Etudes politiques septembre 2010

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Etudes politiques septembre 2010

  1. 1. débats mardi 7 septembre 2010 LE FIGARO 14 étudesPOLITIQUES OPINIONS Figaro-Cevipof 2011: le Sénat peut-il passer à gauche? Les scrutins locaux et le changement sociologique du corps électoral accréditent l’hypothèse d’un bouleversement. Ordalie de la France profonde, le renouvellement par moitié du Sénat PS RDSE* Union centriste UMP en septembre 2011 sera analysé, quoi qu’il advienne, comme un test 116 17 29 150 politique majeur à six mois de l’élection présidentielle. Outre le rôle PC- de la Haute Assemblée dans Parti de gauche Non inscrits le processus législatif, son président dispose de prérogatives majeures 24 179 heures heu s 7 telles que l’intérim du chef de l’État, la désignation de membres du Conseil Contrôle Contrôle constitutionnel, du Conseil supérieur de la magistrature, et de personnalités qualifiées des autorités de régulation des marchés, de l’audiovisuel, etc. Hier considéré comme utopique, le basculement - historique - à gauche de la majorité sénatoriale entre dans le champ plausible des hypothèses. Les succès de la gauche dans les élections locales, Le Sénat sera renouvelé les évolutions sociologiques du corps * RDSE (Rassemblement démocratique et social européen) par moitié en septembre 2011. électoral sénatorial, la réforme VIALERON/LE FIGARO territoriale qui trouble nombre d’élus locaux, leurs inquiétudes sur Les groupes politiques au Sénat les ressources fiscales des collectivités D territoriales, la morosité économique et sociale alimentent et fortifient ans un an, la moitié des siè- élections municipales de 2008, montre d’avance et d’ici à septembre 2011 cer- aujourd’hui les doutes politiques. ges du Sénat sera renouve- que le nouveau maire type est un jeune tains indicateurs peuvent se redresser. Toutefois, la spécificité du corps lée. Cent soixante-dix siè- retraité souvent issu de la fonction L’importance du poids des élus des électoral sénatorial composé notam- ges seront à pourvoir dans publique, ayant travaillé en ville mais petites communes et des zones rurales ment de délégués de petites communes trente-huit départements s’étant installé à la campagne, en zone dont le centre de gravité est plus à droite et territoires ruraux traditionnelle- métropolitains, un territoire et cinq périurbaine. est importante dans le corps électoral sé- ment plus à droite et moins politisés, départements d’outre-mer et pour une Les retraités sont de loin la catégorie la natorial. Si l’on considère l’ensemble des la dimension très personnalisée d’un partie des Français établis hors de plus nombreuse (32,33 %) alors que la maires des départements qui connaî- scrutin dépassant les clivages partisans France. Comme d’habitude, ces futurs part des agriculteurs, qui représentaient tront une élection sénatoriale en 2011, hypothèquent lourdement les calculs sénateurs seront élus au suffrage indi- encore le tiers des maires en 1983, est 55 % d’entre eux sont à droite, 30 % à électoraux. Enfin le second tour, rect par un corps de grands électeurs tombée à 15,61 %. L’archétype du maire gauche, 1 % au centre et 14 % relèvent celui de la présidence, subtil constitués par les députés, les rural, qui était jusqu’ici l’agriculteur de de tendances difficilement classables à syncrétisme des équilibres internes, conseillers régionaux, les conseillers gé- PAR PASCAL centre droit et de tradition démocrate- gauche ou à droite. C’est cette popula- peut aussi réserver des surprises. I néraux et les délégués municipaux. Le PERRINEAU chrétienne, évolue au bénéfice du re- tion où le poids des « divers droite » est JOSSELINE ABONNEAU poids de ces derniers est écrasant puis- DIRECTEUR DU CEVIPOF traité de la fonction publique, davantage très fort (48 %) qui jouera un rôle décisif « qu’ils représentent 95 % du corps élec- à gauche et doté éventuellement d’un dans le destin politique du Sénat. toral sénatorial. passé de militant syndical. Dans la série de départements qui L’archétype Cette population d’élus locaux a été Un groupe charnière vont connaître des élections sénatoriales dans la période récente déstabilisée par Toute élection est avant tout l’élection en septembre 2011, 55 % des du maire rural, la réforme territoriale. L’empilement d’un homme ou d’une femme quelle que 14 446 communes concernées ont moins qui était jusqu’ici des structures de pouvoir local, l’intri- soit son étiquette politique. Mais cette di- PERTES de 500 habitants, 25 % entre 500 et cation de leurs compétences et le maquis mension personnelle est encore plus for- DE LA DROITE l’agriculteur 1 499, 10 % entre 1 500 et 3 499, 6 % en- des financements croisés appelaient une te dans l’élection sénatoriale. Le monde ENTRE 1998 ET 2010 tre 3 500 et 8 999, 3 % entre 9 000 et de centre droit et de réforme. Le 8 juillet dernier, celle-ci a des électeurs sénatoriaux est un « petit 50 villes de plus 29 999 et seulement 1 % 30 000 habi- tants et plus. L’influence des délégués des petites communes est donc impor- tante même si il y a une progressivité du tradition démocrate- chrétienne, évolue au bénéfice été adoptée en seconde lecture par le Sé- nat, mais le débat n’a pas été facile et a révélé nombre d’inquiétudes particuliè- rement sur le mode de scrutin des futurs monde » : selon les départements, il os- cille de quelques centaines à quelques milliers d’électeurs qui souvent connais- sent des candidats directement issus du de 30 000 habitants nombre de délégués des conseils muni- du retraité conseillers territoriaux, la question des cénacle restreint des élus locaux. cipaux en fonction de la taille de la com- de la fonction compétences et celle du découpage. Cet- La personnalisation, l’interconnais- 32 mune. Mais cette progressivité n’est pas te réforme n’est, pour l’instant, pas bien sance peuvent perturber les clivages po- » parfaite : une commune de 10 000 habi- publique, davantage reçue dans l’opinion : en novem- litiques. La droite est souvent plus à l’aise tants a 33 délégués alors qu’une commu- à gauche bre 2009, seules 23 % des personnes in- sur ce terrain qu’une gauche plus sensi- départements ne de 100 habitants en a un. Ainsi un terrogées par la Sofres pensaient que la ble aux engagements collectifs et aux éti- délégué municipal représente 100 habi- réforme était « une bonne chose », 34 % quettes politiques. 18 tants dans une petite commune de « une mauvaise chose », 16 % « ni l’une Cette dimension personnelle qui dé- 100 habitants alors qu’il en représente ni l’autre », 27 % étant sans opinion. Il place les lignes de partage politique est 303 dans une commune de 10 000 habi- se peut que les frustrations soulevées par sensible jusqu’au cœur du Sénat où les régions tants. cette réforme handicapent ceux qui en équilibres politiques ne sont pas totale- donc théoriquement gagner 22 sièges en ont été porteurs. Déjà, dans le passé, des ment stables. Nouveaux profils 2011 pour s’emparer de la présidence du réformes vigoureuses menées sur le ter- Le groupe du Rassemblement démo- Le poids électoral des populations des Sénat. Si elle renouvelait en amplifiant rain local s’étaient retournées contre cratique et social européen, qui com- communes de petite taille est plus im- sa performance de 2008, cet objectif, leurs auteurs. En septembre 1971, la ma- prend 17 membres, héritier du plus vieux portant que celui des grandes commu- difficile à atteindre, pourrait devenir jorité de l’époque avait souffert lors des groupe du Sénat (la Gauche démocrati- nes. Or, dans ce monde des petites com- réalité. élections sénatoriales de la loi sur les fu- que créée en 1892), comprend certes une munes, les étiquettes politiques sont plus Depuis une dizaine d’années, la droite sions et regroupements de communes, majorité de sénateurs de l’opposition GAIN DE floues et incertaines. La pénétration des a perdu beaucoup de terrain au plan lo- dite « loi Marcellin », qui avait été (particulièrement les radicaux de gau- LA GAUCHE AU partis nationaux y est beaucoup moins cal. Entre 1998 et 2010, elle a vu lui adoptée en juillet de la même année. che) mais comme l’écrit son président, RENOUVELLEMENT profonde et les étiquettes politiques des échapper 50 villes de plus de 30 000 ha- La refonte de la fiscalité locale engen- Yvon Collin, « ce groupe ne se reconnaît SÉNATORIAL maires et des conseillers municipaux bitants, 32 départements et 18 régions. drée par la suppression de la taxe profes- pas dans le caractère artificiel et souvent DE 2008 échappent souvent aux étiquetages poli- Ces succès électoraux répétés ont en- sionnelle et son remplacement, dans la manichéen du clivage gauche/droite ». En 21 tiques nationaux. Cette partie du corps traîné une montée en puissance des élus loi de finances de 2010, par la contribu- cas de rapport de forces serré entre la électoral sénatorial constitue une relati- locaux de gauche. Ceux-ci sont nette- tion économique territoriale, suscite des majorité et l’opposition, la stratégie et le ve inconnue et peut réserver des surpri- ment majoritaires dans les conseils gé- inquiétudes jusqu’au cœur de la majori- vote de nombreux sénateurs de ce sièges ses. Cependant, depuis 2007, la lente et néraux et régionaux et ont beaucoup té. C’est donc une population d’élus lo- groupe charnière (ou encore de celui de régulière poussée de la gauche dans tou- renforcé leur emprise dans les conseils caux traversée par des interrogations qui l’Union centriste) pourront s’avérer tes les élections locales (municipales et municipaux. C’est ce nouveau corps va s’exprimer en septembre 2011. Il fau- décisifs. cantonales de 2008, régionales de 2010) électoral sénatorial qui s’exprimera dans dra que toutes ces réformes soient expli- Enfin, personne n’ignore, même à a entraîné une évolution du centre de un an. Indépendamment de l’évolution quées, défendues avec une ligne direc- gauche, que l’élection sénatoriale n’est gravité politique des grands électeurs de son centre de gravité politique, cet trice forte pour que l’interrogation cède jamais gagnée au soir des élections séna- vers la gauche. Celle-ci a déjà été sensi- électorat a connu des changements dans la place au soutien. toriales et qu’il y a le « deuxième tour » ble lors du dernier renouvellement sé- son profil sociodémographique. décisif qu’est l’élection du président du natorial de septembre 2008 où la gauche Les élus locaux qui sont au cœur de Le poids des « divers droite » Sénat. Même si la gauche gagne, il y a des avait gagné 21 sièges. l’électorat sénatorial ont connu une re- D’autant plus que la conjoncture écono- chances qu’elle ne gagne pas nettement, Actuellement, le rapport de forces po- lative « professionnalisation » (mandat mique, sociale et politique est morose. alors la donne sera très ouverte lors de litique au Sénat est le suivant : sur les à plein-temps, statut d’élu local, perma- Dans un sondage réalisé en juillet 2010 l’élection du président de la Haute As- 343 sénateurs, 24 appartiennent au nent de parti) et un renforcement crois- par la Sofres pour La Croix, l’opinion semblée. Le président sortant Gérard groupe communiste, républicain, ci- sant du poids de la fonction publique qui reste très préoccupée par les questions Larcher a une surface politique large qui toyen et des sénateurs du Parti de gau- sont autant de processus qui favorisent d’emploi et de chômage (74 %) ainsi que peut dépasser les limites de son propre che, 116 au groupe socialiste, 17 au grou- plutôt la gauche que la droite. Enfin, par le dossier des financements de re- camp. Un groupe charnière comme le pe du Rassemblement démocratique et dans nombre de départements ruraux, traite (58 %) qui est à l’agenda des réfor- RDSE pourrait également avoir un can- social européen (RDSE), 29 au groupe de apparaissent des profils relativement mes de la rentrée. Dans le baromètre po- didat au perchoir. Déjà, en octobre 2008, Page réalisée l’Union centriste, 150 au groupe de atypiques par rapport à la « norme » de litique Figaro Magazine-Sofres de Jean-Pierre Bel, président du groupe so- en collaboration l’UMP et 7 sont non inscrits. En septem- l’élu local agriculteur exploitant. Du fait juillet 2010, seules 26 % des personnes cialiste, n’avait pas bénéficié du soutien avec le Centre bre 2011, le nombre de sénateurs passera de la désertification et du déclin de la interrogées « font confiance à Nicolas de tous les sénateurs de gauche. de recherches à 348 et la moitié des sièges sera renou- population agricole, ce sont souvent de Sarkozy pour résoudre les problèmes qui L’élection sénatoriale n’est donc pas politiques velée. La majorité absolue sera donc nouveaux résidents d’origine urbaine et se posent en France actuellement », tout à fait une élection comme les autres. de Sciences Po fixée à 175 sénateurs. Aujourd’hui, la plus orientés vers la gauche qui devien- 35 % faisant confiance à François Fillon. Les tactiques subtiles, l’indépendance et (Cevipof) gauche peut compter sur 24 membres du nent conseillers municipaux dans les pe- Cette période de « basses eaux » en ter- l’esprit de consensus qui sont souvent Centre associé groupe communiste, 116 du groupe so- tites communes. Une étude sur le profil mes de popularité de l’exécutif ne sim- des qualités sénatoriales ont marqué deA au CNRS et dirigé cialiste et 13 des 17 sénateurs du groupe des maires, menée par la Direction gé- plifiera pas la tâche des candidats de la leur sceau l’élection sénatoriale elle- par Pascal Perrineau RDSE, soit 153 sénateurs. Il lui faudrait nérale des collectivités locales après les majorité. Cependant, rien n’est joué même. I
  2. 2. débats mardi 1er juin 2010 LE FIGARO 16 étudesPOLITIQUES OPINIONS Figaro-Cevipof Les élections primaires, clé de voûte de la modernisation du Parti socialiste La désignation du candidat à l’élection présidentielle de 2012 cherche à résoudre la crise du leadership. L Morceau de choix du rapport e Parti socialiste a retrouvé aux Le regard des Français sur les primaires ouvertes d’Arnaud Montebourg sur dernières élections régionales la rénovation du parti, les modalités une capacité évidente d’attrac- de désignation du candidat socialiste tion électorale. Cependant, à à l’élection présidentielle ont été l’horizon des échéances natio- QUESTION : Etes-vous favorable à ce que les partis politiques en France organisent des primaires ouvertes* Sympathisants PS présentées hier au bureau national. nales de 2012, il reste confronté à un triple Sympathisants UMP Sans cesse remise sur le métier défi programmatique, stratégique et per- afin de désigner leur candidat à lélection présidentielle ? depuis 1996, l’organisation sonnel. Il travaille à l’accouchement d’un des primaires illustre le délicat programme sans parvenir à éviter les *Cest-à-dire un vote ouvert aux sympathisants de ce parti plutôt Total favorable quun vote ouvert aux seuls adhérents rapport que la gauche entretient contradictions ou les approximations, encore avec la personnalisation comme sur le dossier des retraites. Il réaf- % 25 77 81 % % de la fonction présidentielle et firme une stratégie d’alliance à gauche, les institutions de la Ve République. sans faire taire toutes les tentations d’une À l’exception de François Mitterrand alliance au centre, comme en témoignent qui avait relevé ce défi en revêtant les déclarations récurrentes de Ségolène Tout à fait favorable % 22 % Plutôt 54 favorable les habits de la Ve République et avait Royal. Cependant, l’enjeu essentiel reste Ensemble su imposer au PS et à la gauche entière celui du choix de la personne qui emmène- électorat un présidentialisme plus ou moins ra les socialistes au combat présidentiel. identifié à un « bonapartisme » honni. La droite possède son leader « natu- Total opposé 3% Avec l’après-Mitterrand s’ouvre une ère d’instabilité et de contestation rel », pas la gauche. Le problème est an- cien dans une gauche française peu en NSP 7% 22 18 % % 14% permanente du leadership du parti. harmonie avec la logique personnalisante Tout à fait Le PS est ainsi transformé en de l’élection présidentielle. Seul François opposé(e) Plutôt opposé(e) une machine à perdre, par trois fois, Mitterrand releva ce défi. La parenthèse Sources : OpinionWay, Terra Nova, Le Nouvel Obs 25-26 juin 2009 l’élection majeure de la vie politique Mitterrand une fois fermée en 1996, le PS a française. retrouvé son difficile rapport au pouvoir Dans la compétition présidentielle présidentiel et traverse une crise de lea- tes successives aux élections présidentiel- tème de primaires qui lui permettra de dé- nécessitant d’abord de rassembler dership quasi continue. En vingt ans, les de 1995, de 2002 et de 2007, il est à la re- gager en son sein un leader incontesté. les siens puis ensuite toute la gauche, aucun des six premiers secrétaires qui se cherche d’une procédure stable et efficace La réflexion a été engagée dès après cette crise de leadership s’avère sont succédé à la tête du PS n’a réussi à im- pour choisir son candidat. l’échec présidentiel de mai 2007. Il s’agit un « lourd handicap ». Elle fragilise poser de manière durable son leadership L’idée des élections primaires s’est pour le PS de codifier une « primaire à la la direction tant sur son programme sur le parti et la candidature présidentielle. ainsi imposée. Celle-ci est d’ailleurs an- française ». Pour cela, les yeux sont tour- que sur la définition d’une stratégie Cette instabilité est un lourd handicap cienne au PS. Dès la naissance du parti en nés à la fois vers les expériences passées d’alliance claire. Pour gagner ainsi pour le PS et l’ensemble de la gauche. Cette 1971 il était prévu que des élections pri- mais aussi vers les expériences étrangères. groupé, le PS doit désigner crise de leadership est à l’origine des autres maires fermées, réservées aux seuls ad- Sur ce dernier point, la fondation Terra son candidat « avec des règles claires, crises, stratégique et programmatique. hérents, procèdent au choix du candidat Nova, dont l’un des objectifs est de « parti- un corps électoral bien délimité En l’absence de leader incontesté, il à l’élection présidentielle. La pratique fut ciper à la rénovation de la social-démocra- et un déroulement des votes est difficile de négocier des alliances, la plupart du temps différente et le leader tie » et dont nombre des soutiens appar- irréprochables ». En somme surtout quand les différents leaders ont « naturel » qu’était François Mitterrand tiennent au Parti socialiste, a publié une « codifier » ce que sera peut-être des conceptions divergentes des straté- se dispensa de la procédure en 1974, en très intéressante étude « Pour une primaire une « primaire à la française ». I gies à mettre en place. À cet égard, le 1981 et en 1988. La légitimité du leader à la française » (Terra Nova, 2008) où sont JOSSELINE ABONNEAU dernier congrès du PS à rendait caduque la règle recensés les principaux types de primaires Reims (2008), qui a vu même du parti. Tout à l’œuvre pour sélectionner les candidats à la courte victoire de change lorsque s’ouvre la direction des affaires d’un pays. Martine Aubry sur Sé- l’après-Mitterrand. La À tout seigneur tout honneur, les États- golène Royal, a montré crise du leadership so- Unis offrent un système de primaires qu’au-delà des affron- cialiste et les affronte- ouvertes, très compétitives et appliquées tements d’ego il y avait ments récurrents entre chez les démocrates et chez les républi- des désaccords sur les Laurent Fabius, Michel cains. Ces « hyperprimaires » constituent alliances possibles avec Rocard, Henri Emma- une sorte de modèle idéal, entraînant une le centre de François nuelli, Lionel Jospin, forte participation, une vitalité du débat LES PRIMAIRES Bayrou. François Hollande, Sé- démocratique et un renouvellement des FERMÉES DE 2006 La crise du leadership golène Royal, Domini- élites dirigeantes dont témoigne la sélec- SUFFRAGES RECUEILLIS a aussi des conséquences que Strauss-Kahn ren- tion dans les primaires démocrates de Ba- PAR LES TROIS « PRÉTENDANTS directes sur le travail PAR PASCAL PERRINEAU dent inévitable la mise rack Obama. Cependant, ces primaires ont À L’INVESTITURE programmatique. Per- DIRECTEUR DU CEVIPOF en place de primaires leur face d’ombre : l’hyperpersonnalisa- SOCIALISTE sonne au PS ne semble officielles avant l’élec- tion, le poids de l’argent et l’allongement Avec la primaire 60% avoir la légitimité pour tion présidentielle. excessif du temps de campagne. organiser la réflexion de 2006, Des primaires rédui- Martine Aubry, Dominique Strauss- collective et surtout le poids de l’image, tes aux seuls adhérents Forces centrifuges Kahn, Ségolène Royal et François pour Ségolène Royal pour ancrer de manière seront ainsi organisées En Europe, au-delà des cas britannique ou durable les inévitables du sondage en 1995 et 2002, et Lio- espagnol, qui sont des exemples de pri- Hollande sont des candidats potentiels à une primaire synthèses programma- et de la communication nel Jospin en sortira maires réservées aux seuls adhérents, l’in- 20,8% socialiste. S. SORIANO, J.-C. MARMARA, tiques. Dans les années prend le pas vainqueur. Le « choc » térêt du PS se tourne vers l’Italie où, depuis F. BOUCHON,/LE FIGARO 1970, François Mit- de la disparition du can- l’implosion du système de partis dans les terrand avait couvert de sur la fidélité au parti, didat socialiste à l’issue années 1990, la recomposition de la gauche avec des règles claires, un corps électoral pour Dominique son autorité les édifices l’investissement du premier tour de 2002 tente de se faire autour d’un système de bien délimité, un déroulement des votes Strauss-Kahn programmatiques dans l’appareil et sa démission vont primaires ouvertes à tous les partis de gau- irréprochable ? Le PS aura sur ce point à qu’étaient alors le pro- ouvrir à nouveau une che et touchant les adhérents mais aussi les faire de gros progrès par rapport à la pro- » et la rhétorique 18,5% gramme « Changer la profonde crise du lea- électeurs sympathisants de ces partis. cédure de primaires fermées qui avaient vie » puis le «Program- militante dership dont le PS n’est L’Italie a ainsi connu, à gauche, trois gran- été organisées pour élire la première se- me commun de gouver- toujours pas sorti. des primaires en 2005, 2007 et 2009. À crétaire à l’issue du congrès de Reims. Les pour Laurent Fabius nement de la gauche » L’élection primaire de chaque fois, elles ont mobilisé plusieurs résultats avaient été très contestés et enta- puis le «Projet socialiste pour la France des novembre 2006 verra s’affronter deux millions d’électeurs (entre 3 et 4,5 mil- chés de nombreuses irrégularités. années 1980 ». Fragiles édifices traversés candidats qui cherchent à s’imposer dans lions) et ont été le moyen d’exprimer ce Si le PS surmonte ces obstacles, il pourra de multiples contradictions, porteurs l’après-Jospin (Laurent Fabius, Domini- que Marc Lazar* appelle une « jubilation bénéficier du soutien d’opinion que les d’utopies destinées à se fracasser sur le que Strauss-Kahn) et l’outsider, portée participative ». Mais le même Marc Lazar Français apportent, au-delà du clivage mur du réel, ils servaient néanmoins de par les sondages, que représente Ségolène note qu’une primaire réussie ne garantit en gauche/droite, à la procédure même des viatique au leader qui, bien sûr, le moment Royal. Écartelé entre logique d’opinion et rien la victoire aux élections et pas même le primaires considérée comme un élément venu de l’élection, s’en émancipait, porté logique partisane, François Hollande, renforcement de l’autorité sur son propre de modernité et d’approfondissement de par l’aventure personnelle et singulière premier secrétaire, renonce à participer à camp du leader qui l’a remportée. Et ce fin la démocratie. Il reste au PS à transformer que reste toute élection présidentielle. la compétition. observateur de la vie politique des deux ce soutien d’opinion en véritable mobilisa- Ces élections de 2006 constituent les côtés des Alpes relève plusieurs incertitu- tion électorale. 31 % des sympathisants Démocratie d’opinion premières primaires modernes du PS. Elles des quant à l’importation du système ita- socialistes se disent aujourd’hui tout à fait Aujourd’hui, où est le viatique program- sont certes fermées, c’est-à-dire réservées lien revu et corrigé dans l’Hexagone. certains d’aller voter dans des primaires. matique du PS ? Il y a bien une « déclara- aux adhérents, mais l’ouverture d’une ad- Première incertitude : les primaires se- Cela représente un potentiel non négligea- Page réalisée tion de principes » et une ébauche de pro- hésion à prix réduit (20 euros) va élargir le ront-elles celles d’une coalition de partis ble d’environ 3 millions d’électeurs et n’a en collaboration gramme économique et social, mais on corps électoral en faisant voter plus de ou du seul PS ? Il semble bien que les pro- plus rien à voir avec les 177 000 adhérents avec le centre voit bien que dans la perspective de la pré- 100 000 nouveaux adhérents. Une vérita- fondes divisions qui traversent la gauche qui avaient participé au processus des pri- de recherches sidentielle de 2012, chaque candidat fait ble campagne interne est organisée, avec écartent la première hypothèse et que le PS maires fermées en novembre 2006. politiques de Sciences Po entendre son propre chant : celui de Mar- débats télévisés et meetings régionaux de- ne puisse organiser qu’un pluralisme au Tout l’art des primaires restera dans la (Cevipof) tine Aubry n’est pas celui de Dominique vant les adhérents. Enfin, des règles codi- rabais avec la participation du Parti radical capacité du PS à maîtriser les forces centri- Centre associé Strauss-Kahn, celui de Ségolène Royal fient l’accès aux candidatures et les procé- de gauche et, éventuellement, du Mouve- fuges que libère inévitablement une élec- au CNRS et dirigé par Pascal Perrineau n’est pas celui de François Hollande… Dans dures de vote. La reine des sondages, ment républicain et citoyen. tion primaire ouverte et compétitive. À un un tel contexte, le PS a besoin d’une procé- Ségolène Royal, l’emportera haut la main Deuxième incertitude : les primaires an de l’ouverture de la procédure des pri- dure pour trancher la concurrence entre avec plus de 60 % des suffrages contre italiennes sont, la plupart du temps, une maires, prévue pour le printemps 2011, la les prétendants. Déstabilisé par trois défai- 20,8 % à Dominique Strauss-Kahn et ratification par les électeurs d’accords des dispersion des choix des électeurs poten- « 18,5 % à Laurent Fabius. états-majors des partis. En France, la pri- tiels l’emporte sur toute dynamique cen- Comme en 1995, cette élection primaire maire socialiste sera (et a été en 2006) une tripète : aucun des candidats tacites ou dé- Déstabilisé par trois défaites successives marque la victoire de la démocratie d’opi- compétition ouverte et très virulente. clarés ne dépasse le quart des intentions de nion sur la démocratie d’appareil. Le poids Quelles seront les traces laissées par ces vote des sympathisants socialistes. D’ici là, aux élections présidentielles de 1995, 2002 et 2007, de l’image, du sondage et de la communi- combats fratricides au sein de l’électorat les sondages, les accords d’appareil et » le PS est à la recherche d’une procédure cation prennent le pas sur la fidélité à un de gauche ? l’évolution du rapport de forces entre gau- stable et efficace pour choisir son candidat parti, l’investissement dans l’appareil et la Enfin, troisième incertitude : quelles se- che et droite modifieront certainement lesC rhétorique militante. À l’horizon 2012, le ront les capacités du PS à organiser une positions des principaux protagonistes. PS cherche à stabiliser et peaufiner un sys- élection primaire ouverte incontestable, * Professeur à Sciences Po.
  3. 3. débats mardi 4 mai 2010 LE FIGARO 18 étudesPOLITIQUES OPINIONS Figaro-Cevipof Front national : un regain de vitalité fragile En doublant son audience en un an, l’extrême droite renoue avec la reconquête des « brebis égarées » du sarkozysme. ÉTUDE Le redressement du Front ÉVOLUTION DU FRONT NATIONAL LE FRONT NATIONAL DANS LES ÉLECTIONS RÉGIONALES DE 1986 À 2010 national aux élections régionales entre les élections européennes au premier tour illustre la capacité de l’extrême droite % des suffrages % des inscrits de 2009 et les élections régionales Nombre de voix exprimés à s’imposer à nouveau dans l’arène de 2010 (au second tour) politique, avec un objectif majeur, 1986 2 658 500 9,56 7,12 jouer les trouble-fête à l’élection présidentielle de 2012. 1992 3 371 624 13,90 9,11 En voie de marginalisation 1998 3 271 402 15,01 8,30 il y a moins d’un an, le FN bénéficie du « descellement de la base des électeurs 2004 3 564 059 14,79 8,69 frontistes ralliés à Nicolas Sarkozy 2010 2 223 800 11,42 5,09 en 2007 ». Provisoire pour l’heure. Pascal Perrineau montre que « la recon- DYNAMIQUE DU FRONT NATIONAL ENTRE LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES DE 2009 quête est bien entamée mais (qu’)elle ET LES ÉLECTIONS RÉGIONALES DE 2010, ET ÉVOLUTION DES AUTRES FORCES n’est pas encore aboutie », beaucoup au premier tour, en % Évolution Évolution d’électeurs frontistes se maintenant de la gauche de la droite dans le camp des abstentionnistes. Pertes ou gains, Dynamique du Front national sans les Verts modérée* Il ajoute : « La question de l’extrême en % droite n’est pas seulement une question 24 départements de très faible dynamique + 2,22 + 14,84 - 7,59 -2,9 à + 4 politique posée à la droite, elle est aussi 24 départements de faible dynamique + 4,08 + 13,11 - 6,40 *UMP et divers droite une question sociale posée à la gauche. » + 4 à + 5,3 Toutefois, le retour en force du FN 24 départements de forte dynamique + 5,70 + 11,52 - 7,41 par la consolidation de son audience + 5,3 à + 6,5 électorale se heurte à plusieurs 24 départements de très forte dynamique + 7,75 + 9,43 - 8,43 obstacles. Les opérations + 6,5 à + 11 de « dédiabolisation » ou de « lifting Source : Cevipof Ensemble France métropolitaine + 5,27 + 12,23 - 7,37 L politique » ne parviennent pas à élargir l’assise électorale frontiste au-delà ses bases géographiques et sociales es listes du Front national mique à la réalisation des promesses liées Français considèrent qu’elle « ferait une historiques. Même l’annonce pour ont été choisies par à la progression du pouvoir d’achat, au bonne présidente de la République ». janvier 2010 du passage de relais 2 223 800 électeurs au pre- « travailler plus pour gagner plus », à la Elle retrouve les bases sociales et géogra- de Jean-Marie Le Pen à Marine, sa fille, mier tour des élections ré- libération de la croissance ou encore à la phiques du FN historique : 17 % des em- n’y fait rien. Malgré ses succès gionales. Ce n’est pas un régression du chômage. Ces « ralliés au ployés, 14 % des ouvriers, 17 % des chô- électoraux dans le Nord-Pas-de- des meilleurs niveaux at- sarkozysme » ont pu également avoir meurs, 24 % des personnes vivant dans Calais, « la prétendante à la succes- teints par le FN en plus d’un quart de siè- l’impression que davantage de signaux les régions du nord de la France, 19 % de sion » ne bouleverse pas les rapports cle d’existence électorale, c’est même le étaient envoyés à la gauche de la majori- celles vivant dans l’Est, pensent ainsi. de force mais rend « simplement plus plus faible nombre d’électeurs jamais at- té qu’à sa droite ; un débat tardif, hâtive- Enfin, jaugée dans un sondage d’in- délicate l’agrégation des voix de tiré par le FN lors d’élections régionales ment organisé autour de l’identité natio- tention de vote pour une élection prési- droite ». En outre, la compétition entre (cf. tableau 1). Cependant, 2010 marque nale ne pouvait pas les persuader du dentielle à la fin de mars 2010 (Ifop, Sud- Bruno Gollnisch et l’héritière peut un retour à « l’existence politique » pour contraire. En même temps que l’offre Ouest, 25-26 mars 2010), Marine Le Pen se muer en déchirements fratricides un courant qui était en voie de margina- politique de Nicolas Sarkozy évoluait ne fait pas beaucoup mieux que son père déstabilisant un électorat marqué par lisation à l’issue des européennes de PAR PASCAL PERRINEAU sous les contraintes de l’exercice du en 2007 (10,4 %) : elle est créditée de « DIRECTEUR DU CEVIPOF l’affrontement Maigret-Le Pen de 1998. juin 2009 (1 091 691 voix). En moins d’un pouvoir et d’une crise économique et fi- 11 % des intentions de vote loin derrière JOSSELINE ABONNEAU an, le FN a réussi à « reprendre pied » et nancière sans précédent, l’offre politique Martine Aubry (27 %) et Nicolas Sarkozy à doubler ou presque son poids électoral : Marine Le Pen du lepénisme connaissait des réaména- (26 %) et ne bouleverse pas le profil ha- + 1 132 109 électeurs. garde les ressorts gements. bituel des électeurs frontistes. 15 % des Une carte de la dynamique du FN des hommes, 16 % des 18-24 ans, 26 % des européennes de juin 2009 au premier classiques « Lifting politique » artisans et commerçants, 21 % des tour et des régionales de mars 2010 mon- du discours national La retraite du vieux leader du FN est an- ouvriers déclarent aujourd’hui une in- tre que, sauf de très rares exceptions, la populiste tel qu’il noncée et la relève politique autour de sa tention de vote en sa faveur. Les femmes croissance du FN est particulièrement fille devient un scénario crédible. Dès (7 %), les personnes âgées (10 % chez les » vigoureuse à l’est d’une ligne Le Havre- a été mis en place 2008, Jean-Marie Le Pen avait dit qu’il 65 ans et plus), les cols blancs (3 % chez Montpellier (cf. carte). par son père faudrait des « circonstances exception- les cadres supérieurs et professions libé- Dans cette France orientale le Front nelles » pour qu’il soit à nouveau candi- rales, 3 % chez les professions intermé- national connaît des poussées sensible- dat en 2012. La succession était ainsi diaires) ne semblent pas très séduits par EUROPÉENNES 2009/ ment supérieures à sa croissance natio- réalisé le 14 mars 2010 auprès d’un gros ouverte et sa fille, vice-présidente du le « nouveau cours » initié par Marine Le RÉGIONALES 2010 : nale (+ 5,27 %). On retrouve dans ces échantillon de 9 342 personnes va dans le parti depuis le congrès de novembre Pen. L’extension électorale qui pourrait ÉVOLUTION terres tous les bastions du FN florissant même sens : en milieu ouvrier, le FN est 2007, a pu explicitement postuler à la être liée à une certaine « dédiabolisa- DE L’ÉLECTORAT FN des deux décennies qui ont couru du mi- le deuxième parti avec 19 % des ouvriers succession. Implantée électoralement tion » de la prétendante à la succession EN MARS DERNIER, LE FRONT NATIONAL A CAPTÉ lieu des années 1980 au milieu des an- ayant choisi des listes du FN, 27 % des depuis 2007 dans le Pas-de-Calais, Mari- n’est pour l’instant pas sensible. nées 2000 ainsi que les départements où listes du PS, 17 % des listes de l’UMP. Le ne Le Pen a également entamé un pro- 90 % la dynamique de Nicolas Sarkozy avait FN atteint un niveau d’influence électo- cessus d’évolution de l’image frontiste Guerre de succession été particulièrement forte lors des deux rale supérieur à sa moyenne nationale où, tout en renforçant la figure d’un parti L’éventuelle candidate frontiste reste tours de l’élection présidentielle de 2007. chez les hommes (13 %), les jeunes (12 % populaire implanté au cœur des difficul- davantage une « empêcheuse de tourner de son électorat Le FN a récupéré une partie de son élec- chez les 18-24 ans), les 35-49 ans (15 %), tés économiques et sociales liées à la crise en rond », une « minorité de blocage » des européennes de juin 2009 torat traditionnel et certaines « brebis les chômeurs (16 %), les artisans, com- et à la globalisation, elle a tenté de mettre pouvant rendre plus difficile l’agrégation égarées » du lepénisme qui avaient re- merçants et chefs d’entreprise (12 %), les en scène un discours exempt de référen- des voix de droite qu’une nouvelle donne joint le troupeau sarkozyste ont fait dé- employés (15 %) et les ouvriers (19 %). ces sulfureuses à la Seconde Guerre bouleversant les rapports de forces. 16 % fection. Le FN plonge des racines fortes On retrouve ainsi les grands « fonda- mondiale et à ses drames, jouant de réfé- D’autant plus que le sensible regain élec- dans une France marquée par les gran- mentaux » de la sociologie de l’électorat rences au discours républicain (laïcité, toral des régionales ne doit pas cacher les des concentrations urbaines, l’insécuri- frontiste. patriotisme) et renforçant la composante difficultés du FN dans les mois et les an- des abstentionnistes té, l’immigration mais surtout la crise Politiquement, tout en gardant le culturelle et non ethnique du discours nées à venir. Celui-ci a perdu un nombre économique et sociale. Dans nombre de noyau dur qui lui restait aux européen- identitaire (dénonciation de l’islamisa- important de conseillers régionaux (de 15 % régions où le chômage est important et/ nes de juin 2009 (en 2010 90 % des élec- tion, du bilinguisme). 156 en 2004 ils sont tombés au niveau de « ou le taux de pauvreté élevé, le FN teurs frontistes de 2009 ont voté pour connaît une dynamique forte (Nord- des listes du FN), le FN a capté nombre des souverainistes Pas-de-Calais, Provence-Alpes-Côte d’abstentionnistes (16 % des abstention- Le FN plonge des racines fortes dans une France marquée d’Azur, Champagne-Ardenne, Gard, nistes de 2009 ont voté pour des listes du » par les grandes concentrations urbaines, l’insécurité, 6% Loire, Moselle…). C’est sur ce terrain du FN) mais aussi il a été pêcher des élec- « vote de crise » que prospère électora- teurs tous azimuts : 15 % des électeurs l’immigration mais surtout la crise économique et sociale lement le FN, même s’il connaît des souverainistes qui avaient choisi les listes du Front de gauche concurrences quant à l’expression de ce Libertas en 2009, 6 % de ceux qui Indépendamment de ces évolutions, 118 en 2010). Cette quarantaine d’élus désarroi : l’abstention et la gauche. s’étaient tournés vers le Front de gauche, Marine Le Pen garde les ressorts classi- régionaux manqueront beaucoup au fu- 4 % de ceux qui avaient voté en faveur ques du discours national-populiste tel tur candidat frontiste lorsqu’il partira à 4% Reconquête dans les terres de l’extrême gauche, 4 % de ceux qui qu’il a été mis en place par son père, dis- la recherche des 500 signatures d’élus d’abstention avaient rejoint les listes de l’UMP. Par cours où le populisme, comme l’écrit locaux nécessaires pour se présenter à Les terres où le FN est de retour sont aus- rapport à l’élection présidentielle de Pierre-André Taguieff, est « à la fois pro- l’élection présidentielle. de l’extrême gauche si souvent des terres où l’abstention est 2007, 8 % des électeurs de Nicolas testataire (au nom des “petits” contre les La guerre de succession, larvée jus- élevée. Nombre d’électeurs plus ou Sarkozy ont voté en faveur des listes ré- “gros”) et identitaire (l’appel au peuple se qu’alors, est explicitement ouverte ; le moins proches du FN peuvent préférer la gionales du FN. C’est, quantitativement, fixant sur l’identité ethnonationale suppo- bureau politique du FN ayant décidé le protestation abstentionniste à celle qui le courant électoral le plus important sée menacée de destruction ou de souillu- 12 avril dernier que le successeur de s’exprime dans les urnes. Mais aussi, le fourni au regain du FN en 2010. La re- re). » Jean-Marie Le Pen à la tête du parti serait réenracinement du FN dans les couches conquête des électeurs frontistes qui En dépit de ces efforts de « lifting poli- désigné lors du prochain congrès des 15 populaires contribue à éroder la dyna- avaient rallié Sarkozy en 2007 est enta- tique », le FN reste un parti très large- et 16 janvier 2011. Même si Marine Le Pen mique de reconquête de la gauche dans mée, elle n’est pas cependant aboutie. ment impopulaire : 10 % seulement de et Bruno Gollnisch affirment le contrai- ces milieux : plus la dynamique du FN est Nombre d’électeurs de Nicolas Sarkozy Français en ont une bonne opinion en re, on sait que les débats peuvent vite forte, plus celle de la gauche historique se sont abstenus aux régionales : 50 % de mars 2010 (Sofres, Figaro Magazine). tourner à l’aigre au sein du FN et prendre (de l’extrême gauche au PS) diminue son électorat a boudé les urnes (43 % Seuls 12 % de personnes interrogées sou- l’allure de déchirements fratricides. (tableau 2). Certes, la droite modérée seulement de celui de Ségolène Royal) haitent, en avril 2010, que Jean-Marie Le Ceux-ci laissent des traces bien au-delà Page réalisée perd beaucoup dans les terres de la très même si l’abstention est encore plus im- Pen joue un rôle important au cours des de l’appareil. Déjà, en 1998, l’affronte- en collaboration forte dynamique du FN mais ses pertes portante dans l’électorat lepéniste de mois et des années à venir. Maigre ment entre Bruno Mégret et Jean-Marie avec le centre sont également sévères dans les départe- 2007 (57 %). consolation pour Marine Le Pen, ils sont Le Pen avait profondément déstabilisé de recherches ments où le FN ne progresse que très fai- Ce descellement de la base des élec- 14 % à penser de même pour elle. Pour l’électorat. Il peut en être de même de- politiques blement. teurs frontistes ralliés à Nicolas Sarkozy l’instant, l’avantage comparatif en ter- main. Enfin, la succession, réussie ou de Sciences Po La question de l’extrême droite n’est en 2007 a été provoqué par une décep- mes d’influence électorale ou de popula- non, laissera dans l’ombre la redoutable (Cevipof) pas seulement une question politique tion de nombre de ces électeurs surpris rité de la fille par rapport au père n’est figure du Commandeur qu’est Jean-Ma- Centre associé posée à la droite, elle est aussi une ques- par le nouveau cours de l’exercice du pas évident. Son attraction de « prési- rie Le Pen et n’accordera qu’un espaceA au CNRS et dirigé tion sociale posée à la gauche. L’examen pouvoir présidentiel initié dès fin 2007, dentiable » vient d’être mesurée en ténu à l’invention d’un nouvel espace par Pascal Perrineau des données du sondage OpinionWay par les entraves mises par la crise écono- mars 2010 (CSA, Grazia) : seuls 11 % de politique par sa fille. I

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