon des critères relationnels (76 % des - de 35 ans et 82% des + de 35 ans sont motivés à danser par l'ambiance créée). Le sondage utilisé pour connaître les goûts des publics rencontrés, a permis à ceux-ci de se reconnaître, de faire de cette fête, leur fête. Le public, sa personnalité, a été prise en compte. III-1-C-a Un contexte non-commercial : la gratuité La gratuité de la manifestation est un enjeu important à plusieurs titres, et l'analyse des questionnaires le souligne : tout d’abord, pour attirer de nouveaux publics vers des chorégraphes plus ou moins connus du grand public et réservés aux initiés, ou, vers des amateurs pleins de ressources ; ensuite, pour permettre aux publics défavorisés d’avoir accès à la manifestation. Plusieurs personnes nous ont fait remarqué que, sans la gratuité, elle ne pourrait pas obtenir dans l'avenir le statut de Fête nationale. 40% des - de 35 ans et 36% des + de 35 ans citent la gratuité comme une incitation à danser pour toutes les couches de la population. Ensuite, la gratuité permet de mêler plus adroitement des démonstrations de compagnies d’amateurs, aux compagnies renommées. Il s'agissait pour nous, de diversifier l’ensemble de la prestation mais aussi de lui donner toute son ampleur. Puisque les professionnels ne peuvent envisager de se produire sans être financés, au vu de la situation économique dans laquelle ils évoluent, le coût d’une manifestation uniquement constituée de professionnels ne serait pas acceptable. Ce qui est un parti pris dans la conception même de cette fête, semble mettre les publics à l'aise, avec pour certains, le sentiment 67
    68. de libre choix devant l'offre plurielle. Voici quelques réflexions prises sur le vif : "Apparemment avec ce que vous proposez, on ne nous impose pas un style, et puis, je peux bouger, et aller vers autre chose si ce que je vois ne me convient pas", "quand je paie une place de spectacle, si c'est mauvais, j'hésite à m'en aller et dans tous les cas, j'ai la sensation de m'être fait avoir...", "je vais pouvoir découvrir des spectacles pour 72 lesquels je n'aurais pas pris le risque si j'avais dû payé" . III-1-C-b Brassage des publics, brassage des danses : la perméabilité La danse est souvent assimilé à un art destiné à un public d'avertis, ou alors, c'est une occasion de fête, lors de réunions sociales très typées (mariages, anniversaires, bals de village, discothèques, soirées de vacances). Ici, la multiplicité des danses proposées sur un espace rapproché (un quartier) permet une perméabilité entre les genres rendue accessible à chacun. C'est ce que remarquent beaucoup de ceux que nous avons interrogé. Le brassage des publics s'effectue simultanément avec un brassage des danses. Ceci est rendu possible par la proposition hors les murs qui permet de toucher les habitués, comme les "découvreurs". Brasser les publics, c'est aussi proposer un large panel de possibilités visant à décomplexer ceux qui ne désirent pas danser mais juste regarder, ou ceux qui ne savent que "bouger" et qui ne connaissent pas les codes de danses particulières. Ceux qui le désirent auront la possibilité de s'initier comme c'est l'attente de 43% des - de 35 ans, et de 25% des + de 35 ans. Finalement, en plus de la danse en elle-même, le public veut en profiter pour se rapprocher, se brasser, se connaître : 24% des - de 35 ans désirent danser, afin de se rencontrer, ainsi 53% des + de 35 ans. III-1-C-c La découverte facilitée Nous proposons la découverte de danses pluri-culturelles dans un cadre 72 Propos recueillis lors du sondage de Février 2001. 68
    69. extérieur. C'est aussi le voeu de la majorité du public : à la question "quelle genre de danse y verriez-vous ?", 59,5% des - de 35 ans déclarent vouloir y voir tous types de danses ainsi que 68% des + de 35 ans. L'éventail des présentations, ainsi que les cinq 73 lieux ont été choisis pour mettre en valeur les danses et les espaces. On pourra élaborer son parcours de découverte à la carte, en fonction des horaires et de ses goûts, des déambulations dans certaines rues, des chorégraphies et des démonstrations interactives sur les places, un bal interactif lui aussi. Les espaces urbains à travers ce dispositif se trouvent réinvestis par la convivialité et redeviennent des lieux de communication comme le soulignent bon nombre de personnes interrogées qui y sont particulièrement sensibles, confirmant ainsi notre hypothèse. Notre questionnaire nous a révélé que nous étions en présence d'un public de "découvreurs". Si la préférence du public est essentiellement de danser (50% des - de 35 ans, 71% des + de 35 ans), nous pouvons considérer que la découverte intervient en regardant les autres danser (74% des - de 35 ans, 61 % des + de 35 ans), puis en apprenant à danser (43% des - de 35 ans, 25% des + de 35 ans). La découverte est une notion importante surtout pour les - de 35 ans : pour 40% d'entre eux, ce serait une incitation à danser, contre 28% pour les + de 35 ans. A la question "qu'attendez vous d'une fête de la danse", 55% invoquent le désir d'y être spectateur ou danseur. La possibilité de découvrir des spectacles chorégraphiques les interpellent aussi. Ce sondage a également mis en lumière un public de "participants". A la question "qu'attendez vous d'une fête de la danse" 45% du public (- de 35 ans et + de 35 ans en même proportion), déclarent vouloir y participer simplement sans exprimer d'attente particulière. D'autres sont plus précis. 78 % des - de 35 ans et 68 % des + de 35 ans veulent s'y amuser. L'aspect festif fait l'unanimité. 53 % des - de 35 ans et 43 % des + de 35 ans désirent y danser, et enfin 47 % des - de 35 ans et 39 % des + de 35 ans y viendront pour regarder. Le désir de participation du public à l'animation de cette fête de la danse, avec 62% 73 Conf. Photos des lieux pressentis en ANNEXE IV. 69
    70. d'enthousiastes chez les - de 35 ans , et 68% chez les + de 35 ans, peut se repartir selon plusieurs centres d'intérêts. Il y a ceux qui veulent enseigner la danse. Ils sont peu nombreux : environ 5%. Cependant, même quelques seniors étaient enjoués à l'idée de communiquer un savoir danser aux plus jeunes : le tango, la valse, les marches... Ensuite viennent ceux qui veulent s'investir dans la fête "pour les rencontres que l'on fait lorsqu'on est acteur de la vie d'un quartier ". Certains veulent tenir un stand, informer lors de la manifestation, d'autres se proposent d'insonoriser un lieu. Enfin, il y a tous ceux qui veulent participer à l'animation, sans noter d'action précise, et qui implique que l'animation doit être prise au sens le plus large possible. Les bonnes volontés ne font pas de doute et se retrouvent chez les jeunes et les moins jeunes. Autant d'indicateurs pour montrer leur volonté de voir cette manifestation aboutir, toutes générations confondues. III-1-C-d Le lien convoqué La proximité des danseurs et du public favorise la participation du public. L'interaction qui s'y crée, intense, se voit dans la réponse aux questions sollicitant sa participation (chiffres cités auparavant). De plus, le concept de Fête de la danse implique une manifestation d'ordre national, au même titre que la Fête de la Musique, bien assimilée à ce jour par le public (74% des - de 35 ans disent y participer, pour 68% des + de 35 ans). Ce concept provoque un fort désir d'y ajouter son expérience, d'engager sa personne, puisque une fête nationale, s'adresse à chacun d'entre nous. La cohésion du public s'y trouve renforcée, d'autant plus que dans l'imaginaire collectif, la danse, encore plus que la musique (puisqu'elle prolonge l'écoute de la musique par des actions du corps, ou des interactions entre corps) est signe de fête, de fraternité, d'engagement, de cohésion sociale. A ce titre, il nous a semblé intéressant de souligner un autre aspect se dégageant des questionnaires : 69 % des - de 35 ans et 65% des + de 35 ans se sont déclarés prêts à danser avec leurs voisins, et la raison principale invoquée était le désir de les connaître, d'entrer en contact avec eux dans un cadre convivial. 70
    71. III-1-D Les réticences Le phénomène de rassemblement provoque des réticences inévitables. En premier lieu (pour les - de 35 ans et les + de 35 ans), vient la peur des violences (respectivement 31% et 36%). Nous trouvons dans l'expression de cette crainte une partie de la réponse au fait que l'on ne danse presque plus dans l'espace urbain et que l'on n'y trouve quasiment plus de bals. Une autre des raisons avancées par Henri Joannis-Deberne, expliquant en 74 particulier la décroissance des bals de rue du 14 juillet à partir de 1960, est que l'accordéon et son répertoire ne plaisaient plus aux jeunes. Les chemins se séparaient. La fête populaire où les jeunes et les plus vieux dansaient mélangés se disloquait. Les bals de rue disparurent. C'est alors que le bal du 14 juillet devint synonyme de bal des pompiers. A partir des années 70 et 80, on ne dansait plus que dans leurs casernes : une vingtaine de bals dans Paris avec orchestre ou sonorisation jouant la musique du jour. Paris devait connaître une atmosphère semblable au 14 juillet d'autrefois beaucoup plus tard, dans les années 90, avec des orchestres de coin de rue. C'était lors de la fête de la musique. Fait symptomatique, la danse ne faisait plus partie des réjouissances. Ce n'est qu'en 1998, que la Techno parade relança la danse populaire 75 dans la rue" . Aujourd'hui, les personnes qui ont répondu au questionnaire, démontrent majoritairement que le mélange des générations n'est plus un obstacle au retour des pratiques dans les rues et des bals. 74 "On a peine à imaginer aujourd'hui ce qu'était la soirée du 13 juillet, de 1947 jusque vers 1970. Les témoins rapportent un véritable tourbillon, des estrades au milieu de la rue, devant les cafés, où des orchestres d'accordéons jouaient sans répit. Tout le monde dansait, on aurait pu traverser tout Paris de carrefour en carrefour sans s'arrêter de danser", in Danser en société, Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui, de JOANNIS-DEBERNE (H), Christine Bonneton Editeur, Paris, 1999. 75 JOANNIS-DEBERNE (H). Danser en société, Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui, Christine Bonneton Editeur, Paris, 1999. 71
    72. Viennent ensuite les nuisances sonores qui sont redoutées par environ 25% des - de 35 ans et des + de 35 ans. Le chiffre le plus frappant est cependant celui des personnes sans réserve, pour les - de 35 ans et les + de 35 ans, ils sont 51% à ne pas avoir de réserve. L'étude de ces chiffres doit évidemment nous amener à prendre en compte de façon vigilante la conception de cette fête de la danse, afin d'envisager les risques encourus, et les moyens de les gérer efficacement par la mise en place d'un service de sécurité, par la signature d'une charte sur le volume sonore, ou encore une forte communication sur les conditions d'accès à la manifestation, compte tenu d'un quartier déjà saturé par le trafic des véhicules engendré notamment par les événements 76 du POPB , mais aussi pour gérer les flux du public. Il est à retenir que, selon l'enquête effectuée par Hafida Boulekbache-Mazouz, 77 Patrizia Laudati, Sylvie Mervieu-Leleu , la déambulation correspond pour les spectateurs à une des réponses à leur "attente de la sécurité ; car la déambulation implique la nécessité de se réapproprier la rue, de la même façon que le besoin de 78 sécurité. On se sent rassuré quand on arrive à prendre "pour sien" un espace" , et lorsque l'on se sent canalisé, encadré. III-2 L'avis des artistes et chorégraphes La recherche d'artistes-chorégraphes, danseurs professionnels et amateurs dans la perspective de notre fête a nécessité plusieurs phases. La première a été de définir l'état d'esprit de cet événement qui va de pair avec 76 Parc Omnisport de Paris-Bercy 77 Enquête menée pour rédiger L'art dans l'oeuvre d'art : l'expression dans les lieux de la communication, in Publication électronique des Actes des 1ères rencontres internationales : "Arts, sciences et technologies", 22-23-24 novembre 2000. Maison des Sciences de l'Homme et de la Société de l'Université de la Rochelle. En collaboration avec le Ballet Atlantique Régine Chopinot. 78 Extrait de L'art dans l'oeuvre d'art : l'expression dans les lieux de la communication, rédigé par Hafida Boulekbache-Mazouz, Patrizia Laudati, Sylvie Mervieu-Leleu, in Publication électronique des Actes des 1ères rencontres internationales : "Arts, sciences et technologies", 22-23-24 novembre 2000. Maison des Sciences de l'Homme et de la Société de l'Université de la Rochelle. En collaboration avec le Ballet Atlantique Régine Chopinot. 72
    73. la qualité artistique attendue. La seconde a consisté au tri des personnalités qui pourraient être tentées par cette approche des publics sur leur terrain et à la rencontre des intervenants potentiels. La troisième s'attache à la cohérence de notre sélection en accord avec notre cahier des charges et à établir une confiance mutuelle par des contacts réguliers en vue de faciliter la coordination et la communication le jour "J". III-2-A Les professionnels La plupart des professionnels contactés se sont montrés enthousiastes à l'idée de participer à une telle manifestation et se sont prêtés de bonne grâce au questionnaire- entretien. III-2-A-a Les raisons de leur rémunération : un engagement idéologique Après quelques entretiens, nous avons réalisé qu'envisager leur participation sans rémunération avait été irréaliste. La plupart ont été éduqués par le système culturel des instances chorégraphiques qui sous-tend que ce qui est gratuit est douteux quant à la qualité artistique. Ainsi, la reconnaissance passe par la rémunération. Leur proposer de danser gratuitement revient à nier leur professionnalisme. Ils ont le sentiment que s'ils acceptent une fois de danser gratuitement, il n'y a plus de limites aux causes qui pourraient de nouveau justifier leur participation sans rémunération. "On croyait l'artiste au-dessus de la mêlée , il est un travailleur comme les 79 80 autres", selon Daniel Conrod qui présente le dernier livre de Pierre-Michel Menger . 79 Extrait de l'article Les artistes. Des travailleurs à l'avant-garde du libéralisme, de Daniel Conrod, Télérama n° 2776 du 26 mars 2003. 80 Sociologue au CNRS et à l'EHESS, il observe particulièrement les milieux de l'art et de la culture. Son dernier ouvrage : Portrait de l'artiste en travailleur. Métamorphoses du capitalisme, éditions Le Seuil/La République des idées, Paris, 2003. 73
    74. Une des chorégraphes professionnelles interviewées, nous rappelle que "danser et chorégraphier, ce sont des métiers. Des métiers où l'on travaille dur. Et même si l'on est animé parce que l'on fait, on ne s'amuse pas. L'acte de création ou d'interprétation, c'est sérieux. Un artiste-chorégraphe, un artiste-danseur-interprête, ce sont aussi des 81 artistes-intermittents qui doivent cumuler un certain nombre de cachets pour vivre, et assurer la survie de leur statut. C'est la réalité économique. Les perspectives de prestations sont liées aux perspectives de diffusion qui restent un combat quotidien. Et puis, la considération des tutelles, et les subventions qui en découlent passent par le fait que telle création a été achetée (x) fois ou non. Si la plupart d'entre nous sommes parfois prêts à faire des concessions budgétaires, il faut réaliser que ce n'est pas parce que nous n'avons pas besoin d'argent. C'est pour faire un geste en faveur d'une situation précise, mais qui est toujours au détriment financier de la compagnie. Il y a aussi une question d'éthique, travailler gratuitement me semblerait une concurrence déloyale envers la profession du corps dansant (au sens de la famille chorégraphique) qui se bat 82 pour la reconnaissance de son statut." Elle rejoint ainsi l'opinion de Pierre-Michel Menger qui nous assure que, "contrairement à nos fantasmes, l'artiste ne tombe pas du 83 ciel. C'est un travailleur inscrit dans un marché de l'emploi." Un autre chorégraphe surenchérit en soutenant que "la Mairie de Paris se doit d'assumer les salaires des professionnels qui assurent à notre ville son rayonnement 84 artistique" . La première reste convaincue que la danse, malgré ses avancées spectaculaires dans la société et au sein des institutions ces vingt dernières années, demeure "le 81 Régime spécifique de l'assurance-chômage dont relèvent les artistes et techniciens du spectacle vivant et de l'audiovisuel. 82 Extrait de l'entretien téléphonique réalisé auprès de Christine Fricker par Valérie Gros-Dubois le lundi 19 mai 2003. 83 Extrait de l'article Les artistes. Des travailleurs à l'avant-garde du libéralisme, de Daniel Conrod, Télérama n° 2776 du 26 mars 2003. 84 Extrait de l'entretien réalisé auprès de Pierre Doussaint par Valérie Gros-Dubois à la Ménagerie de Verre le jeudi 14 novembre 2002. 74
    75. parent-pauvre de la culture". Pour elle, "aller danser dans la rue est d'abord un acte 85 artistique et pédagogique qui pourrait devenir bientôt un acte politique" . Elle ressent ce que décrit Pierre-Michel Menger comme une bataille acharnée au sein d'une machinerie culturelle où beaucoup se sentent appelés et où il y a peu d'élus suivant la formule consacrée. Ainsi " la grande masse des artistes est une espèce en grand danger", d'après l'article précité de Daniel Conrod, et "c'est peut-être cette réalité que la réforme de l'intermittence du spectacle risque de venir consacrer. Pour les plus performants, les mieux adaptés au marché, la pérennisation du statut. Et pour les 86 autres, qui tardent à percer la muraille de la notoriété, le RMI ou bien le statut de 87 travail intérimaire" . Dans ce contexte qui concerne évidemment les artistes chorégraphiques, on comprend bien le positionnement de ces derniers, puisque, entre autres, notre proposition première n'offrait pas aux intervenants les moyens de vivre de leur art. Nous avons abandonné cette option de départ. Désormais, en qualité d'organisateurs, nous nous trouvons face à un dispositif économique déséquilibré : une manifestation dont l'accès est gratuit, et des artistes professionnels rémunérés, ce qui augmente considérablement le budget. C'est pourquoi nous aurons recours de façon plus significative au mécénat. Par ailleurs, la participation des artistes-amateurs bénévoles de qualité devient déterminante pour la mise en oeuvre, car elle sera un atout pour convaincre les partenaires de la reconduction de cette fête, sans qu'elle soit considérée par eux comme un gouffre financier alimenté à perte. III-2-A-b Une démarche pédagogique Nous avons rencontré Christine Fricker, chorégraphe de danse contemporaine, marseillaise, qui s'est montrée enthousiaste à l'idée de participer à la manifestation 85 Extrait de l'entretien téléphonique réalisé auprès de Christine Fricker par Valérie Gros-Dubois le lundi 19 mai 2003. 86 En 1997, il y avait en France 32 275 artistes RMistes (Rapport du Ministère de la Culture, de la Délégation au RMI et de la Ville de Paris). 87 Extrait de l'article Les artistes. Des travailleurs à l'avant-garde du libéralisme, de Daniel Conrod, Télérama n° 2776 du 26 mars 2003. 75
    76. "Entrez dans la danse...", puisqu'elle-même développait depuis un an un travail qui allait dans le sens du concept de notre manifestation. Elle a créé en 2001 une pièce déambulatoire Ici et Maintenant, et l'a présentée en juillet de la même année au Festival d'Aix-en-Provence à l'Ecole Supérieure d'Art en extérieur principalement. Pour cette chorégraphe, "le concept du déambulatoire permet d'inscrire la danse dans un paysage urbain, de mettre en résonance un lieu architectural, une composition chorégraphique et un univers sonore ; c'est proposer au public un spectacle présenté sous forme de modules en duo, trio et quatuor qui s'enchaînent dans un parcours préétabli. La densité du lieu appelle une danse physique mais aussi ciselée en écho à la composition musicale. La danse, par son rapport organique aux matières naturelles, engendre des énergies qui circulent tels des vases communicants dans une forme 88 éphémère et spontanée." Christine Fricker s'intéresse au fait qu'un environnement spécifique influence le contenu de sa danse, de même que le mouvement chorégraphique peut changer la perception d'un espace quotidien. En proposant une création qui s'inscrit hors des lieux conventionnels de représentation, Christine Fricker tente de réduire le fossé qui existe entre le spectaculaire et le quotidien, pour les danseurs, mais aussi pour les publics. Plus qu'un parcours chorégraphique avec une poétique du geste, de la voix et du son, il est question ici d'interactivité. "Danseurs et musiciens se réunissent, ils deviennent complices du lieu qu'ils révèlent subtilement autour d'un public qui se promène, regarde, écoute, s'interroge... Le spectateur est aussi acteur, il est intimement lié au jeu chorégraphique des danseurs. Avec ce concept de déambulatoire, le spectateur peut perdre une vision d'ensemble, mais il devient actif en se créant son propre champ de vision ainsi qu'une lecture personnelle du spectacle. Donner aux spectateurs à voir et à entendre. Ce type de représentation répond à notre désir d'établir des ponts entre le public et 89 l'art contemporain hors des lieux conventionnels de représentation." 88 Extrait de l'entretien téléphonique réalisé auprès de Christine Fricker par Valérie Gros-Dubois en juillet 2002. 89 Extrait de l'entretien téléphonique réalisé auprès de Christine Fricker par Valérie Gros-Dubois en juillet 2002. 76
    77. III-2-A-c Un retour aux sources Pierre Doussaint, chorégraphe, danseur professionnel en danse contemporaine et danse de rue, professeur, directeur artistique de festivals de danse, s'est prêté avec simplicité et convivialité à notre entretien. Cet homme, au parcours riche, digne d'un "baroudeur", pense que la pratique de la danse est à la portée de tous. Selon lui, les spectacles de danse le sont aussi à la condition que les chorégraphes ne perdent pas de vue qu'ils s'adressent aux publics. Il regrette que "beaucoup de créations soient trop élitistes et nombrilistes". Cette forte personnalité s'exprime sans détour sur la question de sa démarche artistique, qui, ces cinq dernières années, s'affiche de plus en plus dans la rue : " Il s'agit presque d'un retour à mes tous débuts, lorsqu'à la Rochelle (avant 1983), je testais toutes mes créations sur la place des marchés. J'observais les réactions des danseurs et des publics ; cela me stimulait. On avait un retour direct. Il faut dire aussi que nous avions peu de lieux à notre disposition, que la vie était rude pour les danseurs, et que, faire les marchés nous aidait à vivre. Après, est venue la reconnaissance institutionnelle espérée et les résidences...Il était dès lors mal vu, et mal venu de poursuivre nos représentations dans la rue. La notoriété, les subventions réclamaient leur part de sacrifices : rentrer dans un certain moule était de rigueur, certaines concessions de mise. Aujourd'hui, c'est un vrai choix que de retourner dans la rue, un appel d'air pour ma créativité, un désir de me détacher de l'emprise qu'ont exercé les institutions en imposant leur diktat sur la création contemporaine, de réaffirmer ma liberté de chorégraphe, de revenir à quelque chose de plus vrai et proche 90 des gens" . 91 D'où, les interactions de la Brigade Sécuritaire établies avec les publics, la 90 Extrait de l'entretien réalisé auprès de Pierre Doussaint par Valérie Gros-Dubois à la Ménagerie de Verre le jeudi 14 novembre 2002. 91 Dernière création de Pierre Doussaint : il s'agit d'une "Brigade Sécuritaire" composée de sept policiers qui martèlent, raclent le "pavé" de leurs grosses godasses, développent un monde à la fois réel et onirique, et qui s'infiltrent dans la cité, la ville. Les policiers se lancent dans des missions qui évoluent selon le public et les sites proposés par le lieu de représentation, sur des compositions personnelles ou des mélodies plus connues telles que 77
    78. connivence recherchée les amenant à être du spectacle, parties intégrantes d'une aventure partagée et complice in situ. Pour lui, il ne fait aucun doute que les rues, les places et les jardins puissent être investis par la danse le temps d'une journée, puisque 92 "cela fait partie de son histoire" . Il conçoit déjà l'espace public comme "l'espace du regard de l'autre", et à cet égard, une des scènes possibles où exposer sa création. Selon lui, toute danse qui se donne à voir, à danser, à partager, pourrait faire partie de cette manifestation. Cependant, le choix de l'espace en fonction de la prestation et, la présentation aux publics sont essentiels pour la réussite de la rencontre danseurs/publics. Par ailleurs, Pierre Doussaint, à la question "Qu'attendez-vous d'une fête de la danse : danser, montrer, regarder, participer, vous amuser, partager, initier, innover ?" répond "que si le budget le permet, une manifestation devrait pouvoir 93 proposer l'ensemble de ces possibilités au public" . Abdou Ndaye, chorégraphe et danseur Hip-Hop, présent avec sa compagnie lors des dernières Rencontres à La Villette, se sent prêt à investir la rue parce qu'il a désormais la reconnaissance de la scène. Il ne veut pas oublier "d'où il vient" pour ne pas perdre la source de sa créativité. Il rejoint en cela le témoignage de Kader Attou de la Compagnie Accrorap : "Je suis persuadé que le mouvement hip-hop reste et restera une forme, une culture, et que son évolution passe par le travail acharné des gens qui le représentent. Ce qui manque aujourd'hui, il me semble, dans les spectacles hip-hop, les miens y compris, c'est la poésie. Celle du quotidien, ces rencontres, ces anecdotes qui 94 embellissent la vie de tous les jours. Un regard furtif, un mot d'enfant" . La rue est aussi le lieu de ces anecdotes et le lien avec elles. Abdou Ndaye ajoute : "Pour moi, la rue, c'est là où se trouve la vie, le public, "Le pont de la rivière Kwai", "Mission impossible", "Le Grand Méchand Loup". Voir la note d'intention de Pierre Doussaint en ANNEXE X. 92 Extrait de l'entretien réalisé auprès de Pierre Doussaint par Valérie Gros-Dubois à la Ménagerie de Verre le jeudi 14 novembre 2002. 93 Ibid. Extrait de l'entretien réalisé auprès de Pierre Doussaint par Valérie Gros-Dubois à la Ménagerie de Verre le jeudi 14 novembre 2002. 94 Extrait de Pris sur le vif, Kader Attou, chorégraphe de la Compagnie Accrorap in Le Monde du 11 janvier 2002. 78
    79. 95 celui à qui j'ai envie de parler par le corps, le mien et celui de mes danseurs." Il se déclare inciter à participer grâce à la rencontre et au partage avec les publics, par la confrontation à l'espace public avec le désir de faire évoluer sa création en fonction du site, par le jeu qu'une telle posture implique. 96 Quand à Makissa Diabaté , elle se présente ainsi : "En tant que compagnie, notre travail créatif s'organise autour de deux lignes directrices : l'exploration d'actions quotidiennes, la "déshermétisation" de la danse contemporaine. Et c'est à travers le filtre spécifique du corps, élément multiple, mais commun à tous, que nous souhaitons montrer à quel point la danse contemporaine - telle que nous la pratiquons : loin de toute mystification - est un acte, tout ce qu'il y a de plus abordable. Contrairement à l'image généralement véhiculée, les motivations en 97 sont fort simples..." . Son désir rejoint le nôtre de voir la danse retrouver une dimension populaire et sociale. III-2-A-d Des résistances pour certains 98 Pour Charles Cré-Ange , chorégraphe contemporain, les problèmes techniques que soulèvent la réalisation d'une telle manifestation ainsi que son expérience du terrain semblaient freiner considérablement son adhésion. La création récente de notre association semble avoir porté préjudice à la crédibilité du projet. Lors de l'entretien, sa perception semblait attacher à recréer l'espace scénique traditionnel dans l'espace public. Ces conditions lui apparaissaient comme incontournables pour que des professionnels acceptent de participer à cette fête. Il tenait à aborder la question 95 Extrait de l'entretien réalisé auprès d'Abdou Ndaye, chorégraphe de danse hip-hop par Valérie Gros-Dubois le jeudi 31 octobre 2002. 96 Chorégraphe de la Compagnie Aki Gahuk et fondatrice des Vertiges. 97 Extrait de l'entretien réalisé auprès de Makissa Diabaté, chorégraphe de danse contemporaine, par Valérie Gros-Dubois, lors des Vertiges 4, le 28 février 2003. 98 Extrait de l'entretien réalisé auprès de Charles Cré-Ange par Valérie Gros-Dubois le 17 octobre 2002. 79
    80. budgétaire et de la rémunération qui, au moment de cet entretien, n'était pas encore finalisée en terme de budget prévisionnel, et qualifiait déjà le projet de belle utopie, peu ancré dans la réalité. Malgré un accueil sympathique, nous n'avons pas su convaincre un homme qui se plaçait en qualité d'expert avec des objections qui ne laissaient pas de place à l'évolution d'un projet encore en phase de conception et d'ajustement avec le terrain. En une interview, il a cristallisé la plupart des réticences que nous avions anticipées. Cette rencontre nous a convaincu de faire face à ces objections avec diligence, par exemple en contactant des techniciens professionnels ayant l'expérience de manifestations extérieures qui pouvaient nous apporter des informations sur la logistique, sur les questions de sécurité, et sur le budget à envisager, en contactant aussi des organisateurs de festivals pour établir un budget prévisionnel cohérent au plus proche de la réalité, même si on nous parlait le plus souvent d'évaluer les différents postes "à la louche". Somme toute, cet entretien s'est avéré précieux pour assurer une présentation du projet plus aboutie du point de vue financier . III-2-A-e Une volonté festive Pour la plupart des personnalités interviewées, la décision de participer à cette première édition va de pair avec le désir de soutenir l'initiative qui réintroduit la danse au coeur d'une pratique festive à la portée de tous. Il y va aussi de l'air du temps qui est à la pratique de rue, au retour des carnavals et des parades, avec cette notion sous- jacente nous semble-t-il, du dehors/liberté/expression par opposition au système 99 dedans/enfermé/aliéné. Ceci rejoint le résumé critique de Dominique Frétard, selon 100 lequel, le fil conducteur du dernier ouvrage d'Agnès Izrine est "celui du rapport étroit de la danse et du pouvoir, son aliénation consentie aux modèles définis, son 99 Présentation du dernier ouvrage d'Agnès Izrine par Dominique Frétard dans son article : La danse, le pouvoir, et la création, in Le Monde du 14 février 2003. 100 Auteur de La danse dans tous ses états, Editions l'Arche, Paris, 2003. 80
    81. 101 émancipation souvent chèrement payée" . Cette volonté festive clairement affirmée par les différents interlocuteurs semble aussi flirter avec ce désir d'émancipation de manière plus ou moins consciente. Dans leur démarche personnelle, les chorégraphes cherchent aussi à inventer leurs alternatives créatives propres pour veiller à ne pas être instrumentalisés par les diffuseurs. Ils semblent voir dans cette fête une de ces potentielles alternatives. Par ailleurs, Pierre Doussaint a souligné qu'il avait ressenti très fortement, lors des interventions de sa Brigade sécuritaire, "le besoin des gens de faire la fête, de retrouver une convivialité dans ce qui représente leur environnement quotidien. Leur désir est évident de se retrouver ensemble, de dialoguer, et d'avoir des occasions d'oublier la noirceur du monde qui les entoure. L'ambiance créée par un environnement dansant semble démontrer qu'elle parvient à dénouer les angoisses, à délier les corps et les langues. Le lieu a aussi une grande importance à leurs yeux : pour une fois, cela n'arrive pas qu'aux autres, sous-entendue l'expérience éphémère de la rencontre 102 artistique. Il s'agit bien de leur coin de rue, de leur placette, de leur marché... ". III-2-B Les amateurs et les bénévoles Les amateurs interrogés sont principalement issus d'écoles privés, de conservatoires ou sont recommandés par des compagnies professionnelles qui désirent leur mettre le pied à l'étrier, reconnaissant le sérieux de leur travail. Les bénévoles sont aussi des étudiants(es) universitaires appartenant entre autres au Département Danse de l'Université de Paris VIII en Seine Saint-Denis. 101 Extrait de l'article La danse, le pouvoir, et la création, de Dominique Frétard, in Le Monde du 14 février 2003. 102 Extrait de l'entretien réalisé auprès de Pierre Doussaint par Valérie Gros-Dubois à la Ménagerie de Verre le jeudi 14 novembre 2002. 81
    82. III-2-B-a Les raisons de leur bénévolat La plupart d'entre-eux et leur professeur y voient l'occasion de montrer le fruit de leurs efforts, de leur créativité, de leur engouement pour cet art-loisir-discipline dans un autre cadre que celui de l'examen final, ou du spectacle de fin d'année. Ils se montrent ouverts à un éventuel travail chorégraphique commun, encadré par des professionnels et mêlant ces derniers aux amateurs. Nicole Garrido et Emilie Buestel, étudiantes en danse à l'Université Paris VIII, sont déjà des interprètes professionnelles et parallèlement, débutent dans la création en qualité de chorégraphes. Pour elles, comme pour bien d'autres dans leur cas, le débat ne se pose pas encore sur le plan de la rémunération. Le peu d'occasion qui leur est donné de présenter leurs pièces, en dehors des concours ou des plates-formes, les motive évidemment à participer à des manifestations telle qu' "Entrez dans la 103 danse...". Nous les avons rencontré lors de la quatrième édition des Vertiges à La 104 Brique, où huit intervenants nous invitaient à une manifestation déambulatoire de spectacle vivant. Elles se sont montrées très enthousiastes à la possibilité de montrer leur chorégraphie "M" dans une des stations de métro du quartier de Bercy, puisqu'elles racontent : " Nous sommes parties de bruits enregistrés dans le métro, d'observation de personnes qui se croisent, se regardent ou s'ignorent. Le métro est un lieu que peu de gens apprécient, mais que l'on est souvent obligé d'emprunter, un lieu où nous devons protéger notre espace vital. Nous y vivons ensemble et nous nous ressemblons... C'est la rencontre de deux individus que rien ne réunissait à priori. Ils commencent par se jauger, se juger, finissent par se regarder, s'émouvoir et faire un bout de chemin ensemble. Une histoire toute simple que vous n'entendez sans doute pas pour la première fois. Nous désirions cependant la raconter en dansant, car danser 103 Ce spectacle déambulatoire était proposé par la Cie de danse Aki Gahuk : art de la danse, expérimentation du corps dans l'espace ; ces rencontres relèvent d'un mélange d'étrangeté et de surprise, où le public doit trouver sa propre place dans un espace de représentation en perpétuel mouvement. 104 Lieu étonnant, sans confort, tout en béton, froid, situé au dernier étage du 104, rue de Couronnes dans le 20e arrondissement à Paris, que les artistes en présence ont su réchauffer de leur belle énergie, de leur intelligente intensité et créativité. 82
    83. est pour nous un moyen de dire les choses les plus simples autrement, de raconter ces 105 histoires anodines qui nous touchent." Bien sûr, elles étaient stimulées aussi par la participation à une fête de la danse qui leur permette d'établir des ponts et des liens avec des chorégraphes professionnels, par le fait de pouvoir échanger des points de vue et confronter leur travail à celui des autres dans une ambiance privilégiée. III-2-B-b Un souci de partage et de reconnaissance Nicole Garrido et Emilie Buestel ajoute que " la relation avec le public est essentielle. Nous attachons une grande importance à la convivialité d'un moment partagé et à la réception des publics à nos créations. Nous voulons rester proches des gens, à l'écoute de leurs préoccupations qui sont bien souvent les nôtres à un moment ou à un autre. Et puis, savoir que notre travail est apprécié, qu'il donne du plaisir et/ou 106 du rêve, qu'il porte à la réflexion, cela compte énormément." Une autre danseuse, Maya Martin, qui pratique en tant qu'amateur, et qui poursuit des études en Arts du Spectacle à Paris III-Nouvelle Sorbonne, nous dit : "On danse rarement uniquement pour soi. Le désir d'être vu, d'être reconnu par l' "autre" 107 quelqu'il soit ne peut être nié." Ces amateurs sont proches des gens par leur attitude, leur démarche, par le réseau relationnel dans lequel ils s'inscrivent, familial, amical, associatif, scolaire, universitaire, ou de voisinage. Ils tentent de leur transmettre une passion qui n'exclue pas toujours la qualité technique, avec une fraîcheur que de nombreux professionnels ont souvent perdue à force d'élitisme. Le plaisir de danser est manifeste, le plaisir de partager et de communiquer aussi. 105 Extrait de l'entretien réalisé auprès de Nicole Garrido et d'Emilie Buestel, chorégraphes amateurs, par Valérie Gros-Dubois, lors des Vertiges, le 28 février 2003. 106 Extrait de l'entretien réalisé auprès de Nicole Garrido et d'Emilie Buestel, chorégraphes amateurs, par Valérie Gros-Dubois, lors des Vertiges 4, le 28 février 2003. 107 Extrait de l'entretien réalisé auprès de Maja Martin, danseuse contemporaine amateur, par Valérie Gros- Dubois, suite au spectacle Cantieri de Catherine Diverrès à Chaillot, le jeudi 10 octobre 2002. 83
    84. III-3 L'avis des partenaires "Entrez dans la danse..." est le premier projet d'envergure porté par Mouvance d'Arts. De ce fait, la recherche de financements et de partenariats est la phase la plus sensible du projet. En effet, malgré le grand soin apporté au dossier de présentation et à la qualité des entrevues, il s'agit toujours de convaincre de la pertinence du projet et de notre capacité à le piloter. Cependant, la plupart des personnes contactées ont été réceptives à la présentation du projet "Entrez dans la danse..." même lorsque leur politique de mécénat orientée vers d'autres priorités telles que l'insertion des jeunes ou de minorités, ne leur permettait pas d'envisager une collaboration. III-3-A Les partenaires publics Dès les premiers envois de la note d'intention en décembre 2001, les réponses se sont avérées encourageantes, et, ont débouché sur des entrevues. III-3-A-a Un réel intérêt Les premières à avoir accueilli favorablement "Entrez dans la danse..." dès janvier 2002, ont été Nadine Rémy, Chargée de la culture à la Mairie du XII ème et sa 108 collaboratrice déléguée aux manifestations culturelles, Karen Taïeb . A travers les différents entretiens que nous avons eu ensemble, ont émergé divers enjeux. En effet, par le biais de cette manifestation, La Chargée de la culture aurait l'opportunité de valoriser localement plusieurs volontés de la Mairie de Paris en matière de politique de la ville et de politique culturelle. "Entrez dans la danse..." rejoint plusieurs axes de ces politiques. Par exemple, avec la participation des publics, des associations et de la population du quartier, entre autres, cette fête de la danse entraîne le développement de la participation des habitants à la vie de leur quartier, qui 108 Fondatrice du Festival "Onze bouge" à Paris dans le 11ème arrondissement. 84
    85. est une des priorités du principe de la démocratie locale développé par la ville. Par ailleurs, les représentants de la Mairie de Paris voient, dans l'activité sociale de la danse, la possibilité de redonner à l'espace urbain sa fonction de lien social, d'espace de communication, de dialogue et de convivialité, et une solution pour enrayer l'isolement, le sectarisme et l'insécurité. Dans tous les cas, ils semblent y voir un point de départ. Ensuite, "Entrez dans la danse..." répond aux besoins repérés par des responsables de la politique culturelle de la ville , à savoir de construire des interactions entre les pratiques amateurs et les pratiques professionnelles. Enfin, il est apparu, lors des divers entretiens, que la Mairie de Paris voulait offrir, à sa ville et à ses habitants, une manifestation populaire, des pratiques chorégraphiques et dansantes qui soit d'envergure et de qualité. Au fil de l'avancée du projet, les échanges de courriers avec l'Hôtel de Ville ont évolué vers des appels téléphoniques provenant du Cabinet du Maire de Paris témoignant de l'attention croissante de Thomas San Marco, Chef adjoint du Cabinet et de Christophe Girard, Adjoint au Maire de Paris, Chargé de la culture pour "Entrez dans la danse...". Nous espérons les rencontrer dans les mois à venir. Nous avons eu un premier entretien le 4 avril 2003 avec Tatiana Lobadovsky, directrice du théâtre et de la danse de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris. Elle confirmait son désir d'apporter de l'aide au projet, dans la mesure où ce dernier établissait des ponts entre amateurs et professionnels. Elle avait eu de nombreux retours positifs suite à la lecture du dossier de partenariat faite par différents décisionnaires de l'Hôtel de Ville et de la DAC. Elle a demandé à voir le travail des compagnies et des groupes ou solos retenus pour se rendre compte de la qualité artistique de nos choix. Elle nous a ensuite expliqué que si elle donnait un avis favorable au dossier, le projet ayant déjà suscité l'intérêt de divers élus, la Commission du Conseil de Paris, ainsi que la Commission budgétaire entérineraient probablement la décision. Elle nous a proposé son aide en amont pour que le dossier que nous déposerons pour les commissions soit le plus abouti et le mieux renseigné possible. 85
    86. III-3-A-b Les limites Il apparaissait très clairement, dès les premières entrevues, que la principale barrière pour une implication concrète dans la mise en oeuvre de ce projet, serait d'ordre financier. Avec honnêteté, Nadine Rémy, Chargée de la culture à la Mairie du XIIème et Karen Taïeb, Déléguée aux manifestations culturelles, m'ont annoncé que sans investissements privés, il n'y aurait pas d'investissements publics, d'autant que le pilotage de cette manifestation était assurée par une "jeune association". Tout semblait dépendre de notre capacité à rallier des partenaires de qualité, et au moins une figure renommée de la danse qui pourrait parrainer l'événement, le crédibiliser tant au niveau chorégraphique, qu'au niveau institutionnel. Une autre réserve émise plus tard par la Directrice du théâtre et de la danse de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris, est que cette fête n'entre pas dans les cadres conventionnels de soutien de la Ville de Paris. Les subventions sont accordées à des chorégraphes en résidence dans un lieu culturel appartenant à la Ville de Paris et développant une politique de créations et de diffusions innovantes. Cependant, leur volonté apparente de voir naître une manifestation de danse qui pourrait s'étendre de quartier en quartier sur Paris, sur la base d'un concept solide qui rallierait les différents réseaux, semblait rendre contournable la définition stricte de l'attribution des subventions au secteur de la danse. Madame Yannick Kergreis est détachée par la DAC afin d'enquêter sur les différents acteurs de la danse et la pratique amateur sur Paris. Le 22 mai 2003, elle nous a confirmé le désir de la Municipalité de mieux distribuer les financements et notamment, en direction des structures qui proposeraient des concepts élaborés capables de rallier les énergies, les initiatives des réseaux, d'embrasser la population, et de créer une dynamique citoyenne. D'après Madame Kergreis, "cela est préférable plutôt que de continuer à essaimer les subventions sur des micro-projets qui souvent s'essoufflent au bout de quelques éditions, faute de moyens techniques, financiers et 86
    87. humains, et ne répondent pas à l'exigence qualité qui était sous-entendue au départ des 109 négociations. Il ne faut pas forcément instrumentaliser." III-3-B Les partenaires privés III-3-B-a Un enthousiasme suivi de faits Le premier contact établi avec un partenaire privé a été celui de la direction de Bercy-Village, propriétaire notamment du Cours Saint-Emilion, l'un des cinq lieux où nous souhaitions faire intervenir démonstrations et déambulations interactives. Ce dernier nous avait octroyé, en amont de la mise en oeuvre du projet, l'autorisation d'effectuer notre enquête au sein de la zone piétonne dépendant de son aval. Dès la première entrevue, la position de demandeur, et le rapport de force dominant/dominé dans lequel nous étions de fait, a évolué pour faire place à une relation d'échanges productifs qui laissait présager une future collaboration. Selon la Chargée d'animation et la Chargée de communication, le directeur serait favorable à la mise à disposition du Cours Saint-Emilion pour un tel événement, si notre manifestation se déroulait un dimanche (le samedi étant un jour d'affluence commerciale très forte), et si elle avait une ampleur et une portée médiatique qui dépassait le cadre de Bercy-Village. Il semblait disposer à un prêt de matériel, de locaux pour les loges des artistes, et à prendre en charge une partie de la communication sur le site. Au fur et à mesure des rendez-vous, le sérieux de l'avancée du projet et la prise en compte des suggestions émises par les interlocuteurs ont créé une ambiance de concertation, un début de collaboration et de confiance. La négociation ainsi engagée a 109 Extrait de l'entretien téléphonique de Madame Yannick Kergreis, détachée par la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris pour établir un rapport sur les acteurs de la danse à Paris et sur les pratiques amateurs, réalisée par Valérie Gros-Dubois, le jeudi 22 mai 2003. 87
    88. abouti d'ors et déjà à la rédaction d'une lettre qui stipule l'engagement de principe des partenaires, reprenant les termes des aides précitées, qui précise leur volonté de nous accorder une participation financière substantielle, ainsi que leur désir d'être associés à cette manifestation. Cette lettre de soutien a été rédigée aussi dans le but clairement exposé de susciter l'adhésion d'autres partenaires, conscients que l'investissement de personnes d'influences pouvait en convaincre d'autres de suivre leur exemple. Il est évident que la direction de Bercy-Village a bien cerné les bénéfices qu'elle pourra retirer d'une telle manifestation, à savoir, la possibilité d'améliorer l'image de l'entreprise, de faire évoluer son identité commerciale en développant un axe culturel qui lui donnera une dimension plus humaine ,et qui va dans le sens de la politique récente de village-culture, lieu marchand et culturel. Le second contact privé s'est fait sous l'impulsion du premier, puisque le directeur de Bercy-Village fait partie du bureau de l'Association des Commerçants du quartier de Bercy. Il nous a donc introduit auprès du Président de l'association qui s'est prononcé en faveur du projet. Il s'est engagé à le présenter devant la prochaine Assemblée Générale de son association pour obtenir un premier accord de principe au soutien financier de la manifestation. Selon lui, notre projet de manifestation culturelle "cadre parfaitement avec la qualité d'animation que recherche la commission culturelle 110 mise en place par le Conseil de Quartier" auquel il participe. Nous avons également commencé un dialogue avec le Ministère des finances qui a une partie de ses locaux Place des Vins de France, autre site d'élection pour notre fête. Le Ministre a marqué un réel intérêt à la lecture de notre dossier-partenaire et son sous-directeur des supports de communication nous a dirigé vers trois associations culturelles du Ministère susceptibles de soutenir notre action. Les négociations sont en cours. 110 Extrait de l'entretien mené auprès du Docteur Joël Tordjman, pharmacien et Président de l'Association des Commerçants du quartier de Bercy par Valérie Gros-Dubois, le 6 mars 2003. 88
    89. III-3-B-b Autres partenaires pressentis Au cours des mois qui vont suivre, nous pensons aussi développer une collaboration et un partenariat avec les institutions suivantes : - La Préfecture de Paris, dans le cadre de la politique de la ville et des autorisations ; - l'Unesco et l'ITT, dans le cadre de la Journée Internationale de la Danse, le 29 avril ; - la Caisse des Dépôts et Consignations, dans le cadre de sa politique de partenariat en faveur de la danse ; - la RAPT ; - le Ministère de la Culture, - le Ministère de l'Education Nationale, (Concernant ces deux ministères, les dernières élections présidentielles nous ont ramené au point de départ, et ont annulé les premières prises de contacts qui semblaient favorables au projet.) ; - le CND. D'autres seront aussi envisagés. Compte tenu du budget prévisionnel ambitieux, la recherche de nouveaux partenaires est vitale, les négociations seront sans aucun doute la partie la plus âpre de la mise en oeuvre. 89
    90. III-3-C Les intérêts ou motivations avoués et inavoués Ainsi, être partenaire d'un projet qui établit des ponts entre la population et les divers acteurs de la vie sociale et locale, entre les habitants et les artistes, entre les professionnels de la danse et les amateurs, entre les générations, attire... Quand le dialogue est établi, chacun se sent investi, et alors, le soutien afflue. La concertation et les négociations commencent. Dès lors qu'un ou plusieurs partenaires privés potentiels affirme son appui effectif au projet et entre dans un partenariat, les élus locaux se sentent plus en confiance. A leur tour, ils commencent à engager des contacts, des démarches concrètes, tels qu'un suivi constant du développement du projet, une amorce de soutien et d'informations liés aux aspects techniques, logistiques et financiers, et aux délais. Ceci s'est avéré vrai pour la Mairie du XIIe arrondissement et pour la Mairie de Paris. Nous avons nettement senti que la participation financière potentielle et l'intérêt évident que manifestait la Direction de Bercy Village pour "Entrez dans la danse..." avait marqué un tournant décisif dans l'attitude des élus et avait participé à rallier l'équipe culturelle de la Mairie de Paris et de la Mairie du XIIe pour que le projet devienne effectif en 2004. Le report du projet sur l'année 2004 nous a semblé évident puisque l'ensemble des partenaires privés n'était pas encore mobilisé, et que les délais pour les diverses commissions allaient obliger tous les acteurs du projet à travailler dans l'urgence. Ce qui n'apparaissait pas souhaitable pour nouer des relations qui participeraient à pérenniser l'événement. Par ailleurs, chacun des acteurs mobilisé autour du projet, agit avec des intérêts et des motivations très divers. Certains peuvent être tentés de se l'approprier. Par exemple, de notre propre initiative, mais aussi encouragée par Nadine Rémy, nous 90
    91. nous sommes rapprochée de Karine Saporta , qui anime Le Dansoir dans le XIIe 111 arrondissement, pour une éventuelle collaboration et un parrainage de l'événement. Elle s'est montrée d'autant plus réceptive qu'elle avait eu une idée similaire et m'a demandé de venir exploiter mon projet à Caen, car elle y avait de solides appuis. Sa proposition pouvait sembler alléchante, mais sa forte personnalité, et son attitude laissaient présager une absorption du projet par son équipe. Rester maître du pilotage du projet devient alors un exercice de style et un enjeu périlleux, que seules la 112 diplomatie et la négociation peuvent permettre . 111 Directrice du Centre National de la danse à Caen, chorégraphe, et organisatrice de nombreux projet. 112 Concernant l'art de négocier, conf. ARONCENA (J). Le développement par l'initiative locale, L'Harmattan, Paris, 1986. 91
    92. IV-ANALYSE D'UNE SITUATION SPECIFIQUE ET LES LIMITES D'UN DISPOSITIF Copyright Christine Fricker, Marseille, 2003. 92
    93. IV-Analyse d'une situation spécifique et les limites d'un dispositif IV-1 Réserves et solutions envisagées "Entrez dans la danse...", au cours de sa mise en oeuvre, et grâce aux outils de la recherche universitaire, a commencé à démontrer que tous les paramètres ne peuvent être anticipés. IV-1-A Les éléments masqués Nous ne sommes pas en mesure d'identifier toutes les réticences ou les facteurs d'adhésion des différents partenaires. Ils sont souvent liés à des contextes politiques, économiques, sociaux. Les intérêts peuvent être divers (la plupart du temps, on parle de "vitrine politique"). Il est alors essentiel pour l'équipe de pilotage d'adopter une attitude d'ouverture qui permet à chaque rendez-vous, chaque conversation d'être une source riche d'informations tant au niveau du discours, de l'ambiance, qu'au niveau du non-dit et de la non-verbalité. Il nous faut être capable de repérer et d'utiliser tous les éléments mouvants pour en tirer partie et pour rebondir en faveur de la concrétisation du projet. Sur la quasi-absence de la danse et des bals dans les rues de Paris, nous a été répondu ceci : "A une époque encore récente, c'était vrai. Sans doute, pour des motifs de sécurité, de lois, de logistique, de détournement de la circulation trop important, et aussi, parce que les effets des bals, notamment, étaient devenus incontrôlables. Aujourd'hui, les choses sont envisagées différemment. On voit d'ailleurs se multiplier 113 les festivals de rue, où la danse trouve de plus en plus souvent sa place" . Cet élément évasif de réponse méritera d'être creusé en parallèle avec la mise en oeuvre du projet, et auprès de la Préfecture de Paris. Nous devons être conscients des résistances, que 113 Témoignage d'une personne qui n'a pas souhaité être citée. 93
    94. nous pourrons encore rencontrer à ce sujet. 114 France Schott-Billmann, dans son ouvrage Le besoin de danser , au sujet de la techno-parade affirme que "le peuple a fait d'une parade musicale une véritable fête de la danse". Nous tenions à souligner le regard qu'elle porte sur les tentatives de répression de cette culture techno, car nous pensons qu'il met en lumière les craintes que peuvent susciter de telles manifestations populaires tant auprès de la population que des pouvoirs publics. Elle raconte à ce propos : " L'union du corps à cette puissante musique suffit à rendre infatigables de nombreux danseurs. Mais d'autres s'aident de drogues, ce qui entraîne actuellement une répression accrue de ces fêtes, déjà suspectes en raison de l'intensité sonore d'une musique répétitive insupportable aux voisins, du "look" étrange de ces nouveaux primitifs [...]. Les pouvoirs publics, perplexes, distribuent de façon assez incohérente interdictions et autorisations. Dès 1991, un essai de réglementation conduit les raves à devenir de plus en plus clandestines mais elles sont parfois autorisées sous des formes gigantesques 115 [...] . Le 29 mai 1996, la question des raves est examinée à l'Assemblée nationale qui décide une politique répressive suivie depuis par le ministre de l'Intérieur. En septembre 1996, les ravers organisent dans les rues de la capitale une manifestation avec pour slogan : "Laissez-nous danser." Le mouvement gagne à sa cause des alliés inattendus, ministres de la culture, Jack Lang puis Catherine Trautmann. Après la multiplication des interdictions et des interventions policières contre plusieurs raves [...] en 1997, Jack Lang prend position en leur faveur [...]. Trouvant absurde que Paris ait interdit des manifestations musicales sous prétexte de sécurité, il ajoute : "Le public de la techno est admirable, sympathique et gentil. La techno n'est pas un phénomène 116 passager et ne peut être dissoute par la répression. " Aujourd'hui, soutenues par des sympathies officielles, beaucoup de rave-parties sont désormais autorisées. Par contre, 114 SCHOTT-BILMANN (F). Le besoin de danser, Editions Odile Jacob, Paris, 2001. 115 [en 1992, l'une d'elles rassemble deux mille cinq cent personnes à la Grande Arche de la Défense à Paris.] 116 Courrier international, N° 369, novembre-décembre 1997, p. 16. 94
    95. les "free-parties", fêtes gratuites organisées par les ravers eux-mêmes, restent 117 interdites et confidentielles." Concernant la danse hip-hop, le même auteur nous parle de son évolution de la rue vers la scène : "En 1999, ont lieu les premières rencontres nationales de danse urbaine qui passionnent un public diversifié et de nombreux chorégraphes s'inspirent 118 maintenant de ce mouvement rebelle". Nous constatons que ces deux mouvements témoignent d'une recherche d'un mode d'expression et/ou de transgression, et de rébellion, d'un esprit de fête pour la culture techno, et d'un esprit de transmission par l'imitation pour la culture hip-hop. Nous repérons des tentatives différentes d'intégration de ces mouvements par les institutions publiques pour enrayer les débordements que peuvent provoquer de telles manifestions. Les motifs de "contrôle" et de sécurité, qui poussaient les autorités à éradiquer certaines pratiques populaires dansées (les bals de plein air par exemple), semblent amener aujourd'hui les pouvoirs publics à les intégrer. Ce phénomène révèle peut-être l'enjeu politique d'absorber la violence ambiante et les revendications sous-jacentes de ces mouvements culturels et de culture. En effet, en offrant aux danseurs de hip-hop une scène et une reconnaissance légitime des institutions et du milieu chorégraphique, en accordant des autorisations pour les raves-parties, on donne aux uns et aux autres un cadre qui permet de les "cerner" au sens propre comme au sens figuré. Ce contexte devrait jouer en faveur de notre fête de la danse. D'autant plus que la place du corps de l'individu est interrogée par le nouveau découpage géo-politique de l'Europe, et par la mondialisation. L'élargissement de notre fête de la danse sur un plan national, puis international veut favoriser une humanisation, et une fraternité entre les personnes d'un même pays, et des nations entre elles. L'engagement associatif et humanitaire, les mouvements de jeunes autour des raves-parties et les danses de rue 117 SCHOTT-BILMANN (F). Le besoin de danser, Editions Odile Jacob, Paris, 2001. P. 32-33. 118 SCHOTT-BILMANN (F). Le besoin de danser, Editions Odile Jacob, Paris, 2001. P. 29. 95
    96. issues des quartiers défavorisés, intégrés dans notre société, témoignent d'une recherche de l'être humain, et de sa quête de liens et d'unité. IV-1-B Des artistes en "concurrence : bénévoles/rémunérés Nous avons été amenés à choisir une double logique économique pour permettre la viabilité financière du projet : d'une part des artistes professionnels rémunérés, d'autre part, des artistes amateurs bénévoles. Ménager les susceptibilités des uns et des autres au sein du dispositif de la fête sera un des enjeux de la réussite de la manifestation, et la garantie d'une bonne ambiance. L'idée étant que sur chaque lieu de représentation interviennent professionnels et amateurs. Une signalétique claire doit être en place tant sur le programme distribué que sur les lieux, afin que les interventions ne se desservent pas entre elles, et que les publics aient des repères sur le genre, et sur le niveau des compagnies en présence. Une option est aussi à l'étude : certains groupes amateurs seraient encadrés par des compagnies professionnelles et intégrés dans la présentation professionnelles. III-4-C Une manifestation coûteuse Cette première édition est chiffrée à 163 120 euros (soit 1 070 000 Francs) en estimation haute. Elle ne pourra voir le jour sans un budget minimum de 91 469 euros (soit 600 000 francs) et avec des apports en nature substantiels. S'il apparaît que la concrétisation de la première édition d' "Entrez dans la danse..." soit en bonne voie, la recherche de multiples partenariats, et la difficulté d'entretenir ces derniers par les seuls efforts de la structure Mouvance d'Arts, posent problèmes. En effet, la reconduction de l'événement restera tributaire des intérêts de chacun, lesquels évoluent constamment en fonction des événements politiques, économiques et sociaux. Envisager ce fonctionnement au niveau national semble aléatoire, voire difficilement réalisable en l'état. Nous suivons Marc Jimenez lorsqu'il affirme que "si les lois du marché n'influent 96
    97. directement ni sur le rôle des médias, ni sur le contenu de la culture de masse, ni sur le mode de réaction des consommateurs culturels, ignorer l'impératif catégorique de la 119 rentabilité économique relèverait de la pure naïveté" . Il s'agit pour nous de trouver, dans un premier temps, un moyen d'équilibrer nos charges et nos produits, dans un second temps, de trouver un moyen de contourner les fluctuations des intérêts économiques de chacun. IV-1-D Résolution du problème Le Ministère de la Culture et de la Communication a publié dans la Lettre d'Information numéro 103 de février 2003 un dossier intitulé "Le plan gouvernemental en faveur du mécénat et des fondations". Ce document annonçait une réforme présentée au Premier Ministre par Jean-Jacques Aillagon, Ministre de la Culture et de la Communication, qui aurait "pour vocation unique, celle de rendre aux citoyens, aux entreprises, et à l'ensemble de la société civile, leur liberté de participer aux grandes causes nationales en rappelant que l'Etat n'a pas le monopole de l'intérêt général". Les propositions majeures portaient sur des incitations fiscales, sur une accélération et une simplification de la reconnaissance d'utilité publique. Cette réforme devenue effective (surtout en faveur du maintien des trésors nationaux sur le territoire français) pourrait cependant nous concerner et devenir un atout en matière de partenariat, si nous parvenions à rassembler les éléments constitutifs de l'utilité publique. Pour une fête nationale, il apparaît évident qu'il conviendra de rassembler plus de bénévoles et d'amateurs et de les appeler à s'emparer d'une journée pour montrer leur réalisation dans les rues, en suivant quelques principes d'organisation. Une autre solution sera d'envisager autrement le positionnement de l'association au coeur du dispositif stratégique de médiation. Cette option est développée dans la partie suivante. 119 JIMENEZ (M). La critique. Crise de l'art ou consensus culturel ? , Editions Klinchsieck Esthéthique, Paris, 1997. 97
    98. IV-2 Médiation pour un nouvel accès à la culture chorégraphique : "Entrez dans la danse..." IV-2-A Le dispositif de médiation : "Entrez dans la danse...", version 2004 IV-2-B Evolution du projet Pour l'extension nationale d' "Entrez dans la danse...", et sur la base de l'analyse du fonctionnement et des retombées de la première édition, Mouvance d'Arts ne se présentera plus comme la structure d'organisation de cette fête. Elle se positionnera comme étant la créatrice d'un concept éprouvé dont les institutions et la population s'empareront, afin de mettre la pratique de la danse à l'honneur dans leur espace. L'équipe de l'association après avoir négocié le concept auprès des institutions en 98
    99. mesure de le médiatiser, assurera auprès des initiatives locales un rôle de conseil et de coordination de l'événement. Gageons que les danseurs professionnels ne tarderont pas à se manifester pour faire événement dans l'événement comme c'est le cas pour la Fête de la Musique. Ces derniers pourraient alors trouver leur rémunération directement auprès des institutions, qui, par leur partenariat, assureraient le rayonnement de leur image auprès du citoyen, mais aussi, le rayonnement de leur ville. Ce fonctionnement était notre postulat de départ, y compris pour la première édition. Cependant, nous nous sommes trouvée dans la position de devoir prouver notre capacité à mettre en oeuvre, à gérer une telle "utopie", puisque d'autres y avaient pensé sans pourtant oser aller jusqu'au bout des résistances. Au fur et à mesure de nos rencontres institutionnelles, cette option réapparaît comme la seule alternative à l'extension nationale. Elle est d'ores et déjà à l'étude. Dans cette optique, mais dans un tout autre registre que la danse, l'exemple du 120 succès d'Immeubles en Fête nous encourage dans cette voie. Démocratiser la culture chorégraphique peut continuer à être une utopie si on ne restaure pas la fonction sociale de la danse qui est de générer des liens, des relations, des réseaux. Au-delà des discours intellectuels, politiques, économiques, démocratiser la culture chorégraphique peut devenir réalité. 120 L'histoire d'Immeubles en fête : "L'idée d'Immeubles en Fête est née en 1990 quand Anatase Périfan et un groupe d'amis créent l'association "Paris d'amis" dans le 17 e arrondissement de Paris pour renforcer les liens de proximité et se mobiliser contre l'isolement. En 1999, l'association lance dans le même arrondissement ce qui deviendra la Fête des voisins. Le succès est immédiat puisque 800 immeubles y participent, permettant de mobiliser plus de 10 000 habitants. En 2000, grâce au soutien des Maires de France, 30 municipalités parrainent l'opération. Dans tout le pays, 500 000 personnes se retrouvent autour d'un verre entre voisins. En 2001, 70 villes et 20 organismes HLM contribuent au succès grandissant de l'événement, permettant ainsi à plus de 1 000 000 de personnes de prendre part à l'opération Immeubles en fête. L'association des Maires de France, l'Association des Maires de grandes villes de France et l'Union nationale HLM s'impliquent fortement. En 2002, la dynamique s'amplifie encore : 126 municipalités et des offices HLM sont partenaires. Pour cette 3 e édition nationale, plus de 2 000 000 habitants se sont mobilisés dans toute la France. En 2003, Immeubles en fête prend une dimension internationale et s'installe en Belgique, au Portugal et en Irlande." L'objectif pour cette première édition internationale était d'atteindre les 3 000 000 participants pour le mardi 27 mai. Ce texte est emprunté au site internet d'Immeubles en fête. 99
    100. Il s'agit de faire comprendre aux parties intéressées, publics/danseurs/partenaires, qu' "Entrez dans la danse..." est une occasion de provoquer des rencontres entre danseurs amateurs et professionnels, entre la population du quartier, entre les différents publics et ces danseurs, entre voisins aussi, pour rompre avec l'isolement des villes, avec l'anonymat, avec les idées reçues. Participer à "Entrez dans la danse..." sera très simple : le jour de la fête, l'initiative de chacun (groupe ou individu, professionnels ou amateurs) trouvera sa place et chacun pourra partager son savoir-danser avec les autres, en le donnant à voir ou à danser. L'organisation de la fête "Entrez dans la danse...", dans la plupart des cas, pourra être légère et bénéficier des conseils de l'association : choisir un lieu (places, kiosques, rues, trottoirs, jardins, parcs, cours d'immeubles, escaliers, métros) pour se mettre en scène, sonoriser à dimension humaine, dans le respect de quelques règles de sécurité et de procédures (demande d'autorisations auprès des organismes compétents. Des accords avec la Sacem seront négociés par Mouvance d'Arts). Ceux qui auront besoin d'une logistique plus pointue se tourneront vers des partenaires institutionnels, privés, ou des sponsors qui associeront leur image au concept de la Fête. Les publics (danseurs en puissance) et les danseurs professionnels et amateurs seront ensemble les véritables acteurs du succès de cette manifestation. 121 Certaines personnes se sont exprimées à propos de la décentralisation qui doit aussi, selon nous, favoriser l'accès à la culture pour tous. Elle soulève cependant pour les chorégraphes et les compagnies, la question des critères artistiques, de la garantie d'indépendance, de la peur du clientélisme. Ils expriment la crainte "d'une porte 122 ouverte à un nivellement vers le bas" , se posant la question suivante : "Les 121 Transfert de compétence de l'Etat aux collectivités locales et territoriales. 122 Extrait de l'article Réalités du transfert rédigé par Agnès Izrine dans la rubrique intitulée Attitude : La décentralisation, in Danser n°215, novembre 2002. 100
    101. compagnies "locales" ont-elles le même niveau que celles qui sont subventionnées par 123 l'Etat ?" . Si le milieu artistique est demandeur d'une garantie de l'Etat, ce n'est pas seulement pour une question d'argent : pour l'instant, l'Etat est la seule instance qui possède des experts. Nous savons que proposer une fête de la danse où amateurs et professionnels sont ensemble les artisans d'un événement à succès peut soulever des inquiétudes du même ordre. Mais à notre sens, c'est la voie pour que la danse, au-delà du discours intellectuel et des "bonnes intentions" sur l'accès à la culture chorégraphique pour tous, retrouve cette fonction qui était la sienne et redevienne un art de vivre et de danser ensemble. 123 Ibid. Extrait de l'article Réalités du transfert rédigé par Agnès Izrine dans la rubrique intitulée Attitude : La décentralisation, in Danser n°215, novembre 2002. 101
    102. CONCLUSION Le rapport du public à la danse, aux danseurs, aux spectacles de danse et à son environnement, ainsi que le rapport des chorégraphes et des danseurs professionnels et amateurs à la scène et aux publics peuvent être modifiés par notre manifestation "Entrez dans la danse...". Notre travail de recherche s'est axé autour de cette problématique. Nous avons démontré par l'analyse des questionnaires que les personnes sondées n'ont pas pour la plupart une forte pratique de la danse ou une véritable fréquentation des spectacles chorégraphiques. Nous constatons malgré cela que le projet a rencontré une forte adhésion. Nous pouvons donc conclure que nous pouvons mobiliser la population d'un quartier et faire naître un réel intérêt pour la danse et sa pratique à travers une fête de la danse. Par ailleurs, l'hypothèse selon laquelle la rue peut-être une scène pour toutes les formes de danses, a été entérinée par les publics interrogés, et par la plupart des professionnels avec lesquels nous nous sommes entretenus. Ces derniers soulignaient cependant que, d'une part, la mentalité protectionniste, voire frileuse de certaines disciplines pouvait être une entrave, et que, d'autre part, la façon d'amener chaque forme de danse dans l'espace public devait être repensée au moins dans son rapport au public. Une autre de nos hypothèses validées par les méthodes de recherche, est que l'interactivité des danseurs et des publics en présence directe par le biais des déambulations, des démonstrations auxquelles les publics sont appelés à participer en dansant, favorise une incitation aux pratiques interpersonnelles et amène la rencontre collective. La ritualisation engendrée par la pratique de la danse en groupe soude les membres d'une société en eux. Nous ne pourrons pas l'affirmer dans l'immédiat concernant notre fête de la danse. La justesse de cette hypothèse ne pourra être 102
    103. mesurée qu'à la suite de la manifestation en recueillant les témoignages des participants. Pour le moment présent, nous pouvons juste nous appuyer sur les constats faits par la sociologie en cette matière et sur les recherches de France Schott-Billmann qui défendent ensemble ce phénomène appliqué à la danse. Le cadre extérieur de la manifestation, les lieux rapprochés dans lesquels se dérouleront les diverses interventions chorégraphiques, la signalétique d'information pour la population doivent participer à la rencontre des publics avec les nouvelles formes de danses autant qu'avec les anciennes, en partie aussi sur l'invitation des danseurs professionnels et amateurs qui feront le lien. Là encore, nous ne pourrons valablement valider cette hypothèse et cette volonté du projet uniquement après le déroulement de la fête. Nous confirmons l'idée que nombre de chorégraphes et de danseurs professionnels ou amateurs ont le désir de prendre des risques pour tenter des expériences chorégraphiques en plein air et se mettre à la portée de tous les publics. Ils se sont montrés prêts à l'interaction avec les publics, à les intégrer dans le déroulement de leur spectacle, à modifier leur conception de l'espace scénique pour l'adapter à l'espace urbain, et à changer la construction de leur pièce chorégraphique, si cela s'avérait nécessaire. Nous avons cependant conclu que nous ne pourrons pas amener les professionnels à cette participation sans qu'ils soient rémunérés pour leurs prestations, au même titre que les amateurs. C'était sans compter avec la réalité du terrain chorégraphique. L'hypothèse selon laquelle des passionnés de leur art accepteraient, une fois dans l'année, de donner leurs oeuvres à voir sans recevoir une rémunération, avec l'objectif atteint de l'accès pour tous à la culture chorégraphique, s'est effondrée dès les premières rencontres. Les deux raisons principales avancées le plus souvent sont les suivantes : "on a déjà donné" et "la reconnaissance d'une vraie qualité artistique passe par la rémunération". Evidemment, il y a aussi des raisons purement existentielles : les 103
    104. chorégraphes, les danseurs et l'équipe qui les soutient dans leur travail de création et de représentations ont besoin d'assurer un quotidien et d'assumer leurs responsabilités. L'infirmation de cette hypothèse a bouleversé de manière significative le budget prévisionnel rendant cette manifestation coûteuse. Le positionnement de notre association en qualité d'organisatrice sera peut-être remis en question. En ce qui concerne les danseurs amateurs ou en voie de professionnalisation, les témoignages recueillis ont confirmé l'opportunité pour eux d'être présents dans cette fête, le désir de reconnaissance étant leur motivation pour rallier le projet. Les entretiens réalisés auprès des professionnels de la danse ont confirmé que danser dans la rue, amener des spectacles conçus initialement pour la scène dans l'espace urbain entraînent inévitablement un renouvellement de la conception, de la construction chorégraphique et des conditions de représentation. Il en va de même du rapport aux publics. Aussi, pouvons-nous valablement soutenir que le concept d' "Entrez dans la danse..." va participer au renouvellement de la création et de la créativité en permettant aux chorégraphes et danseurs d'explorer d'autres champs expérimentaux, en les incitant à se dégager des contraintes institutionnels ou des diffuseurs, réductrices pour le foisonnement créatif que nous avons connu dans les années 80-90. Avec Daniel Conrod, nous nous sommes interrogée sur ce que sera la danse dans les années à venir, et nous sommes d'accord avec lui pour donner à la pratique chorégraphique un nouvel espace de liberté : "Du moins ne peut-elle ignorer que la question du moment concerne sa place dans l'espace public, et relève de l'éthique et de la politique davantage que de l'esthétique. C'est le noeud du problème. Qu'elle abandonne un instant le chemin des ministères, des conseils régionaux, généraux, municipaux, qu'elle se défasse des règlements, des conventions, qu'elle se débarrasse des communicateurs et de ses multiples gestionnaires. Qu'elle délaisse un instant ce qu'elle connaît et pratique comme une habitude et regarde le monde tel qu'il est aujourd'hui. Alors, nous verrons autre chose sur les plateaux. Qu'elle se retrouve seule, vigilante, sans vanité, avec ses armes propres, face aux humains, face au monde, pour 104
    105. leur dire ce qu'elle a à leur dire, leur montrer ce qu'elle doit leur montrer. En tout premier lieu, la liberté du corps dans le temps et l'espace, la puissance irremplaçable de l'acte de représentation et de l'indignation. Alors, nous verrons autre chose... Qu'elle change d'échelle, sorte de ses laboratoires et se montre au grand jour avec moins de plomb dans les chaussures et plus d'azur dans la tête. Qu'elle témoigne de l'humanité dans un monde où la question de l'humanité est très exactement la question majeure. 124 L'utopie d'aujourd'hui" . Nous pensons qu' "Entrez dans la danse..." offre des perspectives multiples à tous ceux qui vont dans le sens de l'ouverture. Grâce au choix des lieux, à la démarche des chorégraphes et des danseurs allant à la rencontre des publics, et à l'adhésion de ces derniers, nous pouvons également conclure qu'une fête de la danse peut transformer les sites urbains en des espaces de convivialité et de communication. Tous sont unanimes : la vie, l'ambiance, le partage, la communication non-verbale et la communion émanent de la danse elle-même. Si les danseurs véhiculent ces valeurs, elles feront partie de ces lieux, qui deviendront à leur tour dans la mémoire et dans le quotidien des populations, des espaces conviviaux favorisant la communication par la trace qu'elles auront laissée. De ce fait, cette fête des danses peut amener des pistes de réflexion pour la politique de la Ville qui a cette volonté manifeste de redonner aux espaces urbains leurs fonctions d'échanges et de rencontres favorisant les liens sociaux. Enfin, les réponses du public-population, des chorégraphes et danseurs tant amateurs que professionnels soutiennent l'hypothèse que, dans la conception qu'elle développe, "Entrez dans la danse..." rend les pratiques dansées accessibles à tous, et par la même, participe efficacement à la démocratisation de la culture chorégraphique et de la culture des danses auprès des publics. 124 Extrait de l'article Pour plus d'azur dans la tête de Daniel Conrod, dans le mensuel Danser n°220 "Numéro anniversaire 20 ans", avril 2003. 105
    106. La volonté de la manifestation qui est de permettre aux danseurs professionnels, aux danseurs amateurs et aux publics d'être ensemble les véritables acteurs du succès de cette fête de la danse, lui donne toutes les chances de rendre effective cette démocratisation désirée de tous côtés. Nous sommes cependant toujours dans la phase de mise en oeuvre, et nous demeurons de ce fait dans une affirmation théorique qui reste à démontrer, à rendre vivante et "dansante" sur le terrain. Cette participation du public escomptée à un moment "T" passe par une action éducative en amont, une médiation qui prépare les consciences. D'autant que cette participation n'est pas notre seule attente. Nous espérons que la rencontre dépasse l'histoire d'un jour, et que nous assisterons à un prolongement durant l'année par l'adhésion à des cours de danse pour accroître la pratique amateur, ou par la fréquentation de salles de spectacles de danse. C'est ce que nous entendions notamment par susciter de nouvelles habitudes chez les publics. La mesure de ces effets escomptés ne pourra être réalisée qu'avec des années de recul s'il y a pérennisation de l'événement. L'accueil réservé au projet par les partenaires publics, et les entretiens avec les interlocuteurs de la Ville de Paris ont démontré la pertinence d' "Entrez dans la danse..." qui intervient à un moment clef favorisant certains enjeux de leur politique de la ville et de leur politique culturelle. Cette fête répond notamment à leurs préoccupations actuelles suivantes : - de développer les initiatives qui entraînent la participation des habitants à la vie de leur quartier, pour rendre vivant le principe de démocratie locale ; - de redonner à l'espace urbain sa fonction de lien social, d'espace de communication, de dialogue et de convivialité, pour enrayer l'isolement, le sectarisme et l'insécurité ; - de construire des ponts entre les pratiques amateurs et les pratiques professionnelles ; - d'offrir à Paris une manifestation populaire des pratiques chorégraphiques et dansantes d'envergure et de qualité. 106
    107. L'objet de notre étude se situant dans le cadre d'une recherche expérimentale, nous sommes conscients qu'au fil de la mise en oeuvre, l'état de la recherche va continuer à s'approfondir et à s'enrichir des expériences d'autres projets analysés, d'autres réflexions recueillies. Ces apports, issus des outils universitaires, ne pourront figurer dans la démonstration de notre Travail d'Etude et de Recherche, mais c'est ainsi pourtant que notre projet va prendre toute sa force et sa cohérence : en prenant appui sur une réflexion théorique nourrie de celles des autres et sur les expériences passées et actuelles, riches d'apprentissages multiples, et dont le projet a besoin de se nourrir pour être réceptif, souple, capable de rebondir. Il est essentiel de reconnaître que notre analyse s'est concentrée sur un objet-test original, événement à venir, "Entrez dans la danse...", ne nous permettant pas de rendre compte avec assurance de la réception finale. Si le modèle de la Fête de la Musique a été évoquée sommairement, et que les données de départ diffèrent, le succès immédiat de cette proposition mérite cependant une analyse minutieuse afin d' examiner les mécanismes, et, en quoi ils pourraient s'appliquer à notre manifestation. Il en va de même pour l'exemple d'Immeubles en Fête. Un projet construit sur des fondations solides et référencées séduit davantage les partenaires en donnant à ceux qui le défendent une force de conviction et une détermination qui sont nécessaires à tout projet ambitieux. En conclusion, les premiers engagements des partenaires institutionnels et privés, des chorégraphes et des danseurs professionnels et amateurs, et l'adhésion des publics attestent de la faisabilité du projet et soulignent le rôle majeur de la médiation qui est au coeur du dispositif d' "Entrez dans la danse". 107
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    116. ANNEXES 116
    117. ANNEXE I CHARGES Produits en francs Prestations artistiques 25 916,33 € RATP 22 867,35 € 150000,00 , 4 573,47 € SOGEMA 22 867,35 € 150000,00 Technique 38 112,25 € Mairie de Paris 12 195,92 € 80000,00 Communication 21 342,88 € Mairie du XIIème 4 573,47 € 30000,00 Administration 3 048,98 € Bercy Village 12 195,92 € 80000,00 Personnel 36 587,76 € NOOS 10 671,43 € 70000,00 Imprévus 33 538,78 € Caisse des Dépôts et Consignations 10 671,43 € 70000,00 Crédit Agricole 7 622,45 € 50000,00 DRAC 6 097,96 € 40000,00 Paris Première 6 097,96 € 40000,00 Ministère de l'Economie 6 097,96 € 40000,00 Ibis Accor Hotels 6 097,96 € 40000,00 Pierre&Vacances 6 097,96 € 40000,00 Conseil Général 4 573,47 € 30000,00 Conseil Régional 4 573,47 € 30000,00 La Poste 4 573,47 € 30000,00 SACD 3 048,98 € 20000,00 NCND 3 048,98 € 20000,00 Club Med World 3 048,98 € 20000,00 As. des Com. Pl. Lachambeaudie 2 286,74 € 15000,00 CEBV 2 286,74 € 15000,00 F.F.D. 1 524,49 € 10000,00 TOTAUX euros 163 120,45 € TOTAUX euros 163 120,44 € 1070000,00 TOTAUX Francs 1 070 000, 00 TOTAUX Francs 1 070 000, 00 117
    118. ANNEXE II L'équipe de la manifestation "Entrez dans la Danse..." La manifestation culturelle "Entrez dans la danse" est issue d'un projet et d'une recherche universitaire conçus et dirigés par Mme Valérie GROS-DUBOIS. Sa mise en oeuvre est possible grâce à une équipe de travail constituée des membres de l'association Mouvance d'Arts, ainsi que d'intervenants extérieurs, qui ont su embrasser la vision prometteuse de cette manifestation, et y contribuer par leurs talents. Le parrainage et la co-direction artistique sont assurés par M. Pierre Doussaint, chorégraphe contemporain de renom. Direction artistique Valérie Gros-Dubois Pierre Doussaint Administration Secrétaire de Mouvance d'Arts Olga Legars Administrateur de pierre Doussaint Gustave Galéote Présidente de Mouvance d'Arts – Conseils Géraldine Pourrat Trésorière Yolande Béguin Communication / mécénat communication/relations presse Xavière Santarelli mécénat/communication David Chanrion Production/régie générale & technique directeur technique Walter Pace assistant technique Xavier Cotte 118
    119. ANNEXE III PRE-PROGRAMMATION Les personnalités en présence Parrain et Co-Directeur artistique d' "Entrez dans la danse..." avec Valérie Gros-Dubois (conceptrice et maître d'oeuvre) : Pierre DOUSSAINT, Chorégraphe, interprète, pédagogue et bon vivant... Directeur artistique de la Compagnie Pierre Doussaint... Angel Strip, Dialogue sous chapiteau, les 41ème rugissants, l'Atelier, Vox Populi Vox, le Pain d'Alouette, La Classe... Il fréquente le bitume et la terre battue depuis son plus jeune âge... Il est le maître d'oeuvre d'événements festifs tels que "Gododo" spectacle dans la cour du Roi d'Abomey (Bénin), "Un Dimanche pas comme les autres" (Airvault), "le Pas du Nombril" (Pougne Hérisson), veillées de danses traditionnelles et contemporaines dans les deux Sèvres, "Couleurs feux et signe 2000", défilés pour Parade(s) (Nanterre)... Chorégraphe pour les compagnies Gosh, les Plasticiens Volants... Directeur artistique du festival des Arts de la rue "Fête des Vendanges" (Suresnes) Compagnie Pierre Doussaint, Les Acharnés : "Les Brigades Sécuritaires" - déambulatoire burlesque Durée : 3 X 30 mn de déambulation Texte à venir Compagnie Aki Gahuk, Makissa Diabaté : chorégraphie contemporaine Durée Texte à venir Compagnie Alter Tango : Tango argentin Durée : Texte à venir Compagnie Afro-cubaine, Daniela : chorégraphies Afro-cubaines Durée Texte à venir Compagnie Agma, Nathalie Tissot, chorégraphe et interprête solo : "Sonates pour Fantoches" - chorégraphie contemporaine Musique : DJ food Prokofiev Sonate n°1 op.80 Fuera Durée : 25 mn Fantoche est un personnage soti d'un jeu virtuel. Dévié de sa partie, il découvre un autre fantochard qui le détourne de ses tâches d'épouvantail et l'entraîne dans une rêverie musicale et dansée. Un hommage aux fantômes, un esprit dans le rideau, dans le paillasson...Eh Paillasso ! Emilie Buestel & Nicole Garrido : " M " comme métro - chorégraphie contemporaine Durée : 5 à 10 mn Texte à venir 119
    120. Compagnie Flamme&Co Teatro : Flamenco Durée : Texte et titre à venir Florence Portehault & Jung-On Moon : "La tectonique des plaques" - chorégraphie contemporaine Durée : 10 mn Texte à venir Compagnie GBF Lords, Abdou Ndiaye : chorégraphie hip-hop Durée : 8 à 10mn Texte et titre à venir Silvia Hillard, chorégraphe et interprête solo : "Fa" - chorégraphie contemporaine Durée : 15 mn Fa parle de cette note de musique située au quatrième degré de la gamme de do, sur laquelle l'ensemble des planètes se basent pour graviter autour du soleil... Compagnie Itinerrances, Christine Fricker : "Ici et maintenant" - pièce déambulatoire contemporaine avec danseurs et musiciens Chorégraphe et directrice artistique (Marseille) Durée : 45 mn Chaque acte s'inscrit dans un lieu urbain, offrant une autre convention à la danse. A chaque rendez-vous, les protagonistes s'imprègneront du décor naturel pour une création éphémère et spontanée. La danse, par son rapport aux matières naturelles, engendrera des énergies qui circuleront telles des vases communicants ; elle sera également interactive grâce à la proximité du public. Compagnie La Pachanga : Démonstration interactive de salsas Durée : 45 mn Texte à venir Compagnie Lo & Co, Laurence de Rosey : "Phénoména" - chorégraphie hip-hop Création collective Durée : 5 mn Texte à venir Compagnie du Petit côté : "Cadrage-débordement" - chorégraphie contemporaine Durée : 50 mn Texte à venir Compagnie Proverbes : chorégraphies antillaises - quadrille antillais Durée : Texte à venir Compagnie Les Transe-Mutants : "Le Marécage" - chorégraphie contemporaine, danses tribales - possibilité d'un déambulatoire Durée : 45 mn Texte à venir 120
    121. Compagnie Triade Nomade : "Juego de manos" - tango sur échasses Durée : 3 tableaux chorégraphiques de 15 mn chacun au sol et en échasses Triade Nomade est une rencontre entre Jorge Pell, chorégraphe et danseur de tango argentin et Florence Boutet, Félix Cantero et Marie Falquet, échassiers comédiens. "Le tango est une possibilité infinie", Léopoldo Maréchal. Mouvance d'Arts, Valérie Gros-Dubois : Ateliers enfants 3/5ans - "Tranches de rêves" Durée : 2mn Texte à venir Démonstration interactive de salsas cubaine et portoricaine avec les professeurs de La Pachanga Durée : mn Texte à venir Première partie du Bal : Stone et Charonne - Quatuor humoristique Paname Tropical, et son Bal Déclassé Le Paname Tropical, c'est le bon plan. Porte de la Fonk, des Biguines, du Baiao, du Sega, ou de la Bourrée, elles mènent toutes à la danse et à la fiesta des rouges, blancs, jaunes et noirs. La formation présente ses compositions et comprend 5 individus. Sur scènes on trouve un bar, des tables, des chaises, des amplis, des instruments, des objets de la rue et surtout une bonne communicative. Instruments pratiqués : basse, batterie, guitare, sax alto, clavier, accordéon, banjo, harmonica, surdo, derbouka, maravane. Langues chantées : le français, les créoles antillais et mauriciens. La formation sur scène peut se transformer en troupe ambulante et parcourir les rues au son des percussions et des saxophones. 121
    122. 122
    123. 123
    124. 124
    125. 125
    126. 126
    127. ANNEXE VII QUESTIONNAIRE Durant 24 heures, dans les rues et les jardins de votre quartier, nous désirons organiser une fête de la Danse qui réunira tous les genres ( danses de salon, danses classique, contemporaine, jazz, moderne, hip-hop, danses régionales, danses africaines, créoles...) sous forme de spectacles en plein air, de démonstrations, d'initiations, de bals. Afin de mener à bien notre projet " Entrez dans la Danse...", nous souhaitons recueillir vos impressions par le biais de ce questionnaire. Nous vous remercions de votre collaboration. 1. Sexe F M 2. Age - de 15 ans De 15 à 19 ans De 45 à 54 ans De 20 à 24 ans De 55 à 64 ans De 25 à 34 ans De 65 ans et plus De 35 à 44 ans 3. Profession Artisan, commerçant ou chef d'entreprise Cadre Intermittent Employé Ouvrier Retraité Congé parental Sans emploi Autre inactif 4. Niveau d'études Aucun BEPC CAP, BEP BAC et équivalent Etudes supérieures 5. Habitez-vous le quartier de Bercy ? Oui Non Si oui, depuis combien de temps ? ................................................................................. 6. Aimez-vous la danse ? 127
    128. Oui Non si non, pourquoi ?.................................................................................................. ........ 7. Quelles sont vos préférences ? Regarder les autres danser Danser Apprendre à danser Enseigner la danse 8. Savez-vous danser ? Oui Non Danse de salon Danse hip-hop Danse classique Danse régionale Danse contemporaine Danse africaine Danse jazz Autres Précisez : ............... Danse moderne Bouger 9. Dans quels lieux avez-vous l'habitude de danser ? Boites de nuit Concerts Festivals Cours de danse Bals Chez vous Chez des amis 10. Fréquentez-vous un lieu où l'on danse ? Si oui, lequel ?............................................................................................................. . Si non, pourquoi ?................................................................................................... ...... 11. Combien de fois dansez-vous par an ? Pendant l'année :.......................................................................................................... Pendant les vacances :.................................................................................................. Autres : .................................................................................................................... ... 12. Allez-vous voir des spectacles de danse ? Si oui, quel genre ?....................................................................................................... Et combien de fois par an ?........................................................................................... Si non, pourquoi ?......................................................................................................... 13. Pensez-vous que la danse est à la portée de tous ? Oui Non Pourquoi ?...................................................................................................... .............. 14. Pouvez-vous imaginer que les rues et les jardins de votre quartier soient un lieu où l'on danse le temps durant 24 heures ? Oui Non Pourquoi ?......................................................................................... ............................ 15 Quel genre de danse y verriez-vous ? ...................................................................................................................................... 128
    129. ...................................................................................................................................... 16. Qu'est-ce qui vous inciterait à danser dans les rues et les jardins de votre quartier ? Le genre musical La découverte L'ambiance Le jeu Le partage La moyenne d'âge des participants La rencontre La gratuité 17. Emetteriez-vous des réserves ? Lesquelles ? ...................................................................................................................................... ...................................................................................................................................... 18. Qu'attendez-vous d'une fête de la danse ? Danser Apprendre à danser Regarder Participer Vous amuser Autres Précisez : ............................................................. 19. Voulez-vous danser avec vos voisins / voisines ? Oui Non Pourquoi ?................................................................................................................... .. 20. Fréquentez-vous la Fête de la Musique ? Oui Non Si oui, chaque année ?................................................................................................... 21. Si l'occasion vous est donnée, participerez-vous à l'animation de cette fête de la danse ? oui Non Pourquoi ?................................................................................................................... .. ..................................................................................................................................... ..................................................................................................................................... 21. En quelques mots, décrivez votre meilleur souvenir lié à la danse : ..................................................................................................................................... ..................................................................................................................................... ..................................................................................................................................... 22. En quelques mots, décrivez votre pire souvenir lié à la danse : ..................................................................................................................................... ..................................................................................................................................... ..................................................................................................................................... Merci 129
    130. ANNEXE VIII RESULTATS QUESTIONNAIRES Questionnaire soumis à 70 personnes Cours Saint-Emilion dans le XIIème arrondissement à Paris Déterminants sociaux - 35 ans + 35 ans Q1 Femmes interrogées 55 % 50 % Hommes interrogés 45 % 50 % Q2 Nombre/ tranche d'âges 42 pers. 28 pers. Q3 Etudiant 36 % 3.5 % Artisan/Chef d'entreprise 7% 14 % Cadre 23 % 35 % Intermittent 7% - Employé 27 % 17 % Ouvrier - 3.5 % Retraité - 20 % Congé parental - 3.5 % Sans emploi - 3.5 % Autre inactif - - 130
    131. Q4 Aucun 7% - BEPC 7% - CAP/BEP 3% 11 % BAC 27 % 18 % SUP 56 % 71 % Q5 Lieu d'habitation ou de travail OUI 36 % : Quartier de Bercy NON 64 % Q7 Préférences - 35 ans + 35 ans Regarder les autres danser 50 % 71¨% Danser 74 % 61 % Apprendre à danser 43 % 25 % Enseigner la danse 5% 3.5 % Q8 Savent danser - 35 ans + 35 ans OUI 83.5 % 82 % NON 16.5 % 18 % Danse de salon 40.5 % 75 % Danse classique 5% 7% Danse contemporaine 9.5 % 7% Danse jazz 9.5 % 7% Danse modern 24 % 14 % 131
    132. Danse hip-hop 26 % - Danses régionales 9.5 % 18 % Danse africaine 16.5 % 14 % Autres (Zouk, danses 9.5 % 11 % orientales…) BOUGER 75 % 39 % Q9 Lieux où ils pratiquent - 35 ans + 35 ans Boîte de nuit 50 % 36 % Concerts 36 % 14 % Festival 21.5 % 11 % Cours 14 % 21.5 % Bals 31 % 21.5 % Chez vous 57 % 29 % Chez des amis 81 % 68 % 132
    133. Q8/9 Pour Pop. interrogée - 35 ans + 35 ans Savoir Danser = BOUGER 93 % 96.5 % = ENSEIGNEMENT 14 % 21.5 % où Chez vous/ Chez des amis 88 % 68 % Bals/ Concerts/ Festivals 45 % 36 % Boite de nuit 48 % 36 % Cours 14 % 21.5 % Q10 Lieux de fréquentation - 35 ans + 35 ans évoqués Ecoles/Conservatoires 16 % 25 % Boite 15 % 7% Chez vous/ Chez des amis 7% 7% Pas le temps 2% 29 % Pas de lieux 29 % 18 % Autres - 3% Ne se prononcent pas 31 % 11 % 133
    134. QUESTION 11 : Combien de fois dansez-vous par an ? Q11 Combien de fois dansez-vous - 35 ans + 35 ans par an? 365 jours/an 9% 3% entre 6 à 12 fois par an 33 % 14,5 % entre 1 à 5 fois par an 12 % 36 % entre 6 à 12 fois par mois 15 % - entre 1 à 5 fois par mois 31 % 21 % Jamais - 14,5 % Non renseigné - 11 % QUESTION 12 : Quel genre de spectacle allez-vous voir ? Q12 Quel Genre de spectacle - 35 ans + 35 ans allez-vous voir ? Tous genres 2% 32 % Classique 4,5 % 39 % Afro- cubain 2% 7% Tango 2% 11 % Hip-hop 2% 14,5 % Contemporain 2% 46,5 % Rock accrobatique - 3% Salsa - 7% 134
    135. Flamenco - 3% Jazz 2% 3% Africain 4,5 % 3% Pas le temps 7% 39 % Trop cher 7% 18 % Pas d'intérêts - 39 % Aucun 7% 29 % QUESTION 12 : Combien de fois par an allez-vous voir un spectacle ? Q12 Combien de fois par an - 35 ans + 35 ans allez-vous voir un spectacle ? entre 6 à 12 fois par an 2% 21 % entre 1 à 5 fois par an 7% 43 % Jamais 14 % 36 % Non renseigné 77 % - QUESTIONS 6/10/11/12/13/14 QUESTIONS Nombre de pers OUI Non S'abstiennent répondant à la Q Q6/ Aimez-vous la danse ? - de 35 ans 39 pers./42 93 % 1/42 2 /42 + de 35 ans 22 pers./28 78 % 4/28 2 /28 Q10/ Fréquentez-vous un lieu où l'on danse ? - de 35 ans + de 35 ans 29 pers./42 69 % 19 pers./28 68 % 135
    136. Q11/ Combien de fois dansez-vous par an ? - de 35 ans + de 35 ans 38 pers./42 90 % 23 pers./28 82 % Q12/ Allez-vous voir des spectacles de danse ? - de 35 ans 18 pers./42 43 % + de 35 ans 19 pers./28 68 % Q13/ Pensez-vous que la danse est à la portée de tous ? - de 35 ans 37 pers./42 88 % 4/42 1/42 + de 35 ans 23 pers./28 82 % 4/28 1/28 Q14/ Rues, Jardins : lieux où l'on pourrait danser ? - de 35 ans 31 pers./42 74 % 9/42 2/42 + de 35 ans 26 pers/28 93 % 2/28 QUESTION 15 : Quel genre de danse ? Q15 Quel genre de danse ? - 35 ans + 35 ans Tous 59.5 % 68 % Africain 9.5 % - Hip-hop 9.5 % - Salsa/Tango 7% 7% Classique - 4% Contemporain 11.5 % - Régionales/traditionnelles 9.5 % 21.5 % Bals populaire - 14 % Carnaval/ spect. de rue/ 24 % 4% Parade 136
    137. orientale 7% - Rock 7% - Monde 7% - QUESTION 16 : Incitation à danser ? Q16 Genre Ambian Partage Rencont Découver Jeu Âge Gratuité musical ce re te - de 27/42 32/42 9/42 10/42 17/42 9/42 5/42 17/42 35 ans 64 % 76 % 21 % 24 % 40 % 21 % 12 % 40 % + de 10/28 23/28 11/28 15/28 8/28 6/28 5/28 10/28 35 ans 36 % 82 % 39 % 53 % 28 % 21 % 18 % 36 % QUESTION 16 : Palmarès des motivations Q 16 Motivations Motivations - de 35 ans + de 35 ans N°1 AMBIANCE AMBIANCE 76 % 82 % N°2 GENRE MUSICAL RENCONTRE 64 % 53 % N°3 DECOUVERTE PARTAGE 40 % 39 % GRATUITE 40 % N°4 RENCONTRE GRATUITE 24 % 36 % GENRE MUSICAL 36 % 137
    138. N°5 PARTAGE DECOUVERTE 21 % 28 % JEU 21 % N°6 ÂGE JEU 12 % 21 % N°7 ÂGE 18 % QUESTION 17 : Sur les réserves Q 17 Intempéri Sécurité Nuisan Genre Mauvais Mentali Sans avis es ce chorégraphi e té ou sans sonore que ambianc réserve e - de 3/42 13/42 2/42 1/42 1/42 1/42 22/42 35 ans % 31 % 24 % 2% 2% 2% 52 % + de 0 10/28 7/28 0 0 2/28 14 /28 35 ans 36 % 25 % 7% 50 % QUESTION 18 : Qu'attendez-vous d'une fête de la Danse ? Q18 Qu'attendez-vous d'une - 35 ans + 35 ans fête de la Danse ? Danser 53 % 43 % apprendre à danser 43 % 11 % Regarder 47.5 % 39 % Participer 45 % 46.5 % 138
    139. vous amuser 78.5 % 68 % autres 5% - QUESTION 19 : Êtes-vous prêts à danser avec vos voisins ? Q19 Danser avec vos voisins - 35 ans + 35 ans OUI 69 % 64.5 % NON 26 % 35.5 % S'abstiennent 5% - Q19 Raisons invoquées sur 70 personnes Pour les connaître 40 % Ecarts d'âges 16 % Autres 10 % Ne donnent pas de raison 34 % QUESTION 20 : Participez-vous à la Fête de la Musique ? Q20 Participation Fête de la - 35 ans + 35 ans Musique OUI 74 % 68 % NON 26 % 32 % 139
    140. QUESTION 21 : Participeriez-vous à l'animation de cette fête de la danse ? Q21 Participer à l'animation - 35 ans + 35 ans OUI 62 % 68 % NON 38 % 32 % Q21 Raisons invoquées sur 70 pers. Etre acteur de la vie du quartier 16 % Pour les rencontres 20 % Artistes/enseigner/sonoriser un lieu 11.5 % sans avis 32 % Pas le temps 21,5 % QUESTION 22 : Pensez-vous qu'une fête de la danse qui rende les spectacles de danse et les pratiques accessibles gratuitement, puisse augmenter... ? Q22 Une Fête de la danse peut-elle augmenter... - 35 ans + 35 ans - votre compréhension de cet univers ? OUI 31 % 42 % NON 13 % 18 % Ne sait pas encore 56 % 40 % - Votre désir de fréquenter des cours ? OUI 45 % 51 % NON 19 % 25 % Ne sait pas encore 36 % 24 % - Votre désir de fréquenter des spectacles ? OUI 27 % 38 % NON 12 % 19 % Ne sait pas encore 61 % 43 % - Votre désir de danser ? OUI 53 % 59 % NON 10 % 4% Ne sait pas encore 37 % 37 % 140
    141. QUESTION 23 : Votre meilleur souvenir en danse ? Q23 Meilleur souvenir - 35 ans + 35 ans Cours/Prof./ 19 % 29 % Spectacle fin d'année Boite/Fête c/o soi 31 % 21 % ou amis/Bal Sortie Spectacle 10 % 25 % Rencontrer son conjoint 7% 14 % Mariage 7% 11 % Emotions 7% - Sans 19 % 0 pers. QUESTION 24 : Votre pire souvenir ? Q24 +Mauvais souvenir - 35 ans + 35 ans Ne pas savoir danser/ 17 % 12 % honte/exclusion Boite/Bal/mauvaise 16 % 14 % ambiance/bagarre Spectacle fin d'année/ 5% 7% trac/clous Sortie Spectacle . 3% Sans 62 % 64 % 141
    142. ANNEXE IX FESTIVALS DE DANSE 2002 - 2003 Sources : La saison culturelle, France 2002 - 2003, la presse, Internet, entretiens NOM DATES GENRES LIEUX Festival Macadam du 4 au 12 avril 03 Danse Aix Danse à Aix du 19 juillet au 3 août 03 Danse Aix Festival d'Angers dates à communiquer Danse Angers Festival Estival&Académie du 9 au 14 août 03 Danse Annecy Festival Danse Cité 3 au 6 juin 03 Danse Abbeville Les Suds Eté 2003 Pluridisciplinaire Arles Vivat la danse ! 23 au 28 nov. 02 Danse Armentières 25ème Avignon en hivernales 22 fév. - 2 mars 03 Contemporain Avignon Festival d'Avignon 8 au 28 juillet 03 Pluridisciplinaire Avignon L'été des Hivernales 9 au 28 juillet 03 Danse Avignon RCI de Seine-Saint- du 5 au 10 et du 15 au Danse Bagnolet Denis 17 avril 03 Festival Passion 4 avril 03 Niels Storm Robitzky Bagnolet Le temps d'aimer 5 au 21 sept. 03 Danse Biarritz RCI de Seine-Saint- 23 avril au 24 mai 03 Danse Bobigny Denis Scènes d'été en Gironde 5 juin au 27 sept. 03 Danse Bordeaux Festival Temps-Dance 02 19 au 28 nov. 02 Danse -Pluridisciplinaire Bourges 142
    143. Festival les Antipodes 10 mars - 23 mars 03 Danse, Contemporain, Hip- Brest hop, Danses traditionnelles Les Boréales 2002, 6 nov. - 18 déc. 02 Pluridisciplinaire Caen 11ème Festival d'art et de littérature nordique Festival de Carcassonne Eté 2003 Danse Carcassonne Fédération des Festivals 5 janv. - 5 mars 03 Danse, folklore, musique Cayenne et Carnaval de Guyane du monde Festival International de du 7 au 12 juillet 03 Pluridisciplinaire Cesson Sévigné Cesson Sévigné Dancité 22 nov. 02 Danse Cergy Pontoise Parcours de danse Dimanches juillet 03 Danse Chamarande (91) A la Campagne Eté 2003 Pluridisciplinaire Chamberet Festival de Eté 2003 Danse Châteauvallon Châteauvallon Festivals de Confolens dates à préciser 03 Danses et musiques du Confolens monde Festival musiques et 24 mai 03 Danses et Musiques du Courcouronnes danses du monde monde Festival international 26 fév. - 15 mars 03 Danse, Théâtre, Créteil exit Musiques actuelles, rock Danses et Musiques du dates à préciser 03 Danse Cugand monde Paso Passion 31 juillet au 3 août Danse et musique Dax Toros y Salsa 12 au 14 sept. 03 Salsa Dax I love Dijon 17 oct. - 20 déc. 02 Danse, Théâtre, Dijon Musiques actuelles, rock Festival Art Danse 1er mars - 31 mars 03 Danse Dijon 143
    144. 4ème Festival Entre 15 août-1er sept. 03 Danse Dijon cour et jardins 4ème Mars en danse 7 mars - 2 avril 03 Danse, Festival pour Elancourt Jeunes Le Chainon manquant 25 mars - 30 mars 03 Pluridisciplinaire Figeac Les nuits de Fourvières 17 juin au 7 août 03 Pluridisciplinaire Fourvières Arts-Mêlés Pluridisciplinaire Grenoble L'Humour des notes 23 mai - 31 mai 03 Humour, Spectacles de Haguenau rue, Variétés Festival de danse Hédé dates à préciser 03 Danse Hédé Ile de Danse Novembre 03 Danse Ile de France Festival Isle-sur-Sorgue dates à préciser 03 Danse Isle-sur-Sorgue Festival de la dates à préciser 03 Musiques celtes, Contes, Lasalle Salindrenque Danse Latitudes Contemporaines 3 juin -7 juillet 2003 Danse contemporaine Lille 9ème Biennale 12 au 14 juin 03 Danse Limoges Celtic World -Festival dates à préciser 03 Musiques, Danses, arts Lorient interceltique de Lorient et traditions Biennale de Lyon Art contemporain, Lyon Danse Les Journées GRAME 18 mars - 22 mars 03 Danse, Musiques du Lyon 2003 monde, Musique 14ème Festival Mozart 5 nov. 02 - 29 mars 03 Danse, Musique, Art Marcq en Baroeul lyrique Festival Corps à coeur 2 au 21 juin 03 Pluridisciplinaire Marseille Festival "On the Edge" dates à préciser 03 La Friche de la Belle de Marseille mai 144
    145. 8ème Festival de Marseille 2 - 20 juillet 03 Danse contemporaine Marseille Festival de danse de 15 au 28 nov. 02 Danse Maubeuge Maubeuge Ma villes est un tango 17 au 20 juillet Tango Menton Printemps des Arts de 26 avril - 4 mai 03 Danse, Jazz, Musique Monaco Monte Carlo Festival Arte Flamenco 30 juin au 5 juillet 03 Musique et danse Mont de Marsan Festival de Montignac dates à préciser 03 Danses et musiques du Montignac monde Festival Off de dates à préciser 03 Danse Montpellier Montpellier Montpellier Danse 26 juin - 5 juillet 03 Danse Montpellier Les Algériennes 8 fév. - 17 déc. 03 Danse, Musiques du Montolieu monde RCI de Seine-Saint- 23 avril au 24 mai 03 Danse Montreuil Denis 20ème Printemps des Arts 12 mai - 28 juin 03 Danse, Musique Nantes La danse s'amuse 25 au 30 nov. 02 Danse Nîmes Les chemins de traverse, 7 mars - 16 mars 03 Cirque, danse, Théâtre Noisy le Grand 5ème Festival de danse et de Théâtre Festival d'animation 15 sept. - 15 déc. 03 Pluridisciplinaire Nouan Le Fuzelier rurale Journées Danse Dense 22 avril - 4 mai 03 Danse Pantin Les Rencontres de la 23 oct. - 11 nov. 02 Pluridisciplinaire Paris Vilette 2002 Faits d'Hiver Danses dates à préciser 03 Danse Paris d'Auteurs 145
    146. Festival Prétendanse dates à préciser 03 Danse Paris 11e Festival Eclectique dates à préciser 03 Danse Paris 11e Festival d'Automne à 13 sept. -21 déc. 02 Danse, Musique, Paris Paris Théâtre 4ème Festival de l'imaginaire 26 fév. - 6 avril 03 Pluridisciplinaire Paris 11ème Festival Don Quijote 29 nov. - 16 déc. 02 Danse, Théâtre Paris Festival de Butô du 5 au 28 juin 03 Danse Butô Paris 100 Dessus Dessous 19 juillet au 31 août 03 Danse Paris 19e Onze Bouge 5 au 15 juin 03 Arts de la rue, Danse, Paris 11e Musique, Festibars,, Cinéma, Théâtre Festival les du 3 au 21 juin 03 Danse contemporaine Paris 11e Inaccoutumés 15 Paris, Quartier d'été 14 juillet au 17 août 03 Pluridisciplinaire Paris 6ème Festival Agora 1er au 24 juin 03 Pluridisciplinaire Paris Dance Box mars à mai 03 Contemporain et Buto Paris 1er Festival Les coulées Juin Pluridisciplinaire Paris douces Festival Danses 2 au 5 avril 03 Danse Pau plurielles Mimos 4 au 10 août Danse Périgueux Mondial Folk Juillet Chants, Musique , Plozévet Danses Cité Médiévale de 30 mars - 3 nov. 03 Pluridisciplinaire, son et lumière, Provins spectacles historiques Provins Festival international dates à préciser 03 Danses, Folklores et Pyrénées des Pyrénées Traditions populaires 146
    147. Les Tombées de la nuit 9 au 13 juillet 03 Musiques du monde, Rennes Danses et folklore Festival Dans Fisel Fin août Danses, concert Rostrenen Les Transculturelles dates à préciser 03 Pluridisciplinaire Roubaix 25ème Festival de Sablé du 20 au 23 août 03 Danses et musiques Sablé/Sarthes anciennes Les Affouages, 19èmes 7 juin - 8 juin 03 Danse, Folklore, Saint-Amand Montrond Rencontres folkloriques Musiques du monde internationales Artrock Juin 03 Musique et danses (Hip-Hop) Saint -Brieux Festival de Saint-Denis dates à préciser Danse, Musique, Saint -Denis Création Ballet des Jeunes d'Europe 1er juillet au 13 août 03 Danse Saint-Martin -de-Crau Festival de Sens dates à préciser 03 Danse Sens Fiesta Latina 26 juillet au 11août 03 Danse latine et musique Sète Les Nuits de la Citadelle 19 juillet au 9 août 03 Musique Classique, Sisteron Danse, Théâtre Cités Danse dates à préciser 03 Danse Suresnes 15ème Festival ibéro-andalou 21 nov. - 6 déc. 02 Musiques du monde Tarbes de Tarbes et de Bigorre Festival Jeunes Talents 17 et 18 mai 03 Danse Thionville Festival Danse à 14 au 18 juillet 03 Pluridisciplinaire Toulouse Toulouse Toulouse Tangueando dates à préciser 03 Festival Tango argentin Toulouse Festival banlieues'arts 19 mai au 6 juin 03 Pluridisciplinaire Trappes Festival Pas de Troyes 5 au 18 avril 03 Contemporain Troyes 147
    148. Festival de la Nouvelle Danse 2 au 29 juin 03 Danse Uzès Festival de danse de 11 au 28 juillet 03 Danse Vaison-la -Romaine Vaison-la -Romaine Festival Alba la 15 au 27 juillet 03 Danse Valence Romaine 3ème Festival Ligne de corps 26 nov. - 6 déc. 02 Danse Valenciennes 20ème Musique Action 19 mai - 7 juin 03 Danse, Musique, Vandoeuvre les Nancy Cinéma, Audiovisuel Festival ArtDan Thé 14 déc. 02 - 11 fév. 03 Danse Vanves Bacchus, divine mémoire 18 juil. - 26 juillet 03 Son et lumière, Vendeuvre sur Barse de la vigne en Champagne spectacles historiques Festival Celtitudes 12 mars - 22 mars 03 Pluridisciplinaire Villeurbanne Novembre Australien 12 nov. - 1er déc. 02 Danse Vitry sur Seine 12ème Biennale nationale 26 fév. - 3 avril 03 Danse Vitry sur Seine de danse du Val de Marne 14ème Festival international de 6 juin - 9 juin 03 Danse, Musiques su Vivonne Vivonne, chants et musiques monde d'ici et d'ailleurs Méditerranéa dates à préciser 03 Cies de danse du Villes de Méditerranée pourtour méditerranéen 148
    149. ANNEXE X NOTE D'INTENTION de PIERRE DOUSSAINT SUR LA BRIGADE SECURITAIRE "Depuis que j'écris des pièces de danse, j'ai toujours réservé la primeur à la rue. A mes débuts surtout et ensuite en ouvrant la porte des studios et des théâtres, en dansant dans l'entrée, sur le parvis, en organisant des défilés ou des actions dans une ville, un village, une région ou une fête. J'aime confronter mon travail et celui de la Cie à différents publics et j'aime la patine qui en résulte. Le projet des "Grosses Godasses" est né du travail de flamenco réalisé les années précédentes au sein de la Cie avec Mari Carmen Garcia ainsi que des dernières expériences présentées en rue par les Acharnés avec les spectacles "Agogos" et "Force 4". Le passage par le clown et son nez rouge a été obligatoire et nous a permis de désacraliser notre danse. Maintenant nous n'en avons plus besoin. Par contre, le travail d'improvisation lié à la présence du public est resté. D'où une forme d'écriture en déambulation avec des arrêts et des temps forts. Pour ce faire nous avons inventé une nouvelle sorte de claquettes ainsi que des chants rythmiques à plusieurs voix, restitués souvent à l'aide d'un kazou. De fait, le groupe fonctionne aussi comme une fanfare. Les thèmes musicaux choisis sont très simples. Les musiques sont soit des compositions personnelles, soit des mélodies plus connues telles que "Le pont de la rivière Kwai", "Mission Impossible", "Le Grand Méchant Loup" et d'autres. Il s'agit d'une "Brigade Sécuritaire" composée de sept policiers qui martèlent, raclent le "pavé" de leurs grosses godasses, développent un monde à la fois réel et onirique et qui s'infiltrent dans la cité, la ville. Les policiers se lancent dans des missions qui évoluent selon le public et les sites proposés par le lieu de représentation. Le spectacle restera écrit mais il s'adaptera complètement à la réalité. Pourquoi la "Brigade" et les "Bleus" ? C'est un moyen pour moi et les "Acharnés" de nous situer avec humour et sans violence, par rapport à la montée sécuritaire qui nous entoure. Et surtout de réaliser une vraie déambulation qui n'a pas besoin de raconter une "histoire" car elle se raconte d'elle-même. "Vous voulez du bleu ??!! En Vla !! Et du plus chic !! "... "Les Agents de la Paix" sont autant de rappels à une époque ou comme avec "l'âne du pape" dans la pure tradition du carnaval le peuple s'est toujours moqué de l'ordre établi. Molière est un exemple décapant encore." Pierre Doussaint 149
    150. PIERRE DOUSSAINT Chorégraphe, Danseur, Directeur Artistique Le parcours Pierre Dousaint s'initie au mouvement de la danse contemporaine auprès de Karin Waehner,Susan Buirge, Caroline Carlson, et d'autres chorégraphes. Elève en danse classique de Jaque Chaurand et Colette Milner, il obtient le 1 er prix du Conservatoire National de la Rochelle en solo et en duo. Elsa Wolliaston le pousse à revenir à ses origines, l'Afrique où il passa les premières années de sa vie (Tunisie). il s'immerge dans cette culture qu'il reconnaît comme sienne. Hideyuki Yano lui proposera une nouvelle approche du corps, fruit d'une rencontre de l'art contemporain et traditionnel. En 1983, il fonde une compagnie avec Isabelle Dubouloz. ils obtiendront ensemble le premier prix de chorégraphie au concours de Bagnolet (1985). La rencontre avec Kobayashi Senseï et Maître Cognard, maîtres d'aîkido, marque le chorégraphe. Il part au Japon (prix Villa Médicis Hors Les Murs) où il s'initie à la danse buth de Kazuo Ohno. De retour en France, il crée, en 1988, "La beauté des fleurs" programmée au Théâtre de la Ville à Paris. Un an plus tard, Pierre Doussaint fonde sa compagnie et bénéficie d'une résidence de création aux Mureaux, qui s'étendra par la suite aux six communes du Val de Seine. Le projet "Droits de Cité" lui permet de confronter son art à une population dite en rupture sociale. Il crée les "41ème Rugissants", pièce pour huit danseurs dont Koffi Kôkô, danseur chorégraphe africain.Une musique de Jean-Paul Buisson, des lumières de Walter Pace, des costumes de Laurent Lamoureux. Ensemble, ils affinent et définissent un style. Pour "L'atelier" créé en 1994, les artistes développent leurs propres conceptions d'un atelier et s'initient aux différents styles, en particulier la danse Flamenca avec Mari Carmen Garcia. 150
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