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Mémoire Professionnel : "Le web documentaire : une nouvelle forme d\'écriture documentaire ?"
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Mémoire Professionnel : "Le web documentaire : une nouvelle forme d\'écriture documentaire ?"

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  • 1. Le web documentaire : une nouvelle forme d’écriture documentaire ? Morgane Mollé Sous la direction de Laure DelesalleMaster II Pro Conseil Editorial et Gestion des connaissances numérisées 2009/2010
  • 2. REMERCIEMENTS Je tiens à remercier tout particulièrement Laure Delesalle, qui a accepté dem’accompagner dans ce mémoire et dont je tiens à saluer l’investissement : saprésence, ses conseils, ses avis critiques, ainsi que les personnes qu’elle m’a offertl’opportunité de rencontrer tout au long de ce mémoire ont constitué une aideprécieuse. Je souhaite également remercier les professionnels qui ont bien voulurépondre à mes questions et me faire partager leurs expériences, leur façon detravailler et leur point de vue.
  • 3. SOMMAIREINTRODUCTION.............................................................................................................................................................1I. Du documentaire au web documentaire : enjeux et perspectives ...........................................................3 1. Le cinéma documentaire : une narration historiquement linéaire .................................................3 2. Le web documentaire : un glissement vers une narration délinéarisée ........................................4 3. La nature protéiforme du web documentaire ...................................................................................6 4. Les possibilités narratives qu’offre Internet au web documentaire ................................................8 5. Le web documentaire : une forme adaptée aux usages et aux attentes des internautes .......9II. Le web documentaire : une ouverture des possibilités narratives ............................................................ 12 1. Une narration plus proche de l’internaute ......................................................................................... 12 2. Les formes de délinéarisation du récit................................................................................................. 15 3. Faire participer l’internaute à la narration.......................................................................................... 25 4. Le graphisme et le multimédia comme supports de narration ...................................................... 27III. Le web documentaire, accueil et limites : quel avenir ? ............................................................................ 30 1. Explorer un web documentaire : les préalables indispensables..................................................... 30 2. Les failles du web documentaire ......................................................................................................... 32 3. Pourquoi les documentaristes sont-ils réticents à se lancer dans le web documentaire ? ....... 37 4. Des documentaristes freinés par des contraintes d’ordre pratique .............................................. 42 5. Un élan vers les projets de web documentaires................................................................................ 47 6. Le web documentaire a-t-il un avenir ou est-ce une mode passagère ? ................................... 49CONCLUSION . ........................................................................................................................................................... 53BIBLIOGRAPHIE et WEBOGRAPHIEANNEXES  Typologie des web documentaires (Tableau)  URL des web documentaires cités  Captures d’écran de web documentaires  Interview de Josefa Lopez et Aurélien Chartendrault sur leur projet de web documentaire  Questionnaire destiné aux documentaristes sur leur perception du web documentaire
  • 4. Depuis presque deux ans, on assiste à l’avènement d’une nouvelle formed’écriture : le web documentaire. Encore peu connu du grand public, ce genrehybride inspiré du documentaire traditionnel explore le champ des possibles que luiouvre Internet en termes de format, de narration et d’interface. Le webdocumentaire commence à acquérir une certaine visibilité dans les médias et ilsemble séduire producteurs et diffuseurs : de nouveaux projets voient le jour chaquemois. L’un après l’autre et sans se plier à une grammaire commune, les webdocumentaires égrènent les idées innovantes et révèlent des interactions inédites.Cette forme d’expression, dont on est aujourd’hui incapable de donner unedéfinition et qui échappe à toute règle, soulève déjà beaucoup de questions etdonne lieu à des débats qui mobilisent les réalisateurs de ces projets, mais aussi lesinternautes et les réalisateurs de documentaires. J’ai découvert les web documentaires tardivement sur le site du monde.fr,avec Le Corps Incarcéré. Cette nouvelle manière de retranscrire le réel m’a tout desuite intriguée : j’ai alors entrepris d’explorer les œuvres similaires que je croisais surInternet. Ce mémoire m’offre l’opportunité de réfléchir à la possibilité de création denouvelles formes documentaires sur le web et de me pencher sur uneproblématique spécifique : celle de la réinvention de la narration dans les webdocumentaires grâce aux outils spécifiques qu’offre Internet. Les webdocumentaires sont parfois qualifiés de “web reportages” : j’ai choisi pour ma partde ne pas les traiter comme des objets journalistiques, mais comme des œuvres decréation. En ce sens, les perspectives qu’ils ouvrent au métier de photojournaliste neseront pas abordées. On tentera plutôt d’analyser comment ce genre est capablede repenser la structure narrative propre au documentaire traditionnel ens’aventurant vers une narration délinéarisée et par s’il parvient à impliquerl’internaute dans le récit tout en lui préservant son autonomie en matière denavigation. On verra aussi que cette nouvelle forme d’écriture qui se propage sur leweb recèle actuellement des failles qui indisposent les internautes et tiennent àdistance les cinéastes documentaristes. Ainsi, au terme de cette étude on essaierade saisir les possibilités d’évolution de ce genre et ses chances de trouver un public. 1
  • 5. Il n’existe à ce jour aucun ouvrage formel sur le web documentaire, mais cegenre suscite de nombreux débats sur Internet, en particulier dans la blogosphère. Sion en recense plus de 150 dans le monde, il m’a paru indispensable de restreindrema réflexion à dix web documentaires afin de m’appuyer sur des exemplesconcrets : Prison Valley, Gaza/Sderot, Thanatorama, Le Challenge, Voyage au boutdu charbon, Homo Numericus, Portraits d’un nouveau monde, Afrique, 50 ansd’indépendance, PIB, Le Corps incarcéré. Au cours de ces pages, je fais souventréférence aux interfaces de ces web documentaires : j’ai placé à chaque fois unecapture d’écran en annexe afin de permettre au lecteur de les visualiser. De même,pour permettre une meilleure appréhension du sujet, j’ai réalisé une typologie desweb documentaires, qui expose les caractéristiques de 21 projets de ce genre (cf.Tableau en annexe). 2
  • 6. I. Du documentaire au web documentaire : enjeux et perspectives “A mon sens ce sont des histoires que nous racontons par le documentaire. Je crois que c’est pareil pour tous les auteurs-réalisateurs : nous racontons une histoire. Nous racontons tous des histoires”, Richard Copans1 Il convient dans un premier temps de tenter de saisir la notion de webdocumentaire, car il règne de nombreuses confusions autour de ce que certains serésignent à définir comme un « O.W.N.I » (Objet Web Non Identifié). On ne sait mêmepas encore comment l’orthographier : avec un trait d’union ? en un ou deux mots ?Ni comment le qualifier, tant ses formes sont diverses et échappent à tout cadre et àtout formatage. Le lexique relatif à cette nouvelle forme d’écriture reste flou et varié: récit multimédia, animation flash interactive, documentaire multimédia, visuelinteractif etc. Les termes ne manquent pas et fleurissent lors de chaque nouvellepublication d’un web documentaire : ce genre qui évolue pour le moment sansrègles se définit progressivement, au gré des expérimentations. Seule certitude : leréel et la scénarisation sont les matières premières du web documentaire, tout droitinspirées du documentaire dit « traditionnel ». Pour savoir ce qui est en jeu avec lanarration dans le web documentaire, il faut donc revenir sur les caractéristiques ducinéma documentaire. 1. Le cinéma documentaire : une narration historiquement linéaire On peut définir le documentaire comme un film qui trouve son inspiration dansle réel grâce à un dispositif narratif et à l’adoption d’un point de vue. Pour reprendreles explications du cinéaste documentariste Richard Copans, ce qui est essentielc’est qu’ « Il doit y avoir une force dans l’idée, une volonté de raconter une histoire,l’affirmation d’être l’unique personne à pouvoir la raconter, la seule à être le passeurde cette réalité, la seule à pouvoir toucher les autres avec cette histoireparticulière ».2 La narration, c’est à dire la façon dont on va raconter une histoire, estdonc l’un des fondements du documentaire. C’est ce que vient confirmer PierreMaillot, professeur de Lettres à l’Ecole Louis Lumière : « Lhistoire, au cinéma, comme1 Richard Copans in MAURO Didier Le Documentaire, Cinéma – Télévision – Internet, Dixit, 20102 Entretien avec Richard Copans MAURO Didier Le Documentaire, Cinéma – Télévision – Internet, Dixit,2010 3
  • 7. dans les romans, est la moindre des choses : limportant est dans la façon deraconter, cest à dire dans le sens quon lui donne ».3 Or, le documentaire offre denombreuses façons de raconter des histoires et une multiplicité de possibles entermes d’écriture. Selon le cinéaste documentariste et sociologue de la cultureDidier Mauro, « Le mode narratif peut être conçu de façons distinctes en fonctiondes choix d’écritures. Toutes les audaces sont permises, puisque le documentaire estun espace de création et d’improvisation permanente. L’important est que les choixsoient assumés, comme étant des choix d’écriture ; et qu’ils soient conçus, justifiés,en relation avec la logique interne qui traverse l’œuvre ».4 Historiquement, le récit est fondé sur le schéma classique aristotélicien, quisuppose un début (une exposition), un nœud (le développement), et undénouement (une conclusion). La narration est donc traditionnellement linéaire, enlittérature comme au cinéma, et à fortiori dans le documentaire de création. Elle estconstituée de séquences que l’on regarde dans un ordre défini par l’auteur. Figure 1 : Exemple de structure linéaire © Philippe Bootz 5 2. Le web documentaire : un glissement vers une narration délinéarisée Comme pour le documentaire, le web documentaire possède un sujetprincipal nourri de thèmes secondaires. Il exprime le point de vue documenté d’unou de plusieurs auteurs sur le monde, à travers un récit doté d’une forme narrativequi lui est propre, et il propose au spectateur une représentation de la réalité quil’incite à faire travailler son imaginaire. Mais avec le web documentaire, on s’éloigne de la narration linéaireproposée dans les documentaires traditionnels pour se rapprocher d’une3 MAILLOT Pierre, Lécriture cinématographique, Armand Colin, 19974 MAURO Didier Le Documentaire, Cinéma – Télévision – Internet, Dixit, 20105 Schémas issus de l’essai en ligne Que sont les hypertextes et les hypermédias de fiction ?http://www.olats.org/livresetudes/basiques/litteraturenumerique/8_basiquesLN.php 4
  • 8. déconstruction narrative, qui donne plus de liberté de choix à l’utilisateur,empruntant aux codes des plateformes de sites web interactives et des jeux vidéo.Internet et les nombreux outils qu’il met à la disposition des réalisateurs est devenu lesupport d’une nouvelle forme d’écriture. Cela n’implique pas forcément que l’ondoive comparer documentaire et web documentaire : on devrait plutôt parler deglissement et de possibilités de dialogue entre les deux, ce qui n’a rien de surprenantsi l’on en croit les propos de Pierrette Ominetti, directrice de l’Unité DocumentairesdARTE France : « Le documentaire est un art qui avance en même temps que latechnologie et l’évolution du monde dans sa diversité. La technologie influence lesécritures ».6 Il est difficile de retracer l’émergence de cette nouvelle forme de narrationsur le web. Les premières tentatives de production de documentaires intégrantdifférents supports et diffusés sur Internet consistent en des audioramas. Le pluscélèbre est sans conteste celui du New York Times : One in 8 million.7 Il sagit deportraits de New-yorkais à travers leur propre témoignage. On les écoute en mêmetemps que défilent des photos prises par un photojournaliste qui les a suivis durantune journée. Ce modèle sest rapidement exporté : certains y ont ajouté un peu devidéo, ont commencé à travailler l’interface graphique, à explorer les outils du webet à réfléchir à la place du spectateur, donnant peu à peu naissance à ce que l’onappelle désormais communément « web documentaire ». Progressivement,l’interactivité a été exploitée par les réalisateurs conscients que, renforcée par lecaractère hypertextuel d’Internet, elle permet de fournir plusieurs points d’entrée àl’internaute, une liberté de navigation, et donc des alternatives dans la narration. Le web documentaire offre donc au spectateur des choix dans la lecture desinformations : il peut activer des liens, emprunter des parcours informatifs et narratifspersonnalisés, opérer des bifurcations selon ses envies. Ainsi, l’internaute navigue autravers de l’interface du web documentaire de façon totalement délinéarisée, enélaborant son propre itinéraire et en décidant de son menu éditorial. Il se construitun cheminement personnel et donc unique, qui lui permet de faire émerger du sensselon ses choix de structuration du documentaire.6 MAURO Didier Le Documentaire, Cinéma – Télévision – Internet, Dixit, 20107 http://www.nytimes.com/packages/html/nyregion/1-in-8-million/ 5
  • 9. Figure 2 : Exemple de graphe hypertextuel © Philippe Bootz8 3. La nature protéiforme du web documentaire Le web documentaire fait son chemin sur la Toile : certains journalistes,photographes et réalisateurs s’en sont emparé, explorant des pistes très variées enmatière de narration et de mise en scène. Si bien que proposer une définitionexhaustive de ce terme est à l’heure actuelle impossible tant ce néologisme,employé à tout-va pour qualifier chaque nouvelle forme « web native », englobe enson sein plusieurs concepts, plus ou moins flous eux aussi. Ce terme regroupe en effetdes « objets » très différents : certaines créations web ressemblent davantage à desdiaporamas sonores sophistiqués, tandis que d’autres mettent en place des parcoursnarratifs élaborés, une délinéarisation totale et font entrer en jeu l’interactivité. Denombreux acteurs du secteur avouent être encore en phase d’expérimentation : il ya des innovations tous les jours et, si des critères déterminants se dégagent, la formereste ouverte, en plein épanouissement. Les documentaristes rencontrent la mêmedifficulté, inhérente à toute forme en perpétuelle évolution, pour qualifier leuroeuvre. Afin d’avoir un aperçu le plus large possible des réalités que peut regrouper leweb documentaire, il m’a paru indispensable de recueillir la définition qu’endonnent leurs auteurs et leurs producteurs. Selon le photographe GuillaumeHerbault, qui est en train de réaliser Retour à Tchernobyl, « Le web documentaire,8 Schémas issus de l’essai en ligne Que sont les hypertextes et les hypermédias de fiction ?http://www.olats.org/livresetudes/basiques/litteraturenumerique/8_basiquesLN.php 6
  • 10. c’est une recherche d’une nouvelle narration dans le documentaire ».9 ThomasSalva, réalisateur de Brèves de trottoirs, confirme qu’il s’agit avant tout de relater unehistoire diffusée sur le web : « C’est une histoire racontée avec des médiascomplémentaires à la photo, il n’est pas question de linéarité, de construction, derendre l’internaute actif, c’est une histoire racontée sur Internet ».10 A cette définition, Alexandre Brachet, qui a produit Prison Valley avec sasociété Upian, ajoute l’exploitation des multiples possibilités offertes par Internet : « Lewebdocumentaire, cest raconter des histoires et faire passer de lémotion sur unécran dordinateur. Cest un travail long, qui demande du recul et un point de vuedauteur, raconté avec tous les nouveaux outils du web. Il faut savoir faire des sites,raconter une histoire et inventer des process ».11 Son avis est partagé par leréalisateur Benoît Cassegrain, à l’origine du site web-reporter.net : « Un Webdocumentaire est un documentaire avant tout, mais adapté au web. Le web offredes outils et des capacités différents de la télévision et beaucoup plus larges : onpeut intégrer d’autres médias. Le Web documentaire c’est donc plus large qu’undocumentaire classique avec toutes les possibilités obtenues grâce au web ». 12Marie-Claude Dupont, productrice du web documentaire canadien PIB, introduit laplace de l’internaute dans sa définition : c’est « un objet audiovisuel où l’on peutpousser à fond l’utilisation de la vidéo, de l’image, de la photo, du son, del’infographie, des animations, offrant du coup à l’internaute une expériencemultiple, immersive, émotive et non linéaire, qu’il pourra maîtriser à son proprerythme et selon le parcours qu’il aura choisi ou non de suivre ».13 Ainsi, on retiendra que le web documentaire est un objet d’un genrenouveau, créé spécifiquement pour le web, qui a vocation à évoquer des faits réelsen racontant une ou plusieurs histoires. Il s’agit d’un documentaire interactif danslequel l’internaute devient potentiellement acteur d’une narration qui n’est plusforcément linéaire. C’est sans doute le plus grand bouleversement que cettenouvelle forme impose au genre du documentaire, puisqu’en explosant le récit et9 http://linterview.fr/new-reporter/les-webdocumentaires-revolution-ou-effet-de-mode/10 http://www.zmala.net/a_l_affiche/le-webdocumentaire-3/5/11 http://mediawatch.afp.com/?post/2010/04/22/Webdocumentaire-Prison-Valley-:-un-nouveau-journalisme-est-deja-la12 http://linterview.fr/new-reporter/les-webdocumentaires-revolution-ou-effet-de-mode/13 http://linterview.fr/new-reporter/les-coulisses-de-pib-interview-avec-marie-claude-dupont/ 7
  • 11. en donnant la main à l’internaute, l’interactivité pourrait aboutir à une redéfinitiondes rôles du spectateur et de l’auteur. 4. Les possibilités narratives qu’offre Internet au web documentaire Internet ne doit pas être considéré uniquement comme un support dediffusion, mais comme un lieu possible de création qui met à disposition desréalisateurs un panel d’outils leur permettant d’explorer de nouvelles formes denarration. La principale ouverture qu’apporte le web est l’interactivité, qui permet àl’internaute d’entrer en communication avec le documentaire : l’interface webréagit à son action. C’est le clic qui est le garant de l’interactivité : il permet au“spect-acteur”, comme le définit Jean-Louis Weissberg, maître de conférence enSciences de l’information et de la communication à l’Université Paris-XIII, d’explorerun web documentaire et de prendre des décisions qui orientent sa navigation. Ilbénéficie donc d’une liberté de navigation et de personnalisation de son parcours,grâce en grande partie à l’hypermédia (l’extension multimédia de l’hypertexte),c’est à dire tous les nœuds qui permettent de relier le contenu. L’internaute peutrebondir à tout moment dans l’interface, que ce soit pour revenir en arrière, sauterune séquence, accéder à plus d’informations. Internet recèle aussi des possibilitésmultimédia : sur un même support, sons, vidéos, photos, textes, infographies peuventse croiser ou se superposer. Autre particularité : le contenu peut être mis en ligne entemps réel, ce qui permet d’actualiser et d’alimenter le site en permanence. De làdécoule donc l’opportunité de laisser le public participer au web documentaire enlui proposant d’agréger ses propres contenus : une façon d’entamer avec lui unerelation autour du projet. Enfin, d’un point de vue plus pragmatique, la diffusion ducontenu via les réseaux sociaux et les possibilités de partage entre les internautesconstituent un véritable atout pour la visibilité du web documentaire. Ces outils, qui déploient des ouvertures inédites dans la production de webdocumentaires, suggèrent aussi certains usages du web chez les internautes, etprovoquent des attentes de la part du public. C’est dans ce sens que les réalisateurs 8
  • 12. de ce genre de projets adaptent leurs productions en termes de constructionnarrative : le fait que le spectateur puisse participer constitue un aspect novateurpar rapport au documentaire diffusé à la télévision ou au cinéma. 5. Le web documentaire : une forme adaptée aux usages et aux attentes des internautes A l’heure actuelle, la souris d’ordinateur est en train de dévorer latélécommande : il s’agit désormais de rattraper un public fugueur qui s’en va butinersur le Net. Or, pour attirer les internautes, il est important de s’adresser à eux de lafaçon dont ils consomment des contenus et d’utiliser les codes du web. Selon Eric Scherer,14 directeur de la stratégie de lAgence France Presse, onassiste à une évolution importante : le « multitasking » des consommateurs demédias, et en particulier des jeunes. Aujourd’hui, ils sont capables de consommer 20heures d’équivalent média en 7 heures, via trois ou quatre supports différents : 60 à70 % des gens consomment plusieurs médias à la fois. Or, Internet permet justementà ces consommateurs d’exploiter tous ces médias à la fois, avec une flexibilitéd’accès que l’on ne retrouve sur aucun autre média : on peut très bien écouter dela musique, surfer et regarder un film en même temps, que ce soit sur un ordinateurou sur un support mobile (Smartphones, tablettes numériques…). En parallèle, surInternet, une génération « On demand » émerge : les gens veulent avoir le contrôleet avoir accès à l’information, à la culture, aux connaissances, en tout lieu et à toutmoment. Le producteur Arnaud Dressen de la société Honkytonk explique : « Ce quiest sûr c’est que les internautes demandent à avoir toutes les clefs et à pouvoiraccéder au contenu comme ils le souhaitent, où et quand ils veulent : ils souhaitentavoir la flexibilité d’accès ».15 Ce multitasking induit inévitablement une baisse de l’attention en ligne :Nicolas Marronnier, responsable éditorial du Social Media Club, explique : « Le fluxincessant d’information dans lequel nous plongent les médias digitaux explique lagénéralisation du multitasking et donc une tendance à la baisse de l’attention en14 Eric Scherer est l’auteur du blog de réflexion sur les médias http://mediawatch.afp.com/15 http://linterview.fr/new-reporter/les-webdocumentaires-revolution-ou-effet-de-mode/ 9
  • 13. ligne. L’audience butine, ça et là, un article, un billet ou une vidéo, sans s’attarderdurablement sur un contenu précis ».16 Sur Internet, tout est donc plus court, plus rapide, car les gens ont besoin deréagir, de voter, de cliquer. Conséquence : un internaute qui ne clique pas pendantune minute est rapidement considéré comme inactif. Ce constat engendre unecontrainte pour les auteurs de web documentaires, celle de la durée : ils doiventveiller à ne pas plonger l’internaute dans un état de passivité trop longtemps, depeur de le perdre. C’est ce qu’analyse le photographe Samuel Bollendorff, auteurde Voyage au bout du charbon : « On s’est rendus compte que le temps dedisponibilité de l’internaute est assez restreint, il ne faut pas excéder 15/20minutes ».17 Et ce qui séduit particulièrement le public, c’est la vidéo. « On voit bienque depuis 5 ans (ce qui correspond à la naissance de Youtube), les internautesconsomment et produisent massivement de la vidéo »,18 explique Joël Ronez,responsable du pôle web d’Arte France. Un chiffre évocateur : Youtube compte unmilliard de vidéos vues par jour. A noter aussi que la pratique du partage de contenu de pair-à pair s’estgénéralisée sur Internet. La plupart des interfaces intègrent désormais desfonctionnalités de recommandation sur les réseaux sociaux afin de permettre unelarge diffusion d’un programme. Internet est un média social, fréquenté par unpublic qui crée des choses et qui a besoin de participer. Il faut donc savoir donnersa place à l’audience dans un web documentaire et valoriser sa production, que cesoit par la restitution de la popularité ou par la fourniture de contenu (commentairesetc.). Enfin, les « Digital natives » sont déjà habitués à de nouvelles formes de narration :le jeu vidéo a complètement marqué la manière dont on appréhende le récit etdont on raconte des histoires. Il n’est donc pas anodin que l’on retrouve dans lesweb documentaires la création d’une véritable ambiance et d’une identité visuelleet sonore, avec de fortes possibilités d’interaction : comme dans les interfaces desjeux vidéo. Le ludisme et le didactisme sont les créneaux choisis par de nombreux16 http://socialmediaclub.fr/2010/04/le-storytelling-digital-formes-emergentes-nouveaux-metiers-business-models/17 http://3web documentaireoc.com/fr/2010/04/22/interview-de-samuel-bollendorff/18 http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/emission-1161-depart-de?xg_source=msg_mes_network#5 10
  • 14. web documentaires pour aborder la réalité. Michel Reilhac, Directeur du CinémadArte France, n’hésite pas à amplifier ce phénomène : « Dans tous les domaines latendance est à une relation facilitée à la compréhension, à une tentative desimplification systématique des complexités du monde tel quil va ou ne va pas dutout… Tout est devenu en apparence plus léger, plus "fun", plus "cool", plus ludique.Lennui est lennemi. Ce que les Anglo-saxons appellent le "game play" est devenuune technique narrative impliquante qui favorise linteraction avec lhistoire, sonappropriation par le spectateur/joueur, sa projection dans la trame même du récit.La mécanique ludique employée pour raconter une histoire nest plus synonymeautomatiquement et seulement de légèreté, dinsouciance, de naïveté… Je pensequil faut bien plus lassocier à des concepts de fluidité, dempathie, dimplicationnarrative, de proximité… ».19 Face à ces différents usages du web, l’enjeu des web documentaires est deréussir à s’adresser au plus de monde possible : de mettre en place une propositionéditoriale qui implique autant les natifs du web que les gens qui ont une pratiqueplus limitée d’Internet. Joel Ronez relève une difficulté supplémentaire : il s’agit ausside capter une audience qui se veut en grande partie passive. Il explique : « Si lonexamine le public dun programme web, 80% des gens sont là pour voir, pourconsommer, ils sont passifs et nont pas envie de fabriquer leur programme.Linteractivité, dans ce cas, cest de pouvoir choisir son chemin. Après, vous avez 15à 19% dutilisateurs occasionnels, qui veulent un peu plus : laisser un commentaire,voter, signaler le programme à un ami, sabonner à une newsletter ou à un flux RSS...Enfin, vous avez un petit pourcentage dutilisateurs engagés. Ils iront de laproduction et de la fourniture déléments, qui seront éventuellement réintégrés danslœuvre, à la participation à un jeu grandeur nature ».20 A partir de là, une formidable création est possible. Le web offre des ouverturesen termes d’écriture et de narration que l’on commence à peine à explorer.Comment les web documentaires exploitent-ils ces opportunités pour réinventer unenarration historiquement linéaire et redéfinir la place du spectateur ?19 http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/02/quand-les-recits-transmedia-se-preparent-a-re-enchanter-notre-quotidien_1382030_3232.html20 http://television.telerama.fr/television/arte-lance-arte-webdocs-sa-plate-forme-documentaire-sur-internet,52886.php 11
  • 15. II. Le web documentaire : une ouverture des possibilités narratives « A nos yeux, le web documentaire est avant tout un travail d’auteurs et un mode de diffusion. Une liberté retrouvée, la fusion des métiers et la profusion des styles. Sans carcans, sans Bible, sans codes. C’est une vision neuve d’un vieux métier : raconter des histoires, avec les outils d’aujourd’hui », David Dufresne21 Il y a eu l’invention de l’écriture, puis du cinéma : avec Internet, une nouvelleécriture est à trouver. Le web documentaire semble une opportunité d’exprimer laréalité à travers l’éclosion d’une narration multimédia et interactive, dont lespossibilités pourraient être résumées à travers trois notions : visionner, explorer,participer. On les retrouve dans l’interface du web documentaire Montréal en 12lieux comme autant de choix d’appréhender le sujet (cf. Capture d’écran 1). Comment le web documentaire se sert-il actuellement des outils à sadisposition - l’interactivité, le temps réel et l’hypermédia, pour initier de nouvellesstructures narratives ? 1. Une narration plus proche de l’internaute a) Intimité et émotion Selon leurs auteurs et leurs producteurs, dans les web documentaires les histoirespeuvent être racontées de façon plus intime. Cette nouvelle écriture privilégie laproximité avec le narrateur comme avec les personnages dont il s’agit de faire leportrait ou de raconter l’histoire. Laurence Bagot, co-directrice avec Cécile Cros del’agence Narrative qui a co-produit la série de web documentaires Portraits d’unnouveau monde, explique : « Le média Internet est particulier par rapport à laTélévision parce qu’on le regarde souvent seul et on est proche de l’écran (à moinsde 70cm). On voulait donc raconter des histoires très intimes : c’est presque l’auteurqui raconte à l’internaute ce qu’il a vu et entendu. Après, l’internaute se fait son21 David Dufresne est l’un des deux auteurs de Prison Valley, citation extraite du blog accompagnantl’élaboration du web documentaire http://prisonvalley.arte.tv/blog/ 12
  • 16. propre parcours, son histoire, va voir des compléments, mais avant tout on raconteune histoire de quelqu’un à quelqu’un ».22 Dans les Portraits d’un Nouveau Monde, qui décryptent les grandsbouleversements du 21e siècle dans le monde à travers six thématiques (La Chine,l’émigration, l’urbanisation, l’économie, l’écologie et vivre ensemble), l’histoireracontée cherche à susciter une réponse émotionnelle forte pour gagner l’adhésion.Les quatre volets de la thématique Chine illustrent clairement cette volonté demettre la réalité en récit émouvant (cf. Capture d’écran 2). On y parle de destinsindividuels qui témoignent d’une réalité plus large, et on y privilégie l’incarnationdans des personnages. Le traitement est heureusement sensible et pudique, car surle fond on pourrait discuter cette volonté systématique de provoquer une émotionsuperficielle chez l’internaute. Chaque web documentaire des Portraits d’unnouveau monde se construit autour d’un récit linéaire de treize minutes enmoyenne, enrichi de prolongements vidéo ou sonores, de cartographies ou detextes. « Ces bonus viennent apporter un éclairage factuel à une narration qu’onveut plutôt émotionnelle », justifie Cécile Cros.23 b) Le temps réel Contrairement au documentaire traditionnel, le web documentaire peutraconter une histoire dans une temporalité éclatée : de nombreux webdocumentaires nont ni début, ni fin, mais font lobjet de mises à jour etd’enrichissements réguliers. C’est une des particularités d’Internet : l’œuvre peut êtrenourrie, transformée, réinventée en permanence. C’est donc un projet évolutif, quiimplique les internautes en créant des rendez-vous avec eux, en les incitant à revenirconsulter le projet. Ainsi, l’originalité du projet Canadien PIB, qui tente de mesurerl’impact de la crise économique sur la population, tient au fait que les réalisateurssuivent et diffusent des histoires en temps réel, ou presque (cf. Capture d’écran 3).Ce projet, que la productrice Marie-Claude Dupont définit comme une œuvre« collective, évolutive et interactive », propose de suivre pendant un an la vie deplusieurs personnages, comme un feuilleton, à travers la publication régulière decourtes vidéos et d’essais photographiques, auxquels les internautes peuventproposer d’agréger leurs propres réalisations. Une narration éclatée et la possibilité22 http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/emission-1161-depart-de?xg_source=msg_mes_network#523 http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/emission-1161-depart-de?xg_source=msg_mes_network#5 13
  • 17. d’alimenter le site en contenu régulièrement permettent de mettre en parallèle destemps et des espaces différents, de confronter des analyses et de mettre enperspective plusieurs histoires individuelles. Marie-Claude Dupont24 précise que : « Cefacteur d’instantanéité favorise les rapprochements avec la communauté desinternautes : des Canadiens portent un regard sur des Canadiens et ce regardimmédiat sur la problématique de la crise vécue par des individus enrichitl’expérience ». On retrouve ce principe de temps réel dans le web documentaire Gaza/Sderot,La vie malgré tout, qui a diffusé toutes les semaines du 26 octobre au 23 décembre2008 deux courtes chroniques vidéo de deux minutes, tournées par une équipepalestinienne et une équipe israélienne dans chacune des villes. Ce processus apermis de raconter la vie quotidienne de ces deux villes et de rendre compte de laréalité telle qu’elle est vécue par des hommes, des femmes et des enfants à Gaza età Sderot: leur vie et leur survie au jour le jour. Le web documentaire permet doncaussi un déploiement de lespace et une mise en évidence simultanée de diverséléments, porteuse de sens. Ainsi, le web documentaire permet d’exploiter une écriture qui se construit au grédes expérimentations. C’est ce qu’explique Marie-Claude Dupont : « La spécificitéde PIB, c’est qu’une fois que nous commençons à filmer un sujet, nous neconnaissons pas l’issue de l’histoire. Les récits principaux sont renouvelésmensuellement, parfois plus vite selon les événements qui se rattachent à chacun.La courbe narrative des histoires s’élabore ainsi au fil des tournages, offrant parfoisdes revirements inattendus. Rien n’est écrit d’avance, tout se joue au fil du temps,avec comme trame de fond, la crise économique »,2524 http://linterview.fr/new-reporter/les-coulisses-de-pib-interview-avec-marie-claude-dupont/25 http://linterview.fr/new-reporter/les-coulisses-de-pib-interview-avec-marie-claude-dupont/ 14
  • 18. 2. Les formes de délinéarisation du récit a) Un véritable défi On voit bien que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité qui a toujoursfonctionné sur des narrations linéaires sur le plan oral, écrit ou du cinéma, qu’avecInternet on a des outils qui vont permettre d’explorer des champs non linéaires. Avecles web documentaires, on nous confronte à un système qui est organisé parl’hypertexte et on nous offre un choix de lecture, avec donc une part d’aléatoire :c’est une logique qu’on a évidemment du mal à modéliser et c’est un défi énorme.« On fait des petits bouts, on essaye de les mélanger entre eux et de faire qu’il y aitla possibilité de passer de l’un à l’autre à travers le maximum de pistes hypertextespossibles. Mais ça reste rudimentaire. Il y a une industrie qui a réussi ça, c’est celle dujeu vidéo : on est complètement dans une forme délinéarisée, on est dans l’espace,le temps, l’action », explique Joël Ronez.26 On peut relever plusieurs grands types de narration actuellement dans le webdocumentaire, qui s’appuient sur l’interactivité et l’hypermédia, pour proposer unrécit plus ou moins délinéarisé. b) Une narration à cheminement imposé Le premier type de narration est celui que l’on pourrait qualifier d’astreint ou deforcé. On parle alors de narration « à cheminement imposé », qui consiste à mener lespectateur dans la démarche d’un reporter ou d’un explorateur. L’idée est deplonger le visiteur dans un univers dans lequel il n’est pas tout puissant, dans lequel iln’y a pas de « retour à la case départ ». C’est un peu le même principe que pour les« livres dont vous êtes le héros » : l’internaute suit le récit proposé par l’auteur et secontente de faire des choix qui orientent au fur et à mesure l’histoire. On peutsymboliser ce type de narration par ce schéma :26 http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/6988/Doc-on-web.aspx 15
  • 19. Dans Voyage au bout du charbon, l’internaute se retrouve ainsi acteur dès ledébut du récit grâce à un procédé d’identification instauré par cette adressedirecte qui lui est faite : « Vous êtes journaliste indépendant. Vous avez décidé demener une grande enquête en Chine sur les conditions de travail des ouvriers quichaque jour recommencent le “miracle chinois”. Vous commencez votre enquêtepar les mines de charbon réputées les plus dangereuses... Votre voyage au bout ducharbon est basé sur des faits réels, seuls les noms ont été changés ». Le fil du documentaire se construit au gré de ses choix : à chaque intersection durécit, l’auteur propose à l’internaute de prendre une décision : « … Vous êtes arrivé àla mine de charbon de Junhuagong, dans la province du Shanxi en Chine, vouspouvez soit la visiter, soit continuer votre chemin. » (cf. Capture d’écran 4). Chacunede ces décisions a un impact sur le parcours qui va être suivi, parcours qui donnel’illusion d’être personnalisé, alors qu’il est établi à l’avance par le réalisateur. Dans lapeau d’un journaliste, l’internaute a l’impression de mener l’enquête, ce qui al’avantage de lui laisser le choix d’avancer vers ce qui l’intéresse vraiment. Ce typede narration permet dimmerger l’internaute dans lambiance des mines chinoises etde le responsabiliser : son choix dactions et de questions a de véritables impacts surlévolution du documentaire, il peut même aller jusqu’à se faire emmener par lapolice pour avoir posé des questions trop dérangeantes. « Dans Voyage au bout du 16
  • 20. charbon, on ne voulait pas donner toutes les clefs à l’internaute, on voulait quandmême créer des effets de surprise, une attente, une curiosité pour le contenu etdonc du coup on a créé une forme de narration qui donnait seulement une partiedes clefs », explique Arnaud Dressen.27 Ce mode de navigation s’appuie sur unscénario riche et réaliste, et permet à l’internaute de choisir son parcours pouréventuellement redéployer l’histoire et de se fabriquer lui-même son univers, ce quifait vraiment partie de l’immersion : « On lui donne juste assez d’éléments pour savoirquels sont les faits et après il les refabrique avec sa propre expérience, du coup il abeaucoup plus d’éléments pour être touché et pour avoir envie de continuer dansl’histoire », soutient Samuel Bollendorff.28 On retrouve le même procédé dans Le Challenge : linternaute est invité à menerlenquête en Equateur sur le procès de la multinationale pétrolière Texaco.L’internaute adopte le rôle dun journaliste qui recherche des informations et destémoins, et il est chargé de poser des questions au choix aux personnages qu’ilrencontre (cf. Capture d’écran 5). Un « Bloc-notes » très fourni en indicationshistoriques, géographiques et politiques, lui permet de se renseigner sur cette affaireafin de préparer au mieux ses entretiens. Il contient des photos et des archives vidéodes années 1960 et 1970, une carte interactive, des chiffres et des dates clefs ainsique des documents officiels (cf. Capture d’écran 6). Au cours du documentaire,l’internaute est régulièrement incité à consulter ce bloc-notes, car il estindispensable pour suivre l’histoire et mener l’enquête. La mise à disposition d’unevéritable base documentaire sur le sujet permet aussi de mettre à niveau chaquespectateur en lui donnant le même bagage de connaissances. Contrairement à Voyage au bout du charbon, dans Le Challenge l’internautea le choix de se rendre directement aux étapes suivantes en utilisant les entréesdirectes par lieux et par personnages proposées dans une carte interactiveaccessible à tout moment (cf. Capture d’écran 6). Le scénario est donc plusfragmenté, même si chaque chapitre pris individuellement reste cohérent parrapport au reste de l’histoire : l’auteur réserve à l’internaute une marge de libertésupplémentaire, ce qui a aussi pour impact de réduire son implication dans le récitpuisqu’il peut le quitter à tout moment pour l’explorer autrement.27 http://linterview.fr/new-reporter/les-webdocumentaires-revolution-ou-effet-de-mode/28 http://3web documentaireoc.com/fr/2010/04/22/interview-de-samuel-bollendorff/ 17
  • 21. C’est sûrement dans Thanatorama, sous-titré : « Une aventure dont vous êtesle héros mort », que le procédé d’identification est le plus fort. Lorsqu’on s’apprête àse lancer dans l’aventure, une voix off sur fond de musique angoissante nousexplique : « Vous êtes mort ce matin. Est-ce que la suite vous intéresse » ? A traversce web documentaire, l’internaute suit le parcours de son corps après sa mort, enorientant sa découverte à travers différents choix : l’enterrement, l’incinération etc.Tout au long du récit, le narrateur s’adresse directement à l’internaute pour luiraconter ce qu’il lui arrive, comme lors de l’exhumation : « Pour vous le temps s’estarrêté, mais là-haut à la surface les choses changent […] On s’active autour devotre sépulture. Il y a déjà plus de deux ans que votre tombe est considérée commeabandonnée. » (cf. Capture d’écran 7). L’internaute est happé par l’histoireextrêmement documentée qui lui est proposée et qu’il construit, plongé dans uneambiance de jeu vidéo. En adoptant une forme ludique, la frontière entre réalité etfiction est parfois moins marquée, mais force est de reconnaître que cedocumentaire immersif dans le monde funéraire, si peu connu, est d’autant plusenrichissant du fait qu’il implique l’internaute dans son exploration. L’élaboration duscénario est complexe puisqu’elle doit tenir compte des différents parcours quepeut emprunter l’internaute en conservant sens et cohérence, est accompagnéd’une voix off dont le texte est très bien écrit. Comme dans Le Challenge, une carteaccessible à tout moment rappelle à l’internaute à quelle étape du récit il est renduet lui permet de se rendre à une autre séquence (cf. Capture d’écran 8). Dans ce genre de web documentaire, l’essentiel du travail de l’auteurconsiste à déterminer les itinéraires de découverte qui peuvent être proposés àl’internaute et, pour chaque étape, le meilleur moyen de transmettre l’information.L’auteur réfléchit en termes d’ « expérience utilisateur » et pense la structure nonlinéaire du récit en amont afin de proposer à chacun un parcours de lectureindividualisé. Dans d’autres web documentaires, la forme de récit choisie n’impliquepas une telle projection de l’internaute dans l’histoire. c) Une narration à cheminement libre ou en étoile Dans ce second type de narration à « cheminement libre » ou « en étoile »,l’internaute est omnipotent. « Pour le meilleur comme pour le pire, cest à luiquincombe la charge délaborer et dorganiser sa vision/lecture du reportage. Ce 18
  • 22. sont ses choix qui donnent le tempo à la narration. Il peut ainsi sintéresser à unchapitre ou à un thème précis, il peut se concentrer sur un élément particulier duweb docu ou passer plus rapidement sur une partie quil jugera moins intéressante »,expliquent les blogueurs Camille et Guillaume.29 Nous sommes ici très proche duconcept de site web interactif et multimédia, ou des vieux CD-Rom ludo-éducatifs.L’internaute est tout puissant, il a le pouvoir d’aller partout, à tout moment. Tout luiest dû : les menus interactifs ont été crées pour être à son service et s’adapter à sesdésirs. Les propriétés narratives de ces projets sont inédites : l’internaute peut au gréde ses envies enchaîner les séquences qui sont liées à un personnage, à un lieu oud’autres éléments informatifs, qui lui permettent de former un documentaire uniquesuivant ses envies. L’hypertexte prend ici tout son sens puisqu’il propose unenavigation démultipliée, confiée à l’internaute. Tout ce qui est cliquable vientrenforcer l’histoire, ce sont des excroissances du récit : de nouveaux personnages,des compléments documentaires, des chiffres ou des invitations à participer. Ainsi, on accède à la possibilité d’un voyage vraiment délinéarisé dans ledocumentaire : un mode de narration qui n’a jamais pu être mis en oeuvreauparavant faute de dispositif technique. Gaza-Sderot ou Havana-Miami en sontdes exemples remarquables. Il s’agit d’une agrégation de contenus multimédia, liésentre eux formellement, mais sans récit imposé. L’internaute est amené à picorerde-ci de-là des bribes de témoignages et une multitude de points de vue, sansaucune synthèse ou mise en perspective. Certains de ces web documentaires seprésentent alors parfois comme une énorme base documentaire sur un sujet, quitteà négliger la teneur narrative et à déléguer à l’internaute le soin de reconstruire lui-même un récit dans sa tête, et de faire émerger du sens de cette masse de contenudont il dispose. L’originalité de l’exploitation de ce genre narratif dans Gaza/Sderot vient de sespossibilités de navigation : ce web documentaire est construit sur de courtesproposition vidéos qui ne sont pas uniquement agencées entre elles par letruchement de l’interface, mais articulées selon différents schémas de navigationtemporels, thématiques, ou par personnage. C’est une histoire dans laquelle on peutpénétrer à travers plusieurs points d’entrée : par une chronologie grâce à unetimeline qui divise lécran, par les sept personnages, par les lieux à travers une carte29 http://www.mediapart.fr/club/blog/camilleguillaume/190310/webdocs-en-stock 19
  • 23. interactive ou par les thèmes spécifiques à chaque ville auxquels sont liées desvidéos (cf. Captures d’écran 9). Dans le web documentaire Afrique, 50 ans d’indépendance, on peut dès lapage daccueil choisir un pays, un personnage ou bien entrer par une carte del’Afrique. Quel que soit le procédé choisi, on accède à une vidéo où un personnagese présente comme notre guide de la ville africaine où il réside : on a alors le choixde ce que l’on veut visiter. Une timeline dans l’interface nous permet de nous rendreà létape de notre choix, de sarrêter sur certaines séquences, de consulter lesinformations complémentaires disponibles. L’internaute navigue entre les différentspersonnages et parcourt les pays d’Afrique en récoltant ce qui l’intéresse (cf.Capture d’écran 10). Ainsi, dans ces web documentaires, la narration est minimale et l’interactivitédéterminante : l’internaute, sollicité en permanence, dispose de divers élémentsmultimédia qu’il organise à sa façon, grâce à la liberté de navigation offerte parl’interface. Une autre catégorie de web documentaires a souhaité laisser cettemarge de manoeuvre à l’internaute, tout en lui donnant le choix d’être passif et des’en remettre au récit proposé par le réalisateur. d) Un récit principal linéaire mais ouvert à l’interaction Dans ce troisième type de narration, l’auteur soumet à l’internaute un récitlinéaire et construit, conservant un point de vue d’auteur affirmé, tout enménageant une certaine liberté au spectateur. L’internaute peut choisir de resterpassif et de laisser défiler le documentaire, mais il peut aussi intervenir dans lanarration en faisant des haltes, en se rendant directement à une autre séquence, ouen consultant des informations complémentaires. Si la délinéarisation du contenu est largement appliquée dans les webdocumentaires, on constate que dans certains le récit principal reste cadré par unetrame linéaire. C’est le cas des différents projets qui constituent les Portraits d’unNouveau monde. Dans ces web documentaires, on incite l’internaute à regarderune histoire de façon linéaire, ce qui lui permet d’être porté –transporté, par le récit 20
  • 24. et de laisser sinstaller lémotion, qui est facilement brisée dans les structures nonlinéaires. Par exemple, le web documentaire Un somalien à Paris propose un récitprincipal d’une quinzaine de minutes qui est linéaire, même si linternaute conserveune marge d’action. En effet, il peut sauter les chapitres visibles sur l’interface oustopper l’histoire afin d’approfondir un thème lorsque la possibilité lui est donnéed’accéder à un bonus (cf. Capture d’écran 11). Mais dans tous les cas, il ne perdjamais le fil de la narration : les bonus s’ouvrent en pop-up (au-dessus de la fenêtreprincipale), ce qui lui permet de reprendre facilement le cours du récit (cf. captured’écran 12). Après avoir visionné l’œuvre, le spectateur est invité à consulter desliens annexes mis à disposition en bas de page, ou à lire un texte de présentation duweb documentaire écrit par le réalisateur lui-même, qui justifie ses choix et exprimeson point de vue. C’est l’occasion pour l’internaute d’approfondir sa réflexion sur lesujet traité (cf. Capture d’écran 13). Dans les web documentaires des Portraits d’unNouveau monde, le visionnage d’un récit linéaire où transparaît un fort point de vued’auteur semble être la condition imposée à l’internaute s’il veut par la suites’émanciper et picorer des informations lui-même. Les projets de cette série font lechoix d’une narration plus classique, d’une faible interactivité et d’une participationde l’internaute limitée (les commentaires sont positionnés très bas dans la page etpeu utilisés). Le Corps Incarcéré adopte le même fonctionnement. L’internaute est invité àsuivre un reportage photo d’une dizaine de minutes, qui traite sous tous ses aspectsle thème du corps en prison, à travers le témoignage de quatre personnages. Lerécit, linéaire, est agrémenté d’une timeline où sont détaillés les thèmes abordés aufil du reportage : l’internaute peut donc parcourir le récit en navigant entre lesdifférents chapitres. Autour de ce récit principal gravitent des complémentsdinformation : l’interview vidéo de trois spécialistes et de courts textes deprésentation des personnages qui permettent à l’internaute de bénéficier d’untraitement approfondi du sujet (cf. Capture d’écran 14). Si les web documentaires qui ont adopté une délinéarisation totale de lanarration s’accommodent très bien de l’hypertexte, véritable révolution en matièred’organisation des contenus, cet outil pose néanmoins des problèmes à ce genrede projets qui imposent un récit principal linéaire. En effet, l’hypertexte, qui constitue 21
  • 25. une coupure et une possibilité de rebond dans la narration, entre en contradictionavec le format linéaire qu’est la vidéo ou le diaporama sonore puisque ce sont desimages qui se succèdent et que l’on regarde dans l’ordre. Certains webdocumentaires comme les Portraits d’un nouveau monde tentent d’y apporter unesolution en proposant de stopper momentanément le récit afin de consulter desbonus, puis de reprendre le cours de l’histoire là où on l’avait laissé. D’autres commeLe Corps Incarcéré choisissent de séparer les deux et mettent les complémentsd’information à part pour conserver toute la force du récit linéaire. A l’heureactuelle, seul le web documentaire Prison Valley semble avoir réussi à déployer unscénario suffisamment habile pour mêler étroitement linéarité du récit ethypermédia. e) Prison Valley : un dosage habile de ces différents procédés narratifs Prison Valley, « road movie participatif » sur l’univers carcéral américain, est unprojet hybride qui tire parti avec justesse des outils Internet et qui parvient àcontourner les écueils qu’imposent les différents types de narration étudiésprécédemment. Toute la subtilité de ce web documentaire réside dans le fait qu’il existe deuxfaçons de l’aborder. Alexandre Brachet explique : « L’interactivité doit toujours êtreau service de l’histoire. L’internaute se construit un récit personnel. Nous on essayede construire des parcours utilisateurs riches. Dans Prison Valley, il y a le choix pour lesinternautes qui ne voudraient pas s’impliquer de regarder ce documentaire commeon pourrait le regarder à la télé ou au cinéma. On a toujours combattu uneconstruction en arbre, qui est contraire au récit et à la posture d’auteur et deréalisateur, je parlerais plus avec une image d’élasticité : si tu t’écartes du récit il fauttoujours que tu puisses revenir dans le chemin que les réalisateurs ont décidé deconstruire ».30 Ainsi, l’internaute peut choisir de regarder un documentaire de 59’ de façonlinéaire, sans arrêt, qui se présente comme un reportage vidéo avec un récit à lapremière personne, un « nous » qui articule fort à propos subjectivité des auteurs et30 http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/emission-1161-depart-de?xg_source=msg_mes_network#5 22
  • 26. subjectivité du spectateur (cf. Capture d’écran 15). Il peut aussi se lancer dans uneversion omnibus, combinatoire, construite en rhizome ou en arête de poisson. Cettedeuxième façon de parcourir le web documentaire propose donc une narrationtrès construite puisqu’elle met en scène un propos (un début et une fin, un filconducteur, des temps forts), une progression (un principe de navigation orientédans une direction) et une ouverture (un épilogue, une synthèse des informations,des débats, des équivalences dans le contexte français…) mais avec la possibilitéde faire des digressions (une arborescence, des péripéties pour creuser certainsaspects du sujet traité). Tout est organisé autour d’un véritable dispositif interactif : lespossibilités de navigation offertes au visiteur sont multiples, facilitent une narrationmodulable et tous les contenus sont présentés sous forme hypertextuelle. On peutsymboliser cette version par ce schéma : Si l’internaute choisit de parcourir lui-même le web documentaire, alors il estinvité à s’inscrire et à prendre une chambre au Riviera Motel, qui est le point dedépart de son exploration et fait aussi office de QG accessible à tout moment. Eneffet, c’est depuis cette chambre, dans laquelle il peut agir sur tous les éléments,que le visiteur peut tout entreprendre : lancer le documentaire linéaire, consulterdivers documents recueillis pendant son enquête (vidéos, photos, cartes), retrouverdes informations sur les personnages rencontrés, regarder la télévision, se rendre surle forum, regarder par la fenêtre (web cam sur rue), envoyer des messages auxprincipaux protagonistes ou retourner à la carte interactive pour reprendre le fil du 23
  • 27. récit (cf. Captures d’écran 16). Le Motel n’a pas été choisi par hasard : c’est ici quele week-end, les familles qui rendent visite aux détenus viennent se loger. Alain Joannes, créateur de la Web Radio d’Arte, explique : « On a une structurenarrative modulaire dans Prison Valley : l’internaute qui ouvre un compte pour vivrepar procuration ce véritable road movie documentaire a toujours le choix de suivre,ou non, le cheminement des deux journalistes. Il peut, exactement comme quandon erre en voiture dans les immensités américaines, revenir au motel pour consulter,approfondir, dialoguer, changer de direction. La métaphore visuelle du motel estnon seulement très pertinente; elle est aussi extrêmement confortable pour unenavigation attentive à l’intérieur du reportage ».31 En effet, à chaque nœud du récit,l’internaute a le choix de revenir au motel afin d’approfondir la séquence qu’il vientde regarder, ou de poursuivre son exploration. Mais même s’il choisit de parcourir ledocumentaire à sa façon, il doit suivre la structure narrative préconisée par les deuxauteurs : il ne peut accéder à une séquence sans avoir visionné les chapitresprécédents (cf. Capture d’écran 17). Ainsi, on trouve dans Prison Valley une intelligence du web ET du documentaire.La dimension documentaire existe en soi et pourrait se passer du web, si ce n’estqu’elle ne le fait pas et que l’interactivité est justement dosée pour susciterl’immersion dans le récit. L’internaute peut choisir sa manière d’assimiler un contenuriche, dense et complexe comme il le veut et quand il le veut : en s’inscrivant, il secrée un compte qui lui permet de reprendre son exploration là où il l’avait laissée, etde revenir approfondir sa découverte du sujet en s’appuyant sur les documents qu’ila récolté au fil du documentaire. Ces compléments d’information permettentd’ajouter de l’épaisseur au récit et de la profondeur au sujet traité. Mais l’interactivité, particulièrement dans Prison Valley, ne se résume pas à unequestion de navigation : c’est aussi pouvoir participer à un web documentaire(laisser des commentaires, tchatter etc.).31 http://hypermedia.vox.com/library/post/prison-valley-analyse-dun-chef-doeuvre.html 24
  • 28. 3. Faire participer l’internaute à la narration En effet, un web documentaire est aussi interactif au sens où il tire profit d’autrespoints de vue, en l’occurrence ceux des internautes qui peuvent enrichir, nuancerou contester la réalisation avec leurs propres témoignages, ajoutant au besoin desimages et des sons. « Autour d’un contenu de base, d’une histoire préexistante, desbriques participatives sont ainsi amenées à enrichir l’univers narratif, et de nouveauxéléments (commentaires, témoignages, photos…) viennent se greffer à la créationoriginale de l’auteur », explique Nicolas Marronnier.32 a) Donner la parole à l’internaute : des projets communautaires et participatifs La plupart des web documentaires proposent les fonctionnalités participatives etcommunautaires basiques : commenter, partager sur les réseaux sociaux, envoyerpar mail etc. (cf. Capture d’écran 18). Tout est fait pour donner une place àl’internaute et pour le fidéliser, comme dans PIB où il peut choisir de suivre les récitsqui l’intéressent en s’abonnant à un flux RSS spécifique (cf. Capture d’écran 19). Dans Prison Valley, ces aspects sont beaucoup plus développés puisquel’internaute dispose d’un compte et d’un pseudonyme. Ainsi, les internautespeuvent discuter entre eux : il y a des pauses dans le récit où l’on invite l’internaute àplonger dans des zones interactives qui vont lui permettre de débattre avecl’audience connectée au même moment. Ils peuvent aussi échanger leurs idées surdes forums thématiques proposés par les auteurs. Comme il est indiqué sur la paged’accueil des forums : « Ici, on discute des prisons, on partage les savoirs, et ondébat entre internautes du monde entier ». L’audience peut même discuterdirectement avec les personnages du web documentaire. Enfin, des tchats « enlive » avec des personnalités du milieu carcéral sont fréquemment organisés : ilspermettent à l’internaute de prolonger sa réflexion après avoir visionné ledocumentaire et d’obtenir des réponses à des questions restées en suspend (cf.Captures d’écran 20).32 http://socialmediaclub.fr/2010/04/le-storytelling-digital-formes-emergentes-nouveaux-metiers-business-models/ 25
  • 29. b) Inciter l’internaute à devenir co-auteur : un appel à contribution Au-delà de ces options participatives, à plusieurs reprises Prison Valley proposemême au spectateur de contribuer au contenu du web documentaire. Parexemple, à l’issue d’un portfolio relatant la cérémonie annuelle des surveillantsmorts, il est invité à livrer son avis sur ce qu’il ressent et peut consulter les réponses desautres spectateurs. Un peu plus loin, il a aussi la possibilité de s’enregistrer en vidéopour répondre à une question posée à tous les personnages : « Qu’est-ce que lapeur ? » (cf. Capture d’écran 21). Certains projets suivent la tendance amorcée par Prison Valley et croient aupotentiel créatif de l’internaute et à sa capacité d’enrichir une œuvre en faisantappel à sa contribution. « De plus en plus, on se rend compte qu’on a uneparticipation de l’audience créative et qu’on pourrait réutiliser », explique lerédacteur en chef du site web du Monde, Boris Razon.33 Ainsi, dans Havana/Miami,l’internaute est invité à compléter lui-même le contenu éditorial par du texte, desimages fixes ou animées. « Nous attendons des témoignages, bien sûr, mais aussi lacréation d’un vrai débat public, à la fois sur notre site et ailleurs sur Internet », 34souligne son producteur, Serge Gordey. Outre-Atlantique, cette démarche a été véritablement exploitée dans leprojet canadien de l’ONF, PIB. Les internautes sont invités à envoyer leurs proprestémoignages sur la crise économique, sous forme de photos ou de vidéos, lesquelssont ensuite sélectionnés et diffusés sur le site (cf. Capture d’écran 22). « L’idée étaitde documenter la crise économique grâce aux nouvelles technologies et depermettre aux Canadiens de participer. Une communauté s’est créée autour despersonnages. Nous voulions aussi que les internautes s’impliquent avec la possibilitéde mettre en ligne leurs vidéos ou photos »,35 explique Hélène Choquette, ladocumentariste à l’origine du projet.33 http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/6988/Doc-on-web.aspx34 http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/5321e0f0-1ffa-11df-b561-f36c76562c2e/La_nouvelle_%C3%A9criture_documentaire35 http://www.la-croix.com/Visages-de-la-crise-canadienne/article/2436750/25041 26
  • 30. Outre l’aspect participatif, un autre facteur, plus formel, entre en jeu dans laconstruction narrative des web documentaires : les choix en matière de graphismeet de multimédia. 4. Le graphisme et le multimédia comme supports de narration a) Le multimédia : des choix pertinents pour la narration Dans les web documentaires, une histoire est racontée avec l’ensemble destypologies de médias qu’offre Internet. Non seulement il s’agit d’agencer leséléments du réel au travers du tournage vidéo, mais aussi de créer du sens à partird’autres éléments tels que les photos, le texte, la cartographie, ou tout simplementgrâce à l’ergonomie de l’interface proposée à l’utilisateur. La dimension artistique(qualité de la narration, du traitement, du montage, du mixage) est évidemmentpour beaucoup dans l’appréciation du visiteur et dans sa réception du programme.Par exemple, la bande-son est primordiale, elle permet de contextualiser, debaigner le spectateur dans une ambiance ; elle permet également de donner de laprofondeur aux images : c’est le cas dans Thanatorama. De même, les bruitagescontribuent au sens du récit et permettent de plonger l’internaute dans l’histoire,comme dans Le Corps Incarcéré ou dans Prison Valley. Quant à l’utilisation de l’écrit,non pas pour expliquer mais plutôt pour interagir avec les images et les sons, c’estune voie prometteuse, explorée dans Homo Numericus. La variété des formes narratives des web documentaires de la série Portraits d’unnouveau monde reflète l’amplitude de la palette multimédia qui s’offre à ce genre.Les uns optent pour la galerie de portraits comme Chanteloup, ma France, les autrespour une interface qui traduit sur l’écran la cohabitation géographique et culturellede deux communautés : La double vie de Bradford. Au Pied du mur s’organisecomme un ensemble triangulaire que l’on peut faire pivoter physiquement, pouraccéder à ses trois volets (« traverser à tout prix », « face à la clandestinité », « au-delà du rêve américain »), dotés chacun d’une couleur particulière. Le plus linéairereste le documentaire de Patrick Zachman, Un Somalien à Paris, récit sobre et fluidequi mêle photos et vidéos. 27
  • 31. Dans Prison Valley, le récit alterne séquences animées et clichés, soutenus parune voix off, ou des bruits d’ambiance caractéristiques. Tous les moyens d’expressionnumérique – texte, sons, images fixes et animées, liens – sont utilisés de manière nonseulement pertinente mais parfois très subtile. Les vidéos se fondent sans hiatus visueldans les diaporamas photographiques. Le texte est réduit à sa meilleure utilisation,concentrée : chaque mot typographié semble avoir été pesé pour produire lemeilleur impact. Quant aux graphismes de données, ils sont eux aussi dispersés avecune finesse qui décuple leur intérêt. Ainsi, la structure narrative dans le web documentaire est influencée par lagestion du multimédia : une utilisation habile de plusieurs médias peut nonseulement contribuer à plonger l’internaute dans le récit mais aussi être créatrice desens. b) Le graphisme comme narration Certains web documentaires travaillent énormément l’identité visuelle del’interface dans laquelle évolue l’internaute. Le graphisme peut alors devenir unsupport à la narration, porteur de sens. C’est le cas d’Homo Numericus, dont l’environnement graphique estremarquable. « On a vraiment essayé de déployer une narration graphique : on ades éléments de narration visuelle qui viennent enrichir le temps de l’image fixe »,explique Samuel Bollendorff.36 En effet, le récit est élaboré autour de photographiesen plan fixe avec des témoignages audio, ce qui, contrairement à une successionde vidéos, permet à l’internaute de laisser libre cours à sa pensée. Ces temps deréflexion sont d’autant plus stimulés par un travail plastique d’une grande virtuositéoù le fond et la forme se rejoignent. Alors que nous sommes toujours en arrêt surimage, le second plan est animé par un déroulement incessant d’écrans figurantl’activité numérique de la personne interrogée, représentant ce monde numériqueen construction perpétuelle dans lequel l’individu choisit de se connecter ou de sedéconnecter (cf. Capture d’écran 23). La mise en abyme de l’écran dans l’écranoffre ainsi différents niveaux de lecture : ce déploiement dans l’espace constituecertainement un des grands apports du web documentaire.36 http://3web documentaireoc.com/fr/2010/04/22/interview-de-samuel-bollendorff/ 28
  • 32. L’agence Upian excelle aussi dans ses interfaces puisque chacune dentre ellesépouse une histoire : ce nest jamais du design pour lamour du design, mais pourtransmettre des messages parfois très forts. C’est le cas de cette ligne verticale quipartage lécran de Gaza/Sderot pour opposer deux réalités : elle sépare des vidéosquon ne peut visionner simultanément, parce que, décrypte Caspar Sonnen,37 « onne peut pas comprendre les deux camps en même temps ». On a donc enpermanence des vidéos des deux villes sous les yeux qui senclenchent au survol dela souris : ce choix graphique, porteur de sens, réussit le pari de mettre en parallèledeux réalités (cf. Capture d’écran 24). Enfin, dans les web documentaires de Brèves de trottoir, qui proposent unesuccession de portraits de parisiens “typiques” de chaque arrondissement, legraphisme est très travaillé. Une fois encore, il est porteur de sens puisqu’il proposeun environnement personnalisé pour chaque personnage, afin d’évoquer en un clind’oeil son univers (cf. Capture d’écran 25). Avec un grand sens du détail, uneambiance est recréée à chaque fois à travers une interface simple et intuitive. Ainsi, la variété d’usage des outils du web au service d’une palette de structuresnarratives, montre assez clairement l’amplitude des possibles du genre qu’est le webdocumentaire. Entre ces différents types de narration, il se dessine un grand nombred’ouvertures tant du point de vue de l’interactivité que de l’écriture, que lesréalisateurs tentent d’explorer. Et pourtant, force est de constater que le webdocumentaire et les nouveaux codes qu’il initie soulèvent des questions, voire desréticences, chez les internautes et les documentaristes.37 Pilote du Doc Lab et spécialiste des nouvelles écritures interactives au Festival international dudocumentaire dAmsterdam (IFDA) 29
  • 33. III. Le web documentaire, accueil et limites : quel avenir ? Si à l’heure actuelle les web documentaires sont encore à la recherche d’unedéfinition, ils soulèvent déjà beaucoup de débats, principalement sur la placedonnée à l’internaute dans l’élaboration de la narration, sur la redéfinition du pointde vue de l’auteur, mais aussi sur les dérives auxquelles les outils Internet exposent lerécit : en particulier l’interactivité. Loin de faire l’unanimité, cette nouvelle façon deraconter la réalité séduit, intrigue, déçoit ou choque le public et les professionnels del’audiovisuel. Et pourtant, les principaux concernés, les documentaristes, tardent à selancer dans de tels projets. Il m’a paru important dans cette dernière partie dedécrypter les défaillances auxquelles s’expose ce nouveau genre et d’analyser lafaçon dont il est reçu, afin d’évaluer dans quelles directions il pourrait se développer. 1. Explorer un web documentaire : les préalables indispensables a) Un bon matériel est nécessaire La consultation des web documentaires nécessite une bonne connexionInternet et un bon matériel informatique. Les problèmes de chargement avec uneconnexion wifi, les séquences vidéos coupées régulièrement, l’interface « loading »qui n’en finit pas de charger pour finalement aboutir sur une page d’erreur sontmonnaie courante pour les projets web qui pèsent lourd, comme Homo numericuset Thanatorama. Les temps de chargement sont si longs sur les web documentairesdu journal argentin Clarin tels que Narcoguerra, En la tierra de Diego, quel’internaute qui, rappelons le, ne supporte pas d’attendre, a vite fait de fermer lafenêtre de son navigateur et d’allumer la télé. Certains web documentaires ontrésolu ce problème en proposant des versions en bas débit, comme Prison Valley ouAfrique, 50 ans d’indépendance. D’un point de vue technique, l’internaute peutaussi pâtir des problèmes de compatibilité : certains web documentaires s’affichentmal sous Mac (c’est le cas de Afrique, 50 ans d’indépendance) ou sur certainsnavigateurs. 30
  • 34. b) Il requiert une certaine familiarité avec le web Le web documentaire, quoi qu’on en dise, requiert une certaine familiaritéavec l’usage d’un ordinateur et a fortiori du web, ce qui a pour conséquence derestreindre la cible de ce nouveau format. L’ordinateur n’est effectivement pas, enmatière de documentaire et pour un large public, un lieu naturel et légitime (qualitémédiocre, confort tout relatif…). Aurélie Hamelin raconte en plaisantant qu’elle sevoit fréquemment répondre lorsqu’elle évoque les projets qu’elle mène : « ça à l’airtrès intéressant mais je ne peux pas plutôt le voir à la télé ? ». L’intérêt du webdocumentaire, la confrontation à cette nouvelle forme de narration, est loin d’êtreune évidence pour le public. Pour Aurélie Hamelin, l’enjeu principal aujourd’hui estd’installer le web documentaire comme un genre à part entière et de toucher unpublic aussi large que possible. Un impératif qui explique la priorité donnée dans lepremier volet des Portraits du nouveau monde à la simplicité d’accès. Si le web documentaire doit dépasser une audience limitée aux convaincuset aux technophiles, il lui faut en effet privilégier une facilité d’accès à travers unprojet explicitement présenté, une interface qui donne toute sa place au contenu,qui canalise les interactions pour mieux focaliser l’attention et qui limite le « bruit »que pourrait engendrer la multiplication de fonctionnalités interactives. Certains webdocumentaires (cf. Captures d’écran 26) ont solutionné ce problème en imposantdès l’ouverture une courte introduction vidéo (Prison Valley), audio (Thanatorama)ou textuelle (Voyage au bout du charbon), qui présente le sujet ou expliquecomment et pourquoi utiliser les différents outils (Afrique, 50 ans d’indépendance). On retombe sur une règle d’ergonomie web : une interface destinée à unlarge public doit se prêter aussi bien aux usages d’experts que de néophytes. Enparticulier pour ce nouveau genre qui mêle dans sa narration images (fixes ouanimées), son et texte : ce mélange ne va pas de soi et lutilisateur peut vite se sentirdérouté. 31
  • 35. 2. Les failles du web documentaire a) Exploitation des outils du web vs. qualité du contenu Un des risques majeurs de ces web documentaires à l’esthétique trèstravaillée, du graphisme, en passant par la navigation et les impératifsergonomiques, est que la forme peut pervertir le fond, et la réalité être travestie auprofit de l’effet produit. Les impératifs de mise en scène, l’interface graphique,l’identité visuelle et sonore de l’interface et les jeux d’interactivité peuventrapidement prendre le dessus sur le sens du web documentaire, séduire l’internautemais cacher un objet creux ou dont le sens reste insaisissable. Puis, comme on l’évoquait plus haut, à trop emprunter les codes du jeu vidéo,la frontière entre fiction et réalité s’estompe rapidement, au détriment de la qualitéet parfois de la véracité du contenu. Les auteurs de Voyage au bout du charbonont reconnu avoir pris quelques libertés dans le scénario pour atteindre une tellerichesse de contenu et mettre en place ce système de construction narrative par lesinternautes : « Il y a des choses qu’on a été obligé de réécrire et c’est pour ça qu’il ya un avertissement au départ. Rien nest faux dans ce documentaire, mais il fallaitscénariser les choses afin de fabriquer un parcours pour linternaute. La réalité enconstitue la plus grande partie ».38 Le web documentaire est l’affirmation du point de vue d’un auteur. Cedernier peut se tromper dans ses choix, dans ses partis pris, mais il n’a pas le droit depervertir ce qu’il capte de la réalité. « Le web documentaire, est une affaireéminemment morale. Tout est possible en réalisation, tous les tons sont acceptables,c’est affaire de style. Mais rappelons qu’on ne badine pas avec la réalité ni avec lestémoignages des personnes. C’est en appliquant ces préceptes que l’auteur assoirasa respectabilité, et que le web documentaire pourra être pris comme uneréférence », explique le blogueur Olivier Crou.3938 http://3web documentaireoc.com/fr/2010/04/22/interview-de-samuel-bollendorff/39 http://linterview.fr/new-reporter/de-lecriture-de-la-conception-et-de-la-realisation-dun-webdocumentaire-part-1/ 32
  • 36. Ainsi, pour être crédible, le web documentaire doit s’appuyer sur une éthiquedocumentaire solide. L’exploration des possibles en matière d’écriture vial’exploitation des outils du web ne peut pas être un prétexte pour travestir la réalitéau profit d’une plus grande interactivité ou pour noyer le contenu documentairedans des interfaces web visuellement très élaborées. C’est en ce sens qu’AurélieHamelin justifie le positionnement des Portraits d’un nouveau monde : « On a fait lechoix d’une interactivité au service du contenu et pas l’inverse ».40 La qualité du contenu peut aussi se détériorer selon l’usage qui est fait del’hypertexte. Les auteurs peuvent être tentés de mettre énormément d’informationsà la disposition de l’internaute, sans cohérence narrative et sans pertinence avec lesujet traité. Bruno Masi explique : « Le web documentaire demande d’êtredoublement plus vigilant : on peut avoir la sensation de ne plus avoir de contraintede place et d’espace, ça demande donc d’être doublement plus vigilant sur cequ’on met à disposition de l’internaute puisque sinon on serait tenté de tout mettre,et si on met tout on se demande un peu ce que vaut notre travail ».41 L’auteur, s’il ne propose pas un récit linéaire, peut tout de même servir unminimum de guide à l’internaute afin que ce dernier puisse s’orienter dans le webdocumentaire et en extraire des informations exploitables. Mais cela signifie alorsrestreindre sa liberté de navigation. Or, avec ce dilemne, on touche à quelquechose qui est consubstantiel à l’idée même de web documentaire et qui naît dutélescopage de deux impératifs contradictoires : ceux dictés par le support, Internet,et ceux dictés par le genre du documentaire. b) Progression du récit vs. liberté du visiteur En effet, l’une des règles cardinales de l’ergonomie des interfaces web estque l’internaute doit rester maître de sa navigation et pouvoir toujours contrôler lesystème. La narration quant à elle repose sur l’idée que le spectateur n’a pas lecontrôle mais au contraire se voit proposer un enchaînement qui suit une progressionpensée par l’auteur. Prison Valley est selon moi le seul web documentaire qui à40 http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/6988/Doc-on-web.aspx41 http://linterview.fr/new-reporter/les-webdocumentaires-revolution-ou-effet-de-mode/ 33
  • 37. l’heure actuelle s’efforce de concilier avec intelligence ces deux impératifs. Lesauteurs proposent un récit fermé puisque le visiteur doit suivre la progression du récitet ne peut accéder aux séquences que dans l’ordre pensé par David Dufresne etPhilippe Brault. Mais en même temps ce récit est construit en séquences qui, àchaque transition, offrent une ouverture vers des compléments d’information et despossibilités d’interaction où est réintroduit le contrôle par le visiteur de sa navigation. D’autres web documentaires tentent de dépasser cette problématique eninstaurant ce qu’on peut appeler une « fausse interactivité ». En effet, la notiond’adaptation du web documentaire aux désirs de linternaute doit être nuancée.Comme pour tout récit, lécriture seffectue sur la base dun scénario pensé enamont : l’internaute est maintenu dans l’illusion que ses choix ont un impact sur lecontenu informatif du web documentaire, alors qu’ils lui permettent seulement dedonner un sens différent, personnel, à ce contenu. Si certains projets valorisent unenarration immersive, avec le côté « documentaire-dont-vous-êtes-le-héros », en faitles options ne sont jamais infinies, tout a déjà été prévu et programmé : l’internautese contente seulement d’emprunter les parcours élaborés à l’avance par l’auteur.Dans certains projets on dit à l’internaute qu’il est actif, mais à chaque fois qu’ilclique il n’a qu’un seul choix, comme souvent dans Le Challenge. Ce webdocumentaire peut d’ailleurs être doublement agaçant pour l’internaute puisque lesquestions qu’il peut poser au fil du récit sont souvent limitées et le fruit d’une réflexionsimpliste, voire manichéenne : il aimerait pouvoir poser ses propres questions. D’un autre côté, lorsque plusieurs choix sont vraiment proposés, commedans Voyage au bout du charbon, l’internaute peut facilement être frustré : avoirl’impression qu’en faisant des choix il a raté une partie du contenu en empruntanttel parcours. « Même si on fait se croiser les narrations, il est essentiel de scénariserpour être sûr que l’internaute passe par des moments clefs parce qu’il ne s’agit pasnon plus que les gens puissent se balader et qu’ils parcourent un documentaire quine leur apporte rien », explique Samuel Bollendorff.42 Il faut donc faire attention à ce que les gens ne circulent pas à la périphériedu projet, ce qui rend l’écriture documentaire très complexe. En effet, il faut faire42 http://3web documentaireoc.com/fr/2010/04/22/interview-de-samuel-bollendorff/ 34
  • 38. passer l’internaute par des points névralgiques qui viennent argumenter le récit, et àpartir de ce moment là proposer des digressions, mille chemins, mais à conditionseulement que le spectateur soit passé par ces points stratégiques. A l’heureactuelle, très peu de web documentaires ont réussi ce défi qui freine de nombreuxdocumentaristes à se lancer dans de tels projets et qui désarçonne facilement lesinternautes. c) Quand l’interactivité vient détruire le récit L’internaute peut très bien ne pas être réceptif à l’interactivité. Un projetcomme La Cité des mortes, qui évoque la disparition des femmes dans la ville deCiudad Juarez au Mexique, va très loin en utilisant des procédés narratifs quiéclatent le récit au point de le rendre pénible même pour un internaute confirmé.Tous les éléments qui composent ce web documentaire sont d’une grande richessepris individuellement (extraits radio, galeries photos, carte interactive etc.) et mis enscène dans un environnement graphique et interactif remarquable. Mais on doitrécolter soi-même des informations qui ne sont pas liées entre elles, et agir sur deséléments de l’interface sans en comprendre vraiment l’intérêt : il n’y a aucun fildirecteur pour guider l’internaute et l’ensemble s’apparente plutôt à un gadgetsophistiqué (cf. Captures d’écran 27). Ce web documentaire, qui est né suite à lapublication d’un livre sur le même sujet, est donc difficile à exploiter si lon a pas lul’ouvrage avant : il se présente plutôt comme un complément d’information quecomme une œuvre qui fait sens en soi. Il requiert aussi une certaine patience afin desaisir les possibilités de navigation et d’interaction avec l’interface. L’interactivité, c’est donc aussi quelque chose que tout le monde ne maîtrisepas forcément, contrairement à la simple action d’appuyer sur la touche “play” etde laisser filer l’histoire. Dans Montréal en 12 lieux, cest à linternaute de naviguerentre les différents contenus afin de construire son propre parcours entre lesdifférents quartiers de la ville. Mais ce web documentaire est difficile à manier : onne comprend pas comment exploiter lensemble des informations. L’interactivité esttrès développée puisque tout est à faire par l’internaute qui doit explorer plusieursentrées et activer des onglets en permanence. Mais si le graphisme et l’ambiancesonore sont très travaillés, l’interface n’est pas intuitive du tout, la musique 35
  • 39. oppressante et le rythme de l’ensemble, trop rapide, est très difficile à suivre : toutsagite en permanence, l’utilisateur est perdu et il est compliqué pour lui d’exploitercette masse de contenu. L’interactivité peut aussi très bien être source d’ennui. Dans Voyage au boutdu charbon, différents choix sont donnés à l’internaute à chaque nœud du récit. Lesauteurs ont choisi de matérialiser et d’expliquer à l’internaute ces choix par delongues séquences textuelles. Or, le défilement de ces textes descriptifs sur uneimage fixe est souvent très lent ce qui rend la lecture longue : le passage à uneautre séquence est laborieux, on sennuie rapidement (cf. Capture d’écran 28). A l’heure actuelle, la mode est à l’interactivité à tout va : on n’envisage pasde web documentaire sans cette possibilité pour l’internaute d’agir sur tous leséléments de l’interface et de contrôler un minimum la narration. Or, si elle est forcée,l’interactivité peut détruire un récit : certains types de narration requièrent justementune absence d’interactivité. Andrew DeVigal, chef du multimédia au New YorkTimes, revendique une certaine retenue dans l’usage de cet outil : « L’interactivitépermet de personnaliser l’expérience. Et il y a des circonstances pour cela, tous lestypes de narrations ne sont pas adaptés à l’interactivité. D’autres vont naturellementamener à l’interaction ou même la rendre nécessaire pour bien comprendre unsujet. Mais si elle est forcée, elle peut très bien détruire un récit.Les gens ne réagissent pas spécialement à l’interaction, ils s’intéressent au contenu.Et ils veulent que cela soit fluide. On doit toujours le garder à l’esprit quand ondéveloppe des contenus interactifs. Il suffit que l’histoire soit facile à comprendre,c’est tout ! ».43 Il faut donc impérativement laisser le choix à l’utilisateur de ne rienfaire, ce que Cécile Cros et Laurence Bagot ont mis en application dans les Portraitsd’un nouveau monde. Les différents web documentaires ont une narration linéaire,et si le spectateur a la possibilité de sauter certaines séquences, il a tout intérêt àlaisser défiler le film ou le diaporama sonore s’il veut garder le fil du récit. Ces problématiques mettent en valeur les difficultés auxquelles sont confrontésles auteurs de web documentaires.43 http://webdocu.com/?p=215 36
  • 40. 3. Pourquoi les documentaristes sont-ils réticents à se lancer dans le web documentaire ? Dans le milieu du web documentaire, les gens viennent d’un peu partout. Il y a beaucoup de professionnels de l’audiovisuel et du journalisme qui s’intéressent à Internet comme nouvel espace de diffusion et d’expression et aux nouveaux outils qui sont à leur disposition. Comment se fait-il que les plus concernés par le sujet, les documentaristes, soient les moins investis dans ce genre de nouveau projet ? Dans cette partie, j’ai décidé de donner une place importante aux témoignages des cinéastes documentaristes d’ADDOC.44 Certains ont accepté de me faire partager leur perception de ce nouveau genre en répondant à un questionnaire (cf. Annexes 3). a) Quelle place donner à l’internaute ? Est-il intéressant pour un objet documentaire de s’ouvrir aux contributionsextérieures ? Risque-t-on d’y perdre le sens ? Doit-on permettre à l’utilisateur degénérer du contenu ? Autant de questions que soulève le web documentairequand on réfléchit à la place que doit occuper l’internaute dans sa constructionnarrative, et qui sèment un certain scepticisme chez les documentaristes. On l’a vuprécédemment, il s’avère risqué à l’heure actuelle de restreindre l’utilisateur à unrôle passif de consultation, de peur de le perdre : il est devenu impératif del’impliquer dans un projet web en lui donnant la main, et la parole. « Avant il y avaitun photographe ou un réalisateur qui travaillait sur un sujet, donc c’est une histoirequi se faisait à deux et qui redescendait vers un public passif. Aujourd’hui, il y atoujours un photographe ou un réalisateur, un sujet et un public. Mais ce public a lamain, il est actif, il est même interactif et donc le fait de travailler à trois nous oblige ànous préoccuper de la position de l’internaute », explique Samuel Bollendorff.45 Mais alors dans quelle mesure est-il possible de laisser le public participer àune oeuvre, tout en conservant une structure narrative forte et la signature de sonauteur ? A ce sujet, Seb Coupy a une position très tranchée : « Les glissements desens, les liens, le montage, me semble une question trop importante pour que les44 Association des cinéastes documentaristes45 http://3web documentaireoc.com/fr/2010/04/22/interview-de-samuel-bollendorff/ 37
  • 41. auteurs la laisse au spectateur. Je suis notamment intéressé dans mon travail sur lafaçon dont on peu jouer sur la durée. La durée que l’on ne peut zapper. Le doc, etplus largement le cinéma est pour moi une affaire de durée, de rythme, c’est uneaffaire très musicale et je crois que de ce point de vue là, le web doc ce situeailleurs ». Et pourtant, certains web documentaires parviennent à trouver descompromis entre la place de l’internaute et le point de vue de l’auteur. Dans lesPortraits du Nouveau Monde, Cécile Cros et Laurence Bagot entendent privilégier laforce des regards de leurs auteurs : la participation du public n’est pas l’angled’attaque de ces web documentaires, et, on l’a vu précédemment, la narration desdifférents projets est linéaire : l’internaute a une marge de manoeuvre très restreinte.Selon elles, le documentaire n’a pas grand-chose à gagner à s’ouvrir auxcontributions extérieures ou au contenu généré par l’utilisateur. Les possibilitésd’interaction sont donc minimisées et les commentaires sont relégués en bas depage. Ce choix peut découler du refus de céder au mirage du « public comme co-auteur » et d’une certaine frilosité face à un processus difficile à canaliser pour qu’ilserve réellement le sens : la participation des internautes requiert un travail demodération en arrière-plan, qui peut vite s’avérer chronophage. Dans l’ensemble, les cinéastes documentaristes sont partagés sur la questionde la place de l’internaute : si Chantal Quaglio considère que l’internaute est« spectateur dabord et donc ouvert à une démonstration et à une réflexion »,Solveig Dubois considère que sa place doit être « la même que pour les autresformes en termes de réception, mais il peut être plus engagé en matière deréflexion, par l’ajout de commentaire, de critiques, par sa manière d’interagir avecla forme proposée ». Or, comme le justifie Seb Coupy, « laisser le spectateurconstruire le réçit implique forcément de le laisser s’inventer son histoire, son temps etdonc de diluer progressivement le point de vue de l’auteur ». Et c’est là ce quecraignent de nombreux documentaristes. 38
  • 42. b) La remise en question du point de vue de l’auteur Dans le milieu du documentaire, on considère communément que le réelnest transmissible que sil passe par la subjectivité dun auteur qui façonne et inventeson usage du monde. Or, force est de constater que dans les web documentairesles auteurs ouvrent à la critique les propos qu’ils tiennent et délèguent à l’internautele soin de construire le récit. Leur point de vue, inévitablement diffus, ne bénéficieplus de la même armature rhétorique que dans le documentaire traditionnel. “Dans les documents numériques, la présence de l’auteur s’avèreproblématique ; elle décroît encore à mesure que celle du lecteur est au centre dudispositif. Dans les hypertextes, par exemple, la pratique des liens non seulementprive l’auteur de sa relative maîtrise sur le parcours de lecture, mais elle lui retire unepartie de l’armature rhétorique qui lui permettait de conduire son lecteur”, 46explique Roger Pédauque. En effet, certains projets ressemblent plus à une basedocumentaire, au détriment d’une narration pouvant exprimer le point de vuedocumenté de l’auteur. En témoigne le commentaire de la journaliste Josefa Lopezqui travaille actuellement sur un web documentaire sur le travail en prison : « Notreprojet se veut avant tout objectif, nous ne dévoilerons pas notre avis sur le travail enprison, nous voulons au contraire remettre les choses en place : faire tomber lespréjugés qui existent sur le sujet en apportant le témoignage de différents acteurs,afin que l’internaute se forge lui-même son opinion. Disons que nous réalisons unebase documentaire sur ce thème, que le visiteur pourra exploiter à sa façon » (cf.l’interview intégrale en Annexe 2). Ainsi, le terme de web documentaire serait-il inapproprié ? Devrait-on parlerplutôt de web reportage ? c) Le web documentaire n’est pas du documentaire Pour certains documentaristes, la forme reste prisonnière dune grammaireancienne, se contentant des signes extérieurs du documentaire sans sapproprier etadapter les codes cinématographiques. La démarche de lauteur, sensé tenir par la46 PEDAUQUE Roger, La Redocumentarisation du monde, Cépaduès, 2007 39
  • 43. main son spectateur pour le mener de la première à la dernière image, est mise enréserve en faveur dune interactivité et dune narration délinéarisée. L’espace-tempsn’est plus continu et le rythme n’est plus décidé par l’auteur mais par le spectateur.Et pourtant, selon Anne Galland, la notion de la durée dun film est lun des grandsprincipes que défendent les cinéastes documentaristes : « une temporalité, unrythme propre au film, qui ne peuvent pas être préformatés, qui se trouvent souventpendant le travail de montage et qui révèlent le style du réalisateur ». Certainsdocumentaristes considèrent donc que le point de vue de l’auteur est négligé, etque celui-ci, en transmettant ses pouvoirs à linternaute, estime qu’il est capable defaire les bons choix, de s’orienter seul entre les séquences, d’analyser les faits etd’extraire du sens de la masse de contenu mise à sa disposition. Or, à partir de ce moment là, peut-on strictement parler d’un glissement dudocumentaire vers le web ? Les web documentaires seraient-ils plutôt des projetshybrides qui oscillent entre docu-reportage, documentaire de flux et qui empruntentaussi au genre journalistique ? Selon Laure Delesalle, « Il y a vraiment une grandedifférence entre un web doc et un film documentaire. Le web doc est constitué dunensemble dinformations auxquelles on a accès de façon fragmentée et nonlinéaire. Rien à voir avec un film qui, grâce au montage, à ses ellipses, à certainsrapprochements inattendus, produit du sens, une pensée, une émotion.... Les atoutsnarratifs du web doc restent à inventer ». Bernard Monsigny va plus loin dans cetteremise en question : « Les web documentaires que jai vus nont -dans leur majorité-quun lien de filiation ténu avec les documentaires que japprécie. Moins parce quilsemploient, évidemment, un processus de narration en grande partie a-cinématographique (rhizomique vs linéaire) mais parce quils adoptent unerhétorique et une thématique essentiellement journalistique et une esthétique assezconvenue : nettement, hélas, du côté du langage télévisuel dominant ». Si cedocumentariste ne se montre pas choqué par l’aspect souvent délinéarisé de lanarration dans les web documentaires, d’autres assènent une critique beaucoupplus sévère à ce qu’ils considèrent comme une destruction du récit et donc de lapossibilité même de raconter une histoire. C’est le cas du documentariste Rémi Lainé qui soutient que le but dudocumentaire est de plonger le spectateur dans une histoire et de lui faire oublierquil est devant un écran, que ce soit une télévision ou un ordinateur. Selon lui, un 40
  • 44. film documentaire est « dabord un scénario, puis un scénario et enfin un scénario », 47or sur Internet le récit est délinéarisé, l’histoire n’est plus scénarisée de façontemporelle mais spaciale, et l’internaute est invité à interagir avec l’interface. PourRémi Lainé, dans les web documentaires on est bien loin d’une histoire racontée parun auteur à un spectateur, et la réflexion s’arrête souvent à l’habillage graphique. Selon Pierre Baqué, Professeur d’Histoire de l’art et ancien Directeur desétudes de la Fémis, l’un des objectifs du documentaire est que « les spectateurs semettent à réfléchir tout en ressentant le plaisir filmique ».48 Or, certainsdocumentaristes s’interrogent sur la capacité des web documentaires, jalonnésd’interruptions, à transmettre une quelconque émotion et à susciter du plaisir. Cetteforme à la narration fragmentée et confiée à l’utilisateur pousse même certainsdocumentaristes à se demander si les web documentaires sont à même de susciterune réflexion chez le spectateur. d) Les documentaristes s’interrogent sur la notion d’interactivité Selon Bernard Monsigny, “linteractivité peut facilement se résumer à duzapping, de lerrance ou du vague chalutage dans un agrégat dimages”. Lors dudébat « Doc on web »49 organisé par la SCAM le 20 janvier 2010, plusieursdocumentaristes présents dans la salle se sont révoltés contre la notiond’interactivité. Elle serait incompatible avec le genre documentaire qui suppose uneœuvre qui se regarde dans la longueur, avec la réflexion d’un réalisateur quiimplique que le spectateur se pose des questions après coup. L’ajout del’interactivité serait donc une façon de répondre à l’incapacité des internautes à seconcentrer plus de quelques secondes sur un plan fixe. Et pourtant, Joël Ronez, qui aproduit de nombreux web documentaires sur Arte.TV, soutient que « le fait dedonner le choix à l’internaute n’implique pas qu’on soit incapable de capter sonattention sur des durées longues ».50 Toujours est-il que les documentaristes restent méfiants face au nouveaumodèle de consommation proposé par les web documentaires. Ainsi, Hervé Guérin,47 http://www.mediapart.fr/club/blog/vincent-truffy/290610/pour-un-webdocumentaire-modeste48 Conférence lors de L’Atelier d’écriture & de réalisation de documentaires de création (INA, 2008)49 http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/6988/Doc-on-web.aspx50 http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/6988/Doc-on-web.aspx 41
  • 45. Conseiller des programmes sur France 5, a fait une intervention cinglante lors dudébat de la SCAM : « un internaute qui ne clique pas pendant une minute estconsidéré comme inactif : moi je souhaiterais qu’un téléspectateur devant undocumentaire soit inactif pendant les 52 minutes, parce que peut-être que pendantce temps là il pourrait réfléchir ».51 Autant de facteurs qui freinent les cinéastes documentaristes à se lancer dansde tels projets. Mais il existe d’autres raisons, d’ordre plus pratique, qui peuvent lesdécourager. 4. Des documentaristes freinés par des contraintes d’ordre pratique a) Un problème de connaissance et de maîtrise des outils et usages du web Marie Mandy est documentariste, elle a décidé de se lancer dans un projetde web documentaire, La Loge du sein. Elle témoigne de cette difficulté à seconfronter à un univers dont elle ne maîtrise pas les outils et dont elle ne connaît pasles usages : « Je suis dans la position d’une documentariste en pleine mutationpuisque j’ai décidé de faire un web documentaire et que je ne sais pas très biencomment on fait, comme la plupart d’entre nous. J’ai décidé que j’allais apprendreen le faisant. La question c’est de savoir comment on va articuler le documentaire,avec quelle interface graphique et avec quelle narration : est-ce qu’il faut quel’internaute cherche l’information ou est-ce qu’on propose d’emblée une histoire. Leproblème c’est que je ne sais pas combien de temps les internautes ont envie depasser à chercher et jusqu’à quel point il faut proposer les choses… ».52 Ainsi, le web documentaire a besoin de producteurs plus que toute autrecréation. Il y a un travail de mise en forme du sujet pour le web : on a souvent unmélange de texte, de vidéo, de son, il faut donc savoir organiser tout cela enexploitant la richesse des outils d’Internet et avec une certaine connaissance deshabitudes et des attentes de son public. Or, les cinéastes documentaristes peuventse sentir perdus parce que les possibilités et les contraintes de ce support ne leur sont51 http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/6988/Doc-on-web.aspx52 http://www.audiovisuel.cfwb.be/index.php?id=6248 42
  • 46. pas familières. « Il faut être de son temps et viser une utilisation judicieuse,surprenante, créative de la technologie et des avancées dans les domaines du son,de l’image, des fonctions Web. Il faut que les créateurs travaillent main dans la mainpour continuer d’offrir des œuvres pertinentes, fouillées, riches sur le plan de lanarrativité, engageantes au plan de l’interactivité. C’est un habile dosage de vision,d’innovation, d’exécution, d’interaction »,53 explique Marie-Claude Dupont, quiproduit le web documentaire PIB. Par ailleurs, le caractère protéiforme du web documentaire demande defaire appel à des professionnels issus de secteurs avec lesquels les documentaristesont peu l’habitude travailler. b) Apprendre à travailler avec de nouveaux métiers Ainsi, dans un web documentaire le documentariste ne peut plus être le seulauteur du projet, sauf s’il dispose d’une palette de compétences allant de l’écritureà la programmation web en passant par le web design. Les graphistes, lesergonomes et les développeurs prennent donc une part active à la réalisation del’œuvre, y apportant leur touche personnelle –voire leur point de vue. Cettenouvelle façon de travailler soulève alors des questions sur la reconnaissance dudocumentariste comme auteur dans un web documentaire. Karine Dubois, une productrice québécoise indépendante, évoque lesbouleversements provoqués par cette redéfinition des rôles. « Quand on fait du webdocumentaire, on s’attend à ce que son travail de documentariste soit reconnu. Si leweb documentaire est un genre qui est là pour rester, il faut rapidement se poser desérieuses questions sur la reconnaissance des différents artisans d’un même projet.Des documentaristes fournissent une âme et du contenu à un projet web quidemande lui-aussi une vison créative d’ensemble. Il faut aussi faire preuve dereconnaissance à l’égard de ceux qui donnent leur réelle substance à cesformidables projets dits innovants. Est-ce que le rôle du réalisateur, en documentaireweb, est réduit à celui de fournisseur de contenu ? Est-ce que le web-documentaire-d’auteur est un genre possible ? Personnellement, je crois que nous sommes à l’aube53 http://linterview.fr/new-reporter/les-coulisses-de-pib-interview-avec-marie-claude-dupont/ 43
  • 47. d’une redéfinition du rôle de réalisateur. Il sera moins la vedette d’un projet tant qu’ilne maîtrisera pas des nouveaux moyens techniques mis à sa disposition ».54 Un autre facteur de réticence peut naître du fait que dans un projet de webdocumentaire, on est en présence de deux cultures professionnelles très différentes,notamment dans leur rapport au temps. Les professionnels du web sont habitués auxrythmes des projets de communication où le modèle économique exige une trèsgrande réactivité. Tandis que les professionnels de l’audiovisuel ont un autre rapportau temps, qui est rythmé par les commissions d’écriture, puis de développement etde production du CNC, de la SCAM, des Régions etc. c) Une méconnaissance des sources de financement Enfin, une des raisons qui pousse les documentaristes à se méfier des webdocumentaires concerne une méconnaissance des multiples sources definancement qui existent actuellement. On a tendance à penser que de tels projets,puisqu’ils sont diffusés sur Internet, ne coûtent rien. Or, il s’avère qu’ils sont loin d’êtrebon marché : les dépenses sont souvent les mêmes que pour le tournage d’undocumentaire. Si l’on réalise des économies en matière de montage, il faut y ajouterdes dépenses supplémentaires qui servent à agencer l’ensemble afin de créer unvéritable programme sur le web : c’est à dire du web design, de l’ergonomie, del’intégration et du développement web, du community management. SergeCorday, producteur de Havana/Miami, les temps changent, explique : « La partieweb représente généralement 20% du budget, la partie vidéo (à la fois web et film)représente 70% ».55 Le coût d’un web documentaire varie énormément selon les outils utilisés et lesmoyens mis en œuvre. Certains budgets restent très raisonnables :  Les réalisateurs de Brèves de trottoir se sont contentés d’une aide du CNC de 13 000 € pour développer le projet et du matériel dont ils disposaient54 http://lebloguedubois.wordpress.com/2010/03/12/quelle-place-pour-les-documentaristes-dans-le-web-documentaire/55 http://linterview.fr/new-reporter/le-modele-economique-des-webdocumentaires-lemission 44
  • 48.  En moyenne, un web documentaire produit et diffusé par Le Monde.fr (Le corps incarcéré) coûte 60.000 € selon Boris Razon, rédacteur en chef du Monde.fr Tandis que les projets produits par Upian et diffusés par Arte.tv coûtent très cher,défiant même le budget moyen des documentaires de création :  Gaza/Sderot, la vie malgré tout : 216 000 € pour 160’ de film et tout le dispositif interactif du site  Prison Valley : 235 000 €  Havana Miami, les temps changent : 430 000 € Si ces sommes peuvent effrayer plus d’un documentariste tenté de se lancerdans l’aventure, il faut savoir qu’actuellement les aides en financement pour cetype de projets web se développent. Non seulement les chaînes du service publicinvestissent dans la production de web documentaires (Arte consacre plus de350 000 € par an aux web créations), mais le CNC apporte aussi un soutien financier :son budget pour les projets nouveau médias est de 2 M€ en 2010.56 Si l’on détaille les430 000 € de budget de Havana Miami, les temps changent, on découvre 90 000 €provenant de Arte.TV, 40 000 € du pole web d’Arte, 95 000 € du CNC et d’autressources de financement comme la TV Suisse Romande. Il en va de même pour les235 000 € de budget de Prison Valley qui comprennent: 19 500 € d’aide à l’écrituredu CNC accordée aux auteurs, 95 000 € d’aide à la production pour les nouveauxmédias du CNC, 70 000 € d’Arte France pour la co-production du volet web,70 000 € d’Upian (fonds propres), 10 000 € d’Arte France pour l’achat de droits dediffusion télévisée et 10 000 € de financement post-production pour la versiontélévisuelle. Les aides du CNC peuvent donc être importantes. « La commission du CNCaide énormément la production de web documentaire, ce qui a permis la créationd’un tissu industriel, d’intéresser des diffuseurs et aujourd’hui on se dirige vers lemême modèle que la télé »,57 explique Alexandre Brachet, qui dirige Upian. Le CNC56 Plus d’informations sur les financements proposés par le CNC sur le site officiel :http://www.cnc.fr/Site/Template/T1.aspx?SELECTID=4000&ID=2918&Mois=0&Annee=0&t=157 http://linterview.fr/new-reporter/emission-sur-le-web-documentaire-bfm/ 45
  • 49. intervient à deux stades pour les projets purement web. Soit à l’écriture et audéveloppement, jusqu’à 20 000 €, soit à la production, jusqu’à 100 000 €. Pour lesprojets qui vont exister sur différents médias en même temps, le CNC peut donnerjusqu’à 50 000 € à l’écriture et au développement. « On recherche des projets avecune écriture qui se projette sur un média interactif », explique Guillaume Blanchot.58 Les aides du CNC sont principalement allouées aux projets innovants enmatière d’écriture, d’utilisation des nouveaux outils du web et un minimuminteractifs. Claire Leproust, membre du jury du CNC, explique : « La premièredémarche c’est de s’intéresser au dossier artistique : on va s’attacher à l’histoire, lafaçon dont elle est écrite, à la dimension interactive et à l’innovation en termesd’utilisation des médias. Si on sent qu’une histoire pourrait être représentée de façonassez linéaire sans qu’on ait inclus des ingrédients de l’interactivité (la relation avecles internautes, les contributions, les réseaux sociaux) alors le projet va être écarté ». d) Un business model qu’il reste à trouver En parallèle de ces sources de financements, certains professionnels dusecteur commencent à chercher un business model, qui serait adapté au modèleéconomique du web. La principale source de financement sur le web reste à l’heureactuelle la publicité. L’économie du web est gérée par le clic : la publicité rémunèreles sites en fonction de l’audience générée. On pourrait donc imaginer la mise enplace de bannières publicitaires sur l’interface du web documentaire, ou la diffusiond’une vidéo publicitaire avant son lancement. Mais l’audience de ce type deprojets est insuffisante pour intéresser les annonceurs. « L’effet pervers, c’est qu’unedépêche AFP génère autant de clics qu’un web documentaire, alors qu’un webdocumentaire nécessite parfois deux ans de travail », explique Guillaume Blanchot,« les web documentaires ne peuvent donc pas être financés sur un modèle departage du revenu publicitaire qui découlerait de leur exploitation sur les sites ».59 Un autre modèle économique se dégage : diffuser une partie du programmed’un web documentaire à la télévision. Cette voie a été explorée pour Prison Valley,dont une version télévisuelle a été diffusée sur Arte le 12 juin 2010, et par Le58 http://linterview.fr/new-reporter/le-modele-economique-des-webdocumentaires-lemission/59 http://linterview.fr/new-reporter/le-modele-economique-des-webdocumentaires-lemission/ 46
  • 50. Challenge, diffusé sur Canal +. Alexandre Brachet, qui a saisi ce filon, précise :« Plusieurs de nos web documentaires ont une déclinaison prévue à la télé :Gaza/Sderot, Havana/Miami, Prison Valley, mais le web doc ne doit pas pour autantdevenir le simple complément du reportage télé ».60 La diffusion sur les supportsmobiles commence aussi à devenir une réalité prometteuse. Prison Valley avaitlancé le mouvement en proposant une application gratuite pour iPhone, quipermettait de retrouver une petite partie des contenus accessibles sur le site. Lachaîne France 24 est allée plus loin : depuis le 2 août, elle propose gratuitement unweb documentaire sur l’iPad, intitulé Congo, la paix violée. Il sagit dundocumentaire interactif, composé dune quarantaine de pages où se mêlent sons,images et articles. La consommation en mobilité est amenée à se développer etdevrait avoir un impact sur la diffusion du web documentaire : les applicationspourraient alors être vendues. En effet, la vente du contenu des web documentaires a effleuré l’esprit decertains professionnels du secteur, qui évoquent un système de Video on demand.Guillaume Blanchot relativise malgré tout cette idée : « Est-ce qu’à l’avenir on pourrafaire payer les gens pour voir des web documentaires ? Pourquoi pas, mais il fautattendre un peu que ce soit un genre qui s’installe, que ce soit des habitudesd’usage et de consommation ».61 5. Un élan vers les projets de web documentaires Malgré toutes les réticences que les documentaristes expriment face au webdocumentaire, certains perçoivent la richesse des outils du web : les possibilités qu’ilsoffrent en terme de narration et d’écriture et le nouveau rapport au spectateur qu’ilspermettent de développer. a) Des documentaristes prêts à se lancer dans l’aventure Parmi les documentaristes qui ont répondu à mon questionnaire, certainsseraient donc prêts à se lancer dans l’aventure, chacun avec ses propres raisons. Si60 http://linterview.fr/new-reporter/emission-sur-le-web-documentaire-bfm/61 http://linterview.fr/new-reporter/le-modele-economique-des-webdocumentaires-lemission/ 47
  • 51. Chantal Quaglio émet la condition que le niveau de qualité augmente enpuissance, Marie-Christine Gambart s’enthousiasme : « Une nouvelle écriture doncune nouvelle aventure, toujours passionnant ». Didier Mauro explique : « J’y réfléchis,tout en cherchant les modes de subversion du système dominant, afin d’explorer lespossibilités de rébellions techniques, esthétiques, face aux dominations qui traversentle web doc ». Pour lui cela permettrait « une rencontre avec des publics, un mediasupplémentaire ». Selon Laure Delesalle, « En marge du documentaire nous avonsune matière phénoménale pour raconter d’autres histoires et donner la place àd’autres points de vue : le web documentaire pourrait être un outil formidable pourfaire résonner un documentaire qui est trop à l’étroit dans son format ». Quant à SebCoupy, il avoue s’être déjà lancé dans ce type de projet, qui permet d’aquérir de lavisibilité, « afin de réfléchir sur l’interaction photo/son où il n’est pas questiond’interactions entre le doc et le spectateur (au sens où provoquer une réaction à unspectateur est déjà un enjeu complexe) ». Enfin, Solveig Dubois, étudiante encinéma, évoque l’accessibilité de cette nouvelle forme : « Internet permet undéveloppement unique en matière de communication, d’accès et d’interaction. Leweb documentaire peut être un moyen pour les futurs cinéastes de se lancer dansl’aventure à la manière de Myspace pour la musique. Mais il y a aussi le risque quecela ne soit pas reconnu comme une forme cinématographique ». b) Le témoignage de deux jeunes journalistes Au cours de mon stage comme chef de projet web à lexpress.fr, j’ai eul’occasion de rencontrer Josefa Lopez, journaliste à lentreprise.com et AurélienChartendrault, qui travaille au pôle vidéo de lexpress.fr. Ils sont en train de réaliser unweb documentaire sur le travail en prison, qui sera diffusé à la fin de l’année 2010 surle site de lexpress.fr. Ils ont accepté de m’expliquer pourquoi ils ont décidé de selancer dans un tel projet et comment ils comptent exploiter les possibilités offertespar le web documentaire (cf. Annexe 2). 48
  • 52. Extrait de l’interview Josefa Lopez : « Nous avons choisi cette forme pour son côté ludique, les différentes portes d’entrées vers l’information et le mélange des supports qu’elle offre, mais aussi pour l’ambiance qu’elle permet de créer. Les internautes ont vraiment l’impression de rentrer dans un sujet, d’y avoir été, de voyager dedans. C’est beaucoup plus agréable pour le spectateur, mais aussi plus accessible selon moi : ça permet de capter différents publics. » Aurélien Chartendrault : « Le web documentaire nous permet de mettre en perspective différentes idées, dans un cadre réaliste, et de donner envie aux gens. C’est pour cela que nous souhaitons développer un environnement graphique très travaillé, qui reflète la réalité du monde des prisons et qui plonge véritablement l’internaute dans l’ambiance de l’univers carcéral. Et c’est rendu possible par cet aspect multimédia : sons, images, vidéos et textes s’entremêlent. » Josefa Lopez : « En fait, il s’agit de guider l’internaute, tout en lui laissant la possibilité de naviguer à sa guise entre les différentes informations qui sont à sa disposition, selon ses intérêts et son temps disponible. Il est donc essentiel de lui proposer différentes voies d’accès à l’information. Mais on souhaite malgré tout conserver une certaine logique et encadrer le spectateur, d’où cette idée de mettre en place un jeu de questions/réponses. » 6. Le web documentaire a-t-il un avenir ou est-ce une mode passagère ? a) Les web documentaires ont le vent en poupe Chaque mois il en sort plusieurs dans le monde, souvent chapeautés par lesmédias, qui ont saisi l’intérêt que suscite ce phénomène. Si certains médias sontencore timides, comme Libération.fr qui contribue simplement à la diffusion d’unweb documentaire, Les yeux dans la banlieue, et à sa valorisation, de nombreuxmédias créent des plateformes sur leur site, dédiées spécialement à la diffusion deweb documentaires. C’est le cas de Arte (webdocs.arte.tv), du journal argentinClarin (http://edant.clarin.com/diario/especiales) ou du journal espagnol El Pais(http://www.elpais.com.co/reportaje360/). D’autres vont plus loin : Le Monde.fr acréé une rubrique spéciale avec une entrée dans la barre de navigation dusite (http://www.lemonde.fr/webdocumentaires/) ; France 5 a inauguré un portailconsacré uniquement à la série de web documentaires Portraits d’un nouveaumonde (http://www.france5.fr/portraits-d-un-nouveau-monde/). 49
  • 53. En parallèle, des prix pour récompenser le web documentaire sont nés. Lefestival de photojournalisme « Visa pour l’image » s’est doté l’année dernière d’unprix réservé aux web documentaires. France24 et RFI ont créé le Prix du Webdocumentaire : l’édition 2010 a primé le photographe Philippe Brault et le journalisteDavid Dufresne pour Prison Valley. Récemment, le web documentaire se développe aussi du côté des ONG.Médecins Sans Frontières a sorti en août 2010 Starved for attention, qui traite de lamalnutrition infantile dans le monde. Le support web leur permet d’insérer sur cetteplateforme riche en vidéos une rubrique qui propose aux internautes de faire desdons en ligne. Les web documentaires avec leur nouvelle forme de narration, ont su séduireproducteurs et diffuseurs, mais les internautes sont-ils réceptifs à ces projets ? b) L’audience et l’accueil des web documentaires en chiffres Il m’a paru intéressant de recueillir quelques chiffres sur leur réception par lesinternautes et sur la façon dont ils s’approprient les possibilités participatives. Siquelques indicateurs permettent de mesurer le degré d’implication des internautes(nombre de commentaires, nombre d’inscrits à la newsletter, ampleur de la diffusionsur les réseaux sociaux etc.), il est difficile d’évaluer le succès d’un webdocumentaire, tant le nombre de pages vues et le taux de clic sont faibles. Leschiffres relatifs aux visiteurs laissent penser que ces projets n’ont peut être pas àl’heure actuelle suffisamment de visibilité pour toucher une large audience, maisqu’ils pourraient intéresser un public curieux de découvrir ces nouvelles formes denarration : les temps de visionnage sont dans l’ensemble encourageant. Le projet qui semble avoir le plus grand succès reste à ce jour Prison Valley.Lancé le 22 avril 2010, le web documentaire a recueilli un déluge d’éloges et généré400 000 visionnages. Moins d’une semaine après son lancement, la plateforme avaitrecueilli près de 200 contributions des internautes dans les forums. Arte.tv alargement atteint son objectif : le diffuseur avait prévu un minimum d’un million de 50
  • 54. vidéos vues en deux mois et demi. Quant au temps de visionnage, qui dure au moins59’ si l’on suit le documentaire linéaire, il a de quoi réjouir David Dufresne : « Parmitous nos paris, il y avait celui de la longueur. Or 25 % des visiteurs vont jusquau bout.Cest plus que pour certains programmes télé ! ».62 Les auteurs regrettent toutefois lepeu d’internautes qui se sont lancés dans des discussions avec les personnages dudocumentaire. Selon David Dufresne, c’est « sans doute à cause de la barrière de lalangue. Mais aussi parce que cela place le spectateur dans une positioninhabituelle. » Le projet canadien PIB, qui fait beaucoup appel à la participation desinternautes, à réussi à attirer près de 300 000 visiteurs en un an. Quant à Brèves detrottoirs, il génère 200 à 300 visites uniques par jour avec un temps de visionnage dedix à quinze minutes en moyenne, ce qui représente deux à trois portraits deparisiens vus à chaque fois. Tous les web documentaires n’ont pas eu le même succès. Voyage au bout ducharbon, en deux ans, n’a attiré que 200 000 visiteurs, même si le temps devisionnage est plutôt encourageant puisque la moitié est restée sur le site plus de dixminutes. Arnaud Dressen, directeur de la société Honkytonk qui a produit ce projet,explique: « Sur Internet, on a des temps de visionnage qui sont relativement courts :on est sur 10 min en moyenne pour les web documentaires ».63 Les durées moyennesde visionnage de Gaza/Sderot, La vie malgré tout sont bien en deçà, avec 6,5 minenviron. Joël Ronez, lors du débat organisé par la SCAM, a essayé de se justifier :« C’est équivalent aux durées moyennes en télévision ».64 c) L’avis des professionnels du web documentaire A l’heure actuelle, les avis sur le web documentaire sont partagés : l’histoire nefait que commencer et on n’a pas encore fait le tour de ses ouvertures en matièrede création. Dans l’ensemble, les acteurs du web documentaires sont évidemmentoptimistes sur son avenir et sur ses capacités à séduire le public. Alexandre Brachetreste convaincu que « ce média interactif apportera bientôt de plus en plus62 http://television.telerama.fr/television/l-effet-prison-valley,56938.php63 http://linterview.fr/new-reporter/les-webdocumentaires-revolution-ou-effet-de-mode/64 http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/6988/Doc-on-web.aspx 51
  • 55. d’informations, de plus en plus de programmes, vers des audiences de plus en plusimportantes ».65 Joël Ronez, lors du débat organisé par la SCAM, a réaffirmé saconfiance dans cette nouvelle écriture de la réalité, assurant que l’on allait se dirigervers des formes totalement délinéarisées qui nous permettraient de toucher desdimensions narratives inédites. Quant au documentariste Bernard Monsigny, ilimagine des possibilités inédites d’interaction entre l’auteur et l’internaute, à traverse« une véritable interactivité qui permettrait à chacun (via un système de montage etdenregistrement) de construire son propre récit à partir d’éléments récoltés,hiérarchisés et de découvrir le plaisir de créer -puis de nous proposer- sesenchaînements et ses cheminements personnels”. Chacun se laisse aller à inventer le web documentaire de demain, quirésoudrait les paradoxes qui le parcourent aujourd’hui, mais personne n’envisagequ’il ne soit qu’une mode passagère. En témoigne l’enthousiasme de Marie-ClaudeDupont, productrice du Web documentaire PIB : « Je crois que le genre est plutôt entrain de s’installer pour de bon et que de plus en plus de créateurs, qu’il s’agisse dedocumentaristes, photographes, développeurs, infographes, artistes médiatiques etjournalistes vont faire des alliances et s’approprier le médium en poussant les œuvresà des niveaux inégalés. L’histoire se répète en quelque sorte, le cinéma a toujoursété lié à l’évolution des technologies ; l’important, c’est comment les créateurs lesmettent à profit. Par ailleurs, Internet est en mesure de fédérer des publics variés etdispersés, autrement inatteignables par la distribution classique. C’est un avantageconsidérable qu’il faut exploiter à fond ».6665 http://www.lacitedesmortes.net/blog/index.php?2005/10/04/19-webdocumentaire66 http://linterview.fr/new-reporter/les-coulisses-de-pib-interview-avec-marie-claude-dupont/ 52
  • 56. L’époque est excitante : les web documentaires envahissent la Toile ets’épanouissent en toute liberté. Cette nouvelle forme hybride, qui n’est pas encorerégie par des codes, s’invente progressivement un langage. Il règne actuellementune confiance suffisante envers ce genre pour que de nombreuses sources definancement permettent aux différents acteurs de s’y investir sans chercher de gainsimmédiats en y accordant beaucoup de leur temps, de leur compétence et de leurcrédit. Le web documentaire est donc en évolution : il s’agit à présent de suivre deprès ces formes naissantes, d’observer avec patience leur intégration au paysageaudiovisuel et d’évaluer les opportunités professionnelles et les modèleséconomiques qui leur sont liés. Une certitude demeure : le métier de conteurd’histoire a encore de beaux jours devant lui. Le web documentaire, loin d’être une mode passagère, est donc amené à sedévelopper et à poursuivre son exploration des multiples offres narratives permisespar Internet. En ce sens, il devient essentiel de valoriser ces innovations qui ouvrentun champ de possibles au documentaire traditionnel, et de réussir à séduire lesinternautes et à les familiariser avec cette nouvelle écriture audiovisuelle de laréalité. Outre la question de la fidélisation du spectateur, qu’il faudra inévitablementse poser, il sera aussi indispensable de réfléchir à la façon d’impliquer lesdocumentaristes et de préserver leur point de vue - le point de vue de l’auteur -dans de tels projets, tout en continuant à exploiter les opportunités du web. 53
  • 57. BIBLIOGRAPHIE ET WEBOGRAPHIEBibliographie sélectiveAUMONT Jacques et MARIE Michel, Dictionnaire théorique et critique du cinéma,Armand Colin, 2005BRESCHAND Jean, Le documentaire, l’autre face du cinéma, Editions Cahiers duCinéma, 2002COLLEYN Jean-Paul, Le regard documentaire, Editions du Centre Pompidou, 1993GAUTHIER Guy, Le Documentaire, un autre cinéma, Armand Colin, 2005MAILLOT Pierre, Lécriture cinématographique, Armand Colin, 1997MAURO Didier, Le Documentaire, cinéma et télévision, Dixit, 2005MAURO Didier Le Documentaire, Cinéma – Télévision – Internet, Dixit, 2010PEDAUQUE Roger, La Redocumentarisation du monde, Cépaduès, 2007SIGAAR Jacqueline, L’Ecriture du documentaire, Dixit, 2010WEISSBERG Jean-Louis, Présences à distance, “Déplacement virtuel et réseauxnumériques”, “Pourquoi nous ne croyons plus la télévision ?”, L’Harmattan, 1999Articles de périodiques« Le web documentaire, une nouvelle écriture », Revue mensuelle Zmâla, l’œilcurieux, août 2010« Les belles promesses du web-documentaire », Revue mensuelle Journalistes, n°116,juin 2010,
  • 58. WebographieSites dédiés à l’analyse des web documentaireshttp://webdocu.fr/web-documentaire/, L’actualité des nouvelles formes dereportage, consulté régulièrement de mai à septembre 2010http://3wdoc.com/fr/, le site de l’agence Hecube, dédié à l’analyse de l’univers duweb documentaire et de la narration sur Internet, consulté régulièrement de mai àseptembre 2010http://webdocu.com/, un mémoire sur le web documentaire réalisé par un étudiantdu Celsa en 2009, consulté les 9, 10 et 11 juillet 2010Articles spécifiqueshttp://www.christophemilet.com/?p=770, une liste très complète de tous les webdocumentaires répertoriés à ce jour, consulté le 10/07/10http://films.nfb.ca/capturing-reality/, “Capturing Reality, The Art of Documentary”,consulté le 28/07/10http://socialmediaclub.fr/2010/04/le-storytelling-digital-formes-emergentes-nouveaux-metiers-business-models/, « Le Storytelling Digital : formes émergentes,nouveaux métiers, business models », consulté le 16/06/10http://app.sliderocket.com/app/FullPlayer.aspx?id=39aaf3b5-9bf6-4a44-89e3-cd25f0d86385, “The Upian way of making web documentaries”, présentationd’Alexandre Brachet, consulté le 02/08/10http://owni.fr/2010/04/22/prison-valley-un-nouveau-journalisme-est-deja-la/, « PrisonValley : un nouveau journalisme est déjà là », consulté le 08/07/10http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/02/quand-les-recits-transmedia-se-preparent-a-re-enchanter-notre-quotidien_1382030_3232.html “Quand les récitstransmedia se préparent à ré-enchanter notre quotidien”, consulté le 19/08/10http://www.cemea.asso.fr/multimedia/enfants-medias/spip.php?article759 « Le webdocumentaire », consulté le 27/08/10http://television.telerama.fr/television/arte-lance-arte-webdocs-sa-plate-forme-documentaire-sur-internet,52886.php, « Arte lance Arte web docs, sa plateformedocumentaire sur Internet », consulté le 18/07/10http://television.telerama.fr/television/arte-et-france-5-mettent-le-paquet-sur-le-web-doc,52587.php, « Arte et France 5 mettent le paquet sur le web doc », consulté le15/07/10http://www.olats.org/livresetudes/basiques/litteraturenumerique/8_basiquesLN.php“Que sont les hypertextes et les hypermédias de fiction ?”, consulté le 30/06/10
  • 59. BlogsBlogs dédiés à l’analyse des web documentaireshttp://blog.lafabriquedureel.fr/, web documentaire, transmedia... Ecritures pour lesnouveaux médias, consulté régulièrement de mai à septembre 2010https://lesmardisnumeriques.wordpress.com/, série d’interviews sur le webdocumentaire, consulté le 27/07/10Posts de blog spécifiqueshttp://lebloguedubois.wordpress.com/2010/03/12/quelle-place-pour-les-documentaristes-dans-le-web-documentaire/, « Quelle place pour lesdocumentaristes dans le web documentaire ? », consulté le 26/06/10http://patriciabergeron.net/2010/04/vous-avez-dit-webdocumentaire/, « Vous avezdit web documentaire ? », consulté le 03/07/10http://www.yannickgelinas.com/2010/04/07/les-webdocumentaires/, « Les webdocumentaires », consulté le 09/07/10- http://www.lacitedesmortes.net/blog/index.php?2005/10/04/19-webdocumentaire, « Le blog de La Cité des Mortes », consulté le 13/08/10- http://hypermedia.vox.com/library/post/prison-valley-analyse-dun-chef-doeuvre.html, “Prison Valley : analyse d’un chef d’oeuvre”, consulté le 18/08/10http://www.drouillat.com/2010/04/23/prison-valley-son-interface-sa-temporalite/,“Prison Valley : son interface et sa temporalité”, consulté le 15/06/10http://www.mediapart.fr/club/blog/vincent-truffy/130410/prison-valley-le-webdocumentaire-lecole-de-la-route, “Prison Valley : le web documentaire àl’école de la route”, consulté le 19/06/10http://www.mediapart.fr/club/blog/vincent-truffy/290610/pour-un-webdocumentaire-modeste, « Pour un web documentaire modeste », consulté le17/07/10http://www.mediapart.fr/club/blog/camilleguillaume/190310/webdocs-en-stock,« Wedocs en stock », consulté le 25/06/10
  • 60. Emissions en lignehttp://linterview.fr/new-reporter/le-webdoc-video-du-debat-en-ligne/, L’association« Ça presse! » a organisé en février 2010 un débat sur le webdocumentaire avecLaurence Bagot et Thierry Caron, consulté le 16/07/10http://linterview.fr/new-reporter/emission-sur-le-web-documentaire-bfm/, L’ateliernumérique de BFM a consacré le 21 décembre 2009 son enquête auwebdocumentaire, avec Alexandre Brachet et Louis Villers, consulté le 16/07/10http://linterview.fr/new-reporter/les-webdocumentaires-revolution-ou-effet-de-mode/, Une émission de 30 minutes sur le web documentaire réalisée en avril 2010en partenariat par la Revue Medias et LINTERVIEW.fr avec Arnaud Dressen,Guillaume Herbault et Bruno Masi, Benoit Cassegrain, Olivier Lambert et ThomasSalva, Marianne Rigaux, consulté le 16/07/10http://linterview.fr/new-reporter/le-modele-economique-des-webdocumentaires-lemission/, Une émission réalisée en juin 2010 en partenariat par la Revue Medias etLINTERVIEW.fr sur le business-modèle des web documentaires avec Serge Corday etGuillaume Blanchot, consulté le 16/07/10http://www.cfpj.com/cfpj-lab/articles/Web-documentaires-Web-fictions-la-creativite-au-service-de-l-editorial.html, un débat sur le web documentaire organiséen avril 2009 par le CFPJ Lab avec Jean-Christophe Rampal et Joël Ronez, consultéle 23/07/10http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/emission-1161-depart-de?xg_source=msg_mes_network#5, Une émission de février 2010 sur léconomie duwebdocumentaire, organisée par L’Atelier des médias de RFI avec GuillaumeBlanchot, Joël Ronez, Alexandre Brachet et Laurence Bagot, consulté le 26/07/10http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/6988/Doc-on-web.aspx, Débat sur le web documentaire organisé le 20 janvier 2010 par la SCAM(Société civile des auteurs multimedia) avec Guillaume Blanchot, Laurent Duvillier,Aurélie Hamelin, Boris Razon, Joël Ronez et Judith Rueff, consulté le 29/07/10http://www.audiovisuel.cfwb.be/index.php?id=6248, Le 5 mai 2010, le Centre duCinéma Belges avait convié les producteurs et réalisateurs pour une journée autourdu web documentaire, avec Patric Jean, Barbara Levandangeur, AlexandreBrachet, Marie Mandy, Frédéric Mignon et Joël Ronez, consulté le 13/07/10
  • 61. ANNEXES
  • 62. ANNEXE 1 : Captures d’écran de web documentairesCes captures d’écran des interfaces des web documentaires cités constituent uneaide à la lecture : il est conseillé de s’y référer pour une meilleure compréhension dusujet.Capture d’écran 1 : l’interface de Montréal en 12 lieuxCapture d’écran 2 : l’interface de la thématique Chine des Portraits d’un nouveaumonde II
  • 63. Capture d’écran 3 : la carte interactive de PIBCapture d’écran 4 : l’interface de Voyage au bout du charbon III
  • 64. Capture d’écran 5 : l’interface de Le ChallengeCapture d’écran 6 : le bloc-notes et la carte interactive dans Le Challenge IV
  • 65. Capture d’écran 7 : l’interface de ThanatoramaCapture d’écran 8 : le parcours dans Thanatorama V
  • 66. Captures d’écran 9 : les différentes portes d’entrées de Gaza/Sderot VI
  • 67. Capture d’écran 10 : l’interface de Afrique, 50 ans d’indépendancesCapture d’écran 11 : l’affichage des chapitres dans « Un somalien à Paris » de lasérie Portraits d’un nouveau monde VII
  • 68. Capture d’écran 12 : l’affichage des compléments d’information dans « Un somalienà Paris » de la série Portraits d’un nouveau monde VIII
  • 69. Capture d’écran 13 : l’affichage des liens annexes et des complémentsd’information dans « Un somalien à Paris » de la série Portraits d’un nouveau monde IX
  • 70. Capture d’écran 14 : l’interface de Le Corps incarcéréCapture d’écran 15 : la version linéaire de Prison Valley X
  • 71. Captures d’écran 16 : la chambre de Motel et les compléments d’information dansPrison Valley XI
  • 72. Capture d’écran 17 : suivre son parcours dans Prison ValleyCapture d’écran 18 : Partager du contenu dans Prison Valley XII
  • 73. Capture d’écran 19 : les aspects participatifs et communautaires dans PIB XIII
  • 74. Captures d’écran 20 : les aspects participatifs et communautaires dans Prison Valley XIV
  • 75. Capture d’écran 21 : apporter son propre contenu dans Prison ValleyCapture d’écran 22 : apporter son propre contenu dans PIB XV
  • 76. Capture d’écran 23 : l’interface de Homo NumericusCapture d’écran 24 : l’interface de Gaza/Sderot XVI
  • 77. Capture d’écran 25 : l’interface des portraits de Violette et de Elie dans Brèves deTrottoirs XVII
  • 78. Captures d’écran 26 : aides à la compréhension du projet et à la navigationDans Voyage au bout du Charbon :Dans Afrique, 50 ans d’indépendances : XVIII
  • 79. Captures d’écran 27 : la radio et la carte interactive dans La Cité des Mortes XIX
  • 80. Capture d’écran 28 : les textes descriptifs dans Voyage au bout du Charbon XX
  • 81. Annexe 2 : Interview de Josefa Lopez et Aurélien ChartendraultAu cours de mon stage comme chef de projet web à lexpress.fr, j’ai eu l’occasionde rencontrer Josefa Lopez, journaliste à lentreprise.com et Aurélien Chartendrault,qui travaille au pôle vidéo de lexpress.fr. Ils sont entrain de réaliser un webdocumentaire sur le travail en prison, qui sera diffusé à la fin de l’année 2010 sur lesite de lexpress.fr.Interview réalisée le 12 août 2010Pourquoi avez-vous choisi la forme du web documentaire pour traiter ce sujet ?Josefa : Nous avons choisi cette forme pour son côté ludique, les différentes portesd’entrées vers l’information et le mélange des supports qu’il offre, mais aussi pourl’ambiance qu’il permet de créer. Les internautes ont vraiment l’impression derentrer dans un sujet, d’y avoir été, de voyager dedans. C’est beaucoup plusagréable pour le spectateur, mais aussi plus accessible selon moi : ça permet decapter différents publics.Aurélien : Le web documentaire nous permet de mettre en perspective différentesidées, dans un cadre réaliste, et de donner envie aux gens. C’est pour cela quenous souhaitons développer un environnement graphique très travaillé, qui reflète laréalité du monde des prisons et qui plonge véritablement l’internaute dansl’ambiance de l’univers carcéral. Et c’est rendu possible par cet aspect multimédia :sons, images, vidéos et textes s’entremêlent.Comment sera organisé votre web documentaire ?Josefa : Nous avons choisi de découper le web documentaire en 9 grandesrubriques qui correspondront à différents thèmes autour du travail en prison, afind’offrir un traitement exhaustif du sujet. Chaque rubrique sera composée dedifférentes vidéos ou diaporamas sonores, qui répondront à une question préciseque l’internaute peut se poser.Est-ce que l’internaute sera guidé par un récit ?Aurélien : Non, nous ne raconterons pas une histoire, car dans ce cas là on en doitpas laisser les gens choisir de construire le récit à leur façon. Ce sera vraiment unprojet fait pour le web, avec une écriture délinéarisée, avec un contenu divisés endifférents blocs consultables individuellement.Josefa : Ce web documentaire doit s’adresser autant aux personnes qui n’ont que10 minutes de temps en temps pour se renseigner sur le sujet, et qui doivent ressortirde cette courte visite en ayant la sensation d’avoir appris quelque chose, qu’auxgens qui peuvent vraiment y consacrer du temps et dont la curiosité doit êtresatisfaite. XXI
  • 82. L’internaute sera donc libre d’explorer le web documentaire à sa guise, ennaviguant entre différentes informations, sans être orienté ?Josefa : En fait, il s’agit de guider l’internaute, tout en lui laissant la possibilité denaviguer à sa guise entre les différentes informations qui sont à sa disposition, selonses intérêts et son temps disponible. Il est donc essentiel de lui proposer différentesvoies d’accès à l’information. Mais on souhaite malgré tout conserver une certainelogique et encadrer le spectacteur, d’où cette idée de mettre en place un jeu dequestions/réponses.Est-ce que le web doc sera construit autour de votre regard de journalistes sur letravail en prison ? Est-ce que vous affirmerez votre point de vue sur le sujet ?Josefa : Notre projet se veut avant tout objectif, nous ne dévoilerons pas notre avissur le travail en prison, nous voulons au contraire remettre les choses en place : fairetomber les préjugés qui existent sur le sujet en apportant le témoignage de différentsacteurs, afin que l’internaute se forge lui-même son opinion. Disons que nousréalisons une base documentaire sur ce thème, que le visiteur pourra exploiter à safaçon. Le but c’est que les gens comprennent comment se passe le travail en prisonaprès avoir regardé une partie ou l’ensemble du web documentaire.Quels médias allez-vous utiliser ?Aurélien : Nous utilisons la vidéo, avec en grande partie des interviews filmées desreprésentants administratifs et institutionnels du milieu carcéral, et des diaporamassonores avec des extraits audio du témoignage des détenus, puisque beaucoup neveulent pas être filmés.Quelle sera la place de l’internaute dans ce web doc ?Aurélien : Nous en sommes encore aux balbutiements de la construction de lastructure du web doc. Mais dans l’idéal, nous souhaiterions suivre l’exemple de PrisonValley, qui constitue selon moi le projet de ce genre le plus abouti à l’heure actuelle.Nous voudrions que l’internaute puisse retrouver le chemin qu’il a parcouru àchaque fois qu’il revient sur le site, et qu’il puisse le visualiser : on imagine un systèmede vidéos cochées ou grisées une fois visitées. Mais pour cela, il faut mettre en placetout un système de création de comptes utilisateurs, et je ne suis pas sûr que nousaurons les ressources techniques pour le faire.Y aura-t-il un aspect participatif dans votre web doc ?Aurélien : En ce qui concerne l’interactivité avec l’internaute, une fois encore c’estPrison Valley qui nous sert de modèle : j’aime beaucoup leur système de Forumautour de thèmes très précis. Bien sûr, nous aimerions mettre en place un système decommentaires, mais cela demande un gros travail de modération derrière… XXII
  • 83. Est-ce que vous allez exploiter les possibilités offertes par le web avec l’hypertexte ?Aurélien : Oui, on voudrait offrir à l’internaute des informations complémentairespour certains contenus du web doc, afin qu’il prolonge sa réflexion. Mais une foisencore, nous avons un problème de temps et de moyens.Josefa : Ce qui me paraît le plus réaliste, ce serait de faire des infographiesgénérales afin de donner des informations introductives sur le travail en prison.Quel est votre budget pour ce projet ?Josefa : Le web documentaire est entièrement réalisé en interne, grâce auxgraphistes et aux développeurs de lexpress.fr. Nous n’avons pas de budget affecté àce projet : seuls nos déplacements à la maison d’arrêt sont défrayés !Aurélien : On est donc conscient qu’on est loin de produire un web documentairequi va révolutionner le genre, on est très loin des budgets des web docs d’Upian oude Honkytonk ! XXIII
  • 84. Annexe 3 : Questionnaire destiné aux documentaristes sur leurperception du web documentaireJ’ai élaboré un questionnaire destiné aux cinéastes documentaristes d’ADDOC(Association des Cinéastes Documentaristes) sur leur perception du webdocumentaire, dont les réponses combinées se trouvent ci-dessous.1. Le web-documentaire peut-il être comparé au documentaire traditionnel ? L’unconstitue t-il un plus par rapport à l’autre ?Didier MauroD’abord il convient de définir l’objet « web-doc », car il y a des confusions : - pourcertains tout documentaire diffusé sur le Web en est un , - pour d’autres il s’agit deprogrammes audiovisuels conçus en premier lieu pour le Web. C’est de ce dernierobjet que nous parlons ici. Il n’y a pas un « documentaire traditionnel », mais demultiples formes et approches (voir l’excellent livre de Breschand- Cahiers ducinéma – CNDP), Il n’y a pas un « web doc » mais des multiples formes et genres deweb-docs. Actuellement (2010) le docu-reportage et documentaire de flux (versusde création) prédominent. Il y a documentaire et documentaire ! Actuellement lesdocumentaires de création sont très rares en web-docs. Le web-doc actuellementn’est qu’une forme de diffusion complémentaire des autres (salles, TV, vodeo, DVD,etc.). Ce n’est pas la diffusion qui fait l’art…du cinéma documentaireChantal QuaglioJe dirais plutôt impossible ! Pour la bonne raison quon ne les visionne pas dans lesmêmes conditions : docu classique vu sur grand écran, docu web sur ordi. Pas dutout les mêmes conditions psychologiques. Un film se détermine aussi par la façondont il est diffusé : support, conditions, environnement.Marie-Christine GambartNon, la place du spectateur n’est pas la même. Plus d’interactivité avec le web docSolveig DuboisLes deux sont complémentaires. Le web documentaire étant une forme relativementnouvelle, il faut lui laisser le temps de se développer. Elle peut être comparée audocumentaire traditionnel en ce que celui-ci notamment avec le documentairetélévisuel connaît une explosion de formes depuis sa mouture originale ( que lemedia soit le cinema ou les projections indépendantes).Sylvie DreyfusEn aucune façon : cette forme discursive, hachée, éclatée est profondémentennuyeuse pour moi.Bernard MonsignyLes web-documentaires que jai vus ( une douzaine) nont -dans leur majorité- quunlien de filiation ténu avec les documentaires que japprécie. Moins parce quilsemploient, évidement, un processus de narration en grande partie "a-cinématographique" (grosso-modo : rhizomique vs linéaire) mais parce quilsadoptent une rhétorique et une thématique essentiellement journalistique et une XXIV
  • 85. esthétique assez convenue : nettement, hélas, du côté du langage télévisueldominant . Mais ça ne doit pas être une fatalité !Seb CoupyDe mon point de vu, le fait que le réel est la matière première du web-docn’implique pas forcément que l’on doive le comparer au documentaire« traditionnel » (en terme de support). Mais c’est aussi le cas pour le theatre, lalittérature, la fiction… Plutôt que de comparer , parlons de glissement, de possibilitiesde dialogue entre ces disciplines. La principale difference entre le web-doc et ledoc “linéaire” c’est que dans un cas l’auteur prend en charge la narration, dansl’autre il laisse le spectateur une marge importante quand à la façon de “visiter” laproposition.2. Le web-documentaire invente-t-il selon vous une autre forme d’écriture et unenouvelle narrativité ?Didier MauroPas vraiment à ce jour, ce que l’on peut voir en termes « d’écritures » a déjà été faitet vu avec d’autres modes de diffusion (salles, TV, vodeo, DVD, etc.)Chantal QuaglioTout à fait ! Ecriture différente. Rythme différent.Marie-Christine GambartOuiSolveig DuboisOui, car un médium différent requiert des contraintes d’écriture et de productiondifférentes, donc engendre forcément une nouvelle narrativité dans son rapportavec le spectateur.Sylvie DreyfusJe trouve que tous ces sites se ressemblent, je tiens au maximum 2 mn devantchacun….Seb CoupyOui, sans aucun doute. Reste à savoir si cette forme pourra aller au delà ducaractère informatif que l’on retrouve trop souvent dans les web doc meme lorsqu’ilsont bien “mis en page”.3. Que pensez-vous de l’interactivité revendiquée dans les webdocumentaires ?Didier MauroElle est très relative, limitée, assez factice, puisque le cadre est posé, les carcans sontlà. En fait les dominations symboliques (cf. Pierre Bourdieu) sont en place, en web-doc comme ailleurs. XXV
  • 86. Chantal QuaglioUn web docu nest pas forcément interactif ! Linteractivité est un plus à conditionquil ait été bien anticipé dans la conception du docu.Marie-Christine GambartJ’aime beaucoup Prison Valley et Gaza Sderot. L’interactivité est très travaillée.Solveig DuboisElle peut être extrêmement positive et amener des personnes passionnées par lesmédias technologiques à se tourner vers le cinéma. Elle peut aussi être négative caramener à des dérives et à un aspect jeu vidéo.Sylvie DreyfusElle est formelle et creuse.Bernard MonsignyAu sujet de linteractivité : elle peut facilement se résumer à du zapping , delerrance ou du vague chalutage dans un agrégat dimages. Si une véritableinteractivité permettait à chacun (via un système de montage et denregistrement)de construire son propre récit à partiréléments récoltés, hiérarchisés et de découvrir le plaisir de créer -puis de nousproposer- ses enchaînements et ses cheminements personnels ... Je limagine bien !Seb CoupyJe n’ai, pour l’instant , pas été réellement convaincu par cette forme de narrationqui me rappelle trop « le livre dont vous êtes le hero”. Les glissements de sens, lesliens, le montage, me semble une question trop importante pour que les auteurs lalaisse au spectateur. Je suis notamment interessé dans mon travail sur la façon donton peu jouer sur la durée. La durée que l’on ne peut zapper. Le doc, et pluslargement le cinema est pour moi une affaire de durée, de rythme, c’est une affairetrès musicale et je crois que de ce point de vue là, le web doc ce situe ailleurs. Onpourrait peut-être oser une comparaison: écouter une playlist en random demorceaux de musique sur I-tune (playlist = plus ou moins une cohérencerecherchée) ou écouter un album, un cd sur un lecteur de cd.4. Le point de vue de l’auteur est-il négligé dans un webdocumentaire ?Didier MauroLe web – doc, à ce jour, ne voit pas émerger d’oeuvres dans lequel on puissedécerner « le point de vue d’auteur documenté » tel que l’a conceptualisé JeanVigo. Par contre, la pseudo-objectivité foisonne, camouflant l’expression desopinions, tendances, orientations idéologiques, etc. des réalisateurs, producteurs,diffuseurs, et financeurs.Chantal QuaglioA priori il ny a pas de raisons mais pour linstant : oui. On est plutôt dans une étapede racolage intensif pour capter des internautes. Mais affaire à suivre, je suis certaineque les choses vont évoluer avec une production plus importante. XXVI
  • 87. Marie-Christine GambartNonSolveig DuboisPourquoi le serait-il plus ou moins que dans ses autres formes ? Tout dépend de ceque celui-ci veut ou peut faire.Sylvie DreyfusJe ne l’ai pas trouvé.Bernard MonsignyA propos du point de vue : la dominante "reportage" des web-docs lui impose dêtresouvent réduit à bien peu (voire au fumeux "nobody point of view" ). A cela sajoutelapproche pseudo-exhaustive et didactique (logique lexicographique ouencyclopédique) des sujets traités. La constellation de séquences dun web-docdauteur pourrait être fédérées plus de manière analogique (et donc avec plus desparti-pris) que simplement logique. Le champ des possibilités est ouvert !Seb CoupyJe suppose qu’il reste à trouver une forme qui soit convainquante sur cette question.Comment opérer ? Le point de vue peut être exprimé aussi bien dans un web-docque dans un doc linéaire. Mais la forme étant aussi une façon d’exprimer un pointde vue, laisser le spectateur construire le réçit implique forcément le laisser s’inventerson histoire, son temps et donc de dilluer progessivement le point de vue de l’auteur.5. Quelle place doit avoir l’internaute/le spectateur dans un webdocumentaire ?Didier MauroActuellement, sa place est celle d’un consommateur de programmes de flux, pourle Web. Il est un alibi. Un argument de vente via la pseudo-interactivité. (cf. réponse3) Il reste au publicdésirant exprimer une pensée documentariste de se mettre à l’oeuvre en recevantla formation nécessaire, en tournant, et en investissant le Web.Chantal QuaglioSpectateur dabord donc ouvert à une démonstration et à une réflexion.Marie-Christine GambartTrès active. Il ou elle peut prendre des chemins de traverse.Solveig DuboisLa même que pour les autres formes en ternes de réception, mais il peut être plusengagé en matière de réflexion, par l’ajout de commentaire, de critiques, par samanière d’intéragir avec la forme proposée.Sylvie DreyfusSi je le savais… XXVII
  • 88. Seb CoupyJe ne sais pas, peut-être rechercher ailleurs l’interaction en demandant àl’internaute certaines données qui pourront par la suite inflluencer ce qu’on luiproposera.6. Connaissez vous les budgets du Web Documentaire ?Didier MauroIls sont très variables, mais cela n’a pas d’importance, aucun intérêt. Le budget nefait pas l’art du cinéma documentaire, ni la pensée d’un film, ni la beauté descréations formelles. Comme l’exprime souvent Yves Jeanneau, on peut aboutir àune oeuvre créatrice, atypique, novatrice, avec un budget de misère, et à unprogramme audiovisuel insipide, ressassant des clichés, avec un budget des plusconfortables.Chantal QuaglioOn ne risque pas de les connaître vu quà priori il ny a jamais de budget spécifique !Marie-Christine GambartOui pour en avoir parlé avec le producteur d’Upian.Solveig DuboisNon, mais il doit y a voir probablement une grande part d’autoproduction ?Sylvie DreyfusNon.Seb CoupyPetits pour l’instant…une bonne part du budget est alouée à la part graphique.7. Aimeriez-vous vous lancer dans un projet de web-documentaire ? Pourquoi ?Didier MauroJ’y réfléchis, tout en cherchant les modes de subversion du système dominant, afind’explorer les possibilités de rébellions techniques, esthétiques, face aux dominationsqui traversent le web-doc.Chantal QuaglioOui à condition que le niveau de qualité augmente en puissance !Marie-Christine GambartOui. Une nouvelle écriture donc une nouvelle aventure, toujours passionnant.Solveig DuboisPourquoi pas, internet permet un développement unique en matière decommunication, d’accès et d’interaction. Le web documentaire peut être unmoyen pour les futurs cinéastes de se lancer dans l’aventure à la manière demyspace pour la musique. Mais il y a aussi le risque que cela ne soit pas reconnucomme une forme cinématographique. XXVIII
  • 89. Sylvie DreyfusJ’aime le cinéma, ce mode d’expression n’est en aucune façon pour moi ducinéma.Seb CoupyOui, c’est déjà le cas. Afin de réfléchir sur l’interaction photo/son où il n’est pasquestion d’interactions entre le doc et le spectateur (au sens où provoquer uneréaction à un spectateur est déjà un enjeu complexe).8. Non, vous n’en avez pas envie. Pourquoi ?- Vous appréhendez de travailler avec des personnes issues du web ?(développeurs, web-designers etc.) ?Didier MauroNonSeb CoupyNon- Vous ne voyez pas ce qu’Internet peut apporter à un documentaire ?Didier MauroL’intérêt : une rencontre avec des publics, un media supplémentaire.Sylvie DreyfusC’est ça.Seb CoupyDe la visibilité…- Vous trouvez cette nouvelle forme ennuyeuse ?Didier MauroPas du tout.Sylvie DreyfusOui.Seb CoupyPas forcemment…- Le côté interactif et participatif des web-documentaires vous repousse ?Didier MauroTout au contraire, mais il faudrait aller vers une véritable participation, une réelleinteractivité qui puisse aboutir à la subversion meme du cadre posé au depart.Sylvie DreyfusIl ne m’intéresse pas, c’est faussement participatif. XXIX
  • 90. Seb CoupyPour l’instant oui.- Les web doc ne sont pas des « oeuvres » cinématographiquesDidier MauroDes oeuvres réelles émergeront, j’en suis convaincu, c’est une question de temps.Chantal QuaglioCest vrai que les web docs ne seront jamais des oeuvres cinématographiques. Maistoute surprise est bienvenue.Sylvie DreyfusC’est ça.Seb CoupyIl faut se méfier de cette notion.- Vous trouvez la qualité des web-documentaires inférieure à celle desdocumentaires traditionnels ?Didier MauroActuellement c’est indéniable, même si, je le répète, “traditionnel” ne fait pas sens(lisez Breschand),mais cela changera. Imaginons Pierre Carles (Pas vu pas pris, etc.),Marker (Le tombeau d’Alexandre), ou Pazienza (Scènes de chasse au sanglier)investir le “web-doc”… avec leur style… le résultat creatif serait immédiat.Sylvie DreyfusOh combien !Seb CoupyJe les trouve trop souvent informatif bien enrobé.9. Certains web-documentaires ont-ils retenu votre attention, si oui, lesquels etpourquoi ?Didier MauroActuellement, non.Chantal QuaglioUn doc web sur les mines en chine par son esthétisme, la variété de navigation dansle sujet à chaque étape cest-à-dire la variété daxes de réflexions. Et sa conceptionimage et sons. A ce jour cest le seul qui me fait dire : tiens on peut en faire quelquechose des docs webs!Marie-Christine GambartPrison Valley et Gaza/Sderot. Les thèmes m’ont enthousiasmée. L’image toutcomme le graphisme sont superbes. J’aime aussi beaucoup la narration. XXX
  • 91. Solveig DuboisJe n’ai pas encore porté beaucoup d’attention à ce sujet mais cela m’intéresse.Sylvie DreyfusNon.Seb CoupyOui, pour essayer de trouver une définition à ce nouveau support.10. Quels ingrédients sont selon vous indispensables pour créer un web-documentaire réussi ?Didier Mauro1. S’immerger dans plus d’un siècle de cinéma documentaire et voir ou revoirVertov, Ivens, Wiseman, Kramer, Marker, Godard, etc.2. Avoir (cf. Bourdieu) un « capital culturel » de cinéaste documentariste.3. Puis : Bien définir la pensée du film, investir un engagement d’auteur, avec unpoint de vue, un angle, un traitement.4. Travailler non seulement en pensant au web (qui n’est qu’un mode de diffusion-certes, à la mode-mais les modes passent), mais à tous les autres publics (ceux dessalles, de la TV, des DVD, des projections-débats, etc.), et5. Expérimenter les oeuvres hybrides et rebelles, aux marges des systèmes bienpensants et réfractaires aux dominations.Chantal QuaglioLa réflexion cest-à-dire lintelligence du sujet ! Et pas les effets graphiques ni denavigation!Marie-Christine GambartL’histoire, l’histoire et encore l’histoire…Solveig DuboisDe la liberté, de l’inventivité et une façon de concevoir l’intéractivité autrementqu’un jeu ou un moyen de merchandising.Sylvie DreyfusAvoir une vraie raison d’utiliser ce mode de communication.Seb CoupyJe n’aime pas la notion d’ingrédients, de petite cuisine. Je suppose que le plusdifficile dans le web doc, c’est de proposer un regard qui nous emène quelque part. XXXI
  • 92. ANNEXE 4 : TYPOLOGIE DES WEB DOCUMENTAIRES Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Participatif/ Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution Communautaire lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion IntendedConsequence 16 portraits de Oui, regard Rien ne le Photo et voix s Le viol des femmes de 2 important de distingue a priori Une (diaporama Linéaire, on Commentaires Producteur : femmes Un reportage quon peut Peu de travail lauteur + dun version sonore) + suit lhistoire de (une trentaine) / Chad A. pendant le photo et audio de consulter Non Non graphique, le son témoignage et documentaire d1h pour Courts plusieurs Partage sur Stevens / génocide 15 séparemment + joue sur lémotion justification de classique à part la extraits de femmes facebook et twitter Diffuseur : des Tutsis une vidéo lauteur dans les vidéos en télévision vidéowww.mediastor épilogue de 12 lépilogue bonus m.com The Afghan On est Diaries La guerre Linéaire, on véritablement Le regard de Diffuseur : menée par Photo et voix suit le récit des 3 courts embarqués/imm Non, sauf dans lauteur sefface www.24.dk / les Danois (diaporama soldats à la soundslide (3 Non Non Non Non ergés dans ce Non lintroduction derrière le récit Producteur : en sonore) première chapitres) récit à la des soldatsBombay Flying Afghanistan personne première Club personne On est dans un Délinéarisé : on Un web docu environnement Blog, Newsletter, est libre de se très riche en dont on fait partage sur les balader dans la infos (un partie : une réseaux sociaux chambre du La chambre du traitement chambre au (on peut utiliser motel ou de Motel contribue exhaustif du motel son compte pour se consulter Depuis le motel, à nous plonger sujet) et qui personnelle connecter à Prison Oui regard différents on peut consulter dans lambiance exploite dans laquelle on Oui : les Valley et afficher dauteur reportages le calepin (infos mais constitue linteractivité peut agir sur internautes notre progression important et Document thématiques sur les aussi une avec justesse tout et où lon sont invités à dans le Web doc Un énorme travail engagé, aire de organisés personnages), énorme mine pour plonger Un reportage retrouve son exprimer leur sur les réseaux graphique, une linternaute doit 52 surPrison Valley Une plongée autour dun regarder par la dinfos : sur les linternaute dans vidéo de 59, parcours. ressenti sur sociaux), interface de jeu suivre une Arte, 230 000 € à Canon City personnage à fenêtre (vidéo de personnages, lambiance Diaporamas Interactivité qui certaines commentaires. vidéo. Sens du certaine logique Applicatio Diffuseur : dans le chaque fois. On la rue), consulter mais on trouve locale, sans pour photo, carte rappelle le jeu sequences + Forum : on peut détail, reste très afin de ne pas n Iphone,www.arte.tv / Colorado, peut aussi les indices et aussi des autant négliger interactive, vidéo : on est a envoyer discuter avec les intuitif. Ambiance passer à côté un livre Producteur : surnommée visionner documents documents un point de vue documents véritablement une vidéo gens connectés, sonore très dinformations Arte Upian Prison Valley lensemble du récoltés, accéder officiels, des dauteur : si textuels dans la peau avec leur dialoguer avec les importante digne clés (il faut éditions/D docu de façon au forum, bonus vidéos linternaute a dun journaliste définition de personnages du dun jeu vidéo débloquer emocratic quasi linéaire, regarder la télé, etc que lon une certaines présent sur la peur (mise film à certaines certaines Books quelques haltes ou retourner à la récolte au fur et liberté de place. On peut en ligne) heures, réagir sur vidéos : en voir nous sont juste carte avec notre à mesure de navigation et se créer un des thèmes du dautres avant) proposées pour parcours notre dexploration, il compte et forum + des chats consulter des exploration du est guidé dans le reprendre notre en live avec compléments web doc. récit et doit exploration certaines dinfo ou pour respecter un quand on veut personnalités du approfondir une ordre de là où on en monde de la prison séquence découverte. était resté
  • 93. Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Participatif/ Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution Communautaire lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion Oui, forte. On Web- Livre La agit sur les documenataire ville qui éléments de Pas vraiment quil est difficile tue les linterface : on de récit, on On navigue à dexploiter si lon femmes, Enquête sur Radio peut régler le récolte soi- travers les Graphisme très a pas lu le livre enquête à lassassinat (différents Un texte son de la radio, même des différents travaillé, attention On ne le perçoit avant : il se Ciudad et la témoignages introductif pour changer de La cité des informations médias, grâce à à tous les détails, pas vraiment : présente plutôt Juarez, de disparition audio), Vidéo contextualiser le fréquence, Blog mortes sans aucune une barre de ambiance de jeu cest à comme un Jean- de thématiques, sujet du web changer (http://www.lacited Produit par narration : ni navigation Non vidéo, mais linternaute de complément Christoph nombreuses carte doc // Une démission de esmortes.net/blog/ Upian avec le fin ni début, présente en interface peu se forger un dinfo. e Rampal femmes à interactive, séléction de télé. Cest à )soutien du CNC pas vraiment permanence. 4 intuitive. regard sur ce Intéressant : et Marc Ciudad Photos liens pour aller linternaute de de fil directeur entrées : Vidéo, Ambiance sonore sujet linternaute doit Fernandez Juarez au commentées, plus loin construire son ni de Cartographie, très importante être actif en . Mexique fiches parcours et de progression Radio et Photo permanence et Document naviguer entre temporelle cest à lui de aire les différentes chercher diffusé sur sources linformation Canal+ dinformation La lecture des Oui très forte textes descriptifs puisque le web est souvent doc prend la longue : on forme des livres Le récit se sennuie. Un "dont vous êtes construit au gré scénario très le héros" : Un regard des riche et réaliste, linternaute (à dauteur expérimentatio Proche du jeu Un onglet "En nos choix qui on important + Voyage au ns et des choix vidéo. On savoir plus" dactions et ont sadresse) révèle le travail bout du Photoreportag de linternaute, navigue en accessible à de véritables parcourt le web denquête charbon Enquête à la e (disporama il mène suivant le tout moment Graphisme sans impacts sur doc à sa façon minutieux des Diffusé par rencontre sonore) avec lenquête : il déroulement du pour obtenir des intérêt particulier. lévolution du et loriente auteurs et leswww.lemonde.f des mineurs témoignage prend le rôle photo reportage infos Envoi à un ami + Véritable documentaire. selon ses choix - Non obstacles quils Non r / Produit par de la vallée audio et dun journaliste et en faisant des supplémentaires écrire aux auteurs ambiance sonore On peut -> parcours ont rencontrés, Honkytonk du Shanxi commentaires qui recherche choix ou bien en sur la séquence qui accompagne simerger dans personnalisé et ainsi que leur Films avec le en Chine écrits, Carte des utilisant les en cours + une les photos lambiance en subjectif, on obstinationsoutien du CNC interactive informations et entrées directes carte avec notre choisissant de sait à out pour dévoiler et de la SCAM des témoins. par lieux sur la localisation et regarder de moment où on une réalité, à la Un choix carte notre parcours longues est et on peut limite de leur important de séquences sur le reprendre le fil sécurité question à quotidien des de lenquête à chaque fois mineurs. Une chaque visite. durée adaptée On est acteur aux capacités du dattention : 20 documentaire min environ
  • 94. Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Participatif/ Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution Communautaire lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion Un web- Tout est structuré documentaire autour du intéressant car photoreportage Interview vidéo Véritable sujet bien défini Des détenus principal que lon de trois regard dauteur autour dun Le corps racontent peut regarder spécialistes + Graphisme sobre et analyse (on Récit linéaire et thème : le corps incarcéré leur Photoreportag dun trait ou courts textes de mais intuitif : sent un parti très structuré en prison, ce qui 60 000 € quotidien et e de 15 aborder au présentation Commentaires (76) navigation aisée. pris clairement (selon des permet den faire Produit et les (diaporama moment qui nous des 4 Oui mais faible Non et partage sur les Son important : il affirmé), Non thèmes le tour diffusé par souffrances sonore) + intéresse grâce à personnages du réseaux sociaux illustre les photos, démonstration rattachés au rapidement avecwww.lemonde.f infligées au Sons et voix la frise photoreportage véritable via les 4 corps) les informations r corps en thématique en- + bibliographie ambiance sonore témoignages et les points de prison dessous. et liens des vue adéquats, en Compléments externes personnages restant centré dinfos autour de sur le reportage ce reportage principal Oui très forte Un bloc-notes puisque le web accessible à doc prend la tout moment (+ forme des livres Le récit se des renvois "dont vous êtes construit au gré réguliers et le héros" : Dommage : des précis depuis le linternaute (à beaucoup de Photoreportag Le procès de expérimentatio En suivant le photoreportage) qui on contenu mais e (diaporama la ns et des choix déroulement du avec un certain sadresse) Un point de vue mal exploité Le Challenge sonore) avec compagnie de linternaute, photo reportage nombre parcourt le web Non, Partage sur affirmé qui dans le Une Diffuseurs : témoignage pétrolière il mène ou bien en dinformations doc à sa façon linternaute facebook + oriente tout le photoreportage diffusionwww.canalplus. audio et Texaco lenquête : il utilisant les complémentaire et loriente se contente insertion dun web- (une réflexion sur Canal fr /Whats up commentaires Sans intérêt responsable prend le rôle entrées directes s sur des sujets selon ses choix - de suivre les module facebok qui documentaire, assez pauvre plus un films / écrits (le particulier dun dun journaliste par lieux et satellites, sous -> parcours chemins remonte les très manichéen parfois simplistes document Producteurs : reportage véritable qui recherche personnages de différentes personnalisé et proposés, il commentaires sur : on aimerait voire aire de Honkytonk vidéo est désastre des la carte formes : carte subjectif, on ne crée rien la page pouvoir prendre manicheennes+ 52films / Canal + mineur), écologique informations et interactive dans interactive, sait à out du recul… rythme très lent, Carte en Amazonie des témoins et le bloc note textes, chiffres moment où on on sennuie) + interactive pose des et dates clefs, est et on peut pb de questions au courts reprendre le fil chargement choix reportages de lenquête à vidéos, chaque visite. documents On est acteur officiels du documentaire
  • 95. Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Participatif/ Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution Communautaire lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion Oui très forte Une véritable puisque le web Soit on suit le Graphisme atmosphère qui Le récit se doc prend la déroulement du travaillé de façon nous immerge construit au gré forme des livres web à créer une Cest plus une dans le monde des "dont vous êtes documentaire qui véritable immersion funéraire si mal expérimentatio le héros" : avance selon nos ambiance neutre dans un connu + très ns et des choix linternaute Non, choix, soit on se oppressante qui secteur peu riche en Une plongée de linternaute parcourt le web linternaute rend aux sert tout à fait le connu quun informations : onThanatorama dans les Reportage "Une aventure doc à sa façon se contente chapitres qui Oui (724 sujet. Le son regard critique, apprend enProducteurs : arcanes du photo et dont on est le Non et loriente de suivre les Non nous intéressent commentaires) contribue à le récit à la vivant les choses Upian monde vidéo héros mort" + selon ses choix - chemins directement. Un latmosphère du 1ere personne directement. funéraire scénario très -> parcours proposés, il défaut : pas de web rend compliqué Dommage quil élaboré + récit personnalisé et ne crée rien bouton de documentaire : laffirmation ny ait pas très bien écrit subjectif, on contrôle, on ne on est embarqué dun point de quelques qui sait à out peut pas mettre surtout grâce à la vue complments accompagne le moment où on pause ou revenir voix qui nous dinformation reportage est. On est en arrière guide pour aller plus acteur du loin documentaire Différentes Un web-docu entrées par très riche qui Temps (timeline permet daccéder qui divise au contenu sous lécran), Gens (7 Gros travail différents angles personnages graphique qui et réussit le pari avec des vidéos donne du sens au Le conflit 80 courtes Commentaires de mettre en associées), Lieux web-doc : un Une certaineGaza/Sderot israélo- chroniques Non linéaire, (nombreux), parallèle 2 (carte interactive écran divisé en 2 neutralité : la 216 000 € palestinien vidéo (de 2 temps réel : Oui : on partage : envoi à réalités. Les : des vidéos pour opposer 2 parole est Diffuseur : vu à travers minutes une chronique compose soi- un ami, Newsletter, témoignages Oui sur associées à Non Non réalités / très entièrementwww.arte.tv / le quotidien chacune) :40 de chaque ville même son Blog (http://gaza- nous Arte chaque lieu), intuitif : on a en donnée aux Producteur : des épisodes, diffusée chaque menu éditorial sderot.arte.tv/blog/ embarquent Thèmes (très permanence des habitants des 2 Upian habitants de Carte semaine ) avec des vidéos dans la vie nombreux, vidéos des 2 villes villes 2 villes interactive bonus quotidienne des spécifiques à sous les yeux qui habitants de ces chaque ville avec senclenchent au deux villes avec des vidéos survol de la souris une certaine associées). liberté puisquon Lécran reste construit notre divisé en 2 en parcours permamence
  • 96. Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Participatif/ Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution Communautaire lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion Cest à Graphisme très Pour chaque linternaute de Non linéaire : Se déplacer dans travaillé mais lieu, on peut Cest à se construire Un web-docu on découvre lespace, explorer interface pas avoir des infos linternaute son point de difficile à manier chaque quartier ou visionner : intuitive du tout + en + : une daller à la vue : il a toutes : interface en choisissant linternaute est très difficile à contextualisatio pêche aux les clefs en graphique peu Vue à 360°, de se déplacer acteur seul lui suivre : toutMontréal en Une n mondiale, une informations qui main pour le intuitive, rythme Vidéos, dans les lieux peut construire le sagite en Emissions 12 lieux découverte retrospective, lintéressent et Non. Mais des jeux faire. Cest un trop rapide de photos, (vue 360°), de web Non permanence, on diffusées Produit par de la ville de une galerie de naviguer concours des objectifs de lensemble + on infographies, visionner des documentaire. est perdu. sur TV5Urbania/Toxa Montréal photo et des entre les ce web-doc : ne comprend pas textes vidéos ou Chaque lieu est Ambiance sonore chiffres clés. On différentes permettre aux trop comment dexplorer avec présenté par un importante, mais a aussi des sources dinfo, gens de exploiter des infos personnage souvent difficile à interviews de construire percevoir lensemble des complémentair habitué du supporter car vidéos son parcours autrement informations es quartier musique forte et associées Montréal, loin fatigante des clichés Graphisme très Le billet de travaillé : simple Oui un vrai Une véritable Charlie : un et intuitif, ne nuit regard dauteur plongée dans Une introduction texte associé à Lensemble est pas au contenu. puisque chaque différents lieux intéressante en chaque non linéaire Lécran est lieu est abordé de Pékin, très texte et en reportage vidéo De Mao aux A la puisquon se constitué dune avec une riche en musique. qui raconte lesJO Diffuseur : découverte Courts balade entre Oui : on se rend succession de problématique apprentissage et Navigation très conditions de www.arte.tv / de Pékin à reportages des lieux, mais dans les lieux Non Non lieux représentés précise et des en émotion + on Non simple : entrée tournages et Producteur : travers 18 Vidéo chaque de notre choix en dessin. Le son personnages apprécie la par type de lieu, justifient les Hikari lieux clés reportage vidéo accompagne les habilement simplicité chaque lieu est choix + associé à un reportages vidéo choisis dutilisation : un présenté par un apportent des lieu est linéaire. + chaque lieu sur occupent les bon dosage des personnage infos la page daccueil reportages ingrédients du complémentaire est associé à une vidéos web docu s sur le sujet musique
  • 97. Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Fonctionnalités Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution communautaires lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion Un web-docu Graphisme très Très habile : de intéressant dans travaillé et intuitif, brefs sa structure : simple compléments une alliance dutilisation. A dinfo riche en travers le La apparaissent Oui puisquon expérience entre Non linéaire : Par personnage graphisme le fond Une certaine révolution sur lécran sous oriente le docu témoignages on choisit de + on oriente soi- et la forme se neutralité : une numérique Photo forme de texte selon langle qui audio et Homo voir différents même le web rejoignent : grande place vue à (diaporama ou danimation nous intéresse compléments Numéricus portraits + on docu en Partage sur les véritable est laissée aux travers le sonore) + des pendant que les à travers les Non dinformation Non Producteur et choisit les choisissant les réseaux sociaux narration témoignages. vécu et les animations en personnages questions que contextualisésdiffuseur : SFR questions quon questions que graphique Complété par habitudes de fond, vidéos témoignent + lon pose et les qui envahissent veut poser aux lon veut leur puisque le second des analyses de différentes on peut choisir portraits que lécran. Le choix personnages poser plan est animé spécialistes générations pour chaque lon visionne de la photo en par des écrans portrait de plan fixe permet figurant lactivité consulter une à linternaute de numérique de la interview vidéo laisser libre personne dun spécialiste cours à ses interrogée réflexions Graphisme très Lensemble est On navigue à Des musiques travaillé et non linéaire partir dun vieux La parole est Un web docu Le portrait et témoignages pesronnalisé pour Brèves de puisquon se plan de métro laissée aux original et bien de parisiens audio, photos et chaque trottoirs balade entre parisien : à personnages dosé au niveau typiques infos liées au Oui, on Partage sur les personnage, sens 13 000 € Vidéo, Photo, des lieux et certaines stations que lauteur de la quantité et dans personnage et compose son Non réseaux sociaux / du détail : une France 3Co-producteur sons, texte personnage, sont associées nous permet de la qualité du certains accessibles en menu éditorial Newsletter / Blog ambiance est: France 3 Ile mais chaque des personnages. daborder sous contenu, avec quartiers de permanence recréée à chaque de France reportage vidéo On entre a différents une ambiance la capitale sous le fois. Musiques associé est chaque fois à angles très agréable reportage vidéo associées aux linéaire travers une vidéo personnages
  • 98. Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Fonctionnalités Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution communautaires lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion Construction habile : un reportage très Courtes vidéos court On choisit son thématiques, dintroduction entrée et on La témoignages, qui pousse compose son Oui puisque rénovation 2 courts pièces à linternaute àJohannesburg menu éditorial : Oui mais faible reportage du centre reportages Reportage conviction Graphisme sobre naviguer lui- , un par la vidéo : choix de ce journalistique/d ville de vidéos (- de linéaire + infos (documents et pratique : sert même ensuite à urbanisme principale ou par quon veut Non Non ifférents points Non Joburg et 5), Des que lon peut officiels etc.), clairement la travers lessous pression les complements visiter et de vue léviction des cartes picorer autour extraits navigation différentes www.geo.fr dinformation hyperliens proposés dans populations animées, musicaux, film sources (cartes, bidéos les interviews pauvres sur le making dinformation. thématiques, of, séléction Malgré cette liens) web liberté, le regard des auteurs reste toujours affirmé Des fiches Un véritable pédagogiques point de vue Reportages sur les mots dauteur vidéo Entrée par clefs des puisque réalisé 5 jeunes amateurs, personnages (les Congo, Non linéaire : reportages, des Graphisme par des congolais Diaporamas 5 jeunes) avec témoins du on découvre les extraits de Commentaires (2) travaillé et "témoins du ont suivi des photos , une les vidéos quils dedans 5 reportages témoignages Oui mais faible Non et partage sur les élégant mais sans dedans" + très Non enfants carte ont réalisées +www.lemonde.f vidéos audio associés à réseaux sociaux impact sur le pédagogique, le déplacés par interactive, navigation par r séparement certains mots- contenu sujet est bien la guerre extraits de mots-clefs + clefs, une carte traité et riche témoignages carte interactive interactive en audio accessible en compléments permanence dinfo
  • 99. Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Fonctionnalités Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution communautaires lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion Lensemble est non linéaire puisquon se balade entre Lorsquun des Oui, ce web reportage vidéo personnages, docu se défile, de brefs Un web-doc dont mais chaque présente compléments le contenu est reportage vidéo Oui : ils comme un dinfos très bien associé est peuvent documentaire Reportages contextualisés organisé grâce à linéaire. Quand envoyer leurs traditionnel, photos et défilent sur le la définition de on est dans une photos et organisé autourCali, la ciudad vidéos, Vue à Entrée par côté sous forme plusieurs thèmes Cali, la ville vue à 360°, un vidéos et Gros travail de thèmes que no 360°, personnages, de texte. Commentaires, autour desquels qui ne dort témoignage faire partie graphique, assez déclinés selon duerme Parcours parcours virtuels Lorsquon Oui partage sur les tout gravite. La Non pas, vue la audio défile et de la galerie chargé mais qui deswww.elpais.co virtuels sur de la ville, vues à choisit de visiter réseaux sociaux variété doutils nuit on peut > comme reste intuitif personnages, m des cartes, 360° un quartier à de traitement chercher dans le web des parcours Extraits audio, 360°, on peut éditorial nous différentes doc PIB de dans la ville et galerie photo obtenir des permet infos dans lONF des vues à compléments daborder la limage en Canadien 360° : un dinfos sur réalité sous même temps. traitement certains différents angles Idem dans un exhaustif de endroits de parcours virtuel chaque sujet lécran : des photos et textes sont associés à différents lieux Une certaine neutralité : du Un web témoignage ou Graphisme sobre documentaire du factuel. On mais travaillé. riche en contenu ne se perdpas Berlin 1989 Interface très qui permet Délinéarisé : on Bibliographie + dans unesouvenirs du Les Par témoignages intuitive qui dappréhender le voyage entre chaque article massemonde dhier souvenirs de Courtes (les interviews ajoute du sens au jour de la chute les darchive pointe désordonnéewww.lemonde.f la chute du interviews vidéos) ou par du Oui Non Commentaires (21) web du mur à Non témoignages vers un article dinformations : r lINA et la mur de vidéos factuel avec la documentaire travers des vidéos et la du monde un choix a été Commission Berlin timeline avec les vidéos témoignages très timeline "Rétrospective" habilement fait Européenne qui apparaissent variés + un par les en vol et la frise contenu réalisateurs chronologique historique riche pour illustrer et bien délimité chaque date clef
  • 100. Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Fonctionnalités Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution communautaires lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion Entrée par une carte de lAfrique (des vidéos Une sélection de associées à Oui : on se rend liens et chaque pays) ou dans les pays dinformations dès la page de notre choix générales Non linéaire + daccueil on et après une accessibles à temps réel (de choisit un pays courte intro, tout moment nouvelles auquel est notre guide (qui Afrique : 50 Regard sur sur le côté de Graphisme très vidéos associé un sadresse à On vit les Un web docu ans une lécran ou en travaillé et intuitif, régulièrement) personnage. linternaute) choses de très bien fait,dindépendan douzaine de Courts appuyant sur la Newsletter, simple : on choisit un Ensuite, une nous laisse lintérieur ergonomique et ces pays reportages barre espace du commentaires dutilisation pays auquel est timeline dans la décider ce Non puisquon est très riche en Non Producteur : africains qui Vidéo, Carte clavier + (112), partage sur (appel au clavier associé un vidéo : on peut quon veut guidés par des contenu, bon www.arte.tv ont pris leur interactive lorsquon les réseaux sociaux intéressant). personnage qui se rendre à visiter (mais on habitants dosage des avec TV5 indépendanc regarde un Ambiance sonore nous guide létape que lon peut aussi locaux ingrédients web monde e en 1960 reportage vidéo, importante selon nos souhaite + laisser défiler le des envies dans le sarrêter web-docu). compléments pays longtemps sur quand on se sur le sujet certaines crée un compte nous sont séquences en notre parcours proposés obtenant plus est sauvegardé régulièrement dinfos. On peut aussi laisser le reportage défiler Véritable Différentes immersion dans entrées par le quotidien des 150 ans Chronologie (par Non linéaire, personnages, on après la semaine, timeline Une certaineHavana/Miam temps réel : 3 reste un peu sur révolution qui divise Graphisme très neutralité : la i 430 000€ chroniques de Oui : on Commentaires sa faim de ne cubaine, Courtes lécran), coloré et travaillé, parole est Diffuseur : chaque ville compose soi- (peu nombreux), pas avoir de fil portrait de chroniques Personnages et Non Non interface qui nest entièrement Non www.arte.tv / diffusées même son partage : envoi à rouge à suivre : ces gens qui vidéos Thèmes (très pas toujours donnée aux Producteur : chaque menu éditorial un ami, Newsletter le tout est un vivent à La nombreux, intuitive habitants des 2 Upian semaine peu trop Havane ou à spécifiques à villes pendant 3 mois dispersé on a du Miami chaque ville avec mal à en faire un des vidéos tout porteur de associées) sens
  • 101. Autre Titre Travail Processus Compléments Appel à Fonctionnalités Regard de Observations supportProducteurs Sujet Médias Navigation Interactivité graphique et narratif dinfos contribution communautaires lauteur générales deet diffuseurs sonore diffusion Chaque chapitre du web-docu On peut soit est complété de regarder sans Des web-docu où documents Plusieurs web- interruption le les outils du web écrits, de cartes docu dune documentaire, sont bien ou de vidéos qui dizaine de soit naviguer exploités et à permettent graphisme très minutes classés entre ses juste dose : unPortraits dun dapprofondir un Oui mais faible sobre et par thème (La différents Chaque web-docu équilibre entre nouveau Le monde au thème traité ou : elle se résume fonctionnel : Chine, chapitres grâce à peut-être interactivité et monde XXIe siècle de faire plus à consulter les interface simple Oui véritable Reportages Emigration, une barre de commenté et point de vue 450 000 € et ses ample compléments et intuitive. point de vue photos et Urbanisation, navigation, soit Non partagé sur dauteur Non Producteur : grands connaissance dinfos au cours Accompagne les dauteur, très vidéos Economie, sarrêter à facebook et twitter, remarquable. Narrative / bouleversem avec un ou après le web-docus, au engagés Ecologie, Vivre certains passages mais peu mis en Sûrement un des Diffuseur : ents personnage // visionnage du service de ensemble) et et consulter les avant web docus au France 5 Un texte de documentaire lémotion le plus diffusés compléments contenu le plus présentation souvent progressivemen dinfos + sur le riche et le mieux accompagne t > Récit portail global, valorisé + une chaque web- linéaire entrées par véritable docu // Une thèmes, mots- émotion séléction de clefs et portraits liens pour aller plus loin Oui : les Délinéarisé : on internautes Un véritable navigue entre Entrées par peuvent point de vue Un web docu les différentes Histoires (récits envoyer leurs dauteur et une très riche et très histoires qui vidéos), Essais Chaque propres analyse afutée bien structure sont elles- photos ou carte reportage vidéo Partage sur les témoignages de la crise (une navigation 200 films et mêmes interactive où est complété réseaux sociaux, sur la crise vécue au très souple) : Comment essais composées de des lieux sont par des chiffres, Temps réel : de blog, sous forme Interface quotidien par une véritable les photographiq plusieurs associés à des des citations nouvelles commentaires, PIB de photos ou travaillée, les canadiens. mine canadiens ues de 4, épisodes. Par récits que lon clefs, une vidéos sont possibilité de suivre NonONF canadien de vidéos, qui élégante et But de la dinformations et vivent-ils la Photo, texte, contre les récits peut aussi présentation du diffusées des histoires (être sont ensuite fonctionnelle documentariste de témoignages crise ? carte sont linéaires. rechercher dans personnage régulièrement informé des séléctionnées et des sur la crise + interactive Principe de le temps grâce à principal etc. + épisodes suivants) et diffusées photographes : tous les outils du série : on suit une timeline + des récits liés y + fils RSS sur le site. documenter et web sont vraiment des un moteur de sont associés Une "œuvre mesurer lindice exploités dune histoires et recherche dispo collective, humain de la façon très juste donc la vie des en permanence évolutive et crise personnages interactive"
  • 102. URL des web documentaires étudiés Afghan Diaries : http://www.bombayfc.com/AfghansiteUK/AfghanmainUK.html Afrique, 50 ans d’indépendance : http://independances.tv5monde.com/ Berlin 1989, Souvenirs du monde d’hier : http://www.lemonde.fr/europe/visuel/2009/11/05/berlin-1989-souvenirs-du-monde-d- hier_1263388_3214.html Brèves de trottoirs : http://www.brevesdetrottoirs.com/ Cali, La ciudad que no duerme : http://www.elpais.com.co/reportaje360/ediciones/cali-ciudad-que-no-duerme/ Congo, Témoins du dedans : http://www.lemonde.fr/international/visuel/2010/05/12/temoins-du-dedans-la-crise-au- congo-racontee-par-les-congolais_1347272_3210.html De Mao aux JO http://archives.arte.tv/static/c1/chine2008/pekin_maojo/fr/arte_pekin.html Gaza/Sderot, La vie malgré tout : http://gaza-sderot.arte.tv/ Havana/Miami, Les temps changent : http://havana-miami.arte.tv/ Homo Numericus : http://www.sfrplayer.com/homonumericus/#/le-webdocumentaire-sur-la-revolution- numerique-de-sfr-page-d-accueil Intended Consequences : http://www.mediastorm.com/publication/intended-consequences Johannesburg, Un urbanisme sous pression : http://reportage-video.geo.fr/afrique-du-sud-immobilier-johannesburg/ La Cité des mortes : http://www.lacitedesmortes.net/ Le Challenge : http://www.canalplus.fr/pid3400.html Le Corps Incarcéré : http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2009/06/22/le-corps-incarcere_1209087_3224.html Montréal en 12 lieux : http://www.mtl12.com/ PIB, L’indice humain de la crise économique canadienne : http://pib.onf.ca/intro Portraits d’un nouveau monde : http://www.france5.fr/portraits-d-un-nouveau-monde/ Prison Valley : http://prisonvalley.arte.tv/ Thanatorama : http://www.thanatorama.com/ Voyage au bout du charbon : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/visuel/2008/11/17/voyage-au-bout-du- charbon_1118477_3216.html

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