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Arnaud Montebourg - Mon projet pour l'école
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Arnaud Montebourg - Mon projet pour l'école

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le projet d'Arnaud Montebourg pour l'école dans le cadre de l'élection présidentielle 2012

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  • 1. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 1
  • 2. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 2
  • 3. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école RemerciementsJe tiens à remercier toute léquipe qui a travaillé de prèsou de loin à lélaboration de ce texte depuis plus dun 3an. Parents, enseignants, chefs détablissements,inspecteurs généraux, experts de l’éducation, certainssyndiqués et dautres pas, certains membres du partisocialiste et dautres venant d’horizons différents, sesont régulièrement réunis pour formuler despropositions et construire avec moi ce projet pourl’école qui sera l’une des pièces maîtresses de lanouvelle France. Tous nont pas souhaité que je lesremercie nominativement car leur situationprofessionnelle ne leur permet pas dêtre cités. Je leuradresse ma gratitude.Je tiens à remercier Jean-Pierre Obin, inspecteurgénéral honoraire de l’Education nationale, qui ma faitlhonneur de préfacer ce texte. J’adresse aussi mesremerciements à Nathalie Mons, sociologue et maîtrede conférence, que nous avons auditionnée et qui nousa éclairés sur les études comparatives internationales ; àJean-Louis Auduc, ancien directeur adjoint de lIUFMde Créteil, auteur de plusieurs ouvrages sur les
  • 4. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesystèmes éducatifs ; à Jean-Marie Panazol comme àMarie-Chantal Genemaux, ancienne principale decollège et chargée de mission « politiques éducatives » àla Ligue de l’enseignement. Je remercie égalementIsmaël Ferhat, Sébastien Bracciali et Fadi Kassem,professeurs agrégés, ainsi que Thierry Laigle, 4professeur des écoles, Malika Ahmane, étudiante,Maurice Ronai, sociologue expert des questionsnumériques, Julien Dourgnon, responsable des expertsde ma campagne ou Viviane Becourt, mère célibataireattentive à léducation de sa fille, qui ont réfléchi, reluet conseillé. Merci aussi à Bertrand Monthubert,secrétaire national du Parti socialiste, universitaire etancien président de « Sauvons la recherche », pour sesconseils et sa relecture critique. J’adresse enfin mesremerciements à François-Xavier Petit, professeuragrégé, pour m’avoir accompagné dans l’écriture. Ettout particulièrement à Maya Akkari, professeurcertifié de mathématiques qui a coordonné l’ensembledes travaux.Ce texte est le fruit de l’expérience quotidienne de tousles acteurs de l’éducation, qu’ils soient professeurs,élèves, personnels d’encadrement ou parents commemoi. Il a été mûri dans une pratique et une expérience ;il s’est nourri d’années de vécu pour dresser unconstat, formuler des propositions et dégager les
  • 5. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolemoyens de mettre en œuvre l’école de la nouvelleFrance. C’est faire là œuvre de rassemblement autourd’un projet commun à toute la société, imaginé avecceux qui sont tous les jours au contact de l’école et denotre jeunesse. 5
  • 6. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 6
  • 7. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Préface Jean-Pierre ObinInspecteur général honoraire de l’Education nationale 7 Education : néolibéralisme ou République L’un des mérites d’Arnaud Montebourg est deprendre au sérieux l’hégémonie mondiale, installéedepuis une trentaine d’années, de l’idéologienéolibérale. Ce n’est sans doute pas là, en effet, unphénomène mineur ou passager, mais plutôt le témoind’une évolution profonde de nos sociétés, dont il fautbien saisir les causes afin d’en mieux combattre leseffets ; et d’en tirer sérieusement - surtout si l’on seprésente à la magistrature suprême - les conséquencespolitiques. Le succès des idées néolibérales n’est eneffet pas dû à l’existence de grands penseurs ou àl’impact d’une théorie puissante, mais plus simplementà son adéquation à une situation historique objective :
  • 8. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolela nouvelle ère ouverte dans les sociétés occidentalespar l’effondrement de toutes les formes de l’autorité,qu’elles soient religieuses ou politiques. Le dernier desépisodes – et pas le moindre ! – en a été la défaite de ceque Raymond Aron a appelé les religions séculières etHannah Arendt le totalitarisme. L’effondrement de 8l’idéologie communiste marque sans doute ladisparition définitive dans notre civilisation de toutprincipe d’autorité légitime dans le domaine politique ;ce dont témoigne Claude Lefort lorsqu’il décrit« l’impossibilité à s’en remettre dorénavant à un garantreconnu par tous : la nature, la raison, Dieu,l’Histoire. » Même l’idéologie du progrès, de la foi enl’avenir, s’est retournée : aujourd’hui la science et latechnique n’apparaissent plus comme des sourcesd’espoir d’une possible maîtrise des forces de la nature,mais comme des motifs de crainte d’une apocalypsepar la destruction de la nature. Si l’idéologie néolibérale apparaît parfaitementadaptée à un monde dont tout principe d’autorité adisparu, c’est qu’elle est fondée sur un principe opposéà l’autorité, celui de l’autonomie totale de l’individu, unindividu isolé, défini simplement par ses droits, sesaspirations et ses intérêts. Pour le néolibéralisme, seulsexistent en effet des individus, liés en droit par nulleautre obligation que librement consentie, c’est-à-direcontractuelle. Mais du coup toute dimension historique
  • 9. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleest déniée à l’humanité, et sont rejetés le passé (latradition) ou l’avenir (le projet) comme principeslégitimes d’organisation collective. Ne reste pour lesnéolibéraux que l’évidence du présent et la seulerégulation possible des intérêts et des aspirations desindividus par le marché. Rien, issu du passé ou contenu 9dans une vision de l’avenir, qui ne doive contrariercette singulière croyance que les individus sontuniquement guidés par leurs intérêts et leursaspirations. Tout principe d’unité sociale ayant disparu,Dieu, la Tradition, la République, la Morale, le Parti etl’avenir radieux, le Progrès, tout cela ayant été balayé,mis à bas, « déconstruit », restent, triomphants,l’individu, ses droits et le marché. Dans cette vision, lerôle de l’Etat – minimal - se borne donc strictement àla protection des droits individuels et des mécanismesdu marché. C’est là sans doute la raison du succès de lanotion de « société civile », une représentation de lasociété conçue comme un ensemble de regroupementsd’individus, librement fondés sur le partage d’identitésou d’intérêts, et sur leur libre jeu. Le corporatisme, quine voit pas plus loin que ses intérêts particuliers,s’accommode en définitive fort bien de cette idéologie. Dans ce contexte, les préoccupations deshommes politiques tendent d’avantage à refléter ladiversité de la société civile, plutôt que de donner une
  • 10. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleorientation à la nation. On accorde désormais plusd’importance à la forme, à ce qu’on appelle lagouvernance, qu’au fond, ce qu’on nomme encore legouvernement. Les partis, par les candidats qu’ilsprésentent aux élections notamment, s’efforcentdavantage de représenter cette diversité, d’être son 10miroir, que d’entraîner la société vers un but ou de latransformer. Quant à l’éducation, que devient-elle dans cenouveau contexte idéologique ? Pour fonctionner,l’idéologie néolibérale ne s’appuie pas que sur le droitet l’économie mais table aussi sur l’éducation.Education libérale et économie libérale partagent eneffet le même grand principe, le rejet des attachescollectives et de toute forme d’autorité, et notammentle rejet du politique comme instance de normativité oude régulation collective. Economie libérale et éducationlibérale vont de pair et se confortent. Il faut y êtreattentif : on ne peut, comme certains, aimer l’une etdétester l’autre, et repousser l’une sans rejeter l’autre.Car c’est l’enfant délié de toute attache collective,éduqué dans la légitimité absolue de ses choixindividuels, « auto-construit », qui, devenu adulte, peutcroire se réaliser en contractant librement pouraccomplir ses aspirations et défendre ses intérêts. Pourles néolibéraux, la vie consiste à la fois à se réaliser soi-même, d’où l’éducation à l’auto-construction de soi et la
  • 11. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolepédagogie de l’auto-construction des savoirs, et àréaliser ses aspirations, d’où l’économie de la libertéabsolue d’entreprendre et de consommer. La mise en œuvre de ce projet rencontrecependant de nombreux obstacles. D’abord elles’oppose à la tradition française d’une « éducation 11nationale », d’une école publique davantage tournéevers l’édification et la consolidation d’une nation - elle-même conçue comme fondement de la cohésionsociale - que destinée à répondre aux seules ambitionsdes individus et des familles. Ensuite ce projet seheurte aux apories qu’il engendre : l’atomisation socialeet l’apologie de la liberté individuelle ne font pas bonménage avec l’idée même d’école et avec lescontraintes de toute vie scolaire ; l’anomie sociale etmorale des jeunes, et le développement de la violencequi en résulte, provoquent en retour une nouvelledemande d’autorité, de réglementation et de protectionde la part des parents, et notamment de ceux desclasses populaires ; le développement des affirmationsidentitaires et des revendications religieuses a poureffet un renouveau de l’exigence laïque à l’école. Deces contradictions, émerge progressivement l’idée quel’école doit (re)devenir l’institution fondatrice du vivreensemble, qu’elle doit bien sûr transmettre desconnaissances, mais aussi former des compétencescognitives et sociales, faire partager des valeurs
  • 12. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolepolitiques et morales, promouvoir des attitudesciviques, éduquer des comportements responsables. Les tenants de l’éducation libérale se heurtentégalement à un obstacle difficilement surmontable :l’existence du savoir comme principe universeld’autorité. Le savoir n’est en effet pas libéral et ne peut 12pas le devenir. Aussi est-il faux de dire, voire deprofesser comme on l’entend souvent, que chaqueélève construit son savoir. Le savoir nous surplombe :deux et deux font quatre, c’est ainsi, il n’existe aucuneliberté par rapport à cette vérité, et même le professeurne peut s’en affranchir ! Ce surplomb du savoir, ceprincipe d’autorité incontournable est évidemmentinsupportable à l’individu néolibéral et à sa quêteradicale d’autonomie. D’où le succès, dans les milieuxfortement marqués par l’individualisme, du« constructivisme » éducatif : comme l’on doit bienadmettre que le but des apprentissages est commun,que le savoir ne vaut que s’il est le même pour tous, onargumente qu’heureusement, le chemin pour yparvenir est quant à lui individuel. L’enseignement, lesparcours scolaires, la pédagogie doivent donc êtreindividualisés, et l’éducation être libéralisée. Mais à quiprofite alors le libéralisme scolaire ? Toujours auxmêmes. En voici trois illustrations. La carte scolaire pour commencer. Voilà unecontrainte imposée par l’Etat aux parents, certes avec
  • 13. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolebeaucoup de dérogations, jusqu’en 2007, et queNicolas Sarkozy a décidé de lever, leur disant enquelque sorte : « l’école est obligatoire, mais vouspouvez choisir la vôtre. » On en voit maintenant lerésultat, sur le terrain et au travers des études quicommencent à être publiées : le développement d’une 13ségrégation croissante entre les établissements, audétriment des résultats de la grande majorité des élèveset en particulier des plus fragiles. L’orientation pourcontinuer, seconde occasion de choix scolaire pour lesélèves et les familles. Une recherche montre qu’unécart de 57 points sépare, à l’entrée au lycée, leschances des enfants d’ouvriers de ceux de cadres d’êtreorientés vers des études longues. Mais la grandedécouverte est que sur les 37 points de discriminationdus au parcours scolaire au collège, la moitié estimputable à l’orientation et l’autre moitié auxperformances. Ou encore : à notes identiques, lesélèves ne sont pas du tout orientés de la mêmemanière ! D’autres recherches corroborent ce résultat :à chaque fois qu’il y a choix d’orientation, d’option,d’établissement, qu’il y a liberté de choisir, ce sonttoujours les mêmes qui en profitent, qui font les bonschoix : ceux bien sûr qui possèdent l’ambition,l’information et les réseaux. Troisième illustration pourfinir : l’individualisation des parcours et ladéstructuration du groupe-classe qui en résulte au lycée
  • 14. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école(et même au collège) par le jeu des options et desdifférents dispositifs d’aide et de soutien. Lesprincipaux des collèges de ZEP le savent bien : lamultiplication des dispositifs qui font éclater lesgroupes-classes déstabilisent les élèves les plus fragiles ;ce sont ceux-là qui pâtissent le plus de l’émiettement 14des structures d’enseignement, et de ne pas disposer dela structuration et de la contrainte rassurantes, commeà l’école primaire, d’un groupe permanent et d’un toutpetit nombre d’intervenants. D’une certaine manière, par son laisser faire, parsa dévotion au mythe de la singularité cognitive dechaque élève et, partant, par sa soumission auxdynamiques sociales ségrégatives, la pédagogie libéralepeut être vue comme la négation-même de toutepédagogie. Mais sa nocivité n’invalide nullementl’absolue nécessité de l’entreprise pédagogique qui, aucœur de l’acte d’enseignement et d’éducation, s’attacheà mettre progressivement les savoirs à la portée desélèves ; et doit s’efforcer aussi de contrecarrer lesdynamiques mortifères de l’entre-soi et del’individualisme. Pédagogies du projet, de lacoopération, de l’entre-aide, monitorat etenseignement mutuel, travaux de groupe, méthodesactives… autant de courants et de dispositifs portéspar certains enseignants et chefs d’établissement, et quipeuvent placer la solidarité au cœur de la classe, « tirer
  • 15. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolevers le haut » les plus faibles en s’appuyant sur les plusforts, et donner du sens – et de l’efficacité – au combatpour la mixité scolaire et sociale des établissements etdes classes qui doit être celui de tout gouvernement degauche. Marcel Gauchet le prophétisait en 1985 : « Au 15bout de la pédagogie libérale il y a l’école de l’inégalité »écrivait-il. Nous y sommes ! Comment ne pas voir quela libéralisation des choix scolaires est devenue,aujourd’hui en France, l’un des points d’application lesplus stratégiques de l’idéologie néolibérale ; et lecombat intéressé de ceux qu’elle favorise ? C’estprécisément contre cela que s’élève le projet d’ArnaudMontebourg, en réintroduisant les idées de choixcollectifs, de volonté politique, d’intérêt général, deBien commun, de justice sociale, de laïcité, bref deRépublique, au cœur d’une nouvelle politique éducativede gauche dans l’Education nationale. Jean-Pierre Obin Inspecteur général honoraire de l’Education nationale
  • 16. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 16
  • 17. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Sommaire3 Remerciements6 Préface de Jean-Pierre Obin 1719 Avant-propos : L’école de tous les jours19 Le trait d’union entre tous les Français21 Les pièces d’un nouveau modèle social français23 Nous avons réussi la massification, il faut désormais réussir la démocratisation26 Mon projet pour l’école et ses deux adversaires27 Justice et performance29 L’école de tous les jours39 Une nouvelle ambition scolaire41 Un système à la dérive et des gens courageux41 Un héritage de réformes manquées ou inachevées50 Lécole est un lieu de reproduction sociale et de ségrégation55 Douloureux divorce entre la société et son école62 Léducation nest plus vraiment ni gratuite, ni nationale65 Face au désengagement de l’État, la débrouille des familles
  • 18. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école68 Léducation est considérée comme une charge et non un investissement70 Notre système scolaire malmène ses enseignants, au détriment de tous et notamment des élèves79 Une école qui ne tient pas compte des rythmes biologiques des élèves 1880 Des contenus disciplinaires pléthoriques et qui ne sont pas toujours en phase avec le monde d’aujourd’hui87 Mes propositions pour transformer l’école87 Unifier et différencier90 Unifier le système scolaire : l’école commune et le lycée polyvalent101 Créer les conditions de l’égalité : une nouvelle carte scolaire108 Changer la classe : organiser la pédagogie différenciée dans un système unifié114 Transformer la condition enseignante : Formation, carrières : de nouvelles perspectives122 Changer jusqu’aux cadres de l’Education nationale123 Autour de l’école127 Le pari de l’école numérique132 Combien tout cela coûte-t-il ? La priorité doit être donnée à l’école commune135 Conclusion137 Propositions
  • 19. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Avant-propos L’école de tous les jours 19Le trait d’union entre tous les Français L’école est un point commun entre les Français.Tous, nous avons été élèves et portons avec nous nosbons et moins bons souvenirs. Beaucoup sontactuellement des parents ou grands-parents associés deprès ou de loin à la scolarité de leurs enfants, desdevoirs aux rencontres parents – professeurs. Sansoublier le million de Français qui travaille dans lesystème scolaire et relève tous les jours les défis siprimordiaux de l’éducation de nos enfants, dans lesconditions que nous connaissons, ni les entreprises quiont besoin de futurs salariés compétents, capables desuivre ou anticiper le progrès technique. Bref, delouvrier au cadre supérieur, en passant parl’entrepreneur ou le petit commerçant, tous, sansexception, sont convaincus que les savoirs sontessentiels à l’élévation de l’individu. L’école est ainsi lecreuset de notre nation, celui où se bâtit une certaineidée de lhomme-citoyen, où se construit une culturecommune, où l’on découvre la différence. C’est le lieu
  • 20. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleoù se transmet le patrimoine d’une société, degénération en génération, où les enfants s’éveillent,apprennent, conquièrent pas après pas l’autonomie desadultes qu’ils sont appelés à devenir. Car s’émanciper,ce n’est pas uniquement avoir un bon diplôme pouravoir un bon emploi, c’est aussi et surtout pouvoir se 20dépasser, se confronter à la différence, se libérer de cequi nous enchaîne parfois et peut déterminer notreparcours de vie : milieu social, qu’il soit modeste oubourgeois ; genre, qu’on soit fille ou garçon ; sexualité ;histoire familiale ou territoire. L’école est tout cela à lafois, autant que le lieu où les élèves choisissent uneorientation professionnelle. L’école tient ainsi dans sa main la formation desprofessionnels de demain dont le niveau decompétence, quel que soit le domaine, détermine laprospérité de notre économie. Elle porte en mêmetemps la construction d’individus libres de leursjugements, par l’acquisition des savoirs etl’appréhension de la complexité du monde. Pourquoiopposer ces deux missions ? La société attend de sonécole qu’elle les mène de front.
  • 21. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleLes pièces d’un nouveau modèle social français Les espoirs, tensions et maux de la société nes’arrêtent pas à son portail, surtout dans nosdémocraties modernes traversées par des médias qui 21modifient et multiplient les canaux du savoir, autantqu’ils plongent les jeunes dans l’immédiateté de laconsommation et l’assouvissement instantané desdésirs ; démocraties placées sous l’assaut du marketinget de la marchandisation des rapports sociaux ;démocraties qui doivent faire vivre ensemble des gensd’origines diverses et des revendications identitairesloin d’être illégitimes ; démocraties déchirées par lechômage, le travail précaire aux horaires improbableset les inégalités toujours si criantes. Il nous faut enprendre la mesure. Depuis les grandes réformesscolaires de Napoléon, de Jules Ferry et de René Haby(collège dit « unique »), l’école a parcouru un cheminimmense. Personne ne peut nier la montée du niveaudes qualifications mais à celles-là ont correspondu lamultiplication et la diversification des problèmesculturels et sociaux. Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas derevenir en arrière, mais au contraire de franchir unnouveau cap, construire l’école d’un siècle nouveau,celle qui réduit les inégalités et s’adapte à la société
  • 22. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolenumérique, ou plutôt forme des jeunes citoyenscapables de se mouvoir, d’exercer leur esprit critique,de s’émanciper personnellement, de réussirprofessionnellement et de travailler collectivement. Des questions lourdes sont posées aux futursdirigeants de la France : comment enseigner ? Quelle 22pédagogie utiliser ? Faut-il aller vers des classes deniveau ? La concurrence entre établissements est-elleun progrès ? Quel rôle pour les familles ? Le collègeunique est-il une bonne chose ? Qu’en est-il du métierd’enseignant à notre époque ? Et combien tout celacoûte-t-il ? Vis-à-vis de l’école, nos attentes sont grandes. Ajuste titre. Mais elle ne peut pas être jugée seuleresponsable de l’échec scolaire de certains élèves,encore trop nombreux, et de la stagnation éducativedepuis 1995. Certes, l’instruction-transmission dessavoirs et des savoir-faire, lapprofondissement desconnaissances- de chaque enfant et de chaque jeune estsous son entière responsabilité, et dans ce domainenotre système éducatif doit encore beaucoupprogresser, mais l’éducation -comportement,citoyenneté, valeurs- est l’affaire de tous et laresponsabilité en est partagée : familles, école,collectivités locales, entreprises, médias et associationsd’éducation populaire… Le poids de la réduction desinégalités ne doit donc pas peser uniquement sur ses
  • 23. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleépaules, mais l’école réinventée que je propose doit enprendre toute sa part. L’école réinventée est ainsi un élément dunouveau modèle social que je propose et qui doitprendre place à côté d’une nouvelle politique pour lajeunesse, d’une autre politique des villes ou d’une 23reconfiguration de la formation professionnelle ;autant de pierres quil faudra assembler dans le mêmeédifice.Nous avons réussi la massification, il faut désormais réussir la démocratisation En un mot, si l’on regarde par-dessus notreépaule, notre système scolaire a réussi la massification,permettant l’accès à l’instruction à tous les enfants,mais il a raté la démocratisation, cest-à-dire l’égal accèsà la réussite scolaire entre les enfants de tous milieux.Voilà l’enjeu. Si tous les enfants vont à l’école(massification), il faut désormais leur donner un égalaccès à toutes les filières de l’enseignement supérieursans exception (démocratisation). Il s’agit de justicesociale, mais également de l’avenir de la France quidoit élargir son élite et vaincre l’échec scolaire.
  • 24. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Actuellement, lorsqu’un élève sort d’un collègedu quartier populaire Saint Charles à Nice, il n’a pas lemême bagage scolaire que lorsqu’il sort d’un collège ducentre de la ville de Nantes. Là est un des nœuds dumal scolaire français. Comment voulez-vous demanderaux familles d’avoir une attitude républicaine si, 24lorsqu’elles inscrivent leurs enfants dans l’école d’unquartier populaire, ils en sortent avec un niveauscolaire moindre que s’il avait été scolarisé dans unétablissement d’un quartier moins défavorisé ? Quevoulez-vous dire à certains de nos jeunes des quartierspopulaires qui disent avoir « la rage » lorsque,excellents élèves de leur collège de secteur, ils seretrouvent à la queue du peloton dans le « grand » lycéedu département et qu’ils n’arrivent pas à réaliser leurenvie légitime d’intégrer les filières prestigieuses ?Leurs parents n’avaient pas les codes et lesinformations nécessaires pour se mouvoir dans unsystème opaque. Pour que nos principes d’égalité et defraternité ne soient pas que des paroles en l’air, aussicreuses que discréditées, il faut que l’ÉducationNationale garantisse sur tout le territoire, dans tous lesétablissements, dans toutes les classes, une égale qualitéd’accès aux savoirs et aux compétences. Mais cela ne sefera pas sans une approche différenciée des élèves etsans pédagogies coopératives et il nous faudra y mettreles moyens pour garantir la cohabitation de ces
  • 25. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleapproches avec l’impératif de mixité. Il nous faudracertainement augmenter le budget alloué à l’instructionde nos enfants, mais il sera également nécessaire dedéfinir des priorités, notamment en faveur del’enseignement de base qui va de la maternelle à la finde la troisième. 25 Tout le monde ne fera pas Polytechnique, maisl’accès à la réussite doit être démocratisé. La France abesoin d’une élite élargie, forte, renouvelée, utile ànotre pays et non composée presqu’exclusivement deceux qui ont les codes du système et les gardentjalousement pour eux. La réponse que nous proposonsest l’égal accès à la réussite. C’est une grande tâche, ungrand et difficile projet de société. Comme tous lesgrands desseins, il appelle à lui une société qui ne peutse satisfaire de l’état de son école et qui a décidé de seremonter les manches pour la faire changer. Car desrustines et des réformettes n’y suffiront pas. Cettegrande transformation, tous les acteurs l’attendent :élèves, parents, professeurs, cest-à-dire tous ceux quifont de leur mieux tous les jours et qui se désespèrentde se heurter aux murs d’un système bien souventabsurde, opaque ou paralysé. Finalement tous sont deshommes et des femmes de bonne volonté reliés par lamême chaîne. Il faut désormais les rassembler et lesunir autour d’un projet de transformation qui va bien
  • 26. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleau-delà des moyens. Pour ma part, je conçois le rôle dupolitique comme celui d’un inventeur de la vie future.Ces propositions s’en veulent la mise en pratique. 26Mon projet pour l’école et ses deux adversaires Dans ce grand effort pour tracer un cheminvers la réussite, quelle qu’elle soit, pour chacun, nousnous opposerons à deux autres projets. Celui deNicolas Sarkozy qui vise un système de détection et desélection parfois efficace pour une infime minorité de« meilleurs » extraite des ghettos scolaires, maisabandonnant tous les autres à leurs sortsd’irrémédiables perdants. Pire, cette politique dissimulederrière de rares trajectoires brillantes de quelques unsles bataillons laissés en rase campagne de l’échecscolaire. L’autre projet que nous repousserons est celuidu nivellement par le bas, celui dans lequel, au nomd’une conception absurde de l’égalité on pourchassel’excellence pour uniformiser la médiocrité. Nousportons au contraire deux ambitions, celle d’un égalaccès à la réussite et celle d’un accompagnement desélèves pour qu’ils aillent plus loin que ce qu’ils avaientpu imaginer. A celui qui obtient 6 sur 20, nous devonsêtre capables de dire : « On va travailler ensemble pour que
  • 27. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoletu aies 11. Et de là nous irons plus loin » ; A celui qui veuxêtre cuisinier, nous allons dire : « ne vise pas un CAP, vajusqu’au bac professionnel et de là, vise la licence professionnelle.Nous allons t’y aider ». Ni choix de quelques meilleurs, nialignement sur les plus faibles, mais l’excellence pourtous et quelle qu’elle soit. Et ce n’est pas qu’un slogan 27facile qui revient à chaque élection, car nousavancerons tout au long de ce texte des solutionsconcrètes et des moyens matériels. Le défi est aussigrand que d’amener les petits paysans à l’école de laRépublique, à la fin du XIXe siècle, ou 80% d’uneclasse d’âge au bac dans la seconde moitié du XXe.C’est pourtant le nouvel enjeu de notre société.Justice et performance Ce projet peut tenir en deux mots : justice etperformance. C’est la justice qui assure la plus grandeperformance du système ; une réelle performance quise mesure à l’échelle de la société – pas de quelquesfilières d’excellence et dispositifs discriminants quiservent de cache-misère ; une égalité réelle qui permetà chacun de se réaliser et d’aller le plus loin possible.Justice et performance, c’est l’objectif croisé, la liaisonintime qu’il faut concrétiser, l’alchimie nouvelle qui
  • 28. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleimpose de revoir tout le système. Bref, c’est l’unionsacrée pour une école qui reprend sa place dans notresociété, et qui doit de nouveau oser et porterl’optimisme. La justice est la condition de saperformance. 28 Parents soucieux, professeurs désespérés, élèvesdéboussolés, personnels résignés, mais aussi grands-parents inquiets du sort de leurs petits enfants,diplômés-chômeurs qui ne voient pas la fin de la galèreou jeunes sortant chaque année du système scolairesans diplôme, ce projet est pour vous tous, vous quivous heurtez au même mur d’un système en roue libre,vous que l’on veut opposer les uns aux autres mais quiêtes pourtant reliés par un fil invisible : le besoin de latransformation de l’école. Isolément, là où vous êtes,vous vous battez pour améliorer les choses : parent quiessaye d’aider les devoirs de son enfant ; professeur quiva au-delà de son travail parce que des élèves ontbesoin de lui… Vous êtes des étincelles d’espoir qui,mises ensemble, peuvent accoucher de la grandetransformation de notre système scolaire. Vous êtestous ces gens dont je vais décrire les trajectoires, lesdifficultés et les espoirs. Ces histoires sont les vôtres, ce projet doit ledevenir.
  • 29. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleL’école de tous les jours L’école est le quotidien de millions de Français,jeunes ou moins jeunes. Elle est le lieu de formidableshistoires, mais aussi de très lourds – bien trop lourds –problèmes. 29 Prenons Jennifer. Jennifer a un pèrechaudronnier. Enfant, il l’emmenait parfois dansl’atelier, le mercredi après-midi, pendant que ses amiesallaient à la danse. Mais Jennifer n’a jamais eu envie deporter un tutu. Ce n’est pas cela, être une filleaujourd’hui. Etre une fille, c’est faire ce que l’on aime.Et ce qu’aime Jennifer, c’est voir le métal changer decouleur sous la flamme du chalumeau. C’est lapremière chose qui l’a fascinée dans l’atelier de sonpère situé dans une zone industrielle de Mulhouse.Quand il s’est agi de choisir une orientation, Jennifern’a pas hésité. Elle voulait travailler le métal. En plusson père lui a dit qu’elle trouverait facilement unemploi. Elle a donc choisi de faire un bac proindustriel. Toutes ses amies sont parties dans un lycéegénéral. Il a fallu s’en séparer. Jennifer l’a mal vécu.Elle n’a plus l’impression de vivre la même vie qu’elleset les liens se sont distendus. Dans son lycéeprofessionnel, Jennifer n’est pas très heureuse. Elle estla seule fille dans sa classe. Du coup, elle n’a plus
  • 30. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolebeaucoup d’amis et se dit qu’en lycée général elle auraitrencontré des gens différents, d’horizons divers. Ellese sent vraiment seule. Les garçons de sa classe ne sontpas là par choix, méprisent la filière industrielle, ducoup sont souvent absents et l’ambiance est mauvaise.Ils voulaient faire compta ou vente, « du business », 30disent-ils. Mais ils n’avaient pas le niveau, alors on les amis là. Parfois, elle essaye encore de les convaincred’être fiers de leur filière et leur dit qu’ils gagnerontplus que ses copines qui veulent faire une fac depsycho. Mais ils ne la croient pas. Il faut dire que leurlycée ghetto n’incite pas à avoir confiance en l’avenir etn’ouvre pas de perspectives. Après le lycée que feront-ils ? Pas de BTS à l’horizon. Rien du tout. Ils n’ontmême pas idée de ce qu’il peut y avoir après. Commedans leur établissement, il n’y a qu’une filièreprofessionnelle industrielle, impossible d’imaginerl’avenir. Ils sont comme enfermés. Plus ça va et plusJennifer a l’impression de ne pas être à sa place. Au furet à mesure, porter tout cela sur ses épaules est devenutrop lourd. Ses professeurs l’aident beaucoup, mais ellesent dans leurs regards qu’ils se demandent ce qu’elleest venue faire là. Fatiguée de se battre, elle a demandésa réorientation. Ironie de l’histoire, elle qui voulaitêtre chaudronnière ira faire de la vente et sescamarades de classe qui en rêvaient resteront dans lachaudronnerie.
  • 31. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Sylviane élève seule son fils Kevin. Elle estassistante sociale et habite un quartier populaire de lapériphérie de Lyon et ses amis et ses voisins sontd’origines multiples. Comme elle, ils ont du mal àjoindre les deux bouts. Sylviane scolarise son enfantdans l’école du quartier, mais rapidement, elle s’est 31rendu compte que le niveau d’enseignement etd’exigences scolaires y est moindre qu’à l’école de sanièce qui, elle, habite en centre ville. Au début, elleessayait de laider à la maison pour « rattraper leniveau », mais dès que Kévin est arrivé en CE1, ce nefut plus possible pour elle. Rentrée généralement à18h30 à la maison, entre la préparation du dîner, lebain, le linge, le rangement, il ne lui restait plusbeaucoup de temps pour faire du travail en plus aveclui. Le week-end, souvent elle prenait des petitsboulots dappoint pour finir le mois, il fallait faire lescourses, le ménage. Sylviane a donc décidé de mettreKévin dans le privé pour qu’il soit mieux encadré,pensait-elle, même si cela représentait pour elle un coûtfinancier et un temps de trajet bien supérieur.Certaines de ses voisines payent des cours particuliers,elle a aussi essayé les cours particuliers. C’était hors deprix et le résultat pas très bon. Elle a enchaîné les« professeurs », sans être convaincue. Au bout dusixième, elle a enfin trouvé un étudiant avec qui Kévinprogressait. Mais il a dû arrêter trop rapidement pour
  • 32. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolefaire son stage de fin d’études. Du coup, Sylviane n’apas vu le bénéfice. Peut-être que ça la rassurait ? Quefaire quand on veut aider son enfant et que l’on n’estpas soi-même capable de l’aider en calcul mental ?Quant à l’école privée, avec un peu de recul, Sylvianene voit plus les avantages. Kevin a eu quelques 32difficultés à s’adapter, son niveau n’était pas assez bonselon le directeur et on lui a bien fait comprendre ques’il ne redressait pas la barre il devrait quitterl’établissement. Depuis, Kévin a souvent mal au ventrele matin en allant au collège. Et il a désormais le tempsd’avoir mal au ventre, car le collège privé se trouve à45 minutes de chez lui. Le bus scolaire ne l’y amènepas. Sylviane ne peut pas le faire, elle commence sontravail à la même heure. Jennifer ne connaît pas Sylviane. Pourtant, ellespartagent le même désarroi. Toutes deux ont voulufaire du mieux qu’elles pouvaient, mais se sontretrouvées dans un système qui ne leur a offert aucunesolution. Elles pourraient croiser Maria qui, dans sonrôle, affronte exactement les mêmes difficultés. Maria est adjointe au chef détablissement dunlycée de banlieue parisienne. Depuis trois semaines,branle-bas de combat au lycée. Suite à la défection dunprofesseur de mathématiques, elle doit chercher un
  • 33. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleremplaçant. Le collègue a craqué. Après cinq moisd’enseignement, il s’est dit que les élèves étaient tropdurs et que ce métier n’était pas celui qu’il avait choisi.« Faire la police toute la journée, ce n’est pas pourmoi », disait-il dans la salle des profs. LAcadémie ayantépuisé – dès le mois de décembre – ses ressources 33humaines en termes de remplaçants, Maria reçoitaujourdhui des CV et des lettres de motivationprovenant de candidats ayant vu une annonce au Pôleemploi « recherche professeur de mathématiques. 18heures de cours par semaine ». En rédigeant lannonce,Maria sest dit que cétait assez incroyable dêtre obligéden arriver là. Mais que faire ? Il faut bien assurer descours à des élèves qui passent le bac à la fin de lannée.Avec un peu de chance, se dit Maria, un étudiantconsciencieux répondra à lannonce. Pour évaluer lesCV quelle a reçus, Maria demande à Antoine, jeuneprofesseur certifié de mathématiques sil pense quunniveau bac + 2 est suffisant pour enseigner à des élèvesde Terminale Scientifique et Terminale Economique etSociale. Antoine, mi cynique mi désabusé lui demandesil na pas un autre CV à examiner. Le proviseurévoque alors un candidat qui détaille un nombreimpressionnant de formations... sans aucun diplômepour les sanctionner. Il sera choisi, par défaut. Il feradeux semaines de cours avant de renoncer. Et Maria
  • 34. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleexaminera dautres CV, et Antoine sourira denouveau... Anne est professeur de français dans un collègedes Yvelines. Originaire des Côtes dArmor, elle a étéaffectée en Seine-Saint-Denis après sa réussite au 34concours. Elle avait 24 ans. Pendant des années, elle asouhaité retourner dans son département dorigine,mais faute dancienneté, elle sest finalement rabattuesur la banlieue ouest parisienne. Elle y a gagné entranquillité dans lexercice de son métier : lorsquelledemande le silence, les élèves obéissent et tous sontattentifs et fournissent le travail quelle demande. Elleest un professeur apprécié de ses élèves, de sescollègues, bien noté par son Proviseur et sonInspecteur. Elle a acheté, avec son mari, une petitemaison pas très loin de la bretelle dautoroute qui leurpermet daller voir la famille en Bretagne, un week-endsur deux, pour que les enfants connaissent leursracines. Une fois par semaine, elle déjeune avec Ingrid,son amie denfance qui a choisi une autre voieprofessionnelle. Ingrid évoque ses déplacements àlétranger pour des séminaires, son salaire, désormaistrois fois supérieur à celui dAnne alors qu’elle étaitmoins qualifiée, sa possibilité douvrir une succursalede la compagnie à Toulouse ou peut-être à Prague,« Prague est une ville magnifique, tu sais ? ». Anne
  • 35. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegarde le silence lors de ces échanges et tente de trouverun autre sujet de conversation. Elle aimerait bien« évoluer », mais à part passer automatiquement unéchelon à 120 euros par mois tout les trois ans... quefaire ? Elle ne culpabilise même plus lorsque soninspecteur évoque le « renouvellement permanent des 35bons professeurs » et limpossibilité, pour eux, de selasser de leur métier. Non, même ceci ne latteint plus,la lassitude la progressivement emporté. Que faire ?Attendre la retraite ? Même son rêve de Côtes dArmorsest évanoui... Maintenant quils ont construit leur vieici... repartir, déraciner les enfants ? Non, ce nest passérieux... Alors que lui reste-t-il ? Devenir chefdEtablissement ? Et devoir vendre sa maison pourrésider, peut-être, dans un logement de fonctioninconfortable dun établissement sensible dont sesenfants auront peur de sortir ? Non plus... Alors, serésigner à attendre la retraite en se disant quelle abeaucoup de chance davoir « tout ça » ? « Non,sincèrement, lui demande Ingrid, si tu étais à ma place,tu préfèrerais quoi ? Toulouse ou Prague avec le salairedexpat ? ». Ahmed est professeur de Physique-Chimiedepuis cinq ans. Certes, il a eu la chance d’arriver dansle métier avant la réforme de la « mastérisation » etd’être un peu formé avant de se retrouver en
  • 36. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleresponsabilité face à élèves, mais il ne peut pass’empêcher d’avoir un goût amer dans la bouche. Sesnouveaux collègues, ceux qui viennent d’être, commeils le disent eux même, « catapultés devant les élèves »lui envient le peu de formation qu’il a eu à l’IUFM,même si elle était loin d’être satisfaisante. Ahmed vient 36de Toulouse, la ville rose. Mais comme la plupart desjeunes enseignants, il a été affecté pour son premierposte sur un établissement dit « difficile » de labanlieue parisienne. Les frais de transports pourretourner dans le Sud sont prohibitifs, alors il ne voitplus Karine, sa fiancée, que deux week-ends par mois.1 300 km aller-retour. « On partage les frais de train,avec l’abonnement, c’est gérable. En semaine, il y a letéléphone, avec l’illimité, ça permet de tenir. » Lasolitude est grande face à ce métier qui ne correspondpas tout à fait à ce qu’il imaginait. Ahmed est fils demédecin, petit-frère de deux ingénieurs, il a toujoursexcellé dans les matières scientifiques. Après deux ansde prépa scientifique, il a été admis dans des écolesd’ingénieur… mais il a préféré l’enseignement àl’ingénierie et s’est dirigé vers la fac. Affecté dansl’académie de Créteil comme beaucoup de jeunes, il adécouvert un monde qu’il ne connaissait pas. Lamisère, la vraie, « celle de la France d’en-bas », celle quifait ses courses dans des discounts alimentaires « dontrien que le nom fait peur », celle qui est à zéro au 15 du
  • 37. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolemois, celle qui a trois heures de transports en communpar jour et des horaires décalés. « Et puis les gosses. Jen’imaginais pas ça. Je viens d’un milieu doré, mon pèredispose d’un bureau, de bibliothèques, il y avait deslivres partout dans la maison, la télé, c’était de tempsen temps, pour regarder un reportage ou un film qu’on 37choisissait sur un programme ». Ses élèves sontdifférents, les familles, ici sont touchées de plein fouetpar le chômage de masse et le travail précaire. Lesdivorces sont nombreux, le manque d’argent n’aide pasles couples à tenir. « Les parents font ce qu’ils peuvent,mais c’est vite vu. Les gosses sont à la dérive. On nevient pas du même monde ». La pauvreté de ses élèves,parfois même la misère, Ahmed n’arrivait pas à lesoublier, il n’y était pas préparé. Et puis, il ne savait pasquoi faire. Quand un élève n’a pas fait ses exercices carl’électricité a été coupée à la maison la veille, que faire ?Le punir ? L’excuser ? Que dire à cette élève detroisième qui arrive tous les matins en retard parcequ’elle travaille le soir ? Comment faire de l’école unlieu où chacun peut mettre un peu de côté sesproblèmes personnels ? Au début, il était exigeant avecles élèves, mais très vite son chef d’établissement lui ademandé d’élever ses notes. « Vous allez me mettre lefeu à la classe, et puis les parents vont fuir. Nous nousdevons de les rassurer » lui dit-il. Mais rassurer qui ?Les élèves ne croient même pas en eux. Alors, la
  • 38. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolephysique-chimie leur paraît à des années-lumière deleurs préoccupations. « Franchement, je n’ai pas signépour ça. Je veux transmettre une discipline qui meplaît, qui me passionne, faire réfléchir les gosses sur…je sais pas… la naissance de l’univers ou le mouvementdes molécules dans un verre d’eau… mais là… à quoi 38je sers, au fond ? », se dit Ahmed. Il se sent très seul.Depuis sa titularisation il n’a jamais été inspecté. Sescollègues sont tous plus jeunes les uns que les autres,les chefs d’établissements sont, quant à eux, jeunesdans la fonction car personne ne veut de ces postes là.Cependant, il ne veut pas baisser les bras. Cherchantdes solutions, Ahmed s’est tourné vers lesmouvements pédagogiques, il a repris des étudesuniversitaires en sciences de l’éducation, décidant ainside s’auto-former. Depuis, ça va mieux dans ses cours.Il comprend mieux la situation sociale de ses élèves etleur rapport aux savoirs académiques, comme ce quipeut faire malentendus entre eux et lui. Il ne les jugepas, mais ne baisse pas la garde au niveau desexigences. Mais, quand il voit autour de lui tous sescollègues déprimés et malheureux de ne pouvoir faireréussir leurs élèves, il en veut au système qui les a tousbien insuffisamment formés.
  • 39. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Maria, Sylviane, Jennifer, Anne, Ahmed aucund’entre eux n’a démérité. Tous ont essayé de faire deleur mieux dans le système scolaire tel qu’il est. Ils ontcru dans ce système, mais celui-ci n’a pas cru en eux,ne les a pas aidé à réussir, s’en sortir ou s’émanciper.Tous en sont devenus les otages. C’est ce système qu’il 39faut changer.Une nouvelle ambition scolaire A vous tous, je veux dire que l’école doit avoiravec tous une égale exigence, garantir à chacun unégal traitement. Elle doit prendre en compte lesparticularités des individus, mais leur apprendre àtravailler ensemble, à s’enrichir mutuellement. Elle seragarante de l’équilibre entre intérêts individuels etcollectifs. C’est ainsi que nous restaurerons laconfiance des familles dans la capacité de notresystème à élever leurs enfants et que l’écoleretrouvera son autorité car elle en aura alors lalégitimité. Elle sera performante car juste. Il nous sera en conséquent possible, aprèsl’avoir massifié, de la démocratiser : après un égalaccès à l’école, un égal accès à la réussite. Mon
  • 40. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleprojet pour l’école concerne tous, ceux qui sont endifficulté, bien sûr, et qu’il faut aider, mais aussi ceuxqui réussissent et que l’on doit amener encore plusloin. Voila le cap, il faut désormais dire comment 40on l’atteint. Les idées et les rêves ne suffisent pas :passons à la compréhension des maux de notre école,puis viendront les solutions concrètes.
  • 41. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Un système à la dérive et des gens courageux 41Un héritage de réformes manquées ou inachevées Notre système scolaire mérite mieux que desremarques à l’emporte-pièce telles que « le niveaubaisse », « les professeurs sont fainéants », « les parentssont démissionnaires » et « de mon temps, c’étaitvraiment mieux ». Il convient au contraire d’en faire unexamen critique et rigoureux, pour comprendre ce quimarche ou ne marche pas et ce qui ne fonctionne plus.Entrons donc dans le vif du sujet. Si l’école sous Nicolas Sarkozy vit un profondmalaise et que le taux d’élèves en grande difficultéscolaire a augmenté de 4,8%1 que les inégalités d’accèsà la réussite se sont encore plus accrues faisant de laFrance le pays d’Europe où les enfants des familles lesmoins aisées réussissent le moins bien, le mal scolaire1 Pisa 2006-2009
  • 42. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleest bien antérieur. Il convient de ne pas dissimulerqu’une part de cet héritage provient de réformes malengagées aussi bien par la droite que par la gauche aupouvoir. C’est là une vérité que nous devons auxFrançais. 42Les années 70.La réforme Haby du collège (1975) : une réformenon aboutie René Haby, ministre de lEducation Nationalesous la présidence Giscard dEstaing, a souhaité fairepour les élèves de 12-15 ans ce qu’a fait Jules Ferrypour ceux de 6-11 ans, c’est-à-dire leur donner un égalaccès à tous les savoirs. Après « l’école pour tous », le« collège pour tous », celui qui doit permettre, enthéorie, à une majorité d’élèves, quelle que soit leurhistoire familiale, de réussir. Concrètement, il s’agissait alors de fusionner leprimaire supérieur (les Collèges d’EnseignementGénéral (CEG), qui rassemblaient une majoritéd’élèves, issus des classes moyennes et populaires) et lepremier cycle de l’ancien lycée, élitiste et malthusien(les Collège d’Enseignement secondaire). Ainsiconstitué en un bloc cohérent et commun, le collège
  • 43. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleunifié pouvait être décroché du lycée général,exclusivement tourné vers les études longues etélitistes. Il s’agissait aussi d’assurer pour les élèves lesplus fragiles un passage plus progressif entre uninstituteur polyvalent et plusieurs professeursspécialistes d’une seule discipline, entre des savoirs dits 43« fondamentaux » et des savoirs plus culturels. Le débatsur cette question, ouvert par le Plan Langevin-Wallonen 1948, s’est joué entre les deux grands syndicats degauche. La position majoritaire fut alors la suivante :les savoirs universitaires sont supérieurs à une autreforme de légitimité professionnelle. Le professeur estun savant : historien, physicien, philosophe… avantd’être un pédagogue et un praticien de l’enseignementet de l’éducation. Avec le recul, on s’aperçoit que cette réformeest allée à rebours des ambitions légitimes d’unesociété aspirant à une culture commune plus étroite etune hausse des niveaux de savoir. Fonctionnant sur lemode du lycée, le collège favorise une minorité d’élèvesissus le plus souvent des familles aisées et ne permetpas de résorber l’échec scolaire et d’élargir l’élite.L’élève dit « moyen », comme celui qui est plus endifficulté, sera tiré vers le bas par ce système au lieu del’être vers le haut. De plus, le collège, présenté comme« unique », ne l’a jamais été en réalité. Avec ce « collègeunique », le tronc commun de la scolarité obligatoire –
  • 44. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolequi concerne les enfants de 6 à 15 ans – a été morceléentre le primaire et ce même collège qui est en fait un« pré-lycée ». Dans un tel système, les élèves sontinvités à choisir rapidement des filières induites par lesdifférentes options et autres parcours dits« personnalisés » ou « individualisés » qui ont été mis 44en place à diverses époques aussi bien par desgouvernements de droite que de gauche (SEGPA,choix de langues, classes à horaires aménagés, classesde quatrièmes techno, classes de quatrième d’aide et desoutien, Découvertes Professionnelles 3 heures et 6heures, etc.). Cette orientation à la carte a massivementexclu les élèves des familles les moins favorisées, quisont souvent les moins au fait des méandres dusystème, des filières prestigieuses. En effet, les étudessont unanimes : « les systèmes éducatifs les plus efficaces et lesplus égalitaires dans le monde gardent tous les élèves ensemblejusqu’à l’âge de quinze ans »2. Plus on recule l’âge de la finde la scolarité obligatoire, plus on unifie le tronccommun de la scolarité obligatoire, et plus un systèmeest performant. L’échec scolaire diminue et un plusgrand nombre d’élèves obtient de hautes qualifications.2 François Dubet, entretien donné à Sciences Humaines,http://www.educationetdevenir.fr/spip.php?article470. François Dubets’appuie sur les exemples scandinaves et canadiens pour étayer sa thèse.Voir aussi Nathalie Mons, Les nouvelles politiques éducatives. La France fait-elle les bons choix, Paris, PUF, 2007.
  • 45. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Face à l’échec constaté du collège faussementunique, d’aucuns se sont engagés dans la spécialisationet la multiplication des dispositifs hors normes,renforçant toujours un peu plus la différenciation desparcours, et ont fait du collège unique le boucémissaire de réformes non abouties. C’est exactement 45l’inverse qui me paraît convenir : se donner les moyensd’une scolarité vraiment unifiée en amont du lycée, quiest le lieu du choix. On fait porter au collège dit« unique » la responsabilité des échecs de notresystème, on cherche à le modifier, alors que le véritableproblème est son inexistence même, puisquil sagit envérité dune sorte de lycée miniature qui trie et classeles élèves.« Je mappelle Pascal, jai 22 ans et viens dentrer à la fac.Mon père est manutentionnaire et ma mère est caissière. Audépart, ma mère faisait ce boulot juste pour gagner un peudargent pour payer ses études. Mais elle est tombéeamoureuse de mon père et très vite enceinte de moi. Alors,elle a arrêté ses études et continué à être caissière. Mesparents mont scolarisé dans lécole du quartier. Jétais bonélève et mes parents suivaient rigoureusement ma scolarité,mais je ne savais pas quil fallait être dans le bahut duquartier chic, faire de lallemand, du russe et du latin pourêtre dans les bonnes classes et tous ces trucs. On faisaitconfiance au système. On a eu tort. Tout ça, cestmaintenant que je le sais. Et je peux vous dire que mon
  • 46. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegamin, quand jen aurai un, il fera tout : latin, grec, chinois,japonais sil le faut. Parce que moi, même si jétais àlépoque bon élève, très bon même, quand je suis arrivé enclasse de seconde dans le bon bahut du département,patatras ! Chute libre ! Je n’avais que des mauvaises notes,mes parents me grondaient parce quils pensaient que je netravaillais pas. Mais c’était en fait trop dur. Je navais pas 46appris à beaucoup travailler dans mon collège, mesnouveaux camarades avaient fait tellement plus de choses etpuis je nétais pas habitué à être le plus mauvais. En plus,mes profs de collège navaient jamais le temps de soccuperde moi tant les autres avaient plus de problèmes. Dans celycée, jai donc décroché, quitté lécole, traîné. J’ai mêmerompu avec mes parents car ils ne comprenaient pas.Heureusement que jai rencontré une amie qui ma aidé,soutenu. Lannée dernière jai passé mon bac en candidatlibre et je lai eu. Du premier coup ! Jentre en fac. Mais quelgâchis. Quand je pense que jai perdu quatre ans. Tout celaparce que le niveau de mon collège nétait pas bon. Jenveux vraiment au système et à mes profs de mavoir mentien me mettant des bonnes notes alors que je ne les méritaispas. Jaurais plus travaillé ! Cest dur le travail, et puis çasapprend ».Les années 80.Une autre difficulté provient du cloisonnementeffectué par les lois de décentralisation.
  • 47. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école On a choisi à l’époque de contenter chaquecollectivité afin de désarmer les oppositions. Les écolesprimaires sont donc restées dans le giron descommunes, les collèges ont été confiés auxdépartements, les lycées aux régions et les universitéssont restées à la charge de l’Etat. Maintenant qu’il 47s’agirait de trouver un chef de file, des responsabilitéscommunes, une compétence d’ensemble, à tout lemoins pour l’école du Socle commun, lesconséquences de ces décisions sautent aux yeux. On aconstitué là un blocage supplémentaire dans unsystème qui n’en manque pourtant pas ; chacun secrispe aujourd’hui sur ses prérogatives, fait valoir sonexpérience et les investissements consentis, et risquedemain de refuser de lâcher sa part de responsabilité. Ilfaudra clarifier, casser les cloisons et choisir.Les années 90.Echec de la fusion entre les enseignementstechnologique et professionnel et revalorisationdes carrières sans contrepartie Ces deux enseignements n’ont certes pas lamême histoire, mais ils délivrent depuis 1985 desdiplômes de même niveau : bac professionnel d’un
  • 48. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolecôté et bac technologique de l’autre. Tout militait pource rapprochement lorsque le gouvernement revalorisales carrières en simplifiant la hiérarchie des corpsenseignants ; en particulier l’intérêt évident des élèvesdes classes populaires, toujours victimes descloisonnements qui les enferment précocement dans 48un destin prématuré. Tout, sauf les crispations decorps enseignants rivés à leurs identitésprofessionnelles et de syndicats excessivement campéssur leurs pré-carrés. Enfin, la revalorisation du métierd’enseignant s’est faite en 1990 sans véritablecontrepartie. La réforme comportait en principe deuxvolets liés : selon le mot d’ordre d’alors de la FEN,« revaloriser les carrières et travailler autrement ». LePremier ministre Michel Rocard avait demandé auministre de l’Education nationale d’engager avec lessyndicats des négociations sur cette base. L’effort àconsentir par la nation pour ses enseignants devait êtreporteuse des évolutions souhaitables du métier, mais larevalorisation s’est faite sans contrepartie sur l’exercicedu métier. Les milliards de francs qui ont ainsi étéengagés n’ont pas changé grand-chose pour les élèves.
  • 49. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleLes années 2000.Les ambitions éteintes de la démocratisation, oul’égalité abandonnée en rase campagne par ladroite 49 Après le calamiteux épisode Allègre, qui a vu unministre « de gauche » vouloir réformer au forceps lesystème éducatif en désignant un bouc-émissaire àl’opinion (le « mammouth »), puis en instrumentalisantles élèves (l’opération « Quels savoirs dans les lycées »),le ministre Jack Lang a repris a minima la réforme dulycée en y introduisant quelques innovationspédagogiques comme les Travaux personnels encadrés(TPE). La droite, revenue au pouvoir, n’a eu ensuite decesse, par toute une série d’initiatives touchant lecollège et le lycée, de mettre en œuvre par petitestouches une filiarisation des enseignements secondaireset une différenciation entre établissements(libéralisation de la carte scolaire), visant à concilierl’existence d’un enseignement de masse et lesaspirations des classes supérieures à un enseignementd’excellence. Toute ambition de « démocratisation », deréduction par l’école de l’inégalité des destins sociaux,de volonté de faire réussir les enfants des classespopulaires a été oubliée ; de même qu’a étéabandonnée l’idée de rapprocher l’école et le collège
  • 50. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoledans une conception unifiée d’une école obligatoire de3 à 16 ans, se donnant pour ambition de développerune véritable « éducation nationale » pour tous lesenfants, c’est-à-dire une école plus juste et plus efficaceau service d’une société plus unie et plus fraternelle.C’est cette même logique de l’élitisme oligarchique qui 50est encore à l’œuvre dans la suppression de touteformation professionnelle et le retour de la formationdes enseignants du Secondaire – réduite à sa partieacadémique – dans le giron de l’Université.Lécole est un lieu de reproduction sociale et de ségrégation La démocratisation n’a pas suivi la massificationde la fin du XXe siècle. En effet, tout enfant aactuellement accès à l’école, mais tous les élèves n’ontpas un égal accès à la réussite scolaire et aux filièresd’excellence, que ce soit dans l’enseignementtechnologique, professionnel ou général. Il est anormalque dans un pays aussi avancé que le nôtre nousassistions à un phénomène de reproduction sociale àl’école aussi important : environ 80 % des élèveslauréats du baccalauréat général et technologique sontissus de milieux familiaux favorisés et 80 % de ceux qui
  • 51. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesont orientés vers l’enseignement professionnel le sontde milieux familiaux défavorisés. Notre pays est un deceux de l’OCDE qui corrige le moins les inégalitéssociales de départ. Pourtant, les pays les moinsinégalitaires, sont également les plus performants : ilsont moins d’élèves en échec scolaire et plus d’élèves en 51réussite scolaire que nous. Les études internationalesont montré que les systèmes qui éliminent le moinssont également ceux qui ont l’élite la plus fournie. Etc’est bien là l’enjeu majeur de notre système scolaire :élargir le champ de l’excellence. Notre pays a besoin dedécideurs économiques et politiques, de chercheurs,d’innovateurs, de créatifs… la liste serait trop longuecar elle concerne tous les domaines. La France a besoind’une large excellence et non d’une petite éliterabougrie qui n’est là que par reproduction sociale etparce qu’elle sait faire fonctionner le système à sonprofit.Un système qui fonctionne par éliminationssuccessives D’abord, notre modèle éducatif fonctionne paréliminations successives, véritable machine à séparer,classer, fabriquer la ségrégation. Le processus desélection débute nettement trop tôt, et leredoublement, malgré toutes les études nationales et
  • 52. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleinternationales qui en montrent linefficacité et le coût,est pratiqué dès les premières années de la scolarité. Ensuite, les passages de la maternelle à l’écoleprimaire, de celle-ci au collège et de ce dernier au lycéene sont pas accompagnés et sont autant de rupturessélectives, tant au niveau des contenus disciplinaires 52que des méthodes d’apprentissages, essentiellementpour les enfants des familles modestes. Et plus lesfamilles sont défavorisées, plus elles ont des difficultéspour accompagner leurs enfants lors de ces rupturesqu’elles n’identifient d’ailleurs pas comme telles. Lejugement scolaire étant souvent définitif, car lesprogrammes sont chargés, l’année scolaire courte etque les enseignants sont obligés d’avancer, peud’enfants et de jeunes ont l’occasion de se rattraper.Juliette était une assez bonne élève à l’école primaire. Auxévaluations de CM2, elle a eu environ 75 % de réussite.Arrivée en classe de 6ème, plus rien ne va comme avant. Elleest dans la lune, n’a jamais le bon cahier, le professeur defrançais lui demande un classeur, mais elle n’arrive pas às’organiser. Le collège est grand, les élèves sont nombreux,les récréations sont trop courtes et il faut courir d’un coursà un autre, d’une salle à une autre ; chaque professeur a saméthode de travail, ses codes, son langage. Parfois, elle aune après-midi entière de libre, et elle ne sait pas quoi enfaire. Résultat, Juliette est perdue… Peu à peu sesmoyennes baissent. Ses parents ne comprennent pas. Ilspensent que c’est la faute à la pré-adolescence, que Juliette
  • 53. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolefait semblant d’oublier de noter tous ses devoirs dans lecahier de texte, de confondre le livre de français etd’histoire, d’égarer son rapporteur et d’arriver après l’heureau cours suivant la récréation. Juliette finit en classe de 3èmeavec à peine la moyenne et n’est pas orientée selon sesdésirs. Pourtant, en primaire, Juliette était une bonneélève… 53 Enfin, cette ségrégation scolaire et sociale estrenforcée par un système organisé en filières« cachées » dès le collège faussement unique, par le jeude la libéralisation de la carte scolaire, des options etnotamment du choix des langues. Ainsi les familles lesplus averties qui connaissent le système scolaire saventqu’il faut encourager son enfant à choisir l’allemand enpremière langue et faire du latin en 5ème. Ellesinscrivent parfois leurs enfants dès leur plus jeune âgeà des cours de musique ou de danse afin que ceux-cisoient plus tard dans des classes à horaires aménagés,qui sont souvent des classes où le niveau scolaire estélevé. Entre les SEGPA3, les classes bi-langues, lesclasses à horaires aménagés, les classes à double niveauqui sont parfois utilisées en primaire pour faire desclasses de niveau, notre système scolaire présente une3 Au collège, les sections denseignement général etprofessionnel adapté (SEGPA) accueillent des élèves présentant desdifficultés dapprentissage importantes et durables.
  • 54. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolehiérarchie parfaitement identifiée des initiés ettotalement illisible pour les autres familles.François est scolarisé dans le collège de son quartier quiest en zone rurbaine. Ses parents travaillent et gagnent bienleur vie. Son père est cadre moyen dans une grandeentreprise de bâtiment, sa mère est coiffeuse. Étant de 54niveau scolaire moyen, François n’est jamais dans lesbonnes classes. À l’entrée au collège, ses parents, neconnaissant pas bien le système, ne demandent pas à cequ’il soit dans la classe bi-langue du collège. En 6ème il nechoisit pas l’Allemand comme seconde langue et en 5ème ilne veut pas faire de latin. Il est donc encore et toujoursdans des classes moyennes et, arrivé en seconde, il plonge.Bien que François soit un jeune homme sérieux qui n’a pasde problème social, il peine en math et en français. Neparlons pas des sciences physiques. Alors qu’il se rêvaitingénieur, il est orienté vers une section qui necorrespondait pas à ses désirs. Bien que la France manqued’ingénieurs, son système éducatif a été incapable d’aiderFrançois à le devenir.« L’individualisation » des choix et des parcoursfragilise la cohésion sociale La droite, fidèle en cela aux attentes scolairesdes couches les plus favorisées de la population(comme d’une partie des couches les moins favoriséesqui croient qu’en jouant le jeu des autres, elles se
  • 55. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesortiront de leur condition, alors qu’en réalité elles nepeuvent pas rivaliser en l’état actuel) metprogressivement en œuvre des politiques visant à« l’individualisation » (c’est-à-dire à la libéralisation) deschoix et des parcours scolaires. Ces politiques sontprofondément néfastes aux élèves issus des classes 55populaires et plus largement à l’unité nationale. D’une part on sait que les choix scolaires etles paliers d’orientation sont toujours socialementdiscriminants, et que leur multiplication avantagesystématiquement les familles qui possèdent les codeset les clés de ces choix. D’autre part l’éclatementauquel aboutit cette « école à la carte » met à mal touteidée de « culture commune » et altère ainsi le socle-même de l’unité nationale. Enfin, au collègenotamment, l’éclatement du groupe-classe en unemultitude de structures pédagogiques ou éducativesfragilise les élèves, des quartiers populaires notamment,qui ont le plus besoin de stabilité et de sécurité dans lastructure scolaire.Le douloureux divorce entre la société et son école
  • 56. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleL’intérêt de nos enfants n’est plus au centre dusystème Des parents qui publient une annonce dans LeParisien pour trouver des profs remplaçants au collègede leur fille il y a quelques semaines, un proviseur qui 56scrute les annonces du Boncoin.fr à la recherche dunprof ditalien… Ces cas ont défrayé la chronique cesderniers mois. Ils sont des symptômes parmi d’autresdu divorce de la société avec son école. Une école queses plus hauts responsables ont laissée à la dérive et quientame toujours un peu plus la confiance des familles.Fatou est la maman de Ramta qui a 4 ans et qui est engrande section de maternelle. Fatou est née et a grandi auMali. Elle a quelque chose qui lui tient plus à cœur que toutle reste : tout faire pour que sa fille réussisse là où elle aéchoué : avoir un bac général et choisir un métier qui luiplaît. Pourquoi pas infirmière, rêve secrètement Fatou. Maiselle est inquiète. Ramta a eu en début dannée un jeuneenseignant. Deux semaines après la rentrée, il n’a plus étéprésent que le lundi et le mardi car le rectorat l’affectait lereste du temps sur un poste de SEGPA. Un jeune titulaireest alors intervenu sur les deux autres jours. Rapidement, lepremier a été en stage, puis le second malade. Il s’est ditdans l’école qu’il déprimait car il ne savait plus commentfaire, lui qui venait juste d’être titularisé. Après quelquessemaines de stabilité retrouvée, le second maître a été enformation d’anglais, tous les jeudis pendant un mois. Achaque fois, il a été remplacé, mais, pendant un mois,
  • 57. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleRamta a eu un maître le lundi et le mardi, une animatrice decentre aéré le mercredi, une remplaçante le jeudi et un autremaître le vendredi. Les changements répétés ont perturbésla classe, elle est devenue difficile à tenir. Au retour desvacances d’hiver, le premier maître a fait ses adieux à laclasse, il venait d’être affecté à plein temps en SEGPA. Uneautre personne est venue le remplacer. Au mois de mars, 57Fatou s’est encore plus inquiétée. Ramta régressait : « Ellenarrive même plus à reconnaître létiquette du jour » dit-elle. Mais surtout, Ramta ne veut plus aller à lécole et ellesest remise à faire pipi au lit. Tous les matins, en emmenantsa fille à l’école, Fatou se demandait qui elle allait trouverpour accueillir les enfants. Son rêve de voir un jour sa filletravailler dans le médical allait-il pouvoir se réaliser, ouserait-il brisé dès la maternelle ? Prisonnière des écoles desquartiers populaires, de la surreprésentation des jeunesenseignants, du turn-over incessant dans un ministère quine sait pas gérer ses ressources humaines dans l’intérêt desélèves, intérêt qui devrait pourtant être la raison d’exister del’Education nationale, Fatou avait « la rage » de ne rienpouvoir faire pour sa fille. Pourtant, lécole est toujours considérée commele point de départ indispensable et unique duneréussite sociale et professionnelle. C’est une bellecroyance qui honore chacun d’entre nous et que jecrois foncièrement juste, mais le devoir incombe auxresponsables politiques de faire que cette croyance etcet espoir se vérifient dans les faits. Or ce n’est plus lecas ou bien trop peu le cas. C’est pourquoi la crise delécole est une rupture du pacte de confiance qui la liait
  • 58. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleà la société. Les comportements hostiles ou dedéfiance à son égard se multiplient. Parents, professeurs, élèves, grands-parents,proviseurs, tous le disent : soit la machine nefonctionne pas, soit elle est tellement tournée sur elle- 58même qu’elle en oublie l’essentiel : la réussite de nosenfants. Alors, ici et là, on trouvera toujours des belleshistoires, mais le constat global n’est pas satisfaisant.La faute des uns ou la faute des autres ? Il ne s’agit pasde se faire ici le juge dernier des torts de tels ou tels,mais plutôt de montrer que tous, à leur niveau, sontotages d’un système en roue libre et que tous ontintérêt à sa transformation. Et pendant que les otagesque sont les parents et les professeurs s’affrontent, lesystème qui les emprisonne perdure scandaleusement. Par conséquent, le projet pour une nouvelleécole, que je détaillerai au fil de ces pages, est d’abordun projet de redéfinition des objectifs que notresociété assigne à son école, cest-à-dire l’égal accès à laréussite, pour que chacun soit à nouveau sûr quetravailler dur amène à quelque chose (notamment pourles jeunes des classes moyennes et populaires quidoutent de ne pas avoir une meilleure situation quecelle de leurs parents) – ça, c’est pour Pascal, Juliette ettous les autres ; que travailler dur permet d’atteindre les
  • 59. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleobjectifs que l’on s’est assigné. Ca c’est pour François– et que, sur le chemin de l’école, on trouvera desprofessionnels confortés qui nous aideront à atteindrenos buts et faisant aussi de nous des citoyens libres etresponsables – Ca c’est pour Fatou et Ramta. Pour tous, relever ce défi, c’est relever la tête, 59retrouver le sens de son métier d’enseignant ouretrouver la confiance pour les parents et les élèves.C’est non seulement un projet utile pour les élèves,mais c’est aussi un projet pour rendre heureux lesprofessionnels de l’enseignement, ceux qui aiment leurmétier et qui ont aujourd’hui du vague à l’âme. C’estsurtout un grand projet d’une société remise enmouvement.L’école est-elle toujours un lieu de promesse etd’espoir ? Un parcours scolaire ou universitaire réussinest plus lassurance dune réussite sociale etprofessionnelle. C’est la nouvelle donne de notresociété étranglée par le chômage et le travail pauvre. Sile diplôme reste la meilleure garantie de l’insertion
  • 60. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesociale4, le lien entre diplôme et insertion socialeréussie sestompe et le doute sinstalle. Ladéqualification de beaucoup de diplômes à l’embauchedéveloppe chez certains de nos concitoyens, le plussouvent les plus mal informés et les plus fragilessocialement, l’idée que les études ne servent à rien. Un 60nombre de plus en plus important de jeunes issus demilieux modestes perçoit clairement les travers dufonctionnement du système éducatif élitiste et leprocessus de sélection par l’échec. LÉcole n’est plusun lieu de protection, d’émancipation et d’espoir. Nousne pouvons l’accepter plus longtemps.Ramalajit est une jeune Française de parents franco-indiens. En fin de 3ème, elle souhaite s’orienter vers la filière« esthétique ». Sauf que son professeur principal, en toutebonne foi, et pensant bien faire, lui conseille vivementd’aller vers les métiers de l’aide à la personne car, dit-il, celacorrespond davantage aux souhaits de sa famille pourlaquelle les métiers médicaux sont plus adaptés aux jeunesfilles « honnêtes » et il y a dans ces métiers une demandeforte.Ramalajit souhaitait donc s’émanciper en tant que femme,mais l’école elle, pensait savoir mieux qu’elle-même ce quilui convenait, sans se donner la peine de fournir, aucontraire, à Ramalajit les moyens de son libre-arbitre.4 Par exemple, trois ans après la sortie du système éducatif, letaux de chômage est de 40% pour les sorties en fin de collège contre 7% pour les titulaires d’un BTS
  • 61. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleUn nombre insuffisant de diplômés au regard desaspirations sociales et des besoins d’uneéconomie compétitive Pour certains jeunes, généralement issus descatégories sociales les plus favorisées, le système 61éducatif, au travers notamment des classespréparatoires aux grandes écoles, remplit parfaitementson rôle. Mais pour un plus grand nombre il trie, exclutet traumatise. Cette vision malthusienne est entretenuepar la droite comme par la gauche, au nom del’individualisme d’un côté et de l’élitisme républicain del’autre. Ce système si spécifique à la France conduit,comme l’a démontré Bourdieu dans La noblesse d’État, àun phénomène de reproduction sociale codifiée.Environ un cinquième des élèves issus d’un milieusocial défavorisé obtiennent un bac général contrequatre cinquièmes pour les élèves des famillesfavorisées … et inversement pour l’orientation vers lavoie professionnelle. Nos objectifs de 80 % d’une générationatteignant le niveau du bac5 et de 50 % de diplômés del’enseignement supérieur6 sont loin d’être atteints, nousrégressons même (la proportion globale des bacheliers5 Loi d’orientation 19896 Engagement européen de Lisbonne
  • 62. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegénéraux et technologiques par génération est passéede 54.8 % en 1995, 51.4 % en 2009, 51,2 % en 2010). L’école a besoin d’un nouveau souffle, la sociétéa besoin d’une nouvelle école. 62Léducation nest plus vraiment ni gratuite, ni nationaleLÉtat se désengage et transfère la charge auxfamilles et surtout aux collectivités locales Si lÉcole est formellement gratuite,lenseignement, au sens large, lest de moins en moins.Les frais annexes sont de plus en plus lourds dans lebudget des familles et les bourses insuffisantes. Lesinégalités daccès à la culture, aux voyages ou auxressources numériques, et à l’accompagnement scolaire(aide aux devoirs) sont ainsi renforcées. Le recoursgénéralisé à des substituts ou à des complémentsscolaires (cours particuliers, ouvrages parascolaires...)s’est développé. Sur fond dangoisse parentale, sedéveloppe un marché coûteux, tant pour les parentsque pour la collectivité. L’aide aux devoirs et
  • 63. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolel’approfondissement des apprentissages estinégalement pris en charge par les familles ou lescollectivités. Linutile mise en concurrence desétablissements augmente le coût de la scolarité enraison par exemple de la surenchère sur les voyagesscolaires ou les projets éducatifs à caractère culturel. Le 63recours à la coopérative dans les écoles maternellespour financer les projets de classes entraîne desinégalités territoriales insupportables, les écoles n’étantpas également dotées par les familles. Les collectivitésterritoriales doivent assumer de plus en plus decharges, en raison notamment des dernières lois dedécentralisation de 2004, avec des ressources trèsdisparates et sans véritable péréquation entrecollectivités riches et collectivités pauvres.Multiplication des comportements consuméristes La conséquence du désengagement de l’État, dumanque de clarté dans la répartition des tâches, est quel’École est de plus en plus considérée comme unservice marchand et le consumérisme scolaire sedéveloppe. Lentrée récente en Bourse dAcadomia enest le plus grossier symbole. La forte inquiétude des parents face à l’avenir etla compétition scolaire exacerbée les précipite dans les
  • 64. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolebras de nouveaux « fournisseurs de services ». Lalibéralisation de l’éducation, fortement subventionnéepar l’État, grâce aux déductions fiscales ou au taux deTVA favorable, que ce soit au travers du soutienscolaire7, des ouvrages para scolaires ou des coursparticuliers, renforce les inégalités malgré les efforts 64considérables réalisés par certaines famillesdéfavorisées. En relation avec la baisse des budgetspublics, tout est réuni pour que le rôle de l’Educationnationale se réduise à l’avenir à la fourniture d’unSMIC scolaire, les compléments à forte valeur ajoutéeétant offerts au secteur privé marchand… Lécole privée apparaît comme un refuge. Grâceà sa capacité, supposée mais jamais démontrée, àmieux prendre en compte les attentes des parents, àoffrir des méthodes pédagogiques mieux adaptées ànotre temps, elle attire toutes les catégories socialesmais la mixité sociale ou d’origine culturelle y est defait moins forte que dans le secteur public. Quant à l’épanouissement individuel, il estdevenu le maître mot, aux dépens du « vivreensemble ». De plus, cet individualisme et cet « entresoi » ne favorisent pas l’inventivité et la créativité dontla diversité et le travail collectif sont le moteur. Parents,7 Les Français déboursent chaque année 2,2 milliards d’eurosen soutien scolaire et les déductions fiscales représentent un manque àgagner de 300 millions d’euros pour l’Etat.
  • 65. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleréfléchissez, nous avons le monde entier chez nous,n’est-ce pas une formidable chance pour nos enfants ?Certains d’entre vous ont d’ailleurs pris conscience decela lorsque le petit voisin de classe de vos enfants enCE1 ou en 6e a été expulsé parce qu’il n’avait pas depapiers. Dans ce cas, on se dit que la différence avec 65son propre enfant est aussi fine qu’une carte d’identitéet pourtant, ça vaut un charter pour Bamako.Face au désengagement de l’État, la débrouille des familles Notre modèle éducatif manque donc de lisibilitépour les familles les moins averties8 (classes à profils,options, redoublement, …), ne prend pas en compte ladiversité des élèves dans la gestion quotidienne desclasses, est stigmatisant pour les moins en réussite etstressant pour les plus performants. Il est profondémentinégalitaire. D’une commune à une autre, parfois d’unerue à une autre, d’un établissement à un autre, d’une classeà une autre, un élève n’aura pas le droit à la même qualitéd’offre éducative. Il ne sera pas face aux mêmes exigences,8 Agnès Van Zanten, Choisir son école, stratégies familiales etmédiations locales, Paris, PUF, 2009.
  • 66. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleau même curriculum, à la même émulation, à desenseignants ayant la même expérience. Comment, alors, reprocher aux familles de vouloirpour leurs enfants ce qu’elles considèrent comme étant lesmeilleures écoles ou les meilleures classes ou encore lesenseignants les plus expérimentés ? Elles fuient, dans le 66système comme il est fait actuellement, les classes et lesétablissements qu’elles qualifient de ghetto. Tant que l’ongardera un système organisé en filières et élitiste pour uneminorité et tant que le système ne mettra pas en place dedispositifs de gestion de l’hétérogénéité, aucuneamélioration n’est à prévoir. La droite a fait le choix de nerien améliorer. Le redoublement est la seule alternativepour un élève en difficulté scolaire, les filières, jeux desoptions, classes à profil et classes de niveau dans le seconddegré, continuent de bénéficier aux mêmes familles. Ladroite accentue encore les inégalités et la concurrenceentre établissements en dérégulant la carte scolaire. Elleorganise envers les élèves en difficulté scolaire la politiquede saupoudrage, en mettant en place une ou deux heuresd’accompagnement personnalisé ou individualisé ici oula : 2h/semaine/élève en lycée ; rien au collège ;2h/semaine au primaire. Cela représente pour un élève endifficulté environ 1/12e de son temps scolaire. Une goutted’eau dans un océan, d’autant que bien souvent ces heuress’effectuent en classe entière ! Elle oppose les enfants desmilieux défavorisés qui s’en sortent (les méritants) aux
  • 67. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleautres, qu’elle enfonce. Pour les élèves moyens, en effet,rien n’est prévu pour les pousser vers le haut, ils semaintiennent ou rejoignent progressivement la cohortedes élèves en difficulté. Globalement, le désinvestissementse mesure par la part du PIB consacrée à l’Educationnationale : 7,6% en 1997, 6,6% en 2008. 67 Les conséquences de cela est une baisse globale denos résultats nationaux aux évaluations PISA 9, unaccroissement des inégalités et du déterminisme social. Lepourcentage d’élèves en réussite à l’âge de quinze ans aaugmenté de 1% entre 2006 et 2010, alors que celui deceux qui sont le plus en difficulté a augmenté de 4,89 PISA est une enquête menée tous les trois ans auprès dejeunes de 15 ans dans les 34 pays membres de l’OCDE et dans denombreux pays partenaires. Elle évalue l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la vie quotidienne au terme de la scolarité obligatoire.Les tests portent sur la lecture, la culture mathématique et la culturescientifique et se présentent sous la forme d’un questionnaire de fond.Les premières collectes de données ont eu lieu en 2000, les suivantes en2003, en 2006 et en 2009. La prochaine collecte est prévue pour 2012.Plutôt que la maîtrise d’un programme scolaire précis, PISA testel’aptitude des élèves à appliquer les connaissances acquises à l’école auxsituations de la vie réelle. Les facteurs conditionnant leursperformances ainsi que leur potentiel pour l’apprentissage tout au longde la vie font également l’objet d’une analyse. Grâce à un questionnairecomplété par les proviseurs, PISA prend également en compte lesparticularités d’organisation des écoles. Dans chacun des paysparticipants, entre 4 500 et 10 000 élèves remplissent le questionnairede fond pour chaque évaluation. Par ailleurs, les élèves sélectionnésdans chaque pays doivent passer des tests écrits. L’élaboration du testest réalisée par une équipe internationale.
  • 68. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolepoints10 pour passer à 20% du total des élèves. Ce chiffreest insupportable. Il exprime bien la politique de la droitequi sort quelques uns de leurs ghettos, les montre commedes bêtes prodigieuses, pour mieux plonger les autres.Notre pays est devenu, dans le monde développé, un despays où la corrélation entre les résultats des élèves et leur 68origine sociale est désormais la plus forte.Léducation est considérée comme une charge et non un investissementUn système uniquement piloté à partir desindicateurs budgétaires Contrairement à dautres pays, la Francepratique une politique de suppression massive depostes (80 000 déjà supprimés) par application duprincipe de non-remplacement dun fonctionnaire surdeux, de diminution drastique des dépenses deformation de tous les personnels, y comprisenseignants, de recherches déconomies dans tous les10 PISA 2009-2010http://www.oecd.org/document/24/0,3746,en_32252351_32235731_38378840_1_1_1_1,00.html
  • 69. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoledomaines, sans souci véritable des résultats et desrisques à court et moyen terme. Sous couvert dautonomie pédagogique etdexpérimentation, lobjet même de lÉcole (léducationet la formation) nest plus véritablement piloté. Ladimension pédagogique est désormais absente de la 69stratégie politique mise en œuvre actuellement. L’idéetrès néolibérale que l’économie est la régulatrice dupolitique est ainsi cyniquement appliquée : puisquel’Education nationale est réputée non réformable, ilsuffit de la soumettre à la concurrence du privé et auxeffets de la crise pour que, à l’instar de l’entreprise, elleinnove, se « réforme de l’intérieur », ou biendisparaisse. Seuls les critères budgétaires et la recherchesystématique déconomies, dans le droit fil de la RGPP(révision générale des politiques publiques ou plusexactement « réduction généralisée de la présencepublique ») permettent de caractériser la cohérence desdécisions gouvernementales prises en matièredéducation.Une université déconsidérée Fortement concurrencée par les grandes écoleset malgré dincontestables compétences scientifiques,
  • 70. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleluniversité reçoit en L1 et L2 les recalés des classespréparatoires, des IUT, des STS. Un nombre importantdétudiants fait ce choix par défaut. La France est undes rares pays occidentaux à dépenser moins pour unétudiant à luniversité que pour un collégien ou unlycéen alors même qu’elle ne forme pas assez 70d’ingénieurs, de médecins ou de mathématiciens. Lallongement des études supérieures (en vingtans, nous sommes passés de 15 à 40 % de diplômés àbac +2 minimum), na pas réduit le chômage desjeunes. Enfin, 40 % des étudiants de première annéenont pas un niveau jugé suffisant pour passer enseconde année. Beaucoup de libéraux ont l’intelligencestratégique d’agir en fonction des intérêts de leurs pays,les nôtres en sont à des années-lumière et necomprennent rien d’autre que la colonne « dépenses ».Notre école et notre Nation méritent décidémentmieux.Notre système scolaire malmène ses enseignants, au détriment de tous et notamment des élèves
  • 71. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleDes enseignants lucides et qualifiés maisdésarmés face à la complexité croissante de leurmission et sans réels outils pour faire réussir tousleurs élèves Premiers observateurs des inégalités sociales 71vécues par beaucoup de leurs élèves, les enseignantséprouvent de plus en plus un profond malaise. Lanation ne leur ayant jamais vraiment donné les moyensde la démocratisation scolaire, ils sont tentés parfois debaisser les bras. Des programmes très chargés, quilspeinent à boucler, et qui changent constamment ; trèspeu dheures de dédoublement au primaire et aucollège, ce qui les met dailleurs souvent enconcurrence les uns avec les autres dans le secondaire,des réformes, qui se succèdent sans cohérence, sanss’attaquer aux vraies difficultés, sans pédagogie, sansformation désormais et sans accompagnement, ontgénéré chez eux une méfiance systématique vis-à-visd’elles. Cette méfiance est également un signe dedécouragement et dun fatalisme qu’il faut interpréteret prendre en compte. D’autant que les enseignantssont investis dune responsabilité très large déducationqui s’alourdit régulièrement (socialisation ; éducation àla santé, au développement durable, à la sexualité ;préventions diverses, etc.) Mais ils sont aussi chargés« dassurer le tri », dès les plus petites classes, entre
  • 72. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleceux qui pourront un jour caresser lespoir datteindreles plus prestigieuses écoles et ceux qui formeront lesbataillons des filières considérées comme « derelégation ». 72Des enseignants confrontés à des demandes deplus en plus nombreuses et contradictoires Les enseignants sont également confrontés à desdemandes contradictoires : entre les directives duministre et des directions de son ministère, et les misesen œuvre par les recteurs ; entre les deux inspectionsgénérales (l’une pédagogique, l’autre administrative) ; etparfois entre le chef d’établissement et l’inspecteurpédagogique. La mise en œuvre du socle commun deconnaissances et de compétences, non souhaitée parl’inspection pédagogique, encouragée parl’administrative en étant le meilleur exemple.Des enseignants mal recrutés, insuffisammentformés et peu accompagnés Les personnels de l’éducation nationale viventdans un monde paradoxal. Constitué pour l’essentielde cadres ayant fait des études universitaires exigeantes
  • 73. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleet ayant réussi des concours très sélectifs, le ministèrele plus riche en matière grise de toute la sphèrepublique souffre d’un manque crucial de soutien,d’accompagnement, de formation et de principes debonne gestion de ce formidable potentiel intellectuel.Et si la liberté pédagogique de l’enseignant est 73reconnue par la loi, elle se traduit dans les faits trèssouvent par un véritable isolement du professeur danssa classe, là où pourtant tout se passe et tout se jouepour la réussite des élèves. Alors que la formation des enseignants françaisétait jusqu’ici surtout académique et sa part deprofessionnalisation réduite à la portion congrue (unepartie de la seconde année d’IUFM, dispensée par desformateurs eux-mêmes parfois peu formés en cedomaine), la droite a radicalisé cette situation ensupprimant toute formation professionnelle de laformation initiale.Professeur, un métier qui ne s’apprend plus Nous avons donc des enseignants très qualifiésau niveau disciplinaire, mais isolés, très peu outilléspour la gestion de l’hétérogénéité et la prise en chargedes élèves en difficulté, et disposant de raresperspectives de carrière.
  • 74. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Que faire avec un élève qui vient d’arriver enFrance, qui arrive dans une classe en cours d’année etqui ne parle pas français ? Comment gérer dessituations conflictuelles dans une classe ? Commentcomprendre les attentes des élèves ? Quelle postureadopter par rapport aux problèmes extérieurs à la 74classe ? Pourquoi Agathe progresse-t-elle en français etpas en histoire ? Comment faire pour composer sesgroupes de besoin ? Quels échanges avec lescollègues ? Pourquoi est-ce que Liem connaît par cœursa table de multiplication mais fait des erreurs de calculbasiques lorsquelle résout un problème enmathématiques ? Toutes ces questions se posent à tousles enseignants, au moins au début de leur carrière. Caron peut être excellent physicien, historien, littéraire…cela ne fait pas automatiquement un bon professeur.Face à leurs classes, les uns s’en sortiront peut-être,grâce à un collègue ou un talent personnel, grâce à deslectures ou tout autre chose. D’autres ne s’en sortirontpas. Certains commettront des erreurs les premièresannées puis s’amélioreront. Certes, mais peut-onaccepter ainsi le « sacrifice » de plusieurs promotions ?Que dirait la société si les pompiers n’étaient pasformés pour leur métier ? Ils apprendront le massagecardiaque sur le tas, tant pis pour les premiers massésqui n’auront pas survécu. Cet incroyable gâchis est
  • 75. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleinacceptable et doit cesser : être enseignant nes’invente pas mais s’apprend. Et puis les années passent, les élèves sesuccèdent, mais les cours se reproduisent ou évoluentun peu dans un périmètre restreint. On ne réinventepas la division ou l’histoire grecque, on peut cependant 75en adapter l’explication. Une certaine routine peutalors apparaître chez certains professeurs. D’autres,faute de pouvoir entretenir leur niveau, vivent uneforme de déclassement intellectuel, au point quecertains professeurs de collège, même agrégés, ne sesentent plus capables de postuler en lycée. Bien sûr, onconnaît tous des professeurs qui, après 30 ans decarrière, ont toujours la même fraîcheur. Mais le fait estque les professeurs sont de plus en plus nombreux àsouffrir d’une absence de perspective de carrière. Carquelle est en effet l’évolution possible : du collège aulycée ? De la banlieue au centre-ville ? De professeur àchef d’établissement, moyennant un changement demétier ? Il est donc urgent de penser les carrières desenseignants en plus d’une réinvention complète deleurs formations initiale et continue et ce non pas dansle seul intérêt des professeurs, mais surtout de tous nosenfants.
  • 76. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleDes personnels d’encadrement mal sélectionnés etqui n’ont pas les moyens d’accompagner lesprofesseursVoilà quatre ans que Jeanne est une « inspectriceterritoriale ». Dans le jargon de l’Education Nationale, on 76dit qu’elle « appartient au corps des IA-IPR ». La fonctionl’avait toujours intéressée, et ce dès les premièresévaluations qu’elle avait connues de la part d’autres IA-IPR.Brillant professeur d’Anglais, elle avait toujours considéréque son agrégation décrochée à 23 ans n’était qu’un pointde départ. Son doctorat de littérature américaine (surFitzgerald et Dos Passos) complétait un beau cursus. Sesfonctions – reconduites chaque année – de conseillerpédagogique pour les stagiaires entrant dans le métier luipermettaient de s’investir dans la formation mais égalementde développer une réflexion sur ses propres pratiques.Deux enfants plus tard, elle émit le souhait de devenir IA-IPR afin de pouvoir apporter aux autres professeurs sonexpertise pédagogique. Elle se rêvait en train d’aider descollègues en difficultés, venant les inspecter « gratuitement,sans no-note à la clef », venant parfois plusieurs fois par anvoir un même enseignant, lui prodiguant des conseils etjaugeant les progrès pédagogiques accomplis entre deuxvisites. Elle mit six ans à réussir ce « concours ». Ceconcours, elle l’a eu par son mérite, mais elle savait très bienque d’autres arrivaient à leurs fins par cooptation, appuispolitiques, ou pire, courtisanerie et humiliantes flatteries.Mais Jeanne ne voulait rien devoir à personne d’autre qu’àelle-même… 6 ans plus tard. L’Education Nationale luiavait confié un poste d’IA-IPR dans une région très rurale.L’urbaine lilloise était partie pendant les grandes vacances
  • 77. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleavec ses deux enfants pour résider dans sa nouvelleacadémie. Ils continueraient de voir leur père le week-end.L’entrée en fonction fut un choc. Passons sur les quatresemaines de formation, supposées permettre aux nouveauxinspecteurs d’assumer leurs fonctions. Passons surl’inexistence d’une voiture de fonction alors que le poste estitinérant, a fortiori dans une académie rurale. Passons sur 77les locaux attribués aux IA-IPR : des préfabriqués dans lacour du rectorat, sans possibilité réelle de recevoirdignement des professeurs. Passons sur l’unique secrétairepour 50 inspecteurs, sur l’absence d’ordinateur portable,elle prendrait le sien. Passons sur l’absence de bureauindividuel, elle travaillerait dans son appartement ; tant queles filles n’étaient pas au collège, elles pourraient partager lamême chambre. Les premières semaines achevèrent sesdernières illusions. Les réunions dévoraient son temps, ellequi se rêvait sur le terrain – conseillant et aidant lesprofesseurs, continuant ainsi à servir les élèves – seretrouva chargée de dossiers et de rapports à rédiger. Elleavait désespérément besoin de temps pour aller inspecterdes professeurs dans des collèges situés parfois à plus de150 km du rectorat. Des équipes l’attendaient, avaientformulé des demandes écrites pour la deuxième outroisième année consécutive. Certains collègues n’avaientpas été inspectés depuis plus de dix ans. Il fallait y aller,trouver une journée qui correspondrait aux emplois dutemps des quatre collègues. Les possibilités étaientrestreintes. Peu à peu, elle ne sut plus trop ce qui l’avaitattirée dans cette fonction. D’autant qu’elle ne s’en sortaitpas : elle n’a que très peu été formée à la gestion desconflits et à l’évaluation. Jeanne voulait le terrain, elle avaitles réunions. Elle voulait le conseil, on lui demandait leclassement pour trier les professeurs et savoir qui verrait sa
  • 78. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolecarrière accélérée et qui la verrait stoppée. Elle voulaits’investir dans une vraie gestion des ressources humaines,elle assista à de simples négociations de points pour savoirtel enseignant méritait +2 ou seulement +1. Elle voulaitl’innovation pédagogique et la liberté d’expérimentation, la« remontée et la mutualisation des bonnes pratiques », elleeut l’inertie et frilosité. Alors est venu le temps des choix et 78elle choisit d’aller sur le terrain et de « sécher » les réunions.Elle assumait. Et puis un jour, un inspecteur vétéran (quiavait fait sa carrière en réunion), croyant lui rendre servicel’avait entretenue sur le parking du rectorat : « Tu sais,Jeanne, il faut vraiment que tu réfléchisses à la manièredont tu penses ton métier. Tu inspectes trop. Ça finit parmettre les collègues mal à l’aise… tu comprends ? Si tufais… disons 10 inspections par semaine… en moyenne…les collègues… enfin, on ne suit pas ton rythme… tuvois… Il faut rédiger les rapports… tu ne vas pas pouvoircontinuer ainsi… ça rend les gens un peu nerveux à tonégard… et puis ta manie d’aller inspecter tous lesstagiaires… en plus deux fois par an ? Tu cherches quoi ? Afaire du gringue au recteur ? Jeanne, je te le dis dans tonintérêt, prends une semaine de vacances, pars au soleil etréfléchis à ton positionnement dans le système éducatif ». Jeannen’eut pas besoin de cette semaine, le soir, elle écrivit unelettre pour demander sa réintégration dans la fonction deprofesseur. Un chiffre résume à lui seul la situation : il y a6000 inspecteurs pour 840 000 enseignants et ce sontles mêmes qui jugent et conseillent. Les enseignantsn’osent donc pas se confier à eux et se retrouvent unefois de plus totalement seuls.
  • 79. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleUne école qui ne tient pas compte des rythmes biologiques des élèves Les enfants et les jeunes sont soumis à desrythmes infernaux, incompatibles avec leurs rythmespropres. Les élèves français du primaire sont ceux qui 79ont le moins de jours d’école en Europe (144 jours,contre 190 jours pour la majorité des autres pays) etparmi ceux qui ont annuellement le plus d’heures decours (913 heures de cours par an de 7 à 8 ans, 890heures de cours par an de 9 à 11 ans, deuxième aprèsl’Italie). En conséquence, nos enfants ont des journéestrès lourdes et des vacances longues. Cela a desrépercussions sur les apprentissages, sur les rythmesquotidiens des familles qui ont de plus en plus dedifficulté à suivre la scolarité de leurs enfants, et surl’organisation de leur vie en général. Et alors que lesélèves les plus en difficulté sont ceux qui sont le plussensibles à ces déphasages, la droite leur a imposé desjournées encore plus longues par la suppression d’unedemi-journée d’école et la mise en place de l’aideindividualisée au primaire à l’heure du repas.Sonia et Pedro ont deux beaux enfants et habitent enSeine et Marne. Tous deux travaillent en Ile de France. Lapremière est comptable dans une grande entreprise dont lesiège est au centre de Paris ; le second est chef de travaux
  • 80. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoledans une entreprise de bâtiment. Ils ont tous les joursenviron trois heures de transports. Ils partent vers 7h30 etne reviennent que vers 19h00. A leur retour, et après avoirrécupéré les enfants de l’étude, ils doivent faire prendre lesdouches, préparer le dîner et manger. Ce n’est qu’à 20h30qu’ils peuvent jeter un coup d’œil sur les devoirs du grand,Arthur, qui est en CE1. Souvent, ce dernier est alors trop 80fatigué pour reprendre le cours d’histoire ou le calculmental. Pourtant les évaluations s’enchaînent et lesanimateurs à l’étude n’ont pas le temps de tout vérifier.Aussi, les enfants sont très fatigués quand la baby-sitter lesrécupère à 18h et ont du mal à se remettre au travail après6h de cours … Pour ce qui est des vacances scolaires, c’estaussi la galère. Les parents de Sonia et Pedro travaillentégalement et c’est toujours difficile de trouver des solutionsde garde, surtout en juillet. Heureusement qu’il y a lescentres de loisirs. Mais cela aurait été tellement mieux si lesjournées étaient moins chargées et l’année scolaire pluséquilibrée.Des contenus disciplinaires pléthoriques et qui ne sont pas toujours en phase avec le monde d’aujourd’huiQuelle unité nationale en 2011-2012 ? Le peuple de France n’est plus le même qu’auXIXe siècle. Sa sociologie a changé, les luttes et les
  • 81. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleprogrès sociaux ont été nombreux, notre histoire etnotre patrimoine toujours pluriels se sont enrichis denouveaux apports. Des millions de concitoyens ont lachance de par leur culture familiale de parler en plus dufrançais une autre langue, nos jeunes ont développé surl’ensemble des territoires une culture riche et diverse. 81Malheureusement les programmes scolaires ne suiventpas toujours11 : la question de la colonisation, le faitreligieux, les langues d’Afrique du Nord etsubsaharienne ou d’Europe centrale, comme l’histoirede l’Afrique par exemple ne sont pas enseignées demanière satisfaisante. Dans différents établissements,l’enseignement de la colonisation ou de la Shoah faitmême problème. Comment s’en étonner dans un paysqui balaye lui-même sous le tapis de la République lesquestions les plus difficiles ? Au nom de l’unité de laRépublique, on refuse d’affronter nos errements et l’ontient à l’écart des pans entiers de la population. Maistout refoulement produit des résurgences. On les voitchaque jour dans les établissements scolaires. Alors onpeut crier au communautarisme pour se rassurer etstigmatiser encore un peu plus les mêmes. En réalité,quelque chose de très profond a changé dans ce quifaisait le ciment de notre République.11 Collège de tous, réussite de chacun. Rapport du Laboratoire desidées, juillet 2010.
  • 82. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école La République a enseigné l’unité pour être plusforte, elle doit désormais enseigner l’altérité pour êtreplus unie. Le problème qui se pose est donc celuid’introduire la possibilité d’une pluralité des points devue à l’école, afin de conférer à l’institution unefonction régulatrice qui sache à la fois croiser les 82regards, penser sereinement le conflit, articuler lesdifférences et les unifier. L’altérité est désormais levéritable socle de l’unité. Ainsi, entre une école atonepar trop d’homogénéité, ou, à l’inverse, une écoleatomisée par le culte de la différence figeant chacundans une posture identitaire sans être capable de l’enextraire, il y a là le versant nord et le versant sud d’unmême ravin. C’est à l’école de porter cette vision desdifférences partagées faisant l’unité d’enfants venusd’endroits différents et partageant les mêmes projetsdans les mêmes classes.Quels savoirs aujourd’hui ? Le savoir universaliste dispensé dans des classesculturellement homogènes à la fin du XIXe sièclecorrespondait à une société bien particulière. La nôtren’est plus la même. Dans une société de lamultiplication de l’information : chercher, trier, vérifier,hiérarchiser sont les nouvelles conditions de
  • 83. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolel’autonomie face à ses choix de vie ; face à lacomplexification des tâches et la complexité du mondemoderne, comme le savoir encyclopédique pouvaitl’être naguère. Il ne s’agit nullement de renoncer auxexigences de contenu, ni même de niveau, maisd’adapter celui-ci au contexte social de réception et à la 83manière dont on peut en faire l’usage dans sa proprevie. Si cette adaptation n’est pas faite, il y aura toujoursdes sots pour demander à quoi peut bien servir l’étude de laprincesse de Clèves ?12 Il est de notre devoir de redonnerdu sens aux programmes et de faire partager ce senspar les élèves et la société, pour un usage dans leur vie.La tragédie grecque ou la Révolution Françaisepeuvent apparaître lointaines, elles ont pourtant bienun sens au présent. Celui-ci ne peut demeurer connudes seuls concepteurs des programmes. Faire coïnciderles programmes avec la société, ce n’est pasabandonner ce qui est historiquement loin de nous,c’est au contraire faire rendre un sens au présent à toutce que le passé transmet. Il est donc vain d’opposertransmission des savoirs disciplinaires et acquisition decompétences culturelles et sociales d’aujourd’hui. La droite, quant à elle, se refuse à trancher.Dans un souci électoraliste elle affiche un attachementexclusif à la transmission de savoirs disciplinaires et12 Voir le film Nous, princesses de Clèves réalisé par Régis Sauder.
  • 84. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleelle prétend qu’un haut niveau de connaissancesdisciplinaires suffit à faire un enseignant compétent(son slogan reste « lire, compter et écrire » au primaire).Mais elle impose des réformes qui vont parfois dans lesens contraire, du type de celles du Socle commun deconnaissances et de compétences. Les enseignants, 84confrontés à des injonctions contradictoires peinent àmettre en œuvre ces réformes … et à finir lesprogrammes. Ce qui est bien sûr essentiellementpréjudiciable aux élèves les plus en difficulté etaccentue les inégalités. Les maux dont souffre notre système sont doncnombreux. Il faudrait encore y ajouter le trop peu dedédoublements de classes en primaire et en collège ; detrop rares formations à la gestion de l’hétérogénéité etau diagnostic précoce de l’échec scolaire ; unencadrement pédagogique qui ne remplit pas samission ; pas de temps de concertation, d’échanges depratiques et des réformes sans cohérence qui sesuccèdent sans un réel accompagnement.Mais le temps est venu de présenter nos solutionsconcrètes et notre projet d’une nouvelle école : uneécole unifiée du cours préparatoire à la troisième,équivalente pour tous quel que soit l’endroit où vous
  • 85. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolehabitez, qui construit une culture commune et quioffre à chacun un égal accès à sa réussite. 85
  • 86. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 86
  • 87. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Mes propositions pour transformer l’école 87Unifier et différencier Une chose est sûre, vu la qualité de nos acteursde l’éducation, nos si piètres résultats tiennent dugâchis. Il faut donc repenser entièrement le système, entailler un nouveau, à la mesure de nos ambitions cardes réformettes n’y suffiront pas. Au nouveau modèlesocial français que je propose, doit correspondre unenouvelle école. Les familles pourront y envoyer leursenfants en confiance, ces derniers sy sentiront bien etles professionnels y travailleront dans de bonnesconditions, avec la possibilité de faire réussir leursélèves. Cette nouvelle école sera pour chacun unebouffée d’air nouveau. Cette école réussira le tour de force de tenirensemble deux concepts qu’il n’est pas possibled’opposer : justice et performance. Mieux, elle fera dela justice la condition de sa performance. Nous nevoulons pas choisir entre performance et justice, nous
  • 88. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolevoulons les deux. Derrière cette conviction, il y a desétudes quasiment unanimes qui le corroborent13 et quimontrent des pays en exemple : Finlande, Canada,Corée du Sud. Cette famille de pays ne fait pas desdépenses en éducation primaire et secondairesystématiquement plus élevées que celles de la France. 88Autre caractéristique commune de ces pays : ils ont misen œuvre dans les années 80-90 des réformes globalesde leur système éducatif dans l’enseignementobligatoire (limitation des redoublements, élévation del’âge de fin de la scolarité obligatoire, suppression desclasses de niveaux, mise en place de pland’enseignement individualisé, décentralisation, choixrégulé de l’école…). Leurs performances actuellessemblent donc reposer non pas sur des mesuresparcellaires mais bien sur une vision globale desévolutions nécessaires de leur système éducatif.Dans cette perspective, des priorités sont à établir :UNIFIER et DIFFERENCIER. Unifier, celaconcerne le système : fonder une école commune quiregroupe progressivement, au sein d’un mêmeétablissement, le primaire et le collège pour créer untronc commun identique pour tous les enfants jusqu’à13 Nathalie Mons, dans Les nouvelles politiques éducatives. La Francefait-elle les bons choix, PUF, 2007
  • 89. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école15 ans. L’unification se poursuivra en rassemblant,dans un lycée polyvalent, les filières générales,technologiques et professionnelles. L’unification estdonc aussi celle du champ du savoir, creuset de notrenation. Par l’unification, il faut casser les filièrescachées pour mettre les familles en situation d’égalité, 89constituer une culture commune et rendre lisiblel’école. Différencier, cela concerne la pédagogie, carpour transmettre ce savoir commun, il faut s’y prendrede différentes manières, en fonction de chaque enfant. C’est en somme l’inverse de l’école actuelle quidiversifie les parcours (langues, options, filières…) etunifie la pédagogie (un cours pour les moyens). L’unification du système et les moyens d’unepédagogie différenciée seront les leviers d’Archimède dela nouvelle école que je veux défendre et porter. Ce sontces leviers qui raccorderont justice et performance. Fin du système de la reproduction sociale et del’élitisme replié qui prive la nation de beaucoup depotentiels ; réactualisation des programmes scolairesafin d’intégrer les nouvelles technologies d’informationet de communication, y compris dans la manière depenser, de travailler et de percevoir le monde ; refonted’un certain nombre de programmes, notammentd’histoire pour faire désormais un meilleur lien entre
  • 90. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoledes Français aux histoires plurielles ; réforme de lacondition enseignante, à la fois revalorisée en tant questatut, mais aussi dans la pratique : autonomie,accompagnement, travail d’équipe et perspectives decarrières… sont à notre menu. Et pour réaliser cetambitieux projet, il nous faudra en garantir les 90conditions matérielles adéquates : des locaux rénovés,un parc informatique mieux utilisé, et un encadrementplus nombreux et restructuré. Voici donc les propositions que je fais pourchanger l’école. Elles sont au nombre de 32. Certainessont ambitieuses et nous emmènent loin, à 10 ans, carrien ne change en un coup de baguette magique.D’autres sont les petites avancées qui nous conduisentà de grands changements.Unifier le système scolaire :L’école commune et le lycée polyvalent La nouvelle école que j’appelle de mes vœux, je la nomme école commune. Commune, car elle unifie le primaire et le collège en un tronc commun obligatoire pour tous les élèves, pour tous les
  • 91. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleenfants de la République – français commeétrangers – qui viennent d’horizons culturels ousociaux si divers qu’ils ont besoin d’une maisoncommune pour se retrouver, se fréquenter, semétisser, apprendre à travailler collectivement et sevivre tous comme les enfants d’une même 91République, douce et bienveillante pour chacun,exigeante pour tous. Cette école commune se veutle creuset renouvelé de notre nation minée par leséparatisme, qu’il soit social, spatial, religieux…C’est dans ces lieux d’apprentissage, detransmission et de culture que doit se loger notrefierté nationale. Je n’ai pas peur du patriotismequand celui-ci me rend fier d’une école plus juste etplus performante, qui élève les niveaux et fournit àla nation les élites dont elle a besoin. L’écolecommune sera l’une des fondations, rendant notresystème scolaire lisible pour les familles parcequ’unifié. Elle accompagnera progressivement lesenfants vers l’autonomie et sera coopérative dansles méthodes d’apprentissage mais également dansla relation des élèves entre eux, les plus âgéssoutenant les plus jeunes (tutorat), et les plusperformants les plus en difficulté. Elle sera enfinprogressive, absorbant la rupture entre primaire etcollège, si fatale à beaucoup d’enfants.
  • 92. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école1. Dans l’école commune, partout en France etpour tous les élèves, la journée se partagera entrois temps inégaux. Le premier sera consacré àl’enseignement des disciplines du socle commun ; lesecond à l’enseignement de disciplines plus culturelles,incluant la découverte de l’artisanat, du patrimoine (en 92partenariat avec les collectivités locales) et dedisciplines techniques, artistiques et sportives. Letroisième temps sera celui de l’étude.2. Le tronc commun de la scolarité obligatoirerassemblera tous les élèves autour des mêmessavoirs et des mêmes compétences. Le système desfilières cachées, actuellement constitué par lesdifférentes options, prendra fin. Les « classes à profil »(classes européennes, classes bi-langues, classeshomogènes et élitistes composées des élèves« allemand première langue et latin » et toutes lesautres classes qui tendent à l’homogénéité…)14disparaîtront donc au profit de classes hétérogènesdans lesquelles une réelle dynamique peut s’instaurerpour tirer l’ensemble des élèves vers le haut. Là où les14 Ce n’est pas l’enseignement de l’allemand ou du latin qui estproblématique, mais le regroupement des germanistes et des latinistescomme prétexte de constitution d’une classe. Les options sedérouleront désormais en dehors du socle commun et serontmutualisées à l’échelle des bassins scolaires.
  • 93. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleclasses homogènes amenuisent l’élite en sélectionnanttoujours les meilleurs parmi les meilleurs, les classeshétérogènes conduisent plus d’élèves vers la réussite etmoins d’élèves vers l’échec scolaire, qui n’a rien d’unefatalité. Plus forte progression académique et plusgrande mixité scolaire sont donc les bénéfices attendus. 93Les savoirs seront donc recentrés sur l’idée du soclecommun. Une réflexion est d’ailleurs à mener sur lanature des savoirs dans notre société. La nation devrahiérarchiser ce qui lui semble important de transmettre.Une véritable place à l’usage des nouvellestechnologies de l’information et de la communication(NTIC) sera faite.3. Les savoirs culturels, ainsi que les pratiquesartistiques et sportives trouveront une autre placedans l’établissement scolaire. Un temps quotidiensera réservé aux savoirs culturels, allant du latin – quiretrouvera ainsi une place, comme fondement de notresociété – à la découverte de l’artisanat et dupatrimoine, en passant par l’apprentissage d’une autrelangue, le théâtre et les autres arts ou les projetseuropéens. Un choix sera laissé aux élèves et à leursfamilles, comme un pouvoir d’initiative auxenseignants.
  • 94. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleC’est dans ce cadre qu’Ahmed, notre professeur dephysique, pourra pousser plus loin sa passion pour lessciences, en proposant une initiation à l’astrophysique etaux sciences de l’univers. C’est dans ce cadre aussi que sescollègues d’histoire-géographie et d’anglais s’associerontpour un module d’enseignement de l’histoire en anglaisaboutissant à un voyage scolaire. Les professeurs ne sont 94pas que des répétiteurs, pas même uniquement despédagogues. Une part de l’initiative de l’enseignement doitleur revenir.4. Pour tous, la journée se terminera par l’étudeassurée par des étudiants encadrés par desprofesseurs. Ce temps donnera un égal accès à tousles enfants à l’aide aux devoirs. Notre pays consacre 2,2milliards d’euros pas an au soutien scolaire (1er pays del’OCDE), ajoutant ainsi de l’inégalité entre familles, àl’inégalité constatée entre établissements scolaires. Parl’étude en petit groupe, nous entendons rétablir lesconditions de l’égalité. Cela permettrait d’encadrer ledéveloppement des cours privés et des fortunesgagnées sur l’angoisse des familles. On pourrait aussiimaginer associer les parents volontaires et désireux dese former à la pédagogie de laide aux devoirs. Lacommunauté éducative sétoffera dun nombrecroissant dadultes autour des élèves.
  • 95. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école5. Des rythmes biologiques respectés, une annéeallongée15 : cette nouvelle répartition desenseignements doit coïncider avec une autreorganisation de l’année scolaire. L’école doit tenircompte des rythmes biologiques des enfants (voirannexe 1). Les journées seront allégées, les semaines 95dureront cinq jours et l’année scolaire sera allongée dedeux semaines. C’est une révolution car les vacancesestivales seront amputées. La pression quotidienne quipèse sur les épaules des enfants et de leurs familles serarelâchée, non parce que nous baissons le pavillon del’ambition éducative, mais parce que nous larépartissons de manière plus judicieuse. Les séquencespédagogiques ne seront plus nécessairement d’unedurée de 55 minutes et pourront avoir une duréevariable Les élèves auront un nombre d’heuresd’enseignement tenant compte de leur âge (parexemple, moins d’heures en CP et CE1).Voilà qui devrait permettre à Pedro et Sonia, comme àd’autres familles, de pouvoir se retrouver le soir et d’avoirune vie de famille aboutie.15 Voir les travaux d’Hubert Montagner, L’enfant, la vraie questionde l’école, Paris, Odile Jacob, 2002 et L’arbre enfant, une nouvelle approche del’enfant, Paris, Odile Jacob, 2006. Voir aussihttp://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2008/09/Montagner_rythmesscolaires.aspx
  • 96. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école6. L’école commune permettra la continuité dansles apprentissages du CP à la troisième et lutteracontre la rupture brutale que constitue le passageen 6e. Cette rupture scolaire est tellement forte qu’elleaboutit à une sélection sociale des enfants. D’unemanière générale, ceux qui peuvent être encadrés et 96guidés par leurs familles s’en sortent et ceux qui ne lesont pas peinent ou décrochent. L’école communeorganisera ce que les spécialistes appellent le « tuilageprogressif » des compétences enseignantes entre leprimaire et le collège16. Il s’agit d’assurer un passageprogressif d’un maître polyvalent à un professeur pardiscipline ; de classes à plusieurs niveaux en maternelleà des classes à un seul niveau au collège ;d’apprentissages dits « fondamentaux » ouinstrumentaux (la lecture, le calcul…) à desapprentissages culturels (littérature, histoire etgéographie...). Ainsi, au maître référent dans le premierdegré, succèderont deux à quatre enseignants en 6ème et5ème, puis autant d’enseignants que de disciplines en3ème. Il s’agit aussi d’accompagner au mieux latransition entre des connaissances purementdisciplinaires et des savoirs plus globaux 17 relevant de16 Jean-Pierre Obin http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article6965. Voir aussi, Etre enseignantaujourd’hui, Paris, Hachette éducation, 2011.17 Idem
  • 97. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolecompétences intellectuelles et sociales. Constituer undossier, faire un projet, chercher, hiérarchiser et trierl’information, saisir un texte complexe, argumenter etappréhender le monde dans sa complexité ne doiventplus s’acquérir uniquement au sein des familles, maisaussi à l’école. 97Juliette, et beaucoup d’autres enfants qui se reconnaîtront,suivront ainsi un parcours moins chaotique, dans lequel lestransitions sont accompagnées et ne constituent pas debrutales ruptures laissant une partie des enfants sur le bordde la route, à partir du moment où leurs familles n’ont pasles moyens ou ne sont pas outillées pour les aider.7. Progressivement, nous irons vers unétablissement unique incluant le primaire et lecollège. C’est le sens de l’école commune. Cettetransition suppose une réorganisation des bâtiments,même si beaucoup de cités scolaires dans nos villesrassemblent déjà géographiquement plusieurs niveaux.Dans nos campagnes, les écoles et collèges seront misen réseaux pour construire la continuité que supposel’école commune. Les établissements seront ramenés àtaille humaine. Ce regroupement permet aussi deséconomies de gestion : les chefs de ces établissementsle seront aussi pour le primaire et les moyens serontmutualisés. Enfin, des écoles rurales resteront en viegrâce à la mise en réseau. C’est une réforme longue
  • 98. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolemenée par certains pays sur dix ans. Elle ne pourra pasêtre réalisée dans la précipitation, ni avec autoritarisme.Les collectivités locales joueront un grand rôle danslécole commune.8. Aller vers un lycée polyvalent regroupant 98l’enseignement général et technologique etprofessionnelAvec la même volonté d’unification, nousrapprocherons, lorsque les conditions matérielles lepermettront, le lycée général, le lycée technologique etle lycée professionnel pour constituer un véritablelycée polyvalent et mettre fin au séparatisme et à laghettoïsation dont souffrent les lycées professionnels.Il y a trop de cloisons entre les Français. Notre tâcheest de les faire tomber. La polyvalence le permet etcontre par là-même les stratégies d’évitement decertaines familles. Surtout, elle permet des passerellesentre les différentes filières. Le lycée ne sera plus perçucomme un lieu déterministe où lavenir estdéfinitivement fixé, mais comme lespace où tout estencore possible si on en a la volonté. Cerapprochement vise l’élévation de tous les niveaux.Imaginons que si le lycée de Jennifer avait été polyvalent,elle n’aurait pas vécu le déclassement du lycée professionnelet aurait pu aller au bout de son rêve professionnel de
  • 99. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolechaudronnerie. Casser la séparation entre les établissementsprofessionnels et généraux, c’est aussi casser le mur despréjugés qui est, lui, dans les têtes.On pourrait donc imaginer un dispositif de filières etpasserelles souples. Celui-ci permettrait à un élève de 99changer de filière, et pas seulement dans une logique« descendante ». Une année supplémentaire deformation sera proposée aux élèves de bacprofessionnel et à ceux qui en ont besoin pour réussirleur changement de filière. Ces filières réversiblesseraient le véritable sens d’un lycée polyvalent.Gaëtan n’avait plus envie d’aller à l’école à la fin de latroisième. Les cours lui pesaient, il voulait du grand air.Parce que le lycée professionnel avait mauvaise presse, ils’est quand même orienté en seconde générale. Pas trèsconcluant. Gaëtan n’a pas fait grand-chose, ses notesétaient mauvaises et pourtant les professeurs nemanquaient jamais de lui dire qu’il avait du potentiel… s’ilvoulait bien travailler. Mais Gaëtan ne voulait pas. Il n’étaitpas intéressé. Son seul plaisir, c’était les copains et un peude chahut au fond de la classe. « Quel dommage que tu aiescette attitude, entendait-il à longueur de temps ». A force,Gaëtan a fini par perdre tout à fait confiance en lui. Il s’estorienté vers une seconde professionnelle « intervention surle patrimoine bâti ». Changement radical. Lui, le dernier dela classe, est devenu le premier, non seulement dans lesmatières techniques, mais aussi générales. Un peu de fiertéretrouvée. Gaëtan a trouvé sa voie. Il ne rechigne plus. Il
  • 100. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleaimerait même poursuivre, se perfectionner, progresserdans des disciplines scientifiques ou artistiques appliquées àson domaine, mais il se heurte au cloisonnement desfilières. Dans le lycée polyvalent que nous créerons, Gaëtanverra les opportunités qui lui sont offertes s’élargir.Les filières technologiques et professionnelles doivent 100offrir davantage de perspectives dexcellence. Desplaces supplémentaires seront crées dans les IUT etBTS afin qu’ils puissent accueillir plus de bachelierstechnologiques et professionnels.9. Donner un contenu commun aux filières dulycée : entre autres, sciences économiques etsociales et philosophie pour tousLe système éducatif français est marqué par unedisjonction historique entre les matières abstraites(jugées nobles et monopolisant le débat éducatif) et lesdisciplines techniques, jugées comme nécessaires maismoins prestigieuses. Le lycée reproduit cette divisionen affaiblissant le poids des humanités et des sciencessociales dans les filières professionnelles ettechnologiques. Une véritable démocratisation du lycéepasse par l’existence d’un contenu commun aux troisfilières existantes. Il est par exemple choquantqu’actuellement les élèves des filières professionnellesn’aient pas accès à l’enseignement de la philosophiealors même que des expériences concluantes ont été
  • 101. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolemenées par le passé18. Nous ouvrirons donclenseignement de la philosophie au professionnel etcelui des sciences économiques et sociales à toutes lesfilières, y compris scientifiques. Ecole commune, tronc commun obligatoire,hétérogénéité des classes, lycée polyvalent sont la 101première facette de mon projet pour l’école, un projetqui unifie les parcours, tire vers le haut et offre à tousles enfants un égal accès à la réussite. Mais pour réussirl’école commune, il faut créer les conditions del’égalité.Créer les conditions de l’égalité : une nouvelle carte scolaire Notre pays est actuellement l’un de ceux, enEurope, où les inégalités sociales et scolaires entre lesétablissements sont les plus importantes. Lutter contreces inégalités implique de rompre avec la politiqueactuelle qui tend à laisser, sans contrôle, le choix del’établissement aux « clients », ce qui permet aux18 http://www.education.gouv.fr/cid5102/l-enseignement-de-la-philosophie-en-baccalaureat-professionnel-evaluation-du-dispositif-mis-en-oeuvre-dans-l-academie-de-reims.html
  • 102. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleétablissements les plus demandés de choisir leursélèves, et crée une concurrence qui se traduit nonseulement par une ghettoïsation des établissements lesplus fuis, mais aussi par une hiérarchisation scolaire etsociale de tous les établissements. Faut-il pour autantrevenir à un passé fantasmé de carte scolaire stricte ? 102 Je propose une autre solution. Il ny a d’ailleursjamais eu de carte scolaire stricte en France et lesystème des dérogations favorisait lui aussi les plusavertis. Je propose une solution de libre choix régulé.10. Instaurer un choix régulé des établissementsde la scolarité obligatoireLa sectorisation doit être conçue non plus à l’échelled’un établissement (les élèves habitant telle rue vontdans tel établissement), mais à plus large échelle, dansun périmètre raisonnable19. Les familles émettraientdes vœux classant plusieurs établissements d’un secteurgéographique donné ; charge aux autoritésacadémiques de s’efforcer d’assurer une mixité scolaireentre les établissements. On devra retrouver dans tous19 Ces dispositifs existent dans plusieurs pays et ont étéexpérimentés avec succès à La Source, banlieue d’Orléans. Sur lescomparaisons internationales, voir Nathalie Mons, Caractéristiques dessystèmes éducatifs et compétences des jeunes de 15 ans : léclairage des comparaisonsentre pays, Paris, Ministère de la jeunesse, de léducation nationale et de larecherche. Direction de lévaluation et de la prospective, 2004.
  • 103. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleles établissements du secteur une proportion prochedélèves forts/moyens/faibles. Afin dassurer latransparence, des représentants des parents siègerontdans les commissions chargées des affectationsd’élèves dont le compte-rendu sera public afin que larépartition se fasse sur des critères objectifs. Pour ce 103faire, les principaux et inspecteurs s’appuieront sur lesévaluations établies en commun par les équipesenseignantes de tous les établissements du « secteur »concerné. Ainsi, les familles auront un certain choix,dans la limite des exigences de mixité scolaire et socialequi seront une vraie manière d’être. Cette mixitéscolaire est bonne pour tous les élèves, les moins bons,mais aussi les bons et très bons. Elle les tire tous versle haut et permet à chacun d’être jugé en fonction deson mérite. La condition de réussite de ce dispositif estlégale exigence pour tous. Les dédoublementspermettront de différencier les pratiquespédagogiques : aller plus loin avec les plusperformants ; revenir sur les difficultés de ceux qui enont.La carte scolaire : parmi les différents types desectorisation, le libre choix total et la carte scolaire stricteavec dérogations (système en vigueur en France jusqu’en
  • 104. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école2007) se révèlent inégalitaires20. Voici commentfonctionnerait le libre choix régulé que nous proposons.Prenons trois écoles primaires A, B et C dun mêmearrondissement dune ville. Lune (A) se trouve dans unquartier populaire. Lautre (B), distante de quelquescentaines de mètres, est plus à lintérieur et proche ducentre, touchant une population plus aisée mais encore 104mixte. La troisième (C), elle aussi voisine, se trouve au cœurd’un quartier très aisé. Actuellement ces écoles recrutentdans la proximité géographique ce qui fait quil y a un grandécart sociologique et scolaire. Nous proposons quil ny aitplus un secteur par école, mais un pour les trois. En fin dematernelle, les enseignants de maternelle et de primaireferont passer aux élèves des évaluations quils aurontconçues ensemble. En fonction des résultats, les bonsélèves seront divisés en trois groupes. Les élèves moyens etles plus faibles seront aussi partagés en trois groupes. 1/3de chaque groupe rejoindra une école. Les familles aurontla liberté du choix de lécole dans la limite des quotasscolaires définis. Au final il devra y avoir dans chaqueétablissement une proportion voisine de bons, moyens etfaibles.Pour Sylviane qui a envoyé son fils en privé par crainte duniveau trop bas dans le collège de secteur, la réponse parl’égalité entre les établissements est une réponse par le haut,un espoir qu’elle caresse et auquel elle n’ose croire. Faisons-le ! Faisons-le aussi pour François, ignorant des filières20 Agnès Van Zanten et Jean-Pierre Obin, La carte scolaire, PUF,Que sais-je, 2008.
  • 105. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolecachées et qui, du coup, n’a pu parvenir à atteindre sesobjectifs de devenir ingénieur.11. Nous passerons un nouveau contrat avecl’école privée sous contrat qui ne sera pas exemptéede ces nouvelles exigences. Le caractère spécifique de 105certains enseignements dispensés (comme le faitreligieux) lui appartiendra toujours. En échange, etparce que la nation rémunère les professeurs de cesécoles, elle devra prendre sa part du combat nationalpour la mixité et pour la réussite scolaire des enfantsdes familles les moins favorisées.12. Donner le même droit d’accès au lycée à tousles collègesNous pouvons aussi faire évoluer la composition deslycées. Un pourcentage identique délèves de tous lescollèges (ou bientôt écoles communes) de chaquesecteur pourra accéder au lycée. Ce dispositifpermettra de renforcer la mixité des lycées, comme descollèges. L’école commune ne pourra vraiment l’êtreque si le niveau et la composition scolaire et sociale desétablissements convergent. Le séparatisme, qui dégagequelques lycées d’excellence et laisse s’enfoncer lamajorité, ne fait pas assez réussir d’élèves. Par la mixitérégulée et organisée, nous prétendons pouvoir élever leniveau général. Elle est même la condition de
  • 106. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleperformance du système unifié, autant que le brasarmé de la lutte contre l’échec, car tel est bien l’ennemi.Voilà de quoi répondre à la « rage » de Pascal et de tantd’autres, pour qui le collège de secteur, enfermé dans lesdifficultés scolaires et sociales du quartier, n’a pas été untremplin, mais bien un handicap. Un handicap car le niveau 106était beaucoup plus bas que dans les autres collèges. Etquand il a fallu intégrer le lycée, alors les différences ontsauté aux visages de ces élèves. Les conditions de l’égalitén’étant pas réunies, le lycée s’est avéré pour eux une voiesans issue.Contribuer, par l’école, à la politique en direction desterritoires urbains les plus ghettoïsés.Réguler la demande ne suffit pas, il faut aussi rendre le pluséquitable possible l’offre d’enseignement en veillant à cequ’elle soit partout de même qualité. Ceci implique quedans les territoires les plus ghettoïsés, l’Éducation nationaleconduise une politique prioritaire organisée en liaisonétroite avec la politique interministérielle de réhabilitationdes territoires urbains, car tous les problèmes se tiennent.Les personnels de ces établissements prioritaires auront ensus un quota dheures dédoublées supérieur aux autresétablissements. Ils bénéficieront de conditions derémunération et/ou de carrière plus attractives que dans lesautres établissements. Enfin et parce que la France le doit età ses jeunes enseignants et aux élèves dont les familles sontle moins favorisées, nous nommerons dans cesétablissements des enseignants et des chefs détablissements
  • 107. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleexpérimentés. C’est une logique humaine plus quefinancière, à rebours des discours dominants qui seconcentrent sur les moyens.13. Laccès à la réussite des enfants handicapésIl y a un triple effort à fournir concernant la 107scolarisation des jeunes handicapés :  Un immense effort de formation des enseignants afin qu’ils soient mieux à même d’accueillir et de faire progresser et réussir ces élèves.  Le développement de personnels d’accompagnement formés afin de permettre à ces jeunes de mieux suivre leur scolarité.  Le développement, notamment pour les handicaps mentaux de structures spécialisées développant le potentiel et l’autonomie de ces jeunes.Mon projet pour l’école ne peut marcher que sur deuxjambes. L’unification est la première. Mais dans cesystème unifié, il faut se donner les moyens de faireprogresser et réussir chaque enfant, cest-à-direappliquer une pédagogie différenciée. En somme, tousles élèves dans une même classe, quelle que soient leurs
  • 108. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleniveaux scolaires et sociaux et des moyens spécifiquespour aider chaque enfant là où il est, voilà qui pourraitrésumer mon projet pour l’école. L’équation n’est passimple à tenir, mais c’est la seule capable de remédierefficacement aux maux de notre système scolaire. Voicimes propositions. 108Changer la classe :Organiser la pédagogie différenciée dans un système unifié14. Un accroissement sans précédent du nombred’heures en petits groupesTous les élèves, de la maternelle à la terminale, et danstoutes les disciplines, seront en alternance en classeentière pendant un nombre donné d’heures puis, pourenviron un quart du temps scolaire soit en groupes àeffectifs réduits, soit en présence de deux enseignantsafin de permettre une pédagogie différenciée sur lesactivités qui le nécessitent. C’est la grande révolutionde ce projet. Car, en effet, notre système doit sedonner les moyens de « réussir » la mixité qu’il prône.Cette réussite sera mesurée à l’aune de la capacité du
  • 109. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesystème à faire progresser tous les élèves. Les plus endifficulté, bien entendu, mais aussi les meilleurs, pourqu’ils aillent eux aussi encore plus loin, tirent la classeet même servent dexemples à leurs camarades. Lapédagogie différenciée est le système dans lequelchacun est gagnant. 109Exemples de groupes à effectifs réduits- En maternelle, les groupes à effectifs réduits permettentaux enfants les plus timides de prendre plus facilement laparole.- Pour certains cours, des groupes de niveau pourraientpermettre aux élèves les plus en difficulté d’anticiper lesapprentissages d’un cours ou aux plus performants d’allerplus loin.- Le dédoublement sera aussi celui des professeurs. Deuxenseignants pourraient intervenir ensemble,ponctuellement.- Tout simplement, l’enseignant pourra faire des groupesdivisés en deux sans aucun critère lorsqu’il a besoin d’avoirmoins d’élèves dans sa classe pour aborder avec eux unequestion particulière qui nécessite des effectifs réduits :certaines expérimentations en sciences ; apprentissage del’usage des outils de mesure en mathématiques ; initiation àl’argumentation et à la démonstration entre la classe de 5èmeet de 1ère ; pratique de l’oral en langues ; recherchesinformatiques ; retour sur les évaluations, etc.
  • 110. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleCette disposition présenterait quatre avantages majeurs : - Soutenir chaque élève dans sa progression scolaire et permettre de réduire les écarts scolaires au sein des classes, gérer préventivement l’échec scolaire et conduire chacun sur le chemin de la réussite à laquelle il 110 aspire et qu’il mérite. - Contrairement aux cours de soutien, le plus souvent organisés en dehors de la classe, cette disposition permet de ne pas stigmatiser les élèves les plus faibles et donc de conserver intacte leur motivation pour les apprentissages scolaires. Quant à l’enseignant, il ne sera plus tenté de faire un cours destiné aux élèves moyens de sa classe, se disant que celui qui est en difficulté sera un peu décroché, mais pas trop, et que le bon élève suivra nécessairement. - Ce dispositif a aussi l’avantage de rassurer les parents ; chaque élève étant pris en charge de manière spécifique. Mais il est aussi de nature à changer le regard de l’élève sur son professeur, lorsque l’élève mesurera à quel point, par les conseils individualisés qu’il prodigue, l’enseignant s’implique pour lui. C’est aussi cette complicité qui manque à l’heure actuelle et qui suscite des tensions. Il n’est de plus forte
  • 111. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école autorité que celle issue de la reconnaissance. Et la revalorisation du métier d’enseignant se gagne aussi dans les yeux des élèves. - Ce dispositif améliore enfin les conditions de travail des enseignants qui se sentent soutenus dans la gestion difficile de publics scolaires 111 hétérogènes. C’est par ailleurs l’une de leur demande forte – preuve en est donc que l’Education nationale est réformable… pour peu que la réforme soit un progrès substantiel.Par ces dispositifs, nous en finirons avec un systèmebasé sur la « remédiation », qui regroupe les seulsélèves en difficulté – ce qui les stigmatise – et qui netraite les difficultés scolaires que dans ces tempsspécifiques très courts. Dans le système tel que je leconçois la lutte contre léchec scolaire doit êtrepermanente.15. Réduire le redoublement à des situationsexceptionnellesCette mobilisation de moyens a un coût certain. Nousl’assumerons par un redéploiement des moyens. Dansl’approche différenciée – donc individualisée etprogressive – développée ici, le redoublement ne seraplus nécessaire, puisque la difficulté scolaire seracontinuellement prise en charge dès les petites classes,et puisque les enseignants procèderont par
  • 112. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleévaluation/diagnostic plusieurs fois dans lannée.Léchec scolaire sera ainsi attaqué à la racine. Dèsquun enfant aura une difficulté, un passage à vide, ilsera pris en charge selon ses besoins. C’est certesdifficile, mais si nous n’avons pas cette ambition et sinous ne cherchons pas les moyens de réussir, alors rien 112ne changera.La fin de léchec scolaire et par delà du redoublement21permettrait de dégager près de 8 300 postesd’enseignants au collège, et 5500 au primaire. La courdes comptes estime l’économie ainsi réalisée à 1,2milliard deuros (sur un budget de 60 milliards). La plusgrande partie pourrait être redéployée pour améliorersous des formes variées la prévention et la prise encharge des difficultés scolaires des élèves(dédoublements, co-intervention d’enseignants dansune même classe, etc.). La révolution du dédoublementpeut donc être financée dans le cadre d’uneréorganisation interne au corps des enseignants, etdans un souci de maîtrise des coûts. Certains neremplacent pas un départ à la retraite sur deux etdégradent l’enseignement. Je propose de le réorganiserastucieusement pour ne pas dépenser plus sur ce planet enseigner beaucoup mieux. L’échec scolaire coûte21 Dans certains cas spécifiques (améliorer ses résultats pouravoir l’orientation que l’on souhaite…), le redoublement peut-être unebonne solution et ne sera pas interdit.
  • 113. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolecher à la nation : outre le redoublement, on compte lesécoles de la deuxième chance, les dispositifs deréinsertion, jusqu’à la délinquance.Enfin, et parce que cela est nécessaire, outre laréorganisation ici proposée, il faudra revenir sur uncertain nombre de suppressions de postes. La droite en 113a sacrifié 80 000, nous inverserons la tendance.Ce que permet la pédagogie différenciée.Garance est une bonne élève de CM2. Elle a toujours15/20 de moyenne générale et en grammaire elle est encoremeilleure. Mais deux fois de suite, elle a un 10/20 enévaluation de grammaire, à chaque fois sur un sujet portantsur les « prépositions ». Ses parents veulent laider, maisnayant pas été eux-mêmes très doués dans cette discipline,ils ny arrivent pas. Ils demandent alors à lenseignante siGarance ne peut pas, exceptionnellement, suivre un coursdaide individualisée qui a lieu à lheure du repas. Celle-cileur répond que ce dispositif, très cadré par linspection, neconcerne que les élèves qui ont des difficultés récurrentes.Voilà un petit point de difficulté qui deviendra une lacune àmesure qu’il ne sera pas comblé.Quand notre système attend que les lacunes saccumulentpour y remédier, la pédagogie différenciée – parce quespécifique à chaque enfant – entend les combler au fil dutemps. Dans le cours de français, après la détection de cettedifficulté, Garance pourrait être mise dans un grouped’élèves aux difficultés similaires et, pour elle, ce problèmeponctuel pourrait devenir un mauvais souvenir en uneheure, plutôt qu’un boulet à tirer bien longtemps.
  • 114. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleTransformer la condition enseignanteFormation et carrières : de nouvelles perspectives 11416. Former les enseignants à de nouvellespratiques pédagogiques, notamment coopératives.Pour mettre en place une pédagogie différenciée ettirer parti de l’hétérogénéité des élèves, le corpsenseignant devra être formé progressivement à cettenouvelle école. Puisque nous faisons le choixirrévocable de l’hétérogénéité des classes, nous devonsmettre en face les outils pour mener à bien ce choix, enl’occurrence, les pédagogies coopératives (tutorat entreélèves, travail en ateliers…) et la diversité des modesd’apprentissage au sein du groupe classe. Lesenseignants seront aussi formés à l’évaluationdiagnostic afin d’identifier régulièrement etprécisément les difficultés des élèves y compris d’ordremédical (dyslexies, dyspraxies, etc.). La formation ensciences humaines sera également renforcée (sociologiede l’éducation, psycho-pédagogie, etc.). La formationcontinue des enseignants sera obligatoire et intégrée autemps de travail. Mon projet est donc de faire desprofesseurs non seulement des excellentsprofessionnels de leurs disciplines, mais aussi des
  • 115. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleexcellents professionnels de la transmission de leurssavoirs. Cela impose de revoir toute la formationenseignante.17. Une meilleure formation initiale desenseignants 115Le recrutement des enseignants sera revu afin d’yintégrer une dimension professionnelle et une visionplus globale de l’élève et du système éducatif. À l’imagedes concours de la magistrature, ceux-ci se feront endeux temps et en deux ans : le concours à la fin dumaster 1 sur les compétences disciplinaires ; latitularisation se fera à la suite de lobtention du master2, qui portera sur les compétences professionnelles, laconnaissance du système éducatif, du droit, et dessciences humaines. Pendant les deux années, lestagiaire sera en alternance enseignement/formation etaccompagné pour la gestion de classe et la didactiquede sa (ses) discipline(s).Les enseignants stagiaires ainsi que les néo-titulairesseront affectés sur des postes spécifiques qui leurseront réservés dans des établissements de centre villeou qui ont peu de difficultés. L’entrée dans le métiersera ainsi plus facile et il y aura moins d’enseignantsinexpérimentés dans les établissements des quartierspopulaires.
  • 116. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école18. Ouvrir de nouvelles perspectives de carrièreaux enseignantsNous créerons plusieurs fonctions qui n’existent pasencore ou pas assez afin de soutenir les enseignantsdans leur pratique quotidienne et de leur ouvrir desperspectives de carrière : 116Des responsables par discipline seront institutionnalisés etreconnus. Ils existent déjà partiellement, mais leur rôleest appelé à croître. Leur tâche ne se limitera pas à unétablissement, ils seront l’interface avec les autresétablissements du secteur. Ces « chefs de file » pardiscipline seront déchargés d’un certain nombred’heures d’enseignement pour cordonner les activités,mettre en place des évaluations communes, travaillersur des projets transdisciplinaires, créer des banques dedonnées de cours et d’exercices disponibles pourchaque enseignant. Ils pourront exercer cette fonctionaprès quelques années d’enseignement.Chaque professeur se verra confier le suivi d’un petit grouped’élèves entré la même année dans l’établissement. Tout aulong de sa scolarité dans un établissement chaque élèveaura un référent qui le suivra, peu importe lechangement de classe. Ce tuteur sera un enseignant endécharge partielle d’activité, chargé de le suivre danstous les aspects de sa vie scolaire (y compris en matière
  • 117. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolede discipline et de vie scolaire) et qu’il verrarégulièrement, notamment pour travailler son projetd’orientation : cette fonction existe dans la plupart despays européens.Pensons à Ramalajit, orientée là où elle ne voulait pas, 117dans une filière de services à la personne alors qu’elleambitionnait une formation dans l’esthétique ; et gageonsqu’un tuteur avec qui elle aurait tissé des liens des annéesdurant aurait pu faire valoir un autre point de vue que celuidu conseil de classe qui l’orienta. C’est le sens duresponsable de groupe d’élèves. On imagine une ombre quipasse sur le visage de la jeune franco-indienne en lisant cetexte. Et si sa vie avait pu être différente ?Des enseignants référents pour l’aide aux devoirs du soir quiencadreront et formeront les étudiants quis’occuperont de l’aide aux devoirs.Des enseignants formateurs professionnalisés feront leurapparition pour appuyer les professeurs et les aider àévoluer dans leurs pratiques professionnelles. Cesenseignants formateurs seront affectés sur des postesspécifiques qui seront d’autant plus nombreux quel’établissement aura des élèves en difficulté scolaire.Les établissements les plus difficiles ont besoind’enseignants chevronnés, capables de soutenir leurscollègues.
  • 118. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école19. Permettre le travail en équipe et donnerdavantage d’autonomie pédagogique aux équipeséducatives.Le corps professoral a été meurtri. Réformébrutalement, déconsidéré socialement, bien souventstigmatisé et infantilisé par sa hiérarchie. Aujourd’hui, 118quelque chose doit renaître. Il faut rendre auxprofesseurs une partie de leur autonomie, en plus desmoyens de faire réussir leurs élèves. Sans doute y a-t-ilplus de latitude à laisser en matière de programme,mais aussi de travail en équipe et d’initiatives,notamment pour les savoirs plus culturels dispensésl’après-midi.Reprenons l’exemple d’Anne. Ces nouvelles opportunitésde carrières et de missions spécifiques pourraient rompre laroutine qu’elle ressent. Comme beaucoup de professeurs,Anne a des compétences qu’elle n’exploite plus. En devant« coordinatrice » de sa discipline, elle pourra retrouver legoût des projets collectifs et proposer des modules dedécouverte du théâtre classique – sa passion. Elle pourraaussi, en toute légitimité, avec son proviseur pédagogique,entrer dans la classe de Sarah, une jeune collègue qui débuteet qui s’emmêle souvent les pinceaux. Un signe ne trompepas. Dans l’ancienne école, Anne enseignait la porte fermée,dans la nouvelle école décrite ici, Anne s’imagine enseignerla porte ouverte, comme si elle était davantage soutenue parune communauté éducative qui reprend forme.
  • 119. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école20. Un proviseur pédagogique. Pour fédérer l’équipeenseignante et disposer du leadership nécessaire, unproviseur ou principal adjoint sera affectéspécifiquement aux questions pédagogiques, sousl’autorité du chef d’établissement. Ce « proviseurpédagogique » nommera les responsables de chaque 119discipline, il convoquera les réunions, organisera ladétermination des objectifs, animera les équipes,coordonnera les évaluations collectives comme l’actionde suivi des cohortes, mais sera aussi un relais et unappui pour les professeurs qui débutent ou quirencontrent des difficultés dans leurs classes (pas tantsur les savoirs que sur les pratiques pédagogiques),sans pour autant contraindre la liberté pédagogique desenseignants. Que cela soit sans ambigüité : ilcoordonnera et aidera plus qu’il ne contrôlera. Il seraainsi à la tête de la vie scientifique et pédagogique del’établissement, pour que germent des projets ets’expriment élèves et professeurs. Des modalités derecrutement adaptées devront être mises en place.Voilà qui devrait répondre aux préoccupations de Jeanne,celles de cadres de l’Education nationale qui veulent êtresur le terrain, capables de fédérer des équipes, d’aider et deconseiller, en jouant pleinement leur rôle dans unecommunauté éducative reconstruite.
  • 120. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleEn réalité, mon projet pour l’école est celui de lareconstruction par la base d’une communautééducative, forte et soudée, qui casse la dimension deprofession libérale et solitaire qu’est devenu le métierprofessoral, et dans laquelle beaucoup sontmalheureux. 12021. Repositionner les professeurs agrégés. Lesprofesseurs agrégés auront vocation à travailler soit aulycée, soit en BTS et classe préparatoire, soit àl’université. On peut d’ailleurs imaginer des demi-services. Ceux qui ne le souhaiteront pas devront alorsopter pour les obligations de service des professeurscertifiés.22. Réformer l’obligation réglementaire desservices des enseignantsElle devra intégrer les temps d’échange de pratiques etde formation (qui sera par conséquent obligatoire), lesréunions (disciplinaires et par niveau), les tempsconsacrés au tutorat d’élèves, aux réunions diverses(notamment avec les familles). Il s’agira de prendre encompte, dans la rémunération des enseignants etl’organisation de leur temps de travail, les nouvellesmissions attribuées aux professeurs. Cette réforme sefera en concertation avec les enseignants et leursreprésentants syndicaux.
  • 121. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleLes nouvelles perspectives de carrière données auxenseignants, la création de fonctions intermédiaires, lesmodalités de travail qui feront que ceux-ci avancerontdavantage ensemble, le tutorat d’élèves, l’enseignementdifférencié ou la fin du système d’élimination parl’échec, redonneront aux enseignants de l’autorité face 121aux élèves. Une autorité d’autant plus forte qu’elle seraportée par une communauté éducative soudée. Car unegrande partie des violences scolaires est due à l’échecscolaire. L’élève qui ne comprend pas devientperturbateur, et non le contraire. Les élèves sentirontune équipe organisée, soudée, mobilisée et unie pourleur réussite. Car « un des points communs à toutes lesétudes sur la violence scolaire [est que] : quel que soitle contexte national, cest dans les établissementsoù les équipes éducatives sont à la fois solidaireset bienveillantes que la violence des élèves est lamoins fréquente22 ».Changer jusqu’aux cadres de l’Education nationale22 Voir Vincent Troger http://www.scienceshumaines.com/la-violence-scolaire_fr_14590.html
  • 122. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école23. Repenser le recrutement et la formation descadres de l’éducation nationaleLe recrutement des inspecteurs et des chefsd’établissements devra être revu. Leur formationinitiale renforcée (notamment en gestion de ressourceshumaines, en droit et en évaluation) et la formation 122continue obligatoire.24. Repenser les missions et lorganisation descorps dinspectionLes corps d’inspection du ministère regroupent moinsde 6 000 personnes, tous degrés et tous niveauxconfondus. Ils sont d’une part en nombre insuffisant,et en outre mal répartis au regard des fonctions qu’ilsdoivent remplir. Les missions d’évaluation (desétablissements et des politiques éducatives) doiventêtre redéfinies et celles d’accompagnement promues.Les rapports dinspection – sur les politques éducativeset non pas les rapports individuels – serontobligatoirement publiés.Autour de l’école25. Un audit des bâtiments doit être réalisé, enpartenariat avec les collectivités locales.
  • 123. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école - Pour gérer les classes hétérogènes, il faut que les laboratoires de sciences et de technologie puissent accueillir les élèves dans de bonnes conditions, que les salles de classe soient suffisamment grandes pour permettre le déplacement aisé des enseignants, notamment 123 dans les lycées des zones urbaines. - Pour mettre en place du tutorat d’élèves par les enseignants, il faut des bureaux pour les professeurs dans les collèges. - Un lieu d’accueil pour les élèves exclus de cours ou exclus temporairement de l’établissement.26. Accompagner au bilinguisme les enfants dontle français n’est pas la langue première23 enpartenariat avec les communes. Cet accompagnementse fera en dehors du temps scolaire et tant que l’élèveet sa famille le souhaiteront.27. Mieux associer les parents à la vie et à lagouvernance de lécole et à la mise en œuvre desapprentissages. Nous ne pourrons faire l’économie deleur ouvrir lécole et mettre en place une informationsystématique et réelle des familles sur son23 Cela se pratique déjà en Guadeloupe et sur certains territoirespar des associations locales.
  • 124. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolefonctionnement. Il faudra aussi réformer les instancesde manière à ce qu’elles soient plus représentatives dela sociologie de l’établissement.28. Mettre en place une réelle évaluation desétablissements ainsi que de leur pilotage 124L’Education nationale souffre non pas d’un manqued’évaluation (les élèves français sont souvent notés,trop souvent peut être même dans certains cas) maisd’une absence d’évaluations qui lui permette deprogresser. Dans le système actuel les élèves sontévalués constamment, les enseignants très rarement(tous les cinq ans en moyenne), les dispositifs éducatifset les établissements presque jamais. C’est à peu prèsl’inverse partout ailleurs dans le monde.Il convient donc de généraliser la pratique del’évaluation des établissements (qui n’est pas seulementcelle des enseignants pris individuellement), en labasant sur les résultats (donc les progressions) desélèves. Les rapports de l’inspection générale visant àévaluer le système éducatif et la politique éducativedans leur globalité seront rendus publics. C’est uneexigence démocratique légitime et incontournable ;c’est la condition de l’action et du changement.
  • 125. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école29. Responsabiliser les médias sur la questionéducative et poser la question de l’autoritéUne charte de bonne conduite sera mise en place avecles médias sur les programmes destinés aux jeunes. Leservice public de l’audiovisuel mettra en place desémissions régulières à grand public d’information et de 125débat sur l’École.Il nous appartient aussi de poser la question del’autorité. Les phénomènes de violences dans lesétablissements scolaires sont malheureusement uneréalité quotidienne. Mon projet pour l’école est unmoyen de contrer la violence d’une société elle-mêmeviolente. Les experts s’accordent pour dire que plus lacommunauté éducative est soudée, plus elle travailleensemble, plus elle assume son autorité et moins il y ade violences et de sentiment d’injustice. Rythmesscolaires adaptés, école plus juste, encadrementrenforcé et au plus près de chaque élève, en sont lesinstruments. Mais il me semble que cette question ensoulève d’autres : celle de la construction du respect dela société et de la loi de chaque enfant. Il nous fautassurer la cohérence entre famille, école, parfois policeet justice. Cette cohérence est essentielle pour lesenfants qui, nous le savons en observant les nôtres,savent si bien s’infiltrer dans les failles et lescontradictions d’un système. Lorsqu’un père et une
  • 126. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolemère n’ont pas les mêmes principes éducatifs, lesenfants savent en jouer. Que dire alors d’uneRépublique dans laquelle ses différentes instances netiennent pas le même discours, s’affrontent mêmeparfois. Pour une école apaisée, il faut construire unesociété plus juste et une République plus solide et unie 126autour des buts éducatifs de sa jeunesse.30. Transformer les établissements scolaires enmaisons des savoirs ouvertes à tousLes écoles, les collèges et les lycées deviendront deslieux ouverts à l’éducation, à la formation et à laculture de tous, et devront apparaître localementcomme maison des savoirs. Le soir, le week-end etpendant les vacances scolaires les établissements serontaccessibles à tous, grands et petits, ainsi qu’auxassociations dans le cadre de conventions entre lesrectorats et les collectivités locales24.31. Lécole française dans le mondeLa France compte deux millions de concitoyens endehors du territoire national et a la chance debénéficier dun des réseaux denseignement les plusétendus dans le monde grâce à lAgence pour24 Expérimentation réussie à la Seyne-sur-Mer :http://www.etab.ac-caen.fr/centre-ph-lucas/gprs/fichier/projetsdeville.pdf
  • 127. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolelEnseignement Français à lEtranger (AEFE). Cestune chance pour les petits Français qui vivent àlétranger et pour le rayonnement de notre pays et denotre langue. Cependant, le budget de lAEFE ne cessede baisser et les écoles ne scolarisent plus que lesenfants des élites étrangères. Les enfants des amoureux 127de la France et de sa langue issus des classes moyennesont malheureusement de moins en moins accès à notreréseau. Je propose donc : - de mettre en place un système de bourses plus équitable permettant laccès de tous les petits Français vivant à létranger à notre système. - de donner un vrai sens à laccès de certains enfants non français à notre réseau qui, par amitié pour notre pays, souhaitent être scolarisés dans notre système. Il en va d’une certaine idée de la France.Le pari de l’école numériqueL’impact du numérique sur la performance éducative.Pour la première fois, l’étude PISA a évalué l’utilisation desnouvelles technologies. L’étude indique que lutilisation delordinateur a un impact positif. Pourtant, les rapports se
  • 128. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesuccèdent et on bute sur le même diagnostic25 : « la Franceaccuse un fort retard pour ce qui est de l’équipement et de l’utilisationdes technologies de l’information et de la communication en cours parles enseignants. (..) Les problèmes de maintenance et de formationreprésentent des freins importants ».26. Il est impératif deréfléchir à la réorganisation du parc informatique. Noussommes à la 12ème place sur 27 en Europe quant au nombre 128d’élèves par ordinateur, mais seulement à la 21ème pour leurusage27.Les difficultés sont connues- Le manque de formation des enseignants (69% desnouveaux enseignants sortant des IUFM ont obtenu le C2I(Certificat Informatique et Internat). Mais sur les 27 items àvalider, 9 ne sont pas obligatoires (« choisir et utiliser lesressources et services disponibles dans un espacenumérique de travail », « anticiper un incident technique ousavoir y faire face »).- L’absence de gestion professionnalisée des équipements etun partage très flou des compétences entre l’Etat et lescollectivités locales.25 2007 : Mission d’audit de modernisation. Rapport sur lacontribution des nouvelles technologies à la modernisation du systèmeéducatif ; 2008 : Rapport de la mission e-Educ. Pour le développementdu numérique à l’école ; 2010 : Jean Michel Fourgous, député desYvelines « Réussir l’école numérique » ; DEPP N° 197 « Lestechnologies de l’information et de la communication en classe aucollège et au lycée : éléments d’usages et enjeux », octobre 2010.26 Jean Michel Fourgous, député des Yvelines et auteur durapport Parlementaire « Réussir l’école numérique », publié en février2010.27http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/104000080/0000.pdf
  • 129. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école- Le maillon faible du numérique dans l’enseignement restele primaire. La France a concentré l’investissementnumérique (équipement, ressources numériques,encadrement) sur le secondaire, en laissant le primaire decôté, répondant ainsi à une « logique descendante »,contrairement aux autres pays européens. Les dotations enmatériels informatiques, de surcroît, varient dune 129municipalité à lautre. La Cour des Comptes a mis en reliefles inégalités criantes d’une commune à l’autre, et d’uneécole à l’autre.- Le Ministère et les inspections voient le numériqueessentiellement comme un outil de communication et noncomme un véritable levier de changement du système.Le numérique offre pourtant d’autres possibilités. - L’accès à des savoirs nombreux, structurés, actualisés. - Des outils de création et de production de niveau « professionnel » mis à disposition de tous. - Des modalités de communication, de travail collaboratif, de publication de résultats. - Des outils d’accompagnement dans la réalisation des exercices.Des logiciels permettant de nouer de nouvelles formesde confrontation au savoir, pertinentes et élaborées :simulation, modélisation, jeux sérieux
  • 130. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleNotre pays doit prendre le virage du numérique, lenumérique non pas comme instrument mais commelieu de savoirs et de pédagogie et j’entends ici fixer uncap.31. Le numérique dans la classe. Une classe et 130trois espaces« Imaginons une civilisation avancée qui viendrait justed’inventer l’écriture. De nouvelles questions se poseraient à elle :combien doit-il y avoir d’élève pour chaque crayon ? Doit-onavoir une salle séparée pour l’écriture ? » (Seymour Papert).Nous avons fait le choix de concentrer les ordinateursdans une « salle informatique ». De ce fait, pour desraisons d’accessibilité bien souvent, le numérique estrelégué à l’arrière-plan. L’enjeu est de faire le chemininverse, non pas de le concentrer en un lieu, mais de lediffuser pour qu’il soit l’objet d’une pratiquequotidienne et presque naturelle, comme elle l’est dansla société. Je propose donc une réorganisation dessalles de classes. Comme cela se fait déjà dans certainsétablissements en France. Il s’agirait de concevoir troisespaces : un premier avec une dizaine d’ordinateurs, unsecond dit « papier / crayon » pour les activitésindividuelles des élèves et un troisième dit « espacetableau ». Cette organisation permet le travail parateliers et la pédagogie différenciée au sein d’un même
  • 131. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegroupe classe, comme des moments collectifs centréssur le tableau.32. Le passage au manuel numérique présente unénorme avantage budgétaire. Les régionsconsacrent actuellement 100 euros par élève en 131manuels. Le passage au manuel numérique présentedifférents avantages, notamment budgétaires, maisaussi au niveau du poids du cartable. Au préalable, unenégociation devra avoir lieu avec les maisons d’éditionpour réduire le coût d’accès au savoir. En 2009, leMinistère a lancé une expérimentation « manuelsnumériques et espaces numériques de travail » dans 65collèges d’une vingtaine de départements. Les résultatssont concluants28. Il nous faut désormais prendre lechemin de l’avenir.Un tel plan numérique se fera par étape, encommençant par réunir les conditions d’uneexpérimentation à grande échelle : appel d’offres pourdes manuels, sélection des divers équipements, mise aniveau télécom des établissements, formation desenseignants et des moniteurs numériques.28http://www.educnet.education.fr/contenus/dispositifs/manuel-numerique/evaluation-manuel-numerique
  • 132. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleL’expérimentation sera ensuite lancée et généralisée sielle s’avère concluante.Combien tout cela coûte-t-il ? La priorité doit 132 être donnée à l’école communeUn tel programme est onéreux, mais il permet deréaliser aussi de formidables économies. La finnaturelle du redoublement nous fera économiser aminima un milliard d’euros. Des économies budgétairesseront réalisées par l’affectation des professeursagrégés dans les classes terminales et le supérieur, maisaussi par la résorption de l’échec scolaire, en refondantles programmes et en les modernisant, et en donnantla possibilité aux collectivités locales d’utiliser leslocaux scolaires le soir, le week-end, et pendant lesvacances scolaires. La fusion du primaire et du collègeest aussi une économie très importante de gestion.Quant à l’évaluation des différents dispositifs, ellepermettra une gestion plus rigoureuse et performante.Les économies faites permettront de financer le coûtinduit par la réorganisation des bâtiments scolaires, parles salaires des fonctions intermédiaires que nouscréerons, et la mise en place de l’aide aux devoirs et des
  • 133. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoledédoublements. Pour cela il faudra rééquilibrer le tauxd’encadrement des élèves entre le lycée et l’écolecommune (primaire et collège).N’oublions pas que la baisse de la TVA dans larestauration – cadeau fiscal fait par la droite à sa 133clientèle électorale – représente 3 milliards, soitl’équivalent de huit années de suppressions de postes !Il nous faut d’urgence réaffirmer nos priorités.
  • 134. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 134
  • 135. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Conclusion Qu’est ce que transformer veut dire ? Nous 135donner les moyens de ne plus subir une situationdégradée, non pas en invoquant systématiquement lesmoyens, mais en inventant le modèle que nous voulonspour la société qui naît, celle de l’après-crise qui n’estplus celle de l’après-guerre. Le monde a changé, l’écoledoit changer aussi, passer un cap pour rejoindre lesambitions légitimes de société : tenir ensemble justiceet performance dans un projet tout simplementhumain ; recréer une communauté éducative au profitde tous et particulièrement des élèves. Ce projet, c’estl’unification et la différenciation : un égal accès à laréussite et, pour y parvenir, une pédagogie différenciéeconduite par des enseignants à qui l’on donne lesmoyens de travailler correctement, d’être formés, d’êtreaccompagnés et d’être évalués. Mais ce projet n’est pasconçu prioritairement pour les enseignants enrépondant à leurs seules revendications syndicales.C’est le projet d’une nation, dans toutes sescomposantes, qui retrouvera dans son école les moyensd’avoir à nouveau confiance en elle-même et en lesautres. Reconstruire une communauté éducative forte
  • 136. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleest la condition d’une autorité morale et réelleretrouvée de l’école dans une société qui recommenceà faire des projets. 136 Vous qui me lisez, vous êtes peut-être l’un desces personnages, Fatou, Jeanne, Pascal, Jennifer, Sonia,Pedro, Sylviane, Ramalajit, Maria, Anne, Juliette,François, Ramta, Kevin, Ahmed, Garance, Gaëtan.C’est à vous et aux millions d’autres que s’adresse ceprojet. Et c’est avec vos forces, vos voies et vos voixque la transformation s’engagera. C’est en votre nomque, si je suis porté à la plus haute magistrature, jechercherai un accord national pour une grande et belleréforme qui va au-delà des alternances politiques.
  • 137. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Propositions Fonder L’école commune qui rassemble primaire et collège en un établissement unique, ou les rapproche au maximum. L’objectif est 137 d’empêcher les ruptures brutales et les disparités. Instaurer un tronc commun de scolarité pour tous les élèves, jusqu’à 15 ans et réactualiser les programmes. Enseigner tous les jours des savoirs plus culturels après une matinée consacrée au tronc commun (langues secondes, options, projets européens et interdisciplinaires, enseignement artistique et sportif, artisanat…) Ouvrir une étude obligatoire encadrée par des étudiants et des professeurs, du primaire à la terminale. Changer les rythmes scolaires : alléger les journées, allonger l’année. Aller vers un lycée polyvalent justifié par des passerelles entre les différentes filières et des contenus communs. Etablir pour les familles un libre choix régulé entre différents établissements. S’assurer que
  • 138. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école ceux-ci ont un niveau voisin en répartissant les élèves bons, moyens et faibles entre plusieurs établissements de proximité. Passer un nouveau contrat avec l’école privée pour qu’elle prenne sa part dans cet effort d’harmonisation des niveaux. 138 Favoriser l’accès à la réussite des enfants handicapés. Généraliser les classes hétérogènes. Jouer la carte de la pédagogie différenciée (dédoublement, co-intervention et cours en petits groupe) et en finir avec la vision uniforme du groupe classe. Réduire le redoublement à des situations exceptionnelles car les difficultés scolaires seront gérées au fil de l’eau par la pédagogie différenciée. Changer la classe en l’organisant en trois espaces « numérique », « papier / crayon », « tableau ». Faire le choix du manuel numérique. Recruter des moniteurs numériques pour accompagner la transformation numérique et en faire une opportunité de savoirs et de pédagogie. Former les enseignants à de nouvelles pratiques pédagogiques, notamment coopératives et numériques.
  • 139. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Changer les modalités de recrutement et de formation des enseignants. Transformer la condition enseignante en désignant des responsables par disciplines et des tuteurs de cohortes. Donner la possibilité d’une véritable carrière. 139 Créer un corps d’enseignants formateurs pour soutenir leurs collègues. Instaurer des coordonateurs de pôles thématiques en lycée pour favoriser l’interdisciplinarité. Favoriser le travail en équipe et une plus grande autonomie des enseignants Réaménager le service des professeurs pour intégrer ces nouvelles tâches. Donner la responsabilité pédagogique de l’établissement à un proviseur adjoint pédagogique. Charge à lui de recréer et fédérer une communauté éducative. Repenser les missions du corps d’inspection. Instituer un secrétaire général des établissements scolaires à la place du gestionnaire. Mieux associer les parents à la gouvernance de l’école. Etablir des outils d’évaluation des établissements et politiques menées.
  • 140. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Transformer les établissements scolaires en maisons des savoirs ouvertes à tous (conférences le soir, locaux pour associations…) Responsabiliser les médias sur la question éducative. 140
  • 141. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleAnnexe 1. Les rythmes scolaires, en France et chez nos voisinsL’élève Français est celui qui a le plus grand nombred’heures de cours dans l’année (864 heures en primaire)concentré dans le nombre de jours de classes des plusfaibles en Europe (144 jours, contre 190 jours pour la 141majorité des autres pays, comme cela a déjà été mentionné).Résultat, nos élèves ont les journées les plus lourdes despays de l’OCDE. A noter que le nombre élevé d’heures decours annuelles est une particularité des pays latins (enFrance : 913 heures de cours par an de 7 à 8 ans, 890 heuresde cours par an de 9 à 11 ans, deuxième après l’Italie,contre 608 en Finlande). Les pays du nord ont beaucoupmoins d’heures de cours, et pourtant leurs résultats à PISAsont bien meilleurs que ceux du sud. Quantité ne rime pasavec qualité.Actuellement6h de cours par 864 heures par an de jour x 4 jours par cours + 144 heures semaine x 36 d’aide aux devoirs = 1008 semaines + 1h heures par an d’aide aux devoirs par jour x 4 jours par semaine x 36 semaines =Ce que nous 5h par jour x 5 950 heures par an deproposons jours par semaine cours (avec les ateliers de x 38 semaines = sport, culture, patrimoine, projets de classe et interdisciplinaires) + 190 heures d’aide aux devoirs = 1144 heures par an
  • 142. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleAnnexe 2. Numérique et performance 142
  • 143. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 2

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