Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école                                              1
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Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école               RemerciementsJe tiens à remercier toute léquipe qui a travaillé ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesystèmes éducatifs ; à Jean-Marie Panazol comme àMarie-Chantal Genemaux, ancien...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolemoyens de mettre en œuvre l’école de la nouvelleFrance. C’est faire là œuvre de...
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Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école                       Préface                  Jean-Pierre ObinInspecteur géné...
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Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleest déniée à l’humanité, et sont rejetés le passé (latradition) ou l’avenir (le...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleorientation à la nation. On accorde désormais plusd’importance à la forme, à ce...
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Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolepolitiques et morales, promouvoir des attitudesciviques, éduquer des comporteme...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolebeaucoup de dérogations, jusqu’en 2007, et queNicolas Sarkozy a décidé de lever...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école(et même au collège) par le jeu des options et desdifférents dispositifs d’aide...
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Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école                  Sommaire3    Remerciements6    Préface de Jean-Pierre Obin   ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école68    Léducation est considérée comme une charge      et non un investissement7...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école             Avant-propos        L’école de tous les jours                     ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleoù se transmet le patrimoine d’une société, degénération en génération, où les ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleLes pièces d’un nouveau modèle social    français        Les espoirs, tensions ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolenumérique, ou plutôt forme des jeunes citoyenscapables de se mouvoir, d’exercer...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleépaules, mais l’école réinventée que je propose doit enprendre toute sa part.  ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école        Actuellement, lorsqu’un élève sort d’un collègedu quartier populaire Sa...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleapproches avec l’impératif de mixité. Il nous faudracertainement augmenter le b...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleau-delà des moyens. Pour ma part, je conçois le rôle dupolitique comme celui d’...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoletu aies 11. Et de là nous irons plus loin » ; A celui qui veuxêtre cuisinier, n...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleimpose de revoir tout le système. Bref, c’est l’unionsacrée pour une école qui ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleL’école de tous les jours        L’école est le quotidien de millions de França...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolebeaucoup d’amis et se dit qu’en lycée général elle auraitrencontré des gens dif...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école        Sylviane élève seule son fils Kevin. Elle estassistante sociale et habi...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolefaire son stage de fin d’études. Du coup, Sylviane n’apas vu le bénéfice. Peut-...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleremplaçant. Le collègue a craqué. Après cinq moisd’enseignement, il s’est dit q...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleexaminera dautres CV, et Antoine sourira denouveau...        Anne est professeu...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegarde le silence lors de ces échanges et tente de trouverun autre sujet de conv...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleresponsabilité face à élèves, mais il ne peut pass’empêcher d’avoir un goût ame...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolemois, celle qui a trois heures de transports en communpar jour et des horaires ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolephysique-chimie leur paraît à des années-lumière deleurs préoccupations. « Fran...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école       Maria, Sylviane, Jennifer, Anne, Ahmed aucund’entre eux n’a démérité. To...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleprojet pour l’école concerne tous, ceux qui sont endifficulté, bien sûr, et qu’...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école    Un système à la dérive et des          gens courageux                      ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleest bien antérieur. Il convient de ne pas dissimulerqu’une part de cet héritage...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleunifié pouvait être décroché du lycée général,exclusivement tourné vers les étu...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolequi concerne les enfants de 6 à 15 ans – a été morceléentre le primaire et ce m...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école        Face à l’échec constaté du collège faussementunique, d’aucuns se sont e...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegamin, quand jen aurai un, il fera tout : latin, grec, chinois,japonais sil le ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école        On a choisi à l’époque de contenter chaquecollectivité afin de désarmer...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolecôté et bac technologique de l’autre. Tout militait pource rapprochement lorsqu...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleLes années 2000.Les ambitions éteintes de la démocratisation, oul’égalité aband...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoledans une conception unifiée d’une école obligatoire de3 à 16 ans, se donnant po...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesont orientés vers l’enseignement professionnel le sontde milieux familiaux déf...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleinternationales qui en montrent linefficacité et le coût,est pratiqué dès les p...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolefait semblant d’oublier de noter tous ses devoirs dans lecahier de texte, de co...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolehiérarchie parfaitement identifiée des initiés ettotalement illisible pour les ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesortiront de leur condition, alors qu’en réalité elles nepeuvent pas rivaliser ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleL’intérêt de nos enfants n’est plus au centre dusystème        Des parents qui ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleRamta a eu un maître le lundi et le mardi, une animatrice decentre aéré le merc...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleà la société. Les comportements hostiles ou dedéfiance à son égard se multiplie...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleobjectifs que l’on s’est assigné. Ca c’est pour François– et que, sur le chemin...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesociale4, le lien entre diplôme et insertion socialeréussie sestompe et le dout...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleUn nombre insuffisant de diplômés au regard desaspirations sociales et des beso...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegénéraux et technologiques par génération est passéede 54.8 % en 1995, 51.4 % e...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolel’approfondissement         des       apprentissages     estinégalement pris en...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolebras de nouveaux « fournisseurs de services ». Lalibéralisation de l’éducation,...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleréfléchissez, nous avons le monde entier chez nous,n’est-ce pas une formidable ...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleau même curriculum, à la même émulation, à desenseignants ayant la même expérie...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleautres, qu’elle enfonce. Pour les élèves moyens, en effet,rien n’est prévu pour...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolepoints10 pour passer à 20% du total des élèves. Ce chiffreest insupportable. Il...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoledomaines, sans souci véritable des résultats et desrisques à court et moyen ter...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleluniversité reçoit en L1 et L2 les recalés des classespréparatoires, des IUT, d...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleDes enseignants lucides et qualifiés maisdésarmés face à la complexité croissan...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleceux qui pourront un jour caresser lespoir datteindreles plus prestigieuses éco...
Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleet ayant réussi des concours très sélectifs, le ministèrele plus riche en matiè...
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le projet d'Arnaud Montebourg pour l'école dans le cadre de l'élection présidentielle 2012

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  1. 1. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 1
  2. 2. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 2
  3. 3. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école RemerciementsJe tiens à remercier toute léquipe qui a travaillé de prèsou de loin à lélaboration de ce texte depuis plus dun 3an. Parents, enseignants, chefs détablissements,inspecteurs généraux, experts de l’éducation, certainssyndiqués et dautres pas, certains membres du partisocialiste et dautres venant d’horizons différents, sesont régulièrement réunis pour formuler despropositions et construire avec moi ce projet pourl’école qui sera l’une des pièces maîtresses de lanouvelle France. Tous nont pas souhaité que je lesremercie nominativement car leur situationprofessionnelle ne leur permet pas dêtre cités. Je leuradresse ma gratitude.Je tiens à remercier Jean-Pierre Obin, inspecteurgénéral honoraire de l’Education nationale, qui ma faitlhonneur de préfacer ce texte. J’adresse aussi mesremerciements à Nathalie Mons, sociologue et maîtrede conférence, que nous avons auditionnée et qui nousa éclairés sur les études comparatives internationales ; àJean-Louis Auduc, ancien directeur adjoint de lIUFMde Créteil, auteur de plusieurs ouvrages sur les
  4. 4. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesystèmes éducatifs ; à Jean-Marie Panazol comme àMarie-Chantal Genemaux, ancienne principale decollège et chargée de mission « politiques éducatives » àla Ligue de l’enseignement. Je remercie égalementIsmaël Ferhat, Sébastien Bracciali et Fadi Kassem,professeurs agrégés, ainsi que Thierry Laigle, 4professeur des écoles, Malika Ahmane, étudiante,Maurice Ronai, sociologue expert des questionsnumériques, Julien Dourgnon, responsable des expertsde ma campagne ou Viviane Becourt, mère célibataireattentive à léducation de sa fille, qui ont réfléchi, reluet conseillé. Merci aussi à Bertrand Monthubert,secrétaire national du Parti socialiste, universitaire etancien président de « Sauvons la recherche », pour sesconseils et sa relecture critique. J’adresse enfin mesremerciements à François-Xavier Petit, professeuragrégé, pour m’avoir accompagné dans l’écriture. Ettout particulièrement à Maya Akkari, professeurcertifié de mathématiques qui a coordonné l’ensembledes travaux.Ce texte est le fruit de l’expérience quotidienne de tousles acteurs de l’éducation, qu’ils soient professeurs,élèves, personnels d’encadrement ou parents commemoi. Il a été mûri dans une pratique et une expérience ;il s’est nourri d’années de vécu pour dresser unconstat, formuler des propositions et dégager les
  5. 5. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolemoyens de mettre en œuvre l’école de la nouvelleFrance. C’est faire là œuvre de rassemblement autourd’un projet commun à toute la société, imaginé avecceux qui sont tous les jours au contact de l’école et denotre jeunesse. 5
  6. 6. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 6
  7. 7. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Préface Jean-Pierre ObinInspecteur général honoraire de l’Education nationale 7 Education : néolibéralisme ou République L’un des mérites d’Arnaud Montebourg est deprendre au sérieux l’hégémonie mondiale, installéedepuis une trentaine d’années, de l’idéologienéolibérale. Ce n’est sans doute pas là, en effet, unphénomène mineur ou passager, mais plutôt le témoind’une évolution profonde de nos sociétés, dont il fautbien saisir les causes afin d’en mieux combattre leseffets ; et d’en tirer sérieusement - surtout si l’on seprésente à la magistrature suprême - les conséquencespolitiques. Le succès des idées néolibérales n’est eneffet pas dû à l’existence de grands penseurs ou àl’impact d’une théorie puissante, mais plus simplementà son adéquation à une situation historique objective :
  8. 8. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolela nouvelle ère ouverte dans les sociétés occidentalespar l’effondrement de toutes les formes de l’autorité,qu’elles soient religieuses ou politiques. Le dernier desépisodes – et pas le moindre ! – en a été la défaite de ceque Raymond Aron a appelé les religions séculières etHannah Arendt le totalitarisme. L’effondrement de 8l’idéologie communiste marque sans doute ladisparition définitive dans notre civilisation de toutprincipe d’autorité légitime dans le domaine politique ;ce dont témoigne Claude Lefort lorsqu’il décrit« l’impossibilité à s’en remettre dorénavant à un garantreconnu par tous : la nature, la raison, Dieu,l’Histoire. » Même l’idéologie du progrès, de la foi enl’avenir, s’est retournée : aujourd’hui la science et latechnique n’apparaissent plus comme des sourcesd’espoir d’une possible maîtrise des forces de la nature,mais comme des motifs de crainte d’une apocalypsepar la destruction de la nature. Si l’idéologie néolibérale apparaît parfaitementadaptée à un monde dont tout principe d’autorité adisparu, c’est qu’elle est fondée sur un principe opposéà l’autorité, celui de l’autonomie totale de l’individu, unindividu isolé, défini simplement par ses droits, sesaspirations et ses intérêts. Pour le néolibéralisme, seulsexistent en effet des individus, liés en droit par nulleautre obligation que librement consentie, c’est-à-direcontractuelle. Mais du coup toute dimension historique
  9. 9. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleest déniée à l’humanité, et sont rejetés le passé (latradition) ou l’avenir (le projet) comme principeslégitimes d’organisation collective. Ne reste pour lesnéolibéraux que l’évidence du présent et la seulerégulation possible des intérêts et des aspirations desindividus par le marché. Rien, issu du passé ou contenu 9dans une vision de l’avenir, qui ne doive contrariercette singulière croyance que les individus sontuniquement guidés par leurs intérêts et leursaspirations. Tout principe d’unité sociale ayant disparu,Dieu, la Tradition, la République, la Morale, le Parti etl’avenir radieux, le Progrès, tout cela ayant été balayé,mis à bas, « déconstruit », restent, triomphants,l’individu, ses droits et le marché. Dans cette vision, lerôle de l’Etat – minimal - se borne donc strictement àla protection des droits individuels et des mécanismesdu marché. C’est là sans doute la raison du succès de lanotion de « société civile », une représentation de lasociété conçue comme un ensemble de regroupementsd’individus, librement fondés sur le partage d’identitésou d’intérêts, et sur leur libre jeu. Le corporatisme, quine voit pas plus loin que ses intérêts particuliers,s’accommode en définitive fort bien de cette idéologie. Dans ce contexte, les préoccupations deshommes politiques tendent d’avantage à refléter ladiversité de la société civile, plutôt que de donner une
  10. 10. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleorientation à la nation. On accorde désormais plusd’importance à la forme, à ce qu’on appelle lagouvernance, qu’au fond, ce qu’on nomme encore legouvernement. Les partis, par les candidats qu’ilsprésentent aux élections notamment, s’efforcentdavantage de représenter cette diversité, d’être son 10miroir, que d’entraîner la société vers un but ou de latransformer. Quant à l’éducation, que devient-elle dans cenouveau contexte idéologique ? Pour fonctionner,l’idéologie néolibérale ne s’appuie pas que sur le droitet l’économie mais table aussi sur l’éducation.Education libérale et économie libérale partagent eneffet le même grand principe, le rejet des attachescollectives et de toute forme d’autorité, et notammentle rejet du politique comme instance de normativité oude régulation collective. Economie libérale et éducationlibérale vont de pair et se confortent. Il faut y êtreattentif : on ne peut, comme certains, aimer l’une etdétester l’autre, et repousser l’une sans rejeter l’autre.Car c’est l’enfant délié de toute attache collective,éduqué dans la légitimité absolue de ses choixindividuels, « auto-construit », qui, devenu adulte, peutcroire se réaliser en contractant librement pouraccomplir ses aspirations et défendre ses intérêts. Pourles néolibéraux, la vie consiste à la fois à se réaliser soi-même, d’où l’éducation à l’auto-construction de soi et la
  11. 11. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolepédagogie de l’auto-construction des savoirs, et àréaliser ses aspirations, d’où l’économie de la libertéabsolue d’entreprendre et de consommer. La mise en œuvre de ce projet rencontrecependant de nombreux obstacles. D’abord elles’oppose à la tradition française d’une « éducation 11nationale », d’une école publique davantage tournéevers l’édification et la consolidation d’une nation - elle-même conçue comme fondement de la cohésionsociale - que destinée à répondre aux seules ambitionsdes individus et des familles. Ensuite ce projet seheurte aux apories qu’il engendre : l’atomisation socialeet l’apologie de la liberté individuelle ne font pas bonménage avec l’idée même d’école et avec lescontraintes de toute vie scolaire ; l’anomie sociale etmorale des jeunes, et le développement de la violencequi en résulte, provoquent en retour une nouvelledemande d’autorité, de réglementation et de protectionde la part des parents, et notamment de ceux desclasses populaires ; le développement des affirmationsidentitaires et des revendications religieuses a poureffet un renouveau de l’exigence laïque à l’école. Deces contradictions, émerge progressivement l’idée quel’école doit (re)devenir l’institution fondatrice du vivreensemble, qu’elle doit bien sûr transmettre desconnaissances, mais aussi former des compétencescognitives et sociales, faire partager des valeurs
  12. 12. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolepolitiques et morales, promouvoir des attitudesciviques, éduquer des comportements responsables. Les tenants de l’éducation libérale se heurtentégalement à un obstacle difficilement surmontable :l’existence du savoir comme principe universeld’autorité. Le savoir n’est en effet pas libéral et ne peut 12pas le devenir. Aussi est-il faux de dire, voire deprofesser comme on l’entend souvent, que chaqueélève construit son savoir. Le savoir nous surplombe :deux et deux font quatre, c’est ainsi, il n’existe aucuneliberté par rapport à cette vérité, et même le professeurne peut s’en affranchir ! Ce surplomb du savoir, ceprincipe d’autorité incontournable est évidemmentinsupportable à l’individu néolibéral et à sa quêteradicale d’autonomie. D’où le succès, dans les milieuxfortement marqués par l’individualisme, du« constructivisme » éducatif : comme l’on doit bienadmettre que le but des apprentissages est commun,que le savoir ne vaut que s’il est le même pour tous, onargumente qu’heureusement, le chemin pour yparvenir est quant à lui individuel. L’enseignement, lesparcours scolaires, la pédagogie doivent donc êtreindividualisés, et l’éducation être libéralisée. Mais à quiprofite alors le libéralisme scolaire ? Toujours auxmêmes. En voici trois illustrations. La carte scolaire pour commencer. Voilà unecontrainte imposée par l’Etat aux parents, certes avec
  13. 13. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolebeaucoup de dérogations, jusqu’en 2007, et queNicolas Sarkozy a décidé de lever, leur disant enquelque sorte : « l’école est obligatoire, mais vouspouvez choisir la vôtre. » On en voit maintenant lerésultat, sur le terrain et au travers des études quicommencent à être publiées : le développement d’une 13ségrégation croissante entre les établissements, audétriment des résultats de la grande majorité des élèveset en particulier des plus fragiles. L’orientation pourcontinuer, seconde occasion de choix scolaire pour lesélèves et les familles. Une recherche montre qu’unécart de 57 points sépare, à l’entrée au lycée, leschances des enfants d’ouvriers de ceux de cadres d’êtreorientés vers des études longues. Mais la grandedécouverte est que sur les 37 points de discriminationdus au parcours scolaire au collège, la moitié estimputable à l’orientation et l’autre moitié auxperformances. Ou encore : à notes identiques, lesélèves ne sont pas du tout orientés de la mêmemanière ! D’autres recherches corroborent ce résultat :à chaque fois qu’il y a choix d’orientation, d’option,d’établissement, qu’il y a liberté de choisir, ce sonttoujours les mêmes qui en profitent, qui font les bonschoix : ceux bien sûr qui possèdent l’ambition,l’information et les réseaux. Troisième illustration pourfinir : l’individualisation des parcours et ladéstructuration du groupe-classe qui en résulte au lycée
  14. 14. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école(et même au collège) par le jeu des options et desdifférents dispositifs d’aide et de soutien. Lesprincipaux des collèges de ZEP le savent bien : lamultiplication des dispositifs qui font éclater lesgroupes-classes déstabilisent les élèves les plus fragiles ;ce sont ceux-là qui pâtissent le plus de l’émiettement 14des structures d’enseignement, et de ne pas disposer dela structuration et de la contrainte rassurantes, commeà l’école primaire, d’un groupe permanent et d’un toutpetit nombre d’intervenants. D’une certaine manière, par son laisser faire, parsa dévotion au mythe de la singularité cognitive dechaque élève et, partant, par sa soumission auxdynamiques sociales ségrégatives, la pédagogie libéralepeut être vue comme la négation-même de toutepédagogie. Mais sa nocivité n’invalide nullementl’absolue nécessité de l’entreprise pédagogique qui, aucœur de l’acte d’enseignement et d’éducation, s’attacheà mettre progressivement les savoirs à la portée desélèves ; et doit s’efforcer aussi de contrecarrer lesdynamiques mortifères de l’entre-soi et del’individualisme. Pédagogies du projet, de lacoopération, de l’entre-aide, monitorat etenseignement mutuel, travaux de groupe, méthodesactives… autant de courants et de dispositifs portéspar certains enseignants et chefs d’établissement, et quipeuvent placer la solidarité au cœur de la classe, « tirer
  15. 15. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolevers le haut » les plus faibles en s’appuyant sur les plusforts, et donner du sens – et de l’efficacité – au combatpour la mixité scolaire et sociale des établissements etdes classes qui doit être celui de tout gouvernement degauche. Marcel Gauchet le prophétisait en 1985 : « Au 15bout de la pédagogie libérale il y a l’école de l’inégalité »écrivait-il. Nous y sommes ! Comment ne pas voir quela libéralisation des choix scolaires est devenue,aujourd’hui en France, l’un des points d’application lesplus stratégiques de l’idéologie néolibérale ; et lecombat intéressé de ceux qu’elle favorise ? C’estprécisément contre cela que s’élève le projet d’ArnaudMontebourg, en réintroduisant les idées de choixcollectifs, de volonté politique, d’intérêt général, deBien commun, de justice sociale, de laïcité, bref deRépublique, au cœur d’une nouvelle politique éducativede gauche dans l’Education nationale. Jean-Pierre Obin Inspecteur général honoraire de l’Education nationale
  16. 16. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école 16
  17. 17. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Sommaire3 Remerciements6 Préface de Jean-Pierre Obin 1719 Avant-propos : L’école de tous les jours19 Le trait d’union entre tous les Français21 Les pièces d’un nouveau modèle social français23 Nous avons réussi la massification, il faut désormais réussir la démocratisation26 Mon projet pour l’école et ses deux adversaires27 Justice et performance29 L’école de tous les jours39 Une nouvelle ambition scolaire41 Un système à la dérive et des gens courageux41 Un héritage de réformes manquées ou inachevées50 Lécole est un lieu de reproduction sociale et de ségrégation55 Douloureux divorce entre la société et son école62 Léducation nest plus vraiment ni gratuite, ni nationale65 Face au désengagement de l’État, la débrouille des familles
  18. 18. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école68 Léducation est considérée comme une charge et non un investissement70 Notre système scolaire malmène ses enseignants, au détriment de tous et notamment des élèves79 Une école qui ne tient pas compte des rythmes biologiques des élèves 1880 Des contenus disciplinaires pléthoriques et qui ne sont pas toujours en phase avec le monde d’aujourd’hui87 Mes propositions pour transformer l’école87 Unifier et différencier90 Unifier le système scolaire : l’école commune et le lycée polyvalent101 Créer les conditions de l’égalité : une nouvelle carte scolaire108 Changer la classe : organiser la pédagogie différenciée dans un système unifié114 Transformer la condition enseignante : Formation, carrières : de nouvelles perspectives122 Changer jusqu’aux cadres de l’Education nationale123 Autour de l’école127 Le pari de l’école numérique132 Combien tout cela coûte-t-il ? La priorité doit être donnée à l’école commune135 Conclusion137 Propositions
  19. 19. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Avant-propos L’école de tous les jours 19Le trait d’union entre tous les Français L’école est un point commun entre les Français.Tous, nous avons été élèves et portons avec nous nosbons et moins bons souvenirs. Beaucoup sontactuellement des parents ou grands-parents associés deprès ou de loin à la scolarité de leurs enfants, desdevoirs aux rencontres parents – professeurs. Sansoublier le million de Français qui travaille dans lesystème scolaire et relève tous les jours les défis siprimordiaux de l’éducation de nos enfants, dans lesconditions que nous connaissons, ni les entreprises quiont besoin de futurs salariés compétents, capables desuivre ou anticiper le progrès technique. Bref, delouvrier au cadre supérieur, en passant parl’entrepreneur ou le petit commerçant, tous, sansexception, sont convaincus que les savoirs sontessentiels à l’élévation de l’individu. L’école est ainsi lecreuset de notre nation, celui où se bâtit une certaineidée de lhomme-citoyen, où se construit une culturecommune, où l’on découvre la différence. C’est le lieu
  20. 20. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleoù se transmet le patrimoine d’une société, degénération en génération, où les enfants s’éveillent,apprennent, conquièrent pas après pas l’autonomie desadultes qu’ils sont appelés à devenir. Car s’émanciper,ce n’est pas uniquement avoir un bon diplôme pouravoir un bon emploi, c’est aussi et surtout pouvoir se 20dépasser, se confronter à la différence, se libérer de cequi nous enchaîne parfois et peut déterminer notreparcours de vie : milieu social, qu’il soit modeste oubourgeois ; genre, qu’on soit fille ou garçon ; sexualité ;histoire familiale ou territoire. L’école est tout cela à lafois, autant que le lieu où les élèves choisissent uneorientation professionnelle. L’école tient ainsi dans sa main la formation desprofessionnels de demain dont le niveau decompétence, quel que soit le domaine, détermine laprospérité de notre économie. Elle porte en mêmetemps la construction d’individus libres de leursjugements, par l’acquisition des savoirs etl’appréhension de la complexité du monde. Pourquoiopposer ces deux missions ? La société attend de sonécole qu’elle les mène de front.
  21. 21. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleLes pièces d’un nouveau modèle social français Les espoirs, tensions et maux de la société nes’arrêtent pas à son portail, surtout dans nosdémocraties modernes traversées par des médias qui 21modifient et multiplient les canaux du savoir, autantqu’ils plongent les jeunes dans l’immédiateté de laconsommation et l’assouvissement instantané desdésirs ; démocraties placées sous l’assaut du marketinget de la marchandisation des rapports sociaux ;démocraties qui doivent faire vivre ensemble des gensd’origines diverses et des revendications identitairesloin d’être illégitimes ; démocraties déchirées par lechômage, le travail précaire aux horaires improbableset les inégalités toujours si criantes. Il nous faut enprendre la mesure. Depuis les grandes réformesscolaires de Napoléon, de Jules Ferry et de René Haby(collège dit « unique »), l’école a parcouru un cheminimmense. Personne ne peut nier la montée du niveaudes qualifications mais à celles-là ont correspondu lamultiplication et la diversification des problèmesculturels et sociaux. Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas derevenir en arrière, mais au contraire de franchir unnouveau cap, construire l’école d’un siècle nouveau,celle qui réduit les inégalités et s’adapte à la société
  22. 22. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolenumérique, ou plutôt forme des jeunes citoyenscapables de se mouvoir, d’exercer leur esprit critique,de s’émanciper personnellement, de réussirprofessionnellement et de travailler collectivement. Des questions lourdes sont posées aux futursdirigeants de la France : comment enseigner ? Quelle 22pédagogie utiliser ? Faut-il aller vers des classes deniveau ? La concurrence entre établissements est-elleun progrès ? Quel rôle pour les familles ? Le collègeunique est-il une bonne chose ? Qu’en est-il du métierd’enseignant à notre époque ? Et combien tout celacoûte-t-il ? Vis-à-vis de l’école, nos attentes sont grandes. Ajuste titre. Mais elle ne peut pas être jugée seuleresponsable de l’échec scolaire de certains élèves,encore trop nombreux, et de la stagnation éducativedepuis 1995. Certes, l’instruction-transmission dessavoirs et des savoir-faire, lapprofondissement desconnaissances- de chaque enfant et de chaque jeune estsous son entière responsabilité, et dans ce domainenotre système éducatif doit encore beaucoupprogresser, mais l’éducation -comportement,citoyenneté, valeurs- est l’affaire de tous et laresponsabilité en est partagée : familles, école,collectivités locales, entreprises, médias et associationsd’éducation populaire… Le poids de la réduction desinégalités ne doit donc pas peser uniquement sur ses
  23. 23. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleépaules, mais l’école réinventée que je propose doit enprendre toute sa part. L’école réinventée est ainsi un élément dunouveau modèle social que je propose et qui doitprendre place à côté d’une nouvelle politique pour lajeunesse, d’une autre politique des villes ou d’une 23reconfiguration de la formation professionnelle ;autant de pierres quil faudra assembler dans le mêmeédifice.Nous avons réussi la massification, il faut désormais réussir la démocratisation En un mot, si l’on regarde par-dessus notreépaule, notre système scolaire a réussi la massification,permettant l’accès à l’instruction à tous les enfants,mais il a raté la démocratisation, cest-à-dire l’égal accèsà la réussite scolaire entre les enfants de tous milieux.Voilà l’enjeu. Si tous les enfants vont à l’école(massification), il faut désormais leur donner un égalaccès à toutes les filières de l’enseignement supérieursans exception (démocratisation). Il s’agit de justicesociale, mais également de l’avenir de la France quidoit élargir son élite et vaincre l’échec scolaire.
  24. 24. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Actuellement, lorsqu’un élève sort d’un collègedu quartier populaire Saint Charles à Nice, il n’a pas lemême bagage scolaire que lorsqu’il sort d’un collège ducentre de la ville de Nantes. Là est un des nœuds dumal scolaire français. Comment voulez-vous demanderaux familles d’avoir une attitude républicaine si, 24lorsqu’elles inscrivent leurs enfants dans l’école d’unquartier populaire, ils en sortent avec un niveauscolaire moindre que s’il avait été scolarisé dans unétablissement d’un quartier moins défavorisé ? Quevoulez-vous dire à certains de nos jeunes des quartierspopulaires qui disent avoir « la rage » lorsque,excellents élèves de leur collège de secteur, ils seretrouvent à la queue du peloton dans le « grand » lycéedu département et qu’ils n’arrivent pas à réaliser leurenvie légitime d’intégrer les filières prestigieuses ?Leurs parents n’avaient pas les codes et lesinformations nécessaires pour se mouvoir dans unsystème opaque. Pour que nos principes d’égalité et defraternité ne soient pas que des paroles en l’air, aussicreuses que discréditées, il faut que l’ÉducationNationale garantisse sur tout le territoire, dans tous lesétablissements, dans toutes les classes, une égale qualitéd’accès aux savoirs et aux compétences. Mais cela ne sefera pas sans une approche différenciée des élèves etsans pédagogies coopératives et il nous faudra y mettreles moyens pour garantir la cohabitation de ces
  25. 25. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleapproches avec l’impératif de mixité. Il nous faudracertainement augmenter le budget alloué à l’instructionde nos enfants, mais il sera également nécessaire dedéfinir des priorités, notamment en faveur del’enseignement de base qui va de la maternelle à la finde la troisième. 25 Tout le monde ne fera pas Polytechnique, maisl’accès à la réussite doit être démocratisé. La France abesoin d’une élite élargie, forte, renouvelée, utile ànotre pays et non composée presqu’exclusivement deceux qui ont les codes du système et les gardentjalousement pour eux. La réponse que nous proposonsest l’égal accès à la réussite. C’est une grande tâche, ungrand et difficile projet de société. Comme tous lesgrands desseins, il appelle à lui une société qui ne peutse satisfaire de l’état de son école et qui a décidé de seremonter les manches pour la faire changer. Car desrustines et des réformettes n’y suffiront pas. Cettegrande transformation, tous les acteurs l’attendent :élèves, parents, professeurs, cest-à-dire tous ceux quifont de leur mieux tous les jours et qui se désespèrentde se heurter aux murs d’un système bien souventabsurde, opaque ou paralysé. Finalement tous sont deshommes et des femmes de bonne volonté reliés par lamême chaîne. Il faut désormais les rassembler et lesunir autour d’un projet de transformation qui va bien
  26. 26. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleau-delà des moyens. Pour ma part, je conçois le rôle dupolitique comme celui d’un inventeur de la vie future.Ces propositions s’en veulent la mise en pratique. 26Mon projet pour l’école et ses deux adversaires Dans ce grand effort pour tracer un cheminvers la réussite, quelle qu’elle soit, pour chacun, nousnous opposerons à deux autres projets. Celui deNicolas Sarkozy qui vise un système de détection et desélection parfois efficace pour une infime minorité de« meilleurs » extraite des ghettos scolaires, maisabandonnant tous les autres à leurs sortsd’irrémédiables perdants. Pire, cette politique dissimulederrière de rares trajectoires brillantes de quelques unsles bataillons laissés en rase campagne de l’échecscolaire. L’autre projet que nous repousserons est celuidu nivellement par le bas, celui dans lequel, au nomd’une conception absurde de l’égalité on pourchassel’excellence pour uniformiser la médiocrité. Nousportons au contraire deux ambitions, celle d’un égalaccès à la réussite et celle d’un accompagnement desélèves pour qu’ils aillent plus loin que ce qu’ils avaientpu imaginer. A celui qui obtient 6 sur 20, nous devonsêtre capables de dire : « On va travailler ensemble pour que
  27. 27. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoletu aies 11. Et de là nous irons plus loin » ; A celui qui veuxêtre cuisinier, nous allons dire : « ne vise pas un CAP, vajusqu’au bac professionnel et de là, vise la licence professionnelle.Nous allons t’y aider ». Ni choix de quelques meilleurs, nialignement sur les plus faibles, mais l’excellence pourtous et quelle qu’elle soit. Et ce n’est pas qu’un slogan 27facile qui revient à chaque élection, car nousavancerons tout au long de ce texte des solutionsconcrètes et des moyens matériels. Le défi est aussigrand que d’amener les petits paysans à l’école de laRépublique, à la fin du XIXe siècle, ou 80% d’uneclasse d’âge au bac dans la seconde moitié du XXe.C’est pourtant le nouvel enjeu de notre société.Justice et performance Ce projet peut tenir en deux mots : justice etperformance. C’est la justice qui assure la plus grandeperformance du système ; une réelle performance quise mesure à l’échelle de la société – pas de quelquesfilières d’excellence et dispositifs discriminants quiservent de cache-misère ; une égalité réelle qui permetà chacun de se réaliser et d’aller le plus loin possible.Justice et performance, c’est l’objectif croisé, la liaisonintime qu’il faut concrétiser, l’alchimie nouvelle qui
  28. 28. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleimpose de revoir tout le système. Bref, c’est l’unionsacrée pour une école qui reprend sa place dans notresociété, et qui doit de nouveau oser et porterl’optimisme. La justice est la condition de saperformance. 28 Parents soucieux, professeurs désespérés, élèvesdéboussolés, personnels résignés, mais aussi grands-parents inquiets du sort de leurs petits enfants,diplômés-chômeurs qui ne voient pas la fin de la galèreou jeunes sortant chaque année du système scolairesans diplôme, ce projet est pour vous tous, vous quivous heurtez au même mur d’un système en roue libre,vous que l’on veut opposer les uns aux autres mais quiêtes pourtant reliés par un fil invisible : le besoin de latransformation de l’école. Isolément, là où vous êtes,vous vous battez pour améliorer les choses : parent quiessaye d’aider les devoirs de son enfant ; professeur quiva au-delà de son travail parce que des élèves ontbesoin de lui… Vous êtes des étincelles d’espoir qui,mises ensemble, peuvent accoucher de la grandetransformation de notre système scolaire. Vous êtestous ces gens dont je vais décrire les trajectoires, lesdifficultés et les espoirs. Ces histoires sont les vôtres, ce projet doit ledevenir.
  29. 29. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleL’école de tous les jours L’école est le quotidien de millions de Français,jeunes ou moins jeunes. Elle est le lieu de formidableshistoires, mais aussi de très lourds – bien trop lourds –problèmes. 29 Prenons Jennifer. Jennifer a un pèrechaudronnier. Enfant, il l’emmenait parfois dansl’atelier, le mercredi après-midi, pendant que ses amiesallaient à la danse. Mais Jennifer n’a jamais eu envie deporter un tutu. Ce n’est pas cela, être une filleaujourd’hui. Etre une fille, c’est faire ce que l’on aime.Et ce qu’aime Jennifer, c’est voir le métal changer decouleur sous la flamme du chalumeau. C’est lapremière chose qui l’a fascinée dans l’atelier de sonpère situé dans une zone industrielle de Mulhouse.Quand il s’est agi de choisir une orientation, Jennifern’a pas hésité. Elle voulait travailler le métal. En plusson père lui a dit qu’elle trouverait facilement unemploi. Elle a donc choisi de faire un bac proindustriel. Toutes ses amies sont parties dans un lycéegénéral. Il a fallu s’en séparer. Jennifer l’a mal vécu.Elle n’a plus l’impression de vivre la même vie qu’elleset les liens se sont distendus. Dans son lycéeprofessionnel, Jennifer n’est pas très heureuse. Elle estla seule fille dans sa classe. Du coup, elle n’a plus
  30. 30. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolebeaucoup d’amis et se dit qu’en lycée général elle auraitrencontré des gens différents, d’horizons divers. Ellese sent vraiment seule. Les garçons de sa classe ne sontpas là par choix, méprisent la filière industrielle, ducoup sont souvent absents et l’ambiance est mauvaise.Ils voulaient faire compta ou vente, « du business », 30disent-ils. Mais ils n’avaient pas le niveau, alors on les amis là. Parfois, elle essaye encore de les convaincred’être fiers de leur filière et leur dit qu’ils gagnerontplus que ses copines qui veulent faire une fac depsycho. Mais ils ne la croient pas. Il faut dire que leurlycée ghetto n’incite pas à avoir confiance en l’avenir etn’ouvre pas de perspectives. Après le lycée que feront-ils ? Pas de BTS à l’horizon. Rien du tout. Ils n’ontmême pas idée de ce qu’il peut y avoir après. Commedans leur établissement, il n’y a qu’une filièreprofessionnelle industrielle, impossible d’imaginerl’avenir. Ils sont comme enfermés. Plus ça va et plusJennifer a l’impression de ne pas être à sa place. Au furet à mesure, porter tout cela sur ses épaules est devenutrop lourd. Ses professeurs l’aident beaucoup, mais ellesent dans leurs regards qu’ils se demandent ce qu’elleest venue faire là. Fatiguée de se battre, elle a demandésa réorientation. Ironie de l’histoire, elle qui voulaitêtre chaudronnière ira faire de la vente et sescamarades de classe qui en rêvaient resteront dans lachaudronnerie.
  31. 31. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Sylviane élève seule son fils Kevin. Elle estassistante sociale et habite un quartier populaire de lapériphérie de Lyon et ses amis et ses voisins sontd’origines multiples. Comme elle, ils ont du mal àjoindre les deux bouts. Sylviane scolarise son enfantdans l’école du quartier, mais rapidement, elle s’est 31rendu compte que le niveau d’enseignement etd’exigences scolaires y est moindre qu’à l’école de sanièce qui, elle, habite en centre ville. Au début, elleessayait de laider à la maison pour « rattraper leniveau », mais dès que Kévin est arrivé en CE1, ce nefut plus possible pour elle. Rentrée généralement à18h30 à la maison, entre la préparation du dîner, lebain, le linge, le rangement, il ne lui restait plusbeaucoup de temps pour faire du travail en plus aveclui. Le week-end, souvent elle prenait des petitsboulots dappoint pour finir le mois, il fallait faire lescourses, le ménage. Sylviane a donc décidé de mettreKévin dans le privé pour qu’il soit mieux encadré,pensait-elle, même si cela représentait pour elle un coûtfinancier et un temps de trajet bien supérieur.Certaines de ses voisines payent des cours particuliers,elle a aussi essayé les cours particuliers. C’était hors deprix et le résultat pas très bon. Elle a enchaîné les« professeurs », sans être convaincue. Au bout dusixième, elle a enfin trouvé un étudiant avec qui Kévinprogressait. Mais il a dû arrêter trop rapidement pour
  32. 32. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolefaire son stage de fin d’études. Du coup, Sylviane n’apas vu le bénéfice. Peut-être que ça la rassurait ? Quefaire quand on veut aider son enfant et que l’on n’estpas soi-même capable de l’aider en calcul mental ?Quant à l’école privée, avec un peu de recul, Sylvianene voit plus les avantages. Kevin a eu quelques 32difficultés à s’adapter, son niveau n’était pas assez bonselon le directeur et on lui a bien fait comprendre ques’il ne redressait pas la barre il devrait quitterl’établissement. Depuis, Kévin a souvent mal au ventrele matin en allant au collège. Et il a désormais le tempsd’avoir mal au ventre, car le collège privé se trouve à45 minutes de chez lui. Le bus scolaire ne l’y amènepas. Sylviane ne peut pas le faire, elle commence sontravail à la même heure. Jennifer ne connaît pas Sylviane. Pourtant, ellespartagent le même désarroi. Toutes deux ont voulufaire du mieux qu’elles pouvaient, mais se sontretrouvées dans un système qui ne leur a offert aucunesolution. Elles pourraient croiser Maria qui, dans sonrôle, affronte exactement les mêmes difficultés. Maria est adjointe au chef détablissement dunlycée de banlieue parisienne. Depuis trois semaines,branle-bas de combat au lycée. Suite à la défection dunprofesseur de mathématiques, elle doit chercher un
  33. 33. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleremplaçant. Le collègue a craqué. Après cinq moisd’enseignement, il s’est dit que les élèves étaient tropdurs et que ce métier n’était pas celui qu’il avait choisi.« Faire la police toute la journée, ce n’est pas pourmoi », disait-il dans la salle des profs. LAcadémie ayantépuisé – dès le mois de décembre – ses ressources 33humaines en termes de remplaçants, Maria reçoitaujourdhui des CV et des lettres de motivationprovenant de candidats ayant vu une annonce au Pôleemploi « recherche professeur de mathématiques. 18heures de cours par semaine ». En rédigeant lannonce,Maria sest dit que cétait assez incroyable dêtre obligéden arriver là. Mais que faire ? Il faut bien assurer descours à des élèves qui passent le bac à la fin de lannée.Avec un peu de chance, se dit Maria, un étudiantconsciencieux répondra à lannonce. Pour évaluer lesCV quelle a reçus, Maria demande à Antoine, jeuneprofesseur certifié de mathématiques sil pense quunniveau bac + 2 est suffisant pour enseigner à des élèvesde Terminale Scientifique et Terminale Economique etSociale. Antoine, mi cynique mi désabusé lui demandesil na pas un autre CV à examiner. Le proviseurévoque alors un candidat qui détaille un nombreimpressionnant de formations... sans aucun diplômepour les sanctionner. Il sera choisi, par défaut. Il feradeux semaines de cours avant de renoncer. Et Maria
  34. 34. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleexaminera dautres CV, et Antoine sourira denouveau... Anne est professeur de français dans un collègedes Yvelines. Originaire des Côtes dArmor, elle a étéaffectée en Seine-Saint-Denis après sa réussite au 34concours. Elle avait 24 ans. Pendant des années, elle asouhaité retourner dans son département dorigine,mais faute dancienneté, elle sest finalement rabattuesur la banlieue ouest parisienne. Elle y a gagné entranquillité dans lexercice de son métier : lorsquelledemande le silence, les élèves obéissent et tous sontattentifs et fournissent le travail quelle demande. Elleest un professeur apprécié de ses élèves, de sescollègues, bien noté par son Proviseur et sonInspecteur. Elle a acheté, avec son mari, une petitemaison pas très loin de la bretelle dautoroute qui leurpermet daller voir la famille en Bretagne, un week-endsur deux, pour que les enfants connaissent leursracines. Une fois par semaine, elle déjeune avec Ingrid,son amie denfance qui a choisi une autre voieprofessionnelle. Ingrid évoque ses déplacements àlétranger pour des séminaires, son salaire, désormaistrois fois supérieur à celui dAnne alors qu’elle étaitmoins qualifiée, sa possibilité douvrir une succursalede la compagnie à Toulouse ou peut-être à Prague,« Prague est une ville magnifique, tu sais ? ». Anne
  35. 35. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegarde le silence lors de ces échanges et tente de trouverun autre sujet de conversation. Elle aimerait bien« évoluer », mais à part passer automatiquement unéchelon à 120 euros par mois tout les trois ans... quefaire ? Elle ne culpabilise même plus lorsque soninspecteur évoque le « renouvellement permanent des 35bons professeurs » et limpossibilité, pour eux, de selasser de leur métier. Non, même ceci ne latteint plus,la lassitude la progressivement emporté. Que faire ?Attendre la retraite ? Même son rêve de Côtes dArmorsest évanoui... Maintenant quils ont construit leur vieici... repartir, déraciner les enfants ? Non, ce nest passérieux... Alors que lui reste-t-il ? Devenir chefdEtablissement ? Et devoir vendre sa maison pourrésider, peut-être, dans un logement de fonctioninconfortable dun établissement sensible dont sesenfants auront peur de sortir ? Non plus... Alors, serésigner à attendre la retraite en se disant quelle abeaucoup de chance davoir « tout ça » ? « Non,sincèrement, lui demande Ingrid, si tu étais à ma place,tu préfèrerais quoi ? Toulouse ou Prague avec le salairedexpat ? ». Ahmed est professeur de Physique-Chimiedepuis cinq ans. Certes, il a eu la chance d’arriver dansle métier avant la réforme de la « mastérisation » etd’être un peu formé avant de se retrouver en
  36. 36. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleresponsabilité face à élèves, mais il ne peut pass’empêcher d’avoir un goût amer dans la bouche. Sesnouveaux collègues, ceux qui viennent d’être, commeils le disent eux même, « catapultés devant les élèves »lui envient le peu de formation qu’il a eu à l’IUFM,même si elle était loin d’être satisfaisante. Ahmed vient 36de Toulouse, la ville rose. Mais comme la plupart desjeunes enseignants, il a été affecté pour son premierposte sur un établissement dit « difficile » de labanlieue parisienne. Les frais de transports pourretourner dans le Sud sont prohibitifs, alors il ne voitplus Karine, sa fiancée, que deux week-ends par mois.1 300 km aller-retour. « On partage les frais de train,avec l’abonnement, c’est gérable. En semaine, il y a letéléphone, avec l’illimité, ça permet de tenir. » Lasolitude est grande face à ce métier qui ne correspondpas tout à fait à ce qu’il imaginait. Ahmed est fils demédecin, petit-frère de deux ingénieurs, il a toujoursexcellé dans les matières scientifiques. Après deux ansde prépa scientifique, il a été admis dans des écolesd’ingénieur… mais il a préféré l’enseignement àl’ingénierie et s’est dirigé vers la fac. Affecté dansl’académie de Créteil comme beaucoup de jeunes, il adécouvert un monde qu’il ne connaissait pas. Lamisère, la vraie, « celle de la France d’en-bas », celle quifait ses courses dans des discounts alimentaires « dontrien que le nom fait peur », celle qui est à zéro au 15 du
  37. 37. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolemois, celle qui a trois heures de transports en communpar jour et des horaires décalés. « Et puis les gosses. Jen’imaginais pas ça. Je viens d’un milieu doré, mon pèredispose d’un bureau, de bibliothèques, il y avait deslivres partout dans la maison, la télé, c’était de tempsen temps, pour regarder un reportage ou un film qu’on 37choisissait sur un programme ». Ses élèves sontdifférents, les familles, ici sont touchées de plein fouetpar le chômage de masse et le travail précaire. Lesdivorces sont nombreux, le manque d’argent n’aide pasles couples à tenir. « Les parents font ce qu’ils peuvent,mais c’est vite vu. Les gosses sont à la dérive. On nevient pas du même monde ». La pauvreté de ses élèves,parfois même la misère, Ahmed n’arrivait pas à lesoublier, il n’y était pas préparé. Et puis, il ne savait pasquoi faire. Quand un élève n’a pas fait ses exercices carl’électricité a été coupée à la maison la veille, que faire ?Le punir ? L’excuser ? Que dire à cette élève detroisième qui arrive tous les matins en retard parcequ’elle travaille le soir ? Comment faire de l’école unlieu où chacun peut mettre un peu de côté sesproblèmes personnels ? Au début, il était exigeant avecles élèves, mais très vite son chef d’établissement lui ademandé d’élever ses notes. « Vous allez me mettre lefeu à la classe, et puis les parents vont fuir. Nous nousdevons de les rassurer » lui dit-il. Mais rassurer qui ?Les élèves ne croient même pas en eux. Alors, la
  38. 38. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolephysique-chimie leur paraît à des années-lumière deleurs préoccupations. « Franchement, je n’ai pas signépour ça. Je veux transmettre une discipline qui meplaît, qui me passionne, faire réfléchir les gosses sur…je sais pas… la naissance de l’univers ou le mouvementdes molécules dans un verre d’eau… mais là… à quoi 38je sers, au fond ? », se dit Ahmed. Il se sent très seul.Depuis sa titularisation il n’a jamais été inspecté. Sescollègues sont tous plus jeunes les uns que les autres,les chefs d’établissements sont, quant à eux, jeunesdans la fonction car personne ne veut de ces postes là.Cependant, il ne veut pas baisser les bras. Cherchantdes solutions, Ahmed s’est tourné vers lesmouvements pédagogiques, il a repris des étudesuniversitaires en sciences de l’éducation, décidant ainside s’auto-former. Depuis, ça va mieux dans ses cours.Il comprend mieux la situation sociale de ses élèves etleur rapport aux savoirs académiques, comme ce quipeut faire malentendus entre eux et lui. Il ne les jugepas, mais ne baisse pas la garde au niveau desexigences. Mais, quand il voit autour de lui tous sescollègues déprimés et malheureux de ne pouvoir faireréussir leurs élèves, il en veut au système qui les a tousbien insuffisamment formés.
  39. 39. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Maria, Sylviane, Jennifer, Anne, Ahmed aucund’entre eux n’a démérité. Tous ont essayé de faire deleur mieux dans le système scolaire tel qu’il est. Ils ontcru dans ce système, mais celui-ci n’a pas cru en eux,ne les a pas aidé à réussir, s’en sortir ou s’émanciper.Tous en sont devenus les otages. C’est ce système qu’il 39faut changer.Une nouvelle ambition scolaire A vous tous, je veux dire que l’école doit avoiravec tous une égale exigence, garantir à chacun unégal traitement. Elle doit prendre en compte lesparticularités des individus, mais leur apprendre àtravailler ensemble, à s’enrichir mutuellement. Elle seragarante de l’équilibre entre intérêts individuels etcollectifs. C’est ainsi que nous restaurerons laconfiance des familles dans la capacité de notresystème à élever leurs enfants et que l’écoleretrouvera son autorité car elle en aura alors lalégitimité. Elle sera performante car juste. Il nous sera en conséquent possible, aprèsl’avoir massifié, de la démocratiser : après un égalaccès à l’école, un égal accès à la réussite. Mon
  40. 40. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleprojet pour l’école concerne tous, ceux qui sont endifficulté, bien sûr, et qu’il faut aider, mais aussi ceuxqui réussissent et que l’on doit amener encore plusloin. Voila le cap, il faut désormais dire comment 40on l’atteint. Les idées et les rêves ne suffisent pas :passons à la compréhension des maux de notre école,puis viendront les solutions concrètes.
  41. 41. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Un système à la dérive et des gens courageux 41Un héritage de réformes manquées ou inachevées Notre système scolaire mérite mieux que desremarques à l’emporte-pièce telles que « le niveaubaisse », « les professeurs sont fainéants », « les parentssont démissionnaires » et « de mon temps, c’étaitvraiment mieux ». Il convient au contraire d’en faire unexamen critique et rigoureux, pour comprendre ce quimarche ou ne marche pas et ce qui ne fonctionne plus.Entrons donc dans le vif du sujet. Si l’école sous Nicolas Sarkozy vit un profondmalaise et que le taux d’élèves en grande difficultéscolaire a augmenté de 4,8%1 que les inégalités d’accèsà la réussite se sont encore plus accrues faisant de laFrance le pays d’Europe où les enfants des familles lesmoins aisées réussissent le moins bien, le mal scolaire1 Pisa 2006-2009
  42. 42. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleest bien antérieur. Il convient de ne pas dissimulerqu’une part de cet héritage provient de réformes malengagées aussi bien par la droite que par la gauche aupouvoir. C’est là une vérité que nous devons auxFrançais. 42Les années 70.La réforme Haby du collège (1975) : une réformenon aboutie René Haby, ministre de lEducation Nationalesous la présidence Giscard dEstaing, a souhaité fairepour les élèves de 12-15 ans ce qu’a fait Jules Ferrypour ceux de 6-11 ans, c’est-à-dire leur donner un égalaccès à tous les savoirs. Après « l’école pour tous », le« collège pour tous », celui qui doit permettre, enthéorie, à une majorité d’élèves, quelle que soit leurhistoire familiale, de réussir. Concrètement, il s’agissait alors de fusionner leprimaire supérieur (les Collèges d’EnseignementGénéral (CEG), qui rassemblaient une majoritéd’élèves, issus des classes moyennes et populaires) et lepremier cycle de l’ancien lycée, élitiste et malthusien(les Collège d’Enseignement secondaire). Ainsiconstitué en un bloc cohérent et commun, le collège
  43. 43. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleunifié pouvait être décroché du lycée général,exclusivement tourné vers les études longues etélitistes. Il s’agissait aussi d’assurer pour les élèves lesplus fragiles un passage plus progressif entre uninstituteur polyvalent et plusieurs professeursspécialistes d’une seule discipline, entre des savoirs dits 43« fondamentaux » et des savoirs plus culturels. Le débatsur cette question, ouvert par le Plan Langevin-Wallonen 1948, s’est joué entre les deux grands syndicats degauche. La position majoritaire fut alors la suivante :les savoirs universitaires sont supérieurs à une autreforme de légitimité professionnelle. Le professeur estun savant : historien, physicien, philosophe… avantd’être un pédagogue et un praticien de l’enseignementet de l’éducation. Avec le recul, on s’aperçoit que cette réformeest allée à rebours des ambitions légitimes d’unesociété aspirant à une culture commune plus étroite etune hausse des niveaux de savoir. Fonctionnant sur lemode du lycée, le collège favorise une minorité d’élèvesissus le plus souvent des familles aisées et ne permetpas de résorber l’échec scolaire et d’élargir l’élite.L’élève dit « moyen », comme celui qui est plus endifficulté, sera tiré vers le bas par ce système au lieu del’être vers le haut. De plus, le collège, présenté comme« unique », ne l’a jamais été en réalité. Avec ce « collègeunique », le tronc commun de la scolarité obligatoire –
  44. 44. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolequi concerne les enfants de 6 à 15 ans – a été morceléentre le primaire et ce même collège qui est en fait un« pré-lycée ». Dans un tel système, les élèves sontinvités à choisir rapidement des filières induites par lesdifférentes options et autres parcours dits« personnalisés » ou « individualisés » qui ont été mis 44en place à diverses époques aussi bien par desgouvernements de droite que de gauche (SEGPA,choix de langues, classes à horaires aménagés, classesde quatrièmes techno, classes de quatrième d’aide et desoutien, Découvertes Professionnelles 3 heures et 6heures, etc.). Cette orientation à la carte a massivementexclu les élèves des familles les moins favorisées, quisont souvent les moins au fait des méandres dusystème, des filières prestigieuses. En effet, les étudessont unanimes : « les systèmes éducatifs les plus efficaces et lesplus égalitaires dans le monde gardent tous les élèves ensemblejusqu’à l’âge de quinze ans »2. Plus on recule l’âge de la finde la scolarité obligatoire, plus on unifie le tronccommun de la scolarité obligatoire, et plus un systèmeest performant. L’échec scolaire diminue et un plusgrand nombre d’élèves obtient de hautes qualifications.2 François Dubet, entretien donné à Sciences Humaines,http://www.educationetdevenir.fr/spip.php?article470. François Dubets’appuie sur les exemples scandinaves et canadiens pour étayer sa thèse.Voir aussi Nathalie Mons, Les nouvelles politiques éducatives. La France fait-elle les bons choix, Paris, PUF, 2007.
  45. 45. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école Face à l’échec constaté du collège faussementunique, d’aucuns se sont engagés dans la spécialisationet la multiplication des dispositifs hors normes,renforçant toujours un peu plus la différenciation desparcours, et ont fait du collège unique le boucémissaire de réformes non abouties. C’est exactement 45l’inverse qui me paraît convenir : se donner les moyensd’une scolarité vraiment unifiée en amont du lycée, quiest le lieu du choix. On fait porter au collège dit« unique » la responsabilité des échecs de notresystème, on cherche à le modifier, alors que le véritableproblème est son inexistence même, puisquil sagit envérité dune sorte de lycée miniature qui trie et classeles élèves.« Je mappelle Pascal, jai 22 ans et viens dentrer à la fac.Mon père est manutentionnaire et ma mère est caissière. Audépart, ma mère faisait ce boulot juste pour gagner un peudargent pour payer ses études. Mais elle est tombéeamoureuse de mon père et très vite enceinte de moi. Alors,elle a arrêté ses études et continué à être caissière. Mesparents mont scolarisé dans lécole du quartier. Jétais bonélève et mes parents suivaient rigoureusement ma scolarité,mais je ne savais pas quil fallait être dans le bahut duquartier chic, faire de lallemand, du russe et du latin pourêtre dans les bonnes classes et tous ces trucs. On faisaitconfiance au système. On a eu tort. Tout ça, cestmaintenant que je le sais. Et je peux vous dire que mon
  46. 46. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegamin, quand jen aurai un, il fera tout : latin, grec, chinois,japonais sil le faut. Parce que moi, même si jétais àlépoque bon élève, très bon même, quand je suis arrivé enclasse de seconde dans le bon bahut du département,patatras ! Chute libre ! Je n’avais que des mauvaises notes,mes parents me grondaient parce quils pensaient que je netravaillais pas. Mais c’était en fait trop dur. Je navais pas 46appris à beaucoup travailler dans mon collège, mesnouveaux camarades avaient fait tellement plus de choses etpuis je nétais pas habitué à être le plus mauvais. En plus,mes profs de collège navaient jamais le temps de soccuperde moi tant les autres avaient plus de problèmes. Dans celycée, jai donc décroché, quitté lécole, traîné. J’ai mêmerompu avec mes parents car ils ne comprenaient pas.Heureusement que jai rencontré une amie qui ma aidé,soutenu. Lannée dernière jai passé mon bac en candidatlibre et je lai eu. Du premier coup ! Jentre en fac. Mais quelgâchis. Quand je pense que jai perdu quatre ans. Tout celaparce que le niveau de mon collège nétait pas bon. Jenveux vraiment au système et à mes profs de mavoir mentien me mettant des bonnes notes alors que je ne les méritaispas. Jaurais plus travaillé ! Cest dur le travail, et puis çasapprend ».Les années 80.Une autre difficulté provient du cloisonnementeffectué par les lois de décentralisation.
  47. 47. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’école On a choisi à l’époque de contenter chaquecollectivité afin de désarmer les oppositions. Les écolesprimaires sont donc restées dans le giron descommunes, les collèges ont été confiés auxdépartements, les lycées aux régions et les universitéssont restées à la charge de l’Etat. Maintenant qu’il 47s’agirait de trouver un chef de file, des responsabilitéscommunes, une compétence d’ensemble, à tout lemoins pour l’école du Socle commun, lesconséquences de ces décisions sautent aux yeux. On aconstitué là un blocage supplémentaire dans unsystème qui n’en manque pourtant pas ; chacun secrispe aujourd’hui sur ses prérogatives, fait valoir sonexpérience et les investissements consentis, et risquedemain de refuser de lâcher sa part de responsabilité. Ilfaudra clarifier, casser les cloisons et choisir.Les années 90.Echec de la fusion entre les enseignementstechnologique et professionnel et revalorisationdes carrières sans contrepartie Ces deux enseignements n’ont certes pas lamême histoire, mais ils délivrent depuis 1985 desdiplômes de même niveau : bac professionnel d’un
  48. 48. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolecôté et bac technologique de l’autre. Tout militait pource rapprochement lorsque le gouvernement revalorisales carrières en simplifiant la hiérarchie des corpsenseignants ; en particulier l’intérêt évident des élèvesdes classes populaires, toujours victimes descloisonnements qui les enferment précocement dans 48un destin prématuré. Tout, sauf les crispations decorps enseignants rivés à leurs identitésprofessionnelles et de syndicats excessivement campéssur leurs pré-carrés. Enfin, la revalorisation du métierd’enseignant s’est faite en 1990 sans véritablecontrepartie. La réforme comportait en principe deuxvolets liés : selon le mot d’ordre d’alors de la FEN,« revaloriser les carrières et travailler autrement ». LePremier ministre Michel Rocard avait demandé auministre de l’Education nationale d’engager avec lessyndicats des négociations sur cette base. L’effort àconsentir par la nation pour ses enseignants devait êtreporteuse des évolutions souhaitables du métier, mais larevalorisation s’est faite sans contrepartie sur l’exercicedu métier. Les milliards de francs qui ont ainsi étéengagés n’ont pas changé grand-chose pour les élèves.
  49. 49. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleLes années 2000.Les ambitions éteintes de la démocratisation, oul’égalité abandonnée en rase campagne par ladroite 49 Après le calamiteux épisode Allègre, qui a vu unministre « de gauche » vouloir réformer au forceps lesystème éducatif en désignant un bouc-émissaire àl’opinion (le « mammouth »), puis en instrumentalisantles élèves (l’opération « Quels savoirs dans les lycées »),le ministre Jack Lang a repris a minima la réforme dulycée en y introduisant quelques innovationspédagogiques comme les Travaux personnels encadrés(TPE). La droite, revenue au pouvoir, n’a eu ensuite decesse, par toute une série d’initiatives touchant lecollège et le lycée, de mettre en œuvre par petitestouches une filiarisation des enseignements secondaireset une différenciation entre établissements(libéralisation de la carte scolaire), visant à concilierl’existence d’un enseignement de masse et lesaspirations des classes supérieures à un enseignementd’excellence. Toute ambition de « démocratisation », deréduction par l’école de l’inégalité des destins sociaux,de volonté de faire réussir les enfants des classespopulaires a été oubliée ; de même qu’a étéabandonnée l’idée de rapprocher l’école et le collège
  50. 50. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoledans une conception unifiée d’une école obligatoire de3 à 16 ans, se donnant pour ambition de développerune véritable « éducation nationale » pour tous lesenfants, c’est-à-dire une école plus juste et plus efficaceau service d’une société plus unie et plus fraternelle.C’est cette même logique de l’élitisme oligarchique qui 50est encore à l’œuvre dans la suppression de touteformation professionnelle et le retour de la formationdes enseignants du Secondaire – réduite à sa partieacadémique – dans le giron de l’Université.Lécole est un lieu de reproduction sociale et de ségrégation La démocratisation n’a pas suivi la massificationde la fin du XXe siècle. En effet, tout enfant aactuellement accès à l’école, mais tous les élèves n’ontpas un égal accès à la réussite scolaire et aux filièresd’excellence, que ce soit dans l’enseignementtechnologique, professionnel ou général. Il est anormalque dans un pays aussi avancé que le nôtre nousassistions à un phénomène de reproduction sociale àl’école aussi important : environ 80 % des élèveslauréats du baccalauréat général et technologique sontissus de milieux familiaux favorisés et 80 % de ceux qui
  51. 51. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesont orientés vers l’enseignement professionnel le sontde milieux familiaux défavorisés. Notre pays est un deceux de l’OCDE qui corrige le moins les inégalitéssociales de départ. Pourtant, les pays les moinsinégalitaires, sont également les plus performants : ilsont moins d’élèves en échec scolaire et plus d’élèves en 51réussite scolaire que nous. Les études internationalesont montré que les systèmes qui éliminent le moinssont également ceux qui ont l’élite la plus fournie. Etc’est bien là l’enjeu majeur de notre système scolaire :élargir le champ de l’excellence. Notre pays a besoin dedécideurs économiques et politiques, de chercheurs,d’innovateurs, de créatifs… la liste serait trop longuecar elle concerne tous les domaines. La France a besoind’une large excellence et non d’une petite éliterabougrie qui n’est là que par reproduction sociale etparce qu’elle sait faire fonctionner le système à sonprofit.Un système qui fonctionne par éliminationssuccessives D’abord, notre modèle éducatif fonctionne paréliminations successives, véritable machine à séparer,classer, fabriquer la ségrégation. Le processus desélection débute nettement trop tôt, et leredoublement, malgré toutes les études nationales et
  52. 52. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleinternationales qui en montrent linefficacité et le coût,est pratiqué dès les premières années de la scolarité. Ensuite, les passages de la maternelle à l’écoleprimaire, de celle-ci au collège et de ce dernier au lycéene sont pas accompagnés et sont autant de rupturessélectives, tant au niveau des contenus disciplinaires 52que des méthodes d’apprentissages, essentiellementpour les enfants des familles modestes. Et plus lesfamilles sont défavorisées, plus elles ont des difficultéspour accompagner leurs enfants lors de ces rupturesqu’elles n’identifient d’ailleurs pas comme telles. Lejugement scolaire étant souvent définitif, car lesprogrammes sont chargés, l’année scolaire courte etque les enseignants sont obligés d’avancer, peud’enfants et de jeunes ont l’occasion de se rattraper.Juliette était une assez bonne élève à l’école primaire. Auxévaluations de CM2, elle a eu environ 75 % de réussite.Arrivée en classe de 6ème, plus rien ne va comme avant. Elleest dans la lune, n’a jamais le bon cahier, le professeur defrançais lui demande un classeur, mais elle n’arrive pas às’organiser. Le collège est grand, les élèves sont nombreux,les récréations sont trop courtes et il faut courir d’un coursà un autre, d’une salle à une autre ; chaque professeur a saméthode de travail, ses codes, son langage. Parfois, elle aune après-midi entière de libre, et elle ne sait pas quoi enfaire. Résultat, Juliette est perdue… Peu à peu sesmoyennes baissent. Ses parents ne comprennent pas. Ilspensent que c’est la faute à la pré-adolescence, que Juliette
  53. 53. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolefait semblant d’oublier de noter tous ses devoirs dans lecahier de texte, de confondre le livre de français etd’histoire, d’égarer son rapporteur et d’arriver après l’heureau cours suivant la récréation. Juliette finit en classe de 3èmeavec à peine la moyenne et n’est pas orientée selon sesdésirs. Pourtant, en primaire, Juliette était une bonneélève… 53 Enfin, cette ségrégation scolaire et sociale estrenforcée par un système organisé en filières« cachées » dès le collège faussement unique, par le jeude la libéralisation de la carte scolaire, des options etnotamment du choix des langues. Ainsi les familles lesplus averties qui connaissent le système scolaire saventqu’il faut encourager son enfant à choisir l’allemand enpremière langue et faire du latin en 5ème. Ellesinscrivent parfois leurs enfants dès leur plus jeune âgeà des cours de musique ou de danse afin que ceux-cisoient plus tard dans des classes à horaires aménagés,qui sont souvent des classes où le niveau scolaire estélevé. Entre les SEGPA3, les classes bi-langues, lesclasses à horaires aménagés, les classes à double niveauqui sont parfois utilisées en primaire pour faire desclasses de niveau, notre système scolaire présente une3 Au collège, les sections denseignement général etprofessionnel adapté (SEGPA) accueillent des élèves présentant desdifficultés dapprentissage importantes et durables.
  54. 54. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolehiérarchie parfaitement identifiée des initiés ettotalement illisible pour les autres familles.François est scolarisé dans le collège de son quartier quiest en zone rurbaine. Ses parents travaillent et gagnent bienleur vie. Son père est cadre moyen dans une grandeentreprise de bâtiment, sa mère est coiffeuse. Étant de 54niveau scolaire moyen, François n’est jamais dans lesbonnes classes. À l’entrée au collège, ses parents, neconnaissant pas bien le système, ne demandent pas à cequ’il soit dans la classe bi-langue du collège. En 6ème il nechoisit pas l’Allemand comme seconde langue et en 5ème ilne veut pas faire de latin. Il est donc encore et toujoursdans des classes moyennes et, arrivé en seconde, il plonge.Bien que François soit un jeune homme sérieux qui n’a pasde problème social, il peine en math et en français. Neparlons pas des sciences physiques. Alors qu’il se rêvaitingénieur, il est orienté vers une section qui necorrespondait pas à ses désirs. Bien que la France manqued’ingénieurs, son système éducatif a été incapable d’aiderFrançois à le devenir.« L’individualisation » des choix et des parcoursfragilise la cohésion sociale La droite, fidèle en cela aux attentes scolairesdes couches les plus favorisées de la population(comme d’une partie des couches les moins favoriséesqui croient qu’en jouant le jeu des autres, elles se
  55. 55. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesortiront de leur condition, alors qu’en réalité elles nepeuvent pas rivaliser en l’état actuel) metprogressivement en œuvre des politiques visant à« l’individualisation » (c’est-à-dire à la libéralisation) deschoix et des parcours scolaires. Ces politiques sontprofondément néfastes aux élèves issus des classes 55populaires et plus largement à l’unité nationale. D’une part on sait que les choix scolaires etles paliers d’orientation sont toujours socialementdiscriminants, et que leur multiplication avantagesystématiquement les familles qui possèdent les codeset les clés de ces choix. D’autre part l’éclatementauquel aboutit cette « école à la carte » met à mal touteidée de « culture commune » et altère ainsi le socle-même de l’unité nationale. Enfin, au collègenotamment, l’éclatement du groupe-classe en unemultitude de structures pédagogiques ou éducativesfragilise les élèves, des quartiers populaires notamment,qui ont le plus besoin de stabilité et de sécurité dans lastructure scolaire.Le douloureux divorce entre la société et son école
  56. 56. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleL’intérêt de nos enfants n’est plus au centre dusystème Des parents qui publient une annonce dans LeParisien pour trouver des profs remplaçants au collègede leur fille il y a quelques semaines, un proviseur qui 56scrute les annonces du Boncoin.fr à la recherche dunprof ditalien… Ces cas ont défrayé la chronique cesderniers mois. Ils sont des symptômes parmi d’autresdu divorce de la société avec son école. Une école queses plus hauts responsables ont laissée à la dérive et quientame toujours un peu plus la confiance des familles.Fatou est la maman de Ramta qui a 4 ans et qui est engrande section de maternelle. Fatou est née et a grandi auMali. Elle a quelque chose qui lui tient plus à cœur que toutle reste : tout faire pour que sa fille réussisse là où elle aéchoué : avoir un bac général et choisir un métier qui luiplaît. Pourquoi pas infirmière, rêve secrètement Fatou. Maiselle est inquiète. Ramta a eu en début dannée un jeuneenseignant. Deux semaines après la rentrée, il n’a plus étéprésent que le lundi et le mardi car le rectorat l’affectait lereste du temps sur un poste de SEGPA. Un jeune titulaireest alors intervenu sur les deux autres jours. Rapidement, lepremier a été en stage, puis le second malade. Il s’est ditdans l’école qu’il déprimait car il ne savait plus commentfaire, lui qui venait juste d’être titularisé. Après quelquessemaines de stabilité retrouvée, le second maître a été enformation d’anglais, tous les jeudis pendant un mois. Achaque fois, il a été remplacé, mais, pendant un mois,
  57. 57. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleRamta a eu un maître le lundi et le mardi, une animatrice decentre aéré le mercredi, une remplaçante le jeudi et un autremaître le vendredi. Les changements répétés ont perturbésla classe, elle est devenue difficile à tenir. Au retour desvacances d’hiver, le premier maître a fait ses adieux à laclasse, il venait d’être affecté à plein temps en SEGPA. Uneautre personne est venue le remplacer. Au mois de mars, 57Fatou s’est encore plus inquiétée. Ramta régressait : « Ellenarrive même plus à reconnaître létiquette du jour » dit-elle. Mais surtout, Ramta ne veut plus aller à lécole et ellesest remise à faire pipi au lit. Tous les matins, en emmenantsa fille à l’école, Fatou se demandait qui elle allait trouverpour accueillir les enfants. Son rêve de voir un jour sa filletravailler dans le médical allait-il pouvoir se réaliser, ouserait-il brisé dès la maternelle ? Prisonnière des écoles desquartiers populaires, de la surreprésentation des jeunesenseignants, du turn-over incessant dans un ministère quine sait pas gérer ses ressources humaines dans l’intérêt desélèves, intérêt qui devrait pourtant être la raison d’exister del’Education nationale, Fatou avait « la rage » de ne rienpouvoir faire pour sa fille. Pourtant, lécole est toujours considérée commele point de départ indispensable et unique duneréussite sociale et professionnelle. C’est une bellecroyance qui honore chacun d’entre nous et que jecrois foncièrement juste, mais le devoir incombe auxresponsables politiques de faire que cette croyance etcet espoir se vérifient dans les faits. Or ce n’est plus lecas ou bien trop peu le cas. C’est pourquoi la crise delécole est une rupture du pacte de confiance qui la liait
  58. 58. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleà la société. Les comportements hostiles ou dedéfiance à son égard se multiplient. Parents, professeurs, élèves, grands-parents,proviseurs, tous le disent : soit la machine nefonctionne pas, soit elle est tellement tournée sur elle- 58même qu’elle en oublie l’essentiel : la réussite de nosenfants. Alors, ici et là, on trouvera toujours des belleshistoires, mais le constat global n’est pas satisfaisant.La faute des uns ou la faute des autres ? Il ne s’agit pasde se faire ici le juge dernier des torts de tels ou tels,mais plutôt de montrer que tous, à leur niveau, sontotages d’un système en roue libre et que tous ontintérêt à sa transformation. Et pendant que les otagesque sont les parents et les professeurs s’affrontent, lesystème qui les emprisonne perdure scandaleusement. Par conséquent, le projet pour une nouvelleécole, que je détaillerai au fil de ces pages, est d’abordun projet de redéfinition des objectifs que notresociété assigne à son école, cest-à-dire l’égal accès à laréussite, pour que chacun soit à nouveau sûr quetravailler dur amène à quelque chose (notamment pourles jeunes des classes moyennes et populaires quidoutent de ne pas avoir une meilleure situation quecelle de leurs parents) – ça, c’est pour Pascal, Juliette ettous les autres ; que travailler dur permet d’atteindre les
  59. 59. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleobjectifs que l’on s’est assigné. Ca c’est pour François– et que, sur le chemin de l’école, on trouvera desprofessionnels confortés qui nous aideront à atteindrenos buts et faisant aussi de nous des citoyens libres etresponsables – Ca c’est pour Fatou et Ramta. Pour tous, relever ce défi, c’est relever la tête, 59retrouver le sens de son métier d’enseignant ouretrouver la confiance pour les parents et les élèves.C’est non seulement un projet utile pour les élèves,mais c’est aussi un projet pour rendre heureux lesprofessionnels de l’enseignement, ceux qui aiment leurmétier et qui ont aujourd’hui du vague à l’âme. C’estsurtout un grand projet d’une société remise enmouvement.L’école est-elle toujours un lieu de promesse etd’espoir ? Un parcours scolaire ou universitaire réussinest plus lassurance dune réussite sociale etprofessionnelle. C’est la nouvelle donne de notresociété étranglée par le chômage et le travail pauvre. Sile diplôme reste la meilleure garantie de l’insertion
  60. 60. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolesociale4, le lien entre diplôme et insertion socialeréussie sestompe et le doute sinstalle. Ladéqualification de beaucoup de diplômes à l’embauchedéveloppe chez certains de nos concitoyens, le plussouvent les plus mal informés et les plus fragilessocialement, l’idée que les études ne servent à rien. Un 60nombre de plus en plus important de jeunes issus demilieux modestes perçoit clairement les travers dufonctionnement du système éducatif élitiste et leprocessus de sélection par l’échec. LÉcole n’est plusun lieu de protection, d’émancipation et d’espoir. Nousne pouvons l’accepter plus longtemps.Ramalajit est une jeune Française de parents franco-indiens. En fin de 3ème, elle souhaite s’orienter vers la filière« esthétique ». Sauf que son professeur principal, en toutebonne foi, et pensant bien faire, lui conseille vivementd’aller vers les métiers de l’aide à la personne car, dit-il, celacorrespond davantage aux souhaits de sa famille pourlaquelle les métiers médicaux sont plus adaptés aux jeunesfilles « honnêtes » et il y a dans ces métiers une demandeforte.Ramalajit souhaitait donc s’émanciper en tant que femme,mais l’école elle, pensait savoir mieux qu’elle-même ce quilui convenait, sans se donner la peine de fournir, aucontraire, à Ramalajit les moyens de son libre-arbitre.4 Par exemple, trois ans après la sortie du système éducatif, letaux de chômage est de 40% pour les sorties en fin de collège contre 7% pour les titulaires d’un BTS
  61. 61. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleUn nombre insuffisant de diplômés au regard desaspirations sociales et des besoins d’uneéconomie compétitive Pour certains jeunes, généralement issus descatégories sociales les plus favorisées, le système 61éducatif, au travers notamment des classespréparatoires aux grandes écoles, remplit parfaitementson rôle. Mais pour un plus grand nombre il trie, exclutet traumatise. Cette vision malthusienne est entretenuepar la droite comme par la gauche, au nom del’individualisme d’un côté et de l’élitisme républicain del’autre. Ce système si spécifique à la France conduit,comme l’a démontré Bourdieu dans La noblesse d’État, àun phénomène de reproduction sociale codifiée.Environ un cinquième des élèves issus d’un milieusocial défavorisé obtiennent un bac général contrequatre cinquièmes pour les élèves des famillesfavorisées … et inversement pour l’orientation vers lavoie professionnelle. Nos objectifs de 80 % d’une générationatteignant le niveau du bac5 et de 50 % de diplômés del’enseignement supérieur6 sont loin d’être atteints, nousrégressons même (la proportion globale des bacheliers5 Loi d’orientation 19896 Engagement européen de Lisbonne
  62. 62. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolegénéraux et technologiques par génération est passéede 54.8 % en 1995, 51.4 % en 2009, 51,2 % en 2010). L’école a besoin d’un nouveau souffle, la sociétéa besoin d’une nouvelle école. 62Léducation nest plus vraiment ni gratuite, ni nationaleLÉtat se désengage et transfère la charge auxfamilles et surtout aux collectivités locales Si lÉcole est formellement gratuite,lenseignement, au sens large, lest de moins en moins.Les frais annexes sont de plus en plus lourds dans lebudget des familles et les bourses insuffisantes. Lesinégalités daccès à la culture, aux voyages ou auxressources numériques, et à l’accompagnement scolaire(aide aux devoirs) sont ainsi renforcées. Le recoursgénéralisé à des substituts ou à des complémentsscolaires (cours particuliers, ouvrages parascolaires...)s’est développé. Sur fond dangoisse parentale, sedéveloppe un marché coûteux, tant pour les parentsque pour la collectivité. L’aide aux devoirs et
  63. 63. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolel’approfondissement des apprentissages estinégalement pris en charge par les familles ou lescollectivités. Linutile mise en concurrence desétablissements augmente le coût de la scolarité enraison par exemple de la surenchère sur les voyagesscolaires ou les projets éducatifs à caractère culturel. Le 63recours à la coopérative dans les écoles maternellespour financer les projets de classes entraîne desinégalités territoriales insupportables, les écoles n’étantpas également dotées par les familles. Les collectivitésterritoriales doivent assumer de plus en plus decharges, en raison notamment des dernières lois dedécentralisation de 2004, avec des ressources trèsdisparates et sans véritable péréquation entrecollectivités riches et collectivités pauvres.Multiplication des comportements consuméristes La conséquence du désengagement de l’État, dumanque de clarté dans la répartition des tâches, est quel’École est de plus en plus considérée comme unservice marchand et le consumérisme scolaire sedéveloppe. Lentrée récente en Bourse dAcadomia enest le plus grossier symbole. La forte inquiétude des parents face à l’avenir etla compétition scolaire exacerbée les précipite dans les
  64. 64. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolebras de nouveaux « fournisseurs de services ». Lalibéralisation de l’éducation, fortement subventionnéepar l’État, grâce aux déductions fiscales ou au taux deTVA favorable, que ce soit au travers du soutienscolaire7, des ouvrages para scolaires ou des coursparticuliers, renforce les inégalités malgré les efforts 64considérables réalisés par certaines famillesdéfavorisées. En relation avec la baisse des budgetspublics, tout est réuni pour que le rôle de l’Educationnationale se réduise à l’avenir à la fourniture d’unSMIC scolaire, les compléments à forte valeur ajoutéeétant offerts au secteur privé marchand… Lécole privée apparaît comme un refuge. Grâceà sa capacité, supposée mais jamais démontrée, àmieux prendre en compte les attentes des parents, àoffrir des méthodes pédagogiques mieux adaptées ànotre temps, elle attire toutes les catégories socialesmais la mixité sociale ou d’origine culturelle y est defait moins forte que dans le secteur public. Quant à l’épanouissement individuel, il estdevenu le maître mot, aux dépens du « vivreensemble ». De plus, cet individualisme et cet « entresoi » ne favorisent pas l’inventivité et la créativité dontla diversité et le travail collectif sont le moteur. Parents,7 Les Français déboursent chaque année 2,2 milliards d’eurosen soutien scolaire et les déductions fiscales représentent un manque àgagner de 300 millions d’euros pour l’Etat.
  65. 65. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleréfléchissez, nous avons le monde entier chez nous,n’est-ce pas une formidable chance pour nos enfants ?Certains d’entre vous ont d’ailleurs pris conscience decela lorsque le petit voisin de classe de vos enfants enCE1 ou en 6e a été expulsé parce qu’il n’avait pas depapiers. Dans ce cas, on se dit que la différence avec 65son propre enfant est aussi fine qu’une carte d’identitéet pourtant, ça vaut un charter pour Bamako.Face au désengagement de l’État, la débrouille des familles Notre modèle éducatif manque donc de lisibilitépour les familles les moins averties8 (classes à profils,options, redoublement, …), ne prend pas en compte ladiversité des élèves dans la gestion quotidienne desclasses, est stigmatisant pour les moins en réussite etstressant pour les plus performants. Il est profondémentinégalitaire. D’une commune à une autre, parfois d’unerue à une autre, d’un établissement à un autre, d’une classeà une autre, un élève n’aura pas le droit à la même qualitéd’offre éducative. Il ne sera pas face aux mêmes exigences,8 Agnès Van Zanten, Choisir son école, stratégies familiales etmédiations locales, Paris, PUF, 2009.
  66. 66. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleau même curriculum, à la même émulation, à desenseignants ayant la même expérience. Comment, alors, reprocher aux familles de vouloirpour leurs enfants ce qu’elles considèrent comme étant lesmeilleures écoles ou les meilleures classes ou encore lesenseignants les plus expérimentés ? Elles fuient, dans le 66système comme il est fait actuellement, les classes et lesétablissements qu’elles qualifient de ghetto. Tant que l’ongardera un système organisé en filières et élitiste pour uneminorité et tant que le système ne mettra pas en place dedispositifs de gestion de l’hétérogénéité, aucuneamélioration n’est à prévoir. La droite a fait le choix de nerien améliorer. Le redoublement est la seule alternativepour un élève en difficulté scolaire, les filières, jeux desoptions, classes à profil et classes de niveau dans le seconddegré, continuent de bénéficier aux mêmes familles. Ladroite accentue encore les inégalités et la concurrenceentre établissements en dérégulant la carte scolaire. Elleorganise envers les élèves en difficulté scolaire la politiquede saupoudrage, en mettant en place une ou deux heuresd’accompagnement personnalisé ou individualisé ici oula : 2h/semaine/élève en lycée ; rien au collège ;2h/semaine au primaire. Cela représente pour un élève endifficulté environ 1/12e de son temps scolaire. Une goutted’eau dans un océan, d’autant que bien souvent ces heuress’effectuent en classe entière ! Elle oppose les enfants desmilieux défavorisés qui s’en sortent (les méritants) aux
  67. 67. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleautres, qu’elle enfonce. Pour les élèves moyens, en effet,rien n’est prévu pour les pousser vers le haut, ils semaintiennent ou rejoignent progressivement la cohortedes élèves en difficulté. Globalement, le désinvestissementse mesure par la part du PIB consacrée à l’Educationnationale : 7,6% en 1997, 6,6% en 2008. 67 Les conséquences de cela est une baisse globale denos résultats nationaux aux évaluations PISA 9, unaccroissement des inégalités et du déterminisme social. Lepourcentage d’élèves en réussite à l’âge de quinze ans aaugmenté de 1% entre 2006 et 2010, alors que celui deceux qui sont le plus en difficulté a augmenté de 4,89 PISA est une enquête menée tous les trois ans auprès dejeunes de 15 ans dans les 34 pays membres de l’OCDE et dans denombreux pays partenaires. Elle évalue l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la vie quotidienne au terme de la scolarité obligatoire.Les tests portent sur la lecture, la culture mathématique et la culturescientifique et se présentent sous la forme d’un questionnaire de fond.Les premières collectes de données ont eu lieu en 2000, les suivantes en2003, en 2006 et en 2009. La prochaine collecte est prévue pour 2012.Plutôt que la maîtrise d’un programme scolaire précis, PISA testel’aptitude des élèves à appliquer les connaissances acquises à l’école auxsituations de la vie réelle. Les facteurs conditionnant leursperformances ainsi que leur potentiel pour l’apprentissage tout au longde la vie font également l’objet d’une analyse. Grâce à un questionnairecomplété par les proviseurs, PISA prend également en compte lesparticularités d’organisation des écoles. Dans chacun des paysparticipants, entre 4 500 et 10 000 élèves remplissent le questionnairede fond pour chaque évaluation. Par ailleurs, les élèves sélectionnésdans chaque pays doivent passer des tests écrits. L’élaboration du testest réalisée par une équipe internationale.
  68. 68. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écolepoints10 pour passer à 20% du total des élèves. Ce chiffreest insupportable. Il exprime bien la politique de la droitequi sort quelques uns de leurs ghettos, les montre commedes bêtes prodigieuses, pour mieux plonger les autres.Notre pays est devenu, dans le monde développé, un despays où la corrélation entre les résultats des élèves et leur 68origine sociale est désormais la plus forte.Léducation est considérée comme une charge et non un investissementUn système uniquement piloté à partir desindicateurs budgétaires Contrairement à dautres pays, la Francepratique une politique de suppression massive depostes (80 000 déjà supprimés) par application duprincipe de non-remplacement dun fonctionnaire surdeux, de diminution drastique des dépenses deformation de tous les personnels, y comprisenseignants, de recherches déconomies dans tous les10 PISA 2009-2010http://www.oecd.org/document/24/0,3746,en_32252351_32235731_38378840_1_1_1_1,00.html
  69. 69. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoledomaines, sans souci véritable des résultats et desrisques à court et moyen terme. Sous couvert dautonomie pédagogique etdexpérimentation, lobjet même de lÉcole (léducationet la formation) nest plus véritablement piloté. Ladimension pédagogique est désormais absente de la 69stratégie politique mise en œuvre actuellement. L’idéetrès néolibérale que l’économie est la régulatrice dupolitique est ainsi cyniquement appliquée : puisquel’Education nationale est réputée non réformable, ilsuffit de la soumettre à la concurrence du privé et auxeffets de la crise pour que, à l’instar de l’entreprise, elleinnove, se « réforme de l’intérieur », ou biendisparaisse. Seuls les critères budgétaires et la recherchesystématique déconomies, dans le droit fil de la RGPP(révision générale des politiques publiques ou plusexactement « réduction généralisée de la présencepublique ») permettent de caractériser la cohérence desdécisions gouvernementales prises en matièredéducation.Une université déconsidérée Fortement concurrencée par les grandes écoleset malgré dincontestables compétences scientifiques,
  70. 70. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleluniversité reçoit en L1 et L2 les recalés des classespréparatoires, des IUT, des STS. Un nombre importantdétudiants fait ce choix par défaut. La France est undes rares pays occidentaux à dépenser moins pour unétudiant à luniversité que pour un collégien ou unlycéen alors même qu’elle ne forme pas assez 70d’ingénieurs, de médecins ou de mathématiciens. Lallongement des études supérieures (en vingtans, nous sommes passés de 15 à 40 % de diplômés àbac +2 minimum), na pas réduit le chômage desjeunes. Enfin, 40 % des étudiants de première annéenont pas un niveau jugé suffisant pour passer enseconde année. Beaucoup de libéraux ont l’intelligencestratégique d’agir en fonction des intérêts de leurs pays,les nôtres en sont à des années-lumière et necomprennent rien d’autre que la colonne « dépenses ».Notre école et notre Nation méritent décidémentmieux.Notre système scolaire malmène ses enseignants, au détriment de tous et notamment des élèves
  71. 71. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleDes enseignants lucides et qualifiés maisdésarmés face à la complexité croissante de leurmission et sans réels outils pour faire réussir tousleurs élèves Premiers observateurs des inégalités sociales 71vécues par beaucoup de leurs élèves, les enseignantséprouvent de plus en plus un profond malaise. Lanation ne leur ayant jamais vraiment donné les moyensde la démocratisation scolaire, ils sont tentés parfois debaisser les bras. Des programmes très chargés, quilspeinent à boucler, et qui changent constamment ; trèspeu dheures de dédoublement au primaire et aucollège, ce qui les met dailleurs souvent enconcurrence les uns avec les autres dans le secondaire,des réformes, qui se succèdent sans cohérence, sanss’attaquer aux vraies difficultés, sans pédagogie, sansformation désormais et sans accompagnement, ontgénéré chez eux une méfiance systématique vis-à-visd’elles. Cette méfiance est également un signe dedécouragement et dun fatalisme qu’il faut interpréteret prendre en compte. D’autant que les enseignantssont investis dune responsabilité très large déducationqui s’alourdit régulièrement (socialisation ; éducation àla santé, au développement durable, à la sexualité ;préventions diverses, etc.) Mais ils sont aussi chargés« dassurer le tri », dès les plus petites classes, entre
  72. 72. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleceux qui pourront un jour caresser lespoir datteindreles plus prestigieuses écoles et ceux qui formeront lesbataillons des filières considérées comme « derelégation ». 72Des enseignants confrontés à des demandes deplus en plus nombreuses et contradictoires Les enseignants sont également confrontés à desdemandes contradictoires : entre les directives duministre et des directions de son ministère, et les misesen œuvre par les recteurs ; entre les deux inspectionsgénérales (l’une pédagogique, l’autre administrative) ; etparfois entre le chef d’établissement et l’inspecteurpédagogique. La mise en œuvre du socle commun deconnaissances et de compétences, non souhaitée parl’inspection pédagogique, encouragée parl’administrative en étant le meilleur exemple.Des enseignants mal recrutés, insuffisammentformés et peu accompagnés Les personnels de l’éducation nationale viventdans un monde paradoxal. Constitué pour l’essentielde cadres ayant fait des études universitaires exigeantes
  73. 73. Arnaud Montebourg - Mon projet pour l’écoleet ayant réussi des concours très sélectifs, le ministèrele plus riche en matière grise de toute la sphèrepublique souffre d’un manque crucial de soutien,d’accompagnement, de formation et de principes debonne gestion de ce formidable potentiel intellectuel.Et si la liberté pédagogique de l’enseignant est 73reconnue par la loi, elle se traduit dans les faits trèssouvent par un véritable isolement du professeur danssa classe, là où pourtant tout se passe et tout se jouepour la réussite des élèves. Alors que la formation des enseignants françaisétait jusqu’ici surtout académique et sa part deprofessionnalisation réduite à la portion congrue (unepartie de la seconde année d’IUFM, dispensée par desformateurs eux-mêmes parfois peu formés en cedomaine), la droite a radicalisé cette situation ensupprimant toute formation professionnelle de laformation initiale.Professeur, un métier qui ne s’apprend plus Nous avons donc des enseignants très qualifiésau niveau disciplinaire, mais isolés, très peu outilléspour la gestion de l’hétérogénéité et la prise en chargedes élèves en difficulté, et disposant de raresperspectives de carrière.

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