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Génération Expat - L'Avenir de l'Industrie Française - Rapport complet

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Et si on écoutait un peu plus les expatriés?! …

Et si on écoutait un peu plus les expatriés?!
Sébastien Laye, entrepreneur et conseil de nombreux industriels, co-fondateur du think tank des Français de l'Etranger (Génération Expat), vient de coordonner avec les contributions d'autres membres de l'organisation, un rapport sur l'avenir de l'industrie, qui a été remis à Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif, à trois semaines de la présentation du rapport Gallois sur la compétitivité. Génération Expat y développe une trentaine de propositions concrètes pour restaurer le blason industriel français. Ce rapport propose une vision industrielle fortement influencée par les réussites étrangères et le regard différent des Français vivant en dehors de l'Hexagone.

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  • 1. L’Avenir de l’Industrie Française Etude n°1 – Octobre 2012 Sous la direction de Sébastien Laye, Secrétaire général, co-fondateur de Génération Expat Directeur du pôle "Economie & Industrie", New York Avec la participation de: Mikå Mered, Columbia University, New York Nicolas Panis, Polytechnique/Princeton, Londres Aurélia le Tareau, Consultante en Stratégie, Montréal   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 1
  • 2. Avant-Propos Alors que le gouvernement s’apprête à lancer une réflexion en profondeur sur ledevenir industriel de la France, avec la publication du rapport Gallois, les premièresorientations de la Banque Publique d’Investissement (BPI) et du Fonds Stratégiqued’Investissement (FSI), les Français de l’Etranger se devaient d’apporter leur contributionà ce effort national d’envergure, crucial pour le futur de notre pays. Sébastien Laye, HEC-Sciences Po, entrepreneur et conseil de nombreuxindustriels, co-fondateur de Génération Expat, propose dans cette contribution unevision industrielle fortement influencée par les réussites étrangères et le regard différentdes Français vivant en dehors de l’hexagone, avec la participation d’autres membres duthink tank Génération Expat. Ce document repose sur l’expérience professionnelle etacadémique de ses auteurs ainsi que sur les récents entretiens avec de nombreuxindustriels et consultants spécialistes en France et à l’Etranger, les membres deGénération Expat, menés par le directeur de l’étude ou sous son orientation.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 2
  • 3. Table des matièresIntroduction 5I) Constat : la désindustrialisation n’est pas une fatalité a) L’Exception française : la désindustrialisation made in France 9 b) Les Renouveaux industriels dans le monde développé 15II) Propositions a) Réformes relatives au financement de l’industrie et à l’actionnariat 20 b) Réformes relatives à l’innovation, la formation, et la recherche 24 c) Réformes relatives au systèmes administratif et social 27III) Applications sectorielles sélectives a) Energie/Mines 30 b) Textile/Habillement (par Nicolas Panis) 30 c) Biotechnologies : une filière d’avenir (par Aurélia Le Tareau) 34Conclusion 40Bibliographie sélective 41Vademecum 42   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 3
  • 4.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 4
  • 5. Introduction « Quand on ne sait pas où on va, tous les chemins mènent nulle part » Henry Kissinger Il fut un temps où la France avait une haute idée de son destin, une époque oùnos dirigeants, faisant fi des clivages idéologiques de la guerre froide, avaient uneconception exigeante du futur de leur nation. La politique industrielle s’inscrivait pleinement dans cette ambition. Il y eut unepolitique industrielle pompidolienne avec un second Président de la République finconnaisseur de Sénèque: « Il ny a pas de vents favorables pour celui qui ne sait pas oùil va » nous enseigne le philosophe. Cette ambition a été passée par pertes et profitsdeux décennies plus tard au seul motif que les marchés devaient décider de l’allocationoptimale des ressources, et à la suite de certains échecs de la planification à lafrançaise (plan informatique notamment). Si c’est en effet notre conviction que seuls les entrepreneurs, les industriels etinnovateurs peuvent créer de la richesse et de la valeur ajoutée, et si la détentiondirecte de parts dans des entreprises industrielles par l’Etat est une voie sans avenir,nous voulons insister dans ce travail sur la nécessaire revalorisation du rôle d’un Etatstratège en matière industrielle. Si les entrepreneurs sont les mieux placés pour déchiffrer les futurs continents del’industrie, l’Etat a un rôle à jouer pour assigner le cap général en vertu de ses objectifssociétaux et économiques. Nous plaidons ici pour un Etat réactif en matière deprospective, à l’aune de nos expériences à l’étranger, et du succès en la matière decertains pays comme l’Australie et plus récemment les Etats Unis. La France déplore son déclassement industriel, attesté par la perte de 800 000emplois industriels en dix ans (10% des effectifs), un secteur industriel ne représentantplus que 16% de la valeur ajoutée (alors que la moyenne européenne se situe à 22.4%,évidence qu’il n’y a pas que l’Allemagne qui ait maintenu son statut industriel parminos voisins) et un déficit commercial de l’ordre de 70 milliards d’euros en 2011.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 5
  • 6. A l’heure des thuriféraires de la société post-industrielle et des chantres de lamondialisation débridée, que peut signifier une stratégie industrielle pour un Etat quiaccepte et comprend les règles du capitalisme, respecte les entrepreneurs, maissouhaite orienter son modèle économique vers un capitalisme commercial-industrielplutôt que purement libéral ? Que peut être une réflexion industrielle pour qui souhaite s’absoudre des débatsidéologiques, qui n’ont pas lieu d’être dans le cadre de ce travail, et ambitionne deproposer de manière pragmatique quelques réformes pour reconfigurer le modèleindustriel français ? Nous, Français de l’étranger, savons que l’histoire des nations n’est pas linéaire,que leurs destins économiques ne sont pas gravés dans le marbre. Nous, vivant en Australie, avons vu très tôt le pari du gouvernement sur unesymbiose avec la Chine. Nous, vivant aux Etats Unis, avons connu une forme de renouveau industrielaméricain fondé sur des partenariats avec l’Etat et une énergie locale peu chère. Nous, vivant en Allemagne, bénéficions du soutien sans faille du gouvernementau Mittelstand et aux myriades de PME à l’export. Si ce sujet du renouveau industriel français parait complexe au premier abord,ce n’est pas uniquement du fait de sa politisation à outrance. C’est aussi car il estinextricablement lié à différents aspects du débat public: fiscalité, modèle social,éducation. En d’autres termes, dresser un panorama exhaustif des solutions industriellespour la France requière une vision holistique de la future politique économique etsociale de la nation, et même au-delà, du type de société souhaitée par les Français. Autant que faire se peut, et aussi par contraintes de temps, nous avons essayédans le présent (court) document, de ne pas nous appesantir sur les réformes destructure liées au marché du travail, à la fiscalité, et nous sommes concentrés sur lesquestions les plus appliquées, à proprement industrielles, au premier rang desquelles laquestion- récurrente- du financement de ce renouveau industriel. Le noyau dur de notre travail — que nous concevons comme évolutif avec unedeuxième version début Décembre — consiste en une trentaine de propositions,   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 6
  • 7. réalistes, directement applicables dans les prochaines années par des partenariats entrele secteur privé et le Ministère du Redressement Productif ou le Ministère del’Economie, ou directement par les seuls pouvoirs publics. Dans cette perspective, ce travail présente d’abord succinctement les principalesfaiblesses actuelles du modèle industriel français et sa lente dégradation (I A), en lecomparant aux récents renouveaux industriels à l’étranger (II B). Le cœur du document est ensuite consacré à des propositions de réformes, enmatière de financement du tissu industriel et de rôle des actionnaires (II A), en termesde systèmes d’innovation/recherche (II B), enfin des mesures relatives au système derelations sociales & administratives (II C). La dernière partie applique ces idées à deux sous segments spécifiques, auxdeux extrêmes du spectre des valeurs ajoutées possibles: l’industrie dutextile/habillement, et celle des biotechnologies (III). Les propositions les plus radicales sont sans nul doute liées au financement denotre industrie, avec la proposition de créer de nouvelles sources de crédits nonbancaires et non étatiques (même si un nouvel Etat stratège, appelé des vœux del’auteur, doit être un partenaire essential dans cet édifice), par la création de BusinessDevelopment Corporation à la française, des plateforme privés de transactions, et unstatut spécial pour les actionnaires de long terme au détriment des fonds spéculatifs. Le rapport se démarque nettement de toute la littérature sur le sujet en refusantde blâmer la seule question des charges sociales, des salaires et de la compétitivité coûtpour justifier notre déclin industriel et par là même notre inaction en la matière. Il propose des choix clairs en matière de secteurs, parfois iconoclastes (unecertaine forme de protection dans l’industrie biotechnologique par exemple), appelantun Etat stratège, avec une vision industrielle, faisant fi des clivages idéologiques — lerapport étant lui-même inclassable en tant qu’ensemble sur l’échiquier politique.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 7
  • 8.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 8
  • 9. I) Constat : la désindustrialisation n’est pas une fatalité  Il s’agit ici d’expliciter le déclin industriel français, ses causes, ses caractèresintrinsèques, notamment à l’aide de graphiques simples (A), et de présenter encontraste les renouveaux industriels à l’étranger, notamment l’exemple américain (B). a) L’Exception française : la désindustrialisation made in France   Le tournant des années 2000 a été marqué par une réduction de l’emploiindustriel, une contraction de la part des exportations françaises dans le commercemondial et son corollaire, à savoir le creusement de la balance commerciale, alorsmême que la construction européenne rendait iniques les politiques de dévaluationcompétitives et les grands programmes industriels. Cependant, c’est la fin du modèle fordiste dans les années 70 qui marque leslinéaments de ce déclin industriel: il semblerait, dans le cas français, que l’emphaseprise par les salaires comme facteur de compétitivité-cout, par opposition à leur rôle destimulation de la demande domestique lors de la période précédente, et la fin de larégulation macro-économique, aient sonné le glas de la performance industrielle. Ledynamisme entrepreneurial, le tissu de PME, du moins dans la période 1980-2010, neviennent pas se substituer aux anciens grands programmes industriels. Face à cette situation, après l’échec de plusieurs politiques de relanceskeynésiennes, les gouvernements français ont fait un choix peu convaincu, et à tâtons,celui d’un modèle libéral financier, par opposition au modèle commercial industrielallemand, nordique ou japonais. Un choix qui malheureusement n’a pas étépleinement embrassé du fait de la présence d’un Etat providence tentaculaire et del’impossibilité pour les PME françaises de s’engager dans un combat sur lacompétitivité-cout. Une vision archaïque de l’effort de R&D fut le dernier élément à obérer toutevraie relance industrielle: in fine, la France n’a choisi ni le modèle commercial-industriel (compétitivité-produit, innovation, pacte social) ni le modèle libéral financier(compétitivité-prix et couts, primauté des actionnaires), mais plutôt un système hybride,essentiellement libéral avec des charges sociales écrasantes. La production industriellefrançaise est en déclin, un symptôme manifeste des problèmes de l’économiefrançaise…   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 9
  • 10. Production industrielle Légende : CZ : industrie manufacturière - (C1) : IAA –industries aérospatiale et aéronautique (C3) : équipements électriques, électroniques, informatiques ; machines - (C4) : matériels de transport - (C5) : autres industries Sources : Insee, SSP…qui n’investit que marginalement et irrégulièrement dans son secteur manufacturier : Variation annuelle de l’investissement dans l’industrie manufacturièreLe taux de croissance moyen des investissements manufacturiers, sur 20 ans, est quasi-nul.La part de l’industrie dans le PIB et la valeur ajoutée est en recul constant, plaçant l’emploiindustriel dans le total des emplois à un niveau similaire à celui du Royaume-Uni, un paysdécrié comme étant “sans usines” et “totalement financiarisé” !   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 10
  • 11. Cependant, cette régression en termes d’emplois industriels doit être relativisée par lareclassification ou l’apparition d’emplois de services qui sont ipso facto des emploisindustriels externalisés: bureau d’études, recherche et design, services afférents(nettoyage, restauration), et externalisation de fonctions transversales (ressourceshumaines, comptabilité…)La frontière entre services et activité industrielle "pure" tend à s’estomper, rendant caduquesnombre de statistiques. De même, nombre des emplois externalisés ou délocalisés dans lespays émergents correspondent à des IDE (investissements directs à l’étranger) dans des pays auxmarchés domestiques prometteurs. Cependant, il convient de noter qu’il est normal qu’avec la   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 11
  • 12. progression de la richesse d’un pays, la part de l’industrie dans sa valeur ajoutée diminue,comme en atteste la science économique.Le trait saillant du secteur industriel français, notamment depuis la fin des grands programmesindustriels, est l’absence d’un effort soutenu de recherche dans le secteur privé. Encore assujettiaux spectres du passé, tout se passe comme si le secteur privé avait considéré que la recherchefondamentale devait émaner de l’Etat, alors même que ce dernier se désengageait du secteurpar contraintes budgétaires. La faiblesse des dépenses de R&D par les acteurs privés est uneréelle spécificité française.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 12
  • 13. La conséquence de ces choix collectifs plutôt hasardeux (préférence pour un système libéralfinancier à la française sous l’égide du gouvernement Fabius en 1984, faible valorisation de larecherche dans le secteur privé) est un recul marqué de l’emploi industriel comme nous l’avonsdéjà vu, même s’il n’est pas propre à la France:Cependant ce recul a concerné plus spécifiquement des secteurs industriels à fortmultiplicateur d’emplois :   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 13
  • 14. La préférence pour les services, le petit commerce et l’artisanat a eu un impact marqué entermes de pertes d’emplois pour la société française, du fait de leur faible multiplicateur devaleur ajoutée.La rupture de l’ancien modèle fordiste, son remplacement vers le milieu des années 80 par untimide et hybride système libéral-financier, engendrent deux grands déséquilibres pourl’économie française, qui dans une boucle de feed-back négative, obèrent à nouveau lerenouveau industriel français : 1) l’explosion du ratio dette/PIB directement lié au nouveau calibrage industriel fondé sur une compétitivité-cout illusoire (au moment où le monde émergent se lance dans la bataille industrielle) 2) le déficit croissant de la balance du commerce extérieur, la construction européenne rendant impossible toute correction par dévaluation compétitiveLecture : La ligne pleine représente les exportations, la ligne avec points les importations (échelle à gauche), les rectangles labalance commerciale (échelle à droite)   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 14
  • 15. Cette préférence pour une version médiocre et peu imaginative du système libéralfinancier, sur fond d’archaïsmes sociétaux relatifs à la recherche et à la valorisation del’industrie, signe la fin du compromis fordiste classique, alors même que les Etats Unisle remettent au gout du jour par exemple à Détroit: Source du graphique : CNI, rapport annuel B) Les Renouveaux industriels dans le monde développé Cet échec industriel français n’était pas et ne demeure pas inéluctable, commeen attestent, à la lumière de nos expériences à l’étranger, quatre contre-exemples,même si seul le renouveau américain sera véritablement analysé dans le cadre de cetravail.Japon : force est de reconnaitre que ce pays a témoigné d’une vigueur de la politiqued’innovation (technique mais aussi produits) qui a fait défaut à la France. Cependant,alors que souvent émergent dans le débat français les litanies relatives à l’absence derecherche, on peut constater que le Japon, champion des brevets, n’a pu maintenir unemploi industriel abondant sur son territoire. La faute en incombe à la délocalisationmassive de ces emplois vers le sud-est asiatique, souvent le principal nouveau marchépour les produits japonais, à un problème démographique évident, mais aussi à laréévaluation du yen par rapport au dollar du fait des constantes interventions desautorités japonaises (assouplissement monétaire).   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 15
  • 16. Les résultats mitigés du Japon mettent en exergue l’importance de la coordinationentre la politique industrielle et la politique macro-économique et les risquesinhérents à un euro trop fort.Suède: le renouveau industriel suédois a combiné pilotage macro-économique (taux dechange compétitif), efforts sur la compétitivité-produits et la différenciation industrielle,et formation de la main d’œuvre pour l’orienter vers de nouveaux secteurs à la suited’un impressionnant travail de prospective.La Suède doit inspirer la politique industrielle française pour un travail en amont surla formation de la main d’œuvre en relation avec une réflexion de prospective sur lessecteurs d’avenir.Allemagne : plus qu’un renouveau, il s’agit là d’une résilience d’un vieux modèlecommercial-industriel. L’austérité salariale ne nous semble pas le facteur déterminantdans cette réussite : l’Allemagne jouit d’un compromis fordiste entre entrepreneursambitieux et salariés hautement qualifiés, d’une ambition saint simonienne dansplusieurs secteurs, qui la rend intrinsèquement compétitive en matière industrielle. Unefois encore, l’effort de prospective pour s’adapter à la demande mondiale et notammentaux émergents, la patience dans les réformes de structure avec consensus national, ontjoué un rôle primordial lors de la dernière décennie.L’Allemagne doit inspirer la classe politique, syndicale et entrepreneuriale en Francedans la gestion d’une ambition industrielle de long terme, au-delà des clivagespartisans. L’état d’esprit de la réforme industrielle, plus que les détails, doit êtred’inspiration allemande.Etats-Unis : Nouvel eldorado industriel ? Alors que les Etats Unis avaient connu lamême désindustrialisation que la France entre 1990 et 2007, sur fond d’utopies liées àune économie sans usines et massivement axée sur les nouvelles technologies, ce paysa su profondément renouveler sa base industrielle au cours des trois dernières années, àtel point que nous prédisons d’ici 2020 un nouvel Age d’or industriel (mineur).Plusieurs facteurs expliquent ce revirement à contre-courant de l’expérience française: 1) La volonté du gouvernement américain, qui avec la crise de 2008 a jeté aux orties les antiennes libérales de l’administration Bush. L’administration Obama a concentré ses efforts sur le secteur automobile, à fort effet multiplicateur, faisant vivre nombre de PME et sous-traitants. Non seulement il a organisé le sauvetage de GM, mais il a saisi cette occasion, en conjonction avec une myriade d’entrepreneurs de la région de la Rust Belt, pour mettre en place un nouveau compromis fordiste et industrialiste dans ce secteur afin de le rendre à nouveau compétitif.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 16
  • 17. 2) Une politique macro-économique résolument tournée vers ce renouveau industriel, avec vis à vis du dollar une politique de “benign neglect”, les autorités laissant la monnaie se déprécier sans la défendre, afin de donner des armes à l’export au secteur industriel, et ce au détriment de l’objectif d’attrait des capitaux. Des taux d’intérêt faibles promis jusqu’en 2015, une constante politique d’assouplissement monétaire et d’injections de liquidités devraient à cet égard durablement affaiblir le dollar et soutenir la capacité exportatrice de l’appareil industriel américain. 3) Le renouveau du rail, peu mentionné dans le débat français. Les couts prohibitifs du trafic de marchandises par avions et camions ont permis l’essor d’un nouvel Age du rail. Or ce secteur fait vivre une myriade de PME et de sous-traitants, redynamisant le tissu industriel. 4) Le constant support du gouvernement fédéral à l’industrie aéronautique et militaire, lui aussi avec un fort effet multiplicateur en termes d’emplois, et ce même en période de restriction budgétaire (à rebours de la France qui sabre dans ses commandes pour tenir des objectifs budgétaires). 5) Le renouveau énergétique américain avec la révolution des gaz de schiste et de la fracturation hydraulique (aussi applicable désormais au pétrole avec la formation du Bakken dans le Dakota comme premier gisement). Ce point a trop souvent été éludé en France, mais les matières premières (minérales et énergétiques) sont les fondations de tout effort industriel et un pan important des couts industriels. Alors que la France s’est engoncée dans un débat souvent stérile sur la seule compétitivité-couts lié à la variable salaire, les Américains ont réussi à massivement abaisser la variable couts énergétiques, rendant à nouveau profitables sur le sol américain de nombreuses activités industrielles. L’exploitation d’une énergie abondante et peu onéreuse sera le facteur décisif pourles Etats Unis lors des sept prochaines années, en particulier alors qu’au niveaumondial, le prix des matières premières demeure élevé. Grace essentiellement à deuxtechniques (forage horizontal et fracturation hydraulique), la production gazière a étémultipliée par 12 en cinq ans aux Etats Unis. L’abondance nouvelle de cette ressourcea divisé par quatre en quatre ans son prix local. D’après Natixis, cette seule faiblessedes prix du gaz donne aux Etats Unis un avantage en termes de couts des biensproduits, de 6% par rapport à la zone euro, et de 12% par rapport au Japon, une armeencore plus efficace que celle des taux de changes dans la compétition industrielle. Lecout de l’électricité- les compagnies se tournant massivement vers les centrales à gazau détriment de celles utilisant le charbon- baisse, avec des gains de pouvoir d’achatpour le consommateur américain.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 17
  • 18. Les mêmes techniques sont désormais utilisées pour l’exploitation du pétrolenon conventionnel, la production locale étant attendue en forte hausse sur la décennieavec l’exploration de plusieurs gisements : Bakken, Permian, Utiqa. L’industriepétrolière et gazière relocalise et représente un vivier d’emplois qualifiés important.Cette révolution énergétique aura cinq ramifications industrielles à nos yeux: a) Une transition énergétique réaliste avec la diminution du nombre des anciennes centrales thermiques au charbon au profit de nouvelles centrales électriques fonctionnant au gas naturel, réduisant l’empreinte CO2 des Etats Unis b) Un renouveau de certains sous-secteurs industriels précédemment en déclin, dans l’ordre suivant en fonction de la prépondérance du gaz dans leur structure de couts: a. Matériaux (gas naturel représentant 50% des couts énergies dans ce sous- secteur) b. Machine-outil (45%) c. Raffineries (38%) d. Chimie et pétrochimie, qui devraient aussi massivement profiter de l’exploitation du pétrole de schiste, devenant à l’horizon 2020 le principal gagnant de la révolution énergétique américain e. Aluminium et produits en aluminium f. Acier et fer, structures tubulaires g. Construction h. Industrie Minière i. Papier Pour la première fois en plusieurs décennies, des usines d’éthylène sont par exemple massivement en construction aux Etats-Unis. Les industriels français capitalisent sur cette révolution en créant des emplois industriels aux Etats Unis, comme en atteste la nouvelle usine de Vallourec à Youngstown, Ohio, construisant des structures tubulaires en acier. Cette usine de $650mln est justifiée par la proximité des clients (sociétés d’exploitation de gas de schiste) mais aussi les couts de fabrication peu onéreux, des dérivés du gas naturel local étant utilisés comme agents dans la fabrication de l’acier pour ces structures. c) Une révolution dans l’efficience énergétique des bâtiments et du secteur de la construction: les méthodes de chauffage classique et polluantes aux Etats Unis (“heating oil”) sont abandonnées au profit du gaz naturel, et de nombreuses habitations doivent être rénovées pour être mises aux normes avec ce nouveau standard, générant une activité accrue pour le secteur. d) L’exportation de gas naturel liquéfié: alors même que les Etats Unis avaient orienté leur outil industriel et certains de leurs ports vers l’importation de cette matière première, les   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 18
  • 19. récents changements dans l’industrie de l’énergie font des Etats Unis un exportateur net, qui pourra vendre son surplus sur les marchés asiatiques. Ce processus requerra la construction de nouvelles infrastructures en matière portuaire et de transport. e) L’apparition d’une nouvelle industrie de la voiture fonctionnant au gaz naturel. Vers 2016, ces véhicules doivent représenter 9% du marché, alors qu’ils sont déjà utilisés pour le parc des municipalités et par les sociétés de gros œuvres (camions pour la construction, les mines ou l’industrie du fret).Une étude réalisée mi 2012 par la banque Citigroup estime que la révolution des gaz etpétrole non conventionnels devrait générer entre 2010 et 2020, près de 550 000nouveaux emplois directement dans l’extraction/exploitation, et près de 2.3mln du faitdes effets induits dans divers secteurs industriels. Enfin, les gains en termes de pouvoird’achat représentent l’équivalent de 785 000 nouveaux emplois. L’effet total seraitdonc de 3.6mln d’emplois nouveaux, soit une réduction du taux de chômage lié à ceteffet d’environ 0.8% d’ici 2015 et 1.1% d’ici 2010, sur une base 2012.Sur la base de nos expériences de Français de l’Etranger, que pouvons-nous retenir dusuccès industriel d’autres nations développées, qui elles aussi, il y a dix ans, semblaientengagées dans une voie rapide de désindustrialisation ? Matrice des Redressements Industriels dans le monde développé Prospective et Formation Energies RENO UV EAU Pilotage moins Macro- onéreuses INDUSTR IEL économique Consensus NationalCercle vertueux du renouveau industriel, à la croisée des expériences allemandes, américaines et suédois.Source : Laye Holdings   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 19
  • 20. II) Propositions  Nos propositions se répartissent en trois types de problématiques, pour lesquelles nousavons repris peu ou prou la structure tripartite de l’approche de l’ancien capitained’industrie JL Beffa dans son ouvrage La France doit choisir : les questions liées aufinancement de l’industrie et au rôle des actionnaires (I), les problématiques relatives àl’innovation, la formation et la recherche (II), enfin les réformes relatives au systèmesocial et administratif encadrant l’industrie française (III). a) Réformes relatives au financement de l’industrie et à l’actionnariat   A juste titre, le gouvernement Ayrault semble décidé à reformer la fiscalité ducapital, en introduisant une différenciation entre actionnaires de court terme et de longterme. A cet égard, nombre de nos grands groupes industriels mais aussi des ETI cotéesen Bourse souffrent d’un actionnariat par trop volatil, s’opposant aux projets derecherche et de développement les plus ambitieux. Le trading à haute fréquence et les comportements mimétiques et grégaires decertains investisseurs, ainsi que la dispersion de l’actionnariat (les grandes famillesfrançaises contrôlant des sociétés en Bourse ayant abandonné le secteur industriel auprofit des marges plus confortables du luxe, des cosmétiques et de la finance) sont desfacteurs contrariants de nos ambitions industrielles maintes fois documentés. Nousconsidérons que toute réforme destinée à favoriser l’actionnariat de long terme parmiles sociétés industrielles cotées devrait être plus ambitieuse et embrasser divers aspects(fiscalité, droit boursier,…).Proposition 1 : Créer un statut de l’actionnaire de long terme, accessible pour toutinvestisseur individuel ou institutionnel, pouvant justifier de deux années continues dedétention de 1% au minimum du capital d’une société. Ce statut sera accessible parconstitution d’une demande auprès de l’Autorité des Marchés Financiers.Proposition 2 : Etablir une fiscalité sur les gains en capital spécifique à ces investisseurs,fixée à 30% (maximum tout prélèvement libératoire, social et autres inclus) la troisièmeannée, puis de manière dégressive avec le passage des années, 25%, 20% et 15% afinde favoriser des blocs détenus au moins cinq années durant. Nombre de sociétés industrielles ont souffert aussi ces années de rachat par effetde levier massif (leveraged buy out) afin de les retirer de la cote. Ces opérations ont   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 20
  • 21. réduit l’intérêt de l’orientation de l’épargne des Français vers la Bourse, lardé le bilande ces compagnies de dettes de long terme, et réduit les possibilités de la croissance.Nombre de ces opérations ont été suscitées par l’impossibilité pour les actionnairesdésirant contrôler une société, d’accumuler plus de 30% du capital desdites sociétéssans déclencher une OPA. Nous proposons d’abandonner cette législation pour ceuxdes actionnaires qui disposent de capitaux permanents (ce qui exclut les fondsd’investissement et favorise les hommes d’affaires ou sociétés souhaitant prendre lecontrôle d’autres sociétés en Bourse sans lancer de LBO).Proposition 3 : Ouvrir la possibilité, à ceux des actionnaires enregistrés commeactionnaires de long terme auprès de l’AMF (voir proposition1) et qui disposent decapitaux permanents (ce qui exclut des gérants d’actifs de tiers), de posséder jusqu’à50% du capital d’une société en Bourse sans avoir à déclencher une OPA. Enfin cet actionnariat des sociétés industrielles en Bourse, déjà dispersé, est partrop volatil du fait des pratiques de trading à haute fréquence. Il est impératif de mieuxcomprendre cet impact, son origine, et les marges d’intervention.Proposition 4 : Créer une commission d’étude du trading de haute fréquence avec despraticiens sur Paris, Londres et New York pour envisager des mesures concrètes pourstabiliser l’actionnariat industriel sur le court terme. Nos propositions de réforme de l’actionnariat industriel sont clairementdestinées à faire émerger un actionnariat stable, de long-terme, avec de nouveauxacteurs non financiers (hommes d’affaires d’une nouvelle génération, industriels,groupes drainant une épargne de long terme). La Bourse n’est cependant pas lapanacée pour les PME et ETI industrielles, et en matière de financement, nousvoudrions apporter les contributions suivantes relatives aux transactions privées et aucrédit des entreprises. L’essentiel des réflexions actuelles en la matière porte sur lacréation d’une Banque Publique d’Investissement (BPI), regroupant le FSI, OSEO, etdivers dispositifs en conjonction avec la CDC. Cet effort, certes louable, ne seracouronné de succès que si des partenariats BPI/privé sont mis en place, afin d’éviter desbiais dans la sélection des dossiers et l’emprise du politique au détriment de l’efficacitéindustrielle (et du respect du contribuable).Proposition 5 : Tout financement accordé par la BPI en fonds propres devra êtreaccompagné d’un investissement par un acteur non public, afin d’optimiser la sélectiondes dossiers. La Bourse, y compris Alternext et les nouveaux projets en cours d’étude, ne peutêtre la solution unique pour toutes les grosses PME et ETI, et ne peut arriver par ailleursdans leur cycle d’existence avant de longues années. Au lieu de favoriser la cotation de   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 21
  • 22. la moindre PME technologique ou industrielle, nous proposons de créer des“antichambres” à la cotation, sous la forme de place de marché privé ou seuls lesinvestisseurs accrédités (entrepreneurs-fondateurs, fonds, sociétés d’assurance,individus aux revenus élevés) pourraient acheter et vendre des parts de ces sociétés. Ce modèle, essentiellement utilisé aux Etats Unis avec l’exemple de SecondMarket pour les start ups, pourrait être utilisé en France pour les grosses PME et ETIindustrielles, offrant ainsi des solutions de liquidité aux fondateurs et évitant lesscandales pour les petits porteurs.Ces plateformes traiteraient du marché secondaire (achat/vente de parts existantes) maisaussi primaire (émission de capital), à la fois sur les fonds propres mais aussi sur lefinancement hybride (mezzanine) ou en dettes.Cependant, dans ce dernier cas, afin d’éviter le relatif récent échec du Projet Micado,les plateformes doivent se construire des investisseurs (en amont, en fonction de leursbesoins) vers les émetteurs, et non l’inverse !Proposition 6 : Favoriser la création par des entrepreneurs/institutionnels, deplateformes de marchés privés, antichambres à la Bourse, permettant aux grosses PME,sociétés innovantes et ETI, de lever des fonds ou d’offrir de la liquidité aux fondateurs,par transactions privées et standardisées avec des investisseurs accrédités. Nous attendons de telles plateformes plus de fluidité dans les processus delevées de fonds propres pour les starts ups et grosses PME industrielles. A un niveau unpeu plus élevé, les industriels en expansion attendent avant tout un financement endette ou en capital hybride (mezzanine, convertibles) qui se raréfie du fait de la crisebancaire et des normes Basel III à venir. Il faut donc impérativement se soucier de laconstruction d’un nouvel écosystème de crédit industriel en France, les banques seretirant du secteur.On notera par exemple l’abandon par la Société Générale et d’autres banquesfrançaises de tout financement en fret maritime ou pour les avions. Le même risque seprofile à l’horizon pour les énergies renouvelables. Or coté investisseurs, avec des taux d’intérêt bas du fait des politiques debanques centrales, les produits obligataires (obligations d’état, obligations de grandessociétés) ne fournissent plus les rendements espérés par les épargnants français etinvestisseurs internationaux désirant une exposition à la France. Il faut donc croiser lesdeux attentes et favoriser l’émergence d’un nouveau système de crédit industriel nonprincipalement adosse aux banques. Si les fonds d’investissement sont - souvent à juste titre- décriés en France, ilexiste un compartiment de ce secteur dont le secteur industriel français aura de plus enplus besoin, c’est celui des fonds de dettes hybrides ou mezzanine. Il y a la possibilitéde drainer plus d’épargne anglo-saxonne vers le financement en dettes des sociétésfrançaise en créant un statut ad hoc pour ces fonds. Ce point est primordial dans la   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 22
  • 23. mesure où le système de retraites français ne permet pas de drainer l’épargne vers laBourse ou les fonds de manière optimale, nous forçant à nous en remettre à l’épargneétrangère y compris pour le financement crédit à l’avenir.Proposition 7 : Créer un nouveau statut pour les fonds mezzanine opérant à 80% deleur activité en France au minimum et installés en France même, en défiscalisant unquart de la prime de performance (carry) touchée par les gérants, et en créant despartenariats BPI/ Fonds Mezzanine. Même si un renforcement des capacités de financement de ce type de fonds enFrance serait appréciables, il s’agit encore une fois de structure de gestion d’actifs pourcompte de tiers, censées monétiser leurs investissements après trois-cinq ans ou en casde situation difficile pour eux ou leurs clients. Afin de donner une base plus stable de financement crédit aux grosses PMEfrançaises, nous recommandons en complément de la BPI (la BPI pourrait d’ailleurssouscrire les premiers prêts importants, puis syndiquer ces prêts auprès de cesnouvelles structures que nous préconisons), la création de firmes de financementindustriel similaires aux BDC (Business Development Corporation) aux Etats Unis. Les BDC sont des sociétés qui lèvent de l’argent en Bourse, donc du capitalpermanent, et empruntent auprès d’institutions publiques (ce pourrait être en France laBPI ou de la dette bancaire classique) et investissent cet argent en prêts directs à dessociétés de taille intermédiaire.Elles se rémunèrent par le coupon (intérêts) payés par les emprunteurs (en général, ils’agit de crédits un peu risqué, d’où un coupon de l’ordre de 6-7%), s’acquittent ducout de leur propre dette, et bénéficient d’un statut fiscal particulier aux Etats Unis quileur garantit d’attirer aisément l’épargne populaire lors de leur entrée en Bourse: ellessont exemptées de l’impôt sur les sociétés si 90% de leurs résultat est reversé endividendes aux actionnaire (structure similaire aux REITs en immobilier). Cette distribution généreuse garantit l’attrait de capitaux lors de l’introduction enBourse. Nous estimons le marché de ces BDC à la française à 3-4 structures, capablesde lever 500mln euros chacune. Avec l’effet de levier ( 2/3 dette, 1/3 fonds propres), 6milliards d’euros de financement pour des sociétés affichant un EBITDA entre 10 et 50millions euros par an pourraient être levés (sur les 4 milliards de dettes BDC, la BPI neserait sollicitée qu’à hauteur de 25%). En soutenant ces structures crées par des entrepreneurs (qui se rémunèrent pardes parts dans la BDC), la BPI pourrait par effet multiplicateur injecter 6 milliardsd’euros de crédit dans l’industrie française pour un cout de 1 milliard.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 23
  • 24. Proposition 8 : Créer une nouvelle catégorie de société de crédit industriel, les BDC(Business Development Corporation) à la française, par partenariat avec les pouvoirspublics. Les BDC, créées et gérées par des entrepreneurs financiers privés, lèveront desfonds propres en Bourse par appel à une épargne publique attirée par un hautrendement du dividende, et de la dette auprès de la BPI, les institutions bancaires etinternationales (fonds souverains). Elles octroieront des prêts aux projets les plus risquésdes grosses PME et ETI françaises seulement, contre un coupon de l’ordre de 7%, et lesaccompagneront sur 8-10 ans. Des secteurs à fort effet multiplicateur en termesd’emplois et de valeur ajoutée seront ciblés dans la législation sur les BDC:aéronautique, automobile, défense, fret maritime, transports, énergie et serviceassociés, mines, matériaux, machines-outils.En cumulant BDC à la française, stimulation des fonds mezzanine, et création deplateformes de transactions privées, nous estimons à 10 milliards d’euros la création decrédit industriel potentiel. b) Réformes relatives à l’innovation, la formation et la recherche A nos yeux, le grand défi d’un renouveau industriel de la France, ne réside pas tantdans la diminution des couts du travail — qui, trop élevés, obèrent en effet notrecompétitivité, mais qui n’expliquent pas en soi le désert industriel français grandissant— mais dans l’amélioration de la compétitivité hors prix de nos entreprises, à savoir (1)l’innovation technologique (R&D), mais aussi (2) — cela est trop peu souligné dans lesexemples allemands et américains — la dimension non technologique de l’innovation:marketing, branding, procédures de livraison, standardisation des services, process,… L’Etat, s’il est un actionnaire peu efficace, doit retrouver son rôle de stratège et depilote de la politique industrielle. Les deux mouvements doivent aller de pair etpermettre de dégager des marges de manœuvres pour les politiques indiquées.Proposition 9 : Reprendre le programme de désengagement des participationsminoritaires de l’Etat dans des entreprises industrielles et permettre à des entrepreneursfrançais de redresser et développer en France et à l’international ces entreprises.Programme pluriannuel (4 ans) de désengagement par le FSI et l’Agence desParticipations de l’Etat à hauteur de respectivement 3.5 et 6.5 milliards d’euros: intérêtsdans Vallourec, CGG Veritas, Eramet, Areva Mining Uranium, Renault,….etreconfiguration de ces entreprises avec des industriels ou institutionnels français.Ces nouveaux moyens doivent être affectés aux divers programmes annoncés dans lapremière partie, à l’aide aux entreprises innovantes ou industrielles en difficulté (pourle FSI), et à certaines mesures spécifiques étayées dans cette partie.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 24
  • 25. Proposition 10 : Réorienter le FSI vers deux missions: le financement de l’innovationtechnologique (capital-risque de sociétés matures en partenariat avec les fondsclassiques) et la restructuration des compagnies industrielles en difficulté. L’impératif industriel impose à l’Etat français de repenser les avantagescomparatifs de notre économie et de notre outil industriel en fonction de ses objectifssociétaux. Aujourd’hui, il n’y a pas de lieu au sein de l’appareil d’Etat, comme aux EtatsUnis, dédié à compiler les travaux de prospective, de recherche, et à en présenter lasynthèse, pour dégager les voies possibles en matière de spécialisation industrielle auregard des objectifs du politique et des grandes forces françaises en matièred’innovation. La disparition du Commissariat General du Plan, remplacé par un Centred’Analyse Stratégique inexistant dans le débat public et qui n’a pas officiellement derôle en matière de stratégie industrielle, a marqué une régression dommageable. Nousconsidérons aussi la disparition de l’ANVAR lors de la Présidence précédente commeune erreur de politique industrielle. Le gouvernement Ayrault a annoncé une missionde réflexion sur la création d’un “commissariat de la prospective”. A la date de la conclusion de nos travaux (début octobre 2012), nous nepouvons préjuger ni de la forme, ni de l’ambition, de cet organisme qui sera proposépar la mission de réflexion vers la fin 2012. Nous appelons bien sûr de nos vœux lacréation de cette structure, même si notre vision sera peut être différente de l’organismefinal mis en place par le gouvernement. Nous considérons que cet organisme deprospective doit aussi intégrer une vision d’ensemble de la recherche fondamentalefrançaise, d’où le nom que nous lui donnons. Ses futurs membres devront partir despoints forts de la recherche française, les conjuguer avec les objectifs du politique,pour en définir des secteurs industriels privilégiés par l’effort public, et coordonner lesmoyens de différents ministères mais aussi acteurs privés. Enfin, ce nouvel organismedevrait travailler en partenariat étroit avec les organismes similaires existant dansd’autres pays de l’Union Européenne, préfigurations d’une Agence Européenne de laProspective.Proposition 11 : Créer un Conseil de la Recherche et de la Prospective, rattaché àl’Elysée, aux fins de (1) faire la synthèse des multiples travaux de prospective chaqueannée ; (2) Intégrer les grandes lignes de la recherche fondamentale française et lesobjectifs du politique ; et (3) définir de manière rationnelle les spécialisationsindustrielles et les modalités de partenariats public/privé pour développer ces secteurs.Ce nouveau Conseil doit bien sûr intégrer en son sein ou superviser d’autres institutionspour éviter les redondances: DATAR, Conseil d’analyse stratégique, ANVAR (qui doitêtre rétablie sous l’autorité de ce nouveau Conseil).   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 25
  • 26. Proposition 12 : Rétablir l’ANVAR (Agence nationale de valorisation de la recherche) etla placer sous l’égide du nouveau Conseil de la Recherche et de la Prospective.Accueillir des industriels et des chercheurs du privé au sein de ces deux organismes.Si ces deux institutions étaient en fonction à l’heure actuelle, elles démontreraient queles succès français- continus, malgré les problèmes budgétaires- en mathématiques et lefort effet multiplicateur des industries aéronautiques, de défense et de transport,plaident pour un recentrage sur les mathématiques fondamentales, la physiquemécanique et les industries en découlant.Proposition 13 : Piloter un effort national en mathématiques fondamentales, enrenforçant son enseignement et ses centres de recherche, en favorisant l’émergenced’un nouveau statut de Fondation Mathématique pour encourager les donationsprivées, et en travaillant en partenariat avec les industriels des secteurs aéronautiques,militaires, et mécaniques.Ce nouveau Conseil de la Recherche et de la Prospective devrait, sur le modèleaméricain, régulièrement lancer des projets/concours sur des objectifs particuliers, àdestination du privé, avec des prix/financement à la clef. Ce modèle fut utilisé aux EtatsUnis pour les solutions spatiales privées.Proposition 14 : Immédiatement créer sur 10 projets industriels appliqués un appel auprivé/ concours avec comme récompenses des prix (E1mln) à destination desentrepreneurs et des financements.Cet effort de recherche et innovation doit bien sûr commencer dans l’enseignementsupérieur, avec une nécessaire relance de la formation scientifique. Il faut à nouveaurendre les études scientifiques attractives pour les plus brillants esprits français. En dixans, les inscriptions en première année universitaire dans les cursus scientifiques ontdiminué de 40% malgré une filière S prééminente au lycée.Proposition 15 : Permettre aux Fondations de droit privé de prendre en charge par desbourses privées, uniquement sur mérite, la scolarité de nos jeunes scientifiques.Proposition 16 : Introduire dans le calcul des Bourses, un coefficient augmentateurpour les étudiants dans le domaine scientifique.Proposition 17 : Rendre gratuite la scolarité en doctorat scientifique.Proposition 18 : Réfléchir, dans le cadre du futur fonds Qatari pour les banlieues, à desaides spécifiques pour encourager les vocations scientifiques dans ces milieux.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 26
  • 27. Il est impératif de continuer à "décloisonner" les formations scientifiques, et égalementà les rapprocher des formations commerciales et économiques. Nous plaidons doncpour une accélération de la constitution de grands pôles d’enseignement, similaires auxuniversités américaines généralistes, favorisant la fertilisation croisée entre domainesd’enseignement.Proposition 19 : Créer de véritables Universités d’Excellence généralistes, parregroupement de grandes écoles et universités, au-delà des simples pôles actuels etcollaborations ponctuelles.Afin de favoriser l’émergence de véritables entrepreneurs industriels, tout programmescientifique doit être accompagné de cours entrepreneuriaux, aussi ouverts à des non-scientifiques, qui apporteront leur connaissance d’autres domaines, afin de créer undialogue entre purs scientifiques et commerciaux/gestionnaires. Le modèle émulé iciserait celui de HEC Entrepreneurs.Proposition 20 : Créer des programmes de type HEC Entrepreneurs dans chaqueformation scientifique, y compris parmi les doctorats. c) Réformes relatives au systèmes administratif et socialNous avons délibérément choisi, dans ce travail, de laisser à l’écart la question de lacompétitivité-prix, et donc des salaires et des charges sociales, cette question renvoyantà la politique sociale elle-même et à l’interconnexion entre nos ambitions industrielleset nos vues sociétales. De manière générale cependant, si l’ambition industrielle estl’objectif prioritaire, et toutes choses étant égales par ailleurs, nous sommes plutôtenclins à recommander la CSG universelle pour financer la partie dépendance de laprotection sociale, la partie assurance étant elle toujours assise sur les cotisationssociales.Proposition 21 : Réfléchir à une séparation du financement de la partie dépendance dela protection sociale vs la partie assurance.Dans nos discussions avec de nombreux entrepreneurs, nous avons été surpris deconstater que si de grands progrès ont été réalisés au cours des dernières années pourfaciliter les démarches administratives, notamment en termes de créations d’entreprises,beaucoup de PME notaient que des textes ne les concernant pas directement, maisvotées sans leur consultation, en matière sociale, environnementale, fiscale,impactaient leurs activités et contribuait à l’inflation règlementaire. Aux Etats-Unis ou   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 27
  • 28. en Scandinavie existent des organismes chargés de veiller au respect du droit des PMEet ce modèle devrait émuler en France à juste titre.Proposition 22 : Créer un Bureau des Droits des PME, et associer cet organe consultatifau travail règlementaire et parlementaire afin d’identifier ex ante les mesures dans lestextes généraux qui pourraient créer des problèmes d’application pour les PME.Au niveau administratif, il faut impérativement rationaliser la supervision des projets àdestination des PME avec la création d’un équivalent au SBIC (Small BusinessInvestment Community) américain , afin de piloter les aides en fonds propres et endettes en partenariat avec le privé. Cet organisme doit contrôler OSEO, et donc enpratique faire partie de la BPI.Proposition 23 : Créer une Agence du Financement Industriel des PME, rattachée à laBPI et structure de tête d’OSEO (partie publique des fonds), afin de rationaliser leprocessus décisionnaire public/privé d’aides aux PME.S’il n’est pas non plus de l’ambition de ce rapport de proposer une réforme fiscalecomplète, nous voudrions tout de même fournir quelques réflexions en la matièredirectement liées aux problématiques industrielles. Il s’agit d’abord de rationaliser lesincitations fiscales en matière d’investissements dans les PME, et de faire fi del’empilement incongru des dispositifs en la matière au fil des ans.Proposition 24 : Repenser les dispositifs ISF/TEPA et Madelin en fusionnant les deuxsystèmes d’incitation fiscale en un dispositif unique, engendrant déductibilité sur tousles impôts et toute la base imposable, pas uniquement l’ISF.La majeure partie des dispositifs d’incitation fiscale pour l’investissement dans lesjeunes entreprises et PME nous parait souffrir d’une grave déficience congéniale, àsavoir l’absence de traitement différentié selon la nature de l’investisseur et la nature del’investissement. Nous avions déjà souligné ce problème pour les sociétés maturescotées en Bourse.Proposition 25 : Etablir une distinction fiscale entre les business angel en phased’amorçage et les business angels en phase de revenus, sur le modèle du RoyaumeUni.De plus, pour favoriser les FCPI en la matière, la fiscalité a été alignée avec celle desinvestissements directs, ce qui ne nous parait pas favoriser les vraisentrepreneurs/business angel.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 28
  • 29. Proposition 26 : Etablir une distinction fiscale entre l’investissement direct dans uneentreprise et l’investissement dans un fonds d’amorçage FCPI.Il faut de manière générale limiter la fonctionnarisation de ces systèmes d’aide aux PMEet associer le secteur privé à la sélection des projets par souci d’efficacité.Un autre pan des réformes administratives qui concernent directement les PMEindustrielles est celui relatif à la simplification des procédures. Nous sommes favorablesen la matière à la création d’un guichet unique pour les entrepreneurs et à un vasteeffort numérique (sites internet, numérisation) qui aurait par ailleurs vertu de stimulusen faisant travailler une myriade de sous-traitants informatiques sélectionnés sur la basede l’implantation française.Proposition 27 : Créer un Guichet Unique en Ligne pour la création d’entreprises, sur lemodèle du Companies House britannique.Proposition 28 : Lancer un effort massif de numérisation de l’administration françaisepour rationaliser les près de 700 sites en gouv.fr. Unifier leurs chartes graphiques, éviterles redondances de contenus et les informations peu adaptées. Ouvrir des systèmes demessagerie instantanée privée sur ces sites accessibles aux individus âgés, handicapés,ou vivant trop loin des administrations physiques.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 29
  • 30. III) Applications sectorielles sélectivesEn guise d’introduction, nous rappelions que notre ambition n’était pas de proposer delourdes réformes de structure du modèle français, mais bien des mesures pratiques pourredorer notre blason industriel. A cet égard, certaines mesures de la partie II de cerapport sont à proprement parler industrielles, d’autres plus généralistes. Dans cettedernière partie, nous abordons des problématiques sectorielles, en nous focalisant surtrois secteurs: énergie/mines, textile/habillement, et biotech, afin de montrer les besoinsdifférents en fonction de la valeur ajoutée créée par le secteur, du gisement d’emplois,du contenu en innovation technologique. a) Energie/Mines  Il est impératif pour le renouveau industriel français de maintenir des sources d’énergieet de matières premières abondantes, peu onéreuses et, si hors sol national, localiséesdans des régimes stables, amis et amicaux.Proposition 29 : Permettre l’essor de l’exploitation pétrolière offshore en Guyane.Proposition 30 : Créer un sous véhicule au FSI pour financer de nouvelles entreprisesd’exploitation pétrolière ou minière cruciales pour les intérêts français (du fait de leurgéographie ou de la nature de la ressource).Proposition 31 : Envisager l’adossement d’Areva Mining et d’Eramet à de nouvellesstructures entrepreneuriales (sortie de l’Etat) à un horizon de trois-quatre ans. b) Textile/Habillement   Autant que la sidérurgie & métallurgie, le secteur du Textile & Habillementévoque une industrie française sinistrée, en voie d’extinction. Il est vrai que les crises àrépétition depuis les années 1960 ont touché les segments fortement utilisateurs demain d’œuvre peu qualifiée. La concurrence des pays voisins d’abord (Italie,Allemagne), puis de l’Europe Centrale et du Maghreb, et plus récemment de la Chine et   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 30
  • 31. de l’Inde, ont favorisé délocalisation et sous-traitance dans les pays où les coûts, enparticulier le coût du travail, est plus faible. C’est donc la partie industrielle de la filière, manufacture et confection, qui est laplus fortement touchée par ce phénomène de délocalisation. A titre d’exemple, lenombre d’emplois en France dans la partie Textile seulement est passé de 120,000 en2002 à 70,000 en 2011, après avoir connu un déclin similaire la décennie précédente.La plupart de ces emplois sont au sein de PMI de moins de 250 employés. Cephénomène ne se limite pas à la France: les principaux acteurs en Asie à la fin desannées 1990 (Corée du Sud, Taiwan, Indonésie, Japon) ayant atteints des niveaux dedéveloppement comparables à l’Occident, le coût du travail dans ces pays est moinsavantageux qu’il ne l’était. Ces acteurs perdent aussi des parts de marché face auxnouveaux entrants (Chine, Inde, Vietnam, Turquie) où les coûts, en particulier coût dutravail, sont encore avantageux. Cette dynamique est favorisée par la suppressionprogressive du protectionnisme douanier : adhésion de la Chine à l’OMC en 2002(Organisation Mondiale du Commerce), suivie du démantèlement des accordsmultifibres en 2005. Ces accords favorisaient l’utilisation de textile européen, et doncla régionalisation des échanges entre Union Européenne d’une part, et bassinméditerranéen et Europe centrale d’autre part, pour limiter les coûts de transport. Dansun premier temps, la nouvelle donne a favorisé l’utilisation de textiles en provenancede pays comme la Chine, qui bénéficiait d’un avantage tant sur le coût des matièrespremières, que sur le coût du travail. A titre de comparaison, le coût horaire de la main d’œuvre est de 15,9 dollars enFrance, 1,89 dollars au Maroc, 0,4 dollar en Chine (0,7 dollar pour la Chine côtière) :les employés dans ces deux derniers pays ne possèdent bien entendu pas les mêmesavantages sociaux qu’en France. Cependant, le développement rapide de la Chine setraduit par une hausse des coûts année après année (entre 30 et 40% de hausse entre2008 et 2011, matière première et main d’œuvre incluses), ce qui bénéficiedirectement au Maghreb et à la Turquie, dont la proximité et la main d’œuvrefaiblement plus chère en fait encore des destinations de choix pour délocalisation ousous-traitance de la production. Le Textile & Habillement, l’une des industries les anciennes en France, perd doncen part de marchés, en particulier dans le domaine de la confection. Les exportationsse limitent à quels pays limitrophes, et la dépendance dans l’habillement vis-à-vis de laChine et l’Italie est importante. Le total des exportations textiles est ainsi passé de 9.3milliards d’euros en 2002 à 7.9 milliards d’euros en 2011 (chute de 21.5%). Sur lamême période, les importations textiles sont passées de 12.2 à 14.8 milliards d’euros(hausse de 21.3%).   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 31
  • 32. Une redistribution des rôles: la production cède la place à la distribution et à lacréation Simultanément, les modes de consommation ont évolué d’une consommationde masse, où la production (confection) contrôle la filière, vers une consommation plussélective, où la distribution contrôle maintenant la filière. Les acteurs proches desclients mènent la danse. Le secteur s’est donc recentré sur les services : création,innovation, importation et commercialisation sont les activités principales. Les activitésindustrielles sont abandonnées progressivement au profit des activités tertiaires,évolution naturelle dans une société de services. En somme, la suppression desbarrières commerciales et la mondialisation poussent chaque acteur à se recentrer surles activités pour lesquelles ils possèdent un avantage compétitif, activités plusspécialisées et à plus forte valeur ajoutée. Commercialisation et innovation s’effectuedonc en France, alors que production ou sous-traitance sont délocalisée vers desacteurs à bas coûts. La proportion d’ouvriers est ainsi passée de 60% en 2000 à 45% en2011Quelle direction pour le Textile & Habillement en France? Innovation, Marques etNiches La forte mondialisation de l’économie nous place plus que jamais dans uncontexte très Darwinien: évoluer ou disparaitre, victime d’une concurrence débridéesur les coûts. Absent tout protectionnisme, l’innovation est donc une stratégied’évolution naturelle et nécessaire. Mais si l’on tient compte des atouts français, cen’est pas la seule. Le développement de marques est une alternative stratégique viable,qui va de pair avec l’innovation, et une stratégie d’autant plus viable compte-tenu durayonnement des marques françaises du Japon jusqu’aux Etats-Unis. C’est aussi lasolution que nos voisins Italiens semblent avoir adoptée. Ces suggestions ne sont biensûr pas une panacée, mais des stratégies qui expliquent le succès d’un certain nombred’entreprises. N’oublions pas que certaines tentatives de diversification des activités sesont révélées infructueuses, à l’instar de DMC qui s’est éteint après plus de 250 ans.Leurs efforts de diversification dans les activités loisir & création se sont révéléesinfructueuses, et seule l’activité plus « industrielle » de fils pour vêtement et fils àbroder était bénéficiaire.Proposition 32 : Réorienter les vieilles industries textiles au-delà du pur débouchévestimentaire, vers les applications professionnelles et innovantes.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 32
  • 33. La première stratégie est donc l’innovation technologique et l’élargissement au-delà du champ purement vestimentaire, comme l’exemple de Thuasne le démontre ci-dessous. Il s’agit en particulier de textiles techniques et innovants, avec desapplications médicales, sportives, aéronautiques. La Recherche & Développement yjoue un rôle plus important que dans les entreprises de confection classique.Comparativement à d’autres secteurs de haute technologie, la structure typique est unePMI, pour lesquelles la part de R&D est souvent plus faible. Il convient donc defavoriser la R&D, par exemple via des partenariats avec les universités et écolesspécialisées. A cet égard, la création des réseaux de partenariat R2ITH / R3iLab est unprogrès significatif pour favoriser l’innovation. L’une de clés de cette stratégie est ausside valoriser et protéger la propriété intellectuelle par le dépôt des brevets.Proposition 33 : Création d’un label AOP (Appellation d’Origine Protégée) pour lesmarques artisanales françaises de qualité avec un savoir-faire dans la fabrication. Une seconde stratégie connexe est le développement de marquesemblématiques, fortement reconnaissables et différenciées de la masse de biens« standards » à la disposition du consommateur (« branding »). Contrairement àl’innovation technologique, la valeur ajoutée du produit ne repose pas seulement sur safonction matérielle (médicale, etc.) que sur l’imaginaire du consommateur. Le rationnelest éclipsé: le produit fait appel aux désirs, aux émotions du consommateur. On nevend plus un produit, mais un rêve. Dans le contexte du Textile & Habillement, lahaute couture française ou les carrés de soie Hermès sont des exemples bien connus. Ces exemples sont bien sûr très « haut de gamme », mais la stratégie s’appliqueaussi aux articles milieu-de-gamme. La partie à forte valeur ajoutée (design, marketing& commercialisation du produit) est donc accomplie en France, mais la partie à plusfaible valeur ajoutée (confection) est parfois accomplie à l’étranger. S’agissant d’articlesde qualité, on pourrait cependant envisager une fabrication artisanale et une extensiondu système d’AOP (Appellation d’Origine Protégée) dans le but de protéger et valoriserle savoir-faire de fabrication. C’est une des raisons pour laquelle l’industrie textileitalienne se porte relativement bien, compte tenu de l’impact de la crise économique :valorisation de leur savoir-faire, de la qualité de leur tissu ou des procédésd’impression. Et tout le cycle productif se trouve concentre côte à côte. Un exemple àsuivre pour la France. Comme pour l’innovation technologique, cette stratégie doit s’accompagnerd’une protection de la propriété intellectuelle (la marque) et d’une lutte accrue contrela contrefaçon.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 33
  • 34. Un exemple d’innovation technologique: Thuasne Thuasne est le symbole même de l’innovation. Fondée en 1847, Thuasne est, àl’origine, une fabrique de tissu élastique pour bretelles et jarretelles. Lorsque quel’ingénieur textile Maurice Thuasne reprend les reines au début du XXe siècle, sapremière innovation est d’entendre la gamme avec des tissus pour bandage, utilisant lelatex. Après la seconde guerre mondiale, il comprend que l’activité d’origine n’a pasd’avenir. Fort de sa vision innovante, il oriente définitivement la stratégie de l’entreprisevers le médical : ceintures médicales, orthèses médicales (genouillères, etc.), tant deproduits innovants qui n’existaient pas à l’époque. Cela nécessite de réinventerl’entreprise complètement : nouveau cahier des charges, nouvelles machines,nouveaux clients, nouveau marketing, dépôts de brevets. Cinq générations dedirigeants plus tard, cette stratégie d’innovation a amené l’entreprise à devenir unleader européen, une marque reconnue, fort de 1200 collaborateurs. La productions’effectue dans des usines au sein de l’Union Européenne. Et Thuasne consacre 30collaborateurs et 7% de son chiffre d’affaires à la Recherche & Développement, moteurde l’innovation. Un exemple d’innovation qui est suivi par de multiples entreprises dusecteur.Valeur ajoutée, le moteur de toute stratégie d’avenir. Autant louable soit-il de vouloirsauver les emplois d’une usine de production appelée à fermer, la réalité est simple:une entreprise, surtout une PMI, peut difficilement survivre sur des marchés à faiblesmarges, sans avantage compétitif. Quel que soit le secteur, il est évidemment préférablede mener une stratégie à forte valeur ajoutée, avec un avantage compétitif clair et desbarrières d’entrée élevées : innovations technologiques, marques, valorisation dusavoir-faire et protection de la propriété intellectuelle doivent être les moteurs del’avenir de l’industrie Textile & Habillement. c) Biotechnologies : une filière d’avenir   Les biotechnologies françaises constituent un secteur de pointe, en forteévolution et au potentiel immense. Bénéficiant d’assises solides dans le secteur dessciences de la vie (pharmaceutique, équipement médical etc.), la filière biotech jouepar ailleurs un rôle émergent dans les domaines de lenvironnement, de la bio-industrie, de lagronomie, de lagriculture et de lagro-alimentaire, ainsi que pour lamise au point de processus industriels innovants.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 34
  • 35. Mais, alors que le marché mondial, évalué à 260 milliards de dollars1, enregistreune croissance fulgurante ces dernières années, la France, qui a pourtant placé lascience au cœur de ses priorités, accuse un certain retard, se heurtant à plusieurs freinscomme les capacités de financement limitées des entreprises innovantes de la filière,leur manque de structure financière et la dégradation boursière post crise. Si le poids de la crise conjoncturelle économique a En France, les sociétés deaffecté la filière (les financements privés ont notamment biotechnologie sont en majorité des jeunes PME, quiconnu une baisse de 56% des montants investis par les investissent de manière très importante dans des projets decapitaux risqueurs entre 2008 et 2009), plusieurs recherche et développement. On compte plus de 450observateurs annoncent l’amorce d’un retour en grâce des entreprises de biotechnologie,biotechs. Le projet de Grand Emprunt français, en 2011, qui emploient environ 6000 personnes dont plus de lapar exemple, prévoit allouer au secteur une enveloppe moitié en R&D. Source : Ministère dutotale de 1,55 milliards d’euros, qui permettrait d’accélérer redressement productifla valorisation industrielle de la filière. Par ailleurs, en2011, les sociétés cotées françaises du secteur affichaient une croissance de revenus de10 à 20%. Finalement, on observe une réouverture de la fenêtre boursière, avec unecroissance des introductions en Bourse depuis 2010 et plusieurs levées de fondssecondaires (70 millions € pour NicOx, 150 millions pour Transgène etc.). Par ailleurs, les initiatives de soutien des pouvoirs publics se sont multipliées2,avec la mise en place d’une palette de dispositifs fiscaux, juridiques et économiquespermettant de stimuler la filière. Certaines initiatives, comme le Crédit ImpôtRecherche, ou encore le statut de Jeune Entreprise Innovante, ont portés fruit. Le statutde Jeune Entreprise Innovante, qui exonère de charges sociales les employés impliquésdans les projets R&D, permet par exemple de réaliser des économies, représentantenviron 20% de la masse salariale, et ainsi le réinvestissement dans le recrutement detalents hautement qualifiés, l’achat d’équipement de pointe, de nouveaux projets R&Detc.Zoom sur la filière biotechnologie santéOn constate depuis plusieurs années un phénomène d’impartition du volet recherche etdéveloppement des grandes entreprises pharmaceutiques vers des sociétés debiotechnologies santé, chargées de rechercher les causes des maladies, concevoir,tester et produire des médicaments spécifiques. Certaines régions3 (cf. figure ci-après)                                                                                                                1  Source  :  LEEM  2  Source  :  Ministère  de  l’Économie,  des  Finances  et  de  l’Industrie  3  Source  :  http://competitivite.gouv.fr/     Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 35
  • 36. ont développé de véritables grappes biotechs (pôles de compétitivité) où un tissu dejeunes entreprises innovantes devient source de développement stratégique pour lesindustriels de la santé. Pôles de compétitivité biotechnologies santé Alsace Biovalley § Région : Alsace / Pôle à vocation mondiale § Thématiques : www.alsace-biovalley.com • Nouvelles molécules thérapeutiques (du gène et de la chimie au médicament) • Outils innovants pour la médecine (imagerie et robotique médicale et chirurgicale) Atlanpole Biotherapies § Région : Pays de la Loire www.atlanpolebiotherapies.com § Régions : Midi-Pyrénées, Limousin Cancer Bio Santé § Thématiques : • Prévention alimentaire www.cancerbiosante.fr • Cibles thérapeutiques • Innovations thérapeutiques • Outils biomédicaux Eurobiomed § Régions : Languedoc Roussillon et Provence Alpes Côte dAzur www.eurobiomed.org § Thématiques : • Maladies infectieuses, tropicales et émergentes • Maladies rares et orphelines • Dispositifs médicaux (biomarqueurs, diagnostic) • Immunologie et ses applications thérapeutiques • Pathologies neurologiques, vieillissement et handicap Lyon Biopôle § Région : Rhône-Alpes / Pôle mondial www.lyonbiopole.com § Thématiques : • Maladies infectieuses • Infectiologie • Virologie • Parasitologie • Bactériologie • Immunologie Medicen § Région : Ile de France / Pôle mondial www.medicen.org/ § Thématiques : • Médecine translationnelle, pour une approche créatrice d’innovations • Outils biologiques à usage industriel et produits bio-thérapeutiques • Bio-numérique pour mieux comprendre, modéliser et simuler la maladie Nutrition Santé Longévité § Région : Nord -Pas- de- Calais www.pole-nsl.org § Thématiques : • Nutrition • Maladies métaboliques et cardiovasculaires • Maladies liées au vieillissement La filière française des biotechnologies santé bénéficie de l’appui d’unécosystème structuré (pôles de compétitivité, IHU, SATT, PRES, sociétéspharmaceutiques et de diagnostic leaders) 4 . Les entreprises françaises debiotechnologies restent cependant dans la « moyenne » du benchmark mondial5 (Cf.figure ci-dessous) : malgré les progrès enregistrés ces dernières années, elles gardent undegré de maturité inférieur à celui de leurs concurrentes européennes et américaines(taille, nombre…), et restent présentes mais rarement leaders sur des approchesthérapeutiques innovantes6. La France enregistre un ratio produit en développement clinique par entreprisesupérieur à l’Allemagne. Le pipeline de produits thérapeutiques en développement –riche de 150 nouvelles molécules en développement, dont plusieurs dizaines sont déjàau stade de l’étude clinique (23 en phase 1, 31 en phase 2 et 11 en phase 3) –                                                                                                                4  Source  :  Adebiotech  5  Source  :  LEEM  6  Source  :  LEEM     Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 36
  • 37. témoigne d’un certain dynamisme de l’industrie biotechnologique française. Parmi lesacteurs français les plus actifs, citons Sanofi-Aventis, Pierre Fabre, Servier, Ipsen ouBioMérieux. Au-delà de la santé humaine qui mobilise pour l’instant l’essentiel dupotentiel de la recherche biotechnologique nationale, s’ouvrent progressivement denouveaux débouchés dans des domaines aussi divers que l’environnement, la sécuritéalimentaire ou la cosmétologie. Entreprises de biotechnologies santé – Balisage mondial 2011, Entreprises (N); Présence sur le marché boursier (% ) et Produits en développement clinique États-Unis 18% 82% 1 726 États-Unis 1 500 Royaume-Uni 5% 95% 819 Royaume-Uni 220 Allemagne 5% 95% 457 Allemagne 150 France 6% 94% 388 France 150 Suède 7% 93% 328 Suède 74 Suisse 5% 95% 205 Suisse 130 Europe Europe 854 6% 94% 2 347 (incl. Suisse) (incl. Suisse) Côtées en bourse Non côtées en bourse Nombre de produits en développement cliniqueLe modèle américain : leçons à tirer ? Les Etats-Unis dominent très nettement le paysage mondial, avec un nombre desociétés moindre que l’ensemble des pays européens, mais près de dix fois plusdemplois et trois fois plus dinvestissement par le capital-risque. La filière américainearrive également en tête en termes de produits commercialisés et de dépenses derecherche et développement. La réussite des biotechs américaines, appuyé par larecherche et porté par de nombreuses jeunes entreprises innovantes de petite taille,s’explique en partie par le concept de « complémentarité institutionnelle » (interactionet complémentarité des domaines de l’organisation, de la finance et de la propriétéintellectuelle. Plus précisément, le succès des biotechs américaines repose sur troisleviers principaux :Primo, le renforcement du régime de la propriété intellectuelle avec l’élargissement duchamp de la brevetabilité à différents domaines biotechnologiques.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 37
  • 38. Secundo, le financement par le capital-risque des PME intensives en recherche puisleur introduction en bourse.Tertio, la réorientation des politiques publiques favorisant l’essaimage public et laproduction de connaissances au sein de réseaux de recherche associant laboratoirespublics et PME intensives en recherche; et alliances avec de grandes entreprises7. Sur ce dernier volet, soulignons l’effort des biotechs françaises qui intensifientleurs démarches de partenariats (entre 35 à 40 % de leur budget de R&D sontdésormais alloués à des accords et des projets collaboratifs8) et tendent à une relativeconsolidation du secteur, au vu de récentes opérations de fusions-acquisitions (193 en2009 et 81 en 20109).Perspectives de la filière : vers une réforme de la fiscalité? La filière biotech française cumule plusieurs forces distinctives (synthétisées dansla figure ci-dessous) mais également certaines faiblesses, notamment reliées aufinancement. La filière biotech française : diagnostic sommaire Forces à consolider Points d’amélioration à adresser § Un écosystème structuré (pole de compétitivité, IHU, § Un degré de maturité inférieur à celui des concurrents SATT, PRES, sociétés pharmaceutiques leaders etc.) américains et de certains pays européens (ex. Allemagne, § Un pipeline de produits en développement bien rempli Royaume-Uni) en termes de nombre et taille d’entreprises, § Un pool de jeunes entreprises dynamiques emplois etc. § Les pôles de compétitivité, moteur de croissance et § Des entreprises de biotech santé présentes mais rarement d’innovation leader sur des approches thérapeutiques innovantes § Une pluralité de compétences reflété par un haut § Manque de structure financière dans les entreprises niveau d’enseignement, considéré comme l’un des meilleurs au monde Opportunités à considérer Menaces à prévenir § Une croissance des partenariats stratégiques et des § Une fiscalité lourde projets collaboratifs en R&D § Des sources refinancement insuffisantes § Essaimage public et réseaux de recherche associant § Une attractivité insuffisante pour les étrangers et laboratoires publics et PME intensives en recherche investisseurs français hors de France § Alliances de PME avec de grandes entreprises § Frilosité des capitaux risqueurs § Des introductions boursières en croissance § Des pressions pour réformer la fiscalité des PME françaises (fiscalité non confiscatoire, amélioration du crédit d’impôt recherche, allongement du statut de Jeune Entreprise Innovante etc.)                                                                                                                7  Source  :  Carpentier,  Liotard  et  Revest  «  La  promotion  des  firmes  francaises  de  biotechnologie  »  Revue  d’économie  industrielle  (2007)  8  Source  :  XERFI  9  Source  :  Euler-­‐Hermès     Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 38
  • 39. Pour combler son retard, le secteur biotechnologique français doit saisirplusieurs opportunités (ex. partenariats publics-privés et alliances stratégiques,introductions boursières en croissance) et amorcer une réflexion stratégique notammenten termes de fiscalité, pour attirer les investisseurs et ainsi développer la filière. À cet effet, plusieurs organismes indépendants, dont l’organisation FranceBiotech, qui défend les intérêts des entreprises de biotechnologie françaises, ontrécemment interpellé le gouvernement sur la nécessité dune réforme de la fiscalité desPME françaises en proposant plusieurs "propositions davenir" en matière fiscale, tellesque l’amélioration du crédit impôt recherche et la redéfinition de son assiette,l’allongement du statut de Jeune Entreprise Innovante, la réintégration de lexonérationtotale et non plafonnée des charges patronales ou encore la révision de la fiscalité surla propriété intellectuelle pour la rendre plus attractive.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 39
  • 40. Conclusion« Demain est moins à découvrir qu’inventer », a pu dire Gaston Berger.A cet égard, la France doit reprendre le contrôle de son destin industriel et sa dériveface à nos concurrents n’est pas une fatalité inéluctable. Avant même de remettre à platle modèle français, nous pouvons enrayer cette désindustrialisation en traitantimmédiatement deux problèmes: le manque de financement et l’absence de travail deprospective, notamment sur les secteurs de spécialisation.Notre rapport est jalonné de mesures concrètes sur ces deux domaines qui nedemandent qu’une impulsion du politique et une collaboration privé (entrepreneurs)/public. Nous pouvons créer ces BDC à la française — que nous appelons de nos vœux— dans les prochains mois. Nous pouvons rationaliser notre effort de prospectiverapidement. Nous pouvons relancer la recherche industrielle et scientifique à peu defrais.La France va devoir s’atteler à la réduction de sa balance commerciale, en consacrantla priorité aux secteurs créateurs de valeur ajoutée et attirant des devises: aéronautique,militaire, transports, mais aussi dans une moindre mesure agroalimentaire et tourisme.Nous ne pouvons pas faire feu de tout bois et ne pourrons pas essaimer cette volontédans tous les secteurs, au risque de disperser nos moyens limités. L’heure est donc auxpriorités industrielles.Ces choix industriels, in fine, renvoient au choix de modèle de société et aux grandeslignes sociales, économiques, et culturelles du futur de la France. « Il y a toujours un avenir pour ceux qui pensent à l’avenir » François Mitterrand   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 40
  • 41.           Bibliographie sélectiveLester & Piore. Innovation, the missing dimension. Harvard University Press (2006)Jean-Michel Treille. Les clés de l’avenir, l’ambition industrielle. L’Harmattan (2012)Artus & Virard. La France sans ses usines. Fayard (2011)Gabriel Colletis. L’urgence industrielle! Le Bord de l’Eau (2012)Colletis & Lung. La France industrielle en question. La Documentation Française (2006)Jean Louis Beffa. La France doit choisir. Seuil (2012)Conseillers du Commerce Extérieur Français au Royaume-Uni. Entre austérité et relanceentrepreneuriale, rapport 2012.Rapports annuels du Conseil National de l’Industrie 2010, 2011                             Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 41
  • 42. VademecumProposition 1 : Créer un nouveau statut de l’actionnaire de long terme, accessible pourtout investisseur individuel ou institutionnel, pouvant justifier de deux années continuesde détention de 1% au minimum du capital d’une société. Ce statut sera accessible parconstitution d’une demande auprès de l’Autorité des Marchés Financiers.Proposition 2 : Etablir une fiscalité sur les gains en capital spécifique à cesinvestisseurs, fixée à 30% (maximum tout prélèvement libératoire, social et autresinclus) la troisième année, puis de manière dégressive avec le passage des années,25%, 20% et 15% afin de favoriser des blocs détenus au moins cinq années durant.Proposition 3 : Ouvrir la possibilité, à ceux des actionnaires enregistrés commeactionnaires de long terme auprès de l’AMF (cf. proposition1) et qui disposent decapitaux permanents (ce qui exclut des gérants d’actifs de tiers), de posséder jusqu’à50% du capital d’une société en Bourse sans avoir à déclencher une Offre Publiqued’Achat (OPA).Proposition 4 : Créer une commission d’étude du trading de haute fréquence avecdes praticiens sur Paris, Londres et New York pour envisager des mesures concrètespour stabiliser l’actionnariat industriel sur le court terme.Proposition 5 : Tout financement accordé par la BPI en fonds propres devrait êtreaccompagné d’un investissement par un acteur non public, afin d’optimiser la sélectiondes dossiers.Proposition 6 : Favoriser la création par des entrepreneurs/institutionnels, deplateformes de marchés privés, antichambres à la Bourse, permettant aux grosses PME,sociétés innovantes et ETI, de lever des fonds ou d’offrir de la liquidité aux fondateurs,par transactions privées et standardisées avec des investisseurs accrédités.Proposition 7 : Créer un nouveau statut pour les fonds mezzanines opérant à 80%de leur activité en France au minimum et installés sur le territoire français, endéfiscalisant un quart de la prime de performance (carry) touchée par les gérants, et encréant des partenariats BPI/ Fonds Mezzanine.Proposition 8 : Créer une nouvelle catégorie de société de crédit industriel, les BDC(Business Development Corporation) à la française, par partenariat avec les pouvoirs   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 42
  • 43. publics. Les BDC, créées et gérées par des entrepreneurs financiers privés, lèveront desfonds propres en Bourse par appel à une épargne publique attirée par un hautrendement du dividende, et de la dette auprès de la BPI, les institutions bancaires etinternationales (fonds souverains). Elles octroieront des prêts aux projets les plus risquésdes grosses PME et ETI françaises seulement, contre un coupon de l’ordre de 7%, et lesaccompagneront sur 8-10 ans. Des secteurs à fort effet multiplicateur en termesd’emplois et de valeur ajoutée seront ciblés dans la législation sur les BDC:aéronautique, automobile, défense, fret maritime, transports, énergie et service associés,mines, matériaux, machines-outils.Proposition 9 : Reprendre le programme de désengagement des participationsminoritaires de l’Etat dans des entreprises industrielles et permettre à des entrepreneursfrançais de redresser et développer en France et à l’international ces entreprises.Programme pluriannuel (4 ans) de désengagement par le FSI et l’Agence desParticipations de l’Etat à hauteur de respectivement 3.5 et 6.5 milliards d’euros: intérêtsdans Vallourec, CGG Veritas, Eramet, Areva Mining Uranium, Renault,… etreconfiguration de ces entreprises avec des industriels ou institutionnels français.Proposition 10 : Réorienter le FSI vers deux missions: le financement de l’innovationtechnologique (capital-risque de sociétés matures en partenariat avec les fondsclassiques) et la restructuration des compagnies industrielles en difficulté.Proposition 11 : Créer un Conseil de la Recherche et de la Prospective, rattaché à laPrésidence de la République, aux fins (1) d’intégrer les grandes lignes de la recherchefondamentale française et les objectifs du politique ; et (2) de définir de manièrerationnelle les spécialisations industrielles et les modalités de partenariats public/privépour développer ces secteurs.Proposition 12 : Rétablir l’ANVAR (Agence nationale de valorisation de la recherche)et la placer sous l’égide du nouveau Conseil de la Recherche et de la Prospective.Accueillir des industriels et des chercheurs du privé au sein de ces deux organismes.Proposition 13 : Piloter un effort national en mathématiques fondamentales, enrenforçant son enseignement et ses centres de recherche, en favorisant l’émergenced’un nouveau statut de Fondation Mathématique pour encourager les donationsprivées, et en travaillant en partenariat avec les industriels des secteurs aéronautiques,militaires, et mécaniques.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 43
  • 44. Proposition 14 : Immédiatement lancer 10 projets industriels appliqués d’envergurepar appel au privé/concours, avec prix à destination des entrepreneurs (E1mln) etfinancements.Proposition 15 : Encourager les fondations de droit privé à la prise en charge de lascolarité de jeunes scientifiques via l’octroi de bourses spécifiques uniquement surmérite.Proposition 16 : Introduire dans le calcul des bourses universitaires, un coefficientaugmentateur pour les étudiants avec un solide projet entrepreneurial, et pour lesétudiants dans le domaine scientifique.Proposition 17 : Rendre gratuite la scolarité en doctorat scientifique.Proposition 18 : Réfléchir, dans le cadre du futur fonds Qatari pour les banlieues, àdes aides spécifiques pour encourager les vocations scientifiques dans ces milieux.Proposition 19 : Créer de véritables Universités d’Excellence généralistes, parregroupement de grandes écoles et universités, au-delà des simples pôles actuels etcollaborations ponctuelles.Proposition 20 : Créer des programmes de type HEC Entrepreneurs dans chaqueformation scientifique, y compris parmi les doctorats.Proposition 21 : Réfléchir à une séparation du financement de la partie dépendancede la protection sociale vs la partie assurance.Proposition 22 : Créer un Bureau des Droits des PME, et associer cet organeconsultatif au travail règlementaire et parlementaire afin d’identifier ex ante les mesuresdans les textes généraux qui pourraient créer des problèmes d’application pour les PME.Proposition 23 : Créer une Agence du Financement Industriel des PME, rattachée à laBPI et structure de tête d’OSEO (partie publique des fonds), afin de rationaliser leprocessus décisionnaire public/privé d’aides aux PME.Proposition 24 : Repenser les dispositifs ISF/TEPA et Madelin en fusionnant les deuxsystèmes d’incitation fiscale en un dispositif unique, engendrant déductibilité sur tousles impôts et toute la base imposable, pas uniquement l’ISF.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 44
  • 45. Proposition 25 : Etablir une distinction fiscale entre les business-angels en phased’amorçage et les business-angels en phase de revenus, sur le modèle du Royaume Uni.Proposition 26 : Etablir une distinction fiscale entre l’investissement direct dans uneentreprise et l’investissement dans un fonds d’amorçage FCPI.Proposition 27 : Créer un Guichet Unique en ligne pour la création d’entreprises, surle modèle du Companies House britannique.Proposition 28 : Lancer un effort massif de numérisation de l’administration françaisepour rationaliser les près de 700 sites en gouv.fr. Unifier leurs chartes graphiques, éviterles redondances de contenus et les informations peu adaptées. Ouvrir des systèmes demessagerie instantanée privée sur ces sites accessibles aux individus âgés, handicapés,ou vivant trop loin des administrations physiques.Proposition 29 : Permettre l’essor de l’exploitation pétrolière offshore en Guyane.Proposition 30 : Créer un sous-véhicule au FSI pour financer de nouvelles entreprisesd’exploitation pétrolière ou minière cruciales pour les intérêts français (du fait de leurgéographie ou de la nature de la ressource).Proposition 31 : Envisager l’adossement d’Areva Mining et d’Eramet à de nouvellesstructures entrepreneuriales (sortie de l’Etat) à un horizon de trois ans.Proposition 32 : Réorienter les vieilles industries textiles au-delà du pur débouchévestimentaire, vers les applications professionnelles et innovantes.Proposition 33 : Création d’un label AOP (Appellation d’Origine Protégée) pour lesmarques artisanales françaises de qualité avec un savoir-faire dans la fabrication.   Génération Expat – Le think tank des français de l’étranger   Etude n°1 – L’Avenir de l’Industrie Française (octobre 2012) Rapport — www.generationexpat.fr 45

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